Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

January 24, 2026

Boycott de la Coupe du monde de foot: la menace fantoche

Dernier coupe-faim envisagé par l’Europe pour calmer les appétits d’un Donald Trump qui veut bouffer le monde entier: boycotter le Mondial, la Coupe du monde de football, que les Etats-Unis (secondés par le Canada et le Mexique, pas encore annexés par Trump) accueilleront du 11 juin au 19 juillet prochains…


Certains observateurs estiment que cette solution pourrait peser sur la politique américaine. Parmi eux, le député LFI Éric Coquerel, pour qui le foot est « une arme politique », ou encore l’inusable Daniel Cohn-Bendit. Sur BFM TV le 21 janvier il prétendait que si les équipes européennes ne mettaient pas les pieds aux States, Trump serait dans ses petits souliers.

Les Américains et le « soccer », ça fait deux

Mais Dany le rouge se trompe… Lui-même fervent amateur de foot et aveuglé par sa passion, il imagine que le forfait des équipes européennes gâcherait la fête des Américains. Mais pour porter sérieusement, un tel boycott devrait non seulement toucher l’ego de Trump mais aussi le cœur des Américains. Or ces derniers ne sont pas des passionnés. Ils raffolent du basket, du base-ball, et seulement du football… américain qui se joue avec les mains sur le modèle du rugby. De plus, ils n’apprécient vraiment que les sports où ils gagnent. Au football, ils n’ont aucune chance. Ils ont l’esprit trop carré pour un ballon rond…. Bref, saborder la compétition serait priver de viande des végétariens.

Secundo, les Etats-Unis n’organisent pas le Mondial, ils l’accueillent. Le véritable organisateur, c’est la Fifa (Fédération international de football), instance installée en Suisse, pour son climat fiscal très clément, Fifa qui possède tous les droits d’exploitation ! Pour prendre le Mondial en otage, il faudrait obtenir la compréhension, sinon le soutien, de ladite Fifa… Mais c’est comme un oranger sur un sol irlandais… cela ne se verra jamais. Le Mondial est une poule aux œufs d’or. Grâce à elle, pour l’exercice comptable 2026, la Fifa mise sur une recette globale de 8 911 millions de dollars, soit 7,6 milliards d’euros ! Ensuite il faut rappeler que son principal sponsor, son partenaire officiel, est… Coca-Cola, la légendaire firme américaine d’Atlanta. De plus, Gianni Infantino, numéro 1 de la Fifa, tient plutôt Donald Trump en haute estime. Le 5 décembre, il a remis au président américain le prix de la paix de la Fifa (!), une distinction spécialement créée pour lui, sur mesure, sans doute pour le consoler de ne pas avoir obtenu le Nobel.

On va voir Fifa va barder…

En revanche, la Fifa pourrait sanctionner les déserteurs. Toutes les fédérations (211, soit plus que les 193 états membres de l’ONU!) affiliées à la Fifa sont soumises à son strict règlement. Dans le cas d’un forfait européen, et la défection de grandes équipes comme la France, l’Allemagne, l’Angleterre ou les Pays-Bas, la Fifa devrait revoir à la baisse le montant des droits de retransmission TV et autres revenus publicitaires, et en conséquence faire payer le manque à gagner aux Européens, en les sanctionnant financièrement, en les excluant des compétitions à venir…

En définitive, un boycott du Mondial par les équipes européennes pénaliserait principalement les téléspectateurs européens, pour qui la Coupe du monde est une grande fête, une compétition où l’Europe tient encore le devant de la scène (une exception sportive dans un monde politico-économique où elle fait figure de Vieux Incontinent): sur 22 éditions, de 1930 à nos jours, si le continent Sud-Américain compte 10 succès, l’Europe totalise douze couronnes, 4 avec l’Italie , 4 avec l’Allemagne, 2 grâce à la France, l’Angleterre et l’Espagne complétant le palmarès.

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Stendhal et Thomas Mann, témoins d’une Europe abolie

Il y a des écrivains, on revient toujours vers eux avec joie. On les quitte parfois un certain temps, et puis l’occasion se présente de les relire, ou l’envie de découvrir ce qu’on n’avait pas encore lu d’eux. Et on y va, par attraction naturelle, par plaisir surtout.


Balzac est de ceux-là, avec ses romans aux ressorts multiples, ainsi que sa correspondance, écrite dans la même prose délicate et superbe. Il y a aussi Stendhal, qu’on est parfois « obligé »,entre guillemets, de lire à l’école, et dont les « happy few » poursuivent la lecture toute leur vie. Car il faut relire Stendhal, comme le faisait par exemple Sartre, eh oui, ce trait m’a toujours amusé. Sartre se remettait chaque année, je crois, à La Chartreuse de Parme, dont il faisait ses délices, oubliant Heidegger, l’ennuyeuse phénoménologie et la « nausée » de ses romans. Si même Sartre relisait Stendhal, alors tous les espoirs sont permis !

Stendhal journaliste de presse

L’occasion m’est donnée de vous reparler de Stendhal grâce à l’heureuse publication, aux éditions Champ Vallon, de Chroniques inédites du Journal de Paris (1819-1827). Stendhal a été, durant plusieurs années, sous la Restauration, un journaliste très actif (cela aurait plu à Sartre). Vous savez sans doute que Henri Beyle (le vrai nom de Stendhal) s’est exilé à Milan après la chute de l’Empire. Exil tout à fait délectable, du reste, pour cet amoureux de l’Italie. Quand, après ces vacances prolongées, il revient définitivement en France, il choisit, pour gagner sa vie, de collaborer à des journaux et d’utiliser son talent d’écrivain, alors qu’il n’a encore publié aucune grande œuvre. Il écrit surtout dans des revues anglaises, estimant qu’il y a plus de liberté là-bas. Mais il participe aussi à une publication parisienne, le très libéral Journal de Paris. C’est une sélection de ces chroniques qui nous est offerte aujourd’hui, en attendant une édition intégrale, que tous les stendhaliens appellent de leurs vœux. La totalité des articles représente près de 1000 pages, qu’on peut lire en ligne sur le site du préfacier, Olivier Ihl.

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Ce volume chez Champ Vallon revêt donc déjà un notable intérêt. Car on y retrouve tout du long, en évidence, le style de Stendhal, fait d’ironie et d’alacrité, de joie de vivre et de bonheur d’écrire au fil de la plume. C’est bien l’auteur de La Chartreuse qui se dissimule derrière le pseudonyme de B. L., comme le prouve d’ailleurs Olivier Ihl dans sa longue et très instructive préface.

Une passion pour la politique

Dans son étude sur Stendhal, qui fait toujours référence et que j’aime beaucoup, Stendhal romancier, Maurice Bardèche rend hommage à cette activité de journaliste de Stendhal, durant toutes ces années. Il souligne : « Voilà comment Stendhal voit la France de 1825. Cette vue n’est peut-être pas si romanesque qu’on pourrait le croire. Les précisions de Stendhal éveillent plus qu’une comparaison chez le lecteur de notre temps. » Bardèche écrit ceci en 1947. Et il ajoute, plus loin : « Le tableau politique que Balzac et Stendhal nous font de la Restauration est peut-être plus vrai que celui qu’on peut trouver dans les histoires officielles. » Je constate que Maurice Bardèche confirme une conviction que nous avons toujours eue : Stendhal était une tête politique. Un livre comme Lucien Leuwen, que Paul Valéry mettait très haut, ne vient-il pas l’illustrer amplement ? N’oublions pas les données biographiques : Henri Beyle, je le disais, a fait carrière sous Napoléon, une belle carrière, mais interrompue par les bouleversements historiques. Ce goût de la chose publique et des idées libérales lui est resté. En Italie, il a été soupçonné de sympathies avec le carbonarisme. Après avoir haï la monarchie, il a combattu la Restauration et, pour lui, un Decazes, ministre en vue de Louis XVIII, était l’ennemi à abattre, en tout cas sur le terrain des idées, c’est-à-dire sur le papier. Dans ses articles, Stendhal a donc, entre autres, pu exprimer ses convictions politiques profondes.

On se reportera sur ce point à la section « Un journaliste engagé », même si Stendhal, bien sûr, a traité d’une grande variété de sujets et ne s’est pas cantonné à un seul domaine. Je vous laisse découvrir l’ampleur de sa palette. 

Une traduction rarissime du roman de Thomas Mann

Au même chapitre des classiques à relire, je signale la parution récente de La Mort à Venise (1917) de Thomas Mann, dans une traduction retrouvée de Philippe Jaccottet. Nous sommes ici loin de l’ironie stendhalienne, nous entrons dans la rigueur germanique, faite de sérieux, mais aussi d’aspiration à la beauté. Ce n’est pas pour rien que l’action de cette longue nouvelle se situe à Venise. Jaccottet fut à la fois romancier, poète, et un très grand traducteur. Cette Mort à Venise fut précisément sa première traduction, en 1947, alors qu’il était âgé d’à peine vingt ans. Il y eut des problèmes avec les droits, ceux-ci appartenant toujours à la maison Fayard, mais la traduction de Jaccottet put néanmoins paraître en édition de luxe à 2 500 exemplaires chez l’éditeur suisse Henry-Louis Mermod. Thomas Mann l’apprécia beaucoup, et parla d’un « travail talentueux et très consciencieux ». Désormais, La Mort à Venise est tombé dans le domaine public, et les excellentes éditions Le Bruit du Temps ont repris cette version de Jaccottet dans un beau petit livre, qui rend selon moi justice au texte de Thomas Mann et au talent de Jaccottet.

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La Mort à Venise est un classique par excellence. Rien que le titre provoque le lecteur curieux. Dans ce roman règne une sublime nostalgie, celle d’une Europe du temps passé, dans laquelle on cultivait fièrement des valeurs humanistes, sans se demander si c’était mal. On comprend en particulier, grâce à cette traduction sans fausse note, que le « monde d’hier » ne reviendra pas. On saisit le fossé qui s’est creusé avec lui. L’ultime agonie de Gustave Aschenbach, sur la plage du Lido brûlée par le cagnard, symbolise cette « extinction », comme le dira plus tard Thomas Bernhard dans un roman qui se passait à Rome. Thomas Mann et Stendhal, malgré ce qui les sépare, appartiennent bel et bien à une même famille d’esprits européens, qui compte encore aujourd’hui quelques derniers fidèles, — ceux que Stendhal appelait les « happy few ».


Stendhal, Chroniques inédites du Journal de Paris (1819-1827). Édition établie par Olivier Ihl. Éd. Champ Vallon. 358 pages.

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Maurice Bardèche, Stendhal romancier. Paris, 1947.

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Thomas Mann, La Mort à Venise. Traduction de Philippe Jaccottet (1947).Éd. Le Bruit du Temps. 151 pages.

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Des entrepreneurs des ressources minières venus d'Amérique latine au Vatican

Les dirigeants d'entreprises des secteurs de l'énergie et des minéraux critiques ont été reçus samedi 24 janvier par Léon XIV. La rencontre a été coordonnée par la Commission pontificale pour l'Amérique latine dans le cadre de l’initiative “Building Bridges” -construire des ponts-.

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La foi face au totalitarisme

« Le Cardinal », beau film hongrois, sort en DVD, après une diffusion dans les salles malheureusement trop discrète en 2023, estime notre critique. Il revient sur le destin de Iuliu Hossu, reconnu martyre par l’Église catholique, proclamé bienheureux le 2 juin 2019 par le Pape François.


Je profite de la sortie en DVD par Sage Distribution du beau film Hongrois Le Cardinal de Nicolae Mărgineanu, sorti bien trop discrètement dans les cinémas de France en 2023, pour vous en parler.

Un cinéaste face à l’Histoire

Le Cardinal de Nicolae Mărgineanu s’inscrit dans cette tradition rare d’un cinéma de mémoire, exigeant et profondément humain. Avec ce film, Nicolae Mărgineanu, scénariste et cinéaste roumain important né en 1938, réalisateur de 15 films assez méconnu hors de son pays, s’attaque frontalement à l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire roumaine du XXᵉ siècle. Sans emphase ni effets démonstratifs, il choisit la rigueur, la sobriété et la durée, pour faire émerger une œuvre de mémoire consacrée à la persécution religieuse sous le régime communiste stalinien.

La Roumanie sous le joug soviétique

En 1950, la Roumanie est entièrement soumise à l’influence soviétique. Le stalinisme s’y impose avec brutalité : élimination des opposants politiques, destruction des élites intellectuelles et persécution systématique des Églises jugées « ennemies de l’État ». L’Église gréco-catholique, fidèle à Rome, est considérée comme une influence étrangère à éradiquer. La Securitate met alors en place une politique de terreur visant à briser les consciences autant que les corps.

La prison de Sighet : lieu de destruction morale

Le film se déroule dans la prison de Sighet, lieu emblématique de la répression politique. Sept évêques gréco-catholiques y sont emprisonnés. Ils sont sommés de renier leur foi, de rompre avec le Vatican et d’adhérer à l’Église orthodoxe contrôlée par le régime. Ils refuseront tous. Aucun ne cédera. Tous mourront, soit en prison, soit en résidence surveillée dans des monastères orthodoxes, dans l’isolement, la privation et l’oubli organisé.

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Iuliu Hossu, une figure de résistance

Au cœur du récit se détache la figure de Iuliu Hossu, incarnée avec une grande retenue par Radu Botar. Figure majeure du catholicisme roumain, Iuliu Hossu est aussi un homme profondément enraciné dans l’histoire de son pays. Il fut aumônier militaire durant la Première Guerre mondiale, puis nommé évêque. Le 1er décembre 1918, au lendemain de la chute de l’Empire austro-hongrois, il prononce un discours patriotique historique lors de la proclamation de la Grande Union de la Roumanie.

Après la Seconde Guerre mondiale, son destin bascule. En 1950, il est arrêté et emprisonné à Sighet. Dans le film, il devient progressivement un guide moral pour les autres évêques. Sa résistance n’est ni spectaculaire ni héroïque au sens classique : elle repose sur l’opiniâtreté, la foi et un refus absolu de trahir sa conscience.

Un scénario entre rigueur et humanité

Le scénario de Bogdan Toma, complexe, intelligent et parfaitement maîtrisé, mêle avec justesse histoire et fiction. Il évite le piège de la reconstitution illustrative pour s’attacher à la dimension humaine de la persécution. Les dialogues, sobres et tendus, rendent compte de la violence idéologique du régime, mais aussi de la force intérieure de ces hommes confrontés à l’anéantissement programmé.

Une mise en scène austère et maîtrisée

Nicolae Mărgineanu signe une mise en scène rigoureuse, austère, presque ascétique. Le travail sur la photographie, le montage et l’espace carcéral accentue l’enfermement physique et mental. Sans jamais sombrer dans le pathos, le film décrit la mécanique implacable de la terreur communiste, tout en laissant émerger, en creux, une forme de résistance spirituelle.

Mémoire, reconnaissance et béatification

Iuliu Hossu sera nommé cardinal en 1969 par le pape Paul VI, reconnaissance tardive d’un homme brisé mais jamais vaincu. Le 2 juin, le pape François a béatifié à Blaj, lors d’une messe géante au terme de sa visite en Roumanie, les sept évêques gréco-catholiques emprisonnés et torturés par le régime communiste, reconnus comme « martyrs de la foi » : Vasile Aftenie, Valeriu Traian Frentiu, Ioan Suciu, Tit Liviu Chinezu, Ioan Balan, Alexandru Rusu et le cardinal Iuliu Hossu.

Le Cardinal est un bel ouvrage, un film grave et humaniste qui rappelle que face au totalitarisme, la dignité humaine peut encore se tenir debout. Un cinéma de mémoire, sans emphase, qui donne un visage et une voix à ceux que l’Histoire avait voulu effacer.

1h40
DVD par Sage Distribution

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À Kiev, la solidarité de la famille vincentienne face aux coupures d’électricité

Coordinatrice de la Conférence de la Bienheureuse Marta Wiecka, branche ukrainienne de la Société Saint-Vincent-de-Paul, Lyudmyla Lohush décrit la situation à Kiev où l’eau courante et l’électricité font défaut pendant de longues heures chaque jour: «La vie est très difficile, surtout pour les personnes handicapées, nous offrons toute l’aide possible».

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Amours clandestines

Dans Dreams, Jessica Chastain s’éprend d’un immigré clandestin. Jusqu’à ce que…


Jennifer (Jessica Chastain) change souvent de toilette comme de métropole. Toujours entre deux jets – Mexico, New-York, San Francisco – et toujours cette mise impeccable… Où qu’elle aille, on lui ouvre la portière, on lui mange dans la main. C’est que, active, élégante, policée, elle est surtout la fille de Michael McCarthy (Marshall Bell), richissime magnat américain, mécène et collectionneur d’art. Il prête son nom à la puissante fondation philanthropique qu’elle administre aux côtés de son frère (Rupert Friend), finançant des projets artistiques internationaux, au Mexique en particulier, soutenant en outre le ballet de San Francisco. Voilà pour la façade mondaine et professionnelle. Mais la libido de Jennifer a aussi ses exigences secrètes…

Emprise du désir

Dreams, dernier opus du cinéaste mexico-américain Michel Franco, s’ouvre sur l’odyssée d’un éphèbe latino qui franchit clandestinement la frontière mexicaine et, assoiffé, affamé,  parvient tout de même à rejoindre San Francisco. Là, surprise, le garçon pénètre sans effraction dans un opulent loft moderne dont il sait manifestement la clef planquée au seuil de l’édifice. S’y pointe soudain la Jennifer : on comprend que le ravissant Fernando, son tout jeune amant tellement exotique, a déboulé là sans prévenir, pour se mettre sous la protection de sa cougar torride : illico, ébats furieux, idylle en huis clos.

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Le scénario met habilement en place les ingrédients du drame : danseur de ballet, Fernando, au fil des péripéties, finit par intégrer le ballet de San Francisco par l’entremise du chorégraphe, dont il devient la coqueluche, et donne à des enfants des cours de danse sur la partition de Roméo et Juliette… Il n’en reste pas moins doublement clandestin : et comme amant de Jennifer, et comme immigré sans papiers. Une rumeur contrariante s’allie bientôt aux préventions du clan McCarthy – le père et le frangin – contre cette liaison dangereuse. Si Fernando tient en quelque sorte Jennifer en respect par l’attrait insatiable de sa conséquente virilité juvénile (d’où quelques répliques explicites sur le registre de sa volumétrie physiologique), elle a l’argent – et le pouvoir. Le danseur supputant, à la longue, qu’elle ne fera rien pour promouvoir sa carrière aux States, il claque la porte, et décide de voler de ses propres ailes. S’ensuit une traque éperdue, où Jennifer, répudiée par son fouteur et dès lors plus que jamais consumée par sa fiévreuse libido, tente de récupérer à n’importe quel prix son protégé, aveugle au fait que celui-ci s’envisage en réalité tout autrement que comme le gigolo mexicain d’une milliardaire étasunienne. Laquelle, à ses côtés, n’a même pas fait l’effort d’apprendre l’espagnol…  

Morale cruelle

Du jeu de domination sadomasochiste assez palpitant qui en résulte, on vous cèlera ici, et les péripéties, et l’issue proprement abominable : à quel degré de monstruosité mène le pouvoir de l’amour souterrainement allié à l’amour du pouvoir, c’est ce que suggère la morale fort cruelle de Dreams. Esquivant l’écueil du film-dossier sur la vulnérabilité et le sort funeste de l’immigré-clandestin, Michel Franco signe avec maîtrise, dans un suspense brillamment orchestré, un réquisitoire d’une réjouissante férocité contre la tartufferie des nantis philanthropes et le pathétique, tragique double-jeu fomenté par l’éréthisme pulsionnel, version totalitaire du puritanisme yankee.

Metropolitan Filmexport

A cet égard, les (brèves) séquences de copulation (sur la dureté des marches de l’escalier comme sur la mollesse du matelas) sont un régal apéritif. Les deux comédiens y mettent d’ailleurs un talent remarquable, à commencer par Isaac Hernandez, danseur-étoile de l’American Ballet-Theater comme l’on sait, par ailleurs excellent acteur – et beau gosse ! on ne lui donnerait pas ses 35 ans, vraiment. L’objectif soigneux du chef op, Yves Cape, nous éclaire à cette occasion d’un joli reflet moiré le fessier exceptionnellement bien galbé d’Isaac Hernandez. (Signalons au passage aux amatrices et amateurs qu’on peut actuellement retrouver le guapo bailarin sur Netflix[1], dans les trois épisodes de la mini-série Quelqu’un doit mourir/ Alguien tiene que morir). Quant à la star rousse Jessica Chastain, décidément fidèle au cinéaste (cf. Memory, en 2023), elle s’empare de ce rôle audacieux avec une superbe aisance. A 48 ans, serait-elle pas en passe de devenir, à l’Amérique ce qu’est désormais une Isabelle Huppert à l’Hexagone ?    


Dreams. Film de Michel Franco. Avec Jessica Chastain, Isaac Hernandez, Rupert Friend… Etats-Unis, Mexique, couleur, 2025. Durée : 1h38.

En salles le 28 janvier 2026.


[1] https://www.netflix.com/fr/title/81050532

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Mgr Lingua devient le nouveau représentant du Saint-Siège en Terre Sainte

La continuité diplomatique dans un contexte délicat. Après cinq années passées en Israël et en Palestine, le diplomate philippin du Saint-Siège, Mgr Adolfo Tito Yllana, âgé de 77 ans, cède la place à un Italien, Mgr Giorgio Lingua, 65 ans. Jusqu’à présent nonce apostolique en Croatie, Mgr Lingua a été nommé par le Pape Léon XIV, nouveau nonce en Israël et délégué apostolique à Jérusalem et en Palestine, jeudi 22 janvier.

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Face aux défis de l’IA, le manifeste de Léon XIV pour un sursaut de l’humain

L’Église catholique enrichit ses orientations et précise sa pensée sur la révolution de l’IA. Dans un dense message pour la 60e journée mondiale des communications sociales, paru le 24 janvier, fête de saint François de Sales, patron des journalistes, Léon XIV a évoqué l’immense défi anthropologique soulevé par les systèmes d’intelligence artificielle. Le Pape plaide pour une alphabétisation numérique d’ampleur afin d’y faire face sans voir se consumer la civilisation humaine sous nos yeux.

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Le curé de Nuuk au Groenland: «Notre maison n'est pas à vendre»

«Les Groenlandais sont blessés car ils ont fortement conscience que des voix puissantes et lointaines parlent de leur terre sans vraiment la connaître». En pleine période de tensions géopolitiques, le prêtre slovène Tomaž Majcen, à la tête de la petite communauté catholique de l'île arctique, témoigne auprès de Radio Vatican.

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Le cardinal Parolin envoyé du Pape au Danemark

Le Secrétaire d'État du Saint-Siège se rend du 24 au 26 janvier dans le pays nordique à l'occasion du 12e centenaire du début de la mission de saint Anschaire de Brême, moine évangélisateur des pays scandinaves. Des entretiens diplomatiques sont également prévus, notamment une visite au roi Frederik X et une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen.

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Mali: Mgr Dembélé appelle à «des artisans de paix, de justice et de fraternité»

Au terme de la deuxième session ordinaire de la Conférence épiscopale du Mali, Mgr Jonas Dembélé, évêque de Kayes et président de la CEM, revient sur un temps de «travail, de discernement» et d’écoute mutuelle. Dans un contexte sécuritaire et social éprouvant, il souligne la persévérance des fidèles, l’engagement des prêtres et des laïcs, et invite la nation à poser «des actes de paix», car «la paix est un don de Dieu, mais aussi le fruit de l’effort des hommes».

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Macron, un homme de circonstance

Pour l’écrivain Bruno Lafourcade, le chef de l’État fonctionne comme une IA. Il n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, et il ajuste ses opinions en fonction du public. De quoi déplaire aux Gaulois réfractaires.


L’homme providentiel

« On nous a si mal vendu Emmanuel Macron, pâle et fade trader, montré dans un meeting poussant sa voix ridiculement dans les aigus, en chaman halluciné, qu’il ne trompera personne ; il est impossible que ce promoteur des pays-hôtels, des corps-marchandises, de l’ubérisation des paysages, des bras et des ventres, qui célèbre les poulaillers sans fermiers, les renards sans lois, les smicards sans avenir, dépasse dix pour cent au premier tour. »

Ces fulgurantes prémonitions, je les écrivais dans mon journal, en février 2017. Trois mois plus tard, M. Macron était triomphalement élu. C’est commode, un journal : on y vérifie ses prophéties. Il faut dire que la propagande était stupéfiante. Ainsi, un peu plus tard, j’écrivais, toujours dans mon journal :

« J’ai regardé un débat entre MM. Duhamel et Barbier, arbitré par Mme Elkrief, pour plus d’impartialité. De M. Macron, il ressort un portrait contrasté : il travaille quarante-huit heures par jour ; il a découvert l’Amérique ; il soigne les verrues ; il lit dans le Nescafé ; il tord les fourchettes avec les yeux ; il épile les maillots ; il ressuscitera au troisième jour. »

Avant lui, seul Obama, me semble-t-il, avait bénéficié d’une telle propagande. Chez nous, provinciaux de l’Amérique, la promotion ressemblait plus à celle des barquettes de colin chez Picard.

La réaction des ronds-points

Après la propagande, la réalité.

D’emblée, il s’employa à nous humilier. Ce fut la Fête de la musique, où l’Élysée se transforma en bar technoïde, avec gogo-dancers se déhanchant dans leurs minishorts, au milieu d’un pandémonium mixé par des DJ. Puis un selfie à Saint-Martin, avec de petites frappes nous adressant des doigts d’honneur. Et un 14-Juillet où l’orchestre interarmées s’essayait au pas de deux, en jouant Daft Punk au tuba et au clairon. Et ça, de transformer l’armée en fanfare électro-funk, ça le faisait ricaner ; dans la tribune, il souriait en enfant ravi d’avoir mis le chat dans la machine à laver. Les ministres et les généraux aussi applaudissaient, ivres de bonheur d’être humiliés. Au même moment, quelque part, des soldats français tombaient dans une embuscade. Ils croyaient mourir pour la patrie, c’était pour la Techno Parade.

A lire aussi, Marcel Gauchet: «Macron aura eu l’air d’un président mais il n’avait pas la chanson»

Les tribunes, en général, ne lui réussissent pas ; le football non plus. Au Qatar, devant des émirs, pendant une finale, on le vit hurler en levant le poing, hystérique et inquiétant. Mais il ne se contenta pas de nous faire honte : il voulait réformer et sauver la planète. Cette ambition s’accompagna de remarques sur « les gens qui ne sont rien » et ne se donnent pas la peine de traverser la rue pour trouver du boulot à dix heures par jour payées six.

Pour les punir, dans les villages, l’école ferma, et la gare, et la Poste, et la maternité – pendant que le prix des carburants augmentait. C’est qu’il ne voulait « rien céder aux fainéants », ces « Gaulois réfractaires au changement ».

« Les gens détestent les réformes ! »

Non, seulement avant la planète, ils veulent sauver les leurs.

« Qu’ils viennent me chercher ! »

Ils vinrent.

Il reçut des œufs, une tarte (à Tain), des tomates et des casseroles : le matamore se voyait en chef, il se découvrait marmiton.

Puis se leva une foule qu’il ne connaissait pas, dont les algorithmes ne lui avaient pas parlé. Ce furent les gilets jaunes canal historique, le petit peuple des palettes et des ronds-points ; c’étaient Joseph le retraité, Nathalie l’infirmière, Michel l’artisan, et tous en avaient mal au pis de se faire traire. Ils prirent comme signe de ralliement le gilet fluorescent des piétons qui ne veulent pas finir sous une voiture. Eux ne voulaient pas finir sous la mondialisation. Réduits aux vignettes Crit’Air 5, avalant des kilomètres de taxes pour emmener leurs enfants à l’école ou leurs parents à l’hôpital, ils n’émurent pas M. Macron. On lâcha les cognes. Certains patientaient depuis Malik Oussekine. Comme il n’y avait que du petit Blanc, on put éborgner et mutiler sans que la douleur morale, la nuit, réveille quiconque.

Le président algorithmique

La suite confirma ce qui avait précédé.

Tout n’est pas sa faute, bien entendu, depuis le Covid jusqu’à l’incendie de Notre-Dame. Mais, chaque fois, ses réactions furent anormales, ampoulées : « Nous sommes en guerre » ; grossières : « J’ai très envie de les emmerder » ; et surtout artificielles : tout, chez lui, est faux, jusqu’à sa façon de marcher, cette lenteur démonstrative censée lui donner de la majesté. Tout, chez lui, est de circonstance, pas seulement les opinions. Sa tête au premier chef, si je puis dire. Il s’en fabrique une pour chaque événement. La plus pénible est celle d’enterrement qu’il prend pour parler d’un attentat, du Covid, du 11-Novembre, ou consoler Mbappé.

Sa cohérence est comme sa tête – de circonstance, donc : avant-hier, pas de culture française et on est en guerre ; hier, la première est multiple et la guerre est à nos portes ; aujourd’hui, on n’est pas « une nation multiculturelle » et la guerre est finie. C’est un DRH qui n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, moins un cœur qu’un QR code : il fournit les mêmes réponses à des électeurs différents, qui seront de toute façon virés pour manque de productivité.

On le dit déconnecté, c’est le contraire. Il attend seulement sa mise à jour pour avoir des certitudes. Il est le premier chef d’État algorithmique, le premier dont la pensée fonctionne comme une IA. Il a perfectionné l’habitude d’ajuster ses opinions au public. Il prend ses décisions avec un tableau de bord intérieur où s’affichent, en temps réel, les indices, les tendances et le taux de satisfaction-client. Il ne dirige pas un pays, il administre une interface ; il ne parle pas à un peuple, mais à un panel.

Le désastre est total. Il voulait une République en Marche, il l’a laissée en veille. La start-up est en maintenance. On cherche l’appli pour un nouveau pays.

Les hyaines

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January 23, 2026

De la culture de masse aux cultures archipellisées, le danger du grand délitement

L’avènement de la télé-réalité puis des réseaux sociaux ont entériné le basculement dans une nouvel âge où les individus n’ont plus de références communes.


Jusqu’à il y a peu, chaque génération se construisait, en plus d’une culture générale, des souvenirs communs, mélange d’émissions télévisées, de chefs d’Etat portés au pouvoir avant d’être défaits par les urnes ou renversés par des coups d’Etat, de modes vestimentaires et décoratives, de débats de société, d’exploits sportifs, de succès musicaux sur lesquels se sont formés des couples, de films qui ont bercé les imaginaires et d’événements dont chacun saisissait instantanément la portée historique – se souvenant précisément ce qu’il faisait au moment où ils advinrent.

Dans les années soixante, on vivait sous De Gaulle et sous l’œil de tante Yvonne, on roulait en DS ou en Simca1000 et, si on était italien, en Fiat500, on s’encanaillait sur les rythmes yé-yé, la Nouvelle Vague déferlait sur le cinéma. Une décennie plus tard, dans les soixante-dix, on se déhanchait sur des airs disco, les poteaux carrés de Glasgow empêchèrent les Verts de décrocher la coupe d’Europe – ce qui ne les empêcha pas de défiler sur les Champs-Elysées -, on connaissait les dimanches sans voiture, on admirait indifféremment Montand et Delon – peu importe leurs couleurs politiques respectives. Les années 80 virent s’effondrer le mur de Berlin dont chacun voulait avoir chez lui un morceau et apportèrent les dernières étincelles de génie avant l’extinction des feux : c’étaient les années Canal, les écrivains qui défilaient chez Pivot, Philippe Starck qui redécorait le monde. Dans la décennie quatre-vingt-dix, on rêvait de vivre ses amitiés comme dans la série Friends, Johnny fêtait ses cinquante ans au Parc des Princes, mais c’est dans une autre arène, au Stade de France, que les Bleus soulevèrent la Coupe du monde sous les yeux de Jacques Chirac, avant de défiler eux aussi, mais triomphants, sur la principale artère parisienne.

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Les générations se sont succédé, par ordre alphabétique, X, puis Y – les millenials -, enfin Z. Le rythme s’est accéléré, sans le souffle épique, et les préoccupations, les combats politiques, les modes, les goûts culturels ont changé avant qu’ils ne pussent s’imprimer sur une pellicule qui constituerait le film de l’époque. En conséquence, on peut se demander si les jeunes seront à l’avenir encore à même de se créer des souvenirs communs afin d’inscrire leurs histoires individuelles dans un destin collectif. Les individus de 25 ans n’ont déjà plus totalement les mêmes références que ceux qui fêtent leurs 20 ans. Et parmi eux, les origines diverses, qu’elles soient ethniques, culturelles ou sociales, ajoutent à l’émiettement.

Comme il existe des ères géologiques et des périodes historiques, des âges de fer et de bronze, sans doute existe-t-il des périodes culturelles ? Nous sommes ainsi passés de la culture sacrée à la culture de masse avec la sécularisation et la démocratisation des biens de consommation. Nous basculons aujourd’hui de la culture de masse aux (sous-)cultures[1] archipellisées. Il est difficile de dater l’émergence de cet âge nouveau, sans doute au tournant du siècle, quand l’avènement des réseaux sociaux et de la télé-réalité ont concordé, avec pour toile de fond un contexte international qui s’est soudainement tendu un 11 septembre. L’histoire s’est réveillée et accélérée, le multiculturalisme a créé le communautarisme, la société liquide a défait les liens organiques, les canaux de communication se sont multipliés, le relativisme a acté que tout se valait et a donc dévalorisé le Beau, l’école a cessé d’enseigner les savoirs et l’obsolescence est devenue la marque de fabrique de contenus de mauvaise qualité.

Une culture identique est pourtant indispensable car elle est la langue commune permettant, malgré les différences d’opinion, de se comprendre, de prendre conscience du destin nous unissant et de se respecter. Faute de ciment, une société ne peut que se déliter et ses forces vives finissent par ne plus se comprendre, vivre côte à côte avant de finir face à face. Le débat public actuel et ses tristes passions n’en sont finalement que la conséquence logique.


[1] L’utilisation du terme « sous-culture » s’entend dans le sens de culture propre à un sous-groupe de la population, sans jugement de valeur

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Cardinal Parolin: le Brésil et le Saint-Siège, un modèle de relations au service de la paix

Ce vendredi 23 janvier, le Secrétaire d'État a présidé la messe dans la basilique Sainte-Marie-Majeure à l'occasion du bicentenaire des relations entre les deux États. Le lien bilatéral est un «chemin spirituel» vers la «dignité humaine» et le «bien commun», a déclaré le cardinal dans son homélie. Cet anniversaire n’est «pas un point d'arrivée», mais «un nouveau départ pour un engagement commun», a-t-il ajouté.

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L’érotisme algorithmique

Avant d’avoir des histoires d’amour avec l’Intelligence artificielle, comme nous l’expliquait Libération cette semaine, nous avions accepté de soumettre notre libido aux applications de rencontres sur nos smartphones qui gèrent nos émois amoureux comme un DRH.


Nous avons gamifié le désir et personne n’a levé le petit doigt. Ce qui autrefois déchirait les chairs, consumait les nuits dans une urgence bestiale et qui n’avait besoin d’aucun manuel d’utilisation, s’est pétrifié en interface utilisateur optimisée pour le taux de rétention client. Le frisson du premier regard ? Un algorithme de recommandation basé sur six selfies photoshopés et trois mythomanies soigneusement rédigées. La chair appelant la chair ? terminé. Désormais c’est une requête SQL filtrant les profils compatibles selon des critères qu’on n’oserait pas avouer à son psychanalyste. L’abandon dans les bras de l’autre ? Incinéré. Vous assisterez à un atelier de négociation préalable sur les modalités du consentement, avec compte-rendu écrit et validation par signature électronique. On se plie aux injonctions toxiques et démoniaques des Sandrine Rousseau et autres castratrices procédurales, ces nouvelles vestales du consentement bureaucratique.

Métrique

On ne baise plus. On déploie « une expérience relationnelle ». On ne jouit plus. On valide les metrics de satisfaction mutuelle. On ne s’éprend plus. On entre en phase de bêta test avec option de désengagement unilatéral si les KPIs affectifs stagnent. On aseptise le vocabulaire pour mieux endormir nos sentiments.

Les applications de rencontre ont opéré une marchandisation de la concupiscence qui aurait fait rougir les proxénètes de l’Ancien Régime.

On se swipe comme des SKU dans un entrepôt Amazon, on se catégorise dans des taxonomies mentales (« potentiel coup unique », « relation transitionnelle », « trop structuré psychologiquement pour mes pathologies »), on se supprime sans préavis quand le cache émotionnel arrive à saturation. Chaque profil défile à la cadence d’une sentence capitale : trois secondes pour décider si cet exemplaire d’humanité mérite qu’on lui accorde le privilège d’une conversation insipide qui débouchera peut-être, si la synchronicité cosmique opère, et si aucune option supérieure ne se manifeste entre-temps, sur un verre dans un bar cacophonique où l’on comparera nos névroses respectives en simulant un intérêt désincarné.

Le premier rendez-vous s’est métamorphosé en assessment center déguisé en moment convivial. On présente son curriculum vitæ sentimental, on justifie ses motivations avec le lyrisme d’une lettre de candidature, on négocie son package relationnel. On se jauge, on se soupèse, on calcule le retour sur investissement émotionnel avant même d’avoir effleuré l’épiderme de l’autre. Le baiser final ? Une poignée de main charnelle validant le passage au tour suivant.

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Et le coït lui-même — ce territoire sauvage où les corps parlaient un dialecte antérieur au langage — s’est bureaucratisé en chorégraphie consultative. On sollicite l’autorisation pour chaque geste, on verbalise chaque intention, on transforme l’étreinte en conseil d’administration où chacun doit approuver l’ordre du jour avant de passer à l’exécution. « Puis-je procéder à une palpation de cette zone ? » « Ton niveau de confort avec cette pratique ? » « Confirmes-tu ton accord sur l’accord préalable ? » Le consentement éclairé, cette camisole consentie, a euthanasié le désir obscur, on signe le safe-word avant même d’avoir bandé.

La déontologie a castré l’érotisme. On ne se jette plus l’un sur l’autre avec cette faim qui abolit la raison ; on se demande courtoisement si la fenêtre temporelle est opportune et si les conditions atmosphériques permettent un rapprochement épidermique conforme aux protocoles établis.

Attention : fantôme !

Le ghosting ? Nomenclature euphémisée pour un meurtre aseptisé, un homicide administratif, la disparition organisée sans l’inconvénient du cadavre. Pourquoi s’expliquer, pourquoi endosser la violence du rejet, pourquoi affronter le regard de quelqu’un pour lui signifier son obsolescence, quand on peut simplement le vaporiser d’un geste, le dissoudre dans les limbes du double-tick azure, l’expurger de sa timeline comme on éradique un malware ? L’autre n’était qu’un onglet parmi cinquante-trois. Les onglets, ça se clôture. Sans liturgie, sans justification, sans même ce minimum de courage que les veules d’antan concédaient encore à leurs victimes.

Le polyamour, ce portefeuille de plug-ins affectifs, s’est hissé en champion de la modernité sentimentale. Le messie de ceux qui convoitent tout, sans rien élire. On nous le vend comme une insurrection affective, l’avant-garde de l’émancipation relationnelle. En réalité, c’est une police d’assurance tous risques pour dilettantes émotionnels. Rien de plus qu’un hedge fund sentimental où l’on diversifie son portefeuille pour ne jamais être pris au dépourvu si l’un des actifs s’effondre. On veut la chaleur du couple sans l’ennui de la monogamie. On désire l’excitation de la prédation sans la cruauté assumée de l’adultère. On espère le frisson de la transgression sans le courage du scandale. En 2026, même Feeld arbore des badges de consentement et des liens de profils couplés – comme si la jalousie se gérait avec un Kanban board éthique.

Alors on conceptualise. On érige des architectures relationnelles qui feraient sangloter un ingénieur des Ponts. On rédige des chartes plus volumineuses que le traité de Lisbonne, on orchestre des méta-conversations sur nos méta-affects jusqu’à ce que même la libido ait besoin d’un consultant externe pour se localiser. On fornique à plusieurs avec des protocoles plus rigides qu’une assemblée générale de copropriété, des Google Calendars synchronisés pour éviter les collisions corporelles, des groupes WhatsApp pour administrer la logistique des tendresses croisées. « Mardi chez Léa, mercredi tu peux voir Thomas, jeudi on se retrouve tous si personne n’a une meilleure offre. » L’amour par rotation, la jouissance en multipropriété, l’intimité en temps partagé.

Amour co-construit

On ne jouit plus. On co-construit des espaces de plaisirs inclusifs. On ne désire plus. On déconstruit les normativités hégémoniques en se faisant besogner par trois personnes différentes dans la même semaine — chacune avec son créneau horaire et ses limites clairement établies dans un document partagé accessible via Notion. On utilise la novlangue comme anesthésiant émotionnel. Ainsi se dévoile toute l’obscénité du jargon corporate appliqué à l’orgasme.

Et ceux qui persistent ensemble ? Ils ne s’aiment plus, ils cohabitent dans une tranchée affective en attendant que l’un capitule ou qu’une meilleure proposition se matérialise sur le marché. Ils survivent via thérapie de couple à 120€ la séance — cette prostitution inversée où l’on rémunère quelqu’un pour simuler l’intérêt qu’on ne se porte plus. L’intimité s’est bureaucratisée, métamorphosée en project management conjugal avec rétrospectives trimestrielles et objectifs à atteindre avant la clôture de l’exercice fiscal.

On ne fait plus l’amour, on case un slot entre le CrossFit et le meal prep dominical. On baise comme on coche une case sur une checklist, sans élan, sans faim, sans cette urgence viscérale qui abolit tout le reste. Juste pour valider qu’on maintient une activité sexuelle, pour pouvoir le mentionner en séance, pour ne pas être celui qui a laissé filer trop de semaines sans friction épidermique. Le désir — ce tyran magnifique qui jetait jadis les amants hors des lits conjugaux et dans les bras de catastrophes sublimes — s’est domestiqué en ronronnement programmable via notification push. « Ton partenaire souhaite programmer une intimité partagée jeudi 21h15. Accepter / Reporter / Snooze. »

L’auto-sabotage n’est même plus inconscient. On le pratique en pleine lumière, avec la méthodologie d’un product manager itérant sur son MVP sentimental. On sélectionne systématiquement celui ou celle qui dysfonctionnera — le narcissique, l’émotionnellement oblitéré, l’affectivement constipé — parce qu’au moins, quand ça s’effondre, on peut se dire qu’on maîtrisait le script de bout en bout. On provoque la rupture avant qu’elle ne nous surprenne, on saborde la relation dès qu’elle menace de devenir tangible, dès qu’elle exige quelque chose d’aussi obscène que de la présence, de la vulnérabilité, de l’abandon.

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Parce que le véritable amour — celui qui vous saisit aux tripes sans préavis, qui exige tout sans garantie de retour, qui demande qu’on se jette dans le vide sans filet de sécurité — cette aberration archaïque, déraisonnable, totalement non-scalable, nous terrorise infiniment plus que la solitude, que l’échec, que n’importe quelle douleur répertoriée et prévisible. Quand il se manifeste avec ses exigences primitives — présence, fidélité, abandon, cette obscénité première qui demande qu’on se donne sans clause résolutoire — on recule comme devant un contrat léonin rédigé par un sadique.

On préfère l’amour sous abonnement mensuel, révocable d’un clic, sans engagement au-delà des trente premiers jours, avec option de pause et reprise ultérieure si les conditions du marché s’améliorent. L’Amour 2.0, c’est Netflix pour solitaires compulsifs : un catalogue infini de chairs interchangeables, des épisodes qu’on zappe dès que le rythme faiblit, et cette sensation lancinante qu’on pourrait peut-être trouver mieux — plus stimulant, plus compatible, mieux optimisé pour nos pathologies spécifiques — si on scrollait encore un peu.

Alors on remplit. On remplit le vide de profils interchangeables, de notifications qui font croire qu’on existe, de relations à géométrie variable où personne ne s’engage vraiment. On appelle ça de la « fluidité », du « refus des schémas toxiques ». En réalité, c’est l’esquive élevée au rang d’art de vivre, la fuite transformée en manifeste générationnel, la lâcheté rebaptisée émancipation. Et le taux de natalité s’effondre. Plus d’enfants adultérins, plus d’enfants du tout d’ailleurs. Même la transgression fertile a disparu, remplacée par la stérilité aseptisée. Pendant que la France passe en solde naturel négatif en 2025 – première depuis la guerre –, on swipe pour s’aménager des espaces de plaisirs infertiles.

Et à force de scroller dans le vide, on ne trouve plus rien de bandant. Juste le reflet de son propre visage dans l’écran noir quand la batterie finit par lâcher.

Et ce visage-là, vieilli prématurément par des nuits blanches sans saveurs devant un écran, et le mensonge qu’on se répète depuis des années, on ne le reconnaît même plus.

Que reste-t-il au final ? Un fantôme qui attend une notification salvatrice. Mais l’écran reste noir. Parce que l’humain, en se désabonnant de l’humain, s’est déjà effacé.

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Les recteurs de la CERAO réfléchissent au renforcement d’une formation de qualité des futurs prêtres

Ayant pour mission commune de veiller à une formation sacerdotale profonde, authentique et resiliente, les recteurs des grands séminaires de la CERAO se sont retrouvés du 13 au 17 janvier 2026 à Accra au Ghana. Leur 12e Conférence a porté sur le thème «Bâtir sur le Roc : une formation solide et holistique». Cette rencontre a constitué un temps fort de réflexion et de partage en vue de renforcer la qualité de la formation au sacerdoce.

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Semaine de prière pour l'unité des chrétiens: l'unité signifie soutien, pas infériorité

En cette semaine consacrée à la prière pour l'unité des chrétiens, le directeur du département œcuménique de l’Église apostolique arménienne du Saint-Siège d’Etchmiadzin explique que la véritable unité signifie «qu'il n'y a pas de sentiment d'infériorité».

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Khmers rouges: la mort en masse

La neige tombe sur la gare de Pantin. Les rails disparaissent dans le brouillard. Les lumières scintillent et éclairent les hangars aux vitres cassées, tagués sur leurs flancs. Les grues métalliques plantées le long des voies ressemblent à des miradors. Combien de wagons plombés ont-ils traversé cette plaine, en direction de la mort érigée en système ? La neige est belle et fraîche. Elle rend la nuit claire. Et pourtant c’est un décor de mort que je vois défiler derrière les vitres du train. C’était hier en Europe. Mais le nazisme n’a pas le monopole exorbitant du génocide au XXᵉ siècle. Le communisme l’a également mis en pratique, et partout dans le monde.

Pol Pot, Frère numéro 1 

Je lis Quartier des fantômes, témoignage glaçant de Rithy Panh, qui survécut enfant au régime khmer rouge. Accompagné de l’écrivain-éditeur, Christophe Bataille, cosignataire du livre, il pénètre dans ce qui reste du centre S21, « centre de la tuerie », dirigé par l’impavide Duch. Les Khmers rouges ont triomphé au Cambodge, pays déstabilisé par les conséquences de la guerre du Vietnam, en 1975. Leurs principaux dirigeants ont étudié à Paris. Certains ont même adhéré au PCF et noué des liens étroits avec l’UNEF. Pol Pot, leur chef sanguinaire, suivit ce parcours. Il subit l’influence de Jacques Duclos, dirigeant du PCF, et Jacques Vergès, le célèbre avocat de Klaus Barbie et Georges Ibrahim Abdallah. Il devint ainsi le promoteur d’un système collectiviste fondé sur la doctrine de la dictature du prolétariat.

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D’abord sensible au culte de la personnalité version Staline, Pol Pot refuse le processus de déstalinisation, et durcit sa position en adhérant à la Chine maoïste. En entrant dans Phnom Penh, le 17 avril 1975, l’armée khmer n’oublie pas de piller l’ambassade d’URSS. Le tyran Pol Pot, « Frère numéro 1 », soutenu par quelques grandes figures de la gauche française, comme le journaliste-biographe Jean Lacouture, décrète le déplacement forcé des habitants de Phnom Penh et met en place un système génocidaire qui causera la mort d’environ 2 millions de personnes entre 1975 et 1979, soit le quart de la population totale. Le journal Libération, dirigé à l’époque par les maoïstes, titre : « Les révolutionnaires sont entrés dans Phnom Penh : sept jours de fête pour une libération. »

Ecole transformée en camp

Rithy Panh, devenu cinéaste, se souvient de cette « ancienne école jaunie aux volets bleu clair » transformée en camp de la mort, le S21. Il l’a filmé, il y a vingt ans, surtout la nuit, car la nuit forme un linceul enveloppant les fantômes des victimes torturées, éviscérées, contraintes de manger leurs excréments afin qu’elles reconnaissent leur trahison. Un souvenir, parmi d’autres : on ôte l’enfant à la mère qui se vide de son sang ; elle le voit s’éloigner avec le bourreau Ho qui revient seul. Il faut « épurer » la ville « mauvaise », « corrompue » par le capitalisme. Panh se remémore son père, professeur, profession devenue suspecte aux yeux des Khmers rouges. « À S21, écrit Panh, c’est la fin. Plus la peine de prier, ce sont déjà des cadavres. Sont-ils des hommes ou animaux ? C’est une autre histoire. »

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Le sadisme des bourreaux est sans limite. Il n’est pas sans rappeler certaines descriptions de Malraux dans La condition humaine. On est confrontés à l’enfer génocidaire dicté par une idéologie qui détruit l’individu jusqu’à la moelle. Même l’âme, quand elle quitte le corps, ses bourreaux endoctrinés continuent de la traquer. Il faut tout prendre, tout faire fondre, les machines surtout, symbole exemplaire du capitalisme, doivent disparaître, c’est l’anéantissement de la classe bourgeoise et capitaliste. C’est la terreur à l’œuvre, « la mort en masse. »

Les mots tuent

Les tortionnaires encore en vie répondent aux questions. La caméra tourne. Ils confondent, minimisent leurs actes, ils n’ont pas vu, parfois juste entendu. Ils peuvent être loquaces. « C’est l’ensemble qui dit la vérité du crime, écrit Panh (…). L’homme filmé reconnaît ses crimes, simplement, c’est au-delà du cinéma. » Il y a donc les documentaires : L’Image manquante et S21, la machine de mort khmère rouge. Et puis ce livre, Quartier des fantômes.

Le train accélère tandis que la neige oblitère le paysage ferroviaire. Une réflexion de Rithy Panh m’obsède. Il dit en substance que dans un monde totalitaire, les mots tuent. Alors il cherche les mots qui « réparent, et qui ne sont pas les mots creux de la conscience mondiale. » Il ajoute : « Ce n’est pas le devoir de mémoire, mais une quête morale. » C’est pour cela que la confusion générale, entretenue par le brouhaha, est si nocive.

Rithy Panh, Christophe Bataille, Quartier des fantômes, Grasset. 128 pages

Quartier des fantômes

Price: 15,00 €

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Bolivie, mission Identès: la revanche des nouvelles générations des périphéries rurales

En collaboration avec la fondation Hilton, Vatican News publie une série d'articles sur l'action des religieuses dans le monde, des contributions offertes par des sœurs présentes dans le monde entier. Dans cet épisode, rencontre avec les missionnaires qui sont présents depuis les années 80 en Chiquitanía. Les consacrées ont ouvert des espaces d’accueil et d’étude. Ainsi, la foi et la culture se transforment en éducation, musique, jeux et espérance pour les enfants, les jeunes et les familles.

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Léon XIV visitera cinq paroisses de Rome pendant le Carême

Le clergé romain sera en salle Paul VI le 19 février, tandis que les communautés paroissiales accueilleront le Souverain pontife tous les dimanches jusqu'à Pâques. «Ce sera l'occasion d'approfondir les thèmes du plan pastoral», a affirmé le vicaire de Rome Baldassare Reina.

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Mal persistant

Une maison, quatre jeunes filles, un même destin


Le film de Mascha Schilinski tente de nous raconter l’histoire de quatre jeunes filles, Alma, Erika, Angelika et Lenka à quatre époques qui se superposent. Chacune grandit, de l’enfance à l’adolescence, dans une ferme glauque et ténébreuse du nord de l’Allemagne. Au fil du siècle, la maison se métamorphose, mais ne se libère jamais de sa mémoire : les échos du passé traversent le temps. Les destins des jeunes filles semblent se répondre, se refléter, comme liés par un fil invisible. Pourtant, à force de complexité et d’artifices narratifs, l’intrigue brouille les repères et finit par égarer des spectateurs un peu désemparés face à ce labyrinthe temporel.

Une expérience sensorielle troublante

Sur le plan cinématographique, le film de Mascha Schilinski est particulièrement réussi : superbe photographie ocre du chef opérateur Fabian Gamper, mise en scène rigoureuse, composition léchée des plans, travail sonore méticuleux… Les Échos du passé est indubitablement une expérience esthétique captivante et crispante, un poème sensoriel trouble dont la mélancolie profonde et permanente se pare d’une inquiétante étrangeté morbide.

Une narration fragmentée comme métaphore

La cinéaste nous conte le destin de quatre femmes vivant à des époques différentes au sein d’un même lieu, une grande ferme sombre et sinistre. Utilisant un art du montage impressionnant, elle agence et entrelace une narration complexe où les gestes et les événements se répondent à travers le temps. Elle tisse un jeu de miroirs qui lui permet d’esquisser une métaphore de la condition féminine, victime d’une violence insidieuse et diabolique se transmettant de génération en génération, véritable pulsion de mort perverse, macabre et inéluctable.

L’Histoire en sourdine, le mal en héritage

Quels que soient les moments de l’Histoire — très peu évoquée, comme si tous ces personnages vivaient en fait en dehors de l’histoire de leur pays et du monde —, quelles que soient les générations, même lorsque le pays sort de la guerre, leurs démons s’accrochent. Femmes et hommes restent hantés par un mal profond qui outrepasse les horreurs d’une époque révolue.

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Une radicalité fascinante mais éprouvante

Bien malheureusement, cette audace cinématographique est à la fois la force et la faiblesse du film. Car la cinéaste, radicale, n’a aucune générosité et complexifie volontairement son récit, rendant ses intrigues très difficilement compréhensibles. Ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les sensations ressenties par le spectateur : celles suscitées par la beauté de sa mise en scène, souvent poseuse et artificielle, et celles provoquées par les chocs des faits racontés.

Un cinéma cruel, sans échappatoire

Rude, beau et poseur, cruel et éprouvant, inventif et drastique, Les Échos du passé traite de sujets cruciaux — le viol, l’inceste, la maladie mentale, le déterminisme et la souffrance indicible des femmes — filmés avec la même rigueur protestante, glaciale et malsaine que celle de Michael Haneke dans Le Ruban blanc.

Une fiction tendue et claustrophobe, répétant la boucle inéluctable qui enferme ses personnages dans un destin sans échappatoire ni grâce possible.

Et le seul moment véritablement apaisé du film est la scène où retentit la superbe chanson Stranger d’Anna von Hausswolff, offrant une brève respiration.


In die Sonne schauen
2h29

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Les jeunes de Bossey à Rome: dialogue et prière pour l'unité chrétienne

Une trentaine d'étudiants de l'Institut œcuménique de Bossey se rendent à Rome et au Vatican pour approfondir leur connaissance de l'œcuménisme, partager leurs expériences et inspirer leurs communautés. Ils saluent également le pape Léon XIV à la fin de l'audience générale du 21 janvier 2026.

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Léon XIV reçoit le grand-duc et la grande-duchesse de Luxembourg

Le grand-duc Guillaume de Luxembourg et son épouse, la grande-duchesse Stéphanie, ont été reçus ce vendredi 23 janvier au Vatican. Au cours des entretiens cordiaux qui ont eu lieu à la Secrétairerie d’État, l’accent a été mis sur les bonnes relations bilatérales existantes et sur les relations entre l’Église et l’État.

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Léon XIV: «Promouvoir les valeurs catholiques pour une Europe plus pacifique et plus juste»

Dans son message signé par le cardinal Pietro Parolin à l’occasion de la conférence européenne ce vendredi 23 janvier sur le thème: «La construction de la paix en Europe», le Pape soutien qu' «aucune communauté ni aucun continent ne peut vivre en paix et prospérer sans vérités communes qui inspirent ses normes et ses valeurs».

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Euthanasie: Nietzsche ou Jésus!

Coup de théâtre: les sénateurs ont rejeté l’instauration de toute forme d’aide à mourir lors des débats sur la fin de vie, mercredi 21 janvier. Dominée par la droite de M. Retailleau, la chambre haute a écarté cette réforme “sociétale” majeure.


À la surprise générale, dans la nuit du 21 au 22 janvier, le Sénat a rejeté le principe du droit au suicide assisté et à l’euthanasie. Il l’a remplacé par « le droit » de toute personne « au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance ». Ce droit est garanti jusqu’au décès de la personne, « sans qu’aucune intervention volontaire ait pour intention de provoquer la mort ou d’aider à mourir. » Le Sénat réaffirme ainsi le droit aux soins palliatifs, « même lorsque ces moyens sont susceptibles d’altérer la conscience ou de raccourcir la vie, dès lors qu’ils ont pour finalité exclusive le soulagement de la souffrance. » (article 2).

Il s’est donc trouvé une majorité de sénateurs pour rejeter le texte adopté précédemment en commission, et qui prévoyait de permettre la mort volontaire dans les derniers jours de la vie, comme un prolongement des soins palliatifs ou de la sédation. Pour les uns, plutôt à gauche, ce texte n’allait pas assez loin dans la reconnaissance du droit à la mort, tandis que pour les autres il était inacceptable, car « mettant le pied dans la porte » en brisant l’interdit de tuer.

Pied dans la porte

La stratégie du « pied dans la porte », refusée par le Sénat, est bien une réalité. Elle est assumée, depuis des décennies par les promoteurs de l’euthanasie de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), et elle est aussi vérifiée dans les pays qui l’ont légalisée. Tous ont élargi les conditions d’accès à la mort « volontaire », pour porter sur les personnes atteintes de souffrances psychiques et sur les mineurs. Plusieurs de ces pays, corrélativement, ont réduit leurs investissements dans les soins palliatifs. Aujourd’hui, 5% des décès au Canada sont provoqués par injection létale, et la proportion augmente chaque année.

Dans l’impossibilité de trouver un compromis entre la vie et la mort, le Sénat s’est « replié » sur le terrain consensuel des soins palliatifs. Des soins dont la France manque cruellement. Seulement 50% des besoins sont satisfaits actuellement, avec 7500 lits, et ces besoins vont croître avec le vieillissement de la population. L’Etat n’alloue que 1,6 milliard d’euros par an à ce besoin essentiel ; et l’augmentation prévue d’un milliard dans les 10 prochaines années est loin de suffire.

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Le Sénat a aussi reconnu la liberté des établissements, notamment confessionnels, de ne pas pratiquer l’euthanasie et le suicide. Il a également supprimé le « délit d’entrave » qui condamnait à deux ans de prison et 30000 euros d’amende toute personne essayant de prévenir ou d’empêcher l’euthanasie ou le suicide d’un tiers, même d’un proche.

Le Sénat se prononcera sur l’ensemble du texte le 28 janvier. S’il l’adopte ainsi modifié, il enverra son texte à l’Assemblée qui devra alors travailler à partir de lui. S’il le rejette en revanche, l’Assemblée se ressaisira alors de son propre texte adopté en mai dernier. Ce texte était terrible : il permettait l’euthanasie et le suicide sur décision d’un seul médecin, à la demande orale d’un patient, en trois jours, sans que les proches soient informés et puissent agir en justice. Le tout pouvant être pratiqué sur une personne dont la maladie n’est pas même en phase terminale. Quant au contrôle, il ne devait être exercé qu’après la mort, celle-ci pouvant être infligée par le même médecin qui a décidé de la mort. Tant les conditions d’accès à la mort, que la procédure d’exécution de la décision et son contrôle ont été conçus pour faciliter la mort. Les portes de la mort seraient grandes ouvertes, pour garantir une prétendue « liberté ».

Agonie politique

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’objectif principal des promoteurs de l’euthanasie n’est pas tant de soulager la souffrance que de changer notre rapport à la mort, et donc à la vie. Il s’agit de faire de la mort une liberté, d’étendre la puissance individuelle sur sa propre existence. C’est ce pouvoir de l’homme sur lui-même – en particulier par le suicide – qui serait l’expression suprême de sa dignité. Pour Odette Thibault, fondatrice de l’ADMD, le suicide « est le seul moyen de mourir… vivant », c’est « la suprême autonomie, celle qui définit l’être humain… avant qu’on ne la perde tout à fait. » De même, pour Henri Caillavet, ancien président de l’ADMD et sénateur, « le suicide conscient est l’acte unique authentique de la liberté de l’homme ». Pendant les débats cette semaine, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a lui aussi proclamé : « La mort volontaire, c’était l’expression du libre arbitre absolu avec une phrase: ‘‘Dieu ne prévaudra!’’».

De cette conception de l’homme, il résulte que perdre son autonomie est une déchéance. Pour Pour Odette Thibault, « Prolonger cette déchéance est, à mon avis, une des plus graves atteintes qu’on puisse porter à la dignité humaine ».

Est-ce cette conception de la « dignité » que nous voulons voir triompher en France ? Une conception nietzschéenne ? Ou est-ce la dignité qui transparaît dans le soin affectueux porté aux malades, jusqu’à leurs morts, par les soins palliatifs, dans la grande tradition de la charité chrétienne ? En fait, avec l’euthanasie, nous avons le choix entre Nietzsche ou Jésus.

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Unité des chrétiens, Mgr Pace: «L'œcuménisme, une promesse d'avenir»

Mgr Flavio Pace, secrétaire du dicastère pour la promotion de l'unité des chrétiens, lors d’un entretien avec les médias du Vatican, est revenu sur la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui s'achèvera dimanche 25 janvier 2026 et sur les fruits du dialogue entre les croyants en Christ.

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Frénésie au ministère de la (Puéri)culture

Le 5 novembre dernier, Rachida Dati remettait en grande pompe le premier Prix pour les livres de bébés.


Cette distinction récompensera désormais les ouvrages destinés aux enfants de moins de trois ans, « les premiers livres d’une vie », se rengorge la ministre de la Culture. L’heureuse récipiendaire, Aurore Petit, a donc reçu 4000 euros pour son livre Eté Pop. Elle n’a pas dit ce qu’elle ferait de cette somme prélevée au contribuable mais semblait très heureuse, quoiqu’un peu surprise qu’un livre « si simple » soit récompensé. À vrai dire, l’intrigue est inexistante et le livre consiste en six pop-up au graphisme assez grossier.

On se rappelle que Mme Dati avait déjà lancé l’opération « Ma première carte de bibliothèque » qui invitait les maires à remettre une carte au nom de l’enfant dès sa déclaration de naissance. Comme si les individus n’étaient pas déjà assez encartés comme ça… Comme si c’était à l’Etat de s’occuper de la fréquentation régulière des bibliothèques municipales…

Pourquoi cette frénésie puéricultrice au ministère ?

Au-delà du rappel obligatoire de certains messages collectivistes (ce prix ne récompensera jamais un livre faisant la promotion du libéralisme comme Je suis un pain au chocolat de Charles Gave ou même un classique non déconstruit), j’y vois surtout la manifestation d’un Etat pris de panique devant l’incapacité de nombreux adultes, parents et professeurs, à instruire les enfants. Il constate, comme nous, que nombre de parents se contentent de leur fournir des tablettes dès leur plus jeune âge. Il ne peut que se lamenter sur le niveau catastrophique des jeunes professeurs, en particulier dans les matières dites littéraires. Les rapports des jurys de concours sont à ce titre éloquents. Il assiste effaré à la grande démission d’une génération qui, privée d’héritage, n’a rien à transmettre.

Car quoi ? Les enfants ne lisent plus certes mais que lisent les adultes, professeurs compris ? Ils « scrollent » les actualités sur internet, feuillettent des manuels de développement personnel qui, au vu de la consommation d’antidépresseurs dans notre pays n’atteignent pas leur objectif, et se jettent dans les bras d’auteurs lénifiants qui livrent trois fois par an des histoires « d’héroïnes des temps modernes » ou de femmes éconduites retrouvant l’amour après avoir accepté leur différence (ouf !) ou acceptant « de vivre pour elles-mêmes et en accord avec la nature », dans un esprit bouddhisant. Les meilleures ventes de livres en ce moment ? Des BD, des polars sur fond de lutte des classes et un Goncourt plaintif et douceâtre dont l’auteur se vante en préambule d’avoir été soutenu par le Centre national du livre. Rien de très exaltant ! 

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Quand ce même adulte est en sus professeur, il accroît son pouvoir de nuisance. Soucieux de satisfaire sa hiérarchie, il se conforme aux listes publiées par l’Éducation nationale, exigeant que sa classe lise Monsieur Crocodile a beaucoup faimMon prof est un troll ou Cent Culottes et sans papier. Il fait réciter à ses petites victimes des poèmes commis par des « collègues » qui promeuvent les valeurs de la République ou de l’olympisme triomphant. Il fait ainsi preuve de son engagement bien sûr car, il en est convaincu, sa mission est de lutter contre les inégalités. On lui a vissé dans le crâne que la belle langue favorisait le fils de bourgeois ayant appris à parler avec ses parents. Mal formé, il est généralement incapable de distinguer une bonne méthode d’apprentissage de la lecture d’une autre aux effets néfastes : dyslexie, dysorthographie, mauvaise compréhension et finalement dégoût de la lecture.  

Mais voilà, avec le temps, car ces pratiques délétères ne sont malheureusement pas nouvelles, les parents des tout petits d’aujourd’hui sont souvent incapables de les guider dans leur découverte de la littérature. Ils ont perdu le bon sens qui consistait simplement à leur procurer des imagiers montrant des paysages, des animaux ou des véhicules. N’ayant pas bénéficié de la lecture de contes de fées ou des récits mythologiques les exposant par là-même à des systèmes de temps complexes (imparfait-passé simple, subjonctifs…), à un vocabulaire varié et à des tournures grammaticales élaborées, ils n’ont même pas l’idée de les proposer à leurs propres enfants. Ceux-ci sont alors aussi freinés dans leur progression et deviennent rapidement incapables d’accéder au sens de textes élaborés. Le cercle vicieux est malheureusement enclenché depuis des décennies.  

Abreuvés d’études en tous genres et convaincus de leur pouvoir, les ministres se sentent responsables. Ils souhaitent alors corriger les effets des politiques précédentes mais retombent irrémédiablement dans le même travers : l’étatisme. C’est ainsi qu’ils créent des prix littéraires et affublent les nouveau-nés de cartes de bibliothèques municipales. C’est ainsi qu’ils continuent d’amender les programmes alors même qu’il faudrait les réduire à des objectifs de fin de cycles afin de laisser les enseignants choisir 100 % d’œuvres classiques s’ils le souhaitent. C’est ainsi qu’ils modifient les critères de recevabilité au concours de professeur des écoles au lieu de le supprimer pour le remplacer par un examen permettant aux chefs d’établissements de choisir leurs équipes. C’est ainsi qu’ils obligent les parents à mettre leurs enfants à l’école dès 3 ans, privant ainsi les grands-parents qui le souhaiteraient de leur transmettre une partie de leur héritage culturel. C’est ainsi qu’ils font la promotion de la « littérature contemporaine jeunesse », toujours proche des gens et surtout engagée, au détriment des classiques, bourrés d’affreux stéréotypes de genre, n’évoquant même pas la lutte des classes… C’est vrai : de quoi auraient-ils l’air s’ils disaient simplement « vous êtes libres » ? ». Et pourquoi les payerions-nous alors ?

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January 22, 2026

De la feuille d’érable à la bannière étoilée…

Le Canada est une des proies convoitées par Donald Trump. L’armée canadienne est-elle parée à toute éventualité militaire?


Ne nous associons qu’avec que nos égaux ;
           Ou bien il nous faudra craindre
           Le destin d’un de ces Pots.

Jean de la Fontaine. (Le Pot de terre et le Pot de fer)


Impossible n’est pas trumpien. Jusqu’à présent, le président américain a montré sa volonté de concrétiser des projets qui eussent semblé loufoques, ou facétieux peu de temps auparavant.

Il semble de plus en plus sérieux quant à l’idée d’incorporer le Groenland et la Canada à l’Union américaine. Une opération militaire visant celui-là serait une promenade militaire de quelques minutes, surtout qu’il y a déjà une base militaire américaine à Pituffik. Mais que dire d’une invasion du Canada?

On peut conjecturer que les forces armées canadiennes (jadis qualifiées d’« armée d’opéra comique » par feu l’ancien Premier ministre indépendantiste québécois René Lévesque) auraient le bon sens élémentaire de ne pas tenter d’utiliser la force, ce qui causerait des morts inutiles qui ne retarderaient l’avancée américaine que de quelques minutes.

En effet, selon des fuites, on apprend que l’état-major étudie plusieurs scénarios et il constate que les forces américaines seraient probablement en mesure de neutraliser les principales positions stratégiques canadiennes en seulement deux jours1. Conclusion on ne peut plus raisonnable et réaliste.

Mais voici que les cogitations des généraux canadiens prennent une tournure carrément comique! Plutôt qu’un affrontement sur le champ de bataille, on évoque une riposte de type insurrectionnel : embuscades et « tactiques de guérilla », et on prend comme modèle… les talibans2!

En histoire militaire, s’inspirer des méthodes de l'(ex)ennemi n’a rien de nouveau et est même parfois de (très) bonne guerre. Lors de la guerre (française) d’Indochine, de nombreux officiers se prenaient pour Mao Tsé-Toung et reprenaient à leur compte sa devise : « être dans la population comme un poisson dans l’eau »…

Mais, en l’occurrence, nul besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre d’abord que la configuration du terrain canadien n’a rien à voir avec les montagnes d’Afghanistan. Et surtout, on voit mal comment une population civile pourrait participer à de telles escarmouches ; quels banlieusards et autres citadins s’aventureraient hors de leurs logements douillets et bien chauffés et renonceraient au visionnement de « Harry & Meghan » sur Netflix pour harceler les forces occupantes! Quant à la population rurale, on est aussi fort loin des baroudeurs de la guerre des Boers. Une transposition des plus hasardeuses…

A lire aussi: KFC, Quick, Five Guys… Quand le halal fait recette

En fait, dans un tel cas de figure, on peut plutôt imaginer que les rednecks albertains accueilleraient à bras ouverts les militaires venus du sud avec des banderoles « Welcome Americans », comme dans le classique film « The mouse that roared » en v.o. (« La souris qui rugissait » en v.f.) avec Peter Sellers. Au moins cette province tomberait dans l’escarcelle américaine de son plein gré. Et vu sa position géographique, il pourrait y avoir un effet domino sur les trois autres provinces de l’ouest (Manitoba, Saskatchewan et Colombie-Britannique). Une fois le pétrole acquis, sa Majesté orange se désintéresserait peut-être de l’est du pays. Trump a parfaitement sur une chose : l’appartenance de ces quatre territoires au Canada est purement artificielle et résulte d’un tracé de frontière colonial, digne de la conférence de Berlin de 1885; la géographie appellerait plutôt leur rattachement au voisin du sud. Évidemment, on pourrait envisager que la Colombie-Britannique constituât alors un État indépendant, vu sa façade maritime, à moins que le locataire (et ripolineur) de la Maison-Blanche préférât assurer la continuité territoriale entre l’Alaska et l’État de Washington…

[Un peu d’histoire canadienne. La (con)fédération canadienne elle-même, créée en 1867, est le fruit d’un péché originel : plusieurs députés québécois ayant reçu ce que l’on pourrait délicatement qualifier de petit pourliche compensateur de l’augmentation du coût de la vie ont alors fait pencher la balance et voté en faveur de celle-ci. En 1873, l’Ile-du-Prince-Edouard est devenue la 5e province canadienne avec l’assentiment des politiciens locaux ayant à peine récupéré de la gueule de bois due aux beuveries et banquets pantagruéliques qui leur avaient été gracieusement offerts par le premier Premier ministre (con)fédéral Sir John A. Macdonald, lui-même corrompu jusqu’à la moelle et poivrot confirmé, alors que les intérêts économiques de l’Ile allaient plutôt dans le sens de l’adhésion aux Etats-Unis. Enfin, Terre-Neuve (« Newfoundland » en v.o.) est devenue la dernière province canadienne en 1949 en raison de la collusion entre le Royaume-Uni et le Canada : lors des deux référendums [d’ailleurs truqués] de 1948, l’option démocratique de l’adhésion aux Etats-Unis, qui l’aurait certainement emporté, ne fut même pas proposée à l’électorat. Et pour cause. Ses habitants sont d’ailleurs devenus les Belges du Canada : de nombreuses blagues françaises visant les mangeurs de frites ont été recyclées au profit des pêcheurs de morue buveurs de rhum « Screech », les « Newfies » en v.o., « Terreneuviens » en v.f.].

En bref, si les Américains envahissent le Canada, M. Carney et messieurs les haut galonnés émoulus du Collège militaire royal du Canada doivent comprendre que nulle tactique ne permettra au Canada de rééditer sa dernière victoire sur les Etats-Unis (de 1812). Mais il pourra sans doute compter sur une occupation relativement pacifique.

Quoique Trump fasse, ou projette de faire, en substance, il ne réinvente pas la roue. Son approche est peut-être plus désordonnée.


  1. https://www.journaldemontreal.com/2026/01/20/larmee-canadienne-etudie-le-scenario-dune-invasion-americaine ↩
  2. https://www.journaldemontreal.com/2026/01/20/larmee-canadienne-etudie-le-scenario-dune-invasion-americaine / https://www.france24.com/en/live-news/20260120-canada-military-models-response-to-us-invasion-report ↩

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Les infos de L'Œuvre d'Orient - 21 janvier 2026

Chaque semaine, retrouvez l'actualité des Églises orientales, en partenariat avec L'Œuvre d'Orient. Les infos de cette semaine nous portent en Éthiopie pour l’une de plus importantes fêtes chrétiennes de l’année, le Timkat.

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La synodalité, nouveau souffle d'«Ecclesia in Africa», estime le cardinal Czerny

La 13e Assemblée plénière de l'Association des conférences épiscopales de la région Afrique centrale (ACERAC) s’ouvre ce dimanche 25 janvier à N'Djamena au Tchad. Invité à ces assises, le préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral, dresse un pont entre l'héritage d’Ecclesia in Africa et le défi synodal actuel. Pour lui, la réponse aux crises de la région ne viendra pas d'en haut, mais d'une Église «Famille de Dieu» active au cœur des paroisses.

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🎙️ Podcast: Trump à Davos, le Mercosur à Strasbourg, et le budget à Paris

Avec Céline Pina, Eliott Mamane et Jeremy Stubbs.


Au cours de son discours devant le Forum économique mondial à Davos, Donald Trump a insisté sur le fait que les Etats-Unis avaient toujours besoin du Groenland pour assurer la sécurité du monde libre, tout en niant vouloir prendre possession de ce territoire par la force des armes. Pourtant, l’idée d’annexer un territoire – par quelque moyen que ce soit – appartenant à une autre nation est aujourd’hui devenue irrecevable aux yeux des Européens pour qui la paix dépend du respect de la souveraineté de chacun.

Si on comprend très bien que les Européens aient besoin d’exprimer avec une certaine force leur opposition à l’approche de Donald Trump, on peut se demander si Emmanuel Macron a trouvé la meilleure façon de le faire. Car lors de son propre discours à Davos, le chef de l’Etat français a évoqué un possible rapprochement commercial avec la Chine pour compenser les relations tendues avec l’Amérique. Sauf que le peu de combattivité des Européens face à la Chine est précisément un des manquements que Donald Trump leur rapproche. La France veut-elle vraiment suivre l’exemple du Premier ministre canadien, Mark Carney, qui vient de se rendre à Pékin pour forger un nouveau partenariat avec Xi Jinping? Est-ce qu’on affirme sa liberté simplement en changeant de maître?

Dans une certaine mesure, on peut dire que le duel Macron-Trump, c’est l’affrontement entre l’impérialisme de la norme et l’impérialisme de la force.

A lire : Règlement de comptes à OK Davos

A Strasbourg, le Parlement européen a refusé pour le moment de ratifier le traité avec le Mercosur en saisissant la Cour de justice européenne pour que cette dernière valide la compatibilité de cet accord avec le droit européen. Or, si la France se montre très réticente quant à l’application d’un tel accord de libre-échange, l’Allemagne est favorable. Ces tensions internes expriment toute l’incapacité de l’Union européenne à se comporter comme une grande puissance, et les artifices techniques par lesquelles la Commission tente d’imposer l’application immédiate de l’accord montre toute l’immaturité des classes gouvernantes actuelles du Vieux Continent.

La même immaturité trouve un reflet exact au niveau français. Le gouvernement semble sur le point de faire passer son budget, non seulement parce que les députés n’ont pas encore envie de faire face aux électeurs, mais aussi parce qu’un certain nombre des motifs pour des motions de censure ont si peu à voir avec de vraies questions budgétaires.

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Léon XIV encourage à continuer de se battre pour que la vie soit respectée

Cet appel ressort du message que le Souverain pontife a adressé aux participants à la ‘‘Marche pour la vie’’ organisée à Washington D.C., aux Etats-Unis. En exprimant sa gratitude et sa proximité spirituelle à ceux qui participent à cette manifestation, le Pape américain rappelle qu’«une société n'est saine et ne progresse véritablement que lorsqu'elle sauvegarde le caractère sacré de la vie humaine et œuvre activement à sa promotion».

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La coordination Terre Sainte exhorte au dialogue entre les communautés

Le pèlerinage annuel des évêques européens et nord-américains en Terre Sainte, destiné à exprimer proximité, solidarité, soutien spirituel et pastoral aux communautés chrétiennes vivant dans les lieux saints, s'est achevé avec un appel à la reconnaissance de la dignité humaine. Ils souhaitent «que les efforts en faveur de la paix, l'emportent sur la violence, et que cessent les actes de terrorisme et de guerre».

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Vatican: «Que les droits des employés ne soient jamais bafoués»

Mgr Marco Sprizzi explique en détail l'action du Bureau du travail du Siège apostolique, dont il est le président. Il commente également le récent sondage mené par l'Association des employés laïcs du Vatican, qui fait état de mécontentement et de comportements inapproprié: «Je ne pense pas que le mécontentement soit généralisé. Les portes du Bureau sont toujours ouvertes, le Saint-Siège ne peut tolérer en son sein des situations d'iniquité ou d'injustice», affirme-t-il.

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Léon XIV approuve les décrets concernant deux nouveaux bienheureux

Ce jeudi 22 janvier, le Pape a reçu en audience le cardinal Marcello Semeraro, préfet du dicastère des causes des saints, et a autorisé la promulguation des décrets reconnaissant le martyre du père Augusto Rafael Ramírez Monasterio, prêtre de l'Ordre des Frères Mineurs, et un miracle attribué à l'intercession de sœur Maria Ignazia Isacchi, fondatrice de la Congrégation des Ursulines du Sacré-Cœur de Jésus d'Asola. Tous deux seront donc proclamés bienheureux.

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Le sexisme c’est tabou, on en viendra tous à bout!

Comme chaque année, notre directrice de la rédaction se plonge avec délice dans le rapport sur le sexisme en France du Haut Conseil à l’Egalité. Mais cette fois-ci, c’est décidé: elle n’entend plus écouter le HCE tant qu’il ne dénoncera pas les bobards délirants du néo-féminisme! Nous vous proposons de découvrir sa chronique.


Le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) publie son rapport annuel sur le sexisme en France. C’est mon marronnier personnel. Chaque année, le HCE explique aux Françaises combien elles sont malheureuses, opprimées, discriminées.
Le sexisme, profondément ancré dans notre société, crée un système structurant d’inégalité. Et il est évidemment reconnu comme un moteur du continuum des « violences sexistes et sexuelles », qui vont du compliment à l’agression, comme chacun sait.

A lire aussi, Simon Evans: Jeunes hommes: tous tueurs nés, vraiment?

Sexisme très méchant et sexisme faussement bienveillant

Le sexiste prend aujourd’hui deux formes, selon le Haut Conseil :
Le sexisme hostile : c’est la dévalorisation systématique des femmes et parfois les violences ; il concernerait 23 % des hommes et 12 % des femmes. À quelle catégorie appartient le sifflement dans la rue ? On ne sait pas. Mais sur ce terrain du sexisme méchant, le HCE a détecté cette année une nouvelle tendance venue, je vous le donne en mille, d’Amérique. Ce qui menace l’égalité des sexes en France, ce n’est pas l’islam radical ni le fait que nous accueillons des millions d’hommes issus de cultures peu regardantes sur les droits des femmes. Non, c’est le masculinisme. C’est la faute à Trump, bien sûr.
Le sexisme paternaliste : à côté de ce sexisme méchant, il y a un sexisme faussement bienveillant, paternaliste, qui considère les femmes comme des êtres à protéger. Il serait particulièrement répandu chez nous, les boomers.
Mais le mal est partout. 84 % des femmes ont vécu au moins une situation relevant du sexisme, apprend-on (harcèlement, violences sexuelles, blagues graveleuses…). Je m’inquiète pour les 16 % qui ne l’ont jamais rencontré et je propose de leur offrir à chacune une blague graveleuse.

A lire aussi, Vincent Citot: La grande féminisation et ses enjeux

Vous ne pouvez pas ironiser sur les violences contre les femmes ! me réplique-t-on toujours. Loin de moi cette idée. Mais se moquer des foutaises du HCE est un devoir. Ce qu’il appelle sexisme bienveillant, c’est le délicieux jeu de rôles entre les sexes où la femme est le butin et l’homme le chasseur. Personne n’est obligé de s’y prêter, on peut échanger les rôles et il n’empêche pas les femmes d’être libres et de prendre la vie d’assaut. Foutez la paix à celles qui veulent des fleurs, des compliments et des portes tenues. Ce qu’ils appellent sexisme, c’est la différence des sexes. Le HCE sera content quand il n’y aura plus ni hommes ni femmes.
Selon le HCE, le déferlement des réseaux masculinistes dans le numérique, qui prétendent répondre aux féministes, est la nouvelle manifestation du sexisme hostile. Cela va de théoriciens de l’infériorité des femmes à des primates conjurant leur peur des femmes en disant des horreurs, parfois en en faisant. 1 milliard d’euros auraient été affectés à ces causes entre 2019 et 2023 (mais c’est une paille à côté de tout ce qui est venu financer les délires wokistes). Le HCE s’inquiète de ce retour de bâton (le fameux « backlash »). J’écouterai le HCE quand il dénoncera les bobards délirants du néo-féminisme punitif et policier qui voit en tout homme un violeur en puissance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

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Léon XIV encourage à ne jamais céder aux fausses nouvelles

Dans un message rendu public à l'occasion des trente ans de l'émission “Porta a Porta” sur la télévision italienne Rai 1, le Pape met en garde contre «les nouveaux risques» liés à la manière de communiquer: l'échange de fausses informations pour des vraies, le «zapping compulsif pour l'écoute», le «doom-scrolling» pour une lecture intentionnelle, la curiosité superficielle pour un désir authentique de connaissance et les monologues pour des «dialogues» sans écoute.

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Gabon: les évêques résolus à garantir une gestion exemplaire

Il en va du témoignage évangélique et de l’action prophétique que l’Eglise est appelée rendre au sein de la société. De l’autonomie financière à la gestion budgétaire claire et inclusive, les évêques du Gabon veulent s’assurer de la mise en œuvre des normes nationales en matière de la gestion des biens et de l’exercice honnête du ministère sacerdotal, afin de garantir un modèle de vie qui donne force à la parole que l’Eglise est appelée à proclamer.

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Douglas Murray: se battre à l’israélienne

Dans son nouveau livre, Douglas Murray estime que les Occidentaux ont tout à apprendre de la combativité d’Israël face à ses ennemis. Le journaliste britannique tire un trait d’union entre nazis et terroristes propalestiniens: leur culte de la mort qui vise à anéantir les juifs est un défi existentiel pour toutes les sociétés démocratiques.


Parmi les trop nombreuses victimes de la tuerie de Bondi Beach en Australie, le 14 décembre 2025, se trouvait Alexander Kleytman. Il a succombé aux tirs d’un terroriste en tentant de protéger son épouse. Né en 1938, il avait fui son Ukraine natale pour échapper à la Shoah par balles. Réfugié en Sibérie avec sa mère, il y a connu des conditions de vie très dures avant de pouvoir, un jour, émigrer en Australie. L’engrenage mortel qu’il avait évité dans son enfance l’a rattrapé des décennies plus tard, de l’autre côté de la planète. Un trait d’union direct peut en effet être tracé entre les nazis du passé et les terroristes propalestiniens d’aujourd’hui. Ils partagent un même culte de la mort qui vise l’anéantissement des juifs et constitue un défi existentiel pour les sociétés démocratiques. C’est la thèse du dernier livre de Douglas Murray, Les Démocraties et la Mort. Israël, l’islamisme et nous. Sorti en anglais en avril, il vient de paraître aux presses de L’Artilleur dans l’excellente traduction de Niels Le Saux.

Culte macabre

Dans la langue de Shakespeare qui cultive les formules ramassées, le titre d’origine est plus explicite : On Democracies and Death Cults. Israel, Hamas and the Future of the West. On comprend déjà que, selon l’auteur, ce qui caractérise l’organisation terroriste palestinienne, c’est sa façon de placer la mort au-dessus de la vie dans toutes les circonstances. Ce culte macabre permet à ses « soldats » d’agir avec une absence totale de pitié et d’aller le plus loin possible pour inspirer la terreur à leurs victimes réelles et potentielles. Comment les sociétés démocratiques peuvent-elles résister à une telle force ? Entretenir un culte similaire serait contraire à leurs principes fondamentaux. Mais jusqu’ici, nos dirigeants se sont contentés de déclarations creuses et louvoyantes ainsi que d’actions timides et incohérentes. Pour Murray, nous avons tout à apprendre d’Israël qui a réussi à survivre contre vents et marées, et à faire preuve de combativité face aux ennemis les plus déterminés. Or on nous répète à satiété qu’Israël est un État d’apartheid génocidaire, que c’est lui l’adversaire de la civilisation et que le Hamas est du côté du Bien. Murray réfute cette inversion des valeurs. Son livre est un récit fouillé de ce qui s’est passé depuis le 7-Octobre. C’est aussi une défense d’Israël, de son existence et de sa riposte au Hamas. Enfin, c’est une réflexion sur l’étrange haine de soi des Occidentaux et un appel à l’action face aux adorateurs de la mort qui menacent le monde libre.

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Bien que connu pour ses livres, Douglas Murray est aussi un reporter de guerre. Son nouveau titre est enrichi par ses expériences. Après le 7-Octobre, il a passé au total six mois en Israël et a été deux fois à Gaza avec l’armée israélienne. Il a recueilli les témoignages de survivants, de familles de victimes et d’otages. Il a discuté longuement avec des militaires, des médecins et des psychothérapeutes. Il a interviewé les dirigeants du gouvernement et des partis d’opposition, sans omettre Benyamin Netanyahou. Il a rencontré des Arabes musulmans d’Israël et des Druzes. Et le Hamas ? Ce dernier a refusé d’accueillir le Britannique. Murray a pu pénétrer dans les prisons de haute sécurité pour parler avec les pires terroristes qui y sont détenus, mais ils n’avaient rien à ajouter aux déclarations de haine que le monde a déjà entendues.

Propagande mensongère

Car le discours du Hamas est aussi implacable que cohérent. Il est fondé sur une propagande mensongère qui, depuis le retrait d’Israël en 2005, présente Gaza comme un vaste camp de concentration où la population civile est soumise à des conditions de vie inhumaines. Murray détaille les sommes colossales données par les Américains, les Européens et le Qatar qui ont servi, non à secourir les Gazaouis, mais à enrichir les dirigeants du Hamas, et surtout à l’achat d’armes et à la construction du vaste réseau souterrain – plus de 560 kilomètres de tunnels avec 6 000 points d’entrée – destiné à abriter les combattants sous les structures civiles. Si les enfants souffrent tellement, c’est parce que le Hamas ne craint pas de les mettre en avant. Les soldats israéliens ont trouvé d’innombrables caches d’armes dans les écoles et les maisons, surtout dans les chambres d’enfants. En clair, le Hamas sacrifie sa population, enfants compris, en l’utilisant comme bouclier humain et comme vecteur de mobilisation de l’opinion internationale. Le chef Ismaël Haniyeh a déclaré en 2017 : « Les enfants sont des outils à utiliser contre Israël. Nous les sacrifions pour obtenir le soutien politique du monde. »

Comme prévu, une grande partie de l’opinion publique occidentale gobe ces mensonges et approuve ce culte de la mort. Dès le 7 octobre 2023, avant que Tsahal lance sa riposte, il y a des manifestations dans de nombreuses capitales pour protester, non contre la barbarie du Hamas, mais contre Israël. À la mort de Yahya Sinouar, les propalestiniens – qu’ils soient musulmans ou de gauche – pleurent sa disparition sur les campus et les places publiques. C’est une forme de compassion à l’envers, qui met les bourreaux à la place des victimes. Murray cite la militante canadienne Naomi Klein, qui prétend qu’Israël exhibe ses citoyens traumatisés comme arme de guerre. Elle et ses camarades sont totalement anesthésiés vis-à-vis des souffrances des juifs. Ces derniers seraient à la fois diaboliques par leur habileté et leur perversité, et des moins-que-rien ne méritant aucune empathie. Exactement le point de vue des nazis. Pas surprenant que dans les résidences gazaouies on ait trouvé des exemplaires de Mein Kampf. Pour ne pas être en reste, lors d’une manifestation propalestinienne devant l’opéra de Sydney, le 9 octobre 2023, les participants scandaient : « Gazons les juifs ! »

Après l’attentat de Bondi Beach, le Premier ministre australien Anthony Albanese a prononcé des discours où on ne trouve pas un seul mot sur le fait que les terroristes agissaient au nom de l’islam. En revanche, il a évoqué la menace de l’extrême droite. Entre une telle incapacité à nommer l’adversaire et le culte mortifère des islamistes, Murray identifie une autre voie, celle des Israéliens qui ont su combattre le mal sans célébrer la mort.

Douglas Murray, Les Démocraties et la Mort. Israël, l’islamisme et nous, L’Artilleur, 2025.

Les démocraties et la mort: Israël, l'islamisme et nous

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Le cardinal Parolin invite les jeunes à tirer les leçons de leurs échecs

Invité à une rencontre à l'Auditorium Antonianum de Rome par l'Observatoire pour la pensée indépendante, le Secrétaire d'État du Saint-Siège a répondu aux questions de quelques étudiants, réaffirmant l'attention de l'Église sur les dangers de l'intelligence artificielle, et soulignant la responsabilité de la presse dans la «formation» de l'opinion publique.

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Guatemala: L'Église préoccupée par les émeutes dans les prisons

Dans ce pays d'Amérique centrale, le bilan des policiers morts dans diverses attaques criminelles s'alourdit: il y en a eu au moins 10 selon des autorités. Mgr Gonzalo de Villa y Vásquez, archevêque de Santiago de Guatemala, l'une des zones les plus touchées, a suspendu la célébration des messes dominicales par mesure de précaution envers la population. Il a réaffirmé son engagement en faveur de la promotion de la paix.

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Et l’intime, bordel ?

La psychiatrie, de nos jours dans les sociétés occidentales, est devenue le lieu où se dépose et se médicalise une crise profondément politique et démocratique, transformant la souffrance collective, la perte de sens et l’effondrement du monde commun en troubles individuels que l’on soigne à défaut d’être autorisé à les penser vraiment.


L’année 2026 ne s’ouvre pas dans l’incertitude, mais dans la sidération. L’enlèvement de Maduro — événement que l’on disait impensable — a brutalement rappelé que même les régimes réputés les plus verrouillés peuvent se dissoudre en une nuit ; en Iran, le soulèvement a franchi un seuil irréversible, prenant le visage d’une révolution dont nul ne peut encore mesurer l’issue ni le prix humain ; la reconnaissance du Somaliland par Israël, geste diplomatique à la fois discret et lourd de conséquences, redessine en silence des équilibres que l’Occident regarde à peine, trop occupé à commenter ses propres peurs ; enfin, le coup de force de Trump sur le Groenland, assumé comme un acte de prédation stratégique à ciel ouvert, marque la fin officielle des pudeurs géopolitiques et consacre le retour d’un monde où la souveraineté se négocie désormais sans le langage du droit. Ces faits ne sont pas de simples nouvelles : ils disent quelque chose d’un monde qui ne tient plus par ses récits, mais par des ruptures, des fractures, des surgissements.

Fatigue morale

Et pourtant, à mesure que l’événement s’impose comme horizon unique de l’attention, quelque chose d’essentiel disparaît. Le vacarme du monde — stratégies, coups de force, révolutions spectaculaires, recompositions géopolitiques — occupe tout l’espace, au point d’écraser ce qui se vit à hauteur d’homme. On nous dit ce qui est important, ce qui mérite d’être regardé, pensé, commenté ; on ne nous dit plus rien de ce que vivent réellement les individus. L’actualité devient un écran, et le réel se retire.

Car ce que vivent les gens aujourd’hui ne relève plus seulement du malaise privé. C’est une expérience diffuse de désajustement, de fatigue morale, de perte de prise sur un monde qui se transforme sans eux et souvent contre eux. Peur de l’effondrement, colère sans mots, sentiment d’invisibilité, impression d’être sommé d’endurer pendant que tout se décide ailleurs : cette matière intime, silencieuse, est devenue le cœur battant de la crise démocratique. Mais elle ne trouve plus ni langage, ni lieu, ni reconnaissance.

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La démocratie se dégrade lorsqu’elle cesse d’entendre ce qui se joue dans l’intime, lorsqu’elle ne sait plus reconnaître que la souffrance individuelle est aussi un fait politique. L’écart grandissant entre le récit officiel du monde et l’expérience vécue des existences ordinaires produit une désaffiliation profonde : on ne se reconnaît plus dans la parole publique, on ne s’y sent plus inclus, parfois même plus concerné. De cet écart naissent le ressentiment, la tentation de la violence, le repli, ou le désir d’en finir avec un monde jugé mensonger.

C’est dans ce silence imposé aux vies ordinaires, au cœur même du fracas du monde, que se loge aujourd’hui la maladie de nos démocraties.

Dissolution des limites et de la société

Je reviens aujourd’hui vers des lieux que j’avais laissés derrière moi, non par oubli, mais par nécessité de survie intérieure. Je parle des institutions de santé mentale, de la pédopsychiatrie, de l’addictologie, de ces espaces où l’on recueille désormais ce que la société ne veut plus voir d’elle-même. Ce retour est récent, presque brutal, et il me surprend moi-même. J’y entre comme on entre dans une chambre trop longtemps fermée : l’air y est lourd, saturé de douleurs anciennes, d’angoisses sans mots, de violences retenues jusqu’à l’asphyxie.

Ce que je découvre là n’est pas seulement la souffrance psychique — elle a toujours existé — mais son changement de statut. Elle n’est plus l’exception, ni même la pathologie : elle est devenue le langage ordinaire d’une démocratie épuisée. Des enfants arrivent déjà vieux, chargés d’une peur qui ne leur appartient pas. Des adolescents parlent de la violence comme d’une météo intérieure. Des familles se présentent comme on se rend, vidées de toute espérance que le monde leur soit encore habitable.

Ces lieux sont devenus les dépotoirs moraux d’un ordre social qui n’ose plus se nommer en faillite. On y dépose ce que la cité refuse de penser : l’échec de la transmission, la dissolution des limites, la haine rentrée, la colère sans destinataire. Tout ce qui relevait autrefois du politique, du conflit, de la responsabilité collective, est désormais traduit en symptômes, en diagnostics, en troubles. La démocratie, incapable d’affronter ce qu’elle engendre, a confié son désarroi au soin, comme si l’on pouvait réparer une civilisation à coups de protocoles.

Je vois ainsi se déployer, sous mes yeux, le grand mensonge de notre temps : faire croire que la souffrance est toujours individuelle, que la violence est toujours personnelle, que l’effondrement du monde commun n’est qu’une somme de fragilités intimes. Ce déplacement est commode. Il permet de soigner sans accuser, d’apaiser sans comprendre, de gérer sans juger. Il transforme la démocratie en hospice, et le citoyen en patient.

Les soignants le savent. Leur fatigue n’est pas seulement celle des corps ; elle est morale, métaphysique presque. Ils tiennent debout dans un mensonge institutionnalisé : on leur demande de contenir ce que personne n’ose nommer. Ils voient bien que l’enfant violent est souvent un messager, que l’adolescent perdu est une prophétie, que l’addict est un survivant. Mais ils n’ont plus le droit de dire ce que ces vies révèlent : la décomposition lente, feutrée, de nos sociétés occidentales.

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Et pourtant, dans ces lieux dévastés, quelque chose résiste encore. Une obstination presque héroïque à ne pas réduire un être humain à son trouble. Une parole maintenue, fragile, menacée, mais vivante. Une limite posée, parfois, là où tout s’effondre. Ce sont de petites choses, presque invisibles, mais elles portent plus de vérité que tous les discours officiels sur le vivre-ensemble. C’est là, paradoxalement, que subsiste encore une forme de démocratie — non pas triomphante, mais vivante, blessée, agonisante peut-être, mais non encore morte.

Car une démocratie vivante n’est pas celle qui promet le bonheur, ni celle qui élimine le conflit. C’est celle qui accepte la tragédie de l’humain, qui sait que la peur, la colère, la haine font partie de l’histoire des hommes, et qu’il faut leur donner des formes pour éviter qu’elles ne deviennent meurtrières. Lorsqu’une démocratie renonce à cette tâche, elle ouvre la voie aux totalitarismes, toujours.

Et ils sont là, aujourd’hui, sous des visages multiples, souvent séduisants. La gauche révolutionnaire, lorsqu’elle transforme toute dissidence en faute morale et rêve d’un monde purifié de ses contradictions. Le wokisme, lorsqu’il remplace la pensée par l’anathème et réduit les êtres à leurs blessures identitaires. Le marché, lorsqu’il dissout toute idée de bien commun dans la jouissance solitaire et marchande. Et l’islamisme, surtout, lorsqu’il propose une sortie radicale de l’histoire européenne elle-même, substituant à la loi humaine une loi sacrée, close, totalisante, mortifère.

Toutes ces forces ont un point commun : elles haïssent la démocratie vivante, parce qu’elle est imparfaite, contradictoire, douloureuse. Elles préfèrent la certitude au doute, la pureté à la complexité, l’obéissance à la responsabilité. Elles prospèrent sur la fatigue des peuples, sur leur désir d’en finir avec la liberté comme fardeau.

Ce que la démocratie exige désormais de chacun est rude. Elle n’offre plus de confort moral. Elle oblige à regarder ce que nous sommes devenus. Elle demande le courage de ne pas se défausser, de ne pas tout confier au soin, à la morale, à la technique. Elle exige que chacun accepte de porter une part du conflit, de l’incertitude, de la responsabilité.

Je ne sais pas si nous en serons capables. Je sais seulement que ce qui se joue aujourd’hui, dans ces lieux de soin silencieux, annonce ce qui attend l’ensemble de nos sociétés. Tant qu’il restera des hommes et des femmes pour refuser de réduire l’humain à un cas, à un trouble, à une identité close, quelque chose de notre monde survivra.

Le reste — slogans, indignations, utopies — n’est que littérature de ruines.

La société malade

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L’Empire romain en chute libre?

Dans son livre, Tiphaine Moreau contredit la vision d’une chute brutale de Rome pour montrer un lent processus de transformations et de résiliences, dont l’héritage culturel relativise nos discours déclinistes contemporains.


Evidemment, les analogies sont tentantes ; elles fleurent l’air du temps : auteur d’un essai intitulé La Tragédie migratoire et la chute des empires (éditions Odile Jacob), Chantal Delsol, par exemple, l’assurait dans un entretien donné au Figaro : « comme à l’époque de la chute de Rome, l’Occident vit l’effondrement d’un vieil Empire ». L’historienne Tiphaine Moreau, penchée quant à elle sur « les derniers feux de l’Occident romain », ne se risque pas pour sa part à ces oracles de Cassandre.

Un lent effondrement

Plus sobrement intitulé Le Bas–Empire, mais nourri de très haute érudition, son livre explore, avec une minutie quasi horlogère et dans un luxe de détails parfois intimidant pour le lecteur non spécialiste,  la chronologie de ce « crépuscule » : Tiphaine Moreau en révise à nouveaux frais les étapes, moins pour en déplorer l’improbable fatalité que pour, tout au contraire, brosser, de cet empire romain tardif, dans son inextricable complexité, un panorama propre à « réviser la boussole, compléter le puzzle », pour reprendre sa formule imagée. Car d’après elle, les fameuses « invasions barbares » s’inscrivent bien plutôt dans un contexte de longues « résiliences » politiques, qui servent d’amortisseur à l’effondrement du vieil édifice impérial. Tout ne serait donc pas perdu pour le Vieux Continent, si l’on tient absolument à s’accrocher à ces téméraires rapprochements entre l’Antiquité tardive et notre Occident si malmené à l’aube du troisième millénaire !

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Quelques cartes liminaires posent fort utilement les jalons de cette lente désintégration (les diocèses de l’Empire romain à la fin du IIIè siècle ; son partage en 395 ; la géographie de l’occident romain en 475), tandis que, ponctuant un récit nourri, il faut le reconnaître, jusqu’à la saturation, des tableaux renseignent, par exemple, sur l’état de l’administration au temps de Constance II, ou encore sur « la dynastie théodosienne »…  Autant dire que, si Rome ne s’est pas défaite en un jour, elle n’est pas, s’il faut en croire l’émérite Bertrand Lançon, « un vieillard au bout du rouleau ». Mais, poursuit le docte préfacier, « l’histoire du Vè siècle a été construite a posteriori, avec le point de mire qu’est la ‘’chute’’ de l’Empire romain d’Occident, cela à une époque qui préfère le ‘’bang’’ au murmure et, non sans un attrait morbide, l’effondrement à la discrète extinction ». De fait, surenchérit Tiphaine Moreau, « jusqu’au XXème siècle, le ‘’Bas-Empire‘’ est essentiellement pensé par des historiens déclinistes. Tout un champ lexical rapporté au déclin (‘’décadence’’, ‘’agonie’’, ‘’vieillesse’’) a durablement caractérisé cette période ». Et d’évoquer la toile captivante, si délicieusement kitsch de Thomas Couture (1815-1879), Les Romains de la décadence, millésimée 1847, laquelle trône à bon escient dans la nef du musée d’Orsay.

Dérèglements monétaires, épidémies, troubles militaires et religieux…

A rebours d’une supposée sénescence, cet empire qui, au début de la période considérée, « s’étire sur cinq de nos fuseaux horaires et réunit environ 50 millions d’habitants », va donc se transformer sous la pression de « l’altérité barbare […], en partie une construction mentale des Romains, utile à leur patriotisme », précise l’historienne : « c’est au IIIè siècle que le vocable barbarium vient à désigner l’espace situé au-delà des frontières de l’Empire ». Et de dérouler, sur quelque 350 pages d’une impressionnante – et quelque peu suffocante – densité factuelle, les péripéties hautes en couleur de ce bouleversement, depuis Gallien jusqu’au temps de Théodose. Il serait vain, dans les limites du présent article, d’en résumer les enchaînements et les articulations, tant surabondent, de chapitre en chapitre, les noms des lieux et des acteurs de ce drame aux intrigues enchevêtrées : dérèglements monétaires, épidémies, troubles politico-militaires, changements climatiques, persécution et affirmation du christianisme au sein du paganisme, usurpations, soubresauts des pouvoirs, enracinement des dynasties, crises de succession, clivages entre cultes concurrents, rupture de l’Empire bicéphale et partage de l’Empire romain (395)… D’Aurélien à Julien, en passant par le long règne de Constantin jusqu’à celui de Théodose – « derniers empereurs à avoir gouvernés seuls l’ensemble de l’Empire romain » -, configurations inédites de ces successives dyarchies et autres polyarchies, bras de fer avec le pouvoir épiscopal, sac de Rome (410) par les Goths, effacement, enfin, au Vè siècle, des cultes traditionnels, quand sonne l’heure des Huns et des Vandales…

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Cette seule citation donnera une idée de la jungle où le lecteur est invité à pénétrer : « En échange de leur soutien, les Goths sont autorisés à prendre le contrôle de Narbonne en 402, tandis que le roi des Burgondes Gondioc (mort en 473) obtient rien de moins que la fonction de maître des milices, avec le contrôle de Lyon et de la vallée de la Saône. En revanche, au sud, les Vandales continuent de menacer l’Italie d’un débarquement. Le mariage d’Eudoxia avec son fils aîné Hunéric légitime les prétentions de Genséric à réclamer des terres occidentales en dot. L’empereur Léon parvient à obtenir la libération d’Eudoxia et de Placidia, mais le traité qu’il conclut en 462 avec le roi vandale interdit toute intervention militaire en Afrique. Ricimer est contraint de réduire l’horizon géographique de ses prétentions. Bien que docile, Libius Severus ne lui est d’aucune utilité et l’Italie se trouve maintenant entourée de concessions territoriales, peu ou prou consenties à des ‘’seigneurs de la guerre’’ et des rois barbares aux pouvoirs de plus en plus indépendants de Rome ». On le voit, l’Histoire n’est jamais chose simple. Anthémius, Childéric, Riothamus, Odoacre, Gondebaud, Olybrius, Zénon, Trocundos, Aspar ou Julius Nepus – un florilège poétique d’obscurs patronymes investit cette « chute sans bruit » de l’Empire romain, « alors que l’autre fleurit vers ce que les savants appellent ‘’ l’Empire byzantin » », amené à conserver une grande puissance au cours du Moyen Age ».

Rassurant

Attentive, comme on l’a vu, à s’affranchir des lectures romantiques peignant une déréliction sans appel de la puissance romaine, Tiphaine Moreau a soin de souligner, par exemple, que « les élites romaines ont subsisté au-delà de la fin de l’administration romaine de l’Occident et ont été les réserves d’une culture qui ne s’est pas déromanisée » ; ou encore,  que « la langue latine […] s’est maintenue dans les royaumes barbares » ; que « la culture classique a continué d’être portée dans le sud de la Gaule au sein des familles sénatoriales, au moins jusqu’au milieu du VIIè siècle ». En bref, que « l’histoire de la civilisation romaine précède la période impériale et en excède la fin ».

De nos jours où, à tort ou à raison, la vision ‘’décliniste’’ de l’Occident vient aveugler toute projection un tant soit peu chargée d’optimisme, la leçon est rassurante.     

 A lire : Le Bas Empire. IIIè-Vè siècle. Les derniers feux de l’Occident romain, par Tiphaine Moreau. 512p., Editions Perrin, 2026.  

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L’ébéniste et la Mairie de Paris

Ivan Lulli est le dernier ébéniste-sculpteur du centre de Paris. Un chêne qui ne parle pas la langue de bois !


Nous lui avions consacré un portrait en 2021 mais de l’eau a coulé depuis « sous l’pont d’l’Alma »… Ivan, aujourd’hui, pousse un coup de gueule qui mérite, nous semble-t-il, une réponse, à la veille des élections municipales.

Mais « résumons » d’abord un peu le personnage…

Fondé en 1965 par son père italien Adelfio Lulli, son atelier d’ébénisterie a été classé récemment à l’inventaire des bâtiments de France. Les amoureux de Paris s’y rendent toujours avec joie, passage du Bourg-L’Abbé (entre la rue Saint Denis et le boulevard de Sébastopol), car rien n’a changé depuis : ni les machines, ni le téléphone, ni l’éclairage : tout est resté dans son jus, au milieu des copeaux de bois. Ivan a toujours eu une grande admiration pour son père. C’est pourquoi il a fait peindre le cartouche de la devanture à la feuille d’or : « A. Lulli & Fils depuis 1965 ». 

Le Caruso du rabot 

« C’était un grand monsieur tant par sa bonté que par sa taille. C’était un artiste, il avait compris la matière, ce qu’il m’a transmis d’ailleurs. Ancien garde pontifical au Vatican, puis cameraman à la Rai (Radiotelevisione italiana), il est venu refaire sa vie à Paris où il a appris la feuille d’or et la polychromie chez les plus grands décorateurs de l’époque (comme Jansen et Bagès). En créant cet atelier, il a contribué à la renommée de ce quartier qui était alors un village fourmillant de commerces ; les forts des Halles et les prostituées faisaient régner l’ordre dans les rues : on n’avait pas intérêt à les emmerder ! La rue Saint Denis était en fait l’une des plus sûres de la capitale, preuve que les classes populaires savent très bien se débrouiller toutes seules. »

Que reste-t-il de tout ça ? « Pas grand-chose. Le quartier est devenu aussi vide et triste qu’un tiroir de chez IKEA. »

En 1977, Ivan Lulli intègre la prestigieuse école Boulle en tant qu’ébéniste-marqueteur. Il développera par la suite la parqueterie à motifs (l’art des parquets conjuguant les différentes essences de bois précieux).

Son père est né dans le village étrusque de Palestrina (à 40 km de Rome), un nom rendu célèbre par le créateur de la polyphonie – le compositeur Giovanni Pierluigi da Palestrina né là il y a exactement cinq siècles en 1526. Autant dire qu’Ivan est passionné de musique comme en témoignent nombre de ses sculptures qui rendent hommage à cet art en matérialisant les notes en trois dimensions (bronze, bois, résine). Quand ses admiratrices viennent le voir (dans le quartier, on le surnomme « le Caruso du rabot ») elles le trouvent souvent en train de fredonner en poussant la chansonnette.

Il balance pas les noms

Durant toute sa carrière, Ivan Lulli a travaillé pour des artistes sensibles qui aimaient lui rendre visite, comme Georges Moustaki, Sylvia Montfort, Pierre Cardin « et d’autres acteurs et actrices dont je tairai le nom par discrétion ». La collection Pierre Cardin détient toujours son magnifique cheval en bois de tilleul commandé par le couturier qui lui avait dit lors de la livraison : « Ivan, vous avez mis tout votre cœur dans cette sculpture ». Ses réalisations ont aussi été exposées dans différentes galerie (place des Vosges, place du Tertre, Art Club Galerie en face du Louvre). Avec d’autres artisans émérites, il a reçu en 2021 la médaille du mérite de la Ville de Paris.

Surtout, Ivan est un homme instinctif et généreux qui aime offrir : « Plus on donne, plus on reçoit, c’est un fait d’expérience. » Son zèle altruiste le pousse ainsi à former gratuitement 25 apprentis chaque année. Au quotidien, il travaille pour toutes les classes sociales. Son atelier est apolitique et sans religion. Bref, « un mec bien »

En 2025, il lui est arrivé quelque chose. « En rapatriant la sépulture de mon père dans son village natal, à Palestrina, j’ai eu le plaisir de retrouver un ami d’enfance qui aujourd’hui est le responsable de la maison du compositeur, devenue musée. Je lui ai dit que j’avais depuis longtemps le désir d’offrir une de mes œuvres à ce musée. Je lui ai lu ce très joli texte de Victor Hugo qui encense Pier Luigi da Palestrina :

« Puissant Palestrina, vieux maître, vieux génie, je vous salue ici père de l’harmonie, car ainsi qu’un grand fleuve où boivent les humains, toute cette musique a coulé de vos mains. » 

Marché conclu entre deux verres de Chianti et quelques olives. La cérémonie se fera au cours de l’été 2026 dans le cadre de l’anniversaire des 500 ans de la naissance de l’auteur de la Messe du Pape Marcel.

Alors, quel est donc le motif de son courroux ?

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« Cela fait des années que je veux donner au Bataclan et à Notre-Dame de Paris une grande sculpture en bronze représentant une note de musique. Pourquoi Notre-Dame ? Parce que le solfège occidental a été inventé là, au Moyen Age, autour de Notre-Dame de Paris ! Les notes ont été créées à partir des syllabes de l’hymne de saint Jean-Baptiste :

UT queant laxis
REsonare fibris
MIra gestorum
FAmuli tuorum
SOLve populis
LAbii reactum
(la septième note, le SI, recevra son nom plus tard)

Un ébéniste qui chante un cantique médiéval en latin vous en connaissez beaucoup ?

« Pour le Bataclan, il me semblait évident de proposer un mémorial qui pourrait se trouver en face du bâtiment où trône un triste urinoir public ! C’est un don. Pas question de faire de l’argent sur le dos des victimes de l’attentat. Je veux ainsi apporter ma contribution à la mémoire de la ville de Paris, comme l’ont toujours fait les artisans parisiens depuis des siècles : Violet le Duc, Guimard, Morris, etc. Des personnes ont perdu la vie ici parce qu’elles étaient venues écouter de la musique. Une sculpture en cet endroit aurait toute sa place. Mais voilà, personne ne me répond, comme si le fait de donner n’avait aucune valeur ni aucun sens ! Personne. Mon projet ne semble pas intéresser les personnes hautement placées.»

« Mais mon pauvre Ivan, lui dis-je, ce que tu vis, c’est ce que nous vivons tous, au quotidien. Si tu n’es pas Jeff Koons, si tu n’es pas puissant, personne n’a de raison de te répondre ! » 

La colère d’Ivan me touche car elle exprime une colère sourde que je ressens en ce moment, comme si nous vivions dans une société atomisée où plus personne ne répond à personne… L’instantanéité de la communication a fini par déboucher sur le vide et l’annihilation de la personne.

Dans sa monumentale biographie en trois tomes de Kafka, Reiner Stach explique d’ailleurs à quel point l’art de communiquer par lettres s’est effondré en Occident, signe d’une décadence de l’expression de soi et d’un oubli de l’autre. Kafka a écrit des centaines de lettres magnifiques dans lesquelles il mettait toute son âme. Aujourd’hui nous envoyons des SMS qui ressemblent à des crottes de lapin.

Ivan, pourtant, avait pris la peine d’écrire de belles lettres, au stylo plume, sur du beau papier vélin, avec une belle enveloppe et un timbre. Il avait tracé ses lettres, ses mots et ses phrases comme on nous avait appris à le faire à l’école primaire, avec des pleins et des déliés… Ses lettres ne méritaient-elles pas au moins une réponse ? Quand un citoyen propose de faire quelque chose pour sa Cité, n’est-ce pas louable ?

« Palestrina est le plus vieux village étrusque d’Italie. On appelle ce pays l’Etrurie. Je dirais que la France, c’est l’Huîtrerie : les gens sont devenus fermés comme des huîtres ! »

Appel aux futurs candidats à la mairie de Paris : répondez à Ivan Lulli ! 

Victor Hugo l’a génialement montré dans Notre de Dame de Paris et Les misérables : le peuple de Paris a toujours eu besoin de s’emparer de ses monuments pour leur donner une patine. Ivan Lulli est l’un des porte-parole de cette mémoire collective. Voici un artisan philanthrope qui veut rendre hommage aux victimes du terrorisme islamique. Il ne demande pas un sou. Il est prêt à donner comme beaucoup d’artistes peintres et sculpteurs ont donné à leur ville (Rodin, Brancusi, Puvis de Chavanne, etc). Réponse ? néant.

Ivan a pour habitude de citer cette très belle phrase de Dostoïevski : « L’art sauvera le monde ». Allez papi Lulli, je suis avec toi !

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January 21, 2026

Lettre à tous ceux qui ont le pouvoir de faire changer les choses
L’autre jour, me voilà décidé à acheter un jambon. Tant qu’à faire, qu’il soit produit localement dans les monts de Lacaune, et si possible, avec un cochon français. Je jette mon dévolu sur une marque d’ici : voulant vérifier la provenance de mon jambon,...
Le journalisme peut désarmer les cœurs de la haine et du fanatisme

Au nom du Pape Léon XIV, le cardinal Pietro Parolin a adressé un message aux représentants des médias catholiques rassemblés au sanctuaire de Lourdes à l’occasion des 29è journées saint François de Sales. Il souligne la nécessité d’amplifier la voix des artisans de paix et d’écouter celle des plus faibles.

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Cardinal Krajewski: ne restons pas indifférents à la souffrance du peuple ukrainien

C'est un appel fort que lance l'aumônier du Pape face à l'aggravation de la crise humanitaire dans ce pays d'Europe de l'Est après les récents bombardements, en particulier sur Kiev. Le dicastère pour le Service de la Charité demande de soutenir la collecte lancée par la basilique Sainte-Sophie à Rome: des couvertures, des vêtements chauds et bien d'autres choses encore sont nécessaires.

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Cardinal Parolin: les tensions entre Trump et l'Europe aggravent le climat international

Invité à la réunion de clôture des célébrations du 25e anniversaire de l'Observatoire pour la pensée indépendante, et interrogé par les journalistes sur les tensions entre les États-Unis et l'Europe, le Secrétaire d'État du Saint-Siège a déclaré qu'il était essentiel «de discuter des points controversés, mais sans entrer dans la polémique et sans créer de tensions».

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Règlement de comptes à OK Davos

Très attendu par les élites de la mondialisation à Davos, le président américain, qui a récemment envisagé d’annexer le Groenland ou de sanctionner commercialement les pays récalcitrants à l’avènement de son « Conseil de paix » (une sorte d’ONU bis, placée sous son égide) parviendra-t-il à convaincre qu’il n’est pas le simple leader vulgaire d’une «internationale réactionnaire», mais qu’il porte un véritable projet?


Règlement de compte à OK Davos : ce mercredi, le cow-boy Donald Trump est attendu, comme une provocation, dans le sanctuaire ouaté du mondialisme institutionnalisé. Les échanges devraient y être rudes, sinon brutaux. La stratégie primaire du poing dans la gueule n’est pas à exclure.

Patriotes 1 – Mondialistes 0

Tout oppose, en effet, les partisans des « sociétés ouvertes », dont Emmanuel Macron se veut une figure inspirée, à celui qui ne cesse de répéter à travers ses deux mandats à la tête des Etats-Unis : « L’avenir n’appartient pas aux mondialistes, l’avenir appartient aux patriotes ». Le Conseil de paix, que Trump veut mettre en place, est d’ailleurs une remise en question des organisations mondialistes et singulièrement de l’ONU. Cette initiative, à laquelle s’oppose le président français, entend œuvrer à « une paix durable (qui) nécessite un jugement pragmatique, des solutions de bon sens et le courage de s’écarter des approches et institutions qui ont trop souvent échoué ». Cet argumentaire reprend en fait les éléments fondamentaux de la « révolution du bon sens » qui avait été, il y a un an, le socle du discours d’investiture de Trump. En février 2025, à Munich, son vice-président J.D. Vance avait déjà malmené les Européens, accusés d’avoir peur de leurs peuples et de ne rien voir des risques d’une immigration de masse. Le 5 décembre, la Maison-Blanche mettait les points sur les i en alertant l’Europe sur son risque « d’effacement civilisationnel ». C’est a priori sur ce même ton que Trump devrait s’adresser à ceux qui ne voient en lui, comme l’accuse Macron, que le leader d’une « internationale réactionnaire ».

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Quasi unanimité contre Trump

La question est de savoir qui, des souverainistes ou des universalistes, a raison. Or, dans ce débat conceptuel, le rejet que suscite le mondialisme appuie l’analyse de Trump, en dépit de l’unanimisme médiatique qui l’accable. Partout sur la planète, et singulièrement en Europe, s’observe le réveil des peuples, des nations, des identités, des enracinements derrière des frontières protégées.

Le monde de Davos, minoritaire, est étranger à la vie des gens ordinaires.

Dans l’opposition idéologique voulue par Macron entre progressistes et populistes, ce sont ces derniers qui sont invités à écrire l’histoire au nom des citoyens oubliés. Trump n’est pas seulement ce personnage mal élevé, mégalomane et imprévisible décrit à l’envi par la presse moutonnière. Certes, je vois ses défauts et ses lourdeurs. Je n’excuse pas non plus la légèreté de son message du 13 novembre encourageant les Iraniens à poursuivre leurs manifestations sous les balles de leurs bourreaux islamistes et promettant : « L’aide est en route » ; jusqu’à ce jour, elle n’est toujours pas arrivée. Cependant, je remarque aussi que Trump a fait l’effort de penser le monde qui vient. Du moins, sa ligne de conduite répond à des analyses de cercles de réflexion qui ont acté l’urgence d’en revenir à la démocratie et aux souverainetés nationales. Ce travail intellectuel, Macron refuse de l’entamer quand il persiste à défendre une oligarchie européenne qui lui impose le Mercosur et le pousse à s’éloigner toujours plus des Français qu’il ne comprend pas. Et réciproquement.

La révolution des oubliés

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Sentez-vous cette odeur de mort ?
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KFC, Quick, Five Guys… Quand le halal fait recette

Halal: le grand silence


La chaîne de poulet KFC a annoncé que 24 de ses 404 restaurants français passaient, à partir du 21 janvier 2026, au halal, conforme au rite musulman. Elle rejoint là d’autres chaines, comme Five Guys, qui a déjà six restaurants rapides hallal et ne sert plus d’alcool (pas de bière, donc). L’enseigne belge Quick, qui avait frôlé la disparition en 2015, s’est mise à servir exclusivement de la viande halal à partir de 2021 en Belgique et France… Un choix gagnant : l’entreprise est désormais prospère. La chaîne Pizza Hut suit le mouvement avec 13 restaurants hallal. De leur côté, les principales enseignes que sont McDonald’s et Burger King se contentent, elles, de proposer des produits à base de poisson pour attirer tout de même une partie de la clientèle musulmane, pour le moment.

Le halal en progression fulgurante

Parmi les quelque 6 millions de musulmans estimés en France, 67% choisissent « systématiquement » de la viande hallal, et 15 % en achètent « la plupart du temps » (IFOP, 2020). De même, près de 7 personnes sur 10 de confession musulmane achètent des desserts, des chocolats ou des bonbons halal (sans gélatine notamment). Lorsqu’ils achètent leurs produits alimentaires, 58% de ces consommateurs vérifient la composition pour s’assurer qu’ils ne contiennent pas d’ingrédients non halal comme de la gélatine animale, de l’alcool ou du porc, par exemple (un chiffre en augmentation de 10 points sur dix ans).

La viande halal s’est taillé la part du lion ces dernières années, et essaime dans les supermarchés, au point qu’on achète souvent hallal sans le savoir, les abattoirs français ne faisant plus guère la distinction. L’économie halal en France affiche une progression remarquable. En 2025, son chiffre d’affaires est estimé entre 7 et 12 milliards d’euros, contre 5,5 milliards en 2010, soit une augmentation de 27 % en quinze ans. Ce dynamisme place la France au deuxième rang mondial, derrière la Malaisie[1]. Parmi les 10 millions de consommateurs réguliers identifiés, près de trois millions ne sont pas musulmans, selon l’institut Solis. Cette progression constante s’inscrit dans un mouvement global : le marché mondial du halal est évalué à 7 000 milliards de dollars, avec une projection de 10 000 milliards de dollars d’ici 2028[2].

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La viande hallal – dont le mode d’abattage fut combattu avec âpreté par la star Brigitte Bardot, disparue dernièrement – reste un problème très délicat à aborder : il est parfaitement licite que les musulmans en disposent, mais des tensions se créent dès lors que l’on aborde le sujet, car le spectre du racisme rôde. Sur le fond, peut-on en discuter sans polémiques ? Un exemple : l’absence de porc devient fréquente dans les cantines des grandes villes. Doit-on l’accepter ? Oui ou non ? Déjà, lors de son élection en 2007, Nicolas Sarkozy évoquait la question…

Se pose également le défi de la mort des bêtes. Il existe trois façons de tuer les animaux d’élevage : l’abattage dit conventionnel, avec électronarcose préalable et divers paramètres électriques aux normes européennes, l’abattage halal sans électronarcose (c’est le halal, et aussi le casher) enfin l’abattage halal avec une électronarcose atténuée, marginal car peu apprécié des musulmans. Chez les musulmans, l’animal encore vivant est d’abord tourné vers la Mecque. Le sacrificateur, agréé par l’une des trois grandes mosquées de France, prononce une bénédiction puis, une fois égorgé, laisse l’animal se vider de son sang. Ceci posé, l’électronarcose traditionnelle n’empêche pas les animaux de ressentir la peur, pour être honnête ; en revanche, elle abrège la souffrance.

Des clients assistent à la préparation de leurs moutons, dans un abattoir temporaire installé dans un hangar de Pantin, en 2004 © THOMAS COEX / AFP

L’abattage rituel des animaux sans étourdissement est une dérogation aux lois françaises,  strictement encadrée par les articles R214-73 à R214-75 du code rural, modifié selon la circulaire du 14 juin 2018. En clair, le législateur consent à fermer les yeux sur la souffrance de ceux qu’elle considère clairement comme des « êtres sensibles » via les articles 515-14 du code civil et L214-1 du code rural. La souffrance animale est reconnue comme telle – voir les dispositions précitées – mais l’Etat la combat sans vigueur, malgré les protestations des défenseurs des animaux.

Le rite religieux de la fête de l’Aïd el-Kébir crispe culturellement certains Français autochtones, et tous les défenseurs des animaux

Il faut évoquer en outre la fête dite de l’Aïd el-Kébir, célébrée à partir du dixième jour du mois lunaire de dhou al hijja, durant trois jours. La date est décalée chaque année ; le calendrier de l’Hégire considère que nous sommes en 1428. Les musulmans y sont invités à sacrifier un mouton selon un rituel précis. Le service Hallal de la Grande Mosquée de Paris prescrit ainsi que « l’agneau ne doit pas être borgne, il ne faut pas qu’il ait la queue coupée et qu’il ait moins d’un an ». Lors de cette fête, de nombreux moutons, des milliers de par le pays, sont égorgés dans des conditions brutales chez des particuliers, à même le sol souvent – parfois dans les salles de bains ou dans des jardins et cours d’immeubles, privatisés pour la circonstance. 

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Par surcroît, le sacrifice du mouton est un spectacle familial qui interroge. Le site El Moujahid (du journal éponyme, le plus vendu en Algérie) s’en est d’ailleurs fait l’écho en 2022 avec plusieurs témoignages : « Les avis des spécialistes sont contradictoires quant à laisser les enfants assister au sacrifice. Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours assisté étant enfant à l’égorgement du mouton de l’Aïd et je me porte bien » ; « Tout cela se passe dans une ambiance de joie et de bonne humeur sans aucun incident » ; « L’Aïd n’est fait ni pour torturer les moutons ni pour traumatiser les enfants, bien au contraire, c’est un événement crucial attendu impatiemment par les familles algériennes et particulièrement par les enfants qui y voient une fête et rien d’autre ».

Comme souvent, la France possède une législation spécifique (le recours à l’abattage clandestin est un délit réprimé par une peine allant jusqu’à six mois d’emprisonnement et 15 000 € d’amende) qui s’avère très peu appliquée. A l’instar du voile islamique, les amendes sont distribuées au compte-gouttes, et dépassent rarement quelques centaines d’euros, bien loin du maximum théorique. Et rien n’est réellement entrepris par le législateur pour faire stopper l’abattage privé lors de l’Aïd, malgré la pression des associations de défense des animaux. 

La viande hallal, pour résumer, pose trois défis : l’abattage des bêtes sans étourdissement, ce qui est cruel, le fait de supprimer le porc dans les établissements publics, enfin les débordements de l’Aïd. A ces questions, il n’y a aucune réponse convaincante pour l’instant, quand l’islam est devenu la deuxième religion de France. Là comme ailleurs, nos gouvernements regardent passer les trains.

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[1] Source : l’essentiel de l’éco

[2] Source : Ocun groupe

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«Siegfried» à l’Opéra de Paris: un héros frappé d’impuissance

Des voix magnifiques, un orchestre glorieux, une mise en scène assassine : à l’Opéra de Paris le troisième volet de la Tétralogie confirme et le triomphe de la musique et la déroute du théâtre.


S’il existait un bagne où enfermer les auteurs de mises en scène exécrables afin de les empêcher définitivement de nuire, nul doute que celui qui saccage aujourd’hui le cycle wagnérien du Ring à l’Opéra de Paris  mériterait de croupir dans la cellule la plus sombre, la plus humide, la plus infestée de rats et de cancrelats. En attendant une bien improbable rédemption.

Au panthéon des impostures

Après L’Or du Rhin, après La Walkyrie, c’est donc au tour de Siegfried d’endurer les idées calamiteuses et les réalisations faiblardes de Calixto Bieito. Alors qu’il s’est trouvé à l’Opéra quelqu’un d’assez inconséquent pour avoir eu l’idée lumineuse de lui confier l’exécution scénique de la Tétralogie, le metteur en scène espagnol poursuit avec opiniâtreté un parcours qui fera sans doute entrer cette dernière au panthéon des impostures artistiques.   

S’il était au moins révolutionnaire ! S’il avait assez de puissance et de mordant pour culbuter le monde des dieux et des héros germaniques !  Mais non ! Sa lecture n’est rien d’autre qu’illisible, obscure, sans vision. Et alors que ses mises en scène se veulent iconoclastes, elles ne sont qu’infantiles.

Il faut reconnaître que sous cet angle, il fait fort, le Calixte. Tout au long du Ring, il accumule les inepties, les procédés les plus calamiteux avec une générosité qui vire à la prodigalité.  Et comme il semble ne rien comprendre à cet Himalaya musical qu’est la Tétralogie et ne pas pouvoir offrir une réponse pertinente à une musique qui le dépasse, il empile les interventions parasitaires là où le néophyte le plus primaire songerait même à faire silence et à laisser s’écouler la musique sans polluer visuellement le plateau.

Il est possible que Calixto Bieito se voie comme un grand réformateur de la scène wagnérienne. Peut-être, allez savoir ! se prend-il même pour un génie. Un génie incompris certes ! De ceux qui se pensent victimes de la noire incompréhension de leurs contemporains.

La lance et le torchon

Il serait terriblement fastidieux de relever toutes les « trouvailles » que le funeste Calixte éparpille tout au long de la partition. Et pourtant ! Elles pourraient être élevées au rang de pièces d’anthologie. Car elles ne font rien d’autre que révéler une indigence de conception, une exemplaire insensibilité à la musique comme à la puissance du mythe. Et il serait parfaitement injuste de passer sous silence cette prodigieuse débauche de bêtise et de gratuité.

Admirer Siegfried agiter devant lui une serpillière à l’instar d’une ménagère exaltée ou le voir se plonger la tête dans un seau alors qu’il chante à tue-tête la gloire de Notung au cours de l’un des épisodes les plus héroïques de l’opéra, c’est là un plaisir rare dont on ne se régalera probablement pas de sitôt. Le contempler sautillant sur une portière de voiture découverte dans la forêt où croupit Fafner en est un autre tout aussi délicat. Le voir tourner le dos au dragon et se recroqueviller à genou face au public ou saisir l’instant où d’un coup de torchon il brise la lance incertaine de Wotan en sont deux autres encore et des plus savoureux.

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De tous les personnages de l’ouvrage, Siegfried est évidemment le plus abondamment gâté par le metteur en scène. Mais découvrir un Mime ressemblant au choix à Tartarin de Tarascon ou à un représentant de commerce ; ou un Fafner recouvert de colifichets qui sont des crânes et métamorphosé en lapin à grandes oreilles, comme dans le Sacré Grall des Monty Python, ne sont pas non plus des agréments à négliger. Pour ne rien dire de l’ivresse avec laquelle on découvre la déesse Erda, que Wotan rappelle du plus profond de cette Terre dont elle est la déesse, laquelle apparaît en toute simplicité dans une combinaison bordée de dentelles synthétiques en portant une petite marmite… avant de recevoir une solide raclée du dieu pour qui elle eut jadis des faiblesses et de se voir assignée à demeurer en marmonnant sur une chaise, avec une nappe sur sa tête couronnée de l’anneau sacré.

Un exubérant désastre

Si de Siegfried le metteur en scène a délibérément voulu faire un impuissant, il l’est bien davantage lui même : tout son propos n’est jamais qu’une accumulation d’enfantillages parfaitement grotesques, infestant de bout en bout une partition qui touche au sublime.

De cet exubérant désastre émergent toutefois un décor sylvestre de Rebecca Ringst, des images fugitives de ruines noyées dans la verdure telles qu’on les voit sur cet îlot japonais qui abritait jadis un complexe industriel, le tout accompagné de beaux effets lumineux de Michael Bauer : ils rachètent à grand peine les détestables tableaux de L’Or du Rhin et de La Walkyrie. Mais ce décor condamne le plus souvent les artistes à ne pouvoir s’agiter que sur le devant de la scène. Et ce qu’il pourrait offrir de poétique n’est pratiquement pas exploité.

(C) Herwig Prammer / OnP

Reste le chant et le théâtre. La distribution dans Siegfried est vocalement aussi éclatante, aussi brillante que celle de La Walkyrie. Vocalement. Car le jeu théâtral d’acteurs mal dirigés laisse fort à désirer. Comment leur en vouloir quand tout est fait pour les ridiculiser de façon parfaitement gratuite, entre absurdité de l’action scénique et costumes d’une laideur épique ? On aurait souhaité un Mime (Gerhard Siegel) plus grinçant, plus fielleux, plus putride même ; une Erda (Marie-Nicole Lemieux) hiératique et bouleversante ; un Oiseau de la forêt (Ilanah Lobel-Torres) qui ne ressemblât point à un clown de cirque ambulant.

Comme s’il avait été épargné par le sort, le sombre, le terrible Alberich de Brian Mulligan échappe par miracle au carnage. Mais comment le Wotan de Derek Welton, condamné à réparer sa lance chancelante avec un ruban adhésif, pourrait-il dans un tel contexte imposer sa stature et son chant de dieu bientôt déchu ? Comment le Fafner de Mika Kares peut-il encore impressionner quand sa voix sépulcrale est étouffée sous son masque de lapin ?

De glace et non de feu

Quant aux interprètes de Siegfried (Andreas Schager) et de Brünnhilde (Tamara Wilson), dotés qu’ils sont d’une apparence qui n’incite guère à la romance – elle d’une pâleur cadavérique et boudinée par des sangles qui l’enrobent comme une pièce de viande, lui en clochard dégoulinant de sang – s’ils triomphent vocalement dans ce duo final qui est l’un des sommets de l’art lyrique, ils sont tellement desservis par les monstruosités de la mise en scène que leur résilience apparaît proprement héroïque.

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Pour accéder à l’ex-déesse endormie, le héros a dû briser un bloc de glace. Car c’est la grande innovation du brillant Calixte : c’est désormais d’un rideau de glace et non de feu que Wotan a cerné la couche de sa fille répudiée. Même si le livret s’obstine à clamer le contraire.

On l’aura bien compris : si la mise en scène appelle les qualificatifs les plus venimeux, elle dessert non seulement Wagner qui en a vu d’autres, mais surtout des artistes brillants qu’elle aurait dû servir.

En se voyant déjà rois, ils resteront des nains

Echappant au carnage, l’Orchestre de l’Opéra de Paris est assurément le grand triomphateur de ces représentations de Siegfried. Dirigé par Pablo Heras-Casado qui se libère des ses faiblesses apparues dans L’Or du Rhin, la formation atteint au sublime dans les passages dépouillés de chant où il règne en maître. Que ce soit dans la fièvre où se forge Notung, dans les Murmures de la forêt, dans la tourmente qui ouvre le troisième acte ou lors de l’éveil de Brünnhilde, que le son soit ici cristallin ou transparent, là onctueux et sensuel, là terrible, là encore ardent et inhumain, l’orchestre atteint la plénitude.

C’est cette magnificence des voix, cette somptuosité de l’orchestre qui rendent encore plus coupable une mise en scène qui les dessert ou même qui les nie. C’est ce qui fait apparaître plus intolérable encore la présomption de Calixto Bieito et l’aveuglement de ceux qui ont fait appel à lui.  

Des choses que résume bien involontairement, mais très pertinemment le programme du spectacle édité par l’Opéra : à sa quarante-troisième page, il dévoile un poème en prose de Stéphane Héaume où il est écrit qu’en « se voyant déjà rois, ils resteront des nains ».


Siegfried Opéra de Richard Wagner.
5h10 avec 2 entractes

Opéra de Paris Bastille. Jusqu’au 31 janvier.

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L'Église au Venezuela veut être «un lieu de rencontre pour tous»

À un moment extrêmement difficile où la nation sud-américaine tente de trouver équilibre et stabilité, Mgr Jesús Andoni González de Zárate Salas, archevêque métropolitain de Valence au Venezuela et président de la Conférence épiscopale du pays, explique comment l'Église locale s'efforce «d'accompagner constamment la population dans sa lutte pour le triomphe du bien, de la vérité et de la justice».

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Revenge pol

Trump et Macron : des présidents sans limites


Le ton monte entre Trump et Macron. Susceptible comme une jeune fille éconduite, Donald Trump n’a pas apprécié qu’Emmanuel Macron décline son invitation à intégrer son ONU-Bis (Conseil de la paix). C’était une proposition qu’on ne peut pas refuser. Aussi sec il a diffusé un message privé où Macron lui donne du mon ami, lui dit qu’il ne comprend pas ce qu’il fait au Groenland et l’invite à Paris pour en parler. Pendant sa conférence de presse assez baroque hier, Trump a dit qu’il n’irait pas et ironisé sur le fait qu’il aime bien Emmanuel mais que celui-ci n’est plus là pour longtemps. Traduction : cause toujours.

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Ce n’est pas la première fois que Donald Trump se moque de notre président. Sa fixette sur Macron donne envie de penser que la fermeté du président français, serait-elle seulement verbale, l’agace prodigieusement. Ou alors il pense que la France ne compte pas.

Ce n’est pas un scoop, Trump n’a pas de surmoi, il se fout des bonnes manières. Il insulte ses alliés, fait des caprices (cf. la lettre folle au Premier ministre norvégien) et pratique le rapport de forces brut.

Mais tout de même, la diffusion de messages privés est un nouveau cap franchi. On pourrait appeler ça un « revenge pol », même si ce n’est pas si mauvais pour l’image de Macron.

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La nouveauté n’est pas tant que le pouvoir se mette en scène (ce qui est vieux comme les Ray-ban du président…), mais l’effacement de la barrière entre public et privé que Trump pousse à son point ultime. L’homme le plus puissant du monde s’exprime publiquement comme Madame Michu ou n’importe quel ado accroché à son écran. Vous connaissez la théorie des deux corps du Roi, un mortel, un éternel, l’homme et la fonction. Chez Trump ils n’en font qu’un. Dans une moindre mesure, Emmanuel Macron aussi efface la distinction quand il se trémousse avec des youtubeurs ou des rappeurs.

Le poisson ne pourrit pas seulement par la tête. En réclamant la transparence à tous les étages, nous contribuons tous à cette entreprise de désacralisation. Exhibition pour soi, dévoilement pour les autres: nous avons le droit de savoir et désormais le droit de voir. La vie de notre voisin et celle de notre président. Le pouvoir doit s’exercer en pleine lumière, sous surveillance constante du projecteur de l’opinion. Ce qui est caché est suspect. Cela dessine un rêve totalitaire. Comme l’amour et la vie elle-même, le pouvoir a pourtant besoin de secret.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger.

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Bénin: le cardinal Ambongo préside un colloque international sur l’écologie

Du 20 au 22 janvier se tient à l’Unité Universitaire de Cotonou de l’Université Catholique d’Afrique de l’Ouest (UCAO-UUC) un colloque international sur l’écologie intégrale. Évêques, prêtres, chercheurs, diplomates, représentants de diocèses africains, acteurs du secteur de l’environnement ainsi que des personnalités politiques se penchent sur l’urgence écologique en Afrique et dans le monde sous la férule du cardinal Fridolin Ambongo, président du SCEAM.

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Côte d’Ivoire : ouverture de la 128e Assemblée plénière des évêques

L’épiscopat ivoirien a ouvert le mardi 20 janvier les travaux de sa 128e Assemblée plénière ordinaire par une messe solennelle célébrée à la paroisse Saint-Paul de la Cité, dans le diocèse de San Pedro. Présidant cette eucharistie, Mgr Marcellin Yao Kouadio, président de la Conférence épiscopale, a interpellé les consciences sur certaines dérives contemporaines de l’exercice du pouvoir politique

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Ukraine, lutter contre le froid avec la chaleur du bénévolat

L'engagement de la «Compagnie de couture», une réalité née à Dnipro et composée aujourd'hui de femmes de différentes parties du monde qui, à titre gracieux, confectionnent des vêtements adaptés aux civils et aux soldats blessés dans le conflit et pour lutter contre les températures rigoureuses de l'hiver. Kseniia Samoilych, l'une des créatrices de l'initiative: «Nous avons à cœur la dignité et le soin des personnes».

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Les agneaux présentés au Pape Léon XIV en la fête de sainte Agnès

Le rituel s'est déroulé dans la chapelle Urbain VIII du Palais apostolique. La laine des deux animaux, bénis mercredi 21 janvier dans la basilique romaine dédiée à la martyre, sera utilisée pour confectionner les palliums des nouveaux archevêques métropolitains.

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Léon XIV invite à prier pour la paix en cette période où la «guerre est revenue à la mode»

Après avoir prononcé sa catéchèse, lors de l’audience générale de ce mercredi 21 janvier, le Pape a appelé les fidèles à prier afin que tous les disciples du Christ trouvent l’unité en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens. «Demandons au Seigneur d'accorder le don de son Esprit à toutes les Églises dispersées dans le monde afin que, grâce à lui, les chrétiens surmontent leurs divisions pour tisser des liens solides d'unité», a déclaré le Pape.

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