Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

April 17, 2026

Bienvenue au Royaume-(dés)Uni

L’Angleterre connaît une véritable crise existentielle qui se manifeste par la disparition du sentiment d’appartenance. Les Britanniques, bien qu’encore citoyens, ne s’estiment plus faire partie d’un corps historique. Les évolutions politiques en faveur des Verts et de Nigel Farage témoignent de ce basculement. Les partis traditionnels ne parviennent plus à unir largement autour de leurs idées. De quoi avertir un lecteur français sur les dangers de la pensée multiculturaliste.


La victoire du Parti Vert lors de l’élection partielle de Gorton and Denton (à l’est de Manchester NDLR) au Royaume-Uni, le 28 février 2026, constitue l’un des bouleversements politiques les plus marquants de l’histoire électorale britannique récente. Cette circonscription, créée en 2024 à la suite d’un redécoupage électoral, regroupe les anciennes circonscriptions de Denton and Reddish, Manchester Withington et Manchester Gorton. Cette dernière est un bastion travailliste historique, ayant élu un député du Parti travailliste à chaque scrutin depuis 1935.

Or, non seulement le résultat a été une victoire spectaculaire pour les Verts, mais aussi pour le parti populiste Reform UK — en tête dans les sondages nationaux — qui arrive en deuxième position. C’est seulement la deuxième fois depuis 1945 qu’aucun des deux grands partis, travailliste et conservateur, ne figure parmi les deux premières places.

Si une seule élection partielle, avec une participation de seulement 48 %, ne suffit pas à démontrer un basculement électoral national loin des deux grands partis, les sondages d’opinion pointent néanmoins une fragmentation des coalitions électorales, tant à gauche qu’à droite. Des données issues de l’institut Electoral Calculus indiquent que si le transfert de voix du Parti travailliste vers les Verts observé lors de cette élection se reproduit à l’échelle nationale, cela pourrait empêcher une réélection de l’actuel Premier ministre Keir Starmer.

Vers une dissociation sociale

L’intégration des données démographiques dans les analyses électorales, et leur corrélation avec les intentions de vote et les résultats, permettent de mettre en évidence certains comportements qui soulèvent une question plus profonde sur la citoyenneté et la cohésion sociale. La citoyenneté demeure un statut juridique, mais elle s’accompagne traditionnellement d’un sentiment d’histoire commune, de références culturelles partagées et de respect des normes sociales qui structurent la société. Or, on observe de plus en plus un glissement vers une dissociation de ces éléments, au profit d’un concept que l’on pourrait qualifier de « citoyenneté de complaisance », dans lequel l’appartenance à la nation est envisagée uniquement sous l’angle juridique, sans véritable intégration sociale.

Depuis la fin des années 1990, les gouvernements ont fortement mis l’accent sur la tolérance et les causes liées aux minorités, avec l’idée que « la diversité est une force ». Le problème est qu’un accent trop fort a été mis sur la diversité, et non sur ce qui unit, ce qui a conduit le pays à se sentir plus fragmenté. Par ailleurs, le Royaume-Uni a connu depuis les années 1990 un niveau d’immigration plus élevé qu’à toute autre période de son histoire, malgré le référendum sur le Brexit et les promesses politiques ultérieures de la réduire. Depuis au moins 2010, une partie de l’électorat a le sentiment qu’il existe un problème de cohésion sociale, mais les gouvernements n’y ont jusqu’à présent pas apporté de réponse. 

Mouvement « Raise the colours », Londres, 8 septembre 2025 © Marcin Nowak/LNP/Shutterstock/SIPA

En outre, l’unité civique a été affaiblie dans le système éducatif, où l’enseignement de l’histoire met désormais davantage l’accent sur les « fautes » passées du pays. Cela mène à une diminution du sentiment de fierté nationale, ce qui explique en partie pourquoi, dans une enquête Ipsos menée en 2025, 48 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles ne combattraient pour leur pays « en aucune circonstance ». L’ensemble de ces éléments, conjugué à l’essor d’Internet, qui a permis à la population d’être plus connectée que jamais à des influences culturelles extérieures au Royaume-Uni, a contribué à affaiblir le sentiment partagé de cohésion culturelle et civique.

L’exemple de Gorton et Denton

Dans ce contexte, le résultat de Gorton and Denton ne doit pas seulement être considéré comme un bouleversement politique majeur, mais plutôt comme le signe d’une société qui peine à rester cohésive.

Les données du recensement de 2021 de Gorton et Denton indiquent que la circonscription compte une population majoritairement blanche à 57 %, avec des appartenances religieuses réparties entre chrétiens (41 %), musulmans (29 %) et personnes sans religion (28 %), et que 59 % de la population appartient aux catégories socio-professionnelles C2DE (classes populaires et inactifs économiquement).

Par ailleurs, le professeur Rob Ford, Senior Fellow au think-tank UK in a Changing Europe et professeur de science politique à l’université de Manchester, souligne : « Bien que les deux parties de la circonscription aient longtemps voté travailliste, elles sont démographiquement très différentes. Les quatre quartiers de Manchester comptent en moyenne près de 60 % de population non blanche et 40 % de musulmans, et 42 % des habitants sont étudiants ou diplômés. » Une partie de la victoire des Verts peut être attribuée à leur capacité à exploiter à leur avantage cette configuration démographique.

Leur programme propose notamment : la suppression des frais de scolarité universitaires et le rétablissement des bourses, l’annulation de la dette étudiante, l’alignement du salaire minimum pour tous les âges, le passage à une semaine de travail de quatre jours, l’arrêt de toute nouvelle extraction d’énergies fossiles et l’annulation des licences récemment délivrées, la légalisation de l’ensemble des drogues (y compris l’héroïne et le crack), la promotion des valeurs progressistes et des droits LGBTIQA+, la qualification des actions d’Israël à Gaza de génocide, la demande d’inscription de l’armée israélienne sur la liste des organisations terroristes, ainsi que la fin de l’utilisation des bases britanniques, notamment à Chypre et à Diego Garcia, pour soutenir les objectifs « expansionnistes » des États-Unis et d’Israël.

A lire du même auteur: Le Brexit n’a pas permis aux Britanniques de reprendre le contrôle sur l’immigration

Cet ensemble de propositions a permis au Parti Vert de constituer une coalition électorale profondément hétérogène. D’un côté, le parti a attiré le soutien des étudiants et des diplômés grâce à ses politiques économiques et sociétales ; de l’autre, il a séduit des minorités ethniques et religieuses par ses positions en matière de politique internationale. Afin de toucher ce second groupe, le Parti vert a été vivement critiqué pour avoir diffusé des documents de campagne en ourdou (notre photo). Le problème réside dans le caractère très ciblé — voire communautaire — de cette stratégie électorale, qui apparaît peu inclusive. 

Lorsque les messages politiques ne sont pas diffusés dans une langue commune, chaque groupe peut soupçonner l’autre de recevoir un discours différent, ce qui empêche l’émergence d’une orientation politique partagée. En outre, cette approche risque de renforcer des problèmes déjà existants de cohésion sociale, en soulevant des interrogations sur la manière dont les différentes composantes de l’électorat s’inscrivent dans la société et partagent — ou non — une vision des priorités nationales.

Si les partis politiques se sentent contraints de communiquer avec l’électorat dans plusieurs langues, cela peut indiquer l’existence d’une population fragmentée, vivant selon des systèmes de valeurs et des pratiques parallèles, et ne participant au débat public que par des canaux culturels et linguistiques distincts. Cette stratégie peut également accentuer les difficultés de cohésion sociale au Royaume-Uni et poser un problème démocratique fondamental : comment construire une nation cohérente autour d’un socle commun de culture, de pratiques et d’identité ?

Cette absence de normes partagées s’est également manifestée, selon certaines allégations, le jour même du scrutin. Avant 2023, le fait de voter en silence, dans l’intimité de l’isoloir, relevait d’une norme culturelle implicite ne nécessitant pas d’encadrement légal. Désormais, la pratique du « vote familial » — consistant à influencer des membres de sa famille au bureau de vote — est explicitement interdite au Royaume-Uni. Cette évolution traduit un changement dans la perception des comportements jugés appropriés lors d’une élection.

Le communautarisme par le vote familial

Ces développements témoignent à nouveau d’un processus de dissociation entre citoyenneté et cohésion sociale, et d’une dérive vers une situation où la citoyenneté est perçue uniquement comme un instrument.

Dans le cadre de cette élection partielle, l’organisation Democracy Volunteers, composée d’observateurs électoraux bénévoles appliquant des standards internationaux d’observation (principe des « quatre yeux »), affirme avoir constaté des cas de vote familial (le vote en famille et sous l’influence familiale) dans 15 des 22 bureaux de vote observés, soit 32 cas au total, dont neuf dans un seul bureau. Sur un échantillon de 545 votants observés, 12 % auraient ainsi été impliqués ou affectés par cette pratique.

Compte tenu de la gravité de ces allégations, la police du Grand Manchester a interrogé les volontaires et déclaré : « Nous avons demandé à Democracy Volunteers des descriptions des personnes impliquées ainsi que les horaires des faits allégués. Ces informations n’ont pas été consignées par les observateurs ou le plaignant, et aucune identité ni description ne nous a été fournie permettant de poursuivre l’enquête. » En l’absence de preuves, la police a conclu qu’aucune piste raisonnable ne pouvait être exploitée et qu’« aucun élément ne permettait de démontrer une intention d’influencer ou d’empêcher une personne de voter, au sens de la loi sur le secret du vote de 2023 ».

A lire aussi: Angleterre : ci-gît le multiculturalisme

Même si les preuves font défaut pour établir l’existence de vote familial, le nombre d’observations signalées pourrait néanmoins révéler une évolution préoccupante des comportements civiques, dans laquelle les électeurs ne se sentent plus tenus de respecter des normes sociales autrefois largement admises, ni certaines règles démocratiques plus récentes.

Il est essentiel que ces tendances ne se poursuivent pas, afin d’éviter que le pays ne glisse vers une société profondément fragmentée et désunie. Les responsables politiques britanniques doivent s’attacher à comprendre en profondeur les causes de ces divergences culturelles et y apporter des réponses adaptées, afin d’éviter une fragmentation accrue. Une nation doit reposer sur un socle civique commun. Les décideurs pourraient commencer par se poser des questions fondamentales : « Ces différences sont-elles motivées par des facteurs religieux ? » ou « Dans quelle mesure les conditions économiques ont-elles entravé l’intégration de certaines catégories sociales ? » 

Ce n’est qu’en apportant des réponses solides à ces interrogations qu’il sera possible de concevoir et de mettre en œuvre des politiques renforçant la cohésion sociale, et d’éviter que le pays ne devienne un espace où l’appartenance relève d’une logique purement transactionnelle — une citoyenneté de complaisance.

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Léon XIV à l'UCAC, symbole académique d'unité dans la diversité

Dans l'après-midi, de retour de Douala, le Pape fait une halte à l'Université catholique d'Afrique centrale, institution présente dans les six pays de la région. Pour le recteur, le père Thomas Bienvenu Tchoungui : l’université «oeuvre pour que la conversion intérieure conduise à la paix extérieure et qu'une conscience droite mène à la justice sociale.»

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Chauffage: scoop, il fait plus froid en hiver

L’Anses est une pépinière de nobélisables !


1 400 agents, dont des centaines d’ingénieurs (Ponts, Eaux et Forêts, Agriculture et Environnement, docteurs en Environnement, biologistes), 170 millions d’euros de budget financé par cinq ministères (Agriculture, Écologie, Santé, Travail, Consommation). En fouillant bien, on doit sûrement y trouver même quelques énarques. Bigre! On y a mis les moyens. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire — l’Anses, pour les initiés – constitue un des fleurons de notre République. Soyons-en fiers. Pour une fois, il serait inconvenant de se livrer à notre sport national : le dénigrement. Un tel aréopage impressionne. Eux-mêmes le disent, sans fausse modestie:  « Plusieurs centaines de scientifiques d’horizons divers et reconnus dans leurs disciplines respectives interviennent chaque année au sein de collectifs d’experts indépendants. Coordonnés par l’Anses, les travaux des collectifs répondent à un cadre structuré et des principes déontologiques exigeants. » Et le résultat est là : on ne peut qu’être confondus par la puissance de leurs travaux, l’acuité de leurs analyses et leur vision stratégique des sujets les plus complexes, des notions les plus absconses. En effet, le résultat est réellement à la hauteur des ambitions. Prenons pour illustrer cette analyse le dernier rapport de 654 pages remis par l’Anses le 9 avril dernier : Pollution par le chauffage au bois. On y découvre des pépites. On y apprend notamment que « La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique est plus importante en hiver et dans les zones densément peuplées. » Combien de réunions de travail a-t-il fallu à ces grosses têtes pour mettre en lumière ces vérités que personne ne pouvait évidemment soupçonner ? Mieux, le rapport est encore plus précis: « Elle est plus importante dans les régions du Sud et de l’Est et, plus généralement, dans les zones les plus froides de l’Hexagone. »

Puissantes analyses

Tahiti n’est cependant pas mentionné. Sans nul doute cette regrettable erreur, discriminante pour nos compatriotes ultramarins sera très probablement corrigée: n’oublions pas les quantités impressionnantes de Cocos nucifera (le cocotier) nécessaires à chauffer à blanc les pierres de laves nécessaires au lovo, la cuisson à l’étouffée mélanésienne traditionnelle. Soyons indulgents pour cet oubli : même les plus brillants peuvent commettre de menues erreurs et une mission complémentaire peut être envoyée d’urgence pour corriger cette regrettable lacune.

Pour suivons : « [La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique] est aussi plus importante dans les agglomérations avec une forte densité de population, comme en Île-de-France ». Tautologie des plus remarquables, puisque l’étymologie de « foyer » n’est autre que « focus » en latin, qui signifie très exactement le feu. Affirmer que les foyers polluent par la combustion du bois relève donc d’un vrai tour de force, vous en conviendrez. C’est donc à peine croyable : plus il fait froid, plus on chauffe, et plus il y a de foyers, plus il y a de cheminées !

Au vu de la puissance de ces analyses, tout porte à croire que les préconisations seront à la hauteur de celle-ci. N’autoriser le chauffage au bois qu’en été, par exemple? Ou bien exclure les zones peuplées pour ne l’autoriser qu’aux Iles Kerguelen? Là, les particules fines se disperseront librement dans les vents subantarctiques, loin de tout être vivant à l’exception de quelques 150 000 manchots royaux, surnommés « Alfred » par les hivernants de la base. Il faudra cependant diligenter préalablement une étude d’impact sur les effets épidémiologiques des PM2,5[1] sur les voies respiratoires des sphéniscidés.

Alors qu’en conclure ?

Évidemment, on peut en rire. Avouons que les occasions sont rares et que, tout compte fait, 170 millions d’euros, ce n’est pas cher payé pour une bonne tranche de rigolade. Une usine à gaz comme l’Anses ne représente après tout qu’une infime partie de la gabegie des différentes agences, Hauts-Comités, Hautes Autorités, bref des comités Théodule qui permettent de mettre les copains au chaud au frais des contribuables. Cependant, en rire serait une grave erreur car les inepties apparentes de l’Anses cachent une volonté réelle de tuer le chauffage au bois. Notre Premier ministre a récemment expliqué que l’avenir était au tout électrique.

Il ne fait que suivre en cela les recommandations de la Stratégie Nationale Bas Carbone (Décret du 21 avril 2020) dont personne n’a jamais vraiment entendu parler. Cette feuille de route de l’État n’a jamais fait l’objet d’une consultation des élus ni d’aucune instance démocratique. C’est pourtant la feuille de route de nos gouvernants pour nous diriger tout droit vers « l’enfer vert ». Les Gaulois réfractaires qui se chauffent encore au bois, comme leurs illustres ancêtres, posent en effet un sérieux problème : ils jouissent d’une fâcheuse autonomie… Problème que le tout-électrique résoudra fort opportunément. Le seul bon vouloir de l’État lui permet en effet de rationner à distance la consommation des ménages via les compteurs Linky — dont Enedis a lui-même reconnu qu’il pouvait réduire la puissance de chaque foyer sans préavis ni déplacement de technicien, pour peu que le réseau soit en tension. La possibilité existe. L’usage viendra inéluctablement. Pire, les attardés utilisant une cheminée NE SONT PAS FISCALISÉS! Aucun moyen de racketter Maurice qui va couper chaque année ses vingt stères de bois dans l’affouage communal. Pas davantage que Mātahiti qui chauffe sa pirogue aux coques de cocotier aux Marquises. Véritable abomination pour nos gouvernants : une énergie non taxable!

Vous comprenez désormais mieux à quel jeu joue l’Anses. Peu importe que le bois soit une énergie renouvelable. Peu importe qu’il soit produit et consommé localement. Peu importe même que les nouvelles générations de chaudière à bois produisent moins de particules fines que les chaudières à gaz. Tout ça n’est que secondaire. L’important est de « tuer » le seul moyen de chauffage économique pour les foyers les plus modestes. On compensera en leur allouant un « chèque énergie », ce qui renforcera encore le rôle de l’État-providence et alourdira un peu plus la mécanique redistributive de notre pays. Décidément, celui-ci prend définitivement le chemin d’un communisme intégral cachant bien son nom et que Tocqueville, avec deux siècles d’avance, avait baptisé « despotisme doux ». Mais rassurons-nous: tout cela été réalisé « dans un cadre déontologique exigeant »…

LA DICTATURE DU CARBONE

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[1] Les PM2,5 (Particulate Matter 2,5) sont des particules fines en suspension dans l’air dont le diamètre aérodynamique est inférieur ou égal à 2,5 microns. Non retenues par les muqueuses nasales, elles sont reconnues comme à l’origine de nombreuses pathologies.

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Le RPR, une mythologie française

Un livre passionnant revient sur l’histoire du parti chiraquien, riche de victoires, de fractures internes et de magouilles en tous genres…


Qui mieux que Pierre Manenti, normalien, agrégé, biographe de Charles Pasqua et historien des barons du gaullisme, pour nous plonger dans la marre aux alligators que fut le RPR ? Dans son nouveau livre, Le RPR. Une certaine idée de la droite (Passés composés), l’historien raconte cette aventure politique si loin de nous et en même temps si proche, qui a commencé en 1976 avec le divorce entre un Premier ministre nommé Jacques Chirac et son président Valéry Giscard d’Estaing, et qui s’est achevée 25 ans plus tard lorsque ces deux-là se sont réconciliés en créant ensemble un nouveau parti, l’UMP, taillée sur mesure pour la campagne de réélection de Chirac à l’Elysée.

50000 personnes à Versailles

Retour en 1976. Le 5 décembre, porte de Versailles, cinquante mille personnes sont rassemblées à l’occasion de la fondation du RPR. Le gaullisme avait regardé jusque-là avec mépris le fonctionnement des partis. L’homme du 18-juin n’avait-il pas rechigné à fonder le sien au lendemain de la guerre ? Face à Jacques Foccart, il s’était même un jour emporté : « Vous m’emmerdez avec votre RPF… » Mais en 1976, les émules du général savent bien qu’ils doivent s’adapter aux méthodes modernes d’exercice du pouvoir. Plus personne ne peut se dispenser de faire du marketing politique. L’un des cadres du parti, Charles Pasqua, ancien numéro deux de chez Ricard, importe ainsi du privé les premiers gadgets, porte-clés et autres t-shirts floqués d’une croix de Lorraine et d’un bonnet phrygien. On chante beaucoup aussi à cette époque au RPR : « Pour que la Seine ne charrie plus/ De poissons morts/ Qu’on s’y promène/ Et puisse y rêver encore » est l’une des ritournelles, déjà kitsch, qui fait la joie des militants.

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Le Chirac des années 70 fait l’effet d’un jeune loup prêt à mordre dans tous les jarrets. Un jour, il se réclame du travaillisme (qui, pourtant, est à la veille de se faire balayer par la vague Thatcher en Grande-Bretagne). Le lendemain, il se rapproche de la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist. Le surlendemain, il tend la main aux communistes et envisage de former avec les socialistes une majorité alternative. Après les législatives de 1978, il se retrouve à la tête de la principale force de la majorité à l’Assemblée, ce qui perturbe considérablement la fin du giscardisme présidentiel.

En 1978, 86 % des cadres du RPR considèrent l’UDF comme un parti plus à droite que le RPR. Dix ans après, quand Jacques Chirac se présente aux présidentielles une seconde fois, on ne peut plus en dire autant. Car entre-temps, vers 1983-1984, sous l’influence d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé, le mouvement a entamé sa mue néo-libérale. Le refus « de voir la France devenir la Québec de l’Europe » (Michel Debré en 1976)et la dénonciation du « parti de l’étranger » (Jacques Chirac en 1978) ont cédé la place au « oui » à Maastricht en 1992. Au grand désarroi de bon nombre de militants.

Querelles de lignes

Au même moment, un autre clivage se fait jour dans le parti : faut-il tendre la main à Jean-Marie Le Pen ? Le refus affiché par les huiles du parti est souvent grandiloquent. Souvenons-nous de Michel Noir et d’Alain Carignon préférant « perdre une élection plutôt que perdre leur âme » peu avant d’être rattrapés par les affaires. A côté de ces protestations de vertu, Manenti dresse l’inventaire des alliances locales de circonstance qui ont été passées ici et là entre RPR et FN, à Dreux, en PACA et ailleurs, et dont le nombre n’est pas si négligeable. Sans oublier les appels francs et directs à une alliance émanent de caciques comme Claude Labbé, président du groupe à l’Assemblée. Après avoir hésité, Chirac a, nul ne l’ignore, opté pour l’intransigeance, y perdant sans doute une part de sa substance idéologique et de son efficacité électorale, sauf bien sûr en 2002 quand il s’est retrouvé au second tour face à Jean-Marie Le Pen et qu’il a remporté le duel avec 82% des voix.

A ces querelles de lignes s’ajoutent des divergences de cultures politiques. Deux aspirations contradictoires se dessinent dans le parti gaulliste : d’un côté, la passion pour le chef, l’envie de cheffer ou d’être cheffé ; et de l’autre, la tentation de la sédition, la révolte des barons et des barbons contre les jeunes loups et les jeunes lions. En 1981, Chirac ne s’évite pas la candidature rebelle de Michel Debré ni de Marie-France Garaud. Imagine-t-on Brzezinski candidat contre Jimmy Carter, Kissinger contre Nixon ?

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On peut dire que tout ce que Chirac a construit durant sa première partie de carrière (RPR, mairie de Paris) aura participé à pourrir la deuxième : les affaires remontées à la surface durant les années à l’Élysée. C’est ainsi que le parti a dû changer de nom, en profitant pour engloutir, en 2002, une bonne partie de l’UDF. Fusion étrange entre bonapartisme et orléanisme qui embrouille les esprits : dans les premières années de l’UMP, les anciens militants de base RPR, mélangés aux cadres et notables UDF cul-pincés s’étonnent de la disparition des barbecues rituels.

Grandes messes militantes, « 800 000 adhérents » au comptage corse de Charles Pasqua que reprend complaisamment l’auteur, culture de kermesse et chaleur populaire : le RPR fut peut-être le dernier parti de masse à droite capable d’offrir un peu de lien social à un électorat qu’on caricature souvent en individualistes farouches.  Alors il existe une nostalgie RPR comme il existe une nostalgie Chirac dont on imprime la grimace sur des t-shirts, cigarette aux lèvres et sourire goguenard.

Récemment, Franck Allisio, candidat RN malheureux à Marseille, a ressuscité la marque RPR. Cocasse, quand on se souvient de la haine que vouait Jean-Marie Le Pen à Jacques Chirac (« Chirac, c’est Jospin en pire », expliquait le leader du FN en 1995). Imagine-t-on des gens de gauche enthousiasmés par la refondation d’une nouvelle SFIO ou d’un nouveau PSU ? Au-delà d’un simple parti ou d’une « certaine idée », le RPR fut une mythologie. Il transforma – sinon transfigura – le militant de base en fidèle, le meeting en messe, le chef en totem, les produits dérivés en reliques gaulliennes à l’instar du bifteck-frites ou de la DS étudiés par Roland Barthes. D’une chronique de carrières sur fond d’affaires et d’errances idéologiques, il fit un récit national ; de la prose des jours chiraquienne une poétique gaulliste.

416 pages

Le RPR

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A Douala, Léon XIV exhorte les jeunes à être des acteurs de l'avenir

La messe au Japoma Stadium de Douala constitue l'un des points d’orgue du pèlerinage camerounais de Léon XIV. Ils étaient plus de 120 000 à célébrer dans la liesse autour du Successeur de Pierre qui, partant des textes liturgiques du jour, a invité à voir non pas seulement notre indigence dans la faim physique mais surtout l’amour de Dieu. L’Eucharistie est en effet le sacrement de la «com-pagnie» qui nous transforme, «Le signe de la charité de Dieu qui nous invite à partager ce que nous avons».

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Pourquoi je vote LFI

Dans une lettre aux lecteurs de Causeur, une électrice parisienne, prof d’histoire-géo dans un lycée en zone prioritaire, explique pourquoi elle a voté Chikirou aux municipales et continue de soutenir Jean-Luc Mélenchon malgré ses outrances et saillies antisémites.


Chers lecteurs de Causeur,

Vous ne me connaissez pas. Ou à peine. Je fais partie des 64 464 électeurs et électrices parisiens qui ont voté pour Sophia Chikirou au second tour des dernières élections municipales.

Je ne vous fais pas cet aveu pour vous que vous enragiez. Ni pour me donner le frisson de crâner devant vous, qui devez au mieux me trouver folle, au pire me haïr. Vous remarquerez d’ailleurs que je signe cette lettre ouverte sous alias. Pas très courageux, me direz-vous.

Si je tiens à rester anonyme, c’est à cause du métier que j’exerce. Professeure d’histoire-géographie dans un lycée public de la capitale, je pense que ma relation avec mes élèves serait altérée s’ils devaient connaître précisément mes opinions politiques – même s’ils doivent avoir quelque idée sur le sujet et d’ailleurs me trouver idéologiquement plutôt sympathique puisque j’enseigne en zone prioritaire, parmi une population qui a globalement mes valeurs.

A lire aussi, Jonathan Siksou: Paris, c’est fini

Je crois du reste que le règlement l’Éducation nationale m’interdit de faire publiquement état de mes convictions personnelles, qu’elles soient religieuses ou partisanes. Je ne voudrais pas me mettre en faute.

Mais alors, pourquoi ai-je choisi de vous parler de mon engagement insoumis ? Pour une raison simple. Je voudrais vous sortir une idée de la tête. Vous dire que, malgré ce que la plupart des médias prétendent, voter LFI ne signifie pas être antisémite.

Je comprendrais que vous ayez du mal à me croire. Récemment, Jean-Luc Mélenchon a plaisanté sur la prononciation du patronyme de Raphaël Glucksmann lors d’un discours à Perpignan. Je ne vais pas finasser : même s’il s’en est excusé, ces propos étaient indignes. Quand j’ai vu les vidéos, j’ai été outrée. Surtout par les rires dans la salle. Et pourtant, je n’ai pas renoncé à voter LFI.

Vous me trouvez inconséquente ? Stupide ? Ignoble ? Excusez-moi, mais cela ne marche pas sur moi. Par pitié, gardez vos leçons ! Quand Médiapart a révélé que Quentin Deranque était néonazi, avez-vous vu les médias de droite, qui avaient béatifié le jeune homme quelques jours auparavant, changer d’avis sur lui ? Non, ils ont préféré taire l’information. Regarder ailleurs. Eh bien moi, c’est pareil. Je regarde ailleurs lorsque quelqu’un de mon camp fait une connerie. Sauf que, contrairement à certains, j’ai l’honnêteté de le reconnaître.

Quand Jean-Marie Le Pen est mort, j’ai entendu les journalistes des médias Bolloré revenir sur ses calembours antisémites et ses propos négationnistes, pour évidemment les fustiger. Cela ne les a pas empêché de saluer le «lanceur d’alerte », qui, selon eux, avait vu avant tout le monde le danger migratoire.

Figurez-vous que je pense la même chose de Jean-Luc Mélenchon : malgré ses provocations, je suis persuadée que l’on dira plus tard que c’était un visionnaire, qu’il a courageusement lutté contre la trumpisation du monde, la vassalisation par l’argent et par les guerres hors-la-loi.

Le Sud global ne nous déteste pas sans raison. Si nous, Occidentaux, étions moins égoïstes, moins armés, plus accueillants, plus disposés à reconnaître notre racisme, alors le monde serait moins à feu et à sang, et les conditions davantage réunies pour qu’un maximum de personnes sur cette terre ait accès du progrès social. Je le crois profondément. C’est ainsi.

Je suis davantage effrayée par Donald Trump, qui excuse les meurtres de sa police ICE, et par Benjamin Netanyahou, qui tue des innocents à Gaza, que par les outrances simplement verbales de Jean-Luc Mélenchon. Cela ne veut pas dire que tous les Américains et tous les Israéliens sont à mes yeux des salauds. Ni que je prenne Mélenchon pour un ange. Seulement, il faut bien choisir le moindre mal.

Vous trouvez peut-être que je parle trop d’Israël ? Que tant de considération pour un si petit État est suspect ? Croyez-moi pourtant : ce pays ne m’obsède pas. Ce sont les États-Unis qui me posent problème. Leurs bases militaires partout sur la planète. Leur droit extraterritorial. Leur niveau record de pollution. Leur sous-culture abêtissante qu’ils exportent partout.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: « Comprendre le gauchisme », de Nicolas Le Bault: indispensable !

Cela dit, je vous mentirais en vous disant que je regarde les morts causées par le régime iranien ou par l’armée russe avec la même indignation que les bombardements de Tsahal. Quand Israël bombarde des civils, des dizaines de milliers de civils, cela me révolte davantage. Car il s’agit d’une démocratie. Il est assez logique d’attendre de la part de démocrates qu’ils soient de meilleures personnes, vous ne pensez pas ?

Bref c’est justement parce que je suis l’exact inverse d’une antisémite que Benyamin Netanyahou, qui est en train de détruire la réputation de son peuple, me dégoûte.

Mais revenons à la France. Je vais aggraver mon cas en vous en précisant que je n’ai pas toujours été Insoumise. Je suis une récente convertie. Quadragénaire, j’ai vécu assez longtemps pour avoir voté Lionel Jospin, François Hollande, et même écolo. On ne m’y reprendra plus. Trop de cadeaux au patronat. Un paternalisme faussement généreux envers les minorités. À se demander parfois s’il n’y a pas davantage de racisme sur France Inter (qui, contrairement à ce que vous croyez, est un bastion de centre gauche, et pas Insoumis) que sur CNews. Je ne supporte plus ces arrière-pensées bourgeoises cachées derrière leurs protestations de vertu. Je sais de quoi je parle. J’ai grandi dans les beaux quartiers. Mes parents avaient de l’argent.

Mélenchon, lui, ne joue pas aux « belles personnes », comme il dit. Il a un langage de vérité, quitte à parfois avoir des paroles qui dépassent les bornes. Causeur n’arrête pas de taxer cette liberté de ton de calcul cynique, de clientélisme à l’endroit de l’électorat de banlieue. Désolée, mais moi je ressens strictement l’inverse. Il me semble clair que Mélenchon aime les gens dont il recherche le suffrage, et qu’il a tissé avec eux un rapport de confiance unique en son genre… et qui vous agace prodigieusement !

Une dernière chose. J’ai commencé en vous parlant des dernières élections municipales. Je n’ai pas voté utile à Paris. À quoi bon ? Je ne vois pas tellement la différence entre Rachida Dati et Emmanuel Grégoire. Anne Hidalgo a pris quelques bonnes mesures, notamment contre la voiture, je n’en disconviens pas. Seulement, si c’est pour aider Bernard Arnault et François Pinault à transformer Paris en supermarché du luxe à ciel ouvert, je ne vois pas l’intérêt.

J’ai honte de voir cette ville, si merveilleuse, si importante dans l’histoire des droits de l’Homme et des avant-gardes anticoloniales, devenir une destination pour les riches de la planète. Et je ne veux pas en être tenue responsable. J’ai donc voté Chikirou. Au premier comme au second tour. Pardon si cela vous choque, mais je ne le regrette pas un instant.

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Gus Van Sant: l’Amérique sera toujours l’Amérique

Après sept ans d’absence, le cinéaste Gus Van Sant revient au grand écran, avec un captivant thriller sociétal. Malgré l’excellence de son casting, notre critique regrette que le film ne bénéficie pas de plus de copies en France.


Etonnant tout de même que le dernier Gus Van Sant passe dans si peu de salles à Paris, la première semaine de son exploitation. Autant dire qu’en province, La Corde au cou – c’est le titre- n’a probablement pas une très longue chance de survie en salles… Dommage.

Al Pacino séquestré par un triste clown

Il est vrai que, requis par la fabrication de séries télé (Boss, When we Rise, Feud…), le génial cinéaste du road movie Drugstore Cowboy (1989) comme du mythique, sublime et sulfureux My own private Idaho (1991) s’était fait, depuis sept ans, oublier du grand écran. Toujours est-il que, à bonne distance d’Elephant (2003), de Last Days (2005) ou de Paranoid Park (2008) tout autant que de l’agaçant biopic à succès  Harvey Milk (2009) puis du sentimental Restless (2011), La Corde au cou  – titre original : Dead Man’s Wire – a la verdeur, l’énergie débridée d’un film de jeune homme. A 73 ans, Gus Van Sant, transfuge d’Hollywood, insatiable expérimentateur de son outil de travail, exhume un fait divers réel de 1977 pour nous peindre, avec une vivacité extraordinairement efficace et dans un tempo saccadé, l’Amérique telle qu’en elle-même de toute éternité : cynique, superficielle, cupide, retorse, sans scrupule. Le western continue.

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Ruiné par un crédit hypothécaire contracté en vue de construire un centre commercial à Indianapolis, capitale de l’Indiana, Tony Kiritsis (Bill Skarsgard), la trentaine nerveuse et agitée, a décidé de se venger : un jour frisquet de février, il a rendez-vous au siège de la Meridian Mortage Company, dont Mr. Hall (Al Pacino) est le grand patron. De longue date, Tony méditait le projet d’arracher au courtier, qu’il suppose l’avoir grugé, non seulement des excuses, mais aussi le remboursement de sa dette, une rançon en cash, et… l’immunité judiciaire ! Par quel moyen ? Tout simplement, en le séquestrant, armé d’un fusil relié à un lacet passé autour du cou de sa victime. Mais le boss n’est pas au bureau, il est parti en Floride pour le week-end. Dépité, furibond, le ravisseur devra se contenter du fils, Richard Hall (Dacre Montgomery). Lequel, frigorifié, en chemise, tremblant de peur, est donc emporté jusque chez lui (dans une voiture de police « empruntée » sous la menace d’un révolver), puis menotté dans son propre appartement, le canon pointé sur lui, à bout portant. La prise d’otage fait vite la une du JT et de toutes les radios. Une journaliste ambitieuse y trouve une opportunité de carrière. Un DJ radiophonique à la voix caressante, Fred Temple (Colman Domingo) est utilisé par Tony comme relais médiatique… Tony devient le héros (controversé) de l’heure.  Impuissante, la police tente de négocier, et si possible d’éviter le carnage. Matt Dillon campe le shérif, dépassé par la situation. Suspense…

Une certaine virtuosité formelle

Inénarrable, Al Pacino dans le rôle de l’intraitable homme d’affaire, bagué, adipeux, boudiné, trivial, refusant au bout du fil de transiger, quitte à sacrifier si besoin son rejeton à ses intérêts  – dans le rôle du fils navrant, huileux de panique et de sueur, contraint de dormir et de déféquer dans la baignoire, le comédien australien Dacre Montgomery excelle. Touchant, savoureux, épidermique, ce pauvre Tony Kiritsis, gars du peuple enfermé dans la pure folie de son acte, sous les traits du très bon acteur Bill Skargard (cf. sa performance dans Nosferatu, de Robert Eggers)… Aux stars fétiches et vieux fidèles du cinéaste – Pacino, Dillon… –  , le casting s’adjoint, non seulement quelques jeunes figures au podium du box-office, mais aussi toute une flopée de comparses qui contribuent à densifier l’intrigue et à l’inscrire dans son environnement sociétal. D’autant que le matériau visuel s’incorpore, non sans une certaine virtuosité formelle, images pixélisées de la télévision, séquences d’interviews filmées, etc., restituant ainsi leur caractère vintage et ranimant de façon sensible cet air du temps propre aux seventies, grevé de morceaux de soul.

D’une parfaite maîtrise, ces combinaisons donnent à La Corde au cou un allant, une alacrité, une rythmique qui, de bout en bout, tiennent le spectateur en haleine.            


1h44

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Le Pape a rencontré des responsables musulmans à la nonciature

La Salle de presse du Saint-Siège a rendu compte jeudi soir de la rencontre en fin de journée à la Nonciature, entre Léon XIV et douze représentants de groupes islamiques locaux, avec lesquels l'Église travaille sur des projets de justice sociale et de coopération. La veille au soir, le Pape avait rencontré les évêques du pays, soulignant l'importance de la communion et de la vie spirituelle des pasteurs.

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En une minute, la quatrième journée du Pape en Afrique

Les moments forts de l'étape à Bamenda: de la prière pour la paix à la messe célébrée à l'aéroport.

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Antoine Léaument, révolutionnaire au cœur tendre…

Le député lfiste de Sainte-Geneviève-des-Bois (91) est revenu enchanté d’un concert de Theodora, artiste primée et multidiffusée sur France inter, emblématique de cette « Nouvelle France » que Jean-Luc Mélenchon appelle régulièrement de ses vœux – mais malheureusement encore victime de mysoginoir.


Le député LFI Antoine Léaument est allé récemment à un concert et a tenu à partager son émotion sur les réseaux, émotion si grande qu’il en baragouine: « C’était bien Theodora, c’était incroyable… Je suis un petit cœur tendre. Quand il y a trop d’émotion, je pleure, c’est direct. Dès qu’il y a des moments… genre y’a un moment donné, elle était sur une lune et tout, putain, j’étais trop ému. Mélodrama, c’est une chanson, à chaque fois ça me fait pleurer. »

Des formes et des rondeurs, ça sert à réchauffer le cœur

Je déconseille aux âmes sensibles en général et aux amateurs de musique en particulier d’écouter Mélodrama, une bouillie musicale industrielle comme on en produit à la chaîne ces dernières années, un gargouillis incompréhensible nappé grossièrement de sons et de rythmes mécaniques et préfabriqués.

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Je leur déconseille également de regarder ne serait-ce qu’une partie de la vidéo du concert qui a tant ému Antoine Léaument. La dénommée Theodora s’y trémousse, corsetée dans des costumes retenant à grand-peine certaines parties de son anatomie – sur le site du média « féministe et inclusif » Terrafemina[1], dans un article consacré à cette soi-disant « chanteuse iconique », on appelle ça « assumer ses formes » – et simule à de nombreuses reprises l’acte copulatoire sous toutes ses formes – sur le même site, on appelle ça « l’attitude sexy d’une femme sûre de sa sensualité ». Terrafemina affirme que cette « impératrice du style et de la musique » est victime de « misogynoir, cette violence intersectionnelle qui conjugue racisme et sexisme » : ceux qui n’apprécient pas ses performances artistiques seraient des « gros racistes » et des « réacs ». En avant, donc, pour une chronique bien réac… 

Chouchou de France inter

Theodora fait un peu penser à Aya Nakamura. En plus vulgaire. Aux dernières Victoires de la Musique, elle a obtenu quatre trophées dont celui de la « révélation scène ». France Inter, jamais en retard quand il s’agit de promouvoir de la daube en tube, lui a consacré trois émissions en un mois. Télérama, le catalogue des crucheries contemporaines, n’a pas manqué d’encenser « l’artiste qui s’affranchit de toutes les barrières » – on reconnaît la production culturelle industrielle à la publicité qui lui est faite et qui s’adosse à une langue elle aussi reproductible et mécanique. Une once de morale politique à deux balles tout aussi fabriquée et automatique agrémente généralement ce genre de publicité. Ainsi, Constance Vilanova nous apprend sur France Info que « Théodora est explicitement engagée politiquement. Dans une interview, elle déclare : “Je suis très contente qu’il n’y ait pas de fachos dans mes concerts”. Et ça, ça ne plaît pas à l’extrême droite, souvent la première à critiquer les artistes racisés ». On comprend mieux l’engouement d’Antoine Léaument.

Drague communautariste ?

Pour complaire à un électorat qu’il connaît bien et qu’il drague depuis des années, le député de l’Essonne s’est mis à sa hauteur, en feignant d’abord d’apprécier les mêmes bouses musicales que lui, en se vantant ensuite, dans la même vidéo, d’avoir « fait entrer les mots “moulaga” et “cheh” à l’Assemblée nationale ». « Moulaga » désigne l’argent ou le cannabis ; « Cheh » est une interjection arabe utilisée pour se réjouir du malheur de quelqu’un ou se moquer de lui, qu’on peut traduire par « bien fait pour toi ! ». Les deux expressions, issues du vocabulaire utilisé principalement par la racaille des cités, prospèrent sur les réseaux sociaux que le député se targue de savoir manipuler. Antoine Léaument ne se contente pas de se plier aux goûts musicaux de ses électeurs les plus jeunes, il parle leur langue, un dialecte mêlant des lambeaux de sa langue natale et des expressions arabes ou africaines – une sorte d’espéranto de la « nouvelle France » qu’il appelle de ses vœux.

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Monsieur Léaument malmène l’art musical, l’histoire et la langue de son pays. Il croit ainsi pouvoir gagner l’estime d’une frange de la population issue de l’immigration qui, espère-t-il, contribuera à la conservation de son siège. Cela durera ce que cela durera – mais sans doute pas aussi longtemps que l’escompte le député. Après avoir accusé la France de tous les maux, déclamé son amour pour l’Autre, l’immigré extra-européen ayant sa préférence, et s’être soumis à ses coutumes voire à sa religion, aboyé son dégoût de l’Histoire de France hors la Terreur révolutionnaire, s’être farci tous les concerts de Theodora, d’Yseult, de Médine ou d’Aya Nakamura, s’être affiché avec Assa Traoré, Rima Hassan et Danièle Obono, s’être plié à tous les abaissements d’un dhimmi en herbe, le « tout moche, tout blanc » Léaument ne sera-t-il pas bientôt considéré comme un idiot inutile, un porte-parole usagé, un allié négligeable, une relique politique par ceux-là mêmes qu’il aura aidés à transformer la société française de fond en comble et qui n’hésiteront pas, le moment voulu, à le remercier sans ménagement et à prendre sa place ? Rima Hassan a prévenu : « Cette époque du porte-parolat est révolue. Nous la voulons derrière nous. » À bon entendeur, salut !

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.terrafemina.com/article/un-gigot-bien-ficele-vulgaire-cette-chanteuse-glam-et-iconique-ose-un-look-sexy-et-est-victime-de-misogynoir-les-reacs-sacharnent_a376779/1

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April 16, 2026

«Libération», tribunal des bonnes mœurs

Gabriel Matzneff a osé sortir de chez lui, rapporte le quotidien de gauche.


Décidément, le journalisme de police ne se repose jamais. À peine terminé le délicieux épisode du grand PatCo balançant à l’antenne une blagounette à deux balles, faite par Fabien Roussel en privé qui vaut au communiste d’être traîné devant le tribunal des militantes-et-élues, je reçois l’appel d’un journaliste de Libération. Il veut m’interroger sur une soirée qui s’est déroulée chez Lipp le 14 avril pour la remise du prix Cazes. Je le vois venir à des kilomètres. La seule chose qui l’intéresse, c’est la présence de Gabriel Matzneff, déjà signalée par quelques tweets indignés, photos à l’appui. Le gars veut savoir si, au moins, quelqu’un dans l’assemblée s’est offusqué de cette infâmie, si quelques bons esprits ont bruyamment quitté la salle en proclamant qu’ils ne sauraient se trouver dans la même pièce qu’un tel monstre. Je lui coupe la parole sans amabilité excessive: « Vos questions de flic, vous pouvez vous les garder. »  À l’évidence, il ne comprend pas la raison de mon énervement: « Je veux juste savoir s’il y a eu des réactions. » Ma pomme: « Trouvez-vous un autre mouchard, comme ça vous pourrez dresser la liste des salauds qui n’ont rien dit. » Coupables par omission et par association.

« Tout de même, insiste-t-il, cette présence peut interpeller. » Réponse de votre servante: « Eh bien, faites la liste des non-interpellés. Décidément, nous ne faisons pas le même métier. Sans doute ne fréquentez-vous que des gens parfaitement irréprochables, bravo ! » Il ne doit pas rigoler tous les jours, le confrère.

Pour finir, il brandit un argument qu’il pense indiscutable : « Vous savez je ne suis pas le seul. » Là, je dois l’avouer, j’explose : « C’est ça votre justification ? Que vous faites partie d’une meute ? Que vous êtes moutonnier ? » Venant d’un journaliste officiant dans un quotidien qui se croit subversif mais qui est la pointe avancée du conformisme progressiste, c’est un aveu : « mutin de Panurge », comme disait mon cher Muray, et fier de l’être.

A lire aussi, éditorial : Je me suis fait biaiser

La conversation se termine plutôt fraîchement – de mon fait. Toutefois, je ne peux m’empêcher de lui adresser le message suivant, en l’invitant à me citer si ça lui chante. « C’est vraiment marrant les gens de gauche maintenant. Ils adorent se joindre à la meute. Si je vous comprends bien, Matzneff devrait passer les dernières années de sa vie enfermé chez lui. Et vous êtes « interpellé » parce que les gens qui étaient présents à cette soirée n’ont pas poussé des hurlements horrifiés, écrit des tribunes et demandé urbi et orbi la mort sociale du pêcheur. Cette peine, aucun tribunal ne l’a prononcée sinon celui de la bienséance que vous incarnez si bien.  Je suis sûre que vous êtes fier d’être du bon côté contre un vieillard isolé et ruiné. Moi j’appelle cela du journalisme de police. » J’ajoute que, chose qu’il semble totalement ignorer, Matzneff a récemment bénéficié d’un non-lieu. Aussi pensait-il naïvement que la chasse aux sorcières allait prendre fin et que Gallimard allait l’accueillir à bras ouverts en lui jurant que tout est pardonné. Mais le tribunal populaire se fiche éperdument des décisions de la Justice.

Gabriel Matzneff n’est pas un saint (contrairement, sans doute, aux journalistes de Libé). Quelles qu’aient été ses erreurs ou fautes, il a suffisamment payé. Abandonné par la plupart de ses amis (qui connaissaient pourtant son goût pour les jeunes filles), renié par son éditeur qui a mis ses livres à l’index, malade et ruiné : il est devenu un paria. Pour les matons qui se croient chargés de veiller à la morale publique, il devrait sans doute s’auto-incarcérer. Ces gens sont les « croquantes et des croquants » de Brassens, tous ces « gens bien intentionnés » qui, avec une bonne conscience inébranlable, chassent en bande. Désolée, mais je vais encore sortir mon Guy Debord : « Je ne suis pas un journaliste de gauche. Je ne dénonce jamais personne. » Et ça, voyez-vous, j’en suis plutôt fière.

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Les infos de L'Œuvre d'Orient - 16 avril 2026

L’Église chaldéenne a un nouveau patriarche: Mar Paul III Nona

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La loi SURE rassure!

Le projet de loi SURE, porté par Gérald Darmanin, permettra d’accélérer le traitement des affaires criminelles en jugeant certaines affaires sans plaidoiries. Le garde des Sceaux ne doit pas se laisser intimider par les avocats vent debout contre sa réforme.


La révolte de beaucoup d’avocats pénalistes contre la loi SURE n’est que la continuation du combat constant qui conduit les barreaux, à l’égard de toutes les lois de nature régalienne – procédures moins bureaucratiques et complexes, efficacité et rapidité de la répression, autorité de l’Etat – à privilégier l’intérêt particulier, corporatiste de leur mission au détriment de l’intérêt général, de la protection de tous les citoyens.

Continuité navrante

Gérald Darmanin, dans l’une de ses répliques à la polémique développée contre la loi SURE et lui-même, a rappelé ce constat de l’hostilité quasi permanente des avocats à l’égard de tout ce qui, gauche (rarement) et droite confondues, favorisait la tranquillité de chacun et la sauvegarde sociale.

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Le navrant est moins cette continuité qui serait le signe, pour beaucoup d’avocats, de leur devoir, aussi hémiplégique qu’il soit, que la déplorable abstention du syndicalisme judiciaire face à ce qui aurait dû le mobiliser au premier chef en soutien du ministre de la Justice. On peut se douter que la personnalité de celui-ci, ses orientations politiques, ses ambitions n’ont pas été pour rien dans cette indifférence coupable fortement teintée d’esprit partisan.

Si l’ironie est permise, cette volonté de défendre à toute force le jury populaire ressemble chez certains à l’envie d’argumenter et de plaider devant des ignorances et crédulités plus que face à des compétences et à des esprits critiques…

Pragmatisme

Cette loi SURE – Sanction Utile Rapide et Effective – est une excellente loi d’urgence et de pragmatisme. Si le garde des Sceaux n’avait pas été saisi par les légitimes alertes de plusieurs procureurs généraux inquiets devant les conséquences dévastatrices, en matière criminelle, des engorgements et des retards, sans doute n’aurait-il pas été si vite dans la voie qu’il a choisie et qui a été validée par le Sénat après que celui-ci a beaucoup concédé aux opposants pour le plaider-coupable criminel ?

Des aménagements et des limites ont été, en effet, apportés à la version initiale du garde des Sceaux. Outre que le plaider-coupable ne pourra concerner qu’un seul auteur, il ne sera pas seulement exclu pour le terrorisme et les crimes contre l’humanité mais aussi pour ceux de viol sur mineur de 15 ans, viol aggravé et traite des êtres humains.

Le plaider-coupable, la liberté et l’intégrité de son processus devront évidemment être légitimés par une cour d’assises. Contrairement à ce qui est prétendu, elle renforce les droits des victimes, d’autant plus que lutter efficacement contre des délais qui parfois atteignaient six à huit ans est la meilleure méthode pour satisfaire en profondeur les attentes de ces dernières. Il serait offensant de douter systématiquement de la sincérité des avocats en contestation mais est-il permis, au regard des expériences judiciaires criminelles, de souligner que les affrontements entre avocats de la défense et avocats des parties civiles sont parfois tellement vigoureux que la cause des secondes paraît être oubliée, voire niée par la première ?

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Il n’est pas neutre non plus de relever que les Français sont dans une très forte majorité (73%) partisans de cette réforme du plaider-coupable criminel.

Au sujet de cette avancée inspirée par un empirisme réparateur – éviter des catastrophes qui meurtriraient le tissu social et beaucoup de destinées singulières -, on ne peut pas négliger qu’elle s’inscrit dans le courant qui avait déjà supprimé la cour d’assises dans sa plénitude pour la diviser en cours criminelles et cours d’assises et que cette distinction déjà capitale (jury populaire supprimé dans les premières) avait été confortée par un avocat (emblématique pour beaucoup de ses confrères et consœurs) devenu ministre de la Justice en contradiction, sur ce point, avec sa position initiale. S’affirmant de gauche mais opportunément et durablement macroniste !

Pour ma part, puisque des avocats m’ont mis en cause, j’admets avoir été toujours un défenseur convaincu du jury populaire en regrettant d’ailleurs sa réduction numérique, mais que les circonstances d’urgence dramatique de ces derniers temps, sur le plan criminel, justifient mon adhésion conjoncturelle à cette loi soutenue par un ministre dont on ne peut pas dire qu’il se contente du verbe. Il ne disserte pas face aux problèmes et aux difficultés : il leur oppose des actes.

La magistrature sortira-t-elle un jour de ce qui la fait baisser dans l’estime publique ? de son manque de fierté pour elle-même et son splendide métier et de son manque de solidarité à l’égard de quelqu’un qui se bat pour elle ?

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Messe à Bamenda: Léon XIV dénonce le mal venant de l’extérieur qui pille l’Afrique

Après sa rencontre pour la paix à la mi-journée avec la communauté camerounaise de la région anglophone du Nord-Ouest, le Pape a présidé une messe à l’aéroport de Bamenda, à laquelle ont participé fidèles, prêtres et religieux. Ils ont été invités à être des acteurs actifs du changement en obéissant au Seigneur. «C'est le moment de changer, de transformer l'histoire de ce pays. Aujourd’hui et non demain» a-t-il dit, dénonçant ceux qui, de l’extérieur, exploite le continent africain.

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Au Cameroun, la lumière de l’espérance illumine les prisons

Dans un univers carcéral, marqué par la précarité, le rejet et l’abandon, les religieuses de la Congrégation des Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Buea travaillent au quotidien pour semer des graines d’espérance dans l’Archidiocèse de Douala. Il ne s’agit pas «seulement d’un travail, c’est un ministère de l’amour», confie sœur Caroline Acha, coordinatrice de «Victim Offender Prison Care Support» (VOPS), l’apostolat dédié à l’accompagnement des prisonniers et des anciens détenus.

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Léon XIV en messager de paix et de réconciliation à Bamenda

Depuis la région anglophone du Nord-Ouest, profondément affectée par la crise sécuritaire, Léon XIV a exprimé au deuxième jour de son voyage apostolique au Cameroun sa proximité envers la population locale. Participant à une rencontre pour la paix tenue en la cathédrale Saint-Joseph, le Saint-Père a dénoncé la logique de la violence et enjoint les fidèles à être des artisans de paix. «Soyez l’huile qui se répand sur les blessures humaines.», a-t-il exhorté.

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Les évêques saluent la régularisation de 500 000 migrants en Espagne

Plusieurs institutions d'Église se sont également prononcées en faveur de cette mesure, notamment Caritas, la Conférence espagnole des religieux et le département des migrations de la Conférence épiscopale espagnole. Dans une note commune, ces instances catholiques ont qualifié la régularisation de «mesure de responsabilité politique, éthique et sociale», soulignant le lien entre irrégularité administrative et exclusion sociale.

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Fast-fashion: le grand théâtre du greenwashing textile

On nous avait promis une loi pour encadrer la « fast fashion », mais l’objectif ne sera évidemment pas atteint… À défaut de changer le modèle, on en retouchera l’étiquette.


La France allait s’attaquer à la déferlante textile, freiner cette industrie qui produit censément des montagnes de vêtements jetables plus vite qu’on ne change de saison. Au terme des débats parlementaires, l’ambition a fondu au lavage façon tee-shirt Zara : le texte vise désormais surtout « l’ultra fast fashion ». En clair, les nouveaux barbares – Shein, Temu – sont visés, pendant que les acteurs historiques, ceux qui saturent les centres commerciaux depuis vingt ans, sont priés de continuer à polluer discrètement.

Shein, un bouc émissaire ?

En 2025, une idée s’était imposée sans opposition. Les excès de la filière textile étaient de la responsabilité unique des plateformes numériques de vente. Une idée séduisante et paresseuse qui a circulé partout, reprise dans le débat public comme une évidence, alors même qu’aucune donnée solide ne venait vraiment l’étayer. Le rapport publié par la coalition Stop Fast Fashion remet paradoxalement les choses à leur place : quand on regarde sérieusement les flux de déchets textiles, on constate que la saturation des centres de tri ne peut pas être imputée à un seul acteur.

L’idée qu’il existerait une différence de nature entre la fast fashion et son pendant « ultra » est démentie par la réalité. Comme s’il y avait, d’un côté, un pyromane industriel et, de l’autre, un incendiaire raisonnable. Pourtant, les associations réunies dans la coalition Stop Fast Fashion (Emmaüs France, Les Amis de la Terre France, Zero Waste France) le répètent: le mécanisme est identique. Produire toujours plus, toujours plus vite, toujours moins cher, pour pousser à acheter des vêtements dont la durée de vie se compte parfois en semaines.

Sous cet angle, la distinction entre Zara, Kiabi, Primark ou Mango et Shein relève moins de l’écologie que de la prestidigitation politique. On désigne des coupables exotiques, on ménage les enseignes installées, on sauve les apparences. Le climat appréciera sans doute cette subtilité.

Le Bangladesh n’a pas attendu Internet

Les chiffres, eux, sont d’une franchise brutale. Dans les ressourceries françaises, sur 2,8 tonnes de textiles analysés, 60 % sont déjà irrécupérables car trop usés et mal conçus pour survivre à quelques passages en machine. Et, parmi ces déchets, près de la moitié provient des grandes enseignes historiques de fast fashion. L’ultra fast fashion, pourtant placée au pilori, reste marginale dans ces flux. Mais peu importe. Politiquement, il est toujours plus commode de montrer du doigt la plateforme chinoise que la chaîne européenne installée au coin de la rue.

Rien de neuf, d’ailleurs, sous les néons des boutiques. On feint de découvrir avec Shein les ravages sociaux d’un système qui prospérait bien avant l’algorithme. L’effondrement du Rana Plaza à Bangladesh en 2013, a fait plus de mille morts à une époque où la fast fashion classique régnait sans partage. L’exploitation humaine n’a pas attendu les applications mobiles pour devenir rentable.

Pendant ce temps, les centres de tri débordent. Les volumes collectés ont bondi de 15% entre 2022 et 2024, jusqu’à 19 000 tonnes. À peine un peu plus de la moitié pourra être recyclée. Le reste part vers des filières saturées, l’incinération ou l’enfouissement. Et, là encore, une part substantielle provient de ces marques bien de chez nous que la loi ménage pudiquement.

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Mais le plus commode, dans cette affaire, reste sans doute de caricaturer le consommateur. Dans le récit dominant, l’acheteur de Shein serait un adolescent compulsif, hypnotisé par des promotions permanentes et des paniers virtuels sans fond. Cette image arrange tout le monde car elle permet de moraliser la question sans toucher au réel. Or le réel est beaucoup moins spectaculaire.

Depuis des années, les dépenses contraintes grignotent le budget des ménages. Inflation, loyers, énergie : le reste à vivre diminue. Selon l’Insee, la part du budget consacrée à l’habillement est passée d’environ 9% dans les années 1960 à moins de 4% aujourd’hui. On continue de s’habiller, bien sûr – il le faut – mais sous arbitrage permanent. Le vêtement reste une nécessité, parfois même une exigence sociale, mais il doit désormais se plier à une contrainte première, qui est celle du prix.

Fins de mois serrées

C’est ici que le discours écologique officiel se heurte à une vérité triviale : les consommateurs ne sont pas irrationnels, ils sont rationnés. S’ils se tournent vers des plateformes comme Shein, ce n’est pas nécessairement par goût de la frivolité jetable, mais parce qu’ils cherchent le meilleur compromis entre coût, style et usage. Une étude menée par Shein auprès de plus de 15 000 clients dans 21 pays confirme d’ailleurs ce que chacun pressent: le prix arrive en tête des critères d’achat, devant le style, la taille ou l’adéquation au quotidien. Les préoccupations environnementales existent, mais elles viennent après, non par cynisme, mais parce qu’on ne hiérarchise pas ses achats de la même manière quand les fins de mois sont serrées.

Et, contrairement au cliché d’une frénésie d’achats incontrôlée, les comportements sont souvent plus mesurés qu’on ne le dit. Une majorité des clients interrogés déclarent acheter moins de 30 vêtements par an, et plus de la moitié moins de 20. On est loin de l’orgie textile décrite dans certains rapports militants. Acheter à bas prix ne signifie pas nécessairement acheter sans limite.

Mieux encore: ces vêtements sont portés. Beaucoup. T-shirts, jeans, manteaux, chaussures — entre 36 % et 41% des consommateurs déclarent utiliser certaines pièces plus de cinquante fois. Une proportion importante les porte encore entre trente et cinquante fois. Nous sommes loin de la légende du vêtement porté une fois pour une photo Instagram avant de finir à la poubelle. Dans bien des cas, les consommateurs font ce qu’ils ont toujours fait: ils achètent, portent, gardent, réutilisent.

Producteurs cyniques et consommateurs irresponsables

Cela ne blanchit évidemment pas le modèle industriel. L’offre reste surabondante, le renouvellement artificiellement accéléré, la pression marketing constante. Mais cela rappelle une évidence que le débat public préfère esquiver: le problème ne se réduit pas à une opposition entre producteurs cyniques et consommateurs irresponsables. Il y a, au contraire, chez beaucoup d’acheteurs, une forme de sobriété pragmatique. Les vêtements circulent, changent de main, sont portés jusqu’à usure. Ce qui manque n’est pas toujours la volonté, mais le temps, les moyens, parfois les compétences pour réparer, transformer, recycler davantage. C’est pourquoi le greenwashing législatif est doublement inefficace.

D’abord parce qu’il ne s’attaque pas au cœur du problème : la surproduction organisée. Ensuite, et c’est le point que les beaux esprits oublient commodément, c’est que la fast fashion n’est pas d’abord une question morale, mais une question de pouvoir d’achat. On ne réglera pas la surconsommation low cost en culpabilisant ceux qui n’ont accès qu’au low cost. Tant que le vêtement durable restera un luxe relatif, la demande pour le vêtement bon marché survivra. On peut taxer, interdire et stigmatiser, l’alternative responsable demeure inaccessible à une large partie de la population.

Cette loi anti-fast fashion édulcorée aura donc surtout servi à produire une illusion rassurante: celle d’un volontarisme écologique sans coût politique majeur. On frappe loin, on épargne près, on baptise cela transition. Le textile continuera de s’empiler, les placards de déborder, les décharges de gonfler, mais au moins aurons-nous sauvé les apparences, ce qui est devenu, en matière d’écologie publique, la forme la plus accomplie du recyclage.

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Un nouvel évêque auxiliaire à l’archidiocèse de Lubumbashi en RDC

Le Saint-Père a nommé évêque auxiliaire de l’archidiocèse métropolitain de Lubumbashi en République démocratique du Congo, le père Jean-Marie Vianney Musul Masas, jusqu’à présent chancelier de ce même archidiocèse, en lui attribuant le siège titulaire de Satafis. Il est le premier évêque auxiliaire de cet archidiocèse qui s’étend sur une superficie de 61 828 km2, avec une population en forte en expansion.

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En Algérie, le Pape offre un cadeau à sa nièce

Une vidéo, devenue virale ces dernières heures sur les réseaux sociaux, montre le Souverain pontife à la maison d’accueil des sœurs augustiniennes à Bab El Oued, à Alger, devant un étalage de bijoux réalisés par un groupe d’artisanes locales, en train de choisir un collier à offrir à la fille de son frère, au premier jour de voyage en Algérie.

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Affaire Roussel / Tondelier: un scandale peut en cacher un autre

Tout ce que vous direz pourra être tweeté contre vous ! Le Secrétaire national du Parti communiste français a la brigade du second degré à ses trousses après un « dérapage » sexiste contre la cheffe des écolos.


Des militantes communistes dénoncent une blague sexiste de Fabien Roussel. Il y a des sujets avec lesquels on ne rigole pas, notamment la grossesse et, au-delà, les femmes. Plaisanter sur une femme, c’est sexiste – ce qui est encore plus sexiste, en réalité, c’est de considérer les femmes comme de faibles créatures incapables de supporter une blague.  

350 élues et militantes du PCF, à qui personne n’a jamais expliqué la différence entre le premier et le second degré, accusent dans une lettre ouverte leur Secrétaire national de décrédibiliser la parole du parti par des propos sexistes relevant de la domination masculine. Le malheureux Roussel a osé plaisanter sur la grossesse de Marine Tondelier: « J’ai fait un don de sperme ». Il aurait blagué sur la Vierge Marie, elles n’auraient pas fait tant de foin. Il a d’ailleurs présenté ses excuses à l’écologiste.

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Sauf qu’un scandale peut en cacher un autre. Dans cette affaire, la dégueulasserie n’est pas la blague mais le fait qu’elle ait été divulguée. Roussel n’a pas plaisanté publiquement mais dans une discussion privée avec le journaliste Patrick Cohen, après une interview. Le soir même, Cohen s’est empressé de moucharder sur France 5, attirant les foudres féministes sur le malheureux Roussel.

On me prie d’admettre que cette blague est de mauvais goût. Mais si l’humour doit satisfaire aux canons du bon goût autant l’interdire. Sur Radio Nova, des gens sont payés tous les jours pour faire des blagues bien plus douteuses – en langue de gauche on dit « transgressif ». Si Guillaume Meurice avait ironisé sur la grossesse de Sarah Knafo, nos dames patronnesses auraient trouvé ça hilarant.

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Cohen, qui a braillé comme un putois parce qu’on l’avait enregistré dans un café (une méthode parfaitement critiquable) et se croit autorisé à dispenser des leçons de maintien à la France entière, piétine une des plus grandes conquêtes de ce que Benjamin Constant appelle la Liberté des modernes : la « paisible jouissance de l’indépendance privée ». En démocratie, seule la parole publique est règlementée. Hors de ce cadre, vous avez le droit de proférer des horreurs sans qu’elles soient étalées en place publique. Seuls les régimes totalitaires épient et répriment les propos privés. Pascal Praud parlait hier du « petit télégraphiste de la bassesse humaine ». Je dirais pour ma part que c’est la Stasi pour les nuls. On pense à la phrase prophétique de Guy Debord : je ne suis pas un journaliste de gauche, je ne dénonce jamais personne. Alors, si vous croisez Patrick Cohen, faites attention à ce que vous dites.


Cette chronique a été diffusée dans la matinale de Sud Radio

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Psychologie et Évangile: en Inde, sœur Kakali redonne de l'espérance aux jeunes

En collaboration avec la fondation Hilton, Vatican News publie une série d'articles sur l'action des religieuses dans le monde, des contributions offertes par des sœurs présentes dans le monde entier. Dans cet épisode, rencontre avec la sœur Kakali à Calcutta en Inde. Elle accompagne les jeunes souffrant d'isolement et de mal-être mental en conciliant écoute psychologique et expérience religieuse.

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«Jesusgate»: Quand Trump nous prie de rire

Après que Trump a affirmé, début avril, que l’épouse du président Macron le traitait extrêmement mal, puis livré une leçon de diplomatie en répondant à une question sur l’absence de concertation avec les alliés avant les frappes contre l’Iran par un cinglant: « On voulait l’effet de surprise. Qui connaît mieux la surprise que le Japon ? Pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu pour Pearl Harbor ? », en présence de Sanae Takaichi, le pape Léon XIV s’en tire finalement plutôt bien…


Le président Donald Trump s’est fendu d’une nouvelle polémique, mais, pour une fois, elle ne paraît pas être intentionnelle. L’image, générée par intelligence artificielle, partagée puis supprimée par l’intéressé sur son réseau Truth Social, le représentant en Jésus guérissant les malades a eu le temps de faire le tour de la planète et de scandaliser les bonnes âmes. Pour qui a baigné dans la culture du « meme », très ancrée dans la droite alternative américaine, cela n’a pourtant rien de surprenant. Après tout, les trumpistes avaient bien diffusé une image de leur champion en pape juste après sa réélection en novembre 2025, sans que cela fasse trop de bruit. Mais de là à se faire figurer en Jésus, on a tout de même franchi une limite métaphysique.


Donald Trump ne peut pas s’empêcher de faire une bonne blague

Ce qui semble être parti d’une mauvaise plaisanterie a été amplifié par la conjoncture politique. Les chrétiens américains auraient très bien pu avaler la couleuvre ; après tout, ils en sont plus facilement capables que d’autres communautés. « C’est censé me représenter en médecin qui soigne les gens, et je soigne effectivement les gens », a déclaré le président américain aux journalistes à la Maison-Blanche, peu après la suppression de la publication. Mais peu importe que cela soit vrai ou non : il ne maîtrise plus le narratif. L’affaire s’est médiatisée autour du pape Léon XIV, qui dernièrement fait figure d’opposition à son compatriote.

Le pape, qui n’est encore que dans la première année de son pontificat, sort régulièrement de sa discrétion naturelle pour critiquer le président américain. Son opposition à la politique migratoire répressive de Donald Trump est bien connue. Le mardi 18 novembre 2025, face aux journalistes devant sa résidence de Castel Gandolfo près de Rome, bien qu’il affirme que « tout pays a le droit de déterminer qui peut entrer, quand et comment », il dénonce le traitement « extrêmement irrespectueux » réservé à certains migrants aux États-Unis. Une source de gêne pour de nombreux Américains catholiques qui souhaitent reprendre le contrôle de leurs frontières.

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Le Très Saint-Père est encore plus vocal dans son opposition à la guerre avec l’Iran. Depuis la fenêtre de son bureau donnant sur la place Saint-Pierre, il a appelé, le 8 mars, à faire taire « le fracas des bombes » au Moyen-Orient. Il s’est aussi dit particulièrement consterné par la situation au Liban, pays qu’il a visité lors de son premier voyage. Rien d’étonnant, alors, à voir Donald Trump lui rendre la pareille, dans son style à lui. Il l’a fustigé en affirmant lundi sur Truth Social ne pas être « un grand fan » du pape. Il le juge « faible face à la criminalité » et « catastrophique en matière de politique étrangère ». Il a aussi reproché à Léon XIV son opposition à la guerre contre l’Iran, disant ne pas vouloir « d’un pape qui trouve normal que l’Iran dispose de l’arme nucléaire ». Nous voilà replongés dans les querelles médiévales entre les empereurs germaniques et les souverains pontifes.

Bien que l’on puisse louer Donald Trump pour son courage et sa volonté de redresser l’Occident, son attitude cavalière n’aide pas. Il s’était déjà attiré les foudres de sa base religieuse (selon les sondages de sortie des urnes du Washington Post et de CNN, 56% des catholiques ont voté Trump en 2024) avec son message guerrier promettant d’annihiler « toute une civilisation en une nuit », en pleine trêve pascale. Le pape ne s’est pas privé non plus quand il a déclaré, une semaine plus tard : « Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent ! Assez des démonstrations de force ! Assez de guerre ! La véritable force se manifeste en servant la vie. » Que Donald Trump veuille renchérir en s’en prenant directement à la plus éminente figure de l’Église catholique est le signe de son incapacité à se maîtriser, allant même jusqu’à suggérer sur Truth Social lundi que : « Si je n’étais pas à la Maison-Blanche, il ne serait pas au Vatican. »

Jesusgate

Cette polémique du « Jesusgate », comme certains l’appellent désormais aux États-Unis, est donc la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Un tracas de plus pour Donald Trump, déjà en difficulté sur bien des fronts. Les réactions les plus virulentes à son égard viennent de sa propre base électorale, auprès de laquelle il a voulu cultiver une aura de défenseur de la chrétienté. Certains ont dénoncé un « blasphème », d’autres le « narcissisme » du locataire de la Maison-Blanche, tandis que le commentateur Tucker Carlson a carrément parlé d’un «esprit de l’Antéchrist».

Que faut-il retenir de toute cette tornade médiatique et politique, un peu ridicule pour Trump ? On peut évidemment lui reprocher sa légèreté et son manque de maturité. Mais le pape Léon XIV se permet lui aussi des commentaires sur la politique américaine, on l’a vu. Surtout, il faut voir cet épisode malheureux pour ce qu’il est : un coup de plus dans cette pelote de l’Occident qui se défait un peu plus chaque jour. Donald Trump veut être le champion de l’Occident, son sauveur. Mais la chrétienté, qui est une partie essentielle de la civilisation occidentale, ne reconnaît qu’un seul sauveur : Jésus-Christ. Ironie de l’Histoire, on a de plus en plus l’impression que celui qui veut redresser l’Occident préside à son déclin.

En difficulté chez lui avec les élections de mi-mandat qui approchent, en lutte constante avec le pouvoir des juges, embourbé au Moyen-Orient et confronté à la puissance chinoise, Donald Trump est désormais en froid avec la tête spirituelle de l’Occident. Les relations avec les pays alliés, déjà peu reluisantes, en pâtissent. Hier, Giorgia Meloni, jusqu’ici en bonne entente avec Donald Trump, a elle aussi reproché l’attitude du président américain envers le pape. Donald Trump a rétorqué par une pique sur son refus de rejoindre les États-Unis dans l’attaque contre l’Iran : « Je suis choqué par elle. Je la croyais courageuse, mais je me trompais », vient-il de déclarer au quotidien italien Corriere della Sera.

Le Pape Léon XIV, Vatican, 8 mai 2025 © Oliver Weiken/DPA/SIPA

Le 8 mai 2025, le monde assistait avec surprise à l’élection de Robert Francis Prevost, futur Léon XIV, au pontificat (notre photo ci-dessus). Personne ne s’y attendait vraiment. L’influent évêque américain Robert Barron avait déclaré la veille de l’élection : « Tant que nous sommes une grande puissance, je ne pense pas que nous verrons un Américain devenir pape. Quand nous serons en déclin, peut-être. » Il ne croyait pas si bien dire. 

Lundi, Léon XIV déclarait : « Je ne suis pas un politicien, je n’ai pas l’intention d’entrer dans un débat avec lui ; le message est toujours le même : promouvoir la paix. » L’Occident a deux têtes, qui parlent dans deux registres différents et avec des priorités différentes.

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Conflit israélo-palestinien: nos grilles de lectures sont dépassées

Il existe, dans la manière dont l’Europe contemporaine appréhende le conflit israélo-palestinien, un phénomène qui excède de loin la simple divergence d’opinions ou les désaccords d’interprétation. Ce qui se joue relève d’une structure mentale, d’un cadre de perception hérité, qui conditionne en profondeur la lecture des événements.


Autrement dit, l’Europe ne se trompe pas seulement : elle voit à travers un prisme qui organise d’avance ce qu’elle peut comprendre et ce qu’elle refuse de penser.

Tant que perdureront les approximations, les omissions et les reconstructions idéologiques concernant la naissance de l’État d’Israël — et, symétriquement, celle des États issus de la décomposition de l’Empire ottoman — toute analyse restera faussée. Tant que subsistera, dans une partie significative du monde arabe et au-delà, le refus d’admettre la légitimité d’une souveraineté juive sur cette terre, le conflit continuera d’être interprété non comme une confrontation entre deux légitimités concurrentes, mais comme une opposition entre un intrus et une victime.

Cette réduction n’est pas innocente. Elle traduit une incapacité plus large à penser la singularité historique de ce qui s’est joué au XXᵉ siècle et de ce qui en découle aujourd’hui. L’Europe, marquée au fer rouge par l’extermination des Juifs, a intégré cette catastrophe comme un pivot de sa conscience morale. Mais cette intégration ne s’est pas faite sans ambiguïté. Car la culpabilité, lorsqu’elle n’est pas assumée dans sa dimension tragique, tend à se déplacer plutôt qu’à se résoudre.

Israël se trouve ainsi placé dans une position paradoxale. Son existence même vient troubler la représentation d’un peuple assigné à la seule condition de victime. L’apparition d’un État souverain, capable de se défendre, de faire la guerre, d’exercer une puissance — fût-elle contrainte — introduit une dissonance majeure dans l’imaginaire européen. Elle oblige à reconnaître que l’histoire ne distribue pas les rôles de manière fixe, que les victimes d’hier peuvent être confrontées aux dilemmes du pouvoir aujourd’hui.

Or c’est précisément ce que l’Europe peine à admettre.

Faute de pouvoir intégrer cette complexité, elle opère un renversement. Celui qui ne correspond plus à la figure attendue de la victime est requalifié en oppresseur. Celui qui incarne la faiblesse devient, par contraste, le dépositaire d’une légitimité morale quasi absolue. Ce mécanisme n’est pas tant le produit d’une analyse que d’un besoin de cohérence intérieure : il permet de maintenir une lecture du monde conforme aux catégories héritées du passé européen.

C’est dans ce cadre que prennent sens certaines notions, mobilisées avec une insistance qui dépasse leur portée descriptive. L’assimilation d’Israël à une puissance coloniale, l’usage extensif de termes comme « apartheid », la réduction du conflit à une simple entreprise d’occupation, participent d’un effort pour inscrire une réalité complexe dans un schéma familier. Mais ce schéma, forgé dans l’histoire européenne, ne correspond que partiellement aux dynamiques du Moyen-Orient.

Car ce qui se joue là-bas ne saurait être ramené à un conflit territorial classique. Il s’agit d’une confrontation où s’entrelacent des dimensions historiques, religieuses et identitaires que la modernité européenne, largement sécularisée, a appris à marginaliser. Le refus de reconnaître la légitimité d’un État juif ne peut être compris si l’on ignore cette profondeur, si l’on persiste à traduire toutes les tensions en termes exclusivement politiques ou socio-économiques.

Cette incompréhension se double d’un effet générationnel. Les sociétés européennes contemporaines, façonnées par plusieurs décennies de paix relative et de prospérité, abordent la violence avec des catégories qui privilégient la protection des victimes et la dénonciation des dominations. Ce cadre moral, légitime en lui-même, tend cependant à simplifier des réalités où la violence n’est pas seulement un abus de pouvoir, mais aussi l’expression de conflits de légitimité irréductibles.

Dans ce contexte, les actions de groupes comme le Hamas ne suffisent pas à modifier en profondeur la perception dominante. Elles sont souvent réinterprétées à l’intérieur du cadre existant, comme des réponses — certes condamnables — à une situation jugée première. À l’inverse, les actions militaires d’Israël sont perçues comme des confirmations de sa responsabilité structurelle dans le conflit.

Il ne s’agit pas de nier les souffrances, ni d’absoudre les fautes. Il s’agit de comprendre pourquoi certaines lectures s’imposent avec une telle force, indépendamment des faits eux-mêmes. Ce phénomène révèle une fonction plus profonde : celle de permettre à l’Europe de se penser comme moralement réconciliée avec son passé. En désignant un coupable extérieur, elle se donne le sentiment d’avoir surmonté ses propres démons.

Mais ce processus a un coût. Il interdit une compréhension véritable des réalités en jeu.

Car derrière le conflit israélo-palestinien se dessine une transformation plus large: le retour du religieux comme force structurante du politique. Non pas sous la forme institutionnalisée que l’Europe a connue, mais sous des modalités où l’identité, le sacré et la violence se trouvent étroitement imbriqués. Cette dimension échappe en grande partie aux catégories d’analyse héritées de la modernité occidentale.

En refusant de voir cette mutation, en persistant à interpréter le conflit à travers les seules grilles du passé européen, l’Europe se condamne à une forme d’aveuglement. Elle projette sur le Moyen-Orient ses propres fautes historiques, sans percevoir que d’autres logiques sont à l’œuvre — et que celles-ci pourraient, à terme, produire des effets en son sein même.

Ainsi, ce qui apparaît comme une erreur d’analyse locale révèle en réalité une difficulté plus profonde : celle d’une civilisation qui peine à réintégrer le tragique dans sa compréhension du monde. Pour s’en protéger, elle reconstruit la réalité à partir de schémas moraux simplificateurs, au risque de perdre de vue la complexité des situations qu’elle prétend juger.

Tant que cette difficulté persistera, l’Europe oscillera entre condamnation morale et impuissance politique. Et dans cet entre-deux, ce n’est pas seulement la compréhension d’un conflit lointain qui est en jeu, mais la capacité même de penser lucidement le monde contemporain.

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Ormuz ou la géopolitique de l’étranglement

La guerre d’Iran n’est pas uniquement la guerre d’Ormuz. La conférence pour la liberté de navigation dans le détroit qui se tiendra à Paris demain apparaît comme une inutile gesticulation diplomatique. Jusqu’où Trump est-il prêt à faire un compromis avec les Iraniens sans perdre la face?


Le nom d’Ormuz provient de Ahura Mazda, le Dieu du bien dans le panthéon zoroastrien, un panthéon qui oppose le bien et le mal. Un nom qui fait sens dans cette guerre que les mollahs iraniens appellent celle des forces du bien (eux) contre celles du mal (le grand Satan américain et le petit Satan israélien). Cependant, si on remarque que les chiites iraniens ont surtout frappé des monarchies musulmanes sunnites, alors que de l’autre côté le président américain, dans une initiative quasi blasphématoire aux yeux de nombre de chrétiens, a posté de lui une image christique, on se confirme une fois de plus que la réalité des forces spirituelles ne se limite pas à une partition binaire évidente.

Un détroit, c’est un bras de mer rétréci. En hébreu détroit se dit « metzar », une zone étroite. Dans les Psaumes, « metzar », c’est la détresse, un mot qui en français aussi est lié à la notion de striction. Le blocus d’un détroit, en hébreu מָצוֹר עַל הַמֵּצַר, matzor al hamotzar, faire le siège d’un lieu enserré, a donc tout ce qu’il faut pour générer l’angoisse, un mot connotant lui aussi l’image de resserrement par le latin angustus. Une angine de poitrine, c’est une douleur qui resserre la cage thoracique.

20% du pétrole mondial

Dans ce détroit d’Ormuz passaient environ 20 millions de barils de pétrole brut par jour, 20% de la production mondiale. Si les pipelines d’Arabie Saoudite vers la Mer Rouge et des Emirats vers la mer d’Oman peuvent faire transiter un quart de cette production, le Koweït, l’Irak et l’Iran n’ont aucune alternative et le Qatar n’en a pas non plus pour son gaz naturel, source de son soft power.

Un tel blocage affecte lourdement les prix des hydrocarbures et par là ceux du transport, qui, rappelons-le, outre les voyages d’agrément est indispensable à l’industrie et aux machines agricoles.

La production alimentaire s’effondre sans les engrais azotés où le méthane est la source indispensable d’hydrogène. Pour les plastiques et les polymères indispensables à notre monde, les alternatives écologiques restent marginales et l’hydrogène vert coûte plus du double de celui qui est issu du gaz.

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Une production en baisse, ce sont des prix en hausse. Le détroit d’Ormuz bloqué, c’est le pain et le riz qui augmentent. Le pétrole consommé par le Japon et la Corée du Sud passe entièrement par Ormuz, mais la stagflation menace même les pays dont aucun hydrocarbure ne passe par le détroit.

La Chine en dépend pour un tiers de sa consommation. Elle bénéficiait de rabais importants de l’Iran qui esquivait ainsi les sanctions américaines. Un blocage du détroit de Bab el Mandeb, connectant la mer Rouge, récente menace iranienne, aurait pour ce pays qui se fournit aussi par le pipeline transsaoudien un impact très important, mais la Chine, prudente, a préparé d’énormes réserves stratégiques pétrolières et n’est pas encore prise à la gorge. Quant à la Russie, l’augmentation des prix du pétrole est une aubaine extraordinaire pour sa guerre en Ukraine. Un blocage prolongé du détroit d’Ormuz rebattra donc les cartes, fera des gagnants et des perdants (en Europe, l’Italie est plus impactée que la France et entièrement dépendante de l’Algérie) et sera un choc économique majeur, mais, suivant la majorité des économistes, ce ne sera pas l’apocalypse… Le blocus iranien et l’imposition d’une taxe d’environ 1$ par baril de pétrole sont totalement illégaux puisqu’il s’agit d’un détroit international. La déclaration préalable à la conférence pour la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz qui se tiendra à Paris le 17 avril, montre toute la faiblesse européenne. Ce texte n’ose pas rappeler la violation iranienne et se propose – bien modestement mais avec emphase – « d’œuvrer dans le cadre d’une mission multinationale strictement défensive lorsque les conditions de sécurité le permettront ». Autrement dit, une fois que tout sera réglé. Inutile gesticulation…

Qui a gagné la guerre ?

L’Iran a d’ailleurs été nommé le 8 avril par acclamation au Conseil économique et social des Nations unies, un Comité des Nations Unies qui supervise les politiques sur les droits des femmes, le désarmement et la lutte contre le terrorisme. Ni la France, ni le Royaume Uni ou le Canada, également membres de ce comité, n’ont protesté alors qu’ils pouvaient le faire réglementairement. Il ne fallait pas s’opposer à la volonté du « Sud profond ». Où la prudente diplomatie devient un exercice de lâcheté…

Les Gardiens de la Révolution d’ores et déjà clament leur victoire, et leur ancien chef, Mohsen Rezaï, considéré comme l’un des plus durs du régime, devenu conseiller militaire d’un Guide de la Révolution probablement dans le coma, a prononcé un discours très menaçant envers les Américains s’il leur prenait le désir d’envahir l’Iran. Des vidéos de propagande font une fois de plus mention d’armes inattendues et terrifiantes. La résilience iranienne surprend ceux qui pensaient que la campagne serait rapide, pas ceux qui avaient observé depuis des années les gigantesques préparatifs auxquels le régime a sacrifié tous ses revenus. L’analyse des experts confirme l’essoufflement des moyens, voire leur délabrement, mais les dirigeants iraniens savent que la menace est une arme efficace et ils en usent à foison. Ils considèrent que Trump est dans une position de faiblesse politique car, les yeux rivés sur des midterms de déception économique, il craint aujourd’hui de perdre ceux de ses partisans qui, J.D. Vance le premier, l’avaient soutenu parce qu’ils croyaient à sa promesse de ne pas faire de guerre extérieure, sans compter les catholiques choqués par les critiques du président américain envers le Pape, auquel il a réservé l’insulte majeure de son répertoire («weak», faible, etc.).

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Certains commentateurs développent ce raisonnement et annoncent que Trump se contenterait d’un accord a minima consacrant simplement l’ouverture du détroit d’Ormuz, lui permettant de se désengager à toute vitesse, sans même insister trop strictement sur le stock d’uranium enrichi à 60% (absolument sans aucun usage civil, faut-il le rappeler), et encore moins sur la question des missiles et celle des proxies. Bien entendu le changement de régime ne ferait même pas partie du débat. Si cette dernière exigence risque en effet d’être celle que Trump abandonnerait le plus facilement, une telle capitulation est invraisemblable. Elle confirmerait a posteriori ce que disait le même Donald Trump dans un tweet de janvier 2020 : « L’Iran n’a jamais gagné une guerre, mais n’a jamais perdu une négociation ». 

Quelles que soient ses capacités de revirement et de dénégation, et chacun sait qu’elles sont stupéfiantes, il ne faut pas oublier que Trump n’a jamais varié sur un certain nombre d’idées : celle de la dangerosité de l’Iran des mollahs en est incontestablement une. On peut penser que le président américain, qui ne croit qu’aux rapports de force, n’est pas dupe des rodomontades des dirigeants iraniens, même s’il ne croit pas lui-même en ce qu’il dit ou écrit sur la débâcle absolue du régime.

Aux yeux de son public d’admirateurs, un compromis aussi douteux ne le transformerait pas en dirigeant invincible, mais au mieux en Obama-bis.  Une blessure narcissique inconcevable…

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April 15, 2026

Soft power: du Mondial qatari au mirage saoudien, les recettes du succès – et des échecs – dans le Golfe

Dépassée par les ambitions démesurées de ses propres autorités, l’Arabie saoudite enchaîne les revers sur ses divers chantiers. Et semble échouer là où le Qatar était, dans des conditions similaires, parvenu à réussir « son » Mondial de football, en 2022. Le succès qatari, reposant sur une étroite coopération avec des entreprises étrangères, pourrait cependant servir de leçon et permettre au royaume de sortir de l’ornière dans laquelle il s’est lui-même fourré.


Un vent mauvais soufflerait-il sur les dunes du désert saoudien ? Directement touché par la guerre menée par Israël et les Etats-Unis en Iran, le royaume semble accumuler les déconvenues, du moins symboliques. Après s’être vues, début février, retirer pour cause d’impréparation et de retards, l’organisation des Jeux asiatiques d’hiver 2029 au profit du Kazakhstan, on apprenait, début mars, que les autorités saoudiennes envisageraient d’abandonner la poursuite du chantier de The Line – un projet de ville futuriste et linéaire de 170 kilomètres en plein désert, dont les quelques bâtiments déjà sortis du sable seraient rétrogradés… en simples data center.

Le camouflet du report de l’organisation des JO d’hiver et l’abandon du projet phare du programme NEOM ne sont que les derniers accrocs en date dans la stratégie de soft power saoudienne. Étant parvenu à s’infiltrer, à ses risques et périls, au cœur de certains des chantiers les plus emblématiques du royaume en décembre dernier, le journaliste de L’Équipe Alban Traquel a pu constater que le projet de station de ski de Trojena accusait lui aussi du retard : « alors que près de 50% des travaux devaient être réalisés avant la fin de l’année », écrit-il dans le quotidien sportif, « moins de 25% seront accomplis ». Quant à la « folie » The Line, ses « plans, intenables, ont été revus à la baisse et sa longueur de devrait pas dépasser 2,4 kilomètres ».

Une « Vision 2030 » à courte vue

La « Vision 2030 », du nom du pharaonique programme de modernisation et de construction promu à grands frais par le prince Mohammed ben Salmane (MBS) pour lisser l’image de son pays à l’international et diversifier son économie dans la perspective de l’après-pétrole, tiendrait-elle donc du mirage ? Et pourquoi l’Arabie saoudite semble-t-elle échouer en série, là où son voisin qatari a, lui, remporté son pari ? Peut-être faut-il y voir un lien de cause à effet : dans l’esprit mégalomane de l’inexpérimenté MBS, le succès du Qatar, qui a accueilli sur son territoire la Coupe du monde de football en 2022, fut un gant jeté à sa royale figure. La puissante Arabie se devait de faire mieux, de faire plus et de faire plus vite que son « petit » et turbulent voisin.

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Dont acte. Le pays s’est alors livré à une surenchère de projets, tous plus monumentaux et fous les uns que les autres, accompagnés d’une surenchère de communication tous azimuts. Les promesses étaient faites, il fallait les tenir, quel qu’en soit le coût – financier, environnemental ou humain. Ainsi pour construire The Line, les autorités saoudiennes n’ont pas hésité à expulser manu militari les populations qui avaient le malheur de vivre depuis toujours sur le tracé initial de la dystopique mégalopole verticale ; et à enfermer ou tuer, sans plus de procès, les membres de la tribu Howeitat qui s’opposaient au projet délirant de leur monarque. De leur côté, de nombreuses ONG (Amnesty International, Human Rights Watch, Fair Square) dénoncent déjà l’inacceptable coût humain des ambitions démesurées de MBS.

Comment Doha s’est appuyé sur des entreprises étrangères pour réussir son Mondial

En ce début d’année 2026, la « Vision 2030 » de Riyad semble donc pour le moins obscurcie. Que manque-t-il au royaume que le Qatar avait, lui qui était confronté peu ou prou aux mêmes accusations de violations des droits humains, su trouver ? La pression internationale sur le petit émirat du Golfe était alors maximale. Tous les regards étaient braqués sur Doha. Les critiques pleuvaient. La catastrophe était annoncée – et c’est précisément en usant de cette pression à son avantage que le Qatar a su tirer son épingle du jeu et sécurisé « son » Mondial. Loin de rejeter les critiques éthiques à son égard, l’émirat les a entendues pour mieux les transformer en nouveaux standards opérationnels.

Les autorités qataries n’étaient pas seules pour mener à bien ce travail d’alchimiste. Elles se sont notamment appuyées sur leurs partenaires privés, souvent des multinationales occidentales, pour améliorer leurs pratiques sur leurs chantiers ou vis-à-vis de la pléthorique main d’œuvre étrangère recrutée pour l’occasion. Le Qatar a ainsi étroitement collaboré avec QDVC, la filiale locale de Vinci, qui a « importé » dans le pays ses meilleures pratiques : centaines d’audits réguliers, contrôle strict des sous-traitants, interdiction des frais de recrutement, amélioration des conditions de travail et de vie quotidienne des ouvriers étrangers, etc. Au Qatar, ces entreprises ont agi comme des tiers de confiance à même de crédibiliser le modèle du pays sur la scène internationale.

Doha, Qatar © Unsplash

C’est cette approche, aussi patiente que discrète, qui a permis à Doha de stabiliser son image dans le monde. Mais aussi de livrer, contrairement à d’autres, ses infrastructures dans les temps impartis. Et de proposer, finalement, un Mondial de football perçu comme une réussite par la plupart des observateurs. Tout le contraire, donc, de la stratégie de surenchère adoptée par Riyad, dont la folle fuite en avant semble aujourd’hui épuiser ses ressources comme sa crédibilité ; et se heurter, violemment, au mur du réel : non, une ville linéaire de près de 200 kilomètres de long n’est pas une bonne idée, pas davantage que le fait de skier en plein désert.

Pour autant, le chemin pourrait s’avérer long pour les entreprises occidentales avant de regagner la confiance des acteurs locaux. La guerre de Trump en Iran, que les pays du Golfe n’ont pas souhaitée et qui affecte directement leur sécurité et leur économie, risque de compromettre durablement les possibilités de partenariats sur le « modèle Doha ».

L’article Soft power: du Mondial qatari au mirage saoudien, les recettes du succès – et des échecs – dans le Golfe est apparu en premier sur Causeur.

En une minute, la troisième journée de Léon XIV en Afrique

Parti d'Alger mercredi matin, le Souverain pontife a été chaleureusement accueilli à Yaoundé par le chef de l'État, mais aussi par une population enthousiaste. Revivez les temps forts de ce premier après-midi camerounais du Pape Léon XIV.

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La visite de Léon XIV, «communion et renouveau pour toute une nation»

Le Pape est bel et bien arrivé au Cameroun ce mercredi après-midi poursuivant ainsi sa visite apostolique dans ce pays d’Afrique centrale. Dans une interview qu’il nous accordée à l’occasion de ce voyage, le père Jean-Luc Enyegue, jésuite camerounais et provincial de l’Afrique Occidentale, souligne l’importance spirituelle, sociale et politique de cet événement qui s’inscrit dans la continuité d’une tradition pontificale marquante pour le pays.

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Le Pape exhorte les autorités camerounaises à «briser les chaînes de la corruption»

C’est au Palais de l’unité, édifice emblématique, construit dans les années 1980, qui se distingue par son architecture imposante et ses jardins soigneusement entretenus, que le Pape Léon XIV a effectué sa première prise de parole mercredi 15 avril au Cameroun. Dans son discours aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique, le Souverain pontife, a détaillé ses aspirations pour le pays, appelant à dépasser la violence, renforcer les institutions et redonner espérance à la jeunesse.

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« Progressistes », vous ne pouvez pas dire non à la GPA!

Aliénation libérale et mythe du consentement: pour une critique antilibérale de la GPA.


L’Empire du moindre mal, publié en 2007, se présente bien plus comme un essai sur la nature objective de l’idéologie libérale que comme un manifeste antilibéral explicite. Cet ouvrage a le mérite de sortir de la mauvaise littérature politique qui accepte sans broncher tous les présupposés du libéralisme que sont la religion du progrès, l’individualisme et le rationalisme. Selon Michéa, le libéralisme est né des Guerres de Religion au XVIème siècle. Véritable traumatisme, le politique a peu à peu été désigné comme intrinsèquement porteur de conflictualité. Face à cela est née la nécessité d’abandonner à tout jamais une conception commune du bien (processus que Michéa nomme la « neutralisation axiologique ») et de cloisonner l’organisation sociale au plus petit dénominateur commun: l’intérêt et la recherche du bonheur.

Libéralisme ou libéralismes : la notion d’unité

« Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? » Pierre Bergé

Un exemple emblématique de cette « unité du libéralisme » (ce « tableau philosophique à double entrée » comme l’appelle Michéa) qui couple donc ET le relativisme culturel ET le libre-marché est celui de la gestation pour autrui. La gestation pour autrui (GPA), qui se définit comme une technique de procéation assistée où l’embryon, issu des gamètes des parents d’intention ou d’un donneur, est implanté dans l’utérus d’une femme porteuse, est une illustration du projet libéral final : la réification justifiée par le consentement, ou le « progrès » sous couvert de (pseudo)liberté. Je n’entrerai pas ici dans le débat scientifique ou politique. Il s’agira de démontrer deux choses. La première, que dans les faits, la société de marché et l’économie de marché sont deux mamelles d’un même système et que par conséquent, la droite « conservatrice » capitaliste et la gauche « socialiste » progressiste sont vouées à défendre malgré elles le même projet de société. Qu’un libéral-libertaire comme Pierre Bergé, artisan du macronisme de 2016-2017 et figure du capitalisme français, fût l’un des promoteurs les plus ardents de la GPA, devrait d’ailleurs forcer cette droite pseudo-conservatrice comme cette gauche pseudo-socialiste ayant voté Emmanuel Macron par naïveté à laver leur conscience en lisant Michéa.

La thèse centrale de Michéa est la suivante : le libéralisme culturel, que l’on vulgarise sous le nom de « progressisme », nécessite toujours l’aval du marché. Réciproquement, la défense du marché ne peut, dans un système cohérent, qu’être soutenue par l’extension continue des droits. Comme le démontre Michel Clouscard dans Le Capitalisme de la séduction (1981), la tyrannie du désir individuel est le nouveau bras armé du capitalisme depuis le Plan Marshall. C’est parce que le libéralisme atomise la société par la multiplication des libertés mais aussi des caprices que de nouveaux marchés apparaissent, poussés par la course aux nouveaux droits et à la fragmentation du corps social. Une société anti-individualiste guidée par un surmoi collectif encore puissant aura tendance à freiner la machine capitaliste ou du moins à la cloisonner à son aspect productiviste uniquement dans l’innovation et l’amélioration matérielle stricte des conditions de vie. La conception protestante du XIXᵉ siècle du capitalisme industriel, aussi aliénante qu’elle eût pu être pour les travailleurs, gardait encore une logique de production qui découlait d’une éthique wébérienne tournée d’abord vers l’effort et l’épargne afin de « préparer l’hiver ». Pendant longtemps la liberté économique s’est accommodée d’une liberté politique qui ne faisait que lui donner le cadre institutionnel propice au déploiement (et à l’exploitation) des forces productives. La superstructure était principalement un ensemble légal qui assurait le droit de propriété et n’avait pas encore distillé cette soif de liberté des mœurs qui allait émerger dès lors que l’Occident connaîtrait une explosion du pouvoir d’achat post-1945 et des possibilités de consommation. La thèse clouscardienne, qui est reprise par Michéa dans cette théorie de l’unité du libéralisme est de dire que le marché ne peut se déployer complètement dans son stade final que dès lors qu’il arrive enfin à faire sauter le surmoi collectif en laissant l’individu aller à ses désirs comme bon lui semble. Le capitalisme du désir, ou libéralisme-libertaire, est l’idée selon laquelle le monde capitaliste ne peut prospérer que si l’atomisation sociale est poussée à son paroxysme.

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Exemple numéro 1 : une famille unie dispose d’une voiture (de deux maximum), d’une télévision, d’une maison, de nourriture au format familial, d’une même assurance, d’un canapé et d’un lit pour ce qui est du couple. Le jour où ce même couple se sépare, vient la nécessité d’eménager avec chacun sa télévision, sa voiture, son lit, et sa nourriture. L’économie de marché y a gagné par l’accroissement de la nécessité de consommation.

Exemple numéro 2 : un prolétaire du XIXᵉ siècle est aliéné dans sa condition matérielle. Il n’est pas propriétaire de ses moyens de production. Donnez lui une télévision, un abonnement Netflix, TikTok, son Coca-Cola et sa dose de Pornhub quotidienne puis voyez si après cette aliénation culturelle sous couvert de « c’est son choix de vivre comme cela, personne n’a à juger ce comportement » il est toujours conscient qu’il est tout autant aliéné à l’usine et dépossédé des fruits de son travail. La société de marché y a gagné par l’accroissement du désir de consommation.

Ces deux exemples prouvent deux choses. La première, que la destruction des structures traditionnelles (à commencer par la famille) est désormais dans l’intérêt du capitalisme et du déploiement du marché. La seconde, que la stimulation du désir et la création de nouveaux besoins (par le divertissement perpétuel) participent de l’enracinement d’une culture de marché dont se sert l’économie de marché pour prospérer.

Si la gestation pour autrui est l’exemple par excellence de cette alliance Marché-Désir, c’est parce qu’elle témoigne d’une réification de l’individu sous couvert du droit (caprice) et du consentement. Un capitaliste authentique ne pourra pas, dans la mesure où le marché a désormais besoin du libéralisme culturel, condamner ce qui n’est que la simple extension de la libre utilisation de la force de travail. Un progressiste authentique ne pourra pas, dans la mesure où le progrès des mœurs requiert, pour prospérer, l’expression marchande des nouveaux désirs par la possibilité d’extension illimitée du marché, condamner ce qui n’est que la simple extension économique de la libre disposition de ses droits. Aux progressistes de gauche qui attendent le socialisme comme on attend Godot, il faut répondre : naïveté. Aux libéraux-conservateurs qui fustigent l’effritement moral et l’hédonisme débridé par l’individu-roi dont ils profitent de la matrice économique il faut répondre : hypocrisie. Tandis que les premiers vénèrent la société de marché dont ils détestent l’économie, les seconds maudissent les mœurs de cette société dont ils adorent pourtant la superstructure. Les premiers considèrent la prostitution/pornographie comme légitime au nom du « droit à disposer de son corps », oubliant qu’elle constitue la réification (au sens marxiste) la plus élémentaire. Les seconds critiquent la prostitution (qu’elle soit classique ou visuelle par la pornographie) pour son immoralisme, mais ne comprennent pas que la logique du Capital est de stimuler la culture de marché par le Désir pour mieux alimenter le capitalisme de consommation.

Common decency et philosophie implicite de vie commune

Outre l’étiquette en « socialiste conservateur », Michéa partage avec Orwell son souci d’un espace commun de valeurs objectives pour faire face au relativisme culturel du libéralisme qui utilise le mythe du consentement pour asseoir l’atomisation sociale par la neutralisation des principes de vie commune.

C’est pourquoi il rappelle la notion fondamentale de common decency. Concept orwellien, Michéa définit la common decency comme une « catégorie descriptive » (mais convoquée de manière systématique) destinée à fixer une réalité que chacun ressent intuitivement, dès qu’il est amené à partager, pour une raison ou une autre, la vie réelle des classes populaires (Impasse Adam Smith, 2002). Proche de la notion de « bon sens », la common decency se fonde sur l’intuition. Par opposition à la raison qui est une faculté consciente de l’esprit à accéder à l’universel par le doute systématique (qui amènera aussi bien la philosophie cartésienne que le relativisme moral, le doute de la vérité observable n’empêchant pas non plus le doute quant aux fondements intrinsèques d’une quelconque idée du bien absolu), l’intuition est un fait quasi-immédiat qui précède le concept. Plus précisément, elle est un doute du concept lui-même car elle n’a pas le temps de conscientiser ni même d’intellectualiser l’idée de relativité morale. L’intuition EST une morale instantanée, la certitude sensible (pour parler comme Hegel) de chacun du bien, l’appréhension immédiate du commun des mortels de ce qui est acceptable et de l’impératif catégorique kantien. L’intuition ne se théorise pas, elle n’est pas normative. L’intuition traduit les « choses qui ne doivent pas se faire ». Très terre à terre, la notion de common decency est l’intuition naturelle et quasi-instinctive de ce qui est admis comme immoral par-delà toute conceptualisation. C’est pourquoi Orwell parlait des « common men » (« gens ordinaires ») pour désigner ceux qui, parce que leur condition matérielle ne les place ni dans un rapport de domination ni dans une posture intellectuelle éloignée de toute conscience de la réalité matérielle et encline à la perversion des mœurs, connaissent encore les vertus élémentaires et les principes fondamentaux sur lesquels on ne transige pas, même avec tous les doutes systématiques du monde. En plus du tabou et des règles élémentaires de l’anthropologie comme la prohibition de l’inceste, le bon sens inclurait par exemple la volonté spontanée de fonder une famille, le penchant naturel pour une certaine séparation des rôles selon le sexe au sein de l’organisation familiale, la condamnation ferme de l’atteinte à la vie d’un enfant par une réprimande sévère comme la peine de mort. Je prends volontairement des postulats que certains jugeront comme « conservateurs » parce qu’ils illustrent assez bien la séparation nette dépeinte par quelqu’un comme Christophe Guilluy entre les élites mondialistes progressistes (libérales) déracinées qui ont tendance à privilégier la raison (donc l’éloignement de l’intuition, à savoir de l’explication des lois morales par la zoologie et l’anthropologie), et les masses conservatrices (plus illlibérales) enracinées plus enclines à l’intuition et aux affects (donc la méfiance envers la raison abstraite qui tend à déconstruire les lois naturelles par un relativisme des mœurs toujours plus grand et soucieux de briser les explications zoologiques des impératifs catégoriques traditionnels).

Si la common decency est l’ennemie essentielle du libéralisme, c’est précisément parce qu’elle porte en elle des universaux moraux qui entravent le processus de déploiement du relativisme.

L’exemple du travail dominical : morale du consentement et impact collectif

Dans cette question de relativisme moral, l’argument majeur des pro-GPA réside dans une phrase que toute personne ayant déjà débatu avec un libéral inconscient ou convaincu a déjà entendue : « si c’est son choix, où est le problème ? ». On notera d’autres variantes comme « elle fait ce qu’elle veut », « son corps, son choix », ou encore « elle est consentante ». D’abord, il conviendra de souligner que la question du libre-arbitre et de la liberté réelle a toujours été conditionnée, et ce n’en déplaise aux libéraux qui feignent de l’ignorer, par la situation matérielle des individus. Quand Marx dénonçait les « Droits de l’Homme bourgeois », il entendait critiquer cette tendance des artisans de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen à croire que la liberté réelle se décrétait par le droit. La condition sociale et matérielle de l’ouvrier surplombe la conceptualisation rationnelle et abstraite du citoyen dans l’évaluation de sa liberté. Le salaire de l’employé définit bien plus sa capacité à accéder à la propriété de son logement que l’article 17 de la DDHC disposant que « la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité ». L’ouvrière qui loue son ventre à la bourgeoise (car c’est ce dont il s’agit) le fait d’abord par nécessité matérielle d’améliorer sa condition sociale. En d’autres termes, la justification de la liberté par le consentement est un raccourci facile qui est pourtant la pierre angulaire du système libéral.

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Quelques libéraux cyniques (les plus intelligents et en même temps les plus redoutables) rétorqueront toutefois que même en prenant en compte les conditions matérielles, certains individus ont un consentement vérifié qui permet d’attester de leur libre-arbitre. En d’autres termes, certains individus décident délibérément de vendre leur corps en procédant à un arbitrage conscient et non contraint par leur condition sociale de le faire. L’acceptation d’un tel comportement au nom de l’argument du consentement implique de neutraliser la question de décence commune en substituant une morale de consentement individuel à une morale collective de l’acceptation des mœurs. Pour renverser cet argument libéral avec un argument que l’on qualifiera de « culturellement conservateur » mais non capitaliste, il faut arguer que le comportement individuel participe d’une modification de la décence commune et donc d’une perturbation de la morale collective par un jeu d’incitations propre au phénomène de marché que l’on nomme « concurrence déloyale ». Prenons le cas d’un exemple brillamment exposé par Michéa dans Le Loup dans la bergerie (2018) : le travail dominical. D’un point de vue libéral, c’est-à-dire purement contractualiste et basé sur une définition négative de la liberté, si je souhaite travailler le dimanche, je devrais en avoir le droit. Dans la mesure où c’est MA décision de travailler le dimanche et du moment que je n’empêche personne de se reposer, je suis « libre » de travailler ce jour-là. Rappelons que pour un libéral, la liberté se confond avec la jouissance de droits individuels qui représentent l’ensemble de l’espace de non-empiètement sur l’exercice de la liberté d’autrui (Benjamin Constant et sa fameuse « liberté des Modernes »). Or ce genre de décision, comme l’explique Michéa, « dissimule, sous l’apparence d’un choix purement personnel et d’un contrat purement privé, toute une philosophie implicite de la vie commune ». Si je me mets à travailler le dimanche, je fais de la concurrence déloyale au reste des travailleurs et le dimanche devient un jour comme les autres : les rythmes collectifs en pâtissent. Le « bon » élève qui veut se faire bien voir du patron incite le reste de la classe à travailler davantage. Sûrement que si le « bon » élève acceptait de travailler pour 1€ de l’heure, alors les libéraux jugeraient cette décision comme ne posant aucun problème alors même que la pression salariale se ferait ressentir sur le reste des travailleurs. Pourtant, alors même que si dans notre cas de figure les travailleurs étaient autorisés à travailler le dimanche, rien ne garantit que cette « extension » de leurs droits serait un gage d’émancipation. Ce serait sûrement une aubaine pour le patron. Cette idée du Droit comme ne menant pas à la liberté réelle a été brillamment résumée par cette phrase de Clouscard : « Tout est permis, rien n’est possible ». Le libéralisme culturel donne un semblant de liberté mais vous aliène en réalité au libéralisme économique.

En somme, la common decency est chez Orwell et Michéa la pierre angulaire de la morale sociale. Elle est évidemment l’antithèse absolue de la neutralité axiologique libérale qui entend pousser la logique du doute systématique à l’ensemble des sphères de discussion de la vérité, y compris, et surtout, celle de la vérité absolue du bien. La neutralité axiologique est l’idée selon laquelle la querelle autour de l’idée de bien conduit historiquement à la guerre. Elle est un concept libéral qui entend annihiler toute décence commune et toute morale sociale au profit d’une paix civile perpétuelle et froide, garantie par le doux commerce montesquivien au sein d’une grande fable des abeilles. L’homme libéral est une version plus acceptable de l’Homme nouveau, sa seule originalité étant son indifférence à l’égard de toute conception du bien commun et son relativisme moral ; il est un homme gris, une monade leibnizienne apathique ne jurant que par l’auto-détermination subjective de chaque individu. L’anomie de l’homme moderne n’est au fond que la fin de course du libéralisme, qui en abandonnant à tout jamais la querelle du bien (donc de la vérité morale), aussi tragique mais héroïque qu’elle soit, a fabriqué des sociétés régies par le mythe de l’individu auto-construit, peuplées alors d’hommes gris et de consommateurs déracinés, dont les jouissances éphémères et l’illusion de liberté par la promesse illimitée de droits-créances ne sont que la peinture d’une cellule ; celle de la tyrannie froide sans conscience collective, celle d’une civilisation atomisée par les vices privés institutionnels : celle d’un empire du moindre mal.

L'Empire du moindre mal: Essai sur la civilisation libérale

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Le loup dans la bergerie: Droit, libéralisme et vie commune

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Le Pape aux orphelins: vous êtes appelés à un avenir plus grand que vos blessures

Au premier jour de son voyage apostolique au Cameroun, le Pape Léon XIV a visité l’orphelinat Ngul Zamba, un lieu de refuge pour les enfants privés de soutien familial dans la capitale Yaoundé, une mégapole de plus de 2 765 000 habitants. Tout en saluant «avec gratitude» tous ceux qui les accompagnent, le Saint-Père s’est directement adressé aux dizaines d’enfants hébergés dans ce lieu, leur rappelant qu’ils sont «porteurs d’une promesse» qui ne disparait pas dans les épreuves.

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Côte d’Ivoire: l’Église exhorte à plus de proximité envers les détenus

En chaque fête de la Divine miséricorde, l’Église en Côte d’Ivoire célèbre la journée nationale des détenus les confiant à la miséricorde de Dieu. À l’occasion de la 16e édition, dimanche 12 avril 2026 en la paroisse saint Mathieu de Yopougon, Mgr Bruno Essoh Yédoh, président de la commission épiscopale pour la pastorale sociale, a exhorté les fidèles à les soutenir par la prière et leur proximité.

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Les Papes et les guerres à l'époque contemporaine

Face à la puissance destructrice des armes modernes, il est très difficile de parler, comme on le faisait au cours des siècles passés, de la possibilité d’une «guerre juste». Dès 1963, Jean XXIII écrivait dans Pacem in terris qu’à l’ère atomique, il est presque impossible de penser que la guerre puisse être considérée comme un instrument de justice. C’est dans cette lignée que s’inscrit Léon XIV, qui fait de la paix l’un des thèmes centraux de son pontificat.

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Léon XIV en Algérie, une belle opportunité pour construire des ponts

Au cours du vol reliant Alger à Yaoundé où il est attendu au Cameroun, le Pape a salué les journalistes qui l’accompagnent et dressé le bilan de cette première étape de son voyage apostolique: «Une visite bénie». Le Souverain pontife remercie les autorités algériennes et l’Église locale «petite mais significative», réaffirme l’actualité du message de saint Augustin appelant à «rechercher l’unité entre tous les peuples et le respect mutuel malgré les différences», évoquant sa visite à la mosquée.

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Emission spéciale sur la visite du Pape au Cameroun

Le Pape atterrira à Yaoundé vers 16h30, heure locale. Dans la capitale du Cameroun, l'atmosphère électrique est à la joie avant l'arrivée du Souverain pontife, le troisième à se rendre dans le pays laïc, multiculturel, mais à majorité chrétienne. Léon XIV s'adressera aux autorités du pays, avant de rejoindre l'orphelinat Ngul Zamba. Tous les détails de ce voyage dans l'émission spéciale de Vatican News.

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Le Pape au Cameroun, un «sacrement de l’unité» pour une nation en quête de paix

Léon XIV entame son voyage apostolique au Cameroun ce mercredi 15 avril. Dans une interview accordée aux médias du Vatican, le père Etienne-Noël Bassoumboul présente la figure du Pape comme un catalyseur de réconciliation. En s'appuyant sur l'héritage de Baba Simon et l'engagement œcuménique, cet enseignant d'Écriture Sainte à l’Université pontificale Urbanienne à Rome souligne l'urgence d'une «Église en sortie» capable de transformer la diversité culturelle en une grâce pour le vivre-ensemble.

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En Algérie, Léon XIV a semé des graines pour l'avenir

Ses deux jours passés dans le pays du Maghreb ont permis aux Algériens de faire connaître le successeur de Pierre au pays. Pour ce premier voyage de l’histoire d’un Pape en terre algérienne, Léon XIV a rejoint un peuple avide de le rencontrer, et aura fait passer des messages d’unité, de concorde et d’encouragement. Bilan de cette première étape historique du voyage apostolique.

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Renaud Camus est-il contagieux?

Alors que deux journalistes du Monde publient une enquête à charge contre le « théoricien du grand remplacement », dont ils n’ont pas lu les livres, Renaud Camus livre un entretien de six pages dans le nouveau Causeur.


On allait voir ce qu’on allait voir. Le plus célèbre des idéologues de l’extrême droite mondiale enfin étrillé en place publique ! Quand, au début de l’année, les éditions Flammarion ont annoncé la sortie de la première biographie de Renaud Camus signée par deux reporters du Monde, Gaspard Dhellemmes et Olivier Faye, toutes les rédactions progressistes de France et de Navarre ont piaffé d’impatience. Il fallait vite recommander l’achat de L’homme par qui la peste arriva, afin que la laideur humaine du « théoricien du grand remplacement » soit, une bonne fois pour toutes, connue de tous !

Et puis patatras. La montagne antifasciste a accouché d’une souris vaguement people et un rien homophobe. Tout juste les plus pudibonds seront-ils choqués de découvrir certains détails sur les backrooms new-yorkaises fréquentées dans les années 1980 par l’auteur de Tricks et par Andy Warhol, dont il fut proche. Mais pour le reste, quand bien même les informations contenues dans l’ouvrage seraient 100 % vraies (ce qui est loin d’être certain), rien d’abominable ne ressort de ce portrait pourtant exclusivement à charge.

C’est que si Dhellemmes et Faye ont eu accès, par la grâce de l’intéressé, à toute la correspondance de Renaud Camus, qu’ils ont compulsée pendant près de trois ans, ils paraissent avoir oublié l’essentiel : l’examen de l’œuvre. Dans le match entre Proust et Sainte-Beuve, on oublie souvent qu’une troisième voie existe pour les incultes, le journalisme de caniveau. Résultat, comme à peu près tous ceux qui se sont essayés à l’exercice avant eux, les deux contempteurs de Renaud Camus le détestent… manifestement sans l’avoir lu.

A lire aussi, Thomas Morales: Le mocassin de la République

Pour se faire une idée de la pensée « sulfureuse » de l’écrivain, on recommandera donc plutôt sa dernière publication, Décolonisation, dans laquelle il explique en détail pourquoi il voit l’immigration africaine et moyen-orientale comme la pire des catastrophes jamais arrivées à l’Europe.

Dans une langue impeccable qui n’appartient qu’à lui, Renaud Camus déploie une thèse que l’on peut qualifier, pour faire savant, d’« ethno-différentialiste » (et non pas suprémaciste comme l’écrivent ses biographes), consistant à n’accepter que très marginalement le métissage afin de préserver le caractère propre à chaque peuple, c’est-à-dire son héritage non seulement culturel mais aussi racial – ce à quoi nous ne saurions souscrire, puisqu’il nous semble quant à nous que la couleur de peau n’est pas un critère pour transmettre l’art de vivre à la française.

Mais surprise, au lieu de s’autoriser d’intellectuels conservateurs comme Claude Lévi-Strauss (pour qui les civilisations ont besoin d’un certain degré de différence si elles veulent exister), Camus préfère convoquer Zygmunt Bauman, Giorgio Agamben et Frantz Fanon, tous marqués très à gauche pour affirmer que c’est le capitalisme qui nous impose le « grand remplacement ». Un système qui, pour lui, entretient un lien de parenté étroit avec le nazisme ! Autant dire que nous ne partageons pas du tout cette analyse, et même que nous la trouvons irrespectueuse pour les victimes de la Solution finale, qui n’ont pas été massacrées au nom d’Adam Smith ou de Friedrich Hayek. Reste que le châtelain de Plieux est un débatteur hors pair, avec lequel on peut s’engueuler avec style et correction. Bref, Camus est un auteur qu’on aime bien car il châtie bien.

La Destruction des Européens d'Europe

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Kanye West: bouc émissaire facile du véritable antisémitisme?

Le rappeur, connu pour ses prises de position lunaires, son passé de mari de Kim Kardashian ou son soutien affiché à Donald Trump, reporte le concert qu’il devait donner à Marseille. Cette décision intervient après la menace d’interdiction formulée par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Il n’était pas envisageable pour les autorités qu’il se produise au Stade Vélodrome, qualifié par le maire de «temple du vivre-ensemble et de tous les Marseillais».


En octobre 2022, dans ces mêmes pages, nous nous demandions si le célèbre rappeur américain Kanye West avait eu un «coup de folie» ou un «coup de génie» après une énième provocation, en arborant, pendant un défilé surprise de sa marque de streetwear à Paris, un tee-shirt avec l’inscription: «White Lives Matter». L’artiste afro-américain se moquait alors ouvertement du mouvement Black Lives Matter, alors que peu de personnes osaient critiquer les dérives essentialistes, voire un peu racistes, d’un mouvement à la base antiraciste… Kanye West prenait une fois de plus le contrepied de la pensée unique, en défendant non pas un slogan suprémaciste blanc – comme certains ont feint de le croire – mais un slogan universaliste signifiant que «All Lives Matter» dans une Amérique fractionnée. Nous options donc pour un «coup de génie»… Depuis, Kanye West, qui se fait appeler Ye, a trop multiplié les « coups de folie », avec une tendance au complotisme et aux dérapages provocateurs sur l’imagerie nazie, pour qu’il soit encore possible de défendre une telle dérive. Une dérive qui n’est toutefois pas tant idéologique – comme feignent encore de le croire certains observateurs – mais essentiellement pathologique. Il n’est pas nouveau que Kanye West, au-delà de son génie musical reconnu, ait de sérieux problèmes de santé mentale.

Hitler, un peintre talentueux qui change de branche, Kanye, un « Noir de pacotille »…

Il n’y a rien de nouveau non plus à voir des artistes osciller entre génie et folie. Mais, contrairement à d’autres, on semble ne rien vouloir pardonner à Kanye West, ce qui entretient vraisemblablement ses troubles.

A lire aussi: L’accusation de racisme systémique, un outil de domination au service d’émanations politiques du Sud global en Occident

Déjà, en 2016, alors que le chanteur avait été le seul artiste noir à soutenir Donald Trump et à se rendre à une invitation de la Maison Blanche, il avait été la cible d’une rare violence de la part de la presse prétendument progressiste américaine, comme le rappelle l’auteur Bret Easton Ellis: «C’était à cause de ça que Kanye avait été étrillé dans tout le paysage médiatique et traité de “Noir de pacotille” et de “salaud avide d’attention”, qui devait être “hospitalisé”, et ce qui était arrivé à Kanye était “ce qui arrive quand un Noir ne lit pas de livres” – déclarations de présentateurs de CNN et de MSNBC».

Aujourd’hui, après une période relativement calme dans ses déclarations publiques, et surtout une lettre d’excuses publiée le 26 janvier 2026 sur une pleine page du Wall Street Journal, dans laquelle il demande pardon à ceux qu’il a offensés dans la communauté juive ou noire, rappelant ses problèmes de santé liés à des troubles psychologiques et à une lésion cérébrale suite à un accident, Kanye West lance son grand retour sur scène avec une tournée de concerts faisant suite à la sortie de son nouvel album. Du côté musical, il n’y a aucun doute sur les « coups de génie » de l’artiste, dont le talent est reconnu par tous les acteurs et amateurs du milieu du rap. Pourtant, on ne lui pardonne pas ses écarts et dérapages, malgré les justifications, alors que quiconque a un peu suivi la carrière de Kanye West sait que ses troubles ne sont ni feints ni nouveaux…

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Les accoutrements nazis des Sex Pistols ont toujours été considérés comme une simple provocation punk, et les propos controversés de David Bowie sur Adolf Hitler dans les années 1970, que l’artiste expliquait par une «période de folie, de drogue et de confusion», n’ont pas eu de conséquences sur la suite de sa carrière. Quel gouvernement aurait pu oser interdire à David Bowie de se produire sur scène?

O tempora, o mores

Kanye West, lui, se voit imposer une intransigeance morale toute contemporaine. L’impayable gouvernement britannique a carrément refusé l’entrée sur son territoire à l’artiste, conduisant à l’annulation de ses trois concerts prévus à Londres. Position de fermeté face au rappeur dans un pays pourtant habitué à une complaisance quotidienne pour l’antisémitisme, que ce soit par l’autorisation de manifestations islamistes ouvertement antijuives, ou par l’absence de réaction face aux agressions ou à une ligne éditoriale tendancieuse de son service public. Un deux poids, deux mesures qui masque mal, de plus, la facilité de s’en prendre à un artiste controversé, provocateur et surtout un peu déséquilibré, plutôt qu’à un véritable danger antisémite.

De son côté, la classe politique française, toujours inquiète de rater le train du prétendu progressisme international, a fait pression pour annuler le seul concert dans notre pays, prévu à Marseille en juin prochain. Dès l’annonce de l’événement, le maire de la ville, Benoît Payan, avait indiqué que l’artiste « n’est pas le bienvenu à Marseille au Vélodrome, temple du vivre-ensemble et de tous les Marseillais ». Mardi, le gouvernement a fait savoir qu’il cherchait « des moyens légaux pour empêcher le concert ». Face à cette pression, Kanye West a préféré annoncer, la nuit dernière, sur les réseaux sociaux, le report de son concert marseillais. Cette censure d’un artiste pour cause de « coups de folie » répétés cache mal une recherche, à peu de frais, d’une virginité morale de la part de gouvernants pourtant accusés de complaisance face à l’antisémitisme réel au sein même de leurs sociétés.

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Arrangements matrimoniaux en Turquie

10e long métrage du réalisateur, Hayat est le premier a véritablement se frayer un chemin dans les salles de l’hexagone. Une lente et intéressante critique de la société turque.


Riza, jeune mitron turc bien fait de sa personne, pétrit le pain dans la boulangerie de son grand-père. Résistant aux poussées libidinales de la promise qu’on lui destinait, il repousse une tentative de fellation : – ça me dit rien – t’as pas envie ? – je suis en vrac. Arrête, j’ai pas la tête à ça. A ses amis, il expliquera en rigolant : – c’est parti en sucette. En réalité, Riza est poursuivi jusque dans ses rêves par une taraudante obsession : retrouver la fantomatique Hicran, blonde, lisse et splendide créature aux prunelles d’azur et au visage de piéta, laquelle a soudain disparue, sans explication, rejetant les avances du jeune homme, à peine lui avait-il déclaré sa flamme l’espace de deux rencontres. Aurait-elle fugué pour échapper à un mariage arrangé par sa famille ? Quoiqu’il en soit, voilà donc que Riza, quittant travail et parents, se met en route pour Istanbul, et passe deux mois entiers à rechercher l’objet de son cœur dans l’immensité de la métropole. Le hasard finit par l’orienter vers un réseau de prostitution dont Hicran, seule et démunie, a pu réchapper selon toute apparence en étant recueillie dans un appartement par deux compères, dans une atmosphère plutôt conflictuelle. Mais un beau jour, elle est là, enfin, face à Riza. Fin de la première partie de Hayat ( « la vie », en turc).

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Sans solution de continuité, la deuxième partie du film abandonne Riza pour se concentrer sur Hicran, enfant prodigue dont le retour chez ses géniteurs, après l’épisode d’Istanbul, se passe évidemment assez mal. Hicran rentre dans le rang à ses dépens, en consentant à subir, de l’oreiller jusqu’à la table des repas, la logorrhée tour à tour suspicieuse, menaçante et plaintive, presque démente, d’un époux d’âge mûr travaillé par une jalousie morbide – occasion, d’ailleurs, d’un des plus beaux morceaux de bravoure du scénario, dans un film à la lenteur calculée, aux ellipses savamment dosées, où de très longs silences alternent avec des dialogues étirés à l’extrême. L’épilogue, qu’on ne déflorera pas ici, renverse une nouvelle fois la situation, surprise ultime, improbable et presque miraculeuse après tant d’avanies liées à la pesanteur des traditions sous le boisseau de l’islam.

Il est singulier qu’au contraire de celle d’un Nuri Bilge Ceylan, il est vrai remarquable de bout en bout, la filmographie pourtant conséquente d’un Zeki Demirkubuz, 61 ans, n’ait jamais franchi la porte des salles françaises (hors festivals où un public confidentiel a pu voir Le Destin (2001), inspiré de L’Etranger, de Camus, et Yeralti (2012), d’après le roman de Dostoïevski Le Sous-sol). Dans Hayat, beaucoup des comparses portent encore le masque chirurgical, tel qu’imposé au temps de la pandémie. On est tenté d’y voir une métaphore. Sombre visage d’une Turquie minée par la tartufferie et le mensonge des « bonnes mœurs ». Comme l’exprime un des personnages, « ici chacun croit ce qu’il veut croire ».     


Hayat, film de Zeki Demirkubuz. Avec Miray Daner, Burak Dakak, Cem Davran, Umut Kurt.Turquie/Bulgarie, couleur, 2024. Durée : 2h40

En salles.  

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L’apathie française, dernier carburant du pouvoir

Malgré le cessez-le-feu en Iran qui a fait baisser le baril de Brent sous 100 dollars, les prix des carburants en France restent élevés à la mi-avril. Un décret envisage d’encadrer les marges des stations-service et de lisser les prix jusqu’au 31 août, sans gel des prix à la pompe ni ristournes comme en Italie ou en Espagne. Les aides ciblées se cantonneront à l’agriculture, à la pêche et au secteur des transports. Comme pour l’idée de réformer le 1er-Mai obligatoirement chômé, Sébastien Lecornu veille, joue la montre et l’apaisement. Mais où sont donc passés les gilets jaunes ? Notre chroniqueur semble se désoler de constater que seule la révolution est en rupture de stock…


Le calme avant la tempête ? Tout est là pour enflammer les colères françaises. Or la société, bloquée à son sommet, donne le sentiment d’être gagnée par la torpeur à sa base.

La Ve épuisée

En 2018, le gasoil à 1,50 euro avait lancé le mouvement des gilets jaunes et l’occupation des ronds-points par la France périphérique. Cette fois le carburant a dépassé les 2 euros et… Et rien. Le gouvernement en profite même pour tenter de relancer, via un amendement, son projet de Zones à faibles émissions (ZFE) qui rendraient certaines villes inaccessibles aux voitures trop polluantes, dans une discrimination sociale refusée hier par les députés. La violence, elle, se répand jusque dans les petites villes. Parallèlement le bloc central n’en finit pas, Emmanuel Macron en tête, d’ériger le populisme en ennemi à abattre. Se faisant, le système se coupe d’une société civile fulminante. Celle-ci fédère les citoyens qui savent leur nation fragile et s’affolent de l’irénisme des dirigeants. Ces derniers se félicitent de l’échec de Victor Orban lors des législatives hongroises, dimanche ; ils feignent d’ignorer que son successeur, Péter Magyar, s’inscrira dans la continuité banalisée de la révolution conservatrice construite sur la foi, la famille, la nation et la protection des Hongrois d’une immigration invasive. Reste ce constat, en France, d’un semblable moment révolutionnaire en manque, paradoxalement, de révolutionnaires. Alors que la Ve République ne cache rien de son épuisement, les indignés ne sont actuellement identifiés que par les sondages qui notent leur « dégoût ». Ils semblent vouloir réserver leur réponse à la prochaine élection présidentielle, en portant le RN en premier parti de rupture.

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Cette absence apparente d’élan vital au cœur de la France des oubliés participe à l’ankylose du pays : un immobilisme aggravé par un Premier ministre habilement pantouflard qui a juré de tenir en jouant la montre et l’apaisement. En dépit des pressions sur le prix du carburant, liées à la crise iranienne et au blocus du détroit d’Ormuz par Donald Trump, l’Etat aux poches trouées exclut de baisser les taxes.

Manque de courage

Cette solution de bon sens a pourtant été choisie par de nombreux pays européens dont l’Allemagne dernièrement. L’apathie des usagers reste en fait le meilleur allié du pouvoir. Il s’épargne d’avoir à penser dans l’urgence des économies pouvant équilibrer le manque à gagner des recettes non perçues. Le chef de l’Etat peut évidemment faire valoir qu’il n’est pour rien dans cette guerre israélo-américaine contre les mollahs ; un conflit qu’il n’a pas voulu et qui affecte les stations-services françaises. Reste que Macron est l’héritier d’un Etat ventripotent dont il a aggravé la dette de plus de 1000 milliards d’euros, sans le début d’une réforme pour alléger les dépenses. Il est comptable, par manque de courage, de l’état de banqueroute des finances publiques et de la guerre civile qui s’est installée dans les esprits et ici et là sur le terrain. Seuls les Français sauveront leur pays en congédiant les faillis. Encore faudrait-il que la société se délivre de sa dépression, entretenue vicieusement par l’Etat-Mamma. Français, l’heure est venue : révoltez-vous !

La révolution des oubliés

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En une minute, la deuxième journée de Léon XIV en Algérie

De la visite du site archéologique d'Hippone sur les lieux de saint Augustin, en passant par la rencontre avec les personnes âgées de la maison d’accueil des Petites Sœurs des Pauvres et la messe à la basilique Saint-Augustin d'Annaba, revivez en images les moments les plus marquants de la deuxième journée du voyage apostolique en Afrique.

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Debray-Tesson: un duo?

Dans Le Grimpeur et le Grognard (Gallimard, 2026), Régis Debray et Sylvain Tesson dévoilent leur correspondance. Sans se poser en modèles, ni adopter un ton moralisateur, ce qui nous change de bien d’autres intellectuels.


Quel dommage que, dans Le Figaro Magazine, on ne laisse pas dialoguer Régis Debray et Sylvain Tesson sans intermédiaire ! Seuls des extraits de leurs propos nous sont rapportés, assortis d’une analyse dont on se passerait. Malgré cette réserve, c’est tout de même un infini bonheur de l’intelligence et du langage que cette confrontation, fût-elle seulement apparente, entre deux esprits. Elle est pleinement justifiée et nous change de cette habitude déplorable de certains médias qui, pour remplir leurs pages, organisent des rencontres, contre tout bon sens, entre des personnalités qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre et qui, surtout, n’apportent rigoureusement rien aux lecteurs, ni séparément ni ensemble.

Tout le contraire de Régis Debray et de Sylvain Tesson ! Si je demeure un peu sur ma faim à cause de la méthode utilisée, cela tient à la logique et aux contrastes, confortables et faciles, qu’elle permet.

En effet, comme il est aisé d’opposer la passion de l’Histoire chez Régis Debray à celle de la géographie chez Sylvain Teson ; le culte d’une révolution internationale, jadis, chez l’un, et, chez l’autre, l’attirance pour les seules révolutions intimes ; l’exigence de solidarité chère à la gauche et le goût de la solitude, qui n’est pas étranger à une certaine droite dans laquelle je serais fier de me tenir si Tesson s’y trouve aussi !

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Mais ces oppositions, pour n’être pas sans intérêt, ne disent pourtant pas grand-chose de ces deux êtres. Il semble, d’ailleurs, que ce qu’ils combattent ensemble soit bien plus signifiant et instructif que ce qui paraît encore les diviser aujourd’hui.

Qui pourrait péremptoirement aborder ce terrain alors que, si le passé de l’un n’a pas eu le même humus que celui de l’autre, les réalités du présent et leur lucidité à ce sujet les ont accordés ?

Derrière leur dialogue malheureusement éclaté, que de connivence, que de complicités, que d’hostilités claires et profondes à l’égard de ce qui ruine notre société et dégrade notre civilisation ! Ce n’est pas mythifier ces belles intelligences que de les sentir communes dans des détestations qui sont les nôtres, ou pourraient l’être, si nous avions autant d’aura et de courage qu’eux pour les exprimer…

Comment ne pas percevoir, chez ces deux esprits d’élite, de superbes similitudes : l’aptitude à l’écoute, la capacité de se combattre soi-même, le refus de tout dogmatisme, l’art du verbe, mais aussi une forme de tolérance qui les conduit à ne jamais considérer l’infinie diversité du vivant comme un adversaire, mais à combattre les idées et les principes qu’ils récusent.

S’y ajoutent la grâce d’une modestie vraie, d’autant plus impressionnante que, du haut de leurs destins séparés par le temps, ils auraient pu être tentés de l’oublier ; et aussi ce désir éperdu de sortir de soi, de résister à la tentation du narcissisme, pour devenir des aventuriers en tous les sens du terme, mais à portée universelle.

Ce contre quoi ils luttent et se dressent – avec une lassitude résignée chez Régis Debray, une ironie presque affectueuse chez Sylvain Tesson – compose un puissant réquisitoire contre les dérives de notre époque. Ils forment plus qu’un duo : une voie à suivre.

96 pages

Le grimpeur et le grognard: Une correspondance

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April 14, 2026

La défense française en quête d’agilité

Alors que vient d’être annoncée la construction d’un futur porte-avions, une question se pose : le modèle des grands programmes militaires est-il encore adapté à une guerre moderne et souvent  asymétrique ?  En acceptant récemment de produire pour le compte de l’État des drones peu chers et rapidement déployables, Renault ajoute une flexibilité industrielle à l’offre d’armement tricolore.


Ce sera donc le France Libre. Quelques jours après l’annonce de la mise en chantier du futur porte-avions français, Emmanuel Macron a choisi d’inscrire le nom du PANG (porte-avions de nouvelle génération) dans la lignée de son prédécesseur, l’illustre Charles de Gaulle. D’un coût prévisionnel d’au moins 10 milliards d’euros, le navire de 310 mètres de long et de 80 000 tonnes devrait, selon le chef de l’État, permettre à la France de conserver « une autonomie d’action totale et sans contrainte Â». Projetant par la même occasion, sur les océans du monde entier, ses dizaines de milliers de « tonnes de diplomatie Â», comme aiment à le dire entre eux les marins – autrement dit, l’affirmation de la souveraineté française.

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Immanquables en raison de leur taille, de leur coût et de l’attention médiatique qu’ils génèrent, les porte-avions ne sont pas les seules vitrines de la base industrielle et technologique de défense (BITD) tricolore.  Alors que la France a conforté en 2025 sa deuxième place dans le palmarès des exportateurs d’armements, derrière les Etats-Unis, plusieurs systèmes militaires français contribuent à dynamiser ces ventes à l’international. Il y a le Rafale, bien sûr, dont Dassault Aviation est d’ores et déjà parvenu à écouler 323 exemplaires, mais aussi le canon Caesar, vendu à 800 exemplaires par KNDS France, les radars et capteurs de Thales, les missiles de MBDA et autres bombes de Safran, qui incarnent sur le marché de l’armement l’excellence française.

De grands programmes insuffisants face au défi des conflits modernes ?

Aussi majestueux qu’intimidant, un porte-avions a cependant les défauts de ses qualités : cher et complexe à entretenir, un tel bâtiment est surtout long, très long, à sortir des chantiers navals. Entre la conception du bâtiment et sa mise en service, prévue au mieux pour 2038, le champ de bataille aura, selon toute probabilité, profondément évolué. D’une durée de 20 à 30 ans, les cycles de grandes plateformes ne sont pas ceux de l’innovation civile et numérique, qui tournent quant à eux autour de deux ou trois ans. Et la guerre en Ukraine, ou encore le récent conflit en Iran, l’ont bien montré : ce n’est pas nécessairement la puissance qui dispose des armements les plus sophistiqués qui a, sur le terrain, l’avantage.

C’est bien celle qui saura faire preuve d’agilité, opérationnelle comme économique,  deux qualités qui ne sont pas les premières associées à un porte-avions, au contraire de ces milliers de drones qui ont envahi les théâtres de guerre modernes. A l’image du redouté drone Shahed, un appareil de fabrication iranienne qui continue de faire, quotidiennement, des dégâts matériels et humains en Ukraine comme au Moyen-Orient.

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D’un coût de fabrication de moins de 30 000 dollars, ces drones posent une équation économique proche de l’absurde car, pour les contrer, les armées occidentales s’appuient sur des missiles américains Patriot ou français Aster 30, dont le coût unitaire atteint, lui, plusieurs millions d’euros, même si des moyens moins chers comme l’hélicoptère de combat, commencent à faire leur apparition. Ainsi que l’explique Iain Boyd, directeur du Center for National Security Initiatives, « comme chaque intercepteur coûte plusieurs millions d’euros, utiliser de tels systèmes pour détruire des roquettes (ou des drones) constitue une Ã©quation perdante Â». « Un tel conflit asymétrique Â», poursuit l’expert, « est non seulement trop coûteux du côté de la défense, mais il épuise aussi trop rapidement les stocks d’intercepteurs Â».

Bien sûr des solutions transitoires ont été trouvées. Tel que le couplage sur les FREMM françaises déployées en mer Rouge dans le cadre de l’opération ASPIDES en 2024 des viseurs optroniques PASEO XLR avec le canon de 76mm. Malgré une efficacité éprouvée, il n’en demeure pas moins que les impératifs liés à la frappe de précision dans la profondeur (FPP) et des moyens de s’en prémunir nécessitent des approches, et des changements, plus systémiques. Et, d’une certaine manière, l’efficacité opérationnelle semble, sur certains théâtres de guerre modernes, inversement proportionnelle au coût unitaire ; une évolution que commencent à intégrer plusieurs armées, comme celle de l’Arabie saoudite, qui vient de signer un « accord important Â» avec… l’Ukraine pour bénéficier de l’expertise de ses opérateurs dans la lutte contre les attaques de drones iraniens. De facto, le futur de la lutte anti-drone (LAD) va passer… par la production massive de drones.

Drone Chorus : hybrider « le meilleur des deux mondes Â»

Or, toute à l’annonce de son futur PANG, la France n’en perd pas de vue l’évolutivité du combat moderne. Consciente que la technologie pure compte désormais moins que la capacité à produire en masse, les autorités militaires du pays cherchent en effet à hybrider la production tricolore d’armements. Raison pour laquelle la Direction générale de l’armement (DGA), qui dépend du ministère des Armées, a sollicité deux groupes privés pour produire des drones à bas coût : Renault et Turgis Gaillard. Si le second assurera la conception strictement « militaire Â» de l’appareil baptisé Chorus, le constructeur automobile sera, lui, chargé d’apporter son expertise de la grande série pour sortir jusqu’à 600 drones par mois de ses usines.

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En faisant appel à Renault, la DGA a en quelque sorte court-circuité les cycles lents de la BITD traditionnelle. Mais pas question, pour autant, que le constructeur intègre la BITD ; en acceptant de faire d’un drone militaire un simple objet manufacturé à bas coût, déployable en quelques mois seulement sur les théâtres d’opération, Renault s’impose plutôt comme un prestataire d’industrialisation. Non un nouvel acteur de l’industrie de défense française, mais un acteur qui allie, comme le relève l’expert en robotique militaire Thierry Berthier, « le meilleur des deux mondes Â» : agilité civile et industrielle d’un côté, efficacité opérationnelle de l’autre. Un acteur qui permet d’ajouter une stratégie de flux à la stratégie de prestige d’ores et déjà portée par les PANG et autres canon Caesar.

Game changer

C’est dans cette complémentarité et cette flexibilité que réside tout l’intérêt stratégique du Chorus. Bien évidemment, les drones sortis des usines Renault ne feront pas les grands titres comme un porte-avions, et n’apparaitront peut-être pas dans le second épisode, s’il devait y en avoir un, de la vidéo « France is wild » postée par Emmanuel Macron en personne sur les réseaux sociaux ; là n’est pas la question : un drone n’est pas, et ne sera jamais, un Rafale. Mais il peut, s’il est produit en masse et à un coût raisonnable, s’imposer sur le long terme comme un game changer stratégique tout aussi décisif là où cela compte : sur le terrain.

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La démocratie face à ses gardiens autoproclamés

Ces derniers temps, certaines figures ultra-progressistes comme Geoffroy de Lagasnerie ou des membres éminents du « cercle de la raison », à l’image de Christophe Barbier, semblent exprimer une inquiétude croissante à l’égard de la démocratie. Confrontées à un peuple qui se détourne de ses élites et de ses représentants actuels, elles paraissent tentées d’en restreindre l’exercice, voire de la placer sous une forme de tutelle. Tribune d’Aurélien Marq.


« La République est au-dessus de la démocratie. Si une élection menace la République, il faut se dresser contre elle. » Est-ce une citation d’un mollah iranien, défendant sa république islamique contre la volonté du peuple de s’en libérer ? Non, ces phrases sont de Christophe Barbier, digne représentant du « cercle de la raison » disant tout haut ce qu’une grande partie de la gauche et du centre pense tout bas. Rien de surprenant sur le fond : que la nomenklatura des « élites éclairées » soit hostile à la souveraineté du peuple n’a rien de nouveau. Mais que ce soit dit ainsi, ouvertement, sans complexe, est révélateur d’une évolution inquiétante.

Commençons par une évidence : la démocratie est imparfaite. Ainsi, elle n’est pas parvenue à empêcher la captation du pouvoir par le camp que défend Christophe Barbier, et on constate chaque jour les conséquences: tiers-mondisation, islamisation, prédation fiscale, désindustrialisation, surendettement du pays, effondrement du niveau scolaire, complaisance voire soumission à des intérêts étrangers (algériens et allemands, notamment), etc. Comme tous les autres systèmes politiques, la démocratie peut dégénérer et accoucher de monstres – mais ce n’est pas une République soucieuse de se concilier les faveurs de ceux qui voilent les fillettes qui nous protégera de quoi que ce soit, au contraire.

On peut aimer le modèle démocratique suisse, mais vouloir lui ajouter une dose d’aristocratie, au sens aristotélicien d’une authentique élite morale, comme le fut l’ordre des Compagnons de la Libération. On pourrait, faute de mieux, imposer à tout candidat à un mandat électif d’avoir montré sa loyauté à la patrie en acceptant de prendre des risques physiques pour elle et pour ses compatriotes, en ayant servi au moins comme réserviste au sein des forces armées ou des forces de sécurité intérieure (mesure, pour l’anecdote, inspirée de feu la République de Venise). Mais nous digressons. La démocratie, donc, « la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes les autres qui ont été essayées » selon Churchill, est imparfaite. D’ailleurs, l’espèce humaine étant elle-même imparfaite – capable de noblesse, de grandeur, de dignité, mais imparfaite – il y a fort à parier qu’il n’existe aucune manière infaillible de gouverner ladite espèce. En outre, la démocratie a aussi de nombreuses qualités, et il existe des moyens pour atténuer ses défauts : on ne saurait trop recommander deux ouvrages évidemment excellents de Jacqueline de Romilly, Problèmes de la démocratie grecque et L’élan démocratique dans l’Athènes ancienne.

Surtout, la démocratie est aujourd’hui menacée par bien pire que ses propres défauts. Florilège.

La démocratie confisquée

Emmanuel Macron semble vouloir verrouiller les institutions en y nommant des personnalités qui sauront « résister » en cas de victoire de la droite. Banque de France, Cour des comptes, Conseil constitutionnel… D’après un reportage de Marianne, des proches du président confient en « off » : « C’est nécessaire, face au risque que le RN gouverne le pays, d’être en capacité de résister de l’intérieur au recul de l’État de droit et de la démocratie. Ce n’est pas antidémocratique, au contraire, c’est une manière de cranter la démocratie et d’empêcher des reculs. » On pense évidemment à l’analyse de Chantal Delsol : « La démocratie a cessé d’être la souveraineté du peuple pour se définir plutôt comme un idéal moral et social conceptualisé par des élites, et qu’il faudrait imposer au peuple quelles que soient ses opinions. » Précisons donc que la démocratie que pour ma part je défends, et dont je dénonce ici ceux qui voudraient l’abolir, est la démocratie « à l’ancienne » (pour ne pas dire à l’Antique), c’est-à-dire littéralement « la souveraineté du demos. »

Pendant ce temps, le très macroniste ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, n’hésite pas à qualifier d’« ennemis de la république » environ deux tiers des Français (du moins si l’on en croit un récent sondage). Plus à gauche (ou faudrait-il dire : plus ouvertement à gauche ?) Geoffroy de Lagasnerie publie L’âme noire de la démocratieune attaque en règle contre la souveraineté populaire. Pour lui, « les aspirations du peuple sont plutôt conservatrices, voire franchement réactionnaires » et cela justifierait que même minoritaires ceux qui respectent des « conditions essentielles » (évidemment de gauche) imposent leur volonté à la majorité. Et on n’oublie pas Mathilde Panot, déclarant : « Nous n’accepterons jamais que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes, ce que veut faire Marine Le Pen. » Détermination à tout faire pour empêcher démocratiquement, par le débat, en convainquant les électeurs, une victoire du RN? Ou menace de sédition? Chacun interprétera à sa manière ces propos, venant d’une représentante d’un parti qui continue à défendre la milice de la Jeune Garde malgré l’assassinat de Quentin Deranque.

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Poursuivons en rappelant d’autres propos, ceux de Jean-Claude Juncker, alors président de la commission européenne, en 2015 : « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

On en arrive à la volonté explicite de museler le débat démocratique au détriment de la liberté d’expression – ce qui est autre une manière de s’opposer à la démocratie. Digital Service Act, obsession pour la « vérification de l’âge » en ligne, c’est-à-dire pour la vérification de l’identité et donc une mise en danger permanente des lanceurs d’alerte, double standard systématique visant à dénoncer les « fake-news » et la « désinformation »…. tout en défendant un « arc républicain » notamment incarné par Gérald Darmanin, dont les propos sur les « supporters anglais » et « Kévin et Mathéo » étaient pourtant des exemples flagrants de désinformation visant à fausser le débat public. Double standard également sur les « ingérences étrangères », quand on accepte sans problème que Barack Obama appelle à voter Emmanuel Macron, ou que la Grande Mosquée de Paris (qu’on sait très liée à l’Algérie) organise pour le soutenir un « iftar républicain » en pleine campagne électorale.

Et que dire de ce que l’on observe autour de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public, dont l’excellent Charles Alloncle est rapporteur ? Il y a ce que l’on savait déjà : un service public a été totalement détourné de sa mission pour être mis au service d’un militantisme éhonté et d’intérêts bassement pécuniers. Et il y a l’opposition de certains à ce que le rapport de cette commission d’enquête soit rendu public. Double atteinte à la démocratie : d’abord en faussant délibérément le débat d’idées, ensuite en refusant de rendre compte au peuple français, seul souverain légitime, de ce qui est fait en son nom et avec son argent.

On pourrait aussi parler du référendum de 2005 sur la constitution européenne, allègrement piétiné par nos gouvernants ; de la folie des normes technocratiques qui nous étouffent, comme si toute liberté n’était qu’une tolérance accordée par l’Etat ; des impôts démesurés, comme si le régime était propriétaire de toute chose et ne nous faisait que l’aumône d’un peu d’argent de poche ; des transferts de souveraineté à des instances supra-nationales ; des difficultés bancaires de plus en plus d’opposants politiques ;  du « gouvernement des juges », ou de la manière dont une instance comme le Conseil constitutionnel se permet de s’opposer à la volonté générale. « En France, la meilleure cour suprême, c’est le peuple » disait pourtant le Général De Gaulle. On en est, décidément, très loin, et le fondateur de la Cinquième République ne se reconnaîtrait assurément pas dans cette République que Christophe Barbier prétend « au-dessus de la démocratie », lui qui disait aussi: « Les régimes, nous savons ce que c’est : des choses qui passent. Mais les peuples ne passent pas. »

Citoyens, vous êtes dissous

Voilà qui nous amène à ce qui est peut-être, aujourd’hui, la pire atteinte contre la démocratie. Vouloir que le peuple passe. La démocratie, redisons-le, est la souveraineté du demos. Ce n’est pas un simple processus électoral, ce n’est pas le suffrage d’une assemblée de colocataires. C’est l’application la plus stricte d’un principe fondamental, celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Or, le demos qui constitue la démocratie ne se réduit pas à « l’ensemble des personnes vivant sur un territoire », tout comme la notion de « peuple » lorsqu’on parle du droit à l’autodétermination des peuples (point souvent rappelé par la gauche elle-même, mais au sujet des référendums organisés Outre-Mer). Isocrate d’Athènes écrivait jadis : « notre cité a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture. » Distribuer la citoyenneté et le droit de vote à des personnes qui refusent de s’assimiler au demos, qui refusent d’adopter sa culture, ses mœurs, sa décence commune, c’est donc attenter à la démocratie.

Et c’est délibéré. En Espagne, la députée européenne Irene Montero, de Podemos, a ainsi déclaré : « Bien sûr que nous voulons qu’ils votent. » (….) « J’espère que nous pourrons balayer ce pays de fascistes et de racistes grâce aux migrants. » Il y a quelques jours, le 9 avril, Jean-Luc Mélenchon à l’Institut La Boétie : « Si vous comptez sur les ouvriers blancs catholiques pour faire le socialisme en France, ça n’aura pas lieu. » Dans le JDD, Philippe de Villiers parle de « substitution de peuple », et Boualem Sansal fait ce diagnostic : « La France, une et indivisible, s’est divisée en deux peuples et voit chaque jour le peuple natif péricliter, acculé au silence, et le peuple importé s’affirmer comme le successeur naturel et seul avenir du pays. » 

De son côté, Pierre-Henri Tavoillot, sur France Inter, résume ainsi la stratégie de la « nouvelle France » : « Le grand remplacement (….) cette thèse complotiste d’extrême-droite devient aujourd’hui une thèse politique d’extrême gauche. Pour le dire très très vite, le prolétariat français n’est plus à la hauteur, il est soit conservateur soit réactionnaire. Avec ce prolétariat on ne peut pas prendre le pouvoir, on ne peut même pas faire la révolution. Donc il faut impérativement importer du prolétariat et le séduire. » Difficile de nier que la politique migratoire conduite depuis un demi-siècle ressemble tragiquement à une mise en pratique du poème de Bertolt Brecht, La solution, qui dénonçait en 1953 la situation en RDA : « Le peuple a, par sa faute, perdu la confiance du gouvernement, et ce n’est qu’en redoublant d’efforts qu’il peut la regagner. Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? »

A lire du même auteur: Islam / Laurent Nuñez: la méthode douce

Geoffroy de Lagasnerie, reconnaissons-le, n’a pas complètement tort lorsqu’il écrit : « jamais je ne pourrais accepter que ces autres avec qui je cohabite malgré moi par hasard sur ce territoire disposent de pouvoir sur moi » (j’ai moi-même du mal à me résigner à ce que Geoffroy de Lagasnerie ait le droit de vote…). Cette critique doit être entendue : la démocratie suppose en effet que j’accepte que les autres « avec qui je cohabite malgré moi par hasard sur ce territoire » disposent d’une parcelle de souveraineté, à égalité avec moi. C’est une prise de risque, normalement rendue possible par notre appartenance à un même demos, ce qui signifie notre adhésion partagée à une culture, donc à une certaine décence commune. Redisons-le encore, la démocratie est imparfaite, comme tout système politique. Mais son garde-fou n’est pas un régime, ni des « valeurs » imposées par le haut – n’en déplaise à Christophe Barbier. C’est au contraire la décence commune, sédimentation séculaire du bon sens des braves gens, sagesse des nations, l’idée que l’on se doit de faire certaines choses, et qu’il y a des choses qui ne se font pas (contrairement à ce qu’affirmait le « projet » de mai 68 avide de « jouir sans entrave », que revendique LFI et qui constitue une négation radicale de l’idée même de civilisation). La décence commune n’est pas seulement entre les mains des gens ordinaires, elle est aussi inspirée par les véritables et indispensables élites qui sont ceux que Robert Redeker appelle les « sentinelles d’humanité », elle est nourrie par l’exemple des héros et les enseignements des sages, mais elle n’est pas artificiellement contrainte ou manipulée par la propagande et l’ingénierie sociale, et elle s’oppose par nature aux fantasmes démiurgiques des demi-habiles qui se prétendent « avant-gardes guidant les masses ».

Cette décence commune est d’ailleurs le ciment de toute société digne de ce nom, et le garde-fou de n’importe quel régime politique – qu’il soit démocratique, aristocratique ou monarchique – et plus largement de n’importe quelle forme d’autorité : j’accepte qu’autrui ait une forme de pouvoir sur moi, sur ma famille, sur mes amis, parce que je pars du principe qu’il n’en abusera pas, c’est-à-dire que je pars du principe qu’il respectera la décence commune. Dans le cas contraire, c’est un tyran, et si j’accepte son autorité c’est parce que je suis son complice, parce qu’il m’a acheté, ou par peur (il serait hélas trop long de résumer ici le livre V de La Politique d’Aristote).

La démocratie est sœur de la tradition

Qu’en est-il alors, lorsqu’on fait cohabiter sur un même territoire des cultures dont les décences communes sont non seulement différentes, mais incompatibles (si tant est que toutes les cultures disposent de quelque chose qui mérite d’être appelé décence commune – la post-modernité qui ronge l’Occident, par exemple, en est à mon avis totalement dépourvue) ? Dans un tel cas, une « société de la confiance » n’est plus envisageable. Seule la force permet de maintenir l’ordre, et la démocratie devient impossible. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas pour gérer le moins mal possible cette cohabitation que certains abolissent la démocratie, c’est pour pouvoir abolir la démocratie qu’ils imposent cette cohabitation. De même que ce n’est pas pour protéger les minorités qu’ils luttent contre le risque d’une dictature de la majorité, c’est à l’inverse pour faire courber l’échine à la majorité (et mieux la soumettre à l’ingénierie sociale et à l’impôt) qu’ils prétendent se soucier des « minorités » (seules les minorités auxquelles eux-mêmes appartiennent les intéressent vraiment, et encore).

Il n’est pas étonnant que les progressistes comme Lagasnerie ou le « cercle de la raison » haïssent la démocratie, qui heurte leur arrogance de soi-disant élites soi-disant éclairées. La démocratie est sœur de la tradition, ce que disait finement GK Chesterton : « Democracy tells us not to neglect a good man’s opinion, even if he is our groom ; tradition asks us not to neglect a good man’s opinion, even if he is our father. » « La démocratie nous impose de ne pas négliger l’opinion d’un homme de bien, même s’il est notre valet ; la tradition nous demande de ne pas négliger l’opinion d’un homme de bien, même s’il est notre père. »

A lire du même auteur: Quels enfants laisserons-nous au monde?

La démocratie a au moins trois grandes vertus. D’abord, contrairement aux « élites » qui ont souvent les moyens financiers et relationnels d’échapper aux conséquences concrètes des politiques qu’elles prônent (voter pour l’immigration massive mais habiter et scolariser ses enfants loin de la « diversité », par exemple) « Monsieur Tout-le-Monde » joue « skin in the game », ce qui est un très puissant facteur de lucidité. « Incentives determine outcomes », comme disent encore les anglo-saxons. Ensuite, la démocratie permet le « dégagisme », et contrairement à ce que prétend le « cercle de la raison » qui pourfend le « populisme », c’est une immense qualité puisqu’ainsi les dirigeants peuvent être démis s’ils heurtent par trop la décence commune. Enfin, le mécontentement chronique des électeurs assure une saine alternance grâce à laquelle tout détenteur du pouvoir sait que celui qui lui succédera aura tout intérêt à dénoncer ses éventuelles malversations, ce qui est de nature à le freiner face à la tentation d’abuser des opportunités de sa fonction… du moins en théorie.

Car on voit aujourd’hui les limites de ces vertus, lorsqu’une nomenklatura organise, derrière un pluralisme factice, une alliance entre toutes ses composantes pour que rien ne change, afin de conserver avantages et prébendes – c’est le « barrage républicain », en clair la perpétuation ad nauseam des réseaux du PS des années 70-80. Pour autant, la solution n’est pas de se détourner de la démocratie, mais au contraire de la renforcer et de la restaurer en réaffirmant la primauté du demos et de la décence commune. Il faut, en somme, faire exactement le contraire de ce que veut Christophe Barbier, et rappeler au régime qu’il est au service de la nation, et non l’inverse. Ou pour le dire plus simplement: il faut remettre la République au service de la France et des Français.

La possibilité de Dieu

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Problèmes de la démocratie grecque

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L'élan démocratique dans l'Athènes ancienne

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Un gala pour la République

Pour la gauche, depuis qu’il est en couple avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, le populiste Jordan Bardella serait illégitime pour critiquer la « caste » des élites qu’il aurait désormais lui-même intégrée. En revanche, cette histoire d’amour pourrait plaire aux électeurs soucieux de continuité historique française. Analyse.


Il est des faits qui, sous leur apparente légèreté, engagent en réalité des couches profondes de l’imaginaire collectif. Encore faut-il accepter de suspendre le réflexe de dérision qui caractérise notre époque pour en saisir la portée. Car enfin, que voyons-nous ici, sinon une scène que nous nous empressons de reléguer au rang de la chronique mondaine : l’union possible entre un jeune homme issu des périphéries sociales de la République, déjà porté par les sondages vers les plus hautes fonctions, et une héritière d’une des plus anciennes lignées de l’histoire française, descendante directe de Louis XIV, inscrite dans les circuits contemporains de la richesse et de la visibilité mondaine ?

Tout semble inviter à la désinvolture. Et pourtant, tout commande au contraire l’attention.

La France est travaillée par son passé monarchique

Nous sommes en présence d’un événement symbolique dont la signification excède de très loin les individus concernés. Car ce qui se joue ici, à travers cette rencontre improbable, c’est la mise en tension de deux récits que la modernité française s’était efforcée de tenir séparés : celui de la souveraineté démocratique issue de la Révolution, et celui de la continuité historique incarnée par la monarchie.

La République s’est construite contre l’hérédité. Elle a fondé sa légitimité sur la rupture, sur l’idée que le pouvoir ne procède plus d’une transmission dynastique mais de la volonté des citoyens. Mais cette rupture n’a jamais totalement effacé ce qui la précédait. Elle l’a refoulé, transformé, parfois même recyclé sous des formes inavouées. La France n’a jamais cessé d’être travaillée par la mémoire de son passé monarchique, non comme un programme politique, mais comme une structure de sens, une manière d’habiter le temps long.

A lire aussi, du même auteur: Villepin: la paix ou le refus du réel

Or voici que ces deux logiques, que l’on croyait inconciliables, se trouvent soudain réunies dans une figure singulière. D’un côté, l’ascension méritocratique, presque paradigmatique, d’un « enfant de la République », issu d’un territoire devenu le symbole des fractures sociales contemporaines. De l’autre, la persistance d’une noblesse qui, dépouillée de ses prérogatives politiques, continue néanmoins de porter une forme de distinction, une inscription dans l’histoire, une mémoire incarnée.

Il serait trop simple de voir dans cette union la manifestation ultime de la « pipolisation » de la vie publique, c’est-à-dire sa réduction au spectacle et à l’émotion. Cette dimension existe, bien sûr. Elle est consubstantielle à nos sociétés médiatiques, où toute réalité tend à se transformer en récit consommable. Mais s’en tenir à cette lecture, c’est manquer l’essentiel.

Car ce qui affleure ici, c’est peut-être une tentative, encore informe, encore ambiguë, de réarticuler des éléments que la modernité avait disjoints. Une manière de réintroduire de la continuité là où la politique contemporaine ne cesse de produire de la discontinuité. Une façon, aussi, de donner une épaisseur symbolique à des figures politiques souvent perçues comme interchangeables, désincarnées, privées de profondeur historique.

La question est alors de savoir ce que signifie ce rapprochement.

Réenchantement ou simulacre ?

S’agit-il d’un simple effet de surface, d’une hybridation sans lendemain entre la logique médiatique et les vestiges de l’ancienne France ? Ou bien faut-il y voir le signe d’un déplacement plus profond, d’une transformation de notre rapport à la représentation politique ?

Car enfin, la crise de la démocratie contemporaine tient pour une large part à l’effacement de ses médiations symboliques. Le pouvoir apparaît à la fois trop proche et trop lointain : trop proche parce qu’il est constamment exposé, commenté, banalisé ; trop lointain parce qu’il ne parvient plus à incarner une continuité, une direction, une forme de destin collectif.

Dans ce contexte, toute figure susceptible de réintroduire de la distance, de la verticalité, de la mémoire, acquiert une signification particulière. Non pas parce qu’elle offrirait une solution, mais parce qu’elle vient combler un manque.

L’union évoquée ici pourrait alors être lue comme une tentative paradoxale de « réenchantement » de la vie publique. Non pas un retour à la monarchie, bien entendu, mais la réintroduction, au sein même de la démocratie, d’éléments qui en avaient été exclus : la filiation, la durée, la représentation incarnée.

Reste à savoir si cette tentative est viable.

Car le risque est grand que cette hybridation ne produise qu’un simulacre : une mise en scène de la profondeur historique sans véritable contenu, une esthétisation du politique qui ne ferait que renforcer le sentiment de vacuité. La rencontre entre le « gamin du 93 » et la « princesse des Bourbons » peut tout aussi bien apparaître comme la synthèse des illusions contemporaines : celle d’une méritocratie devenue mythologique, et celle d’une aristocratie réduite à une marque symbolique.

Mais il serait imprudent de trancher trop vite.

Car les sociétés ne se comprennent pas seulement à partir de leurs institutions, mais aussi à travers les figures qu’elles produisent et les récits qu’elles se donnent. Et il arrive que ces figures, même ambiguës, même fragiles, révèlent des aspirations profondes, des tensions non résolues, des besoins inavoués.

A lire aussi: Bardella: la politique a aussi ses bluettes

Peut-être assistons-nous ici, confusément, à la recherche d’un « rassemblement » au sens le plus littéral du terme : non pas la simple agrégation d’électeurs, mais la tentative de réunir ce que l’histoire a séparé. La République et la monarchie. Le mérite et l’héritage. Le présent et la longue durée.

Que cette tentative prenne la forme d’une union personnelle, presque romanesque, n’est pas en soi insignifiant. C’est même peut-être la seule manière dont notre époque, saturée de discours et appauvrie en symboles, est encore capable de donner à voir ce qu’elle cherche à penser.

Reste cette interrogation, décisive : s’agit-il d’un simple récit de plus, voué à se dissoudre dans le flux médiatique, ou bien du symptôme d’un déplacement plus profond de notre imaginaire politique ?

C’est à cette question, et à elle seule, que cet épisode apparemment anecdotique nous oblige.

La société malade

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À Annaba, l’appel à «renaître d’en haut» de Léon XIV

Au deuxième jour de la première étape de son voyage en Algérie, après une journée riche en activités, le Pape a célébré une messe votive de Saint Augustin, en la basilique Saint-Augustin d’Annaba. Dans son homélie le Saint-Père a rappelé que «la foi en l’unique Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, unit les hommes selon une justice parfaite qui invite chacun à la charité». «Sur cette terre, chers chrétiens d’Algérie, restez un signe humble et fidèle de l’amour du Christ», a-t-il exhorté.

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Cameroun: une Église dynamique au cœur de l’Afrique, prête à accueillir Léon XIV

Le Cameroun s’apprête à vivre un moment ecclésial et national particulièrement significatif avec la visite apostolique du Pape Léon XIV du 15 au 18 avril. L’Église locale qui s'apprête à accueillir le Pape est considérée à la fois comme force spirituelle, actrice sociale et interlocutrice morale dans la vie publique. Bien que confrontée à de nombreux défis et qui s’interroge sur sa mission dans un pays marqué par des tensions politiques, sociales et sécuritaires.

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« Comprendre le gauchisme », de Nicolas Le Bault: indispensable !

Notre chroniqueur ne nous avait pas habitués à tresser des couronnes à des auteurs surgis de nulle part. Eh bien, il va falloir nous y faire, il est en période enthousiaste. Un effet de la sénescence, sans doute. Pauvre vieux!


A quoi reconnaît-on un livre intelligent ? Pas à sa capacité à nous apprendre quelque chose, à distiller un savoir asséné d’en haut, mais à frotter cette intelligence contre la nôtre, pour en faire jaillir la lumière. Comme deux silex font du feu, comme Aladin tire le génie de la lampe.

Comprendre le gauchisme est de ces livres qui nous permettent de saisir tous les fils d’une réalité mouvante, dans une période historique où il n’y a plus ni droite ni gauche, mais une extrême-droite et une extrême-gauche — et même, paraît-il, un extrême-centre. Il y a inflation de superlatifs, surtout chez ceux qui n’ont jamais connu ni de vrai fascisme, ni de vraie terreur rouge.

A lire aussi, Marcel Gauchet: «Le socialisme se réduit à faire payer les riches»

Je me suis surpris maintes fois, en lisant ce livre épais et remarquablement informé, de penser : « Mais oui ! Mais c’est bien sûr ! » Non pas parce que Nicolas Le Bault me fait l’honneur de me citer, dans un chapitre consacré aux méfaits de l’Ecole et à son noyautage par le gauchisme le plus abscons, mais parce qu’il a réactivé en moi une vieille idée autour de laquelle je tournais depuis deux décennies : si Lénine disait en 1920 du gauchisme qu’il était une « maladie infantile du communisme », il apparaît, un siècle plus tard, qu’il est devenu la maladie infantile du capitalisme qui l’a engendré.

Eh oui, amis trotskystes, lambertistes et autres LFIstes, vous n’avez pas même une pensée ni une existence autonome : vous êtes les produits d’un système qui a orienté la gauche vers le libéralisme et le capitalisme financier, en lui laissant le champ libre sur les sujets « sociétaux » et l’infiltration des « communautés » installées sur le territoire par ce même capitalisme pour remplacer les prolos partis au RN. Comme dit Le Bault : « La désignation de l’ennemi principal dans une perspective gauchiste n’est pas la structure du capital, mais avant tout l’Etat-nation européen et l’homme blanc. »

A lire aussi, Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques: La menace fantôme

Il faut dire que les bobos des grandes villes, qui votent avec délectation pour l’extrême-gauche qui en théorie veut leur élimination, ont bien compris que ces mouvements gueulards ne menacent en rien leur mode de vie privilégié. Ni leurs manœuvres pour inscrire leurs enfants dans des écoles privées le plus souvent religieuses.

C’est que le capitalisme, comme dit Le Bault après Jean-Claude Michéa, est un « fait social total ». Il ne s’agit pas seulement d’organiser le gonflement du portefeuille, mais d’investir tous les champs de la société. Le wokisme et l’écologisme, mis à la disposition de nos aimables petits khonnards, sont deux sous-branches de cette activité de régie totale.

De quoi donner raison a posteriori à Georges Séguy, jadis leader de la CGT, qui voyait dans les gauchistes de Mai 68 des petits bourgeois brandissant des revendications libertaires à seule fin d’épargner le Grand Capital, comme on disait alors. Le communautarisme à tous crins, le féminisme outrancier, l’écologie punitive ou l’exigence idiote de parité (comme si le quantitatif résolvait en soi la question douloureuse du qualitatif) sont des hochets que les vrais détenteurs du pouvoir ont offert aux jeunes crétins qu’ils ont laissé former dans des écoles déstructurées par leurs soins, et confiées à des idéologues auxquels, de temps en temps, on fait l’offrande d’un poste.

A lire aussi, Frédéric Magellan: Quand l’Amérique éteint les Lumières

Je ne vais pas déflorer, ni même résumer un gros ouvrage bourré de réflexions percutantes et d’aperçus ingénieux. Comprendre le gauchisme permet de comprendre l’ensemble de la société libérale d’aujourd’hui, qui est fort aise de voir des blacks blocs se colleter avec de jeunes d’ultra-droite, sans s’en prendre, même en pensée, aux structures profondes qui nous ont poussés vers une Europe supra-nationale et un système économique où l’internationalisme réel est celui des investissements et de la marchandise.

Nicolas Le Bault, Comprendre le gauchisme, Editions de la Reine rouge, mars 2026, 538 pages

Comprendre le gauchisme

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Léon XIV: «La démocratie ne reste saine que lorsqu’elle est enracinée dans la loi morale»

«La doctrine sociale de l’Église catholique ne considère pas le pouvoir comme une fin en soi, mais comme un moyen ordonné au bien commun». Dans son message aux participants à la session plénière de l’Académie pontificale des sciences sociales qui se tient cette semaine à Rome, Léon XIV soutien que «la démocratie dépourvue de morale risque de devenir soit une tyrannie majoritaire, soit un masque dissimulant la domination des élites économiques et technologiques».

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Le Pape à la Une de la presse algérienne

Dans la presse algérienne, la visite du Pape a fait la Une de tous les journaux: non seulement dans la presse francophone, mais aussi dans les journaux en arabe et en berbère. «Un jour historique !», titre El Moudjahid, avec un point d’exclamation.

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Sur les traces de saint Augustin, Léon XIV, silencieux et en prière parmi les vestiges d'Hippone

Le site archéologique de l'ancien siège épiscopal du Père de l'Église constitue la première étape de la deuxième journée du voyage du Pape en Algérie. En raison du mauvais temps et de la pluie battante, la visite dans les rues de cette petite ville portuaire autrefois florissante a été écourtée. Le Souverain pontife a planté un olivier et déposé une couronne de roses blanches et jaunes.

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Putain de loi!

Féminisme punitif, résultats décoratifs. La loi anti-prostitution qui criminalise les clients a 10 ans. Elisabeth Lévy est revenue sur cette loi liberticide dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


La loi qui pénalise le recours à la prostitution a dix ans. Une des lois les plus stupides votées par le Parlement qui, dopé aux bons sentiments, a d’un même élan supprimé le délit de racolage — donc autorisé la prostitution, parce que les prostituées sont des victimes — et interdit de recourir à leurs services. Comme si les boulangers étaient autorisés à vendre du pain, mais qu’il était interdit de l’acheter.

Ses promoteurs se réjouissent : en dix ans, 11 000 malheureux ont été verbalisés, dont près de 60 % à Paris. 2 000 personnes ont bénéficié du parcours de sortie de la prostitution. Des résultats dérisoires par rapport à l’ampleur du phénomène — 30 000 à 40 000 prostituées qui, grâce à Internet, échappent à la police et se retrouvent souvent plus isolées et vulnérables. De toute façon, cette loi n’était en réalité pas faite pour améliorer le sort des prostituées, mais pour passer à la télé avec son grand cœur et son féminisme punitif en bandoulière.

Certes, mais l’ambition abolitionniste de la France est légitime, non, me dit-on toujours ? NON. L’impératif, c’est de lutter contre le proxénétisme, la traite et les violences. Or l’exploitation, notamment celle des mineures, s’aggrave avec le phénomène des proxénètes des cités, souvent de petits dealers en quête de diversification et à peine plus âgés que leurs victimes.

A lire aussi : Élise Thiébaut: la ménopause contre le fascisme

Pour les personnes (hommes ou femmes) qui se prostituent librement, parce qu’elles préfèrent faire ça plutôt que d’être caissière de supermarché ou instit, l’objectif de cette loi de 2016 est liberticide et paternaliste.

Si la prostitution a toujours existé, partout, c’est qu’elle répond à une demande sociale. Elle a sauvé le mariage bourgeois. Relisez Balzac !

Une prostituée ne vend pas son corps, comme on le dit tout le temps, mais un service. Cette condamnation cache un puritanisme de fer. Le corps (surtout celui de la femme) serait un temple qu’on ne doit pénétrer qu’avec crainte et amour. Pour certaines femmes, la sexualité n’est pas un sacrement, mais une pratique certes plus ou moins plaisante, qui n’a rien d’humiliant ni, d’ailleurs, d’engageant.

Selon les dames patronnesses (des deux sexes), on ne se prostitue jamais librement. Qui les autorise à juger de la liberté des autres ? Et toi, bécasse, quand tu es amoureuse à l’œil, es-tu libre ? Acheter, c’est imposer, dit la loi. Ah bon ? Ça sort d’où, cette ineptie ? Ces obsédés par la vertu des autres devraient lire les Mémoires de la prostituée suisse Grisélidis Réal, qui raconte que c’est elle qui dominait ses clients, pas l’inverse. Elles commencent ainsi : « Se prostituer est un acte révolutionnaire… »


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale.

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Philippines: Mgr Alminaza souhaite une Église proche des pauvres

Dans un message pastoral, le président de Caritas souligne qu’à l’heure où le monde est confronté à une crise économique, due notamment aux tensions au Moyen-Orient, il est nécessaire que les prêtres et les laïcs s’engagent à adopter un mode de vie plus simple, en éliminant le superflu, afin de ne pas perdre la capacité d’écouter les personnes dans le besoin.

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Pour le Pape, la mission de l’Église est de communiquer l’amour de Dieu

Dans une lettre aux cardinaux en vue du consistoire de juin, Léon XIV invite à approfondir les thèmes d’«Evangelii gaudium», en particulier la réforme des parcours d’initiation chrétienne. Il rappelle ensuite que la mission de l’Église «allie annonce explicite, témoignage, engagement et dialogue, sans céder à la tentation du prosélytisme ni à une logique de simple conservation ou expansion institutionnelle».

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À Annaba les Augustiniens cultivent la fraternité et le dialogue

Sur la colline où se dressait Hippone se trouve aujourd’hui la basilique Saint-Augustin. Outre la célébration des offices religieux, les religieux mènent diverses initiatives visant à favoriser le dialogue entre les cultures et les religions, et s’engagent à faire connaître l’enseignement du grand Père de l’Église. Le père Fred Wekesa: «La présence du Pape parmi nous est une bénédiction et un encouragement à poursuivre notre engagement.»

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Léon XIV parmi les personnes âgées d'Annaba

«Je pense que le Seigneur, depuis le Ciel, en voyant une maison comme celle-ci, où l’on s’efforce de vivre ensemble dans la fraternité, peut se dire: alors, il y a de l’espérance», a déclaré le Pape lors de sa visite à la maison d’accueil pour personnes âgées gérée par les Petites Sœurs des pauvres d'Annaba. Touché par les témoignages des résidents de confessions chrétienne et musulmane, le Saint-Père a remercié les religieuses ainsi que les employés pour leur assistance auprès de ces personnes.

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Fascisme démocratique et antifascisme totalitaire

S’ils saluent la déroute électorale « bienvenue » de l’illibéralisme, nos médias progressistes sont presque déçus de constater que le terrible Orban quitte le pouvoir à Budapest sans s’accrocher un peu plus…


On nous avait prévenu. De la Hongrie, Viktor Orban, allait faire, faisait, avait fait et s’apprêtait à faire encore pour longtemps un pays fasciste, la honte de l’Europe, un épouvantable remake de l’Italie mussolinienne. En pire, sans aucun doute.

Dimanche, les Hongrois ont voté. Ils l’ont fait comme on vote là où les règles et les formes démocratiques sont encore en vigueur, chez nous par exemple. Ils ont voté contre le Premier ministre sortant, prouvant à l’Europe entière, au monde entier qu’une bizarrerie aussi improbable que le serpent à plume, l’aigle à deux têtes ou la poule qui pond des œufs carrés pouvait exister, je veux parler ici de ce que nous a révélé être ce dimanche la belle République de Hongrie, la première nation au monde fonctionnant sous le régime – totalement inédit – du fascisme démocratique.

Les urnes ont parlé. La volonté de changement de gouvernance s’est exprimée. Clair et net, le changement.

Aussitôt, le dictateur plie ses gaules, range son calibre et ses rodomontades d’estrade, recrache le couteau qu’il avait entre les dents, oublie de faire donner ses sombres bataillons aux chemises probablement brunes, déclare prendre acte de son échec, non sans s’être donné la peine de féliciter son concurrent victorieux.

Après quinze années dix mois et seize jours d’un fascisme forcené, tel que le décrivaient chez nous les médias de référence et les politologues accrédités, on a de quoi être surpris. Pis que surpris.

Que voulez-vous ! Plus rien n’est comme avant. Tout se perd, ma bonne dame. Jadis, au temps du fascisme tel qu’en lui-même, celui du Duce à crâne d’œuf, le Benito de ses dames, le Mussolini d’obscure mémoire, les choses allaient tout autrement.

En 1929, en Italie, après seulement sept années de pouvoir – réellement fasciste en l’occurrence – eurent lieu également des élections législatives. Résultat accouché des urnes : quelque chose comme 98% ou 99% en faveur du parti fasciste et de son chef suprême. Ça, c’était cohérent. Ça c’était du fascisme de bonne facture, du vrai, coulé dans le bronze.

Quand on s’abstenait de ranger Orban et sa politique sous le label fasciste, on recourait au concept très distingué mais voisin d’illibéralisme. Le refus, le rejet de la norme mondialisante et mondialisée de l’état de droit. Les droits de l’homme primant sur le droit des nations. Ces droits de l’homme en quoi Edmund Burke, lucide analyste de la Révolution française dont il était le contemporain, voyait déjà une sorte d’imposture, « l’Homme » en question relevant en fait d’une abstraction. La grande révolution, anglaise, argumentait-il, s’était faite pour le bien, pour les droits non pas de l’Homme abstrait, mais de l’homme anglais. Du citoyen. L’illibéralisme d’Orban s’inscrivait dans cette ligne-là. Œuvrer pour le bien de l’homme hongrois, du citoyen de son pays. En prenant en compte ses spécificités, son histoire, ses références, ses « valeurs ». Le fit-il bien, le fit-il mal ? Les électeurs ont répondu à la question. Démocratiquement, encore une fois.

Le journal Le Monde croit déceler dans ces résultats la fin de l’illibéralisme[1]. Il est vrai que de ce côté-là on rêve depuis longtemps à la politique désincarnée, la politique hors sol, hors citoyens où, au nom des grands principes d’un artificiel et utopique état de droit, on mène les peuples à la laisse. Or, il semble bien que l’échec d’Orban ne soit pas la fin de ce dont il était porteur, mais plus vraisemblablement de la manière dont il prétendait le mettre en œuvre, de ses méthodes. Le successeur, en effet, ne semble pas, du moins si l’on se réfère à ses déclarations d’avant élections, tellement éloigné de sa ligne.

Pauvre Orban, toute même, qui se soumet si docilement à l’expression démocratique. Je vous le redis : il entrera dans l’histoire pour avoir été l’incarnation d’une invention politique toute nouvelle, le fascisme démocratique. Et peut-être aussi, mais vaguement, très vaguement, pour avoir quand même laissé un système électoral parfaitement républicain en état de fonctionnement.

Il paraît qu’à Cuba et dans quelques autres contrées pour lesquelles nos médias de référence et politologues accrédités ont parfois les yeux de Chimène, les populations en rêveraient. Lubie ! Folie ! Dans ces pays, c’est sous le régime de l’antifasciste totalitaire qu’on vit ou survit. Alors, il faut comprendre : leurs chefs, leur liders XXL ont le bien, la vertu et la vérité pour eux. Rien à voir. Quel besoin auraient ces gens-là d’un p’tit coup d’élections à la hongroise ? Je vous le demande un peu…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/13/en-hongrie-la-deroute-bienvenue-de-l-illiberalisme_6679684_3232.html

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