Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

January 31, 2026

Climat: deux pas en arrière, trois pas en avant

Si les formations sur le climat, concurrencées par celles sur l’IA, font traverser une crise inédite et regrettable aux « acteurs de la sensibilisation à la transition écologique », comme l’écrit élégamment Le Monde, les idéologues sont loin d’avoir dit leur dernier mot… Révélations.


Ceux qui en ont soupé des injonctions écologistes – et ils sont de plus en plus nombreux – ont dû rire dans leurs barbes à la lecture du Monde du 12 janvier.

En effet, le quotidien nous apprend que « les acteurs de la sensibilisation à la transition écologique traversent une crise ». Malheureusement, « 2025 fut une année catastrophique » pour Ecolearn, une société spécialisée dans la formation à la transition écologique, formation destinée aux employés des sociétés bernées par le concept fumeux de « responsabilité sociétale des entreprises ». Ce concept, élaboré par l’État afin que lesdites sociétés acquièrent « des pratiques plus éthiques et plus durables dans leur mode de fonctionnement », s’est avéré être un énième machin techno-bureaucratique favorisant, une fois de plus, la création d’associations et d’organismes privés profitant du système pour s’en mettre plein les poches. Mais toutes les bonnes choses ont une fin : Ecolearn « a vu fondre de 45% le nombre de participants à sa formation certifiante “Manager la durabilité en entreprise” ». De son côté, « l’atelier collaboratif » 2tonnes « accuse une diminution de 30% en deux ans du nombre des participants à son atelier grand public visant à construire une trajectoire de décarbonation de la France », se lamente Le Monde. Et ce n’est pas fini: l’association La Fresque du climat, dont nous allons reparler ci-après, ne compte plus que 18 salariés, contre 65 il y a encore deux ans. Quant au cabinet de conseil en stratégie sur le climat Blue Choice, il vient carrément de mettre la clé sous la porte.

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La raison de cette débâcle tient en une phrase : les entreprises ont décidé d’utiliser une bonne partie de leurs budgets de formation à un phénomène qu’elles considèrent être autrement plus important pour leur avenir : l’IA.

L’écologisme: une idéologie plus qu’une science

L’enthousiasme des climatosceptiques doit cependant être tempéré.

L’écologisme a infesté tous les lieux de pouvoir. La majorité des instances nationales, internationales, associatives, parlementaires, médiatiques et universitaires, en sont bien imbibées. Cette idéologie pernicieuse, à la manœuvre depuis quarante ans, a activement concouru à la ruine des politiques énergétiques et industrielles de nombreux pays, en particulier en Europe, aboutissant au désastre que nous savons. La France lui doit, pour une grande part, sa désindustrialisation, la perte de son indépendance énergétique, les insupportables hausses de prix de son électricité, la liquidation de son agriculture, la destruction de ses paysages, la décérébration de sa jeunesse, le tout sous la férule d’associations nocives et d’organismes d’État prenant les Français pour des demeurés – on se souviendra longtemps des recommandations de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour « adopter un mode de vie plus écologique et consommer plus responsable », entre autres celles encourageant le lavage modéré de nos pantalons, le reprisage de nos chaussettes, le ressemelage de nos chaussures et… la fermeture de nos volets la nuit lorsqu’il fait froid ! Pour rappel, le budget annuel de l’Ademe est de plus de 4 milliards d’euros…

Promotion de l’éco-anxiété

Cédric Ringenbach, le fondateur de feue la société Blue Choice, est également le créateur de la Fresque du climat et de l’association qui porte le même nom. Une récente brochure du CERU[1] rappelle que cet « outil pédagogique », créé par un militant fortement influencé par Jean-Marc Jancovici, fervent partisan de la sobriété et de la décroissance, repose sur un jeu de cartes basé sur les rapports du GIEC. Les formateurs à la transition écologique utilisant cette Fresque « revendiquent explicitement l’usage de l’éco-anxiété comme levier d’action et citent une étude selon laquelle 30% des participants modifient temporairement leurs comportements, principalement sous l’effet d’un choc émotionnel provoqué pendant la formation ». Or, l’utilisation de cette Fresque du climat, nous apprend le CERU, est obligatoire dans toutes les grandes écoles de commerce et les IEP, où l’écologie n’est enseignée que sous l’angle de la décroissance : « L’écologie enseignée est le plus souvent une écologie radicale. HEC, l’EM Lyon, l’ESCP, l’ESSEC et Sciences Po invitent des chercheurs qui considèrent que seule la baisse de la croissance peut sauver la Terre. » L’idéologie écologiste imprègne ces établissements, et la théorie de l’Anthropocène, pourtant réfutée par la Commission internationale de stratigraphie, la plus haute instance internationale de la géologie, est la seule qui y ait droit de cité. Depuis une vingtaine d’années, les indicateurs des classements de ces établissements prennent en compte le pourcentage de cours consacrés à l’écologie et à la contribution aux objectifs de développement durable de l’ONU, donc du GIEC.

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Par conséquent, tous les étudiants de 1ère année de Sciences-Po ont l’obligation de suivre un cours très orienté de « Culture écologique ». Après bourrage de crâne, les étudiants de l’ESSEC, de HEC, de l’EDHEC doivent, eux, passer un test certifiant de sensibilisation au développement durable. « Alors que les écoles de management d’autres régions du monde continuent de former des dirigeants obsédés par l’innovation, la productivité et la conquête de marchés, nous prenons le risque de fabriquer des cadres culpabilisés par la croissance, méfiants vis-à-vis du progrès technique et persuadés que la vertu principale d’une entreprise est de réduire son activité pour “sauver la planète” », avertit le CERU en attirant l’attention sur le fait que cet enseignement univoque, en interdisant la confrontation de points de vue différents, fabrique « une génération homogénéisée, passée par les mêmes rituels militants, parlant le même langage, partageant les mêmes indignations, sans véritable expérience du débat contradictoire[2] ».

Vive les diplômé.e.s !

Emblématique de cette génération idéologisée, l’activiste Camille Étienne a obtenu un master d’économie à Sciences-Po. Elle est aujourd’hui une des prêtresses écologistes les plus en vue.  Son discours formaté, radical et intersectionnel – c’est-à-dire mâtiné de néo-féminisme, de wokisme, de décolonialisme et de palestinisme – fait le bonheur des médias progressistes, de la gauche bobo et de l’extrême gauche, des écolos aux insoumis. Les propos préfabriqués et le débit logorrhéique de cette pythie moderne enthousiasment les dirigeants des écoles de commerce et des IEP qui l’invitent régulièrement dans leurs établissements. Les étudiants les moins doués se pâment devant cette rebouteuse idéologique maniant à la louche des « concepts scientifiques » inventés pour la cause. Certains, possédant une propension au rabâchage scolaire, au récitatif dogmatique, au « narratif » schématique, entrevoient à son écoute la possibilité d’une carrière de singe savant médiatique ! D’autres, qu’aucune médiocrité ne rebute, visent une carrière politique à la Sandrine Rousseau ou à la Marine Tondelier. Les plus paresseux imaginent une sinécure dans l’audiovisuel public. En attendant, tout ce petit monde manifeste aux côtés d’associations subventionnées prônant la décroissance en brandissant simultanément des drapeaux palestiniens et des banderoles en faveur du transgenrisme. Cherchez l’erreur ! Nos grandes écoles de commerce et nos IEP forment chaque année des centaines de jeunes gens dont beaucoup ne mettront jamais à profit leurs connaissances pour travailler, innover, créer de la richesse. Une partie de cet échec est dû à l’écologisme. Une autre, au wokisme. Ces deux dogmatismes cohabitent très bien et s’entendent d’ailleurs à merveille quand il s’agit de « déconstruire » la France.

Cet endoctrinement écologique qui gangrène les grandes écoles de commerce et les universités n’est que le prolongement d’un processus commencé dès l’école. L’Éducation nationale se targue depuis des années « d’intégrer tout au long de la scolarité la notion de développement durable ». Elle a diminué les heures de cours de français et de mathématiques pour faire place au dogme écologique. De nombreuses académies incitent les établissements scolaires à utiliser la Fresque du climat. Sur son site, le ministère de la rue de Grenelle proclame que « l’enseignement sur le changement climatique doit viser à développer une conscience écologique et citoyenne chez les élèves », et ce dès la maternelle. Au collège, le programme d’histoire-géographie se doit de consacrer « un thème entier à la question environnementale » – la géographie n’est quasiment plus abordée que de ce point de vue-là. De la seconde à la première, « les élèves devront connaître les principales limites écologiques de la croissance » et « l’enseignement scientifique mettra en évidence le rôle de l’être humain dans la modification du climat ». En terminale, toutes les matières doivent impérativement comprendre des notions écologiques de développement durable et de transition écologique[3]. Ces directives reprennent à la lettre celles du Conseil de l’UE recommandant de « faire de l’apprentissage au service de la transition écologique et du développement durable une priorité des politiques et programmes d’éducation et de formation » et « d’offrir à tous les apprenants (sic) des possibilités d’acquérir des connaissances sur la crise climatique et le développement durable »[4]. L’école est devenue un centre d’ingénierie sociale, une couveuse idéologique formatant les futurs « citoyens européens » rêvés par les élites bruxelloises et mondialistes. L’État-monstre technocratique éduque ce futur citoyen, dès sa prime enfance, à « la vie affective et relationnelle, et à la sexualité », à « l’information et aux médias », à « l’écologie et au développement durable ». Plus tard, il l’instruit régulièrement des nouvelles et nombreuses normes qui régiront sa vie, lui explique comment se nourrir frugalement, s’habiller chichement, se chauffer parcimonieusement, et pourquoi il doit, s’il veut « sauver la planète », croupir dans des clapiers à lapins, se déplacer collectivement ou, mieux encore, pas du tout, etc. – bref, il administre et planifie entièrement son existence devenue pitoyable, matériellement de plus en plus inconfortable, spirituellement de plus en plus nulle, de sa naissance à sa « mort dans la dignité » programmée. Le pire du meilleur des mondes n’est plus une fiction. 

Duflot, vite !

L’écologisme est partie intégrante du pouvoir technocratique que cherchent à imposer Mme von der Leyen et ses laquais, commissaires, parlementaires et bureaucrates d’une UE qui a ruiné la France avec l’assentiment et la complicité de ses dirigeants. Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle, bien au contraire. Et les bonnes nouvelles se multiplient en réalité pour les « défenseurs du climat » : 1) La Planification pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) soumettant la France aux desiderata de l’UE en termes de mix énergétique et d’investissements pharaoniques en faveur des énergies intermittentes, au détriment de notre parc nucléaire, reste d’actualité. Emmanuel Macron fera tout pour que cette planification soit votée au parlement ou, si nécessaire, adoptée par décret avant la fin de son quinquennat – ce qui signifiera la fin définitive et irrémédiable de la souveraineté énergétique française. 2) Bernard Fontana, PDG d’EDF, a récemment confirmé que la parution d’un rapport prouvant que la « modulation nucléaire » – c’est-à-dire les variations de puissance imposées à nos centrales pour donner la priorité à l’électricité produite par les énergies intermittentes – accélère le vieillissement des centrales et met en danger toute la filière, a été repoussée sine die. Par qui ? Devinez. 3) Après l’incroyable nomination de Dominique Voynet au Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire, nous apprenons celle d’Anne Le Strat au poste de directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), en charge de la « mobilisation de la société » (sic) – cette dame est une écologiste politiquement très engagée qui soutient les actions les plus radicales de mouvements comme Extinction Rebellion et les Soulèvements de la Terre. 4) Nous pensions que, grâce à l’accord trouvé en commission parlementaire mixte, les ZFE étaient définitivement supprimées. Que nenni ! Le gouvernement vient d’annoncer le report du scrutin sur la loi de simplification de la vie économique qui devait entériner cette suppression. L’inénarrable députée macroniste Agnès Pannier-Runacher juge que ce report « permettra peut-être à la raison de revenir ». 5) L’association QuotaClimat, qui se targue de débusquer ce qu’elle appelle « la désinformation environnementale dans les médias » et saisit régulièrement l’Arcom pour dénoncer la « désinformation climatique » que pratiqueraient Sud Radio, CNews ou Europe 1, est en partie financée par… l’Arcom, l’Ademe et le groupe Valorem, premier exploitant éolien indépendant français. 6) Cécile Duflot, qui a très activement participé au démantèlement du nucléaire français avec ses amis socialistes, vient de donner un entretien au magazine Têtu dans lequel elle considère qu’elle a maintenant « les épaules » pour être candidate à la prochaine élection présidentielle. Le risque de voir Mme Duflot accéder au pouvoir suprême est minime mais son pouvoir de nuisance, son CV est là pour en témoigner, est en revanche bien réel, et son retour à la vie politique ne présage rien de bon. 7) Bien que remis en cause par de plus en plus d’entreprises, en particulier celles qui touchent à l’industrie automobile et à l’agriculture, le Pacte vert élaboré par la Commission européenne n’a été amendé qu’à la marge, pour amuser la galerie et calmer les récalcitrants. Directement inspirés d’une écologie politique coercitive, la politique climatique et le programme environnemental de l’UE entravent lourdement notre industrie et détruisent à petit feu notre agriculture. Rien ne semble pouvoir empêcher cette désintégration planifiée par les adeptes d’une idéologie qui hait l’humanité et donne souvent l’impression de n’avoir qu’un but : la réduire à néant.


[1] Centre d’Études et de Recherches Universitaire, un think tank en pointe pour dénoncer les méthodes des activistes écologistes radicaux

[2] Morgane Daury-Fauveau, présidente du CERU, Grandes écoles de commerce : foyers du radicalisme écologique, décembre 2025.

[3] Site éducation.gouv.fr : L’éducation au développement durable.

[4] Commission européenne, Apprentissage au service de la transition et du développement durable. Recommandation du Conseil de l’UE du 16 juin 2022.          

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Le Pape appelle à une presse libre face aux dérives de la polarisation

Dans un message à l'occasion des 30 ans du quotidien italien «Il Foglio», Léon XIV plaide en faveur du pluralisme de l’information. Depuis le Vatican, il souligne le rôle crucial des médias dans la défense de la liberté de pensée, du dialogue et de la dignité humaine. C'est un message anniversaire qui dépasse largement le cadre d’un journal pour s’adresser à l’ensemble du monde médiatique.

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Nicolas Conquer: Républicain de service

« À quand un Trump français ? ». La question a déjà presque dix ans et date de la première élection du 45ème président des États-Unis. Elle a repris un coup de jeune, à l’automne 2024, quand, à la demi-surprise générale, POTUS (désormais 47) a fait son grand retour…

Vers un Trump français, paru chez Fayard, de Nicolas Conquer part précisément de cette question et rappelle combien elle est mal posée. Ancien porte-parole des Republicains Overseas (association d’expatriés américains membres du parti républicain), Nicolas Conquer s’est fait connaître comme le républicain de service (« dîner de con-quer » s’amuse-t-il) sur les plateaux télé avec son style de sergent-chef Yankee moustachu et ses punchlines façon Fox News.

L’ouvrage amuse par ses anecdotes médiatiques comme par son ironie pour les experts US qui, tous les quatre ans, annoncent la victoire de « l’Amérique qu’on aime » – de John Kerry à Kamala Harris – pour se planter presque systématiquement. Notez qu’ils font en général la même erreur de pronostic pour les élections israéliennes.

La France vit à bien des égards à l’heure américaine. La Cour suprême supprime l’arrêt jurisprudentiel qui légalise l’IVG ? Paris constitutionnalise, à la manière d’un DOM-TOM étasunien qui disposerait encore d’une petite marge de manœuvre sur les questions éthiques. La France beauf a troqué les PMU pour les soirées country chez Oncle Scott tandis que celle des petits profs et des universitaires ont remplacé depuis belle lurette Che Guevara par Judith Butler. Snif !

Pastorale trumpiste

Dans la collection des livres politiques proposées par Fayard, celui de Nicolas Conquer se situe entre les essais et confessions de Villiers et Bardella. L’ouvrage pose une question à la fois personnelle et politique : « Franco-américain », est-ce un état civil, ou un oxymore ? Binational, l’auteur déroule son roman familial : un Titanic mental où grandma rencontre grandpa sur un transatlantique. Il raconte aussi des moments de difficulté et de ballotement, comme lors de la guerre en Irak, lorsqu’il se retrouve coincé entre Dominique de Villepin et Donald Rumsfeld. Ce n’est pas inintéressant.

On devine chez ce Versaillais chouannant dans le maquis journalistique une soif très américaine de clash, de mise en scène, de storytelling et de coups médiatiques. Le lecteur sera servi : Conquer n’est pas un idéologue. Il raconte. Des plaines du Midwest dont il est issu au boccage cotentinais de la 4e circonscription de la Manche, où il fut candidat RN-UDR aux élections législatives de 2024, il dit avoir entendu la même complainte périphérique : celle de pays profonds abandonnés, méprisés, déclassés, promis au remplacement par le village global. Ça rappelle Guilluy, Buisson, Fourquet. En version anecdote musclée : « Fight, fight, fight ».

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Mais le côté français reprend le dessus quand il théorise. La fracture américaine n’est pas seulement sociale ou géographique comme l’expliquerait toute analyse électorale paresseuse ; elle est aussi symbolique et mentale. Trump cesse alors d’être seulement un programme pour devenir une scène. Ce show permanent n’est d’ailleurs pas une rupture ni la disparition de l’idéologie politique, insiste l’auteur. Il existait chez les pionniers du protestantisme qui épuraient la foi mais remplaçaient les icônes catholiques par les transes musicales, le chant et la vie intérieure. On le retrouve dans les réveils du biblisme américain comme chez Reagan dont une partie des services à la Maison-Blanche s’occupait moins de gouverner que de mettre en scène sa présidence.

Un chapitre démonte aussi la fable moralisante des « Deux Amériques » : l’une puritaine, rurale, conservatrice, raciste, archaïque ; l’autre forcément éclairée et éclairante ; miroir fidèle de la mythologie des deux France : « dès qu’on évoque le Parti républicain en France, les mêmes clichés surgissent : un mix de western spaghetti et de messe évangélique, un tableau de Norman Rockwell revisité par une télé-réalité fauchée. Une grande escroquerie planétaire – financée, bien sûr, par la NRA, ExxonMobil et Jésus himself – pour maintenir les « petits Blancs » obèses et ignares dans l’idée que ce sont les minorités, et non le capitalisme, qui ruinent leur vie. Des flingues, des larmes, et cette foi inébranlable selon laquelle tout problème se règle avec un cow-boy, une corde et une Bible. » 

Trump avant Trump

L’Amérique de Trump est donc tragiquement humaine, notamment lorsqu’elle vote pour un néo conservatisme prédateur façon Bush ou Reagan (qui finit toujours par l’envoyer au front, en Afghanistan ou en Irak). Et pourtant il ne faut pas la caricaturer. Dans son histoire et ses contradictions, Trump n’est pas un accident. L’auteur rappelle l’existence d’une autre droite américaine, longtemps marginalisée : anti-guerre, méfiante envers la Réserve fédérale, protectionniste, qui a pu inspirer Nixon et se retrouver dans certaines intuitions gaulliennes, comme la reconnaissance de la Chine de Mao. Trump ne surgit pas de nulle part. Ce nationalisme américain autorise alors des croisements improbables avec des droites nationalistes européennes historiquement anti-américaines : Marion Le Pen applaudie chez les conservateurs US pour un éloge du gaullisme en 2018 ; Steve Bannon acclamé, toujours en 2018, après un cours sur Hayek devant un RN dirigiste. Trump a brouillé toutes les cartes et pas seulement géopolitiques.

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Reste la question inaugurale. Un Trump français ? L’auteur surprend par sa lucidité. La France n’est pas l’Amérique et le président de la République n’est pas le calque ni la traduction du President of the Union. Là où le président des Etats-Unis a toujours été attendu comme défenseur bruyant de la plèbe face à l’Etat profond, le président français est l’héritier de Saint-Louis et est attendu pour ses vertus thaumaturgiques. Alors non, pas un Trump français. Mais une sorte d’outsider, pourquoi pas. Peut-être un haut fonctionnaire en rupture, un militaire lettré ou un auteur conscient qu’en France, toute aventure politique commence par l’écrit. Ou alors, la France a peut-être déjà eu son Trump, trente ans avant tout le monde. Chevelure pas moins blonde que son homologue américain, harangueur de foules et vedette de stades (il faisait remplir le Vélodrome en 1988), celui qu’on surnommait « le Reagan français » est peut-être ce qui a ressemblé le plus à l’OVNI Trump dans toute l’Europe occidentale depuis 1945. L’Amérique a adapté La Totale avec Thierry Lhermitte pour en faire True Lies avec Arnold Schwarzenegger ; elle a aussi importé le style Jean-Marie Le Pen pour inventer Donald Trump.

272 pages

Vers un Trump français ?: Colères françaises, miroir américain

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L’Ukraine en mots et en sang

Exilée en France où elle a grandi, Anastasia Fomitchova s’est engagée auprès des troupes ukrainiennes comme infirmière sur le front. Dans Volia, elle témoigne des atrocités de la guerre, du vertige métaphysique face à la mort, et de la détermination d’un peuple à défendre sa langue, son histoire et son avenir.


Écrire sur une guerre en cours sans être ni soldat ni correspondant de guerre : une tâche apparemment vaine, concurrencée par un flux d’images et d’analyses qui finit par effacer le conflit. Entre la propagande russe pour qui la guerre qu’elle mène en Ukraine vise à « dénazifier » ce territoire, et le désarroi d’une Europe sommée de revoir son irénique foi dans un droit international, l’Ukraine souffre d’être à la fois proche et lointaine, sans récit déployable dans l’imaginaire « occidental », beaucoup ayant découvert son existence géographique en mars 2022, le gauchisme culturel s’inquiétant alors qu’on parle beaucoup de ces réfugiés « blancs », au détriment de ceux du tiers-monde, notamment des Palestiniens. Le pogrom du 7 octobre 2023 et la guerre menée par Israël contre la triade Hamas-Hezbollah-Iran ont relancé les affaires du palestinisme qui a tout fait pour reléguer l’Ukraine au second plan médiatique.

Une guerre qui avait pourtant commencé en 2014 avec l’annexion de la Crimée, sous les yeux impavides d’un Occident soudain réveillé par l’invasion massive du 22 février 2022. Mais le récit s’enlisait. Et le pire ennemi d’un pays agressé est aussi l’indifférence. Quel écrivain français sur le front ukrainien, à l’exception de Bernard-Henri Lévy qui en a tiré trois films ? On n’oubliera pas les témoignages d’humanitaires comme Damien Castera, La liberté ne meurt jamais (Gallimard, 2025), ni Tom Buron et son très bref Le Nom de la Bataille (49 Pages, 2026) ; mais on est loin de Malraux, Simone Weil, Orwell, Bernanos, Koestler, tous morts avec une Europe vouée au progrès social et au reniement de soi.

Restent des témoignages, comme celui, écrit en français, d’Anastasia Fomitchova, née à Kyiv, en 1993, et dont l’ascendance mi-russe, mi-ukrainienne s’inscrit entre l’Holodomor, cette famine organisée par Staline en 1932-1933 qui a tué plusieurs millions d’Ukrainiens, l’accident de Tchernobyl en 1986, et les difficultés des premières années de l’Ukraine indépendante (corruption et gangstérisme), qui ont abouti à la révolution de la place Maïdan, à Kyiv en 2013-2014, et poussé la mère de la narratrice à s’exiler en France, où cette dernière a grandi et fait des études de sciences politiques.

Volia (« volonté », en ukrainien) n’a rien d’un récit narcissique. Le souci de cette « volontaire de la diaspora » est double : témoigner de la guerre via son expérience de « paramédic », ou infirmière de combat sur le front, et dire ce que c’est qu’être ukrainien, aujourd’hui. On est loin des boboïques écrivains qui versent dans un keffieh des larmes pour Gaza, mais pas pour les victimes du 7-Octobre, ni pour les chrétiens d’Orient ou d’Afrique assassinés par les islamistes. Et puis critiquer la Russie, vieille terre sur laquelle l’aurore de l’humanité nouvelle était censée se lever, voilà qui reste difficile, quand, oubliant de quel néostalinisme Poutine est le nom, on en appelle à l’éternelle « âme russe » pour nous garder de la « décadence morale », considérant les Ukrainiens comme des concurrents meilleur marché du « plombier polonais », et les Ukrainiennes comme des femmes de ménage ou des filles de joie…

Ces clichés, Fomitchova ne perd pas de temps à les détruire. C’est de la guerre qu’elle parle, partie dès le lendemain du 24 février 2022, jour de l’« opération militaire spéciale » : étrange comme les guerres honteuses ne disent pas leur nom, mais s’appellent « maintien de l’ordre » ou « événements », dussent-elles faire des centaines de milliers de morts et de disparus. À Kyiv, elle loge dans un monastère. Les Russes sont dans la banlieue, notamment à Irpin, Hostomel, Boutcha, où ils commettent les massacres de civils que l’on sait, le nom de Boutcha s’ajoutant désormais à l’exécution de 33 771 juifs par les (vrais) nazis en 1941, à Babi Yar, toujours dans la banlieue de Kyiv. Les Russes rencontrent une résistance inattendue, se replient dans l’est de l’Ukraine, où Fomitchova est envoyée – dans le Donbass où elle avait déjà servi comme paramédicale, en 2017, et où elle retrouve le « carrousel de l’horreur » : métaphore qu’on aurait tort de juger banale ; pas de « littérature », ici, surtout quand on ouvre, à Bakhmout, les portes d’un véhicule militaire d’où extraire des hommes atrocement blessés : « Comment un être à qui il manque tellement de morceaux de corps peut-il encore être conscient ? Ou bien peut-être me regarde-t-il de l’au-delà, et c’est moi qui suis déjà morte ? […] Les patients les plus critiques sont envoyés directement sur la table d’opération, tandis que les autres sont allongés dans le couloir, piétinés par des chiens abandonnés par leurs anciens propriétaires. » Même vertige métaphysique lors de la capture d’un soldat russe : l’abattra-t-on sur-le-champ ou le fera-t-on prisonnier ?

Dire la guerre se heurte toujours à l’irreprésentable, malgré la multiplicité des témoignages, comme si, en effet, le regard des blessés sur nous renversait l’ordre des choses. C’est aussi pourquoi les romanciers qui ont vécu la guerre en parlent souvent le mieux : l’art est un témoignage différé, mais non moins véridique. Fabrice à Waterloo, chez Stendhal qui a connu la retraite de Russie, La Débâcle de Zola, Ceux de 14 de Genevoix, Pour qui sonne le glas d’Hemingway, Vie et Destin de Grossman, Putain de mort de Michael Herr… Même chose pour le cinéma, malgré l’artifice de la reconstitution. Les images de la guerre en Ukraine sont tout à la fois innombrables et non vues, sauf si l’on suit la guerre au jour le jour et visionne sur Telegram des images de l’armée ukrainienne. Le scrupuleux récit de Fomitchova rappelle que, quelle que soit l’issue de la guerre (sans doute une amputation considérable du territoire et une vassalisation accrue de l’Europe), Poutine aura fait surgir dans la conscience mondiale un pays, l’Ukraine, avec sa fragile histoire et sa langue, et sa jeunesse non idéologisée, dont Anastasia Fomitchova est exemplaire.

Volia, Anastasia Fomitchova, Grasset, 2025.

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January 30, 2026

Léon XIV: les Jeux olympiques d'hiver doivent promouvoir les valeurs authentiques du sport

Dans un télégramme adressé à l'évêque de Côme, le cardinal Cantoni, signé par le Secrétaire d'État Pietro Parolin, Léon XIV exprime le souhait que les Jeux olympiques de Milan-Cortina puissent offrir aux communautés locales une «occasion de témoigner de la foi chrétienne». Le message a été lu par Mgr Oscar Cantoni lors de la messe présidée dans l'église paroissiale de Bormio, en présence de nombreux jeunes bénévoles et d'associations engagés dans l'organisation.

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Campagne mondiale de lutte contre la traite des personnes à la Sainte Bakhita

«La paix commence par la dignité. Un appel mondial pour mettre fin à la traite des personnes» est le thème de la 12ème Journée mondiale de prière et de réflexion contre la traite des personnes. À Rome, du 4 au 8 février, des participants internationaux se réuniront pour une série de rencontres de formation et de sensibilisation, qui se concluront avec leur participation à la prière de l'angélus sur la Place Saint-Pierre avec le Pape Léon XIV.

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Esclavage: quand la mémoire veut faire la leçon à l’Histoire

L’année 2026 marquera les 25 ans de la loi 2001-434 du 21 mai 2001, dite « loi Taubira ». A cette occasion, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), en la personne de Jean-Marc Ayrault, son président, presse l’Éducation nationale de revoir en profondeur ses programmes…


Dans une lettre officielle adressée le 28 juillet 2025 à la ministre de l’Education nationale[1], l’ancien Premier ministre souhaite que « la révision des programmes en cours permette d’avancer plus loin encore dans la voie tracée par ce texte important, en donnant aux élèves de France les moyens de mieux connaître notre histoire commune, de mieux saisir les multiples liens qui relient la France au reste du monde. » Il réclame l’intégration systématique de l’esclavage, des résistances, de la colonisation et du racisme dans tous les cycles, à l’école primaire ainsi qu’au collège.

Cette loi, rappelons-le, faisait de la traite négrière transatlantique, de la traite dans l’océan Indien et de l’esclavage perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes un crime contre l’humanité. Dès son article 2, elle disposait que les programmes scolaires accorderaient à la traite négrière et à l’esclavage « la place conséquente [sic] qu’ils méritent ». Dans la foulée, la Dgesco[2] donnait pour instruction que le programme de 4e y consacre un quart du temps d’enseignement de l’histoire ! La France rompait ainsi solennellement avec la tradition de l’héritage historique pour se soumettre à l’idéologie mémorielle et la faire entrer à l’école. Aujourd’hui, M. Ayrault et son équipe de commémorateurs professionnels veulent aller plus loin.

Si on ne peut que se féliciter que les concepteurs des programmes scolaires tendent vers l’objectivité et intègrent à l’enseignement les épisodes les moins glorieux de notre histoire, doit-on pour autant encourager les professeurs à remplacer une partie de leur enseignement historique par une démarche mémorielle ? En quoi celle-ci est-elle instructive ? Les programmes découlant de la loi Taubira sont-ils objectifs ?

Mémoire versus histoire

La mémoire est une aptitude psychique qui dépend des individus. Elle peut être collective mais elle est toujours subjective, liée à des expériences, un vécu. Son introduction dans les programmes donne fatalement lieu à des concurrences, d’abord parce que le temps imparti ne permet pas de faire mémoire de tout, ensuite parce que l’hypermnésie a naturellement pour corollaire l’amnésie : un génocide, une guerre, une persécution en chasse d’autres.

La prégnance de la mémoire d’un groupe dans une société dépend de son influence sur les responsables politiques, de son activisme. L’école ne doit pas refléter ces luttes politiques car elles sont à géométrie et à objectifs variables. Elle doit rester le lieu de transmission de savoirs moins transitoires. Il ne s’agit évidemment pas d’interdire les commémorations : elles peuvent se tenir ailleurs, en présence de personnes ayant choisi de se recueillir et de communier dans le souvenir. Car oui : il y a une dimension religieuse dans la commémoration. On a violemment rejeté la religion chrétienne de l’école il y a un siècle : est-ce pour y faire entrer de nouvelles religions, parmi lesquelles la religion mémorielle ?

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Distinguer ce qui relève de l’histoire de ce qui n’en relève pas demande une grande subtilité, au sens étymologique du mot, c’est-à-dire la capacité à analyser les sous-jacents d’un enseignement. Il faut pourtant s’atteler à cette tâche pour éviter d’un côté le tourisme pédagogique et sa frénésie ridicule de visites de lieux de mémoire par des élèves incultes mais baignés dans les eaux tièdes de la commémoration, de l’autre l’idéologisation des programmes.

Enseigner l’histoire de l’esclavage ? Oui, mais alors toute l’histoire

La loi Taubira proclame que la France, par le recours à l’esclavage, s’est rendue coupable d’un crime contre l’humanité. Mais elle ne mentionne jamais l’esclavage et la traite arabo-musulmans ni la traite pratiquée entre Africains. Les historiens estiment pourtant que la traite a concerné 42 millions d’esclaves en treize siècles: 17 millions pour la traite musulmane vers le Maghreb, 14 millions pour la traite intra-africaine et 11 millions pour la traite européenne transatlantique. Du reste, l’abolition de l’esclavage a été imposée de l’extérieur aux pays musulmans, notamment pendant la période coloniale. Cette loi et les programmes scolaires en découlant ne mentionnent pas non plus l’existence des ordres chrétiens rédempteurs, Trinitaires et Mercédaires, qui se consacraient à l’achat des chrétiens faits captifs et réduits en esclavage par les Maures.

Le site Eduscol[3] fait le point sur les ressources disponibles et se cantonne aux traites mentionnées par la loi : on y trouve de nombreux documents exposant longuement l’histoire de la traite négrière par les Européens. Il s’agit toujours de « déconstruire le regard occidental » en « donnant la parole à d’anciens esclaves » et de « rompre avec les sources traditionnellement utilisées » en faisant appel à l’expression artistique et à l’archéologie. La société européenne est pointée du doigt comme ayant « racialisé l’esclavage » et « profité de la colonisation pour le faire perdurer ». Sur le site du concours La flamme de l’égalité, organisé par la FME figure une chronologie mondiale de l’esclavage qui commence en 1441, par la première importation d’esclaves noirs au Portugal. Pire: une carte unique schématise le commerce triangulaire comme si elle était valable pour toutes les époques. Elle apparaît quelle que soit la date ou la période choisie[4].

Interrogée sur ce découpage historique partisan, Mme Taubira a donné en 2005 sur France Culture une réponse pour le moins surprenante : elle voulait que l’on « permette aux jeunes d’échapper à des catégories qui les enferment : se sentir arabes et porter sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits que les Arabes ont pu faire ». Il y a là une essentialisation et un mépris flagrants. Là où un élève d’origine occidentale serait capable d’assumer cet héritage, un élève d’origine arabe ne le serait pas…

Une demi-vérité est un mensonge

Si les traites musulmanes et intra-africaines sont systématiquement oubliées ce n’est donc pas par erreur. Les conseils « scientifiques » pullulent autour du Conseil supérieur des programmes et de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Ils ne peuvent ignorer leur existence mais décident de l’éluder.

Dans l’émission « C pas si loin » diffusée sur France TV le 20 octobre dernier, Monsieur Ayrault affirmait que ne pas connaître son histoire était une faute. Prenons-le au mot et saisissons l’occasion de rappeler que c’est en France, au début du XIVe siècle, que l’esclavage fut interdit pour la première fois. En effet, s’il a été aboli dans les colonies françaises en 1848, son interdiction sur le continent est bien plus ancienne : elle remonte à un édit de Louis X promulgué en 1315 — édit qui, lui-même, ne faisait qu’entériner une réalité vieille de plusieurs siècles, dans le royaume de France mais aussi chez ses voisins —. Bien avant Voltaire et la philosophie des Lumières, les sociétés occidentales ne toléraient plus cette pratique. L’esclavage en terre chrétienne a été en voie d’extinction… dès le VIIIe siècle.

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Comme le rappelle l’historien Jean-Pierre Montembault, la seule religion ayant fait de l’esclavage un problème moral est le christianisme. Dans son livre Les Chrétiens et l’Esclavage[5], il montre comment l’Église catholique a permis, non sans mal, la disparition progressive de l’esclavage en terre chrétienne et la destruction de ses fondements idéologiques. L’abolition de l’esclavage ne doit pas être réduite à un triomphe des Lumières ou à une conséquence exclusive des révolutions modernes. Bien avant ces mouvements, un travail de longue haleine avait été mené par les institutions chrétiennes.

L’école n’a pas à imposer aux élèves ce qu’ils doivent penser. Elle doit leur donner matière à penser, ce qui exige de ne pas leur mentir, de tendre vers la transparence et non vers l’idéologie, fût-elle parée du prestige mémoriel. Elle doit permettre à leur pensée, libre de toute manipulation, de s’appuyer sur la vérité dans son intégrité et sa complexité.

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[1] Mme Borne, à l’époque.

[2] Dgesco : la direction générale de l’enseignement scolaire élabore la politique éducative et pédagogique et assure la mise en œuvre des programmes d’enseignement des écoles, des collèges, des lycées.

[3] Site de l’Education nationale consacré à la formation et à l’accompagnement des enseignants

[4] Chronologie de l’esclavage

[5] Artège, 2024.

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La tragédie de Crans-Montana à l’ère du Technocène

L’opinion publique a été sidérée de découvrir que certains jeunes avaient filmé le brasier lors du drame du bar Le Constellation, au lieu de s’enfuir ou de porter secours aux autres. C’est qu’en plaçant le smartphone entre son regard et l’incendie, l’individu érige une paroi de verre qui agit comme un filtre déshumanisant. L’écran ne se contente plus de capter l’événement: il en altère la perception, transformant le témoin en spectateur et la tragédie en contenu. Analyse.


Au cœur des flammes qui ravagent le bar de Crans-Montana, surgit un comportement qui interpelle et scandalise. Face au brasier, nombre de jeunes ont préféré filmer avec leur smartphone, au lieu de fuir ou de porter secours. Les images largement relayées sur les réseaux sociaux suscitent l’incrédulité : « Moi, je vois un feu comme ça, je me barre » (Le Nouvelliste, 4 janvier 2026). Très vite, les commentaires se durcissent, accusant la « génération smartphone » d’insouciance. Sur X, des internautes outrés fulminent : « Zéro conscience. C’est fou ! », « L’ère des médias sociaux a effacé 200 000 ans d’évolution. Au lieu de reconnaître le danger et de ressentir l’instinct de survie, ils ont sorti leurs téléphones pour Instagram. »

Le regard des psychologues et journalistes

Les spécialistes de la psyché humaine tempèrent toutefois le verdict. Gaëtan Devos, psychologue expert des pratiques numériques, rappelle que face à un danger, trois réactions sont naturelles : agir, fuir, ou rester figé. Filmer, explique-t-il, « permet de se retirer de la réalité via l’écran », un réflexe humain ancien qui n’est pas lié aux réseaux sociaux ou aux générations actuelles (RTL Info, 4 janvier 2026).

Bruno Humbeeck, pédopsychiatre, souligne de son côté que ce comportement, déjà observé lors des attentats de Zaventem, Nice ou encore le 11 septembre 2001, relève d’un processus de « décodification de la situation », où le spectateur tente d’ordonner un événement qui le dépasse. Un processus que vient renforcer l’« effet spectateur » (bystander effect), bien connu des psychosociologues. Plus le nombre de témoins augmente, plus la responsabilité individuelle se dilue, jusqu’à faire chuter fortement la probabilité d’intervention. Si les autres restent calmes, parlent, rient ou filment, chacun tend à interpréter la situation comme moins grave qu’elle ne l’est (7 sur 7 Belgique, 7 janvier 2026).

Dans un tel contexte, explique la psychologue Audrey Le Mérer, le réflexe de freeze – rester figé – est statistiquement majoritaire : l’état d’inhibition comportementale « s’active naturellement dans 75 % des situations à risque ». Loin d’être le symptôme d’une « génération » inconsciente, ce comportement relève, dit-elle, d’un « réflexe humain », amplifié par l’effet de groupe. Filmer devient une manière instinctive de se protéger face à l’impuissance (CNews, 9 janvier 2026).

Le regard des spécialistes de la communication

Tandis que les psychologues analysent les réflexes humains face à la catastrophe, les spécialistes des médias examinent comment un objet technologique tel que le smartphone peut, dans des situations extrêmes, en infléchir l’expression. Une étude des chercheurs en médias Linus Andersson et Ebba Sundin montre que l’usage du smartphone, en situation d’accident, produit des comportements inédits. Photographier, filmer, dépasse la simple documentation. L’acte fonctionne simultanément comme moyen de protection et médium de viralité. Le classique bystander effect (effet spectateur) se transforme en mobile bystander : passif à l’égard du blessé, hyperactif pour diffuser l’événement. Au mieux, le helper s’engage physiquement auprès de l’accidenté ; au pire, le disaster tourist reste spectateur, fasciné par l’exceptionnel.

En clair, pour les chercheurs en médias, le smartphone, par sa seule existence, modifie la dynamique de l’urgence. Une scène d’accident devient un espace médiatique. L’enregistrement précède l’engagement.

Le Technocène : un cadre pour comprendre Crans-Montana

Pour saisir pleinement ce qui s’est joué à Crans-Montana, replaçons l’événement dans un contexte plus vaste : le Technocène. À la différence de Paul Crutzen et d’Eugène Stoermer, qui qualifient notre ère d’Anthropocène en raison de l’impact décisif des activités humaines (anthropos) sur l’environnement depuis l’invention de la machine à vapeur de James Watt (1769), le concept de Technocène met l’accent sur l’impact des machines, à la fois sur l’environnement et sur les sociétés humaines.

Dans mon essai Épopée du Technocène, je montre que la modernité, dominée par le règne des machines, constitue aussi bien une révolution géologique majeure qu’une révolution anthropologique comparable à celle provoquée par la sédentarisation il y a 12 000 ans. Des objets technologiques, tels que le smartphone, façonnent notre rapport au monde et aux autres avec une puissance inédite.

À Crans-Montana, ce n’est pas la « génération smartphone » qui a failli : c’est le Technocène qui s’est exprimé dans sa logique ordinaire.

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Pour en saisir les origines et les ressorts, je propose un détour historique, depuis l’essor des universités en Europe au XIIIᵉ siècle jusqu’aux quatre grandes transitions mentales initiées par les quatre pères fondateurs du Technocène : Francis Bacon (1561-1626), Thomas Hobbes (1588-1679), Baruch Spinoza (1632-1677) et John Locke (1632-1704).

Bacon détrône Aristote en plaçant l’expérimentation au-dessus de l’argument d’autorité. Sans cette rupture, la scholastique aurait prolongé sa domination sur la pensée. Il est l’ancêtre direct de notre R&D actuelle. Avec Bacon, le réel cesse d’être enchanté pour devenir une chaîne froide de causes et d’effets mesurables. Son empreinte affleure jusque dans l’attitude face au brasier de Crans-Montana. Rester sans sidération face aux flammes, n’y voir ni magie ni sacré mais un phénomène à observer, exige un regard désenchanté. Là où l’ancien monde tremblait devant le feu, l’héritier de Bacon le mesure, l’enregistre.

Hobbes substitue au souverain de droit divin, incarné par le pape, un souverain de droit civil plébiscité par le peuple. En formulant un ordre politique rationnel, Hobbes écarte le théologique du champ social et fait émerger l’État, sorte de monstre biblique, le Léviathan, soumis à l’unique autorité du souverain de droit civil. On lui doit la démocratie moderne, conçue comme un contrat social entre les citoyens et le souverain élu.    

Spinoza retire aux Écritures leur statut de « livre-monde » : elles peuvent unir une communauté, jamais décrire la nature ou le réel. En séparant la connaissance révélée de la connaissance naturelle, Spinoza libère la science de toute tutelle théologique au profit d’un monde où seule la preuve fait foi. On lui doit les principes d’une lecture critique et historique des Écritures.

Enfin, Locke rompt avec l’antique pédagogie du fouet, qu’il juge incompatible avec la formation d’esprits inventifs. Le fouet fige l’innovation ; la peur dissuade l’enfant d’explorer l’inconnu. Les enfants lui doivent l’abandon d’une éducation punitive adaptée à un monde fixiste hostile au changement. Une liberté nouvelle qui, guidée par une curiosité sans frein, peut dériver vers un voyeurisme morbide, comme à Crans-Montana.

Ces quatre transitions ont progressivement installé un monde où la technique devient le médiateur central entre l’homme et le réel. Bacon arrache la connaissance à l’autorité du passé pour la confier à l’expérience, Hobbes substitue au droit divin un pouvoir politique fondé sur le contrat civil, Spinoza retire aux Écritures le pouvoir de dire le monde, Locke affranchit l’esprit de l’enfant de la crainte pour l’ouvrir à l’exploration.

De cette quadruple destitution naît un monde rationalisé où le réel se laisse saisir, mesurer, enregistrer. Une vision transmise dès l’enfance par des méthodes pédagogiques héritées de Locke.

À Crans-Montana, un univers mental s’est ainsi exprimé dans sa logique ordinaire. Replacés dans le vaste contexte du Technocène, filmer l’incendie au mépris du danger, partager la fureur des flammes via son smartphone, faire le mobile bystander au lieu de fuir ou de porter secours, plongent leurs racines au plus profond de la psyché humaine autant que dans les effets disruptifs du smartphone.

Le partage d’images : un potlatch numérique

Sous cet angle, la captation de la fulgurance des flammes puis leur diffusion, au mépris du danger, fonctionnent comme un trophée visuel. Les images partagées acquièrent la valeur d’un don potlatch, visant moins à offrir qu’à « manifester sa supériorité, être plus, plus haut, magister » (Marcel Mauss).

Chez les peuples premiers de la côte nord-ouest américaine, la cérémonie du potlatch voyait les chefs rivaliser de largesses, voire détruire des richesses, pour affirmer leur rang. Donner, c’était contraindre l’autre à reconnaître une puissance. Recevoir, c’était accepter une dette symbolique. Le don n’y relevait pas de la générosité mais, comme l’écrit Alain Caillé dans Anthropologie du don, de l’agôn, de la lutte pour la position dominante ; non de l’entraide mais de la hiérarchie.

Transposé dans l’espace numérique, le partage d’images spectaculaires obéit à une logique analogue. Publier, c’est se placer. Être vu, c’est compter. L’écran remplace la place du village, l’audience tient lieu de tribu et la viralité fait office de prestige.

Jake Gyllenhaal dans le film « Night Call » (2014) de Dan Gilroy (c) Bold Films.

Dans ce potlatch numérique, l’événement tragique devient matière première d’une compétition symbolique. Il ne s’agit plus de montrer la puissance du brasier, mais de briller plus fort que les autres dans le regard collectif. Celui qui capte l’instant le plus saisissant devient, le temps d’une story, le « magister » de sa communauté numérique. Le jeune qui ne lâche pas son mobile, accumule des images spectaculaires pour affirmer son rang. Sa course aux « likes » est si intense qu’il en oublie de fuir ou de porter secours.

Les recherches récentes sur les violences filmées confirment cette mutation. L’étude des chercheuses italiennes Amelia Rizzo et Emanuela Princiotta, portant sur 80 cas, montre que la captation et le partage répondent à des logiques de type potlatch : recherche de visibilité, lutte pour la position dominante, affirmation d’un pouvoir symbolique.

La tragédie de Crans-Montana illustre de manière exemplaire les conséquences anthropologiques de la rencontre entre des mécanismes humains anciens et des machines aux puissants effets structurants. Avec l’existence du smartphone, tout événement peut se transformer en opportunité de mise en avant de soi. L’élan du helper, l’engagement spontané envers autrui, cède le pas à la recherche de visibilité du mobile bystander et du disaster tourist.

En plaçant le smartphone entre son regard et l’incendie, l’individu dresse une paroi de verre qui agit comme un filtre déshumanisant. Pour un jeune cerveau immergé dans le Technocène, la véhémence des flammes se confond avec les images de synthèse dont il est quotidiennement inondé. Il ne perçoit plus un brasier terriblement létal, mais des pixels inoffensifs qui défilent sous ses yeux. Cette confusion mentale, conjuguée à la course agonistique aux « likes », aura sans doute été fatale à plus d’un. Le smartphone en court-circuitant l’expérience brute, a transformé des flammes mortelles en fichiers que l’on peut cadrer, zoomer ou supprimer.

À Crans-Montana, le smartphone a fonctionné comme une mortelle prothèse d’insensibilité, confirmant le cri d’alarme lancé par Jacques Ellul : la machine n’est pas neutre, la machine « entraîne des modification de l’être humain entier ». À Crans-Montana était le visage ordinaire du Technocène. Sans lui, sans doute rien ne fut.

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Mgr Gallagher en Slovaquie pour les 25 ans de l'accord avec le Saint-Siège

Du 30 janvier au 1er février, le secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations internationales est en visite dans cette république d'Europe centrale et orientale. Au programme: rencontres institutionnelles et diplomatiques, symposium dans la plus grande université nationale, visite à Nitra et messe de clôture dans la cathédrale métropolitaine de la capitale.

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Il est chevalier et il le mérite!

Ali Akbar, le dernier vendeur de journaux à la criée à Paris, « esprit voltairien sorti du Pakistan » selon le président, a été décoré par Emmanuel Macron mercredi.


C’est une magnifique destinée que celle d’Ali Akbar, âgé de 70 ans, le dernier vendeur à la criée de journaux à Paris, sur la rive gauche, à Saint-Germain-des-Prés, dont il est une figure de toujours. Arrivé dans notre pays à l’âge de 20 ans, en provenance du Pakistan, il avait été poussé à l’exil par « la pauvreté, les violences et le travail forcé ».

Il a offert à la France son amour, sa reconnaissance, son impeccable moralité, ainsi qu’un travail profondément utile – qu’il poursuit d’ailleurs encore – dans un monde où, n’allant plus vers les kiosques, il était devenu nécessaire que quelqu’un vînt vers nous…

Le président de la République lui a remis une distinction qui fait de lui un « chevalier » du mérite. Décoration ô combien méritée.

Face à cet honneur légitimement octroyé – sans tomber dans la démagogie – et aux propos naturellement élogieux d’Emmanuel Macron, je souhaiterais formuler quelques observations, afin de prévenir le risque de faire d’ Ali Akbar un exemple trop facilement généralisable.

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D’abord, qu’ Ali Akbar ne devienne pas, pour certains, le « bon immigré », comme des antisémites ont leur « bon Juif ». Qu’il ne serve pas de caution à ceux qui, à longueur de journée, pourfendent l’immigration, même la plus nécessaire, la plus honorable…

Toutefois, acceptons de considérer que la venue d’ Ali Akbar en France s’est avérée une chance, parce qu’il avait des motifs douloureux et dramatiques justifiant son départ de son pays d’origine, et parce qu’il possédait les dispositions et la personnalité les plus appropriées au pays d’accueil.

Un cumul singulier et exemplaire, qui doit être salué, mais qui n’infirme pas, globalement, ce que Bruno Retailleau a pu dire de l’immigration : qu’elle n’est pas forcément une chance pour la France.

Il serait donc absurde, face au défi que l’immigration pose et aux malfaisances graves qu’elle entraîne, au moins pour partie, de s’appuyer sur la parfaite intégration et le comportement irréprochable d’ Ali Akbar pour prétendre imposer l’obligation d’un humanisme global, d’une naïveté généreuse pour tous, quand un seul cas servirait d’argumentation en faveur d’un pays ouvert à tous vents…

Ce n’est pas parce qu’ Ali Akbar est extraordinaire que l’ordinaire de l’immigration lui ressemble. Rendons-lui hommage au singulier, sans être dupes pour le pluriel.

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Le Pape appelle les évêques du Pérou à vivre «à la manière des Apôtres»

À l’occasion de leur visite ad limina Apostolorum, ce vendredi 30 janvier, les évêques du Pérou ont été reçus au Vatican par le Pape, qui dans son discours, a souligné l’importance de la dimension pastorale, missionnaire et spirituelle. Dans un contexte symbolique - le 300ᵉ anniversaire de la canonisation de saint Toribio de Mogrovejo - le Souverain pontife a invité l’Église péruvienne à puiser dans l’héritage des saints pour répondre aux défis actuels.

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Le Saint-Siège et les diplomates célèbrent l'appel à la paix du pape Léon XIV

L’événement a rassemblé environ 300 diplomates de haut niveau, ambassadeurs et chefs religieux. Ce 17e service interreligieux annuel pour la paix s’est déroulé ce mercredi 28 janvier 2026 à partir de 18 h30 dans l’Eglise de Saint Nicolas de Flüe de la paroisse Saint Jean XXIII, en écho à l'appel du pape Léon en faveur d'une paix «désarmée et désarmante».

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Le président de l'USCCB appelle à une heure sainte pour les États-Unis

Mgr Paul S. Coakley, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, lance un appel à la prière pour le renouveau aux États-Unis et dans les cœurs, dans le contexte actuel marqué par un «climat de peur et de polarisation».

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Prier pour revenir au cœur du monde: une boussole pour 2027

Les intentions de prière confiées par le Saint-Père à son Réseau mondial de prière pour 2027 se présentent comme un itinéraire spirituel et pastoral capable de toucher à la fois le cœur de la vie chrétienne et les frontières les plus concrètes du monde contemporain. Elles font écho à une conviction simple: lorsque l'Église prie avec fidélité, elle apprend à regarder avec les yeux du Christ et à servir avec un amour plus lucide, plus patient et plus courageux.

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Chagos: quand Londres brade la puissance occidentale

Au nom d’un juridisme décolonial complaisant, le Premier ministre britannique Keir Starmer s’apprête à brader un verrou stratégique vital de l’Occident, ouvrant grand la porte aux appétits chinois et russes dans l’océan Indien. A moins que Donald Trump décide de s’en mêler…


DR

L’archipel des Chagos : vous connaissez ? Non ? Et pourtant, cet ensemble de plus de 60 îles, organisées en sept atolls, situé dans le nord de l’océan Indien, faisait partie des possessions françaises d’outre-mer jusqu’en 1814. A cette date, par le Traité de Paris, la France en a cédé la souveraineté, ainsi que celle de l’île Maurice, à la Grande Bretagne.

Depuis un an, politiques et médias britanniques en parlent régulièrement, et il y a une dizaine de jours, Donald Trump lui-même s’est inséré dans la conversation, de manière typiquement fracassante. Car la plus grande île de l’archipel Chagos, Diego Garcia, abrite une base aéronavale anglo-américaine d’une importance stratégique vitale. Depuis cette île, on peut atteindre la mer de Chine septentrionale, le Moyen Orient, le Pacifique et l’Afrique. Les bombardiers B2 peuvent s’y réapprovisionner en carburant. 

« Kow tow Keir » – Keir qui s’aplatit

Or, après des années de négociations, le gouvernement de sir Keir Starmer a annoncé en octobre 2024, que le Royaume Uni allait céder la souveraineté de l’archipel à la République de Maurice. Selon l’accord conclu, les Britanniques, afin de sécuriser la base aéronavale, loueront l’île de Diego Garcia aux Mauriciens, avec un bail de 99 ans et une option de renouvellement de 40 ans. Les leaders du Parti conservateur et de Reform UK – respectivement, Kemi Badenoch et Nigel Farage – se sont opposés résolument à cet accord qui, selon eux, représente une erreur colossale, autant sur le plan stratégique que financier. Car céder la souveraineté de l’archipel à un État, la République de Maurice, qui dépend économiquement de la Chine, et payer cher le privilège de garder l’usage d’un site stratégique crucial, c’est compromettre la capacité des Britanniques et des Américains à répondre, dans la durée, à d’éventuelles menaces dans cette vaste région du monde. Au cours de l’année 2025, l’administration américaine de Donald Trump semblait approuver l’accord, mais en janvier 2026, Mme Badenoch a profité de la visite au Parlement de Westminster de Mike Johnson, le président de la Chambre des Représentants à Washington, pour avoir une conversation sérieuse avec lui. Quelques jours plus tard à Davos, Nigel Farage a dîné avec Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain. Les deux Britanniques ont incité leur interlocuteur à attirer l’attention de Donald Trump sur les désavantages de l’accord mauricien. 

Trump envoie un scud

Mission accomplie ! En partie contrarié par l’obstination des Européens à refuser de lui céder la souveraineté du Groenland, le président américain a pondu un post assassin sur son réseau personnel, Truth Social :

« De manière choquante, notre « brillant » allié de l’OTAN, le Royaume Uni, se prépare en ce moment à faire cadeau à Maurice de l’île de Diego Garcia, le site d’une base militaire américaine tout à fait vitale. Et de faire cela SANS LA MOINDRE RAISON. A n’en pas douter, la Chine et la Russie ont remarqué cette action d’une faiblesse totale. Ce sont des Puissances Internationales qui ne reconnaissent que la FORCE. C’est pourquoi les États-Unis, avec moi-même comme président depuis seulement un an, est respecté comme jamais par le passé. Que le Royaume Uni donne à autrui un territoire extrêmement important, c’est un acte d’une GRANDE STUPIDITÉ. C’est encore une raison, après tant d’autres, pour laquelle on doit acquérir le Groenland. Le Danemark et ses Alliés européens doivent FAIRE CE QUI EST JUSTE ».


Ici, on trouve toute la logique réaliste du trumpisme. Jouir de la possession souveraine d’un territoire, c’est avoir la liberté d’y faire ce qu’on veut, sans consulter d’autres puissances, et sans écouter les avis des forums internationaux pris en otage par ses adversaires et leurs alliés. Ensuite, les ennemis de l’Amérique et donc de l’Occident sont ici clairement identifiés : la Chine et la Russie. Ces deux pays cherchent à avoir un avantage stratégique partout où leur présence ou leur influence peut être imposée, du Moyen Orient à l’Afrique, du Pacifique à l’Amérique du Sud, de l’Europe à l’Arctique. Enfin, pourquoi respecter les règles internationales quand vos adversaires ne les respectent pas ? La Chine a-t-elle respecté les droits des Tibétains, des Ouïgours, des Hongkongais ? La Russie, ceux des Ukrainiens ? Faire ce que vous dicte votre bonne conscience quand les autres ne suivent que leur intérêt, c’est faire preuve de faiblesse et ouvrir une voie royale aux puissances qui veulent s’imposer par la force.  

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Le Royaume Uni doit-il céder ?

Pour le Royaume Uni comme pour la France, les années 1960 voient les dernières étapes de la décolonisation. Acquis en même temps que l’île Maurice, l’archipel des Chagos a été gouverné par une administration coloniale située sur ce territoire plus important, bien que se trouvant à une distance de quelques 2200 kilomètres. En cela, les Britanniques ont copié leurs prédécesseurs français. En 1966, le gouvernement – socialiste – de Sa Majesté a donné l’indépendance à Maurice. Mais les Britanniques, prévoyant qu’ils auraient besoin de l’archipel pour des raisons stratégiques, ont préalablement séparé les Chagos de Maurice en 1965 et versé une somme importante au nouveau gouvernement mauricien pour le compenser. Avec quelques autres îlots depuis cédés aux Seychelles, le Royaume Uni a ainsi créé le Territoire britannique de l’océan Indien. L’intention était déjà de louer le territoire aux Américains à qui les Britanniques devaient de l’argent. C’est donc en 1966 que les deux pays ont signé un contrat de location d’une durée de 50 ans, renouvelable pour une durée supplémentaire de 20 ans. Cet accord permettait aux États-Unis d’installer la base aéronavale à Diego Garcia, mais les nouveaux locataires avaient besoin d’une terre « vierge », sans occupants humains, pour construire port et terrain d’atterrissage et créer une zone sécurisée autour de leurs installations. Or, avant l’arrivée des puissances coloniales, l’archipel n’avait pas d’habitants permanents. Pour mener à bien leurs projets impériaux, notamment la cultivation du copra, les Français et les Britanniques ont fait venir des esclaves, devenus par la suite des employés des entreprises qui géraient l’activité agricole. Les Chagossiens, selon les autorités britanniques, n’étaient pas des habitants autochtones des îles, mais des salariés d’entreprise sous contrat qui n’avaient aucun droit du sol sur les îles où ils étaient « hébergés ». Ce prétexte a été utilisé pour relocaliser les Chagossiens entre 1968 et 1973, soit à Maurice, soit aux Seychelles, soit au Royaume Uni. Presque 30 ans plus tard, les Britanniques ont accepté de payer une compensation aux personnes relocalisés, certaines acquérant la citoyenneté britannique. L’accord débattu en ce moment prévoit la création d’un fonds d’investissement pour soutenir les Chagossiens à l’avenir.

Le Territoire britannique de l’océan Indien, ou îles Chagos, 1960 © IMAGO/SIPA

C’est aussi vers le tournant du siècle que, incitée par la Chine selon certains, la République de Maurice a commencé à revendiquer la souveraineté de l’archipel, motivant sa revendication par la séparation en 1965 – pourtant acceptée par Maurice – des Chagos et de l’ancien centre administratif. Il faut dire que, situées à 1880 kilomètres, les Seychelles sont plus proches de l’archipel, et que, à une distance de seulement 500 kilomètres, les Maldives sont encore plus proches. Les Maldives d’ailleurs revendiquent aussi la souveraineté de l’archipel. En juin 2017, l’Assemblée générale de l’ONU a voté pour que la Cour de justice internationale (CJI) soit saisie de la question. En février 2019, la CJI donne raison à Maurice, et bien que le Royaume Uni refuse de reconnaître la juridiction de la CJI dans ce domaine, l’opinion de la Cour est confirmée par une résolution de l’Assemblée générale en mai. En janvier 2021, le Tribunal international du droit de la mer, créée en 1996 sous l’égide de l’ONU, confirme l’opinion de la CJI. Bien que la CJI n’a émis que des avis non contraignants, en novembre 2022 le Royaume Uni, à l’époque sous un gouvernement conservateur, se croit contraint de commencer des négociations avec les Mauriciens. En octobre 2024, le nouveau gouvernement travailliste donne son accord pour céder la souveraineté, mais suspend le processus pour attendre la fin de l’élection présidentielle aux États-Unis. C’est en mai 2025 que Starmer, croyant avoir l’approbation des Américains, signe l’accord avec Maurice, sous le feu des critiques de l’opposition parlementaire. 

Petits copains du droit humanitaire

Finalement, c’est en janvier, juste avant que Mme Badenoch et M. Farage fassent descendre sur la tête de M.Starmer la foudre présidentielle de Trump, que la Chambre des Lords arrive à suspendre – au moins jusqu’au mois de mars – le processus législatif nécessaire à la ratification de l’accord avec Maurice. Les arguments juridiques de l’opposition sont les suivants : le nouvel accord contrevient à celui signé avec les Américains en 1966 ; et (plus hypocritement) les Chagossiens n’ont pas été consultés. Entretemps, tout le monde a le loisir de se pencher sur le contexte de cette affaire et les personnalités qui en sont les acteurs principaux. 

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Il s’avère que l’avocat de la cause mauricienne est Philippe Sands, que Starmer connaît bien depuis l’époque où tous les deux faisaient partie du même cabinet spécialisé dans le droit humanitaire. Selon certains commentateurs avisés, Sands se seraient montré, au nom de valeurs supposément humanitaires, un ennemi déterminé de la souveraineté britannique. Par le passé, il aurait utilisé un passeport mauricien, et en 2022 il a accompagné une équipe de fonctionnaires et de journalistes mauriciens qui, sans aucune autorisation, a fait une incursion sur le Territoire britannique de l’océan Indien afin d’y planter un drapeau, acte qui a été célébré par le journal d’État chinois, The China Daily. En 2024, Sands a plaidé la cause de la Palestine contre Israël devant la CJI. A partir de 2013, quand il n’était pas encore élu, Starmer lui-même a eu des relations fraternelles avec les autorités mauriciennes. Un autre membre de cette petite coterie très « sélect » est l’homme que Starmer a nommé comme Procureur général de son gouvernement, Richard Hermer ou, selon son titre actuel, lord Hermer. Personnalité très controversée, il est lui aussi un des sponsors de l’accord sur l’archipel des Chagos. Les trois hommes – Sands, Starmer et Hermer – sont des représentants archétypiques de ce sans-frontiérisme mondialiste, droit-de-l’hommiste qui caractérise depuis trop longtemps les élites de la gauche. Donald Trump a parfaitement raison : Starmer et ses copains mettent en pratique les principes d’une idéologie qui affaiblit l’Occident et encourage ses ennemis. 

Que les Français ne jubilent pas devant le spectacle des ennuis des Britanniques. Ils possèdent deux fois plus de territoires outre-mer que le Royaume Uni. Si ce dernier succombe à la pression des thuriféraires de la nouvelle décolonialisation, les possessions françaises seront menacées d’un sort similaire.

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Faut-il encore lire les classiques de la littérature?

La littérature est un plaisir indémodable, mais elle est aussi un effort. Que seront la France et le monde quand personne ne lira plus?


« Faut-il se forcer à lire les classiques ? », s’interrogeait récemment France Inter[1] entre deux tirades idéologiques et quelques chroniques d’humoristes pas vraiment drôles. A la question, il faudrait opposer une affirmation : oui, les grands romans sont essentiels à la tranquillité de nos âmes. Enfants, ils éveillent notre imaginaire ; jeunes adultes, ils accompagnent notre plongée dans le grand monde ; arrivés à maturité, ils nous offrent la sagesse de penser que rien de ce qui est humain n’est jamais totalement binaire ; en fin de vie, ils nous aident, par leur rappel de la beauté et du tragique de l’existence, à appréhender le grand passage. 

Une élévation

J’avoue d’emblée être parfois épuisé par les commentateurs qui parent la littérature d’atours trop présomptueux ; je m’ennuie souvent des émissions littéraires et de leurs péroraisons soporifiques à force d’être trop mielleuses ; je me méfie du verbiage des écrivains actuels sur leur époque et me lasse des poncifs – la « petite musique » de l’un, le « pastoralisme » de l’autre – et des débats répétitifs – « faut-il séparer l’œuvre de son auteur ? ». 

Et pourtant, je m’apprête à faire pareil, car s’il faut encore lire les classiques, c’est avant tout parce que la grande littérature est une sublimation d’un réel souvent bas et médiocre, une élévation du commun et de l’ordinaire, un ancrage dans l’intemporel de l’éphémère et de ce qui est évanescent.  Le décalage devient à ce moment-là abyssal entre la littérature et la vie quotidienne. Imaginez que vous accompagniez Emma Bovary jusqu’au bout de son ennui, que vous souffriez avec le père Goriot dans sa solitude de vieil homme ou que vous éprouviez les duretés de la vie avec Lantier ; une fois votre livre refermé, les anti-héros que vous côtoyez au quotidien vous apparaîtrons dans leur réalité, crue et cruelle, celle des ragots, des petitesses et des trahisons.

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La grande littérature est un appel constant à la retenue, à la réflexion et à la modestie car, pas plus qu’aucun d’entre nous n’aura jamais le talent des grands écrivains, nous n’aurons la destinée chevaleresque de Don Quichotte, la fin héroïque de Gavroche, le courage d’Alexandre Soljenitsyne, de Primo Levi et de Varlam Chalamov face à l’apex de la barbarie ou le destin tragique des pionniers de l’aviation et d’autres aventuriers décrits par tant d’auteurs (Saint-Ex, Kessel…). Nous rêvons tous de séduire, pour une nuit ou pour la vie, Scarlett O’Hara, ou Mathilde de la Mole, ou madame Arnoud, et, parce que nous n’avons ni les atours de Rhett Butler, ni l’instruction de Julien Sorel, ni la sensibilité de Frédéric Moreau, nous finissons par passer en revue les profils sur Tinder. 

L’art de la description se perd

Cela n’empêche pas que, face aux difficultés de la vie, les livres sont du meilleur secours en relativisant notre destinée. N’y a-t-il pas meilleur conseil à donner à une amie ou un ami éploré par une rupture que de l’inviter à lire Andromaque et sa suite cruelle : Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector… qui est mort ?  Cela lui sera d’une plus grande utilité qu’un paquet de mouchoirs car il comprendra alors que sa situation est universelle et sans vocation à devenir un médiocre vaudeville.

Les grands livres se lisent avec les cinq sens qu’à son tour ils éveillent : la lecture permet probablement de mieux apprécier les paysages ocres, le crissement des graviers, les senteurs de jasmin, le goût de la madeleine, le chant des cigales et le bruissement des arbres quand ils nous sont aussi offerts sur papier. A ce titre, comment ne pas regretter la disparition progressive de la description dans les romans à l’heure où les écrivains, parfois nobelisés, nous abreuvent des choses du réel sans le talent pour les sublimer ou les enrober ? 

Plaisir indémodable

Mais si la littérature, dans laquelle toute l’humanité est contenue, est ce plaisir indémodable, elle est aussi un effort – gros mot de notre époque -, une plongée parfois laborieuse dans un univers, une série d’heures qui s’égrènent avant que l’horizon vers la plénitude ne se dégage enfin : en cela, elle est un empyrée qui se mérite ; plus qu’une jouissance, elle est une ascèse. Les grands livres discriminent, dit-on, car ils ne seraient plus compris, trop alambiqués, trop longs, trop charpentés comme on dirait d’un bon vin. N’y a-t-il pas plus bel effort que de s’approprier les classiques et la langue qui les bâtit : lire, c’est forcément enrichir son vocabulaire, se prémunir du tout manichéisme en intériorisant les nuances, maîtriser la construction d’un raisonnement. 

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Ernst Jünger se demandait en son siècle si l’on finirait par distinguer deux classes d’hommes, les uns formés par la télévision, les autres par la lecture. L’on pourrait ajouter qu’avec le nouveau siècle, une troisième catégorie d’hommes a fait son apparition : ceux qui sont biberonnés par les réseaux sociaux. A l’écrit s’est substituée la succession algorithmique d’images, de vidéos, d’émoticônes. Il reste heureusement, juchés sur leurs citadelles, quelques lecteurs qui observent le monde avec discernement. 

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[1] https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat/faut-il-se-forcer-a-lire-des-classiques-8073778

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Léon XIV salue l’œuvre évangélique du Réseau Mondial de Prière du Pape

Le Pape a reçu en audience ce vendredi 30 janvier les dirigeants et membres du Réseau mondial de prière du Pape, réunis à Rome du 27 au 31 janvier pour «définir les priorités d'action de l'année et orienter sa mission». Dans son allocution, le Saint-Père a salué les efforts de ce mouvement visant à «promouvoir la prière dans le monde entier pour les intentions du Pape», les encourageant à «poursuivre dans cette voie avec un esprit joyeux».

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🎙️ Podcast: Un mouvement citoyen pour réformer la Justice en France

Avec Philippe Bilger et Jeremy Stubbs.


Pour Philippe Bilger, les réactions publiques de certaines victimes de crimes graves, ainsi que celles de leurs parents et de leur conjoint, sont en train d’alimenter un mouvement citoyen qui, au-delà des critiques souvent sommaires qui sont adressées aux magistrats, interpellent l’institution judiciaire. On réclame à cette dernière plus de rigueur, plus de cohérence et, somme toute, plus de considération pour les victimes. De leur côté, les syndicats de police appellent leurs concitoyens à défiler avec eux à Paris, samedi 31 janvier, pour réclamer plus de moyens.

A lire : Il est chevalier et il le mérite!

Traditionnellement, les magistrats ont tendance à considérer que ce n’est pas au citoyen, mal qualifié pour le faire, de se mêler de la justice. Mais cette attitude est de plus en plus en conflit avec l’opinion publique. Et l’idéologie de gauche – partagée dans une certaine mesure par le président de la République – qui veut que la société soit plus coupable que le malfaiteur – est de moins en moins en phase avec cette opinion.

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January 29, 2026

Les infos de L'Œuvre d'Orient - 28 janvier 2026

Les infos d'orient nous emmènent vivre le Jeûne de Ninive avec les Assyro-Chaldéens.

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800 ans de la cathédrale de Tolède: le Pape envoie un message aux fidèles espagnols

Ce jeudi 29 janvier, le Pape a adressé une lettre aux fidèles de Tolède dans laquelle il souligne la richesse spirituelle, historique et sociale de la cathédrale primatiale et encourage les célébrations liturgiques et culturelles prévues cette année qui marque les 800 ans de l’édifice gothique.

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Léon XIV à l’ACERAC: adaptez l’Evangile à la culture de chacun

Dans son message à l’occasion de la 13e Assemblée générale de l’Association des Conférences épiscopales d’Afrique centrale (ACERAC), le Pape encourage les évêques à poursuivre les objectifs de l’exhortation apostolique Ecclesia in Africa et à relever les défis majeurs pour que leur message reste crédible et adapté à la culture.

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La Croix olympique à Milan, le Pape prie pour que les JO soient source de paix

Dans un télégramme, le Pape Léon XIV saluent les participants à la célébration d’accueil dans l’église de San Babila à Milan de la «croix des sportifs» ce 29 janvier, à l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver qui auront lieu du 6 février au 15 mars dans la capitale lombarde. Le Pape espère que ce rendez-vous sportif suscitera «des sentiments d’amitié et de fraternité».

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Caritas Ukraine: Kiev est au bord d'une catastrophe humanitaire

Pour venir en aide aux populations vulnérables en Ukraine qui subissent des coupures d'électricité extrêmes et sont touchées par l'insécurité alimentaire, Caritas Ukraine lance un cri d'alarme pour éviter l'aggravation de la situation. Dans une interview accordée à Radio Vatican, elle affirme avoir intensifié les distributions des repas chauds dans des centres d'accueil ainsi que des kits de survie.

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Le Pape reçoit la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola

Léon XIV a reçu la présidente du Parlement européen en audience privée jeudi 29 janvier au Palais apostolique. Roberta Metsola s'est dite reconnaissante «pour la clarté» du Pape et pour «les réflexions partagées sur les progrès de la paix à travers le dialogue en Europe et dans le monde».

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Ordination dans l'Église Lusitane, notre église soeur au Portugal.
Lors d’un séjour au Portugal, Micheline Maca, prêtre de la MIVICA Belgique, a été invitée par Monseigneur Jorge Pina Cabral, Evêque de l’Eglise Lusitanienne (‘Communion Anglicane) à assister à l’ordination au diaconat d’une jeune femme, membre de la communauté. L’accueil a été chaleureux, d’autant que les liens entre les deux Eglises est régulier et fraternel.
Le Pape à Regnum Christi: le charisme est «une force vitale»

Le Pape Léon XIV a reçu en audience ce jeudi dans la salle du Consistoire les participants aux assemblées générales des Sociétés de vie apostolique du Regnum Christi. Il leur a proposé une réflexion autour de trois points: charisme, gouvernement et communion.

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Dans un monde sans Dieu, Léon XIV veut faire redécouvrir la joie d’évangéliser

Recevant les participants à l’assemblée plénière du dicastère pour la Doctrine de la foi, chargé de promouvoir et protéger l'intégrité de la doctrine catholique, le Pape a invité à annoncer l’Évangile sans «protagonisme ni particularisme», mais toujours «par attraction», jeudi 29 janvier, en salle Clémentine du Palais apostolique. Léon XIV considère la rupture de la transmission de la foi aux jeunes générations comme un sujet «de grande urgence» à notre époque.

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Martine à Alger

Plus mélenchoniste que Jean-Luc Mélenchon ou plus villepiniste que Dominique de Villepin, l’ancienne ministre socialiste, toujours pas remise de sa défaite face à Sarkozy en 2007, critique la France depuis l’Algérie, estime que la mémoire n’est pas une rente pour le pouvoir algérien et appelle les autorités françaises à enfin respecter sa souveraineté. Elle ne prononce même pas le nom de notre compatriote le journaliste Christophe Gleizes, injustement emprisonné.


Les déclarations de Ségolène Royal en Algérie font scandale. Enfin, font-elles vraiment scandale ? Cela devrait. Si ses propos étaient plus subtils, on parlerait d’intelligence avec l’ennemi. L’ancienne reine des pôles, élue récemment présidente de l’Association France-Algérie (une grosse boutique créée en 1963 pour promouvoir l’amitié entre les peuples, avec le succès que l’on sait), se pique de mener sa diplomatie personnelle. Elle a entamé mardi une visite à grand spectacle en Algérie, un pays qui mène une guerre larvée contre nous, détient un journaliste en otage après avoir embastillé un écrivain, refuse de reprendre ses milliers d’OQTF et nous insulte quotidiennement par voie de presse ou d’influenceurs.

Mme Royal a été mieux reçue que nos diplomates. Une rencontre avec le président Tebboune et des médias énamourés a eu lieu hier au palais d’El Mouradia. Normal : la solution de Madame Royal pour résoudre la crise franco-algérienne, c’est la soumission sur toute la ligne. Non seulement elle n’a pas prononcé le nom qui fâche, Christophe Gleizes, mais elle dit aux Algériens ce qu’ils adorent entendre : la France doit encore et toujours s’excuser et réparer. Repentance ! Elle réclame donc de nouveaux gestes mémoriels. En prime, elle attaque à mots à peine couverts MM. Macron et Retailleau. Elle dénonce « les discours qui déchirent de ceux qui ne veulent pas encore admettre souveraineté nationale de l’Algérie Â». Qui sont-ils, ces vilains colonialistes ? M. Tebboune ne dirait pas mieux. Il aurait pu lui écrire son discours. La grande classe.

Comment expliquer cette complaisance ? Rien d’étonnant. Elle s’inscrit dans la mélenchonisation accélérée de Ségolène Royal. Sur le tard l’ex-chevènementiste, qui défendait l’ordre juste et la discipline militaire, vire néo-tiers-mondiste, tendance décoloniale. Elle partage avec ses nouveaux amis un goût prononcé pour les régimes dictatoriaux, surtout quand ils sont anti-occidentaux.

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D’ailleurs, malgré la répression sanglante qui s’est abattue sur les Iraniens, les images effroyables de cadavres empilés qui nous viennent de Téhéran, la place de la République reste vide, la rue Saint-Guillaume déserte. Certes, les insoumis et la gauche radicale s’indignent dans des tweets reprenant curieusement tous les mêmes éléments de langage. Quand on se rappelle leurs larmes et éructations quotidiennes pour Gaza, on se dit qu’ils ne sont pas trop pressés de voir chuter les mollahs. Il est vrai que ces Iraniens sont un peu islamophobes sur les bords.

Et puis il y a d’autres urgences. Hier, Marine Tondelier a courageusement participé à un rassemblement contre le fascisme. Celui qui sévit en Amérique, bien sûr. Elle sonne le tocsin. « Après les États-Unis, la France peut être le prochain pays à basculer » écrit-elle dans le Huffington Post. No Pasaran ! Trump n’a qu’à bien se tenir.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

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Nigeria: face aux violences, les chrétiens tiennent dans la foi et l’espérance

Attaques armées, enlèvements, destructions d’églises. Au Nigeria, l’insécurité continue de frapper durement les communautés chrétiennes. Pourtant, malgré la peur et les pertes humaines, les fidèles ne renoncent ni à la prière ni à l’annonce de l’Évangile. Témoignage du père Uchechukwu Oguike, S.J., aumônier du collège Jesuit Memorial College à Port Harcourt.

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Dernier adieu

Les Israéliens ont enterré hier leur dernier otage. Ran Gvili a été le premier à partir, et le dernier à revenir. Si sa mort symbolise la fin du chapitre des otages, ce n’est ni la fin de la guerre ni celle du traumatisme national.


Habayta, le retour à la maison, c’est le mot qui a symbolisé l’élan de tous les Israéliens depuis le 7 octobre 2023.
Habayta, c’est l’espoir du retour des otages, du retour des soldats, du retour à la normalité de la vie et, plus profondément, du retour à soi-même. Cette chanson, écrite il y a une quinzaine d’années par un auteur religieux, Ishay Ribo, a unifié le pays.
Habayta, comme l’autre chanson symbole de ces vingt-huit mois tragiques, « Eyn li Eretz aheret » (je n’ai pas d’autre pays), c’est aussi le lien charnel entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël.

Le 26 janvier, le corps de Ran Gvili a été rapatrié en Israël, Habayta. C’était le dernier des otages. Depuis deux ans, le Shin Bet[1] avait informé sa famille que ce jeune homme, sergent dans l’unité d’élite de la police, Yassam, enlevé le 7 octobre, était mort au combat.

Fierté collective

Convalescent d’une fracture à l’épaule, Ran Gvili avait enfilé sa tenue militaire dès qu’il eut entendu les nouvelles et était parti en moto vers le pourtour de Gaza. Il combattit au kibboutz Aloumim et il y fut tué. On dit qu’il avait, à lui seul, abattu une douzaine de terroristes.

Ran Gvili a été enterré en présence du président de la République et du Premier ministre. Dans le même kibboutz Aloumim, les frères Noam et Yishai Slotki, fils d’un rabbin de Zaka, deux réservistes accourus spontanément, ont été tués côte à côte en combattant. Grâce à Ran Gvili, grâce à eux et grâce aux autres défenseurs, la zone résidentielle de ce petit kibboutz religieux du Bné Akiva, placé entre Beeri au sud et Kfar Aza au nord, a échappé au carnage — un carnage qui a néanmoins fauché les travailleurs agricoles népalais et thaïlandais qui étaient logés près des champs. Ils ne ressemblaient guère à des impérialistes sionistes, mais furent tous massacrés, car la frénésie de mort de terroristes biberonnés à la haine ne fait aucune distinction.

Les défenseurs d’Aloumim, comme tous les Israéliens d’origines diverses — et dont certains sont Arabes — qui sont tombés ce jour-là en combattant, sont une source de fierté collective et un signal d’unité pour Israël. Dans ce pays qui se déchire si souvent, ils devraient imposer, par décence, une diminution des invectives.

Une analyse ADN confirme l’identité du corps

La découverte du corps de Ran Gvili est le fruit d’un travail impressionnant, où l’on décèle la plaie non refermée de la disparition de l’aviateur Ron Arad il y a quarante ans. Après avoir déterminé que le cadavre pouvait avoir été enterré dans un cimetière du nord de la bande de Gaza, à l’intérieur de la zone contrôlée par Israël, l’unité israélienne spécialisée, célèbre dans le monde entier, a procédé à l’analyse dentaire de plusieurs centaines de cadavres, a retrouvé celui de Ran Gvili, et ses conclusions ont été confirmées par l’analyse ADN.

Coïncidence saisissante, le dernier otage israélien est revenu chez lui le jour anniversaire de la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah.

Le 27 janvier 1945, des soldats de l’Armée rouge arrivent, un peu par hasard, à Auschwitz, qu’ont quitté 60 000 déportés partis dans les terribles marches de la mort. Ils y trouvent 7 000 prisonniers trop faibles pour marcher, que les nazis n’ont pas eu le temps d’assassiner. Parmi eux, il y a Primo Levi, futur auteur de Si c’est un homme. Ballotté d’un pays à l’autre, il ne retrouvera sa maison à Turin qu’après un périple de neuf mois dans une Europe en plein chaos. Lui a de la chance. La majorité de ses compagnons n’ont plus de maison où aller et plus de famille à embrasser. Enfermés dans des camps pour personnes déplacées, beaucoup chercheront à rejoindre un pays où sont déjà installés des centaines de milliers de Juifs, parce que c’est la terre de leurs ancêtres. Ils vont en faire leur État, là où les Juifs n’auront plus à subir les soubresauts de la haine, de l’ignorance, des calculs, du fanatisme, de la jalousie, du mépris, de l’indifférence ou du bon vouloir de certains de leurs concitoyens. Habayta. Israël.

Quatre-vingt-un ans plus tard, nous pensions que tous, horrifiés, avaient appris et compris. C’était une illusion. Dans un centre de mémoire français, au moment même de la commémoration de la Shoah, une élue de la République accuse Israël de génocide.

Avec la diffusion des mensonges du palestinisme, la haine d’Israël devient ainsi une arme de destruction du langage. L’un de mes amis, qui évoquait les 30 000 morts iraniens, a été assailli de commentaires accusant le Mossad d’être responsable du massacre. Qu’importe à ces calomniateurs une vérité qui n’est pas celle qu’ils désirent ?

Les otages israéliens sont rentrés à la maison, mais le combat doit continuer. C’est à nous tous désormais de sauvegarder les mots de notre maison commune, ceux d’un langage qui doit représenter d’aussi près que possible la vérité des faits. Il en va de l’avenir de notre civilisation.


[1] renseignements intérieurs israéliens NDLR.

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Coup de foudre à San Donato

Dans son dernier livre, Philippe Besson lève le voile sur un secret familial. Si certains trouvent parfois un peu agaçant médiatiquement l’écrivain qui a Brigitte Macron pour grande copine, Une pension en Italie est un livre lumineux sur le prix à payer pour être soi.


Son grand père, Philippe Besson ne l’a pas connu. Personne n’en parlait jamais. Les secrets de famille, on le sait, ont la particularité d’être bien gardés. Pourtant par une belle après-midi d’automne sa mère accepte d’évoquer l’histoire de son père, lui intimant toutefois de ne jamais écrire sur le sujet – « les morts méritent qu’on les laisse tranquilles tu ne crois pas ? » L’écrivain désireux de faire toute la lumière sur ses origines décide pourtant de mener l’enquête. Jusqu’au jour où l’autrice de ses jours lui donne l’autorisation de raconter.

Une pension en Italie est l’histoire de cet aïeul qui, en l’espace d’un été, a vu sa vie basculer. Juillet 1964, Paul Virsac, sa femme et leurs deux filles embarquent à bord de leur 404 pour un voyage en Italie. San Donato, Florence, San Gimignano, Sienne. Les collines écrasées de soleil, les pins parasols, les cyprès. C’est dans ce décor de rêve qu’éclate le drame. Dans une de ces pensione typiques de la Toscane. Là, Paul Virsac, « un visage fin et doux, des yeux clairs, probablement vert pâle, des cheveux châtains » va rencontrer celui qui va bouleverser sa vie : Sandro le chef cuisinier. En un regard les deux hommes se reconnaissent. Le père de famille va tout faire pour juguler son attirance pour le bel Italien. De même qu’il a tout fait sa vie durant pour étouffer ses penchants. Il finira par capituler. Ce sera une déflagration. Une révélation. La certitude après des années passées à se mentir de s’être enfin trouvé. Voilà pour le secret. Celui d’un homme dans les années 60 qui découvre son homosexualité et va faire le choix d’en assumer les conséquences. Choix qu’il faut replacer dans le contexte d’une époque où être homosexuel pouvait être passible de prison. Mais ce qui intéresse Besson ce sont moins les faits que le cheminement d’un homme, son combat intérieur et le prix à payer pour être en accord avec soi-même. Une trajectoire faite de sentiments ambivalents, de peurs et de soulagements qu’il excelle à transcrire. Et ce d’autant qu’il se reconnaît en cet aïeul fin et délicat. Il sait mieux que quiconque « cette lutte incessante que tant d’hommes (…) ont menée contre leur propre nature. (…) la petite voix intérieure, l’angoisse qui dévore, la terreur permanente, la terreur (…) d’être repéré, reconnu ». Avec une finesse d’analyse, une empathie et une sensibilité peu commune, Besson brosse le portrait d’un homme en proie à ses démons. Mais pas seulement. Une pension en Italie est aussi un livre sur l’écriture dans lequel l’auteur d’En l’absence des hommes donne accès aux coulisses de son travail. Il ne cache pas connaître les faits mais ignorer les détails alors, de son propre aveu, il devine, imagine, extrapole, remplit les blancs. « De toute façon -écrit-il- il faut raconter comme on raconte une histoire ». Force est de constater qu’il est un conteur hors pair. Il sait l’art des révélations savamment distillées, du suspens subtilement entretenu, de l’émotion qui prend à la gorge.  Enquête intime aussi bouleversante qu’édifiante Une pension en Italie brille d’un éclat incomparable. Philippe Besson au sommet de son art.


Une pension en Italie de Philippe Besson Editions Julliard, 240 pages.

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Justice: les citoyens se rebiffent…

Face à l’explosion de l’insécurité, la colère des victimes bouscule une justice déconnectée et marque un tournant dans le rapport des Français à la protection et à la légitime défense, observe notre chroniqueur.


Plutôt que de lire ou d’entendre des absurdités ou des approximations sur la justice pénale (et sur certaines condamnations que des considérations de proximité personnelle ou de partialité empêchent d’appréhender avec lucidité), il vaudrait mieux interroger la France profonde, appréhender ses mouvements et ses évolutions, et se féliciter que, désormais, face à l’insécurité et à la criminalité, les citoyens en aient assez et se rebiffent, en particulier les femmes.

Un univers technique qu’il faut bousculer

Elles ne se contentent plus de critiquer banalement les pratiques judiciaires, leur faiblesse, voire leur impuissance. Elles protestent, se révoltent, demandent des comptes, exigent des explications et, par leur attitude, constituent un aiguillon salutaire ainsi qu’une incitation pour l’institution, désormais contrainte de prendre acte de leurs injonctions à mieux faire.

J’ai considéré que, trop souvent, la magistrature traitait avec une forme de condescendance, voire de mépris, ces intrusions qu’elle jugeait inadmissibles de la part du peuple, alors même qu’elles le concernaient au premier chef.

A lire aussi, Claire Géronimi: «Les féministes font du tri entre les victimes»

Un excellent article de Guillaume Poingt[1] a mis en lumière le fait que, « il y a un an, le jeune Elias était tué à Paris d’un coup de machette. Sa mère a alors pris la parole dans les médias, à l’instar de Claire Geronimi et de Harmonie Comyn, toutes deux victimes de récidivistes ».

Ce n’est pas rien que ces douloureux et convaincants réquisitoires de la douleur, où l’indignation se mêle aux larmes. Cette irruption du profane meurtri dans l’univers technique de la justice et dans le monde trop en vase clos des juges, va changer la donne, pour le meilleur, en ne laissant plus jamais le pire être traité avec indifférence.

Malgré les apparences, je ne m’éloigne pas de cette analyse en m’appuyant à nouveau sur un article du Figaro[2]. Christophe Cornevin y rapporte un constat dramatique : « 454 vols avec arme à feu commis contre des particuliers à leur domicile au cours des onze premiers mois de l’année 2025, soit plus d’une dizaine d’attaques chaque semaine ».

Derrière ce chiffre impressionnant – quand je songe qu’un ancien garde des Sceaux a osé parler de « sentiment » d’insécurité – se cachent l’angoisse des familles, la peur de mourir, la profanation de l’intimité et, « lorsque les cambriolages virent à l’épouvante », la lancinante question de la légitime défense, l’honneur du courage, ainsi que l’inquiétude d’être mal jugé à tous points de vue.

Double peine

Face à ce fléau social, qui ne touche plus seulement les métropoles et les grandes villes, je ne cesse de songer à ce renversement des valeurs qui, trop souvent, n’accable pas le transgresseur autant qu’il le faudrait mais qui, en revanche, fait subir l’enfer au citoyen – victime ou propriétaire – lorsqu’il s’est protégé, lui et les siens, parfois jusqu’à provoquer la mort du cambrioleur, et qu’il se voit reprocher de n’avoir pas respecté le sacro-saint principe jurisprudentiel de proportionnalité.

Comme si, face à une violence intolérable et maximale, l’innocence avait le loisir de doser sa riposte au trébuchet.

A lire aussi, Didier Desrimais: Charline et le mystère du cordon sanitaire disparu

Comme si, plongé dans l’épouvante, le père ou l’époux pouvait encore disposer d’une maîtrise millimétrée, lui permettant une réaction licite jusque-là mais pas au-delà. Quand le dérèglement délictuel ou criminel domine, ils seraient donc les seuls à être coupables d’un manque de mesure contre la fureur et la violence ?

Il est hors de question de favoriser la dégradation de la France en un immense Far West ; mais, pour échapper à cette dérive, il convient, d’une part, que l’État soit à la hauteur de sa mission régalienne de protection et, d’autre part, qu’il ne laisse pas certains de ses citoyens mourir – au lieu de survivre – en raison d’un pointillisme juridique dérisoire face au feu de la vie. Il y a, en France, un air de révolte.

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[1] https://www.lefigaro.fr/faits-divers/harmonie-comyn-claire-geronimi-la-mere-d-elias-ces-femmes-qui-brisent-le-silence-des-victimes-et-demandent-des-comptes-a-l-etat-20260122

[2] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/jeunes-et-febriles-les-cambrioleurs-frappent-leurs-victimes-a-coups-de-marteaux-quand-les-sequestrations-a-domicile-virent-a-l-epouvante-20260117

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Ralph Fiennes conquiert l’opéra avec un Onéguine presque parfait

Lyrique: Ralph Fiennes aux manettes d’un Eugène Onéguine épatant, sublimement chanté. A la baguette, Semyon Bychkov magnifie l’impérissable partition de Tchaïkovski.


De longue date fervent mélomane, l’acteur, cinéaste et producteur britannique Ralph Fiennes vient, à 63 ans, d’inscrire son nom de star internationale dans le concert d’une haute tradition : celle qui (de Visconti à Chéreau, de Bergman à Pasolini, de Zeffirelli à Haneke, de Tarkovski à Atom Egoyan, de Werner Herzog à Terry Gilliam) a placé la création lyrique dans la main de quelques ‘’grands’’ du Septième art.

Cet Eugène Onéguine succède à la régie de Dmitri Tcherniakov, millésimée 2008 (jamais reprise à Paris, hélas), comme à celle de Willy Decker, reprise par six fois quant à elle depuis 1995 à l’Opéra Bastille. Reste qu’Alexandre Neef, le patron de l’Opéra de Paris, ne s’est pas trompé en confiant cette nouvelle production à Ralph Fiennes : également féru de théâtre, russophile et russophone, ce dernier a même incarné le rôle-titre à l’écran dans Oneguin, un film réalisé en 1999 par Martha Fiennes, sa propre sœur.

Facture classique

Sous les auspices du Canadien Michael Levine (lequel, rappelons-le, a été pendant de longues années le scénographe attitré – et très inspiré – de son compatriote Robert Carsen), par les plis d’un rideau peint des mêmes motifs agrestes, le plateau du Palais Garnier ouvre le premier acte de l’opéra sur l’évocation sciemment épurée d’un bois de bouleaux, le sol jonché de feuilles mortes. « Scènes lyriques en trois actes et sept tableaux », le fabuleux « Yevgeny Oneygin » de Piotr Illytch Tchaïkovski fut créé à Moscou en 1879. Mais les costumes nous renvoient ici au temps de Pouchkine (1799-1837), le génial poète et dramaturge du roman en vers Eugène Onéguine, mort à 37 ans des suites d’un duel au pistolet contre un rival en amour, faisant ainsi de son chef d’œuvre un texte prémonitoire.

Ralph Fiennes a – par les temps qui courent, une fois n’est pas coutume ! – résisté à instrumenter au service de son égo la mise en scène de ce sublime opéra. Presque modeste, de facture résolument classique, voire académique diront certains, celle-ci replace le drame au cœur de cette somnolence rurale qui succède aux moissons, dans le domaine de la famille Larina. Nous voilà donc immergé dans ce premier XIXème siècle, temps qui voit émerger le romantisme russe. La lumière d’automne sera bientôt prise, à l’acte 2, dans la tonalité de l’hiver, avec cette pluie de légers flocons de neige, qui tombe sur un arrière-plan de campagne dépouillée par la froidure… Pour les changements de tableaux, le rideau coulisse, tout simplement, ménageant des silences qui participent pleinement du rythme alangui propre à cette vie provinciale. La porosité de la campagne imprègne jusqu’à l’imprimé du panneau mobile qui, en fond de scène, délimite la chambre où Tatiana écrira sa missive amoureuse. Et même les parois de la salle de bal du deuxième acte, où les personnages, chœurs inclus, apparaissent vêtus dans un subtil camaïeu de couleurs pastel, sous cet éclairage dont la sobriété évite décidément, d’un bout à l’autre, le tape-à l’œil.  Au troisième acte, percés de cinq grandes portes, les murs lambrissés d’or d’un palais de Saint-Pétersbourg ferment la cage de scène. Cinq ou six ans ont passé : c’est dans cette enceinte que, princesse devenue riche et femme mariée, Tatiana retombe sur cet Onéguine qui l’avait si cruellement repoussée dans sa jeunesse… Dames en robes à crinoline noires, soldats paradant en vestes rouges ornées de rutilants brandebourgs – on danse.  Jusqu’ au pathétique duo d’adieux, qui sépare pour jamais Onéguine de Tatiana.

Presque parfait

C’est le moment de parler du plateau vocal. D’une remarquable homogénéité, il sanctionne la (presque) parfaite réussite du spectacle. Dans le rôle-titre, à distance de la posture de dandy proposée par le livret, le baryton russo-autrichien Boris Pinkhasovich figure un roc, certes techniquement impeccable mais quelque peu rêche et monolithique, quand on voudrait parfois son timbre plus nuancé, davantage marqué d’incertitude et de douceur. Formée à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, la soprano arménienne Ruzan Mantashyan campe une Tatiana de haute tenue, nourri d’un talent de comédienne affuté. Dans cette distribution,  la palme revient sans conteste au personnage de Lenski, victime du duel qui l’oppose à Onéguine : ténor ukrainien qu’on découvre à cette occasion sur la scène parisienne, Bogdan Volkov, 36 ans mais les traits emprunts d’une fraîcheur toute juvénile, déploie une telle virtuosité dans le phrasé, une telle onctuosité dans l’incarnation du fiévreux romantique épris d’Olga, bientôt sacrifié à la macabre rancœur d’Onéguine, qu’à raison le public, au tomber du rideau, lui réservera les plus légitimes ovations. Olga, justement, trouve une belle incarnation dans la mezzo maltaise Marvic Monreal, tandis que, doué d’une voix d’airain au somptueux vibrato, excelle la basse Alexander Tsymbalyuk dans le petit rôle (essentiel) du Prince Grémine, devenu, à l’acte final, le sage époux de Tatiana.

Vient surtout parachever la réussite sans esbrouffe de ce spectacle, la présence au pupitre de l’immense chef natif de Saint-Pétersbourg Semyon Bychkov, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Paris, et du chœur maison – l’un comme l’autre au meilleur de leur forme (A partir du 18 février, il sera relayé par Case Scaglione). Quelle subtilité, quel naturel dans le rendu, dans la fluidité de cette partition unique ! C’est de bon augure puisque, comme l’on sait, le maestro présidera très bientôt, comme directeur musical, aux destinées de la prestigieuse maison nationale.         


Eugène Onéguine. Opéra de Piotr Illitch Tchaïkovski. Mise en scène : Ralph Fiennes. Direction : Semyon Bychkov/Case Scaglione. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Avec Susan Graham, Ruzan Mantashyan, Marvic Monreal, Elena Zaremba, Boris Pinkhasovich, Bogdan Volkov, Dmitry Belosselskiy, Peter Bronder, Amin Ahangaran, Mikhail Silantev.

Durée: 3h15

Palais Garnier, les 6, 9, 12, 18, 21, 24, 27 février à 19h30, les 1 et 15 février à 14h30.

Eugène Onéguine sera retransmis en direct le lundi 9 février 2026 à 19h30 sur France.tv. L’opéra sera diffusé ultérieurement sur une chaîne de France télévisions et sur POP – Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris.

Eugène Onéguine sera enregistré par France Musique pour diffusion le 7 mars 2026 à 20h dans l’émission “Samedi à l’Opéra” présentée par Judith Chaine, puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’application Radio France.

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January 28, 2026

Avec ou sans glace, Mister President?

L’affaire de la « glace groenlandaise », si maladroitement convoitée par Donald Trump, est aussi un cinglant désaveu pour la doctrine verte européenne.


Il n’y a pas de chef d’État plus climatosceptique que Donald Trump. Chaque décision, chaque déclaration de sa part au sujet du réchauffement climatique se transforme en véritable sketch sur l’écologie. Déjà lors de son premier mandat, il n’avait pas tardé à annoncer la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Son divorce politique avec Elon Musk est lié aussi, selon le propre aveu du président républicain, à quelques décisions défavorables aux voitures électriques, que le patron de Tesla n’a pas digérées. Et que dire des moqueries permanentes de Trump sur les éoliennes européennes. « Il y a des éoliennes partout en Europe. Il y a des éoliennes partout et ce sont des échecs », a-t-il remarqué il y a quelques jours lors du Forum économique de Davos.

Mais voilà le paradoxe : la main ferme que le président-milliardaire souhaite mettre sur le Groenland, ce « bout de glace », comme il l’a défini, toujours à Davos, pourrait devenir, climatologiquement parlant, une action géopolitique plus visionnaire que l’ensemble des mesures produites sur le même sujet par l’Union européenne depuis ces 20 dernières années.

Alors que le 47e président américain n’arrête pas de marteler que la raison officielle pour laquelle les États-Unis jettent leur dévolu sur la plus grande île du monde est la menace russe et chinoise en Arctique, en réalité, l’enjeu est bien plus large : le Groenland est au cœur des nouveaux équilibres géoéconomiques mondiaux, là où se croisent routes maritimes, minerais critiques, énergie et données numériques.

Après le pétrole, l’Eldorado des glaces

Le réchauffement climatique, qui a déjà fait fondre des milliers de kilomètres de la banquise arctique ces 40 dernières années, ouvre au pôle Nord une nouvelle route maritime entre l’Extrême-Orient et l’Europe, plus courte que les voies de navigation traditionnelles et offrant ainsi des avantages considérables au commerce international. Pour relier, par exemple, Yokohama et Rotterdam, un bateau doit parcourir 14 448 milles marins en passant par le cap de Bonne-Espérance et seulement 7 010 milles marins en prenant la route maritime du Nord… Bien que cette option ne puisse fonctionner qu’en période chaude de l’année, les brise-glaces permettent, comme le démontre la Russie, de prolonger cette durée de plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

L’actuel locataire de la Maison-Blanche ne peut et ne veut accepter non plus le fait qu’aujourd’hui la Chine extrait plus de 60 % des minerais dans le monde et raffine 90 % des terres rares. Cette domination sans partage rend les États-Unis très dépendants de leur rival chinois pour l’approvisionnement d’un grand nombre de secteurs stratégiques comme l’armement, le numérique, l’énergie et, bien sûr, l’industrie automobile.

La terre, ou plutôt la glace groenlandaise, est riche en matières premières telles que le fer, le nickel, l’or et le platine. L’île figure également parmi les plus grandes réserves d’uranium au monde. Même si ce trésor est difficile d’accès et nécessite des investissements considérables pour permettre son exploration, nul doute que l’ex-magnat de l’immobilier saura attirer les capitaux nécessaires pour permettre à son pays de tirer tous les bénéfices de ce nouvel Eldorado.

La chaîne CNBC a révélé, en marge des discussions à Davos, que depuis un an déjà, Drew Horn, ancien membre de l’administration Trump lors de son premier mandat, travaille, avec sa société GreenMet, sur la construction d’un data center géant au Groenland[1].

Le déploiement par les Big Tech des centres de données aux quatre coins de la planète ne cesse de croître, et la révolution annoncée de l’intelligence artificielle va encore augmenter leur nombre ainsi que la puissance électrique nécessaire pour suivre la cadence infernale des futurs robots. La surchauffe que les centres de données provoquent autour d’eux commence à sérieusement inquiéter les défenseurs de l’environnement. Concentrer ces nouveaux entrepôts géants de données numériques dans des zones proposant un refroidissement naturel, sans pomper l’eau des rivières et sans consommer des mégawatts d’énergie, est un atout considérable.

En Europe, la terre est redevenue plate

Hélas, depuis que le combat pour le climat est devenu dans notre société un synonyme de vertu universelle, le mot Groenland n’est pas souvent sorti dans les discours des Verts européens. Le nom de l’île fut davantage lié au scandale de la stérilisation non consentie des femmes inuites par les autorités danoises dans les années 1960 et 1970.

Les pays d’Europe ont préféré rêver sans compter. D’abord, quand plusieurs d’entre eux (Allemagne, Italie, Belgique ou Suède) ont annoncé la sortie du nucléaire avant, des années plus tard, de faire marche arrière, ou encore en suivant la consigne de Bruxelles sur la fin des voitures à moteur thermique en 2035, finalement repoussée. Les dégâts causés au passage aux filières automobiles et énergétiques nationales sont pour le compte de ceux qui ont cru au Père Noël, bien évidemment…

Le « choc du Groenland » provoqué par Donald Trump, qui a secoué les élites du pouvoir européen, sidérées mais impuissantes face au pragmatisme froid de leur allié le plus cher, est un verdict sans appel pour la doctrine écologique idéologisée, dogmatique et néfaste que les apparatchiks de Bruxelles ont imposée à 450 millions d’habitants du Vieux Continent. Une idéologie qui, depuis plusieurs décennies, ne tolérait aucune nuance au sujet du climat et des meilleures stratégies à adopter face à son évolution, et qui n’a cessé d’imposer normes et contraintes aberrantes, portant des coups mortels à de nombreux domaines industriels et agricoles.

La démarche de Donald Trump pour s’emparer du Groenland, ce bout de glace qu’il souhaite mettre dans le cocktail national sans tenir compte des règles du droit international, ne se résume pas seulement à sa forme brutale. C’est avant tout un rappel de la longue histoire de soumission heureuse que les pays européens avaient affichée face aux dirigeants américains qu’ils trouvaient si convenables et sympathiques.

« L’OTAN est la plus grande alliance militaire qui ait jamais existé », avaient flatté les leaders européens auprès du prédécesseur de Trump — Joe Biden — dans un communiqué publié en 2024 à l’occasion du 75e anniversaire de l’Alliance nord-atlantique. Un seul mandat du président démocrate aura suffi pour brancher l’Europe au gaz liquéfié américain, cher, polluant et, hélas, désastreux pour la compétitivité des économies de notre continent. C’est l’OTAN aussi qui va se pencher sur la question groenlandaise, comme une alternative à l’opération de rachat voulue par l’insatiable président Trump. Non, il ne prendra pas le Groenland par la force. Mais pour arriver à ses fins, le commandant en chef de la plus puissante armée du monde va utiliser l’OTAN, pourtant bien démodée à son goût face aux enjeux du XXIe siècle, mais si rassurante pour ses amis, les dirigeants européens. Lors de la visite de Mette Frederiksen à Paris le 28 janvier, le président Macron a ainsi soutenu « un engagement accru de l’OTAN dans l’Arctique », auquel Paris est « prêt à se joindre ». Le Premier ministre belge, Bart De Wever, qui, lui aussi, a eu sa tribune à Davos, a sorti la formule la plus juste, probablement, pour décrire les rapports actuels de l’UE avec les États-Unis : « Être un vassal heureux est une chose. Être un misérable esclave en est une autre. » Le Groenland n’est peut-être qu’un bout de glace. Mais il est surtout un miroir. Et ce qu’il renvoie à l’Europe n’est pas flatteur.


[1] https://www.cnbc.com/2026/01/23/greenland-data-center-trump-greenmet.html

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Les confessions de Madame Claude…

Peut-on faire confiance à une pute ?


Vous le savez probablement, car je ne m’en cache pas : j’ai très souvent recours aux services d’une I.A. pour mener mes recherches. J’utilise Claude de Anthropic.

Je l’ai facétieusement baptisée « Madame Claude », comme l’illustre proxénète de luxe qui a régné sur Paris dans les années 1970.

Fernande Joséphine Grudet, car tel était son nom, avait monté un réseau de prostitution de luxe avec une clientèle prestigieuse.

John F. Kennedy, les rois Farouk et Hussein, Giovanni Agnellei, Moshe Dayan ou Marlon Brando auraient eu recours à ses services aux côtés d’une kyrielle d’autres célébrités, hommes politiques et de hauts-fonctionnaires. Ceci lui a valu pendant longtemps une impunité totale car elle rapportait fidèlement aux SDEC les informations qu’elle avait pu recueillir dans cette forme revisitée du confessionnal…

Bref, Madame Claude était redoutablement bien informée, comme son actuelle descendante dont je loue les services.

Enfin, entendez « louer » au sens de « payer » et non de « vanter ». Car la langue française, aussi subtile soit-elle, réserve parfois des imprécisions fâcheuses.

Laissez-moi donc vous conter comment j’ai réussi à faire avouer à Madame Claude comment elle me roulait dans la farine.

A lire aussi: Travail: le sentiment surnuméraire

J’avais travaillé à un document sur la concentration des acteurs dans le secteur des prestations funéraires.

J’ai obtenu un document absolument accablant et j’ai cherché à vérifier les détails des accusations.

Et là, patatras j’ai découvert des erreurs flagrantes avec notamment une surestimation énorme des parts de marché d’un oligopole et même l’intervention d’un acteur majeur dans le domaine… qui n’existait pas. Il avait été purement inventé par Madame Claude décidément assez proche de son illustre ancêtre jugée « prétentieuse et complètement mythomane. »[1]

Laissez- moi juste vous reproduire une partie de nos échanges, et jugez par vous-même…

Madame Claude ayant reconnu m’avoir trompé, je lui ai envoyé ce commentaire suivant :

Vous savez désormais à quoi vous en tenir : la fiabilité de Madame Claude est à peu près celle de son illustre ancêtre.

Mais quoi d’étonnant ? Peut-on faire confiance à une pute ?…


[1] La vraie histoire de Madame Claude : loin du joli conte licencieux, une pourvoyeuse du sexe impitoyable », Le Monde.fr,‎ 3 octobre 2020

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Minnesota: l'évêque de Saint Cloud déplore la violence de la police de l'immigration

Dans le diocèse suffragant de l'archidiocèse de Saint Paul et Minneapolis, Mgr Patrick Neary exprime son inquiétude face aux récentes opérations menées par l'ICE contre les migrants accusés d'avoir enfreint la loi. «Comme à Minneapolis, l'ICE utilise ici aussi des méthodes jugées violentes. Beaucoup ont peur de sortir de chez eux et ne vont plus travailler» explique-t-il aux médias du Vatican.

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Les consacrés, semences de paix là où la dignité est blessée

Le dicastère pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique a publié une lettre intitulée «Prophétie de la présence: la Vie consacrée, là où la dignité est blessée et la foi mise à l'épreuve». La lettre a été rendue publique ce mercredi 28 janvier, à quelques jours de la XXXe Journée mondiale de la Vie Consacrée, qui sera célébrée le lundi 2 février et culminera avec la messe présidée par Léon XIV dans la basilique Saint-Pierre.

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13e assemblée de l’ACERAC à N’Djaména: L'Église au chevet d'une Afrique centrale en quête de paix

Ouverte le 26 janvier à N’Djaména, au Tchad, la 13ème Assemblée plénière de l’Association des Conférences épiscopales de la Région de l’Afrique Centrale (ACERAC) portant sur le thème: «Les défis de l’Église, Famille de Dieu en Afrique centrale: 30 ans après Ecclesia in Africa» réunit du 26 janvier au 01 février les leaders de l’Église pour dresser le bilan de trente ans de l’exhortation du Pape saint Jean Paul II, sous le signe de la réconciliation et de la justice.

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Rancune algérienne

Les députés algériens ont voté le 24 décembre 2025 un projet de loi visant à criminaliser la colonisation française en Algérie (1830-1962). Il qualifie la colonisation de « crime d’État » et demande à la France des excuses officielles renouvelées et des réparations, et prévoit des sanctions contre la glorification ou la justification de la colonisation. Pour ce pays, parler d’hier permet surtout d’éviter de parler d’aujourd’hui.


Je suis né dans l’Algérie d’Albert Camus. C’est un fait biographique, pas un argument. Une lumière trop forte, une mer obstinée, une langue mêlée à d’autres langues. Un pays que ma famille a quitté dans la terreur des égorgements, des bombes et des fusillades. Les juifs y vivaient depuis des siècles. Ils n’avaient pas débarqué avec les colons européens. Ils ont disparu. Non pas dissous par le temps ni exilés par hasard, mais effacés. Sortis du récit officiel comme on efface une gêne. Cette disparition-là, curieusement, n’ouvre droit à aucune réparation.

L’Algérie ne sait faire que ressasser son histoire

Le 24 décembre dernier, l’Assemblée nationale algérienne a voté un projet de loi criminalisant la colonisation française et réclamant des réparations matérielles et morales lourdes. Dans l’Algérie du FLN, on appelle cela un acte de justice. J’y vois surtout un réflexe ressassé d’auto-justification : gouverner par l’accusation quand on ne sait pas, ou plus, gouverner le présent.

Rien de nouveau, en effet, sinon la surenchère. Après la mémoire blessée, la mémoire pénale. Après le récit, la facture. La colonisation devient ainsi un crime total, compact, transmissible par hérédité. Un bloc commode, sans contexte, sans contradictions, sans histoire. La nuance ennuie, la complexité épuise, la recherche dérange, alors que le tribunal, lui, rassure.

A lire aussi, Charles Rojzman: Antisémitisme: quand la loi révèle le déplacement de la haine

Dans cette loi en gestation, l’idée de réparation – qui aurait finalement été abandonnée – était la plus ingénieuse. Elle permettait de parler d’hier pour éviter de parler d’aujourd’hui, du chômage massif, de la jeunesse qui fuit par dizaines de milliers, de l’économie sous perfusion, des libertés surveillées. Le passé, comme toujours, sert de rideau opaque derrière lequel le présent continue de se dérober.

Dans ce théâtre politique, la France n’est plus un pays, c’est une fonction, un accusé permanent, recyclable à l’envi. Une rente mémorielle plus stable que le dinar. Grâce à elle, le pouvoir revanchard d’Alger s’offre une grandeur historique à peu de frais et s’épargne l’examen le plus redouté, l’autocritique.

No future

Cette loi ne répare pas, elle fixe le récit et distribue les rôles sans rien apporter au peuple, claquemuré, sans le vouloir, dans son état de victime. Celui qui fait la part des choses est suspect, celui qui contextualise est disqualifié, celui qui parle d’avenir est prié de commencer par se repentir pour les autres.

Je garde de ce pays quitté dans la petite enfance quelques souvenirs confus. Je le regarde aujourd’hui avec la lucidité de ceux qui savent que l’histoire n’absout rien, et que le courage commence quand on refuse de mentir.

L’Algérie n’est pas coupable d’avoir été colonisée, mais peut-être d’avoir fait de cette épreuve une vocation politique infinie. À force d’accuser les morts pour exonérer les vivants, on ne fonde pas une nation, on pousse toujours la même pierre. Et l’on s’étonne ensuite que l’avenir préfère l’exil ?

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Mgr Kimengich nommé archevêque coadjuteur de Mombasa au Kenya

Ce mercredi 28 janvier, le Saint-Père a nommé Mgr Dominic Kimengich archevêque coadjuteur de Mombasa au Kenya. Il était jusqu'à présent évêque d'Eldoret, diocèse situé au centre-ouest du pays.

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Comment purifier sa maison avec l’eau bénite ou l’encens ?
Purifiez votre maison avec l’eau bénite ou l’encens selon la tradition chrétienne. Découvrez un rituel simple et puissant pour bénir votre foyer et y inviter la paix de Dieu.
Le Pape nomme un nouveau nonce apostolique en République du Congo

Ce mercredi 28 janvier, le Saint-Père a nommé Mgr Relwendé Kisito Ouédraogo à la nonciature apostolique en République du Congo. D’origine burkinabè et âgé de 54 ans, le nouveau nommé était jusqu'à présent officiel de la Section pour les Affaires générales de la Secrétairerie d'État. De part cette nomination, Mgr Ouédraogo est élevé au siège titulaire d'Ilta, avec la dignité d'archevêque.

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Le Pape prie pour le Mozambique, frappé par des inondatations meurtrières

Lors de l'audience générale, le Pape Léon XIV a évoqué le «peuple bien-aimé du Mozambique», frappé par des inondations dévastatrices, élevant sa prière pour les victimes. Le Saint-Père a assuré les familles, les personnes déplacées et les secouristes de sa proximité.

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Léon XIV: Que l'horreur du génocide ne s'abatte plus jamais sur aucun peuple

À l'issue de l'audience générale, le Pape Léon XIV a rappelé la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, célébrée le 27 janvier, et invoqué «le don d'un monde sans antisémitisme», libre de préjugés, d'oppression et de persécution, fondé sur «le respect mutuel et le bien commun».

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Papouasie-Nouvelle-Guinée: les Sœurs franciscaines partagent leur «cœur pastoral»

En collaboration avec la fondation Hilton, Vatican News publie une série d'articles sur l'action des religieuses dans le monde, des contributions offertes par des sœurs. Dans cet épisode, nous nous intéressons aux Sœurs Franciscaines de Marie (SFM) qui offrent une présence discrète et indéfectible, qui fait une profonde différence dans la vie pastorale de l’Église locale.

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Ordination dans l'église Lusitane, notre église-soeur au Portugal
Lors d’un séjour au Portugal, Micheline Maca, prêtre de la MIVICA Belgique, a été invitée par Monseigneur Jorge Pina Cabral, Evêque de l’Eglise Lusitanienne (‘Communion Anglicane) à assister à l’ordination au diaconat d’une jeune femme, membre de la communauté. L’accue
La culture mais en mieux

Emmanuel Macron frappe le monde de la culture du sceau de son immodestie. Du Louvre à Notre-Dame en passant par la tapisserie de Bayeux et la Cité de la langue française, il entend laisser sa trace. Quitte à passer outre les avis des experts et à rester sourd aux cris d’alarme des défenseurs du patrimoine.


« Nous rebâtirons Notre-Dame plus belle encore », annonçait Emmanuel Macron au lendemain de son incendie. Ce superlatif inapproprié trahissait l’ambition démesurée d’un homme s’estimant capable de rivaliser avec les bâtisseurs de cathédrales ; et un malheur n’arrivant jamais seul, il fit planer, un temps, le risque d’un « geste architectural ». Le président annonçait dans cette même allocution que les travaux se mèneraient en cinq ans. Promesse tenue. Notre-Dame n’est pas devenue « plus belle encore », mais a retrouvé sa beauté immémoriale. Ce qui semble avoir un brin chafouiné le chef de l’État. Et le plus beau alors, le plus grand, il est où ? L’Élysée a donc sorti sa botte secrète : imposer des vitraux contemporains « pour laisser une trace de notre époque » – uniquement de l’époque ? Et l’artiste Claire Tabouret a été choisie pour créer six vitraux. Pourquoi pas, entre l’Église et l’art contemporain c’est une longue histoire, pas toujours heureuse, mais il n’y a pas eu que des ratés. Le scandale est que ces vitraux sont amenés à « remplacer » des vitraux de Viollet-le-Duc qui ont miraculeusement échappé aux flammes. Ils répondent harmonieusement aux fresques de leur chapelle et sont classés monument historique comme l’ensemble de la cathédrale. On les pensait protégés. Mais passant outre les avis négatifs de tous les experts, de toutes les commissions, et piétinant au passage la charte de Venise – ratifiée par la France en 1964, mais c’est un détail –, Emmanuel Macron espère voir leur dépose d’ici la fin de l’année pour fixer les vitres de Mme Tabouret. Et cela a un coût. Quatre millions d’euros. Habitués que nous sommes désormais à jongler avec les milliards, la dépense paraît dérisoire. Elle est en fait aberrante. L’établissement public chargé de piloter la reconstruction de l’édifice dispose encore de 140 millions d’euros sur les quelque 800 offerts par des donateurs du monde entier. Le chantier de restauration va donc se poursuivre, mais on apprenait en fin d’année qu’il manquait 140 millions supplémentaires pour vraiment achever le travail. Un appel au porte-monnaie des bonnes âmes a de nouveau été lancé, l’État ne souhaitant pas mettre la main à la poche alors qu’il est le propriétaire de Notre-Dame. Ainsi s’apprête-t-il à financer le caprice du chef sur le budget de la Culture et, en même temps, à négliger un trésor national.

Fric Frac au Louvre

L’immodestie est un gage de sincérité. Le musée du Louvre peut tristement en témoigner. Quelques mois avant le fric-frac du 19 octobre 2025 qui a révélé au grand public l’incurie de sa direction depuis des années, l’institution a reçu la visite d’Emmanuel Macron. Mettant de côté les dégâts des eaux récurrents et l’absence de caméras de vidéosurveillance, le président, qui n’est ni plombier ni installateur Verisure, a annoncé la « Nouvelle Renaissance du Louvre » (prière de respecter les majuscules). François Ier tremble pour sa postérité. Le projet ? La création d’une seconde entrée pour les visiteurs dans la colonnade de Perrault et l’ouverture, sous la Cour carrée, d’une salle réservée à La Joconde. Placer Mona Lisa à l’isolement est une nécessité réclamée par tous les amateurs qui ne peuvent plus déambuler dans un musée saturé par le tourisme de masse. Mais c’était sans compter avec la touche de l’artiste.

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Outre le fait qu’il aurait été plus judicieux de créer plusieurs petites entrées, non une seule et forcément grande, le projet élyséen repose sur un concours international d’architectes. Pourquoi un concours international ? Aucun architecte français ne serait susceptible d’aménager une entrée dans un monument historique et de creuser une nouvelle salle d’exposition ? Selon Emmanuel Macron, le chantier de cette splendeur coûterait environ cinq cents millions d’euros. Sous-estimation classique. On table aujourd’hui, et c’est une fourchette basse, sur plus de 1,1 milliard ! À vot’ bon cœur. La Cour des comptes a elle-même pointé cette dépense folle pour un musée qui a d’autres urgences et priorités à financer.

Flop à Villers-Cotterêts

En mars 2024, la Cour des comptes avait déjà dénoncé la mégalomanie présidentielle face à la dérive de la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts. La remise en état du château – qui était une ruine – a d’abord été évaluée à 110 millions d’euros. Elle a finalement coûté 234 millions. De quoi restaurer quelques églises et châteaux en péril. Pour cela, il a fallu trouver l’argent là où il se trouve : 100 millions ont notamment été pris sur le plan de relance, 19 millions sur les crédits alloués à la presse et 5 millions ont été chipés au Centre national de la musique. C’est que le président voulait son grand musée. Lui qui parle anglais publiquement à la moindre occasion, a applaudi Aya Nakamura devant l’Institut de France en flammes (cérémonie d’ouverture des JO), et ne se soucie guère des coupes budgétaires de l’Alliance française et des lycées français à travers le monde, voulait un musée pour notre langue. Pourquoi pas. On pourrait aussi privilégier son enseignement et la défendre en sanctionnant, par exemple, les universités et municipalités qui rédigent leurs documents officiels en langage inclusif – Emmanuel Macron a critiqué l’usage de cette écriture, mais uniquement critiqué. Le château où fut signée l’ordonnance de 1539 qui affirme que « la langue de la France est le français » abrite une institution qui prône la « réinvention » et l’inclusivité. Aussi n’est-ce pas le musée de la langue française, mais « des langues françaises ». Son directeur Paul Rondin déclarant, lors de l’ouverture des lieux en 2023, qu’il faut « faire vivre la langue dans sa diversité hospitalière car les mots sont migrateurs ». Suivez mon regard.

Une dernière polémique risque de faire encore parler d’elle ces prochains mois. N’écoutant que lui pour applaudir à ses bonnes idées, le président a défendu mordicus le prêt de la tapisserie de Bayeux au British Museum en septembre prochain, durant les travaux du musée normand qui l’abrite. Tous les experts, sans aucune exception, se sont opposés au voyage de cette broderie du xie siècle de 70 mètres de long d’une extrême fragilité. Pour « revivifier » notre relation avec nos amis anglais, l’Élysée est resté sourd à toutes les mises en garde – même le directeur de l’institution londonienne avait refusé le cadeau empoisonné avant de revenir curieusement sur sa position. Et les interventions de plusieurs spécialistes de l’œuvre qui dénonçaient l’irresponsabilité d’un tel transfert ont tout aussi curieusement disparu sur internet[1]. Mais n’en doutons pas, dans sa vitrine outre-Manche, la tapisserie sera « plus belle encore ».


[1] Lire à ce sujet les articles de La Tribune de l’art.

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La gauche liberticide rouvre la chasse aux «fachos»

Les réseaux sociaux seront bientôt interdits aux Français de moins de 15 ans. Mais derrière les bonnes intentions se dessinent de plus sombres desseins, estime Ivan Rioufol


Interdire : l’obsession d’Emmanuel Macron, dès qu’il évoque le numérique. Il est vrai que ce nouveau pouvoir médiatique, massif et indomptable, s’est déjà substitué à la presse connivente. Les journalistes labellisés ont acté leur inutilité démocratique en copiant-collant la pensée officielle. Le débat a trouvé refuge sur l’agora de l’internet. Le récit dominant n’y fait plus autorité. La pensée unique a perdu son monopole. C’est dans ce contexte que, mardi, les députés (dont ceux du RN) sont venus appuyer l’idée fixe du chef de l’Etat de mettre au pas ces lieux trop libres. Ils ont voté (130 pour, 21 contre) pour l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans. « C’est ce que préconisent les scientifiques, c’est ce que demandent massivement les Français », a tweeté le chef de l’Etat. L’argument scientiste, brandi quand il s’agit de justifier des censures ou des contraintes, est utilisé pour évacuer les alternatives de bon sens. Quant à la demande massive des Français, elle reste une supposition commode. Certes, la dépendance des jeunes face à TikTok, Snapchat, Instagram, Twitter, etc. pose parfois de graves problèmes d’addiction. Cependant, ce n’est pas à l’Etat intrusif de se substituer à l’autorité parentale pour réguler l’usage de ces réseaux ouverts aux lanceurs d’alerte. Des filtres parentaux pourraient être envisagés. La suppression de l’anonymat est une piste qui n’a pas non plus été retenue. Ce recours à l’interdiction – une première en Europe – est dans la continuité de la politique de Macron qui veut contrôler la libre expression par tous les moyens, y compris l’identification numérique et le suivi personnalisé que nécessitera ce projet liberticide. Le parlement ne peut accepter cette chinoiserie étatique, sauf à faire le jeu d’une macrocrature.

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Observez : le temps des listes noires et des rappels à l’ordre est déjà de retour. D’Edwy Plenel à Laurent Joffrin, le manichéisme des délateurs rempile. Jamais l’accusation en « fascisme » ne s’est mieux portée que ces derniers jours. Il en sera ainsi jusqu’à la présidentielle. La gauche voit des « fachos » partout à sa droite, à commencer par Donald Trump quand il demande aux dirigeants européens de ne pas avoir peur de l’expression des peuples. C’est dans les rangs des « progressistes » en perdition que l’esprit totalitaire reprend corps, à mesure que s’affirme le réveil du peuple oublié et son besoin de réactiver la démocratie confisquée. Les redresseurs de torts s’indignent, à juste titre, de la brutalité de la police fédérale américaine qui tué deux pro-migrants en trois semaines à Minneapolis. Cependant, ces mêmes belles âmes se taisent face au massacre des Iraniens (35.000 morts, dit-on) par l’islamo-fascisme des mollahs. Plutôt que de s’excuser des désastres commis au nom de ses utopies, la gauche dogmatique replonge dans la diabolisation et le dénégationnisme. Pour elle, « la cécité est obligatoire » (Alain Finkielkraut1). En 2020, sur France Inter, le sociologue Geoffroy de Lagasnerie, déclarait : « J’assume totalement qu’il faille reproduire un certain nombre de censures dans l’espace public, pour établir un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes ».  Ce type de réflexion stalinienne est ancré chez ceux qui se disent dépositaires de la vérité et de la morale. « Faire taire » est leur mot d’ordre. Ils sont les néo-fascistes.

  1. Le coeur lourd, Gallimard ↩

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Audience générale: «Écriture et Tradition sont étroitement liées»

Poursuivant son cycle de catéchèse sur la Constitution dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II, sur la Révélation divine, le Pape Léon XIV a porté une réflexion ce mercredi 28 janvier, sur le lien entre «Écriture et Tradition qui constituent un seul dépôt sacré». «La Parole de Dieu ne doit pas être fossilisée», car elle est une réalité vivante et organique qui se développe et croit au sein de la Tradition de l'Église.

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Léon XIV: élever la voix pour la paix et rechercher le dialogue

À Castel Gandolfo, le Pape a fait une brève déclaration aux journalistes devant la Villa Barberini et, commentant la situation au Moyen-Orient, a exhorté à prier pour la paix. Rappelant la Journée de commémoration de la Shoah du 27 janvier, il a invité à lutter contre toutes les formes d’antisémitisme.

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La mort est-elle une prestation sociale?

Les sénateurs voteront solennellement à partir de 16h30 les propositions de lois relatives au droit à l’aide à mourir et aux soins palliatifs.


Le Sénat se prononcera aujourd’hui sur la loi sur la fin de vie. Curieux télescopage. Alors que la chute de la natalité inquiète tous les gens raisonnables, pour Emmanuel Macron et les progressistes en quête de cause, il y a une autre priorité: légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté.

Heureusement, prioritaire ne signifie pas rapide : on y est depuis quatre ans. Coup de théâtre mercredi dernier, le Sénat a rejeté l’article 4 créant une « assistance médicale à mourir Â» pour les patients au pronostic vital engagé à court terme. Le texte entier sera sans doute rejeté aujourd’hui. Mais à l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet entend bien surmonter ces résistances d’un autre âge. « C’est une attente très forte de nos compatriotes, un nouveau droit qui doit s’ouvrir » affirme-t-elle.  Sauf que ce droit d’être aidé pour mourir entraîne un devoir de tuer pour les soignants-ces-héros. Massivement révoltés, ils alertent sur les dangers et les dérives de l’euthanasie dans la presse.Mais l’euthanasie est à la mode – c’est raccord avec le fantasme d’un individu-dieu libéré de tout déterminisme. Je choisis mon sexe, je choisis les gênes de mes enfants sur catalogue, je choisis ma mort.

Mais puisqu’une majorité de Français le veut…

On ne change pas les lois de l’anthropologie à cause des sondages.

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Il ne s’agit pas ici de gagner des followers mais de transgresser un interdit universel. Que des médecins, des amis ou des parents aident leur proche incapable de mettre fin à ses jours, très bien, ce sont des choix individuels, des tragédies intimes que chacun dénoue comme il peut. Mais on parle là d’étatisation de la mort qui devient une prestation sociale. Et que fait l’Etat ? Il apprécie le ratio coût/avantage, il fixe des critères. Cela conduit à l’évaluation technocratique de la vie humaine. Qui définira une vie digne d’être vécue ? sur quels critères ? Enfin, le « suicide assisté Â» c’est un oxymore. Le suicide est un acte souverain et libre, qui ne peut pas être livré à l’assistanat.

Si on se fiche de l’anthropologie, soyons au moins pragmatiques. Quand on accompagne et soulage les malades et mourants, ils ne demandent pas à mourir. Dans tous les pays ayant légalisé l’euthanasie, les précautions et restrictions finissent par tomber. On finit par tuer des adolescents déprimés et des vieux qui se sentent coupables de vivre. On envisage d’abréger les souffrances de certains handicapés mentaux. Si on résume l’existence humaine en tableau Excel, il est rationnel de demander à chacun de sacrifier ses six derniers mois de vie si coûteux pour les comptes publics… C’est ainsi que le droit de mourir peut devenir insensiblement un devoir de mourir.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

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Requiem pour l’économie française

Selon le journaliste et essayiste Éric Revel, le bilan économique du « Mozart de la Finance » est une suite de fiascos et de renoncements.


Causeur. Les (rares) défenseurs d’Emmanuel Macron soulignent qu’il a abrogé l’ISF, instauré la « flat tax », attiré des investisseurs étrangers, relancé le nucléaire et initié le plan de réindustrialisation « France 2030 », doté de 54 milliards d’euros sur cinq ans. Ce n’est pas rien !

Éric Revel. Emmanuel Macron a fait tout et son contraire ! Avec le nouveau budget, une forme d’impôt sur la fortune risque de voir le jour. La relance du nucléaire vient après la décision, au début du premier quinquennat, de fermer une dizaine de réacteurs au profit de l’énergie renouvelable. Et je pourrais multiplier les exemples d’erreurs engendrées par ses zigzags politiques. Il avait promis un chômage structurel de 5 % à la fin de ses mandats, le chômage est reparti à la hausse et dépasse aujourd’hui 7 % de la population active. La réindustrialisation est un leurre. La contribution de l’industrie à notre PIB national est inférieure en proportion à celle de la Grèce ! Sans parler de l’endettement du pays : un milliard par jour ouvré depuis le début de son premier quinquennat, comme le dit François Fillon. Un désastre !

Le président est-il encore populaire parmi les grands patrons ?

Macron a été choyé, poussé, encensé par le patronat qui voyait en lui le père de la « start-up nation ». Macron avait juré de réformer la dépense publique et de réaliser 60 milliards d’économies budgétaires par an. Les grands capitaines d’industrie l’ont soutenu à travers leurs médias et il les a plantés : le pays a créé près de 200 000 postes de fonctionnaires. L’économie française est au bord de la récession. Les patrons français ne cachent plus leur agacement en privé. Ils essaient d’y voir clair pour 2027. Sans enthousiasme.

Emmanuel Macron est-il responsable de la totémisation de la réduction du temps de travail en France ? Ne devrait-on pas plutôt désespérer de nos compatriotes ?

Les 35 heures sont une invention socialiste, comme la retraite à 60 ans. Nos dépenses sociales sont hors de contrôle et le mur de la dette se rapproche : sans efforts, le pire est devant nous. Macron a tenté d’acheter ce qu’il reste de paix sociale en signant à tour de bras des chèques dont les Français, c’est vrai, sont si friands. L’argent magique n’existe pas. Les Français doivent se réveiller : notre modèle social est infinançable !

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Malgré un double quinquennat marqué par la dérive budgétaire, le déclin démographique, le creusement des déficits commerciaux et les fermetures d’usines, l’État continue de se financer sans problèmes sur les marchés financiers. Comment cela s’explique-t-il ?

Sans problème, dites-vous ? Les taux d’intérêt auxquels Bercy emprunte sont de plus en plus élevés. Notre situation est masquée par les difficultés économiques allemandes qui permettent à l’écart de taux d’emprunt entre les deux pays de ne pas trop s’aggraver. Mais dans deux ou trois ans le service de notre dette atteindra 100 milliards d’euros ! Bien plus que le budget de l’Éducation nationale. C’est un autre fiasco financier du « Mozart de la finance ».

Le successeur d’Emmanuel Macron ne sera-t-il pas obligé de se conformer aux attentes de Bruxelles ?

Les candidats qui se bousculent sur la ligne de départ ne semblent pas avoir conscience des difficultés qui attendent le « malheureux » élu. Il faudra renégocier notre contribution à Bruxelles et réorienter cette Europe vers plus de souveraineté nationale et moins de fédéralisme. L’Europe est un marché, mais ce n’est pas une puissance. Si elle ne se ressaisit pas, elle sera effacée de l’Histoire.


Éric Revel, C’est Mozart qu’on assassine, Ellipses, 2025. 232 pages

C’est Mozart qu’on assassine !: Les fiascos de la décennie Macron

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Lettre ouverte à la Cité Audacieuse

Des séances de cinéma gay prévues le mardi 13 janvier et le mardi 27 janvier ont été annulées. A la Cité Audacieuse, il semble qu’on veut mettre des batons dans les roues à quiconque aurait par ailleurs un avis divergent sur la théorie du genre…


Chère Anne-Cécile Mailfert,

Des militants gays et lesbiennes avaient obtenu la possibilité d’organiser un ciné-club convivial, avec des films gays et lesbiens à la Cité audacieuse, un lieu parisien financé par le public pour le public.

Le premier film surprise prévu était « The Incredible Adventures of Two Girls in Love » (ou « L’incroyable aventure de deux filles amoureuses »), un film grand public des années 90, qui ne coûtait pas grand-chose en termes de droits d’auteur. L’objectif du ciné-club est de projeter des films grand public gays et lesbiens, souvent hollywoodiens (qui coûtent moins cher que des films d’auteurs en termes de copyright, etc.) et de faire financer ces projections par des cagnottes ou des dons.

Au dernier moment, une des responsables de cet endroit a décidé de sa propre initiative, d’annuler l’événement parce que l’un des militants gays était connu comme étant critique de la transition de genre des mineurs et allié gay des féministes critiques du genre. Ce militant ne cache pas ses opinions, y compris sur ses réseaux sociaux.

Mais l’événement ne parlait pas de cela. Ce n’était pas le sujet du ciné-club : le sujet était de voir des films funs, conviviaux, sur le désir homosexuel, sur des gens de même sexe qui s’aiment.

Nous n’avons même pas été autorisés à accueillir des gens qui viendraient sans savoir que l’événement était annulé et certaines personnes sont venues et ont trouvé porte close.

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Ceci révèle comment les féministes, les gays, et les lesbiennes, sont sommés d’embrasser tout ce qui est « identité de genre », ce qui renvoie certains d’entre nous à une sorte de rééducation homophobe, voire une thérapie de conversion, sous peine de mort sociale.

Nous, gays et lesbiennes, ne sommes plus des citoyens qui ont le droit de partager des espaces où parler de ce que nous vivons. Nous sommes littéralement effacés par l’identité de genre car tout désaccord vaut bannissement des espaces LGBTQIAP+ (dans la vie réelle et virtuelle) et interdiction d’en créer d’autres. C’est encore plus problématique pour les lesbiennes que pour les gays. En effet, la plupart des soirées lesbiennes sont dites “FLINTA”. “FLINTA” est un acronyme signifiant « Femmes, Lesbiennes, Intersexes, Non-binaires, Trans, et Autres ». Or, les personnes intersexes n’ont aucun rapport avec la transidentité et sont juste instrumentalisées.

Quant au T pour « Trans », rappelons qu’il n’y a ni condition, ni démarche médicale, ni condition vestimentaire pour définir ce “T”. La seule condition pour être une “femme trans” est d’être né « assigné homme à la naissance » pour reprendre leur terminologie. Cela est d’autant plus problématique que les féministes adoptant le dogme de l’identité de genre défendaient autrefois les droits de femmes fondés sur le sexe. Ce que nous revendiquons. 

La salariée qui a décidé d’annuler l’événement a bien dit par téléphone qu’elle ne voulait pas se retrouver dans des débats clivants, alors même que nous étions prêts à ne pas évoquer la question dite du « genre ». 

Rappelons que la Cité audacieuse est financée par des dons et des subventions publiques. Imagine-t-on cette attitude sur des sujets comme le combat des Iraniennes ou des Afghanes ? Les donateurs, et surtout donatrices privées, devraient être informés de l’utilisation de leurs dons. Vos donateurs et donatrices s’opposeraient-elles à la projection d’un film qui raconte l’histoire de deux jeunes filles amoureuses ?

Nous pensons que la pluralité des lieux comme la Cité audacieuse devrait être une règle d’or. Si rien n’est fait, nous ne serons pas les derniers, et ces attaques au débat démocratique finiront forcément par être instrumentalisées par des forces obscurantistes.

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January 27, 2026

« Les Hyaines », le bestiaire satirique de Bruno Lafourcade…

L’Occident a vu surgir ces dernières décennies une faune improbable composée d’êtres hybrides issus de croisements incertains résultant d’expériences idéologiques débridées. L’Europe compte sur son sol les spécimens les plus représentatifs de cette mutation.


Plusieurs espèces sont apparues en France, qui vivent principalement dans les aires médiatiques, universitaires ou artistiques. Bruno Lafourcade, écrivain et zoologiste à ses moments perdus, consacre son dernier ouvrage à la classification et à la description de ces nouvelles créatures tout à la fois fragiles et disgracieuses, empotées et envahissantes, arriérées, vaniteuses et désarmantes. Pour les désigner et dépeindre le plus précisément possible leurs mœurs et leurs manières de se reproduire et d’envahir l’espace public, l’auteur a inventé de nouveaux noms caractérisant l’espèce primitive et les sous-espèces auxquelles elles appartiennent. Ainsi, le titre de son remarquable bestiaire, Les Hyaines, comporte-t-il un néologisme mêlant les mots haine et hyène. Un chapitre est par ailleurs consacré aux indigénisses, un autre aux rhinocérats, un autre encore aux rastaqueers, etc. Ces créatures monstrueuses existent. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la télévision publique, d’écouter France Inter, de lire les pages culturelles de Télérama, de compulser les œuvres de Virginie Despentes, d’Annie Ernaux ou de Mona Chollet, de visiter certains hauts lieux de l’art contemporain ou d’avoir vu la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, par exemple. Ces hideux personnages présentant de nombreuses tares prêtant à sourire, Bruno Lafourcade ne pouvait manquer de les relever et, usant de tout son art, d’ajouter son grain de sel et quelques piments littéraires déclenchant régulièrement chez le lecteur des éclats de rire revigorants. Les Hyaines sont par conséquent un ouvrage zoologique mais également thérapeutique, voire même prophylactique, absolument indispensable au moment où débute une année qui n’annonce rien de bon, et en tout cas pas l’extinction rapide de ces engeances post-humaines. 

A ne pas manquer, Bruno Lafourcade: Macron, un homme de circonstance

Difformités

Sans jamais se départir d’une ironie cinglante et salutaire, Lafourcade dépeint méticuleusement ces êtres difformes, fruits de copulations idéologiques consanguines. Entre autres choses, il excelle dans l’art de parodier leur idiolecte, une langue dépourvue de charme et souvent de sens, pauvre en vocabulaire, à la syntaxe délabrée, dérivée du globish, du rap, de l’arabe, de la novlangue woke ou de la prose indigente des stars de l’après littérature. Toutefois, suivant les recommandations de Philippe Muray qui considérait que « ce que l’époque dit d’elle-même à chaque instant est indicible autrement que dans sa langue » et préconisait par conséquent de « la laisser en parler, de lui ouvrir sans cesse des guillemets, dans l’espoir qu’elle voie ce qu’elle dit et qu’elle entende ce qu’elle fait », Lafourcade cite également, sans en changer un mot, les gargouillis et les gribouillages des plus éminents représentants des différentes espèces analysées. L’alternance est redoutable ; il arrive qu’on ne sache plus si l’on a affaire à un pastiche ou non. Au début du chapitre intitulé L’âme bâtée, en revanche, aucun doute n’est possible : « On dirait que le monde se bat pour qu’il n’y ait plus aucun cœur. C’est peut-être ce que j’ai voulu faire en écrivant : sauver une noisette, un sourire, une feuille d’arbre. En fait : sauver le monde. » Rien ne peut surpasser cette inimitable fadaise, cette incomparable niaiserie, cette purge bobinesque qui fait se pâmer d’admiration tout le petit monde de la rue de Valois et ses satellites culculturels. Cette prose énurétique fut pissotée par celui que d’aucuns appelèrent le barde creusotin et derrière lequel on aura reconnu feu le bedeau Christian Bobin. Malicieux, Bruno Lafourcade feint de rendre hommage à cette miction littéraire et à son auteur. Confronté à un supposé cousin imperméable à la pompe bobinienne, il défend bec et ongles « le meilleur d’entre nous », celui qui n’écrivait pas que des « choses jolies » mais disait aussi:« J’aime profondément les gens ». Lafourcade étrille en revanche sans détour « la princesse des huées glissant sur les gouffres amers », l’albatroce Christiane Taubira, alias Mémé Césaire – quelques lignes extraites des parpaings littéraires de cette dernière confirmeront ce que nous savions déjà : plus proche du pélican que de l’aigle, l’albatroce guyanaise ne connaît de cimes que celles du clapotis des marécages médiatiques et des bourbiers politiques. En un mot, ça ne vole pas haut !

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Trois chapitres ravageurs sont consacrés aux cultueuses de toutes sortes:les âmes artistiques et néo-rurales qui massacrent les villages à coups de « spectacles vivants » censés valoriser la « mixité intergénérationnelle » ; ou Nolwenne, la directrice asexuelle de la polythèque de Gonade-les-Bruyères, et Alain.e, son assistante polythécaire transitionnelle ; ou les libraires militantes et incultes qui tentent de vous refourguer de « belles lectures », entre autres un recueil de nouvelles gélifiées au profit des Restos du cœur, mais peinent à retrouver les livres que vous avez commandés, surtout si les auteurs de ces livres s’appellent Patrice Jean ou… Bruno Lafourcade.

Indignés professionnels

Quelques savoureux chapitres règlent son sort au saltimbank, ce « riche improductif qui joue au miséreux, à l’acteur et à l’indigné ». Il y en a une caisse et un petit fût, des saltimbanks. Ils sont interchangeables, « l’insignifiance d’un Mathieu Demy ne faisant pas d’ombre à la platitude de Vincent Macaigne ».Léa Seydoux, rappelle Lafourcade, tente maladroitement de dissimuler qu’elle l’est de naissance : « C’est la rue qui m’a éduquée », ose affirmer cette actrice qui réussit le prodige d’afficher toujours la même bouille ahurie, quel que soit son rôle, et même lorsqu’elle n’en joue aucun. Ça s’indigne pas mal, chez les saltimbanks, au sujet des sans-papiers et de l’empreinte carbone, entre autres panurgeries. Lafourcade tire à vue et n’oublie personne, ni Juliette Binoche, ni Corinne Masiero, cette « anticonformiste » adoubée par « le bulletin paroissial Téléramen ». Le système médiatico-culturel se félicite d’avoir pu enrôler cette mauvaise actrice, cette féministe pro-voile qui humilie les prolos en laissant croire qu’ils sont à son image. Télérama, le ministère de la Culture et les organisateurs de la cérémonie des César savent pouvoir compter sur cette fausse rebelle qui fait mine de critiquer un système dont « elle est à la fois l’employée et le contremaître » – Mme Masiero joue en effet dans de mauvais téléfilms promouvant, l’air de rien, l’immigration incontrôlée, l’antiracisme racialiste et toutes les âneries wokes. « Cette obscène croit sincèrement à son anticonformisme, écrit Bruno Lafourcade, elle pense vraiment être “quelqu’un qui n’est pas dans la norme de ce qu’on attend à la télé, au cinéma ou au théâtre, d’une gonzesse – enfin d’une personne de sexe féminin, qu’elle soit cis-genre ou pas, d’ailleurs”. On conseillera à Mme Masiero de regarder les films, les séries, les publicités et les émissions de ses patrons ; elle saura qu’elle est la norme – y compris, bien entendu, dans sa façon d’ajouter “cis-genre ou pas”. »

A lire aussi, du même auteur: Fumisteries et balivernes: quand le théâtre féministe «taille en pièces le patriarcat»…

Après avoir tiré le portrait, avec l’humour qui le caractérise, de l’altérophile, des succubes volantes, du géniart et du comique tripier, et avant un dernier chapitre consacré aux rézoos,cette« ménagerie de vers »où grouillent des asticots anonymes névrosés, narcissiques ou haineux, Lafourcade se livre à un numéro désabusé d’autodérision en évoquant un écrivain qui « rêvait d’être lu par ceux qu’il croyait mépriser », un « martyr d’opérette », un « prophète de cave » déversant sa bile littéraire dans le vide, tirant sur des ombres pour le plaisir du bruit, un bruit tout mesuré dont l’écho, immédiatement absorbé par ce monde qui l’ignore, est imperceptible. En décrivant, avec beaucoup d’ironie et un zeste de méchanceté, un monde invivable où plus personne ne peut prétendre échapper à la sinistre attraction de ce trou noir et comique qu’est devenue notre époque, Lafourcade ne favorise sans doute pas le recrutement de lecteurs plutôt accoutumés aux œuvres léthargiques sponsorisées par les médias publics et Télérama. À ceux qui ont su éviter les prospectus littéraires estampillés Trapenard and Co mais qui ne connaissent pas encore les livres de Lafourcade, nous ne saurions trop recommander son dernier. Pour commencer.

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En Espagne, un décret régularise 500 000 migrants

Il prévoit la régularisation, d'ici le 30 juin 2026, de plus d'un demi-million de personnes arrivées dans le pays à la recherche d'un emploi. Pour le gouvernement, c'est «un jour historique», que salue également la Conférence épiscopale espagnole qui, avec 900 organisations, œuvre depuis plus de 4 ans, à l'initiative populaire législative en matière d'immigration.

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Le père Roberto Regoli, nouveau président de la fondation Ratzinger

Après dix ans passés à la tête de la fondation, le mandat du père Federico Lombardi s'achève. Son successeur le salue pour les initiatives menées «avec prudence et assurance». Une nouvelle période de cinq ans s'ouvre désormais pour la fondation Ratzinger qui organisera les célébrations du centenaire de la naissance de Benoît XVI en 2027.

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Maintenant Brigitte Fossey a vingt ans!

Il ne vous reste plus que neuf chances d’assister à la lecture de Moby Dick de Herman Melville – traduction de Henriette Guex-Rolle – par Brigitte Fossey (tous les lundis à 19 h jusqu’au 30 mars au Théâtre de Poche). Il y a l’histoire de cette pêche à la baleine, la poursuite du grand animal blanc, l’occasion de se frotter à ce roman ponton de la littérature américaine et aussi de voir une grande comédienne dans sa large palette de chasseresse à ingénue, du drame des abysses à la comédie maritime.


Disons-le, tout de go ! Sans ambages. Bien sûr, nous allons au théâtre ce soir pour affronter le cachalot fripé des mers huileuses du Sud et apercevoir la jambe en bois de ce possédé, ce buté de capitaine Achab, sentir le souffle de Melville et ses baleiniers en meute, comprendre la folie d’un seul homme, approcher l’œuvre de Dieu, suivre la route de Melville le Shakespearien ; ce ne sont là, à vrai dire, que des prétextes, du vernis littéraire, une argutie de critique et une fausse piste. Soyons honnête, sincère, nous allons au Théâtre de Poche pour sa présence, pour flirter avec cette comédienne, une star que nous aimons tendrement.

Quelle lecture !

Même la Reine Élisabeth II ne résista pas à son minois de fillette. Bien sûr, le texte de Melville n’est pas une mince affaire, il sédimente la mise en scène, il immerge cette salle du bas, recroquevillée comme un coquillage, attentive au moindre harpon, Moby Dick, cette lecture de jeunesse ne s’oublie pas innocemment sur une table de chevet, ce roman creuse son sillon durablement. « Je voulais lire cette histoire à haute voix pour jouer, vivre et faire vivre cette pêche désespérée et passionnante de l’animal blanc et menaçant comme la mort, blanc et menaçant comme le soleil si l’on s’en approche » écrit Brigitte Fossey dans ses intentions. Mais c’est bien pour elle que le public se déplace, en masse, en bloc, toutes générations confondues ; ce soir-là, il y avait un Académicien ancienne plume de François Mitterrand, un reporter d’enquêtes exclusives et des scolaires. Ce public veut encore la voir, se baigner encore une fois dans sa voix chaude, tantôt distante à la manière de ces bourgeoises bien élevées, tantôt drôle quand elle prend des accents cannibales. Le public est fébrile, suspendu à ses premiers mots. La tension des premiers instants est la montée des escaliers pour les amoureux. Sera-t-elle la même, confusément Yvonne de Galais et la mère de Vic, Henriette Caillaux ou la passagère agressée dans un train par deux marlous ? Le public est rassuré, la voix de Brigitte, souvent rieuse, détachée, presque souveraine, contrebalancée dans la seconde par une veine plus piquante, presque boulevardière, à courant alternatif, va se libérer.

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Joie et conviction

Au fil du spectacle, la comédienne pleine de hardiesse et de malice, vogue à sa manière, jamais figée, libre dans ses échappées, libre dans son interprétation comme elle le fut tout au long de sa carrière au cinéma et à la télévision, jamais là où sa blondeur et son élégance naturelle pouvaient la cantonner. Elle sera, tour à tour, Ismaël, Starbuck, Queequeg, le Pequod et le cachalot. Il y a toutes les Brigitte dans ce Moby Dick « ramassé » en une heure pour exister sur les planches. Une large palette se déploie, elle chante, elle combat, elle philosophe, elle apostrophe, elle incarne tous les personnages avec une sorte de joie intérieure et de conviction. Alors, le public s’abandonne à elle, il croit en elle. La comédienne a maintenant vingt ans, elle rayonne. Elle va jouer avec ce public fidèle qui accepte tout d’elle parce qu’il est en confiance. L’actrice à la carrière commencée si tôt, faite de succès populaires, transporte, ce soir-là, ses bagages ; elle possède avec elle la mémoire de tous ses autres rôles. C’est un privilège. Qu’on le veuille ou non, la comédienne n’arrive pas seule. Brigitte s’avance vers nous, avec son monde, tout un imaginaire construit patiemment. Chaque film, chaque pièce, chaque téléfilm venant apporter une couleur différente, une émotion particulière, une audace ou une blessure à sa densité. Quand Brigitte lit, nous voyons toutes les héroïnes du passé danser devant nos yeux, des paysages se soulèvent ; là, une brume berrichonne du temps du Grand Meaulnes, là, une image de carte postale des années 1980, une illustratrice en salopette de jean conduisant une Matra Rancho derrière le Panthéon. Brigitte, c’est tout ça et encore plus. Il ne vous reste plus que neuf dates pour ressentir cette vague.

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Soudan du Sud: la ville de Tombura inaugure un nouveau centre pastoral

Au cours de l’inauguration d’un nouveau centre pastoral pour le doyenné occidental, Monseigneur Eduardo Hiiboro Kussala évêque de Tombura-Yambio a loué la résilience des fidèles et des autorités civiles de la région par ces paroles: «Pendant plus de cinq ans, vous avez vécu sous le lourd fardeau de la violence, du déplacement, des institutions détruites et d'un traumatisme profond. Et pourtant, vous n'avez pas perdu votre humanité.»

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Carolyn Carlson: le phénix

C’est quasiment un moment historique. Ce l’est du moins dans le monde des arts. Même si elle n’interrompt pas ses activités futures, Carolyn Carlson doit se résoudre à dissoudre la dernière des compagnies qu’elle aura eu à diriger. Les ultimes spectacles de la Carolyn Carlson Company ont lieu au Théâtre des Champs Elysées, là où précisément, il y a 58 ans, la danseuse qu’elle était alors enthousiasma pour la première fois le public français.


La chorégraphe Carolyn Carlson décorée par François Hollande en 2014. DR.

Toute sa vie d’artiste n’a été que surprises, découvertes, rebondissements, révolutions, émerveillements. De sa première apparition en 1968 avec la compagnie d’Alwin Nikolaïs à sa consécration à l’Opéra de Paris avec « Density 21,5 » en 1973, de la Fenice de Venise jusqu’à Helsinki, puis de Stockholm ou du Colisée de Roubaix à la Cartoucherie de Vincennes, le parcours de Carolyn Carlson relève de l’épopée. Une épopée heureuse d’ailleurs, comme si l’optimisme souriant et la foncière bienveillance de l’étoile-chorégraphe lui servaient de talisman.

Aujourd’hui, il est temps de revenir sur cette trajectoire fulgurante qui a fait de Carolyn Carlson, danseuse fabuleuse et chorégraphe prolifique, un trésor national vivant nourrissant toujours nombre de projets.  

Sa première apparition en France

Dans l’ébullition de 1968, avec la Nikolaïs Dance Company où elle dansait depuis 1965, elle déboule à Paris qui découvrait tout juste les grandes figures de la danse américaine, Merce Cunningham ou Alwin Nikolaïs. Et là, au cours du Festival international de la Danse qui se déroule au Théâtre des Champs-Elysées, on lui décerne le titre de « meilleure danseuse ». « C’était une distinction magnifique, se souviendra Carolyn Carlson. Seulement, nous étions déjà repartis pour New York quand elle m’a été octroyée et je n’ai appris la nouvelle qu’un an plus tard, quand nous sommes revenus à Paris danser au Théâtre de la Ville. Lors de ce deuxième séjour, un soir où je découvre la façade de l’Opéra avec le créateur de lumières John Davis, j’ai eu un choc devant l’édifice, un sentiment de déjà vu et la prémonition qu’un jour j’y travaillerai. J’avais déjà eu une semblable prémonition qui me disait que j’aurai à faire le tour du globe. Mais la seule découverte de la France était déjà éblouissante pour la Californienne que j’étais. Si neuf, si exotique, jusqu’à la saveur de la soupe à l’oignon accompagnée de crème fraîche avec de petits croûtons de pain qu’on dégustait la nuit aux Halles après les spectacles. »  

En 1970, Carolyn Carlson quitte New York et son maître Nikolaïs pour revenir en France avec John Davis et s’installe un temps dans un petit hôtel de l’île Saint-Louis, « à une époque où l’on pouvait encore vivre à bon marché à Paris ». C’est alors que Thomas Erdos, l’agent de Nikolaïs, la présente à Anne Béranger qui l’engage dans sa compagnie. Et qu’en 1971, à la Gaieté Parisienne, elle découvre Le Regard du sourd de Bob Wilson. « Un spectacle qui durait cinq heures, une révolution des rapports entre le temps et l’espace. Et pour moi, une révélation qui m’a déterminée à créer mes propres spectacles ».

Au Festival d’Avignon de 1972, dans la cour d’honneur du Palais des Papes, Carlson compose alors Rituel pour un rêve mort sur une idée de John Davis, avec l’aide de Maurice Fleuret quant aux choix musicaux.

L’année suivante, elle retrouve Nikolaïs à l’Opéra de Hambourg où ce dernier est invité à créer un spectacle avec Pierre Henry et Nicolas Schaeffer. Et c’est là qu’elle rencontre Rolf Liebermann, lui qui était à l’origine de ce projet. « Un peu plus tard, à Londres, où je monte un ouvrage pour la London Contemporary Dance Company en compagnie de Larrio Ekson qui est alors mon partenaire privilégié, Hugues Gall, envoyé par Liebermann, me propose de participer à un hommage rendu à Edgar Varèse à l’Opéra de Paris. Une fois encore inspirés par les écrits de Nietzche, John Davis et moi préparons « Density 21,5 ».

Un chef d’œuvre qui va s’inscrire subitement dans le paysage français et qui lui ouvrira les portes de l’Opéra de paris. « Deux mois de travail pour un solo de sept minutes. Je n’avais évidemment nullement conscience de ce qu’il allait représenter pour moi ».  

« The Tree » de Carolyn Carlson © Frédéric Iovino

Scandales et batailles d’Hernani

Tout juste nommé à la tête de l’Académie nationale de Musique et de Danse, Rolf Liebermann offre à Carolyn Carlson une position unique dans un théâtre lyrique en l’installant en tant qu’« étoile-chorégraphe » et en permettant, parallèlement à cette institution séculaire qu’est le Ballet de l’Opéra, que se crée avec des danseurs contemporains ce Groupe de recherches théâtrales de l’Opéra de Paris (GRTOP) qui va camper dans la Rotonde des Abonnés. Avec cette compagnie autonome, la jeune chorégraphe, durant une période particulièrement fertile, concevra L’Or des fous /Les Fous d’Or ; X-land ; Wind, Water, Sand ; This, That and the Other ou encore The Year of the Horse.

« De 1974 à 1980, Liebermann me soutient sans faillir, mais c’est à l’Opéra un bordel sans nom. Chaque spectacle engendre des conflits épiques dans la salle, les insultes fusent, le charivari est constant, le refus d’une partie du public absolu. Et Liebermann qui me dit à l’oreille : « Darling, tu es un génie, mais tes spectacles sont beaucoup trop longs »

Impossible aujourd’hui où les publics demeurent si passifs d’imaginer les tapages d’alors. La salle de l’Opéra rappelle la bataille d’Hernani ou le scandale de la création du Sacre du Printemps de Nijinski. On se bat parfois dans les loges. Des furieux, des réactionnaires hostiles à toute modernité hurlent « communistes » à ceux qui soutiennent le spectacle ou qui, simplement, veulent le regarder en paix. En attendant, Carolyn Carlson jette les bases de ce qui sera la danse contemporaine en France. Et nombre de très jeunes artistes qui constitueront les bataillons de la Nouvelle Danse française accourent dans la Rotonde des abonnés où Carolyn Carlson prodigue généreusement ces cours qui vont établir sa renommée de pédagogue. 

Mais en 1980, le contrat de Liebermann s’achève. « C’était la fin d’un cycle. Dans ma vie privée aussi : John Davis et moi, nous nous séparons. Je ne savais vraiment pas que devenir quand brusquement je reçois un appel du fondateur de l’Automne musical de Côme, Italo Gomez, qui veut m’engager à Milan. Finalement, ce sera à Venise, à la Fenice dont il est devenu le directeur. Je m’y transporte avec Larrio Ekson et Jorma Uotinen, autre danseur rencontré à Helsinki en 1976 au cours d’une création pour le Ballet national de Finlande. »

Sous le signe de l’eau

« L’eau, le calme, le silence, les nuits noires sur les canaux, le brouillard, la beauté partout : à Venise, je baigne dans un climat qui me marque profondément. J’y trouve un lyrisme, une poésie nouvelle ». Cette atmosphère singulière de Venise donne naissance à Undici Onde en 1981, à Underwood en 1982, à L’Orso e la luna qu’on verra dans la cour du Palais des Papes en 1983 ou à Blue Lady la même année, un solo emblématique chorégraphié sur la musique de René Aubry.

Carlson reste à Venise jusqu’en 1985, Mais elle y retournera quatorze ans plus tard. De 1999 à 2002, elle prend la direction de la première Biennale de la Danse de Venise, crée Light Bringers sur une composition de Phil Glass en 2000, dans le théâtre de verdure de l’île de San Giorgio Maggiore. Et en 2002, toujours sous le signe de l’eau, Writings on Water, musique de Gavin Bryars. Elle est honorée en 2006 par le Lion d’Or de la Biennale. Cependant quand s’est achevé le premier cycle vénitien, c’est une fois encore l’incertitude pour la chorégraphe. « Je ne sais pas où aller. Et c’est Gérard Violette qui m’offre alors de devenir artiste résidente au Théâtre de la Ville. J’y présente quatre créations, dont Still Waters en 1986 ou Dark en 1988. Mais la rupture est brutale : un jour, je m’entends dire par lui que je ne suis plus dans l’air du temps ».

Nouveau rebondissement. Carlson se retrouve alors invitée en Finlande en 1991, sur la terre de ses ancêtres: « Une très belle époque avec mon fils à l’école française d’Helsinki et moi au milieu de ceux qui sont de mon sang, les Finlandais, des fous comme moi. Car petite-fille de quatre grands-parents originaires de Finlande ayant fui l’invasion russe et installés en Californie, je me sens effectivement terriblement finlandaise. Quand j’eus 18 ans, ma mère m’avait même envoyée à Helsinki pour qui j’y trouve un mari ».

Pour le Ballet de l’Opéra National en 1991, la chorégraphe crée Maa en collaboration avec la compositrice Kaija Saariaho. Et elle rencontre un autre danseur qui sera l’un de ses plus extraordinaires interprètes, Tero Saarinen, devenu depuis un remarquable chorégraphe. « Après deux ans au milieu des lacs, je suis appelée à Stockholm pour y diriger durant un an le Ballet Cullberg. Mais de cela je n’ai rien à dire. Ce fut la pire de mes expériences ».   

La Parisienne

Elle a beau se sentir certes finlandaise, Carlson n’arrêtera jamais de dire qu’elle n’est nulle part aussi bien qu’à Paris : « Oui, c’est bien Paris qui est ma vraie patrie. C’est là que je vis le mieux et j’y reviens toujours. En 1978, j’avais fait un rêve où je me voyais enseigner dans un studio au milieu des bois. Eh bien, ce rêve s’est réalisé en 1999. Grâce à Jean-Jacques Aillagon et avec l’aide de la Ville de Paris et d’Ariane Mnouchkine, j’ai pu créer l’Atelier de Paris à la Cartoucherie de Vincennes ».

Effectivement abrité sous de grands arbres, ce bel ensemble de studios champêtres est devenu en 2016 Centre de développement chorégraphique national. Et parmi d’innombrables professeurs, ce sont aussi des artistes de premier plan qui y ont enseigné, comme Trisha Brown, Lucinda Childs, Meredith Monk ou Susan Buirge. Enfin, dès 1999 déjà, Carolyn Carlson a lancé le festival June Events qui présente une foule de jeunes chorégraphes à la Cartoucherie de Vincennes.

La voilà bientôt qui va passer huit ans à la tête du Ballet du Nord, Centre chorégraphique national du Nord-Pas de Calais à Roubaix où elle réuni des danseurs rencontrés lors de ses divers périples et où elle crée un solo magique, Dialogue avec Rothko. Et y fait aussi danser cet autre solo qu’elle avait créé pour elle, Blue Lady, par ce fascinant interprète qu’est Tero Saarinen. Ce sont d’ailleurs deux hommes, et non des femmes, qui ont ressuscité de la façon la plus captivante ces deux solos emblématiques de Carolyn Carlson. Avant Saarinen, Jean-Christophe Paré, Premier danseur de l’Opéra, avait repris Density 21,5. « Jean-Christophe a une morphologie proche de la mienne. Et Tero a étudié le kabuki au Japon où ce sont des hommes qui tiennent les rôles féminins » résume la chorégraphe.

« Roubaix a été une expérience extraordinaire. J’y ai joui d’une parfaite liberté et nous avons pu déployer dans la ville et dans la région des activités considérables avec la population, avec les jeunes en particulier. Les rapports à ce public avec lequel nous avions tissé des liens étroits ont été extrêmement gratifiants. Des gens pleuraient à mon départ. Et moi qui avais vécu sept ans à New York dans des quartiers qui n’étaient pas des plus huppés, j’ai retrouvé dans le Nord cette même simplicité métissée, une population généreuse et sans prétention qui m’a beaucoup inspirée ».

Retour à Paris

Mais qu’allait donc faire Carlson une fois achevé le cycle roubaisien ? La chance lui sourit encore. Le directeur du Théâtre de Chaillot devenu Théâtre national de la Danse, Didier Deschamps, lui offre de la recevoir en tant que chorégraphe résidente durant deux ans. « Le lieu est immense, froid, impersonnel, nous avons travaillé dans un studio sans fenêtre et bas de plafond. Mais nous y rencontrerons un public chaleureux, considérable, plus de mille personnes à chaque représentation ».

Entretemps Carlson crée Signes en 1997, pièce spectaculaire accompagnée de pages musicales de René Aubry et commandée pour le Ballet de l’Opéra de Paris par Brigitte Lefèvre qui a voulu confronter le peintre Olivier Debré, auteur des décors et ici démiurge, à la chorégraphe. Les rapports avec Olivier Debré sont orageux, mais cela débouche sur un spectacle extraordinairement beau dans des décors enivrants repris de multiples fois à l’Opéra Bastille. Et bien plus tard, en 2014, voici Pneuma, vaste rêve superbement dansé par le Ballet de Bordeaux. « C’est un poème en soi de réveiller notre conscience dans des confrontations avec l’infini où l’on peut pénétrer l’immensité » a écrit Bachelard qui a inspiré cet ouvrage, lequel est dansé dans une scénographie onirique de Rémi Nicolas avec en arrière-fond des musiques de Gavin Bryars et de Philip Jeck.

« Je me sens en dialogue constant avec la nature, la terre et les cieux, avance Carolyn Carlson. Je prête une attention particulière aux couches supérieures de l’atmosphère : nuages, étoiles, soleils, pluies, lunes, aux origines mystiques des anges et aux possibilités d’existence d’autres dimensions. Combien de fois, dans nos vies surchargées, n’avons-nous pas levé les yeux au ciel afin de scruter ce vide, cet invisible ? Je me souviens, lors d’un voyage dans le Colorado, au Grand Canyon, d’un immense panorama à la beauté inégalable, au sein d’un espace désertique et sans fin. C‘était comme si l’on se retrouvait sur le toit du monde, avec la tentation terrifiante de vouloir se jeter dans cet infini. Qu’est-ce donc que cette immensité sans nom ? Ce poème qui s’écrit depuis la naissance du monde ? C’est cela que j’ai évoqué dans « Pneuma ». »

Avec les représentations de The Tree au Théâtre des Champs-Elysées, autre ouvrage inspiré par les écrits de Bachelard, c’est aujourd’hui un nouveau cycle qui s’achève. Rien de plus ! Le futur de Carolyn Carlson est riche en projets. Le prochain, à la demande de Kader Belarbi, ci-devant danseur étoile à l’Opéra de Paris et alors directeur du Ballet du Capitole de Toulouse, sera une création en juin pour cette compagnie.     

Le ministère de la Culture a soutenu sans faiblir la Carolyn Carlson Company depuis sa création en 2014. Mais le contexte économique est lourd. Si les publics sont toujours enthousiastes pour voir ou revoir le travail de Carlson (« Il suffit d’annoncer la venue de Carolyn, disait Thomas Erdos, le représentant de Pina Bausch en France, pour que sur tout le territoire les salles s’emplissent aussitôt »), les programmateurs, toujours en quête de nouveautés et surtout au jugement aussi formaté qu’incertain, se font tirer l’oreille. Comme dans d’autres univers, le monde du spectacle est dur aussi bien pour ceux qui débutent que pour ceux qui durent longtemps. Mais si la danse venait à manquer, il resterait toujours à Carolyn Carlson l’écriture et la calligraphie.   


The Tree. Chorégraphie de Carolyn Carlson. 1h15

Le 30 janvier 2026 à 20h. Le 31 à 18h. Théâtre des Champs-Elysées.

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Une formation gratuite pour se rapprocher de la Parole de Dieu

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