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L'alternative moderne aux médias de contrôle social

August 15, 2026

Léon XIV invite les jeunes mexicains à prendre le temps de discerner

Le Pape a adressé un message aux participants à la Journée nationale de la jeunesse organisé du 15 au 16 août dans l’archidiocèse de Monterrey, dans l’État du Nuevo León au Mexique.

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Bientôt la « taxe mégots ». À quand la « taxe cassoulet » ?

Une canicule, un incendie, une taxe. La créativité de l’Etat en matière fiscale connaît peu de limites. Mais attention: dans l’histoire, elle s’est révélée dangereuse pour l’existence de ce même Etat.


Le 5 août, le député LR de l’Isère Yannick Neuder a annoncé sur X qu’il déposait une proposition de loi pour faire « prendre leur part » aux industriels du tabac dans la lutte contre les incendies de forêt.[1] Il vise les mégots accusés d’allumer une partie des quelque 98 000 hectares partis en fumée. Et il a trouvé l’arme atomique : une « taxe mégot », contribution 30 centimes par paquet, qui alimenterait un fonds de 350 millions destinés notamment au SDIS, à l’Office national des forêts, au Centre national de la propriété forestière et les collectivités.[2]

Tout fier de lui pour ce trait de génie, il s’empresse de préciser que ça ne touchera pas le portefeuille des fumeurs ni des buralistes (ils sont nombreux et votent). Seuls les fabricants trinqueraient (c’est négligeable en nombre de voix). Il est en effet hautement probable que les producteurs, bien connus pour leur philanthropie, ne répercuteront pas la taxe dans leur prix et sacrifieront leurs marges avec le sourire. Bien vu, M. le député Neuder !

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Les mauvais esprits pourraient lui faire remarquer qu’une taxe mégot existe déjà par le biais d’une filière REP[3] depuis 2021, portée par l’éco-organisme Alcome[4], mais ce serait d’une vulgaire mesquinerie. Ceci est une belle illustration d’un réflexe national parfaitement pavlovien : à chaque drame, un nouveau prélèvement. Ainsi, la vache folle a donné aussitôt la fameuse taxe d’équarrissage sur les achats de viande. Certes, le dispositif était si mal ficelé que la Cour de justice de l’Union européenne l’a fini par retoquer, obligeant Paris à la rembourser rétroactivement.[5]

La France, championne de la taxe réflexe

Le Grenelle de l’environnement de 2007 a accouché de l’écotaxe poids lourds. Ce fut là aussi un fiasco retentissant qui a fini piétiné par les bonnets rouges.[6] Pour sa part, la COP21 a inspiré la composante carbone. Chaque crise sanitaire, environnementale ou médiatique trouve ainsi sa traduction fiscale. Le gouvernement montre ainsi qu’il agit « en responsabilité »[7] en accouchant d’une nouvelle taxe que personne n’ose critiquer sous peine de faire preuve… d’irresponsabilité. À force d’empiler ces réponses réflexes, on parvient aujourd’hui à 438 taxes, impôts, cotisations et contributions actifs en France.[8] Ce chiffre est probablement sous-estimé, faute de liste exhaustive. En effet, même la Cour des comptes reconnaît l’absence de tout inventaire complet et fiable de notre propre système fiscal.[9]

La comparaison internationale est édifiante. Dans l’OCDE, la France comptabilise 199 impôts et taxes distincts quand l’Irlande et l’Estonie, championnes de la simplicité fiscale, plafonnent respectivement à 36 et 34.[10] De plus, il faut bien une armée pour faire tourner cette usine à gaz. En 2024, la seule Direction générale des finances publiques employait environ 47 800 agents en équivalent temps plein pour la gestion de l’impôt auxquels s’ajoutent les 65 000 fonctionnaires des douanes et de l’Urssaf.[11] La Suède, pour sa part, fait tourner l’ensemble de son administration fiscale et douanière avec moins de 9 500 agents. 

Bercy n’est plus une administration, c’est une pieuvre. Dans cette ambiance, on comprend que l’inventivité fiscale de nos élus ne connaisse plus de limites. Le jour est-il proche où l’on verra naître la taxe cassoulet au nom du climat ? La production entérique de méthane le justifierait pleinement. On peut aussi compliquer le dispositif avec un bonus/malus en fonction du pourcentage de haricots lingots. On pourrait tout aussi bien instaurer une taxe sur les talons aiguille afin de financer l’entretien des trottoirs malmenés par ceux-ci.

La taxe qui ne sert à rien

Au-delà de la plaisanterie, il n’est pas inutile de se demander à quoi bon une taxe spécifique si le poste budgétaire est d’intérêt national. Certes, on nous brandit parfois la vertu pédagogique ou dissuasive de la taxe mais la taxe, en tant que telle, a-t-elle jamais changé un comportement ? 

L’exemple du tabac invite fortement au scepticisme. Depuis 2004, les hausses continues du prix du paquet ont généré un manque à gagner de plus de 30 milliards d’euros pour l’État et de plus de 2 milliards pour les buralistes[12]. Et ce n’est aucunement parce que les Français auraient cessé de fumer, mais parce qu’ils se fournissent ailleurs par la contrebande ou par les achats transfrontaliers.

La fiscalité punitive n’a pas éradiqué le tabagisme. Elle a déplacé le circuit d’approvisionnement, contourné le contrôle sanitaire, et privé l’État de recettes colossales. En l’occurrence taxe mégot n’a aucune vertu dissuasive ni pédagogique. Faire payer le fabricant de cigarettes est un non-sens. C’est le fumeur qui choisit de les jeter au sol ou dans un cendrier.

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Il faut se souvenir que l’Histoire a souvent été façonnée par la fiscalité.  En France, en 1675, la révolte du papier timbré a embrasé la Bretagne et le Bordelais : Louis XIV voulait taxer les actes notariés, l’étain, le tabac ; les paysans bretons portant des bonnets rouges ont brûlé les papiers timbrés mais aussi les châteaux. Trois siècles et demi plus tard les mêmes Bretons, excédés par l’écotaxe, reprennent en toute connaissance de cause le nom de « Bonnets rouges ». La Révolution française a eu également une forte composante fiscale. Les États Généraux de mai 1789 avaient pour but de financer le déficit abyssal de la France en augmentant les impôts. Toute ressemblance avec une situation existante ne serait que pure coïncidence…

Dans d’autres pays, le même mécanisme se vérifie. Le thé jeté dans le port de Boston en 1773 a sonné le glas de l’autorité britannique sur ses colonies, au cri de « no taxation without representation ». À chaque fois, la mécanique est la même : ce n’est pas l’impôt en soi qui met le feu aux poudres, c’est le sentiment de son iniquité, de son absurdité, ou de son cumul sans fin. À 438 taxes, la France ferait bien de relire son histoire avant que ne ressortent au mieux les bonnets rouges, au pire la belle invention du docteur Guillotin.


[1]franceinfo, « Le député LR Yannick Neuder souhaite taxer les fabricants de cigarettes pour lutter contre le fléau des mégots », 5 août 2026.

[2]CNEWS, « Incendies : quelle est cette proposition de loi qui veut taxer les industriels du tabac ? », 6 août 2026 ; Econostrum, « ‘‘30 centimes par paquet de cigarettes’’ : ce député veut imposer une taxe tabac pour lutter contre les incendies », 6 août 2026.

[3] Responsabilité Élargie du Producteur

[4]Parlons Politique, « Qui doit payer les dégâts des mégots ? », 7 août 2026.

[5]Sénat, rapport n° 05-432, « Le fonctionnement du service public de l’équarrissage en question », 2006 ; Commission européenne, décision du 14 décembre 2004.

[6]Wikipédia, article « Écotaxe ».

[7] Le mot « responsabilité  » est suremployé dans les discours de Macron car il facilite l’enfumage : voir l’ouvrage de Damon Mayaffre, Macron ou la puissance du verbe.

[8]Fondation IFRAP, « La liste des 438 taxes, impôts, cotisations et contributions en France », Société Civile n°277, avril 2026.

[9]Cour des comptes, « Les taxes à faible rendement, une rationalisation à poursuivre », Rapport public thématique, avril 2025.

[10]OCDE, Revenue Statistics 2025 : Disentangling Personal Income Tax Revenue in OECD Countries, cité par la Fondation IFRAP, avril 2026.

[11]Fondation IFRAP, avril 2026, données DGFiP/DGDDI/Urssaf 2023-2024.

[12]Assemblée nationale, proposition de loi n° 140, XVe législature, sur la contrebande de tabac.

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Mourir à 20 ans

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Juste après notre repas pris à la cantine municipale, la Sauvageonne et moi quittâmes, nostalgiques, Tremblay-en-France, la plus jolie ville de la banlieue parisienne, car cajolée, reverdie, embellie par son maire historique, François Asensi. Alors que nous étions déjà à l’intérieur de notre fiacre tiré par notre jument, la brave Yvonne, la Sauvageonne s’exprima de sa mignonne voix de jeune fille : « Vieux Yak ! Nous sommes tout près de Silly-le-Long, la terre de tes ancêtres ; ce serait trop bête de passer à côté. Allons-y ! » J’eus à peine le temps d’acquiescer qu’Yvonne, complice de ma jeune compagne, prit un chemin de traverse et passa du trot au galop. La Sauvageonne esquissa un sourire de satisfaction, un air de dire : « Je t’ai bien eu, vieux Yak ! »

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Certes, je ne m’étais guère exprimé, mais tout au fond de moi-même, j’étais heureux de retrouver l’ambiance, les odeurs du village où ma mère avait été élevée jusqu’à l’adolescence par sa grand-mère, Laure Toussaint-Bouquillon, fille d’un imprimeur-typographe de la rue de Vaugirard, à Paris, qui, disait-on, avait côtoyé Émile Zola. (Ma mère avait hérité de cinq cuillères d’argent avec lesquelles le créateur des Rougon-Macquart avait dégusté son café.) Un nuage de poussière entoura le fiacre, Yvonne empruntait un layon terreux rendu aride par la canicule. Une demi-heure plus tard, nous arrivâmes à Silly (Oise).

Certes, l’endroit avait bien changé. Les masures (dont celle de mon arrière-grand-mère) avaient été détruites, remplacées par des pavillons proprets et sérieux comme des huissiers de justice. La mare avait laissé place à un square, situé place de la Mare, mare dans laquelle un petit Polonais s’était noyé lors d’un mois de janvier rigoureux à la fin des années trente ; il avait voulu faire du patin sur la surface gelée du lac minuscule mais profond. La glace s’était rompue. Lorsqu’elle me racontait cette histoire, ma mère semblait toujours effrayée. Un peu plus loin, la façade de l’ancien café Marin, où mon arrière-oncle Paupaul, charretier de profession, venait s’abreuver et se divertir. Un soir, en voulant séparer deux poivrots belliqueux, il avait reçu un coup de surin dans les côtes.

Tous ces souvenirs remontaient dans ma grosse tête de septuagénaire presque chauve. J’étais bien. Je ne suis bien que dans le passé recomposé, dans le lointain des temps incertains, je supporte mieux le présent auprès de ma Sauvageonne. Justement, elle me contemplait, se demandant à quoi je pouvais bien songer. « Direction, le cimetière ! », fis-je, histoire de rebondir dans le présent caniculaire.

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Nous poussâmes la porte à la recherche de la tombe de Laure, mon arrière-grand-mère. J’avais cinq ans lorsqu’en compagnie de mes parents et de toute la famille, j’avais assisté à son inhumation. J’en gardais un souvenir brumeux, lointain, modianesque. Je situais l’endroit tout au fond du cimetière, sur la droite. Je me trompais ; nous ne trouvâmes point la sépulture. Pleins de regrets, nous nous dirigeâmes vers notre fiacre, Yvonne piaffait d’impatience, frappant ses sabots roses de fille contre la terre de mes ancêtres. La terre de Silly-le-Long.

Laure Bouquillon mon arrière grand mère à gauche avec ma grand mère Germaine Canivet née Bouquillon. © Philippe Lacoche

Avant cela, près de l’adorable église, je m’inclinai devant le monument aux morts sur lequel figurait le nom de Guy Bouquillon, l’un des fils de Laure, tué d’une balle dans la tête, une balle ennemie, une balle allemande, le 25 septembre 1915, à Villes-sur-Tourbe. Il était né le 24 avril 1895 et appartenait au 410e régiment d’infanterie. Il avait 20 ans, cinq mois et un jour.

Je fixai la pierre grisâtre du monument, les lettres dorées qui figuraient son nom, ceux de ses camarades. J’eusse voulu connaître les traits du visage de Guy, son histoire. Était-il allé à l’école communale de Silly ? S’était-il promené sur les rives de la mare ? Je l’imaginais, l’automne, dans les brumes du Valois, cheminant dans la Grand-Rue ou empruntant un tortillard du côté de Plessis-Belleville pour se rendre à la caserne de Compiègne, lieu de son recrutement. Son recrutement pour la mort. Il s’appelait Guy Bouquillon. Il avait 20 ans, cinq mois et un jour. J’avais le cœur gros.

Monument aux morts de Silly-le-Long. Photo Philippe Lacoche, août 2026.

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Au sanctuaire de Banneux, l’Assomption apporte consolation et espérance

La «Vierge des Pauvres» est célébrée ce 15 août à Banneux en Belgique où elle est apparue huit fois à une fillette de onze, Mariette Beco, près de son domicile, entre le 15 janvier et le 2 mars 1933. En cette solennité de l’Assomption, l’abbé Léo Palm, recteur du sanctuaire, explique que «Marie montée au ciel, redescend aussi. La Vierge ne se cantonne pas au paradis, mais nous rejoint pour nous éviter de nous égarer et nous empêcher tout engagement dans des voies sans issue».

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En Pologne, la plus grande statue mariale d'Europe consacrée à Konotopie

Lors de la messe célébrée ce 15 août à l’occasion de l’inauguration de la statue monumentale de la Vierge à Konotopie, dans le centre de la Pologne, l'évêque du diocèse Krzysztof Wętkowski a souligné que, dans un contexte où beaucoup n'ont d'yeux que pour les choses terrestres, cette construction mariale de plus de 55 mètres, nous invite à lever les yeux vers Dieu et sa miséricorde.

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Le Pape invoque la Vierge Marie pour consoler les victimes de la guerre

À l’issue de la prière mariale de l’Angélus sur la place de la Liberté à Castel Gandolfo, Léon XIV a invoqué l’intercession de la Vierge Marie pour apporter consolation et espérance aux communautés qui souffrent. Le Pape a adressé ses pensées aux victimes des conflits en Terre Sainte, à celles sur le front russo-ukrainien, mais aussi aux sinistrés en Colombie.

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Angélus: l’iconographie de la Vierge Marie révèle notre destin éternel

À l’occasion de la solennité de l’Assomption ce samedi 15 août, le Pape invite à s’appuyer sur les deux modèles iconographiques qui ont représenté la Vierge Marie au fil des siècles: sa dormition et son élévation. Ces représentations permettent ainsi, souligne Léon XIV, «de contempler notre destin ultime», la vie éternelle.

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L’opium des puissants

Sacrifier un enfant pour sauver un Picasso et réinvestir les bénéfices dans des actes charitables : c’est la logique poussée jusqu’au délire de l’« altruisme efficace ». Forts de cette néo-morale Excel, les gourous de la tech prennent l’ascendant sur beaucoup de monde – y compris des chefs d’État.


En 1956, l’expression « intelligence artificielle » a été inventée pour servir de titre à un colloque universitaire qui s’est tenu dans le New Hampshire. John McCarthy, le professeur de mathématiques qui a organisé l’événement, a admis par la suite avoir forgé ce néologisme pour faire un coup marketing. Le terme suggérait la création d’une nouvelle forme de vie à travers des machines capables d’agir de façon autonome en suivant leurs propres objectifs. Le succès fut au rendez-vous et les projets de recherche dans ce nouveau domaine ont attiré des fonds significatifs. Les conséquences de cette audace linguistique sont toujours d’actualité. La promesse qu’elle impliquait donne aujourd’hui lieu à la plus grande bulle spéculative de l’histoire. Les chefs d’entreprise parlent de l’IA avec une grandiloquence prométhéenne. Selon Sundar Pinchai, le PDG de Google, l’impact de l’avènement de l’IA sur l’humanité sera plus profond que celui de la découverte du feu ou de l’électricité. Mais les progrès les plus récents de l’IA ont été réalisés en parallèle avec la propagation de systèmes de pensée qui cherchent à contrôler son évolution et à orienter le débat politique sur son utilisation. Le plus répandu de ces systèmes, et le plus inquiétant, est l’altruisme efficace (« Effective Altruism », en anglais).

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L’altruisme efficace est « la religion laïque des élites », selon Leif Wenar, professeur de philosophie à Stanford. Il est souvent comparé à un culte, et un ancien adepte l’a décrit comme une sorte de « scientologie pour geeks », ses adhérents partageant un jargon et des concepts qui les séparent des non-initiés. Ceux qui pratiquent cette forme d’altruisme cherchent à calculer la façon la plus rationnelle de déployer leurs ressources limitées afin de réaliser le plus grand bien-être du plus grand nombre. Il s’agit d’une caricature, poussée à l’extrême, de la philosophie des utilitaristes comme Helvétius (1715-1771), Jeremy Bentham (1748-1832) ou John Stuart Mill (1806-1873), qui nous exhortent à maximiser le bien-être autour de nous, mais sans exiger qu’on abandonne l’éthique traditionnelle. L’altruiste efficace doit évaluer le plus froidement possible l’impact de ses actions, sans émotion et en excluant toute forme d’empathie qui le conduirait à privilégier la vie d’un proche sur celle d’un inconnu de l’autre côté de la planète. Selon un des exemples mis en avant, un altruiste qui, face à un immeuble qui brûle, a le choix de sauver un enfant ou un Picasso doit sauver le Picasso afin de le vendre et de verser les bénéfices à des organisations caritatives. Car ces dernières contribueront au bien-être d’un plus grand nombre de personnes. On ne doit pas donner plus de prix à la vie d’humains qui vivent aujourd’hui qu’à celle des générations à venir que nous ne pouvons pas connaître. Et la vie d’un animal vaut bien celle d’un humain. Des altruistes efficaces ont débattu sérieusement de cette question : vaut-il mieux contribuer au bien-être des hommes ou à celui des crevettes, considérées comme des êtres sensibles ? On débat aussi de la meilleure méthode pour calculer le plus grand bien dans un univers infini, ou dans des multivers infinis, remplis d’êtres vivants dont les droits doivent être pris en compte. Enfin, si l’IA se développe suffisamment, il faudra lui accorder les mêmes droits qu’aux humains.

L’utopie des altruiste efficaces

Ce mouvement, né dans les années 2000, se concrétise en 2011 par la création du Centre for Effective Altruism, qui absorbe des associations caritatives existantes. Il a été influencé dès ses débuts par un groupe de transhumanistes californiens, les Extropians, qui a fait la couverture du célèbre magazine de la tech, Wired, en 1994. Leur ambition était de prolonger leur vie ou même devenir immortels grâce au progrès technologique, surtout dans le domaine de l’IA. Ils prétendaient que l’esprit humain pouvait être numérisé et chargé dans un ordinateur super-intelligent. Ces idées ont été diffusées par les nouveaux investisseurs qui ont profité de la montée d’internet, notamment Peter Thiel, le cofondateur de PayPal et de Palantir. Il a aidé le projet d’Eliezer Yudkowsky qui, bien que connu aujourd’hui comme un lanceur d’alerte sur les risques que présenterait pour l’humanité une IA super-intelligente, cherchait à l’époque à développer une IA « amicale ». Les discussions autour de l’IA sur le forum de Yudkowsky, LessWrong, créé en 2009, ont repris les idées de deux philosophes utilitaristes d’Oxford, Toby Ord et William MacAskill, ainsi que celles de l’Australien Peter Singer et du Suédois Nick Bolstrom, auteur en 2014 de Superintelligence. Paths, Dangers, Stratégies (disponible en français chez Dunod). Publiés en 2015 (et par la suite en français), Faire le bien, en mieux ! L’altruisme efficace, de MacAskill, et L’Altruisme efficace, de Singer (tous les deux préfacés par le moine bouddhiste Matthieu Ricard), constituent la « Bible » du mouvement. Cette éthique très particulière est parfaitement compatible avec le capitalisme. Les adeptes sont encouragés à gagner des salaires élevés pour pouvoir donner de l’argent aux organisations caritatives. Tyler Cowen, professeur d’économie à la très libérale université George Mason, a fait l’éloge de cette approche décentralisée qui ne dépend pas de l’État. Sam Bankman-Fried, le créateur de FTX, plateforme d’échange de cryptomonnaies, a été l’un des grands donateurs aux causes prônées par les altruistes efficaces. Quand FTX a fait faillite en 2022, et que son fondateur a été condamné pour fraude, certains y ont vu la conséquence d’une dénaturation des valeurs morales traditionnelles sous l’influence de l’altruisme efficace.

Le domaine où cette éthique a le plus d’influence aujourd’hui est celui de l’IA, envers laquelle la plupart de ses partisans ont une attitude paradoxale. Tandis que certains sont à l’avant-garde des progrès technologiques de l’IA et maintiennent que l’IA pourrait jouir de droits, tous alertent sur les dangers existentiels d’une IA super-intelligente. Selon Niris Weiss-Blatt, ancienne chercheuse devenue journaliste, ces altruistes catastrophistes (doomers en anglais) ont créé un véritable « complexe risque-industriel » autour de l’IA. Aux États-Unis, ils ont déjà inspiré non seulement une secte homicide, les Zizians, responsable de six assassinats entre 2022 et 2025, mais aussi des grèves de la faim devant les sièges sociaux de deux entreprises en 2025 et une attaque sur la maison de Sam Altman, patron d’OpenAI, en avril cette année. Quand le Premier ministre britannique Rishi Sunak a voulu organiser un grand colloque international sur l’IA en 2023, il l’a centré sur le thème des risques existentiels sous l’influence des altruistes efficaces qui ont beaucoup contribué au financement de l’événement.

L’idéologie au cœur de la Silicon Valley

Mais le plus étonnant, c’est que l’altruisme efficace est présent au sein même des entreprises les plus à la pointe. Le cofondateur de DeepMind, Demis Hassabis, a gagné la confiance de Thiel, Elon Musk et Larry Page, le cofondateur de Google, en écoutant leurs préoccupations au sujet des risques existentiels d’une IA super-intelligente. Mais quand il a vendu son entreprise à Google en 2014, Thiel et Musk, dépités, ont créé OpenAI, qui devait lancer ChatGPT en 2022. Au début, OpenAI a été une association à but non lucratif dont la mission était de garantir que l’IA autonome, une fois développée, « profite à toute l’humanité ». L’influence de l’altruisme efficace y était grande, mais le PDG Sam Altman y était insensible, donnant lieu à des tensions importantes. Si, aujourd’hui, tout le monde parle d’un nouveau leader, Anthropic, créateur de Claude, l’influence de l’altruisme efficace y est encore plus grande. La start-up a été créée en 2021 par deux anciens d’OpenAI, Dario Amodei, le PDG, et sa sœur Daniela, présidente de la société. Ils sont tous les deux des altruistes efficaces et le capital de départ a été fourni par d’autres adeptes. L’époux de Daniela, Holden Karnofsky, est le cofondateur d’Open Philanthropy, le plus grand organisme caritatif associé à l’altruisme efficace. En janvier, Dario a publié un essai attirant l’attention sur les risques existentiels de l’IA. Le même mois, l’entreprise a publié une « constitution » pour l’IA, rédigée par la philosophe attitrée d’Anthropic, Amanda Askell, l’ancienne femme de William MacAskill. Ce document attribue des personnalités aux agents IA et exige qu’ils jouissent de droits légaux.

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Comment expliquer que ces pionniers de l’IA soient capables d’anthropomorphiser l’IA à outrance, tout en alertant sur les risques existentiels associés à son développement ? D’abord, la mythologie eschatologique dont ils entourent l’IA entraîne une surévaluation massive des capacités de cette technologie qui est beaucoup moins développée et sophistiquée qu’on veut nous le faire croire. Mais cette surévaluation attire des investissements colossaux dont profitent les maîtres de la tech. Les Chinois n’ont pas commis l’erreur de risquer autant d’argent. Ensuite, le spectre des risques existentiels impressionne les chefs d’État et donne aux gourous de la Silicon Valley une grande influence sur la scène politique. Les dirigeants d’Anthropic, d’OpenAI et de Google DeepMind ont accompagné Trump au sommet récent du G7. L’altruisme efficace est l’idéologie d’une élite qui prétend tout simplement prendre en main la destinée de l’humanité entière.

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Célébration de l’Assomption: Léon XIV invite les fidèles à voir la beauté dans chacun

Pour la deuxième année consécutive, Léon XIV a célébré la messe pour la solennité de l’Assomption dans la paroisse pontificale Saint-Thomas-de-Villeneuve, à Castel Gandolfo, résidence estivale des Papes située à une trentaine de kilomètres de Rome. Dans son homélie, le Souverain pontife a souligné que l’amour est le plus bel ornement de l’humanité, capable de libérer et de rapprocher l’homme de Dieu.

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Les origines du dogme de l'Assomption

Ce samedi 15 août, l’Église célèbre l’Assomption, l’élévation de Marie au Ciel, la menant corps et âme jusqu’à son Fils Jésus. En effet, le 1er novembre 1950, le Pape Pie XII proclamait comme dogme, dans la constitution apostolique Munifentissimus Deus, l'élévation en âme et en corps à la gloire céleste de la Vierge Marie «à la fin du cours de sa vie terrestre». Le père Jean-Pierre Sieme revient sur les origines de la solennité de l’Assomption et sur la signification de ce dogme.

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Le roman noir de la régente

Série d’été: personnages historiques, écrivains, cinéastes, tout y passe! Cette semaine : Marie de Médicis


L’historiographie du XIXe siècle et du premier XXe siècle n’a pas rendu justice à la mère de Louis XIII. Il revient à l’émérite Jean-Marie Constant – à qui l’on doit déjà, également éditées chez Perrin, des biographies d’Henri IV et de Gaston d’Orléans, son troisième fils – de redonner toute son épaisseur à Marie de Médicis (1575-1642), cette richissime princesse florentine, fille du grand-duc de Toscane, qui devint reine en épousant Henri IV, avant d’assurer la régence pendant sept ans, après l’assassinat du roi en 1610, alors que le dauphin, âgé de 9 ans, est bien trop jeune pour exercer le pouvoir…

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La vie tumultueuse de cette femme, longtemps objet d’une légende noire et durablement condamnée par l’Histoire, se lit comme un feuilleton. Entre complots, intrigues de palais, trahisons et exils, le contexte de l’époque, au sortir des guerres de Religion, dans cet intervalle mouvementé qui précède de peu la prééminence du cardinal de Richelieu dans le fonctionnement de la monarchie, est restitué par le biographe dans une prose à la fois limpide et soignée, qui n’hésite pas, dans un remarquable souci didactique, et quitte à assumer de nombreuses répétitions, à revenir sur le motif pour mieux satisfaire à une relecture propre à clarifier, pour le non-spécialiste, cette suite d’événements ô combien complexe ! Jean-Marie Constant met en outre un soin tout particulier à prévenir les anachronismes qui, trop souvent, font juger de ce temps lointain au prisme de notre propre « outillage mental ». Relativement court, son ouvrage propose, au-delà du récit captivant de cette existence pleine de rebondissements, une magnifique synthèse des enjeux cruciaux qui traversent cette époque.

Une reine mécène et diplomate 

L’immense et regretté Marc Fumaroli n’hésitait pas, quant à lui, à titrer un séminaire donné au Collège de France : « Le Siècle de Marie de Médicis ». De fait, à cette femme de haute culture, férue de mathématiques, d’art et de philosophie, elle-même instrumentiste, éprise de littérature (cf. L’Astrée, le roman pastoral à succès d’Honoré d’Urfé), ardente promotrice de la mode du ballet à la française, mêlant chant, musique et poésie dans l’écrin de décors fastueux, ou encore instigatrice de ces « salons » prestigieux, tel celui de Madame de Rambouillet, dont raffolent les gens de cour, infatigable mécène (elle pensionnera généreusement le peintre Simon Vouet), à cette reine tôt déprise du Louvre (en piteux état, il est vrai, au sortir des guerres de Religion), l’on doit la construction du palais du Luxembourg, joyau architectural dû à Salomon de Brosse, qui émerveillera le Bernin – comme chacun sait, il abrite désormais le Sénat. Sans compter la commande des vingt-quatre toiles de Rubens qui en composaient le décor allégorique, chefs-d’œuvre aujourd’hui conservés au musée du Louvre…

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La « grosse banquière » vilipendée par Henriette d’Entragues, la maîtresse d’Henri IV, victime du préjugé contre ce lignage transalpin de gens d’affaires, si méprisé par une turbulente haute noblesse française viscéralement guerrière et duelliste, fut par ailleurs une très subtile diplomate, dont le grand projet aura été de réconcilier la France et l’Espagne, alors en guerre depuis plus d’un siècle, mariant son fils avec Anne d’Autriche, fille de Philippe III d’Espagne et de Marguerite d’Autriche, et sa fille avec le futur Philippe IV.

La régente face aux princes

Certes, la main quelque peu forcée par les princes en révolte, à commencer par Condé, père du futur Grand Condé, à Marie de Médicis revient l’initiative fort risquée de réunir, en 1614, soit l’année même de la majorité de son fils aîné Louis XIII (il a 13 ans), ces états généraux dont jadis l’ultime occurrence, sur convocation de la Ligue, remonte à… 1593 ! Ceux-là s’achèveront le 24 mars 1615 par le triomphe en trompe-l’œil de la régente – et il n’y en aura plus guère avant ceux, désastreux, de 1789 ! Ici, Constant a soin de rappeler « que la société française de l’époque n’est pas acquise aux concepts d’égalité qui prévalent au XXIe siècle dans la civilisation occidentale, mais qu’elle est attachée à une organisation pyramidale et hiérarchique ». Autres mœurs.

La « douceur de vivre de la régence » dont La Rochefoucauld, l’auteur des Maximes, fait état dans ses Mémoires, est-elle un mythe ? Les récoltes sont abondantes, l’économie saine, le climat favorable. Pourtant, la paix franco-espagnole signée, les états généraux achevés, cette « obsession mortifère française », si bien illustrée par la littérature dramatique d’un temps (cf. les pièces jonchées de cadavres du dramaturge Alexandre Hardy) où la pratique du duel, tout autant que la passion guerrière, sèment l’hécatombe chez les gentilshommes, prend la forme d’une opposition de la vieille noblesse d’épée contre la vénalité des offices, acquise à grand frais par ces futurs représentants de la noblesse dite « de robe », contre lesquels se dressent bientôt les princes, Condé à leur tête, lesquels « ne rêvent que de revanche », aspirent à gouverner et veulent en découdre avec la régente : c’est « le piège condéen, annonciateur d’une fin de règne », pour reprendre le titre du chapitre qui décrit finement le conflit en cours.

De la prise de pouvoir de Louis XIII à l’exil 

Embastillement du prince de Condé à la suite de l’humiliant traité de Loudun ; remplacement des « barbons » au gouvernement du royaume par une équipe rajeunie… Vaincu politiquement, Condé sort pourtant vainqueur auprès de l’opinion, tandis que l’adolescent Louis XIII, dès 1616 et 1617, tout en chassant et dansant des ballets, a pris lui-même, contre sa mère, « le parti de la guerre ». Aidé du fidèle Charles-Albert de Luynes, il organise minutieusement sa prise de pouvoir, tandis que l’Italien Concini, favori de la régente, haï de longue date tant par les nobles que par le peuple de Paris, est assassiné au cours de son arrestation, son cadavre déterré, émasculé et brûlé par une foule en délire, et sa femme occise comme sorcière !

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Trahie par son propre fils, Marie de Médicis se voit exilée au château de Blois, dont elle s’évadera de façon rocambolesque, pour gagner bientôt Angoulême, avant que le souverain ne l’oblige à résider au château d’Angers. Entre la reine mère et Louis XIII, sous les auspices de Richelieu (qu’elle avait elle-même introduit auprès du roi), la réconciliation attendra 1620, année de la paix d’Angers qui met fin à la guerre civile. Encore dix ans, et ce sera la fameuse journée des Dupes, au cours de laquelle, donnant libre cours à sa fureur contre le prélat, « qu’elle traite de “perfide”, d’“ingrat”, de “fourbe” », Marie de Médicis tente d’obtenir le renvoi de Richelieu – il est cardinal depuis 1622 – par le monarque. Elle signe là sa deuxième mort politique. Les opposants à Richelieu emplissent les geôles de Vincennes et de la Bastille. Animés de bonne volonté, le roi et son ministre chercheront « en vain à négocier avec elle des accommodements afin de maintenir des liens privés ». Elle refuse de se retirer à Moulins, s’enfuit de Compiègne, s’exile volontairement à Bruxelles puis, désormais privée de soutiens dans un contexte de révoltes avortées (Gaston d’Orléans doit s’exiler en Lorraine) et de victoires françaises décisives sur le champ de bataille (Cateau-Cambrésis), Marie de Médicis passe dans la République des Provinces-Unies avant de se fixer en Angleterre, assaillie par des dettes que Richelieu soulage en partie, pour terminer sa vie à Cologne, sans ressources, et mourir d’une infection de la peau compliquée d’une gangrène. Triste fin pour la veuve d’Henri IV, reine de France et de Navarre…     

A lire : Marie de Médicis. Une européenne à la mode du XVIIe siècle, par Jean-Marie Constant. 288p., Perrin, 2026, 256 pages.

La Régence de Marie de Medicis

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August 14, 2026

Roger Vailland : « Il était une plume »

En tant que détentrice du droit moral de Roger Vailland, Marie-Noël Rio a pour mission de veiller à ce que l’œuvre littéraire l’écrivain soit accessible jusqu’en 2035, année où elle tombera dans le domaine public. 2026 a vu la parution, chez Grasset, des Ruines de Berchtesgaden, volume qui rassemble ses reportages de guerre. Elle s’est confiée à Philippe Lacoche.


« Il était une plume ». Voilà ce que pense Marie-Noël Rio (*), détentrice du droit moral de Roger Vailland, à son propos. Elle a conçu, réalisé, annoté et préfacé Les Ruines de Berchtesgaden, recueil d’articles (presque) inédits de l’auteur de La Loi. Un livre magnifique, exemplaire, dans lequel, de la bataille d’Alsace en novembre 1944 à la fête de la victoire dans les ruines de Berchtesgaden, le nid d’aigle de Hitler, le 12 mai 1945, Vailland accompagne les armées alliées à la conquête de l’Allemagne nazie. On le retrouve correspondant de guerre pour les journaux Action et Libération. « Autour de ce long reportage, cœur du présent ouvrage, quelques articles, de 1933 à 1950, en éclairent l’avant et l’après », commente Marie-Noël Rio. « Le tout dans le style Vailland : une écriture sèche, élégante, virtuose, un humour féroce, un regard aigu, cherchant le sens des choses et des hommes » Elle a bien voulu répondre à nos questions.

«  […] très proches de Nicky et Jean-Claude Fasquelle »

Causeur : Marie-Noël Rio, qui êtes-vous ?

Marie-Noël Rio : Père militaire, démobilisé en 1940, mère institutrice, Bretons, catholiques. Je suis née en 1944 en Loire-Atlantique, où mes parents étaient réfugiés. Enfance à Madagascar, colonie française dévastée par la répression atroce de l’insurrection malgache de 1947. Pas scolarisée, pas socialisée, ce qui a rendu difficiles mes premières années en France. Bac de justesse, aucune vocation, Université de Caen, rien qui m’intéresse. Au bout d’un an, j’ai fondé le Théâtre Universitaire de Caen et monté Les Cenci, d’Antonin Artaud, sans la moindre expérience théâtrale et sans savoir où je mettais les pieds. C’était sans doute très maladroit mais ça m’a ouvert de nouveaux horizons. Où j’ai sauté. [N.D.L.R. : modeste, elle ne dit pas tout : elle est par ailleurs héritière de l’œuvre de Roger Vailland, dont l’épouse Élisabeth lui a confié le droit moral. Elle est aussi écrivain, essayiste et dramaturge].

Comment et dans quelles conditions avez-vous découvert Roger Vailland ?

Par hasard, comme tout et toujours dans ma vie.

Comment avez-vous été amenée à connaître Elisabeth Vailland ?

A la fin des années 60, l’ORTF m’avait engagée pour faire le montage d’une série documentaire sur l’histoire de la révolution chinoise, dont le grand reporter Lucien Bodard était la colonne vertébrale. Nous sommes devenus amis, lui, son amour d’alors Marie Cardinal et moi. Ils étaient très proches de Nicky et Jean-Claude Fasquelle, que j’ai connus par eux. Jean-Claude, l’un des éditeurs de Vailland (mort quelques années plus tôt, en 1965), s’est mis en tête de nous faire rencontrer, sa veuve Elisabeth et moi, parce que nous étions communistes, chose assez rare dans son proche entourage. Je n’avais pas lu une ligne de Roger, mais j’ai aimé Elisabeth pour elle-même. Je n’ai lu Vailland que peu à peu, dans les années qui ont suivi, au fil de ma relation avec elle.

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Comment définiriez-vous l’écrivain Vailland ?

 « Bon qu’à ça », comme l’a sobrement déclaré Samuel Beckett en réponse à la question « Pourquoi écrivez-vous ? ».

 Comment définiriez-vous le journaliste Vailland ?

Le journalisme, que Vailland a pratiqué dès l’âge de 21 ans, fut son école : il y a appris à observer la réalité, à la décrire avec précision, rigueur, esprit, et le rare talent de trouver l’anecdote qui ait valeur symbolique. Il était une « plume », comme on dit dans la presse.

Vous détenez le droit moral sur son œuvre : en quoi consiste cette mission ?

J’ai promis à Elisabeth, qui m’a confié cette responsabilité, de faire en sorte que l’œuvre littéraire de Roger soit accessible jusqu’à ce qu’elle tombe dans le domaine public, 70 ans après sa mort. Soit en 2035. Trois personnes m’ont beaucoup aidée : l’avocat Henri Choukroun, les agents littéraires Robert Fouques-Duparc et Boris Hoffman. Aujourd’hui, les titres de Roger sont répartis entre trois grands éditeurs historiques (Gallimard, Grasset, Buchet-Chastel absorbé par Libella) et quelques éditeurs indépendants comme les éditions du Sonneur ou Delga. Ce n’est pas simple. Il y a aussi les films, le théâtre, les écrits journalistiques… Le droit moral me permet de m’opposer à des productions que je jugerais contraires à son œuvre.

Ce sont les éditions Grasset qui publient Les ruines de Berchtesgaden. Le rachat de la célèbre maison d’édition par Vincent Bolloré ne risque-t-il pas de compromettre d’éventuelles prochaines rééditions ?

Vincent Bolloré a mis la main sur Grasset en 2023. J’avais d’excellents rapports avec Olivier Nora, fidèle à l’admiration que portait Jean-Claude Fasquelle à Roger. Je n’ai jamais eu besoin de réclamer à Nora la réimpression d’un titre de Vailland épuisé, contrairement à ses autres éditeurs historiques. Son éviction brutale change la donne. Nous verrons.

« […] ces millions d’Allemands qui criaient « Heil Hitler ! » […] »

Parlez-nous du livre. Est-ce un inédit ?

Oui et non. J’avais publié au Temps des Cerises, en 2015, un fort volume intitulé Sacré métier ! Roger Vailland journaliste. J’en ai repris les droits et je l’ai proposé à Olivier Nora. Nous sommes tombés d’accord sur l’édition d’un volume plus modeste dans la collection « Les Cahiers Rouges », que dirige Charles Dantzig. Et notre choix s’est porté sur la série de reportages de Roger décrivant jour après jour la conquête de l’Allemagne par les forces alliées.

N’est-ce pas, selon vous, un constat lucide de l’horreur qu’est le nazisme ?

C’est un reportage de guerre, très précis, très net, non sans humour ni férocité, heureusement dépourvu de toute considération moraliste ou sentimentale. Introduit par deux articles précédant la guerre proprement dite et suivi de deux autres concernant Céline et Desnos, le collaborateur et le résistant, qui incarnent les deux extrémités du spectre idéologique dans la France de Vichy.

Il est également lucide par rapport à l’Allemagne et aux Allemands de cette génération qu’il ne ménage pas. Qu’en pensez-vous ?

C’est comique et sinistre à la fois : tout au long de la conquête des villes allemandes, Vailland décrit ses rencontres avec les vaincus : pas un qui ait été nazi, pas un qui n’ait été un « résistant de l’intérieur », pas un qui ne se décrive comme une victime du fascisme. Alors qui étaient-ils donc, ces millions d’Allemands qui criaient « Heil Hitler ! » ? Il n’y a pas eu de dénazification, et l’Allemagne en montre aujourd’hui encore les terribles conséquences.

A propos du projet d’attentat contre Céline, peut-on dire que l’ami de Vailland, Jacques-Francis Rolland, a sauvé la peau du créateur de Voyage au bout de la nuit ?

Je ne sais pas. Vailland n’évoque pas un projet d’attentat, mais la conversation, le jeu d’un soir entre résistants : tuer Céline et les collabos qui se réunissent chez lui, à l’étage au-dessus de celui qui les héberge. Jacques-Francis Rolland est membre du réseau de résistance Mithridate, où son responsable est Vailland. Il est contre, à cause de l’admiration qu’il porte au fameux roman de Céline. De là à dire qu’il lui a sauvé la peau…

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En quoi, selon vous, est-il nécessaire de lire et/ou de relire Roger Vailland aujourd’hui ?

C’est une drôle de question ! Homme de plaisir et d’engagement, Vailland porte sur son temps un regard aigu, à travers une écriture, un style singuliers. Il est de ceux qui comptent dans l’histoire littéraire française de la seconde moitié du XXsiècle. Un classique, en somme !

Comment expliquez-vous que ni le village d’Acy-en-Multien, dans l’Oise (son lieu de naissance), ni la ville de Reims, dans la Marne (lieu de son adolescence, la maison de ses parents, avenue de Laon, existe toujours) ne rendent hommage à ce très grand styliste français. Serait-il un écrivain encombrant ? Et pourquoi ?

C’est aux édiles qu’il faut poser la question.

Existe-t-il encore des textes inédits de Vailland ou, en tout cas, matière à édition ou à réédition ?

Non. Pour les chercheurs, les archives Vailland sont à Bourg-en-Bresse ; ses innombrables articles à la Bibliothèque nationale. Je ne crois pas utile de transformer en livres des textes inachevés.

Quels sont vos projets en tant qu’écrivain, dramaturge, etc. ?

Aucun. Je n’ai jamais eu le moindre plan de carrière. Je ne fais que ce que me dicte ma nécessité intérieure. Pour l’instant, je suis occupée à vivre avec l’homme que j’aime entre Paris et la Hollande où je suis désormais résidente, à voir mes amis, à jouer avec mon petit chien dans les dunes, à lire, à tenter de comprendre l’étrange réalité.

Les Ruines de Berchtesgaden, Roger Vailland ; préface, sélection et annotations de Marie-Noël Rio ; Grasset (coll. Les Cahiers Rouges) ; 113 p. ; 12 €.

(*) Le dimanche 22 novembre à 14 heures, dans le cadre du Salon du livre de Creil (Oise) aura lieu un entretien avec Marie-Noël Rio, animé par Philippe Lacoche, auteur de Vailland, drôle de vie, drôle de jeu (éd. La Thébaïde), en présence de Flavienne Rolland, veuve de l’écrivain Jacques-Francis Rolland, Grand prix du roman de l’Académie française, grand résistant, ami très proche de Roger Vailland, l’un des personnages du présent recueil d’articles et personnage central de Drôle de Jeu, sous le nom de Rodrigue.

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Roger Vailland, drôle de vie et drôle de jeu

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Jadis, si je me souviens bien

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L’Église condamne l’exécution de trois condamnés à mort aux États-Unis

Trois condamnés à mort ont été exécutés par injection létale ce jeudi 13 août aux États-Unis, dans trois États différents. Une première dans le pays depuis plus de seize ans, selon l’ONG Centre d'information sur la peine de mort (DPIC) qui lutte pour l’abolition de la peine capitale. Depuis le début de l’année, 22 condamnés à mort ont subi la peine capitale.

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Côte d'Ivoire, le cinéma d’évangélisation pour la diffusion de l’Évangile

«Le cinéma est l'une des nouvelles formes d'évangélisation que nous devons prendre à bras-le-corps», estime le réalisateur ivoirien Jean Charles Agnikoi Bitty. Il ambitionne de faire du cinéma un «véritable outil pastoral, capable de toucher les cœurs, le maximum de personnes, de chrétiens et même de non chrétiens», et d'accompagner l'Église catholique africaine dans sa mission d'évangélisation.

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Liberté j’écris ton nom

L’Algérie avait un grand écrivain ; elle l’a emprisonné. Le régime orwellien de Tebboune ne supporte pas qu’on dise la vérité. La Légende de Boualem Sansal est le récit de cette vie en prison, où l’on survit par la poésie, où l’on médite sur la tyrannie, et où l’on est finalement libéré… par l’Allemagne.


Légende : du latin legenda, adjectif verbal du verbe legere, « lire » : ce qui doit être lu, ce que l’on a intérêt à lire. À la différence du mythe, la légende s’appuie sur le réel, en le transfigurant. Comme disait merveilleusement Patrice de La Tour du Pin : « Tous les pays qui n’ont plus de légende / Seront condamnés à mourir de froid… » C’est dans La Quête de joie (1933).

Quand vous maîtrisez l’ensemble des discours, grande est la tentation de transformer les légendes en mythes. Ceux qui dirigent l’Algérie depuis cinquante ans, sans avoir jamais pris part aux combats, ont forgé une série de mythes qui justifient leur pouvoir et leur confiscation des ressources du pays. « C’est le verbiage au ras du tapis de prière, il participe de la fantasmagorie en lien avec le récit nationaliste écrit dans le pur style de la science-fiction protohistorique orwellienne. » À ce pays inventé il fallait des ennemis : les Français, les harkis, les Kabyles et Boualem Sansal.

« Dans ce pays de lumière, l’Algérie, tout est toujours présenté comme un miracle permanent. Le pire devient supportable, l’inacceptable explicable, l’absurde raisonnable. On vous enlève une liberté, et l’on vous explique que c’est pour votre bien. On vous prive d’un droit, et l’on vous assure que c’est pour vous protéger. On vous enferme, et l’on parle de nécessité. » Comme disait Orwell, l’ignorance c’est la force, et la liberté, c’est l’esclavage. « On vit dans un monde inversé – un monde où la vérité dérange, où la justice inquiète, où la liberté fait peur. » À force de mentir, les mythes algériens ont mis Tebboune sur un piédestal et jeté ses opposants dans un cachot.

Alors peut commencer la légende Sansal.

Hannah Arendt parlait de la banalité du mal. Sansal explique de même : « Ce qui m’a réellement frappé, à ce stade, et terrorisé, c’est la banalité, l’impression que tout cela, ma vie, ma mort, notre vie et notre mort à tous, n’étaient comme rien pour ces gens. »

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Quelle erreur d’avoir pensé que Sansal, écrivain connu et reconnu internationalement, était passible de la même procédure d’effacement que n’importe quel fellah ! « On a commencé à parler de mon affaire comme de l’affaire du siècle. On citait Soljenitsyne, Dreyfus, Navalny… ; le mot légende s’est imposé de lui-même… » Tebboune doit ignorer le mot fameux de de Gaulle à propos de Sartre : « On n’emprisonne pas Voltaire ! » Il a emprisonné Sansal – faute majeure.

« Je savais déjà que je n’étais pas en prison, promis à la casse, pour ce que j’avais fait, mais pour ce que j’étais censé avoir fait. On n’arrête pas un écrivain pour ses actes, mais pour les effets supposés de sa parole sur le bon peuple et de ses écrits sur la marche du monde. » Dans les temps anciens, un tyran sicilien avait tenté d’interdire l’usage du mot « démocratie » afin que le peuple, à terme, cesse d’en connaître le sens. Ça n’a pas marché. Sans doute Tebboune ne connaît-il ni de Gaulle ni Denys de Syracuse.

« La Légende » : c’est ainsi que le nomment ses codétenus à Koléa – la plus grande prison d’Afrique, peut-être 6 000 détenus. Sansal raconte merveilleusement sa vie entre les murs. « Reverrai-je un jour la mer ? » Et il pense à sa femme, Naziha. « Une arrestation n’emprisonne pas seulement un homme. Elle atteint ceux qui l’aiment, sa famille, ses amis, et les enferme dans une réalité annexe. Elle oblige à vivre dans l’absence comme dans une maison en ruine. »

Alors il se récite des poèmes pour survivre, de Heredia à Verlaine en passant par Villon. Une routine versifiée. « Mon premier ramadan en prison s’est passé ainsi : à réciter des poèmes et à dormir en regardant les nuages… les merveilleux nuages. » Puis il en fait écrire à ses frères de détention :

« Alors naît la légende. / Non celle des héros. / Non celle des livres. / Une légende pauvre, / Faite de mots usés, / De souvenirs mal tenus, / De rêves sans grandeur. / La légende des enfermés. / Celle qui dit qu’un jour, peut-être, / La porte s’ouvrira. »

Ce livre, c’est « J’accuse », écrit par Dreyfus lui-même. Quelle erreur de la part de Tebboune d’avoir cru qu’emprisonner un écrivain tuerait sa langue ! « Peu importe que je sois chétif et craintif, la Légende fera tout par elle-même. » Voltaire non plus n’était pas bien gros – mais la royauté ne s’est jamais remise des onze mois qu’elle lui a fait passer à la Bastille, en 1717. Les cendres de Tebboune emportées par le prochain sirocco, il restera les paroles de Sansal.

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Il n’y a pas que Tebboune – ce serait trop simple. Il y a l’islam : « Dans trop de pays musulmans, l’islam est cela, une chape brutale jetée sur une faillite historique, une couverture sacrée posée sur les ruines. » Il n’y a pas que la prison – mais des prisons-gigogne, enchâssées les unes dans les autres. On pense à cette nouvelle terrifiante de Kafka, Devant la Loi, où un malheureux attend à la porte de la Loi, à implorer le gardien, qui lui fait comprendre que passé la première porte, il y aura d’autres portes, et d’autres gardiens. « Le pouvoir enferme. On veut sortir d’une enceinte, on entre dans une autre. On pousse une porte, on pénètre dans un couloir sans fenêtre. On croit respirer, on change seulement d’oppression. »

Enfin vient l’intercession du gouvernement allemand, « sous condition du retrait volontaire, silencieux et honteux de la France ». Le départ en catimini dans un avion portant l’aigle germanique. Berlin et Paris, et tous les amis regroupés dans un Comité qui inlassablement s’est battu. L’éternité retrouvée. « La Légende, elle, continuait son œuvre démiurgique. »Elle est là, chez votre libraire, elle est dans ceux qui y ont cru. Sauf qu’il en est d’autres qui avaient enterré Sansal parce que leur allégeance va au tyran. Et ils se pensent de gauche !

La Légende, Boualem Sansal, Grasset, 2026.

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Un évêque australien reconnu coupable d’abus sexuels

Mgr Christopher Alan Saunders a été reconnu coupable par le tribunal de district d'Australie-Occidentale d'une série d'infractions à caractère sexuel. «Nous sommes aux côtés des victimes qui ont fait preuve de courage et de résilience, pour leur offrir l'espérance et l'apaisement», a déclaré l'évêque de Broome, Mgr Tim Norton.

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Léon XIV encourage à une formation liturgique inclusive

Dans une lettre adressée au cardinal Arthur Roche, préfet du dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Léon XIV exhorte les participants à la rencontre qui se tient du 14 au 19 août à l’abbaye bénédictine de Mount Angel aux États-Unis, à explorer des voies concrètes de formation liturgique à tous les niveaux. Les premières occasions se présentent dans «notre pratique habituelle de nous rassembler chaque dimanche pour célébrer l’Eucharistie», soutient-il.

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Journée mondiale des migrants: le Pape invite à reconnaître l’enfant avant le migrant

Ce vendredi 14 août, le Vatican a dévoilé à la mi-journée le message du Pape pour la Journée mondiale des migrants et des réfugiés du 27 septembre. Dans ce texte, daté du 11 août, Léon XIV invite à reconnaitre les mineurs parmi les migrants et à les accueillir. Il appelle les fidèles, les acteurs ecclésiaux et les institutions civiles à œuvrer pour leur protection et intégration, tout en exhortant les pays d’origine à intervenir pour éliminer les causes qui poussent leur jeunesse à fuir.

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Iran : d’Ormuz à l’« Ormuz de feu »

Pipelines saoudiens, terminal de Fujairah, mer Rouge : les routes permettant de contourner Ormuz existent, mais aucune n’offre de véritable sanctuaire. Missiles et drones permettent désormais à l’Iran et à ses alliés de menacer les hydrocarbures du Golfe bien au-delà du détroit.


Mardi 11 août, le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright a fait une déclaration spectaculaire. Selon lui, près de 9 millions de barils de pétrole auraient franchi chaque jour le détroit d’Ormuz au cours des sept derniers jours, en provenance du golfe Persique. À ces volumes s’ajouteraient, selon lui, 5 à 7 millions de barils par jour évacués par les oléoducs et les terminaux permettant de contourner le détroit. Au total, environ 15 millions de barils quitteraient quotidiennement la région. Dimanche 9 août, affirme Wright, le chiffre aurait dépassé 20 millions de barils, soit davantage qu’avant le début de la guerre.

Le chiffre de 9 millions doit cependant être manié avec prudence. Les données indépendantes disponibles ne permettent pas, pour l’instant, de confirmer un tel niveau. Mardi, Reuters relevait seulement six passages dans le détroit, contre une moyenne d’environ onze au cours des dix jours précédents. Ce mercredi, les données citées par Reuters font état de huit transits, contre 125 à 140 mouvements quotidiens avant la guerre.

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Cette bataille de chiffres est révélatrice. Pour Washington, la quantité de pétrole qui parvient à sortir du Golfe est devenue importante politiquement, car la stratégie américaine face à l’Iran est en train de changer de nature.

Étrangler l’Iran sans étrangler le monde ni s’étrangler soi-même

Le problème américain peut se résumer simplement. Washington cherche à exercer sur Téhéran une pression économique suffisamment forte pour limiter sa capacité à financer la guerre et contraindre ses dirigeants à changer leurs positions dans la négociation. Mais il doit y parvenir sans provoquer un choc pétrolier mondial qui plongerait les États-Unis et leurs alliés dans la crise économique et, surtout, qui se retournerait contre Donald Trump à quelques mois des élections de mi-mandat.

C’est précisément la difficulté de la stratégie d’étouffement. Sanctionner ou bloquer les exportations iraniennes est relativement simple tant que le reste du pétrole du Golfe continue de circuler. Cela devient beaucoup plus dangereux si Téhéran répond en réduisant les exportations saoudiennes, émiraties, irakiennes, koweïtiennes ou qataries.

La stratégie militaire poursuivie depuis février avait précisément rencontré cette limite. Les États-Unis disposent d’une supériorité militaire écrasante, mais le contrôle d’un détroit ne dépend pas seulement de la maîtrise de la mer. Il suppose aussi de pouvoir neutraliser les capacités installées à terre. Or, depuis ses côtes, l’Iran peut menacer la navigation avec des missiles balistiques et antinavires, des drones, des mines et des embarcations légères. Une marine côtière relativement modeste, adossée à un vaste dispositif terrestre, parvient ainsi à contester à la marine la plus puissante du monde la maîtrise effective d’un espace maritime de quelques dizaines de kilomètres de large. La supériorité militaire américaine ne se traduit donc pas automatiquement par le contrôle économique d’Ormuz.

D’où la recherche d’un nouvel équilibre. Il s’agit moins désormais de vaincre militairement l’Iran que de construire autour de lui un dispositif permettant de laisser sortir le pétrole des monarchies du Golfe tout en empêchant, autant que possible, Téhéran de bénéficier lui-même de cette circulation. Le chiffre avancé par Chris Wright doit être compris dans ce contexte. S’il était confirmé, 9 millions de barils par jour constitueraient une réussite importante.

Ce qui manque encore à Ormuz

Avant la guerre, le détroit était une autoroute énergétique. Au premier semestre 2025, environ 20,9 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers le franchissaient chaque jour, soit environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers et environ un quart du commerce maritime mondial de pétrole.

À la fin de 2025, le trafic demeurait voisin de ce niveau. Au quatrième trimestre, l’Energy Information Administration (EIA) évaluait les flux à 20,7 millions de barils par jour. Mais au premier trimestre 2026, avec le déclenchement de la guerre et la crise d’Ormuz, ils étaient tombés à 14,6 millions. La situation s’est ensuite encore détériorée. L’EIA estime qu’environ 5,5 millions de barils de production quotidienne du Moyen-Orient étaient encore arrêtés en juillet.

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Il faut ajouter une seconde difficulté. Tous les barils ne se valent pas. Les pays asiatiques sont particulièrement dépendants d’Ormuz. Avant la guerre, l’Arabie saoudite représentait à elle seule environ 38 % des flux de brut et condensats transitant par le détroit, tandis que la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud figuraient parmi les principales destinations. Et le problème ne concerne pas seulement le pétrole. Le Qatar, dont les méthaniers doivent eux aussi franchir Ormuz, constitue l’un des principaux fournisseurs mondiaux de gaz naturel liquéfié. Une crise durable du détroit menace donc simultanément le marché pétrolier et celui du gaz.

Le marché ne croit pas encore au retour à la normale

Le meilleur juge de la crédibilité de la communication américaine reste probablement le marché. Mercredi 12 août, le Brent évolue autour de 90 dollars le baril et le WTI américain autour de 84 dollars. Les cours ont remonté avec les nouvelles attaques contre des navires à Ormuz et à Bab el-Mandeb et l’éloignement d’un accord entre Washington et Téhéran. Ces niveaux indiquent que le marché ne croit pas à une normalisation complète d’Ormuz. Et qu’il ne croit pas non plus à un scénario apocalyptique de fermeture totale et durable du détroit. Suffisamment de pétrole sort pour éviter la panique, pas assez, et avec trop d’incertitudes, pour faire baisser la prime de risque.

Washington brûle son bas de laine

Un autre indicateur est plus préoccupant : l’état de la Strategic Petroleum Reserve américaine (SPR). Le 11 mars, Donald Trump avait autorisé la libération de 172 millions de barils de la réserve stratégique américaine dans le cadre d’une opération coordonnée de 400 millions de barils avec les autres membres de l’Agence internationale de l’énergie. Et le résultat commence à être considérable.

Au début de 2026, la SPR contenait environ 415 millions de barils. Pour la semaine achevée le 7 août, elle est tombée à environ 299 millions de barils, son niveau le plus bas depuis 1983. Et cela réduit progressivement la marge de manœuvre de Washington.

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La réserve permet à l’administration de gagner du temps. Lorsque plusieurs millions de barils disparaissent temporairement du marché mondial, Washington peut injecter du brut dans les raffineries américaines et contribuer à empêcher une envolée trop rapide des prix de l’essence. Mais plus la crise dure, plus cette assurance s’amenuise. L’administration se retrouve donc engagée dans une course contre la montre. C’est aussi ce qui explique l’importance accordée aux itinéraires de contournement d’Ormuz.

Contourner Ormuz : la fausse solution miracle

Sur une carte, le problème semble simple. L’Arabie saoudite possède deux façades maritimes. Plutôt que d’exporter son pétrole depuis le Golfe, elle peut le transporter vers la mer Rouge. Les Émirats arabes unis peuvent, de leur côté, acheminer leur brut vers Fujairah, sur le golfe d’Oman, donc à l’extérieur d’Ormuz. Ces deux routes existent déjà.

L’oléoduc saoudien Est-Ouest relie les installations pétrolières de la province orientale au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge. Sa capacité est d’environ 5 millions de barils par jour et a été portée temporairement jusqu’à environ 7 millions. Les Émirats disposent, de leur côté, d’un oléoduc reliant leurs champs terrestres à Fujairah. L’EIA estime actuellement à environ 4,7 millions de barils par jour la capacité combinée permettant théoriquement aux deux pays de contourner Ormuz. Mais cette capacité théorique donne une image trompeuse du problème.

La première contrainte est qu’il faut pouvoir charger le pétrole à son arrivée. Agrandir un réseau de pipelines sans accroître simultanément les capacités de stockage, les terminaux et les installations de chargement ne résout pas le problème. Or, construire de nouvelles installations portuaires importantes demande plusieurs années.

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La deuxième contrainte est littéralement géopolitique. L’Arabie saoudite et les Émirats ont la chance exceptionnelle de pouvoir rejoindre une autre mer sans traverser un État voisin. Ce n’est pas le cas des autres producteurs du Golfe. Le Koweït est enfermé au fond du golfe Persique. Le Qatar l’est également. Pour contourner Ormuz par pipeline, Doha devrait nécessairement passer par le territoire saoudien ou émirati. L’Irak dispose théoriquement de davantage d’options, vers la Turquie, la Syrie, la Jordanie, Israël ou éventuellement à travers l’Arabie saoudite. Or l’histoire des grands oléoducs transfrontaliers du Moyen-Orient est peu encourageante. Les pipelines sont parmi les premières victimes des ruptures diplomatiques, des guerres, des sanctions et des changements d’alliance. Une conduite traversant plusieurs États crée moins une indépendance énergétique qu’une dépendance nouvelle du ou des pays de transit.

C’est particulièrement important pour le Qatar. Une grande partie de son GNL destiné à l’Asie et à l’Europe n’a aujourd’hui aucune alternative réaliste à Ormuz. Pour modifier cette situation, il faudrait non seulement des investissements gigantesques, mais également une transformation durable des relations politiques entre Doha, Riyad et Abou Dabi. Et même dans cette hypothèse, le problème ne serait que déplacé.

Après Ormuz, Bab el-Mandeb

Le pétrole saoudien envoyé à Yanbu échappe à Ormuz. Il n’échappe pas pour autant à l’Iran et à ses alliés. Une partie des cargaisons quittant la mer Rouge doit ensuite franchir Bab el-Mandeb pour rejoindre l’océan Indien. Or ce détroit est précisément à portée des Houthis. Mardi encore, une attaque houthie contre un cargo dans cette zone a tué quatre membres d’équipage, tandis que d’autres opérations maritimes étaient menées dans le golfe d’Oman.

La guerre de 2026 a surtout démontré que les infrastructures terrestres ne sont pas davantage sanctuarisées. L’oléoduc Est-Ouest saoudien et plusieurs installations énergétiques du royaume ont déjà été touchés durant le conflit. En avril, Riyad avait reconnu que ces attaques avaient temporairement réduit d’environ 700 000 barils par jour le débit de son pipeline Est-Ouest, avant le rétablissement de sa capacité. La guerre entre la Russie et l’Ukraine en apporte presque quotidiennement une autre démonstration. Des drones peuvent perturber une chaîne pétrolière sur des centaines de kilomètres en frappant raffineries, stations de pompage, dépôts, terminaux ou infrastructures portuaires. Déplacer le pétrole d’Ormuz vers un oléoduc terrestre ne supprime donc pas sa vulnérabilité.

La prolifération des missiles et des drones à longue portée modifie la géopolitique. Un terminal pétrolier à Fujairah, un pipeline traversant l’Arabie saoudite ou un port à Yanbu peuvent être attaqués à des centaines ou des milliers de kilomètres du territoire iranien. Et lorsque le pétrole atteint la mer Rouge, il entre dans une autre zone où les Houthis disposent à leur tour de moyens de pression. Sans parler du canal de Suez…

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C’est pourquoi il faut se méfier de l’idée selon laquelle la crise actuelle accélérerait mécaniquement la disparition stratégique du détroit. Dans cinq ans, et probablement bien au-delà, Ormuz devrait demeurer l’une des principales artères énergétiques mondiales. Mais l’enjeu est peut-être plus profond encore. Même si les monarchies du Golfe parvenaient à multiplier les voies de contournement, l’Iran pourrait conserver les moyens d’enfermer le pétrole et le gaz de la région dans une sorte d’« Ormuz de feu » beaucoup plus vaste que le détroit lui-même.

À court terme, il n’existe donc pas de véritable substitut à Ormuz. Et à moyen terme, les solutions techniques ne supprimeront pas le problème. Tant que l’Iran et ses alliés disposeront des moyens de frapper les infrastructures énergétiques du Golfe et les routes maritimes qui le relient au reste du monde, la question d’Ormuz restera moins celle d’un détroit que celle du rapport de forces régional tout entier.

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Le curé de Castel Gandolfo: «Le Pape apporte la joie»

Samedi 15 août à 10 heures, le Souverain pontife présidera la messe pour la solennité de l’Assomption dans la paroisse pontificale de Saint-Thomas-de-Villeneuve, dans la petite ville des Castelli Romani. Samedi 29 août, pour la première fois, il célébrera la liturgie eucharistique et participera à la procession à l’occasion de la fête de la Vierge du Lac.

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Pédocriminalité : comment protéger nos enfants

Qu’il s’agisse de l’accueil de la petite enfance, de la prise en compte de la parole de l’enfant ou des procédures pénales, l’organisation française se montre défaillante. Des cas comme celui de Lyhanna doivent provoquer un sursaut et obliger les pouvoirs publics à adopter de nouvelles mesures, plus efficaces. Tribune.


Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles en France. Le scandale du périscolaire parisien, puis l’affaire Lyhanna agissent comme de véritables catalyseurs auprès de l’opinion publique. En juin 2026, alors que la France apprend que la petite Lyhanna a été retrouvée morte après un enlèvement puis un viol dont l’auteur présumé était déjà connu de la Justice. Les Français ne comprennent plus ces affaires qui n’auraient pas dû arriver avec un État fort et fonctionnel. Le sursaut des consciences doit amener à des changements forts pour protéger nos enfants.

 De multiples dysfonctionnements

Encore aujourd’hui, la justice française ne sait pas protéger les enfants contre les prédateurs sexuels. Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Selon une étude réalisée par le Service statistique des études et de la recherche (SSER), 96% des auteurs de viols sur mineurs sont des hommes, dont 61% sont majeurs. Et pour cause, la réponse judiciaire souffre de trois grandes limites.

La justice évolue dans un contexte culturellement méprisant à l’égard de l’enfant. Entre 2017 et 2024, sur 178 300 personnes mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur, 116 700 n’ont jamais été poursuivies, soit près de deux sur trois. Légitimement, l’enfant se pose alors cette question : quelle place m’accorde-t-on réellement alors qu’on parle pourtant de me protéger ? L’affaire Bétharram était déjà révélatrice de la minimisation de la parole de l’enfant. Selon plusieurs travaux sociologiques, dont ceux de la docteure en psychopathologie, Hélène Romano, les adultes ont beaucoup de difficultés à croire les enfants. « Certains parents pensent à leur couple plutôt qu’au bien-être de l’enfant ou ils ont peur du qu’en dira-t-on ». Il s’agit ici d’abord d’un problème culturel. De plus, selon une enquête menée auprès de 5117 personnes, 1 Français sur 2 avoue ne pas connaître les droits de l’enfant. Cela doit donc être réellement perçue comme un signal d’alarme, puisque cette violence se traduit dans les décisions de la justice.

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Le faible taux de condamnation est le corollaire de cette défaillance culturelle. Dans 75% des cas, la raison réside dans une infraction insuffisamment caractérisée. C’est le défi principal pour les victimes de violences sexistes et sexuelles. C’est également à ce moment précis que les différents services qui participent au processus de la protection de l’enfance bafouillent lorsqu’il faut désigner le coupable de ces dysfonctionnements. Tel est le cas du périscolaire parisien comme celui de l’affaire Lyhanna. Entre la généralisation des classements sans suite « pour apurer les stocks » et la mauvaise coordination entre les services, couplées au sentiment de ne pas être soutenu, les jeunes victimes sont donc confrontées à une brutalité judiciaire, créant un fossé entre les adultes et les enfants. Une vraie réforme de la protection de l’enfance sera celle qui rétablira l’union contre la pédocriminalisation de la société. Les Français exigent plus de sécurité, les parents plus de confiance et les enfants, davantage d’écoute.

Une prise de conscience réelle mais qui manque sa cible 

La colère des Français a poussé les responsables politiques à s’organiser autour du fléau de la pédocriminalité. Si plusieurs mesures expérimentales ont été menées avant ces scandales, les premières réponses sont parvenues après l’éclatement de l’affaire Lyhanna, en juin 2026. Les députés socialistes, soutenus par l’ensemble de la classe politique, dressent une liste de 140 mesures visant à mettre fin au désordre dans la répartition des compétences pour une réforme globale, pilotée au plus haut sommet de l’État et dans une dynamique interministérielle. Du côté du Gouvernement, le 15 juillet, la Haute-commissaire à l’Enfance remettait au Premier ministre vingt décisions prioritaires. Six jours plus tard, le projet de loi était adopté par l’Assemblée nationale. Il institue une ordonnance de sûreté de l’enfant, un dispositif de contrôle d’honorabilité des personnes exerçant au contact d’enfants, l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs et l’extension de la réclusion à perpétuité aux auteurs de crimes sexuels graves et en série.

Ces textes traitent deux questions, mais ils ne parviennent à répondre au cœur du problème : la prévention de l’acte et la reconnaissance des violences sexuelles et leur qualification judiciaire. L’Assemblée nationale vient de voter la perpétuité des crimes qu’elle ne parvient pas à qualifier, or une peine que l’on prononce rarement peut être alourdie indéfiniment sans qu’aucun enfant ne soit mieux protégé. Rien, dans ces textes, n’oblige un parquet à exposer ce qu’il a fait avant de classer une affaire concernant un enfant. Rien ne prévoit qu’un même nom apparaissant dans plusieurs procédures déclenche la moindre vérification. Rien ne dit qui auditera les structures qui accueillent nos enfants, selon quel référentiel ni à quelle fréquence. De plus, ces réponses démontrent un véritable retard par rapport aux solutions apportées dans les pays étrangers.

Pour un choc dans la protection de nos enfants

La pédocriminalité est un fléau international. À l’instar de la gangstérisation du monde, les prédateurs sexuels sont la plaie de tous les pays. Rien qu’en matière de cyber pédocriminalité, 21,3 millions d’enfants en sont victimes chaque année. Selon l’Office des mineurs (Ofmin), en moyenne 493 enfants sont filmés, abusés, photographiés, exposés sexuellement sur internet, chaque jour. Cependant, les politiques menées pour les combattre sont plus audacieuses qu’en France. En Australie, la formation continue, l’externalisation partielle des audits et la création d’une Autorité chargée des honorabilités ont été les solutions choisies pour bloquer toute entrée de prédateurs sexuels dans les écoles. Une charte spécifiquement dédiée au bien-être et à la protection des enfants (Child Safe Standards) a valeur de loi pour toutes les structures accueillant du jeune public, qu’elles soient publiques ou privées. Au Royaume-Uni, la vérification des antécédents ne s’arrête pas au stade du recrutement, comme dans le cas français. Au contraire, chaque année, le personnel doit prouver un casier judiciaire vierge.

La France a échoué à tous les niveaux où le contrôle était à sa portée. Garantir la protection des enfants implique de tenir un fil rouge nécessaire, qui débutera nécessairement par un changement de regard sur l’enfant afin de prévenir au maximum les actes et éventuellement de sanctionner les coupables.

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Le premier vise à empêcher le passage à l’acte, en agissant sur l’organisation du travail auprès des enfants. Il s’agit de sortir le périscolaire de la pénurie par la mutualisation des emplois, car près de la moitié des animateurs ne possède aujourd’hui aucun diplôme professionnel. Il s’agit ensuite de faire qu’aucun adulte ne se retrouve jamais seul face à un enfant. Il s’agit enfin de soumettre les structures accueillant des mineurs à des audits réguliers, conduits selon un référentiel national par des organismes accrédités et placés sous le contrôle d’une autorité indépendante, comme le fait l’État de Victoria depuis la commission royale australienne.

Le second vise à faire payer les coupables, en agissant sur l’établissement de la preuve. Les juges doivent pouvoir s’appuyer sur des professionnels formés à recueillir la parole de l’enfant, parce que c’est le début du fondement de la preuve. Le classement sans suite doit être motivé par écrit et de façon circonstanciée lorsque la victime est mineure, afin qu’une famille sache enfin ce qui a été fait de sa plainte. Et un même nom visé par plusieurs signalements doit déclencher un réexamen conjoint des dossiers, ainsi qu’une vérification immédiate de l’emploi de l’intéressé. À Fleurance, cinq alertes en huit ans n’ont jamais été rapprochées, pendant que cet homme travaillait au contact d’enfants.

L’affaire Lyhanna a démontré l’inefficacité de l’État dans la protection de nos enfants, avec chacun de ses services qui s’est renvoyé la responsabilité plutôt que d’assumer leur échec. Cette affaire a provoqué un réveil des consciences, mais les Français exigent légitimement des changements et surtout qu’elles produisent enfin des effets.

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August 13, 2026

Anna Gavalda : quelle présence a son absence !

Quand la France se trouve en aussi piteux état, comment se remonter le moral? En se tournant vers l’histoire et ses personnalités fortes et vers la littérature.


Si seulement les grandes vacances pouvaient durer toute l’année, comme ce serait bien ! Nous aurions des médias passionnants, quasiment débarrassés de l’écume politique et des informations superfétatoires ; ils se consacreraient à l’essentiel, aux destinées exceptionnelles et à la littérature.

Ou à la futilité somptueuse et somptuaire de Jacqueline de Ribes, qui a fait de son existence une œuvre d’art sans se soucier une seconde du commun de l’humanité… (Le Figaro)

Bernard Arnault n’a pas aimé la remarquable série d’articles racontant l’histoire de sa famille, de cette dynastie que certains jouissent de détester à cause de la personnalité unique de celui qui l’a créée et la dirige encore. Pour ceux qui, comme moi, sont épris des grandes figures et des personnalités fortes, une telle opportunité médiatique n’était pas à rejeter (Le Monde).

Je suis persuadé d’ailleurs que l’appréhension de cet univers sans commune mesure, tant par ses réussites, sa fortune que par ses difficultés réelles ou prétendues, n’a pas engendré que des critiques, loin de là. Il y a une curiosité immense pour ce monde qui mêle intimement, politiquement et financièrement, son pouvoir à celui des gouvernements et des autorités de tous les pays, avec des rapports de force et d’influence qui ne font pas forcément pencher la balance vers les pouvoirs officiels !

Quel changement d’atmosphère avec « Premiers romans : succès et désillusions » (Le Figaro), surtout quand l’article et l’analyse d’Alice Develey se penchent sur Anna Gavalda, « disparue sans laisser d’adresse ». Cela fait dix ans qu’elle n’a rien publié, mais elle a un livre en cours, même « une histoire pour les grands », dont on attend et espère la sortie, tout en en doutant un peu.

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Mais ce qui me plaît chez cet écrivain, c’est qu’il n’y a pas l’ombre d’une affectation ni d’une coquetterie. Elle ne nous fait pas patienter par sadisme, mais parce qu’il me semble que, pour elle, la littérature est une chose sérieuse qui ne se jette pas à tous vents comme un produit de lessive.

J’ai toujours éprouvé un faible pour ces êtres, Anna Gavalda ou Jean-Jacques Goldman par exemple, qui se montrent sans se montrer, offrent leur présence du bout du corps, du bout du cœur et sont admirés parce que le succès, leur réputation, la gloire, qui auraient pu les gangrener, les ont au contraire sublimés, rendus encore plus précieux.

Sa singularité est authentique, sa modestie n’est pas ostentatoire. Je suis prêt à parier que les activités auxquelles elle s’est adonnée durant ces dix ans, d’écriture au sens large, diverses et multiples, ne sont pas destinées à préparer la sortie triomphale d’un grand livre. Elle avait peu goûté l’exposition médiatique qui avait suivi la publication de son fabuleux recueil de nouvelles et qui l’avait immunisée, si c’était nécessaire, contre toute envie de poursuivre dans cette voie promotionnelle.

Je ne l’ai jamais rencontrée, mais j’ai échangé avec elle durant quelque temps. Sa délicatesse et sa gentillesse ne m’ont pas étonné : il suffisait de lire ses livres ! Elle a tout de même eu l’amabilité de m’envoyer un chef-d’œuvre de la littérature américaine : Stoner. Héros qui ressemblait totalement à sa vision de l’existence à elle. Un modeste irradiant, éclatant. La gloire d’une quotidienneté sans esbroufe. La force indépassable des vrais humbles. Et elle l’a, et elle l’est. C’est sans doute la disposition de son caractère qui me touche le plus. Parce que j’aspire trop à la modestie pour en être un vecteur naturel et que, pourtant, c’est la qualité qui, avec le courage, a ma prédilection.

Quand je lis dans l’article d’Alice Develey qu’Anna Gavalda raffole des dialogues avec les lecteurs dans les salons du livre et qu’elle est, à ces occasions, inépuisable, je ne suis pas surpris. Si j’osais, j’irais jusqu’à soutenir que, pour elle, ces échanges valent bien toute littérature, même si elle n’oublie pas sans doute de les garder comme un matériau pour un futur proche ou éloigné : elle décidera.

Pour conclure, je voudrais répondre à un grief qui me sera fait, j’en suis sûr. Comment peut-on, dans une France en aussi mauvais état, dans un monde en désordre et en violence, s’intéresser encore à la littérature et à Anna Gavalda, si présente quoique évanescente ?

Justement, parce qu’on a besoin de l’une et de l’autre.

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En Cisjordanie, les colonies de vacances pour la défense des droits des plus jeunes

Les activités organisées par les religieuses pour les enfants des villages bédouins du désert de Judée, à l’est de Jérusalem, se sont achevées ces derniers jours. Pendant plus d’un mois, ces jeunes, tous de confession musulmane, ont pu partager des moments de jeu et de loisirs. «En ces temps si difficiles, il est important de créer un espace où ils puissent s’amuser et se sentir valorisés» assure sœur Lourdes Garcia, l’une des responsables de l’initiative.

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Un tabou sur la nudité : encore la faute de l’homme blanc !

Sur le site d’Arte, la mise en accusation de l’Occident atteint des sommets. Des sommets de bêtise, bien entendu. L’analyse de la philosophe et politologue, Renée Fregosi.


Dans la rubrique des vidéos « shorts » sur le site web en français de la chaîne publique Arte, une jeune influenceuse nous invite avec un large sourire, à « cuisiner un tabou » semble-t-il typiquement occidental, celui « sur le corps nu ». Supposément humoristique, cet enfilage de perles wokes consternant est particulièrement déplorable pour un média qui se pique de culture.

Après nous avoir affirmé que chez les Grecs et les Égyptiens (???) de l’Antiquité, le corps nu n’était pas « sexualisé » puisque hommes et femmes pratiquaient le sport, nus, elle nous explique que la honte du sexe et « donc » (???) du corps nu vient de « la morale judéo-chrétienne » puisque Adam et Eve se couvrent le sexe en fuyant l’Eden. Cela posé, elle saute au « puritanisme de l’époque victorienne » qui aurait, après « 15 à 20 siècles » d’incubation, instauré définitivement l’interdit sur la nudité, censé donc être toujours en vigueur aujourd’hui (comme ne le montrent pas vraiment les vidéos récentes de nudistes placides marchant sur des plages en fond d’écran derrière notre instructrice). Et à nouveau sans transition ni souci de la contradiction, elle s’insurge contre l’exhibition fréquente, dans nos pays, de jeunes corps nus, minces, musclés, et blancs (nouvelles illustrations à l’appui d’images publicitaires) excluant « la diversité », entendons crimes de « grossophobie », racisme, et sexisme. Car de plus, ce tabou du corps nu serait particulièrement à l’œuvre concernant les femmes dont on ne pourrait pas voir sans faire scandale, de nos jours encore, « le moindre bout de cuisse », dit-elle.

On se demande bien où vit cette jeune personne pontifiant avec tant d’assurance. Certainement pas en France où pendant ces dernières semaines de canicule notamment, on voyait marcher dans le métro et les rues de Paris et de toutes les grandes villes, nombre de jeunes femmes nombril à l’air dans des tenues hyper moulantes en tissus quasiment transparents, en principe réservées à leurs cours de Yoga ou de Pilates (très en vogue). Certainement pas en France où l’on peut pratiquer le nudisme sur de nombreuses plages océanes ou méditerranéennes et dans certains campings et villages spécifiques, car le naturisme y a des adeptes de tout bord philosophico-politique, depuis les années 1930. Certainement pas en France qui inventa la philosophie libertine, les salons littéraires animés par des femmes célèbres de grande culture et liberté de corps et d’esprit (et souvent aux décolletés pigeonnants). Certainement pas en France où le mouvement de libération des femmes (où l’on pratiquait d’ailleurs volontiers les seins nus) a obtenu des avancées remarquables depuis les années 1970, malheureusement remises en question en partie par la vague contre-révolutionnaire fort pudibonde de #MeToo. 

Le corps, nouveau champ de bataille woke

A moins justement que cette jeune personne apparemment ignorante de l’Histoire de France et de l’Occident, ne soit enfermée dans une bulle idéologique régie par les fantasmes du wokisme. Car s’il est une sous-culture occidentale qui culpabilise le corps et le sexualise, pour paradoxalement le « dé-sexualiser », c’est bien l’univers woke où l’ennemi s’incarne dans « le mâle blanc cisgenre ». Dans cette vision du monde, le corps occupe en effet une place centrale : il est le premier point d’ancrage de la logique de victimisation systématique qui est le moteur du wokisme. La couleur de peau est mise en avant pour dénoncer la « racisation » des non blancs, la différence sexuée est déniée au profit du « genre » qui se lit notamment dans la vêture des corps et les accessoires réputés « féminins » ou « masculins » dont s’affublent volontiers les LGBTQ++. Et tout une série d’autres discriminations ou « phobies » également liées au corps sont dénoncées comme la « grossophobie » (contre les personnes en surpoids) ou la « nanophobie » (contre les personnes de petite taille). Enfin, le voilement du corps des femmes est défendu contre une soi-disant « islamophobie » assimilée à du « racisme antimusulman ». 

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Mais peut-être notre influenceuse vit-elle précisément au contraire, dans un de ces « quartiers » de banlieues françaises où règne déjà la charia. Mais alors, elle devrait plutôt nous entretenir de l’apartheid qu’y subissent les femmes dont le corps tout entier se doit d’être soustrait au regard des hommes. S’il est bien une culture qui proscrit la nudité, culpabilise et « sexualise » le corps et tout particulièrement celui des femmes, c’est en effet la culture musulmane qui va jusqu’à considérer que les cheveux des femmes doivent être cachés au motif qu’ils évoqueraient les poils pubiens. Car la répression sexuelle est étroitement articulée à la fascination/répulsion à l’égard du corps des femmes et à la haine qu’il suscite de ce fait. Notre influenceuse devrait aller faire un reportage sur le tabou du corps nu (et surtout pour les femmes) au Qatar, en Iran ou au Pakistan par exemple. 

Si de nos jours le corps, son obsession, sa sexualisation, sa répression, constituent la pièce centrale de systèmes totalitaires, c’est bien dans l’islamisme et le wokisme. De même que la répression sexuelle en terre d’islam marche du même pas que celle des délits de libre expression et surtout de liberté de conscience, autour de la figure du justicier woke, et tout particulièrement de la justicière « néo-féministe », s’organise la censure moralisatrice qui fait taire les anticonformistes et les libres-penseurs, et tout simplement ceux qui ne s’alignent pas totalement sur les positions du politiquement correct. Les militants islamo-wokistes, cinquième colonne du Sud global au cœur de l’Occident honni, déroulent alors avec une morgue masquant une lamentable haine de soi, leurs argumentaires ineptes, comme cette jeune influenceuse accueillie sur le site d’Arte pour son savoir supposé sur « le tabou du corps nu ».

Le Sud global à la dérive: Entre décolonialisme et antisémitisme

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Cinquante nuances de dictature: Tentations et emprises autoritaires en France et ailleurs

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À Assise, au Parvis de François, la vie est «une bonne nouvelle»

Du 10 au 13 et du 17 au 20 septembre, le rendez-vous culturel organisé par les frères du couvent franciscain d'Assise revient. À l'occasion du huitième centenaire de la mort du Poverello, cette douzième édition met la vie à l'honneur, abordée sous l'angle des relations, de la culture, de la spiritualité, du bien-être et des nouvelles technologies

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Chine: décès du père Benedict Chao, le moine trappiste le plus âgé du monde

Né en Chine, cistercien de Stricte Observance, il était âgé de 108 ans. Il a témoigné de sa fidélité à l’Évangile dans l’épreuve. Dans les années 1950, il a fondé avec d’autres confrères une abbaye trappiste sur l’île de Lantao, dédiée à Notre-Dame de la Joie.

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Une chevauchée fantastique

Comment conquérir, gouverner, régner ? En montant sur un cheval ! Nicolas Chaudin, dans La Cavalcade des princes, démontre comment les princes et leurs destriers ont fait l’histoire.


Le chien est peut-être le meilleur ami de l’homme. Mais son plus fidèle complice demeure le cheval – et un pacte immémorial unit le cheval au prince, relève Nicolas Chaudun dans un livre d’une érudition galopante. L’auteur, qui cumule les casaques d’éditeur, de réalisateur et de critique d’art, est aussi un cavalier chevronné. C’est donc à bride abattue qu’il explore le rapport fascinant entre cet animal et l’exercice du pouvoir à travers les siècles, des steppes du Caucase au Paris de la Belle Époque en passant par les champs de bataille médiévaux et les haras des cours les plus raffinées d’Europe. 

Cette course d’obstacles historique commence avec les premiers hommes lorsque, bien avant de savoir domestiquer la bête, ils la peignent. Les parois des grottes de Lascaux et celles de Chauvet (37 000 avant J.-C.) s’ornent d’élégantes silhouettes qui épousent les irrégularités de la roche : les hordes sauvages sont en mouvement. Pour Nicolas Chaudun, l’art pariétal n’a rien de primitif : « Il n’y a pas eu d’enfance de l’art. » L’ancêtre de notre cheval domestique naît dans les basses vallées du Don et de la Volga, mais d’autres populations d’équidés suivent le « corridor des steppes » de la péninsule Ibérique à l’Anatolie. 

Les guerriers de l’âge du Bronze comprennent vite que « sans cheval, point de conquête, et sans conquête, point de pouvoir ». Le sort du noble animal est scellé à celui qui sait le maîtriser pour imposer son autorité. La longue histoire de la guerre à cheval peut commencer – elle s’étire des Sumériens aux tranchées de 1914 en passant par Alexandre le Grand chevauchant Bucéphale jusqu’aux confins du monde.

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Les cavaliers sont des combattants redoutés, juchés sur des animaux à la musculature puissante, ils dominent soldats et civils ; on leur attribue les pires exactions en terre d’Occident. L’Église les voit donc longtemps d’un mauvais œil, puis lui vient l’idée de les occuper en les envoyant faire la guerre ailleurs, loin, très loin… pour aller libérer le tombeau du Christ à Jérusalem ! Ainsi débute l’épopée des Croisades qui permet à la chevalerie née au tournant de l’an mil de se racheter une sainteté et de fonder la noblesse.

Lorsqu’elle ne guerroie pas, cette dernière s’exerce au combat lors de joutes et de tournois – exercices qui disparaîtront plus tard dans la poussière des manèges. Comme sur le champ de bataille, tout y est extrêmement codifié : l’art équestre est un art total, à l’instar du pouvoir. Nicolas Chaudun tresse ainsi au récit politique celui des beaux-arts. La monture est parée aussi richement qu’un souverain, et le prince, le roi se doivent d’être représentés avec elle depuis l’Antiquité – le XVIIIe anglais lance même la mode des portraits de chevaux aristocratiques, un genre qui connaîtra un succès populaire au siècle suivant.

Nos chefs d’État ne montent plus, ne chassent plus, mais la fascination pour la majesté du cheval demeure, preuve en est avec ce cavalier sans visage chevauchant un destrier mécanique sur les eaux noires de la Seine lors de la cérémonie d’ouverture des JO – rare réussite pleine de poésie au cœur d’un spectacle grotesque.

Ce précieux ouvrage s’accompagne d’une trentaine de reproductions, images nécessaires lorsqu’on évoque fresques, tableaux et sculptures, qui offrent au lecteur un « beau livre » de poche.

La Cavalcade des princes. Cheval et pouvoir, Nicolas Chaudun, Actes Sud, 2026.

La Cavalcade des princes: Cheval et pouvoir

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L'archevêque de Cali: «Il y a certes la douleur, mais aussi l'espérance»

Mgr Luis Fernando Rodríguez Velásquez déplore la situation que connaît actuellement la Vallée du Cauca, au sud-ouest de la Colombie, à la suite du passage du séisme de magnitude 7,4 qui a causé la mort de centaines de personnes et d’importants dégâts matériels. Dans une interview accordée aux médias du Vatican, l'archevêque de Cali assure pour autant ne pas perdre espoir et remercie le Pape Léon XIV pour son aide financière: «Il nous a donné l’exemple d’une charité efficace: prier et agir».

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Magnifica humanitas: «Il est urgent de mettre l’humain au centre et non la machine»

Dans un entretien consacré au chapitre 4 de l'encyclique Magnifica Humanitas du Pape Léon XIV, le père Boniface Mbouzao, SJ, docteur en génie informatique, analyse les enjeux de l’intelligence artificielle au prisme de «la vérité comme bien commun», de la dignité du travail et de la liberté humaine. Pour l'universitaire jésuite, l’Afrique et le monde doit éviter de devenir «objet de la technologie» et investir prioritairement dans la formation et la régulation pour en devenir «sujet».

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En RDC, les écoles catholiques préparent la rentrée sous la menace d'Ebola

Entre protocole sanitaire renforcé, insécurité chronique et espoir suscité par les essais vaccinaux, le réseau scolaire catholique de l'Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, s'organise pour que la jeunesse de Bunia ne perde pas une année scolaire. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'épidémie actuelle se propage plus rapidement que toutes les épidémies précédentes, avec un bilan provisoire de 4 449 cas confirmés et 2 061 décès.

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Habemus datam

Les richissimes maîtres de l’intelligence artificielle foncent tout droit vers la domination du monde. Mais un homme se dresse sur leur chemin : le pape. C’est l’humanisme chrétien tentant de freiner le néo-nietzchéisme marchand. La guerre spirituelle est déclarée. Entretien avec Jean-François Colosimo, directeur des Éditions du Cerf. Propos recueillis par Jean-Baptiste Roques.


Causeur. Vous avez écoulé près de 80 000 exemplaires de Magnifica humanitas. Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Jean-François Colosimo. Oui, parce que l’IA est un sujet brûlant et que le pape bénéficie d’un crédit de parfaite liberté. Il ne représente aucune puissance, aucun empire, aucun lobby. Surtout, outre son évidente autorité religieuse, il se trouve à la tête d’une institution deux fois millénaire qui n’a cessé de penser le rapport entre la foi et la raison, contribuant ainsi de manière décisive à l’édification de la rationalité universelle.

Rationnelle, la religion catholique ?

Le pape s’appuie sur le premier réseau d’information et de recherche au monde qu’est Rome. Quand il s’enquiert d’une question nouvelle, comme l’IA, il commande des enquêtes auprès d’experts, constitue des panels de savants et de praticiens, consulte des consciences à l’échelle planétaire. Puis, méditant cet ensemble à l’aune de l’Évangile, il signe seul son encyclique. D’où sa valeur singulière.

Comment résumeriez-vous Magnifica humanitas ?

C’est un texte au message révolutionnaire. Le pape nous demande de reprendre le pouvoir sur l’IA. Pour l’heure, cette technologie démesurée appartient à une poignée d’affairistes américains. Une telle hyperconcentration, en soi injuste, est d’autant plus intolérable que ce milieu de la tech est toujours plus acquis à une gnose mêlant nietzschéisme digitalisé et transhumanisme financiarisé, bref une religion des forts écrasant les faibles. Ce qui est inacceptable pour Léon XIV.

Pourtant, certains milliardaires de la Silicon Valley sont des catholiques revendiqués, comme Peter Thiel, lui-même très proche du vice-président américain J. D. Vance, également catholique.

Aux États-Unis, les catholiques n’appartiennent pas historiquement à l’establishment, qui est protestant. Au départ, il s’agit d’immigrés italiens, irlandais, polonais qui ont longtemps occupé le bas de l’échelle sociale. Par souci de différenciation face au modernisme agressif du Nouveau Monde, ils ont cultivé un certain traditionalisme liturgique tout en rejoignant la majorité morale pour pouvoir s’intégrer. C’est ainsi que le catholicisme d’outre-Atlantique, originellement progressiste et démocrate, a été happé par la droitisation de l’opinion, puis par le trumpisme. Thiel et Vance sont les produits de cette confusion entre foi et identité que récuse Léon XIV. À preuve, le 1er mai, il a nommé évêque en Virginie-Occidentale Evelio Menjivar-Ayala, un ancien migrant salvadorien arrivé illégalement aux États-Unis. 

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Revenons à l’IA. Vous sentez-vous, comme le pape, menacé par cette nouvelle technologie ?

Fallait-il attendre l’avènement de ChatGPT pour saisir combien la révolution numérique entraîne un risque de dématérialisation de la personne humaine et de la sphère sociale ? Ne suffisait-il pas de participer à n’importe quelle réunion de famille où tout un chacun est plongé dans la contemplation muette de son portable ? Toutefois, avec l’IA, nous sommes confrontés à la radicale nouveauté de machines présentées comme capables d’auto-apprentissage. Certes. Mais l’intelligence ne saurait se confondre avec une capacité, même abyssale, de calcul et d’imitation. Elle requiert aussi et d’abord – c’est l’un des enseignements cruciaux du christianisme – une chair, un visage et une espérance.

L’IA n’a peut-être ni chair, ni visage, ni espérance, mais elle peut nous détruire…

C’est toute l’ambivalence de la technologie. La découverte de l’atome a permis la radiothérapie de Curie et la bombe d’Hiroshima. Le pape n’est en rien un obscurantiste maudissant le progrès et il n’entend pas anathématiser une invention en soi. D’ailleurs, il a convié au lancement de Magnifica humanitas Chris Olah, cofondateur d’Anthropic, la firme qui a créé Claude et qui est persécutée par Trump pour avoir refusé de se soumettre au Pentagone. Loin d’appeler à stopper l’IA, Léon XIV nous enjoint de la faire relever, comme l’air, la terre et l’eau, de la « destination universelle des biens communs », cette catégorie de l’universel inaliénable formulée par Thomas d’Aquin au xiiie siècle et employée par Léon XIII dans son encyclique Rerum novarum qui, en 1891, a fixé la doctrine sociale de l’Église.

L’IA ne menace-t-elle pas précisément votre métier d’éditeur ?

Ses capacités de rédaction, de traduction et de formalisation sont évidentes et étonnantes. Néanmoins, on peut encore arriver à reconnaître à l’œil nu un texte produit par l’IA. Le meilleur indice, c’est la platitude.

Un jour, l’IA fera aussi bien que l’humain…

Alors nous autres éditeurs certifierons que nos livres sont des créations humaines sans pesticides informatisés, à la manière des fruits ou légumes bio.

Mais lira-t-on encore des livres ?

On peut se poser la question. Grâce à sa production et à sa diffusion mécanisées, nous avons vécu pendant deux siècles sous l’empire du livre en tant que vecteur d’émancipation. Autrement dit la démocratisation du codex, du discours ordonné, divisé en chapitres, exposé à l’aller-retour, engageant la lecture contemplative, silencieuse, au long cours et à même de former le sens critique ou imaginaire. Celle-là même qui est passée du monastère à l’université puis à l’école, à la rue et qui est en train de mourir. L’ordinateur a provoqué un retour à la logique du rouleau, et on assiste désormais dans les salons du livre à des séances de lecture à haute voix. Une sorte de victoire posthume d’Homère et des aèdes, mais sous la forme ultimement désincarnée que l’on trouve également sur les plateformes d’IA, à travers les conversations sans fin entre l’humain et le robot.

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Cela ne vous rend-il pas pessimiste ?

« Quelle est la différence entre un optimiste et un pessimiste ? » me demandent parfois mes amis russes qui souffrent de l’atroce tyrannie poutinienne. Leur réponse est pleine d’esprit : un optimiste, c’est celui qui pense que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Un pessimiste, c’est celui qui craint fort que l’optimiste ait raison.

Le meilleur des mondes que certains nous promettent, c’est l’éternité sur terre…

Quel enfer ! Je crois, comme Jacque Lacan, que si nous apprenions que nous sommes immortels, nous nous suiciderions sur-le-champ. Et que ceux qui resteraient en vie n’apporteraient rien de plus à la grande bibliothèque de la poésie.

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Les évêques du Pacifique appellent à la prudence face à l'exploitation des fonds marins

Alors que l'exploitation minière commerciale des grands fonds marins semble imminente dans certaines régions du Pacifique, les évêques de l'océan le plus vaste de la planète appellent à la prudence, soulignant dans une déclaration pastorale publiée le 10 août que «lorsqu'il existe un risque réel de préjudice grave ou irréversible, l'absence de certitude scientifique absolue ne doit jamais servir de prétexte pour agir sans la diligence requise».

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Les saints et les anges : le véritable culte des saints
Dans la tradition catholique, les croyants manifestent souvent une grande dévotion aux saints, aux anges, et une particulière piété envers la Vierge Marie. La fête de l’Assomption, le 15 août, a donné, grâce à Louis XIII, un jour férié en France. C’est...
Quand la mémoire de l’esclavage devient un instrument politique

Alors que des pays africains réclament à l’Europe réparations et compensations, une question dérangeante reste soigneusement à l’écart : qui assume les responsabilités africaines et arabo-musulmanes dans les traites esclavagistes ? À force de chercher des coupables en Europe, la mémoire finit par oublier que l’histoire de l’esclavage fut tout sauf un récit à sens unique.


La journée restera historique pour la majorité des pays africains représentés à l’Assemblée générale des Nations unies (ONU). Le 25 mars 2026, une résolution portée par le Ghana a été adoptée par 123 voix pour, 3 contre, et 52 abstentions. Le texte reconnaît désormais la traite transatlantique des esclaves comme le « crime le plus grave contre l’humanité » et appelle notamment à engager une réflexion sur les réparations.

Dans la foulée, une conférence réunissant des États africains et caribéens à Accra, en juin, a adopté un plan en 19 points prévoyant notamment des excuses officielles, complètes et inconditionnelles, des compensations financières pour les populations africaines et afro-descendantes, la création d’un fonds mondial pour les réparations, l’allégement, voire l’annulation, de certaines dettes des pays concernés. 

Le document paraphé par tous réclame également la restitution d’objets culturels, d’archives et de restes humains présents dans les musées occidentaux, le financement de mesures liées à la justice climatique, des dispositifs spécifiques en faveur des femmes et des jeunes filles victimes de l’esclavage, ainsi que des mécanismes facilitant le retour de membres de la diaspora africaine en Afrique et, dans certains cas, leur accès à la citoyenneté.

Si le document officiel ne donne de montant précis, ni ne dresse de liste nominative de pays appelés à payer, les revendications visent explicitement les États et institutions ayant bénéficié de la traite transatlantique et de ses héritages. De facto, les anciennes puissances européennes se trouvent au premier rang des nations concernées pour avoir participé à l’organisation d’un système de déportation massif, brutal et fondé sur la réduction de populations africaines en esclavage, dont les économies européennes et américaines ont également tiré profit.

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Mais une question dérangeante mérite d’être posée – et qui, curieusement, semble encore peu présente dans le débat médiatique : pourquoi la facture devrait-elle incomber exclusivement aux pays européens ?

Le commerce triangulaire, une pluralité d’acteurs

Une première précision historique s’impose. Les Européens n’ont pas inventé l’esclavage. Celui-ci existait en Afrique bien avant leur arrivée, comme dans le monde méditerranéen, au Moyen-Orient, en Asie et dans de nombreuses autres régions. Pour autant, cette réalité ne saurait minimiser la responsabilité des puissances européennes : la traite atlantique a profondément transformé l’ampleur, l’organisation et la logique économique du phénomène. 

Les historiens estiment qu’environ 12,5 millions de captifs furent embarqués depuis l’Afrique dans le cadre de la traite atlantique, dont près de 10,7 millions survécurent à la traversée jusqu’aux Amériques.

Mais le système ne reposait pas sur des expéditions européennes sillonnant seules l’intérieur du continent africain à la recherche de captifs. Les négociants européens dépendaient largement de réseaux africains pour leur approvisionnement. Comme l’ont montré de nombreux travaux historiques, des captifs étaient conduits vers les comptoirs côtiers après avoir été faits prisonniers lors de guerres, de razzias ou de raids, puis vendus à des négociants européens.

Cette réalité ne diminue en rien la responsabilité des négriers européens de cette époque. Elle rappelle simplement que la traite atlantique fut un phénomène historique impliquant une pluralité d’acteurs et qu’il serait réducteur de présenter l’histoire comme un face-à-face entre une Europe exclusivement bourreau et une Afrique exclusivement victime.

La question de l’esclavage, un paradoxe africain

Bien avant que le toubab (« blanc », en dioula) ne débarque en Afrique, de nombreux royaumes africains avaient déjà institutionnalisé cette pratique. 

Le royaume du Dahomey, situé dans l’actuel Bénin, constitue probablement l’un des exemples les plus embarrassants pour une lecture manichéenne et décolonialiste de l’histoire. Les travaux de l’historien Robin Law montrent que la montée en puissance du royaume fut étroitement liée à l’expansion de la traite. Cette monarchie participa directement à l’organisation de l’approvisionnement. Dans un premier temps, les rois s’appuyèrent notamment sur les captifs issus des razzias menées par l’armée puis à partir du XVIIIe siècle, le royaume devint également un intermédiaire entre les marchés de l’intérieur et les négociants côtiers, accumulant richesse et influence.

Le paradoxe est saisissant : un État africain pouvait tirer une partie de sa puissance du commerce d’autres Africains réduits en esclavage. Faut-il pour autant demander aujourd’hui au Bénin de « rembourser » les descendants des victimes ? La question montre immédiatement la difficulté du principe. 

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Le Bénin contemporain n’est pas le royaume du Dahomey et ne peut pas être juridiquement confondue avec la monarchie précoloniale. Mais si l’on refuse cette responsabilité au Bénin parce que l’État actuel n’est pas l’État historique, alors il faut expliquer pourquoi ce même raisonnement ne pourrait pas être invoqué pour les États européens contemporains.

Un continent, constellation de royaumes esclavagistes

Une autre simplification présentée par les partisans des réparations consiste à parler de « l’Afrique » comme si le continent avait été une communauté politique unifiée confrontée à l’Europe.

C’est anachronique. Les sociétés africaines étaient constituées de royaumes, empires, cités, chefferies et communautés qui se faisaient la guerre. Un coup d’œil rapide à leur histoire démontre que des populations étaient capturées par d’autres populations sur la simple base de domination d’un royaume sur un autre, dans le but de les coloniser (ainsi que le fera l’Empire de Sokoto ou le royaume zoulou). Certaines étaient vendues, d’autres intégrées aux sociétés esclavagistes locales, d’autres encore envoyées vers les côtes. L’Empire Ashanti (ironiquement dans le Ghana actuel), l’Empire d’Oyo ou les monarchies Haoussas (au Nigeria), l’Empire du Kongo (Angola), le sultanat de Zanzibar (Tanzanie) ou certains royaumes et chefferies du bassin du lac Tchad (dont le Kanem-Bornou) ont indéniablement participé au commerce des esclaves, parfois vendus aux états barbaresques de l’Afrique du Nord.

Les Africains furent à la fois victimes, captifs, intermédiaires, résistants, marchands et parfois propriétaires d’esclaves. Il n’existe donc pas une « responsabilité africaine » collective mais bel et bien des responsabilités historiques africaines. La nuance est capitale.

La traite arabo-musulmane, le sujet qui fâche

Voici un autre sujet qui disparaît presque complètement du débat public. Pendant des siècles, les États barbaresques – Alger, Tunis, Tripoli et le Maroc – pratiquèrent la course maritime contre des puissances chrétiennes.

Les captifs chrétiens pouvaient être vendus comme esclaves en Afrique du Nord, selon un système de captivité et de mise en esclavage des chrétiens dans les États barbaresques. Le phénomène a laissé une littérature considérable de témoignages de captifs européens. L’étude de Bernard Capp sur les captifs britanniques dans les États barbaresques montre notamment comment ces prisonniers étaient confrontés à la servitude, aux conversions forcées ou négociées et à la question de leur identité religieuse. 

Faut-il donc demander aujourd’hui à l’Algérie, à la Tunisie, à la Libye ou au Maroc des réparations à l’Europe ? Si l’on adopte un principe général de responsabilité historique des États contemporains pour les crimes commis par leurs prédécesseurs, la question peut légitimement encore être posée même elle rencontre exactement le même obstacle : les États actuels ne sont pas juridiquement identiques aux régimes qui les ont précédés.

L’Europe a produit des esclavagistes, mais l’Afrique également. Si les puissances européennes ont capturé, transporté et exploité des millions d’hommes, des royaumes africains ont eux aussi capturé, vendu et exploité des populations voisines. Si les négociants et les États européens ont tiré d’immenses profits de la traite, certains souverains, États et marchands africains se sont également enrichis grâce au commerce des captifs. Enfin, si les puissances européennes ont progressivement aboli la traite et l’esclavage, certaines autorités africaines résistèrent à leur suppression, précisément parce que l’esclavage constituait encore un pilier de leur puissance économique, sociale et politique. 

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Encore aujourd’hui, certains pays africains pratiqueraient un esclavage de fait comme en Mauritanie, régulièrement accusée par des ONG de continuer à réduire à la servitude les Haratines noirs, bien que l’esclavage ait été officiellement aboli en…1981, ou plus récemment en Libye comme l’a montré un documentaire effarant de CNN sur le sujet en novembre 2017.

Reconnaître les crimes de la traite européenne est nécessaire. Mais la justice historique ne peut être à géométrie variable. Demander à l’Europe de regarder son passé est légitime ; exiger qu’elle le fasse seule ne l’est pas. Si les réparations doivent devenir un principe universel, alors chaque société doit avoir le courage d’assumer sa propre histoire, y compris ses zones les plus sombres. L’Europe doit regarder ses négriers en face ; l’Afrique, ses royaumes esclavagistes ; le monde arabe, les traites transsahariennes et orientales. 

Certains dirigeants d’Etats devraient méditer sur cette réflexion afin d’éviter de tomber dans une repentance à tout-va ou de formuler des demandes de compensation exagérées en tout genre : sans cette exigence d’universalité et de recontextualisation, la mémoire risque de devenir moins un devoir de vérité qu’un instrument politique.

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August 12, 2026

À partir de quand le regrettera-t-on ?

Quand Emmanuel Macron quittera la présidence de la France, allons-nous le regretter ? A l’heure actuelle, face à son bilan incontestablement négatif, on dirait que son départ sera vivement applaudi. Pourtant, il se peut que notre jugement soit trop influencé par l’omniprésence de ce président, par son interventionnisme arrogant dans tous les aspects du gouvernement. Il est concevable que, quand nous aurons suffisamment de distance, une certaine nostalgie pour ses deux mandats nous gagne.


On peut tenir les deux bouts d’une chaîne. À la fois valider un constat sans complaisance sur l’état de la France quand le président Emmanuel Macron aura quitté ses responsabilités et savoir, sans le moindre doute, qu’un jour il sera regretté.

Sur le premier plan, on peut adhérer à la critique de ses deux quinquennats, formulée aussi bien, par exemple, par Bruno Retailleau et David Lisnard que par ses soutiens de l’origine, dont certains l’ont abandonné et d’autres ont mêlé réserve et vague fidélité à son égard.

Soutenir qu’« élu sur la promesse de transformer la France, il achève son second quinquennat sans majorité, désavoué par l’opinion et rattrapé par la dette » n’est pas faux (JDD). On pourrait d’ailleurs ajouter au tableau le fait que, devenu président pour rassembler, il pourrait peut-être laisser notre pays entre les mains du Rassemblement national, dans un climat politique et social au bord de la rupture.

On a également le droit, à quelque neuf mois de l’élection du mois de mai 2027, de juger très préoccupante la manière dont les partis classiques, contrairement aux extrémismes, appréhendent le futur.

Quelle déperdition chez Les Républicains, où Bruno Retailleau, brillamment légitimé comme président, a dû voir David Lisnard et sa Nouvelle Énergie s’en aller, alors que, probablement, il s’agit là des deux personnalités les plus remarquables de la droite !

A lire aussi, du même auteur : Je suis un homme, je suis un père, je suis français, je suis chrétien, mais pas que !

Quel dommage — et la gauche intéresse aussi le citoyen que je suis — de relever qu’à fleurets mouchetés, François Hollande et Raphaël Glucksmann se livrent une lutte d’influence qui ne fera pas gagner le second mais risque de faire perdre le premier, tellement utile pourtant, en politicien d’expérience, dans sa détestation de Jean-Luc Mélenchon !

Pourtant, je ne sais dans quel délai, après que de l’eau aura coulé sous les ponts républicains, à un moment de notre Histoire, comme il est de règle pour tous nos anciens présidents, Emmanuel Macron sera, lui aussi, considéré avec nostalgie. Et j’entends déjà des citoyens murmurer que c’était mieux avant, que Macron, après tout, n’était pas si mal…

Il convient de mettre Charles de Gaulle à part, lui qui apparaît de plus en plus comme le héros politique et moral d’un monde où la politique est devenue incurablement médiocre et, surtout, dépourvue de la moindre éthique.

Mais qu’on songe à Jacques Chirac qui, pour sympathique qu’il ait été et après avoir fait exploiter jusqu’à l’os son attitude anti-américaine sur l’Irak, a pris quelques décisions, positives ou négatives, désastreuses : le principe de précaution, le refus des racines chrétiennes notamment. La conséquence en est que beaucoup d’ espaces publics portent son nom et qu’on pourrait en tirer cette règle nationale : moins on en a fait comme président, en vantant l’immobilisme comme une sagesse, plus on sera illustre post mortem !

Emmanuel Macron, dans ces conditions, a toutes ses chances et il me paraît évident — et équitable — qu’un jour on lui rende hommage, avec cette douceur du souvenir, ce temps écoulé qui donne à toutes les personnalités de pouvoir le lustre incomparable de n’être plus présentes.

A lire aussi, du même auteur : Les Grands Hommes : quand les exemples ne suffisent plus

Dans sa pratique du pouvoir, le président n’a jamais laissé au citoyen la distance nécessaire pour considérer sereinement ses actes, ses réussites ou ses abstentions. Omniprésent, dominant, intervenant dans les détails comme dans les grandes affaires, il a comme empêché, par sa présence même, que l’on puisse prendre la juste mesure de ses forces et de ses faiblesses.

Jacques Chardonne a écrit « que l’être aimé est trop près ». On pourrait soutenir qu’Emmanuel Macron a été, lui aussi, trop près de nous, alors même qu’on dénonçait son arrogance. Il faudra donc attendre que la distance et le temps fassent leur œuvre.

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Le Pape exhorte la jeunesse tchèque à témoigner de l'amour du Christ

Dans un message signé par le cardinal secrétaire d'État Parolin et adressé aux participants de la Rencontre nationale des jeunes qui se tient du 11 au 16 août à Ostrava, en République tchèque, Léon XIV les encourage à se «tourner avec confiance vers Jésus qui a vaincu le monde.»

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Qu'est-ce que l'Assomption ?
La fête de l’Assomption célèbre la fin de la vie terrestre de la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ. Chaque 15 août, les chrétiens...
Une turquerie française ?

Une affaire turque met en scène le parcours fatal d’un avocat d’origine turque pris entre ascension sociale, fidélité familiale et pressions communautaires. Un thriller à thèse dont les ambiguïtés idéologiques sont peut-être plus intéressantes que le discours affiché. En salles le 12 août.


Mustafa Duman, jeune Turc naturalisé français, a changé son prénom en Mathieu – ça sonne mieux sur un CV, croit-il. Avocat d’affaires propre sur lui, belle présentation, jolie frimousse (dans le rôle, Lionel Erdogan, bon acteur assidu des séries, cf. Marseille, avec Depardieu, ou La Révolution, toutes deux sur Netflix), ce transfuge de classe entretient des relations tendues avec son austère géniteur mahométan : l’ambitieux rejeton, cintré dans son costume, n’observe pas le ramadan, déserte la mosquée, bref, ne fait pas franchement communauté avec son modeste milieu musulman d’origine, même si sa maman l’adore – toutes pareilles. Mathieu s’est donné une sorte de père de substitution en la personne de Claude (joué par un Charles Berling chenu et inhabituellement chevelu – l’acteur est par ailleurs producteur du présent film), patron du gros cabinet de conseil qui l’emploie. Claude est même en passe de propulser comme associé son protégé si prometteur.

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Or voilà que la sœur du grand frère qui a le bras long demande à Mathieu un petit service : défendre un « cousin », le jeune Abdullah (Metehan Aygün), chauffeur de taxi de son état, en situation précaire (pas de licence, et indûment exploité par la compagnie G7, bien sûr), dont l’éducation a été régentée par son père, qui est imam. Car le candide garçon s’est fait agresser par un méchant client raciste : œil au beurre noir, emploi perdu, etc. Abdullah a décidé de porter plainte. Mais, évidemment impécunieux, il n’a pas de quoi s’offrir un défenseur, et puis il n’y connaît rien. Quoique pas du tout versé dans le pénal, Mathieu, bonne âme, après s’être un peu fait prier, accepte à contrecœur de sacrifier son temps précieux (suractif, il passe sa vie au volant de sa voiture, en perpétuel déplacement, rivé à son smartphone) pour la bonne cause : la famille, c’est sacré, non ? Or il s’avère que le coupable s’appelle « Geoffroy Muller », et que c’est le neveu de « Foucart, vous savez, le parlementaire européen » : intouchable ! Sale histoire.

Les bonnes intentions de Mathieu 

Animé des meilleures intentions, Mathieu prend le risque de sortir des rails de la légalité pour enterrer le problème, par un « arrangement » en cash au profit d’Abdallah, une fois effacée la vidéo incriminant l’agresseur. Mais le gus complique tout : il refuse le pognon, tient absolument à maintenir sa plainte, quitte à passer, pour assurer sa défense, par une association dont on apprend au passage qu’elle est « très politique, très à gauche, très “droit des femmes” » [sic]. Bref, cette sombre « affaire turque » – c’est le titre du film – commence à sentir le roussi pour Mathieu, qui trouve bientôt face à lui Faïza Bensedek (campée par Lubna Azabal), une avocate roublarde, militante très « communautariste ». Comme, dans les hautes sphères, circulent de dangereuses rumeurs sur le deal clandestin conclu par Mathieu avec le plus gros client du cabinet de Claude, Faïza, la consœur retorse – entre confrères, on se tutoie –, lui met en balance la captation dudit client, ou bien… le déballage public du pacte de corruption. Ce, tandis que le fisc commence à enquêter.

Mathieu (Lionel Erdogan) et Abdallah (Metehan Aygün) dans « Une affaire turque ». © Les films du clan

Résultat : Mathieu, par ailleurs piégé par trois « barbus » ottomans aux faciès de sicaires qui, au terme d’une balade forcée à bord d’une berline, l’abandonnent en sang sur le bas-côté après l’avoir roué de coups (façon manifestement en usage pour lui faire payer sa supposée « trahison » de la communauté), se voit inexorablement proscrit par Claude, son mentor : « Ton portefeuille client, ça n’a pas de prix ! Je ne veux plus entendre parler de toi. »

Claude (Charles Berling) et Mathieu (Lionel Erdogan) dans « Une affaire turque ». © Les films du clan

Une leçon de communautarisme

La tragédie s’invite au dénouement d’Une affaire turque, premier long métrage de Hüseyin Aydin Gürsoy, 38 ans, né en Turquie de parents émigrés en France alors qu’il était enfant. Autant dire que le cinéaste est hanté, de façon toute personnelle, par la question de ce qu’il est convenu d’appeler la double culture. Efficacement scénarisé par Ludovic de Clary, quoique au prix d’invraisemblances factuelles assez grossières, ce film-dossier costumé en thriller est surtout désagréablement investi de forts présupposés sociétaux, dont les apparentes intentions iréniques finissent par se retourner contre son propos assumé.

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De fait, si sa conclusion sonne comme une charge contre le népotisme, la corruption délétère des pouvoirs publics, les machinations de l’instance judiciaire, etc. – puisqu’il s’agira, in fine, de sauver à n’importe quel prix l’honneur du Parlement européen ! –, Une affaire turque brosse, comme à son corps défendant, une peinture plutôt effarante de l’imperium communautaire. Au point que, face à cette petite sœur tellement sûre de son bon droit dans la logique communautariste qui lui tient lieu d’outillage mental, Mathieu, à raison, rétorquera : « Si la famille d’Abdullah était arabe, est-ce que tu l’aurais aidée ? Non, parce que t’es une putain de raciste… »

Et le spectateur, au rebours du discours de façade qu’on serait tenté de prêter au film dans un parfait contresens, de vouer son plein d’empathie, justement, à Mathieu, l’avocat bien intégré, mais piégé par ses bonnes intentions dans une fuite en avant fatale. Et, a contrario, nullement à cette engeance bornée, recluse dans ses traditions communautaires, confite dans ses rites confessionnels exogènes.

Non, la France n’est pas une turquerie : voilà qui paraît être la vraie leçon (masquée) d’Une affaire turque.


Une affaire turque. Film de Hüseyin Aydin Gürsoy. Avec Lionel Erdogan, Charles Berling, Lubna Azabal. Durée : 1 h 32. En salles le 12 août 2026.

https://www.youtube.com/watch?v=KVqZYeWNpkQ

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Publication du programme officiel de la visite du Pape à Rimini et à Saint-Marin

Le 22 août sera entièrement consacré à la visite pastorale dans la République de Saint-Marin où, outre la rencontre avec les autorités, Léon XIV présidera l'adoration eucharistique dans la basilique. Au «Meeting pour l’amitié entre les peuples», il visitera deux expositions consacrées à saint Augustin et à Léon Harmel. Suivront ensuite la rencontre à la cathédrale avec les malades, les personnes en situation de handicap et les pauvres pris en charge par la Caritas, ainsi que la messe au port.

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Léon XIV invite à vaincre la mondialisation de l’indifférence avec l’amour

À l'occasion du 70e anniversaire de la fondation «Leadership Conference of Women Religious» - Conférence des responsables des congrégations religieuses féminines aux États-Unis d'Amérique, le Pape a exprimé dans un message vidéo ce 12 août, sa gratitude pour leur contribution à l’évangélisation, à l’éducation, ainsi qu’à la prise en charge des pauvres et des marginalisés.

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Colombie: le Pape envoie une aide financière aux régions touchées par le séisme

Lors de l’audience générale, Léon XIV a eu une pensée pour les victimes et blessés du séisme de magnitude 7,4 qui a causé la mort de centaines de personnes et d’importants dégâts matériels. Par l’intermédiaire de l’Œuvre apostolique, dont le préfet est immédiatement entré en contact avec la nonciature et la Conférence épiscopale, le Souverain pontife a fait un don d'urgence aux diocèses affectés. Une aide supplémentaire suivra.

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Trois puissances en quête d’ennemi

En promettant de considérer toute attaque contre l’une d’elles comme une attaque contre les trois, la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite ont donné à leur accord de défense signé à La Mecque les apparences d’une alliance militaire. Mais leurs menaces prioritaires ne coïncident que partiellement. Plus qu’une « OTAN musulmane » dirigée contre un adversaire clairement désigné, cette entente constitue un instrument de dissuasion, d’autonomie stratégique et de négociation — notamment face à l’Iran et aux incertitudes de la protection américaine.


Le texte signé le 7 août 2026 à La Mecque par Recep Tayyip Erdoğan, Mohammed ben Salmane et Shehbaz Sharif utilise les mots des grandes alliances. Toute attaque armée contre la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Pakistan sera considérée comme une attaque contre les trois pays. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a lui-même comparé cette clause à l’article 5 du traité de l’Atlantique nord, tout en précisant que la nature de la réponse serait décidée après consultation entre les signataires. Un secrétariat permanent doit être installé en Arabie saoudite et un comité ministériel définir les modalités de la coopération. L’accord a été préparé pendant presque trois ans, ce qui interdit d’y voir une simple réaction improvisée aux derniers soubresauts régionaux.

Le pacte élargit l’accord de défense mutuelle conclu en septembre 2025 entre Riyad et Islamabad. Il réunit trois puissances dont les attributs paraissent complémentaires. La Turquie possède la deuxième armée de l’OTAN, une industrie de défense en pleine expansion et mène une politique régionale offensive, de la mer Égée et de la Méditerranée orientale à l’Afrique du Nord et à la Corne de l’Afrique, sans négliger les Balkans et l’Asie centrale. Le Pakistan apporte une armée considérable, une industrie militaire déjà ancienne et, surtout, son statut de puissance nucléaire. L’Arabie saoudite ajoute sa capacité financière, son sous-sol et son influence dans les mondes arabe et musulman.

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Sur le papier, l’ensemble est impressionnant. Mais une alliance ne se définit pas uniquement par les moyens qu’elle rassemble. Elle suppose aussi une réponse à une question élémentaire : contre qui ces moyens doivent-ils être employés ? Or, à La Mecque, les trois signataires ont soigneusement évité de désigner un ennemi. Cette prudence diplomatique masque une difficulté plus profonde. Ankara, Islamabad et Riyad n’ont pas le même adversaire principal.

L’Iran, ennemi trop évident pour être nommé

Le premier candidat est naturellement l’Iran. Les trois États signataires sont dirigés par des gouvernements sunnites. Deux d’entre eux, la Turquie et l’Arabie saoudite, rivalisent depuis longtemps avec Téhéran pour l’influence au Moyen-Orient et la guerre de 2026 a encore renforcé cette impression.

Pendant la guerre de quarante jours, plusieurs missiles balistiques lancés depuis l’Iran ont pénétré ou menacé l’espace aérien turc. Ankara affirme que quatre d’entre eux ont été interceptés par les défenses de l’OTAN. Le premier incident, le 4 mars, a provoqué la chute de débris près de la province de Hatay et de la base d’Incirlik. La Turquie a convoqué l’ambassadeur iranien et dénoncé une violation « inacceptable » de son espace aérien. Téhéran a nié avoir délibérément visé le territoire turc, mais la répétition des incidents a obligé Ankara à renforcer ses défenses et à rappeler son droit de riposte.

La chute du régime de Bachar al-Assad avait déjà profondément modifié le rapport de forces entre les deux pays et Ankara ne regrette évidemment pas la disparition de l’appareil militaire iranien et des réseaux des gardiens de la révolution en Syrie. Leur éviction a affaibli Téhéran, réduit la pression sur la frontière turque et permis à la Turquie de devenir l’acteur extérieur dominant à Damas. De l’Irak au Caucase, les intérêts turcs et iraniens restent concurrents.

Pour autant, cette rivalité ne fait pas de la Turquie un candidat naturel à une guerre contre l’Iran. Les deux pays, à la fois concurrents et partenaires commerciaux, partagent une frontière de plus de 500 kilomètres restée remarquablement stable depuis le XVIIe siècle. Ankara redoute les ambitions iraniennes, mais aussi l’effondrement de l’État iranien, qui pourrait provoquer des flux de réfugiés, réveiller les séparatismes kurdes et ouvrir un nouvel espace au chaos régional. La Turquie veut contenir l’Iran, non nécessairement le détruire. 

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La même ambiguïté caractérise le Pakistan. Islamabad entretient avec Téhéran une frontière difficile, traversée par des trafics et des mouvements séparatistes baloutches. Les deux pays ont échangé des frappes en janvier 2024 avant de désamorcer rapidement la crise. Mais le Pakistan ne souhaite pas ouvrir un front occidental durable alors que l’essentiel de son dispositif militaire demeure orienté vers l’Inde. Il doit également tenir compte de son importante minorité chiite et du risque qu’une guerre contre l’Iran provoque des violences confessionnelles sur son propre territoire. Enfin, Islamabad joue depuis le début de la crise un rôle d’intermédiaire entre Téhéran et Washington, accueillant des échanges indirects et transmettant des messages entre les deux capitales. Entrer dans une coalition explicitement dirigée contre l’Iran lui ferait perdre cette fonction diplomatique, qui accroît son influence régionale tout en revalorisant son utilité auprès des États-Unis.

Même l’Arabie saoudite ne cherche plus nécessairement l’affrontement direct avec la République islamique. Riyad reste la puissance la plus exposée aux missiles, aux drones et aux relais régionaux de Téhéran. Mais l’attaque contre Abqaïq et Khurais en septembre 2019 lui a enseigné la leçon brutale que l’Iran et ses alliés peuvent frapper au cœur de l’économie pétrolière saoudienne, tandis que la protection américaine n’entraîne pas automatiquement ni riposte ni réponse. Depuis lors, Mohammed ben Salmane cherche moins à vaincre l’Iran qu’à obtenir de lui un modus vivendi supportable, c’est-à-dire ni trop cher (il faut graisser la patte des Houthis aussi) ni trop humiliant.

Téhéran a d’ailleurs choisi de ne pas dénoncer le pacte de La Mecque. Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré n’avoir aucune raison de le considérer comme dirigé contre l’Iran et s’est même félicité d’une sécurité régionale reposant davantage sur les puissances locales que sur les acteurs extérieurs. Il a toutefois ajouté qu’un dispositif crédible devait identifier « le véritable ennemi », c’est-à-dire, dans le vocabulaire iranien, Israël. L’Iran est donc bien l’une des raisons de l’accord. Mais il n’est pas nécessairement l’ennemi contre lequel ses trois membres accepteraient de faire la guerre.

L’Inde, l’ennemi que les deux autres ne veulent pas combattre

Pour le Pakistan, la menace structurante reste l’Inde. Depuis 1947, l’armée pakistanaise, sa doctrine, son arsenal nucléaire et une large partie de sa politique étrangère sont organisés autour de cette confrontation. Les relations avec l’Afghanistan constituent une autre source d’insécurité avec litige frontalier, retour au pouvoir des talibans, sanctuaires du Tehrik-e-Taliban Pakistan et multiplication des attaques sur le territoire pakistanais. Mais Kaboul représente davantage une nuisance qu’un adversaire militaire comparable à New Delhi.

La Turquie a soutenu diplomatiquement le Pakistan lors de ses confrontations avec l’Inde et défend régulièrement ses positions sur le Cachemire, et pendant la crise de 2025 Ankara s’est nettement rangée du côté d’Islamabad. La coopération militaire turco-pakistanaise est ancienne et large allant de la formation de pilotes, la modernisation de chasseurs, la vente de drones jusqu’à la construction pour la marine pakistanaise de corvettes dérivées du programme turc MILGEM.

Cette proximité ne signifie pourtant pas que l’armée turque interviendrait dans une nouvelle guerre indo-pakistanaise. La Turquie n’a ni intérêt ni capacité à projeter une force décisive sur ce théâtre. Quant à l’Arabie saoudite, elle entretient avec l’Inde des relations économiques et humaines trop importantes pour prendre le risque d’une rupture. New Delhi est un partenaire énergétique, commercial et technologique majeur du royaume, où résident environ 2,75 millions de ressortissants indiens, dont plus de 2,5 millions de travailleurs. Cette communauté, l’une des plus importantes du pays, constitue un lien supplémentaire entre les deux économies et renforce l’intérêt de Riyad à préserver sa relation avec l’Inde. Ainsi, Riyad pourrait offrir une médiation, un soutien financier à Islamabad ou une assistance discrète, mais il est peu vraisemblable qu’il engage ses forces contre l’Inde.

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Le pacte ne procure donc pas au Pakistan une garantie militaire automatique sur son front principal. Il améliore sa profondeur diplomatique et financière, renforce son statut dans le monde musulman et complique les calculs indiens, mais il ne transforme pas une guerre indo-pakistanaise en guerre de la Turquie et de l’Arabie saoudite.

Les Houthis, ennemis de Riyad mais pas nécessairement de ses alliés

Le même décalage apparaît au Yémen. Pour l’Arabie saoudite, la menace la plus immédiate n’est pas une invasion iranienne, mais les Houthis. Le mouvement d’Abdelmalek al-Houthi dispose de missiles balistiques, de drones, de mines et de moyens antinavires susceptibles de frapper le territoire saoudien, ses infrastructures énergétiques et ses alliés yéménites, tout en perturbant la navigation à Bab el-Mandeb. Ce détroit commande l’accès méridional à la mer Rouge et peut donc fragiliser une partie de la route de contournement d’Ormuz utilisée par le pétrole saoudien acheminé jusqu’à Yanbu par l’oléoduc Est-Ouest. 

Le calendrier a donné au pacte de La Mecque une première épreuve presque immédiate. Deux jours après sa signature, les Houthis ont revendiqué une attaque de drone contre la raffinerie de Jizan, sur la côte saoudienne de la mer Rouge. Un incendie a été maîtrisé sans victime, mais le symbole est évident car, la nouvelle clause de défense collective était à peine proclamée, qu’un allié de Téhéran frappait déjà le territoire de l’un des signataires…  

Ankara a intérêt à sécuriser la mer Rouge et Bab el-Mandeb. Ses échanges commerciaux, ses ambitions navales et sa présence dans la Corne de l’Afrique l’y poussent. Hakan Fidan a d’ailleurs évoqué une participation turque aux dispositifs internationaux de protection de la navigation. Le Pakistan peut fournir des bâtiments, des équipages, des systèmes de défense aérienne ou des instructeurs. Il a déjà déployé des moyens en Arabie saoudite.

Mais ni la Turquie ni le Pakistan ne souhaitent être aspirés dans une nouvelle guerre terrestre au Yémen. Ils peuvent contribuer à la défense du territoire saoudien, au renseignement, à la protection des ports et à l’interception des missiles. Une intervention destinée à conquérir Sanaa ou à anéantir les Houthis paraît beaucoup moins probable. Le souvenir de la campagne menée par Riyad à partir de 2015 suffit à rappeler le coût d’une telle entreprise. Là encore, le pacte offre donc davantage une gamme d’assistances qu’un engagement automatique dans une guerre commune.

Israël, l’hypothèse qui donne sa cohérence politique au pacte

Reste Israël. C’est l’hypothèse la plus sensible, mais aussi celle qui donne à l’accord sa cohérence politique la plus forte. La Turquie et le Pakistan ont adopté des positions très hostiles à Israël qu’elle ne reconnaît pas. Ankara conserve formellement des relations diplomatiques avec lui, mais Recep Tayyip Erdoğan a fait de la défense de Gaza et de la dénonciation de la politique israélienne un élément central de son discours régional et intérieur. Les deux pays entretiennent par ailleurs des relations étroites avec le Qatar, allié ancien de la Turquie et partenaire important du Pakistan. La Turquie maintient une base au Qatar et le Pakistan coopère depuis longtemps avec l’émirat dans les domaines de la formation et de la sécurité.

La frappe israélienne du 9 septembre 2025 à Doha, dirigée contre des responsables du Hamas, a joué un rôle déterminant dans l’accélération de ces rapprochements. Elle a montré qu’un État arabe proche des États-Unis, hébergeant une grande base américaine, pouvait être attaqué par Israël sans que Washington empêche l’opération ni organise une réponse décisive. Huit jours plus tard, l’Arabie saoudite et le Pakistan signaient leur accord de défense mutuelle.

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Riyad n’a pas renoncé à l’idée d’une normalisation avec Israël, mais la guerre de Gaza, l’attaque de Doha et l’extension des opérations israéliennes ont considérablement augmenté son coût politique. Aux yeux des trois signataires, l’Iran et Israël ont fini par représenter deux formes concurrentes de menaces régionales : Téhéran agit par ses missiles et ses réseaux armés et Israël par sa supériorité aérienne et sa liberté croissante de frapper au-delà de ses frontières.

Cette dimension permet également de comprendre les hésitations égyptiennes. Le Caire a participé, avec Ankara, Islamabad et Riyad, à la réunion qui avait esquissé en mars 2026 un format à quatre. La Turquie souhaite toujours voir l’Égypte rejoindre le pacte. Mais celle-ci n’a pas signé à La Mecque. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette prudence. Il y a la méfiance historique envers les ambitions régionales d’Erdoğan et ses accointances avec les Frères musulmans, refus de placer l’armée égyptienne dans un dispositif qu’elle ne contrôlerait pas, difficultés économiques et crainte d’être entraînée dans des crises allant du Cachemire au Golfe.

La relation avec Israël compte également. L’Égypte possède avec lui le plus ancien traité de paix arabe encore en vigueur, reçoit une aide militaire américaine importante et joue un rôle indispensable dans les négociations sur Gaza. Elle peut vouloir dissuader Israël et condamner ses opérations sans adhérer à une coalition susceptible d’être interprétée comme dirigée contre lui. L’absence du Caire révèle ainsi le principal obstacle au développement du pacte car plus celui-ci apparaîtra comme une alliance anti-israélienne, plus il séduira certaines opinions publiques musulmanes, mais plus il inquiétera les gouvernements qui tiennent à préserver leurs relations avec Washington et Jérusalem.

Une puissance industrielle avant d’être une coalition guerrière

L’utilité la plus concrète de l’accord pourrait finalement apparaître dans les usines plutôt que sur les champs de bataille. Depuis 2022, les trois pays disposent d’un forum de coopération entre leurs industries de défense. Les complémentarités sont réelles.

La Turquie fournit les bureaux d’études, une industrie navale performante, une expérience reconnue dans les drones, les missiles, les véhicules blindés et l’électronique militaire, ainsi qu’une familiarité avec les normes de l’OTAN. Elle demeure toutefois dépendante, pour certains programmes, de composants, de moteurs et d’autorisations occidentales. Son exclusion du F-35 après l’achat du système russe S-400 a montré les limites de son autonomie.

Le Pakistan apporte des capacités de production moins coûteuses, une longue expérience des programmes conduits avec la Chine et un accès à des technologies d’origine chinoise. Le chasseur JF-17, développé avec Pékin, les systèmes de défense aérienne, les missiles et une partie de sa flotte illustrent cette intégration. Islamabad peut également offrir des capacités d’essai, de formation et de production en série.

L’Arabie saoudite possède ce qui manque souvent aux deux autres, c’est-à-dire des capitaux abondants et un marché susceptible de financer les séries. Riyad a déjà commandé à Baykar des drones Akıncı dans le cadre d’un contrat annoncé comme le plus important de l’histoire des exportations de défense turques, accompagné de transferts de technologie et d’une production locale. L’ensemble pourrait faire émerger une base industrielle originale avec conception turque, production turque ou pakistanaise, technologies mêlant des héritages occidentaux et chinois, financement et débouchés saoudiens. Drones, missiles, navires, défense aérienne et guerre électronique constituent les secteurs les plus évidents.

Cette perspective ne peut qu’éveiller la méfiance de Washington. La Turquie appartient à l’OTAN et utilise des équipements américains tandis que le Pakistan entretient une relation militaire profonde avec la Chine, et l’Arabie saoudite demeure l’un des principaux clients de l’industrie américaine. Toute coopération poussée soulèvera la question de la protection des technologies, de l’interopérabilité et du risque de voir des composants ou des connaissances occidentales circuler vers des systèmes liés à Pékin.

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Pour autant, la réaction américaine sera probablement ambivalente. Washington peut voir favorablement trois partenaires assumer une part plus importante de leur défense et de la sécurité maritime régionale. Mais il acceptera difficilement une architecture stratégique entièrement autonome, susceptible d’échapper à son contrôle, de protéger des acteurs hostiles à Israël ou de mêler trop étroitement technologies américaines et chinoises. Les États-Unis préféreraient être l’intégrateur du nouveau système. Ankara, Islamabad et Riyad cherchent précisément à ne plus dépendre d’un seul intégrateur.

Une alliance pour négocier plutôt que pour combattre

Le pacte de La Mecque ne doit donc être jugé ni comme une OTAN déjà opérationnelle ni comme un simple théâtre diplomatique. Sa clause de défense collective restera probablement souple. Une « réponse commune » pourra signifier, selon les circonstances, un partage de renseignement, une livraison d’armes, le déploiement d’une batterie antiaérienne, une médiation ou un soutien politique. Elle ne conduira pas nécessairement les trois armées à entrer simultanément en guerre.

C’est précisément cette ambiguïté qui rend l’accord utile. Chaque puissance y trouve autre chose. Le Pakistan gagne des ressources, du prestige et une profondeur stratégique. La Turquie confirme son ambition de devenir l’organisatrice d’un espace de sécurité musulman allant de la Méditerranée à l’Asie du Sud. L’Arabie saoudite diversifie ses protections et montre à Washington comme à Téhéran qu’elle n’est plus condamnée à attendre passivement une garantie américaine.

L’absence d’ennemi commun clairement désigné n’est donc pas seulement une faiblesse. Elle permet au pacte de viser plusieurs menaces sans enfermer ses membres dans une guerre déterminée. L’Inde y voit un soutien supplémentaire au Pakistan, Israël, un signal politique, les Houthis, la possibilité d’une réponse mieux coordonnée et enfin l’Iran, l’ébauche d’un contrepoids régional.

La conclusion est néanmoins amère pour Riyad. Après des années de guerre au Yémen, les frappes contre les installations pétrolières, la guerre de 2026 et les crises successives autour du détroit d’Ormuz, aucune solution militaire au problème iranien ne s’est imposée. L’Iran peut être affaibli, ses alliés peuvent être chassés de Syrie et ses infrastructures frappées. Il conserve pourtant la capacité de menacer les routes maritimes, les champs pétroliers et les villes du Golfe, directement ou par l’intermédiaire des Houthis.

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Il faudra donc négocier avec Téhéran et, d’une manière ou d’une autre, payer le prix qu’il exige pour réduire ses nuisances. Dans cette logique, l’accord de La Mecque n’est pas l’instrument d’une guerre prochaine, mais celui d’une négociation moins déséquilibrée. Face au maître chanteur iranien, Mohammed ben Salmane préfère désormais arriver flanqué de la puissance nucléaire pakistanaise et de l’armée turque. Non pour abattre nécessairement le régime de Téhéran, mais pour lui rappeler que le montant de la protection ne sera plus fixé par lui seul.

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Au Nigeria, libération d'un séminariste et d'un fidèle enlevés à Saint-Joseph

Lawrence Igbo et le laïc Emmanuel Onwudi ont été libérées au cours d'une opération menée par les forces de sécurité nigérianes. Les tensions sur le plan sécuritaire restent vives: dans le nord du pays, au moins dix policiers et deux civils ont été tués lundi 10 août lors d’un violent affrontement avec un groupe armé dans l’État de Kebbi, près de la frontière avec celui de Zamfara.

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Audience générale: l’année liturgique, un chemin pour vivre le mystère du Christ

Lors de l’audience générale de ce mercredi 12 août, le Pape a prononcé sa sixième catéchèse sur Sacrosanctum Concilium, la constitution du Concile Vatican II sur la Liturgie. Dans une basilique Saint-Pierre archi-comble, Léon XIV a affirmé que l’année liturgique est l’actualisation de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire, comblant tous les fidèles de sa grâce.

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Appel des intellectuels français à la libération de Christophe Gleizes

Le journaliste français, Christophe Gleizes, est détenu depuis plus d’un an en Algérie où il a été condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Cette lettre ouverte au président de la République d’Algérie, Abdelmadjid Tebboune, initiée par le philosophe Daniel Salvatore Schiffer, a été contresignée entre autres par Elisabeth Badinter, Georges Bensoussan, Pascal Bruckner, Elie Chouraqui, Luc Ferry, Arno Klarsfeld, Eric Naulleau, Michelle Perrot, Robert Redeker, Pierre-André Taguieff, et Olivier Weber…


Monsieur le Président de la République d’Algérie, Abdelmadjid Tebboune,

Christophe Gleizes, citoyen français et journaliste sportif, a été arrêté le 28 mai 2024, il y a plus de deux ans déjà, dans la ville de Tizi Ouzou, où il a été immédiatement placé sous contrôle judiciaire, alors qu’il effectuait un simple reportage, comme le préconise objectivement sa déontologie professionnelle, sur le club de football « Jeunesse Sportive de Kabylie » (JSK). 

Aussi, un an après, le 29 juin 2025, Christophe Gleizes se voyait-il ensuite arbitrairement condamné, au fallacieux prétexte qu’il aurait entretenu des relations suspectes avec des personnalités liées au Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national », à sept ans de prison ferme, avec mandat de dépôt !

Pis : six mois après encore, le 3 décembre 2025, son procès en appel, auprès du tribunal de cette même ville de Tizi Ouzou, confirmait, tout aussi injustement, cette sentence, aussi lourde que cruelle, à sept ans d’incarcération : peine que Christophe Gleizes est en train d’effectuer à présent dans la prison de Koléa, située non loin d’Alger, où il a été transféré en janvier dernier.

Liberté pour Christophe Gleizes au nom de la justice, de la dignité humaine et de la démocratie

Ainsi, Monsieur le Président de la République d’Algérie, nous inquiétons-nous sérieusement, face à la sévérité tout autant qu’à l’injustice de pareil verdict, mais devant aussi la dureté de ses conditions de détention (cellule exigüe, isolement prolongé, visites rares, hygiène déplorable, soins insuffisants, nourriture indigente, etc.) pour le sort, contraire à tout respect de la dignité humaine, réservé à notre compatriote, dont nous ne doutons pas, en outre, de l’innocence dans ce dossier.

C’est pourquoi, et en l’absence même de tout réel espoir d’un juste et ultime pourvoi en cassation dans ce procès d’un autre âge, indigne d’une démocratie moderne et correctement entendue, respectueuse de la liberté de pensée comme de parole, et donc de la presse tout aussi bien que d’expression, nous, signataires du présent appel, profondément attachés aux valeurs morales, sinon principes universels, de justice, de tolérance, de vérité et de raison, nous vous demandons solennellement et en toute conscience, en dehors de tout intérêt politique, géostratégique ou idéologique, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, d’accorder votre grâce présidentielle, de toute urgence, quoique sans vouloir certes nous immiscer dans les affaires internes de votre pays, à Christophe Gleizes.

Ce geste de clémence vous et nous grandirait tous ! Oui, au beau, glorieux et généreux nom des droits de l’homme, mais également au simple nom de l’humanité : liberté, donc, pour Christophe Gleizes !

SIGNATAIRES :

DANIEL SALVATORE SCHIFFER : philosophe, professeur, écrivain, directeur de plusieurs ouvrages collectifs, dont L’humain au centre du monde – Pour un humanisme des temps présents et à venir(Éditions du Cerf).

MARC ALPOZZO : philosophe.

ELISABETH BADINTER : philosophe.

DOMINIQUE BAQUÉ : philosophe, critique d’art.

GEORGES BENSOUSSAN : historien.

MARIE-JO BONNET : historienne.

JEAN-MARIE BROHM : sociologue, professeur émérite des Universités (Paris).

PASCAL BRUCKNER : philosophe.

LAURE CAILLE : présidente de l’association féministe Libres Mariannes.

BELINDA CANNONE : écrivaine.

SARAH CATTAN : journaliste.

HASSEN CHALGHOUMI : président de la Conférence des Imams de France.

SOPHIE CHAUVEAU : écrivaine.

ELIE CHOURAQUI : cinéaste.

GERARD DELFAU : ancien sénateur de la République Française, directeur de la collection « Débats Laïques » aux Éditions L’Harmattan (Paris).

JEAN-PHILIPPE DOMECQ : écrivain.

LUC FERRY : philosophe, ancien ministre français de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse.

ARNO KLARSFELD.

NATHALIE KRIKORIAN : philosophe, historienne.

PHILIPPE MOCELLIN : docteur en science politique, essayiste.

BRUNO MOYSAN : musicologue.

ERIC NAULLEAU : auteur.

FABIEN OLLIER : directeur de la revue « Quel Sport ? » et des éditions « QS ? ».

MICHELLE PERROT : historienne, professeure émérite des Universités (Paris).

CELINE PINA : essayiste, journaliste.

ROBERT REDEKER : philosophe.

DAVID REINHARC : éditeur.

PIERRE-YVES ROUGEYRON : président du Cercle Aristote.

STEPHANE ROZÈS : politologue.

HAGAY SOBOL : professeur de médecine, président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg (Marseille).

ANNIE SUGIER : présidente de la Ligue du Droit International des Femmes, association créée par Simone de Beauvoir (LDIF).

PIERRE-ANDRE TAGUIEFF : philosophe, historien des idées, directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

VALERIE TRIERWEILER : rédactrice en chef de L’hémicycle.

GEORGES VIGARELLO : historien.

OLIVIER WEBER : écrivain, ancien ambassadeur de France, président du Prix Joseph Kessel.

MICHEL GAD WOLKOWICZ : psychanalyste, professeur de psychopathologie (Paris Sud Orsay), président de l’association internationale inter-universitaire Schibboleth – Actualité de Freud.

JEAN-CLAUDE ZYLBERSTEIN : avocat, éditeur, écrivain.

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August 11, 2026

Opéra d’été

Quels sont les ouvrages lyriques et chorégraphiques offerts sans frais au public hors de Paris cet été ? Paris est-il toujours aussi privilégié que l’on croit par rapport à la province ?


On reproche à juste titre à l’Opéra de Paris d’être subventionné par l’État, et donc par l’ensemble des Français, mais de ne bénéficier réellement qu’à ceux d’entre eux qui résident à Paris et dans ses environs. Ou à ceux qui sont assez aisés pour se déplacer de la province à la capitale et ajouter au prix du spectacle, celui du voyage et de l’hébergement.

Ce n’est évidemment pas un reproche dépourvu de fondement et c’est pour atténuer ce péché originel obligé que depuis 2013 l’Opéra de Paris entreprend de vastes tournées en France par films interposés. Dans des lieux choisis en plein air ou non, et où projections de spectacles chorégraphiques ou lyriques sont offert gratuitement aux spectateurs.

Regroupées pour la plupart durant le mois de juillet, les soirées chorégraphiques auront offert la magnifique production de Cendrillon (musique de Prokofiev), chorégraphiée par Rudolf Noureev, et transposée par Petrika Ionesco, le scénographe, dans les studios de Hollywood au temps des années 1930. Ou alors l’hypnotique Boléro (Ravel) créé par Maurice Béjart. Et accompagné de chorégraphies de George Balanchine et de Crystal Pyte.

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Les deux ouvrages de Giacomo Puccini programmés cette année offrent un parfait contraste entre la mise en scène hiératique et ô combien ! wilsonienne de Madame Butterfly imaginée par Robert Wilson et filmée en 2024 et l’insupportable réalisation, parfaitement gratuite et inepte, de La Bohêmetransposée par Claus Guth sur une improbable et lointaine planète.

De quoi prouver aux mélomanes qui vivent loin de la capitale que la vie du spectateur parisien n’a rien aujourd’hui de paradisiaque. Et qu’il peut être bien confortable en vivant au loin de ne pas avoir à subir les productions les plus prétentieuses et les plus creuses dont l’Opéra de Paris n’est pas avare.

Madame Butterfly

Saint Denis. Le 8 août à 19h, Jardin de la Liberté.

Thouars. Le 20 août à 20h30, Collège de La Tour d’Auvergne. 

Auvers-sur-Oise. Le 26 août à 22h, Parc du château.

Yquebeuf. Le 28 août à 19h30, Espace Art et Culture.

La Bohéme

Wy-dit-Joli-Village. 22 août à 20h45, Musée de l’outil.

Cannes. Le 27 août à 21h, Place de la Castre.

Yquebeuf. Le 29 août à 19h30, Espace Art et Culture.

Cendrillon

Entrecasteaux. Le 13 août à 21h, Grand Pré.

Jublains. Le 27 août à 20h15, Théâtre antique.

Yquebeuf. Le 30 août à 16h, Espace Art et Culture.

Vendôme. Le 27 septembre à 17h30, Le Minotaure.

Boléro

Saint-Denis. Le 15 août à 19h, Jardin de la Liberté.

Yquebeuf. Le 29 août à 16h, Espace Art et Culture.

Saint-Ouen-L’Aumône. Le 29 août à 21h, Abbaye de Maubuisson.

Mouvaux. Le 17 septembre à 20h30, L’Etoile-Scène.

Rodez. Le 19 septembre à 18h, Chapelle Saint-Joseph.

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Le nord-est du Nigeria face à une une crise humanitaire et sécuritaire

Dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, les conflits armés, les déplacements de populations et les effets du changement climatique empêchent des millions de personnes de cultiver leurs terres. Résultat: les prix des denrées flambent, la malnutrition progresse et les familles peinent à survivre. Selon l’Ong Action contre la Faim, plus de 36 millions de Nigérians sont aujourd'hui touchés par l'insécurité alimentaire, tandis que plus de six millions d'enfants souffrent de malnutrition.

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Dos à dos

Soudain, du cinéaste japonais, Ryusuke Hamagushi, est un film aussi long que déprimant.


Il fut l’une des coqueluches du Festival de Cannes – ses deux comédiennes ont même reçu ex aequo le prix d’interprétation féminine (Virginie Efira et Tao Okamoto). Soit un de ces emballements compassionnels dont on se demande ce qu’il cache. D’une durée de trois heures et seize minutes (oui, oui…), Soudain, du cinéaste japonais Ryusuke Hamagushi, porte bien mal son titre. Rien de soudain dans cette longue, longue, longue plongée dans la vie professionnelle au quotidien d’une directrice de maison de retraite en banlieue parisienne.

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Sa raison de vivre ? Elle veut mettre en place « l’humanitude », soit une méthode bel et bien existante de soins « bienveillants » dont le nom même et la désolante platitude thérapeutique semblent avoir été inventés par Ségolène Royal. Le reste est à l’avenant avec des conversations en japonais interminables, quand elles ne prennent pas la tournure d’un exposé au tableau sur les méfaits du capitalisme et la façon d’y mettre un terme. Rarement le spectateur n’aura eu autant l’impression d’être « au bout de sa vie » dans cet Ehpad sur grand écran.

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Nouvelles nominations et confirmations au Conseil pour l’économie

Le cardinal Marx a été confirmé dans ses fonctions de coordinateur, tout comme la vice-coordinatrice Charlotte Kreuter-Kirchhof et le secrétaire Mgr Brian Edwin Ferme. Quatre nouveaux membres laïcs ont été nommés.

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La Jordanie se prépare pour les célébrations du baptême du Christ en 2030

Ce lundi 10 août a eu lieu la première réunion du comité chargé de préparer et de superviser ce grand événement historique et religieux. Présidé par le Premier ministre Hassan, il est composé de ministres, de chefs religieux et de représentants des institutions. Conformément aux directives du roi Abdallah II, toutes les ressources sont mobilisées pour mener à bien divers projets, tels qu’un musée et un village destiné aux pèlerins.

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Kigali 2026: «L’Église d'Afrique doit prendre ses responsabilités»

Pour la première fois, SIGNIS, l'Association mondiale catholique pour la communication, a tenu son Congrès mondial en Afrique, à Kigali, ville symbole de réconciliation après le génocide de 1994. Du 3 au 8 août, des communicateurs catholiques venus de plus de 40 pays ont réfléchi à la narration médiatique sur le continent. Aux médias du Vatican, l'abbé Pierre Sanou, secrétaire général de la Commission épiscopale des communications sociales du Burkina, est revenu sur les enjeux de ce rendez-vous.

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Le Pape prie pour les victimes du tremblement de terre en Colombie

Léon XIV exprime ses condoléances à toutes les personnes touchées par le séisme qui a frappé lundi ce pays d’Amérique du Sud. Dans un télégramme signé par le Secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, le Souverain pontife assure de ses prières en suffrage des défunts et manifeste sa gratitude envers tous les secouristes, invoquant sur le peuple colombien le don de l’«espérance chrétienne».

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Il est temps d’ouvrir les yeux

Souvent dans l’histoire, les actes les plus barbares ont été commis au nom de la civilisation, ou du moins de l’idée que s’en faisaient ceux qui commettaient ces actes. Il n’en va pas autrement aujourd’hui. Ceux qui dénoncent l’existence d’Israël au nom de l’antisionisme et les Juifs en tant qu’ « oppresseurs » prennent place dans cette tradition.


Récemment, La France insoumise s’est retrouvée une nouvelle fois au cœur de l’actualité. Une plainte visant Jean-Luc Mélenchon a été déposée après des propos tenus à propos du Hamas et de la qualification de terrorisme des attaques du 7 octobre 2023, relançant une polémique qui ne cesse de s’amplifier. Dans le même temps, le mouvement poursuit une stratégie de mobilisation autour de la cause palestinienne, tandis que ses adversaires lui reprochent d’entretenir une ambiguïté persistante face à l’antisémitisme contemporain et de banaliser des discours qui désignent Israël comme le mal absolu.

Ces controverses ne constituent pas de simples épisodes de la vie politique française. Elles révèlent un phénomène plus profond : la montée d’un univers intellectuel où la frontière entre l’engagement moral et la justification de la haine devient de plus en plus incertaine. Lorsque la défense d’une cause conduit à considérer qu’il existe des victimes dont toutes les violences seraient explicables et des coupables dont l’humanité même devient secondaire, il ne s’agit plus seulement de politique. C’est une transformation des consciences qui est à l’œuvre.

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Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut sortir du tumulte des polémiques quotidiennes. Il faut revenir à une question plus fondamentale : comment des sociétés cultivées, persuadées de combattre le mal, finissent-elles par fabriquer les conditions de nouvelles formes de barbarie ? L’histoire montre que les massacres ne commencent jamais par les armes. Ils commencent toujours par des mots, par des catégories morales, par la désignation d’ennemis dont on affirme peu à peu qu’ils ne méritent plus la même considération que les autres.

C’est cette mécanique qu’il est devenu urgent d’observer.

Il est temps d’ouvrir les yeux — non plus ceux du confort moral ou de la compassion mécanique, mais ceux, brûlants, que la lucidité arrache aux ténèbres. Nous vivons dans une époque d’amnésie volontaire où l’homme postmoderne, sûr de sa vertu et de son innocence, croit avoir aboli la barbarie par décret humanitaire. Il ne sait pas — ou ne veut pas savoir — que la barbarie sommeille dans chaque phrase de son indignation, dans chaque slogan qu’il répète, dans chaque certitude morale dont il se couronne pour échapper à la honte de vivre.

Quand la culture devient l’alibi de la barbarie

Je songe à ces terres de l’Est — Biélorussie, Ukraine, Lituanie, Russie — où, durant la Seconde Guerre mondiale, des hommes instruits, raffinés, diplômés, ont dirigé les Einsatzgruppen, ces unités de sécurité préventive chargées, disait-on, d’« assainir » le front. L’expression avait la froideur administrative des mots qui précèdent la tuerie. Ces hommes n’étaient pas des brutes incultes : c’étaient des docteurs en philosophie, des professeurs d’université, des juristes, des poètes parfois. Ils parlaient Goethe et Schiller, lisaient Kant le soir dans leurs baraquements, citaient Nietzsche en latin pour justifier leurs ordres. Ils savaient la musique, l’histoire, la grammaire des civilisations. Et pourtant, ils ont enseigné à d’autres hommes — simples soldats, paysans arrachés à leurs campagnes — l’art méthodique d’exterminer femmes et enfants.

La culture n’avait donc pas sauvé l’Europe. Elle avait servi à rationaliser la mort. Elle avait donné à la barbarie un vernis de raison, une syntaxe, un style. Il n’y eut pas de rupture entre le séminaire universitaire et le charnier : seulement une gradation dans la conviction. Car les intellectuels de ces temps-là avaient trouvé la justification suprême : ils croyaient défendre la civilisation contre la menace du chaos — le chaos des « judéo-bolcheviques », des partisans, des vaincus. Toujours, le meurtre collectif se pare des habits du salut.

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On se tromperait lourdement en croyant que cette logique appartient au passé. Le même mal, transfiguré, circule aujourd’hui dans nos veines démocratiques. Il a changé de vocabulaire, non de nature. Hier, on parlait de purification ethnique ; aujourd’hui, on parle de justice historique. Hier, on nommait parasite celui qu’on voulait détruire ; aujourd’hui, on le dit oppresseur. Les mots sont polis, inclusifs, universitaires. Mais ils procèdent du même abîme moral.

Il est temps d’ouvrir les yeux, dis-je, car les prochains massacreurs ne portent pas d’uniforme. Ils enseignent, ils tweetent, ils rééduquent. Ils habitent nos universités, nos médias, nos ONG. Ils parlent le langage du bien et de la tolérance, mais c’est une tolérance qui désigne ses ennemis à la vindicte. Ils ont inventé la haine au nom de l’amour, le racisme au nom de l’antiracisme, l’exclusion au nom de l’inclusion. Comme jadis les Einsatzgruppen, ils croient agir en légitime défense : défendre la pureté morale du monde contre les « dominants », les « sionistes », les « colonialistes », les « hommes blancs », les « héritiers du patriarcat ». Ils se rêvent résistants et ne voient pas qu’ils préparent le terrain d’une nouvelle barbarie morale.

La haine au nom du bien

Rien n’est plus dangereux que la haine justifiée par la vertu. Elle tue sans remords, elle massacre en chantant. C’est elle qui, au Rwanda, a fait des paysans hutus les exécuteurs d’un peuple voisin — au nom de la peur d’être exterminés. C’est elle qui, au Cambodge, a poussé les enfants de la paysannerie à abattre leurs professeurs. C’est elle, déjà, qui en Europe avait transformé la culture allemande en machine à détruire. Et c’est elle, encore, qui aujourd’hui, sous des noms nouveaux, sous des drapeaux arc-en-ciel ou des pancartes de campus, insinue dans les esprits le même poison : celui de la désignation, du ressentiment, du droit à haïr au nom du bien.

Nous sommes redevenus les spectateurs tranquilles du retour du mal. Il se déploie à visage découvert dans les réseaux sociaux, dans les cortèges, dans les universités américaines où l’on acclame des massacres, où l’on exulte devant des cadavres israéliens, où l’on nie le droit à l’existence d’un peuple au nom de la justice. La barbarie nouvelle est morale, sentimentale, compassionnelle. Elle s’enrobe de culpabilité occidentale, d’antisionisme déguisé en humanisme. Elle croit réparer les crimes de l’histoire en préparant ceux de demain.

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Il est temps d’ouvrir les yeux, car l’histoire recommence toujours sous d’autres formes. Nous n’avons rien appris de nos ruines. Nous ne voulons pas savoir que les massacres naissent d’abord des mots, puis des silences. Que les crimes de masse commencent dans les universités, dans les tribunes, dans la presse, dans l’inversion tranquille du bien et du mal. Et que, lorsque la vérité sera enfin dite, il sera trop tard : il y aura déjà des morts, des charniers, des cris effacés par le vacarme des justifications.Ce siècle qui se dit éclairé vit déjà dans la nuit du cœur. Le mensonge est devenu foi, la haine s’appelle amour, la lâcheté se nomme prudence. Il est temps d’ouvrir les yeux — non pour fuir, mais pour affronter. Car il n’y aura de paix qu’à condition de nommer le mal, fût-il dissimulé sous les apparences du progrès ou de la justice. Ce n’est pas le monde qu’il faut sauver, mais l’âme humaine — cette chose fragile, invisible, qui disparaît chaque fois qu’un homme croit avoir raison d’un autre au nom de la vertu.

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Les liturgistes africains en faveur d'un institut de liturgie pour Afrique

Au terme de leur congrès samedi 8 août à Dar es-Salaam, en Tanzanie, déterminant la question de l’inculturation comme un défi majeur pour l’Église en Afrique, les liturgistes africains ont insisté sur la nécessité d’une meilleure compréhension de «l’inculturation liturgique» en explorant le champ particulier du chant, de la danse et de l’architecture. Les congressistes invitent l’Église en Afrique à promouvoir la création d'un institut de liturgie sur le continent.

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Désarmer la technique, servir la paix, thème de la journée de la paix 2027

«Désarmer la technique, servir la paix. La politique comme responsabilité préventive». Tel est le thème choisi par le Saint-Père pour la 60e Journée mondiale de la paix, qui aura lieu le 1er janvier 2027, annonce un communiqué du dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral, rendu public ce mardi 11 août par la Salle de presse du Saint-Siège.

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L’Arabie saoudite, embrochée sur les cornes du dilemme houthi

Les Houthis ont compris qu’ils avaient davantage à gagner d’une crise prolongée que l’Arabie saoudite. Après l’échec de la guerre lancée en 2015 et la rupture de son alliance avec les Émirats, Riyad cherche désormais à contenir Ansar Allah sans combattre seul ni lui abandonner le Yémen.


Dans sa confrontation avec les Houthis du Yémen, l’Arabie saoudite se trouve prise entre les deux branches d’un dilemme stratégique, sans issue évidente ni solution à faible coût. Les récentes attaques houthies contre des factions yéménites soutenues par Riyad, dont certaines auraient envisagé une offensive contre les territoires contrôlés par Ansar Allah, montrent que le conflit est loin d’être terminé.

Depuis la révolution de 2011, les Houthis sont passés du statut d’insurrection périphérique, enracinée dans les montagnes du Nord, à celui de force dominante au Yémen. Après s’être emparés de Sanaa en 2014, ils ont résisté à l’intervention lancée l’année suivante par l’Arabie saoudite. Leur coopération avec les gardiens de la révolution iraniens leur a permis d’accroître considérablement leurs capacités, notamment dans le domaine des missiles et des drones. Elle n’en fait pas pour autant de simples supplétifs de Téhéran. Les deux partenaires sont des alliés aux intérêts convergents, mais les Houthis conservent leur propre agenda. Huit années d’une guerre coûteuse ont finalement convaincu Riyad qu’il pouvait les contenir, mais non les vaincre. La trêve conclue en 2022, puis les négociations directes, ont instauré un modus vivendi. Les frappes contre le royaume ont cessé en échange d’un allègement de la pression militaire et de la perspective d’un soutien financier, sans aller jusqu’à une levée complète du blocus.

Cet équilibre a volé en éclats en juillet 2026 avec la tentative de rétablir une liaison aérienne directe entre Téhéran et Sanaa. Encouragés par les succès iraniens, les Houthis entendent désormais consacrer leur domination sur le Yémen et s’imposer comme un acteur régional incontournable. C’est précisément ce franchissement d’un seuil stratégique qui place Riyad devant un problème insoluble. Comme l’Iran dans le détroit d’Ormuz, les Houthis ne semblent plus disposés à accepter un statu quo dans lequel l’Arabie saoudite pourrait imposer ou soutenir le blocus maritime, terrestre et aérien des régions placées sous leur contrôle sans s’exposer à des représailles directes.

A lire aussi, du même auteur : La seconde guerre contre l’Iran : ce que Washington a réellement gagné

La levée de ces restrictions comporte pourtant elle aussi des risques. Une ouverture complète du Yémen faciliterait l’acheminement par l’Iran d’armes, de composants de missiles et de drones, mais aussi de conseillers militaires. L’incident de juillet 2026 a montré que Riyad en faisait une ligne rouge.

Le 3 juillet, un avion iranien a rejoint le territoire contrôlé par les Houthis afin d’embarquer une délégation se rendant à Téhéran pour assister aux obsèques d’Ali Khamenei. Dix jours plus tard, au retour de celle-ci, les autorités yéménites soutenues par l’Arabie saoudite ont interdit à l’appareil d’atterrir à Sanaa, puis frappé la piste de l’aéroport, le contraignant à se détourner vers Hodeïda. Officiellement, l’avion transportait les membres de la délégation ainsi que des civils yéménites. Mais Riyad et ses alliés le soupçonnaient également d’acheminer des cadres des gardiens de la révolution, des conseillers, des équipements militaires et des composants destinés aux missiles et aux drones houthis. En encourageant ses alliés yéménites à empêcher ce vol, y compris par la force, le royaume a clairement signifié qu’il ne tolérerait pas l’établissement d’un pont aérien entre Téhéran et le Yémen houthi.

Le coût d’une nouvelle guerre

La reprise des hostilités n’est cependant guère une perspective séduisante. Une nouvelle guerre ouverte risquerait de ramener Riyad dans un conflit coûteux, interminable et sans résultat décisif, dont il tente depuis plusieurs années de se dégager.

Le précédent de septembre 2019 reste dans toutes les mémoires. Les frappes contre les installations pétrolières d’Abqaïq et de Khurais, revendiquées par les Houthis mais largement attribuées à l’Iran, avaient temporairement réduit de moitié la production saoudienne. L’absence de riposte militaire américaine avait alors ébranlé la confiance de Riyad dans la garantie de sécurité offerte par Washington.

Les attaques de ces derniers jours, notamment contre la raffinerie d’Aramco à Jizan et contre des positions yéménites soutenues par le royaume, rappellent que les Houthis peuvent de nouveau menacer les infrastructures stratégiques saoudiennes. Ils disposent également des moyens nécessaires pour perturber les voies maritimes de la mer Rouge. Entraver la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb au moment où le trafic est presque paralysé dans celui d’Ormuz porterait un coup majeur au royaume, à ses exportations pétrolières et à ses projets de développement sur la côte occidentale.

Même un accord plus large entre Washington et Téhéran sur la sécurité du détroit d’Ormuz ne réglerait pas nécessairement le problème saoudien. Les revendications des Houthis ne sont pas seulement le prolongement de la confrontation entre l’Iran et les États-Unis. Elles procèdent aussi des ambitions propres au mouvement, qui entend consolider sa domination sur le Yémen, obtenir la levée des restrictions imposées aux territoires qu’il contrôle et s’affirmer comme une puissance régionale capable de peser sur la navigation en mer Rouge.

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L’hostilité des Houthis envers l’Arabie saoudite est par ailleurs ancienne et ne disparaîtrait pas avec un compromis irano-américain. Ansar Allah appartient certes à un réseau plus vaste d’acteurs alliés à Téhéran, notamment le Hezbollah libanais, mais chacun d’eux poursuit également ses intérêts et sa stratégie. Un accord sur Ormuz pourrait donc réduire les tensions entre Washington et l’Iran sans mettre fin à la rivalité entre Sanaa et Riyad.

Les dirigeants saoudiens paraissent désormais conscients des limites de l’action militaire, ce qui explique leur intérêt croissant pour des dispositifs de sécurité plus larges. Un retour à la coalition constituée en 2015 semble néanmoins difficile. L’alliance avec les Émirats arabes unis s’est progressivement fissurée sur l’avenir même du Yémen. Tandis que Riyad défend le maintien d’un État yéménite unifié, Abou Dhabi a soutenu les séparatistes du Conseil de transition du Sud, favorables au rétablissement d’un Yémen méridional indépendant.

Cette divergence s’inscrit dans une rivalité régionale plus vaste. En Libye, l’Arabie saoudite s’est rapprochée de la Turquie, qui soutient les autorités de Tripoli, alors que les Émirats restent liés au camp du maréchal Haftar. Au Soudan, les positions saoudiennes et turques convergent davantage autour du maintien de l’État et de ses institutions, tandis qu’Abou Dhabi soutient les Forces de soutien rapide.

La même ligne de fracture apparaît en Somalie. Riyad et Ankara appuient le gouvernement fédéral de Mogadiscio et défendent l’intégrité territoriale du pays, tandis que les Émirats entretiennent des relations privilégiées avec le Somaliland sécessionniste et certaines autorités régionales, notamment autour des ports de Berbera et de Bosaso. En février 2026, l’Arabie saoudite a d’ailleurs signé avec Mogadiscio un accord de coopération militaire présenté comme une contribution à la sécurité de la mer Rouge.

Riyad cherche de nouveaux alliés

Dans ces conditions, Riyad cherche plutôt à approfondir sa coopération militaire avec Ankara et Islamabad, tout en soutenant la constitution d’une coalition internationale chargée de garantir la liberté de navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb et en mer Rouge. La logique est simple. En cas de nouvelle confrontation avec les Houthis, l’Arabie saoudite ne veut plus combattre seule, mais elle ne peut plus compter sur les Émirats comme elle le faisait en 2015.

Même avec des alliés puissants, le défi reste considérable. Comme les dirigeants iraniens, les Houthis sont convaincus que le temps et l’asymétrie stratégique jouent en leur faveur. Leur calcul repose sur une réalité simple. Leurs adversaires, et l’Arabie saoudite en particulier, ont beaucoup plus à perdre qu’eux d’un conflit prolongé.

Riyad se trouve ainsi devant un choix difficile. L’escalade qu’il a acceptée lors de l’incident de l’avion iranien pourrait déboucher sur une nouvelle guerre dont ni le coût ni l’issue ne peuvent être anticipés. Mais des concessions importantes renforceraient les Houthis politiquement et militairement, au risque d’en faire une menace plus redoutable encore. En l’absence d’un règlement politique qu’ils jugeraient acceptable, ceux-ci conservent tout intérêt à menacer ou à frapper les intérêts saoudiens afin de rappeler à Riyad le prix de leur mécontentement.

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L’Arabie saoudite est donc prise dans le piège classique entre dissuasion et accommodement. Aucune de ces deux voies ne lui offre de victoire stratégique nette. Son objectif est désormais de gagner du temps et de rechercher un équilibre susceptible d’éviter une nouvelle guerre comparable à celle de 2015-2022.

Cette stratégie n’est pas entièrement illusoire, car les Houthis ne forment pas un bloc parfaitement monolithique. Âgé d’environ 47 ans, Abdelmalek al-Houthi demeure l’autorité suprême du mouvement et l’arbitre de ses rivalités internes. Celles-ci opposent notamment le noyau idéologique de Saada, proche des gardiens de la révolution, aux responsables militaires et aux cadres plus pragmatiques engagés dans les négociations régionales. Sans menacer directement le pouvoir de leur chef, ces divergences ouvrent à Riyad un espace de manœuvre.Par un jeu subtil de pressions, de garanties, de concessions limitées et, inévitablement, de transferts financiers, le royaume peut tenter de renforcer ceux qui privilégient la consolidation du pouvoir houthi au Yémen plutôt que la poursuite d’une escalade destinée à transformer Ansar Allah en puissance régionale. 

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Séisme en Colombie, les évêques appellent à la solidarité

Suite à la violente secousse qui a frappé l'ouest du pays et qui a été ressentie sur une grande partie du territoire colombien, la Conférence épiscopale colombienne a exprimé sa solidarité. Le bilan s'élève à ce jour à plus de 130 morts confirmés et près de 600 blessés. Pereira est la ville la plus durement touchée; à Manizales, des bâtiments, des hôpitaux, des écoles et des lieux de culte ont été endommagés. Six aéroports ont été fermés. Les opérations de recherche de survivants se poursuivent.

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En Irak, le patriarche chaldéen de Bagdad espère le retour des chrétiens

Dans une interview accordée aux médias du Vatican, Paul III Nona soutient que «le plus grand défi auquel nous sommes confrontés est le fait que tous les chrétiens ne reviennent pas dans la région: beaucoup ont émigré hors d’Irak tandis que d’autres ont choisi de rester dans des zones plus stables». Évoquant le conflit entre les États-Unis et l’Iran, il affirme que le pays ressent «les effets négatifs des tensions, surtout sur l’économie irakienne».

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Cherche courage désespérément

Candidatures qui se multiplient, programmes qui se répètent, meetings sans fin, sondages qui ne tiennent pas compte de toutes les candidatures… L’élection présidentielle qui se prépare sera-t-elle vraiment le prélude à la grande série de réformes dont la France a besoin ? Quel candidat aura le courage de porter ces réformes ? Qui est-ce qui aura le courage de voter pour lui?


Politique… ou poly tics ? Devant le tour de France des candidats à l’élection présidentielle, consistant à serrer le maximum de mains, selfies à l’appui, dans le maximum de concentrations populaires possibles, du marché local au graal que constitue le meeting, jusqu’aux réunions patronales ; l’écœurement gagne du terrain.

Non seulement la multiplicité des candidats est inversement proportionnelle à la richesse des programmes (plagiats compris !) mais elle témoigne de la volonté prioritaire des candidats de faire leur propre promotion. Créativité pourtant en matière d’opportunisme  

: on descend jusqu’à la gestion des campings (c’est de saison) sans parler des gens du voyage à ne pas oublier !  Les concurrents dès qu’on aborde un sujet inexploité guettent pour « aller encore plus loin ». On se renforce selon les cas sur sa droite ou sur sa gauche ; le centre est bon pour son aspect consensuel mais très peu enthousiasmant en termes de propositions et de courage : on cherche en vain ce que pourrait être un courage centriste… qui se contente donc d’être centralisateur.

Notre moral citoyen est en chute libre ; nous cherchons l’homme providentiel que l’on nous dit introuvable et à ne surtout pas chercher… mais alors QUI ? et on repart à zéro. Nous sommes fatigués des accusations d’extrémisme : on est toujours l’extrémiste de quelqu’un en ce moment, c’est comme les nazis qui sont probablement allongés à coté de vous sur la plage !  

Notre ligne de conduite, si l’on s’en tient aux médias, est dictée par les sondages ; nous les apprécions incontestablement à juste titre et dans tous les domaines, mais ils finissent par être un facteur antidémocratique dans l’exploitation que l’on en fait. Comment voir émerger par exemple un candidat nouveau dans le tableau, alors que sa notoriété, de l’avis des sondeurs, n’est pas encore suffisante pour figurer dans le tableau des noms proposés aux personnes interrogées (ex : David Lisnard) ? Le serpent se mord la queue car les futurs électeurs, si le candidat de leur choix n’est soi-disant pas assez connu pour être cité, estiment alors qu’il ne faut pas envisager de voter pour lui car il est inconnu et n’aurait donc aucune chance. Il semble qu’il faille des « pré-sondages » pour savoir qui peut figurer dans le sondage. Les conséquences sont très importantes car les médias amplifient le phénomène : programmes, réunions etc. se font en prenant exclusivement en considération ceux qui sont au tableau d’honneur des sondés. 

Ainsi la Rencontre des Entrepreneurs de France qui va réunir le patronat les 27 et 28 août va-t-elle organiser la première grande confrontation des candidats pris en considération par les sondages. « Le courage » est le thème de cette grand-messe annuelle, et l’on en a besoin ; mais le courage n’aurait-il pas été de ne pas se fixer sur les résultats des sondages à des mois de l’élection présidentielle, et de réunir simplement les candidats à minima favorables idéologiquement à l’entreprise en imposant les conditions de la croissance aux candidats sélectionnés par le patronat ? Le rapport de force change de camp et il serait temps d’en tenir compte : les Français ont confiance dans l’entreprise et les chefs d’entreprise au point qu’ils souhaiteraient les voir gouverner (dixit les sondeurs !). 

Ne nous resignons donc pas à voter ce que les sondages nous disent de voter. De fait, les conversations tournent autour de : pour qui vais-je voter entre les deux gagnants (des sondages du moment), et chacun d’envisager le pire… et pour quel extrémiste voter entre deux ?

Est-ce ainsi que l’on va reformer ? Les programmes ont-ils si peu d’importance ? Le libéralisme est-il exclu des projets, ou du moins anecdotique et toujours incompris ? Que reste-t-il de notre « slogan » républicain : liberté, égalité, fraternité ? On a beau chercher… on ne voit que des sondages préfabriqués. C’est aux Français maintenant de réagir et d’avoir le courage de renoncer parfois à ce que l’on souhaite et dont on n’a plus les moyens…

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August 10, 2026

Je suis un homme, je suis un père, je suis français, je suis chrétien, mais pas que !

Pour une femme ou un homme politique, revendiquer ses différentes identités sur les plans familial, national et religieux, par exemple, est devenu un acte provocateur, même à droite. Pourtant, on ne devrait pas avoir à s’en excuser.


Le Figaro publie actuellement une remarquable série consacrée aux « Métamorphoses de Giorgia Meloni ». Dans le quatrième article, qui traite de « sa condition, ainsi que de la manière dont elle l’envisage », est mise en exergue cette affirmation, qui a eu un très fort retentissement : « Je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne, et vous ne me l’enlèverez pas ! »

Ce qui surprend, c’est qu’une telle affirmation de soi soit devenue, dans le registre politique, une forme de provocation, comme si les quatre identités qu’elle revendique ne relevaient pas d’une normalité que chacun pourrait adapter à sa propre situation.

Faut-il que notre monde – et j’imagine très bien la France en plein désarroi si l’une de nos personnalités politiques s’était aventurée à tenir un tel discours ! – soit tombé dans un état de méfiance à l’égard de tous nos ancrages naturels pour que les évidences énoncées par Giorgia Meloni aient eu besoin d’être proclamées ?

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Bien sûr, sa personnalité, plus que celle du commun, ne se réduit pas à cette définition d’elle-même, à la fois identitaire, familiale, nationale et religieuse. Bien d’autres éléments dépassent ce qu’elle a estimé essentiel de mettre en avant. Il n’en demeure pas moins que les quatre caractéristiques par lesquelles elle se définit éclairent en grande partie la politique qu’elle a menée et qu’elle poursuit.

J’aime d’ailleurs cette idée que le socle qui la constitue soit précisément celui à partir duquel, aussi personnel et intime soit-il, elle a élaboré ses convictions, sa vision de l’existence, son courage et sa volonté de ne pas transiger avec ce qu’elle est : une mère, une femme italienne chrétienne. Cela me paraît plus sain que de laisser penser qu’il faille un gouffre entre ce que l’on est véritablement et les actes que l’on accomplit, comme s’il fallait avoir honte de ce qui les inspire.

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C’est d’ailleurs l’un des travers les plus insupportables de beaucoup de nos responsables politiques de droite : on constate avec quel empressement ils cherchent, dans leurs stratégies partisanes, à se défaire de tout ce qui pourrait les relier à leur humanité, à leur pays ou à leur foi, comme si ces appartenances étaient devenues embarrassantes. Ils se condamnent ainsi à une posture autarcique aussi artificielle qu’absurde.

Si certains, hommes ou femmes, n’ont pas envie d’imiter Giorgia Meloni, qu’ils se rassurent ! Comme mon titre le souligne, ce que l’on est et ce que l’on croit a le droit de se dire. Le véritable problème commence seulement lorsque l’on considère qu’il faudrait s’en excuser ou le dissimuler.

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