Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

July 20, 2026

Warhol-Versace, l’été sera «show»!

De Landerneau dans le Finistère à la rue de Grenelle à Paris, les expositions Warhol et Gianni Versace Retrospective se répondent. Elles se font écho et assurent le spectacle durant tout l’été…


Cet été sera plus chaud dans les expositions que dans les maillots. Vous traînez un mal de vivre depuis plusieurs semaines, la canicule vous pèse, le bruit des ventilateurs vous assomme, la présidentielle 2027 vous donne déjà la nausée et vous doutez de la pérennité de la République française. À quoi bon toute cette mascarade, la démocratie et le libéralisme, la société de consommation et le litre de Super au prix du kilo de bœuf ? Tout vous semble dérisoire et inutile, le vote, le flirt, le barbecue et même la maison individuelle. Tout se désintègre, tout ce qui vous constituait jadis, disparaît ; vous accumulez les déceptions, défaite des Bleus en demi-finales, abandon de Jonas Vingegaard sur le Tour et retraite forcée de Nelson Monfort au service des sports.

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Remède

Vous traversez l’une de ces crises existentielles qui saisit les Hommes à l’approche de la cinquantaine. Vous ne croyez plus en rien. Pour la première fois de votre vie, vous avez regardé le défilé du 14-Juillet d’un œil distrait, lointain, et vous avez même refusé de visionner pour la centième fois « L’Hôtel de la plage » de Michel Lang avec Sophie Barjac. Vous allez mal. Vous souffrez. Et l’État n’a pas encore inventé un numéro vert pour vous soigner à moindre frais. De toute façon, vous habitez dans un désert médical. La consultation est aujourd’hui télépathique. Un seul remède à cette atonie estivale : visiter deux expositions qui ont débuté quasiment en même temps, début juin, et qui se répondent par leur drapé flamboyant et leur esthétique « pop », assumant totalement leur part d’exhibitionnisme et de consumérisme. Deux artistes qui ne font pas de la rétention de célébrité. Chez Warhol et chez Gianni Versace, l’égo n’est pas factice, il ne se cache pas, il ne transige pas, il éclate, voyant et outrancier, bravache et décomplexé, ça nous change des dissimulateurs et des démagogues. Ces deux-là n’avancent pas masqués ! Ils veulent exister, briller, provoquer et charmer. Jusqu’au 24 janvier 2027, le Fonds pour la Culture Hélène & Édouard Leclerc à Landerneau (29) retrace le parcours d’Andy Warhol (1928-1987) né Andrew Warhola à Pittsburgh en Pennsylvanie de parents émigrés de l’actuelle Slovaquie. L’enfant terrible newyorkais, le fabricant d’objets détournés et d’images transfigurées, publicitaire tourné sur lui-même et formidable « public relation » de sa propre œuvre, ayant compris avant les autres tous les codes de la surmédiatisation, adepte de l’auto-caricature, n’en finit plus de brouiller les pistes par tant de détours. À Landerneau, on essaye de remettre un peu d’ordre dans cette profusion créatrice en s’intéressant à ses travaux de jeunesse, aux piliers du mythe américain, à la publicité vue comme un art à part entière et à la mise en scène permanente de sa personnalité. Warhol a inventé notre décor, bazar stylisé, illustrations répétées à l’écœurement, starisation du quotidien, tous les murs porteurs de notre vacuité marchande sur lequel repose encore notre idéal nihiliste.

 © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2026

Il a signé le nuancier de la deuxième moitié du XXème siècle. Alors, dans le Finistère, on retrouve notre bestiaire culturel, Marylin polychromée, la soupe Campbell’s multipliée comme des pains et toute la sarabande des années 1970 et 1980, YSL, Basquiat, Truman Capote et le Studio 54.

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Dieu de l’épingle

À six cents kilomètres de là, dans le 7ème arrondissement de Paris, le Musée Maillol accueille l’exposition « Gianni Versace Retrospective ». Andy et Gianni sont sur la même longueur d’onde. Ils s’amusent à bouger les lignes droites, à pousser le système dans une zone grise où l’éclat et le fracas s’accordent. Leur communication tapageuse, grandiloquente et clinquante est un véritable bol d’air. Grâce aux 450 pièces (tenues, croquis, vaisselle, vidéos, etc.) mises en mouvement dans une belle scénographie, on mesure le caractère effréné et virtuose de Gianni Versace (1946-1997). Ça éclabousse, dirait Jean-Pierre Marielle ! Abondance de soie, d’imprimés, de Barocco, d’Art nouveau à la sauce Miami, de rappel de la Méduse et de figures de l’Antiquité, de haute technicité également, le couturier fils d’une couturière de Reggio de Calabre a illuminé la mode par ses créations aguicheuses et charnelles. Gianni aimait habiller les femmes. Elles lui rendent bien.

Les supermodels de la décennie 1980 seront ses amies pour la vie. Elles sont toutes-là, Naomi, Claudia, Cindy, Linda, Carla jusqu’à la brindille Kate. Gianni était un dieu de l’épingle à nourrices. Il suffit de revoir la robe noire fourreau portée par Elizabeth Hurley en 1994 à la première du film « Quatre mariages pour un enterrement » pour que la légende de Gianni dure encore des siècles et des siècles.


Fond culturel Leclerc, Aux Capucins, 29800 Landerneau, jusqu’au 24 janvier 2027. 10€

Musée Maillol, 59-61 rue de Grenelle, 75007 Paris. Pendant tout l’été 2026. 23,90€

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Heureux qui comme Ulysse est reparti de chez lui

La fin de L’Odyssée de Christopher Nolan a « dérouté » notre contributeur


Non, non et non, on ne m’appliquera pas le masque du vieux prof râleur qui exige des représentations modernes la fidélité littérale aux classiques. Les metteurs en scène d’opéra ont maintes fois prouvé que la fantaisie la plus débridée pouvait réussir. Il existe un Cosi fan tutte de Mozart en version plage, avec lunettes de soleil, maillots de bain chics et raquettes de tennis qui a beaucoup de charme et d’humour, un Lady Mac Beth de Mzensk de Chostakovitch avec un décor de prison américaine qui rend parfaitement l’enfermement carcéral dans les passions. A l’inverse, un Péléas et Mélisandejoué en appartement moderne, d’où disparaît tout le charme forestier, les fontaines et le bruissement des feuilles présents dans Maeterlinck, raté.

Universal Pictures France

Un film woke ?

Je ne me scandalise pas du wokisme qui affleure sous la surface bleue de la Méditerranée de l’Odyssée de Christopher Nolan, des personnages homériques devenus africains, comme la belle Hélène, dotée en outre d’un visage dont on doute qu’il puisse déclencher une guerre. Le woke est incontournable dans l’Amérique contemporaine, soit qu’on le révère, comme les artistes de gauche, soit qu’on le déteste comme certains hommes politiques. Ça passera comme les fleurettes aux oreilles des hippies. Les épisodes de la première moitié du film sont réussis, le Cyclope est à la fois monstrueux et attendrissant, la magicienne Circé change avec un savoir-faire gracieux les hommes en pourceaux et vice-versa, Charybde et Scylla sont épouvantables à souhait, Matt Damon est un Ulysse réglementaire, rusé et autoritaire, un peu masculiniste pour suivre la dernière tendance.

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Attention, je vais spoiler. La fin du film de Nolan relève du home jacking le plus violent. Le texte d’Homère a réuni des récits préexistants chantés par les aèdes que l’on nommait les nostoi, les retours, retours de différents héros de la guerre de Troie en leur patrie. L’Odyssée est essentiellement le poème du retour. Non, je ne suis pas obnubilé par le splendide poème de du Bellay que tous les Français savaient par cœur du temps où existait une Education nationale digne de ce nom. Le bonheur de retourner vieillir auprès des siens se lit aussi dans le poème Ithaque d’un Grec nommé Cavafy, dans Ulysses d’un Irlandais nommé James Joyce et dans toute la culture occidentale.

Anne Hathaway (Pénélope) et Tom Holland (Télémaque)

Ulysse Colomb, je t’ai pas vu venir !

Ulysse-Matt Damon retourne enfin dans son île, il massacre les prétendants de son épouse Pénélope au cours d’un interminable combat de kung-fu à un contre cent, il se remémore interminablement la prise de Troie, pendant laquelle on coupe la tête d’une très jolie femme, ce que les lois de la guerre antique interdisaient absolument. Non par humanisme mais par bonne gestion du harem de servantes et concubines que possédait chaque roitelet grec. Tout cela passe encore. Mais vient le plus terrible, l’arbouze sur la moussaka : Ulysse et son épouse donnent la royauté à leur fils Télémaque, arment une trière et décident de repartir à la conquête du fatidique Soleil Couchant. Ils vont découvrir l’Amérique ! Ulysse Colomb, on ne s’attendait pas à celle-là ! Une autre interprétation consiste à penser qu’ils sont des migrants à l’assaut d’une terre d’accueil, qui sait ? Le tout accompagné d’un baratin décliniste insupportable sur les siècles barbares qui nous attendent. Au contraire, les poèmes d’Homère, captés par l’écriture à Athènes au VIIIème siècle avant notre ère, sont précisément aux avant-postes du miracle grec et des siècles de haute civilisation que Paul Veyne appelle “ l »Empire gréco-romain”.

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La bonne nouvelle, c’est qu’il sera encore possible de faire des films pour illustrer l’Odyssée après Christopher Nolan. Par exemple une version intimiste qui montrerait que le poème donne une tonalité épique à la vie la plus banale, ainsi celle d’un homme qui aurait quitté les forêts et les lacs du Haut-Périgord et qui y reviendrait vivre sa vieillesse. Ou une version paisible, qui commencerait, comme l’original, par une partie de ballon entre jeunes filles, Nausicaa la fille du roi des Phéaciens et ses compagnes. Surprise, un homme nu et sans connaissance exhibe sa virilité et sa détresse sur la plage, la mer lui lèche les pieds. Elles le réveillent, l’amènent chez le roi, un banquet le réconforte, on lui demande de raconter sa vie. “J’étais à Troie, j’ai imaginé la ruse du cheval creux”. Un film où l’on entendrait le clapotis de l’eau contre les rochers des îles grecques, comme dans l’épisode où Protée, le dieu phoque se métamorphose en divers animaux avant de livrer ses secrets. L’Odyssée a de quoi vivre longtemps encore dans le cœur et la mémoire des hommes.

2h 53m

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Liberté et sécurité retrouvées pour des enfants de Bethléem en Pologne

Pendant plus de deux semaines, des enfants palestiniens de la Maison de la paix de Bethléem, gérée par les Sœurs Élisabétaines, se sont rendus dans différentes villes de Pologne. En les accueillant pour la quatrième fois, la paroisse de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie à Witoszów Dolny, dans le diocèse de Świdnica, souhaite leur redonner la saveur de la normalité.

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Mgr Gallagher au mémorial du Maïdan en hommage aux victimes

Ce 20 juillet, au dernier jour de son voyage en Ukraine, Mgr Gallagher a rencontré à Kiev le ministre des Affaires étrangères par intérim et le président Zelensky. Il a déposé un bouquet de roses en mémoire des personnes qui ont perdu la vie au mémorial de la place du Maïdan dédié aux victimes de la révolution de 2014 et de la guerre qui a éclaté en 2022, après l’invasion de la Russie.

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Accompagner les jeunes: le cardinal Czerny aux côtés des évêques d’Afrique de l’Est

Le préfet sortant du dicastère pour le Service du développement humain intégral a présidé ce 19 juillet, dans la capitale Nairobi, la messe d’ouverture des travaux de la 21e Assemblée plénière de l’Association des conférences épiscopales d’Afrique de l’Est (Amecea) qui se déroule à l’Université catholique d’Afrique de l’Est jusqu’au 26 juillet, sur le thème «Le chemin synodal de l’Amecea avec les jeunes: construire des ponts de communion, d’espoir, justice et de bonne gouvernance».

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Rendez-nous Mazarin!

Nous savions depuis lurette, chez Causeur, que notre chroniqueur avait une morale équivoque. Voilà qu’il appert (du verbe apparoir, trop peu utilisé) qu’il n’a pas de morale du tout: loin de condamner la résolution de Marine Le Pen de se présenter alors qu’un tribunal l’a condamnée, ce qui fait hurler la gauche, qui comme chacun sait ne compte que des petits saints dans ses rangs, il appelle de ses vœux un candidat parfaitement dégagé des diktats de la vertu.


Le procureur général auprès de la Cour de Cassation, François Molins, s’indigne dans un article de La Croix que Marine Le Pen ose se présenter aux suffrages des Français après avoir été condamnée pour des faits délictueux. Un(e) président(e) doit « être exemplaire » écrit-il. La décision des juges, rajoute-t-il, « permet de souligner la nécessaire dignité de la fonction politique dans une démocratie représentative où les citoyens élisent leurs représentants au suffrage universel et où ce ne sont pas les citoyens qui gouvernent mais leurs représentants élus. C’est donc l’intérêt des citoyens que ceux qui vont gouverner soient des personnes honnêtes et vertueuses. »

Vertueuses ! Le gros mot est lâché !

Dans son dernier numéro, le magazine Marianne propose un jeu de l’été original : « Choisissez votre champion de l’Histoire de France ». Et de soumettre au vote des lecteurs 32 candidats au titre de « meilleur représentant historique de la classe politique ». Le jeu se veut sérieux — Marianne n’a inclus ni Hollande ni Macron. Pour satisfaire tout le monde, il y a Danton et Robespierre, Jeanne d’Arc et Catherine de Médicis…

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Mon préféré, et de très loin, c’est Mazarin. Oui, Giulio Mazarini, l’Italien fourbe, l’immigré, Premier ministre du jeune Louis XIV, amant puis mari de la reine Anne d’Autriche. L’homme qui a écrasé la Fronde, qui a remporté la Guerre de Trente ans, et qui a manœuvré pour mettre les Bourbons sur le trône d’Espagne, réduisant à rien les prétentions des Habsbourgs.

Question morale, il n’était pas vraiment exemplaire. Arrivé en France parfaitement gueux, il laisse à sa mort plus de 70 millions de livres-or (ne cherchez pas, c’est incalculable) à ses nièces, faisant d’elles les plus riches héritières qui onques virent le jour en France. Et en sous-main, il abandonna 12 millions au jeune roi Louis, qui piaffait en sondant ses poches vides. 12 millions, et Colbert.

Le « Grand Siècle » ne fut grand que parce que se succédèrent au pouvoir trois génies : Richelieu, Mazarin et Colbert. C’était une époque terrible, soumise au petit âge glaciaire qui gelait les moissons en juin. Ni canicule, ni réchauffement climatique — juste l’inverse. Une famine une année, une épidémie l’année suivante. 12 millions de Français à la mort d’Henri IV en 1610, guère davantage, malgré une natalité surabondante, à la mort de son petit-fils Louis XIV en 1715.

Mais c’est sous Mazarin que l’armée française écrase les Espagnols à Rocroi ou à Lens. Que la flotte française lamine la Hollande. Que la Fronde, cette émeute générale des bourgeois et des nobles, est subjuguée. Que les finances sont en partie rétablies. Que les relations avec la Grande-Bretagne se remettent au beau fixe, grâce au mariage abracadabrantesque du frère homosexuel du roi, Philippe, avec sa cousine germaine, Henriette d’Angleterre. Que l’industrie reprend des forces. Et que le pouvoir suscite une formidable cohorte d’écrivains et d’artistes pour célébrer ses fastes.

Comparez avec la France de Macron…

Alors, abus de biens sociaux, peut-être : Mazarin s’était affecté à lui-même une quarantaine d’abbayes plus riches les unes que les autres dont il percevait les bénéfices. Mais c’est lui aussi qui institua l’opéra en France, en le faisant venir d’Italie, et qui lança les artisans-vitriers dans la confection de miroirs de grande taille qui ornèrent plus tard les murs de la Galerie des glaces, à Versailles — afin que le pouvoir s’y contemple chaque jour.

Il avait pourtant de splendides opposants, pas plus vertueux que lui. C’est son plus farouche adversaire, le cardinal de Retz, qui écrivait : « Je choisis de faire le mal par dessein, ce qui est certainement le plus criminel devant Dieu, mais le plus sage devant les hommes. » Ce devrait être la maxime de base de tous les gouvernants de qualité.

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Ils pourraient au besoin s’inspirer des Considérations politiques sur le coup d’Etat, rédigées en 1639 par Gabriel Naudé. On y justifie toutes les trahisons des politiques au nom de l’intérêt supérieur de la France. Jamais la France ne fut plus intelligente.

La morale n’a rien à voir avec la politique. Le talent, oui. J’attends une personnalité qui sera un nouveau Mazarin, un nouveau Bonaparte, un nouveau Clemenceau. Et nous n’irons pas la chercher chez les robins, comme on disait jadis pour désigner les gens de justice, mais dans la chair vive du peuple. Pas dans la caste aujourd’hui au pouvoir, aujourd’hui tremblante à l’idée d’en être dégagée l’année prochaine, mais chez les obscurs, les sans grade, chez tous ceux qui ont le courage et l’envie de sauver la France. Les Italiens ont trouvé Giorgia Meloni, dont les décisions sans états d’âme me rappellent les beaux jours de Deng Xiaoping. Nous aurons Marine Le Pen, pourvu qu’une fois au pouvoir elle se dégage de toute obligation morale — ce boulet de la démocratie — et gouverne dans l’intérêt supérieur du pays.

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Finale de la Coupe du monde: le sacre de Messi frustré par l’Espagne

À la fin de la cérémonie de remise des médailles, dimanche à New York, lors de la finale de la Coupe du monde de foot, Lionel Messi – considéré par beaucoup comme le meilleur joueur de la planète et, pour d’aucuns, de tous les temps (huit Ballons d’or) – n’a pas pu retenir ses larmes. L’Espagne, à qui il doit tout, une carrière hors norme et aussi, en conséquence, un destin exceptionnel, soudain ingrate à son endroit, venait de le frustrer du sacre auquel, dans son for intérieur, il aspirait : donner à l’Argentine sa deuxième étoile consécutive et, surtout, lui faire gagner, comme l’a souligné L’Équipe, « l’éternité » en devenant « plus grand que Pelé. »

Tout semblait indiquer que la rencontre s’acheminait inexorablement vers une injuste séance de tirs au but, tellement l’Espagne était dominante. Mais dominer n’est pas gagner.

L’attaque ibérique, dite la Roja (la rouge), se heurtait à une défense argentine intraitable, disons, par euphémisme, rugueuse, et à son gardien, Emiliano Martínez, qui a réussi huit arrêts qui, en principe, auraient dû terminer au fond de ses filets. Ce n’est qu’à l’entame de la deuxième mi-temps de la prolongation, à la 106e minute, et à son 20e tir cadré, que l’Espagne a pris ce dernier en défaut et a marqué le but de la délivrance, l’unique de la rencontre.

Espagne : la meilleure cohésion du tournoi

Jusqu’alors, l’essentiel du jeu s’était déroulé dans le camp de l’Albiceleste, le surnom de l’Argentine. Bien que réduite à dix après l’expulsion à la 93e minute d’Enzo Fernández, suite à deux cartons jaunes, elle parvenait à résister aux vagues d’assaut « rouges ». Tous ses joueurs, y compris Messi, étaient repliés dans la surface de réparation, formant un véritable mur qui allait se révéler n’être qu’une ligne Maginot. Au milieu de cet embouteillage défensif, l’ailier de la Roja, Williams Jr, parvint néanmoins à remiser de la tête sur le pied droit de Ferran Torres (tous les deux entrés peu de temps avant) qui, d’une magistrale volée, marqua.

À partir de ce moment, l’Albiceleste se réveille et offre un autre visage. Elle part à la conquête de la cage du gardien ibère, Unai Simón, dont le rôle jusqu’alors s’était réduit à celui de spectateur du match, tellement il avait été peu sollicité. L’Argentine frise à plusieurs reprises l’égalisation, démontrant qu’elle était capable d’autre chose que de pratiquer un non-jeu. Les dix dernières minutes sont haletantes… mais vaines. À la grande déception de Messi qui, en plus de cette défaite, concède le titre de meilleur buteur à Kylian Mbappé (10 réalisations contre 8 à Messi, qui n’a marqué ni contre l’Angleterre, ni contre l’Espagne).

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Lundi matin, la presse, y compris sud-américaine, a fait l’éloge du sélectionneur espagnol, Luis de la Fuente, pour le jeu et l’esprit qu’il a imprimés à son équipe, dont le principal trait est la patience face à l’adversité. On note aussi que, à la différence de bien des sélections, la majorité de ses joueurs évoluent dans le championnat espagnol. Son équipe est structurée essentiellement autour de deux clubs, le Barça et l’Athletic Bilbao, ce qui lui confère une grande cohésion.

En revanche, la majorité des joueurs argentins opèrent à l’étranger, principalement en Angleterre et en Espagne. Un seul dispute le championnat national sous le maillot de Boca Juniors : Leandro Paredes, dont le comportement durant cette finale aurait mérité de sérieuses réprimandes si l’arbitrage, ainsi que l’a qualifié Le Monde, n’avait pas été « d’une permissivité variable. »

La France n’a pas à rougir de ses Bleus

En contrepartie, le match France-Angleterre de samedi à Miami pour la 3e place, dit « petite finale », restera dans la mémoire des amateurs de ballon rond comme ayant été « la grande », tellement il a été incroyablement époustouflant. En 90 minutes, dix buts ont été marqués : six par les Anglais, quatre par les Français. Sans doute un record… À la mi-temps, les Bleus en avaient déjà encaissé quatre. Les carottes étaient cuites pour eux. À la déception de s’être fait sortir en demie par l’Espagne (2-0) s’ajoutait l’humiliation.

À la reprise, rebondissement : l’improbable survient. Dans un sursaut d’honneur, ils en marquent trois en peu de temps contre une Angleterre qui vacille. L’égalité semble possible. Mais un penalty redonne l’avantage à l’équipe d’outre-Manche. On en est à 5 à 3. C’était compter sans la réaction du onze tricolore : une poignée de minutes à peine écoulées qu’il revient à la marque à 4 à 5. L’espoir d’une égalisation est de courte durée. Les joueurs de ladite « perfide Albion » inscrivent le 6e et irrémédiable but. Parfois, il y a des défaites subies avec panache qui valent amplement des victoires étriquées, genre un à zéro.

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Insécurité: ce que cachent les inquiétants chiffres du ministère

Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a livré, jeudi 9 juillet, son bilan annuel de la délinquance en France, mettant notamment en lumière une progression des atteintes aux personnes, des escroqueries et des infractions liées aux stupéfiants.


Les derniers chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur ne provoquent plus ni surprise ni véritable débat. Ils viennent simplement confirmer ce que chacun éprouve désormais dans sa vie quotidienne : la violence s’installe, les agressions se multiplient, les tentatives d’homicide atteignent des niveaux inconnus il y a encore quelques décennies et, peu à peu, les Français modifient leurs habitudes. Ils évitent certains quartiers, renoncent à sortir seuls la nuit, surveillent davantage leurs enfants, observent les visages avant d’entrer dans une rame de métro, choisissent leurs itinéraires en fonction du risque plutôt que de la commodité. Le fait véritablement nouveau n’est donc plus l’insécurité elle-même. Il est devenu presque impossible de la nier. Le véritable déni consiste désormais à refuser d’y voir autre chose qu’une succession de faits divers ou une évolution statistique parmi d’autres.

Majorité des indicateurs en hausse

Publié lundi 6 juillet par le ministère de l’Intérieur, le rapport « Interstats Conjoncture N° 130 » dévoile les chiffres de l’insécurité pour les mois d’avril à juin 2026. Le constat est accablant pour les autorités : +7 % pour les cambriolages, +10 % pour les vols violents, +32 % pour les violences sexuelles, +37 % pour les homicides. « Sur le dernier trimestre, la majorité des indicateurs sont en hausse par rapport au trimestre précédent », commente le ministère, impuissant.

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Car ce qui se transforme sous nos yeux n’est pas seulement le niveau de la délinquance. C’est le rapport même qu’une société entretient avec le monde qui l’entoure. Lorsqu’une femme renonce à rentrer seule à la nuit tombée, lorsqu’une famille apprend à ses enfants les rues qu’il faut éviter, lorsqu’un commerçant baisse son rideau avant le soir, lorsqu’une école vit sous la garde permanente de soldats et qu’un marché de Noël se protège derrière des blocs de béton, nous ne sommes plus devant une simple accumulation d’incidents. Nous assistons à une transformation beaucoup plus profonde : une civilisation apprend à vivre avec la peur. Elle s’organise autour d’elle, adapte ses comportements, modifie ses réflexes, jusqu’à considérer comme normales des précautions qui auraient paru inimaginables il y a seulement une génération.

Derrière les statistiques

Les statistiques sont nécessaires, mais elles ne disent presque rien de l’essentiel. Elles comptabilisent les infractions ; elles ne mesurent pas l’érosion de la confiance sans laquelle aucune communauté politique ne peut longtemps subsister. Elles ignorent cette prudence qui s’insinue dans les gestes les plus ordinaires, cette manière nouvelle d’habiter son quartier, de choisir une gare, un parc, un café ou un horaire en fonction du risque.

Surtout, elles ne disent pas ce qui distingue un événement d’un symptôme. Chaque meurtre, chaque agression, chaque règlement de comptes possède ses circonstances particulières. Mais il arrive un moment où les événements cessent d’être seulement des événements. Leur répétition dessine une structure. Ils révèlent moins une succession d’accidents qu’une transformation du monde commun. Une société ne bascule pas lorsque la violence apparaît : elle bascule lorsque cette violence devient suffisamment régulière pour modifier les comportements ordinaires, suffisamment prévisible pour que chacun apprenne à vivre avec elle. Ce qui se défait alors n’est pas seulement l’ordre public. C’est la confiance élémentaire sans laquelle aucune liberté n’est véritablement possible.

Depuis plus de quarante ans, j’ai travaillé là où la violence semblait parfois avoir définitivement remplacé la parole : dans des quartiers où les haines avaient fini par devenir un langage, auprès de policiers, de magistrats, de jeunes en rupture, de victimes, mais aussi dans des sociétés traversées par des conflits extrêmes, notamment au Rwanda après le génocide des Tutsi ou en Amérique latine. J’y ai appris qu’une société ne sombre jamais parce que des individus deviennent violents ; elle sombre lorsque disparaissent les médiations capables de contenir cette violence, de lui donner une forme, de l’obliger à passer par la parole plutôt que par la destruction. Une civilisation ne tient jamais uniquement par ses lois. Elle tient parce qu’existe entre les hommes un ensemble fragile d’autorités, de limites, de références communes qui empêchent la force de devenir le seul principe d’organisation des rapports humains.

Le conflit suppose un sol partagé

J’ai longtemps pensé — et je continue de le croire — que le conflit pouvait constituer une chance, à condition qu’il soit organisé, accepté, traversé avec suffisamment de rigueur pour conduire chacun jusqu’au réel qui résiste à ses certitudes. Je ne renie rien de cette conviction. Mais notre époque impose une interrogation plus radicale encore : que devient cette possibilité lorsque le monde commun lui-même se défait ? Que reste-t-il du conflit civilisateur lorsque les institutions perdent leur autorité symbolique, lorsque l’appartenance civique s’efface devant des fidélités religieuses, culturelles ou communautaires de plus en plus exclusives, lorsque des populations vivant sur un même territoire n’habitent déjà plus le même univers moral, ne reconnaissent plus les mêmes évidences, ne parlent plus tout à fait la même langue politique ? Le conflit suppose un sol partagé ; or c’est précisément ce sol qui se fissure.

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Cette évolution ne peut évidemment être ramenée à une seule cause. Les transformations démographiques, les migrations de masse, l’installation sur le territoire national de cultures dont certaines entretiennent un rapport très différent à la loi, à l’autorité, à la place des femmes ou à la violence légitime, l’affaiblissement de l’école, la désagrégation des grandes institutions de transmission, les fractures sociales, l’individualisation des existences, les réseaux sociaux qui abolissent toute hiérarchie symbolique : tout cela compose une réalité complexe dont il serait absurde de nier l’enchevêtrement. Une nation peut accueillir des populations venues d’ailleurs ; l’histoire de la France en témoigne abondamment. Mais aucune société n’intègre durablement sans exiger en retour une adhésion au monde commun. L’intégration n’est pas une procédure administrative ; elle est une lente conversion à une mémoire, à une langue, à des mœurs, à une conception de la liberté et de la loi. Lorsque cette exigence disparaît, les différences cessent d’être fécondes : elles deviennent des frontières invisibles.

Les tartes à la crème sociologiques

Nous avons parallèlement pris l’habitude d’expliquer toute violence par ses déterminismes sociaux, économiques ou psychologiques. Ces déterminismes existent. Mais ils ne suffisent pas. Ils ne disent jamais ce moment où un homme cesse de reconnaître dans celui qu’il a devant lui un semblable. Ils ne disent rien de cette décision intérieure par laquelle la cruauté devient licite, parfois même vertueuse, parce qu’elle est mise au service d’une identité, d’une vengeance, d’une croyance ou d’une conquête. C’est ce moment que j’appelle, sans détour, le mal. Le mot paraît aujourd’hui presque inconvenant tant nous préférons les diagnostics aux jugements. Pourtant il désigne une réalité anthropologique que toutes les grandes catastrophes du XXᵉ siècle ont révélée avec une évidence tragique. Comprendre les causes n’abolit jamais la responsabilité ; expliquer n’a jamais signifié excuser.

L’enjeu est donc infiniment plus vaste que la seule question de la sécurité. Il engage la possibilité même de continuer à faire société. Une démocratie peut survivre à des crises économiques, à des alternances politiques ou à des conflits sociaux. Elle ne survit pas longtemps à la disparition du monde commun qui permettait précisément à ces conflits d’être arbitrés sans sombrer dans une guerre civile diffuse. Lorsque la loi cesse d’incarner une référence supérieure aux appartenances particulières, lorsque l’expérience vécue des citoyens est disqualifiée au profit de récits idéologiques, lorsque ceux qui décrivent ce qu’ils voient sont accusés d’entretenir des fantasmes plutôt que d’observer le réel, alors le déni vient redoubler la violence des faits. Le mensonge officiel ne consiste plus à nier les crimes. Il consiste à nier ce qu’ils révèlent.

La première responsabilité d’une démocratie n’est pas de promettre une sécurité parfaite, promesse qu’aucune époque n’a jamais tenue. Elle est d’avoir le courage de regarder lucidement les transformations qui la travaillent, de les nommer sans haine mais sans mensonge, de reconnaître que certaines évolutions mettent en cause les conditions mêmes de la coexistence. Car une nation ne décline pas seulement lorsque la violence progresse. Elle commence à disparaître lorsqu’elle perd les mots qui lui permettraient encore de reconnaître ce qui est en train de lui arriver. C’est alors que le réel devient étranger à ceux qui l’habitent, et qu’un peuple découvre, souvent trop tard, qu’il ne vivait plus dans le pays qu’il croyait connaître.

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Mgr Gallagher à Berdychiv: prière pour la paix à Notre-Dame du Mont-Carmel

En Ukraine, l’archevêque secrétaire aux Relations avec les États, envoyé de Léon XIV pour les célébrations du 35e anniversaire de la réouverture des structures de l’Église catholique de rite latin, a célèbré la messe ce dimanche 19 juillet au sanctuaire du Mont Carmel de Berdychiv. Il a appelé à «prier ensemble pour la paix, don de Dieu», avant de recontrer aujourd'hui plusieurs personnalités institutionnelles et politiques, dont le président Volodymyr Zelensky.

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Andy Burnham indique-t-il le nord?

Le baron de Manchester succède au « Keir à deux vitesses » au 10, Downing Street.


Après avoir été confirmé comme chef du Parti travailliste vendredi, Andy Burnham assumera la fonction de Premier ministre à partir de ce lundi 20 juillet. C’est le septième que compte la Grande-Bretagne en dix ans… Soutenu par une majorité des cadres et des syndicats associés au parti, il doit accomplir la difficile tâche de restaurer la confiance des Britanniques au moment où les partis hors système s’imposent sur la scène politique.

Le « Roi du Nord »

Né à Aintree, près de Liverpool, Andy Burnham a grandi à Culcheth, dans le nord de l’Angleterre. Lycéen, il découvre un amour pour les lettres et la poésie, ce qui, Boris Johnson mis à part, est devenu rare en politique. Il poursuit cet intérêt en étudiant la littérature à l’université de Cambridge et, en 2015, il ira jusqu’à confier son intention d’écrire de la poésie après sa carrière politique. Politisé à un très jeune âge (il intègre le Parti travailliste à l’âge de 15 ans), il entre vite dans l’appareil travailliste auprès de Tessa Jowell, puis dans l’orbite de Tony Blair. Élu député de Leigh en 2001, il occupe plusieurs postes ministériels sous Tony Blair et Gordon Brown, du Trésor à la Santé en passant par la Culture. Il brigue la tête du parti par deux fois, en 2010 puis 2015, sans succès.

En 2017, il quitte son siège pour devenir le premier maire du Grand Manchester, où il est réélu en 2021 puis en 2024 avec des majorités croissantes. Il se distingue notamment par la création du « Bee Network », qui remet les bus sous contrôle public et pose les bases d’un réseau de transports intégré regroupant bus, tramways et trains locaux. Au plus fort de la pandémie de Covid-19, il s’oppose aux restrictions locales du gouvernement conservateur, ce qui lui vaut le surnom de « Roi du Nord ».

À partir de l’automne 2025, fort de cette expérience du pouvoir local, il prépare activement son retour à l’échelle nationale. Le député Josh Simons démissionne pour lui céder sa place dans la circonscription de Makerfield. Andy Burnham y est investi par le Parti travailliste et remporte l’élection, scellant son retour à Westminster en mai 2026.

Ce succès électoral le propulse au rang de favori pour la succession de Keir Starmer à la tête du parti. Ce dernier finit par céder à la pression de ses ministres et députés et annonce sa démission le 22 juin. Très vite, les autres candidats potentiels s’effacent pour faire place au « Roi du Nord ». A 56 ans, il obtient une vengeance symbolique sur les milieux londoniens qui ne l’ont jamais accepté.

La bouée de sauvetage

Si les travaillistes conservent leur majorité au Parlement, leur base politique se fracture. Le parti souffre d’une érosion à gauche au profit des Verts et d’une poussée de Nigel Farage à droite. Les derniers sondages placent les travaillistes en deuxième ou troisième position, avec environ 20 à 24 % des intentions de vote, derrière Reform UK (25 à 26 %)[1]. Andy Burnham hérite d’un pays politiquement instable, et sa légitimité demeure, pour l’heure, essentiellement circonscrite au Parti travailliste. Certains de ses proches lui conseilleront sans doute de convoquer des élections anticipées afin d’obtenir un véritable mandat populaire, mais une telle éventualité paraît peu probable, la gauche ayant peu de chances d’en sortir victorieuse.

Son premier défi sera de regagner la confiance de l’opinion publique. Le passage de Keir Starmer au 10 Downing Street a laissé le Parti travailliste en perte de vitesse, et Andy Burnham cherche à y remédier par un discours de reprise économique. Il a su apparaître comme une alternative crédible, plus enracinée dans les territoires et l’électorat travailliste que ne l’était Keir Starmer, avocat spécialisé dans les droits de l’homme. Il promet notamment de ramener la croissance « dans chaque code postal ». Cette formule, un peu maladroite, est néanmoins une marque d’optimisme qui contraste avec l’image austère que projetait Keir Starmer.

Au cœur du projet d’Andy Burnham figurent la reprise de l’activité économique et une décentralisation accentuée du pouvoir londonien, le tout assorti d’importantes dépenses sociales. Il est favorable à une nationalisation des secteurs clés, ou au moins à un contrôle renforcé des pouvoirs publics. Il a fait part de son intention de réindustrialiser le pays, notamment par l’exploitation du pétrole en mer du Nord, au grand dam des écologistes. Sa priorité reste la devolution, allant jusqu’à annoncer la création d’un deuxième bureau pour le Premier ministre à Manchester. Il promet aussi la plus vaste campagne de construction de logements sociaux depuis l’après-guerre.

Une gueule d’atmosphère ?

Avant même de prendre ses fonctions, Andy Burnham s’est forgé une réputation de beau parleur. The Guardian, bien qu’un journal de gauche, en a fait le constat lors de son discours au parti vendredi : « Il est devenu à la mode, cette semaine, de dire qu’Andy Burnham ne propose guère, ces derniers temps, que des “vibes”. Et si l’on entend par là un lien émotionnel, de l’optimisme et des généralités plutôt que des mesures concrètes, alors l’analyse est juste. Ce discours fut une véritable leçon magistrale en la matière. » Plutôt sévère.

Andy Burnham ne se revendique d’aucune idéologie particulière au sein du Parti travailliste. Il s’est tenu à l’écart des débats sur le wokisme, préférant concentrer son discours sur le bien-être économique et social des communautés du Royaume-Uni. En cela, il s’inscrit dans l’héritage de Tony Blair et de Gordon Brown, c’est-à-dire de l’aile droite du Parti travailliste. Bien qu’il ait été accusé de proximité avec Jeremy Corbyn, il ne se rattache en réalité pas tant que ça au progressisme radical incarné par ce dernier. Son discours sur la pluralité des communautés britanniques ne verse pas, du moins pour l’instant, dans le communautarisme.

Cependant, Andy Burnham entend préserver la grande coalition des sensibilités travaillistes en s’appuyant sur une conception relativement large de la justice sociale. Cet œcuménisme de gauche, qui cherche à concilier des courants parfois divergents sans leur donner une véritable cohérence idéologique, risque toutefois de susciter davantage de confusion que de consensus. Il n’est pas non plus certain que cela suffise à endiguer les progrès de Reform UK dans les anciens bastions travaillistes du nord de l’Angleterre.

Autre difficulté, les équipes d’Andy Burnham n’ont presque rien transmis aux hauts fonctionnaires de Whitehall concernant ses orientations politiques, alors que le protocole demande une consultation préalable pour faciliter la transition. Choix tactique ou absence de programme ? Andy Burnham se méfie des réflexes du pouvoir londonien, il est donc probable qu’il s’agisse d’un choix conscient de sa part. Reste à voir si les premières semaines de son mandat seront un « blitz politique » ou un exercice d’improvisation.

Personne ne peut nier qu’Andy Burnham a acquis une culture du pouvoir local, mais celle-ci ne se traduit pas forcément par une culture de l’État. Même s’il disposait d’un programme politique bien défini pour les quatre nations du royaume, ce dont la presse britannique semble douter, rien ne dit qu’il serait en mesure de l’appliquer, même en réorientant le centre du pouvoir dans son bastion de Manchester.


[1] https://politpro.eu/fr/royaume-uni

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July 19, 2026

Léon XIV: «N’oublions pas ceux qui souffrent et meurent à cause des conflits»

Au terme de la prière mariale de l’Angélus, ce dimanche 19 juillet, Léon XIV a rappelé depuis Castel Gandolfo qu’il «continue de suivre avec inquiétude ce qui se passe dans divers pays déchirés par la guerre et la violence» et a invité à s'associer «à l’engagement généreux en faveur de la paix», également «notre prière constante».

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Ukraine, 35 ans après la renaissance de l'Église catholique latine

Ce 19 juillet marque le 35e anniversaire de la restauration des structures de l'Église catholique de rite latin. Au sanctuaire de Notre-Dame du Saint-Scapulaire de Berdychiv, les célébrations de cet anniversaire se déroulent en présence de Mgr Gallagher, envoyé du Pape. Selon le directeur de l’Institut d’études ecclésiastiques, le père Khomiak, «l’Église catholique n’a jamais cessé d’exister en Ukraine, elle a contribué à la construction de l’État. Le rôle de Jean-Paul II a été déterminant».

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C’est la mer qui prend l’Homme…

Christopher Coutanceau, chef triplement étoilé, entretient l’esprit rebelle de La Rochelle. La Yole de Chris est à mille lieues de la gastronomie mondaine: dans ce bistrot véritable ouvert sur la mer, il sert la criée du jour cuisinée au feu de bois et des classiques de très haute volée.


Qui se souvient du siège de La Rochelle ordonné par Louis XIII et commandé par le cardinal de Richelieu en 1627-1628 ? Réponse : les Rochelais ! Cette ancienne cité protestante qu’aimait tant Georges Simenon a gardé un tempérament rebelle, au point d’ailleurs d’en avoir fait la devise de son prestigieux club de rugby (« Bel et rebelle »). Né en 1978, le chef cuisinier Christopher Coutanceau, trois étoiles au guide Michelin, personnifie à lui seul ce caractère frondeur forgé au contact des tempêtes : « J’ai grandi au milieu des petits bateaux de pêche, levé à l’aube pour aller à la criée, dans cet artisanat de la terre et de la mer, aux côtés de gens qui travaillent avec les éléments, des costauds qui ne croient qu’en ce qu’ils voient. »

Si vous allez à La Rochelle, donc, il est impératif que vous preniez le temps de prendre le pouls de cette ville en déjeunant ou en dînant à La Yole de Chris, le bistrot marin que Christopher et son alter ego Nicolas Brossard, sommelier et directeur de salle (venu du Louis XV à Monaco), ont créé il y a peu. Ces deux-là forment un tandem unique depuis vingt-quatre ans, au point d’avoir été surnommés « Starsky et Hutch, Laurel et Hardy, ou encore Simon et Garfunkel ». C’est ensemble qu’ils ont décroché le Graal des trois étoiles, et c’est ensemble qu’ils viennent de créer la Villa Grand Voile, un hôtel de charme, tout près du restaurant, dans un hôtel particulier de 1715.

La Yole de Chris est peut-être un lieu sans équivalent, car ouvert sept jours sur sept, de 9 heures à minuit, exactement comme l’étaient nos vieux bistrots d’antan. On y va prendre son petit-déjeuner, œufs brouillés au poisson fumé, croissants au beurre et confitures maison, puis on y retourne à n’importe quelle heure de la journée pour déguster un plateau de fruits de mer, un homard mayonnaise, l’après-midi au retour de la plage ou à 23 heures, après le match de rugby ou le théâtre, alors que tous les restaurants de la ville refusent de vous recevoir après 21 heures. 

Le lieu, aussi, est enchanteur. On est à deux pas du vieux port, au milieu de la baie, face à l’océan. Sur la droite, on voit le port des Minimes et sa forêt de mâts, le plus grand port de plaisance d’Europe (5 500 voiliers). En face, l’ancienne tour Richelieu transformée en phare rouge se dresse sur la ligne d’horizon.

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« J’ai grandi sur cette plage, raconte le chef, il y avait un plongeoir haut de cinq mètres et je mâchonnais des bâtons de réglisse pendant que mon père Richard coupait lui-même tous les poissons à la japonaise dans son restaurant, deux étoiles Michelin en 1986. »

Déjeuner sur la terrasse, sous le ciel bleu, en entendant le cri des mouettes, est un grand moment. La yole, qui a donné son nom au bistrot, est un très vieux bateau à fond plat de huit mètres de long qui appartenait à la famille Gillardeau (ostréiculteurs à Marennes-Oléron) depuis deux siècles. C’est un bateau historique des Charentes-Maritimes que l’on utilisait à marée basse pour naviguer sur les bancs de moules et d’huîtres. Christopher et Nicolas l’ont installé dans la salle et en ont fait un banc de l’écailler sur lequel est exposée toute la marée du matin : turbots, bars, saint-pierre, thon rouge… que des poissons sauvages pêchés à la ligne au large de La Rochelle.

« Le principe de la Yole, c’est la convivialité, la détente, explique Nicolas Brossard. On peut venir en tongs et en bermuda… On sert exactement les mêmes produits qu’au restaurant gastronomique, mais ils sont cuisinés plus simplement, au feu de bois. C’est aussi une marche d’accès au restaurant étoilé, situé à côté. »

Christopher Coutanceau est un artiste de la cuisine de la mer, au même titre que Gérald Passédat à Marseille, Alexandre Couillon à Noirmoutier et Hugo Roellinger à Cancale. Qu’est-ce qui le distingue de ces grands cuisiniers ? « Mettez-moi sur un bateau avec eux, et vous verrez… », dit-il en souriant.

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Christopher est un marin, un navigateur, un pêcheur, depuis toujours. Il connaît les courants, les fonds, les hameçons, les appâts et les cordages. Chaque semaine, il s’en va au large pour se ressourcer et puiser l’inspiration. « Enfant, je pêchais les éperlans à Trousse-Chemise, sur l’île de Ré, à l’épuisette, j’allais les vendre au bistrot d’Ars, et avec l’argent je m’achetais une planche de surf… Mon grand-père m’a appris à pêcher les poissons de sable la nuit, il m’a aussi appris à choisir les appâts de saison, car le poisson mange ses proies en suivant les saisons : la seiche a un appât spécifique, si vous lui servez de l’encornet au printemps ça ne l’intéresse pas, l’encornet, la seiche le mange en novembre… Papi pourquoi tu remets ce poisson à l’eau ? Parce qu’il est trop petit ! Il m’a éduqué, tout ça, c’est de la transmission. »

Le chef connaît bien le produit, il sait aussi le cuisiner. « Un poisson de sable ne vit pas comme un poisson de roche, il n’est pas dans les mêmes courants, il n’a pas les mêmes muscles. Le poisson de roche vit dans les déferlantes, il est taillé comme un pilier de rugby, très musclé, avec le nez cassé à forcer de se heurter aux rochers ! »

Christopher Coutanceau © Olivier Roux

C’est tout cet univers secret de la mer qui est retranscrit à La Yole de Chris.

« Tous mes poissons sont vidés à l’eau de mer pour garder leur côté iodé et algueux, ils sont pêchés à la japonaise, façon ikéjimé : on peut ainsi les manger crus même deux jours après. » Son vieux copain Nicolas Brossard n’en revient pas : « Vingt-quatre ans après, il me surprend encore… Chris est dans la créativité permanente, la délicatesse, l’esthétique… Le poisson est toujours sublimé, alors que l’homme paraît brut de décoffrage. »

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À la Yole, l’ardoise change tous les jours en fonction de ce qu’on a trouvé à la criée le matin, mais il y a des classiques qu’il faut goûter au moins une fois : la friture d’éperlans servis entiers avec une sauce gribiche au piment d’Espelette, la lotte croustillante à l’encre de seiche et au chorizo, juteuse, ferme et épicée, un régal avec un vin (blanc ou rouge) des Fiefs vendéens tout proches, le vin des chouans, sec comme un coup de trique, mais tendre et généreux au fond !

La Yole de Chris

Plage de la Concurrence, 17000 La Rochelle
De 40 à 100 euros par personne
Tél. : 05 46 41 41 88
www.christophercoutanceau.com

Villa Grand Voile

12, rue de la Cloche, 17000 La Rochelle
www.villagrandvoile.com

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Angélus: «Le Royaume de Dieu se répand même au milieu de l’ivraie»

Lors de la prière de l’Angélus à Castel Gandolfo où il effectue sa pause estivale, le Pape a encouragé chacun des fidèles à «devenir la petite graine de l’Évangile qui germe et le levain d’amour qui transforme la pâte du monde». Il a également exhorté à adopter un «style évangélique, sans nous opposer précipitamment par des jugements arrogants, sans nous imposer par le pouvoir et la force, sans perdre confiance en l’œuvre de Dieu».

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Le Grand Tour de Giardino

Monsieur Nostalgie ouvre sa bibliothèque de l’été avec Vacances fatales, une bande dessinée de Vittorio Giardino parue en 1991 chez Casterman. L’Italien de la ligne claire, né en 1946 à Bologne, nous transporte dans huit histoires sombres: des destinations paradisiaques, des vamps inoubliables et des meurtres sanglants…


À Capri ou en Tanzanie, les héroïnes de Giardino portent le maillot de bain échancré des années 80 et, sur le visage, un sourire d’ange carnassier. Les hommes vont tomber. Seins nus et lunettes de soleil noires, elles marchent sur les plages de sable fin et règlent leurs comptes à la dague ou au 357, à la tombée de la nuit. Elles ne flanchent pas. Elles sont libres et rancunières. Elles sont désirables et inaccessibles. L’érotisme balnéaire (chaste) de Giardino, fesses hautes et corruption généralisée, lumière de Capri et noirceur de l’âme, a une couleur très « années 80 ». Nous sommes entrés alors dans une nouvelle société veule, hédoniste et accapareuse. Elle a le clinquant de la mort. Chez l’Italien, esthète d’une ligne claire méditerranéenne et d’une profondeur « Bleu Ritz », les femmes sont jeunes, belles, riches et bien décidées à se faire justice elles-mêmes. Elles ne sont pas des victimes consentantes.

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Giardino nous embarque dans huit nouvelles, six courtes dont le fil est l’ironie et deux autres plus longues, à « l’atmosphère plus ambiguë », écrivait-il dans sa préface de 1991. « Elles prirent forme comme des variations sur un thème et, comme dans les variations musicales, certains motifs, des accords qui apparaissent, reviennent régulièrement », précisait-il. Giardino, mélodiste de l’image, a le goût du beau et de l’étrange. Il a l’éclat ébréché d’un Jep Gambardella de La Grande Bellezza, une latinité jouissive, corrosive, un peu désabusée, et un côté chabrolien, « Poulet au vinaigre » des Abruzzes, dans la description des compromissions bourgeoises. On est balancé entre le merveilleux des décors, Ligurie provocante et station de ski huppée, puis des imbrications sordides, tout le grotesque du monde moderne, l’argent sale et les coucheries qui blessent l’amour-propre. Giardino est un moraliste qui dessine des femmes fatales et des amants pathétiques. Il a choisi son camp. C’est un Martin Veyron plus caustique et moins rigolard, plus nostalgique, plus émotif.

Au printemps de cette année, sont ressorties en trois tomes les aventures de Max Fridman, qui est le « héros témoin » de Giardino. Fridman, espion juif dans une Europe à feu et à sang, est ce personnage noble et séduisant qui a fasciné les adolescents nés dans les années 70. Il fut un modèle de papier. Et il faut citer son autre « créature de fiction », Jonas Fink, anonyme embarqué dans une Tchécoslovaquie d’après-guerre. Ce sont à chaque fois des hommes qui courent après l’Histoire, héros fatigués et attachants, en proie au doute et aux sentiments élevés. Ils ont du cœur et du courage. Ils ne sont pas bêtement invincibles. Dans Vacances fatales, ce sont les femmes qui mènent la danse. Elles sont captivantes car elles ne laissent rien paraître. Elles sont les maîtresses du jeu, en robe de soirée largement décolletée ou en sage marinière. À Venise ou en Toscane, elles singent la séduction pour accomplir leur triste dessein. Chaque vignette de Giardino est un tableau envoûtant : le cadrage, le soleil, les détails de la végétation et ce soin apporté aux vêtements ou aux cambrures.

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Dans la nouvelle « Sous un faux nom » (traduction de Christine Vernière), la première planche cinématographique (page 34) est un modèle d’équilibre, de zoom avant et arrière, une leçon d’harmonie. On démarre d’une cheville avec la mer en appui, puis on remonte aux lèvres rouges et aux mouettes qui s’ébattent, pour s’attarder sur une chevelure d’un noir corbeau au vent et une discrète boucle d’oreille, pour terminer sur une cigarette en voie d’embrasement. Sept vignettes composent cette page sublime qui ouvre les vannes de l’imaginaire. Giardino est l’enlumineur du voyage, de l’intime au dépaysement des corps ; il faut passer l’été à ses côtés afin de ne pas sombrer dans la laideur ambiante.


Vacances fatales de Giardino – Casterman. 176 pages

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Léon XIV: «La beauté nous aide à lever les yeux vers le ciel»

En séjour estival à Castel Gandolfo, le Pape a assisté samedi 18 juillet à un concert organisé par le diocèse d’Albano. «Nous vivons dans un monde où la beauté fait défaut. Avoir l’occasion de nous retrouver dans un contexte comme celui-ci est vraiment un immense cadeau», a-t-il déclaré

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Une nostalgie sans importance

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


« Et si nous allions faire un tour aux festivités, vieux Yak ? », me proposa, fort gentiment, la Sauvageonne. Nous étions le 13 juillet, veille du 14-Juillet, et des souvenirs remontaient en moi. Les fameux bals du 14-Juillet, ces « petits bals sans importance » que j’animais avec les Karl Steevens, un groupe de variété de Gibercourt (57 habitants), dans l’Aisne. Je venais d’acheter ma première guitare électrique, une Elli Sound, copie de Gibson SG, chez Victor-Flore, à Paris, dans le but d’enflammer les salles avec un gang de rock’n’roll. Elle ne coûtait pas bien cher, mais il fallait bien que je rembourse mes parents. Les Karl Steevens interprétaient des standards de la variété française des seventies (Delpech, Carlos, Sardou, Lenorman, Johnny, Vartan, etc.) et ceux du répertoire musette ; je préférais les Stones, les Them, les Animals, Kevin Ayers, Nick Drake, Canned Heat, Pacific Gas, Rory Gallagher, etc. Qu’importe ! Ils cherchaient un guitariste, et je lisais à peu près les accords sur les partitions. Je fus embauché. J’endossais un habit de lumière comme les autres instrumentistes, une manière de costume clair et très brillant, et m’astreignais au port d’une cravate. Nous animions les bals du samedi soir des villages de l’Aisne et de la Somme. Le premier d’une longue série, je le donnai en mars 1972, à Montescourt-Lizerolles (1 606 habitants), grâce à mon bon copain Michel (RIP), chanteur et accordéoniste qui m’avait présenté aux membres de l’orchestre créé par deux frères jumeaux, l’un organiste, le chef, l’autre batteur. Il y avait aussi un chanteur au visage poupin qui habitait Montescourt. (Je raconte tout ça dans l’un de mes tout premiers romans, Des petits bals sans importance, paru d’abord au Dilettante, puis réédité au Castor Astral.)

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Michel mourut, emporté par un cancer, quelques années plus tard. Les autres, que sont-ils devenus ? Je pensais à tout cela quand la Sauvageonne m’invita à sortir. Je suis incapable de lui dire non. Alors, nous nous sommes rendus devant l’hôtel de ville d’Amiens où un chapiteau, une scène et un écran immense avaient été installés. La fête avait commencé dès 15 heures. Il était plus de 20 heures lorsque nous arrivâmes. Une foule dense, tonitruante et passionnée s’était donné rendez-vous. Pas moyen de se frayer un passage jusqu’au-devant de la scène. Trop de monde. Je contemplais le grand écran où défilaient des stars du moment que je ne connaissais pas : Nâdiya, Billy Crawford, Colonel Reyel, etc. Des jeunes gens reprenaient les paroles à tue-tête, ce dont j’eusse bien été incapable. Je me sentais dans la peau de mon père, présent à un concert de Magma à la MJC de Noyon en 1972 ou 1973. Complètement paumé. Perdu. Vieux. Je contemplais la Sauvageonne qui semblait connaître Nâdiya. J’eusse pu lui poser quelques questions pour m’informer, mais à quoi bon ? Le temps passe vite, trop vite, comme un mauvais café dans une chaussette usagée. Elle m’entraîna ensuite près du parc Saint-Pierre où nous assistâmes au feu d’artifice, magnifique, il faut le reconnaître. Nous étions postés sur un petit pont qui surplombe un bras de la Somme où coulaient mes années mortes. Il faisait lourd. Je regardais au loin les couleurs rougeoyantes, entendais les explosions pétaradantes qui hurlaient de joie en se souvenant de la prise de la Bastille. Moi, je revoyais Michel qui pianotait sur le clavier de son accordéon ou qui, la main dans les cheveux, chantait « Une rose pour Sandra » au cours de l’un de nos « petits bals sans importance ».

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Paul Morand, sprinteur

Les cartes postales de Pascal Louvrier (3)


Les crépuscules de juillet semblent ne jamais finir. On lit, la colline attend la fraîcheur du soir, comme les bêtes sous les gros tilleuls odoriférants. Les étourneaux dessinent dans le ciel en feu des figures que seuls les anciens peuvent interpréter.

Il y a longtemps, j’ai écrit une biographie de Paul Morand (1888-1976) – Paul Morand, Le sourire du hara-kiri, Perrin, 1994 ; Éditions du Rocher, 2006. L’homme ne m’a jamais fasciné, mais son style percutant, ça oui, je l’admirais, et je l’admire toujours. C’est un sprinteur, il excelle dans la nouvelle, ou le court roman, la novella. Quand il dépasse les 100 pages, il a recours aux artifices, il enrobe, décrit trop. Le rythme est brisé. J’ai un faible pour L’Europe galante. La magie opère dès la première page. Les nouvelles s’enchaînent. On ne lâche plus le livre. Ce genre littéraire est à l’image de sa vie. À Pierre-André Boutang, il expliquait : « Je ne tenais pas en place, j’écrivais dans des trains ou dans des chambres d’hôtel ou n’importe où, c’était commode. » Il fut le premier à faire « jazzer » la langue française, pour reprendre la formule de Louis-Ferdinand Céline. Éric Gillot m’a envoyé son essai sur Morand. Il a trouvé le sous-titre « Un homme en fuite ». Il emploie même le terme « fuyard ». C’est un peu excessif. Il est vrai que, depuis qu’on a découvert sa correspondance avec son copain Chardonne, et qu’on a lu le Journal inutile, on a compris que l’homme n’était pas fréquentable. Certains propos choquent. Il convient de ne plus être tendre avec l’auteur adoubé par Proust. Pour ma part, je ne l’ai jamais été. Sa fuite permanente me met mal à l’aise. Il y a un truc qui dérange depuis l’enfance et, j’avoue qu’à plusieurs reprises, il m’a échappé.

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Éric Gillot a raison quand il parle « d’instinct de fuite » chez Morand. C’est un homme qui, très vite, s’est ennuyé. Alors il a pris la tangente. « Le voyage comme stupéfiant », c’est ça, c’est sa drogue, la fuite. Il est mort en 1976, un 23 juillet, en pleine canicule. On ne parlait pas de réchauffement climatique, on disait seulement que l’été était très chaud et très sec, et, chez nous, on se baignait tous les soirs dans la rivière qui coule au pied de la colline. Le bougon Chardonne avait prédit : « Un jour, il bondira, vieux sportif, dans la mort. » La fuite, dans la mort. À toute vitesse. Hélène Morand, née Chrissoveloni, mariée un temps au prince Soutzo, et que Paul épousa en 1927, a tenté d’analyser son époux volage. Elle avait neuf ans de plus que lui, le couvait comme un enfant, lui passait tout, sauf qu’il devait être rentré pour l’heure du thé. C’est à peine caricatural. Elle était riche et son influence sur Morand était illimitée. Elle était antisémite, favorable à Pétain et proche de la famille de Pierre Laval. Morand a collaboré et s’est fourvoyé. Il était à Londres avant de Gaulle, mais Hélène a fait tinter son verre en cristal et l’écrivain-diplomate a aussitôt rappliqué. Il a raté le grand rendez-vous avec l’Histoire. Éric Gillot finit par conclure que Morand, fils unique et taiseux, traînait un sacré mal-être.

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Je me souviens avoir été le premier à fouiller le fonds Paul Morand déposé aux archives de l’Académie française – Morand fut élu à sa seconde tentative, en 1968. Rien n’était classé. Ce fut un vrai travail « d’archéologue ». J’avais eu accès à ce fonds en friche grâce à l’intervention de Michel Déon. Une responsable en blouse était venue un jour me dire : « Mais que faites-vous là ?! Vous n’avez aucune autorisation. » J’ai alors répondu : « Demandez à Michel Déon. » Et j’avais pu travailler en paix. J’avais découvert les lettres échangées entre Paul et Hélène, surnommée « La Chouette », durant l’année 1925 notamment. Morand voyage beaucoup : Japon, Chine, Bornéo, Bangkok, le Siam… Hélène l’appelle « Le Boy ». L’écriture de « La Chouette » était difficile à déchiffrer, un supplice. Mais c’était la boîte noire morandienne que j’avais sous les yeux. Elle émettait. Morand souffrait de dépression nerveuse, « nervous break down », comme on disait à l’époque. Le mouvement perpétuel l’aidait à ne pas chuter. Une phrase soudain : « Toute vie n’est qu’un bail. » Impossible donc de se fixer quelque part. Il faut parcourir la terre en long et en large, la mort aux trousses. Parfois, la fatigue l’accable. Alors « La Chouette » réconforte « Le Boy » : « Vous n’êtes pas fait en série, vous ; vous êtes un type et on fabrique les autres d’après vous. Vous n’avez pas une ou deux choses à dire ; vous êtes tout un organisme qui parle. Laissez-le se porter bien, se refaire du sang et des muscles après chaque effort. Good-bye dearest Boy, écrivez-moi ; pardonnez-moi cette longue lettre ; je ne vous écrirai plus que des cartes postales. » La folle amoureuse, parfois, craque : « Oh, comme je voudrais pouvoir te téléphoner, avoir une ligne directe avec toi et t’appeler tous les matins ; quand parfois on me sonne vers neuf heures où je dors encore, je décroche l’appareil avec la douce pensée que c’est toi. Good-bye, my darling, God bless you. »

Je crois que, sans Hélène, Morand n’aurait pas pu développer ses sprints. Elle fut son soleil noir. Dans la nouvelle « Éloge de la marquise de Beausemblant », dans L’Europe galante, on peut lire ceci : « Je suis une mer fameuse en naufrages : passion, folie, drames, tout y est, mais tout est caché. » Bel autoportrait de l’écrivain. Merci à Michel Déon de m’avoir permis d’approcher le secret de Paul Morand.

Éric Gillot, Paul Morand, un homme en fuite, The BookEdition, 2025, 266 pages

À noter que la revue littéraire Livr’arbitres consacre son numéro de juillet à Paul Morand.


Retrouvez les cartes postales précédentes sur la page auteur de Pascal Louvrier

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« Aux cœurs vaillants, rien d’impossible… »

Claire Hestia, 53 ans, ancienne professionnelle de la communication installée à Paris, publie chez Fayard son premier livre, À cœur vaillant. Dans ce récit autobiographique, elle revient sur le viol subi durant son enfance, mais choisit d’en faire le point de départ d’un chemin de reconstruction. Loin d’un simple témoignage, son ouvrage montre comment il est possible de transformer ses blessures en force de vie et propose un regard résolument lumineux sur un traumatisme que la littérature a rarement abordé de cette manière.

« C’est tout le propos du livre qui part effectivement d’un événement douloureux, puisque j’ai été violée à l’âge de 8 ans, explique-t-elle. Ce viol va évidemment bouleverser ma vie, mais il va aussi me donner un réservoir de ressources que je n’aurais peut-être jamais eu sans cette épreuve. Et c’est ce chemin, de la douleur à la lumière, que j’ai voulu raconter : la dissociation mentale, l’effondrement, le secret imposé, le mensonge qui ronge, l’asservissement pendant dix ans, le gouffre de l’anorexie et de la boulimie, mais aussi les belles rencontres qui vont me projeter vers mon avenir. À travers ce que j’ai vécu, je peux dire que la souffrance sert, si on s’y prend bien. »


Causeur. Pouvez-vous nous résumer votre chemin, jusqu’à la publication de ce récit, chez Fayard ?

Claire Hestia. Le viol a perturbé l’image que j’avais de moi. Le poids du secret et celui de la culpabilité se sont traduits par un poids physique que j’ai mis sur moi ; alors, j’ai grossi. Je suis tombée dans la boulimie, puis dans l’anorexie. Je ne voulais plus exister, je passais alternativement de 43 kg à 85 kg en peu de temps. Après de longues années, j’ai réussi à me stabiliser. J’ai toujours su trouver des solutions, je sais que tout est possible.

Je me suis sentie très tôt « magique » et « miraculeuse » car cet homme m’avait imposé le secret sur ce qu’il me faisait, et cela a fonctionné parce qu’il m’avait dit que, sinon, cela tuerait ma mère. En gardant ce secret, je voyais que ma mère restait vivante ; donc, à mes yeux, j’étais miraculeuse, c’était grâce à moi. Je me suis construite avec cette conviction.

C’est certainement cette croyance profonde et absolue qui m’a dirigée vers ma première histoire d’amour d’adulte. C’était avec un homme tétraplégique, que j’ai aimé aussi parce que j’étais persuadée que je le ferais remarcher, que je le réparerais. Je n’y suis pas parvenue…

Vous avez évoqué une « dissociation » quand ce viol est arrivé. Comment cela s’est-il traduit ?

Le cerveau est un allié : pour moi, il a su prendre une décision d’adulte alors que je n’étais qu’une enfant. À 8 ans, il a su me protéger grâce à cette dissociation mentale qui m’a coupée en deux : j’étais entre le bien et le mal, le réel et l’irréel.

Mon cerveau m’a protégée de ces émotions liées au viol pour ne pas en souffrir. Il les a mises sur pause jusqu’au moment où je serais prête à y survivre. Parce qu’à 8 ans, en une seconde, je suis devenue coupable, et donc complice. J’ai quitté l’innocence et l’insouciance pour basculer vers un monde dont j’ignorais tout. J’étais devenue vicieuse et sale, mais douée. Et dans la tête d’un enfant, la culpabilité se sclérose et se fige en ravageant tout.

L’enfant que j’étais vivait des choses d’adulte ; cela n’était pas normal, cela ne pouvait pas arriver. Alors mon cerveau a décidé de me faire croire que cela n’avait pas existé. Plus précisément, je savais que cela se passait, mais je ne ressentais rien. D’ailleurs, pendant des années, j’ai eu un rapport à la douleur très étrange. Je me suis cassé la cheville, par exemple, et arraché les ligaments, mais j’ai continué de marcher et de mener une vie normale pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que je passe une radio parce que ma cheville était noire. Le médecin m’a dit : « Mais enfin, que prenez-vous contre cette douleur ? », alors que je ne prenais rien. Seulement à cet instant, je me suis autorisée à avoir mal ! Je suis très résistante et j’ai donc une tolérance anormalement élevée à ce qui me crée de la souffrance.

Les belles rencontres que vous évoquez dans votre livre sont tout de même assez particulières. Il y a d’abord un engagement politique avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, et quand vous les détaillez, on sent un vrai point de bascule.

Après ce viol, et aussi à cause de l’histoire de ma famille, je n’avais pas de « référent masculin » autour de moi. Je suis donc allée en trouver par moi-même en pensant que la politique et ses « grands hommes » pourraient remplacer ce que je n’avais pas eu. J’ai visé très haut pour me donner de la valeur !

Malgré ce que j’avais traversé, j’ai toujours aimé les hommes. J’ai très vite compris que ce n’était pas parce qu’un homme m’avait fait du mal que ma vie entière serait contaminée par lui. Je n’ai clairement pas voulu lui concéder plus de choses que celles qu’il m’avait prises de force.

Je sentais que j’avais besoin des hommes, que ma réparation passerait par l’amour et non par la haine. Je suis donc allée chercher les meilleurs d’entre eux pour structurer ce qui ne l’était pas : ma pensée, mes convictions, mes idées, mon avenir. Je me suis engagée dans le parti gaulliste, celui du mérite, du courage, de la fierté et surtout de la résistance. Cet engagement m’a énormément aidée car il m’obligeait à me confronter aux autres, non pas pour moi, mais pour un bien commun, vers un objectif commun et pour une grande cause, pour un Homme que j’avais choisi. Ainsi, c’est vrai, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont tous deux, sans le savoir, aidé la petite fille blessée que j’étais à rebâtir sa vie.

Comment la jeune femme que vous étiez, venant d’un milieu très modeste, a-t-elle su développer des relations personnelles avec ces hommes politiques ?

Je ne le sais pas en réalité, mais appelons cela de la chance. Ce que je sais, c’est que je ne peux donner le meilleur de moi-même que si j’ai une relation directe, intuitu personae. J’ai voulu habiter à Neuilly pour son maire, Nicolas Sarkozy, et pour m’engager à ses côtés. Alors, je me suis présentée à lui un jour, lors d’une audience libre à la mairie. Je me suis assise devant lui et je lui ai dit que je l’admirais et que je voulais m’engager à ses côtés. Il s’est arrêté, m’a souri et m’a dit merci. Il m’a présentée à son équipe. Ensuite, le hasard de la vie, des rencontres et du destin m’ont certainement permis de vivre des moments incroyables. J’ai été très impliquée, ma vie était dédiée au militantisme, et j’étais certainement différente car je ne voulais rien pour moi : je ne briguais aucun poste, aucune aide personnelle.

Au-delà de la politique, celui qui vous a sauvée, écrivez-vous, c’est Patrick Poivre d’Arvor. Vous dressez un portrait de lui qui est aux antipodes de ce que l’on dit sur lui depuis plusieurs années, puisque nombre de femmes l’accusent alors que vous en faites un portrait admirable.

C’est vrai, Patrick m’a sauvée. Il a sauvé la petite fille violée qui avait un rapport très compliqué avec son corps, au point de l’abîmer et même de menacer sa vie. Avant de le rencontrer, je sombrais lentement mais assurément vers un abîme dont je ne serais jamais sortie sans lui.

Il a été très doux, très tendre, très paternel, avec un regard bienveillant et une intuition presque féline quand il sentait que je n’allais pas bien, mais il n’y a jamais eu d’ambiguïté entre nous. Nous avons eu pendant longtemps une simple relation d’aidants l’un pour l’autre, en nous voyant très régulièrement à son bureau, après le journal. Nous nous parlions comme deux âmes abîmées.

J’ai réellement voulu me sauver et m’offrir cette victoire pour me réparer. Donc, un jour, quand il m’a demandé de remanger, j’ai dit « oui, bien sûr », sans pour autant savoir tout ce que cela impliquerait pour moi.

Photographie personnelle. DR.

Ce moment du livre est étonnant : comment avez-vous réussi et comment avez-vous trouvé cette idée, que vous qualifiez vous-même de « bizarre », pour remanger ?

Je pense que je voulais vivre, que je voulais faire plaisir, que j’étais déterminée à réussir à tout prix, même si j’étais fragile.

Remanger impliquait de recommencer ma vie depuis le début, puisque le début que j’avais eu à vivre n’était pas beau. Je devais effacer le passé pour me permettre un avenir. Alors j’ai pris la décision de redevenir une enfant, et même un bébé, et donc d’avoir une alimentation liée à cet âge. J’ai ainsi bu des biberons premier âge, puis deuxième âge… puis des petits pots… pendant plusieurs mois, et même plusieurs années, pour revenir ensuite à une alimentation liée à mon « vrai » âge. Et ceci, je le dois à Patrick Poivre d’Arvor parce que je l’ai fait pour lui. Voilà pourquoi je dis qu’il m’a sauvée.

Ce qui est étonnant dans votre parcours, c’est à quel point vous faites des allers-retours enfant/adulte pour vous sauver, en toute conscience, puisque vous analysez cela très bien.

Cela a été intuitif, certainement parce que j’ai eu assez tôt une vie intérieure très dense. Je lisais aussi beaucoup. J’ai eu cette richesse qui a été comme de l’oxygène, une ouverture au champ des possibles, et cela m’a permis de croire : croire en moi, en la vie, en mon destin et aussi en un pouvoir magique : la foi.

J’ai compris que c’était la petite fille qui était blessée et que c’était donc elle qu’il fallait réparer afin de survivre, puis de vivre. Quand l’homme qui m’a violée m’a imposé le secret, il me tenait car il me disait que si je le révélais, ma mère en mourrait : je ne pouvais donc que le suivre dans la défense de son secret. Mais il me permettait aussi de me croire « magique » puisqu’à 8 ans, j’avais le pouvoir de garder ma mère en vie. Je me suis donc crue miraculeuse, et je le crois encore du reste. Cette pensée enfantine m’a sauvée.

Quand il a fallu remanger, je me suis tournée vers le biberon alors que j’étais adulte ; là aussi, rebasculer dans l’enfance a été salutaire. Quand j’ai voulu faire une analyse, je suis allée voir une psy pour enfants, car c’était bien mon enfance qu’il fallait dénouer.

La gentillesse est une qualité d’enfant et elle m’est restée. C’est la valeur la plus importante de ma vie, un pouvoir miraculeux. Pour moi, la douceur est une dynamique, une puissance, une force de vie dont on a tous besoin. Peu importe ce que l’on traverse dans la vie, je pense qu’il faut avoir des valeurs sur lesquelles on ne dérogera jamais : moi, j’ai choisi d’être élégante et généreuse, c’est ce que je voulais pour moi et donc c’est ce que j’ai voulu pour les autres.

Votre famille vient d’un milieu difficile, votre mère vous a élevée seule, vous avez financé vos études, vous avez fait une analyse très tard… Est-ce que l’on peut s’en sortir sans moyens ?

La plus belle ressource que vous ayez, c’est vous ! C’est vous qui décidez ce que vous voulez pour vous-même, et comment. La priorité, c’est la pensée. J’ai très vite compris que ma vie serait tout l’inverse de ce que cet homme m’avait imposé.

J’ai ainsi refusé le statut de victime car il est dangereux. On peut être victime d’un instant, mais pas celle de toute une vie. Il n’y a toujours que deux chemins qui s’offrent à vous : le bien ou le mal, le réel ou l’irréel, appelez-le comme vous voulez. Mais comprenez bien que ce que vous mettez dans votre vie et dans votre cœur est une nourriture pour votre âme, et que c’est ce que vous allez pouvoir offrir en retour aux autres. Donc, soit vous vous alimentez en mal – c’est-à-dire en vengeance, en rancœur… –, soit vous vous alimentez en bon et en bien, et c’est ce que vous allez pouvoir offrir en retour. Ainsi, vous seul déterminez ce que vous voulez pour votre vie. Le chemin de la sagesse, acquise de la souffrance à la gentillesse, est un pouvoir miraculeux.

Et puis, surtout, il faut faire du bien pour ne pas vivre pour rien ; ainsi, le mal ne vous aura pas figée dans cette torture.

Il y a une telle sérénité au fil des pages. On sent la progression de votre analyse, un chemin que, finalement, vous revendiquez presque avec fierté.

Mais il faut être fier de soi, toujours regarder le chemin parcouru : pas seulement où vous êtes, mais surtout d’où vous venez. On peut transformer une fragilité en force non pas en niant ce que l’on a vécu, mais en lui donnant un sens. Tout est possible si l’on y croit, et j’y ai cru très fort. Finalement, on doit tout aux blessures de notre enfance…

Avez-vous pardonné ?

Je n’ai pas autorité pour accorder le pardon à autrui, je laisse cela à la conscience et à l’au-delà. Néanmoins, je me suis pardonnée à moi-même et c’est déjà beaucoup. Quand on est victime, on se sent responsable et donc aussi coupable. Pour ma part, je l’étais d’autant plus que cet homme m’avait convaincue que c’était moi qui étais à l’origine de cet acte. Il faut se laisser du temps pour décanter une histoire qui va du récit imposé par votre bourreau à votre propre récit de ce qui est arrivé, récit qui va évoluer au fil de votre compréhension. Pour cela, il faut retourner vers ses propres fêlures, mais pour du bon, pour l’acter dans une réalité douloureuse mais assumée.

Comprendre, c’est reprendre le pouvoir sur sa vie. Comprendre, ce n’est pas pardonner à l’autre, c’est lui rendre sa part de responsabilité. Comprendre, c’est accepter ce qui est arrivé, non pas parce que c’est acceptable, mais parce que c’est votre réalité. Me comprendre pour m’excuser, pour être plus douce avec moi. Mais ce n’est pas lui que j’ai voulu expliquer, c’est moi.

À tous les moments de la vie, on peut rattraper les choses et prendre une autre direction, laisser le destin vous offrir ce qu’il a prévu avec magie pour vous. Je me suis toujours dit que j’étais la plus belle chance de ma vie et que je portais en moi mon avenir. Le pardon n’est pas un cadeau pour l’autre, il est pour soi, pour libérer son cœur et vivre. Le pardon, c’est abandonner la haine et la vengeance.

C’est important de connaître les conséquences d’un traumatisme, y compris pour les aidants. Il y a aujourd’hui tellement de victimes de viols que votre chemin pourra certainement éclairer des vies brisées.

Je pense m’être sortie de cette horreur et ce livre est l’exemple d’un chemin. J’espère qu’il pourra être une inspiration et qu’il aidera ceux qui traversent des traumatismes comme celui-ci ou d’autres. Aujourd’hui, on égrène les viols les uns après les autres : on pleure, on s’interroge, on se révolte, on fait une marche blanche et puis c’est tout, on passe au suivant.

Malheureusement, je crois qu’il faudrait peut-être qu’un dirigeant politique soit personnellement touché pour qu’il s’en empare, comme Chirac quand il a fait la loi sur le handicap, par exemple : cela le touchait intimement, alors il savait.

Par exemple, je ne pense pas qu’il faille « hiérarchiser » les faits : pourquoi avoir plus d’attention s’agissant des viols sur les femmes et les enfants ? Un viol, quel qu’il soit, est intolérable, inadmissible, répréhensible juridiquement et pénalement. Hiérarchiser revient à tolérer. Le pays a besoin d’un cadre solide et non négociable.

Enfin, votre histoire dialogue avec des citations choisies très à propos en début de chapitre. Quelle est celle qui vous résume le plus ?

« Ne haïr que la haine » de Cocteau. Parce que j’ai fait le choix de vivre de façon positive et généreuse. Cela vous procure de la gentillesse et de la douceur qui sont des pouvoirs miraculeux, c’est une force très puissante. C’est un lien qui produit quelque chose sur l’être humain, tant chez celui qui donne que chez celui qui reçoit.

N’oublions jamais que le passé est fait pour apprendre, pas pour retenir ou s’enfermer. On ne contrôle pas ce qui arrive, mais on contrôle ses réactions, et c’est cette conscience qu’il faut apprivoiser.

248 pages

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July 18, 2026

Voile islamique: l’interdiction, piège à cons ?

Depuis 2012, Marine Le Pen prône l’interdiction du voile dans l’espace public. L’an dernier, Jordan Bardella nuançait le propos: «L’interdiction dans la rue reste un objectif, mais la priorité est de le faire dans les bâtiments publics. La mise en œuvre dans la rue est plus complexe.» Si la presse se réjouit actuellement d’un flottement interne au sein du RN sur la question, elle oublie évidemment d’expliquer par ailleurs pourquoi ce signe sexiste prolifère. Et occulte surtout une distinction essentielle: même si l’interdiction totale du voile est difficile à défendre dans une démocratie libérale, son expansion reste profondément contraire aux mœurs françaises et non souhaitable.


Les adversaires médiatiques du Rassemblement national jubilent. Il y aurait différence de vues, voire opposition, entre Marine Le Pen et Jordan Bardella sur la question de l’interdiction du port du voile dans l’espace public. La candidate officielle du parti serait pour, ainsi qu’elle l’a affirmé par le passé, le président de ce même parti serait beaucoup plus circonspect sur ce brûlant problème et la solution à y apporter.

Les anti-RN ont beau jeu de jubiler, d’en faire des gorges chaudes, il reste que le mérite n’est pas mince, pour le parti politique d’un(e) présidentialisable, de prendre ce débat si sensible à bras le corps, débat et problème que, dans les autres états-majors, on s’ingénie obstinément à laisser de côté en ce moment.

Les beaux principes

Qu’il y ait « hésitations au RN sur l’interdiction du voile » comme titre Le Parisien dans son édition du samedi 18 juillet, n’a rien d’étonnant, précisément en raison de la complexité du sujet. Et cela montre en fait que le parti n’est ni aussi monolithique, ni aussi verrouillé par le haut qu’on se plaît à le prétendre dans les camps d’en face. Là où il y a « hésitations », là où il y a débat, il y a démocratie active, vivante. Voilà ce que devraient plutôt mettre en avant les détracteurs du binôme RN.

Ils devraient aussi se poser la question du pourquoi. Oui, pourquoi cette question du port du voile, de son hypothétique interdiction, est-elle si complexe à résoudre ? La réponse est tout bonnement – comme fort souvent – à chercher dans le fait que dès l’origine, le problème a été mal posé.

Par lâcheté politique, on a enfermé le port du voile dans sa dimension confessionnelle, religieuse, et on en a appelé au respect des beaux principes de laïcité pour en instruire le procès. Contresens funeste, la laïcité, par essence même, ne pouvant être la solution.

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La laïcité est un principe d’absolue liberté, l’affirmation que toute personne humaine a en elle une part d’intimité spirituelle, mentale, intellectuelle absolument inviolable, radicalement inaliénable. Une part d’intime qu’elle peuple à sa guise, de croyances ou de non-croyances et dont elle n’a de compte à rendre à personne. Comment a-t-on pu s’égarer au point de faire reposer un interdit sur un principe d’absolue de liberté ? Étrange tout de même, avouons-le…

On se souvient des élucubrations grotesques destinées à déterminer à partir de quelle dimension la croix pectorale du fidèle catholique devenait un signe religieux ostentatoire ? Le ridicule même de ce questionnement aurait dû suffire à montrer que la question n’était pas là, et que le problème se trouvait détourné de sa vraie dimension.

Une question aussi politique que religieuse

Ce n’est pas à propos du religieux qu’il convient de poser la question de l’interdiction, mais tout simplement à propos de la loi de la République. Oui, de la loi. Peut-on faire la promotion sur la voie publique de ce qui est illégal ? Là est la question toute crue. La seule qui instaurerait de manière indiscutable la légitimité de l’interdit. Si le voile est l’expression d’une adhésion à un système d’organisation sociale et politique où la femme n’est pas l’égale de l’homme, où l’homosexualité est un délit (si ce n’est un crime) où la polygamie est légitime, etc., alors le port du voile apparaît clairement comme un acte de promotion de données et de pratiques parfaitement illégales chez nous. Donc c’est bien au nom de la loi, de la loi dans toute sa force et sa rigueur, qu’il faut agir. De plus, cela impliquerait – au moins en principe – que les personnes souhaitant le porter, ce voile, se positionnent clairement sur ces questions-là. Ce qui n’est jamais le cas actuellement.

2015 © WITT/SIPA

Hésitations

Si l’on s’en tient à la dimension de l’appartenance à une religion, quelle qu’elle soit, cette interdiction risque fort de se transformer en piège à con. Une interdiction impossible à faire respecter, à ajouter donc à toutes celles qui ne relèvent que de la gesticulation et de la bonne conscience acquise à moindre coût. Interdiction, qui plus est aisément détournable en victimisation, stigmatisation, bref toute la lyre si bien chantée dans les prétoires et les rédactions… 

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On peut donc penser que c’est autour de ce débat, plus compliqué à démêler qu’il n’y paraît, qu’apparaissent au sein de la direction du RN les « hésitations » évoquées plus haut. Hésitations, redisons-le, qu’on ne risque guère de débusquer chez les autres partis, ceux-là considérant que le simple fait de s’interroger là-dessus, c’est déjà se sauter allègrement des deux pieds dans un piège à cons. Pourtant, le courage politique le plus élémentaire exigerait que tous ceux qui pensent avoir vocation à diriger un jour le pays s’en donnent la peine.

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Mgr Gallagher sur les lieux des bombardements à Kiev: «Persévérer dans la prière pour la paix»

Troisième jour de mission du secrétaire chargé des relations avec les États et les organisations internationales. Samedi 18 juillet, Mgr Gallagher a prié dans l’église Saint-Nicolas et s’est rendu rue Bratstva Tarasivtsiv, où, en mai, un missile russe a tué plus de 20 personnes, dont des enfants. L’archevêque a transmis à toutes les personnes qu’il a rencontrées la proximité du Pape Léon XIV: «Il ne se passe pas un jour sans qu’il ne prie pour l’Ukraine et pour vous, hommes et femmes de foi.»

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Lobo Antunes, la dernière avant-garde

Dans sa nouvelle chronique littéraire, Jacques-Emile Miriel évoque le dernier roman – posthume- de Lobo Antunes, écrivain fascinant récemment décédé.


En écoutant dernièrement le nouvel album des Rolling Stones, une belle réussite, je me disais que le grand âge pouvait apporter aux artistes une inspiration étonnante. Les Stones ne répètent pas ce qu’ils ont fait jadis, du temps de leur jeunesse, au contraire, ils se moulent dans la vague actuelle, pour y redécouvrir leur génie musical propre. Cela crée un résultat fascinant, que je vous conseille d’écouter de vos deux oreilles bien ouvertes. Ce phénomène peut également se retrouver en littérature, chez quelques vieux écrivains d’avant-garde, bien accrochés au mât du bateau. Le bateau prend l’eau, mais pas eux. Du moins pour l’instant.

Avant-gardisme politique

Il en va ainsi, je trouve, avec le nouveau livre de l’écrivain portugais António Lobo Antunes, paru en France de manière posthume. D’abord, cet opus d’outre-tombe est une bonne illustration de son travail littéraire dans sa phase conclusive. Chez Lobo Antunes, lâchons le mot, tout est orienté vers l’avant-gardisme littéraire. Grâce à un style précis, chirurgical, il fait passer une réflexion éminemment politique. En fait, Lobo Antunes, né en 1942, est un pur produit des avant-gardes européennes des années 70, qui firent florès avant de s’éteindre brusquement, au seuil des années 80. De s’éteindre, par manque de lecteurs, surtout. Et par lassitude peut-être d’une revendication de gauche devenue trop caricaturale.

On se rappelle qu’en 1983, adoptant ce tournant idéologique avec habileté, sinon opportunisme, un Philippe Sollers publiait Femmes, brûlot réactionnaire, d’ailleurs instructif à lire, où il s’attaquait directement au féminisme. En ce sens, Sollers avait pressenti certaines grandes mutations à venir, mais sans en appréhender néanmoins toute l’irréversibilité.

L’histoire du Portugal en arrière-fond

Lobo Antunes, dans ce roman intitulé Dictionnaire du langage des fleurs, reprend bien des éléments propres aux avant-gardes défuntes. Le Portugal, de par son histoire spécifique, a joué un rôle majeur dans cette aventure. C’est ce que Lobo Antunes montre d’une manière exemplaire dans ce livre touffu, qui adopte, comme personnage central, un homme politique ayant vraiment existé : Júlio Fogaça (1907-1980), figure du PC portugais. Rappelons l’importance du PC au Portugal, et ce, de tout temps. En premier lieu pendant la dictature, comme force d’opposition clandestine. Et ensuite, lors de la transition démocratique, après la révolution des Œillets (25 avril 1974), quand il fallut tout reconstruire. Lobo Antunes apporte son témoignage critique sur ces événements qu’il a vécus. Bien qu’ayant sans tarder quitté le PC, petite erreur de jeunesse, Lobo Antunes, issu d’une famille de la haute bourgeoisie lisboète, fut partie prenante de la vague d’après 1974, qui regroupait tant d’esprits aspirant à la démocratie.

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Un travail éminemment littéraire

Tout l’intérêt de Dictionnaire du langage des fleurs est d’être mené dans un style romanesque très littéraire. Lorsqu’on parle de Lobo Antunes, on n’omet pas de s’interroger sur le style qu’il adopte : à savoir, une narration par brefs fragments, avec des brisures, une sorte de feu d’artifice qui mêle à peu près toutes les couleurs possibles. La prose baroque de Lobo Antunes fait en particulier s’exprimer, par le procédé du monologue,la conscience déchirée de ses personnages, procédé utilisé avant lui par Joyce, entre autres. Bien entendu, ce style particulier de narration ne va pas sans une certaine complexité, qu’on peut apprécier ou non. Beaucoup de lecteurs n’auront pas la patience de lire jusqu’au bout cette écriture délicate de dentellière.

L’époque des revues littéraires

Ceux qui ont vécu les années 70, lorsque les avant-gardes fleurissaient pour la dernière fois quasiment, se retrouveront chez Lobo Antunes en territoire connu et se souviendront de leur jeunesse. Moi, je me souviens de la mienne. Alors, les revues tenaient le haut du pavé, et constituaient autant de chapelles, avec leurs rites particuliers et leurs papes. Aujourd’hui, bien sûr, je me rends compte de l’extrême futilité de tout ceci, mais je ne peux m’empêcher de regretter un monde où la littérature avait autant d’importance. Les revues ont sombré dans l’oubli. On se souvient quand même de Tel Quel, par exemple, dirigée par le très touche-à-tout Philippe Sollers, alors maoïste, faute qu’il ne s’est jamais pardonnée. Il y avait aussi des revues comme Luna-Park de Marc Dachy. Récemment, je m’en suis procuré quelques exemplaires à la librairie Le Dilettante, place de l’Odéon à Paris. C’est l’occasion ou jamais de vous dire quelques mots en passant de cet endroit et de son fondateur, Dominique Gaultier, gardien du temple. Cela me permettra, quitte à me répéter, de souligner combien les avant-gardes ont marqué leur époque et comment elles offrent la possibilité, à cinquante ans de distance, de penser encore le présent.

Aujourd’hui Le Dilettante

J’ai donc accompli cette expérience très instructive d’entrer l’autre jour dans cette petite librairie-maison d’édition, sise près du Théâtre de l’Odéon, à deux pas du Marco Polo, l’excellent restaurant italien de la rue Saint-Sulpice tenu par Renato Bartolone. Dominique Gaultier, après un périple post-soixante-huitard, a créé cet endroit en 1984. Il lui a donné un nom qui lui ressemblait et qui attire la sympathie : « Le Dilettante ». C’est ce qu’il est sans doute, comme quelques-uns d’entre nous ; en tout cas davantage que « despote éclairé », expression qu’il aime employer pour se caractériser, mais que je ne trouve pas adéquate. Dominique Gaultier, et c’est ce qui compte le plus, est un bibliophile passionné, féru des avant-gardes. Son merveilleux catalogue, dont il rédige lui-même les commentaires soignés, est chaque fois une œuvre d’art en soi (il suffit de le demander pour le recevoir gratuitement). Si vous vous passionnez pour les châteaux de la subversion, vous y trouverez des tas de livres intéressants, mais seulement de l’époque moderne, le XXe siècle. J’ai eu l’heureuse surprise d’être accueilli dans sa librairie par Dominique Gaultier lui-même, vêtu d’un costume blanc immaculé, comme celui que portait Mastroianni dans Les Yeux noirs. Dominique Gaultier ne se planque pas dans son bureau, comme tant d’éditeurs parisiens, mais reste présent dans sa boutique pour conseiller ses clients. J’ai pu échanger avec lui sur la revue Luna-Park, et il m’en a proposé un autre exemplaire qui venait de lui parvenir, le numéro 3 de la première série, daté de novembre 1977 (avec des photos de Pierre Guyotat, les connaisseurs sauront de quoi je parle). 

Mais revenons. Le roman de Lobo Antunes fait voyager dans cet univers délicat de la pensée en pointe, il nous ramène à cette époque où tout n’était pas encore joué. Nos conditions de vie se comprennent mieux quand on essaie de saisir d’où nous venons. C’est ce que n’a cessé d’illustrer Lobo Antunes, non avec une mentalité figée dans le passé, mais en tant qu’Européen de grande tradition, si typique au Portugal. Cette littérature nous guide ; en réalité elle n’est pas morte, et j’ai la conviction qu’elle nous conduira quelque part un jour.

António Lobo Antunes, Dictionnaire du langage des fleurs. Traduit du portugais par Dominique Nédellec. Éd. Christian Bourgois. 411 pages.

Librairie Le Dilettante, 7, place de l’Odéon, Paris 6e

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L'Église latino-américaine renforce sa mobilisation face aux addictions

Les réseaux continentaux, les centres d'écoute, la réduction des risques et l'accompagnement familial font partie du travail mené par les communautés ecclésiales d'Amérique latine pour prévenir, accompagner et réinsérer les personnes touchées par une consommation problématique. Le nouveau manuel latino-américain de pastorale des addictions vise à coordonner ces expériences et à proposer des outils communs à l'ensemble de la région.

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Au Soudan du Sud les évêques lancent un appel au dialogue à l'approche des élections

À l'issue de leur assemblée annuelle à Juba, les évêques catholiques du Soudan du Sud lancent un appel pressant à la responsabilité de la classe politique. À l'approche des élections prévues en décembre, leurs préoccupations portent sur la non-mise en œuvre complète de l'accord de paix de 2018, l'insécurité généralisée et une crise économique qui continue de frapper durement la population.

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En Ukraine, «notre espoir réside en Dieu» atteste l'archevêque de Lviv

Mgr Mieczyslaw Mokrzycki fait partie de la délégation accompagnant le secrétaire du Vatican chargé des Relations avec les États, Mgr Gallagher, lors de sa mission dans ce pays d'Europe orientale: «Malheureusement, la guerre se poursuit et nous ne voyons pour l'instant aucun espoir qu'elle prenne fin, confie l'archevêque de Lviv. Seul Dieu peut y mettre un terme.»

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Mgr Shevchuk: «Le pardon et la réconciliation sont nécessaires en Ukraine»

À Kiev, Mgr Gallagher a rencontré le chef de l’Église grecque-catholique ukrainienne, qui exprime aux médias du Vatican sa joie pour la présence de l’envoyé spécial du Pape et à celle du cardinal Zuppi ces derniers jours: «Prier avec les envoyés spéciaux du Saint-Père, c’est prier avec l’Église universelle. Pour nous, ils sont un signe visible de l’Église qui nous embrasse».

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Zambie: les évêques en appellent à l’histoire pacifique du pays à l’approche des élections

Alors que les Zambiens s’apprêtent à voter lors des élections présidentielle et législatives du 13 août, les évêques catholiques ont publié une déclaration pastorale appelant à une campagne électorale et à des élections pacifiques, sans violence et respectueuses des règles de la vie civile.

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L'ASIF et la Deutsche Bundesbank signent un protocole de coopération technique

Un accord portant sur la coopération technique entre la banque fédérale d'Allemagne et l’Autorité de surveillance et d’information financières (ASIF) a été paraphé ce 17 juillet, au Palais San Carlo. Une collaboration rendue possible notamment grâce à l'engagement manifeste du Saint-Siège à renforcer son architecture financière, conformément aux normes internationales.

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Body Sculpt

Certains artistes ont le sentiment du corps. Attentifs au pouls, à la pulsion vitale de la chair, leur art est une mise en forme de la vie même. Exposés face à face au Louvre, Michel-Ange sublime les corps et Rodin les façonne. À la Fondation Vuitton, Alexander Calder les rêve en suspension.


L’été parle la langue du corps. Plage, montagne, balade champêtre ou citadine : le vêtement dessine la silhouette comme on trace un contour sur une feuille de papier calque. Le « près du corps », qui rêvait sur la matière et entretenait avec elle des complicités de tissu et de peau, est devenu le shapewear : les habits sculptent les formes plus qu’ils ne les épousent. Gainant, sans couture, skinny, sculptant et respirant, le textile abandonne le plissé pour le lisse. Dans les salles de fitness, le body sculpt a ses adeptes : modeler sa silhouette, c’est parvenir, par le geste, à la sculpture de soi. En pratiquant le cardio sculpt, on se veut en « pleine forme », on s’éprend du « mouvement qui déplace les lignes », et la Beauté, plus que jamais, est anti-baudelairienne. « J’unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes / Je hais le mouvement qui déplace les lignes » (Les Fleurs du mal, 1857).

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Nos musées, cet été, font eux aussi dans la sculpture physique. Du Louvre à la Fondation Louis Vuitton, de Michel-Ange à Calder en passant par Rodin, le body sculpt originel renoue avec nos rêves de marbre, de bronze et de fer. Le corps y est à l’honneur. Allongé, assis, accroupi, debout, en équilibre, drapé ou nu, enlacé ou seul, aimant, rêvant, dansant, pensant ou mourant, acrobate entre l’aurore et le crépuscule du cœur, le chapiteau du Cirque et la Porte de l’Enfer, il s’anime et modèle, à son tour, la silhouette de notre âme venue chercher dans les musées des modèles et des miroirs. Au milieu des visiteurs, ce jour-là, au Louvre, un homme en fauteuil roulant reste un long moment devant L’Esclave rebelle (1513-1516) de Michel-Ange. Les faibles liens qui entravent ce géant de plus de deux mètres intriguent : ils sont bien peu de chose comparés à son impressionnante musculature de marbre, dont les violentes contorsions semblent plutôt vouloir le libérer d’une souffrance enfouie. L’Esclave rebelle et cet homme ont des rêves en partage.

Les corps vivants de Michel-Ange et Rodin

L’exposition du Louvre s’intitule « Corps vivants ». Elle place côte à côte deux génies de la matière, deux colosses aux pieds de marbre ou de bronze ayant imprimé une forme à l’informe, sculpté le mouvement de la vie dans l’inerte, insufflé l’âme dans l’inanimé et donné matière à penser sur les liens de la pensée et de la matière. Michelangelo Buonarroti (1475-1564), surnommé « Il divino » par ses contemporains, cherchait dans la torsion des corps la vérité des âmes. Sa nourrice était l’épouse d’un tailleur de pierre : « J’ai tiré du lait de ma nourrice les ciseaux et les masses dont je me sers pour les figures. Pour sa Pietà (1498-1499) de la chapelle Saint-Pierre de Rome, qui fut alors jugée d’une beauté « surhumaine », Michel-Ange obtint la permission, à 23 ans, d’aller lui-même choisir à Carrare son bloc de marbre idéal. Sa dernière œuvre – inachevée –, la Pietà Rondanini (1554-1564), signe le passage de la beauté surhumaine à l’imperfection des formes humaines. Entre ces deux Pietà : L’Aurore et Le Crépuscule des tombeaux des Médicis (1519-1534), L’Esclave mourant (1513-1515) – allégorie de l’âme essayant de se défaire du poids du corps – et la « Terribilità » de son Moïse (1513-1515) dont le visage invite, de façon également contradictoire et complémentaire, à la sereine contemplation de la force et à une longue méditation sur les ressorts de l’action. La beauté naît de la parfaite harmonie des contraires.

Auguste Rodin (1840-1917) admirait Michel-Ange, qu’il qualifiait de « grand magicien ». Il lui dédia l’une de ses œuvres de jeunesse, L’Homme au nez cassé (1864) – le virtuose des formes parfaites de la Renaissance ayant reçu un beau jour un violent coup sur le nez de la part de son rival Pietro Torrigiano, lassé (paraît-il) de le voir se moquer des dessins des autres. Reprenant les formes contorsionnées de son illustre prédécesseur maniériste, Rodin y ajouta ce que le philosophe Georg Simmel (1858-1918) nomme l’âme moderne – labile, changeante et torturée. Là où le geste, chez Michel-Ange, se donne à l’état de repos et de point d’équilibre, à mi-chemin entre le oui et le non, Rodin fait primer le mouvement sur l’être et introduit, écrit Simmel, la puissance vitale du déséquilibre et la simultanéité convulsive du oui et du non. De la passion de L’Éternelle Idole (1889) au désespoir non moins éternel de La Grande Ombre (1902), du visage enfoui dans le sein de la femme aimée à la tête ballante de l’être esseulé, de la main divine façonnant les premiers hommes à la Cariatide écrasée par le poids de son destin (vers 1883), de la Pensée qui émerge du bloc de marbre (1895) au Penseur plongé dans ses propres pensées (1904), Rodin sculpte une humanité passionnément accablée par la boue de la vie et condamnée à respirer, l’instant d’un spasme ou d’un « frisson de beauté » (Rainer Maria Rilke) qui se prolonge jusqu’à nous, dans la matière en mouvement, les fleurs marmoréennes du mal. « Il sentait en Baudelaire quelqu’un qui l’avait précédé, qui ne s’était pas laissé égarer par les visages, et qui cherchait les corps où la vie est plus grande, plus cruelle, et où elle ne repose jamais. » (R. M. Rilke, 1928)

Le rêve suspendu de Calder

À la Fondation Louis Vuitton, le sculpteur américain Alexander Calder (1898-1976) – dont on fête le centenaire de l’arrivée en France (1926) – opère la synthèse entre l’harmonieux équilibre de la Renaissance et l’instabilité vitale de la modernité. Ses sculptures filaires (en fil de fer) consacrent la continuité et la permanence de la ligne. Leur équilibre précaire dans le monde s’inspire de l’univers du cirque, qui a nourri l’imaginaire de l’artiste : danseuse sur son cheval, éléphant sur ses deux pattes arrière, voltigeur suspendu dans le vide et photographe à la prise de son cliché. Les hommes sont des acrobates et l’humanité tout entière ressemble à The Brass Family (1929). Alexander Calder est surtout connu pour ses mobiles, « ni tout à fait vivants, ni tout à fait mécaniques », selon Jean-Paul Sartre, sculptures abstraites structurées autour d’un maigre fil métallique – ossature minimaliste du monde matériel. Soustraits aux aléas de l’extérieur, il suffit d’un courant d’air pour que tout bouge, même si ce tout n’est presque rien, à l’extrémité du « fil à plomb de l’âme » (Christian Bobin), en une fragile chorégraphie de formes rêvées, flottant dans l’espace. Les poissons aux écailles en céramique et verre brisé, les paons et les arbres aux plumes et feuilles de métal, identifiables mais insaisissables, continuent à être modelés par l’infime déplacement induit par notre présence. « Ce qui est beau chez l’oiseau, c’est le vol. Le sculpteur obtiendra parfois non pas l’illusion du vol, mais une sorte d’invitation au vol, obligeant l’œil à parcourir des formes. » (Gaston Bachelard, L’Air et les Songes)

Trois façons de sculpter le monde

Michel-Ange, Rodin et Calder : trois sculpteurs, trois façons de donner forme à la matière. La technique de Michel-Ange est celle du « per forza di levare ». Elle consiste à dégager la forme contenue, en idée, dans le bloc de marbre, à faire apparaître ce qui n’était pas encore visible, à expliciter par l’art l’implicite de la nature. Auguste Rodin procède, lui, à ce que l’on appelle le « report de points » : partant d’un modèle à taille réelle en plâtre, l’artiste reporte sur le marbre les mesures prises sur le plâtre. La forme n’est pas déjà présente à l’état d’ébauche dans la matière ; la création n’est pas la révélation d’un idéal, mais un processus qui participe du mouvement de la pensée et de sa dynamique. Elle s’élabore, étape par étape, point par point. Quant à Calder, sa méthode serait plutôt celle de la sublimation par assemblage : il crée une beauté neuve, aérienne et propice au rêve, à partir de matériaux recyclés très prosaïques – verre brisé, plexiglas, fil de fer, ficelle, tissu, céramique, bois, aluminium, poterie, etc. Ses formes n’existent pas dans la nature, mais remodèlent la nature et son eucalyptus est la forme rêvée d’un arbre. Pour résumer : Michel-Ange libère la forme de la matière, Rodin donne des formes à la matière et Calder rêve la matière.

Vue de l’exposition « Michel-Ange Rodin. Corps vivants », musée du Louvre, Paris, 2026. © Louvre/GrandPalaisRmn/Herve

Cet article est né du cri du cœur de l’un de mes élèves, lequel, devant un poème des Fleurs du mal de Charles Baudelaire, a lancé dernièrement en cours : « C’est quoi ce paquet de texte ! » (un poème est d’abord vu comme une matière informe nervurée de lignes d’écriture). Pour que les belles œuvres de la littérature cessent d’être des « paquets de texte », c’est-à-dire des blocs de mots inertes, et donc illisibles et incompréhensibles, sortons Michel-Ange, Rodin et Calder des musées pour les faire entrer à l’école. Après l’été, que ces trois démiurges continuent à nous tenir compagnie, qu’ils nous aident à dégager les idées et les sentiments prisonniers de la gangue des phrases, à adopter, point par point, un langage capable de rendre compte de la richesse tumultueuse de ce qu’on lit et à faire des mots de la tribu, recyclés de génération en génération, le point de départ de ce que l’on peut imaginer d’autre. Sculpter le corps des textes : body text sculpt ? Rêver en équilibre, hors des salles de fitness, c’est permis.

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L’urgence de prier pour la paix, un an après l’attaque contre la paroisse de Gaza

Le curé de la paroisse de la Sainte-Famille évoque le raid qui a coûté la vie à trois personnes le 17 juillet 2025 et annonce une célébration spéciale ce dimanche. Dans la bande de Gaza, la crise humanitaire n'est toujours pas terminée: les bâtiments et les routes sont détruits et les déplacements à l'intérieur du territoire sont extrêmement difficiles.

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Tenue en respect

La police sera-t-elle enfin respectée ? En votant la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, les députés modifient le traitement judiciaire des tirs en service. À dix mois de la présidentielle, la droite, soutenue par le gouvernement et par le RN, valide ainsi une mesure phare initialement réclamée par Marine Le Pen. Concrètement, la loi ne modifie pas les conditions d’ouverture du feu, mais inverse la charge de la preuve: c’est désormais à l’accusation ou aux victimes de prouver l’illégalité du tir. Malgré les cris d’orfraie de la gauche, qui dénonce bêtement un « permis de tuer », le texte a finalement été adopté par 225 voix contre 129.


Il est difficile de s’opposer aux banalités tellement convenues et communément admises au nom de l’humanisme et de l’État de droit que les contester relève de la provocation. Le 7 juillet a été votée une loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. On l’attendait, on l’espérait depuis longtemps mais, comme c’était prévisible, elle a été vigoureusement contestée par l’opposition de gauche et d’extrême gauche, des syndicats, des magistrats, des avocats, des militants des droits humains et certains médias, dont Libération, Le Monde et Mediapart. Rien que de très normal de la part de ce camp-là, compte tenu de son hostilité structurelle et idéologique à l’égard des forces de l’ordre. La collusion d’une partie de la magistrature avec cette dérive est, à mon sens, la plus choquante. Tous ces contempteurs compulsifs ont invoqué l’État de droit, selon leur propre conception, et ont dénoncé une loi qui manifestait pourtant enfin, concrètement, le respect dû à la police, à l’institution qu’elle incarne et aux services humains et républicains qu’elle rend.

Extrême gauche folle

Parce qu’en réalité, ces adversaires de la loi — sans aller jusqu’au propos haineux et fou de Jean-Luc Mélenchon : « La police tue » — s’accordaient sur le fait que la police devait être traitée, socialement, humainement et législativement, sur le même plan que ceux auxquels elle fait face, qu’elle interpelle avec mille difficultés et dont les rébellions et les résistances, loin d’être stigmatisées, étaient au contraire légitimées. Comme si la police était présumée coupable chaque fois qu’un arbitrage s’imposait entre elle et les voyous auxquels elle a affaire et qui, de plus en plus, prennent à son encontre des initiatives dangereusement agressives, voire mortelles.

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Cette perversion de l’État de droit a fini par brouiller les rôles et les responsabilités. Songeons à la multiplication des refus d’obtempérer, qui ne suscitent ni l’indignation ni le soutien aux forces de l’ordre qu’ils devraient provoquer. Avec la présomption de légitime défense accordée à la police, l’État de droit retombe enfin sur ses pieds et revient à la normalité : il rétablit une distinction et une hiérarchie légitimes entre ceux qui veillent au respect de la loi pour protéger notre sécurité, et ceux qui la violent en commettant crimes et délits. Cette nouvelle configuration législative aura pour conséquence non pas de laisser les forces de l’ordre s’abandonner systématiquement au pire, mais, au contraire, de leur permettre d’agir pleinement dans le cadre de leur mission. Jusqu’au vote de cette loi, elles n’osaient pas toujours user de la plénitude de la force légitime qui leur était dévolue, craignant d’être systématiquement désavouées et sanctionnées. Elles pourront dorénavant, face à la multitude des situations extrêmes, singulières ou collectives, qu’elles ont à subir au quotidien, exercer pleinement leurs prérogatives.

Mauvaises influences

Il n’est donc pas provocateur d’avancer que, dans une société bien organisée, c’était la non-présomption de légitime défense qui constituait l’anomalie. Et l’on ne saurait approuver l’affirmation — dans la ligne délétère qui prévalait jusqu’alors — de l’Observatoire de la sûreté, selon lequel « une loi qui ne cherche pas le meilleur équilibre entre la vie de tous est immorale ». C’est oublier que, dans la réalité, cet équilibre est sans cesse rompu au détriment de la police, contrainte de justifier même les actes les plus conformes à leur mission. Les forces de l’ordre sont présumées coupables par leur service d’inspection, par les magistrats syndiqués, par les politiciens qui crachent sur ce bras républicain, et par des citoyens défavorablement influencés qui, pourtant, les applaudissent dès qu’ils ont besoin d’elles.

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De la même manière que la tragédie de Lyhanna et les rapports qu’elle a motivés ont démontré qu’un contrôle permanent devait être mis en place sur les pratiques judiciaires afin d’en vérifier la vigilance, la fiabilité et l’efficacité, la présomption de légitime défense autorisera, en retour, une rigueur exemplaire et rapide à l’encontre des violences clairement illégitimes et inexcusables perpétrées par de rares fonctionnaires dévoyés.

On ne changera pas aisément un État de droit enkysté dans un humanisme et une vision étrangement complaisants avec le Mal, soupçonné ou trop réel. Mais qu’on accepte au moins qu’il puisse en exister un autre, fondé sur le Bien et sa sauvegarde.

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Parlons politique…
Une fois n’est pas coutume, le prêtre que je suis va disparaitre derrière le citoyen qui veut prendre la parole… J’ai toujours dénoncé la réforme du quinquennat qui, à mon sens, a profondément perverti la constitution de la V° République. Un septennat...
« Lundi. MOI. Mardi. MOI. Mercredi. MOI. Jeudi. MOI. Vendredi. »

Série d’été: personnages historiques, écrivains, cinéastes, tout y passe! Cette semaine: Witold et Rita Gombrowicz


Elle est la gardienne du temple. Rien vraiment ne prédisposait Rita Labrosse, jeune et splendide universitaire canadienne, à accepter d’être la secrétaire de cet impotent sexagénaire, rencontré par hasard en 1964 à l’abbaye de Royaumont où il est invité dans le cadre d’un colloque, puis à le suivre dans le Midi, pour partager ensuite sa vie chancelante d’asthmatique, et l’épouser enfin, le 28 décembre 1968. Le fameux écrivain polonais en exil s’éteindra moins d’un an plus tard, dans la villa Alexandrine parfaitement Belle Epoque, où le couple s’est établi à Vence – elle est devenue un musée, justement dédié à Witold Gombrowicz (1904-1969).

Depuis, la veuve n’a jamais quitté Witold ; à son œuvre, elle dévoue ses jours, infatigablement. Sans Rita, il est à craindre que la notoriété de Gombrowicz, (aujourd’hui traduit dans quarante langues, mais particulièrement lu et apprécié en France, son dernier refuge) n’ait pas connu la même ampleur. Quand bien même un Dominique de Roux, fondateur comme l’on sait des Cahiers de l’Herne, a, de bonne heure, grandement contribué à divulguer son œuvre, – cf. Testament, livre d’entretiens, publié dès 1968.  Le ‘’génie’’ de Rita, si l’on peut dire, c’est de n’avoir jamais embrassé le rôle de légataire attachée à sanctifier la mémoire du mari disparu : non contente de soutenir la propagation post mortem de ses écrits, elle a documenté les étapes de la vie de Witold antérieure à leur rencontre, avec une application d’authentique chercheuse et avec une honnêteté qui force l’admiration : qui goûte le romancier de Ferdydurke,  de Trans-Atlantique, de Cosmos, le dramaturge caustique d’Yvonne, princesse de Bourgogne,  mais aussi (et surtout) les trois tomes du Journal, sans compter le Journal Paris-Berlin, et enfin, livre essentiel, Pornographie, doit absolument se référer à ces deux volumes passionnants : Gombrowicz en Argentine et Gombrowicz en Europe. Rita reste le plus fiable biographe du génial trublion des lettres polonaises.

L’histoire est connue : issu de cette noblesse terrienne (dont les domaines sont alors inféodés à l’Empire russe), Witold, après de vagues études de droit et un séjour prolongé à Paris, se lie avec l’avant-garde polonaise. Il acquiert localement une certaine renommée grâce à Bakakaï, un recueil de nouvelles, mais plus sûrement encore grâce à Ferdydurke (dont le titre, entre parenthèses, ne veut sciemment rien dire). Quand la guerre éclate, le destin frappe à sa porte : invité à inaugurer le Chobry, paquebot polonais qui fait vers Buenos Aires sa première traversée, Witold se retrouve coincé en Argentine – pas moyen de rentrer. Il y restera vingt-quatre ans. Et ne reverra plus jamais la Pologne, devenue communiste. Le dandy aristocrate affronte la misère, les expédients (il travaillera longtemps comme employé de banque), tandis qu’au fil du temps s’amplifie la reconnaissance internationale : au point qu’en 1963, il obtient une bourse de la Fondation Ford, ce qui le détermine à regagner le Vieux Continent, sans se retourner. Un temps, il vit à Berlin. La rencontre de Rita pose sur sa destinée quelque chose de définitif.

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Il faut revenir à grands traits sur les obsessions qui traversent l’œuvre de Gombrowicz, pour en faire décidément un écrivain inassimilable à la moraline fielleuse propre à notre temps : pour lui, tiraillé entre la volonté de s’accomplir comme ‘’adulte’’, de devenir un être achevé, et le désir ardent de rester immature, éternellement ‘’jeune’’, l’homme ‘’cousu d’enfant’’ tombe rarement le masque imposé par les contraintes sociales, mais aussi par la culture nationale, la religion, la tradition, etc. L’homosexualité masculine traverse les livres de Witold sur le mode ambigu de la fascination pour le garçon ‘’du peuple’’ par opposition à l’homme fait, de l’attrait pour le fruste ‘’valet de ferme’’, au rebours de l’individu cravaté par ce que la langue de Gombrowicz appelle ‘’la forme’’. « Il y avait là quantité de jeunes marins… ». Et d’évoquer à mots couverts ses chasses de biffins portenos… Rita, loin de chercher à (se) dissimuler cette composante libidinale si essentielle à l’idiosyncrasie gombrowiczienne, en incarne l’épiphanie : le chaste géronte s’accomplit dans le miracle de cette intimité avec la fraîche Rita : elle fut probablement le seul amour de Gombrowicz. Ils circulent en Citroën 2CV sous le soleil méridional, elle resplendissante, lui comme ayant franchi d’un coup le pont qui relie la grâce juvénile au compte à rebours de l’âge mûr. Witold part à 65 ans.

A son tour Rita a rejoint le temps de la vieillesse : la voilà maintenant, en 2026, plus que nonagénaire. Son vœu de passer le flambeau gombrowiczien à la jeunesse a revêtu, voici un peu moins d’un an déjà, la forme inattendue d’un curieux album baptisé Moi, Gombrowicz. Une biographie, mais fantasque, sans tabou, élaborée de façon complice avec deux compatriotes et fils spirituels du disparu : le documentariste Andrzej Wolski pour les textes, le peintre et illustrateur Jacek Wozniak pour les dessins. Gombrowicz en BD ? Rita en caressait de longtemps l’idée : une façon de résister à l’ ‘’esprit de sérieux’’, tant moqué par Witold. L’album combine courts extraits de l’œuvre, éléments chronologiques datant, contextualisant la création gombrowiczienne, dessins naïfs, au chromatisme vif, figurines mouchetant les pages comme autant de papiers découpés, mais aussi gamineries, saillies de leur cru relevant d’un humour un peu potache (« vade rectum satanas », « Paris est un fait accompli », « je suis donc je pense »…). Ce digest biographique se donne moins comme une étude sérieuse que comme une entrée en matière jalonnée d’anecdotes, de souvenirs familiers, une invite à pénétrer de plain-pied dans la maison de Witold, mais au débotté, sans apprêt. L’intention est pure. Mais il y a aussi, chez Gombrowicz, un pathos, une dimension à la fois corrosive et tragique : on ne les trouvera pas ailleurs que dans ses livres.         


A lire :

Moi, Gombrowicz, par Andrej Wolski. Illustrations de Jacek Wozniak. Préface de Rita Gombrowicz. Denoël Graphic, 2025.

Mais aussi : Gombrowicz en Argentine (1939-1963) et Gombrowicz en Europe (1963-1969) par Rita Gombrowicz. Denoël, éd.  

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Du virilisme postapocalyptique

Un film avec un Nikos macho au cinéma, mais pas Aliagas…


Maculés de tatouages, percés de métal, braillards, agressifs, la meute testostéronée des machos en débardeurs ou torse nu poussent de la fonte, tirent au gun automatique sur des cibles de carton, dans de périlleuses compétitions entre mâles dominants. Ils tringlent leurs amazones (saphiques à l’occasion) et se shootent à l’anabolisant, soumis à la terreur de Nikos, chef atrabilaire à la gâchette facile, lequel exige de ses roquets serment d’obéissance absolue –  sinon bing, t’es mort. Le décor ? Une cité-Etat rétro-kitsch en perdition : les pénuries s’aggravent ; on s’y suicide beaucoup ; les catins racolent au milieu de nulle part, au pied d’édifices décatis et devant des barres d’immeubles qui partent à vau l’eau. Sur la rive adverse, la nuit, scintillent au loin les loupiotes d’une gigantesque raffinerie de pétrole qui a pollué le fleuve.

Sur fond mythologique repeint aux couleurs mêlées du cinéma d’arts martiaux, du film d’art (chromatisme saturé, image hyper stylisée), du mélo chanté et de l’esthétique trash, Gorgona n’entre certes pas dans les casiers où la boutique du cinéma plan plan trouve ses rangements ordinaires. Elaboré par Evi Kalogiropoulou, 41 ans, « artiste visuelle » (c’est comme ça qu’on dit) naviguant entre Athènes et Londres et à qui le Septième art doit, par exemple, Sur le trône de Xerxès, court métrage dystopique (déjà !) couronné par Canal + à Cannes en 2022, ce premier « long » a pimenté la Mostra de Venise l’an passé.

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Inutile de chercher quelque cohérence diégétique à cette suite échevelée d’épisodes. Ils vous feront passer sans transition de la putride étoffe du lupanar au débondage d’hémoglobine, d’un cabaret miteux à un terrain vague où s’entraînent ou s’affrontent de virils jeunes gens bigarrés… On croit comprendre que Nikos, malade au dernier stade et se sachant condamné, peine à imposer Maria, sa maîtresse un peu sorcière, parmi les prétendants au trône.   

Baroque, capiteux, outrancier, l’exercice de style ne manque pas de saveur… et de noirceur. Dans le dossier de presse, la réalisatrice tient, de façon plutôt consternante, un propos parfaitement convenu : « En Grèce, nous sommes confrontés à une crise majeure. Il y a énormément de féminicides. Des femmes meurent chaque jour. Quand on nous dit que nous avons les mêmes droits… ce sont des conneries. [sic] […] Mon film peut sembler violent, mais il donne à ressentir ce que subissent les femmes dans de trop nombreuses sociétés. Il faut se battre pour faire valoir nos droits légitimes. Et nos désirs ».

Ce bla-bla formaté est paradoxal, car formaté, justement, Gorgona ne l’est à aucun titre. Ne lui en déplaise, la méduse Evi Kalogiropoulou paraît sacrément fascinée par ces torrents de scabreuse masculinité qui déversent jusqu’au vertige leurs stéroïdes. Alors, inutile de nous emballer cette féconde radicalité dans un papier-carton de moralisme.  A prendre ou à laisser, la performance de cette fleur du mal – du mâle ? – se suffit à elle-même.   

Gorgona. Film de Evi Kalogiropoulou. Grèce/France, 2025. Durée : 1h35

En salles le 22 juillet 2026. Int. moins de 12 ans

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July 17, 2026

Le sprint, oui. Les plans cul, non

Cela nous avait échappé, mais apparemment, en athlétisme féminin, les diffuseurs télé filmaient le 100 mètres comme un calendrier Pirelli. Aussi, pour lutter contre ce sexisme et la sexualisation des athlètes féminines, la Fédération européenne d’athlétisme se félicite de la publication d’un guide pour éviter les cadrages suggestifs à la télévision… Fini, les gros plans sur les derrières en piste. Mais que cache cette pudibonderie soudaine?


En pleine saison des meetings d’athlétisme, l’Union Européenne de Radio-Télévision, qui chapeaute notamment l’Eurovision, publie un guide « pour une couverture médiatique respectueuse dans l’athlétisme féminin ».

Il arrive qu’une civilisation révèle davantage d’elle-même dans un détail apparemment insignifiant que dans les proclamations solennelles par lesquelles elle prétend définir ses valeurs. Les grandes ruptures de l’histoire ne commencent presque jamais par les événements auxquels les contemporains accordent le plus d’importance. Elles s’annoncent dans une inflexion du langage, dans une manière nouvelle de regarder un visage, un paysage ou un corps, dans une hésitation qui s’installe là où régnait encore, quelques années plus tôt, une évidence si tranquille qu’elle semblait appartenir à l’ordre naturel des choses.

Capture Union Européenne de Radio-Télévision.

Un corps peut être regardé sans être rabaissé

Ainsi en est-il de ces consignes désormais adressées aux réalisateurs des compétitions internationales d’athlétisme, invités à éviter les plans jugés « sexualisants » sur les athlètes féminines. À première vue, il ne s’agit que d’une recommandation technique, d’un ajustement destiné à respecter une sensibilité nouvelle. Qui pourrait sérieusement s’émouvoir d’un simple changement de cadrage ? Et pourtant, c’est peut-être là que se dit quelque chose de beaucoup plus grave. Car ce n’est plus seulement l’image que l’on entend corriger ; c’est le regard lui-même. Comme si celui-ci était devenu suspect par nature, comme s’il portait déjà en lui une faute dont il conviendrait désormais de prévenir jusqu’à la possibilité.

L’Europe avait pourtant consacré des siècles à apprendre qu’il existe une différence irréductible entre admirer et posséder, entre contempler et profaner, entre le désir et la violence. Toute son histoire artistique, depuis les marbres grecs jusqu’aux nus de la Renaissance, depuis les baigneuses de Renoir jusqu’aux silhouettes de Rodin, repose sur cette certitude qu’un corps humain peut être regardé sans être rabaissé, qu’il peut être célébré sans être humilié, que la beauté n’abolit jamais la personne mais en manifeste, au contraire, la mystérieuse présence.

Nous semblons avoir perdu cette lente éducation du regard. La beauté elle-même devient embarrassante. Elle exige des précautions, des avertissements, presque des excuses. Le soupçon précède désormais l’émotion. On ne contemple plus ; on vérifie d’abord que l’on contemple correctement. Comme si toute admiration risquait de n’être qu’une domination déguisée, toute émotion esthétique une violence qui s’ignore encore. Une civilisation qui avait appris à former le regard entreprend peu à peu de le neutraliser.

Métamorphose

Cette métamorphose ne concerne évidemment pas le seul domaine du sport. Elle traverse silencieusement toute notre manière d’habiter le monde. Les relations entre les hommes et les femmes se couvrent de prescriptions, de chartes, de protocoles ; la séduction elle-même paraît devoir justifier son innocence. Ce qui relevait autrefois de cette intelligence subtile des situations, de cette conversation infinie entre les êtres où la liberté se mêlait au risque, est peu à peu remplacé par une prudence administrative qui aspire moins à rendre les hommes meilleurs qu’à les rendre irréprochables.

La même hésitation atteint jusqu’à la table, cet autre lieu où une civilisation se donne à voir sans discours. Car la gastronomie française n’était pas seulement un ensemble de recettes admirées dans le monde entier ; elle était une manière de faire société. On y partageait le pain, le vin, les fromages, les plats d’un terroir sans éprouver le besoin de rappeler sans cesse ce qui distinguait les convives. Le repas suspendait les appartenances particulières dans une convivialité plus ancienne qu’elles. Aujourd’hui, la table devient elle aussi un espace où s’affirment des prescriptions concurrentes, des identités qui ne cherchent plus tant à participer à une culture commune qu’à préserver leurs propres frontières. Là encore, ce n’est pas seulement un menu qui change ; c’est une représentation du monde.

Il serait naturellement absurde de confondre les causes de ces évolutions. Le puritanisme progressiste n’est pas l’islam rigoriste ; la logique marchande n’est pas davantage la logique religieuse. Leurs histoires, leurs ambitions, leurs justifications demeurent profondément étrangères les unes aux autres. Mais l’histoire est riche de ces convergences paradoxales où des forces qui s’ignorent produisent pourtant des effets comparables. Les unes parlent d’émancipation, les autres de pudeur ; les unes invoquent l’égalité, les autres la morale ; toutes contribuent cependant, chacune selon sa langue et ses raisons, à faire du corps féminin un lieu problématique, un espace qu’il faudrait montrer autrement, regarder autrement, parfois presque soustraire au regard.

Changement de mœurs

Il ne s’agit pas de prétendre que quelques recommandations adressées à des réalisateurs conduiraient mécaniquement au voile ou à la burqa dans l’athlétisme féminin. Une telle comparaison serait aussi sommaire qu’inexacte. Les civilisations ne se transforment jamais par bonds. Elles glissent lentement d’un imaginaire à un autre, déplacent imperceptiblement la frontière entre le permis et le défendu, entre le naturel et le coupable, jusqu’au jour où plus personne ne se souvient que les évidences d’hier furent réellement des évidences.

C’est pourquoi cette affaire de cadrage est infiniment plus importante qu’elle n’en a l’air. Une civilisation se reconnaît toujours à la manière dont elle regarde le corps humain, comme elle se reconnaît à sa manière de dresser une table, de transmettre une langue, de bâtir une maison, de célébrer ses morts ou d’apprendre à ses enfants ce qu’il est beau d’aimer. Lorsqu’elle commence à détourner les yeux de ce qui l’avait longtemps émerveillée, lorsqu’elle éprouve davantage de scrupules à contempler qu’à soupçonner, elle n’annonce pas seulement un changement de mœurs. Elle laisse apparaître cette fatigue intérieure qui précède souvent les grandes disparitions historiques.

Car les civilisations meurent rarement sous les coups de ceux qui les combattent. Elles commencent par cesser de croire que leur propre manière d’habiter le monde mérite encore d’être regardée, aimée et transmise.

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Le bicross et le gravel en deuil

Disparition de deux visionnaires du vélo qui ont ouvert la voie à d’autres pratiques, le freestyler Adolphe Joly et l’homme qui a fait connaître en France le gravel, le Bourguignon Stéphane Goyard…


Le vélo vient d’être frappé durement par la disparition de deux personnalités attachantes, inspirantes (le mot n’est pas galvaudé) et ouvertes aux nouvelles disciplines. Ils ont été précurseurs et visionnaires quand tout le monde disait « ça ne marchera jamais ». Ils ont été les éducateurs de toute une génération qui voulait pédaler autrement, qui découvrait « l’outdoor » et le Freestyle, Bercy et le bike packing. Ils étaient notre jeunesse, l’âge d’or du bicross et notre avenir, la vague du gravel est aussi forte que celle du VTT, elle inonde désormais le marché du cycle. Cette semaine, nous avons appris le décès d’Adolphe Joly suite à la maladie de Charcot par la page Facebook « OldschoolBMXFrance ». D’un seul coup, nous avons été émus et choqués. Submergés. Les souvenirs sont remontés à la surface. Tout un monde coloré, ensoleillé et joyeux s’est mis, à nouveau, à s’animer, à s’agiter.

C’était drôle, excitant et motivant. Une forme de fraternité, de connivence et d’élan s’emparait alors d’une jeunesse qui vivait ses premiers instants de crise. Le chômage faisait son entrée dans les foyers mais heureusement les gosses, filles et garçons, avaient le bicross en échappatoire, en espace de liberté, en activité rien qu’à eux. Le bicross nous a formés. Les années 1980 déployaient leur imagerie et leur féérie. Nous étions sous le charme. Nous regardions les films E.T et BMW Bandits avec Nicole Kidman, mais également le documentaire produit par McQueen et cette scène d’ouverture, d’anthologie, où des gamins californiens déboulent sur le sable avec leurs vélos trafiqués et imitent le bruit des motos avec leur bouche.

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Le bicross débarquait en France jusque dans nos campagnes. Nous étions aux premières loges. Les instances fédérales voyaient d’un très mauvais œil cette jeunesse se détourner du vélo de route, discipliné, cadré et ennuyeux. Le bicross fut un mouvement de jeunes créé par des jeunes. Il n’était pas une invention d’adultes. Une manipulation marketing. Nous avons été saisis par cette passion. Elle ne nous a plus quittés. Les premières figures s’affichaient en couverture de Bicross Magazine, la bible qu’on s’empressait d’acheter chez le marchand de journaux. Feuilleter ce mensuel, quarante ans plus tard, me rend nostalgique et heureux. Aucune mélancolie, seulement le bonheur d’avoir eu douze ans au bon moment.

Parmi les stars du bicross naissant, Adolphe Joly était là, classieux dans sa tenue blanche avec les frères Delgado, champions et promoteurs de ce vélo aux « petites roues » au grand pouvoir d’attraction. Ces trois-là formaient le gang des « Mad Dogs ». Ils portaient les couleurs de la marque « MBK ». Ils enchaînaient les figures et les prouesses stylistiques. Nous découvrions le freestyle, son terrain d’expression et sa beauté visuelle. Je garderai longtemps avec moi cette photo d’Adolphe prise à Bercy avec son MBK Pro Freestyler aux jantes à bâtons violets. Il suscitait tant d’admiration. Sa modestie et son aura brilleront longtemps. Une autre personnalité a perdu la vie, fin mai, lors d’un tragique accident près d’Angers, Stéphane Goyard a été percuté par une voiture. Le grand public ne connaît peut-être pas son nom mais la communauté « gravel » a été bouleversée d’apprendre son décès. Il était suivi par des dizaines de milliers d’abonnés sur sa chaîne YouTube « Gravel & Bike[1] ». Il était la référence française. Le Bourguignon pédagogue, la parole toujours posée, enthousiaste sans cacher les galères des longues sorties, nous expliquait les rudiments du gravel patiemment et pragmatiquement. Il était un guide intelligent et bienveillant. Jamais sectaire. Ses vidéos étaient largement partagées et commentées. Grâce à lui, j’ai réussi à me faire une idée précise sur les pédales plates et automatiques, le monoplateau ou la composition d’un cadre. Devais-je me lancer dans le carbone ? Investir dans le titane ? Revenir à l’acier ? Ou donner sa chance à l’aluminium ?

Stéphane Goyard et Adolphe Joly étaient deux visages, à quelques décennies d’intervalle, d’une même passion, celle du vélo au sens large. Stéphane avait trouvé la formule magique pour résumer cette envie de pédaler et de voir plus loin  : « Poursuivre quand la route s’arrête… ». Nous ne les oublierons pas.


[1] https://www.youtube.com/c/GravelBike

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Le curé de Châteaudun, le député et l’euthanasie

Loi sur la fin de vie: le « non possumus » de l’Eglise et l’affaire de la messe à laquelle a assisté le député de Châteaudun interrogent notre époque…


Le diable, parait-il, se cache dans les détails… Deux évènements, en marge du vote de l’importante loi sur la fin de vie, disent beaucoup sur notre société actuelle, au-delà même du fond de ce sujet si sensible.

Tous privés de communion !

Le premier, le 5 juillet, à l’occasion de la messe de la 25e Foire aux laines de Châteaudun (28). Le curé rappelle durant l’office la position de l’Eglise catholique quant à ce que l’on appelle « l’aide à mourir ». Dans l’assistance se trouve notamment le député de la circonscription qui n’est autre que le rapporteur du texte à l’Assemblée nationale, Philippe Vigier (Démocrates) : « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort » rappelle le prêtre… Il n’en fallait pas plus à l’édile pour se fendre d’une prise de bec avec celui-ci au motif qu’il n’avait pas pu répondre pendant la messe ! Et le parlementaire de doubler son intervention par un courrier en bonne et due forme à l’Evêque de Chartres afin de réclamer des excuses et un rappel à l’ordre de l’impétrant…

Autre salle, même ambiance : le 7 juillet, l’évêque de Bayonne (64) s’interroge dans l’hebdomadaire France Catholique sur le cas des parlementaires catholiques qui voteraient la loi sur la fin de vie. Celui-ci évoque alors la possibilité de les priver de communion, quand d’autres envisagent d’étendre la sanction à l’ensemble des sacrements délivrés par l’Eglise. La réponse de deux députés socialistes du diocèse ne s’est pas faite attendre : dans une lettre ouverte au prélat, ils font part de leur « profonde réprobation » convoquant tour à tour le principe de laïcité, la menace d’ingérence de l’Eglise dans les affaires de l’Etat et la figure tutélaire de Victor Hugo… une excommunication laïque en quelque sorte ! « Dans notre République, chacun doit rester dans son ordre : l’Eglise éclaire les consciences ; le parlement fait la loi » peut-on notamment lire dans la missive des deux parlementaires !

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Etrange conception en réalité que celle de ces élus qui confondent l’Eglise catholique et un club mondain animé par un éclaireur de conscience adepte du quinoa et autres plats à base de tofu. Des législateurs qui invoquent une République laïque sans en connaître le sens : car la laïcité c’est d’abord le respect de la liberté des cultes et donc le droit de l’Eglise à s’administrer librement, c’est à dire conformément à son magistère. Rappelons que nul n’oblige un parlementaire à venir draguer des électeurs dans les allés des bancs d’églises s’il ne peut souffrir les paroles du prêtre ; nul n’oblige non plus des députés à voter conformément aux préceptes de l’Eglise, s’ils n’entendent pas vivre en communion avec elle.

Dans notre République laïque, l’Eglise doit évidemment se conformer aux lois votées par la représentation nationale, ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle doive s’y convertir !

Comme si…

Là se trouve sans doute le véritable vice de notre époque que révèlent ces déclarations: penser que l’Eglise pourrait « faire comme si ». Car la position de l’Eglise n’est pas un effet de mode ou l’expression d’une frilosité de circonstance… elle révèle au contraire une fidélité constante à une croyance. Ici, comme chaque fois qu’elle se prononce sur des sujets ô combien sensibles, l’Eglise rappelle son attachement à l’idée d’une valeur intrinsèque, fondamentale et irréfragable de la vie humaine, aussi diminuée et amoindrie soit-elle. La vie, de tous et jusqu’à son terme naturel, comme participant à l’œuvre de Dieu.

Chacun a le droit d’y croire ou de ne pas y croire. Chacun a le droit d’y adhérer ou de ne pas y adhérer. Mais nul ne peut demander à l’Eglise de renoncer à ce qu’elle croit, à ce qu’elle défend et à ce qu’elle est, au prétexte des circonstances du moment. L’Eglise n’a pas vocation à être à la mode. C’est sans doute pour cela d’ailleurs que, quoique l’on veuille bien en dire, elle ne se démode pas depuis deux mille ans.

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Face au progressisme de notre temps l’Eglise oppose un « non possumus » qui doit tous nous interroger – que nous soyons catholiques ou non. Cette expression latine, devenue fameuse car souvent reprise par l’Eglise au cours de son histoire, rappelle qu’elle ne peut aller contre son dogme et sa Foi… « Nous ne pouvons, car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » avaient dit les apôtres Pierre et Jean. Depuis lors l’Eglise est fidèle à cette mission de témoignage à une certaine conception de l’Homme et de la Vie.

Le débat sur la fin de vie, fut-il long, n’aura pas su éviter son écueil principal : celui de la caricature. Celui d’un progressisme compatissant, triomphant et offrant un « prêt-à-penser » commode, opposé à un conservatisme présenté comme désuet, rigoriste et étriqué. Pourtant, face à ce que Chesterton appelait « la dégradante obligation d’être de son temps », il est sain que des résistances existent, nous interpellent et nous interrogent sur ce qui, en nous, à vocation à demeurer, à ne pas céder aux injonctions du moment. Car le moment passera, lui aussi…

« Quels que soient les dangers, les crises, les drames que nous avons à traverser, par-dessus tout et toujours, nous savons où nous allons, nous allons, même quand nous mourrons, vers la Vie » rappelait un jour le général de Gaulle.

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Tchad: Le Pape a nommé le capucin Jean Miguina évêque de Sarh

Le Saint-Père a nommé, jeudi 16 juillet 2026, le père Jean Miguino, membre de la congrégation des frères mineurs capucins, comme évêque du diocèse de Sarh; il était jusqu’à présent supérieur des aspirants capucins du Tchad et conseiller de la custodie du Tchad et de la République centrafricaine. Le Pape l’a nommé après avoir accepté la renonciation de son prédécesseur, Mgr Miguel Ángel Sebastián Martínez, atteint par la limite d'âge canonique de 75 ans.

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En Ukraine, Mgr Gallagher invite à créer les conditions pour une paix juste

Le secrétaire aux Relations avec les États se trouve jusqu'au 21 juillet dans ce pays d'Europe de l'Est en tant que légat pontifical à l'occasion du 35e anniversaire de la réouverture des structures de l'Église catholique de rite latin. Première étape à Lviv avec une rencontre avec l’archevêque Mokrzycki et certaines autorités locales, auxquelles il a réitéré son souhait de «ramener la paix dans cette partie de l’Europe».

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Volodymyr le Grand et le baptême de la Rus’ de Kiev: «Un choix de civilisation»

Le 15 juillet, les Églises d’Ukraine ont célébré le prince de Kiev, figure centrale de l’histoire du pays. À cette même date, on commémore également le baptême de la Rus’ de Kiev en 988, événement qui a marqué la conversion au christianisme de cet État médiéval et a profondément influencé son identité religieuse, culturelle et politique. Pour Dmytro Hordienko, médiéviste ukrainien, il s’agissait d’un choix déterminant pour le développement de la Rus’ au cours des siècles successifs.

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Au Cameroun, Mgr Kleda s’inquiète des conditions de détentions des détenus

L’archevêque de Douala tire la sonnette d'alarme concernant les disparitions forcées, les détentions arbitraires et les conditions de détention inhumaine. Dans une lettre pastorale sur les conditions de détention publiée fin juin, Mgr Kleda exprime également une grande inquiétude pour les femmes et les mineurs. Dans la suite du message adressé par le Pape Léon XIV lors de son voyage apostolique au Cameroun, il lance un appel à replacer la dignité humaine au cœur du système pénitentiaire.

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Félix Varela, bâtisseur de ponts entre foi, culture et liberté

La première biographie italienne du prêtre cubain – publiée par la Librairie éditrice du Vatican – dresse le portrait d’un patriote et d’un penseur moderne capable de guider la société cubaine du XIXe siècle vers une conscience nationale, ainsi que d’un prêtre qui a contribué à la création d’une Église pour les pauvres où chacun avait sa place. L'entretien avec Mgr Vincenzo Paglia nous fait redécouvrir son héritage.

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RDC: face à Ebola, le JRS adapte son action dans un contexte de crise sécuritaire

Déclarée il y a deux mois en République démocratique du Congo, l'épidémie se propage «plus rapidement que toutes les précédentes», alerte l’OMS. À Goma, ville sous contrôle du groupe armé M23, où le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) intervient auprès des personnes les plus vulnérables, les projets ont été réorientés pour intégrer la prévention contre le virus, sans pour autant renoncer aux activités éducatives, psychosociales et communautaires.

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«La technologie doit servir à défendre les êtres humains», affirme une avocate

En marge de l’Assemblée mondiale des lauréats du prix Nobel à Castel Gandolfo, qui s’est conclue par la signature de la «Déclaration de Rome pour une paix sans armes et le désarmement», Oleksandra Matviichuk, défenseuse ukrainienne des droits humains, s’est entretenue avec Vatican News sur la nécessité de réformer les organisations intergouvernementales et de faire passer l’être humain avant la technologie afin de promouvoir la paix et de ralentir la course aux armements.

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Hommage aux grenouilles de bénitier
On les regarde parfois avec dédain. On sait se moquer facilement de ces personnes dévotes. Elles font souvent partie de ce petit reste dans nos paroisses qui fréquentent l’église plusieurs fois par semaine : elles viennent allumer un cierge et prier pour...
L’Ordre moral est de retour

Erotomane distingué et impénitent, notre chroniqueur s’offusque de l’interdiction préfectorale d’organiser des gang-bangs. Les femmes réduites à l’état de viande et les hommes à celui de piston articulé, cela ne lui semble pas contraire à la dignité de la personne humaine. Nous ne mangeons pas de ce pain de fesses-là chez Causeur! Un peu de décence, queue diable!


Valentin Simonnet, avocat au barreau de Paris, a résumé l’affaire et je ne reprendrai pas son argumentation rigoureuse, ni celle de la Patronne, comme on dit chez Causeur, qui avait écrit sur le sujet l’année dernière. Les soirées « gang bang » organisées par la Factory dans un immeuble discret du XVe arrondissement ont été interdites par le Préfet de police qui y voyait un trouble potentiel à l’ordre public et, explique Le Parisien, une « atteinte à la dignité humaine ». Décision suspendue par le tribunal administratif — la loi, encore heureux, n’interdit pas les plaisirs privés —, suspension annulée par le Conseil d’Etat il y a deux jours. Vous retournerez au Cap d’Agde comme l’année dernière pour vous y goûter les délices de la triple pénétration — grains de sable compris. Ou ailleurs, on a répertorié pour vous le top 10 des plus belles plages libertines de France[1].

DR.

Voilà qui ne fera pas plaisir à Adeline Lafouine, star du free porn qui vantait dès l’ouverture[2] la liberté de la Factory, et les sensations délicates obtenues en se livrant pile et face à des messieurs organisés à la queue leu leu puis en bouquet d’artifice — autrement dit en bukkake géant.

Tout cela était organisé sagement, sans bruit, en toute hygiène, par des individus volontaires désireux de vivre des expériences rêvées mais peu accessibles chez soi : allez donc recruter une dizaine de copains pour assouvir les fantasmes de madame ! L’anonymat, il n’y a que ça de vrai.

Quelle mouche cantharide, porteuse d’excitations périphériques, a donc piqué le préfet de police ?

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Peu après la défaite de 1870, Mac Mahon organisa un gouvernement d’ordre moral où dominaient les monarchistes. Il s’agissait d’extirper les influences mauvaises héritées des Lumières et de la Révolution. La construction du Sacré-Cœur, censé expier les crimes de la Commune de Paris, remonte à cette époque.

L’affaire fit long feu : en mai 1874, une coalition de républicains divers chassa le gouvernement d’Albert de Broglie.

La vertu imposée a mauvaise presse, en France. Sous Vichy, pour combattre « l’esprit de jouissance » responsable, paraît-il, de la défaite, le gouvernement tenta d’interdire javas, valses et mazurkas. Danser devint une manifestation de résistance. Et la Libération fut l’occasion d’un déchaînement musical — et l’on sait comment se termine la fièvre du samedi soir. Chassez le libertin, il revient au galop.

Au-delà de l’anecdote, il faut bien constater que nous vivons, avec le wokisme, une période de puritanisme accéléré. Tout ce qui n’est pas conforme aux diktats des nouveaux gauleiters de gauche est désormais susceptible d’être interdit. Les photos de sportives et les plans de caméra « sexualisants » seront filtrés (mais pas celles des sportifs : concluez-en ce que vous voulez), la drague est mal vue, les relations entre les sexes doivent faire l’objet de contrats préalables, depuis le premier baiser jusqu’à l’ultime étreinte. Imaginez le questionnaire que vous devez désormais faire remplir par votre éventuelle partenaire : fellation Oui / Non, Sodomie Oui / Non, fessée Oui / Non — et j’en reste aux préliminaires, ce qui se passe dans le feu de l’action défiant par définition toute tentative préalable d’énumération.

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Tout cela va dans le sens de ce que je décris depuis longtemps : nous vivons dans des temps orwelliens où « la liberté, c’est l’esclavage » (dans 1984, les activités sexuelles sont étroitement contrôlées par le gouvernement de Big Brother). Et c’est la gauche, qui proclamait en 68 « il est interdit d’interdire », qui est à la manœuvre dans cette tentative d’éradication de la liberté — et je n’en connais pas de plus essentielle que la liberté de baiser comme on veut, tant qu’on est consentant. Le wokisme prétend désormais intervenir dans vos ébats : l’Arabie Saoudite a ses brigades de la vertu, nous aurons bientôt, si nous élisons ces petits Savonaroles, les milices du vice. Alors, passez l’été à vivre tous vos désirs, et continuez cet automne : on ne sait jamais ce que vous réserve l’année électorale qui vient. Les coups perdus ne se rattrapent guère, les coups perdus ne se rattrapent plus.


[1] https://www.senkys.com/fr/magazine/top-plages-libertines-france

[2] https://videos.adelinelafouine.com/video/gangbang-a-la-factory-506 (attention : contenu porno pour public averti)

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Police anglaise: à la couleur du client?

La police du Royaume-Uni a subi un processus de wokisation hardcore. Formations à l’equity et drapeaux LGBT sont imposés pour expier les péchés d’une institution jugée abusive par le passé. Au point de l’avoir rendue aveugle aux crimes du présent.


Il fait nuit. La caméra embarquée du policier montre l’allée d’un modeste pavillon de banlieue. Étendu sur les gravillons, on devine le corps d’un jeune homme vêtu de noir. Le policier l’interroge : « Qu’est-ce qui vous est arrivé ? » Tandis qu’on menotte un de ses poignets, le jeune répond : « J’ai été poignardé. — « Où ça ? » On retourne la victime sur son ventre pendant que le policier enchaîne : « Je ne le crois pas, mon pote. » Méthodiquement, des mains saisissent l’autre poignet pour le menotter à son tour derrière le dos du jeune. À ce moment-là, la voix de ce dernier, rauque, s’exclame : « Je ne peux pas respirer ! » Ce sont les derniers instants d’Henry Nowak, Britannique blanc de 18 ans, étudiant en finance à l’université de Southampton. Il a expiré juste après que les policiers l’ont mis en état d’arrestation. Il avait été poignardé cinq fois par Vickrum Digwa, 23 ans, un sikh se réclamant d’une secte minoritaire, les Nihang, dont il n’était pas membre, mais dont il portait le couteau rituel ainsi qu’une autre lame, longue de 21 cm, dont il avait lardé le corps de l’étudiant. Digwa et son frère ont menti aux forces de l’ordre, prétendant que le jeune Blanc avait provoqué l’incident par une insulte raciste, mensonge que les policiers ont d’emblée pris pour argent comptant. Le crime a eu lieu le 3 décembre 2025, mais la vidéo n’a été rendue publique que le 2 juin, après le procès de Digwa qui s’est terminé par sa condamnation à la prison à vie.

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Le scandale du « two-tier policing »

Cette publication a déclenché un scandale. À Southampton, elle a provoqué une manifestation qui s’est transformée en émeute. De nombreux commentateurs et politiques se sont hâtés d’incriminer une manipulation par de vagues influenceurs d’extrême droite, plutôt que la frustration populaire, mais personne n’a été dupe. Car le cas d’Henry Nowak constitue l’exemple le plus flagrant de ce qu’on appelle two-tier policing (« le maintien de l’ordre à deux vitesses »), autrement dit la tendance de la police à traiter les Blancs et les non-Blancs de manière différente, en sacrifiant à l’idéologie de la « diversité ». Aujourd’hui, le Royaume-Uni a les forces de l’ordre les plus wokistes du monde. Ces dernières années, la police a choisi de consacrer une partie de ses ressources, non à la détection et à la prévention des crimes, mais à l’exhibition de sa vertu progressiste. En 2023, le public a appris qu’elle avait dépensé 73 000 euros pour faire peindre ses voitures aux couleurs de l’arc-en-ciel, et pour acheter des drapeaux et lacets de chaussures assortis, en un geste de solidarité avec le mouvement LGBTQIA+. Afin de s’assurer que leurs agents adhèrent à l’idéologie progressiste, les forces de police britanniques, décentralisées et jouissant d’une certaine autonomie, ont dépensé des sommes faramineuses pour embaucher des responsables de la diversité et financer des programmes de formation véhiculant des concepts comme « privilège blanc », « biais inconscient » ou « microagression ». La police du West Yorkshire, où le taux d’élucidation de crimes est bas, s’est délestée de 1,6 million d’euros, assez pour payer les salaires de 46 nouveaux agents. En plus du lavage de cerveau idéologique, les policiers comprennent que leur carrière peut être brisée du jour au lendemain par une accusation de racisme, d’islamophobie ou de sexisme.

La conséquence de ces mesures est que la police est soupçonnée de faire preuve d’indulgence à l’égard de manifestations antiracistes ou propalestiniennes. De ne pas poursuivre certains suspects, ou de cacher leur identité, de peur de stigmatiser leur groupe ethnique ou religieux. De favoriser les récits victimaires aux dépens des témoignages des Blancs. Et d’être plus à l’écoute des musulmans se plaignant d’islamophobie que des juifs se plaignant d’antisémitisme.

Les racines de la wokisation policière

Si nous en sommes arrivés là, c’est parce que, depuis une trentaine d’années, les critiques de la police exploitent habilement ses défaillances les plus flagrantes en matière de racisme et de sexisme. Tout remonte à 1993 et l’assassinat d’un autre jeune de 18 ans, Stephen Lawrence, un Noir poignardé à mort par un groupe d’hommes blancs dont seuls deux seront condamnés dix-neuf ans après. Une enquête officielle a conduit, en 1999, à la publication du « rapport Macpherson » (du nom de son auteur) qui a conclu que l’incapacité de la police londonienne à résoudre l’affaire était en partie le résultat de son « racisme institutionnel ». Selon ce concept – précurseur du « biais inconscient » – le racisme chez les policiers ne dépend pas de leurs convictions personnelles, mais est inhérent à leur formation et à leur comportement. Une lecture de plus en plus radicale de ce principe a été promue par des politiques de gauche et des groupes de pression avec l’arrivée de l’idéologie diversitaire américaine vers 2015, et avec les manifestations BLM en 2020. Ensuite, en 2021, des cas choquants de viols commis par des policiers ont fait les gros titres conduisant à un nouveau rapport officiel en 2023 qui a conclu que la police était sexiste et incapable de se réformer elle-même.

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L’élément essentiel de la wokisation volontaire des différentes forces de police est un glissement sémantique de l’égalité, principe inscrit dans la loi qui stipule que tout le monde doit être traité de la même manière, à l’équité, notion consacrée par l’idéologie qui postule que les minorités doivent être traitées de manière différente pour compenser les inégalités dont elles sont censées souffrir. Si le taux d’arrestation des membres de minorités est supérieur à leur proportion de la population générale, il faut le réduire et augmenter celui des Blancs. La police du Hampshire, où se trouve Southampton, a été mise en cause en 2021 quand les détectives d’une unité d’élite ont été enregistrés en train d’insulter un collègue noir. Le scandale a poussé la hiérarchie à dépenser presque un million d’euros en formations à la diversité et à l’équité, avec le résultat qu’on a vu le 3 décembre. La police continue à faire son travail, souvent avec courage et dévouement, pendant que ce qui reste en son sein de racisme et de sexisme ordinaires est masqué par le nouveau racisme antiblanc. Mais ce masque vient de tomber, mettant à nu les contractions « institutionnelles » des « bobbies ».

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Ter Apel: le camp de migrants qui a fait fuir les humanitaires

Malgré les dangers mortels, la Croix-Rouge reste présente dans les pires enfers du monde, y compris la bande de Gaza et le Soudan. Mais elle a jugé plus prudent de quitter un centre de demandeurs d’asile dans le nord des Pays-Bas, n’y pouvant plus garantir la sécurité de ses employés, agressés et volés. Correspondance.


La nouvelle, tombée le samedi 11 juillet, a produit un choc dans un pays incapable, au fil des ans, de rétablir l’ordre dans ledit centre près du village de Ter Apel, devenu bien malgré lui le symbole de l’échec de sa politique d’asile.

Bagarres régulières

Les scènes familières de bagarres en dehors du centre, de combats au couteau, de vols et d’agressions envers ceux venus aider les réfugiés ont atteint leur point culminant vers la fin de la semaine dernière. De jeunes habitants du camp et des « potes » venus d’autres centres ont semé une pagaille si agressive que le personnel de la Croix-Rouge a décidé de replier ses tentes blanches et de déguerpir, tout comme une organisation d’aide aux réfugiés, accusée d’ « immigrationnisme » par la droite de la droite.

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Une défaite devant la racaille qui a plongé la classe politique néerlandaise dans l’embarras. À la veille du retrait des volontaires, le ministre chargé de la politique d’asile et d’immigration avait annulé sa visite au centre, situé non loin de la frontière avec l’Allemagne, la police ne pouvant assurer sa sécurité.

Dans une interview au journal NRC publiée le lundi 13 juillet, le maire de Ter Apel, M. Jaap Velema, a fait le constat de l’existence de bandes itinérantes de jeunes – notamment des Nord-Africains et des Syriens – vivant aux crochets du système d’asile. La plupart n’ont aucune chance d’obtenir le statut légal de réfugié, mais peuvent compter sur des allocations le temps que leur demande soit étudiée. Entre-temps, certains suppléent leurs allocations avec les fruits de larcins dans des magasins tels qu’Action. L’un des malfrats avait réussi à remplir un sac XXL de marchandises de ce leader du discount pour une valeur de 160 euros, a observé le maire, étonné.

Un butin que le voleur avait peut-être destiné aux demandeurs d’asile attendant d’être admis dans le centre de Ter Apel, plein à craquer, qui refuse du monde, prié d’attendre dehors ? Une clientèle de choix pour ces jeunes itinérants, et une source de frictions permanentes que les quelques policiers et agents de sécurité présents, pas plus que les bénévoles de la Croix-Rouge, ne parviennent à calmer. Souvent, ces derniers deviennent la cible d’agressions, à tel point qu’ils ont donc battu en retraite en emportant leurs stocks de repas, de médicaments, de bouteilles d’eau et de chargeurs pour téléphones portables.

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Point de passage obligatoire

Le centre de Ter Apel constitue le point d’enregistrement obligatoire pour tous les demandeurs d’asile aux Pays-Bas. Il héberge quelque deux mille personnes, et les terrains environnants prennent également souvent l’aspect de camps de réfugiés improvisés, ou de bidonvilles, remplis de gens qui attendent leur tour. Ils sont pris pour cibles par un noyau dur de quelque deux cents jeunes hommes, hébergés dans le camp officiel, avides d’y écouler leur commerce illicite et qui, parfois, se livrent à des combats tribaux. Des scènes d’horreur qui remplissent de honte bien des Néerlandais. Et si les fauteurs de troubles, de Ter Apel et d’ailleurs, étaient répartis sur d’autres sites ? Une loi oblige d’autres villes et villages à aider à délester ce centre immense. Mais la rébellion gronde, parfois violente et couronnée de succès, contre cette injonction de l’État central de La Haye. La débandade de la Croix-Rouge ne manquera pas de la doper.

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Médée en abyme

Incident raciste entre un Hongrois et un acteur français lors de la promotion d’un film à l’étranger


Voilà un film dont Arte va nous assurer qu’il est « né sous une bonne étoile ». Son réalisateur, Ulrich Köhler (cf. La Maladie du sommeil, Ours d’Argent à la Berlinale 2011) est Allemand mais il a beaucoup étudié en France. Gavagai, et autres malentendus, tourné l’an passé à Berlin et au Sénégal, est résolument polyglotte, cosmopolite, européen.

Tournage compliqué

On vous résume : Caroline, une cinéaste française (Nathalie Richard) pas spécialement sympathique, assez autoritaire et perpétuellement sur les nerfs avec ses acteurs et son équipe de tournage, réalise pour le grand écran une transposition très intellectualisée de Médée, la pièce mythique de Sénèque, en ancrant l’action sur le continent noir (on peut encore écrire « continent noir » ?) : incrustées en abyme dans le déroulement de Gavagai, les séquences dévoilent par bribes le work in progress d’un péplum en costumes, mariant archéo et approche contemporaine, dans un kitsch un peu « limite », dont Ulrich Köhler se gausse souterrainement. 

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Le tournage est compliqué, dans le décor réel du Sénégal. Caroline a confié le rôle de Jason à l’acteur noir – et Français – Nourou Cissokho (Jean-Christophe Folly), lequel a une aventure avec Maja, l’héroïne du film (Maren Eggert), femme mariée… Pour s’exprimer, Caroline passe du français à l’anglais, Maja de la langue de Goethe à celle de Shakespeare, Nourou s’en tient au français. Gavagai suit avec causticité les méandres relationnels des comparses, alternant avec la mise en œuvre pleine d’écueils de cette Médée africaine… Puis, seconde partie de Gavagai, retour en Europe, où le film de Caroline est présenté en compétition à la Berlinale, l’incontournable festival hivernal berlinois. L’acteur Nourou, qui y partage un cinq étoiles glaçant et excentré avec la cinéaste et sa partenaire à l’écran, se collète avec le gorille de l’hôtel, un Hongrois en uniforme noir et oreillettes, exagérément rustre avec la gent de couleur – l’incident provoquera son licenciement et, après enquête, les excuses ostentatoires de la direction à l’égard de la star noire maltraitée…

Paillettes vulgaires

Ulrich Köhler se plait manifestement beaucoup à forcer les coulisses du Septième art, la relativité des statuts sociaux selon qu’on est prince ici, et là un inconnu, la comédie médiatique et mondaine qui enrobe la promotion du cinéma, ses rituels vaniteux et ses paillettes vulgaires… Les essayages de l’acteur Cissokho (sous les traits de Jean-Christophe Folly) en vue d’offrir son meilleur look à la soirée de première de Médée africaine ne manquent pas de sel, tout comme la séquence d’apprentissage pour nouer un nœud-papillon sans se tromper…

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Plus complaisant dans sa critique du milieu qu’intensément corrosif, Gavagai scie de manière un peu laborieuse la branche sur laquelle s’assoit, qu’on le veuille ou non, le cinéma. Et l’énigme du titre, au fait ? Dixit Köhler explique dans le dossier de presse que le titre « rend hommage à [ses] études de philosophie inachevées. Dans une expérience de pensée célèbre, poursuit le cinéaste, le philosophe Willard Van Orman Quine imagine un ethnologue rencontrant un inconnu dans la jungle. L’homme montre un lapin et crie : ‘’Gavagai ! ‘’ Lapin ? Repas ? Grandes oreilles ? Sacré ? Qui ne montre ainsi combien la traduction est indéterminée. On ne sait jamais vraiment ce que quelqu’un veut dire. Moins on partage le contexte, plus on risque le malentendu, conclut-il ».

Allez comprendre…

New Story.

Gavagai. Film de Ulrich Köhler. Avec Jean-Christophe Folly, Maren Eggert, Nathalie Richard. France, Allemagne, couleur, 2025. Durée : 1h31

En salles le 22 juillet 2026

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July 16, 2026

Ce que le nouveau pouvoir de Damas sait qu’il doit à Erdogan

Le dossier des F-35 n’est qu’un révélateur: pendant que l’Occident regarde encore Téhéran, Ankara transforme méthodiquement la Syrie en protectorat politique, militaire et idéologique.


Au sommet de l’OTAN, la semaine dernière, Donald Trump a rouvert un dossier que beaucoup pensaient définitivement oublié : le retour de la Turquie dans le programme des F-35. L’information est importante. Mais elle risque surtout de masquer l’essentiel. Le véritable angle mort stratégique de Donald Trump, et, plus largement, de l’Occident, s’appelle désormais la Turquie de Recep Tayyip Erdogan.

Car la véritable question n’est pas seulement de savoir si Ankara conservera ses missiles russes S-400, ni si le Congrès américain acceptera un jour de lui restituer l’accès à l’avion de combat le plus sophistiqué de l’arsenal américain. La question est beaucoup plus fondamentale : pourquoi l’Occident envisage-t-il de renforcer militairement une puissance qui construit déjà, en Syrie, un ordre régional de plus en plus éloigné de ses propres intérêts ?

Les F-35 ne sont donc pas le sujet. Ils n’en sont que le symptôme. Ils révèlent la difficulté persistante des démocraties occidentales à comprendre la nature du projet porté par Recep Tayyip Erdogan. Celui-ci ne se comporte plus comme le dirigeant d’un allié turbulent de l’OTAN. Il agit comme le chef d’une puissance révisionniste, convaincue que le recul de l’Iran, la chute du régime Assad et les hésitations européennes ouvrent une fenêtre historique pour redessiner les équilibres du Moyen-Orient.

Ce projet, Erdogan ne le cache d’ailleurs pas. Lorsqu’il proclame l’avènement du « Siècle de la Turquie » ou répète que « le monde est plus grand que cinq pays », il ne se contente pas de dénoncer l’ordre international issu de 1945. Il affirme l’ambition d’une Turquie appelée à devenir l’un des nouveaux centres de gravité du monde, capable de concurrencer les puissances traditionnelles et de prendre la tête du monde sunnite.

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Et c’est précisément en Syrie que cette ambition apparaît aujourd’hui avec le plus de netteté. Pendant que les chancelleries occidentales se félicitent de voir les États-Unis affaiblir durablement le pôle iranien, Erdogan prépare déjà l’étape suivante : transformer le chaos syrien en tremplin stratégique, au nom d’une stabilité qu’il vend aux Occidentaux.

Au Moyen-Orient, personne n’aime le vide. Erdogan encore moins que les autres. Là où l’Occident voit un risque, il voit une opportunité. Il entend remplir cet espace selon ses propres intérêts, sa vision du monde et son projet de puissance.

En réalité, la question n’est plus seulement de savoir qui perd avec le recul de l’Iran. Elle est de savoir qui gagne. Et le principal bénéficiaire pourrait bien être la Turquie.

La Syrie, pièce maîtresse de la stratégie turque

La Syrie n’est pas, pour Erdogan, un dossier régional parmi d’autres. Elle est la pierre angulaire d’une stratégie élaborée depuis plus d’une décennie. Ankara a soutenu politiquement, militairement et logistiquement plusieurs composantes de l’opposition syrienne, notamment islamistes. Elle a contrôlé de larges portions du nord-ouest du pays, installé des administrations locales, formé des combattants, imposé la livre turque dans certains territoires et développé des réseaux économiques, éducatifs et religieux qui structurent aujourd’hui une partie de la vie quotidienne.

La chute de Bachar el-Assad n’a donc pas ouvert une page entièrement nouvelle. Elle a permis à Erdogan de récolter les fruits d’une stratégie patiemment construite. Elle lui a apporté une légitimité nouvelle, tout en consacrant les groupes islamistes qu’il soutenait depuis des années. Aux yeux d’une partie des acteurs régionaux comme des chancelleries occidentales, son pari semble aujourd’hui gagné. Sa stratégie a payé.

Ahmed al-Charaa peut multiplier les gestes d’ouverture envers Washington, Paris ou Bruxelles. Il peut chercher à apparaître comme un dirigeant pragmatique, indépendant et débarrassé de son passé djihadiste. Son pouvoir n’en demeure pas moins étroitement lié au soutien turc, à ses réseaux, à sa profondeur stratégique et à sa capacité à contenir les forces kurdes.

La relation entre Ankara et Damas ne relève donc pas d’une alliance classique entre deux États souverains. Elle est profondément asymétrique. Erdogan ne cherche pas à annexer la Syrie. Une telle entreprise serait coûteuse, difficile à défendre sur le plan juridique et politiquement contre-productive. Son objectif est plus ambitieux encore : faire émerger une Syrie officiellement indépendante, mais dépendante de la Turquie pour sa sécurité, son économie, ses infrastructures, ses échanges commerciaux et la reconstruction de son appareil militaire. Autrement dit : un protectorat sans le nom. Un protectorat d’influence.

Contrôler la reconstruction pour contrôler l’avenir

La reconstruction de la Syrie constitue désormais l’autre grand levier de la stratégie turque. Les entreprises d’Ankara disposent d’un avantage considérable : la proximité géographique, des réseaux déjà implantés et une présence économique ancienne dans le nord du pays. Routes, télécommunications, énergie, bâtiments, échanges commerciaux, services publics : chaque chantier peut devenir un instrument d’influence.

Car reconstruire un pays, ce n’est pas seulement rebâtir des villes. C’est façonner les rapports de dépendance de demain. Celui qui reconstruit les routes contrôle les flux. Celui qui forme les officiers influence l’armée. Celui qui finance les infrastructures gagne un droit de regard sur les décisions politiques.

À cette emprise économique s’ajoute une dimension militaire tout aussi déterminante. Ankara cherche à inscrire durablement sa présence en Syrie par l’installation de bases militaires, tandis que sa marine multiplie les démonstrations de force en Méditerranée orientale, face aux côtes syriennes. L’objectif n’est plus seulement de sécuriser une frontière : il est de devenir la puissance incontournable du Proche-Orient.

La maîtrise des ressources constitue un autre levier. En contrôlant une partie du débit de l’Euphrate, dont dépendent les barrages syriens, la Turquie exerce une influence directe sur l’accès à l’eau, à l’irrigation et à une partie de la production d’électricité. Cette relation ressemble moins à une coopération entre voisins qu’à un instrument permanent de pression. Peu à peu se dessine une domination qui n’a plus besoin d’annexion. La Syrie pourrait devenir un État souverain en apparence, mais dépendant dans les faits.

La question des réfugiés participe de cette même logique. Erdogan souhaite organiser le retour d’une partie des millions de Syriens installés en Turquie. Cette politique répond certes à une pression intérieure croissante, mais elle constitue également un outil d’ingénierie démographique. En influençant la répartition des populations dans certaines régions, Ankara pourra peser sur les futurs équilibres politiques du pays.

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La question kurde demeure enfin au cœur de cette stratégie. Depuis plus de vingt ans, Erdogan considère qu’aucune autonomie kurde durable ne doit émerger le long de la frontière turque. Le nouveau pouvoir syrien lui offre précisément l’opportunité d’atteindre cet objectif sans avoir à supporter seul le coût politique, militaire et diplomatique d’une intervention directe.

Sur ce point, force est de constater que les objectifs d’Ankara sont largement atteints. Les Occidentaux, à commencer par les États-Unis puis la France, ont progressivement abandonné leurs anciens alliés kurdes, pourtant décisifs dans la lutte contre Daech, au nom de l’unité territoriale de la Syrie. Erdogan n’a même pas eu besoin d’imposer ses vues. Les démocraties occidentales ont fini par adopter elles-mêmes une position conforme à ses intérêts.

La Syrie idéale, vue d’Ankara, prend ainsi progressivement forme : un État centralisé, dominé par le pouvoir sunnite, hostile à toute autonomie kurde, économiquement dépendant de la Turquie et suffisamment stable pour attirer les financements occidentaux, sans jamais échapper à l’influence de son protecteur.

C’est peut-être là la plus grande réussite d’Erdogan. Non pas d’avoir imposé son modèle par la force, mais d’avoir convaincu une partie de l’Occident qu’il constituait désormais la solution. La Turquie est aujourd’hui en passe de réussir son pari : celui du recyclage politique des mouvements islamistes.

Grâce à un islamisme reconditionné, désormais reçu avec les honneurs à Washington, à Paris et dans la plupart des chancelleries occidentales, Ankara est parvenue à rendre fréquentable un pouvoir issu de la mouvance djihadiste.

Le président Macron reçu par Ahmed al-Sharaa à Damas, le 7 juillet 2026 © Syrian Ministry of Foreign Affairs/UPI/Shutterstock/SIPA

Le laboratoire de l’islamisme reconditionné

C’est précisément ici que se révèle ce que j’appelle l’islamisme reconditionné. Pendant longtemps, l’Occident a cru pouvoir reconnaître l’islamisme à ses signes extérieurs : les drapeaux noirs, les kalachnikovs, les vidéos de propagande et les discours d’Al-Qaïda ou de Daech. Cette grille de lecture appartient désormais au passé.

L’islamisme a appris à se présenter autrement. Il peut parler de stabilité, de reconstruction, d’investissements et d’ouverture. Il peut conserver des ambassades, recevoir des chefs d’État, promettre des élections et solliciter des financements internationaux, sans renoncer pour autant à son projet idéologique.

La Syrie d’Ahmed al-Charaa, sous le parrainage d’Ankara, pourrait bien devenir le premier laboratoire régional de cet islamisme reconditionné.

La véritable victoire d’Erdogan est politique et intellectuelle. Il a compris qu’au XXIᵉ siècle, les islamistes n’avaient plus nécessairement besoin de vaincre l’Occident. Il leur suffisait de convaincre une partie de l’Occident qu’ils avaient changé.

C’est cette idée qui explique en grande partie la normalisation accélérée du nouveau pouvoir syrien. Celui-ci n’est plus jugé sur son origine, mais sur sa capacité à offrir une stabilité immédiate. À court terme, cette logique peut sembler pragmatique. À long terme, elle pourrait conduire les démocraties occidentales à légitimer un projet dont elles ne mesurent pas encore toutes les conséquences.

L’Occident croit peut-être avoir contenu l’Iran et favorisé l’émergence d’une nouvelle Syrie. Mais pendant qu’il espère stabiliser la région, la Turquie transforme méthodiquement la Syrie en pierre angulaire de son propre projet régional.

Le véritable angle mort stratégique de l’Occident s’appelle désormais Ankara…

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Le cardinal Zuppi quitte l’Ukraine: «Tous les efforts en faveur de la paix seront déployés»

Le cardinal rentre ce jeudi 16 juillet à Rome après quatre jours passés dans ce pays en guerre. Après les célébrations de mercredi matin à l’occasion de la Journée de l’État ukrainien, le président de la CEI a rencontré le ministre des Affaires étrangères Sybiha et d’autres autorités civiles. Au cœur des discussions figuraient la question du retour des prisonniers et du rapatriement des enfants ukrainiens, ainsi que la demande des familles des détenus se trouvant de l’autre côté de la frontière.

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Sacres de la Fraternité Saint Pie-X et riposte du Vatican: au-delà d’une querelle canonique, Rome face à son double

Rome a excommunié le 2 juillet 2026 six évêques de la Fraternité Saint Pie-X (FSSPX). Pourtant, plus le Vatican et la FSSPX s’opposent, plus ils révèlent qu’ils sont habités en miroir par la même question, celle des modalités de l’annonce de Dieu. Or, cette question, celle du « comment » parler de Dieu, ne présente aucun accent métaphysique. Poussons un peu et risquons cette hypothèse, dans l’esprit de Philippe Muray: et si la querelle entre les « conciliaires » et la Fraternité Saint-Pie X mettait aux prises non pas la tradition et la modernité mais… deux modernités concurrentes? Autrement dit, un duel de « moderne contre moderne ».  Exagéré? Sans doute. Mais penser à fond, c’est toujours risquer de caricaturer un peu. Tribune.


Puisque tout rédacteur doit s’astreindre à ne pas ajouter une voix supplémentaire au tumulte médiatique mais chercher au contraire à ménager un espace de réflexion, il serait superflu de revenir ici en détail sur la querelle opposant Rome à la FSSPX. Chacun sait que le différend porte aujourd’hui sur la volonté du Saint-Siège de prévenir de nouveaux sacres épiscopaux sans mandat pontifical, tandis que la FSSPX les juge nécessaires pour assurer la continuité de son œuvre, estimant que les divergences doctrinales qui la séparent de Rome – notamment quant à l’interprétation de certains enseignements du concile Vatican II et de leurs applications postconciliaires – demeurent irrésolues.

Derrière les clivages, un enjeu commun

Notre propos est de nous affranchir des clivages convenus pour déplacer le débat. Il est dès lors permis de se demander si la querelle évoquée plus haut n’est pas, en son fond, moins l’affrontement de la tradition et de la modernité qu’une disputatio de modernes. Non pas parce que les deux protagonistes défendraient les mêmes idées, chassons tout relativisme, mais plutôt parce qu’ils partagent la même manière d’habiter le réel. En effet, les uns s’interrogent sur les moyens de rendre les Évangiles audibles au monde contemporain, les autres sur les moyens de préserver intact le dépôt reçu. Eh oui ! Tous parlent des « moyens », tous raisonnent en termes d’efficacité, de stratégie, de légitimité canonique ou de fidélité doctrinale. Tous cherchent la bonne réponse. Tous se préoccupent d’un même enjeu, celui du « comment ». Comment annoncer ? Comment conserver ? Comment réformer ? Or, à force de faire des moyens l’objet premier de leur réflexion, ils s’exposent à épouser une rationalité purement fonctionnaliste, où l’Être s’efface devant le faire, où la morale, la technique supplantent la métaphysique. Au risque de la provocation, ce mode de raisonnement n’est-il pas résolument immanent ?

De fait, à moins d’y perdre son latin, le christianisme ne se présente pas comme une boîte à outils spirituelle. Il naît d’un appel, aussi dépouillé que décisif : « Suis-moi ». Point final. Jamais : « Suis-moi si tu pratiques la messe en latin et si tu communies à genoux » ou « Suis-moi si tu possèdes un droit civil à la liberté religieuse ou si tu es un adepte de l’œcuménisme ». Ce point est crucial : le Christ ne fonde pas une école de pensée chargée de résoudre des problèmes religieux (d’où il ressort, au passage, qu’il n’aura jamais à craindre la concurrence de l’IA) ; il appelle les hommes à le suivre, à mourir à eux-mêmes, à prier, à aimer jusqu’à leurs ennemis, à devenir des saints. En d’autres termes, la vérité qu’il révèle ne procède pas d’abord d’une construction intellectuelle, elle se donne avant tout comme une présence.

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Qu’on ne s’y méprenne pas : il ne s’agit aucunement de soutenir que la doctrine serait superflue (Dieu nous en garde !), seulement de rappeler qu’elle n’est jamais une fin en soi. On retrouve ici une thèse profondément patristique : la vérité est une personne avant d’être un système (Je suis le chemin, la vérité et la vie, Jean 14,6). Soyons concret. Les historiens du religieux, dans quelques siècles, s’amuseront sans doute à découvrir qu’au XXIème siècle en France, alors même que le sacré s’éclipsait tel un blason dont les armes pâlissent sous les intempéries du temps, les controverses liturgiques faisaient rage (comme, dans le champ politique, les historiens s’étonneront de découvrir que les acteurs proposaient tous de marquer des buts sans même posséder le ballon). Diantre ! Quelle crucifixion du bons sens, quel baiser de Judas !

Quelle messe ?

Maintenant, incarnons notre propos, faisons preuve d’imagination et figurons-nous un instant le Christ revenu sur terre en 2026. Face à ceux qui l’interpelleraient, et comme dans la parabole du Grand Inquisiteur, gageons qu’il ne répondrait sans doute rien, s’approcherait simplement d’eux et les embrasserait sur les lèvres. Ou alors, si, il parlerait ! Mes très chers frères, vous avez des yeux, et vous ne voyez pas ; vous avez des oreilles, et vous n’entendez pas. De grâce, retrouvez le sens de l’Être et, surtout, croyez en l’Éternel ! A la question : « quelle messe » ?, posez-vous plutôt la suivante : «  la liturgie doit-elle conduire à la contemplation ou à l’affrontement ? ». Car je vous le dis mes frères, une liturgie, si parfaite soit-elle, ne vous sauvera pas si vous êtes devenus incapables de recevoir une présence.

Cioran disait : « la France est le pays des mots ». Comme c’est juste ! Comme nous le voyons tous les jours dans le discours politique ! Car n’y a-t-il pas une tendance persistante, dans notre beau pays, à prêter foi à Arius, à croiser le Christ sans reconnaître sa divinité, à le prendre pour le jardinier plutôt que pour Dieu ? N’y a-t-il pas toujours cette tentation de tout réduire aux choses de l’esprit, quand notre religion incarnée nous implore de retrouver le sens de la matière ? N’oublions pas que le diable est pur esprit…

Pour autant, il faut célébrer l’attirance pour la liturgie ancienne, le chant grégorien, le silence, l’encens, le sens du mystère. Il convient de lutter contre l’appauvrissement esthétique et spirituel. Vive l’émerveillement devant la beauté de la Création ! Encore faut-il ne pas faire de la stricte orthodoxie doctrinale l’unique voie d’accès – au risque d’une conception presque utilitariste de la foi – au salut. N’est-ce pas, aujourd’hui, dans l’Orient chrétien, qui admet un clergé paroissial marié, que la foi se manifeste souvent avec le plus de vitalité, de ferveur et d’allégresse ? Peut-être est-ce là que se situe la véritable conversion qui nous est demandée. Cesser de croire que le salut dépendra in fine de la victoire d’un camp sur l’autre. Renoncer à vouloir posséder la formule magique, le abracadabra spirituel. Réapprendre que la métaphysique précède la morale, parce que l’Être, toujours, précédera l’action, la prière, toujours, précédera les solutions clés en main, cadenassées à double tour. Car le Christ ne nous demande pas d’avoir raison, seulement de demeurer en lui. Et cette demeure est offerte partout où un cœur consent à devenir pauvre.

Conclusion

Même sur le terrain religieux, une malédiction caractéristique de notre époque s’étend : celle qui ne voit plus dans le réel qu’une question de récit (les plus avancés parleraient de « narratif »). Il a été dit plus haut que la doctrine n’était pas une fin en soi. Il aurait fallu ajouter qu’elle doit être tout entière ordonnée à la communion avec Dieu, non à un simple commerce avec Lui. En effet, réduire l’enjeu religieux à une simple affaire de discours ou de méthode, c’est courir le risque d’abaisser la foi à un propos sur Dieu, alors qu’elle est d’abord un lien vivant, l’écoute d’une voix, une participation à sa vie même.

Alors, de grâce, Rome, de grâce, la FSSPX, sortez d’un certain spiritualisme et redécouvrez la joie de la chair appelée à la gloire, promise à la résurrection ! Alléluia.

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Signature de la «Déclaration de Rome», un engagement sur les armes nucléaires et l'IA

Six points composent le texte signé «Déclaration de Rome» par des lauréats du prix Nobel, des experts et des scientifiques de renommée internationale, des chefs religieux et d’anciens chefs d’État et de gouvernement réunis aujourd’hui, 16 juillet, au Capitole: le désarmement, le développement responsable des nouvelles technologies, l’engagement à œuvrer pour «une paix désarmée et désarmante». L'événement a clôturé le congrès qui s’est tenu à Borgo Laudato si’.

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« Ticket Carbone » de Système U: quand le greenwashing mène droit à la contrainte

Présenté comme un simple indicateur écologique, le « ticket carbone » de la chaîne de supermarchés pourrait bien habituer les ménagères à voir leurs achats évalués, notés et, pourquoi pas demain, limités…


Une information est passée pratiquement inaperçue cette semaine, hormis dans la presse professionnelle spécialisée. Le groupe coopératif Système U annonce fièrement généraliser à l’ensemble de son réseau le « Ticket Carbone », après une phase pilote menée dans quatorze points de vente. Il reste à convaincre les petits fournisseurs artisanaux de passer sous les fourches caudines des contrôleurs, et de faire certifier l’empreinte carbone de tous leurs produits. Ils vont subir une contrainte supplémentaire et ils n’auront pas le choix, car « 100 % des produits seront étiquetés avec leur empreinte carbone », promet Système U. Contraintes complémentaires, coûts supplémentaires, car il faudra bien payer les cabinets spécialisés qui délivrent la certification. Ils s’engraissent confortablement dans ce nouveau business. Même si ça n’a rien à voir, Jean-Marc Jancovici, pape de la décarbonation, cofondateur du cabinet Carbone 4, qui vend des bilans carbone aux plus grandes entreprises françaises, siège aussi au Haut Conseil pour le climat, chargé de conseiller le gouvernement sur sa politique climatique. Vous avez dit « conflit d’intérêt » ? Circulez, il n’y a rien à voir !

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Système U devient ainsi la première enseigne de la grande distribution française à évaluer l’impact carbone global du panier. Concrètement, chaque produit glissé dans le caddie se voit désormais affublé d’une petite étiquette invisible: son équivalent CO₂. Une information supplémentaire, vertueuse, purement indicative, au service du consommateur éclairé. Rien d’obligatoire, rien de contraignant. Juste de la pédagogie. Cependant, l’histoire des grandes bascules sociétales nous enseigne que la première étape semble souvent anodine.

De l’information à la comptabilité

La technologie permettant d’aller bien au-delà d’un simple affichage existe déjà. En 2019, l’opérateur Mastercard s’est associé à la start-up suédoise Doconomy pour lancer la carte « DO », capable non seulement d’afficher l’empreinte carbone de chaque achat, mais surtout de bloquer purement et simplement la transaction une fois le quota d’émissions atteint (voir notre illustration ci-dessous). Cette carte ne laisse d’ailleurs aucune ambiguïté sur ses intentions : un plafond, et rien d’autre. Ni programme de fidélité, ni avantages premium, mais bel et bien un couperet numérique. Après la comptabilisation, la sanction peut pointer le bout de son nez.

De la comptabilité à la sanction

Car la décarbonation de l’économie est une nouvelle doxa, y compris dans l’esprit de nos décideurs. Le député Jean-Marie Fiévet en est un. Ce n’est pas un khmer vert, mais un benoît député Renaissance des Deux-Sèvres. Depuis 2018, il milite ouvertement pour la création d’un «compte carbone» individuel, estimant qu’il n’existe pas d’autre chemin vers la neutralité carbone à l’horizon 2050 et que ce compte permettrait d’y parvenir à la fois collectivement et individuellement. L’idée, popularisée en France depuis la Convention citoyenne pour le climat de 2020, est reprise dans la Stratégie nationale bas-carbone. Elle consiste à faire descendre chaque Français d’une empreinte moyenne actuelle voisine de douze tonnes de CO₂ par an vers un plafond de deux tonnes, la norme à ne pas dépasser pour respecter l’Accord de Paris.

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La feuille de route est donc claire : un compte qui se débite à chaque acte d’achat, un quota qui diminue chaque année, la création d’une Agence nationale du carbone, une carte qui refuse la transaction au-delà du seuil fixé : voilà les ingrédients du rationnement qui s’annonce inéluctable. Ne serait-ce pas un remake des tristement célèbres tickets de rationnement du passé ?

De la sanction à la prison

Bref, la notion de crédit individuel carbone qui émerge sera un carcan numérique pour chaque consommateur. Car, au-delà des achats de produits de grande consommation en supermarché, tout bien ou service est désormais comptabilisé pour son empreinte carbone. Ainsi, un e-mail, c’est 4 grammes de CO₂1 (mais 35 grammes avec une pièce jointe), une recherche sur Google entre 0,2 et 7 grammes de CO₂, l’article que vous lisez, c’est jusqu’à 4,6 grammes2, un verre d’eau du robinet 0,03 gramme, un verre d’eau minérale 100 grammes, un chien de taille moyenne 630 kg par an3, un voyage aller-retour aux Antilles 3 tonnes et un rouleau de papier toilette 250 grammes de CO₂4. Il faudra bientôt apprendre à arbitrer entre euthanasier Médor, se torcher, lire Causeur, boire un verre d’eau, manger un steak, aller passer un week-end à la campagne ou aller visiter ses enfants en Guadeloupe…

Le supermarché, idiot utile de l’ordre vert

Évidemment, Système U n’a rien demandé de tout cela. Par naïveté autant que par bêtise, l’enseigne ne fait que surfer sur la vague de cette « conso qui s’engage », comme elle le mentionne sur son site. C’est précisément ce qui rend l’affaire si inquiétante. Nul besoin de loi liberticide enfantée dans la douleur, ou de décret passé en catimini à la suite d’une Convention citoyenne pipeautée par des organisateurs militants : il suffit qu’un distributeur, mû par le seul opportunisme marketing, habitue des dizaines de millions de clients à voir leur caddie noté, évalué, comptabilisé. D’autant plus que les autres enseignes travaillent d’arrache-pied sur le sujet. Le conditionnement précède toujours la contrainte. Hobbes l’avait théorisé dès 1651 : le souverain ne gouverne pas en frappant sans cesse, mais en parvenant à « tenir tous les hommes en respect ». Le réchauffement climatique joue aujourd’hui ce rôle de spectre permanent : plus besoin de coercition brutale quand la peur de la catastrophe fait accepter d’elle-même n’importe quelle mesure présentée comme salvatrice. Le peuple, terrorisé, réclamera bientôt lui-même sa propre laisse, pourvu qu’on la baptise protection.

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Demain, quand le quota individuel deviendra réalité, plus personne ne s’en étonnera : nous serons préparés depuis des années, un ticket de caisse après l’autre. Sa mise en place sera presque vécue comme une délivrance, un acte de contrition pour « sauver la planète ». Système U ne dirige rien, ne légifère rien et ne contraint personne. L’enseigne se contente, par pur calcul commercial, d’exploiter la peur du grand réchauffement. Mais c’est justement ce calcul, aussi opportuniste que mesquin, qui, multiplié par des milliers de points de vente, rendra la marche vers le compte carbone obligatoire chaque jour un peu plus irréversible.

Étienne de La Boétie l’avait déjà compris au XVIe siècle : un tyran ne tient sa toute-puissance que du consentement de ceux qu’il asservit. Qu’ils cessent de coopérer, qu’ils refusent seulement de lui prêter la main, et l’édifice s’effondre de lui-même, faute de bras pour l’exécuter. Nul besoin de chaînes quand les sujets se les forgent eux-mêmes, par habitude, par lassitude ou par vertu affichée. C’est très exactement ce consentement que Système U, sans le vouloir ni s’en soucier, façonne, un ticket de caisse après l’autre : une servitude qui ne sera pas imposée, mais désirée, presque exigée par des consommateurs convaincus d’être vertueux, car «écoresponsables». Voici comment une nouvelle ligne anodine sur un ticket de caisse ouvre en douceur la voie à un nouveau contrôle social.


  1. https://www.lsa-conso.fr/cooperative-u-generalise-le-ticket-carbone-une-premiere-dans-la-grande-distribution-en-france,466621 ↩
  2. ADEME ↩
  3. Website Carbon Calculator ↩
  4. Yavor, K.M., Lehmann, A., Finkbeiner, M. (2020), « Environmental Impacts of a Pet Dog: An LCA Case Study », Sustainability, vol. 12, n°8, article 3394, publié par le Department of Sustainable Engineering, Institute of Environmental Technology, Technische Universität Berlin ↩
  5. Product Carbon Footprints (2009), menée par le WWF, l’Öko-Institut, le Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) et le think-tank berlinois THEMA1 — présentée à Berlin le 26/01/2009 ↩

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Les infos de L'Œuvre d'Orient - 16 juillet 2026

Les célébrations de Vartavar pour les Arméniens, et de Nusardel pour les Assyro-Chaldéens.

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À Castel Gandolfo, un concert organisé en l’honneur du Pape

Dans la soirée du samedi 18 juillet, dans la cour du Palais apostolique, se tiendra l’événement organisé par Mgr Vincenzo Viva, afin de manifester au Pape Léon XIV «sa proximité et son affection, à travers un moment d’une beauté authentique». En présence du Souverain pontife, seront interprétées «La Polacca» du violoniste Niccolò Paganini et une réécriture de «La Norma», opéra de Vincenzo Bellini, composée par Luis Bacalov.

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En Ré majeur

Loin des clichés d’une île envahie par les Parisiens, Valérie Solvit dévoile, dans Petit éloge de l’Île de Ré, l’autre visage de cette terre de pêcheurs et de paysans où s’entrecroisent l’histoire de France et ses souvenirs personnels.  


Valérie Solvit a fait de l’art de vivre, de la gourmandise et de la curiosité un métier. À la tête de son agence de communication, elle promeut avec la même passion bouchers et artisans d’art, cuisiniers et mécènes, musées et fromagers… Sans poser, elle a imposé sa marque : être là où on ne l’attend pas et bousculer les convenances avec bienveillance, jusqu’à faire de ses bureaux un véritable salon parisien où se croisent artistes et politiques, littérateurs et grands reporters, éditeurs et restaurateurs. Malgré cela, Solvit surprend encore. En publiant cet été Petit éloge de l’Île de Ré, elle dévoile, outre un talent de plume, son sens de l’humilité, celui nécessaire à l’exercice d’admiration – voire à la déclaration d’amour. Tel est le lien qui l’attache à cette île.

Promenade le long des côtes

Son rapport à cette terre de pêcheurs et de paysans posée au large de la Rochelle n’est pas complexe, il est entier. C’est un rapport charnel et familial en prise direct avec la nature et l’histoire. L’histoire de France, qui se lit dans les pierres des maisons et celles des églises, l’histoire de son père, qui lui transmet dès l’enfance le goût de la voile et des connaissances agronomiques, l’observation de la mer et de la terre, toutes deux nourricières, et le bonheur profond de s’y enraciner : de les connaître et de les savoir en soi pour faire littéralement corps avec elles. De là découlent les joies simples des promenades le long des côtes à pied ou à vélo, des baignades, des pique-niques sur la plage… Les souvenirs s’entremêlent en même temps qu’ils se construisent face aux couleurs éclatantes des hortensias et des clématites ; face aux variétés succulentes de pommes de terre locales, (la recette rustique de la « cuisson au diable charentais » met l’eau à la bouche) ; face au vent ; face aux ports ; face aux bistrots qui abritent encore l’âme de Ré…

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Ancrage sincère

La place faite aux nourritures terrestres atteste d’un ancrage sincère, d’une pulsion vitale. Les pages consacrées aux sardines, à la roquette, aux entrecôtes, aux poivrons et aux homards n’ont rien d’anecdotiques. Les recettes qui se transmettent de génération en génération en disent souvent plus que n’importe quel album de photos. Quant au poulet rôti, il occupe une place de choix : l’anagramme de Valérie Solvit n’est-il pas « volatile servi » !  

Suivre l’auteur en son île, c’est aussi emprunter les sentiers qui mènent aux marais salants, là où se déclinent à l’infini les nuances de blancs et de roses. C’est également cheminer sur la route des églises, « elles sont le relief de ce paysage horizontal », et elles sont nombreuses : celles de Rivedoux-Plage, de Sainte-Marie-de-Ré, de La Flotte-en-Ré, de Saint-Martin-de-Ré, de Loix-en-Ré… et tant d’autres jusqu’à celle d’Ars-en-Ré, l’église Saint-Étienne, à laquelle Valérie Solvit consacre une grande partie de sa vie rétaise. Pour d’abord rénover son clocher noir et blanc planté « comme un crayon » vers le ciel, puis pour sauvegarder l’ensemble de l’édifice et ce qu’il renferme, elle a créé il y a plus de dix ans une biennale qui s’accompagne d’une vente aux enchères. Toutes les personnalités sollicitées (peintres, photographes, sculpteurs, écrivains, musiciens…) se prêtent au jeu : en offrant une œuvre à la vente, ils contribuent à la préservation du symbole, du trésor du village. À cette occasion, la galerie de portraits qu’elle brosse de ses amis artistes n’a rien de people, elle témoigne d’un long compagnonnage entre les créateurs et cette terre du golfe de Gascogne depuis toujours, et d’un lien d’amitié indéfectible qui s’y est naturellement noué. Voilà une autre leçon de générosité.

Pour découvrir l’Île de Ré loin des clichés, il ne vous reste qu’à suivre le guide…  

Petit éloge de l’Île de Ré, Valérie Solvit, Éditions Les Pérégrines, 2026. 200 pages

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«L’homme ne doit jamais céder le pouvoir de décider aux machines»

Dans une interview accordée aux médias du Vatican, le professeur de marketing numérique et de stratégies cryptographiques de l’Université de Pavie, Gianluigi Ballarani, qui prend part à la conférence internationale: «Assemblée mondiale des lauréats du prix Nobel sur l'intelligence artificielle et la guerre nucléaire» au Borgo Laudato si’, revient sur l’impact de l’encyclique de Léon XIV Magnifica Humanitas.

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Quand je serai grand...
Voici la belle histoire d’un jeune garçon qui voulait sauver l’humanité : il était élève au collège de la ville où j’enseignais. Il s’appelle Kévin. Il a 12 ans. Le genre de garçon affable et rayonnant, sûr de lui, qui n’a jamais la langue dans sa poche,...
Pourquoi la gauche n’est plus à la mode

Pendant près d’un demi-siècle, la gauche n’a pas seulement exercé une domination politique ou intellectuelle ; elle a imposé un climat moral, une manière d’habiter le temps, une définition du bien et du mal qui paraissait aller de soi.


Être de gauche ne relevait plus simplement d’un choix parmi d’autres : c’était appartenir au camp de l’Histoire, à celui qui prétendait accompagner le mouvement même de l’émancipation humaine. On pouvait contester tel programme ou telle réforme, mais il semblait difficile d’échapper à cette évidence diffuse selon laquelle l’avenir parlait sa langue.

Atmosphère

La droite, quant à elle, paraissait condamnée à défendre les vestiges d’un monde promis à disparaître, à protéger des héritages dont les démocraties modernes entendaient précisément s’affranchir. Les universités, une grande partie de la presse, les institutions culturelles, le monde artistique, une large fraction des élites partageaient cette conviction avec une telle unanimité qu’elle cessait presque d’apparaître comme une idéologie. Elle devenait l’atmosphère même de l’époque.

Il existait ainsi une véritable mode de gauche, mais ce mot de mode ne doit pas être entendu dans son acception frivole. Il désigne ici cette étrange puissance grâce à laquelle une vision du monde finit par s’imposer comme une évidence, jusqu’à rendre invisibles les présupposés dont elle procède. Les sociétés démocratiques aiment croire qu’elles raisonnent ; elles oublient souvent qu’elles obéissent aussi à des climats intellectuels, à des sensibilités collectives, à des formes de prestige dont elles ne prennent conscience qu’au moment où elles commencent à se dissiper. Pendant plusieurs décennies, les valeurs de la gauche ont bénéficié de cette autorité silencieuse. Elles définissaient moins une opinion qu’une respectabilité. Elles dispensaient ceux qui les partageaient d’avoir à démontrer leur légitimité, puisqu’elles semblaient se confondre avec la marche même du progrès.

Basculement

Mais aucune hégémonie culturelle n’est éternelle. Les constructions intellectuelles les plus solides ne meurent pas toujours sous les coups de leurs adversaires ; elles se fissurent lorsque le réel cesse de leur obéir. Les hommes supportent longtemps les discours qui simplifient le monde, à condition que leur expérience quotidienne continue, au moins en partie, de leur donner raison. Lorsque cette correspondance disparaît, lorsque les faits résistent obstinément aux récits destinés à les expliquer, une lassitude s’installe, puis une méfiance, enfin un basculement. Ce ne sont pas seulement les idées qui vieillissent : c’est la confiance que les sociétés leur accordaient qui s’épuise.

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Or c’est bien ce qui semble se produire sous nos yeux. L’Occident est entré dans une époque que peu avaient véritablement envisagée. Le retour de la guerre sur le continent européen, l’irruption durable du terrorisme islamiste, les migrations de masse, la fragmentation culturelle, l’affaiblissement des institutions chargées de transmettre une mémoire commune, les violences ordinaires devenues l’horizon banal de tant de vies, tout cela a fait resurgir des interrogations que l’on croyait définitivement ensevelies sous les certitudes de la mondialisation heureuse. Les frontières, la souveraineté, la continuité historique, la sécurité, l’identité collective, l’autorité de l’État, autant de notions que l’on disait appartenir au vieux vocabulaire des nations inquiètes, retrouvent aujourd’hui une vigueur inattendue parce qu’elles répondent à des expériences que nul discours ne parvient plus à effacer.

Plus portée par l’esprit du temps

Les priorités s’en trouvent profondément modifiées. Il ne s’agit pas de dire que les aspirations à davantage de justice sociale auraient disparu. Elles demeurent, et elles continueront sans doute d’habiter les démocraties modernes. Mais beaucoup découvrent qu’aucune solidarité ne peut durablement prospérer si le monde commun dans lequel elle devrait s’exercer se défait peu à peu. Avant de redistribuer les richesses, encore faut-il préserver l’espace politique qui rend cette redistribution possible ; avant de multiplier les droits, il faut maintenir les institutions qui leur donnent une réalité ; avant de célébrer l’autonomie des individus, il importe de conserver cette civilisation discrète, faite de règles, de transmissions, d’habitudes et de fidélités, sans laquelle la liberté elle-même finit par devenir une abstraction privée de chair.

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C’est pourquoi la gauche n’est peut-être pas rejetée autant qu’elle cesse d’être portée par l’esprit du temps. Son influence demeure considérable dans les lieux où se fabrique encore la légitimité culturelle, mais elle paraît répondre de plus en plus difficilement aux inquiétudes qui travaillent la vie quotidienne d’une partie croissante des peuples européens. Inversement, des thèmes longtemps frappés d’indignité morale retrouvent une force singulière. Non parce qu’ils auraient soudain conquis une supériorité éthique, mais parce qu’ils donnent le sentiment de nommer ce que beaucoup éprouvent confusément et que les anciens récits ne parviennent plus à désigner.

Sommes-nous vraiment devenus « conservateurs » ?

Marcel Gauchet dirait sans doute que nous assistons moins à la victoire de la droite qu’à l’épuisement d’un cycle historique. La gauche fut l’idéologie dominante du temps où les démocraties avaient pour tâche essentielle de libérer les individus des anciennes appartenances, des anciennes tutelles, des anciennes hiérarchies. L’époque qui s’annonce est d’une autre nature. Elle oblige les sociétés à s’interroger moins sur les conditions de l’émancipation que sur celles de leur propre continuité. Car une démocratie qui ne serait plus capable de transmettre sa culture, d’assurer sa sécurité, de préserver ses institutions ou de maintenir un monde commun suffisamment stable découvrirait bientôt que la liberté qu’elle prétend protéger n’est plus qu’un mot flottant au-dessus de ruines. Nous ne sommes peut-être pas devenus plus conservateurs ; nous découvrons seulement, avec un retard dont l’histoire mesure toujours le prix, que la protection n’est pas l’ennemie de la liberté, mais sa condition la plus profonde.

Le réel finit toujours par reprendre ses droits. Il revient avec la lenteur des choses inexorables, sous les traits de la violence, de la fragmentation des peuples, de l’effacement des héritages, de la difficulté croissante à transmettre autre chose que des droits privés de devoirs. Ce que l’on nomme aujourd’hui la droitisation n’est peut-être rien d’autre que l’éveil douloureux de sociétés qui découvrent qu’elles ne vivent pas dans l’histoire des idées mais dans celle des civilisations, où la liberté n’existe jamais sans les formes qui la protègent, ni la démocratie sans un peuple encore capable de croire qu’il existe quelque chose de plus grand que les individus qui la composent. Ce n’est pas la droite qui triomphe ; c’est peut-être l’illusion progressiste qui s’achève dans le fracas silencieux d’un monde qui retrouve le sens du tragique. 

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