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L'alternative moderne aux médias de contrôle social

June 11, 2026

Le débat sur le «privilège zorèy» embrase l’île de La Réunion

Entre accusations d’appropriation culturelle, dénonciation d’un «privilège zorèy» et cyberharcèlement, l’affaire Marie Lanfroy qui secoue l’île de La Réunion dépasse largement le cadre musical. Elle révèle les tensions persistantes dans la société française quand des militants remettent en permanence la question de l’héritage de l’esclavage sur la table ou le débat tarte à la crème sur une prétendue nécessaire «décolonisation des imaginaires».


C’est une affaire qui enflamme La Réunion. Membre fondatrice des groupes Saodaj et Alsimi, Marie Lanfroy, 36 ans, est une chanteuse locale de maloya, un genre musical typique de cette île française située dans l’océan Indien. Depuis plusieurs mois, elle se retrouve au cœur d’une polémique, accusée d’appropriation culturelle par des collectifs décolonialistes, et est devenue la cible d’une campagne virulente menée par des militants engagés. Ces derniers accusent la chanteuse de « piller le sacré », d’incarner un système de domination « zorey », un « privilège blanc » qui serait toujours à l’œuvre dans l’île.

Le maloya, une musique née dans les chaînes de l’esclavage

C’est qu’à La Réunion, le maloya n’est pas seulement une musique. Il est une mémoire. Né au sein de la société esclavagiste qui a façonné l’île à partir du XVIIe siècle, il plonge ses racines dans les traditions apportées par les esclaves venus d’Afrique orientale et de Madagascar. Longtemps transmis oralement, accompagné d’instruments rudimentaires fabriqués à partir des moyens du bord, le maloya était à la fois chant de travail, expression spirituelle et espace de résistance. Dans les plantations, où les esclaves étaient privés de presque tout, la musique devenait l’un des rares lieux de liberté, une fois rentrés dans leurs cases. Après l’abolition de 1848, le maloya continue d’accompagner les populations créoles les plus modestes. Pendant des décennies pourtant, cette pratique reste marginalisée, dépassant à peine les frontières de l’île Bourbon, le nom de la Réunion durant des siècles, ignoré en métropole qui en fait peu de cas.

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Considérée comme une expression culturelle « inférieure » par les élites coloniales puis départementales du temps de l’esclavage, elle est parfois surveillée, voire découragée car associée aux mouvements contestataires. Et durant les années 1960 et 1970, le maloya devient l’un des symboles des revendications identitaires et sociales essentiellement portées par la gauche réunionnaise dans l’île. Il incarne alors la réhabilitation d’une culture longtemps méprisée et le refus de l’effacement des mémoires populaires. Lorsque l’UNESCO inscrit le maloya au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2009, beaucoup y ont vu une victoire comme une revanche historique. Mais cette reconnaissance internationale s’accompagne aussi d’une nouvelle question : comment préserver l’âme d’une culture née de la souffrance tout en l’ouvrant au monde ?

Le retour du débat sur le « privilège blanc »

C’est précisément cette interrogation qui se trouve au cœur de la polémique actuelle. Depuis plusieurs années, le groupe Saodaj connaît une reconnaissance croissante bien au-delà de La Réunion. Son univers musical mêle maloya, influences contemporaines et créations originales. Une démarche artistique saluée par une partie du public mais contestée par les décolonialistes. La création récente du groupe Alsimi, réunissant notamment Marie Lanfroy et Carlo de Sacco, leader de Grèn Sémé, a encore accentué les tensions. Des figures gauchistes du mouvement culturel réunionnais ont commencé à évoquer ce qu’elles nomment le « privilège blanc » ou le « privilège zorèy ». Dans le vocabulaire créole réunionnais, le terme « zorèy » désigne généralement les métropolitains installés dans l’île, principalement installés dans le sud aristocratique entre Saint-Denis et Saint Pierre. Bien que la notion s’étende parfois à l’ensemble des populations perçues comme héritières des groupes historiquement dominants. Pour les détracteurs de Marie Lanfroy, le problème ne réside pas dans la qualité musicale de ses projets. Il est ailleurs. Selon eux, certains artistes bénéficieraient d’une visibilité, d’un accès aux réseaux institutionnels, aux subventions publiques et aux circuits internationaux dont seraient privés de nombreux maloyeurs historiques. Dans cette lecture aux teintes raciales et manichéennes, la question n’est donc pas celle du talent mais celle des rapports de pouvoir. 

Ces interrogations ont trouvé un écho particulier dans une tribune intitulée « Nommer le privilège zorèy pour construire l’égalité à La Réunion », signée par plus de 150 personnalités du monde intellectuel, artistique et associatif. Les militants décoloniaux à l’origine des critiques affirment dénoncer non pas une personne mais un système qui reproduirait, selon eux, des hiérarchies héritées de la période esclavago-coloniale. Rapidement, le débat culturel s’est transformé en débat politique dans une île touchée ces dernières années par des vagues sporadiques de décolonialisme (comme avec le déboulonnage de la statue de Mahé de la Bourdonnais, premier gouverneur blanc de l’île). Le texte a même fini par dépasser le cadre musical. Il évoque la concentration du pouvoir économique, les difficultés d’accès au foncier pour les Réunionnais, la hausse des prix de l’immobilier, les trajectoires professionnelles inégalitaires ou encore le sentiment d’effacement culturel ressenti par une partie de la population. Pour ses auteurs, les tensions actuelles nées autour de cette appropriation culturelle sont l’expression d’une « colonialité du pouvoir » qui perdurerait malgré la départementalisation (1946).

Des thèses séparatistes qui trouvent un certain écho dans la population

Cette lecture trouve un écho dans l’histoire même de La Réunion et au sein de la population. Pendant près de deux siècles, l’économie de l’île s’est organisée autour d’une société profondément hiérarchisée où les propriétaires blancs détenaient la terre, les richesses et le pouvoir politique tandis que les esclaves africains et malgaches formaient l’essentiel de la main-d’œuvre. La maison de Villèle, vaste demeure coloniale située dans les hauteurs de Saint-Gilles, demeure encore aujourd’hui le témoignage de ce passé trouble de l’île.

Après l’abolition, les inégalités sociales ne disparaissent pas. Elles se recomposent notamment avec les Engagés, main d’œuvre venue d’Inde, de Chine, des Comores, largement sous-payée et vivant dans des conditions douteuses avant que le système d’exploitation ne prenne fin à la fin des années 1930. Beaucoup de ces émigrés vont rester et faire souche, devenant une composante à part entière de la société réunionnaise moderne. Certes l’une des plus métissées au monde, mais qui reste traversée par des mémoires parfois contradictoires. La question des origines, de la couleur de peau et des héritages familiaux demeure sensible à La Réunion, loin d’être ce havre de paix touristique dont la métropole se fait l’écho au cours de reportages chatoyants et exotiques. Dans ce contexte, le maloya conserve une charge symbolique exceptionnelle. Il rappelle constamment que l’identité réunionnaise s’est construite dans la violence de l’esclavage autant que dans la richesse du métissage.

Une crise révélatrice de la Réunion contemporaine

La polémique a également suscité une réaction d’ampleur qui peine à s’éteindre. Certains artistes et organisations sont heureusement venus au secours de Marie Lanfroy. Aux côtés de l’Union des Femmes Réunionnaises (UFR), près de deux cents artistes réunionnais, parmi lesquels plusieurs grandes figures du maloya comme Danyèl Waro, Nathalie Natiembé, Christine Salem ou Zanmari Baré, ont pris publiquement position contre le harcèlement subi par Marie Lanfroy. Elle n’a pas hésité à publier les nombreux messages de haine qu’elle a reçus et a déposé plainte pour cyberharcèlement. Leur message est clair. Oui, les questions de domination culturelle, de transmission et de représentativité méritent d’être discutées. Oui, les blessures héritées de l’histoire coloniale existent encore. Mais aucune cause, aussi légitime soit-elle, ne peut justifier les menaces, les humiliations publiques ou les campagnes de haine. Pour ces artistes, réduire le maloya à des critères raciaux ou à une généalogie reviendrait également à nier l’essence même de la culture réunionnaise, forgée par les rencontres, les brassages et les créolisations successives.

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Au fond, la controverse autour de Marie Lanfroy n’est ni une simple querelle artistique ni un banal dérapage sur les réseaux sociaux. Elle révèle une société française en pleine interrogation sur elle-même. Une crise d’identité largement alimentée par certains partis politiques qui n’ont pas hésité à briser le pacte social à des fins électoralistes, nourrissant l’idée de communautarisme séparatiste. Jusqu’au plus haut sommet de l’État qui ne cesse de jouer avec la symbolique historique pour justifier des repentances anachroniques à tout va, sur fond de progressisme faussement rassembleur autour de cérémonies nationales qui peinent à produire l’effet escompté au sein de la population française. Autant de facteurs qui divisent les habitants de la métropole comme ceux des DOM-TOM qui doivent faire face aux enjeux historiques du moment. Comment reconnaître les héritages de l’esclavage sans enfermer les individus dans des catégories raciales ? Comment corriger les inégalités héritées du passé sans recréer de nouvelles frontières identitaires et opposer les Français entre eux ? Comment protéger une mémoire collective sans transformer une culture vivante en patrimoine figé ? Comment arriver à réconcilier deux France que tout oppose à travers un roman national commun ?

De multiples questions qui traversent aujourd’hui de nombreuses sociétés postcoloniales mais qui prennent à La Réunion une résonance particulière et qui font écho à celles de la France. Car, derrière le débat sur le maloya se joue finalement quelque chose de plus essentiel : la capacité de l’île, au sein de la République une et indivisible, à construire un récit commun sans effacer les blessures de son histoire. Et c’est peut-être là le véritable enjeu de cette crise. Non pas savoir qui peut chanter le maloya, mais déterminer comment une société née de l’esclavage – ses héritiers et descendants d’esclaves comme ceux des anciens propriétaires qui ont généré leur richesse sur le commerce triangulaire – peut continuer à faire vivre sa mémoire. Sans se laisser déchirer par elle, sans sombrer dans cet avenir violent que bien des prophètes 2.0 nous dessinent.

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Vatican: L'IA ne doit pas réduire le tourisme à une expérience virtuelle

Dans un message pour la 47e Journée mondiale du tourisme, l’archevêque Rino Fisichella, pro-préfet du dicastère pour l’Évangélisation, met en garde contre le risque d’un applatissement de l’expérience de voyage à travers l’algorithme, «nous empêchant de découvrir la magie des rencontres personnelles, souvent les découvertes les plus précieuses». Il attire également l’attention sur l’exclusion numérique et la réglementation de la collecte de données sur le comportement des voyageurs.

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(Re)découvrir Wallace Stegner, le géant du Montana

Angle d’équilibre (prix Pulitzer 1972), roman le plus ambitieux de Wallace Stegner, a été classé parmi les cent plus grands romans du XXème siècle par The New York Times. La Vie Obstinée (1967) est de la même eau – inoubliable. Stegner, patron des « écrivains du Montana » (Jim Harrison en particulier), National Book Award 1976, est trop oublié. Relisons-le.


Outre la qualité assez remarquable de la langue de Wallace Stegner (restituée, quand même, signalons-le, par la traduction d’un grand monsieur, Éric Chedaille), il y a, dans La Vie Obstinée (1967), trente pages exceptionnelles (p.169-199) qui à elles seules justifient sa lecture – méritent le détour, en somme.

Ces trente pages cardinales disent les difficultés alors (années 60), d’une certaine jeunesse américaine, lectrice de Thoreau, à « s’intégrer », sa confrontation avec un vieux birbe courtois mais assez sombre (et réac) dès qu’il s’agit du monde alentour – et, pour illustrer cette dissonance, la discussion qui s’ensuit avec une jolie jeune femme, Marian, trente ans, une « grâce », « du genre à sauver le monde et à racheter l’humanité »

C’est à elle que Joe, le narrateur, adresse une longue missive, explication-explicitation de certains évènements que l’on taira (vous les découvrirez), qui est aussi le bréviaire d’une vie (celle de Joe) dorénavant occupée seulement du dur désir de durer, obstinément.

Sa conclusion ?  « Sauf pour moi, rien de ce que je vous ai écrit ne revêt aucune espèce d’importance. Mais c’est personnel et c’est grave, deux choses que j’ai toujours trouvées embarrassantes »

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Au centre (ou au… cœur) de cette longue confession, la mort, à 37 ans, dans un accident (?) de surf, de Curtis, fils du narrateur, « adorateur du soleil » et « adepte de la nausée » : il est trop tard pour l’explication, la réconciliation.

Le divorce entre le fils, rebelle par conformisme (si), et les parents était consommé, depuis longtemps :

« Je ne puis me persuader que Ruth (la mère, l’épouse) ou moi-même ayons grand-chose à voir dans sa corruption. Le vingtième siècle l’a pourri, l’Amérique qu’il méprisait tant l’a pourri, la civilisation industrielle l’a pourri en introduisant chez lui les vices qu’il croyait honnir.
Elle l’a incité à rechercher l’à-peu-près, le matériel, le facile, le criard et le vulgaire, à nommer ces choses liberté, et à les placer au-dessus de la vertu romaine qui, Dieu m’est témoin, est la seule posture morale que je puisse admirer sans réserve. Il a toujours eu recours à des écrans de fumée, politiques ou esthétiques, pour dissimuler son hypocrisie au regard des autres, et peut-être au sien.
Ruth et moi avions toujours cru contre toute évidence qu’il s’en tirerait. Le garçon qui avait tant de mal à devenir un homme allait bien finir par franchir l’obstacle. Une fois qu’il aurait jeté sa gourme, notre fils allait cesser de se sentir obligé de renifler chaque réverbère où un existentialiste camé, un traîne-savates de beatnik, un clochard céleste, avait levé la patte. Le temps viendrait où il n’aurait plus besoin de montrer les dents face aux tendres remontrances de sa mère, où lui et moi pourrions parler, aller voir un match ensemble, boire un verre, discuter d’un livre, sans cette pénible tension, cette méfiance père-fils, cette conscience toujours en éveil de nos différences. Sans jamais nous l’avouer l’un à l’autre, nous avions misé sur le temps, et voilà que le sablier était vide. »

On pardonnera la citation – exceptionnellement longue : on peut ne pas aimer – ce n’est pas « que » gai… – mais elle est exemplaire de la manière Stegner, longue coulée implacable qui ne ménage aucune marge à l’exposé de rêves de liberté – brisés.  Et on y perçoit bien, aussi, le ton Stegner, désenchanté, amer, souvent drôle : « Recalé en sympathie, j’ai eu à peine mention passable en stoïcisme. En revanche, j’ai décroché le premier prix d’ironie – cette calamité, cette escampette, cette cuirasse, ce moyen de rester planqué tout en jouant les esprits forts ». 

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Au départ, il y avait un couple d’éditeurs de Manhattan, Joe et Ruth Allston, qui s’en étaient allés en Californie et avaient tourné le dos à la ville, la civilisation, leurs perversions. Qui avaient tenté en tout cas. En vain : ce n’était pas la ville.

Dans cette Californie profonde, ils avaient eu des voisins insupportables, un hippie lui aussi lecteur de Thoreau (Jim Peck) qui ranimerait, chez Joe, le douloureux souvenir de houleuses conversations avec son fils – et le sentiment de l’injustice, à considérer le destin de Marian, leur adorable voisine, enceinte et atteinte d’un cancer.

Jim Harrison disait souvent qu’il écrivait « pour créer de nouvelles femmes à aimer ». Marian fut peut-être un de ses modèles, une inspiration. Elle est aimable. Si aimable. La lente chronique de sa mort annoncée est la trame de ce roman où la révolte est partout.

Wallace Stegner a été lauréat du prix Pulitzer en 1972 pour Angle of Repose (Angle d’équilibre, Phébus, 2000) et couronné par le National Book Award en 1976 pour Vue cavalière (Phébus, 1998, rééd. Gallmeister, 2023). Il est mort en 1993 à 89 ans. Jim Harrison le considérait comme son maître. Il est temps de prendre la mesure de ce grand écrivain à la fois résigné et circonspect (voire sceptique), attachant et vivant – à proportion de sa révolte ignée.


La Vie obstinée – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Éric Chedaille, Phébus, 344p. (1ère traduction : 1999).

LA VIE OBSTINEE

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Angle d’équilibre – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Éric Chedaille – Phébus, 716p. (1ère traduction : 2000).

Angle d'équilibre

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A lire également : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil – à propos de 600 écrivains, de France et d’ailleurs, femmes et hommes, entre autres (sourire).

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L’appel à la prière islamique, un sujet… mondial

Kenji Sayed illustre à merveille, par ses provocations dans les sanctuaires japonais suivies de sa victimisation de rigueur, que l’islamisme querelleur est désormais un produit d’exportation mondialisé qui unit la France et le Japon dans un même élan d’aveuglement volontaire. Le coup de gueule d’Aurélien Marq


L’affaire Lyhanna (pardon : la soudaine découverte de l’état de l’institution judiciaire par ceux qui nous gouvernent depuis dix ans) a fait oublier les émeutes (pardon : la « situation globalement sous contrôle Â» selon le ministre de l’Intérieur) de l’après-match du PSG, qui elle-même avait fait oublier la diffusion de l’appel à la prière islamique, l’adhan, dans plusieurs villes de France (de Marseille au Val-de-Marne). Sans oublier la brillante synthèse par laquelle Thomas Portes résumait ensuite le programme de LFI, fer de lance de la gauche (et conséquence logique de la politique du centre et de la « droite du fric Â») : commentant l’analyse de Gabrielle Cluzel sur CNews au sujet de ces adhan, il écrivait Â« le jour où on fermera cette chaîne de racistes on diffusera des appels partout dans le pays Â». Voilà qui a le mérite de la clarté et de la franchise.

Ça alors !

Et voilà qui nous ramène au Japon, et à une affaire totalement délirante, mais terriblement révélatrice, qui fait écho à ce que j’évoquais dans mon précédent article.

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Au pays du Soleil Levant, un homme a pris l’habitude de se rendre dans les temples bouddhistes et les sanctuaires shintô pour y réciter l’adhan, « Allah akbar Â». Il en diffuse même des vidéos sur TikTok. Les identitaires japonais ayant rapidement creusé le sujet, il s’avère que l’individu, du nom de Kenji Sayed, né Sayed Al-Sherif en Egypte, aurait étudié à Birmingham, serait naturalisé japonais (!), et enseignerait à l’université internationale de Miyazaki où on le voit notamment « expliquer Â» à de jeunes Japonaises la situation à Gaza. Face à la polémique engendrée par son comportement, il se victimise (ça alors !), prétend respecter la culture et les traditions japonaises (quand tout son comportement démontre le contraire, et qu’on sait ce que le Coran et les hadiths prescrivent au sujet des religions polythéistes comme le shintô), et accuse l’extrême-droite (re- ça alors !).

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Fait divers isolé, ou fait de société ? Fait universel. Que ce soit dans les rues du Val-de-Marne ou dans la grotte sacrée du Udo-jingu, « Allah akbar Â» ne veut pas forcément dire « Dieu est grand Â» mais « le dieu de l’islam est plus grand Â» (sous-entendu : plus grand que vos dieux, votre art de vivre, votre décence commune, votre culture, votre civilisation). Cela peut ainsi aussi être l’affirmation d’un suprémacisme.

Magalie Thibault pensait bien faire, mais…

Pendant ce temps, la maire (socialiste) de Rosny-sous-Bois a cru bon de se voiler pour se rendre à la mosquée, au titre de ses fonctions de maire, à l’occasion de l’Aïd el-Kébir. Après tout pourquoi pas ? Depuis la vibrante défense de l’islam et du voilement des fillettes par Laurent Nunez, on n’en est plus à ça près. Français ou Japonais, dans dix ans, vingt ans, trente ans, nous ne pourrons pas dire à nos enfants – ou à nos petits-enfants – que nous n’avons rien vu venir de l’islamisation.

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Messe aux Îles Canaries: «Prions pour ceux qui ont perdu la vie en mer»

Après une journée riche en rencontres et en partage, le Pape a célébré au soir de ce 11 juin, une messe au stade de Grande Canarie, Las Palmas. «L’engagement de tous, les victimes de la mer, ainsi que les souffrances dont cette terre est témoin», ont été les sujets de prière du Souverain Pontife, à la veille du jour où l’Église adore le Sacré-Cœur de Jésus, «un cœur que nous représentons souvent couronné d’épines».

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Mauvais théâtre à la Scala Paris

Affaire Frédéric Biessy: quand l’anti-israélisme de salon arme la haine antijuive ordinaire


Le directeur du théâtre parisien La Scala est accusé d’antisémitisme. Pas par moi. Ne banalisons pas cette accusation.

Le 8 juin, plusieurs classes de première d’Ã�le-de-France, dont une du lycée de l’Alliance israélite (aux Pavillons-sous-Bois), participent à un travail théâtral sur le thème « iranien Â» Femme-Scène-Liberté. Accueillant les élèves pour la représentation finale, le directeur du théâtre, Frédéric Biessy, enfant chéri de la gauche culturelle parisienne, explique que le théâtre est le dernier rempart de la liberté d’expression face à l’extrême droite. Quelle audace. Il fustige au passage cet « abruti de Trump et ce non moins taré de Netanyahou ». Les lieux communs du gauchisme de Park Avenue (comme l’écrit Tom Wolfe). Des propos qui provoquent le malaise d’une partie de la salle et l’enthousiasme bruyant de l’autre.

Finalement, tous les élèves jouent quand même leur pièce. Mais dans les coulisses, des élèves juifs sont pris à partie : « On va vous génocider, barrez-vous », etc. Ce qui aurait dû être un joyeux après-midi de rencontre dans l’amour du théâtre laisse un goût amer. Fureur du Crif et d’associations juives. Finalement, M. Biessy présente ses excuses : « Les propos politiques n’ont pas leur place devant des classes de première et je regrette de les avoir tenus. Mon intention n’a jamais été de viser une religion ou une communauté. » Pour Céline Pina et pas mal de commentateurs, ce sont des excuses hypocrites et honteuses.

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Pour ma part, je crois qu’il est sincère mais qu’il ne comprend pas bien ce qui s’est passé ; que ses propos ont ouvert la voie aux insultes et qu’ils ont offert une sorte de permis d’agir aux élèves ayant tenu des propos insultants. Au préalable, je rappelle que je suis libérale, et qu’on a évidemment le droit de critiquer ou de détester Israël, et même de lui préférer ceux qui souhaitent ouvertement sa destruction (le Hamas, le Hezbollah ou l’Iran). En revanche, le terme « génocide » utilisé me semble ne pas correspondre à la situation.

Dans le milieu de M. Biessy, traiter MM. Trump et Poutine de tarés ou M. Netanyahou de génocidaire n’est pas une opinion à défendre, mais une vérité. L’ennui, c’est que quand une autorité morale ou culturelle dit ça, ça fait « tilt » chez des gamins qui entendent toute la journée « Israël = Génocide ». Comme juif égale Israël, tout juif est génocidaire, et donc nazi. Et contre eux, tout est permis : la haine devient un devoir moral.

Involontairement, Frédéric Biessy tisse un fil qui va de l’anti-israélisme chic des milieux progressistes à l’antisémitisme de cour d’école. Quand j’étais lycéenne, s’il y avait des antisémites à l’école, ils se cachaient. Personne n’assumait l’antisémitisme. La nouveauté dans cette affaire, c’est que la haine des juifs ne se cache plus : elle est tendance, du collège à l’université. Et des abrutis disent fièrement à une ado venue jouer Antigone qu’on va la génocider. Éduquer, ce n’est pas endoctriner, mais apprendre aux élèves à penser par eux-mêmes. Encore faut-il en être soi-même capable. La faute de Frédéric Biessy, ce n’est pas l’antisémitisme, c’est le conformisme d’atmosphère.


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Léon XIV invite l'Église des Canaries à aider ceux crucifiés par les tragédies de la vie

Au 5ème jour de son pèlerinage en Espagne, le Pape Léon XIV s’est rendu à la cathédrale Sainte-Anne de Las Palmas de la Grande Canarie où il a été chaleureusement accueilli. Après avoir écouté les témoignages qu’il a lui-même qualifiés de «reflet d’une Église vivante», il a réconforté l’Église qui chemine aux Canaries l’exhortant à vivre et agir pour l’édification du Corps du Christ et la construction de la civilisation de l’amour.

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Aux îles Canaries, la question migratoire au cœur des préoccupations de l’Église

Le Pape achève son 4ème voyage apostolique aux îles Canaries, l'une des principales routes migratoires entre l'Afrique et l'Europe. Face à l’ampleur du phénomène migratoire, l’Église locale a développé une réponse dépassant les frontières nationales, affirme dans une interview accordée aux médias du Vatican, le père Josep Buades Fuster, S.J., membre du Service jésuite aux migrants (SJM).

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La fuite d’Ormuz

Des pétroliers disparaissent des radars, des cargaisons sont transbordées en mer et des millions de barils continuent de quitter le Golfe malgré les menaces iraniennes. Comme les sanctions qu’elle a elle-même apprises à contourner, l’économie mondiale s’adapte au blocus d’Ormuz. Une adaptation coûteuse, mais qui pourrait affaiblir le principal levier stratégique de Téhéran.


Hier, Donald Trump a affirmé que plus de 100 millions de barils de pétrole avaient déjà traversé le détroit d’Ormuz depuis le début de la crise. Le chiffre mérite d’être discuté dans le détail car le président américain est loin d’être une source sûre. Et même s’il dit vrai, ce qu’on ne peut pas exclure, 100 millions de barils en 100 jours c’est à peu près la quantité qui transitait par le détroit en cinq jours avant la guerre. Cependant, le fait que Trump ait choisi d’en parler, traduit une réalité : contrairement aux scénarios les plus alarmistes évoqués au début de la confrontation avec l’Iran, le détroit n’a jamais été totalement fermé. Les flux énergétiques ont été perturbés, ralentis, rendus plus coûteux et plus complexes, mais ils n’ont pas été interrompus.

Cette réalité explique largement l’évolution des marchés pétroliers. Certes, les prix du brut ont augmenté sous l’effet de la guerre, de l’incertitude géopolitique et de la hausse des primes d’assurance. Mais ils n’ont jamais atteint les niveaux catastrophiques annoncés par certains analystes ni ceux qu’espéraient parfois certains producteurs. La raison en est simple : malgré la crise, l’écart entre l’offre et la demande est moins important qu’on ne le croit. 

Les indices se sont multipliés ces derniers jours. Selon Bloomberg, seize pétroliers se sont regroupés au large d’Oman afin de procéder à des transferts de cargaisons représentant plusieurs millions de barils de pétrole auparavant bloqués dans le Golfe. Cette zone était totalement vide un mois plus tôt. Plus significatif encore, un nombre croissant de navires coupent volontairement leurs transpondeurs afin de traverser discrètement le détroit d’Ormuz. Les données de sites suivi maritime (Trackers) donnent ainsi l’impression d’un trafic réduit alors que les témoignages d’armateurs, les achats asiatiques et les images satellites décrivent une situation très différente où des passages deviennent progressivement plus réguliers et les volumes plus importants.

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L’analyste de marché de l’énergie Anas Alhajji évoque désormais ce phénomène sous le nom de « Hormuz Leak », la fuite d’Ormuz. Selon lui, les Trackers commencent à confirmer ce que plusieurs réseaux privés de renseignement observaient déjà depuis des semaines. Des pétroliers disparus des écrans radars après avoir éteint leurs transpondeurs réapparaissent soudainement très loin de la région, preuve qu’ils ont réussi à franchir le détroit malgré les apparences. Le cas du méthanier Rasheeda de QatarEnergy est particulièrement révélateur. Après plusieurs semaines de silence, le navire a réapparu après avoir franchi le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman. L’absence d’information ne signifie pas l’absence de phénomène.

Cette « fuite d’Ormuz » finit désormais par influencer directement l’équilibre du marché pétrolier mondial. Plus les opérateurs prennent conscience de l’existence de ces flux invisibles, moins les anticipations de pénurie paraissent crédibles. Le pétrole continue d’arriver en Asie. Les cargaisons continuent d’être livrées. Les États producteurs continuent d’exporter.

Le mécanisme est relativement simple. Les gouvernements des pays producteurs utilisent leurs propres flottes de pétroliers pour traverser la zone à risque. Une fois les cargaisons sorties du détroit, elles sont transférées à des navires commerciaux conventionnels qui assurent ensuite le transport vers les clients finaux. Cette organisation réduit fortement l’impact des primes d’assurance (ce sont toujours les mêmes qui traversent le détroit, les autres attendent dehors et donc moins exposés) et contourne une partie des réticences des armateurs privés. Les pétroliers d’État effectuent alors plusieurs rotations successives entre les terminaux du Golfe et les zones de transbordement situées plus à l’est.

Téhéran en réalité incapable de bloquer le trafic durablement

Cette situation révèle également les limites des capacités iraniennes à contrôler cette voie maritime. Depuis le début de la crise, de nombreux observateurs avaient annoncé des essaims de drones, des attaques massives de vedettes rapides ou des salves de missiles balistiques capables de saturer les capacités de la marine américaine et rendre toute navigation impossible. La réalité est beaucoup plus modeste. Les forces iraniennes ont bien tenté plusieurs attaques limitées contre des destroyers américains et quelques navires commerciaux. Quelques drones, quelques vedettes rapides et quelques missiles ont été engagés. L’écrasante majorité a été rapidement neutralisée. Les radars iraniens activés pour guider ces attaques ont souvent été immédiatement repérés puis détruits. Les lanceurs de missiles identifiés ont subi le même sort tout comme les sites de lancement de drones. Les quelques « escarmouches » entre les Etats-Unis et l’Iran depuis le cesser le feu d’avril, ont servi de prétexte aux Américains pour cibler et dégrader le dispositif mis en place par les Gardiens de la Révolution pour renforcer le blocage. L’Iran semble avoir considérablement réduit ses tentatives d’interdiction maritime. Certes, l’Iran possède des capacités importantes de nuisance régionale, mais il peine à projeter durablement sa puissance au-delà de ses côtes face à des marines modernes disposant d’une supériorité aérienne et satellitaire écrasante, sans oublier la qualité de renseignement. Téhéran peut perturber le trafic. Il ne semble pas en mesure de le bloquer complètement.

Le comportement des compagnies maritimes fournit d’ailleurs un autre indice révélateur. Bien avant l’annonce officielle de la fermeture du détroit, de nombreux navires avaient déjà quitté la région ou modifié leurs itinéraires. Les armateurs agissent en fonction des probabilités de risque, non des déclarations diplomatiques. Leur repositionnement constituait en lui-même un signal. L’annonce officielle de fermeture n’a finalement fait que confirmer ce que les professionnels du secteur avaient déjà intégré dans leurs calculs.

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Un autre facteur, souvent négligé, explique la résistance relative des marchés pétroliers. Il s’agit du ralentissement de la demande mondiale. Le cas le plus spectaculaire est celui de la Chine. Alors que le pays importait habituellement autour de 11 millions de barils par jour, ses achats sont tombés à 7,8 millions de barils quotidiens en mai 2026, soit une baisse de plus de 3 millions de barils par jour, l’équivalent de la consommation cumulée de la France et de l’Italie. Certes, cette chute des importations ne correspond pas intégralement à une baisse de la consommation, Pékin puisant également dans ses réserves stratégiques. Néanmoins, selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande réelle chinoise recule d’environ 290 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026. Aux États-Unis, la consommation reste proche de 20 à 21 millions de barils quotidiens et ne diminue que modestement, de l’ordre de 100 000 à 300 000 barils par jour. L’Europe suit une trajectoire comparable, marquée par l’électrification des transports, les gains d’efficacité énergétique et une certaine désindustrialisation, ce qui entraîne une baisse limitée de la demande, généralement comprise entre 0 et 200 000 barils par jour. Dans ces conditions, une partie importante du choc provoqué par les tensions autour d’Ormuz est absorbée non seulement par les stocks et les adaptations logistiques, mais aussi par une demande mondiale moins vigoureuse qu’attendu.

Les réserves stratégiques jouent également un rôle d’amortisseur. Plusieurs pays ont puisé dans leurs stocks d’urgence afin de rassurer les marchés et de compenser temporairement certaines perturbations logistiques. Toutefois, cette explication ne suffit pas. Si les prix demeurent relativement contenus, c’est aussi parce que le marché mondial se trouve aujourd’hui dans une situation très différente de celle des chocs pétroliers des années 1970 ou même du début des années 2000. Les gains d’efficacité énergétique, la progression des véhicules électriques, le ralentissement économique de plusieurs grandes régions du monde et la diversification des approvisionnements limitent l’impact des perturbations géopolitiques.

Circuits parallèles

À bien des égards, le blocage d’Ormuz reproduit une dynamique déjà observée avec les sanctions économiques. Depuis plus d’une décennie, l’Iran, puis la Russie, ont démontré qu’un pays visé par des sanctions peut voir son économie durement affectée sans pour autant être totalement isolé. Des flottes fantômes se sont constitués, des circuits financiers parallèles et des intermédiaires ont émergé. Ces mécanismes de contournement ont un coût important, mais ils finissent par fonctionner et amortir l’effet négatif sur l’acteur sanctionné. Or, avec Ormuz, la situation est inversée. Pour la première fois, ce sont les Iraniens qui tentent d’imposer une forme de sanction au reste du monde en entravant une artère essentielle du commerce énergétique mondial. Mais ils découvrent le même phénomène d’adaptation que celui dont ils ont eux-mêmes bénéficié. Les armateurs modifient leurs itinéraires, les États producteurs mobilisent leurs propres flottes, les cargaisons sont transbordées en mer, les acheteurs puisent dans leurs stocks et de nouveaux circuits logistiques apparaissent. L’Iran se retrouve confronté à une réalité qu’il connaît bien ç savoir qu’il est relativement facile de perturber un marché mais beaucoup plus difficile de l’étouffer durablement. Comme pour les sanctions, le choc initial est réel, mais les acteurs économiques apprennent rapidement à contourner l’obstacle. En voulant fermer Ormuz, Téhéran découvre que l’économie mondiale possède la même capacité d’adaptation que celle dont il a lui-même profité pour survivre aux sanctions occidentales.

Quelles conclusions concrètes en tirer ? La situation demeure difficile. Les perturbations du trafic maritime, les dommages infligés à certaines infrastructures de raffinage ainsi qu’aux capacités de transport continuent de provoquer des tensions sur plusieurs marchés essentiels. Les engrais, l’aluminium et de nombreux produits issus de la pétrochimie sont déjà affectés. L’industrie du plastique subit une hausse de ses coûts tandis que l’agriculture voit augmenter le prix de plusieurs intrants. L’inflation commence à réapparaître avec les conséquences économiques et politiques que l’on connaît. La « fuite d’Ormuz » ne résoudra donc pas la crise. En revanche, elle pourrait modifier son calendrier. Si le monde continue à recevoir davantage de pétrole et de gaz qu’on ne le croyait il y a encore quelques semaines, alors la menace d’une véritable pénurie physique – et non d’une simple hausse des prix – apparaît moins imminente. Cela réduit l’effet de levier de Téhéran. En définitive, les deux compteurs à rebours qui structurent la crise continuent de tourner : celui de la déstabilisation intérieure du régime iranien et celui du ralentissement de l’économie mondiale. Mais ils ne progressent pas au rythme que beaucoup anticipaient. Pour Washington, ce décalage est essentiel. Car dans ce type de confrontation, gagner du temps peut parfois valoir autant qu’obtenir une victoire décisive.

La culture du combat en Israël

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Les infos de L'Œuvre d'Orient - 11 juin 2026

Ancien détenu du régime de Bachar al-Assad puis otage du Front Al-Nosra pendant plus de dix ans, Johnny Daoud vient d’être ordonné prêtre.

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Aux Îles Canaries, Léon XIV appelle à reconnaître le Christ dans les migrants

Lors de sa rencontre avec les structures d’accueil des migrants au port d’Arguineguín, à Las Palmas de Grande Canarie, ce jeudi 11 juin, le Pape a lancé un vibrant appel en faveur des personnes contraintes à l’exil. Devant des migrants, des bénévoles, des responsables de la Caritas et des acteurs engagés dans l’accueil, le Saint-Père a dénoncé l’indifférence face aux drames migratoires et rappelé que chaque personne appartient à Dieu et conserve une dignité que rien ne peut arracher.

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Mondial de foot, le sport est-il un «instrument de paix» ?

Premier coup de sifflet de la Coupe du monde de football, ce jeudi 11 juin au Mexique, pays co-organisateur avec le Canada et les États-Unis. Alors que les fractures internationales se creusent, que peut le sport pour rassembler les peuples et progresser vers la paix ? Un souhait porté par le Pape en ce mois de juin. Entretien avec Pascal Boniface, géopolitologue, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), auteur de "La géopolitique du sport", paru chez EKHO.

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Israël peut-il encore compter sur Trump?

« On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n’arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous ! » a déclaré le président américain devant la presse hier, avant de nouvelles frappes contre Téhéran. En Israël, Netanyahu ​se présentera encore une fois aux élections cette année, vient d’annoncer son parti, après que Donald Trump a déclaré ne ​pas savoir si tel serait effectivement le cas. Entre les deux hommes, les désaccords sur la poursuite de la guerre semblent de plus en plus évidents. L’analyse géopolitique de Richard Prasquier.


« You are fucking crazy! » Je suppose que ces termes ne nécessitent pas de traduction. C’étaient apparemment ceux que M. Trump a lancés à M. Netanyahu le 1er juin après une attaque contre le Hezbollah au Liban, en même temps qu’il prétendait que sans son aide, le Premier ministre israélien serait en prison.

Mais le 7 juin, Israël lance une nouvelle attaque contre le Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth ; l’Iran réagit en envoyant pour la première fois depuis deux mois des missiles sur Israël, lesquels sont tous interceptés. Trump déclare que c’est lui et non Netanyahu qui mène le jeu, mais ce dernier envoie l’aviation israélienne bombarder des systèmes de défense antiaérienne et un complexe pétrochimique. Cependant, il ne va pas plus loin. Il y a eu la guerre des douze jours, la guerre des quarante jours ; cette fois, c’était la guerre d’un jour ! En fait, avec le régime iranien actuel, la guerre ne peut être que permanente, car pour Israël, c’est une question de survie.

États-Unis : un agenda très chargé

Par contraste, Donald Trump s’est félicité le 8 juin de l’avancement de ce qu’il appelait des « négociations de paix », et J.D. Vance a précisé que les Américains négociaient, que cela plaise ou non à Israël, seulement sur la dénucléarisation de l’Iran, et que les propositions américaines étaient irrésistibles.

Et puis, le 10 juin, Trump déclare que la réponse de ses interlocuteurs iraniens est décevante et que l’Iran va en payer le prix. Des menaces vides comme d’habitude, pense-t-on. Puis, un hélicoptère américain est abattu et les Américains frappent des sites iraniens de défense antiaérienne et de surveillance radar. Que nous réserve le 11 juin ?

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Des déclarations si contradictoires qu’on a suspecté des connexions boursières inavouables ne font que renforcer l’affligeante impression que Donald Trump, refusant d’envoyer des troupes au sol, sous-estimant la préparation du régime iranien et sa détermination féroce, négligeant de prévoir le blocage du détroit d’Ormuz, s’était lancé dans une guerre qu’il croyait courte et facile et se trouve dans un guêpier dont il veut sortir tout en gardant un récit glorieux. Il est pressé. Son calendrier, les Iraniens le connaissent mieux que quiconque : le 14 juin, son 80e anniversaire ; le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance le 4 juillet ; la finale d’une énorme Coupe du monde de football le 19 ; le 25e anniversaire du 11 septembre et la campagne électorale d’automne qui s’achèvera le 3 novembre avec les midterms, où le prix du gallon d’essence jouera plus que les considérations géostratégiques.

Les propositions américaines réelles sont inconnues, mais l’impression est que Trump craint de reprendre vraiment les hostilités en raison des effets secondaires possibles. Cette position permet aux Iraniens de se positionner en résistants victorieux, de réclamer le versement de dédommagements, d’exiger la protection du Liban contre la furie israélienne — c’est-à-dire, en fait, de garder ce pays sous l’emprise d’un Hezbollah qui l’a complètement gangrené.

Les Iraniens refuseront de toucher à leur arsenal de missiles — leur seule protection, disent-ils, contre les attaques israéliennes — et, évidemment, il ne sera pas question de la population iranienne, dont le sort n’émeut guère un président américain au niveau zéro d’empathie.

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Il reste le nucléaire : les 440 kg d’uranium enrichi bien au-delà des nécessités civiles, cachés on ne sait où, et au sujet desquels les dirigeants iraniens se divisent entre ceux qui refusent d’en parler et ceux qui voudraient faire semblant de les livrer. On pourrait ne plus savoir où en est une partie, ou accepter des contrôles de l’AIEA pour l’expulser quand la flotte américaine sera repartie, ou bien laisser le stock chez Asim Munir, le tout-puissant maréchal pakistanais. Celui-ci, hôte des négociations, est devenu le maréchal favori de Donald Trump depuis qu’il a proposé ce dernier pour le prix Nobel de la paix pour avoir brièvement servi de médiateur dans le conflit entre le Pakistan et l’Inde. Asim Munir, un musulman très fervent par ailleurs, connaît le grand goût du président américain pour la flatterie…

J. D. Vance, vice-président des États-Unis, aux côtés d’Asim Munir, chef de l’armée pakistanaise, et de Mohammad Ishaq Dar, ministre des Affaires étrangères, Islamabad, 11 avril 2026. © AP Photo/Jacquelyn Martin/SIPA

Si un accord est signé, on peut compter sur Trump pour expliquer qu’il n’a rien à voir avec les accords de Vienne sur le nucléaire iranien, qui portent la marque abhorrée d’Obama.

Psychologie trumpienne

Même en cas de négociations à l’évidence bâclées, Trump, qui, par son indifférence à la vérité et son narcissisme exacerbé, s’est forgé une résilience exceptionnelle, croira et réussira à faire croire à ses partisans que cet échec est une victoire. Selon le psychologue américain Dan McAdams, qui a publié une étude sur lui, Trump est un homme « à épisodes », sans continuité narrative. Il vit chaque journée, détachée des autres, comme une occasion de mise en scène personnelle, mais pas comme une étape dans un processus coordonné à long terme.

Pour beaucoup de ceux qui le soutiennent, au contraire, et malgré ses indiscutables et massives failles caractérielles, Trump a des lignes de force déterminées et constantes. Le soutien à Israël en a indiscutablement fait partie. Il faut espérer qu’il en est toujours de même, même si les Israéliens doivent se mesurer à la réalité de la situation et à toutes les éventualités possibles. Car pour Israël, espérer la paix avec le régime iranien tel qu’il est serait une illusion impardonnable.

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Spielberg ne se lasse pas de regarder les étoiles

Disclosure Day, le Spielberg « nouveau » est un grand cru, selon Laurent Silvestrini


Âgé de 79 ans, le golden boy hollywoodien prouve avec son 37e long-métrage qu’il est toujours le maître incontesté des thrillers de science-fiction, où la candeur enfantine sert de salvatrice médiation « trans-espèces » avec de bienveillants aliens, pourtant rudoyés et malmenés par les autorités officielles.

Et face au grand fracas du monde, le salut ne se situe pas forcément du côté que l’on croit. Quitte à redonner de la vigueur aux théories conspirationnistes les plus insensées dans un pays à la prétention messianique, qui semble avoir érigé la post-vérité en dogme indépassable…

« Ma curiosité et ma fascination pour les vies ailleurs s’expliquent par le fait que je suis une personne très curieuse. Cela remonte précisément au jour où mon père m’a fait découvrir l’astronomie quand j’avais cinq ans, pendant une pluie d’étoiles filantes. Je n’oublierai jamais ce moment et à quel point il m’a affecté. Je regarde toujours le ciel sans crainte, mais avec émerveillement » déclarait le cinéaste lors d’une récente interview face aux médias français.

4e long métrage sur les petits hommes verts

Une obsession qui le conduit dès l’âge de dix-sept ans à réaliser son premier long-métrage amateur avec une caméra 8 mm, aujourd’hui partiellement perdu : Firelight. Puis à récidiver entre la fin des années 70 et le début des années 80 avec deux formidables bornes dans l’Histoire de la science-fiction mondiale, consacrant l’ère des blockbusters familiaux et des « popcorn movies » : Rencontres du troisième type (1977) et E.T., l’extra-terrestre (1982). À rebours d’un genre qui avait jusqu’ici coutume de présenter les aliens comme des menaces pour l’homo americanus — métaphore à peine déguisée des dangers « rouges » et atomiques représentés par l’U.R.S.S. ou la Chine populaire (La Chose d’un autre monde, Les Envahisseurs de la planète rouge, Les Soucoupes volantes attaquent, etc.) —, Spielberg fait preuve d’une profonde empathie à l’égard de ces entités venues d’ailleurs. Nuance importante : sa version nihiliste de La Guerre des mondes (2005), à la suite du trauma national représenté par les attentats du 11-Septembre, tend à réancrer un chaos sur Terre par le truchement d’impitoyables tripodes guerriers face à une famille nucléaire éclatée — époustouflante prestation de Tom Cruise en père divorcé.

Emily Blunt

Plus récemment, après une incursion ludique dans la comédie musicale avec le très stimulant West Side Story (2021), puis une plongée autobiographique dans son enfance et sa jeunesse avec le bouleversant The Fabelmans (2022), notre magicien surdoué nous propose une quatrième variation extra-terrestre avec ce fort intrigant Disclosure Day (que l’on pourrait traduire par « Jour de la révélation / de la transparence »), dans une optique de quête ultime de la Vérité. Mais davantage qu’un énième film sur les mystérieux aliens jouant à cache-cache avec nous, Spielberg prend plaisir à piloter un incroyable « actioner » paranoïaque et conspirationniste, convoquant simultanément le meilleur de la première période hitchcockienne (Chantage, Les 39 Marches, Agent secret), les œuvres maîtresses du Nouvel Hollywood politique (À cause d’un assassinat, Les Hommes du Président, Les 3 Jours du Condor, Marathon Man), tout en surpassant certains efforts d’un Nolan (Tenet) ou d’un Shyamalan — impossible de ne pas penser à Signes et à Knock at the Cabin. Sans compter les savoureux clins d’œil aux franchises d’action et d’espionnage « grand public » Mission : Impossible et James Bond.

Foi, croyance et transparence

Le script concocté par le fidèle David Koepp (Jurassic Park, La Guerre des mondes, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal) est d’une redoutable efficacité. Alors que le monde bascule inexorablement vers une Troisième Guerre Mondiale — menaces nucléaires russes, tensions en Corée de part et d’autre du 38e parallèle, fermeture des frontières en Europe en dépit du traité de Schengen —, deux quadragénaires américains que tout oppose prennent conscience de leur statut d’élus et d’intermédiaires entre l’Espace et la Terre. Lui, c’est le bien nommé Daniel Kellner (Josh O’Connor), passionné de mathématiques — « le grand livre de l’Univers », reléguant quelque peu la Bible au second plan — et expert en cybersécurité. Travaillant pour une société secrète, Wardex, liée au complexe militaro-industriel du gouvernement fédéral, il dérobe dans un accès de folie — ou de lucidité — plusieurs archives déclassifiées remontant symboliquement à l’incident de Roswell (Nouveau-Mexique) : cet écrasement d’un objet non identifié au sol, survenu le 4 juillet 1947 et révélé au grand jour seulement en 1980 (publication du livre The Roswell Incident de Charles Berlitz et William Moore), véritable accélérateur de particules pour toutes les thèses pro-ufologiques… et par voie de conséquence conspirationnistes. Elle, c’est Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo d’une chaîne câblée de Kansas City — un patronyme éloquent, Fairchild signifiant littéralement « l’enfant juste et vertueuse ». Sa vie se voit radicalement bouleversée lorsqu’elle aperçoit un cardinal rouge s’introduire comme par effraction dans son luxueux appartement, scène cocasse qui la renvoie à un rêve récurrent d’enfance tout en lui conférant subrepticement de mystérieux super-pouvoirs : la faculté de parler plusieurs langues, et non des moindres — russe, coréen et « alien » —, révélée dans une scène à la fois stupéfiante et glaçante, qui pourrait bien faire date dans l’Histoire du cinéma science-fictionnel. Autres pouvoirs développés : la télépathie et l’usurpation d’identités de personnes décédées pour duper son entourage et devenir inarrêtable. Par un incroyable concours de circonstances et un subtil entrelacs de récits et de trajectoires individuelles, nos deux héros « malgré eux » vont finir par entrer en contact et faire cause commune afin d’échapper aux sbires de la milice paramilitaire — pour révéler enfin au monde entier « connecté » le contenu de ces fichiers déclassifiés… entrant évidemment en résonance avec les récentes vagues de déclassifications réelles du Pentagone sur les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés).

Josh O’Connor

Nous ne dévoilerons évidemment pas l’étourdissante issue de cette cavale à travers une certaine Amérique profonde — celle du Midwest, ironiquement l’un des bastions du trumpisme (est-ce conscient de la part d’un auteur pro-démocrate ?) —, mais précisons que la clé du mystère réside dans le pacte empathique noué entre les enfants et les aliens dissimulés en animaux des forêts : cerfs, renards… et cardinaux rouges au chant mélodieux. Fidèle à sa passion pour la transparence dans « la plus grande démocratie du monde » (mais l’est-elle véritablement encore ?), Spielberg, ex-héraut (et héros) du Nouvel Hollywood, continue de régler ses comptes avec toute forme d’opacité et de malveillance, qu’il fait clairement remonter à la présidence Nixon (1969-1974), plusieurs fois mise en accusation dans son film. Déjà, Pentagon Papers (2017) communiquait furieusement avec le scandale du Watergate, jadis sublimé par Alan J. Pakula dans le film précédemment mentionné (Les Hommes du Président, 1976).

Mais le plus vertigineux se situe sans doute ailleurs. À l’instar du célèbre slogan de X-FilesLa vérité est ailleurs ») — série qui n’aurait sans doute jamais existé sans l’apport visionnaire et décisif du réalisateur de Rencontres du troisième type —, Spielberg se dit intimement persuadé que les aliens existent et vivent sur Terre, à nos côtés, ici et maintenant, tout en subissant le traitement de choc que leur infligent autorités gouvernementales et forces armées états-uniennes. Certains plans traumatiques du film convoquent par ailleurs une imagerie concentrationnaire pouvant rappeler La Liste de Schindler — référence jugée incongrue par les critiques les plus sévères, qui ont préféré dénoncer la paresse et la complaisance de Spielberg plutôt que saluer la maîtrise d’un film-somme dialoguant avec l’abondante filmographie de son auteur, tout en établissant des ponts particulièrement pertinents et stimulants avec notre époque de post-vérité et de post-modernité.

Ne cherchez donc plus le blockbuster d’auteur de votre été… et de votre année. On ne peut qu’être admiratifs devant ce génie à l’orée de ses 80 printemps, qui nous offre le plus beau des cadeaux : celui d’une jeunesse éternelle de cinéphile perpétuellement curieux et émerveillé face à un monde de plus en plus cryptique et insensé… où tout semble désormais possible, même l’impensable !

2h25

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Le Pape est arrivé à Las Palmas de Grande Canarie

Après la messe célébrée hier soir, 10 juin, en la basilique de la Sagrada Familia, Léon XIV a conclu la deuxième étape de son voyage apostolique à Barcelone et a atterri à 10h30 sur le vaste archipel de l'océan Atlantique. Sa première activité sera une rencontre avec des centres d'accueil pour migrants.

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Restore Britain: le Reconquête! à l’anglaise

Depuis son exclusion de Reform UK, le parti de Nigel Farage, en mars 2025, Rupert Lowe a lancé son propre parti sur une ligne politique nettement plus radicale et pleinement assumée.


L’actuel député (MP) de Great Yarmouth, ancien élu au Parlement européen sous l’étiquette Reform UK, s’est fait connaître du grand public via une vidéo publiée sur X, déjà créditée de plus de 40 millions de vues (voir plus bas). Il y enchaîne les déclarations coup de poing : « Des millions doivent partir », « Nous allons discriminer ». Le ton est posé. Restore Britain ne cherche pas à ménager les sensibilités.

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Ce qui sépare Lowe de son ancien parti ne relève pas du détail. Sur l’immigration d’abord ; là où Reform UK brandit des promesses, Lowe exige des actes : expulsions massives, détention des clandestins, réimmigration assumée. Il accuse Farage d’être fondamentalement « mou » sur le sujet qui a pourtant fait sa fortune politique. Sur l’identité ensuite ; Lowe va plus loin en contestant la présence même de ressortissants étrangers fussent-ils naturalisés britanniques à des postes élus. Il vise nommément des figures comme Zia Yusuf, son ancien président de parti, dont les origines pakistanaises lui semblent incompatibles avec la représentation des intérêts britanniques. Il fustige enfin ce qu’il perçoit comme une dérive « woke » de Reform, citant en exemple un conseiller du parti ayant fondé un club de football BAME1 qu’il qualifie sans détour de « racisme anti-blanc ». Lowe reproche à Farage d’avoir construit un « parti de protestation » géré de façon messianique, incapable de porter la rupture radicale qu’attend selon lui la frange la plus dure de l’électorat patriote. Là où Reform veut réformer, Restore Britain entend restaurer et la nuance est un programme.

Le parti enregistre déjà près de 100 000 adhérents, 300 000 abonnés sur X, ainsi que le soutien affiché d’Elon Musk, le détenteur de ce dernier. Le parti oscille déjà entre 7 et 14 % d’intentions de vote selon les sondages, performances remarquables pour une formation toute récente.

Le parallèle avec Éric Zemmour chez nous s’impose naturellement. Même trajectoire de rupture avec la droite établie jugée trop timorée, même combat identitaire, frontal contre l’immigration légale comme illégale et même revendication d’une remigration assumée. La différence de profil: Zemmour journaliste, Lowe homme d’affaires et élu ne masque pas la convergence idéologique. Et si Zemmour n’a pas remporté la présidentielle, sa poussée dans les sondages avait révélé un électorat que les partis traditionnels ne captaient plus. Électorat qui s’est finalement rabattu sur Marine le Pen. Les Britanniques semblent traverser le même mouvement.

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La grille de lecture est désormais claire : si Reform UK est le Rassemblement national anglais, Restore Britain en est l’équivalent de Reconquête!. Un parti qui, à l’image de son homologue français, pourrait paradoxalement consolider Reform UK dans un rôle de droite « raisonnable » exactement comme Reconquête a parfois rendu service au RN en le faisant paraître modéré par comparaison. Presque un parti de gauche, pour certains. Ce phénomène s’inscrit dans une tendance européenne plus large : des populations qui, confrontées à des mutations culturelles et démographiques profondes, cherchent à renouer avec ce qu’elles perçoivent comme leur identité. Le Royaume-Uni, malgré ou à cause de sa sortie de l’Union européenne, n’échappe pas à cette dynamique. Il l’incarne désormais à sa façon.


  1. Noirs, Asiatiques et membres de minorités ethniques ↩

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La palme de l’éco-ciné

Au Festival de Cannes, le Prix Ecoprod met en lumière les artistes et productions qui s’engagent enfin dans la transition écologique. Aure Atika a adoré le lauréat japonais de cette année.


Dans Hôtel du Nord, Raymonde (Arletty) balance à Edmond (Louis Jouvet) une des plus célèbres répliques du cinéma : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » Si le film de Marcel Carné avait été réalisé de nos jours et présenté au dernier Festival de Cannes, peut-être aurait-il été en compétition pour le prix Ecoprod, du nom de l’association qui l’a créé, afin de récompenser les films les plus « écoresponsables ».

Sans doute, un membre du jury écologiste aurait-il relevé «  la manière subtile avec laquelle le scénariste a abordé un des problèmes majeurs de notre époque, à savoir le rejet par l’homme du CO₂ dans l’atmosphère ». Cela aurait-il suffi pour remporter le prix en question ? Probablement pas : pointilleuse, l’association Ecoprod, qui a calculé qu’une heure de contenu cinématographique émettait en moyenne 16 tonnes de CO₂ , tient à récompenser les équipes cinématographiques réduisant le plus possible leur « impact environnemental » en termes de transports, de décors, d’hébergement et d’alimentation.

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Pour ce faire, elle met à la disposition des réalisateurs un « calculateur carbone » homologué par le CNC qui, de son côté, offre une prime de 28 000 euros aux productions qui, ayant quémandé une subvention, respectent certains engagements de sobriété et réduisent ainsi drastiquement leur « bilan carbone », nous apprend le média Reporterre. Cette année, c’est le film de Ryusuke Hamaguchi, Soudain, qui a remporté le prix Ecoprod. Vertueux comme pas deux, le réalisateur japonais a non seulement entraîné ses équipes techniques sur le chemin de l’écologie mais, « dans un souci de cohérence entre la démarche écoresponsable et le sujet humaniste du film », il a également demandé à ses interprètes de « suivre une formation de trois jours à l’humanitude, une méthode de soins visant à accompagner les personnes dépendantes dans le respect de leur dignité ».

Admirative, l’actrice Aure Atika, présidente du jury Ecoprod, a gratifié l’équipe du film d’une réflexion qui restera dans les mémoires : « Comme si la conscience écologique réveillait le sens du collectif. » Quel cinéma !

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Les moments forts de la cinquième journée de Léon XIV en Espagne

Revivez en images les différentes étapes de la deuxième journée du Pape Léon XIV à Barcelone, et la messe à la Sagrada Familia, mercredi soir.

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June 10, 2026

À la Sagrada Família, le Pape rappelle que «nous sommes tous les pierres vivantes»

Léon XIV a achevé son périple catalan de deux jours par une messe présidée ce mercredi soir en la basilique de la Sagrada Família à l’occasion du centenaire de la mort du vénérable Antoni Gaudí. À l’issue de la célébration eucharistique la tour de Jésus-Christ a été inaugurée et bénie. En présence du roi et de la reine d’Espagne et du Premier ministre Pedro Sanchez, des autorités ecclésiastiques locales et de milliers de fidèles, le Souverain pontife a lancé un vibrant appel à la paix.

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Aux Îles Canaries, Léon XIV vient réaffirmer le besoin d’un accueil digne en Europe

Pour la dernière étape de son voyage apostolique en Espagne, le Pape se rend le 11 et 12 juin dans les deux principales îles de l’archipel des Canaries, situé au large de la côte nord-ouest de l'Afrique. Pendant deux jours, Léon XIV encouragera dans leur mission les acteurs qui œuvrent pour accueillir dignement les migrants aux portes de l’Europe, poursuivant ainsi l’engagement du Pape François.

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Le chant de Mars

«Le Symbole de Paris» est une plongée en «réalité virtuelle» dans l’histoire méconnue du Champ-de-Mars et de la tour Eiffel. Une visite guidée qui sort de l’ordinaire, une ode à Paris. Suivez le guide!


Ah ! le Champ-de-Mars… Ses pelouses pelées, ses marchands à la sauvette, ses légions d’autocars, ses millions de touristes, ses joueurs de bonneteau clandestins, ses pickpockets, ses violeurs nocturnes… et sa tour Eiffel.

Fais comme l’oiseau

L’épicentre du Paris touristique offre depuis des années un visage peu avenant, alors que cet endroit a été l’un des lieux les plus beaux et les mieux pensés de la capitale. Ce gigantesque jardin de 25 hectares ouvert sur la ville[1]– le seul à ne pas posséder de grilles – s’étire aux pieds de la tour la plus célèbre du monde. Il est cependant aussi peu connu des touristes que des Parisiens eux-mêmes. Sa longue histoire méritait d’être racontée.

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C’est ce que propose la start-up française Timescope, dont Causeur avait déjà parlé à l’occasion de sa première excursion sur les bords de Seine, « Les Origines de Paris », munie d’un casque en « réalité virtuelle » afin de remonter le fleuve et ses deux mille ans d’histoire en sons et en images. Sur le même principe, la nouvelle expérience proposée, « Le Symbole de Paris », permet de suivre la construction de la Dame de fer comme si on y était, et plus encore, vue du ciel, comme un oiseau. Mais la quinzaine d’étapes ponctuant la déambulation in situ, qui dure environ une heure, commence par une violente bataille, une cinglante défaite : celle des Parisii, ancêtres gaulois des Parigots, face aux légions romaines. La longue histoire de ce site singulier est marquée par la guerre. L’établissement de l’École militaire au XVIIIe siècle, l’un des plus beaux monuments de Paris lui aussi méconnu, fait du bien nommé Champ-de-Mars le terrain d’exercice des troupes et des cavaliers français. Cela explique que cette vaste étendue soit restée longtemps inconstructible ou dévolue à accueillir quelques événements tout aussi grandioses qu’éphémères.

Vertige

Ainsi en est-il de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, où un cirque à l’Antique a accueilli plus de 500 000 Français réunis autour de la famille royale pour célébrer la Constitution… C’est durant cette cérémonie d’un kitch dont la Révolution avait le secret que Talleyrand, qui y a célébré la seule messe de sa vie, a lancé à La Fayette, au pied de l’autel de la Patrie : « Surtout ne me faites pas rire. »

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« Le Symbole de Paris » nous plonge dans l’effervescence de cette journée, on est assis dans les tribunes, on est le témoin contemporain du passé, de même que, moins de cent ans plus tard, on assiste, dans le bureau de Gustave Eiffel, aux réunions des ingénieurs qui élaborent sa curieuse tour. On la voit sortir progressivement de la terre parisienne jusqu’à son inauguration lors de l’Exposition universelle de 1889. Et oscillant toujours entre le plancher des visiteurs et le ciel de la capitale, on traverse la spectaculaire Salle des Machines de 1889 avant d’observer, avec un brin de vertige, les fastes des Expos suivantes. Paris s’étale sous nos pieds, on porte le regard à l’horizon, et l’on reste ébahi face au spectacle de la ville qui s’illumine dans la nuit tombante. L’épopée du télégraphe sauve la Tour de sa destruction, la Grande Guerre confirme son utilité pour les transmissions militaires et la Seconde Guerre en fait le symbole de l’Occupation puis de la Libération. C’est désormais le symbole de notre tourisme de masse, mais cette visite guidée d’un nouveau genre fait de chacun de ceux qui la suivent un touriste d’un genre nouveau : éclairé.

Informations et réservations : http://www.symboledeparis.com
Tarifs : de 19 à 28 euros.


[1] Lire l’excellent ouvrage collectif auquel a collaboré notre ami Pierre Lamalattie, Le Champ-de-Mars 1900-1930. Art Nouveau-Art Déco, AAM Éditions, 2023

Le Champ-de-Mars 1900-1930

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Vivre en ville

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Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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Capitale

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Léon XIV invite les organisations caritatives à être témoins de l’espérance

Dans le quartier barcelonais de Raval, marqué par la pauvreté et l’exclusion sociale, le Pape a rencontré en l’église Saint-Augustin les membres des organisations caritatives qui œuvrent aux côtés des drogués, des victimes de la traite, des pauvres et des exclus. Répondant aux questions posés par un petit garçon, Léon XIV a rappelé l’identité et la mission du chrétien aujourd'hui, invitant à affronter les défis de déshumanisation de notre temps.

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Comment honorer Saint Antoine de Padoue ? Prières, neuvaines et dévotion
La fête de Saint Antoine de Padoue est célébrée chaque année le 13 juin.
Léon XIV: les séniors, maîtres d’une vie qu’on ne mesure pas à l’efficacité

Dans une lettre signée par le cardinal secrétaire d'État Piero Parolin au cardinal Kevin Joseph Farrell, préfet du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, à l'occasion de la rencontre sur la pastorale des personnes âgées, le 10 juin, le Pape souligne la valeur de la fragilité comme «partie intégrante de ce qui nous rend merveilleux», et comment la véritable essence de l'existence repose sur la «capacité d'aimer et de se laisser aimer».

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Affaire Lyhanna: le pouvoir s’affole

Selon notre chroniqueur, les enfants oubliés pourraient accélérer la révolution populiste qui couve…


Le pouvoir s’affole. Gérald Darmanin en perd sa voix. La Révolution des oubliés[1] est en marche. Le gouvernement improvise des annonces visant à accélérer les actes d’enquêtes concernant les agressions sexuelles contre les enfants et à renforcer les peines pour les violeurs en série. Hier, le Sénat a entendu en urgence le ministre de la Justice et celui de l’Intérieur, Laurent Nunez. Mais le réveil arrive trop tard. La parole officielle n’est plus crédible. Le meurtre de Lyhanna ne révèle pas seulement une justice naufragée, incapable de protéger les gens, à commencer par les plus fragiles. Plus généralement, l’Etat affaibli laisse voir son renoncement à défendre la nation, son peuple, sa souveraineté, sa cohésion, ses frontières. Lundi, des citoyens ulcérés ont protesté devant des tribunaux. Place Vendôme, face au ministère de la Justice, des indignés ont bravé l’interdiction de manifester, en réclamant la démission d’un Darmanin aphone, hier soir sur CNews.

Des Femen (gauche) côtoient des féministes de Némesis (droite). Des figures de la société civile émergent. Dimanche dernier, le maire divers droite de Fleurance (Gers), Grégory Bobbato, en tête de la marche blanche, s’est imposé par son discours mettant en cause des « défaillances sociétales ». Mardi, Me Pierre Debuisson, avocat de la mère d’une autre fillette, Rosa, violée impunément par Jérôme Barella a annoncé avoir déposé plainte contre l’Etat pour « faute lourde ». L’avocat veut également poursuivre les parquets (d’Auch et de Toulouse) et la gendarmerie pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». Il veut traduire Darmanin devant la Cour de Justice de la République. Dans Le Figaro d’hier, Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, écrit : « Le peuple se lève. Aujourd’hui, c’est une révolte. Demain, ce sera une révolution ». Elle est déjà là.

A lire aussi, du même auteur: Le peuple en état de légitime défense

Les esprits sont prêts. L’espoir d’une grande bascule est l’idée qui s’installe auprès de ceux qui constatent la faillite du système. Cinquante ans d’erreurs collectives, droite et gauche confondues, ne pourront être corrigées sans rompre avec une classe politique qui se claquemure et s’accroche à ses certitudes. « Il faut entendre le besoin de radicalité dans la société », explique, ce mercredi matin sur RTL, le banquier de gauche Matthieu Pigasse. Cependant le progressisme n’écrit plus l’histoire. Elle lui tourne le dos. La gauche n’est plus hégémonique, même si elle conserve encore ses bastions dans le monde culturel et médiatique. Certes, face au meurtre de Lyhanna, le camp du Bien a oublié ses critiques qui dénonçaient des récupérations politiques à propos des crimes commis contre des jeunes filles par des OQTF. Cette fois, la qualité de Français blanc et européen de Barella ne pose plus ce genre de réticences. Reste que cet assassinat n’efface pas ceux de Lola, de Philippine et de bien d’autres victimes d’immigrés indésirables. Les magistrats, qui protestent ces jours-ci de leur mise en cause, ne comprennent rien à la colère française. Ce sont toutes les institutions, confisquées par des castes populophobes, qui vont avoir à rendre des comptes. La réalité de la révolution du bon sens se lira dans son aboutissement, en mai 2027. Jamais présidentielle n’aura été aussi déterminante pour le destin du pays.

La révolution des oubliés

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[1] De l’auteur, Fayard

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Le Pape appelle à démasquer la violence pour que la haine cède la place à l'espérance

Récitation du chapelet ce mercredi matin dans le sanctuaire de Montserrat où est conservée l'image de la «Moreneta», en présence du Pape. Léon XIV a rappelé que Jésus «démasque la violence qui peut se cacher dans nos paroles et nos attitudes» et invite à déposer les armures qui endurcissent le cœur. «Revêtons-nous uniquement des armes de Dieu», a-t-il demandé aux fidèles, vivement remerciés pour leur manifestation de foi.

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Barcelone «lève les yeux» vers la Tour de Jésus-Christ de la Sagrada Família

Pour la dernière étape de sa visite à Barcelone, le Pape présidera une messe en la basilique de la Sagrada Família, ce mercredi 10 juin au soir. Léon XIV inaugurera et bénira la tour de Jésus-Christ, 100 ans jour pour jour après la mort de l’architecte Antoni Gaudí, dont l’œuvre continue de témoigner de la rencontre entre l’art et la spiritualité, invitant chacun à «lever les yeux» vers le Christ. Entretien avec le père Josep Maria Turull, recteur de la basilique de la Sagrada Familia.

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«La France est un lieu d’expansion du Sud global»

Pourquoi aime-t-on encore la France alors qu’elle court si vite à sa perte? Pour son élégance, son sens de l’amitié et sa libido rebelle au puritanisme américain, répond Mathieu Bock-Côté. Face à la partition rampante du territoire, l’essayiste exhorte la droite à surmonter ses querelles de personnes. Question de vie ou de mort.


Causeur. À l’approche de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a forgé un concept censé définir son projet de société : la « Nouvelle France ». Soit précisément le terme qui désignait le Québec à l’Âge classique, quand c’était une colonie française. Avez-vous pris cela comme un hommage à votre beau pays ?

Mathieu Bock-Côté. Bien au contraire, j’estime être victime d’appropriation culturelle ! (Rires.) La mémoire de la Nouvelle-France se trouve au cœur de l’identité québécoise. Et cela se voit encore partout à l’œil nu. À Montréal, l’un des monuments les plus célèbres, avec le pont Jacques-Cartier, est le pont Samuel-De Champlain, appelé ainsi en hommage à l’envoyé d’Henri IV qui a fondé la ville de Québec en 1608. Or en 2013, il a été question de rebaptiser l’ouvrage en lui donnant le nom d’une légende nationale du hockey, Maurice Richard. Malgré l’immense popularité de cet athlète, les autorités ont renoncé au projet quand elles ont vu l’émotion suscitée. Si nous ne sommes plus français depuis plus de deux cent soixante ans, nous n’oublions pas les racines françaises du pays, et la langue de Molière n’a jamais cessé d’être la nôtre, même si nous la parlons avec l’accent de Gilles Vigneault et de Félix Leclerc. En ce temps-là, la Nouvelle-France était un projet de rayonnement de la France par le moyen de la colonisation. La Nouvelle France de Jean-Luc Mélenchon est, au contraire, un projet d’effacement de la France par une contre-colonisation.

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Vous parlez de votre passé colonial de façon très positive. Est-ce un sentiment partagé au Québec ?

Longtemps les Québécois ont eu une certaine rancœur envers la France, mais pas parce qu’elle a colonisé le Québec, ce serait absurde, car ils sont issus de cette colonisation, mais parce qu’elle les a abandonnés à la fin de la guerre de Sept Ans pour préférer garder les Antilles. Remarquez, beaucoup de Français en ont aussi souffert, notamment Michelet qui a écrit au sujet du traité de Paris signé en 1763 : « Que perd alors la France ? Rien, sinon le monde. » Cela dit, depuis que de Gaulle a proclamé « Vive le Québec libre » sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal en 1967, nous sommes réconciliés avec l’ancienne mère patrie. Je suis toujours ému quand je me replonge dans le récit de la visite du général au Québec. Au cours de son séjour, il s’est notamment rendu dans la ville de Trois-Rivières. Et ce jour-là, il a déclaré : « Vive Trois-Rivières, vive le Québec, vive la Nouvelle-France, et vive la France ! »

Et les Amérindiens, comment jugent-ils ce passé colonial ?

C’est une histoire peu connue, mais dès le départ, les colons français ont choisi de ne pas se comporter en dominateurs. Au lieu d’imiter les Anglais, qui ont repoussé les Amérindiens puis les ont parqués dans des réserves, ils se sont alliés avec plusieurs tribus. Après la défaite française, au moment de la guerre de Conquête, ce seront des chefs amérindiens qui seront les derniers à combattre pour le maintien de la souveraineté française en Amérique. On connaît aussi l’histoire du peuple métis, dans l’Ouest canadien, issu de l’alliance entre les coureurs des bois et les femmes amérindiennes, dont le chef, Louis Riel, s’est révolté contre les Anglais à partir de 1869 avec le soutien d’Honoré Mercier, Premier ministre québécois connu pour sa formule quand il a appris la mort du rebelle, pendu par le régime canadien : « On a tué notre frère Riel ! » Je connais peu de leaders nationalistes de peuples d’ascendance européenne qui auraient pu dire une telle phrase à l’époque.

Venons-en à notre côté de l’Atlantique. Vous disiez que l’ambition de Mélenchon est l’effacement de la France. Quelle est selon vous l’imminence du danger ?

Je pense que la messe sera dite d’ici quelques décennies. On ne dira plus alors que la France est un pays d’immigration, mais un lieu de l’expansion territoriale du Sud global vers le Nord. On pourra même raconter que cette histoire a commencé quand les États-Unis se sont désoccidentalisés à partir des années 1960, avec dans leur sillage le Canada, mais aussi la Nouvelle-Zélande et l’Australie, pays qui eux aussi ont alors progressivement renoncé à leur ancrage européen pour devenir des laboratoires du multiculturalisme. Le dernier Occident sera donc l’Europe, où subsisteront en fin de compte quelques principautés indépendantes où seront majoritaires les peuples historiques européens, comme au temps de l’Espagne musulmane.

A lire aussi: Le peuple en état de légitime défense

Mais pourquoi diable vous êtes-vous installé voilà cinq ans dans notre pays s’il est en voie d’effacement ?

D’abord, la France n’a pas dit son dernier mot, nous ne sommes pas encore contemporains des derniers jours et on peut toujours se battre démocratiquement pour que ce futur désagréable n’advienne pas ! La France est un pays magnifique, tout simplement. Il y a quelque chose dans votre manière de vivre qui est fascinante. Votre souci d’élégance, la splendeur de vos monuments qui témoigne d’un passé glorieux, et puis peut-être le plus important, l’amitié à la française, qui veut dire quelque chose. Sans oublier l’amour bien sûr : en France, une espèce de libido circule un peu partout. Il y a partout dans les rapports sociaux un désir de plaire qui va à l’encontre du puritanisme nord-américain. Alors certes il y a aussi chez vous une forme d’universalisme névrotique qui vous mène à croire que vous vous confondez avec l’humanité entière, sans voir à quel point cette idée que vous vous faites de vous-même est provinciale. Reste que vous êtes un beau peuple, tout simplement, l’expression la plus achevée, de mon point de vue, de la civilisation occidentale. 

Sauf que cette identité est vouée à disparaître, dites-vous…

Oui, mais vous partez de tellement haut que, même quand vous chutez, vous restez encore d’un bon niveau. Et par ailleurs, il faut se battre, pour renverser la tendance.

Nous chutons douloureusement. Parfois en nous faisant carrément très mal. N’êtes-vous pas frappé par exemple par la violence des émeutes urbaines en France, comme celles qui se produisent régulièrement lors des grands matchs du PSG ?

Vous savez, la décadence n’est pas spécifiquement française. Elle est partout en Occident. Cela dit, je vois bien ce qui s’exprime d’inquiétant dans ces échauffourées toujours plus nombreuses en France : un instinct de conquête territoriale, de conquête vitale. C’est du reste cette même dynamique qui est à l’œuvre, certes de façon plus pacifique, quand La France insoumise remporte des victoires électorales, comme récemment à Roubaix ou Saint-Denis. Demain d’autres villes assiégées tomberont. Et la droite ne gagnera plus jamais à Paris. Bref, on voit les conséquences politiques du changement démographique. Mais nous nous interdisons de le conceptualiser.

Attention, on va dire que vous êtes « un adepte de la théorie raciste du grand remplacement », comme on dit au Monde !

Ce n’est pas moi qui le suis, mais Jean-Luc Mélenchon, qui s’en réclame. Ou le député mélenchoniste Sébastien Delogu quand il lance en décembre aux électeurs de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine : « Vous avez une opportunité en or, qu’enfin un racisé dirige ces deux villes et fasse en sorte que le réel peuple de France reprenne le pouvoir ici. » À cause de ce type de discours, la dimension ethnique remonte toujours davantage à la surface dans le débat public, et je m’en désole, inutile de le préciser. Philippe Séguin l’avait annoncé. « Vous sacrifiez la nation, mais vous n’aurez pas d’individus, vous retrouverez des tribus. » On y est.

Redoutez-vous une guerre tribale en France ?

Non, parce que le pays dispose quand même d’institutions assez fortes qui peuvent convenir aux situations explosives radicales. Donc, si jamais ça explosait vraiment, l’appareil d’État saurait réagir, sur le mode répressif, hélas. Je pense qu’on va plutôt assister à une forme de partition des populations selon des critères non dits.

A lire aussi: «Je préfère avoir un président LFI qu’une guerre civile»

Même si un mouvement anti-immigration arrive au pouvoir ?

Si un tel parti arrivait au pouvoir, s’il organisait le référendum nécessaire afin de modifier fondamentalement la politique d’immigration, on pourrait imaginer une réorientation des paramètres d’action publique entraînant une amélioration visible à horizon de vingt ans ou trente ans. Mais je ne suis guère optimiste. La culture gauloise de la chamaillerie empêche le camp national de s’unir. Le RN ne devrait pas tenir Éric Zemmour pour une espèce de félon insupportable et ce dernier devrait reconnaître dans le parti de Jordan Bardella le navire amiral du camp national. Marion Maréchal et Sarah Knafo devraient considérer qu’elles sont des alliées politiques. Nicolas Dupont-Aignan, qui, à sa manière, a tenu le flambeau pendant des années, ne devrait pas être méprisé comme il l’est par le reste de sa famille politique. Et tout ce monde devrait espérer le ralliement des Bruno Retailleau et David Lisnard, qui possèdent une culture gouvernementale utile.

Mais vous qui êtes un libéral, n’êtes-vous pas rebuté par les accents parfois ultraconservateurs de certains leaders nationaux-populistes ?

Je fréquente le camp national de votre pays depuis un certain temps et je n’ai pas l’impression d’être devant une collection de bigots et de sectaires. Il faut faire une différence entre les fantasmes de Libé qui voit partout des puritains insupportables et la réalité, très éloignée de cette caricature.

Et au Québec, la nation peut-elle encore gagner avec ce référendum que vous appelez de vos vœux ?

Je vais vous répondre en convoquant Francis Fukuyama, qui a prophétisé la « fin de l’Histoire » en 1992. Quoique assez sûr de son fait, il affirme alors qu’une seule hypothèse pourrait le mener à réviser sa théorie : l’indépendance du Québec. Si un tel événement se produisait, dit-il, cela signifierait que les passions humaines et politiques sont plus fortes que la logique rationnelle et utilitaire des hommes. La balle est donc dans notre camp. L’indépendance du Québec se fera. Et qui sait, la Nouvelle-France authentique, je veux dire la québécoise, sera peut-être demain le remède à la Nouvelle France de Mélenchon.

Le pessimiste joyeux

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Léon XIV aux détenus de Brians 1: «le passé ne condamne pas l’avenir»

Ce mercredi 10 Juin, Léon XIV a débuté sa deuxième journée à Barcelone par une visite pastorale au centre pénitentiaire de Brians 1, situé dans la commune de Sant Esteve Sesrovires, à quarante kilomètres de Barcelone. Dans son discours, Léon XIV a notamment rappelé aux détenus que «les erreurs de la vie ne déterminent pas l’identité d’une personne».

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Affaire Lyhanna: le rappel de quelques évidences

Il faut trouver un juste milieu entre le lamentable corporatisme des procureurs et les accusations populistes globalisantes.


Après le fiasco judiciaire…

Le président de la République a eu tort de précipiter son jugement ! Comme il l’a déjà fait trop souvent, notamment pour Nahel… Les politiques s’indignent, de droite, de gauche, d’extrême droite, d’extrême gauche (pour elle, la police tue !). La plupart feignent de découvrir aujourd’hui ce sur quoi ils étaient demeurés longtemps indifférents, traitant la justice comme une quantité négligeable et un univers secondaire. Maintenant, place aux vitupérations, aux improvisations et aux multiples propositions ! Tout n’est pas à jeter. Qui serait assez obtus pour contester la nécessité d’une augmentation des moyens, mais si peu lucide qu’il affirmerait que leur pénurie matérielle et humaine est la cause de tout ? Tant de désastres judiciaires se sont produits qui seraient demeurés les mêmes malgré une situation budgétaire différente… Il est absurde de répéter comme un mantra que l’institution est coupable, qu’il y a une responsabilité collective. Cette banalité est une fuite, une dérive : derrière chaque tragédie, il y a forcément des responsabilités de toutes sortes, individuelles, personnelles, multiples. Dénoncer des abstractions est trop confortable. Identifier et sanctionner, s’il y a lieu, les transgressions et les négligences clairement imputables à tel ou telle sera plus efficace et évitera un opprobre général qui n’aurait aucun sens. La vindicte populaire, les insultes et les menaces contre le tribunal et les magistrats d’Auch sont honteuses. Il n’empêche que la magistrature, dans son ensemble, devra un jour y mettre du sien sur le plan de la réflexion collective et de ses pratiques. Trop souvent, le citoyen est oublié, et parfois même méprisé. Quoi ? Il ose s’occuper de ce qui le regarde ! Mais quand la Conférence nationale des procureurs de la République se contente de dire que « la colère est mauvaise conseillère » et qu’il faut refuser toute sanction, c’est un peu court et le triomphe d’un lamentable corporatisme ! Il faut cesser de « saturer de priorités » l’univers régalien, comme si l’on avait le droit, au prétexte du narcotrafic, des viols et des horreurs pédocriminelles, de ne pas appréhender l’immense masse de la délinquance du quotidien. Il nous faudrait, pour la France, sur le plan régalien, le Rudy Giuliani de la grande époque. Rien de ce qui est transgressif, du dérisoire au grave, ne doit nous demeurer étranger ! Si nous ne traduisons pas dans les faits les leçons que nous enseigne la tragédie, tellement évitable, de la si jeune Lyhanna, ainsi que celles que nous aurions déjà dû apprendre auparavant, le futur sera pavé des mêmes horreurs. Les structures et les moyens ont leur importance, mais sans des politiques – fi de l’irresponsabilité illimitée ! – et des magistrats à la hauteur dans notre démocratie, nous aurons des indignations à répétition, mais jamais un authentique redressement.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Belfast: guerre et barbarie

À Belfast, une attaque au couteau perpétrée par un migrant soudanais contre un homme d’une quarantaine d’années, filmée puis diffusée lundi soir par un riverain, a suscité une vive émotion dans le pays. En réaction, des manifestations hostiles à l’immigration ont dégénéré en violences mardi. Les autorités ont toutefois écarté la piste terroriste. Comme après l’affaire Henry Nowak, le Premier ministre Keir Starmer a dénoncé sur X une « attaque écœurante » et en même temps « des scènes de violence abjectes ».


Dans une rue de Belfast, un homme est jeté à terre. Son agresseur lui crève les yeux avant d’entreprendre de le décapiter. Lorsque j’ai appris cette nouvelle, je n’ai pas pensé à l’Irlande du Nord, ni aux statistiques de la criminalité, ni même aux interminables commentaires dont notre époque recouvre les événements pour éviter d’en regarder le cœur. J’ai pensé à quelque chose de beaucoup plus ancien. J’ai pensé à ces âges obscurs que nous croyions relégués dans les marges de l’histoire, à ces temps où l’on coupait les têtes pour les exposer sur les remparts, où l’on mutilait les vaincus afin que leur chair parle plus fort que leur mort.

A lire du même auteur: Affaire Nowak : quel antiracisme ?

Et je me suis demandé si notre principale faiblesse n’était pas devenue notre incapacité à reconnaître la barbarie lorsqu’elle se présente devant nous. Car il existe aujourd’hui une confusion qui empoisonne toute réflexion sur la violence. Nous avons fini par croire que la guerre et la barbarie étaient une seule et même chose. Tout est barbare : les conflits, les attentats, les crimes, les émeutes, les bombardements, les frontières, parfois même les paroles. À force d’employer ce mot pour désigner toute forme de brutalité, nous l’avons vidé de son sens. Nous avons perdu la faculté de distinguer. Or une civilisation commence souvent à décliner lorsqu’elle ne sait plus distinguer.

Jouissance de destruction

La guerre est aussi ancienne que les cités, les royaumes et les empires. Elle est l’une des tragédies permanentes de l’histoire humaine. Elle détruit des villes, emporte des innocents, dévaste des paysages et remplit les cimetières. Elle est presque toujours injuste pour ceux qui la subissent. Pourtant, même dans sa brutalité, elle demeure liée à une finalité qui lui est extérieure. On fait la guerre pour défendre une frontière, conquérir un territoire, imposer une domination, préserver une indépendance ou assurer la survie d’un peuple. La barbarie commence lorsque cette finalité s’efface derrière la jouissance même de la destruction. Elle apparaît lorsque tuer ne suffit plus. Lorsqu’il faut encore humilier. Lorsqu’il faut profaner. Lorsqu’il faut faire du corps de la victime un message destiné aux survivants.

La différence est essentielle. Un soldat peut tuer par devoir, par peur, par discipline ou par conviction. Le barbare tue et cherche en même temps à détruire l’humanité même de celui qu’il tue. Il veut effacer le visage avant d’effacer la vie. Il veut dégrader autant qu’anéantir. L’histoire récente nous offre malheureusement de nombreux exemples de cette réalité. Au Rwanda, en 1994, des voisins massacrèrent leurs voisins à la machette avec une fureur qui semblait avoir rompu tous les liens de la civilisation. Dans les territoires contrôlés par Daech, des hommes furent décapités devant des caméras afin que leur mort soit vue par le monde entier. Au Mexique, certains cartels suspendent des corps mutilés aux ponts routiers ou abandonnent des restes humains sur les places publiques afin de terroriser leurs adversaires. Au Soudan, des villages entiers ont été livrés au meurtre, au pillage et au viol. Le 7 octobre 2023, des familles furent massacrées, des civils assassinés, et les images de leur souffrance transformées en trophées destinés à circuler sur les réseaux sociaux.

Au-delà du crime

Les causes diffèrent. Les idéologies diffèrent. Les contextes diffèrent. Mais quelque chose demeure identique. Dans chacun de ces cas, la violence cesse d’être un moyen pour devenir un spectacle. La souffrance cesse d’être une conséquence pour devenir un objectif. Le meurtre cesse d’être un acte de guerre ou un simple crime pour se transformer en cérémonie de l’humiliation. Voilà ce que notre époque peine à comprendre. Nous avons développé une extraordinaire capacité à expliquer les violences. Nous les rapportons à l’exclusion, à la pauvreté, aux traumatismes historiques, aux discriminations, aux frustrations sociales ou aux héritages coloniaux. Toutes ces explications peuvent contenir une part de vérité. Elles deviennent dangereuses lorsqu’elles remplacent le regard lui-même. À force de chercher les causes, nous oublions parfois les actes. À force de comprendre, nous cessons de juger. À force d’expliquer les bourreaux, nous ne voyons plus ce qu’ils font.

A lire aussi: Bavure antiraciste

Le tabloïd « Daily Express » DR.

L’affaire de Belfast est révélatrice à cet égard. Ce qui frappe n’est pas seulement l’extrême violence de l’agression. Les chroniques judiciaires sont pleines de violences extrêmes. Ce qui saisit ici est cette volonté de détruire le regard avant la vie. Crever les yeux d’un homme, c’est tenter d’effacer sa présence humaine avant même de supprimer son existence physique. Puis vient la tentative de décapitation, comme si la mort elle-même demeurait insuffisante. Cette logique nous conduit bien au-delà du crime ordinaire. Elle nous conduit vers cette région obscure de l’âme humaine où la destruction devient une source de satisfaction, où l’humiliation compte davantage que la victoire, où le corps de l’autre cesse d’être celui d’un semblable pour devenir celui d’un objet que l’on peut mutiler à volonté. C’est précisément cela que l’on appelle la barbarie.

Désarmement moral

Le drame de l’Europe contemporaine n’est pas tant l’existence de la barbarie. Celle-ci a toujours existé. Elle a accompagné les hommes depuis les premiers empires jusqu’aux totalitarismes du XXe siècle. Le véritable drame est que nous avons perdu les instruments intellectuels et moraux qui permettraient de la reconnaître. Nous continuons à parler des droits de l’homme, de tolérance, de paix, de dialogue et de vivre-ensemble, comme si ces principes suffisaient à conjurer les forces obscures qui traversent l’histoire humaine. Nous nous comportons souvent comme si le progrès matériel avait transformé la nature même de l’homme. Or rien n’est plus faux. Sous les villes modernes, les réseaux numériques, les institutions démocratiques et les déclarations universelles, demeurent les mêmes passions, les mêmes haines, les mêmes désirs de domination, les mêmes pulsions de destruction qui ont accompagné l’humanité depuis ses origines.

La civilisation n’abolit pas ces forces. Elle les contient. Elle les limite. Elle les discipline. Et lorsqu’elle cesse de les voir, lorsqu’elle refuse de les nommer ou lorsqu’elle les dissout dans des explications abstraites, elle s’affaiblit elle-même. Les sociétés ne meurent pas parce qu’elles rencontrent des ennemis. Toutes les sociétés ont rencontré des ennemis. Elles commencent à mourir lorsqu’elles perdent leur capacité de jugement, lorsqu’elles ne savent plus distinguer le tragique de l’histoire de ses formes les plus monstrueuses, lorsqu’elles confondent la guerre, qui appartient à la condition humaine, avec la barbarie, qui est la célébration même de la destruction de l’homme par l’homme.

A lire aussi: Le grand retournement des élites contre la civilisation

Peut-être est-ce là la leçon que nous adressent, chacune à leur manière, les machettes du Rwanda, les décapitations de Daech, les atrocités du Soudan, les massacres du 7 octobre et cette scène surgit d’une rue de Belfast comme un souvenir venu des âges les plus reculés. Ces événements nous rappellent que la barbarie n’est jamais loin. Elle attend simplement que les hommes cessent de la reconnaître pour reprendre sa place dans l’histoire. Et il se pourrait bien que le signe le plus inquiétant de notre époque ne soit pas son retour, mais notre difficulté croissante à la voir lorsqu’elle se tient devant nous.

La société malade

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Le pape Léon XIV veut «désarmer» l’intelligence artificielle: réarmons plutôt l’intelligence humaine

Le pape alerte sur les menaces liées à l’intelligence artificielle, sans pour autant appeler à un moratoire. Dans les pays développés, certains économistes redoutent que l’IA générative ne fasse aux emplois qualifiés ce que la mondialisation a fait à de nombreux emplois industriels. Et dans le monde feutré et inquiétant de la tech, nul ne sait plus vraiment si quelqu’un serait toujours en mesure d’appuyer sur le bouton « Arrêt »… Réflexion


Dans son encyclique Magnifica humanitas, le pape Léon XIV, installé sur le trône de Saint-Pierre depuis plus d’un an, met en garde contre l’intelligence artificielle qu’il invite à « désarmer », sans quoi notre société sombrerait dans une déshumanisation accrue marquée par l’émergence de nouvelles formes d’esclavage. Le Saint-Père est évidemment dans son rôle et dans la continuité historique d’une institution freinant, parfois à raison, parfois à tort, toute forme de progrès. Pourtant, à moins d’un improbable coup d’arrêt planétaire, dont on ignore d’ailleurs par qui il serait décidé ou imposé, et sûrement pas du fait d’une Eglise au pouvoir déclinant, il faudra composer avec l’omniprésence de l’IA. 

La question qui va hanter notre époque

Bien sûr, il ne fait plus guère de doute que celle-ci transformera l’homme dans ce qui le façonne et le caractérise : son génie autant que sa démesure, sa capacité de mémorisation, sa représentation du monde, ses rapports de domination, ses activités parfois routinières jusqu’au travail qui lui assure les conditions financières de sa survie. Ce défi aux confins de la philosophie et de la vie pratique devrait hanter chacun d’entre nous, peut-être pas autant que la question de la mort ou du temps qui passe, mais nous impose d’être à la hauteur des enjeux, individuellement et collectivement, afin au mieux de façonner la révolution à l’œuvre ou au pire nous adapter afin au moins de ne pas trop perdre la partie.

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Individuellement, si l’homme se refuse d’être une meilleure version de lui-même, il sombrera dans l’assistanat, c’est-à-dire dépendant d’une soumission nouvelle, en plus d’être déjà perfusé d’aides en tous genres. Collectivement, une généralisation de ce scénario risquerait fortement d’accélérer la décadence qui prendrait pour traits une société de zombies toujours moins capables d’écrire, de compter, de se projeter, simplement d’exercer une activité professionnelle. Dans cet espace, la barbarie, aiguillonnée par l’ignorance, finirait par triompher et ce serait la victoire finale du « tous contre tous », la guerre généralisée, l’apocalypse et l’avènement possible du « technofascisme ». Et la fin de l’homme dans ce qu’il a de plus précieux : son humanité.

On ne me remplacera pas en premier !

Heureusement, à rebours de cette option, il reste à l’homme l’option d’accompagner l’évolution en s’appropriant les avantages que permet la machine ou, combat peut-être vain, être meilleur qu’elle en se reconnectant avec ce qui fait son essence. En d’autres termes, il devra donc renouer avec son génie et sa grandeur, sans quoi une intelligence artificielle sans garde-fou le remplacera, tant dans le milieu professionnel – pensons entre autres au journalisme, aux services à la clientèle et même à la médecine -, que dans la sphère privée – où, déjà, des applications permettent d’être en couple avec des partenaires virtuels.

A chacun donc, à l’heure où la décivilisation gagne du terrain, de se responsabiliser après des années de laissez-faire, de s’approprier des vertus supérieures, de maîtriser les événements de sa vie, mais aussi d’acquérir une capacité d’analyse des enjeux, une éloquence qui ne saurait faire fi d’une réappropriation du langage, une liberté de pensée non soumise aux tentaculaires algorithmiques et une culture générale solide permettant de briller en société – qu’on se rassure, ce n’est pas à court terme que des puces omniscientes seront implantées dans nos cerveaux. Et si ce défi ne parle pas, que chacun au moins, dans une logique très égoïste cette fois-ci, comprenne qu’il est dans son intérêt de se mettre dans la position de ne pas être le premier à être remplacé par l’IA.

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Pour relever le défi, nous devrons donc revaloriser, dès le plus jeune âge, les savoirs, les émotions et les attitudes qu’aucune intelligence artificielle ne pourrait totalement acquérir. Bien que l’actualité ne pousse pas à l’optimisme, il reste bien cette note positive : jamais aucune d’entre elle ne parviendra à remplacer les actes de bravoure ; aucune impression en 3D ne pourra rivaliser avec les cathédrales ; aucune fragrance artificiellement fabriquée ne dégagera d’effluves plus douces  que le parfum des fleurs qui éclosent sur nos chemins de pèlerinage et sentiers de randonnée ; l’intelligence qui résoudra les conflits mondiaux n’est pas encore arrivée et les hommes continueront de façonner le monde, pour le meilleur et pour le pire.

Contrairement à ce que sous-entend Léon XIV dans son encyclique, la déshumanisation et ses conséquences, dont la guerre, ne viendront pas de l’intelligence artificielle, qui ne fera que renforcer des tendances à l’œuvre, mais d’avoir fait croire à l’homme que sa propre intelligence était devenue superflue.  Et si tout ceci semble fort logique et banal, mais écrit sans l’aide d’une IA, concluons que la montée en puissance d’une forme intelligence ne devrait définitivement signifier qu’une autre s’éteigne, mais au contraire qu’elles se renforcent. 

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Comptez la femme…

Coupe du monde: la compétition n’a pas encore commencé, mais Marie Portolano a déjà chaussé ses crampons et dit une ânerie !


Il parait qu’il n’y a pas assez de femmes parmi les journalistes qui couvriront la Coupe du monde. C’est le sport préféré des féministes : compter les femmes – dans les conseils d’administration du CAC 40, les municipalités, les équipes de tournage de cinéma et les abonnés au gaz. Je ne sais pas si ça les aide à s’endormir mais le résultat est toujours le même: il n’y en a pas assez.

Bête comme ses pieds

Avant le début du Mondial de football, la journaliste Marie Portolano pousse une gueulante dans une tribune intitulée « Il faut nous dire si on dérange[1] ». Co-auteur du documentaire Je ne suis pas une salope je suis journaliste, officiant désormais aux Maternelles sur France 5, elle nous prévient : on va en bouffer. « Pendant un mois, le foot sera partout, tout le temps ». Chouette ! Mais, la fête sera gâchée parce que sur 150 journalistes français dépêchés aux Etats-Unis et au Mexique pour nous faire vivre ce grand moment de fraternité, il y a seulement dix femmes (6%). Depuis des années, Marie Portolano et d’autres tempêtent, accusent, publient livres et articles. Et pourtant les journalistes sportives sont toujours invisibilisées, c’est trop injuste.

J’ironise, mais 6 % de femmes ce n’est effectivement pas beaucoup. La société bouge à son rythme. Les femmes ont investi le journalisme sportif depuis une quinzaine d’années. Faites leur confiance, Messieurs, dans une génération voire moins, elles seront majoritaires… Regardez la féminisation du reste de l’ensemble de la profession.

En attendant, une seule question devrait compter : des consœurs sont-elles privées de Coupe du monde parce qu’elles sont des femmes ? Marie Portolano le suggère mais ne fournit malheureusement aucun témoignage.

On discute sur le sexe des anges…

Surtout, je me fiche complètement du sexe des journalistes qui commenteront le foot. Le public serait-il mieux informé s’il y avait 50 % de femmes ? Si toutes les activités humaines doivent être paritaires, Mme Portolano devrait réclamer la parité sur les chantiers de BTP, dans les mines, ou sur les navires de guerre. Et déplorer aussi le fait que l’audiovisuel public soit actuellement dirigé exclusivement par des femmes. Pas très paritaire, tout ça…

Derrière ces ratiocinations statistiques, il y a un récit mensonger d’un monde éternellement patriarcal. En réalité, les féministes ont gagné depuis un moment : l’égalité est la NORME dans nos sociétés. Certes, elle n’est pas pleinement réalisée. Il y a encore ici et là des femmes dominées. Des hommes aussi, d’ailleurs. Mais je vois autour de moi des amazones, des conquérantes, des guerrières, des battantes, des femmes qui font ce qui leur plait sans exiger d’être traitées comme une espèce protégée. Alors, non, Marie Portolano, ce ne sont pas les femmes journalistes qui me dérangent mais ces humiliantes pleurnicheries.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/10-femmes-sur-150-journalistes-au-mondial-de-football-il-faut-nous-dire-si-on-derange-par-marie-portolano-20260608_VKKVC4DWVNGCRGH3YWUEJDDOI4

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«Chez Gaudí, l’architecture devient prière, mission et ''catéchisme de pierre''»

Alors que mercredi 10 juin, le Pape inaugurera la tour Jésus-Christ de la Sagrada Família à Barcelone, l'historien Patrick Sbalchiero, auteur de «Antoni Gaudí: L'architecte de Dieu» (éditions Artège), revient sur la dimension théologique de la basilique catalane, sur l’actualité spirituelle d’une œuvre monumentale qui continue de parler, aujourd’hui encore, à une société sécularisée, mais aussi sur l’influence de la Vierge Marie dans l’univers de l’architecte élevé au rang de vénérable en 2025.

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Écriture inclusive LV2

Alors que la mairie de Clermont-Ferrand renonce à employer l’écriture inclusive dans ses textes officiels, sous prétexte qu’elle serait « un frein à la lecture », l’expérimentation continue outre-Manche. Désormais, les élèves britanniques sont libres d’utiliser un vocabulaire « non-binaire » pour leurs examens de langue française…


Depuis le 4 mai, les élèves britanniques de terminale planchent sur les épreuves finales du GCSE, l’équivalent du baccalauréat outre-Manche. Parmi eux, environ 130 000 lycéens, soit 20 % de la classe d’âge, présentent le français comme langue étrangère. Signe des temps radieusement inclusifs que nous vivons, l’organisme qui établit les standards académiques de l’enseignement secondaire au Royaume-Uni, l’institut Pearson Edexcel, autorise pour la première fois cette année l’emploi dans les copies et lors des oraux du « vocabulaire relatif aux termes “trans” et “non-binaire” ». Concrètement, les candidats ne seront pas sanctionnés s’ils utilisent des «  néo-pronoms hybrides  » tels que «  iel  », «  yel  » ou «  ielle  ». Cependant, la consigne ne précise pas s’il convient d’écrire «  iel est joli·e  », «  yel est joli’e  » ou « ielle est joli-e »

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Pour rappel, le jargon LGBTQIA – superbe illustration de ce que Milan Kundera appelle le « kitsch politique » pour désigner « l’embellissement du mensonge  » – n’est pas recommandé par les instances de contrôle de la langue de Molière que sont l’Académie française ou l’Office québécois de la langue française, et n’est pas davantage consigné dans les dictionnaires de référence comme le Larousse ou le non moins excellent Usito de l’université de Sherbrooke au Québec. Si « iel » figure bien en revanche, depuis 2023, dans l’édition papier du Petit Robert, il y est renseigné comme « rare », car les auteurs en ont constaté l’existence « seulement dans des textes militants et pas dans la langue courante ». En d’autres termes, l’école britannique prend un temps d’avance idéologique sur la nôtre en envisageant d’enseigner le français «  non pas comme il est, mais comme on voudrait qu’il soit », pour reprendre la fameuse expression de Delphine Ernotte-Cunci au sujet de la diversité à la télévision publique. Maigre consolation toutefois, il sera indiqué dans les manuels d’outre Manche que les « formes non genrées sont conçues pour offrir une plus grande liberté d’expression, et non pour imposer une terminologie à autrui  ». Ouf, ils n’ont pas complètement enterré John Stuart Mill !

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June 09, 2026

En images, la quatrième journée de Léon XIV en Espagne

Images exclusives de Vatican Media résumant les rendez-vous de Léon XIV en Espagne, au quatrième jour de son quatrième voyage apostolique.

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Affaire Donald Pols: peut-on être écologiste et ségrégationniste?

L’ascension de Donald Pols, figure majeure de l’écologie néerlandaise, a connu un spectaculaire coup d’arrêt après seulement une journée dans une entreprise de sidérurgie. En cause: la révélation de son passé au sein d’un mouvement étudiant afrikaner opposé à la fin de l’apartheid… Une affaire baroque qui relance, aux Pays-Bas, le débat sur le poids du passé et la possibilité d’une rédemption en politique.


Ancien visage de la lutte climatique aux Pays-Bas, Donald Pols a vu dans son arrivée chez Tata Steel l’occasion de peser de l’intérieur sur la transition industrielle. Mais en l’espace de vingt-quatre heures, sa nomination s’est transformée en crise majeure aux retentissements inattendus.

Donald Pols: de héros du climat à dirigeant évincé en vingt-quatre heures

La carrière de Donald Pols semblait illustrer l’une des trajectoires les plus emblématiques du militantisme environnemental européen contemporain. Ancien directeur de Milieudefensie, la branche néerlandaise des Amis de la Terre, figure de proue des batailles judiciaires contre Shell et défenseur acharné de la justice climatique, il venait d’être recruté par Tata Steel Nederland comme directeur du développement durable et de la communication. Une nomination déjà controversée en raison du profil de l’entreprise, régulièrement accusée d’être l’un des principaux pollueurs des Pays-Bas. Mais personne n’imaginait alors que son mandat ne durerait qu’une seule journée.

Le 2 juin 2026, Tata Steel a brutalement annoncé la rupture de son contrat. Dans un communiqué laconique, le groupe expliquait que des « informations supplémentaires concernant son passé » avaient été portées à sa connaissance et qu’elles n’avaient pas été communiquées auparavant à l’entreprise. L’origine de cette décision ? Son passé de membre du Front des étudiants afrikaners (ASF), un mouvement étudiant de droite sud-africain actif à l’Université de Pretoria à la fin de l’ère de l’apartheid.

Un passé ressurgi des années d’apartheid

Fondé en 1983 à l’Université de Pretoria, le Front des étudiants afrikaners entendait être le porte-voix d’une jeunesse afrikaner hostile aux réformes engagées par le gouvernement sud-africain sur fond de pressions internationales en faveur de la fin de la ségrégation raciale. Proche idéologiquement du Parti conservateur sud-africain et du Parti national reconstitué, l’ASF a longtemps et ouvertement défendu le maintien d’institutions réservées aux Blancs, l’autodétermination des Afrikaners et l’existence d’une « démocratie blanche », reprenant à son compte une symbolique rappelant celle du nazisme. L’organisation s’opposait notamment à l’assouplissement des lois interdisant les mariages mixtes et les relations interraciales. Son discours reposait sur la préservation de l’identité nationale afrikaner et la défense d’un ordre politique fondé sur la séparation ethnique.

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Le mouvement va notamment s’illustrer lors de la visite de Nelson Mandela, leader de l’African National Congress (ANC), longtemps emprisonné, à l’Université de Pretoria en avril 1991. Des centaines d’étudiants, encouragés par l’ASF, avaient perturbé l’événement, pris d’assaut la scène et brûlé un drapeau de l’ANC. Le tout filmé par les caméras du monde entier. À cette époque, Donald Pols occupait des responsabilités au sein de l’organisation. « C’est notre pays, et nous ne permettrons pas qu’il nous soit arraché de manière aussi dictatoriale », avait affirmé alors aux médias de l’époque un jeune Donald Pols qui réclamait également la mise en place d’un volkstaat. « La seule façon d’éviter un bain de sang est d’octroyer aux Afrikaners leur propre patrie », affirma-t-il. Selon des archives de presse citées par le quotidien néerlandais NRC, il avait également déclaré que les organisateurs avaient été avertis que l’invitation de Mandela provoquerait une réaction incontrôlable. Des propos qui réapparaissent aujourd’hui dans un contexte radicalement différent.

De l’extrême droite au combat environnemental

L’histoire de Donald Pols est toutefois celle d’une transformation politique spectaculaire. Né à Pretoria en 1972, il quitte l’Afrique du Sud à l’âge de 21 ans pour s’installer aux Pays-Bas. Il poursuit des études à l’Université de Maastricht, où il obtient un diplôme centré sur la mondialisation et le changement sociétal. Durant cette période, il s’éloigne progressivement de ses engagements de jeunesse. Il fréquente les milieux alternatifs néerlandais, participe au Mouvement des squatters et s’oriente vers les questions environnementales.

Au début de sa carrière, il travaille pour le Parti socialiste néerlandais avant de rejoindre le Fonds mondial pour la nature (WWF), où il se spécialise dans les politiques climatiques et industrielles. Sa notoriété explose véritablement lorsqu’il prend la direction de Milieudefensie en 2015. Sous son impulsion, l’organisation devient l’une des ONG environnementales les plus influentes d’Europe. Elle mène plusieurs campagnes majeures contre les grandes entreprises énergétiques et multiplie les recours judiciaires fondés sur les engagements climatiques internationaux. La plus retentissante reste celle de 2021 où Milieudefensie remporte une victoire historique (notre photo) lorsque la justice néerlandaise ordonne au géant pétrolier Shell de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 45 % d’ici 2030. Cette décision fait alors le tour du monde. Jamais auparavant une multinationale n’avait été condamnée de cette manière sur le terrain climatique. La même année, l’organisation obtient également gain de cause dans une affaire concernant des agriculteurs nigérians victimes de déversements pétroliers.

Ces succès font de M. Pols l’un des visages les plus médiatiques du militantisme climatique européen. En 2020, il figure même parmi les personnalités les plus influentes des Pays-Bas dans le classement annuel du journal de Volkskrant. Lorsque la cour d’appel annule finalement le jugement contre Shell en 2025, Pols dénonce une occasion manquée mais promet de poursuivre le combat, affirmant que « la lutte contre le changement climatique dangereux est un marathon, pas un sprint ».

Pourquoi rejoindre Tata Steel?

C’est précisément cette décision qui avait déjà surpris une partie du monde écologiste. Tata Steel Nederland, entreprise indienne spécialisée dans la sidérurgie, exploite à IJmuiden l’une des plus importantes aciéries d’Europe. L’entreprise est régulièrement critiquée pour ses émissions polluantes et fait l’objet de procédures judiciaires régulières. Des habitants de la région réclament actuellement près d’un milliard d’euros de dommages et intérêts, estimant que les activités industrielles du site ont affecté leur santé et déprécié leurs biens immobiliers. Pour de nombreux militants, voir l’ancien directeur de Milieudefensie rejoindre une entreprise aussi controversée ressemblait à une forme de passage de l’autre côté de la barrière.

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La direction de l’ONG n’avait d’ailleurs pas caché son incompréhension. Son président, Marty Smits, a publiquement regretté le choix de celui qui incarnait depuis plus d’une décennie le combat contre les grands pollueurs industriels. Pour ses détracteurs, cette reconversion relevait du « pantouflage écologique ». Pour ses partisans, elle pouvait représenter une tentative d’influencer la transition industrielle depuis l’intérieur. Face au scandale, tout le conseil de direction de Milieudefensie a également démissionné. Il semblerait que ses membres auraient été mis au courant des activités de Donald Pols dès sa candidature au sein du groupe.

Une affaire révélatrice des contradictions de notre époque

Le débat n’aura finalement duré que quelques semaines. Face aux révélations, Donald Pols a reconnu son passé sans chercher à le minimiser. Interrogé par NRC, il a qualifié ses anciennes convictions de « très mauvaises opinions » et de « comportement répréhensible ». « Il n’y a rien à justifier. J’en assume la responsabilité. Mais je ne suis plus du tout la même personne », a-t-il déclaré. Cette défense repose sur l’idée d’une évolution personnelle profonde, illustrée par plusieurs décennies d’engagement en faveur de causes progressistes, environnementales et sociales. Pour certains observateurs, cette trajectoire démontre précisément la capacité d’un individu à changer radicalement de convictions. Pour d’autres, la question centrale n’est pas tant celle du pardon que celle de la transparence: pourquoi ce passé n’a-t-il pas été pleinement porté à la connaissance de Tata Steel avant sa nomination ? C’est ce point qui semble avoir précipité la rupture du contrat.

Au-delà du cas personnel de Donald Pols, l’affaire révèle les tensions croissantes entre mémoire, responsabilité individuelle et culture de la transparence. Elle met également en lumière les paradoxes d’un monde où les frontières idéologiques sont parfois moins étanches qu’on ne l’imagine. Un ancien militant étudiant afrikaner favorable à l’autodétermination blanche devient l’un des principaux visages européens de la justice climatique avant d’être recruté par l’une des entreprises industrielles les plus contestées des Pays-Bas.

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L’histoire aurait pu être celle d’une rédemption politique ou d’une reconversion stratégique au service de la transition écologique. Elle s’est finalement transformée en un feuilleton où chacun semble avoir été pris de court : Tata Steel découvre le passé de son nouveau dirigeant après l’avoir recruté, Milieudefensie ne comprend toujours pas pourquoi son ancien patron est parti chez un grand pollueur, et Donald Pols voit trente années de carrière environnementale soudain rattrapées par quelques années de jeunesse. Au fond, cette affaire laisse une impression singulière : dans un monde où les entreprises promettent de devenir vertes, où les militants rejoignent les industriels pour les transformer de l’intérieur, et où chaque passé finit par ressurgir sur Internet, la seule chose qui semble encore véritablement durable est la mémoire des archives.

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À Barcelone, le Saint-Père invite les jeunes à transformer leurs blessures en espérance

Lors de la grande veillée de prière au stade olympique «Lluís Companys», enceinte sportive emblématique de la Catalogne, le Saint-Père a, dans son homélie prononcée ce mardi 9 juin, livré un message d'espérance centré sur la figure biblique de Nicodème. Dans un stade pris d’assaut par 40 000 jeunes venus de toute l'Espagne et d'Europe, ce grand moment de prière a mis en exergue des témoignages poignants, des traditions catalanes et un dialogue profond avec la jeunesse.

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MED26, le Pape rencontre les délégués à Barcelone

Dans l’après-midi de ce mardi 9 juin, Léon XIV a eu plusieurs rencontres à Barcelone: avec des représentants institutionnels, et également avec les évêques, les jeunes et les acteurs sociaux qui animent la Rencontre méditerranéenne MED26, qui se tient jusqu’au 12 juin en Catalogne, il leur a recommandé de faire du monde un endroit meilleur.

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Oxfam demande à l’Europe de lutter activement contre les inégalités

Dans un rapport publié le 9 juin, l’organisation internationale Oxfam interpelle les autorités de l’Union européenne sur le niveau record d’inégalités atteint dans le monde. Cette publication met notamment en lumière le rôle non négligeable des 100 plus grandes entreprises européennes dans l’accroissement de ces inégalités sociales, politiques, économiques, et environnementales.

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Léon XIV en Espagne, la réponse irrépressible de Madrid

Le Vicaire du Christ à Madrid a bouleversé la logique du monde car il n’a pas apporté de réponses fondées sur la victoire d’un camp sur l’autre, mais il a ouvert, une fois encore, la porte à la question de sens qui habite le cœur de chaque homme, indiquant le chemin qui permet de vivre pleinement. Ce qui ressort de cette première visite en Espagne, ce n’est pas seulement l’enthousiasme d’embrasser un Pape après tant d’années, mais une véritable réponse, le souffle d’une conscience vivante.

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Le climat à 1 000 euros la tonne: science ou pifométrie?

Selon l’économiste enseignant à Stanford Adrien Bilal, Prix du meilleur jeune économiste 2026, le réchauffement climatique va coûter 50 % du PIB mondial d’ici à 2100. Mais ses résultats sont tout à fait contestables, car il ignore les effets de compensation possibles ici et là, loin d’être négligeables.


Fin mars, Adrien Bilal reçoit le prix du meilleur jeune économiste 2026. Quelques semaines plus tôt, en février, il publie avec Diego Känzig, dans The Quarterly Journal of Economics, une étude à la conclusion détonante : chaque tonne de CO₂ émise coûterait 1 000 € à l’économie (chaque année, un français en émet en moyenne 9 tonnes) ; à ce compte le réchauffement pourrait faire chuter le PIB mondial en 2100 de près de 50 % par rapport à ce qu’il aurait été autrement, au point que les auteurs écrivent que ses effets « sont comparables à ceux de la Grande Dépression de 1929, qui durerait éternellement ». Le résultat fait peur. Mais la méthode utilisée est discutable. Elle consiste à estimer, à partir de faibles variations annuelles de température, leur effet sur la croissance, puis à extrapoler sur de longues périodes. On y repère trois étrangetés.

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Première étrangeté : le réchauffement ne produit que des perdants. En cause : un choix méthodologique qui, en ramenant le climat à une moyenne globale, efface les possibles effets de compensation locale. Ainsi, les pertes enregistrées dans certaines régions ne peuvent plus être contrebalancées par les gains observés ailleurs. Seconde étrangeté : les capacités d’adaptation sont minimisées (nouvelles variétés agricoles, climatisation, relocalisation des activités, etc.). Certes, les auteurs tiennent compte d’une possible innovation, mais seulement telle qu’elle s’est manifestée dans le passé. Ils supposent ainsi qu’elle restera du même ordre face à une évolution pourtant inédite. Troisième étrangeté : présentée comme une remise en cause des énergies fossiles, l’étude repose sur un scénario où les émissions de CO₂ se poursuivent, sans empêcher l’économie de croître et où donc le réchauffement ne fait qu’en freiner le rythme ; ce qui contredit l’analogie avec la Grande Dépression.

Au total, la sophistication du modèle masque mal la fragilité de ses fondements. À partir d’effets marginaux, il évoque une catastrophe globale, au prix d’un monde sans gagnants, sans véritable adaptation, mais où la croissance continue, sans que ne soit jamais effectué la moindre comparaison avec un monde sans énergies fossiles. Sa précision est donc illusoire face à un réchauffement climatique qui se prête décidément mal à ce type de modélisation.

La révolution antispéciste

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La Fabrique de fantômes: comment Fernando Pessoa a démultiplié la littérature

Grâce à la biographie monumentale de Richard Zenith, on peut enfin tenter d’appréhender un peu mieux la galaxie Fernando Pessoa: ce Portugais qui donna vie à plus de 70 écrivains hétéronymes s’interpellant à travers leurs œuvres.


Fernando Pessoa n’était pas un homme, c’était une légion de fantômes embusqués dans une malle de vingt-cinq mille feuillets. Dans une biographie monumentale qui scalpe le mythe du poète bureaucrate, Richard Zenith autopsie ce grand hold-up ontologique où le « Moi » éclate façon puzzle. Une plongée brute et vertigineuse dans l’usine à spectres d’un génie qui a hacké la littérature moderne.

Un continent littéraire

La malle de Pessoa n’est pas le coffre aux trésors d’un esthète en gants blancs. C’est un Pompéi de papier. Lorsque Fernando Pessoa meurt à Lisbonne en 1935, il laisse derrière lui près de vingt-cinq mille feuillets : poèmes, essais, lettres, projets inachevés, notes éparses, fragments griffonnés sur tout ce qui lui tombait sous la main. Avec Pessoa : L’Œuvre-vie, monumentale biographie publiée au Seuil dans la traduction de Nicolas Richard, Richard Zenith entreprend de parcourir ce territoire vertigineux. Il ne raconte pas seulement une existence. Il explore un continent littéraire.

On a tant commenté le « Je est un autre » de Rimbaud que la formule semble aujourd’hui presque inoffensive. Chez Pessoa, elle prend une dimension radicale. L’écrivain portugais ne se contente pas de changer de masque. Il invente des auteurs complets, dotés d’une biographie, d’un tempérament, d’une vision du monde et d’un style propre. Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Álvaro de Campos, Bernardo Soares : chacun possède sa voix, ses obsessions, ses contradictions. Certains dialoguent entre eux, se critiquent, se répondent à distance. Pessoa ne construit pas une œuvre. Il construit une population.

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L’un des grands mérites de Zenith est de ne jamais réduire cette prolifération à un simple symptôme psychologique. Il montre au contraire comment ces figures constituent le cœur même du projet littéraire. À côté des hétéronymes devenus célèbres, il ressuscite aussi des personnages presque oubliés. Maria José, jeune femme bossue et malade qui rédige une bouleversante lettre d’amour à un serrurier qu’elle n’osera jamais approcher. Le Baron de Teive, aristocrate lucide qui détruit ses manuscrits avant de se donner la mort. Tous semblent réclamer le droit d’exister. Pessoa apparaît alors moins comme un auteur que comme une fabrique de fantômes.

Dispersion

Cette logique atteint son point extrême avec Le Livre de l’intranquillité, œuvre centrale qui n’est peut-être même pas un livre. Zenith le rappelle avec une formule décisive : « Ce que l’auteur a produit est par essence un non-livre : une quantité importante mais incertaine de textes à part, non datés, laissés sans ordre précis, si bien que chaque publication […] est nécessairement infidèle à l' »original » inexistant. » Tout est là. Le Livre de l’intranquillité n’est pas un puzzle dont on aurait perdu quelques pièces. C’est un puzzle dont les pièces appartiennent à des boîtes différentes. Chaque édition est une reconstruction. Chaque éditeur doit imposer un ordre à ce qui lui résiste. Il n’existe pas de version définitive à retrouver. Seulement des tentatives successives pour approcher une œuvre qui refuse de se fixer.

Cette impossibilité de coïncider avec soi-même traverse toute la vie de Pessoa. Le jour, il rédige des correspondances commerciales pour des entreprises lisboètes. Le soir, il se disperse dans ses créatures. Bernardo Soares, son célèbre « semi-hétéronyme », formule peut-être le mieux cette étrangeté : « Je suis passé parmi eux en étranger, mais nul d’entre eux n’a vu que je l’étais. J’ai vécu parmi eux en espion, mais personne — pas même moi — n’a soupçonné que je l’étais. Tous me prenaient pour un des leurs : nul ne savait qu’il y avait eu échange à ma naissance. »

Ce n’est pas la plainte d’un artiste incompris. C’est le constat plus inquiétant d’un homme qui ne se sent jamais totalement identique à lui-même. Pessoa n’avance pas masqué. Il découvre peu à peu qu’il n’y a peut-être personne derrière le masque. Cette intuition apparaît très tôt. À dix-neuf ans, il écrit déjà : « Une chose, à elle seule, fait naître dix mille pensées, et de ces dix mille pensées naissent dix mille interassociations, que je n’ai pas la moindre envie d’éliminer ou d’interrompre, ou de réunir en une pensée centrale unique… »

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Là où la tradition littéraire cherche souvent l’unité, Pessoa accepte la dispersion. Il refuse la synthèse. Chaque pensée ouvre une bifurcation. Chaque possibilité appelle une autre possibilité. Son œuvre entière procède de ce refus de choisir. Non par incapacité, mais parce qu’il perçoit toute réduction comme une perte.

Zenith évite heureusement le piège des lectures psychologisantes qui ont longtemps dominé les études pessoennes. Il ne cherche ni à diagnostiquer ni à expliquer définitivement son sujet. Il raconte un homme dont la vie et l’œuvre deviennent progressivement indissociables. Un homme qui transforme son instabilité intérieure en méthode de création.

Au terme de ces mille pages, une évidence s’impose. Pessoa n’a pas seulement inventé des hétéronymes. Il a pressenti une condition devenue familière : celle d’individus traversés par des voix contradictoires, incapables de se réduire à une identité unique. Bien avant l’époque des profils multiples et des existences fragmentées, il avait compris que le moi était peut-être une fiction parmi d’autres. C’est ce qui rend son œuvre si moderne. Et c’est ce que la biographie magistrale de Richard Zenith parvient à montrer sans jamais dissiper complètement son mystère.

1280 pages

Pessoa: L'oeuvre-vie

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Fast fashion: quand la France veut réglementer plus vite et plus fort que l’Europe

Sous couvert d’objectifs environnementaux, la croisade réglementaire contre la fast fashion renseigne surtout sur la tentation française de surtransposer et de moraliser toujours plus la consommation. Au point d’en agacer Bruxelles – ce qui n’est pas peu dire.


Officiellement, le projet de loi anti fast fashion entend répondre à des préoccupations environnementales bien légitimes. Pourtant, à mesure que les discussions parlementaires avancent, il apparait que le gouvernement poursuit avant tout la volonté d’attaquer certaines entreprises sur le terrain de la morale, quitte à fragiliser les principes fondamentaux de liberté du commerce et de concurrence loyale. L’évolution du vocabulaire utilisé est, à ce titre, révélatrice.

D’abord centrée sur la « fast fashion », la proposition de loi s’est progressivement déplacée vers l’« ultra fast fashion », puis vers la « mode ultra express », en bon français. Un glissement sémantique qui traduit la difficulté du législateur à définir précisément ce qu’il cherche à réguler.

Problèmes de définitions, réserves de la DGE

Juridiquement, en effet, la catégorie « ultra fast fashion », et le texte n’en propose aucune définition stable et objective. Il s’appuie surtout sur des notions mouvantes comme le renouvellement très rapide des collections, le volume de références mises en ligne ou encore l’intensité commerciale des plateformes numériques, dont certaines n’hésiteraient pas à se rendre coupables d’ « incitation à la surconsommation » – à partir de quels seuils, sur la base quels critères, peut-on considérer qu’une stratégie publicitaire, qui a par définition pour objectif d’inciter à consommer, constitue une incitation à surconsommer ? Le texte ne le précise pas.

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Un flou qui commence à inquiéter jusque dans l’appareil d’État lui-même. La volonté de l’exécutif de resserrer fortement le périmètre du texte afin de cibler exclusivement les acteurs de « l’ultra fast fashion » aurait ainsi attiré l’attention de la Direction générale des Entreprises (DGE), émanation de Bercy, qui aurait exprimé de fortes réserves sur certains critères envisagés dans le cadre des futurs malus écologiques, en particulier ceux liés aux volumes de mise sur le marché ou à la part des ventes réalisées en ligne. Même Bruxelles, pourtant peu réputée pour son hostilité à la régulation, a récemment fait part de ses doutes quant à la compatibilité de certains mécanismes envisagés avec les principes du marché intérieur et de liberté de circulation des biens.

Là où Bruxelles cherche généralement à harmoniser le marché intérieur, Paris ajoute ainsi une couche supplémentaire de contraintes, de normes et d’interdictions. Le problème n’est évidemment pas d’interdire certains abus ou de lutter contre des pratiques réellement trompeuses. Une régulation économique peut parfaitement se justifier lorsqu’elle repose sur des critères clairs, objectifs et applicables à tous les acteurs de manière identique. Ça ne semble pas être le cas avec ce texte.

Surtransposition des normes et infantilisation des consommateurs

Derrière cette loi affleure cette fâcheuse manie française de considérer que l’État doit non seulement réguler les marchés, mais aussi orienter les comportements individuels. Il ne s’agit plus simplement ici d’un simple combat écologique, mais bien d’une infantilisation du consommateur, qui ne serait pas capable de choisir de façon éclairée ce qu’il achète. Un autre exemple de ce zèle législatif très français est celui de l’agriculture, la France surtransposant régulièrement les règles européennes, plaçant les producteurs sous des contraintes environnementales et administratives invivables qui les rendent moins compétitifs et les appauvrissent.

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Dans un pays où des millions de Français arbitrent déjà chaque mois entre alimentation, carburant et dépenses contraintes, cette obsession réglementaire interroge tout notre modèle social et économique. De fait, les vêtements à bas prix répondent aussi à une demande sociale. Beaucoup de ménages modestes n’achètent pas des produits « fast fashion » par plaisir, mais parce qu’ils n’ont pas les moyens de consommer autrement. Comme souvent, les catégories les plus aisées continueront à consommer des produits plus chers et présentés comme « durables », alors qu’ils ne le sont souvent guère plus, tandis que les classes moyennes et populaires verront disparaître certaines des rares offres réellement accessibles.

A force de vouloir sur-encadrer les comportements de consommation, les modèles économiques, la publicité, les usages numériques et jusqu’aux arbitrages budgétaires des ménages, le risque est ainsi de faire progressivement de l’économie de marché un espace administré où la liberté du consommateur passe après les objectifs moraux et politiques du moment. Et, en l’espèce, de créer une inégalité juridique entre acteurs économiques pourtant comparables.

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Cardinal Cobo: «L'héritage de ce voyage de Léon XIV, une invitation au renouveau»

Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, au terme de la première étape du voyage apostolique du Pape en Espagne, l'archevêque de Madrid, souligne que «l’Église espagnole souhaite que ce voyage ne soit pas un simple événement, mais un véritable processus». Il se réjouit de l'accueil chaleureux réservé au Saint-Père.

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Léon XIV: Dieu vous a choisis pour représenter la ‘‘communauté des saints’’

Présidant à son arrivée à Barcelone l'Office du milieu du jour, dans la cathédrale Sainte-Croix-et-Sainte-Eulalie, le Successeur de Pierre a encouragé la communauté chrétienne catholique à renouveler, «d’un commun accord, votre résolution de marcher ensemble, tous, fidèles et pasteurs, sur les traces du Christ, vers la plénitude de la vie». «Il est important pour chacun de nous, que rien ne détruise l’unité dans laquelle Dieu nous a constitués», a déclaré le Pape.

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Léon XIV est arrivé à Barcelone

Après quatre jours passés à Madrid, première étape de son quatrième voyage apostolique en Espagne, le Pape est arrivé dans la métropole catalane à 12 h 45, où il restera jusqu’à jeudi matin. Deux événements l'attendent aujourd'hui, 9 juin: la prière de l'Heure du milieu du jour dans la cathédrale Sainte-Croix-et-Sainte-Eulalie et la veillée de prière au stade olympique Lluís Companys à 20 heures.

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Un quatuor belliqueux

Avec la Chine, qui finance leur économie de guerre, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord espèrent renverser l’ordre du monde aujourd’hui sous hégémonie occidentale. Mais cette alliance est fragile car chacun suit ses propres objectifs. Le jeu dangereux des Crink pourrait conduire à une conflagration mondiale.


« Crink ». Cet acronyme pour « China, Russia, Iran, North Korea » est employé depuis 2023 par certains géopolitologues pour désigner un rapprochement entre ces quatre pays. Ils partagent une opposition à l’ordre international tel qu’il a été établi par les États-Unis et l’Occident. Il ne s’agit pas d’une alliance formelle comme l’OTAN. Il n’y a pas de traité fondateur, pas de commandement central, pas de sommets réguliers réunissant tous les chefs de ces États. La Russie, l’Iran et la Corée du Nord, qui ont adopté une posture franchement hostile aux pays de l’Ouest, sont engagés dans des conflits : la Russie et la Corée du Nord en Ukraine, et l’Iran au Moyen-Orient. La Chine, en revanche, reste en marge de ces affrontements militaires, se focalisant plutôt sur une rivalité féroce avec l’Amérique à qui elle dispute la position de superpuissance mondiale. Cette guerre froide sino-américaine se situe sur le terrain de l’économie, de la technologie (surtout l’intelligence artificielle), de l’espionnage et de la course à l’armement. La Chine est la force motrice des Crink, mais elle reste opposée à une formalisation de l’alliance qui l’associerait trop étroitement à des agressions guerrières, car Pékin ne cherche pas à détrôner les États-Unis par la force militaire. Elle veut se proposer au monde comme une source de paix et de stabilité plus fiable que Washington.

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Néanmoins, depuis l’invasion de l’Ukraine, ce quatuor cultive des échanges très poussés en termes de commerce, de technologie, d’armements et de renseignement. Les deux conflits actuels ont renforcé leur coopération et consolidé l’influence de la Chine sur les autres, qu’elle soutient suffisamment pour maintenir une pression constante sur les Occidentaux. De ces quatre pays, trois sont déjà dotés de l’arme nucléaire, et l’Iran cherche à l’acquérir. S’agit-il d’un nouvel « axe du mal », pour reprendre l’expression que George Bush avait utilisée en 2002 pour décrire l’Irak de Saddam Hussein, l’Iran et la Corée du Nord ? Aucun chef d’État occidental n’utiliserait une telle expression pour qualifier les Crink, car la Chine est un partenaire économique incontournable qu’il ne faut pas froisser. Certains commentateurs parlent plutôt d’« Axis of Upheaval » (« axe de chamboulement » – upheaval rime en anglais avec evil), car les Crink déstabilisent l’ordre mondial. Pour l’Occident, ils représentent une menace réelle dont il faut comprendre le fonctionnement afin de la neutraliser.

Infographie : Causeur, d’après CSIS

De bonne guerre

En septembre 2025, lors de la grande parade militaire à Pékin, Xi Jinping paraît sur l’estrade flanqué de Vladimir Poutine et de Kim Jong-un. Certes, le rapprochement entre les trois dirigeants, ainsi que l’Iran, est fondé sur des accords bilatéraux, mais il repose surtout sur des relations personnelles, des échanges opportunistes et une même position anti-occidentale. Ce qui réunit les Crink encore plus que leur statut de régimes autoritaires, c’est un ressentiment tenace envers les règles du droit international qui leur seraient imposées par la superpuissance américaine. En 2007, à Munich, Poutine a dénoncé « un modèle unipolaire » dominé par les États-Unis. En 2025, avant une visite à Moscou pour célébrer le combat des Russes et des Chinois contre les Allemands et les Japonais pendant la Deuxième Guerre mondiale, Xi Jinping a publié un article soulignant le besoin renouvelé de combattre l’« unilatéralisme », l’« hégémonisme » et la « coercition », une comparaison implicite entre les Américains d’aujourd’hui et les « fascistes » du passé. Accusés de bafouer les droits de l’homme, les Crink ripostent en accusant les Américains d’hypocrisie pour leurs ingérences armées dans différentes régions du monde.

La Russie, l’Iran et la Corée du Nord font l’objet de sanctions occidentales. La Chine, qui domine le commerce mondial, leur permet de les contourner par une action qui traduit un refus de la morale des pays de l’Ouest. De surcroît, les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont fourni à l’empire du Milieu l’occasion de transformer ces trois États parias en un front commun censé préfigurer un nouvel ordre international, multipolaire, destiné à s’épanouir sous la supervision bienveillante de Pékin.

C’est entre Poutine et Xi que se sont nouées les relations les plus étroites. Se rencontrant à la veille de l’invasion de l’Ukraine, les deux hommes ont déclaré que leur partenariat serait désormais « sans limite ». Que Xi ait été ou pas informé à l’avance de l’invasion, il ne s’en est pas formalisé. Au contraire, il a aidé Poutine en lui permettant de contourner les embargos occidentaux sur l’exportation de pétrole et l’importation d’armements. La Chine a acheté à bas prix les énergies fossiles russes et vendu à prix élevé des composants à double usage – civil et militaire – permettant à la Russie de fabriquer ses propres armes. Le volume de leur commerce est monté en flèche pour atteindre aujourd’hui le double de ce qu’il était avant l’invasion. Le résultat est que la Russie est totalement dépendante de la Chine sur le plan économique. Xi n’approuve pas nécessairement les buts de guerre de Poutine. Il aurait confié à Trump lors de leur rencontre à Pékin en mai que le dirigeant russe regretterait peut-être son invasion. En attendant, Xi voit en Poutine un allié à exploiter. Après sa propre visite à Pékin en mai, le Russe est parti sans finaliser un projet de gazoduc entre la Chine et la Sibérie, faute d’un accord sur les prix.

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La guerre en Ukraine a également profité à la Corée du Nord, jusque-là État introverti maintenu en vie financièrement par la bienfaisance de Pékin. En 2024, Kim a ouvert son pays vers l’extérieur en envoyant des ouvriers et 15 000 soldats en renfort à la Russie, acquérant par là une expérience directe de la guerre. Il a fourni son allié en armes, munitions et missiles balistiques. Depuis 2023, il a vendu pour 12 milliards d’euros de matériel – 40 % des stocks russes –, ce qui représente presque l’équivalent du PIB annuel de son pays. Les Russes l’aident à développer son arsenal nucléaire qui compte 50 têtes et assez de matière fissile pour 50 autres. La Chine se méfie habituellement de son allié nord-coréen, tenu pour imprévisible, mais en avril, elle a pourtant annoncé un nouveau partenariat. L’Iran a aussi prêté main-forte à Poutine en lui vendant ses drones, accompagnés de formations à leur utilisation et de la technologie de leur fabrication. Ses ventes de matériel aux Russes lui ont apporté des revenus vitaux. L’Iran a prêté à Poutine ses flottes fantômes pour le transport du pétrole russe à l’exportation. Lors de l’opération Epic Fury, la Russie a envoyé à l’Iran des drones de conception iranienne perfectionnés par les Russes grâce à leur expérience du combat, et Poutine a offert de stocker en sécurité l’uranium enrichi des mollahs. La guerre en Iran, en créant une pénurie de pétrole et en augmentant son prix, a permis à la Russie de renflouer son trésor.

Le déni

Si l’Iran a pu frapper avec précision des cibles américaines et autres dans le Golfe, c’est grâce à l’aide russe et surtout chinoise. La Chine lui aurait donné accès à son système de navigation par satellites ultrasophistiqué, BeiDou, pour diriger ses drones et empêcher leur brouillage par l’adversaire. Elle aurait aussi fourni des renseignements sur les positions américaines à travers des entreprises privées, souvent liées à l’armée chinoise, qui exploitent des données publiquement accessibles en utilisant l’IA. En 2024, les Chinois ont vendu à l’Iran un satellite espion déjà lancé en orbite. Désormais, Pékin s’apprêterait à livrer des missiles et des systèmes de défense aérienne dernier cri. En revanche, la Corée du Nord est restée en retrait par rapport à l’Iran, peut-être parce qu’elle espère renouer un dialogue avec Washington, mais elle a menacé Israël de représailles nucléaires en cas d’attaque nucléaire contre l’Iran.

Si les quarante jours d’Epic Fury avaient pour but de neutraliser un des Crink, c’est un échec. L’Iran reste armé et il constitue désormais une menace non seulement pour la région, mais pour le monde entier à travers le blocus du détroit d’Ormuz.

Sous la tutelle chinoise, les Crink semblent donc avoir le vent en poupe. Mais le projet de la Chine, ainsi que sa relation aux autres membres, traduit un équilibre fragile. La Russie, l’Iran et la Corée du Nord ne sont pas les proxies de Pékin qui ne leur fixe pas d’objectifs et ne les guide pas. Ce sont des puissances moyennes belliqueuses dont la Chine essaie de canaliser l’énergie agressive. Celle-ci, qui ne veut pas se retrouver embarquée dans la guerre, poursuit deux buts. D’abord, en suivant de près ce qui se passe sur les champs de bataille, elle apprend des leçons sur la guerre moderne qui se développe à un rythme effréné. Cela lui permettra de se poser comme une puissance militaire à ne pas défier. Deuxièmement, le prolongement des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient draine les ressources économiques et militaires des États-Unis et des Européens, affaiblissant l’Occident. Ce dernier sera donc moins à même de proposer son aide pour protéger les autres nations du monde et stimuler leur croissance économique, obligeant la majorité à se tourner vers la Chine. Lors de sa visite à Pékin, Trump a essayé en vain de convaincre Xi de l’aider à mettre fin au blocus iranien. La Chine n’a pas encore fini de saigner l’Occident.

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Les conflits sont aussi une distraction qui détourne l’attention américaine de certaines activités chinoises, notamment en mer de Chine méridionale et autour de Taïwan. En 2025, pour justifier le soutien de son pays à Poutine, le ministre des Affaires étrangères chinois aurait confié à Kaja Kallas, haute représentante de l’UE, sa crainte qu’une défaite russe conduise les États-Unis à se focaliser plus sur la Chine. Si les États-Unis sont occupés ailleurs, Pékin pourra plus facilement isoler Taïwan diplomatiquement, démoraliser sa population par des menaces militaires et enfin absorber l’île sans coup férir. Et pendant tout ce temps, la Chine entretient la fiction de sa bienveillance universelle.

Talons d’Achille 

Cependant, la cohésion de ce groupe informel est menacée par plusieurs divergences potentielles. La Chine, qui persécute sa propre population musulmane, ne doit pas apprécier l’aspect théocratique du régime iranien. La Russie considère l’Arctique comme son arrière-cour, mais les Chinois ont leurs propres projets pour exploiter la région en termes de navigation, de minéraux et de bases stratégiques. Plus important encore, les Crink n’ont pas la même relation à l’ordre international. La Russie, l’Iran et la Corée du Nord cherchent à le renverser, le considérant comme un obstacle à la poursuite de leurs intérêts. En revanche, la Chine a beaucoup profité de cet ordre sur le plan économique et elle sait l’exploiter. Elle ne cherche pas à le renverser, mais à le transformer graduellement en remplaçant les États-Unis à sa tête.

Cette situation présente deux dangers. Le premier est que la Chine réussisse son projet et affaiblisse durablement l’Occident. Le deuxième est qu’elle perde le contrôle de ses trois amis belliqueux et que quelque action précipitée de la part de l’un d’eux – attaque frontale de l’Europe, lancement d’une bombe nucléaire – nous entraîne tous dans une conflagration générale. Cette menace oblige Pékin à mettre des limites à leur agressivité.

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Une autre limite est imposée par la dépendance économique de la Chine par rapport à ses clients occidentaux : l’UE est son premier marché à l’exportation. La Chine n’a pas intérêt à ce que le commerce soit trop perturbé par des hostilités. Enfin, il faut souligner qu’avec les États-Unis, Pékin et ses amis ont choisi un adversaire de taille. Fin 2024, un cargo russe transportant des composants pour la construction d’un sous-marin nucléaire à destination de la Corée du Nord a été coulé dans les eaux espagnoles, certainement par les États-Unis – et sans un mot de protestation des Crink. Actuellement, les poches profondes des Américains leur permettent de nouer des partenariats avec les républiques d’Asie centrale pour exploiter leurs minéraux critiques, au nez et à la barbe des Russes. Et si les Européens semblent orphelins de leur grand allié, leur soutien à l’Ukraine permet à celle-ci de bien résister aux Russes. Les Chinois sont convaincus que l’Occident est déjà en déclin. C’est peut-être leur plus grande erreur.

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De Lapid à Bensussan: quand l’antisémitisme s’habille en principe de précaution

Je me radicalise…


Chers lecteurs, chers amis, chers détracteurs, quelque chose est en train de se produire dans ce pays. Une forme de radicalisation, oui, mais pas celle dont parlent les services de police, les procureurs ou le ministre de l’Intérieur. Pas celle qui brûle des voitures, casse des vitrines, pille des magasins ou défile le visage masqué. Une autre radicalisation, qui consiste à refuser de se taire lorsque les libertés reculent.

Raisons de sécurité

À Marseille, le cinéaste israélien Nadav Lapid, pourtant opposé au gouvernement Netanyahou, a dû renoncer à participer à un festival international de cinéma sous la pression du boycott culturel visant Israël. À Strasbourg, le philosophe Gérard Bensussan a été déprogrammé d’une conférence du CHU consacrée à… la vieillesse. Oui, la vieillesse. Pas Gaza, pas le Proche-Orient, pas Israël, pas la guerre. La vieillesse !

Quel motif a été invoqué ? Les désormais incontournables « raisons de sécurité ». Cette formule est devenue le passe-partout de la lâcheté et de la bêtise contemporaines. Elle permet de censurer sans censurer, d’exclure sans exclure, de discriminer sans assumer la discrimination. Elle dispense de toute justification. Elle transforme la capitulation en prudence et la peur en vertu. Le dessinateur Joann Sfar a failli subir le même sort lorsque des militants ont demandé l’annulation de son spectacle à La Criée de Marseille, pourtant inspiré de rencontres menées auprès de Palestiniens comme d’Israéliens après le 7-Octobre. Dans le cas Bensussan, aucune menace n’avait pourtant été signalée, aucun incident, aucun risque identifié. Seulement un intellectuel ayant eu l’audace de réfléchir publiquement à l’antisémitisme contemporain, à ses métamorphoses et à ses nouveaux masques. Dans la France de 2026, cela semble parfois suffire.

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Nous sommes parvenus à ce moment singulier où l’on n’écarte plus les juifs parce qu’ils sont juifs ; ce serait trop grossier. On les écarte parce que leur présence pourrait déplaire à ceux qui détestent les juifs. Il y a une nuance mais le résultat est identique. Pendant des années, chacun de ces épisodes fut présenté comme un cas isolé. Une agression, une intimidation, une exclusion, un malentendu. Mais les exceptions finissent par former une règle. Les faits divers dessinent un paysage, les incidents composent un système.

Universités, hôpitaux, institutions culturelles, associations, syndicats, médias : partout la même mécanique semble à l’œuvre. On ne dit plus « nous ne voulons pas de vous », on dit « le contexte est compliqué. » On ne dit plus « votre identité pose problème », mais « nous craignons des réactions. » On ne dit plus « vous êtes de trop », plutôt « c’est pour votre sécurité. »  L’histoire enseigne pourtant une vérité simple : lorsqu’une société adapte les libertés de ses citoyens aux exigences de leurs persécuteurs potentiels, elle a déjà commencé à perdre. Le scandale n’est pas que des fanatiques réclament des têtes ; les fanatiques ont toujours existé. Le scandale est que des institutions respectables se couchent avant même qu’on le leur demande.

Démission collective

Il faut désormais appeler les choses par leur nom. Lorsqu’un philosophe est déprogrammé non pour ce qu’il va dire sur la vieillesse, mais pour ce qu’il est censé représenter aux yeux de certains militants, il ne s’agit pas d’une question de sécurité ; il s’agit d’un problème d’antisémitisme. Et lorsque des responsables d’universités, d’hôpitaux, de médias ou d’institutions culturelles entérinent cette logique, il ne s’agit plus d’une faiblesse individuelle, mais bien d’une démission collective.

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Peut-être est-ce cela, finalement, la « Nouvelle France » dont parlent depuis des années Jean-Luc Mélenchon et ses affidés et dont ils feront le thème de leur campagne présidentielle. Une France où certains citoyens regardent derrière eux avant de prendre la parole. Une France où l’on annule un philosophe pour éviter d’avoir à protéger sa liberté. Une France où la peur dicte l’agenda culturel. Une France où les institutions anticipent les exigences des intimidateurs et présentent leur reddition comme un acte de responsabilité.

Si c’est cela la Nouvelle France, alors oui, une forme de radicalisation devient inévitable : la radicalisation du refus de céder. Et puisque tant de gens semblent désormais décidés à se taire, à détourner le regard ou à trouver des excuses à l’inexcusable, alors je me radicalise aussi. Dans la défense de la liberté, le refus de la peur et la détermination à ne plus me taire.

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À Madrid, le Pape loue le bénévolat comme un signe du royaume qui vient

Dernière étape madrilène du voyage apostolique du Pape Léon XIV en Espagne, sa rencontre dans la matinée de ce mardi 09 juin avec les bénévoles qui se sont consacrés à la préparation et au bon déroulement de la visite apostolique dans la capitale du pays. A eux, le Saint-Père a livré une réflexion aussi simple que profonde sur «le levain de la gratuité» que «les chrétiens sont appelés à apporter au monde». Le Pape estime que «la gratuité est un trait typique de la ‘‘cité de Dieu’’».

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Barcelone est prête à «ouvrir ses bras» au Pape

«Benvingut», «Bienvenue» à Barcelone! Peut-on lire en catalan sur les banderoles qui flottent le long de certaines principales artères de la ville. La Catalogne est fin prête à accueillir Léon XIV, 16 ans après Benoît XVI. Du 9 au 10 juin, le Saint-Père effectuera dans la cité catalane la deuxième étape de son voyage apostolique en Espagne après la capitale Madrid. L'occasion d’encourager l’Église de Barcelone à poursuivre sa mission dans un contexte de sécularisation croissante.

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Le grand retournement des élites contre la civilisation

Une société prospère quand les rivalités qui la divisent prennent la forme d’une émulation constructive. Mais dans nos démocraties modernes, une partie des élites politiques trouve son intérêt (électoral) dans des programmes destructeurs… Grande analyse.


La vie politique est fascinante. Comment des élites surdiplômées et surinformées peuvent-elles défendre des idées absurdes, incendiaires, angéliques, irrationnelles ou encore immorales ? Comment des personnes hissées aux sommets de la vie culturelle, sociale et politique purent-elle se vouer au bolchévisme, à l’hitlérisme, au maoïsme et, plus récemment, à l’islamo-gauchisme ou à l’antispécisme ? Comment quelqu’un d’intelligent et de renseigné peut-il prendre parti pour l’étatisation de l’économie, la fiscalité confiscatoire, la retraite à soixante ans, la dénucléarisation de l’énergie ou encore les politiques migratoires laxistes ? Comment des agrégés de philosophie chahutés dans leurs classes peuvent-ils continuer à promouvoir l’idéologie de « l’élève au centre du système »[1] ? Comment des économistes peuvent-ils penser qu’encadrer les loyers va résoudre le problème du logement ? Devant le spectacle des vandales déferlants dans les centres-villes à la première occasion (fête nationale, match de foot, Saint Sylvestre…), comment peut-on fustiger la « société répressive » ?

Quand la rivalité des élites sert le processus de civilisation

Certes, il ne faut pas minimiser la bêtise des élites, leur ignorance, ni leur mauvaise foi, mais une autre explication (non exclusive) tient au fait que leurs prises de positions sont intéressées, stratégiques et par conséquent calculées. Je me concentrerai ici sur les élites politiques. Selon une vision naïve de la vie politique, les gouvernants et chefs de partis visent le bien commun et ont seulement des désaccords sur la nature de ce bien ou les moyens de l’atteindre. Par exemple, tout le monde voudrait réduire le chômage, augmenter le pouvoir d’achat, lutter contre les injustices et les problèmes écologiques, mais par des moyens différents et selon des priorités variées. Hélas, la vie politique ne se résume pas dans cette vision sympathique du pluralisme partisan. La question que se pose une grande partie des politiciens n’est pas « Que puis-je faire pour mon pays ? », mais « Comment accéder au pouvoir et le conserver ? ».

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Ce cynisme n’est pas un problème quand la compétition politique stimule l’innovation et débouche sur des réalisations grandioses. De la même façon, le boulanger d’Adam Smith[2] ne fait pas du bon pain par philanthropie, mais pour s’enrichir au détriment de ses concurrents – ce qui aboutit néanmoins au fait que tout le monde mange du bon pain au meilleur prix. Les rivalités des élites politiques ont toujours donné lieu à des productions culturelles extraordinaires : temples de l’Egypte antique, Acropole athénienne, pyramides maya, Cité interdite, etc. Les grands empires et les civilisations sont sortis de terre sous l’effet (notamment) de la compétition politique et géopolitique. Que les mobiles soient religieux (foi irrationnelle), économiques (enrichissement personnel) ou politique (amour du pouvoir), peu importe s’il en résulte plus de richesses, plus de beauté et plus de savoir pour un nombre croissant d’individus.

Dans un processus civilisationnel classique, les différentes couches de la société contribuent ensemble, y compris dans leur rivalité, au renforcement de l’édifice économique et culturel. Chacun travaille selon ses compétences et tout travail (ou presque) a une utilité sociale. En tout cas une utilité culturelle. Nos musées et nos bibliothèques sont remplis de la production raffinée des classes oisives : orfèvrerie, marqueterie, icônes, peintures, œuvres littéraires, théologiques ou philosophiques.

Quand le politiquement rentable diverge de l’intérêt collectif

Imaginons maintenant qu’un boulanger découvre une recette qui lui permette de surpasser la concurrence en ajoutant quelques ingrédients néfastes pour la santé du consommateur. S’il n’est pas retenu par la morale, la logique de la concurrence le poussera à intoxiquer ses clients. C’est ce qui se passe dans la vie politique quand, à certains moments de l’histoire, des élites découvrent une recette leur permettant d’accéder au pouvoir, quitte à embobiner leur clientèle et à fragiliser le corps social.

A quelle époque le politiquement rentable s’est-il dissocié du socialement constructif ? Quand la démagogie est-elle devenue payante ? Le jour où les flatteurs eurent un électorat à flatter. C’est triste à dire, mais l’avènement des démocraties modernes a été un tournant fondamental à cet égard : la démagogie et le populisme ont vu leur rendement exploser dès lors que le peuple avait son mot à dire dans les affaires publiques.

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Que la démagogie accompagne tendanciellement la démocratie, on le sait depuis au moins l’Antiquité grecque. Depuis lors, l’un des grands enjeux de la théorisation politique est de concevoir un système qui tienne compte de l’intérêt de tous, et donc de permettre à tous de s’exprimer, sans transformer la politique en foire du Trône ni les gouvernants en poissonniers braillards.

Malheureusement, nous ne disposons toujours pas de ce contrepoison. Aujourd’hui, il se pourrait même qu’il soit impossible de remporter une élection sans user de procédés rhétoriques, de mensonges et autres flatteries.

La démocratie sans démagogie : un cercle carré ?

La « trahison des clercs »[3] peut prendre plusieurs formes. La plus simple consiste à confondre « défense du peuple » et populâtrie (amour immodéré du peuple, comme si celui-ci avait toutes les vertus) ou populisme (prétendre incarner le peuple dans sa personne). Ou encore à assimiler n’importe quelle mesure égalitariste à de la « justice sociale » (comme si toute distinction et hiérarchie étaient injustes)[4]. Il s’agit alors de promouvoir des idées comme on vend des sucreries : c’est bon marché et immédiatement appréciable. Difficile d’y résister – le peuple se précipite vers ces démagogues comme il se gave de burgers et de sodas, qui le rendent malade.

Autre trahison possible : faire alliance avec une puissance étrangère pour remporter des victoires politiques locales. C’est prendre le risque de l’effondrement, comme ce fut le cas en Mésoamérique et dans l’Amérique andine précolombienne, quand les conquistadores européens ont su habilement profiter de l’esprit de revanche des populations dominées par les Aztèques et les Incas. Certains observateurs de la vie politique française considèrent que l’extrême droite fait les yeux doux à Poutine pour actionner des leviers politiques, au mépris de notre indépendance géopolitique ; et d’autres que l’extrême gauche noue de dangereuses alliances avec des populations immigrées pour se renforcer électoralement, au risque d’euthanasier la culture française.

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Sous des modalités diverses, une partie des élites politiques injecte du poison dans leur programme pour remporter la mise électorale. Devant le succès de ces opportunistes, d’autres partis doivent à leur tour s’inspirer de cette recette (avec des ingrédients différents). C’est le grand retournement : la rivalité des élites politiques devient vectrice de destruction civilisationnelle. A la bourse des idées politiques, une partie des élites « parie à la baisse », en quelque sorte, c’est-à-dire se renforce par des programmes-poisons.

C’est vrai dans tous les pays occidentaux, où les partis favorables à l’immigration de masse, à la hausse des dépenses publiques, à la discrimination positive et autres mesures coûteuses démographiquement, économiquement et socialement fragilisent l’édifice civilisationnel. C’est vrai également dans le monde arabe, où une partie des élites politiques a compris qu’elle pouvait se renforcer en troquant ses idéaux laïcs et modernistes contre le traditionalisme religieux. C’est vrai dans une large partie de l’Afrique, où la rancœur décoloniale sert de hochet séduisant et de produit masquant l’incurie des gouvernants. Les pays peu/pas démocratiques comme la Russie et la Chine sont moins exposés aux problèmes de la démagogie, car les rivaux politiques sont empêchés ou éliminés. Là où il n’y a pas de pluralisme, on ne peut rencontrer les difficultés inhérentes au pluralisme (situation qui n’est pas plus enviable pour autant).

Comment faire pour que, à nouveau, les élites politiques fassent du bon pain ? Il faudrait des consommateurs avertis, instruits, informés et vigilants. Autrement dit, il faudrait que les élites intellectuelles, scientifiques et journalistiques les aident à former un jugement avisé. Mais une grande partie de ces élites, pour des raisons qui leur sont spécifiques,[5] alimente la machine à broyer le bon sens et la civilisation.

De leur côté, les élites politiques ne renonceront pas spontanément au politiquement utile au profit du civilisationnellement efficient. On ne peut guère en vouloir à un boulanger de vendre du mauvais pain s’il y gagne des clients. Finalement, l’électorat ne doit compter que sur ses propres ressources intellectuelles et son expérience du terrain. On en revient à cette vieille idée que la démocratie ne fonctionnerait bien que pour un peuple de dieux[6]. Nous ne sommes pas divins, mais faisons de notre mieux.


[1]  Principe pédagogique inscrit dans la loi Jospin de 1989, qui affirme que l’école doit s’adapter à la diversité des élèves plutôt que d’imposer à ceux-ci un modèle classique de transmission du savoir.

[2] « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme » (A. Smith, La Richesse des nations, livre I, chp. 2).

[3] L’expression est de J. Benda, dans La trahison des clercs [1927].

[4] Voir T. Sowell, Discrimination et disparités [2019] et Illusions de la justice sociale [2023], Paris, Carmin, 2025.

[5] Voir S. Fitoussi, Pourquoi les intellectuels se trompent ? L’Observatoire, 2025.

[6] « S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas aux hommes » (J.-J. Rousseau, Du contrat social, livre III, chp. 4).

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En images, la troisième journée de Léon XIV à Madrid

Images exclusives de Vatican Media relatant l'arrivée et les rendez-vous de Léon XIV en Espagne, au troisième jour de son quatrième voyage apostolique.

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Grève SNCF: quand les syndicalistes font les charognards

Il y a eu treize suicides en cinq mois à la SNCF. Un drame humain que Sud-Rail et la CGT ont immédiatement transformé en munition de négociation.


Quand la compassion est effacée par le cynisme, on est en droit de douter du syndicalisme français. Il est nécessaire en préambule de rappeler que le suicide est une des épreuves les plus pénibles qu’une famille puisse connaître. Treize familles de cheminots vivent aujourd’hui cela. Treize veuves ou veufs, des enfants, des parents, des collègues qui tentent de comprendre l’incompréhensible. Nous leur devons toute la compassion du monde. Sans aucune réserve, sans aucune condition, et sans tenter la moindre récupération.

Serait-ce la grève du chagrin?

Le 8 juin au soir, à la veille d’un mouvement de grève national, Fabien Villedieu, délégué fédéral de Sud-Rail, est invité sur le plateau complaisant de FranceInfo. Sa communication est millimétrée: « Il y a eu treize suicides de salariés depuis le début de l’année », déclare-t-il, avec l’emphase de celui qui sait exactement l’effet que le chiffre va produire. Dans la foulée, la comparaison tombe, immanquable : « Ça s’est passé à France Télécom il y a vingt ans et maintenant ça se passe dans notre boîte. » Le message est clair : la SNCF, c’est la prochaine catastrophe industrielle. Votez la grève ! La CGT-Cheminots lui emboîte le pas. Son secrétaire général Thierry Nier dénonce un « harcèlement institutionnel », une « violence managériale ». Les quatre fédérations syndicales — CGT, UNSA, Sud-Rail, CFDT — avaient déjà organisé en avril un rassemblement devant le siège du groupe, exigeant un moratoire sur les réorganisations.

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Peut-être la souffrance des cheminots est-elle réelle. Peut-être le management de la SNCF est-il brutal. Cependant, le timing interpelle. Brandir treize morts à l’aube d’une grève mérite qu’on pose la question sans tabou: ces hommes sont-ils des victimes dont on honore la mémoire, ou des arguments utilisés cyniquement ?

Hélas, les chiffres sont les chiffres!

Les syndicats n’ont pas jugé bon de vérifier si leurs chiffres étaient aussi significatifs. Ils ont oublié une précaution élémentaire. Voilà en effet ce que nous apprennent les données officielles de l’Institut de Veille Sanitaire — programme COSMOP1 pour la période 1976-2002, la seule étude sectorielle française de référence — nous apprennent sur le taux de mortalité par suicide selon les secteurs d’activité :

A lire aussi: Mai-68, 2005, PSG: chaque émeute est un message adressé à la société

La conclusion de cette macabre comptabilité est hélas sans appel. Les cheminots morts depuis janvier représentent, ramenés à l’effectif du groupe et annualisés, un taux d’environ 13 à 14 pour 100 000 salariés. C’est moins de la moitié du taux moyen de l’ensemble des salariés français (25,1). C’est deux fois et demie moins que le secteur de la santé — où infirmières épuisées et aides-soignants à bout n’ont jamais bénéficié d’une grève nationale en leur honneur. Nous n’évoquerons même pas le cas de la Gendarmerie, puisque statutairement la grève y est interdite.

L’indécence comme méthode

Il existe une façon de désigner l’utilisation des morts à des fins de négociation. C’est l’instrumentalisation. Elle n’est pas nouvelle dans le répertoire syndical français, mais elle atteint ici un degré de cynisme particulièrement abject. Contester les chiffres serait immédiatement taxé de manque de compassion rendant ainsi toute critique difficile. Les familles des treize cheminots disparus méritent certainement mieux que de servir de  faire-valoir d’un préavis de grève. Le deuil ne devrait pas être un levier pour extorquer des augmentations salariales. Dans les manuels de rhétorique, ça s’appelle un argument ad misericordiam. Dans la vraie vie, ça s’appelle tout simplement l’indécence.

LA DICTATURE DU CARBONE

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  1.  COhorte pour la Surveillance de la MOrtalité par Profession.
    Ce  programme épidémiologique a été créé par l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) — devenu depuis Santé Publique France. Son objectif est de surveiller les causes de décès selon l’activité professionnelle en France, depuis 1968. ↩
  2. https://www.santepubliquefrance.fr/sante-mentale/suicides-et-tentatives-de-suicide/rapportsynthese/suicide-et-activite-professionnelle-en-france-premieres-exploitations-de-donnees-disponibles ↩

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Comment gagner des milliards

Quel scandale! Sous prétexte d’un hymne russe confisqué à Roland-Garros, notre chroniqueur en arrive à plaider pour une recomposition complète de la politique extérieure française. Mais de quoi se mêle-t-il?


J’ai longtemps joué au tennis — mais jamais très bien, j’avais commencé bien trop tard : il est rare que l’on excelle dans un sport débuté après 40 ans. N’empêche : j’y suis resté assez attaché pour m’intéresser aux finales de Roland-Garros.
Je ne reviendrai pas sur la victoire de Zverev, match au scénario palpitant, final plein d’émotion (il faut vraiment être taré comme les fadas post-MeToo pour huer un joueur sous prétexte qu’il a eu jadis des démêlés domestiques). Non : ce qui m’a passionné, ce sont les demi-finales et finales du tableau féminin.
Mirra Andreeva a donc successivement éliminé Marta Kostyuk, une Ukrainienne revendicative qui met en avant sa nationalité et son animosité au lieu de se concentrer sur son tennis — et qui s’est fait étriller —, puis la Polonaise Maja Chwalinska, sortie des qualifications, ravie d’être là, et bonne perdante.
À ce moment-là, dans les tribunes deux spectateurs ont sorti un drapeau russe — interdit par un absurde règlement destiné à faire plaisir à Ursula von der Leyen et à la Commission européenne à la solde des Américains. Des vigiles leur ont sauté dessus pour réprimer ce geste de solidarité nationaliste. Et Andreeva a été privée également d’hymne russe.

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Je ne m’attarderai pas sur ce que signifie, sportivement parlant, une telle politique, qui importe la guerre sur les courts de tennis. Les grandes  consciences qui nous gouvernent sans nous demander notre avis l’ont également importée sur les plateaux d’opéra, en interdisant les scènes américaines à la géniale cantatrice russe Anna Netrebko : ça laisse de la place à des sopranos moins douées.

Tout cela paraît secondaire, mais ce boycott stupide est significatif d’une politique globale qui a permis aux Américains d’exporter leur gaz de schiste en Europe, à des tarifs insensés : nous payions le gaz russe 20 €/MWh, nous sommes désormais sommés d’acheter du gaz américain à 52 €/MWh.
D’autant que le gaz russe, depuis le sabotage du gazoduc Nord Stream en septembre 2022, ne passe plus qu’au tiers de ce qu’il était en Europe — de plus de 40% en 2021 à environ 11% en 2024. La France se fournit désormais en Norvège et aux Etats-Unis. Même le GPL coûte désormais plus cher. Et le pétrole russe, lui, est immédiatement saisi, dans des opérations de piratage en eaux internationales dont Macron se réjouit. Dans boycott, il y a boy : ce sont des représailles pour cours de récréation.

Par un hasard miraculeux, le lancement des opérations de guerre américaines en Iran, en amenant un blocage du détroit d’Ormuz, produit en même temps un renchérissement considérable des combustibles fossiles, que le consommateur européen paie de sa poche. Les supertankers déjà en mer, qui mettent un certain temps à arriver en Occident, vendent désormais leur pétrole aux nouveaux tarifs, alors qu’ils l’ont chargé pour trois fois moins. Et des initiés ont réalisé au passage de jolis bénéfices à Wall Street : plusieurs centaines de millions de dollars, explique Nicolas Chapuis dans Le Monde le mois dernier. La guerre, ça coûte cher mais ça peut rapporter gros.
D’ici à conclure que quelques grandes sociétés ont planifié un joli coup en longueur depuis cinq ans, et s’en mettent plein les fouilles…

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Je suis un peu surpris que des gens de gauche, élevés dans la vulgate marxiste, considèrent le conflit ukrainien avec des critères sentimentaux, au lieu de penser que, comme disait Karl M***, le facteur économique est déterminant en dernière instance. Les Américains ont équipé l’Ukraine en échangeant des armes contre des territoires riches en terres rares, essentielles à la transition énergétique. Pendant ce temps, les Européens financent à fonds perdus l’armée ukrainienne et les mafias installées autour de Zelenski. 90 milliards, en février dernier, pas perdus pour tout le monde. Et 3 milliards d’euros bien français d’équipements militaires en sus.
Sans contrepartie. Des prêts jamais remboursés. Pas de contrepartie. Les Américains sont les seuls à tirer bénéficie de ces opérations de guerre.

Les Russes pendant ce temps ont diversifié leurs clientèle, et ne se tirent pas si mal du blocus qu’on leur impose. La Chine se rapproche, du coup, de la Russie — un beau succès de la diplomatie occidentale, que nous allons payer cash quand Pékin lancera ses troupes à l’assaut de Taïwan, avec la bénédiction de Moscou. Certains piailleront comme d’habitude à l’ONU, ce sera d’autant moins efficaces que les Etats-Unis, et bien d’autres, n’ont jamais reconnu Taïwan. Seuls douze minuscules Etats l’ont fait. Le marché des semi-conducteurs, spécialité de l’île chinoise, est à prendre.
Mais je ne doute pas que de belles consciences — les mêmes que pour l’Ukraine — gémiront de voir la Chine lancer son offensive.

Le sentimentalisme appliqué à la politique est sympathiquement grotesque. Les délires journalistiques sur la possibilité d’une attaque russe sur l’Europe, et l’annonce de budgets militaires soudainement gonflés, sont tout aussi irrationnels — mais peut-être certains faiseurs d’opinion sont-ils financés par les grandes compagnies qui se remplissent les poches.

Que Poutine soit un dictateur, tout le monde en convient. Que les Russes aiment les dictateurs, on le sait depuis Ivan le Terrible. Le modèle démocratique, inventé en Grèce, est à usage occidental — et encore !

On n’a pas d’amis, en diplomatie. On a des intérêts. Trump s’occupe de ceux des Américains — et spécifiquement ceux de ses copains. Macron, face à son miroir, joue à la grande conscience et prend des poses ridicules. Et Ursula von der Leyen, imperturbable, sert les intérêts de Washington et de Berlin. On l’a placée là pour ça.
Pendant ce temps, en France, 70 millions de cocus. Et moi, et moi, et moi.

L'école sous emprise

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La Bayadère: à l’Opéra, les splendeurs d’un Orient de légende

Trente-quatre ans après sa réalisation voulue par Rudolf Noureïev pour le Ballet de l’Opéra de Paris, et alors qu’il était déjà tragiquement malade, le fastueux ballet La Bayadère réapparaît sur scène dans toute sa magnificence.

Un monument à sa gloire

Sans doute Noureïev pressentait-il qu’il allait mourir prématurément. Et sans doute avait-il voulu ériger avec La Bayadère un dernier monument à sa gloire, lui qui avait de lui-même une opinion si avantageuse. Sans doute aussi l’administration de l’Opéra de Paris avait-elle voulu permettre cette réalisation exceptionnelle à celui qui n’était déjà plus son directeur de la Danse, mais à qui on avait concédé le titre de chorégraphe invité et dont on imaginait imminente la triste fin.

Miraculeusement beaux

Quoi qu’il en soit, on aura rarement vu à l’Opéra de Paris une production de ballet aussi somptueuse que celle-ci. Cependant, les folles dépenses faites en costumes miraculeusement beaux, confectionnés avec des étoffes trouvées aux Indes (Franca Squarciapino), ou en décors d’une richesse inouïe (Ezio Frigerio), n’auront pas été vaines. Aujourd’hui encore, 34 ans après sa création, alors que l’ouvrage a été représenté près de 260 fois et le sera une vingtaine de fois de plus avec cette reprise, cette version de La Bayadère demeure l’un des fleurons du répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris.

Et plus que jamais, quand on la reprogramme, les foules prennent d’assaut l’Opéra. Lequel, pour accueillir un public plus large encore et, ce faisant, mieux remplir les caisses, a fait passer le spectacle né dans la salle voulue par Napoléon III à celle (mille fois moins belle) voulue par la République et implantée à la Bastille.

LA BAYADERE (Rudolf Noureev), Ballet de l’OnP, Les Ombres Acte III © Svetlana Loboff – OnP

Ce goût très oriental

Ce qui est saisissant, c’est de redécouvrir, au fil des ans et des reprises, que la production demeure dans un état de fraîcheur inchangé et qu’elle offre le même éclat que le soir de sa création en 1992. On peut imaginer, après d’innombrables représentations à Paris comme à l’étranger, combien les décors ont dû être rafraîchis, sinon solidement restaurés, et les costumes retaillés pour leurs nouveaux titulaires, sinon entièrement refaits. Mais on y retrouvera, sans une seule fausse note, tout cet esprit de splendeur semblable à celui qui contribua à la gloire des Ballets Russes à l’aube du XXe siècle. Un goût très oriental s’épanouissant dans une débauche de coloris qui était aussi dans le goût de Noureïev.

Création à Saint-Pétersbourg

Même si La Bayadère fut créée par Marius Petipa avec un grand succès en 1877 pour les Ballets Impériaux, au Théâtre Marie de Saint-Pétersbourg (deux ans après l’inauguration à Paris du nouvel opéra de Charles Garnier), cette vision voulue par Noureïev se rattache effectivement davantage à l’esthétique alors novatrice des Ballets Russes de Serge de Diaghilev, Alexandre Benois et Léon Bakst. Une esthétique dont se sont assurément nourris Ezio Frigerio et Franca Squarciapino, lesquels avaient de plus découvert par eux-mêmes les richesses de l’Inde où se situe l’intrigue de ce ballet.

C’est cette opulence maîtrisée avec goût qui émerveille le public, c’est elle qui sert d’écrin au talent des danseurs du Ballet de l’Opéra. C’est elle aussi qui permet de faire avaler un argument fort mince auquel seuls ce luxe et le nombre des danseurs donnent de l’ampleur. Encore faut-il, évidemment, que les interprètes des rôles principaux soient à la hauteur de l’enjeu, comme l’avaient été ceux qui les avaient créés en 1992 : Isabelle Guérin, Laurent Hilaire et Élisabeth Platel.

Ultime apparition publique

Il est impossible en effet d’oublier la noblesse mélancolique de Laurent Hilaire dans le rôle du guerrier Solor, l’aura lumineuse et tragique d’Isabelle Guérin qui créa le rôle de la bayadère Nikiya, la distinction altière d’Élisabeth Platel en Gamzatti, impitoyable princesse de Golconde. Ce sont eux, créateurs de ces rôles, qui, avec Rudolf Noureïev et ses assistants, triomphèrent lors de la première de La Bayadère.

A lire aussi: Lyrique: Un «Enlèvement»… pas si enlevé, au Théâtre des Champs-Elysées

À l’issue de la représentation, soutenu par les danseurs, destinataire d’une décoration remise devant le public par le ministre de la Culture, Noureïev apparut une ultime fois sur scène pour saluer et être ovationné, alors qu’il avait dû assister au spectacle étendu sur une couche de fortune installée dans une baignoire d’avant-scène. Puis, il apparut un long moment au souper donné dans le grand foyer, avant de devoir se retirer et de disparaître lentement dans le grand escalier de l’Opéra, là où quelques mois plus tard on allait déposer son cercueil.

Les assistants de Noureïev, il faut donc le rappeler, ont tenu un rôle primordial dans la réalisation du ballet et dans sa réussite. Le malheureux était si épouvantablement malade que, même doté d’une volonté de fer, il n’était plus en mesure d’assumer la tâche considérable de monter un ouvrage de cette envergure.

Les fortes personnalités se font rares

Même si l’ensemble du Ballet de l’Opéra de Paris demeure bien souvent remarquable, sinon magnifique, les personnalités hors du commun se font rares aujourd’hui parmi les solistes, alors qu’à l’époque les tempéraments étaient plus prononcés. Une technique irréprochable ne remplacera jamais une nature exceptionnelle et un sens inné du théâtre.

Mais si les titulaires des rôles principaux n’ont peut-être pas aujourd’hui le même charisme que leurs prédécesseurs, ils offriront tout de même un remarquable exemple de ce style qui est celui de l’école française de ballet où tout sait ne devoir être qu’élégance, majesté, sobriété, pureté des lignes et virtuosité sans ostentation. On sait cependant que parmi les étoiles qui reprennent les rôles principaux, Dorothée Gilbert, à la veille de faire ses adieux à la scène, sera là pour illuminer le théâtre.

LA BAYADERE (Rudolf Noureev), Dorothée Gilbert (Nikiya), Audric Bezard (L’Esclave) © Svetlana Loboff OnP

Diaphane, irréelle

Un beau visage de médaille, le corps gracile et bien dessiné, le geste remarquablement délié : aux côtés de Hugo Marchand en Solor et de Roxane Stojanov en Gamzatti, la danseuse étoile Dorothée Gilbert, dans le rôle de Nikiya, est de la race des Monique Loudières. Comme elle, elle sait être diaphane, presque irréelle. Et comme Isabelle Guérin naguère, mais dans un tout autre genre, elle offre un jeu dramatique extrêmement prenant. Cette dernière avait fait merveille en jouant la passion, puis le désespoir. Deux générations d’étoiles plus tard, Dorothée Gilbert lui a succédé pour s’élever à la même altitude.

Le Pas des ombres

Comme souvent dans ce genre de ballet académique, si l’argument demeure inchangé, mise en scène et chorégraphie ont été profondément remaniées par celui qui a été en charge de leur renaissance. Sans jamais s’être révélé un grand chorégraphe, Noureïev s’y montre, une fois encore, bon, sinon excellent metteur en scène, à quelques faiblesses près.

Toutefois, de la version originale créée par Petipa, demeure, intouchable à tout jamais, cet irréel « Pas des ombres » tel que l’avait imaginé le maître français des Ballets Impériaux en s’inspirant, dit-on, d’un dessin de Gustave Doré représentant les âmes mortes aux Enfers. Accompagné d’une page de Minkus, plus noble, plus retenue que les débordements sirupeux ou les flonflons dont ce compositeur de musique de ballet est coutumier, le « Pas des ombres » constitue la séquence la plus saisissante de l’ouvrage en faisant défiler, en d’innombrables arabesques, trente-deux ballerines uniformément voilées de gaze blanche, créatures venues de l’au-delà pour accompagner le spectre de Nikiya.

Comme dans tout cet acte blanc qui clôt La Bayadère, les artistes du corps de ballet font généralement merveille. Et le public, à juste titre, les saluera avec la même ferveur que celle avec laquelle il acclamera les étoiles.


« La Bayadère » avec le Ballet et les étoiles de l’Opéra de Paris. Du 17 juin au 14 juillet 2026.
Durée : 2h45 avec deux entractes

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June 08, 2026

«Que rien ne vous effraie», encourage le Pape aux catholiques madrilènes

Le Pape a rencontré la communauté diocésaine de Madrid au sein du stade de football Santiago Bernabéu au cours d’un événement festif et coloré. Dans son discours, Léon XIV a rappelé la joie de l’Évangile et encouragé à demeurer ouvert et à s’écouter sans crainte.

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En Espagne, le Pape rencontre des victimes d’abus

Dans l’après-midi de ce 8 juin, Léon XIV a rencontré à la nonciature apostolique de Madrid, six victimes d’abus commis par des membres du clergé et de l’Église en Espagne. Le Souverain pontife a «écouté chacune d'elle avec affection et attention», leur assurant sa proximité, ainsi que celle de toute la communauté ecclésiale. Elles ont eu le sentiment que le Souverain pontife avait pris à cœur leur souffrance.

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L’évêque de Butembo-Beni dénonce les dérives politiques en RDC

Dans un message signé en la mémoire des martyres Charles Lwanga et ses compagnons, l’évêque de Butembo-Béni, dans l’est de la République démocratique du Congo, Mgr Sikuli Paluku Melchisédech, a adressé une interpellation aux autorités congolaises, suite à la dégradation de la situation socio-sécuritaire dans son diocèse. L’évêque dit constater avec amertume «un hiatus entre les préoccupations des politiciens et les besoins réels et légitimes des Congolais et des Congolaises».

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La destruction de Paris

Victoire du PSG, déchaînement de violence, destruction de quartiers entiers de Paris. Notre chroniqueur, qui vit désormais loin de ce monde en ébullition, jette un regard désabusé sur la situation. Peut-être se prend-il pour Philippulus le Prophète…


Au chapitre VII des Copains, sublime chef d’œuvre de Jules Romains écrit juste avant la Première Guerre mondiale (1913), on assiste à la « destruction d’Issoire ». La paisible sous-préfecture du Puy-de-Dôme est mise sens dessus dessous par les joyeux énergumènes qui, quelques chapitres auparavant, avaient ressuscité Ambert, autre sous-préfecture tout aussi paisible… « Les notabilités s’enfuirent en renversant les chaises ; les enfants des écoles, avec des cris perçants, se précipitèrent sur le rempart des invités debout, qui s’éboula en un clin d’œil. Le cordon de fantassins fut rompu et se débanda. La musique militaire partit au pas gymnastique. La place Sainte-Ursule éclata dans tous les sens, projetant au loin les morceaux de la foule. Issoire était pulvérisé, anéanti par sa propre explosion. »

Un renversement de civilisation

Début 2018, j’écrivais dans Causeur, dans un article destiné à chanter Lalbenque-en-Périgord, une vraie ville avec de vrais gens : « Il y a deux France. L’une est fictive, elle s’appelle Paris. C’est une ville qui n’existe pas, mais qui se croit le centre de l’Hexagone, peut-être celui du monde. C’est fréquent chez ceux qui ne sont rien, et pensent que leur nombril est tout. » Et voici que Paris est révélé par quelques milliers de voyous décidés à terroriser les bourgeois bohèmes de la capitale sous prétexte d’une victoire du PSG. Scènes d’émeutes, destructions en série, voitures incendiées, des centaines de blessés, y compris parmi les forces de l’ordre, passablement passives — et un mort. Un avant-goût de ce que seront les villes lorsque la guerre civile larvée dans laquelle nous vivons passera en phase chaude.

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Parce que contrairement à ce que s’imaginent candidement certains, à gauche, le déchaînement de violence ne trouve pas son origine dans la « misère » des banlieues. D’abord parce qu’il n’y a pas que les banlieues, en ce moment, qui flirtent avec la misère. Ensuite, parce que ces jeunes gens, la main crispée sur leur portable, dévalisant les boutiques d’objets factices de désir, gavés de subventions et d’aides diverses, sont largement moins misérables que ne le furent leurs parents, et la plupart des gens en zone rurale. Ce qui se joue en ce moment, c’est le renversement d’un modèle de civilisation, basée sur la convivialité et le « vivre ensemble », la civilisation que s’acharne à défendre, entre autres, le Canon français, par une non-civilisation barbare. Ce qui se joue, c’est le renversement d’un ordre ancien par un désordre sans autre objet que sa propre dynamique.

Un air de guerre civile

Toutes les conditions sont désormais réunies pour l’effondrement final. Les barbares, accueillis durant des décennies — exactement comme Rome pendant deux siècles a ouvert les bras aux Goths venus s’occuper chez elle des tâches qui désormais rebutaient les citoyens romains — déferlent en masse, et seront encore plus nombreux demain, et on ne les « remigrera » pas. Les conditions climatiques incertaines, les épidémies qui rôdent, la disruption des échanges commerciaux internationaux qui non seulement font des carburants des produits de luxe, mais cassent la connectique qui assurait l’approvisionnement et le remplacement des produits, demandez-vous avec quoi on fertilisera les terres qui vous nourrissent, tout cela crée les mêmes conditions qui ont vu jadis s’effondrer en très peu de temps la Méditerranée de l’âge du bronze récent, l’empire romain ou l’Angleterre d’Arthur, pour ne prendre que les plus emblématiques des « dark ages », comme disent les historiens britanniques.

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Les hordes ne sont que l’avant-garde des nuées qui nous dévasteront. Et qui peut-être, comme dans le roman de Jules Romains, nous inciteront, plus tard, à revivre. Les élections qui viennent, dans ce contexte, et qui, quel que soit le résultat, ouvriront une période de guerre civile ouverte, sont un épiphénomène, la tentative dérisoire d’une classe politique cherchant à survivre au milieu des décombres qu’elle a accumulés sur nos têtes. Rappelez-vous la fin de l’Electre de Giraudoux — jouée pour la première fois en 1937, par un homme qui travaillait au plus haut sommet des Affaires étrangères et assistera l’année suivante, désabusé, à la reddition des Accords de Munich, juste avant la Deuxième Guerre mondiale :

« – Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?

– Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore. »

Les Copains

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Les nuits de Topkapi

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