Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

October 07, 2026

Fox News, trente ans à droite de l’écran

« Fair and Balanced1. » Lancée le 7 octobre 1996, la chaîne de Rupert Murdoch a bouleversé la télévision américaine et transformé la droite. Son succès raconte une demande d’information différente, mais aussi les dangers d’un média devenu dépendant des convictions de son public.


Une chaîne peut-elle changer un pays ? À trente ans, Fox News offre au moins matière à poser la question. Elle a donné à une partie de l’Amérique un écran sur lequel elle se reconnaissait enfin. Puis elle est devenue assez puissante pour peser sur le camp politique dont elle exprimait à la fois les frustrations et les aspirations.

Les fondateurs ont inspiré deux feuilletons

À l’origine étaient deux hommes. Le premier est Rupert Murdoch, entrepreneur de presse qui sait transformer une identité éditoriale en réussite commerciale. Le deuxième, Roger Ailes, professionnel de la télévision et conseiller de responsables républicains, comprend que la politique se joue aussi dans la manière de parler, de regarder la caméra et de raconter une histoire. Désormais, leur image est liée aux séries qu’ils ont inspirées, Succession, nourrie notamment de la saga Murdoch, et The Loudest Voice, consacrée à Roger Ailes, incarné par Russell Crowe.

Leur intuition est simple. Une partie du public conservateur estime que les grands médias américains traitent ses inquiétudes comme des préjugés. Ce public est un marché. Pour le conquérir, Fox promet de rétablir l’équilibre. Son slogan, « Fair and Balanced », est aussi en creux une accusation contre les autres, les unfair et unbalanced. La chaîne propose une information où le patriotisme, la religion, la sécurité et surtout la méfiance envers Washington occupent une place centrale. Elle associe le travail d’une rédaction à des émissions d’opinion portées par des personnalités reconnaissables.

Bill O’Reilly et Sean Hannity deviennent des rendez-vous autant que des présentateurs. Le premier vient de la télévision traditionnelle, avec un passage par CBS et ABC, puis la présentation du magazine Inside Edition, diffusé sur des chaînes locales à travers les États-Unis, de 1989 à 1995. Le second s’est formé à la radio, en Alabama puis à Atlanta. Recruté par Fox en 1996, Hannity partage d’abord l’antenne avec le progressiste Alan Colmes. Leur duo met en scène la confrontation entre droite et gauche. En 2009, Hannity prend seul les commandes de l’émission.

Devant CNN

Aux États-Unis, Fox News appartient à la télévision payante, comme CNN et MSNBC. Ces chaînes dites « du câble » sont proposées dans des bouquets accessibles par câble, satellite ou Internet. Elles se distinguent des grands réseaux généralistes ABC, CBS, NBC dont les stations locales sont accessibles gratuitement avec une antenne. En janvier 2002, Fox News dépasse CNN dans les audiences du câble et, en 2025, elle occupe quatorze des quinze premières places du classement des émissions d’information de ce secteur, avec un peu plus de quatre millions de téléspectateurs en moyenne pour The Five, où cinq chroniqueurs, majoritairement conservateurs, débattent de l’actualité autour d’une table. Selon une estimation de S&P Global citée par le Financial Times en juillet 2025, ses recettes annuelles devaient atteindre environ 3,1 milliards de dollars.

Le modèle repose sur deux sources de revenus. Les annonceurs paient pour toucher les téléspectateurs et les distributeurs versent une redevance mensuelle par abonné pour inclure la chaîne dans leurs bouquets, même lorsque celui-ci ne la regarde pas. Un public fidèle attire donc la publicité et renforce le pouvoir de négociation de Fox auprès des distributeurs, qui risqueraient de perdre des clients en retirant la chaîne. La fidélité politique devient ainsi un atout commercial.

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La réussite ne tient pas seulement aux idées. Fox sait faire de la télé. Le rythme, les confrontations, les visages familiers et les sujets récurrents donnent au téléspectateur le sentiment de retrouver chaque soir des gens qui parlent sa langue. La chaîne vend cette familiarité autant qu’un programme.

Son influence ne se réduit pourtant pas à l’audience. Une étude a mesuré, pour les élections entre 1996 et 2000, une progression – légère mais réelle – du vote républicain dans les villes où Fox était devenue accessible. Le résultat concerne une période précise, mais il montre clairement qu’une chaîne peut faire davantage que conforter des opinions déjà acquises.

D’autres études mettent en évidence deux sujets particulièrement importants pour ses téléspectateurs, l’immigration et le changement climatique. Elles signalent également de premiers éléments concernant l’influence de Fox sur les réactions à la pandémie de Covid-19. Ces trois dossiers ont un point commun car ils mettent en jeu la confiance envers les responsables politiques, scientifiques ou experts, ceux qui prétendent définir le problème et prescrire la réponse.

Avec Trump : je t’aime moi non plus

Avec Donald Trump, les relations entre télévision et politique prennent une autre dimension. L’histoire commence avant sa candidature. Dès 2011, il intervient chaque lundi dans Fox & Friends, la matinale de la chaîne. Fox lui offre un rendez-vous régulier avec le public conservateur, où sa célébrité d’homme d’affaires et de vedette de téléréalité se transforme en ressource politique.

L’alliance n’a pourtant rien d’automatique. En août 2015, lors du premier débat des primaires républicaines, Megyn Kelly l’interroge sur ses propos insultants envers les femmes. Trump l’attaque personnellement, puis boycotte le débat organisé par Fox en janvier 2016. La chaîne défend sa journaliste mais le candidat montre déjà qu’il entend imposer ses conditions aux médias. Trump découvre qu’il peut mobiliser contre Fox le public qu’il a conquis grâce à elle.

Le 5 novembre 2018, à la veille des élections de mi-mandat, Sean Hannity et Jeanine Pirro montent sur scène aux côtés de Trump lors d’un meeting dans le Missouri. Fox qualifie l’épisode de regrettable, mais une ligne est franchie. Les présentateurs ne commentent plus seulement la mobilisation républicaine, ils y participent. Le président trouve chez eux des défenseurs et eux disposent d’un accès privilégié au pouvoir.

L’élection de 2020 révèle les limites de cette relation spéciale. Fox est la première chaîne à annoncer la victoire de Joe Biden en Arizona, une projection qui se révèle exacte. Trump et ses partisans dénoncent une trahison. Il encourage alors son public à regarder les concurrents Newsmax et One America News. La chaîne se retrouve prise entre le travail de sa rédaction et les attentes de téléspectateurs qui refusent la défaite. Les échanges internes rendus publics dans l’affaire Dominion montrent que plusieurs figures de Fox ne croyaient pas aux accusations de fraude qu’elles laissaient prospérer à l’antenne. Tucker Carlson écrit même, en janvier 2021, qu’il déteste Trump « passionnément ». La convergence à l’écran ne signifie donc ni confiance ni estime en privé. Elle repose aussi sur un public commun, que chacun redoute de perdre.

Cette dépendance coûte cher. Le 18 avril 2023, Fox accepte de verser 787,5 millions de dollars pour régler le procès en diffamation engagé par Dominion Voting Systems, visée par les fausses accusations de manipulation du scrutin. La somme équivaut à environ huit fois le chiffre d’affaires que Dominion prévoyait pour 2022. Dans son communiqué, Fox reconnaît les décisions du tribunal établissant la fausseté de certaines affirmations concernant l’entreprise. L’affaire pose une question intéressante. Que devient l’indépendance d’un média lorsque ses téléspectateurs attendent de lui qu’il confirme un récit, quels que soient les faits établis ?

Le retour de Trump à la Maison-Blanche approfondit encore les passages entre l’antenne et le pouvoir. Pete Hegseth, ancien militaire et animateur de Fox & Friends Weekend, accède à la tête du Pentagone. Sean Duffy, ancien élu républicain devenu présentateur sur Fox Business, prend les Transports. La télévision constitue désormais un vivier de responsables gouvernementaux. Elle permet au président d’observer les candidats, de juger leur capacité à défendre ses positions et de choisir des visages déjà familiers à ses électeurs.

La chaîne a aussi traversé des scandales internes. Roger Ailes quitte ses fonctions en juillet 2016 après des accusations de harcèlement sexuel, qu’il conteste. Bill O’Reilly est écarté en avril 2017 dans le contexte d’accusations similaires, qu’il nie également. Fox a montré qu’elle pouvait survivre aux hommes qui semblaient l’incarner.

À trente ans, Fox News raconte donc deux histoires. Celle d’une entreprise qui a compris une demande négligée et construit une télévision remarquablement efficace. Et celle d’un média dont la puissance politique rend plus difficile la distance avec son public et ses alliés. La chaîne avait promis de corriger les angles morts des autres. Son défi est désormais de ne pas devenir prisonnière des siens.


  1. « Honnête et équilibrée » NDLR ↩︎

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Léon XIV appelle les catholiques à «être un dans le Christ, unis dans la mission»

À l’occasion du centenaire de la Journée Mondiale des Missions, le Pape invite dans un message vidéo les fidèles à renouveler leur engagement en faveur de l’évangélisation et de la solidarité avec les Églises du monde entier. Placée sous le thème «Un dans le Christ, unis dans la mission», cette célébration rappelle que chaque baptisé est appelé à prendre part, selon sa vocation et ses dons, à la mission de l’Église, affirme le Saint-Père.

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Le Pape a reçu les mécènes des Musées du Vatican

Lors d’une audience au palais apostolique ce mercredi 7 octobre, le Pape Léon XIV a remercié les représentants des «Patrons of the Arts» des Musées du Vatican, une association de mécènes qui existent depuis 1983, pour leur «généreuse collaboration» qui contribue à la préservation du patrimoine artistique du Vatican. Le Souverain pontife les a encouragé «à s'ouvrir à la beauté et à réfléchir aux moyens d'aider les autres à faire de même».

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Léon XIV invite à réciter la prière du chapelet face aux difficultés de la vie

Dans ses salutations aux pèlerins italiens à l’issue de l’audience générale, le Pape a renouvelé son invitation à réciter cette prière mariale «si chère à la tradition de l’Église». Un appel qui fait écho à l’Angélus de dimanche dernier, le 4 octobre, et et à celui prononcé à Lourdes, avec l’intention particulière que cessent les guerres et que la paix règne entre les peuples en conflit.

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Audience générale: l’Église n’est ni «au-dessus» ni «à côté» du monde, mais enracinée

«L’Église chemine dans l’histoire au milieu des peuples et des cultures», a fait savoir le Pape, lors de l’audience générale de ce mercredi, devant 32 000 fidèles. Poursuivant sa catéchèse sur la Constitution pastorale Gaudium et spes, l’un des grands textes du Concile Vatican II, Léon XIV a médité sur la mission de l’Église, qui est, a-t-il dit, d’aider les personnes à s’interroger sur les questions fondamentales de la vie et de contribuer à l’édification de la cité terrestre.

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Les lycéens, petits dindons de la farce égalitaire

Les lycéens qui se croient rebelles reproduisent en réalité, dans la violence comme dans leurs revendications qu’on nous présente comme légitimes, le conformisme idéologique navrant que l’école leur a inculqué, au détriment de l’esprit critique, de la responsabilité et de la liberté.


Depuis quinze jours, la France vit au rythme du « blocus lycéen » : des jeunes gens -pas tous lycéens il faut le dire !- se prenant pour des Gavroche contemporains, incendient des bâtiments scolaires, aspergent des gens d’essence et s’en prennent violemment à la police en scandant « du fric pour l’école publique ! » ou « non au 8h-18h, on n’est pas des bénévoles ». On a même entendu l’un d’entre eux se plaindre du fait qu’on ne le laisse pas dormir en classe…  Un grand nombre de professeurs et de parents les soutiennent, invoquant une « colère légitime », la spontanéité de la jeunesse et le « droit à l’éducation ». Les médias et les responsables politiques s’empressent de faire la distinction entre les casseurs et les lycéens, qui seraient pacifiques…

Le lycée c’est pas rose, le lycée c’est morose

Les revendications sont connues : manque de professeurs, classes surchargées, bâtiments délabrés, absurdité de Parcoursup… Et il faut admettre que la réalité dans certains lycées n’est pas rose. Les promesses des gouvernements successifs, notamment l’objectif d’emmener coûte que coûte toute une classe d’âge au bac sans prendre en compte les effets pervers de cette massification (problèmes d’infrastructures, baisse mécanique du niveau et entrée tardive dans la vie active), ont perverti l’enseignement : il ne s’agit plus d’instruire les élèves mais de leur garantir l’égalité parfaite. Les gouvernements successifs ont tous échoué, ne voyant pas l’urgence d’autonomiser les établissements, en donnant aux directeurs la possibilité de gérer leur budget, de régler les problèmes simplement et de recruter les professeurs eux-mêmes. Changer une chaudière dans un lycée implique de passer par le président de Région !

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Notons que les revendications ne portent absolument pas sur ce manque de liberté et d’autonomie. En bons dépositaires des discours égalitaires auxquels ils ont été biberonnés toute leur enfance, nos lycéens se tournent d’abord vers l’Etat pour trouver des solutions puis, constatant l’inefficacité de cette démarche, menacent de le renverser. Hyperconformistes, ils reprennent la litanie officielle : on arrangera tout avec des chèques supplémentaires. Rien de surprenant : formés par des rebelles fonctionnaires, ils ne prennent aucun risque à détruire des biens qui n’appartiennent à personne, comme tout ce qui appartient à tout le monde. Au pire, ils seront « rappelés à la loi ». Quant aux enseignants, Spartacus syndiqués, qui encouragent leurs élèves à des actions illégales comme l’entrave aux services publics, ils ne sont visiblement pas inquiets des suites judiciaires les concernant. Il ne leur arrivera rien.

Petits monstres et monstre froid

Mais in fine, élèves et professeurs sont bien les dindons de la farce, comme tous ceux qui croient encore à l’Etat. Ils font l’amère expérience des mensonges institutionnels. Non, l’Etat ne sait pas éduquer, soigner, édifier. Il ne sait même plus remplir ses missions régaliennes, faire régner la sécurité et protéger sa propre population. Dans Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche écrivait : « l’Etat est le plus froid des monstres froids. Il est froid même quand il ment ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : Moi, l’Etat, je suis le peuple ». Si ces jeunes gens lisaient autre chose que les balivernes que les professeurs, « serviteurs de la République » tels qu’ils aiment à se définir, placent entre leurs mains, ils n’auraient pas cette mentalité d’esclaves. Car ils se croient rebelles, mais réclamer des solutions à celui qui a orchestré le chaos, est non seulement vain mais d’un conformisme achevé.

Aveuglés par l’idéologie, ils ignorent que l’argent qu’ils réclament n’existe plus et que même s’ils pendaient les derniers « riches » de ce pays pour leur faire les poches, ils ne feraient qu’alimenter davantage la monstrueuse machine bureaucratique qui les écrase déjà, qui préfère l’animation à l’instruction et l’engagement à la responsabilité. Dans cette grande garderie qu’est devenue l’école, on leur a enseigné que leur vrai devoir n’était pas d’apprendre, c’est-à-dire de prendre la connaissance pour la faire leur, mais de s’indigner.

Romantisme révolutionnaire puéril d’arrière-garde

La France cultive depuis deux siècles un romantisme révolutionnaire tenace. De 1789 à Mai 68, en passant par 1848 et la Commune, nous avons érigé la barricade en geste esthétique et le soulèvement en preuve de vertu. Nos manuels, nos films, nos chansons exaltent encore le jeune révolté contre un ordre injuste, capitaliste, patriarcal, stigmatisant… Et dans cette entreprise, l’école n’est pas en reste, faisant de la Révolution française l’alpha et l’oméga de notre histoire, ignorant sciemment les exactions de la Terreur et pourchassant en son sein tous les éléments qui pourraient tempérer cette passion, a fortiori s’ils rappellent l’apport de la religion catholique. Passer sous silence les crimes des révolutions, n’en garder que l’avènement des droits de l’homme, l’égalité, la République et le tyrannicide légitime, c’est normaliser le recours à la violence et au crime pour obtenir gain de cause. La torture, l’oppression, le complot, le meurtre se trouvent alors justifiés par la quête du bien de l’humanité. De là à excuser les violences et le vandalisme au nom de la lutte pour une société plus juste, de l’antiracisme voire de l’anticapitalisme, il n’y a qu’un pas que de nombreux « jeunes » n’hésitent plus à franchir, excusés voire encouragés par leurs professeurs.

Tous les enseignements sont prétexte à mettre l’accent sur les dominations, la violence de l’exploitation d’une classe par une autre. L’héritage de Mai 68 est visible dans le rejet de l’autorité magistrale, le socioconstructivisme (« l’élève construit son savoir »), la disparition des classements et la baisse des exigences comme la suppression du latin précoce, la notation par compétences et autres lubies pédagogistes. Même les parcours littéraires sont construits autour des luttes féministes ou anti-coloniales. Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne, célèbre révolutionnaire, proclamait en décembre 1792 devant la Convention : « L’éducation doit former le cœur. Elle demande des cirques, des gymnases, des armes, des jeux publics, des fêtes nationales ; le concours fraternel de tous les âges et de tous les sexes, et le spectacle imposant et doux de la société humaine rassemblée. » Voilà qui est clair !

Le fruit de décennies de socialisme et de la culture de l’excuse

Déjà Tocqueville dans L’Ancien Régime et la Révolution écrivait « les Français sont le peuple le plus littéraire et le plus révolutionnaire de l’Europe » ; il y a belle lurette que la France préfère la flamme purificatrice de l’insurrection au travail patient et ingrat, souvent imparfait il est vrai, de la réforme. Ce glissement vers une pédagogie de l’émotion et de l’engagement a transformé les élèves en militants. Des militants d’autant plus prompts à verser dans la violence qu’ils ignorent leur propre langue. Dépossédés du pouvoir de convaincre, incapables d’argumenter, ils hurlent, se roulent par terre, puis frappent, pillent, incendient.

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« Ce sont des jeunes qui s’expriment », entend-on. « La violence est le langage de ceux qu’on n’écoute pas. » Non. La violence est le langage de ceux à qui l’on n’a appris ni à raisonner ni à s’exprimer. Ces élèves descendent dans la rue avec les armes que nous leur avons fournies : la posture de victime, le goût de la confrontation, et l’assurance que la solution viendra de l’Etat qui cédera à leurs revendications. Dépourvus d’esprit critique, ils ne voient pas que leur situation est le fruit de décennies de socialisme plus ou moins assumé et que la solution ne peut pas être une fois de plus davantage de socialisme. Il faut au contraire rompre ce cercle vicieux. Albert Camus écrivait dans L’Homme révolté : « La révolte, si elle dégénère, devient ressentiment. » Nous y sommes. Ce qui commence par des revendications scolaires finit en incendies et en agressions, car on n’a pas formé des esprits libres, mais des consciences fragiles.

Les solutions existent. Mais elles requièrent une grande cohérence morale et beaucoup de patience, deux vertus dont nos responsables politiques sont absolument dépourvus. Elles passent par la recherche permanente de la liberté et de la responsabilité individuelle : en l’occurrence liberté des établissements de recruter afin que chaque classe soit pourvue d’un bon professeur, de choisir les méthodes les mieux adaptées aux élèves, liberté d’exclure réellement les fauteurs de trouble. Rappelons que l’obligation scolaire court jusqu’à 16 ans : rien n’oblige l’Etat à garder au lycée des individus de 17 ou 18 ans dont le seul objectif est de gagner du temps avant d’entrer sur le marché du travail. Il faut en finir avec le statut de fonctionnaire qui protège l’incompétence autant que le mérite, revenir à des programmes exigeants, axés sur les savoirs et non sur des compétences que personne ne sait vraiment définir ni évaluer. Il faut dépolitiser les programmes et laisser aux parents le choix de l’école de leurs enfants en finançant les écoles libres: peut-être cesseront-ils de les confier à des gens dont la vocation est le militantisme politique et non la transmission de notre patrimoine commun. Il faut aussi créer des filières professionnelles exigeantes : tous les jeunes gens n’ont pas vocation à se diriger vers des études longues. Il y a plus d’honneur à apprendre un métier qu’à perdre son temps sur les bancs d’un lycée qu’on finira par incendier.

Souhaitons que les candidats à l’élection prochaine se mettent eux aussi à parler de liberté, d’honneur et de responsabilité.

La Grande Garderie

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October 06, 2026

Léon XIV à Assise, 40 ans après la rencontre historique voulue par Jean-Paul II

La communauté de Sant'Egidio a présenté aujourd'hui l'événement consacré au dialogue entre les religions pour la paix. Dans la ville de saint François, du 25 au 27 octobre, se tiendra le rendez-vous annuel intitulé «Une paix désarmée et désarmante». «Nous sommes heureux du retour du Pape», a affirmé Mgr Felice Accrocca, évêque d'Assise.

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Saint-Siège: l’utilisation de l’IA dans l'agroalimentaire doit placer l’humain au centre

Lors d’un événement organisé conjointement par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et la Mission permanente, Mgr Ettore Balestrero, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies à Genève, a insisté sur l’importance de la dignité humaine et du développement dans l’utilisation de l’intelligence artificielle au sein des systèmes agroalimentaires.

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Côte d’Ivoire: la famille franciscaine célèbre saint François d'Assise

La grande famille franciscaine de Côte d’Ivoire a célébré, dimanche 4 octobre, le Transitus, la fête à l’honneur de saint François d’Assise, à la paroisse Saint-Étienne de Koumassi, dans le diocèse de Grand-Bassam. Une célébration placée sous le signe de la fraternité, de la conversion et de l’engagement en faveur des plus vulnérables et de la sauvegarde de la création, dans le cadre du jubilé des 800 ans de la naissance au ciel du «Poverello».

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En Ukraine, être enseignante sous les bombes en résistant à la panique

Malgré la guerre qui sévit dans ce pays, les écoles tentent de poursuivre leurs activités. Pour les enfants, les parents et les enseignants, assurer la continuité de l’enseignement exige chaque jour un effort considérable: changer de salle de classe, interrompre un cours, se réfugier dans un abri, attendre que l’alerte passe, puis recommencer. «Nous sommes tous épuisés par les alertes incessantes, mais nous voulons continuer à vivre là où sont nos racines», affirme Oksana, enseignante à Kiev.

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Rencontre sur Amoris laetitia: un souffle nouveau pour la pastorale familiale

Du 7 au 14 octobre 2026 au Vatican, les chefs des Églises orientales, les présidents des Conférences épiscopales et des familles se réunissent au Vatican pour réfléchir à la manière d’annoncer l’Évangile aux familles d’aujourd’hui. De cette initiative du Pape Léon XIV, le père Ouinsou, vice-président de l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille, section Afrique à Cotonou, espère «un nouvel élan pastoral de la vocation à la sainteté».

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Gabon: le nouveau nonce apostolique accueilli sous le signe de l'espérance

L’Église catholique au Gabon a accueilli avec grande ferveur spirituelle, le dimanche 4 octobre, Mgr Kizito Ouédraogo en tant que nouveau nonce apostolique au Gabon et en République du Congo. Un événement salué comme un «temps de grâce» et un «moment de joie» tant pour la communauté ecclésiale que pour la nation gabonaise tout entière.

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Pour Léon XIV, l' amour conjugal est un «oui» inlassable pour toute une vie

Le Pape signe la préface d'une nouvelle édition de ''YOUCAT Love Forever'', un ouvrage destiné à accompagner les jeunes dans leur réflexion sur l'amour, les relations et le mariage à la lumière de la foi catholique.

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Une élection existentielle: Bibi or not Bibi?

Découvrez le sommaire de notre numéro d’octobre


Le numéro d’octobre est disponible aujourd’hui sur la boutique en ligne, et demain mercredi 7 chez votre marchand de journaux.

L’élection du 27 octobre en Israël est proprement existentielle. Comme l’explique Jean-Baptiste Roques dans son introduction à notre dossier, les électeurs décideront si, oui ou non, ils veulent que le pays soit dirigé par un homme qui, bien qu’au pouvoir depuis dix-sept ans (sauf une parenthèse en 2021-2022), refuse d’assumer ses responsabilités dans les échecs du pays. Pourtant, il existe des arguments pour voter Netanyahou. Si l’État juif et son Premier ministre font l’objet d’une détestation insensée sur la scène internationale, les Israéliens vont resserrer les rangs, en maintenant leur soutien à Bibi. Et au regard des dangers pesant sur la nation, beaucoup d’électeurs préfèrent être dirigés par un homme à poigne. Le 27 octobre, les Israéliens auront à choisir – explique Gil Mihaely – entre deux conceptions de leur nation : un régime combinant libéralisme politique et respect de l’identité juive, ou un système niant l’état de droit et déléguant la définition du caractère juif à l’orthodoxie religieuse. C’est la question laissée sans réponse depuis 1948 : qu’est-ce qu’un « État juif » ? Justement, selon l’analyse de l’historien Aviad Kleinberg, certains courants orthodoxes et nationalistes, de plus en plus influents en Israël, pensent que la démocratie libérale est la marque du seul Occident chrétien, et qu’à ce titre, l’État juif doit divorcer des Lumières. Plus que jamais, l’avenir du pays dépend de la résistance des modernes à cette offensive obscurantiste.

Si Netanyahou perd, qui accédera au pouvoir ? Est-ce que ce sera son rival le plus sérieux, Gadi Eizenkot, fils d’une famille juive marocaine, élevé à Eilat puis formé par les fortes têtes de Golani ? Pour Gil Mihaely, sa sobriété et son dédain pour l’emphase pourraient offrir un contrepoint salutaire à un Israël chauffé à blanc depuis le 7-Octobre. Nathalie Ohana se demande si, trois ans après les massacres, l’État juif saura une nouvelle fois se réinventer à la faveur de ce grand rendez-vous démocratique. Barbara Lefebvre analyse la série israélienne, Fauda, dont la cinquième saison restitue l’attaque terroriste du 7-Octobre avec un réalisme époustouflant. Les critiques acerbes de Libération, ce journal qui ne cesse de relayer la propagande islamiste, n’ont pas empêché la série de connaître un succès dans la plupart des pays arabes. Beaucoup des « grands » médias français reproduisent les mêmes mensonges que Libé. Pourtant, rectifie Gil Mihaely, il n’y a pas eu de « famine » à Gaza, les « journalistes tués » étaient des djihadistes, et de nombreux « employés de l’UNRWA » étaient des agents des terroristes.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy compare la réaction populaire, surtout chez les jeunes, à la visite de Léon XIV aux scènes de chaos et de violence qui ont accompagné le mouvement de protestation des lycéens. Conclusion : « Il est difficile de ne pas penser que Léon XIV incarne notre passé et Bally Bagayoko notre avenir. Et ça, ce n’est pas une « bonne nouvelle » ». Notre directrice de la rédaction revient aussi sur l’affaire Charles Sapin qui montre que Radio France, tout occupée à faire « barrage à l’extrême droite », vit dans une réalité parallèle ou le pluralisme est impensable. « Tout le camp progressiste se satisfait d’un pluralisme limité, comme la souveraineté des pays frères de l’URSS dans le pacte de Varsovie ». Franz-Olivier Giesbert, dont les propos ont été recueillis par Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, salue le travail d’enquête mené par Sarah Knafo dans Le Casse du siècle. Ce livre a le mérite de dénoncer notre modèle social avec un humour devenu rare. FOG brosse le portrait d’une talentueuse figure du libéralisme capable d’œuvrer à l’union des droites, tout en lui déconseillant, pour le moment, la course à l’Élysée.

Ceux qui ont du mal à comprendre le trumpisme devraient aller faire un séjour dans le bayou. Dans son premier reportage pour Causeur, Louis Sarkozy a rencontré des chasseurs d’alligators autour du gouverneur de Louisiane qui est en campagne pour les midterms. Tout vulgaires qu’ils sont, ils travaillent dur, vivent libres et selon leurs principes, et voient dans l’Europe un continent à la ramasse. Jean-Baptiste Roques nous emmène dans l’ex-Allemagne de l’Est où on ne pense pas comme l’Ouest, France comprise. L’AfD y fait des scores pétaradants. Le parti, né d’un mélange de révolte contre la politique migratoire de Merkel et de nostalgie de l’URSS (eh oui), prône aussi la liberté de penser ce qu’on veut de la Shoah. Une voisine pas très rassurante, et bientôt surarmée. Ensuite, Sylvie Perez nous ramène à Bruxelles, où elle a rencontré Frank Furedi. Cet intellectuel défenseur du populisme a été trotskiste, communiste, libertaire anti-étatiste, anti-wokiste et enfin orbaniste. Un expert du grand écart ? Non, un fidèle de la liberté, et un fidèle du peuple, répond-il ! Portrait d’un aventurier-sociologue.

De mon côté, j’essaie de voir clair à travers le bruit et la fureur qui entourent les derniers progrès de l’IA. Cette nouvelle technologie s’emballe et s’emballe si fort que des pontes de la Silicon Valley démissionnent, effrayés de la voir toujours plus autonome, jusqu’à, disent-ils, pouvoir tuer l’humanité. Mais la régulation ne semble pas encore au programme : un ralentissement de l’innovation signifierait, pour les Américains, de laisser la première place aux Chinois. Et l’IA en littérature ? Jonathan Siksou analyse le cas de Thélyson Orélien, le chouchou de cette rentrée qui aurait généré son livre par IA. Face au scandale, le Landerneau littéraire a crié au racisme, évitant le vrai problème : la qualité de la production contemporaine.

Chez nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles salue en la visite de Léon XIV une espérance pour tous les Français, qu’on croie au Ciel ou qu’on n’y croie pas. Pour Ivan Rioufol, le double effondrement de la croissance et de l’enseignement en France confirme l’échec des centristes melliflus. Après des décennies d’endoctrinement, le peuple français est en train se réveiller. Emmanuelle Ménard nous présente les débuts de la campagne présidentielle vue de Béziers, pendant que Gilles-William Goldnadel, président d’Avocats Sans Frontières, ne décolère pas depuis qu’Emmanuel Macron a proféré à la tribune de l’ONU des mensonges sur Israël.

Côté culture, Tintoret est au musée Jacquemart-André et il vaut mieux s’y presser, nous recommande Georgia Ray. On y voit des corps michelangelesques, aux gestes dramatiques et tremblants, bercés par les ors et les roux, en lutte ou en extase, d’une magnifique et haute matérialité. Une leçon de pesanteur et de grâce pour nos petites âmes dévorées par le virtuel. Acteur lyrique, tragédien éblouissant, Philippe Girard a incarné la langue des plus grands poètes du théâtre. Se confiant à Yannis Ezziadi, il nous transmet l’enseignement de son maître Antoine Vitez, l’homme qui a changé sa vie. Patrice Jean nous fait connaître le monde magique de l’influenceuse Lena Situations, où capitalisme et communisme ont fusionné. A coups de vidéos YouTube, elle a inventé le kolkhoze en bikini ! Les prolétaires sont riches, à moitié à poil, et le cul au bord d’une piscine. Dieu merci ils ne travaillent pas – les sponsors paient le loyer.

Julien San Frax a visité la galerie de Martine Gossieaux qui est un temple de poche où l’on vénère le dessin d’humour. À ses simaises, Sempé, Chaval ou Savignac clabaudent gaiement dans leurs traits de crayons et leurs traits d’esprit, indifférents à jamais au catéchisme et au ricanement contemporains. Emmanuel Domont salue la publication du deuxième roman d’Esther Teillard, une traversée existentielle drôle et trash ; Yannis Ezziadi, un livre d’art de Lilian Euzéby, dont le coup de pinceau se double d’une belle plume ; et Jonathan Siksou, une anthologie signée Thomas B. Reverdy pleine de poésie sur l’idée de ville, véritable kaléidoscope littéraire qui reflète les multiples vies citadines. Pour Jean Chauvet, c’est un film russe, Grand Prix du jury au dernier Festival de Cannes, qui domine nettement les sorties cinéma de ce mois d’octobre. Minotaure, signé Andrei Zviaguintsev, s’impose par sa redoutable maîtrise. Enfin, Emmanuel Tresmontant est allé au marché Saint-Martin découvrir le repère que l’Israélien Roy Hendel vient d’ouvrir et qui est dédié aux épices d’Orient et d’Asie. C’est auprès de petits producteurs à travers le monde qu’il déniche lui-même ces épices dont les parfums et les saveurs ancestrales inspirent déjà la gastronomie du futur. Mais n’oubliez pas que, en termes d’actualités, Causeur est le piment de la vie.

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Violences dans les lycées — notre jeunesse mérite mieux que les marchands de colère

Comment prétendre défendre l’École en détruisant l’École? Beaucoup des émeutiers présents aujourd’hui autour des lycées n’ont en réalité plus leur place à l’école, et pourraient très bien déjà être insérés dans le monde du travail, au lieu d’être les idiots utiles des ambitions de Jean-Luc Mélenchon à l’extrême gauche.


« J’ai demandé à mon fils de rentrer au plus vite. » C’est Sonia, mère d’un adolescent de 16 ans qui me l’a dit hier avec des trémolos dans la voix. Une autre, Marie, me confiait la même inquiétude. « J’ai confiance en mon fils. Ce qui m’inquiète, c’est l’effet de groupe et ceux qui peuvent venir pour en découdre. » Ces mères (les pères aussi !) vivent dans une angoisse indicible depuis une semaine. Un adolescent peut partir le matin pour retrouver ses amis et se retrouver, quelques heures plus tard, pris au piège entre des casseurs armés et des poubelles en feu. A16 ans. Les lycéens ont évidemment le droit de s’exprimer, de contester et de manifester pacifiquement. Et certaines de leurs préoccupations sont réelles. Les professeurs jamais remplacés sont trop nombreux et c’est un véritable scandale. Certains bâtiments qui ont mal vieilli doivent être rénovés. Les classes à 36, la machine infernale Parcoursup exaspèrent et désespèrent. Mais toutes ces difficultés réelles ne justifient pas de fermer les yeux sur le reste.

Un jeune qui manifeste pacifiquement avec une pancarte exerce une liberté démocratique. Un individu cagoulé qui arrive avec des mortiers pour affronter les forces de l’ordre fait autre chose.

Jeudi dernier, à Marseille, un véhicule des marins-pompiers a été pillé puis incendié par des jeunes « lycéens ». Un bus de la RTM a brûlé. À Belfort, un policier a été projeté au sol et roué de coups. On compte désormais par dizaines le nombre de lycées dont le portail voire le hall a brûlé. Pour certains, les dégâts se chiffrent déjà en millions d’euros. Le total cumulé au dernier pointage dans les médias approchait les 50 millions d’euros, à la veille de la journée de mobilisation qui fait peur à tout le monde : préfets, proviseurs, enseignants, mais aussi élèves qui n’ont plus classe et parents terrorisés. Ce ne sont plus des revendications lycéennes. Ce sont des violences urbaines.

L’exemple du lycée nantais Nelson-Mandela parti en flammes est d’ailleurs saisissant. Le lycée avait ouvert en 2014. Un établissement public récent, construit pour offrir de bonnes conditions d’enseignement, est désormais partiellement détruit et donc fermé, au nom d’un mouvement qui réclame… de meilleures conditions d’enseignement ! Comment prétendre défendre l’École en détruisant l’École ?

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Les chiffres permettent aussi de sortir des slogans. Selon l’OCDE, en 2023, les financements publics consacrés aux établissements d’enseignement, du primaire au supérieur, représentaient 4,5 % du PIB en France contre 4 % en Estonie. Pourtant, dans PISA 2025, la France obtient 483 points en sciences, 456 en compréhension de l’écrit et 458 en mathématiques, contre respectivement 527, 499 et 508 pour l’Estonie. Les moyens comptent donc, mais ils n’expliquent pas tout. Il faut aussi avoir le courage de parler d’exigence, d’autorité et d’orientation. L’expérience quotidienne de l’enseignement le montre. La grande majorité de nos jeunes veulent apprendre et avancer. Mais certains ne trouvent plus leur place dans des études générales longues et déconnectées du réel. Pourquoi ? Parce que nous avons progressivement installé l’idée que travailler tôt, à 21 ou 22 ans ou avant, constituait un échec. Pourtant, travailler plus tôt n’est pas une punition. Apprendre un métier en CAP, en BTS n’est pas un déclassement.

Développons des formations professionnelles courtes et qualifiantes, l’apprentissage et de véritables passerelles permettant de reprendre des études plus tard. Faire confiance à la jeunesse, c’est aussi accepter que tous les jeunes ne suivent pas le même chemin.

Mais cette crise pose aussi la question de la responsabilité des adultes. Celle des parents d’abord. Demander à son enfant de rentrer lorsqu’une manifestation dégénère n’est pas l’empêcher de penser. Savoir où il se trouve lorsque son établissement ferme plus tôt n’est pas attenter à sa liberté. Lui interdire de rejoindre un rassemblement où circulent mortiers et individus cagoulés n’est pas faire preuve d’autoritarisme. Cela s’appelle être parent.

Nos adolescents peuvent être intelligents, équilibrés et bien éduqués et néanmoins être emportés par l’effet de groupe. Les réseaux sociaux, leurs algorithmes et les bulles informationnelles accélèrent encore ces phénomènes. Nos enfants ont besoin de confiance, mais ils ont aussi besoin de limites.

Valérie Rialland.

Certains hommes et femmes politiques sont aussi responsables de ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux. La France insoumise a choisi de soutenir activement cette mobilisation. Ses élus et militants se sont rendus devant des établissements et ont appelé à amplifier le mouvement et pour certains justifié la violence ! Face à cette attitude une question se pose. Quelle responsabilité prend un élu lorsqu’il encourage des adolescents à brûler des poubelles devant son lycée alors qu’il sait pertinemment que cela peut dégénérer ? Notre jeunesse ne devrait jamais devenir la force d’appoint d’une stratégie politique. Le rôle d’un adulte n’est pas d’attiser chaque colère. C’est parfois de savoir dire que l’inquiétude est légitime, que la parole mérite d’être entendue, mais que certaines limites ne se franchissent pas.

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Car une inquiétante inversion des valeurs s’installe dans notre pays. Celui qui fait respecter la loi devient suspect, tandis que celui qui la transgresse bénéficie immédiatement d’une justification sociale ou politique. L’autorité serait devenue oppressive et la transgression presque vertueuse. Cette inversion doit être refusée. La police et la gendarmerie ne sont pas des ennemis de notre jeunesse. Elles protègent aussi le lycéen qui veut entrer en cours, le professeur qui veut enseigner et le pompier qui doit pouvoir éteindre un incendie sans voir son véhicule d’intervention caillassé ou partir en fumée.

La liberté de manifester est fondamentale. Celle de ne pas manifester l’est tout autant. Sans autorité de l’État, ces libertés finissent par céder devant la loi du plus fort. Il faut tout autant refuser le discours d’une jeunesse perdue. Chaque jour, les enseignants côtoient des jeunes sérieux, généreux, curieux et capables d’efforts considérables lorsqu’ils trouvent leur voie.

C’est précisément parce qu’il faut croire en eux que l’excuse permanente ne peut devenir leur horizon.

Notre jeunesse mérite une École exigeante, des professeurs devant les élèves, des bâtiments entretenus et des perspectives professionnelles. Mais elle mérite également des adultes qui se comportent en adultes, des parents qui protègent, des enseignants qui transmettent, des responsables politiques qui n’attisent pas et une République qui assume son autorité. Et des jeunes qui prennent leur part du projet pédagogique dans un monde en profonde mutation, notamment avec la déferlante de l’IA.

Aimer notre jeunesse, ce n’est pas applaudir toutes ses colères. C’est lui transmettre ce qui lui permettra demain d’être réellement libre, la culture, un métier, la responsabilité et le respect de la loi. Et lui rappeler cette évidence. On ne construit pas son avenir en brûlant ce que la société a construit pour vous.

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Protection des mineurs, une nouvelle étape pour les travaux de la Commission

La Commission pontificale pour la protection des mineurs a clôturé le week-end à Rome sa session plénière d’octobre, axée sur la responsabilité, l’implication des victimes et des survivants, ainsi que sur le renforcement des structures de protection dans l’ensemble de l’Église universelle. L’Instrumentum laboris du quatrième rapport annuel a été approuvé; sa publication est prévue en 2027.

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La prière, fondement d'une nouvelle civilisation, affirme Mgr Rudelli

Dans son homélie précédant la prière à Notre-Dame du Rosaire, l’archevêque a invité à confier à Dieu «les réalités d’aujourd’hui, en particulier les plus éprouvées, afin que la vie triomphe, que la paix progresse et que la justice prévale». Il a ensuite exhorté à garder espoir. En mémoire des saints Barthélemy Longo et François d’Assise, un appel à commencer par soi-même pour contribuer au bien de la société.

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Le tour de France en deux instants

L’éditorial d’octobre d’Elisabeth Lévy


J’ai l’impression de m’être fait avoir. Pendant les quatre jours de la déambulation du pape Léon en France1 des commentateurs extatiques m’ont expliqué que la France renouait avec ses racines, retrouvait le sens du sacré, redécouvrait le ciment de son unité. « Ça fait un bien fou », répétait Pascal Praud sur CNews. Je dirais même plus, renchérissait Eliot Deval, « le 25 septembre 2026, la France monta au septième ciel » (rassurez-vous, il n’y avait aucune allusion cochonne). Dans Le Figaro, Alexandre Devecchio observait avec satisfaction que les jeunes rassemblés à Saint-Denis cherchaient « une transcendance qu’ils ne trouveront jamais sur TikTok », tandis que Laurence de Charette s’attendrissait de voir ces mêmes jeunes vivre « intensément la question du sens de la vie ». Les élus de droite ont fait assaut de superlatifs pour encenser la « génération Léon » comme leurs prédécesseurs, il y a trente ans, admiraient la génération Jean-Paul II. Il serait sans doute déplacé de leur faire remarquer qu’aujourd’hui, celle-ci défile pour sa retraite comme tout le monde. Certes, Philippe de Villiers a charrié en proclamant que la messe de la Concorde expiait la mort du roi, mais un contresens historique n’allait pas suffire à gâcher la fête. D’ailleurs, même la gauche s’est tenue à carreaux. Il est vrai que Mélenchon lui-même a fait repentance pour sa jeunesse de bouffeur de curés.

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Si ça se trouve, j’ai une âme moi aussi. En tout cas, j’ai été profondément émue par les foules catholiques et pacifiques qui ont envahi Paris sans casser un seul abribus, et bouleversée par l’image du pape prenant une jeune handicapée dans ses bras. Certes, au bout de quatre jours, j’avais atteint ma dose limite de bondieuseries. Pourtant, je me suis surprise à croire, non pas en la Sainte Trinité, faut pas abuser, mais dans la capacité des Français à rester un peuple. En effet, ces fidèles n’exprimaient pas seulement leur foi en Jésus-Christ, mais leur désir que la France continue à être ce pays forgé à la fois par le christianisme et par les Lumières – peut-être que je surinterprète un chouia, mais c’est ce que je voudrais qu’ils veuillent.

Quoi qu’il en soit, j’ai pris un grand shoot de France et j’ai aimé ça. J’étais même convaincue qu’après ce grand moment d’élévation, les Français se rappelleraient que l’homme ne vit pas seulement de pain et arrêteraient de placer le pouvoir d’achat en tête de leurs préoccupations.

Autant dire que la descente a été brutale. Le pape avait à peine quitté notre pays que les lycées bloqués, les poubelles brûlées et les policiers agressés faisaient oublier la multitude fervente des Champs-Élysées et la jeunesse ardente du Stade de France. Le symbole est cruel : à moins d’un kilomètre de l’endroit où Léon a exhorté les jeunes catholiques à s’engager pour le bien commun, d’autres jeunes faisaient cramer ce qu’ils trouvaient. Notez qu’eux aussi doivent être en quête de spiritualité puisqu’ils réclament plus de CDI (les bibliothèques scolaires). D’accord, je ne devrais pas ironiser. À mon avis, les lycéens devraient plutôt manifester contre les taux soviétiques de réussite au bac ou la bienveillance criminelle de l’institution scolaire à leur endroit, mais ils ont certainement de bonnes raisons de dénoncer leurs conditions de travail. Reste que le spectacle de Bally Bagayoko, maire Insoumis de Saint-Denis, rigolant, paradant et faisant des selfies avec des grévistes devant une poubelle en feu était sidérant et même inquiétant. Et qu’il ait vaguement cherché à éteindre l’incendie ne change rien. Un maire est garant de l’ordre public. On n’attend pas de lui qu’il copine avec les auteurs de dégradations, mais qu’il les engueule. Apparemment, ça ne se passe pas comme ça en nouvelle France.

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Léon XIV au Stade de France, Bally Bagayoko au lycée Bartholdi : aucun de ces deux instantanés ne raconte à lui seul ce qu’est notre pays. N’empêche, il est difficile de ne pas penser que Léon XIV incarne notre passé et Bally Bagayoko notre avenir. Et ça, ce n’est pas une « bonne nouvelle ».


  1. J’ignore pourquoi mais quand la plupart des gens marchent ou se déplacent, les papes, les rois et Macron déambulent. ↩︎

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Glucksmann à plat ventre

L’eurodéputé Place publique, candidat à la primaire de la gauche socio-démocrate a présenté ses excuses à Ségolène Royal à qui il reprochait de faire la danse du ventre pour obtenir des postes dans une vidéo volée. Elisabeth Lévy revient sur cette terrible agression sexiste.


C’est chouette, la camaraderie socialiste. Après Philippe Brun, débarqué de la primaire dans une mise en scène hésitant entre mafia et stalinisme, Ségolène Royal se dit victime d’une agression sexiste de Raphaël Glucksmann. Certes, il s’agit d’une agression verbale. N’empêche l’affaire est assez grave pour avoir occupé les premières vingt minutes (probablement les plus regardées) du débat des primaires sur BFMTV.

Le crime a été commis dans un bistrot où Glucksmann avait réuni des militants, plutôt des proches, suppose-t-on. On imagine que, lorsque Ségolène ou Faure parlent de leurs rivaux avec leurs partisans, leur langage est irréprochable. Dire des vacheries, c’est pas leur genre. Glucks a gravement dérapé. Il a ironisé sur Royal qui avait « fait la danse du ventre devant Macron pour obtenir un poste ». Il a aussi lâché, à propos de Le Pen et Mélenchon « on leur pisse dessus », ce qui n’est guère courtois. Bref, il s’est cru dans son salon. Or, il y avait une caméra fouineuse, celle du très gauchiste Média. S’agissait-il de propos privés ou pas, la chose fait débat. Disons qu’il s’est fait faire une Cohen-Legrand, sans que quiconque à gauche dénonce des méthodes de voyous. En tout cas, dans le monde merveilleux de la surveillance généralisée, il faut faire gaffe à ce qu’on dit au bistrot.

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Il a dit « danse du ventre » ! La Calamity Jane du Poitou (c’est sexiste, ça ?) réagit au quart de tour, voyant sans doute le parti qu’elle peut tirer de l’affaire. Sur le plateau de BFM, elle en rajoute dans le registre de l’offensée : « Je n’accepte pas qu’une fois de plus on puisse dégrader une femme, on puisse avoir des connotations sur son corps et des connotations sexuelles, sous-entendre qu’elle vend son corps et fait des danses pour obtenir des postes. Je n’ai jamais demandé de poste à Emmanuel Macron. Jamais », déclare-t-elle en dardant un œil sévère sur le délinquant. Lequel se répand en excuses, le regard penaud : « Il n’y avait aucune connotation sexiste dans « danse du ventre », jure-t-il, avant de se dire « désolé pour ces propos inélégants ».

Quand Glucksmann observe pour sa défense que Jérôme Guedj a utilisé la même expression sur Olivier Faure et Mélenchon, Royal lâche le morceau : ce n’est pas pareil de dire ça à un homme. Voilà bien une remarque ultra-sexiste. Un siècle de lutte féministe et les femmes sont toujours des petites porcelaines à qui il faut parler gentiment. Et surtout prière de s’abstenir devant leurs chastes oreilles de toute allusion, même métaphorique, à leur corps : faiblesse et pudibonderie sont les deux attributs de la femme libérée. Rappelons qu’il est également sexiste d’employer le terme « hystérique » au sujet d’une femme, ce qui signifie qu’aujourd’hui, seuls des hommes sont hystériques. Affirmer que madame Royal fait la danse du ventre pour avoir un poste (et peut-être demain devant Mélenchon pour une circonscription) n’est guère aimable mais n’a rien à voir avec sa féminitude. Les hommes aussi ont un ventre, non ?

Glucksmann a raté une occasion. S’il avait balayé l’accusation de sexisme comme elle le mérite, en expliquant par exemple qu’il respecte suffisamment les femmes pour les savoir capables d’endurer une métaphore, je parie que ça aurait plu à pas mal d’électrices. Et pas mal d’électeurs, contraints en permanence de surveiller leur langage et leurs pensées, se seraient sentis vengés.

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On me dira peut-être que l’égalité des sexes n’exclut pas la galanterie. J’avoue que j’adore la galanterie et les compliments sexistes, mais ce n’est pas une obligation professionnelle (sinon, j’en connais qui seraient virés). D’ailleurs, les féministes détestent ça. Un compliment est une agression patriarcale. Désolée, sois tu veux être traitée comme une égale, soit tu réclames les égards dus à ton sexe, mais il faut choisir.

Le plus énervant, c’est que, pour des femmes puissantes et qui devraient être fières de l’être, la victimisation est devenue un réflexe, un totem d’immunité contre la critique. Le nec plus ultra, c’est de cocher plusieurs cases de la domination. L’amusante Anne Hidalgo expliquait volontiers que, si elle était aussi souvent attaquée, cela n’était pas à cause du saccage de Paris, mais parce qu’elle est femme et d’origine espagnole – on ne parle pas assez des ravages de l’hispanophobie en France.

Dans le débat public, nous-les-femmes avons le droit d’être traitées comme des hommes ! Ras-le-bol des pleurnicheuses. Rassurez-vous j’en ai aussi marre des pleurnicheurs.

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Un message vidéo d’Elisabeth Lévy

Merci pour votre soutien. Vous nous avez donné du temps. Il nous reste à construire l’avenir



Je viens vous donner quelques nouvelles du front. Il faudrait plus de mots dans la langue française pour dire merci, car vous avez été très nombreux à nous dire « continuez ». Cet élan nous honore, nous oblige et nous secoue, car désormais, c’est un devoir de poursuivre l’aventure. Avec 120 000 euros de dons recueillis en quelques semaines, on peut dire que nous avons, que vous avez pratiquement atteint l’objectif. Nous avons acheté du temps.

Pour autant, rien n’est réglé. Comme disait le grand philosophe Jacques Chirac, les emmerdes volent en escadrilles. Si nous avons rétabli notre trésorerie, nous avons besoin de nouveaux investisseurs qui nous accompagnent dans notre transition numérique. Je ne vais pas vous raconter de craques :  avec la montée en puissance de l’IA, qui donne l’illusion à beaucoup qu’ils peuvent avoir gratuitement aujourd’hui ce qu’ils payaient hier, le secteur des médias ressemble à la sidérurgie dans les années 80 du XXe siècle. Il y aura des morts. Comptez sur nous pour ne pas en faire partie. Votre mobilisation montre en effet qu’il y a encore des lecteurs, des auditeurs qui distinguent la langue des hommes de celle des machines. Autrement dit, qu’il existe un marché pour l’intelligence humaine. On ne vous promet pas des scoops, mais on vous promet de la réflexion et de l’information, produites par des cerveaux 100% humains. Reste à trouver le modèle économique qui permettra d’assurer notre pérennité. Ne nous mentons pas, cela passera certainement par un effort soutenu de votre part, peut-être par un mode d’actionnariat participatif, après tout peut-être faut-il réinventer la bonne vieille coopérative. Il nous faut en tout cas diversifier voire repenser notre mode de diffusion en augmentant significativement notre activité sur les réseaux sociaux et en développant les vidéos. Bref, nous avons besoin d’un coup de jeune. Donc ne nous lâchez pas, à court terme, le moyen le plus simple de nous aider reste de faire un don ou d’abonner votre vieille tante. Mais s’il y a parmi vous des investisseurs potentiels ou si vous en connaissez, n’hésitez pas, écrivez à l’adresse clients@causeur.fr.

Nous sommes aussi preneurs de toute idée géniale qui nous aidera à atteindre la rentabilité. Quoi qu’il en soit, je vous ai fait une promesse et je la tiendrai. Tous les donateurs seront invités au plus tard en janvier 2027 à la première réunion du salon de la patronne. Ce sera l’occasion d’évoquer la présidentielle, de nous faire part de vos suggestions et de vos attentes pour notre avenir et aussi de s’amuser. Ce n’est pas parce que la vie est dure qu’on va arrêter de rigoler.

Avec 122 000 euros de dons en un mois, votre mobilisation a permis à Causeur de reprendre souffle. Merci ! La prochaine étape est de construire avec nos actionnaires un avenir durable et accélérer notre transition numérique.

Dans la vidéo jointe, je vous explique où nous en sommes et comment nous aider. Un don, un abonnement, une idée ou une mise en relation, chaque geste compte ! 

Vous nous avez dit « continuez ». Nous continuons. Ne nous lâchez pas !


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Deux stades, une même exigence

Léon XIV est venu parler de dialogue et d’amitié entre les religions. Mais sa visite en France est aussi un rappel que le dialogue ne saurait être une conversation à sens unique. Aux musulmans de France, désormais, de nous dire comment ils entendent vivre leur foi au sein de la République


Casablanca, 19 août 1985. Au stade Mohammed V, dans la chaleur lourde des fins d’été, quatre-vingt mille jeunes Marocains attendent. Ils sont musulmans et ils sont venus écouter un homme en blanc, Jean-Paul II. Le chef de l’Église catholique avait été invité, en cette Année internationale de la Jeunesse, par feu Hassan II, roi du Maroc, commandeur des croyants. C’est la première fois qu’un pape s’adresse à une foule de jeunes musulmans. À la tribune, il ne leur parle pas des chrétiens, mais d’eux. Il loue devant eux un Maroc où, dit-il, « il y a toujours eu des juifs et presque toujours des chrétiens ».

Quarante-et-un ans plus tard, au soir du vendredi 25 septembre 2026, quatre-vingt mille jeunes se pressent, dans la joie, sous les projecteurs du Stade de France, à Saint-Denis. Un pape est de nouveau au centre du terrain. Le chiffre est le même. Le geste aussi : un Pontife qui choisit le stade, la jeunesse, et toute l’histoire catholique de la France qui fait irruption, cette fois, sur son propre sol, avec beauté.

La rive n’est plus la même. Le contexte non plus. À Casablanca, l’Église, invitée, entrait en terre d’islam. À Saint-Denis, elle rassemble sa propre jeunesse au cœur d’un territoire où l’islam est visible dans les rues, les commerces et les conversations – et nulle part dans les tribunes.

Bally Bagayoko, le premier magistrat de la ville, musulman, accueille pourtant Léon XIV sur le sol de sa commune. Le geste compte. Il rappelle que cet islam-là n’est pas seulement une présence visible dans l’espace urbain : il est aussi incarné par une autorité élue de la République.

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De Paris à Lourdes, puis à Metz, le pape traverse une France où l’islam est la deuxième religion. Or, dans le récit officiel de sa venue, la parole des musulmans de ce pays reste en marge de la rencontre entre les religions : ils y apparaissent encore comme de simples destinataires. Le déséquilibre pourrait paraître injuste. Il l’est probablement, mais pas entièrement. Car le constat, largement partagé, demeure le suivant : les musulmans peinent à formuler ici, au pays de la fille aînée de l’Église, une doctrine claire et enracinée dans le contexte français.

Pourtant, ce qui manque a déjà existé. Ailleurs. Concrètement. Le Maroc, justement, en a fait l’expérience sur plus de huit siècles et surtout au XXe : un islam qui protège une Église minoritaire ; qui forme ses élites dans un monastère chrétien au cÅ“ur du Moyen Atlas ; qui accueille deux papes, Jean-Paul II et François, sans renier sa propre foi.

Cette mémoire n’est ni folklore ni modèle à copier. Elle ne fournit pas la doctrine qui manque. Mais elle en apporte la preuve vécue et le matériau.

Passeurs entre deux rives

Cette rencontre entre l’Église et l’islam n’est ni une abstraction ni une invention récente : elle est documentée, datée. Aux origines, elle naît dans le risque plutôt que dans la douceur. Ainsi, au treizième siècle déjà, des franciscains meurent en martyrs à Marrakech pour avoir prêché. C’est de ce sol dur, non d’une concorde facile, que l’histoire tire son prix.

Le vingtième siècle en offre une version plus savante, plus patiente. Elle passe alors par des hommes. Un prêtre, Albert Peyriguère (1883-1959), disciple de Charles de Foucauld, s’installe à El-Kbab, dans le Moyen Atlas. Il y vit des décennies au milieu des Berbères musulmans. On l’appelle Agourame (saint en berbère) ; on vient à lui pour se soigner, se procurer des vêtements ou pour lui demander conseil. Il ne baptise personne. Il tient une présence, non une conquête. Il apprend le berbère auprès des villageois et finit par le parler couramment ; eux l’honorent au point de lui réserver, lors des cérémonies, une place d’honneur sous leurs tentes. Devenu l’un des leurs sans cesser d’être prêtre catholique, cet ermite d’El-Kbab « représentait, à lui tout seul, une congrégation », pour reprendre les mots d’Aherdan, une des anciennes figures politiques majeures du paysage politique marocain.

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Une femme, Denise Masson (1901-1994), quitte la France pour Marrakech. Elle y passe près de soixante ans, dans la médina, sans jamais cesser d’être catholique. En 1967, la Pléiade publie sa traduction française du Coran, la première réalisée par une femme. Elle meurt à Marrakech et y repose. Le riad où elle a vécu est devenu aujourd’hui la « Maison Denise Masson » (aussi appelée Maison du Dialogue de Marrakech), un centre culturel et muséal ouvert au public.

Un intellectuel, Louis Massignon (1883-1962), professeur au Collège de France, consacre sa vie à faire entrer l’islam dans le monde savant français et à ouvrir ce monde savant à l’islam. Il ne traduit pas le Coran, mais il en prépare la réception, en défend la légitimité et en fait un objet de connaissance respectable. En 2006, le Maroc lui rend un hommage appuyé sous le haut patronage du roi Mohammed VI, saluant en lui « le fervent défenseur de toutes les justes causes humaines ». Son nom est perpétué au Maroc à travers des établissements d’enseignement de renom, tels que le Lycée Français International Louis-Massignon à Casablanca.

Un savant, Jacques Berque (1910-1995), professeur au Collège de France, consacre seize années à son propre « essai de traduction » du Coran, soumettant son texte aux remarques de cheikhs de l’islam avant de le publier. Il a été surnommé le passeur entre les deux rives.

Quatre vies. Un même geste, ou presque : porter le texte, ou la présence, de l’autre d’une rive à l’autre, sans renier son propre bord.

L’ouléma et le moine

Dans l’autre sens, la rencontre eut aussi son passeur. Sa figure est peut-être la plus éclairante pour qui doute encore qu’on puisse aller vers l’autre sans se perdre. Mohammed Belarbi Alaoui (1880-1964), formé à la Qarawiyyine (Fès), fut l’un des plus hauts oulémas du Maroc – grand cadi, président du Conseil des oulémas, conseiller du roi Mohammed V.

Ce gardien de la doctrine, intransigeant sur le fond, devint l’ami de Denis Martin, le Père Prieur du monastère de Tioumliline, près d’Azrou. Les bénédictins l’avaient d’abord redouté – selon le récit qu’ils en ont laissé, les autorités françaises le présentaient à leur prieur comme le pire ennemi de l’Église au Maroc. Ce qui le fit changer de regard ne fut pas un attendrissement, mais un discernement : il cessa de confondre l’Église avec l’entreprise coloniale qui se réclamait d’elle. Il distinguait la foi de l’autre du régime qui l’instrumentalisait.

Ce discernement, Belarbi Alaoui ne l’a pas seulement pensé, il l’a engagé. Des familles musulmanes, redoutant pour la foi de leurs enfants qui fréquentaient le monastère, vinrent le consulter ; il les rassura avec des mots qui ne souffraient d’aucune ambiguïté : « ces moines, leur dit-il, sont des hommes de Dieu ».

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Le plus haut magistère religieux du pays mettait ainsi sa parole au service de parents inquiets, garantissant que la proximité de chrétiens sincères ne menaçait pas la foi des leurs. L’amitié aurait pu passer pour une affinité entre deux hommes. Cet acte engageait davantage : une conviction. Belarbi Alaoui restait pleinement musulman, et il reconnaissait pourtant dans le moine un chrétien authentique, sans rien céder de sa propre croyance. C’est peut-être parce qu’il ne cédait rien qu’il pouvait reconnaître l’autre.

Cette histoire, on le voit, ne fut pas une idylle. Une concorde sans nuage ne prouverait qu’une chose. Une relation reprise après ses ruptures révèle autre chose : un savoir-faire et la possibilité de continuer malgré le désaccord.

De tout ce tissu se dégage une constante, la seule qui importe vraiment à qui vit sa foi en France aujourd’hui. Aucun de ces hommes n’a dialogué en rabotant sa croyance jusqu’à en faire une politesse. Masson n’a pas cessé d’être catholique pour traduire le Coran ; Belarbi n’a pas cessé d’être ouléma musulman pour aimer un moine.

De Casablanca à Metz

À Metz, dernière étape de son voyage, Léon XIV s’est adressé aux responsables des six cultes de France. Il n’a parlé que quelques minutes, mais il a dit l’essentiel, et dans les termes mêmes que cette histoire enseigne : « dialoguer ne diminue pas notre identité mais l’exprime ». Il a écarté d’un mot la tolérance polie, cette vertu tiède, pour lui préférer l’amitié ; et il a nommé profanation toute violence commise au nom de Dieu – c’est-à-dire toute confusion entre la foi et le pouvoir qui s’en réclame.

Il y a là une continuité qu’on ne voit pas toujours. En 1985, Jean-Paul II parlait aux jeunes musulmans de Casablanca. L’année suivante, le 27 octobre 1986, il organise à Assise (Italie) la « Journée mondiale de prière pour la paix ». Et ce lundi, quarante ans plus tard, Léon XIV prolonge à Metz le même geste. De Casablanca à Metz, l’Église a tenu la porte ouverte – et le Maroc fut la première terre où elle s’ouvrit. Trois papes, sur quatre décennies, ont répété que la rencontre était possible et que l’identité ne s’y perdait pas. Ils ont fait leur part.

La part qui reste

La part qui reste, c’est celle que nul pape ne fera à la place des musulmans de France. Parmi les six cultes réunis à Metz, un seul n’a pas encore écrit la doctrine qui lui permettrait de tenir, chez lui, en France, la promesse que le pape a formulée pour tous. Le Maroc prouve que cela se peut ; il ne le fait pas à leur place.

Là où l’islam est majoritaire, le collectif porte une grande part de la foi et rend moins urgente la formulation d’une doctrine de sa présence dans la société. La coutume, les institutions et l’environnement social prennent alors le relais. En France, où l’islam est minoritaire dans une société sécularisée, ce soutien collectif ne va plus de soi. Le croyant est davantage renvoyé à lui-même, seul devant Dieu. Sa religiosité, que l’environnement ne porte plus, doit être alors pensée pour pouvoir être vécue.

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Ce qui manque n’est ni une preuve, ni un modèle, ni même une bonne volonté. C’est un travail, immense, qu’il faut encore ouvrir : un chantier de refondation qui rappellerait, par son ampleur, ce que Vatican II fut pour l’Église. Non pour renier le donné révélé, qui relève de Dieu seul, mais pour penser enfin ce qui relève des hommes : la manière dont le sacré s’inscrit dans l’histoire, la transmission, l’organisation, l’inscription dans la cité, la formation, la consommation, le rapport à l’espace public, à la loi, à la vie, à la mort, l’appartenance à la nation, la mémoire, la culture, l’art, l’architecture. Un islam qui se déploierait non plus comme une exception religieuse, mais comme une expérience humaine. Vivante, donc mortelle. Perfectible, parce que la perfection n’appartient qu’à Dieu. Critiquable, car le propre de l’homme est l’esprit critique ; là où les certitudes aveuglent, le doute nourrit l’humilité.

Vendredi 25 septembre 2026, quatre-vingt mille jeunes chrétiens priaient sous les projecteurs du Stade de France, au cÅ“ur de Saint-Denis. Les musulmans de cette ville n’étaient pas dans les tribunes. Il serait vain de le leur reprocher : ils n’étaient pas invités à applaudir un pape. Ils sont invités à autre chose. À un travail plus exigeant et plus long : écrire enfin ce qu’ils ont à dire. Le dialogue, ils en ont la preuve derrière eux, à Casablanca, à Toumliline, à El-Kbab. Il leur reste à en faire, devant eux, une doctrine. C’est le chantier d’une génération.

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October 05, 2026

Le Théâtre américain de la Danse d’Alvin Ailey

Des danseurs magnifiques, un répertoire voulu séduisant: la marque de fabrique du Théâtre américain de la Danse d’Alvin Ailey.


À l’époque des combats pour l’égalité des droits civiques aux États-Unis, c’était un acte véritablement politique que la fondation à New York de l’Alvin Ailey Dance Theater en mars 1958. Une compagnie de danseurs exclusivement noirs, comme le sera onze ans plus tard le Dance Theater of Harlem, première compagnie de danse classique composée uniquement d’artistes afro-américains et créée à la suite de l’assassinat de Martin Luther King.

Ségrégation raciale

Aux États-Unis s’imposait une ségrégation raciale qui sévissait surtout dans le sud. Mais elle n’était pas inexistante à New York même, de façon beaucoup moins marquée évidemment que dans les anciens États esclavagistes. Si les plus grands chorégraphes américains, horrifiés par le racisme, comme Martha Graham et plus tard Alwin Nikolaïs ou Merce Cunningham, engagèrent des danseurs noirs, il demeurait toutefois difficile pour les artistes afro-américains de se faire une place sur les scènes du pays, d’autant que les tournées des compagnies new-yorkaises se heurtaient dans certains États de l’Union à des problèmes insoutenables, là où les hôtels et les restaurants refusaient farouchement de recevoir des Noirs.

Ambassadeur de la culture américaine

Acte politique donc de la part d’Alvin Ailey (1931-1989), mais qui bien vite s’infléchira quand, quelques années après sa fondation, sa troupe recevra en son sein des artistes de multiples origines. Aujourd’hui cependant, elle brille tout particulièrement avec danseurs noirs ou métis.

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Voilà donc 70 ans que la compagnie existe, et près de 40 ans qu’elle perdure après la mort de son fondateur, ce qui est un réel exploit dans un pays où la survie des artistes est livrée au bon vouloir des publics ou des éventuels mécènes, et où les subventions régulières n’existent pas. De huit danseurs à l’origine, l’Alvin Ailey American Dance Theater (c’est son nom actuel, depuis que la compagnie a été consacrée comme ambassadeur culturel des États-Unis par le Congrès à Washington) en comprend trente aujourd’hui. Elle est flanquée d’une compagnie junior composée d’une douzaine de très jeunes interprètes et son siège  sur la 9e avenue / 55e rue abrite de surcroît une école de danse renommée qui reçoit 13000 élèves par an.

Un répertoire mêlant optimisme et grands sentiments

Pour s’imposer et durer, il a fallu créer un répertoire typiquement américain, mêlant optimisme, joie de vivre affirmée, dynamisme obligé, effets à couper le souffle, pathos aussi et grands sentiments. Un répertoire volontairement séduisant, destiné à plaire au plus grand nombre et à être exécuté par des techniciens exceptionnels comme les danseurs savent l’être aux États-Unis, à défaut parfois d’autre chose. Ce répertoire fut l’œuvre d’Alvin Ailey qui composera plus de 70 chorégraphies pour sa troupe ou de Judith Jamison qui lui succédera. Mais ils inviteront aussi de nombreux autres créateurs à l’enrichir. C’est d’ailleurs une sorte d’anthologie de tous ces ouvrages que présente la compagnie lors de ses deux programmes parisiens.

L’éclat de danseurs aux corps magnifiquement travaillés, leur virtuosité qui semble sans faille, leur énergie paraissant inépuisable sont la force, la marque de fabrique de la compagnie. L’AAADT ne révolutionne rien, mais elle séduit. Avec des danseurs, une fois encore, exceptionnels.

Alvin Ailey American Dance Theater
Du 7 au 11 octobre. Palais des Congrès, à Paris. Direction artistique Alicia Graf Mack. À partir de 29€

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Les femmes et leur mystère

Florence Châtaignier publie Fuir la lumière, une histoire de femme loin de la tendance patos-trauma-ouin-ouin.


En faisant surgir la peur d’une création placée sous l’obédience de l’IA, l’affaire Thélyson Orélien a polarisé l’attention portée à la rentrée littéraire. Crainte ou réalité ? La seule assurance, elle aura occulté une question qui agite pourtant nombre d’écrivaines : qui fabrique les femmes ? Nina Bouraoui, Lila Hassaine, Line Papin et surtout Adèle Haenel s’attachent, chacune à leur manière, à remonter aux mécanismes qui façonnent le féminin et aux injonctions dont il procède.

Détricoteuses

Adèle Haenel, en collaboration avec Gisèle Vienne, dans un texte mêlant scènes de théâtre et fragments narratifs, raconte le traumatisme dont elle a été victime plus jeune. Plus que de dénoncer, par le témoignage, les violences faites aux femmes, elle entend démontrer comment cette violence participe à définir le féminin. De là — pour que la femme puisse se libérer des structures qui l’oppriment, comme la famille, le mariage, les injonctions sociales et le regard de l’homme —, il faudrait déconstruire cette identité.

Mais derrière cette entreprise de détricotage, au motif de libérer les femmes, n’y a-t-il pas un dessein caché ? Celui de nier la féminité, de gommer ses attraits, d’effacer ses atours — le même projet appliqué au masculin — pour faire éclore une société enfin débarrassée de ses genres ? La libération passe-t-elle nécessairement par l’effacement de ce qui distingue les femmes des hommes ?

Si le féminisme contemporain entreprend de dénoncer les mécanismes qui ont fabriqué le féminin, que devient alors ce qui, dans l’expérience des femmes, résiste à cette explication ? Faut-il expliquer le féminin ou accepter qu’une part de lui demeure irréductible à l’élucidation ? Autrement dit, mettons les pieds dans le plat: avons-nous encore le droit aujourd’hui au mystère sans être accusées d’essentialisme ?

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Et si, comme l’écrit Cécile Guilbert dans Feux sacrés, la seule puissance sacramentelle résidait dans la littérature qui, sans dissiper le mystère, lui donne une forme, un langage, une expérience ? Et par là, nous redonne l’élan de ferveur que notre triste époque nous refuse. La littérature, parce qu’elle fictionne, résiste à notre désir de tout expliquer, de tout déterminer. C’est précisément pour cela que La femme pauvre de Léon Bloy est à relire. À rebours de notre modernité psychologisante, Bloy ne cherche pas à disséquer son héroïne, Clotilde, à reconstituer les causes qui l’ont faite ni à nous donner les clefs de son intériorité. Elle demeure opaque. Elle ne se comprend pas elle-même et le lecteur ne la comprend pas davantage.

Chez Bloy, Clotilde ne se révèle donc pas par la connaissance de soi, mais dans l’épreuve. Sa vérité surgit dans la souffrance, dans le renoncement, dans cette mystique qui transforme paradoxalement ce qui semblait n’être que misère en possibilité de transcendance. La souffrance n’est plus seulement ce qui accable : elle devient le lieu d’une révélation. Ce qui échappe à l’analyse psychologique trouve alors une autre forme de langage, celui du mystère et du sacré.

Ennui

Nous voilà dans une drôle d’époque, matérialiste dans ses explications, ésotérique dans certaines de ses pratiques, mais toujours individualiste dans sa spiritualité. Nous avons déconstruit les anciennes croyances sans cesser d’éprouver le besoin de croire à quelque chose qui les dépasse.

La modernité est une formidable machine à désenchanter ; elle produit son propre vertige. Le structuralisme a déniaisé l’individu en lui montrant les déterminismes qui président à son comportement, la psychanalyse a trouvé dans l’inconscient les causes de nos tares, le matérialisme a réduit à néant nos croyances en leur opposant son implacable logique. Ainsi, le destin n’est plus qu’une somme de déterminismes, le sacré une production culturelle et le mystère l’ennemi de la rationalité. Bref, on s’emmerde en étant désespéré. Mais que devient le mystère lorsque Dieu s’est retiré ?

Dans Fuir la lumière, deuxième roman de Florence Châtaignier, alias Florence Mars, aux éditions du Cherche-Midi, nul besoin de sainteté ni de sacrifice pour que subsiste une part d’inconnu. Le mystère se loge dans une existence contemporaine, dans ce qui échappe aux assignations et à la volonté de se comprendre soi-même. Mais ce qui traverse le roman, plus profondément, c’est la préservation d’un élan vital : la possibilité de continuer à désirer, à aimer, à se perdre et à recommencer dans une existence nécessairement imparfaite. Sans recette, sans dogme, sans autre certitude que celle de cet élan, nous suivons Anita, une femme dont toute l’existence semble n’être qu’une succession de tentatives pour échapper à ce qui l’enferme.

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Son enfance se déroule dans « la Lumière », une communauté libertaire installée en Provence, aux allures de secte. Après la mort de sa mère, écrasée par le tracteur que conduit son père lors des travaux agricoles communs, Anita est placée sous le patronage du gourou, qui la confie, de yourtes en cabanes, à de multiples parents de remplacement. Ballottée de famille en famille, bringuebalée d’un foyer provisoire à l’autre, « Plume », son nom communautaire, accumule une expérience de la souffrance qui finira par rendre possible la remise en cause du monde dans lequel elle a grandi.

À dix-sept ans, Plume/Anita fuit. Et, par un heureux hasard, sa fugue la conduit chez un vieux monsieur d’Asnières qui l’initie à l’herboristerie, lui donne un salaire, des papiers et, avec eux, les clefs d’une nouvelle existence. Deuxième chance. On rembobine. Re-naître. Vivre. Et paf ! Guillaume. Un fils de bonne famille qui, non content de lui faire l’amour, lui passe la bague au doigt, au grand dam de ses parents, inquiets de voir une Cendrillon bancale devenir leur bru. Qu’importe. Guillaume aime Anita pour son non-conformisme, cet exotisme contemporain dont raffolent tant les gens ternes. Cette touche singulière est parfaite pour rendre son épouse délicieusement originale parmi les autres femmes d’expatriés de sa boîte londonienne.

À Londres, avec leurs jumeaux, le couple est en réussite sociale et financière. Mais lorsque le tiède et la normalité ne coulent pas dans vos veines, il est impossible de se conformer longtemps à une existence normée sans s’y perdre. Lentement, Anita dépérit. Cette vie bourgeoise, luxueuse et parfaitement réglée agit sur elle comme un somnifère. À la dérive, elle ne trouve plus d’oxygène que dans les trajets en train qui la conduisent vers la banlieue, où elle est bénévole auprès de personnes âgées. En fuyant une deuxième fois la lumière — cette fois, celle, aveuglante, de sa riche existence au cœur de Londres —, elle se rapproche de ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : Plume. Dans le train, le regard d’un inconnu éveille en elle un désir assez puissant pour la faire revenir à la vie. Elle revient. À la lumière.

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Certes, l’écriture de Florence Châtaignier est une source de joie et d’émerveillement lorsqu’elle nous conte l’histoire de Plume. Certes, ce mélange burlesque et dramatique — rien n’est grave quand tout l’est — qui, parce qu’il refuse de s’appesantir, rend attachant ce roman qui se démarque ainsi nettement de la tendance patos-trauma-ouin-ouin.

Mais Fuir la lumière atteint une autre dimension dans l’intérêt qu’il mérite de susciter chez le lecteur. Après avoir voulu tout comprendre, tout déconstruire, tout ramener aux mécanismes psychologiques ou sociaux, quelque chose résiste à Anita. Ça cloche. Ça sonne étrange. Je pense à Guilbert et à ses Feux sacrés : le mystère ne disparaît pas parce qu’on a démontré ce qui le constituait. Il demeure, comme une part irréductible de l’expérience humaine.

Cécile Guilbert © Jean-Francois Paga

Anita ne peut simplement pas extirper de son histoire tout ce qui serait mauvais pour ne conserver que le reste. Elle est Plume. Et elle le restera à jamais. Elle découvre que ce qu’elle avait appris à considérer comme une croyance aliénante, le syncrétisme New Age, l’a aussi nourrie : son rapport au monde, son lien à l’invisible lui sont nécessaires. Elle fuit la communauté, puis la bourgeoisie ; elle rejette le New Age, puis le bonheur matériel, la réussite sociale, le mariage et la maternité, parce qu’ils ne suffisent pas davantage à remplir les creux de l’existence.

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Chez Plume, le retour à soi passe paradoxalement par une réhabilitation de ce qu’elle avait fui. Elle ne retourne pas à la secte ; elle ne renonce pas à sa liberté. Elle récupère ce qui, dans cette enfance, lui appartient encore. Comme si l’émancipation ne consistait finalement pas à se débarrasser de toutes ses origines, mais à les accepter sans passion.

Plume est Anita et, tout à la fois, Clotilde quand elle se confronte au modèle bourgeois du bonheur qui prétend organiser l’existence, mais qui contribue à la couper d’elle-même par un excès de confort et de raison. Là où Bloy nomme cette dimension mystique, Châtaignier la fait ressurgir sous une forme plus contemporaine, plus ambiguë, débarrassée de toute orthodoxie : le sacré. Là encore, comme Guilbert.

Par les marges, le désir, le rêve, le hasard, Florence Châtaignier renoue avec le mystère, avec notre mystère. Et c’est salvateur. Un roman à lire à l’ombre de soi-même.

352 pages

Fuir la lumière - rentrée littéraire 2026

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Feux sacrés

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Renaud Camus l’hérétique

 « Matière humaine », « génocide par substitution », « bloc génocidaire » sont des expressions extrêmement fortes. Elles choquent et surprennent venant d’un subtil bathmologue,d’un diariste scrupuleux qui n’a jamais cessé de s’interroger sur la pertinence de ses convictions, de chercher la part de vérité dans les points de vue adverses. Goût de la provocation? Colère froide? Grande analyse 


Les historiens de la littérature se pencheront un jour avec étonnement sur la véritable affaire Renaud Camus : la mise à l’index d’un des plus grands prosateurs français de notre temps. Au lieu de siéger à l’Académie française qu’il illustrerait par son verbe et la profondeur de sa pensée comme Paul Valéry avant-guerre, l’auteur du Dictionnaire des délicatesses du français contemporain[1] et de cent autres ouvrages de haute facture doit éditer lui-même ses livres[2] et, à de rares exceptions près, les médias ne mentionnent son nom que pour l’habiller en une sorte de nazillon. Aussi une œuvre littéraire, philosophique, esthétique considérable n’est-elle connue que d’une poignée de lecteurs. Cet anathème restera sans doute comme l’un des sommets de l’aveuglement de l’intelligentsia française dont elle a pourtant donné tant d’exemples depuis sa satellisation par l’Union soviétique. Ce n’est pas son œuvre, si peu lue, qui lui vaut cet opprobre. La ridicule « affaire Camus »[3] a déclenché la tempête il y a un quart de siècle, mais ce qui a rendu la fatwa irrévocable c’est un simple syntagme, « le grand remplacement ».

Racines

Le Grand remplacement est au XXIe siècle ce que la Société du spectacle a été au XXe, le nom emblématique d’une époque (comme Guy Debord, sans excès de modestie, l’a écrit de sa trouvaille). La formule plonge droit dans le cœur de l’ultralibéralisme contemporain. S’il y a grand remplacement, c’est qu’il y a quelque chose de grand à remplacer, quelque chose qui réunit et civilise des hommes, et qui s’oppose à l’extension illimitée du marché, lequel ne connaît que des individus, travailleurs ou consommateurs, et les considère en masses. Les masses ne se remplacent pas, elles se renouvellent.

La tradition conservatrice à laquelle se rattache Renaud Camus tient, avec quelque vraisemblance que, comme une plante, une collectivité humaine ne peut vivre sans racines. Ces racines nourrissent des cultures qui donnent leur aspect à des ensembles humains plus ou moins larges : peuples, nations, « races ». Ces mots n’ont pas bonne presse de nos jours. Peuple a tant servi à tout et n’importe quoi, jusqu’à désigner l’inverse de son sens traditionnel (les « people » c’est-à-dire les riches), qu’on en est venu à le reléguer au rayon des accessoires du théâtre politicien. Nation, national sont en Europe occidentale des termes de football, de rugby ou d’ethnographie. Quant à la « race »…

Le projet mondialiste ultralibéral qui guide aujourd’hui avec assurance la marche du monde s’accommode mal des frontières et plus généralement de « l ’étrangèreté », il tend à l’abolir. Suivant le principe orwellien de renversement du sens des mots, il nomme « diversité » un processus sans précédent d’uniformisation. Cela se voit dans la rue : jeans ou survêtement ou « pantacourts », sneakers et casquette de base-ball constituent le nouvel uniforme mondial. Ce projet se réclame de la paix universelle mais il n’est rien d’autre que l’extension institutionnelle et morale de la mondialisation économique et financière. Il se veut, comme jadis le communisme, le représentant du Bien sur terre. Aussi partage-t-il avec celui-ci une propension à déclarer hérétiques, et à traiter comme telles, les idées qui se mettent en travers de sa route.

C’est précisément ce que font ces deux mots « Grand remplacement ». Ils sont   inadmissibles parce qu’ils proclament que la vitalité, la beauté de l’humanité tiennent à la pluralité de ses peuples et de ses cultures, que leur remplacement ou leur dilution dans une créolisation générale n’est pas une simple évolution mais une catastrophe et, dans la mesure où ils sont voulus et organisés par la caste au pouvoir, un crime. Si encore Camus s’arrêtait à « grand remplacement », mais il enfonce le clou. Puisque crime contre l’humanité il y a, abolition d’un peuple, il déclare, empruntant l’expression à Aimé Césaire, le « génocide par substitution ». (C’est là que la droite Barbour l’abandonne). Puisque ce sont les racines qui sont menacées, il sort des oubliettes le mot « race ». Et ça, c’est une véritable provocation linguistique : l’affirmation que le langage n’a pas à se soumettre aux oukazes de la politique, fût-elle des droits de l’homme, qu’il ne doit ni ne peut consentir à son propre appauvrissement.

 « Race », « Grand remplacement », ne sont pas des mots de la science. Ils ne désignent rien de mesurable (de numérisable), et prétendent cependant montrer des réalités, ce sont des mots de la littérature. Comme Montaigne, Camus pense dans la langue de la littérature. A la façon de son illustre prédécesseur il montre à merveille comment cette langue peut mieux que toute autre dire le monde, ses couleurs, ses mouvements, ses emportements, ses éblouissements et ses affaissements.

Ainsi « race » est un mot de la littérature qui ne veut pas être défini et pourtant Camus nous fait voir à quel point il est pratique, comment il dispense d’une infinité de circonvolutions « ethniques », religieuses, linguistiques[4]. Et l’on comprend pourquoi les écrivains, avant sa défiguration par le nazisme, et même jusque dans les années soixante-dix, en faisaient un usage aussi général et aussi insouciant pour nommer des groupes humains où ils pensaient avoir observé un ensemble de traits, physiques, affectifs, ou culturels, qui se transmettent de génération en génération. Ces désignations floues, « la race française », « la race juive », « la race des Vikings », « la race berbère », ne valaient, ne valent, que par le crédit qu’on leur accorde. Celui-ci pouvait être grand quand « race » désignait une antique et glorieuse filiation comme dans « race royale ». Pour mettre ce mot au service de la barbarie industrielle, pour pouvoir dresser des listes et remplir des trains, il a fallu inventer une science de la race, rendre celle-ci mesurable en la rabattant sur la biologie, et même améliorable par les techniques de l’eugénisme.

Cette grotesque opération fut menée au moment-même où un peu plus à l’Est sévissaient Lyssenko et ses camarades. Ces épisodes ont été depuis expliqués comme des accès de délinquance scientifique liés à des régimes totalitaires. Pourtant, les manifestations croissantes de défiance à l’égard du magistère de la science, le négationnisme sexuel qui sévit jusque dans les départements de sciences naturelles des universités[5], devraient inciter à se demander si la disparition des deux grands systèmes totalitaires du XXe siècle suffit à prévenir le retour de telles dérives au sein d’institutions qui revendiquent le monopole de la vérité et n’existent que dans la proximité des pouvoirs. En tout cas, si les mots de la littérature sont utiles et légitimes, autrement dit si la littérature avec ses bricolages sémantiques et sa subjectivité, peut décrire le monde mieux que les « sciences sociales », celles-ci ont quelque raison de se sentir humiliées.

Mais pourquoi relever un mot qui a subi un tel déshonneur ? D’abord parce que comme l’écrit Renaud Camus, « (les races) comptent parmi les principales forces qui régissent le destin du monde, la vie des nations, les relations entre les peuples ou les continents, la fabrique des opinions. »[6]

Le partage des opinions à propos du conflit israélo-arabe en est aujourd’hui l’illustration la plus claire. J’ai pu en observer un autre exemple : Après les accords de Paris de 1990, le Cambodge fut placé sous tutelle de l’ONU. L’APRONUC[7] avait entre autres missions celle de doter ce pays dévasté d’une constitution. Une commission mixte fut donc établie composée pour moitié de Cambodgiens représentant trois des quatre factions signataires des accords[8] et pour moitié d’experts internationaux. Une fois avalisé le principe de la monarchie à l’anglaise (le roi règne mais ne gouverne pas), les Cambodgiens approuvèrent tout ce qu’on voulait. L’Etat de droit cambodgien démocratique et bicaméral se construisait à toute allure. Et puis arriva la question du droit de vote, autrement dit de la nationalité. Les experts étrangers proposèrent de retenir le critère de la résidence : toute personne résidant sur le territoire cambodgien depuis un certain temps, serait électeur. Cette définition incluait donc les communautés vietnamiennes présentes au Cambodge depuis le XVIIIe siècle et excluait les émigrés cambodgiens. C’est là que les choses se gâtèrent. Devant le refus unanime de leurs collègues cambodgiens, les internationaux leur demandèrent de fournir leur propre définition de la nationalité cambodgienne. La réponse fut en substance: un Cambodgien est un Cambodgien, où qu’il réside, un Viet-Namien n’en est pas un.

La prohibition du mot « race » n’a pas calmé nos crispations identitaires

Sous le vernis des constitutions, dans la plupart des pays du monde c’est cette conception tout simplement raciale (tu es ce que tes origines disent que tu es) qui prévaut. En Occident, elle est prohibée et méprisée. Mais comment peut-on espérer comprendre des interlocuteurs étrangers si l’on disqualifie a priori leurs schémas de pensée? Mettre Renaud Camus au programme du concours des Affaires étrangères aiderait peut-être les futurs diplomates à se faire une idée plus claire de l’altérité dans la vraie vie selon la formule à la mode.

Race n’est pas un terme plus agressif ni plus déterministe que les autres façons de désigner les identités : il dit d’où une personne vient (ou croit, ou veut venir), une part de ce qu’elle est, rien de ce qu’elle peut devenir. Sa prohibition ouest-européenne, surtout française, n’a en rien contribué à calmer les crispations et les rivalités qu’elles suscitent. Par une sorte de retour du refoulé, elle semble même avoir eu l’effet inverse comme on le voit avec un « anti-racisme » qui fait abusivement de la race (« les racisés ») une cause essentielle de la ségrégation sociale.

Sa réintégration, en restituant un peu de l’ancienne noblesse de la filiation à ceux qui croient pouvoir s’accomplir dans « l’arrogance du présent » (Jean-Claude Milner) ou dans le « patriotisme constitutionnel » d’Habermas, serait de nature à dissiper des troubles inutiles. Exemple: un Français descendant de Juifs, assimilé jusqu’à la méconnaissance totale de la religion et des traditions juives, même pas circoncis, relié à cet immense passé par la seule mémoire d’un grand-père martyrisé parce que juif – comme une tâche ineffaçable sur l’humanité commune, et un discret avertissement – et qui répugne cependant à renier le nom juif. Il n’a jamais pu répondre sans embarras à la question : Es-tu juif ? religion ? non. Culture, appartenance à une communauté ? non. Restait la formule de George Steiner : le judaïsme est un club dont on ne démissionne pas. C’est joli, mais club ne va pas. Si, grâce à Renaud Camus, la race juive peut à nouveau se dire (j’anticipe un peu), la question se résout d’elle-même. On ne sait toujours pas précisément qui on est (qui le sait ?), mais on s’inscrit dans une filiation. La race, c’est la trace. La pensée d’une longue chaîne dont on est le dernier maillon (le culte des morts ou des ancêtres est au départ de toutes les cultures humaines) a quelque chose de rassurant quoi qu’en disent les ennemis de l’origine.

La haine n’a pas besoin d’un mot. Elle en crée à foison. Ceux qui crient aujourd’hui « mort aux sionistes » n’ont pas besoin du syntagme « la race juive », ils « savent » ce qu’est un Juif. Et d’ailleurs la métonymie du « sioniste » inventée sous Staline a montré son efficacité dès 1968 en Pologne quand elle a servi à en chasser les derniers Juifs. Quant à la tentation stupide de construire des hiérarchies de races, avec ou sans le mot elle ne disparaîtra qu’en même temps que la bêtise humaine, c’est-à-dire jamais.

La dignité de l’intelligence c’est de ne pas se soumettre au consensus, surtout lorsqu’il préside à L’Étrange suicide de l’Europe[9] . Mais l’insoumission expose à des risques considérables. Le plus grave n’est pas la correctionnelle. Il est des condamnations qui valent des décorations comme l’écrivait Victor Hugo à Baudelaire. Ce n’est même pas d’endurer la condition de paria des lettres françaises et de grand épouvantail. C’est d’être récupéré par les imbéciles, les nuisibles, les « nocents » pour parler camusien.

Les mots peuvent devenir des armes par destination, on a vu ce que le nazisme a fait du mot race, quel usage le communisme a fait du mot classe (sans la victoire soviétique de 1945 il aurait sans doute été lui aussi frappé d’interdit). « Grand remplacement » se propose de nommer, à sa manière littéraire, le cours des choses et ce faisant, qu’on l’approuve ou non, il a fait entrer dans le langage, et par là dans la politique, ce qui n’affleurait à la conscience de beaucoup que sous forme de malaise ou de colère. Il a imposé dans le débat français la question de l’explosion migratoire et de ses conséquences alors que, au grand étonnement de toute l’Europe orientale, elle en était jusqu’alors exclue par le dogme « anti-raciste ». Mais « The Great remplacement », c’est aussi le titre que le meurtrier de Christchurch en 2019[10] a donné à son manifeste. La meute a aussitôt tenté d’incriminer Renaud Camus. En vain, bien entendu : il suffit de le lire pour savoir qu’il déteste la violence, qu’il n’a rien d’un xénophobe ni d’un stupide suprémaciste blanc. Reste qu’un débile illuminé a trouvé dans « Grand remplacement » une expression qui convenait à l’habillage de ses pulsions. Et l’on voit bien comment tous les Charles Martel au petit pied pourraient le brandir en étendard.

Un grand auteur est un voyant

Si « Grand remplacement » n’était qu’une formule choc, l’enjeu n’en vaudrait pas la chandelle. Mais l’écho qu’elle a rencontré signifie quelque chose. Beaucoup ressentent avec angoisse que remplacement, qui rime avec effacement, devient de façon de plus en plus vive, synonyme de marche de l’Histoire. Pour Camus, le « Grand remplacement » n’est qu’une conséquence de ce dont il offre une théorie : « le remplacisme global »[11].  Il s’inscrit ainsi dans la lignée des penseurs, Debord, Eco, Baudrillard, Mac-Luhan, Muray, qui ont, chacun à sa façon, donné à voir ce trait essentiel de notre post-modernité : le renversement de l’exigence moderne d’énonciation scientifique du réel en une généralisation du simulacre.  Il est un continuateur de Marx en ce qu’il prolonge sa description du remplacement sans fin de la valeur d’usage par la valeur marchande. Mais ce que Marx ne pouvait voir à son époque et qui n’est que trop visible à la nôtre, c’est que la valorisation n’est pas seulement une étrange assomption des rapports sociaux (le fétichisme de la marchandise), elle transforme, elle remplace, elle liquéfie le monde pour le rendre universellement valorisable.

Un grand auteur est un voyant. Non seulement il voit plus, mais il offre son regard, ses mots à ses lecteurs. Un dernier exemple tiré de mon expérience professionnelle : Il y a quelques années, conseiller culturel dans une ambassade, je reçus comme tous mes collègues de la planète, un télégramme d’instruction. Il s’agissait de participer à une prestigieuse opération : projeter « en temps réel » le visage de l’être humain moyen (je ne suis plus tout à fait certain de l’adjectif « moyen », mais c’était l’idée) sur la façade du Centre Pompidou. A cette fin, nous allions être dotés de cabines de type Photomaton à installer dans les centres culturels ou Alliances françaises. Les agents de ces établissements inviteraient les visiteurs à s’y faire photographier, et ces images seraient instantanément transmises et fondues par un ordinateur dans celle de l’humain moyen, ainsi livré à l’admiration du passant parisien. Mon premier réflexe fut de demander si l’humain moyen serait un homme ou une femme. J’eus la prudence de n’en rien faire et, comme d’autres idées géniales de la même eau, celle-ci finit par s’évanouir dans l’amnésie insondable du Quai d’Orsay. Cette chimère est née du cerveau d’un geek huluberlu mais un directeur progressiste l’a trouvée assez chic pour l’avaliser. C’est qu’elle s’inscrivait dans l’air du temps ou plus exactement dans une sinistre entreprise à laquelle Renaud Camus a donné un nom : la fabrique de la Matière Humaine Indifférenciée (MHI). Laquelle, naïf que j’étais, n’a pas de sexe et, bien sûr, pas de race.  

 « Matière humaine », « génocide par substitution », « bloc génocidaire » sont des expressions extrêmement fortes. Elles choquent et surprennent venant d’un subtil bathmologue[12] (voir sa vertigineuse analyse des degrés du sens dans les fragments 90 et 93 des Pensées de Pascal)[13], d’un diariste scrupuleux qui n’a jamais cessé de s’interroger sur la pertinence de ses convictions, de chercher la part de vérité dans les points de vue adverses. Goût de la provocation ? Colère froide ?  Renaud Camus veut nous réveiller. Il a vu ce que nous ne voulons pas voir : l’emprise croissante d’une idéologie totalisante sinon totalitaire, une nouvelle forme de barbarie, qui n’opère pas par la violence mais par l’abrutissement, par la succession insensible des remplacements jusqu’à la MHI, le « parc humain » de Sloterdijk, le troupeau enfin pacifié d’où ne surnagera qu’une seule race, celle des maîtres.

Le « grand remplacement » démographique n’est que la suite logique et nécessaire de ce qu’il a nommé le « petit remplacement » : l’effacement de la  culture par l’abaissement de l’école, par l’affadissement du langage, son remplacement insidieux par une industrie mondiale de l’hébétude. Quand tout se vaut, tout est remplaçable, les hommes comme le reste. Ce ne sont pas seulement des civilisations, c’est la Civilisation qui est ainsi menacée. Partant d’autres prémisses, Michel Henry nous en avait déjà avertis il y a un demi-siècle[14].  Renaud Camus le fait à son tour, avec ces mots qui tonnent comme des coups de canon.  

Aujourd’hui le débat ne porte plus sur l’existence ou non d’une arrivée massive d’immigrés, mais sur son interprétation. Même l’opinion de gauche est forcée de sortir du déni. Elle se partage désormais entre ceux qui, comme Jean-Luc Mélenchon, assument le grand remplacement et voient naître avec satisfaction une « nouvelle France », et la gauche divine qui ne démord pas de ses lubies universalistes, les mêmes exactement qui ont lancé, il y a un siècle et demi, ses ancêtres à la conquête d’un empire colonial. Pour celle-ci, il faut seulement savoir supporter les inévitables frottements temporaires d’une heureuse mutation que l’on atténuera par l’injection d’argent public. Quant à la droite modérée, elle craint de nuire à l’économie. Elle voit bien que les chômeurs français ne sont nullement disposés à prendre les « shit jobs » occupés plus ou moins légalement par les immigrés, et puis elle croit au progrès, remède universel capable de guérir nos maux sans trop faire de vagues.

Infatigable

Renaud Camus, lui, voit un « changement de peuple ». Ce n’est pas une notion quantitative et encore moins une affaire de pigmentation de peau. C’est le remplacement de l’Eglise, et avec elle du compromis longuement négocié sous le nom de laïcité, par la mosquée ; c’est l’apparition impérieuse d’une pensée juridique qui n’exclut ni la polygamie ni les mutilations génitales féminines et remet en cause un certain équilibre entre l’individu et le collectif, notre constitution inconsciente ; c’est l’arrivée en trop grand nombre de jeunes gens qui n’ont pas été éduqués à nos formes de civilité et ont perdu en chemin celles  de leurs sociétés d’origine ; c’est l’ensauvagement, et l’effondrement de l’école qui en résultent ; c’est la disparition de la confiance, première condition d’une vie sociale agréable. Il n’y a rien de raciste et encore moins de fasciste là-dedans, c’est une pensée réactionnaire ou plutôt nostalgique. Renaud Camus l’affirme sans ambages : « C’était mieux avant ».

A ce réquisitoire on pourrait opposer le diagnostic-même de l’auteur : le petit remplacement a précédé le grand. La désertion des églises a commencé avant l’explosion migratoire. L’effritement de la pierre angulaire qui portait l’ordre social, la famille traditionnelle, a débuté lui aussi il y a longtemps. Avant de céder sous le nombre des jeunes immigrés, l’école a commencé à se saborder en adoptant une idéologie égalitariste contraire à l’idée-même de la transmission. Etc.

Mais Renaud Camus a un cap et il n’en dévie pas : il faut enrayer le génocide par substitution. Cela implique la « remigration ». Cette idée, désormais ouvertement défendue par la droite radicale[15] suscite  de nombreuses objections : morales (le respect des personnes), juridiques (une modification de la Constitution serait nécessaire pour contourner le droit européen qui s’y oppose) sécuritaires (les risques de violence), économiques (en période de contraction démographique comment renoncer à l’apport de l’immigration si l’on veut conserver une population active pour faire fonctionner l’économie, assurer les services essentiels et payer les retraites ?)

L’infatigable Renaud Camus monte aussitôt sur la brèche. Il propose des mots pour donner son sens à l’évènement : « colonisation », qu’il prend dans son acception ancienne, grecque ou romaine, de peuplement, et « décolonisation » [16]. En substituant décolonisation à remigration, il déplace la réflexion de l’individu vers le peuple. En affirmant la primauté du droit des peuples à leur pérennité, il écarte les objections juridiques : une décolonisation ne peut se faire avec un droit qui ne considère que les individus et ignore les peuples. Il faudra changer le droit parce que c’est la survie du peuple français qui est en cause.

« Décolonisation » est une brillante manœuvre tactique. Elle renvoie à l’imaginaire des anciens colonisés, ceux-là même dont Renaud Camus nous dit qu’ils sont désormais les nouveaux colonisateurs. Elle lui attirera de nouvelles critiques et des objections, par exemple celle-ci : on connaît des colonisations qui ont réussi, en Gaule par exemple ou aux Amériques (ou plutôt on ne les connaît pas car leur succès-même a effacé la mémoire des débuts coloniaux), mais on ne connaît pas dans les temps modernes, à l’exception peut-être du Vietnam, de décolonisation qui puisse être qualifiée de réussite. Il faut remonter à la Reconquista ibérique et, dans une certaine mesure, à la libération de la Russie du joug tatar pour en trouver des exemples, lesquels ne furent d’ailleurs guère pacifiques.

Mais à quoi bon chercher des précédents à une situation, le grand remplacement, qui n’en a pas pour la simple raison que les conditions techniques de sa réalisation, les transports rapides et les télécommunications, n’existaient pas auparavant ? Avec ses mots terribles, Renaud Camus nous invite à faire face au scandale d’un peuple sommé par ses élites d’accepter sa dissolution. Si l’idéologie dominante, si les pouvoirs « davocratiques » le poursuivent de leur vindicte, c’est qu’il les rappelle à un devoir fondamental que, dans leur hubris mondialiste, ils ont perdu de vue:

« On doit du respect à une collectivité, quelle qu’elle soit – patrie, famille, ou toute autre -, non pas pour elle-même, mais comme nourriture d’un certain nombre d’âmes humaines.

Cette obligation (…) considérée en elle-même, est absolument identique pour tous.

Notamment, elle est absolument identique pour ceux qui sont à l’extérieur.

Le degré de respect qui est dû aux collectivités humaines est très élevé pour plusieurs considérations.

D’abord chacune est unique, et, si elle est détruite, n’est pas remplacée. Un sac de blé peut toujours être substitué à un autre sac de blé. La nourriture qu’une collectivité fournit à l’âme de ceux qui en sont membres n’a pas d’équivalent dans l’univers entier.

Puis, de par sa durée, la collectivité pénètre déjà dans l’avenir. Elle contient de la nourriture non seulement pour les âmes des vivants, mais aussi pour celles d’êtres non encore nés qui viendront au monde au cours des siècles prochains. Enfin, de par la même durée, la collectivité a ses racines dans le passé. Elle constitue l’unique organe de conservation pour les trésors spirituels amassés par les morts, l’unique organe de transmission par l’intermédiaire desquels les morts puissent parler aux vivants. »[17]

Simone Weil, grande pourfendeuse de la colonisation, écrivit ces lignes en 1943 alors que, d’une autre façon, la France était menacée de disparition.


[1] Chez l’Auteur 2021

[2] Tous les ouvrages de Renaud Camus sont disponibles sur son site internet renaud-camus.net

[3] Dans  son journal de 1994, La Campagne de France,  Renaud Camus se moquait gentiment  d’une émission de débat de Franceculture où la plupart des participants étaient juifs, et qui évoquait fréquemment  des questions liées au judaïsme (“Les collaborateurs juifs du Panorama de France culture exagèrent un peu, tout de même”). Relevée par un journaliste en 2000, cette page lui a valu une campagne de diffamation inouïe qui a entraîné le retrait  du livre de la vente. Il en a fait le récit dans un tome de son journal , Corbeaux. Journal de l’affaire Camus, Eds Les Impressions nouvelles, 2000. Cette affaire, les distorsions du sens des mots, les interprétations auxquelles elle a donné lieu, constituent  le  fil conducteur d’une longue méditation publiée en 2002: Du Sens, dans ses rapports avec l’origine, le temps, l’histoire, l’étymologie,la morale, la culture, la littérature, l’éducation, la nationalité, l’immigration, l’”affaire Camus,” etc. Editions du Château 2024

[4] Voir l’article “race” du Dictionnaire des délicatesses du français contemporain

[5] Cf Peggy Sastre et Lonardo Orlando, Sexe, science et censure. Les vérités taboiues de la guerre du genre, L’Observatoire 2026.

[6] Dictionnaire des délicatesses du français contemporain (I-Z), p.289.

[7] Autorité Provisoire des Nations Unies pour le Cambodge.

[8] Les Khmers rouges avaient eux aussi leurs bureaux à Phnom-Penh, mais ils pratiquaient la politique de la chaise vide.

[9] Douglas Murray, L’Etrange suicide de l’Europe : Immigration, Identité, Islam, Eds. l’Artilleur 2018

[10] Le 15 mars 2019,  Brenton Tarrant a tué 51 personnes et en a blessé 40 autres  dans deux mosquées  de Christchurch, Nouvelle-Zélande

[11] La Dépossesssion ou du remplacisme global, Eds La Nouvelle Librairie 2022, et aussi La Destruction des Européens d’Europe, Editions du Château, 2024

[12] Ainsi nommée  par Roland Barthes, la bathmologie est l’étude des degrés du langage, l’analyse des différents niveaux du discours

[13] Du Sens, p.219 sqq.

[14] Michel Henry, La Barbarie, Grasset 1987

[15] Cf Jean-Yves Le ,Gallou, Remigration. Pour l’Europe de nos enfants, La Nouvelle Librairie/Institut Iliade ainsi que le dossier La remigration est-elle possible ? in Elements N° 220, juin-juillet 2026

[16] Décolonisation, Eds. du Château, 2025

[17] L’enracinement, Gallimard 1949, Folio essais 1990. p.15,  16

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Pour le cardinal Blase Cupich, la défense des immigrés est un acte de culte

Célébrant l’héritage de la ville américaine de Chicago en tant que «ville d’accueil», le cardinal Blase Cupich appelle les catholiques à reconnaître le Christ dans les migrants et à traduire leur foi en engagement, en hospitalité et en soutien concret.

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Pour réussir au bac, coupons le budget de l’École!

Professeurs manquants, formation insuffisante, bâtiments mal entretenus. Les rapports décrivent une Éducation nationale en difficulté, mais le taux de réussite au bac continue de progresser. Et si l’on avait enfin trouvé la bonne méthode?


Depuis des années, les critiques contre l’Éducation nationale (EN) reviennent sur les mêmes difficultés, manque de moyens humains, formation insuffisante des enseignants, bâtiments mal entretenus ou inadaptés. Ces alertes viennent des syndicats et des parlementaires. La Cour des comptes en documente également plusieurs aspects.

Constats sévères

Le manque de moyens se manifeste d’abord par l’absence d’enseignants. Le 6 septembre 2024, le SNES-FSU publiait une enquête portant sur 893 collèges et lycées indiquant que dans 56 % de ces établissements, soit presque 500, au moins un professeur manquait au lendemain de la rentrée. Le syndicat dénonçait une « crise structurelle » et réclamait une revalorisation des salaires ainsi qu’une amélioration des conditions de travail. Cette enquête syndicale illustre une difficulté bien connue, celle des élèves inscrits dans une classe sans bénéficier de tous les enseignements prévus.

Pour assurer les cours, l’institution recourt davantage aux contractuels. Dans son rapport budgétaire déposé le 24 novembre 2025, le Sénat dénombrait près de 52 000 enseignants contractuels en 2024. Dans l’enseignement public, ils représentaient 11,1 % des enseignants du second degré et 2,7 % du premier degré. Le recours à ces personnels permet de combler une partie des vacances, mais il pose la question de leur préparation au métier. Car la formation constitue un deuxième sujet de critique.

Dans un rapport du 11 juillet 2023, le sénateur Gérard Longuet soulignait que la formation initiale des contractuels était souvent « réduite à sa portion congrue », sans qu’un dispositif national de formation continue adapté compense cette faiblesse. Le problème dépasse toutefois les seuls contractuels. En s’appuyant sur l’enquête internationale TALIS de 2018, le rapport rappelait que 34 % des enseignants français de collège exprimaient un besoin élevé de formation pour enseigner aux élèves ayant des besoins spécifiques, contre 21 % en moyenne dans l’Union européenne.

Le 7 septembre 2023, la Cour des comptes dressait un constat tout aussi sévère. La formation continue apparaissait encore comme une « mission de second rang ». Le nombre de journées demeurait insuffisant, les formations ne correspondaient pas toujours aux attentes des enseignants et leur participation se heurtait au problème du remplacement. La Cour relevait également une qualité inégale de formation des formateurs. Autrement dit, les enseignants sont appelés à répondre à des exigences croissantes sans disposer systématiquement de l’accompagnement nécessaire.

Quand le bâti scolaire ne va pas

À ces difficultés humaines s’ajoutent celles des bâtiments. Dans son rapport du 28 juin 2023, le Sénat décrivait des établissements souvent mal isolés et insuffisamment adaptés aux fortes chaleurs, avec des protections solaires absentes, des fenêtres difficiles à ouvrir, des surfaces vitrées accumulant la chaleur et des cours sans ombre. Le rapport soulignait aussi les obstacles financiers et techniques qui retardent les rénovations. Il faut ici préciser les responsabilités. Puisque les écoles relèvent des communes, les collèges des départements et les lycées des régions, cette critique concerne l’ensemble de l’organisation publique de l’éducation.

Ce tableau ne signifie pourtant pas que les dépenses d’éducation diminuent globalement. Selon la DEPP[1], la France a consacré 197,1 milliards d’euros à l’éducation en 2024, soit 6,8 % du PIB. Mais la hausse de 3,6 % en euros courants se réduit à 1,4 % une fois l’inflation déduite. Ce montant couvre en outre l’ensemble du système éducatif et comprend les contributions au financement des retraites des fonctionnaires de l’État.

Dans son analyse du projet de budget pour 2026, le Sénat identifiait 25,16 milliards d’euros de contribution au compte d’affectation spéciale « Pensions », sur un budget total de l’enseignement scolaire de 89,64 milliards, soit 28 %. Surtout, 835 millions d’euros sur le milliard d’augmentation prévu correspondaient à la hausse de cette contribution. Cette augmentation ne finance ni des professeurs supplémentaires devant les élèves, ni des formations, ni des rénovations.

Pour apprécier l’évolution des moyens consacrés à l’enseignement, il faut raisonner en dépenses publiques par élève, corrigées de l’inflation et hors contributions au financement des retraites des fonctionnaires. Les chiffres de dépense par élève publiés par la DEPP incluent ces contributions et ne permettent donc pas de mesurer directement l’évolution des moyens consacrés effectivement à la mission principale de l’EN.

Dans son rapport du 18 juin 2025, le Sénat indiquait que les dépenses exécutées de la mission « Enseignement scolaire » avaient augmenté de 3,87 milliards d’euros entre 2023 et 2024, hors pensions. Mais cette progression est exprimée en euros courants et ne tient pas compte de l’évolution des effectifs. Elle ne constitue donc pas encore une hausse réelle de la dépense par élève. La comparaison doit porter sur ce qui reste, pour chaque élève, après retrait des contributions aux retraites et correction de l’inflation. Les chiffres précédemment cités ne permettent pas de trancher cette question pour la période 2010–2024.

Le tableau est donc celui d’un système qui, sans manquer cruellement de moyens globalement, peine à répondre aux besoins de ses établissements. Ce constat pointe un paradoxe. Car tandis que s’accumulent les critiques sur les conditions matérielles, morales et intellectuelles d’enseignement, le taux de réussite au baccalauréat progresse sur longue période. Il était de 85,6 % en 2010, puis de 88,1 % à la session de juin 2019. En juin 2020, les modalités exceptionnelles liées à la crise sanitaire l’ont porté à 95,7 %. Après ce sommet particulier, les résultats définitifs restent élevés, avec 91,2 % en 2024, puis 91,6 % en 2025, et même 96,2 % dans la voie générale cette dernière année.

L’école manquerait de professeurs, les enseignants de formation et les bâtiments d’entretien, d’isolation et de rénovation. Et pourtant, une proportion croissante de candidats obtient le diplôme qui sanctionne la fin des études secondaires. Et si, dans cette forêt de chiffres, se trouvait la clé des problèmes de l’Éducation nationale ? Pendant des années, nous aurions donc consacré trop d’argent à l’Éducation nationale pour des taux de réussite médiocres. Il aurait fallu commencer à la négliger pour que ses performances s’améliorent. Plus on la néglige, moins on la soutient, mieux elle prépare les élèves au bac. Pour 100 % de réussite, coupons le budget de l’EN !


[1] Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance NDLR.

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«Jusqu’à quand, Seigneur?», les prières de Léon XIV envoyées au curé de Gaza

Le Pape a envoyé un message sur Whatsapp au curé de la paroisse de la Sainte-Famille à Gaza, à la suite du raid israélien du 3 octobre qui a fait plusieurs morts, dont deux femmes de la communauté chrétienne. À l’approche de la commémoration de l'attaque du 7 octobre 2023, le père Gabriel Romanelli dresse un bilan de la situation humanitaire: «C’est un désastre, les gens sont à bout de forces, mais nous ne nous arrêtons pas, nous devons aller de l’avant.»

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Initiales P. D.

Desproges n’était pas gentil: il était civilisé. Sa férocité venait après la lecture, après le doute et après cette forme supérieure de politesse qui consiste à ne jamais s’épargner soi-même. Ses héritiers ont supprimé ce long apprentissage mais conservé le coup de pied final. C’est plus démocratique et brutal – et nettement moins drôle.


Fin des années 1980.

Un dimanche après-midi aussi printanier que pluvieux dont ma Belgique natale a le secret.

Je suis dans le grenier et je vide des caisses de livres : je tente en vain de mettre la main sur la cachette où – j’en suis convaincu – mon père a planqué sa collection de Playboy.

À défaut de trouver le trésor attendu, je tombe sur un livre de Pierre Desproges qui annonce fièrement la couleur : Les étrangers sont nuls !

Le titre me ravit immédiatement, d’autant que je me suis fait voler mon Walkman quelque temps auparavant par un type au teint vaguement basané.

« Les Wallons comme les Flamands, y lis-je, sont d’une lourdeur inouïe. Ils sont tellement lourds et bornés que même les Lillois s’en aperçoivent.

En résumé, on peut dire qu’il ne faut pas se moquer de la lourdeur de nos amis belges. D’ailleurs, le Belge est lourd, certes, mais il est franc alors que quand le franc est lourd, c’est qu’il est suisse. »

J’ai ri.
Et ri.
Et ri.

Certes, je suis au départ un peu surpris d’apprendre que c’est moi l’étranger, ce qui va à l’encontre de toutes mes convictions. N’empêche qu’en l’absence de nymphes texanes, je suis in love avec un humoriste limousin. (Amoureux d’un type qui était déjà mort d’une tumeur au poumon. C’est ballot.)

La férocité est un art

Le tout jeune homme que j’étais découvre quelque chose de rare : un humour suffisamment hardi pour ne demander la permission à personne et suffisamment subtil pour ne pas dépendre de sa méchanceté.

Car si Desproges était féroce, sa férocité était cultivée.

Elle passait par la littérature, par l’histoire, par une langue maniée avec une précision d’horloger.

Elle passait aussi par une autodérision permanente. Chez lui, le ridicule circulait librement. Chez le bourgeois, chez l’ouvrier, chez le militant, chez le journaliste, chez l’imbécile et surtout, chez lui-même.

C’est précisément ce qui rend sa relecture si étrange aujourd’hui.

Car les exploitants contemporains du commerce de l’irrévérence et de la méchanceté comique ont souvent oublié la leçon de Cyrano qui consiste à d’abord se les servir à eux-mêmes.

A lire aussi: Rire partout, humour nulle part

Ils ont gardé l’agressivité, mais ils ont oublié l’autodérision.

Ils ont gardé l’insolence, mais oublié le doute.

Ils ont gardé la distribution de gifles, mais ils ont oublié de tendre l’autre joue.

Il fallait un homme qui a souffert d’avoir pour initiales « P. D. » pour écrire : « Les Grecs s’appellent aussi “Hélène”, c’est dire à quel point ils sont pédés. Quelquefois, ils enculent même leurs chevaux et roulent des pelles aux poneyses. »

La culture n’était pas chez Pierre le Grand un simple accessoire. Elle était la condition même de sa liberté.

Il pouvait consacrer une chronique entière à se moquer de l’Académie française. Mais il le faisait dans une langue si riche, avec un plaisir si manifeste des mots et des nuances, qu’on imagine sans peine un immortel lardé de traits d’esprit rêvant de l’inviter à les rejoindre, histoire de se marrer un peu plus en rédigeant leur dictionnaire.

Du fleuret moucheté au tesson de bouteille

Hélas, le fleuret moucheté a aujourd’hui été remplacé par le tesson de bouteille.

Car il y a une différence fondamentale entre dire à Jean d’Ormesson : « N’avez-vous point honte, à votre âge, un grand garçon comme vous, de vous déguiser périodiquement en guignol vert pomme avec un chapeau à plume à la con et une épée de panoplie de Zorro ? » et dire, comme le fit récemment un amuseur du service public – sans immortel pour lui répondre – que plutôt que de s’occuper des problèmes de la langue, les académiciens feraient mieux de s’occuper de leurs problèmes de prostate.

Cette saillie financée par vos impôts se veut irrévérencieuse. Elle est surtout paresseuse.

Elle ne raille pas une institution ni une prétention, elle ne rappelle pas aux puissants ce qu’ils sont, comme le faisait l’esclave qui soufflait à l’oreille de l’empereur romain : « Memento Mori » ; elle se contente de rappeler à des vieillards qu’ils sont vieux.

C’est nul.

C’est presque aussi nul que les étrangers.

Pour avoir le droit d’être féroce, il faut d’abord avoir lu, travaillé, appris, s’être mis à la place de l’autre et surtout avoir poli sa phrase jusqu’à ce qu’on puisse s’y voir dedans.

A lire aussi: Laurent Ruquier: toujours pas la grosse tête!

Notre époque a décroché le miroir, l’humour a quitté la pièce et il ne reste qu’une cruauté sans objet.

C’est pourquoi Pierre Desproges apparaît désormais comme un personnage venu d’un autre âge. Trop cultivé pour les polémistes. Trop libre pour les censeurs. Trop ironique pour les littéralistes, qui n’auraient de cesse que de le faire taire.

« Le Belge prête à rire parce qu’il est blanc, ce qui permet aux comiques chafouins de se gausser à ses dépens sans encourir les foudres des diverses associations pour la défense de la dignité des Bougnoules. »

À 14 ans, je tombe donc amoureux d’un type qui m’insulte alors qu’il est mort. (C’est l’amour doublement vache.)

Mais je me console en me disant que sa disparition prématurée lui a peut-être évité la plus cruelle des peines : être condamné non pour ce qu’il pensait, mais pour ce qu’un imbécile aurait pu croire qu’il pensait.

Il aurait sûrement vu de faux héritiers réduire son œuvre à la méchanceté et de minables procureurs falsifier sa pensée grâce à quelques phrases sorties de leur contexte.

Heureusement pour lui, un cancer lui a fermé sa grande gueule.

Étonnant, non ?

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«Le Journal spirituel du Pape François», trente ans de notes personnelles

La Librairie éditrice du Vatican a annoncé ce 5 octobre la parution à venir de cet ouvrage du cardinal Víctor Manuel Fernández, Préfet du dicastère pour la Doctrine de la Foi. Proche collaborateur de François, il y présente et commente les notes prises par Jorge Mario Bergoglio de 1992 à 2024 et permet ainsi de mieux connaître sa personnalité et sa vie intérieure. Le 24 novembre prochain, la publication en cinq langues se fera simultanément dans 94 pays.

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Léon XIV invite les prêtres et religieux coréens à témoigner de la réconciliation

Ce matin, lundi 5 octobre, Léon XIV a rencontré au Vatican des prêtres, religieuses et religieux coréens présents à Rome, dont beaucoup participent à la préparation des JMJ de Séoul. Le Pape a exprimé le souhait que les jeunes reçoivent la foi des martyrs, «pour la porter sur les routes du monde», et souhaite que cet événement mondial de 2027 soit une grande rencontre entre la mémoire et l'avenir.

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Le Premier ministre slovène reçu en audience par Léon XIV

Le Premier ministre Janez Janša a d'abord été reçu ce matin en audience par le Pape au Vatican. Des entretiens ont ensuite eu lieu à la Secrétairerie d’État, portant notamment sur des questions internationales et la situation politique dans les Balkans occidentaux.

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Il était mince, il était beau

Dans une biographie romancée dont elle a le secret, Stéphanie des Horts, reine du genre, évoque le souvenir de Philip Mountbatten (1921-2021), prince sans couronne, époux au long cours d’Elisabeth II, figurant d’un couple entré dans la légende britannique…


Stéphanie des Horts est un écrivain qui déteste les injustices. Elle a un faible pour les grands aristos, vaillants et flamboyants, tenaces et tristes, noceurs et amoureux, les éternels exilés de l’existence. Dans ce bas-monde, on ne pardonne ni la beauté, ni le panache. Il fallait rétablir la vérité sur l’histoire du prince Philip et aller au-delà des raccourcis scénaristiques de la série The Crown, passer ce halo de lumière pour comprendre la vérité d’un homme plongé dans le chaudron de la monarchie. Elle ne s’est pas contentée du reliquat de la presse à scandale. Ces racontars qui salissent et avilissent. Elle a enquêté et amassé une documentation considérable pour s’approcher au plus près de ce prince sans couronne, ce second à trois pas derrière la reine. Elle s’est intéressée à l’enfant, au marin, au mari et à sa place (unique) de guingois dans une organisation « papale ». Philip, cet intrus agile, ombre et miroir, a conquis le cœur de sa Lilibet, il y a fort longtemps maintenant. La future reine n’avait que treize ans, elle l’a aimé de tout son âme, de tout son corps, comme ça, instantanément, passionnément, elle l’a désiré, il fut son ancre et son horizon, sa Tour de Londres, forteresse des tourments intimes ; lui, dix-huit ans fut amusé par cette rencontre arrangée, avant d’être saisi par cette force de la nature. « L’écart est parfait », selon ce roué de Lord Mountbatten, cet oncle qui lui voulait du bien.

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Lilibet, d’une volonté de fer, stratège en diable, maîtresse en son palais, n’a jamais perdu l’essence de sa mission, c’est-à-dire régner. Et cependant, elle l’a aimé toute sa vie. Un historien même honorable aurait péniblement suivi la chronologie des événements mais n’aurait pas réussi à percer le mystère Philip. Stéphanie des Horts est une conteuse hors-pair, elle déplie soyeusement sa toile ; d’un trait de plume, elle trouve l’entrée psychologique de ses personnages, quand elle les fait parler, on les entend. Son art du dialogue a pris une autre dimension dans ce dernier livre Philip, le dernier prince aux éditions Albin Michel. Elle a gardé ce qui fait le charme de son écriture, une vivacité, un esprit très français, un romantisme qui n’est pas mièvre, un goût pour la description tactile, mais cette fois-ci, il y a une gravité nouvelle. Elle s’est mise dans la peau de Philip, a compris ses failles originelles, son ballotement permanent, son envie de prendre la mer et l’inflexibilité de son statut. Elle a effectué cette transposition sans graisse, presque à l’os, en démontant la mécanique complexe de ce jeune homme sans nom, sans patrie, sans le sou avec un sexappeal fou. « Non. Je n’ai pas de maison. Pas de royaume. Rien du tout » lui fait-elle dire.

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L’enfance du petit Philip n’est pas commune. Qui est-il ? Sujet grec, danois ou anglais ? Parentèle foutraque et déracinement constant. Comment s’appelle-t-il vraiment ? Mountbatten ou Battenberg ? Le prince consort était né à Corfou. On l’imagine intrépide et sauvage, à la manière des enfants dans les récits de Gerald Durrell. Comme tout Anglais de haut pedigree qui se respecte, il a eu une éducation parisienne parachevée par une formation militaire sans faille. Philip n’a rien quémandé. Il a offert à la couronne son courage, il le prouvera dans la Royal Navy durant la Seconde Guerre mondiale, sa franchise et sa fidélité à Lilibet. Bien sûr que Philip plaît, les mondaines sont attirées par son aisance hollywoodienne, c’est un athlète accompli, cavalier, barreur, tireur et amateur de voitures. Il est arrivé, un jour, à Buckingham Palace au volant de sa petite MG TC et il n’en est plus reparti. Stéphanie des Horts explique parfaitement que cette greffe fut douloureuse. À Windsor, deux clans s’opposèrent, ce fut pire que la bataille des généraux chez les Français Libres de Londres ou d’Alger. Soit, il avait tous les défauts de la terre, c’était un cavaleur, ses sœurs avaient été mariées à des nazis ; soit, au contraire, c’était un grand gaillard solide qui serait capable de supporter la charge de ne pas être le numéro 1 du couple. Une telle indélicate position imposait, en effet, d’avoir des nerfs d’acier. Comme toujours, Lilibet a tranché, a décidé, manœuvré, elle restera jusqu’à sa mort, la taulière de l’empire. Philip, le dernier prince se veut plus sombre et beau que les autres ouvrages de l’auteur, il a des accents de sincérité et de tiraillements intérieurs. Stéphanie des Horts a notamment écrit un remarquable passage sur les liens amicaux entre Philip et la romancière Daphné du Maurier, tout est dit, avec pudeur et sensitivité, ça s’appelle de la littérature. Il serait temps que l’Académie se penche sur le cas Des Horts pour lui décerner un prix de poids.

Philip, le dernier prince de Stéphanie des Horts – Albin Michel 368 pages

Philip, le dernier prince: La véritable histoire du prince Philip

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Stephanie des Horts © BALTEL/SIPA

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Léon XIV: les femmes au Vatican sont une richesse à reconnaître et valoriser

Léon XIV a reçu ce lundi 5 octobre les représentants de l'Association des employés laïcs du Vatican et de l'Association des femmes du Vatican. Dans son discours, le Pape a insisté sur la dignité de la personne et du travail face aux transformations du monde professionnel, notamment liées à l’intelligence artificielle. Le Saint-Père a également appelé à renforcer le dialogue, la collaboration et l’unité au sein de la communauté de travail du Saint-Siège.

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Les Sœurs de Saint-Charles-Borromée à Jérusalem sèment les graines de la paix

En collaboration avec la fondation Hilton, Vatican News publie une série d'articles sur l'action des religieuses dans le monde, des contributions offertes par des sœurs présentes dans le monde entier. Dans cet épisode, rencontre avec les Sœurs de la Miséricorde de Saint-Charles-Borromée à Jérusalem. Elles gèrent une école où des enfants de familles musulmanes et chrétiennes apprennent et jouent ensemble. Le témoigne qu’il est possible d’être des «artisans de la paix» au cœur même du conflit.

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Terreurs urbaines: les masques tombent

Violences autour des lycées. Malheureusement pour les apôtres du progressisme et du vivre-ensemble, le réel n’est plus soluble dans le déni et les faits se vengent.


Révolution du réel

À mesure que s’étendent les terreurs urbaines, s’effondre la société diversitaire dont elles sont le produit. Les faussaires (socialistes en tête, en débat hier soir sur BFM) qui sacralisent encore l’immigration de masse alimentent, en réaction, la révolution du réel. Voici venue l’épreuve de vérité. Les faits ébranlent l’hégémonie du mensonge. Ainsi, il n’y a plus de scrupules, hormis dans la gauche mondaine convaincue par ses trucages, à dénoncer la supercherie du « roman » d’un migrant haïtien (C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien) qui n’en a probablement pas écrit trois lignes. Pareillement, la prétendue neutralité du service public de l’audiovisuel laisse voir le sectarisme de ses journalistes refusant la présence sur France Inter, deux minutes par semaine, d’un confrère (Charles Sapin) de Valeurs Actuelles.

Prémices de guerre civile

Toutefois, le plus spectaculaire est, sous couvert de « révoltes lycéennes », la confirmation de ce qu’est la « nouvelle France », portée par l’extrême gauche, la gauche et l’extrême centre. Des encagoulés hurlant « wallah ! » et « wesh ! » s’en sont pris, ces derniers jours, à des dizaines de professeurs et proviseurs, ont incendié ou saccagé 24 lycées, cassé un piano, pillé des commerces, brandi des drapeaux palestiniens, crié « Israël assassin ! », « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! ». Mohamed Louizi, ex- membre des Frères musulmans, a dénoncé sur CNews des « intifadas des lycées ». De fait, les razzias, les slogans anti-juifs, la haine des policiers vus comme force d’occupation, confirment les prémices d’une guerre civile. Or l’Etat est désarmé. Depuis plus de 40 ans, dirigeants et médias suiveurs ont toujours refusé d’entendre les lanceurs d’alerte qui annonçaient, avec raison, le pire.

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L’heure de vérité

« Le réel nous rattrape », a admis Sébastien Lecornu, mercredi, confronté à l’envolée de la dette et des taux d’intérêt (4,9%). Cependant, l’effondrement ne s’arrête pas aux finances publiques. La chute est générale, à commencer par l’Ecole égalitariste, devenue pour partie une fabrique de casseurs nihilistes. Pourtant, quand Le Monde dénonce ce week-end « la guerre culturelle de l’extrême droite » que mènerait « la galaxie de Vincent Bolloré » – citant notamment votre serviteur – le quotidien de gauche perpétue la diabolisation d’un journalisme de proximité et de témoignage. Rendre compte de la vie des oubliés demeure, pour les dénégationnistes, une démarche « nauséabonde ». Vendredi, une quarantaine de sociétés de journalistes (SDJ), dont la rédaction du Figaro, a fait connaître son soutien à Mediapart contre le RN : le site d’extrême gauche se dit victime de « menaces de mort ». En réalité, Marine Le Pen a invité, en riposte à l’assaut de Mediapart contre Jordan Bardella, à porter, pour elle-même et l’accusateur, des « costards en kevlar ». La tentative de nazification de Bardella, accusé d’avoir tenu en privé à 17 ans des propos antisémites qu’il nie, rejoint la nazification d’Israël, coupable de résister au djihad. Les antisémites sont chez les  » progressistes » qui défendent un multiculturalisme qui banalise le rejet du juif et du mécréant.

Jean-Luc Mélenchon espère, pour les prochains jours, désamorcer la machine infernale que LFI a activé avec ses appels à la « violence légitime » (Bally Bagayoko). Mais les masques des incendiaires sont tombés. Le 2 mai 2027, si le RN gagne, les casseurs seront à nouveau dans la rue pour contester les urnes.

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Mais comment fait Alain Bauer pour avoir toujours raison sur tout?

Les violences s’enchaînent, les établissements brûlent, les pompiers sont agressés. Heureusement, Alain Bauer a réponse à tout: un médiateur, et le tour serait joué. Reste à savoir si le réel se montrera aussi docile que ses démonstrations.


A-t-on le droit de contredire Alain Bauer ? Ce dernier est intervenu longuement dans l’émission de Sonia Mabrouk, le 1er octobre, sur BFMTV. Elle l’a questionné et écouté religieusement. Sans doute le ton dont il use n’y est-il pas pour rien : tant il paraît assuré d’avoir raison et de dire le vrai, dans la forme, qu’on éprouve presque quelque scrupule à le discuter sur le fond. Comme il est omniprésent médiatiquement, on a parfois l’impression qu’il lui est facile de se donner lui-même raison en permanence…

Pourtant, certaines de ses analyses peuvent au moins engendrer de véritables interrogations. Trois notamment. Elles concernent les violences urbaines de ces derniers jours, sans commune mesure avec les contestations lycéennes antérieures, et les dévastations d’établissements qui les ont accompagnées, sans parler des agressions contre les pompiers ni, comme on l’a appris le 2 octobre, du fait que quarante proviseurs ont été blessés. De mon point de vue, il n’y a pas une instrumentalisation politique, mais bien davantage une incitation politique, en particulier de LFI, qui ne se contente pas de soutenir, mais jette du feu sur le feu.

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Quand Alain Bauer, sur le ton de l’évidence, affirme qu’il aurait été très simple pour le pouvoir d’apaiser ce climat exacerbé et antagoniste en faisant nommer un médiateur qui, presque par magie, apaiserait tout, on peut douter de cet optimisme. Pour aujourd’hui comme pour les crises et les émeutes d’hier.

D’abord, il est peu probable que, dans l’incandescence, et plus encore à ses débuts, le choix de quelque personnalité que ce soit puisse être validé par les forces en présence. Surtout, que pourrait-elle réellement tenter, alors que le propre des conflits actuels est de mêler des éléments qui leur sont spécifiques – par exemple les problématiques des collèges et des lycées – à d’autres qui leur sont étrangers, comme Gaza ou la présomption de légitime défense pour la police.

Ensuite, cette idée chère à Alain Bauer selon laquelle cette fureur collective comblerait le vide laissé par l’État est sujette à caution. Peut-on admettre ce constat ou doit-on, au contraire, considérer, et c’est pire, que l’État n’a pas disparu, mais que sa bonne volonté demeure sans effet, qu’il est impuissant et que le citoyen est condamné à lui dire sans cesse : « Pourrait faire mieux ! » ?

Une pensée iconoclaste surgit alors, qui ferait des actions prétendument efficaces du pouvoir l’équivalent de ces villages Potemkine qui faisaient illusion dans la Russie impériale. La folie et les violences, qui n’ont déjà que trop duré, ne remplacent pas le vide : elles s’ajoutent à l’impuissance.

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Enfin, il est permis de récuser ce qui est, en définitive, une banalité, d’apparence originale et provocatrice, mais fausse. Peut-on réellement soutenir que le chaos vindicatif et destructeur d’aujourd’hui n’est pas seulement ce qu’il est, mais qu’il représente la création d’un autre ordre qu’il conviendrait, d’une certaine manière, de saluer tout en dénonçant le désordre qui l’a produit ?

En forçant le trait, on pourrait appliquer cette grille à toute incohérence sociale, à toute criminalité à la fois sauvage et organisée. C’est précisément cette spontanéité sans limites, cette fureur sans fil directeur autre que la libération de certains instincts, d’une haine et d’une contestation s’égarant sur mille chemins, qui rendent difficilement maîtrisable ce prétendu ordre, ce vrai dérèglement…

Sur ces trois sujets, ce n’est pas offenser Alain Bauer que d’oser la contradiction. Mais, et c’est un comble, cet expert mis à toutes les sauces n’est pas loin de faire trembler celui qui s’autorise quelques doutes face à une science proférée comme une vérité laïque.

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Kazakhstan: clôture de la deuxième édition du colloque interreligieux

Après deux jours de débats, la deuxième rencontre interreligieuse commune s'est achevée le 3 octobre à Astana. L'intervention du cardinal Koovakad, préfet du Dicastère pour le dialogue interreligieux: un enfant qui souffre ne doit jamais être réduit à un problème.

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Quand l’IA scie la branche sur laquelle sont assis les artistes

Le danger de l’intelligence artificielle n’est pas vraiment qu’elle devienne plus intelligente que nous.


Voici un orchestre symphonique qui, d’une certaine manière, scie la branche sur laquelle sont assis ses propres musiciens. Créées en collaboration avec le Budapest Art Orchestra, les sections de cordes virtuelles d’ACE Studio AI transforment de simples fichiers MIDI en interprétations d’ensemble expressives, avec phrasé, nuances, dynamisme et articulations d’un réalisme saisissant. Votre serviteur les a entendues : c’est bluffant ! Bluffant, certes. Mais aussi vertigineux.

Le grand remplacement était bien réel !

Car voici un exemple parmi tant d’autres de ce qui est en train de se produire : des années d’études, puis une vie entière consacrée à perfectionner un geste, une technique, une sensibilité, peuvent désormais être imitées en quelques secondes par une machine.

Ces nouvelles technologies qui ont « IA » pour nom de famille remplacent progressivement — et à une vitesse exponentielle — les artistes de toutes disciplines, après s’être nourries de quantités gigantesques d’œuvres produites par ces mêmes artistes. Textes, dessins, photographies, musiques, voix, films : rien ou presque n’échappe à cette immense ingestion de données.

La littérature elle-même n’est plus à l’abri. Nous l’avons constaté récemment avec l’affaire Thélyson Orélien. Cet auteur, encensé par une partie de la critique et présent dans la sélection du prix Goncourt, a été accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire son œuvre. Il a contesté ces accusations. Mais, au-delà de son cas particulier, la polémique pose une question qui aurait paru absurde il y a encore quelques années : lorsque nous lisons un roman, pouvons-nous encore être certains qu’un être humain l’a écrit ? Et cela va bien au-delà de l’écriture.

On peut désormais scanner un objet, une personne ou un animal, en produire une réplique en cire grâce à l’impression 3D, puis la couler en bronze avec un réalisme stupéfiant. Que devient alors le travail du sculpteur ?

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Quel dessinateur reçoit encore des commandes d’affiches ? Quel compositeur écrit encore les quelques mesures destinées à accompagner une publicité, lorsque quelques instructions suffisent à une machine pour générer un dessin ou une musique en quelques secondes ?

Et, par extension, que deviennent les rédacteurs, traducteurs, graphistes, photographes, doubleurs, journalistes ? Des communiqués de presse aux plaidoiries d’avocats, aucun domaine fondé sur la production de textes, d’images ou de sons ne semble totalement à l’abri.

Humanité zombie

Mais la disparition possible de certains métiers n’est peut-être même pas le problème le plus grave. Car l’IA ne menace pas seulement notre rapport au travail et à la création. Elle bouleverse notre rapport au réel. Peut-on encore se fier à une photographie ? À une vidéo ? À un enregistrement sonore ? Comment savoir si les images qui circulent sur les réseaux sociaux sont authentiques, lorsque l’on peut désormais faire dire à peu près n’importe quoi à n’importe qui ? Le cas de Zelda Williams est particulièrement révélateur. La fille de Robin Williams a demandé à plusieurs reprises que l’on cesse d’envoyer des vidéos générées par IA mettant en scène son père disparu : « Please, just stop sending me AI videos of Dad. » Elle dénonçait cette manière de transformer les morts en « marionnettes » numériques.

En septembre 2026, elle est de nouveau intervenue après la diffusion d’une fausse vidéo dans laquelle une version artificielle de Robin Williams tenait des propos complotistes. Elle demandait simplement qu’on laisse son père en dehors de tout cela, qu’on le « laisse reposer en paix ». Faire prononcer artificiellement à un mort des paroles qu’il n’a jamais dites afin de donner du poids à une opinion constitue une forme particulièrement troublante de manipulation.

Cet exemple est révélateur d’un problème beaucoup plus vaste. Notre société entretenait déjà un rapport fragile avec le réel. Sur les réseaux sociaux comme dans le débat public, l’émotion, l’indignation et le slogan prennent trop souvent le pas sur l’argument fondé sur des faits. Or voici qu’arrivent des technologies capables non seulement de déformer la réalité, mais d’en fabriquer une autre, parfaitement vraisemblable.

Nous entrons ainsi dans une époque paradoxale : jamais nous n’aurons disposé d’autant d’informations, et jamais il n’aura été aussi facile de fabriquer de toutes pièces les preuves de quelque chose qui n’a jamais existé.

Le danger de l’intelligence artificielle n’est donc peut-être pas qu’elle devienne plus intelligente que nous. Il est que nous finissions par ne plus savoir distinguer ce qui vient d’un être humain de ce qui vient d’une machine, ce qui a réellement eu lieu de ce qui a été généré, ce qui a réellement été dit de ce qu’on fait dire à quelqu’un. Et lorsqu’une société ne peut plus s’accorder sur la réalité des faits, ce ne sont plus seulement les artistes qui voient la branche se rompre sous leurs pieds.

Nous sommes tous assis dessus.

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Le vol Flydubai, une métaphore de la vie en Israël

Après l’attentat terroriste évité la semaine dernière dans un vol entre Dubaï et Tel-Aviv, la compagnie Flydubai a décidé de ne plus desservir Israël jusqu’à nouvel ordre. Destination sensible! Mais au-delà du choc, cet épisode agit comme un miroir saisissant: les Israéliens ont le sentiment d’y retrouver leur réalité quotidienne — celle d’une urgence absolue où la survie dépend de l’action immédiate, alors qu’on ne transmet que des récits déformés de la situation au Proche-Orient au monde extérieur qui observe sans grande émotion.


J’ai préféré attendre quelques jours avant d’écrire sur l’affaire du vol Flydubai. Le temps de comprendre l’enchaînement des faits, d’écouter les passagers et de lire les réactions internationales. Je dois dire que je n’ai pas été déçue. Cet avion entre Dubaï et Tel-Aviv est une métaphore presque trop parfaite de la manière dont nous, Israéliens, vivons notre vie et l’Histoire. Et de la distance vertigineuse entre ce que nous vivons de l’intérieur et la façon dont cette même histoire est racontée, parfois – souvent – travestie, à l’extérieur.

Des bruits de hurlements à proximité du cockpit

Les faits, d’abord. Mercredi matin, le vol FZ1073 décolle de Dubaï. À bord, une majorité d’Israéliens qui rentrent chez eux, sur l’une de ces lignes devenues banales depuis les accords d’Abraham.

Deux heures plus tard, des passagers qui attendent devant les toilettes, près du cockpit, entendent des hurlements. La porte n’est pas verrouillée. Ils l’entrebâillent et s’engouffrent. Le commandant est ensanglanté : le copilote vient de l’attaquer avec une hache de secours. Dans cet espace minuscule, à dix mille mètres d’altitude, les passagers le maîtrisent et l’attachent avec des fils d’écouteurs. Pendant ce temps, l’avion plonge.

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Yaniv Hayoun se trouve à bord de cet avion. Le plombier est un fidèle de Dangers dans le ciel, une émission sur les catastrophes aériennes. Sa femme déteste la regarder, mais ce matin-là, au-dessus de l’Arabie saoudite, un détail qui paraissait anecdotique lui revient. Il sait comment redresser l’avion et il le fait d’instinct. C’est la tushiya israélienne dans toute sa splendeur : la capacité à improviser dans l’urgence, à trouver une solution quand il n’y en a pas, à agir avec ce qu’on a sous la main, sans attendre une autorisation qui, si elle vient, viendra trop tard. Dans cet avion aux 174 passagers, « chaque passager avait un rôle précis » comme l’écrira plus tard Assaf Rejwan, un autre héros du vol. L’un partage sa connexion Wi-Fi. Une Australienne est la seule à joindre Israël depuis l’espace aérien saoudien. D’autres communiquent avec les services de sécurité. Une femme récite des Psaumes. Un dentiste prodigue les premiers secours au pilote grièvement blessé par l’assaillant. Puis un pilote voyageant parmi les passagers prend les commandes et pose l’appareil en Arabie saoudite. « Arabie saoudite, Angola, n’importe où, raconte Yaniv Hayoun. Pourvu qu’on atterrisse. » Ce n’est que sur le tarmac que les passagers découvrent qu’une partie de l’aile manque.

Mondes parallèles

A la question, comment avez-vous su quoi faire, Yaniv répond humblement, « nous étions entre l’adrénaline de la peur et de la survie mais surtout obligés d’y arriver. »

Cette phrase dépasse le vol FZ1073. Nous vivons en Israël comme dans cet avion. L’essayiste britannique Douglas Murray l’a résumé ainsi : « Ce qui s’est passé mercredi matin dans le ciel d’Arabie saoudite constitue une métaphore de ces trois dernières années de guerre. Les Israéliens ont vu une menace existentielle, ont pris les choses en main et ont décidé eux-mêmes de la direction à suivre. »

Israël n’a pas le temps d’attendre des validations extérieures qui prendront le temps infini que l’Etat en état d’urgence n’a pas.

Mais pendant que les faits parlaient d’un avion qui plonge, d’un commandant ensanglanté, d’un copilote armé d’une hache, Marianne titrait assez maladroitement : « Atterrissage d’urgence d’un vol Dubaï-Tel-Aviv : une altercation entre les pilotes à l’origine de « l’incident ». » Tandis que la vidéo d’Assaf Rejwan, avec le front ensanglanté faisait déjà le tour du monde et parlait déjà d’un terroriste neutralisé… A ce stade, nous ne parlons plus d’une distance entre Israël et le reste du monde, mais de mondes parallèles.

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Depuis le 7-Octobre, c’est devenu pour beaucoup d’Israéliens une expérience quotidienne.

Je la retrouve jusque dans la diversion des regards sur les mêmes images. À propos de la cinquième saison de Fauda, Libération écrit qu’elle raconte « le traumatisme d’une société travaillée par le désir de vengeance ». Depuis Israël, j’y vois presque l’inverse : une société travaillée par la peur que cela recommence. Avant, la série Fauda nous paraissait excessive : des frontières poreuses, des terroristes avec toujours un coup d’avance. Puis la réalité a dépassé la fiction. Aujourd’hui, quand la série fait planer l’ombre d’un second 7-Octobre, ce n’est pas la vengeance que je ressens. C’est la peur que nous n’ayons rien appris et que cela recommence.

Encore une fois, nous ne regardons pas le même avion. Quelques heures après l’atterrissage, une blague circulait déjà sur les réseaux : le plan d’une cabine, quelques sièges marqués d’une étoile de David, et cette publicité fictive : « Nouvelle option en classe premium : asseyez-vous à côté d’Israéliens pour une sécurité supplémentaire. »

Les démocraties et la mort: Israël, l'islamisme et nous

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La défense de Jordan Bardella interroge

« Si les propos qu’on lui prête étaient avérés, Jordan Bardella aurait-il commis un simple péché de jeunesse ou une faute inexpiable le rendant indigne de gouverner ? », se demande notre chroniqueur.


Il y a les accusations de Mediapart et les dénégations de Jordan Bardella, soutenu par Marine Le Pen, laquelle a dénoncé une « dinguerie », et par le Rassemblement national tout entier, invoquant une manipulation politique. Les propos et les écrits antisémites attribués à Bardella dateraient de ses dix-sept ans environ, à une époque où il aurait été intellectuellement proche d’Alain Soral et sous son influence. Le président de la République a réagi sans attendre que toute la lumière soit faite et, jugeant « gravissime » cet antisémitisme présumé et se mêlant, ce qui est plus étonnant, des rapports du RN avec Mediapart, a exigé « une clarification ». De quoi se mêle-t-il ? Son indignation n’a-t-elle pas tout d’une exhibition ?

Si l’on veut tenter de rassembler tout ce que suscite cette controverse, très opportune à cette date pour accabler le futur Premier ministre de Marine Le Pen si elle était élue présidente, quelques observations permettent de couvrir l’essentiel de la problématique à charge.

Mediapart choisit son moment et feuilletonne

Que Mediapart ait choisi son moment est une évidence et on n’a pas à le lui reprocher. Ce sont des éléments de nature à éclairer aujourd’hui la personnalité de Jordan Bardella à partir de ce qu’il a pu penser ou dire hier, dans sa prime jeunesse.

Sans préjuger de rien, mais connaissant la méthode de Mediapart, qui adore le sadisme de l’information au compte-gouttes, il est difficile de concevoir que ce site se soit lancé dans cette offensive sans une certitude et des preuves indiscutables, après de multiples recoupements, comme Fabrice Arfi l’a confirmé auprès du Monde[1]. Le premier mouvement du RN a été d’annoncer une plainte en diffamation, mais est-ce vraiment, en l’occurrence, l’attitude la plus efficace ? Si le principal intéressé craint le pire à court terme, il devrait, plutôt que de nier, avouer et assumer.

Edwy Plenel, une belle carrière

Il y aurait une argumentation à faire valoir. Edwy Plenel, à vingt ans, avait apporté dans Rouge son soutien à Septembre noir après le massacre des onze athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en 1972 mais heureusement, en 2018, il a déclaré récuser « fermement aujourd’hui » cette position. Fabrice Arfi soutient que cela n’a rien à voir parce que Plenel avait « reconnu et récusé » ses propos de jeunesse. On a le droit de juger cette mansuétude excessive, leur collaboration permettant aisément de la comprendre ! Et si Jordan Bardella faisait de même, en arguant de son âge d’alors, de son immaturité et de son radical changement depuis des années, puisque, dès 2017, il s’inquiétait de l’antisémitisme de Soral ?

À ce sujet, on peut faire fond sur une remarquable chronique d’Élisabeth Lévy[2] dans Causeur. Elle y démontrait, en la regrettant, l’influence déterminante de Soral, à une certaine époque, sur les mouvances d’extrême droite et d’extrême gauche. Des propos et des écrits antisémites, relevant de la plus basse et banale stigmatisation, avec les stéréotypes les plus éculés, seraient-ils devenus, dans notre monde où le pire, même le plus atrocement factuel, est trop relativisé, le seul crime inexpiable, l’unique transgression sans rédemption admise ? Serait-on indigne à vie parce qu’à une période de son existence où l’excès imbécile est souvent cultivé, on a offensé la morale ? Avec quelle volupté s’est-on rué sur les comportements de Jordan Bardella, sans doute pour faire oublier les délires profondément antisémites d’adultes, au prétexte qu’on les avait habillés d’un vague vernis politique !

Les mêmes qui, face à la criminalité et à la délinquance ordinaires, ce qu’ils appellent trop souvent des « incivilités », font preuve d’une indulgence et d’une compréhension entières poussent des hauts cris, au prétexte que le parcours méritant de Jordan Bardella, sur le plan politique, ferait de lui à perpétuité un candidat, ou peut-être un Premier ministre illégitime…

Même si l’antisémitisme, aussi odieusement ordinaire soit-il, n’a évidemment pas la même portée selon qu’il émane d’un quidam, d’un humoriste, d’un artiste ou d’un responsable politique, on n’a pu qu’être frappé, au fil des années, par l’indulgence dont ont bénéficié les dérapages de l’extrême gauche sur ce registre, notamment parce qu’ils étaient censés émaner de ceux qui « pensaient bien » tout de même. Jordan Bardella ne devrait pas avoir honte de ce qui relèverait, très ponctuellement, de ce moment où l’être se cherche, se trompe ou s’égare. Comme tant d’autres, il a évolué, progressé et réfléchi. Comme Plenel. Ce qu’il a dit et exprimé alors ne serait pas un péché mortel, mais un péché de jeunesse. Mais qu’il l’assume. Le RN sortirait à l’évidence conforté, plutôt qu’affaibli, par cette controverse qui, elle, deviendrait réellement indigne !


[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/30/enquete-de-mediapart-sur-jordan-bardella-la-violence-verbale-du-rn-ne-nous-impressionne-pas-reagit-fabrice-arfi_6786024_823448.html

[2] https://www.causeur.fr/affaire-bardella-mediapart-soral-t-on-un-jour-la-verite-334454

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October 04, 2026

Bataille à la barre

Dans son livre, Patrice Trigano (notre photo) évoque la figure de Georges Bataille, appelé à témoigner dans les années 50 au procès de l’éditeur Jean-Jacques Pauvert.


Je me promène dans les couloirs de la Fondation Miró à Barcelone. Derrière les baies vitrées, j’aperçois le ciel bleu et quelques cyprès. J’arrive dans un espace plus sombre, un peu à l’écart. Silence. Quelques photos sont consacrées à Georges Bataille, ami de Miró, l’art subversif et la lutte contre le fascisme les ayant réunis. L’une d’entre elles, en noir et blanc, illustre un court texte de Bataille intitulé Le gros orteil. Un cor le déforme, l’ongle semble rongé par une mycose. C’est répugnant. Pourtant, l’équilibre que nous cherchons en permanence repose sur ce pied posé par ailleurs dans la boue. Bataille : « Mais quel que soit le rôle joué dans l’érection par son pied, l’homme qui a la tête légère, c’est-à-dire élevée vers le ciel et les choses du ciel, le regarde comme un crachat sous prétexte qu’il a ce pied dans la boue. » La boue terrestre est aussi montrable que la beauté céleste. C’est l’un des enjeux de la littérature, mais pas n’importe laquelle : celle qui explore et montre toutes les facettes de l’homme, sans exception, jusque dans son inacceptable vérité. Chez Bataille, il y a la promesse d’une aube souillée mais vraie.

De retour en France, je constate que le roman de Patrice Trigano, neveu du créateur du Club Med, Bataille en procès, figure sur la première liste du Goncourt. Petit livre de 140 pages, « pas essentiel », selon un journaliste d’un célèbre hebdomadaire, soudain victime d’un prurit germanopratin, alors que les autres romans sont solides, bien ficelés, dans le moule d’une rentrée littéraire globalement morose, voire franchement déprimante – notre terrain de jeu contaminé par la machine . Oui, mais voilà, ce livre s’adresse « à ceux qui préfèrent la brûlure au mensonge ». Ça élimine presque la totalité du lectorat français. Il est publié chez Maurice Nadeau.

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Trigano est un homme atypique. Il a fait des études de droit et de philosophie avant de se consacrer à l’art en tant que galeriste, expert international et écrivain. Ainsi a-t-il refusé de participer à la grande aventure du tourisme de masse pour promouvoir la culture. Son roman, documenté et sobrement écrit, rappelle que les éditeurs peuvent être traînés devant les tribunaux pour publication jugée immorale. C’est le cas de Jean-Jacques Pauvert, qui a publié les œuvres de Sade. Il est convoqué devant la XVIIᵉ chambre correctionnelle. Nous sommes le 15 décembre 1956. Il est défendu par maître Maurice Garçon. Trigano s’appuie sur sa plaidoirie. Georges Bataille est venu soutenir son ami et éditeur. Il témoigne. Outre le fait de rappeler que, même condamnée, une œuvre de qualité triomphe toujours de la frilosité et de l’hypocrisie des juges soumis à la classe sociale dominante, les « pensées saines » ne résistant pas à l’épreuve du temps, l’intérêt majeur du livre réside dans le rappel des grandes périodes de la vie de l’auteur du Bleu du ciel.

La littérature contre la morale

La réflexion que mène Bataille sur la force de la littérature subversive est capitale. Il confirme que la littérature du Mal, pour reprendre son expression, finit par prendre sa revanche sur les dévots transformés en spectres shakespeariens. La salle d’audience devient le réceptacle de son existence scandaleuse ainsi que de ses écrits qui le sont tout autant. Bataille le débauché, l’amateur de prostituées, de bacchanales dans des lieux de perdition, le promoteur de la dépense – pour faire hurler les capitalistes – se tient droit devant la cour. Dans son morne costume gris anthracite, les cheveux blancs gominés, la raie sur le côté, il parle d’une voix douce. On lui donnerait le bon Dieu sans confession, lui qui faillit être prêtre. Il est certes irrité par le débat au ras des pâquerettes. Il transpire, sa cravate noire le serre un peu. C’est qu’il a le sang chaud, celui qui arpentait dans les années trente, ivre, l’angoisse au ventre, le quartier des filles fardées, à Barcelone. Il évoque l’érotisme, le sacré, la souillure, la mort, tout ce qui fonde la littérature. « Si la littérature doit être morale, elle mourra », affirme-t-il. Puis il politise son propos en déclarant que l’œuvre de Sade – comme la sienne – est « un moyen de détourner l’homme de l’ordre moral, de la stabilité qui gangrène les sociétés en les attirant vers le fascisme ».

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La pureté, la « pensée saine » ont conduit à la construction d’Auschwitz. Le désir d’ordre étouffe la vie, qui n’est que perpétuelle violation de l’ordre. Au nom de la vertu, combien de morts sur les bords de la mer de Sibérie orientale ? Le communisme, en effet, ne vaut guère mieux. C’est pour Bataille « une machine morale ». Il sait que le franquisme a tué autant que les staliniens à Madrid. Patrice Trigano exhume un texte de Bataille dans lequel l’écrivain, loin d’équilibrer les comptes, souhaite les faire exploser, résumant ainsi sa pensée : « Vous croyez à la révolution productive. Je crois à l’insurrection de la dépense. » Insoutenable pour ceux qui ont encouragé la construction de Disneyland et préparent le triomphe du technofascisme. Bataille, dans ses excès, offre une critique lumineuse de notre époque soumise au nouveau puritanisme. Le roman de Trigano, en puisant aux sources de la pensée bataillienne, le démontre efficacement.

L’insurrection de l’impur

Des fragments de la vie de Bataille, donc, né à Billom (Puy-de-Dôme) en 1897 et mort à Paris en 1962. Son père est paralysé et aveugle. Ses propos sont obscènes ; son fils le voit uriner sous ses yeux, la robe de chambre entrouverte. Il meurt abandonné par sa famille, sous les bombes en 1915, devant la cathédrale de Reims. Bataille ne se remettra jamais de cet abandon. Sa mère est maniaco-dépressive, en proie à de longues périodes de mélancolie. Elle tente de se suicider. Quand son fils lui révèle qu’il a été victime d’attouchements par un prêtre, cette femme pieuse refuse de le croire. Le déni la protège des déviances sexuelles. Son fils nourrit envers elle les pires fantasmes. Dans Ma mère, il raconte l’hommage sacrilège qu’il lui rend, nu, devant son cadavre éclairé par deux bougies. Bataille joue avec les limites, les dépasse, plus transgressif que jamais. C’est impardonnable, car Jocaste reste intouchable. Trigano évoque les femmes qui ont compté pour Bataille, Sylvia, Colette, Denise, Diane, toutes complices de ses excès de débauche. Diane, pourtant très amoureuse, décide de rompre, épuisée par les orgies, le sacré dans la luxure, la mystique de l’impur. Bataille, à propos de l’amour, déclare en riant : « J’en ai une vision poétique. »

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Le procès intenté à Jean-Jacques Pauvert, qui n’est au fond qu’une mascarade, permet de découvrir l’un des penseurs les plus séditieux du XXᵉ siècle. L’une des phrases qui résume le mieux cet athée intraitable, enterré sur la colline de Vézelay, au pied de la basilique grandiose, est celle-ci : « Personne n’a deviné plus loin que moi. » Il faut lire la scène finale du Bleu du ciel, le meilleur livre de Bataille, qui se déroule dans un cimetière d’Allemagne, pour s’en convaincre. Dirty, sainte bataillienne, ne jouit que parmi les tombes. Thanatos est aux commandes, avec, dans le lointain, la fanfare du défilé de jeunes nazis, « raides comme des triques », qui annonce le massacre général. Comme le note Philippe Sollers dans La Guerre du goût : « La mort est l’ersatz de la jouissance sexuelle quand celle-ci est bloquée de tous côtés. »

Patrice Trigano, Bataille au procès, Éditions Maurice Nadeau, 146 pages.

Bataille au procès

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Sortir de la logique de domination et des inégalités pour mettre fin à la guerre

«À Gaza, en Ukraine et en Iran, les gens souffrent. Kiev a le droit de se défendre; pour la paix, il faut revenir aux valeurs humaines fondamentales», affirme le Secrétaire d’Etat du Saint-Siège dans un entretien accordé à La Repubblica ce dimanche 4 octobre.

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Début des préparatifs pour le 500e anniversaire du sac de Rome

2027 sera une année commémorative exceptionnelle que la Garde suisse propose de célébrer en organisant un colloque à Brigue en janvier, avec la publication d’un ouvrage historique et la participation à la Fête du printemps à Zurich. En mai, les célébrations au Vatican comprendront également des spectacles de jeux de lumière, la première d’un film sur le Corps et un pèlerinage. «Nous voulons montrer que les valeurs d’alors sont toujours vivantes aujourd’hui», affirme le commandant Graf.

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« Apostrophes » : quand les écrivains montaient au créneau…

Monsieur Nostalgie nous parle d’un temps où les émissions littéraires à la télévision suscitaient le débat contradictoire et non le robinet à humanités convenues. Un match des légendes opposait Jean Dutourd à Alain Robbe-Grillet!


De la confrontation courtoise naissait jadis une forme de tension intellectuelle délectable. Nous n’étions pas dans le déversoir à vagues idées générales, inoffensives et tellement attendues. Ce que j’appelle le temps béat, oscillant entre la gêne des propos sans poids et la démagogie contrite. L’écrivain en promotion, paniqué, mesurant ses mots, intimidé par la caméra, boutiquier ayant peur de faire fuir sa clientèle, enfile les banalités avec le frisson de tout perdre sur une phrase, sur une opinion, sur un geste. L’enjeu commercial est tel qu’il semble empêché, alors, à la manière des écoliers pris en flagrant délit d’impasse sur un sujet, l’homme de lettres actuel s’engouffre dans les lieux communs, use d’un vocabulaire étique, marmonne quelques vérités tautologiques, paraphrase et perd toute singularité aux yeux du public.

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Je vous parle d’un temps où la littérature osait encore la controverse

À trop respecter le moule, le cadre, à taire sa propre vision originale (quand il en a une), il risque au mieux la transparence, au pire l’agacement des lecteurs. Ne le blâmons pas, chacun doit survivre dans un environnement concurrentiel et fortement dégradé ces derniers mois. Emprunter le chemin le moins piégeux, en espérant séduire la ménagère, son éditeur, les journalistes et les libraires, est cependant un pari bien hasardeux sur l’avenir. Que retiendra-t-on de lui ? Un bruit de fond entendu mille fois, une conversation poussive où tous les invités se félicitent d’être des gens bien, une unanimité de façade, une connivence suspecte. Aucune irrégularité. Aucun tremblement. Aucune nervosité. Aucun débat frictionnant qui ouvre des champs nouveaux ; une grande lassitude noie alors ces ensembles vertueux et téléguidés.

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Quand Pivot faisait monter la mayonnaise

Il n’en fut pas toujours ainsi. Pourquoi aime-t-on revoir les émissions de Bernard Pivot ? Parce qu’il savait monter la mayonnaise, voire la maïeutique des écrivains. En son temps, on lui reprocha de réduire la littérature à des fins mercantiles, de scénariser les oppositions ; en résumé, de faire du spectacle. Pivot, habile soyeux lyonnais, organisait les plateaux d’Apostrophes avec la volonté d’animer, d’agiter, d’allumer le feu. Et, à la fin des années 1970, il y parvenait presque tous les vendredis. On regarde ces joutes avec nostalgie et excitation, avec aussi le désespoir de vivre dans une époque totalement dénervée. Abâtardie.

Je ne parle pas ici des émissions revues jusqu’à plus soif, extraits de bêtisiers usés jusqu’à la corde où l’on voit, par exemple, un écrivain américain ayant abusé de Sancerre. Ces morceaux de bravoure, pathétiques et réducteurs, ne reflètent pas l’ambiance générale. Il y eut des dizaines d’émissions sans clashs visuels où des opinions tranchées, différentes, irréconciliables sur le papier, se percutaient au service de l’information. Les téléspectateurs en sortaient grandis, instruits, nourris et donc curieux.

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Sur le thème générique « Des goûts et des couleurs », Pivot recevait en 1978 deux écoles de pensée distinctes. D’un côté, les théoriciens du nouveau roman, Robbe-Grillet, agronome apôtre du glissement, installé à côté de Perec et son Mode d’emploi ; en face, Jean Dutourd, fraîchement élu à l’Académie française, et le critique Jacques Brenner. S’ajoutait Michel-Antoine Burnier, venu avec son très drôle Roland Barthes sans peine ; le commentaire du commentaire du colloque de Cerisy vaut largement les meilleurs sketchs de Desproges. D’apparence calme, même si quelques coups bas fusèrent par moments, la discussion abordait un sujet essentiel : qu’est-ce que le nœud de l’écriture ? Chacun, avec des arguments très clairs, pouvait choisir son camp. On était soit du côté du style « classique », soit de la construction « moderne ». Un affable Robbe-Grillet ne manquait pas de talent pour décortiquer ses mondes parallèles et un olympien Dutourd pour le ramener à la joliesse d’une phrase harmonieuse. Nous apprenions au contact de ces passeurs.

La même année, Félicien Marceau, dans une émission intitulée « Le roman en liberté », avait gentiment bataillé face à Christine Arnothy sur la part d’imaginaire dans le roman. Il y a bien longtemps que la télévision ne s’empare plus de la littérature et ne produit plus cette intelligence partagée.

Les tendresses de Zanzibar

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La guerre n’est pas une fatalité, affirme le cardinal Zuppi à Assise

Lors de la messe célébrée à l’occasion de la fête de saint François d’Assise et du huitième centenaire de sa mort, le président de la Conférence épiscopale italienne a rappelé qu'à une époque où «nous sommes tentés et séduits par la culture du pouvoir, vulgaire, envahissante et trompeuse», fruit également d’«énormes intérêts économiques» et de «nationalismes», la paix «commence par nous et constitue le seul avenir possible». La voie à suivre consiste donc à désarmer «les mains et le cœur».

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Le Pape appelle à invoquer la Vierge pour libérer les peuples du fléau de la guerre

Après la catéchèse de l’Angélus, le Pape invite à s’associer à l’initiative d’Aide à l’Église en détresse, en récitant le rosaire et en priant pour la Terre Sainte et pour «les victimes innocentes de la violence». Léon XIV se réjouit par ailleurs des nombreuses initiatives consacrées à saint François d’Assise et annonce le temps de discernement synodal sur la famille qui se tiendra au Vatican dix ans après Amoris laetitia. «La famille est une source d’espoir et une richesse inestimable», dit-il.

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Angélus: «l’Église est la vigne à cultiver avec justice»

Ce dimanche 4 octobre, lors de la prière mariale de l’Angélus, place Saint Pierre, l’évêque de Rome appelle les fidèles, à l’instar de saint François d’Assise, à prendre soin de l’Église avec justice. Commentant l’Évangile du jour, le Pape compare cette dernière à la vigne du Seigneur que chacun a la responsabilité de construire.

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Face au réveil des peuples, tous les coups vont être permis

La débâcle des marchands de vertus et de leur société passoire s’accompagne de l’effondrement de la croissance et de l’enseignement. Mais les Français sont prêts à tourner la page de décennies d’endoctrinement.


Le vieux monde a raison de craindre la colère des peuples oubliés. Les Allemands de Saxe-Anhalt, indifférents aux interdits d’en haut, ont majoritairement voté, le 6 septembre, pour l’AfD, parti anti-immigration présenté comme « fasciste » ou « néonazi » par les réducteurs de têtes. Le mouvement est aussi arrivé en tête, le 20 septembre, en Poméranie occidentale. Son succès répond à la faute d’Angela Merkel : elle avait cru pouvoir accueillir, en 2015, plus de 1 million de réfugiés fuyant la Syrie ou l’Irak. À l’époque la pensée lisse, aiguillonnée par la Commission européenne, louangeait « Mère Angela », en référence à Mère Teresa. Le Point[1] lui consacrait sa une : « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… » Le Monde dédiait son éditorial à « Angela Merkel, la fierté de l’Europe », en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix… Ainsi font-font-font les petites marionnettes.

Mais la débâcle accompagne les marchands de vertus et leur société passoire. En France, même la croissance s’effondre : elle ne devrait pas dépasser 0,4 %, contre 0,7 % prévue par l’Insee. La chute de l’enseignement (mathématiques, lecture, etc.) dans le classement PISA 2025 (27e rang) n’est pas seulement due à l’envahissement des réseaux sociaux, boucs émissaires des fabricants de crétins. L’inculture va de pair avec la hausse de l’immigration de masse et l’asphyxie des classes d’accueil. La discrimination envers « la race blanche et la nation française », que deux juges d’instruction ont fait admettre dans le meurtre de Thomas Perotto à Crépol (Drôme), fait écho au séparatisme de ces cités qui se revendiquent « arabes ». Le voile est vu par beaucoup de Français comme un défi : à plus de 60 %, ils souhaitent son interdiction dans les rues.

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Les belles âmes, à l’abri des digicodes, jugent dangereux ces « fachos » qui veulent préserver leur langue, leurs modes de vie, leur civilisation. Or les irrécupérables font masse. Les fanatiques de la religion des droits de l’homme ont échoué. Des décennies d’endoctrinement n’ont pas réussi à embrigader les esprits, au-delà des génuflexions obliques du show-biz et des salonnards. Le réveil des peuples maltraités vient des profondeurs. La résurgence des âmes damnées dépasse les élections allemandes. D’autres scénarios similaires sont à attendre en Europe. En France, le centrisme melliflu s’annonce comme la probable victime du nouveau monde. Le sursaut existentiel de la « fille aînée de l’Église », qui a mobilisé les foules fin septembre lors la visite de Léon XIV à Paris, a laissé voir une soif d’idéal qui échappe aux idéologues professionnels.

Les rentiers du système ne sont pas disposés pour autant à rendre les clés. Leur criminalisation du renouveau national se fourbit au nom de la lutte contre l’« extrême droite ». Elle serait coupable de réclamer le pluralisme des opinions à Radio France et le retour de la démocratie. Tous les coups vont être permis. Cependant, l’épouvantail de la « fachosphère » n’effraie plus que des colibris. « La radicalité ne paye pas », a dit Marine Le Pen (12 septembre 2021) pour se démarquer de la campagne tonitruante d’Éric Zemmour. Le succès de l’AfD démontre le contraire : la rupture avec le système exige une révolution par les urnes. Le chamboulement est à portée de main. Aux Français de le décider.

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[1] 10 septembre 2015.

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« C’est dans leur ADN »…

C’est un célèbre philosophe français qui l’a affirmé : chez l’être humain, « l’existence précède l’essence ». Jean-Paul Sartre, bien sûr, qui n’avait absolument rien d’un homme de droite. Il signifiait que chaque personne se détermine par ses actes, sa volonté, ses choix, et absolument pas par ceux de son père, de son grand-père, de ses copains ou de sa concierge. Cette idée est à la base de la philosophie de la liberté dans l’existentialisme. Les brins d’herbe, les lapins ou les kangourous sont entièrement déterminés par leur ADN. Pas nous. Selon Sartre, selon saint Paul et bien d’autres, nous naissons libres et responsables. « Nous sommes tous responsables, et de tout », ajoutait-il. Grande idée, absolument à l’opposé du bêlement universel d’aujourd’hui : « Nous sommes tous victimes, et de tout ».

L’ADN, cette prison idéologique

On ne mesure pas à quel point la métaphore de l’ADN est fausse et scandaleuse. Dire que « tel parti fait telle déclaration ou tel choix parce que c’est dans son ADN » anéantit toute liberté individuelle. Parlons clair, cette figure de style est utilisée essentiellement contre Marine Le Pen et le Rassemblement national. Personne ne dit jamais que Fabien Roussel pourrait devenir un tyran sanguinaire parce que c’est dans l’ADN communiste. Pourtant, après les fleuves de sang des années staliniennes ou du « Grand Bond en avant » maoïste… Le Parti communiste français n’a jamais eu la pudeur de changer de nom, au contraire du PC italien. Il serait injuste de reprocher aux Allemands d’aujourd’hui d’avoir, pour la plupart, des grands-pères ou des arrière-grands-pères nazis. La prescription, souvent attaquée aujourd’hui, vient avec le temps et le changement de génération. Peu de gens en dehors de son parti ont félicité Marine Le Pen d’avoir commis ce parricide symbolique qu’étaient le passage de « Front » à « Rassemblement » et la mise à l’écart de Jean-Marie, avec tous les déchirements intérieurs que ce changement a dû produire. Ne nous leurrons pas, on continuera à répéter cet absurde « Ah oui, c’est dans son ADN, c’est dans leur ADN », et le malheur veut qu’une stupidité mille fois répétée finisse par ressembler à une vérité.

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Tout aussi illogique est la culpabilité par association d’idées. L’exemple chimiquement pur en est la mésaventure survenue à Michel Onfray après qu’il a commenté la prise de fonction de Bally Bagayoko. Celui-ci avait « une attitude très tribale », alors qu’« on ne se trouve pas dans une tribu primitive comme les décrit Darwin, avec le mâle dominant qui décide ». C’est dans la tête de ceux qui détestent Michel Onfray que s’est faite l’association tribu-Afrique primitive, donc racisme, certainement pas dans celle du philosophe, assez malin pour savoir que beaucoup de mots sont piégés. L’accusation de racisme jetée à tort et à travers prouve l’obsession de la race chez les accusateurs plus que chez les accusés.

Pauvre Mercator ! Ce doux géographe flamand s’est confronté à l’insoluble problème de représenter la surface d’une orange sur une feuille A4. J’aime beaucoup sa carte où le Groenland et le nord de la Sibérie ont des étendues démesurées. J’imagine de longs voyages en traîneau à chiens, avec d’improbables rencontres de mammouths laineux, peut-être d’une tribu néandertalienne qui a réussi à survivre sur une île glaciale et méconnue. Sur sa carte, l’Afrique est toute petite : Mercator était donc raciste.

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Les bêtises de jeunesse, qui n’en a pas proféré ? Dans une chanson de Jacques Brel, un jeune homme et ses copains insultent les notaires attablés aux « Trois Faisans ». « Les bourgeois, c’est comme les cochons », chantent-ils. Plus tard, il devient notaire et va se plaindre au commissariat d’une bande de voyous qui hurlent sous les fenêtres du bar où il a festoyé. Les accusations portées par Mediapart contre Jordan Bardella sont infiniment plus graves. Pour l’instant, elles ne sont en rien prouvées. Faisons confiance aux gens de gauche pour produire de savantes manipulations, du saucissonnage de l’information, préparée et diluée pour tenir jusqu’au mois de mai. C’est dans leur ADN, allais-je écrire. Un très bref passage au Snesup m’a montré à quel point les socialistes et les communistes sont fascinés par les « manips », en soupçonnent partout, en façonnent eux-mêmes avec délectation.

Le droit à la rédemption

Saül de Tarse était un tueur de chrétiens. Il a été renversé par une vision sur le chemin de Damas, est devenu Paul, le plus grand penseur d’une religion naissante. Cette idée chrétienne que tout être humain est digne de rédemption a été largement acceptée dans la culture occidentale, et même démesurément étendue par la justice française, puisqu’il lui arrive de libérer des criminels qui pourraient récidiver. Le Jordan Bardella de dix-sept ans a peut-être prononcé des phrases qui, maintenant, lui font horreur. Le piège dans le piège de Mediapart est qu’il lui sera difficile de réclamer de l’indulgence pour des bêtises de jeune homme après les avoir niées.

Je suis persuadé que cette machination ne fera pas baisser d’un demi-pour cent les intentions de vote pour Marine Le Pen. Et comme le destin des hommes est une histoire de bruit et de fureur, l’hypothèse sordide que cette affaire fera monter la cote du Rassemblement national dans certaines banlieues n’est pas à exclure. Beau travail, Edwy.

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Oh! Les filles

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


C’était un soir ; il faisait sombre et lourd. Nous nous promenions, la Sauvageonne et moi, dans le centre de la bonne ville d’Amiens. Soudain, notre attention fut attirée par un panneau qui annonçait l’opération Walk of Femmes, un parcours urbain mis en place par la Ville à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes (le 8 mars) et consacré aux femmes qui ont marqué son histoire. Féministe tout au fond de son petit cœur de fille et féminine jusqu’au bout des ongles (en ce moment recouverts d’un vernis garance sensuel et érotique), la Sauvageonne m’interpella : « Cela pourrait faire un bon sujet pour ton prône dominical, vieux Yak ! Ce serait bien de faire connaître l’initiative aux lectrices et aux lecteurs de Causeur. » J’acquiesçai vivement tout en bombant mon torse de mâle dominant et de boomer invétéré. Je sortis de ma poche mon téléphone portable avec la même vivacité que Ravaillac sortit son couteau devant Henri IV le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, à Paris.

Mon but ? En savoir plus sur ladite opération. J’appris qu’il devait s’agir d’une installation éphémère, présente « tout au long du mois de mars dans différents lieux emblématiques en centre-ville, ce projet vise à rendre visibles celles dont l’engagement, le talent et les actions ont façonné le territoire, mais dont la mémoire demeure trop souvent effacée. Résistantes, artistes, intellectuelles, soignantes ou militantes : à travers ces figures, Amiens affirme son engagement pour l’égalité entre les femmes et les hommes. » (Quelques jours plus tard, étonné qu’en septembre on retrouve encore les fameux panneaux, je tentai d’en savoir plus. En vain. Il en fallait bien plus pour stopper mon élan inouï de chroniqueur buté.)

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Ainsi, elles sont dix femmes mises à l’honneur : Victorine Authier (1840-1874), au musée de Picardie ; « née à Amiens, Victorine Autier fut une infirmière héroïque de la guerre franco-allemande de 1870. Durant ce conflit, elle servit comme infirmière de la Croix-Rouge et fit preuve d’un courage exemplaire », peut-on lire ; Marie-Louise Bouctot-Vagniez (1884-1944), au 36, rue des Otages ; « née à Amiens dans une famille liée à l’industrie textile, Marie-Louise Bouctot-Vagniez se distingue par son engagement humaniste et social. Engagée volontaire comme infirmière dès la Première Guerre mondiale, elle soigne les blessés de 1914-1918 et s’investit toute sa vie dans des œuvres de bienfaisance » ; Marie Denizard (1872-1959), place René-Goblet ; « née le 3 avril 1872 dans l’Aisne (N.D.A. : à Pontru), Marie Denizard s’installe à Amiens dans les années 1900. Elle étudie au lycée de jeunes filles d’Amiens, l’actuel lycée Madeleine-Michelis. Elle s’engage très tôt dans la lutte pour les droits civiques des femmes, contre les ravages de l’alcoolisme dans la classe ouvrière et contre les abandons d’enfants. Elle collabore aux publications féministes comme La Fronde et participe au débat public sur le droit de vote des femmes » ; Germaine Dulac (1882-1942), parvis de la Maison de la culture ; « née à Amiens, en 1882, Germaine Dulac passe une partie de sa jeunesse dans la ville avant de devenir une figure majeure du cinéma d’avant-garde et du féminisme des années 1920 » ; Madeleine Michelis (1913-1944), 43, rue des Otages ; « en 1942, elle est nommée professeure de lettres à Amiens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Madeleine Michelis s’engage très tôt dans la Résistance et participe activement au réseau Shelburn, qui aide des aviateurs alliés à rejoindre l’Angleterre. En 1944, elle est arrêtée par la Gestapo à son domicile à Amiens et transférée à Paris pour y être interrogée. Malgré les sévices subis, elle refuse de parler et meurt dans des circonstances suspectes. »

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La place nous manque ici pour évoquer par le menu ces héroïnes, femmes exemplaires ; elles avaient pour noms Manon Roland (1754-1793), figure majeure de la Révolution française, Véronique Silver (1931-2010), comédienne, Dolorès Vanetti (1912-2008), actrice, poétesse et journaliste, Madeleine Varin (1611-1647), moniale au couvent des Ursulines d’Amiens (elle développa une tradition de broderie liturgique d’exception), Honorine de Viane (1829-1910), épouse de Jules Verne.


Note à l’attention de mes grands amis du forum des lecteurs, en bas, tout en bas de cette chronique : en terminant le parcours, je me suis demandé si, dans cinquante ans, un panneau rendra hommage à La Sauvageonne, comédienne et peintre, compagne de l’illustre Philippe Lacoche, ancien diacre, chroniqueur à Causeur et pêcheur à la ligne. Na !

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October 03, 2026

Le Pape aux gendarmes du Vatican: «Que votre plus bel insigne soit un cœur qui sait protéger»

Quelques jours après la fête de Saint-Michel archange, leur saint patron, Léon XIV a célébré samedi en fin d'après-midi la messe en compagnie du corps de la gendarmerie vaticane. Dans son homélie, le Pape a rendu hommage à ces hommes qui assurent sa protection et celle du petit État, et rappelé le sens de leur service. «Celui qui veille sur les autres doit d’abord garder en lui-même la vérité, la justice, la bonté et le respect» a-t-il affirmé.

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Le cardinal Pizzaballa déplore les morts lors de l'attaque israélienne à Gaza

Le patriarche latin de Jérusalem dénonce la mort notamment de deux femmes de la paroisse latine, tuées lors d'un récent raid israélien. Sous les décombres d'un immeuble, cinq civils ont perdu la vie et de nombreux autres ont été blessés, tandis que le sort d'Ali al-Amoudi reste un mystère. L’opération visait à éliminer cet homme, figure présumée de référence du Hamas aujourd'hui dans la bande de Gaza, selon la chaîne israélienne ‘‘Channel 12’’.

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Le président du Monténégro reçu par Léon XIV

Jakov Milatović a été reçu ce samedi en audience par le Souverain pontife avant de se rendre à la Secrétairie d'État. L'intégration du Monténégro dans l'Union européenne et la paix en Ukraine ont été parmi les thématiques discutées.

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L'Église catholique éthiopienne lance un appel à la paix et à la réconciliation

Suite à l’appel lancé le 30 septembre par le Pape Léon XIV en faveur de la région du Tigré, en proie à des troubles, les évêques d’Éthiopie exhortent à la paix et à la prière, soulignant que le conflit armé ne fait qu’aggraver les problèmes existants et dénoncent la douloureuse réalité selon laquelle il touche les plus vulnérables.

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L’émeute comme entraînement à la guerre civile?

Observateur blasé des lycées en flammes et en émoi, en Cassandre qui avait tout prévu — dit-il — et qui voit se réaliser l’ensemble de ses cauchemars, notre chroniqueur analyse à sa manière les émeutes, incendies et lynchages perpétrés par les petits anges affublés d’une casquette d’élève, sans l’être forcément. « Une stratégie pensée dans le détail », affirme-t-il. Allons donc !


Rodolphe Cart, dans le numéro de septembre de Causeur — avant même les présentes émeutes —, a parfaitement résumé l’action disruptive de LFI, à la manœuvre derrière les événements de cette semaine : « Mélenchon désigne à chacune des chapelles de LFI un ennemi à abattre : aux palestinistes, Israël ; aux antifascistes, le RN ; aux écologistes, le capitalisme ; à la « Nouvelle France », la vieille France. Le parti tient par la tension qu’il entretient. » Et aux lycéens, les proviseurs, les profs non encore radicalisés (il en reste), et les policiers, selon le slogan qui dégouline de tous les murs : « ACAB » – All Cops Are Bastards. On n’est pas plus aimable.

Le gouvernement pétrifié par la crainte de la bavure policière

Les p’tits jeunes et les jeunes racailles, émeutiers bien plus que manifestants, sont aujourd’hui la chair à canon de LFI. Si l’on garde la tête baissée sur le présent sans voir ce que nous réserve l’avenir, on regarde des lycéens brûler leurs lycées, qui en répudiant les portables leur ont fait l’insulte de vouloir les priver de leur cerveau électronique portatif, des instructions en temps réel sur les manœuvres en cours, et les jolies vidéos où des Nahel en puissance tentent de mettre à mort une surveillante en hurlant « Wesh ! Wesh ! » — ce à quoi se résume tout leur vocabulaire. Ils savent bien, ces gentils manifestants, que la police n’interviendra pas, ou à la marge, tant le gouvernement est pétrifié d’avance par les bavures à venir.

Du coup, ils incendient les jolis petits lycées construits pour eux, à Nantes (Nelson-Mandela, avec ses structures écolos en bois, a magnifiquement brûlé) ou ailleurs, et détruisent tout sur leur passage. L’argent qu’il faudra pour reconstruire après le passage de ces doriphores d’un nouveau genre devra être décompté des milliards dépensés, en pure perte, pour leur enseignement. À rembourser sur les milliards généreusement donnés à leurs parents pour leur éducation : l’argent, ces temps-ci, se fait rare, et le gouvernement ne peut éternellement le puiser dans les poches des contribuables et des retraités. Des propositions montent déjà pour supprimer primes, allocations et logements de faveur aux parents des émeutiers. Ce serait la moindre des choses. Celui qui casse doit payer. Comme dit mon épicier chinois : « Tu touches, tu payes. »

Les réclamations des lycéens sont si nombreuses qu’elles ne forment qu’un écran de fumée. « Moins d’heures de cours ! » — mais un élève aujourd’hui travaille 400 heures / année de moins qu’il y a un siècle. « Plus de profs ! » — mais c’est une demande saugrenue, à l’heure où l’on ne trouve pas de suicidaires assez nombreux pour exercer avec talent un métier aussi dangereux. Ce ne sont pas des élèves que l’on a en face, ce sont souvent des animaux — dressés par les organisateurs du désordre.

LFI à la manœuvre

Quand on joue aux échecs, il est assez ordinaire de penser avec trois ou quatre coups d’avance. De grands champions pensent huit ou dix coups en avant. Si l’on se projette un peu — en l’occurrence à l’après-élections présidentielles, l’objectif fantasmé de Mélenchon —, on saisit très vite la stratégie de LFI.

Si Marine Le Pen, favorite des sondages, passe (et dans l’hypothèse où le Conseil constitutionnel, à la botte de Macron et de ses tireurs de ficelles, sous le prétexte d’une influence russe envahissante, invaliderait cette élection, comme ça s’est passé en Roumanie), le troisième tour ne se jouera pas aux législatives, mais dans la rue. Et cette fois, il faudra bien répondre aux tirs à armes lourdes. Après les fusées de feux d’artifice, les mortiers tout court.

L’électorat de droite est un peu lent. Il est vieux, il hésite à faire le coup de feu — même s’il n’y a jamais eu autant de demandes d’inscriptions dans les clubs de tir, jamais autant de demandes de permis de chasse. Les garnements qui aujourd’hui incendient les lycées protestent, entre autres, contre le « permis de tuer » distribué aux forces de l’ordre — qui ne l’utilisent pas. Que feront-ils face à des citoyens déterminés à leur disputer leurs biens obtenus avec 45 ans de travail — parfois davantage ? Et en se levant à cinq heures du matin, toute une vie — quand nos émeutiers de carnaval refusent que les cours commencent à huit heures…

Ils seront la chair à fusil poussée en avant par des calculateurs lambertistes, qui savent que Lénine a pris le pouvoir avec une poignée de bolcheviks. Des morts, il y en aura, parce que c’est toujours en marchant sur des cadavres que les partis révolutionnaires sont parvenus au pouvoir. Le Hamas, qu’ils vénèrent si fort, a fait le même calcul : provoquer Israël, dont la riposte anéantira en priorité les boucliers humains des Gazaouis derrière lesquels ces courageux combattants se retranchent — puis hurler au génocide. Il se trouvera bien un Caron, et quelques autres, pour reprendre un slogan aussi mensonger.

Les temps à venir sont lourds d’hypothèses sanglantes. Début mars je sors un essai intitulé Guerre civile, écrit à la fin du printemps dernier. Je n’en rectifierai pas une ligne, sinon pour souligner qu’une fois encore, j’ai vu juste, et que le vent poussant les cendres des incendies me donne raison.

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Le Pape salue «la fidélité à l'Église» du Collège teutonique

«Un lieu de formation sûr, où les clercs qui y vivent puissent approfondir leur cheminement intellectuel et spirituel», c’est ainsi que Léon XIV a décrit le Collège pontifical, lors d'une audience ce 3 octobre avec les membres présents dans la salle du Consistoire. Le Souverain pontife a relevé dans son discours une caractéristique particulière de cet établissement qui fête ses 150 ans: «la proximité unique avec la tombe de saint Pierre l’apôtre».

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Rêveuse bourgeoisie

Drieu a beaucoup baisé, aimé une seule fois, et s’est déshonoré pour toujours. Dans La Rédemption, Jean-Noël Orengo raconte comment ce fasciste et collaborateur a sauvé de Drancy son ancienne épouse, juive.


J’ai toujours vu en Drieu la Rochelle une sorte de Scott Fitzgerald français. L’un sombra dans l’alcool, l’autre dans le fascisme : la postérité semble plus clémente aux ivrognes qu’aux possédés de la politique. Tous deux furent de cette génération perdue qui se raccrocha tantôt aux femmes, tantôt au champagne, tantôt aux idéologies qui poussèrent sur les charognes de la Grande Guerre. Dans le cas de Drieu, ce fut tout ça. Et plus encore.

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Cet « homme couvert de femmes » n’a connu qu’un seul grand amour dans sa vie. C’est en tout cas ce que pense Jean-Noël Orengo, auteur de ce roman incarné et excitant, nerveux autant que lyrique, passionnant parce que passionné. Au départ de celui-ci, il y a cet amour de jeunesse entre Colette Jéramec, juive parisienne de la grande bourgeoisie, et Pierre Drieu la Rochelle, jeune homme d’une famille désargentée et désunie, mais promis à une brillante carrière quelque part entre la politique et la littérature. L’avenir est bien plus tortueux : écrivain reconnu mais jamais célébré, il s’abîme à la fin des années 1930 dans l’antisémitisme avant de sombrer dans la collaboration active avec l’Allemagne nazie. Il se suicide finalement un jour de mars 1945, plus proche de Staline que d’Hitler. Voilà pour les grandes lignes maintes fois répétées, et qui ne permettent jamais d’atteindre l’homme de chair, de sang et d’encre qu’était Drieu. La Rédemption y parvient grâce au don d’écriture de Jean-Noël Orengo qui épouse l’âme et les vies de Pierre et de Colette, dans leur violence et leur beauté.

Un amour au cœur des ténèbres

Les biographes n’accordent souvent que quelques lignes à un événement capital dans l’existence de cet étrange tandem : plus de vingt ans après leur divorce, Drieu se démènera, fera tout son possible et obtiendra la libération de Colette et de ses deux enfants, incarcérés au camp de Drancy en 1943. Lui, le fasciste, le collaborateur, l’admirateur du IIIe Reich, sauvera la résistante, la Juive, et peut-être aussi le souvenir éternel d’un amour aussi étrange que superbe. Autour de ce nœud de paradoxes, c’est toute la vie d’une époque – le métier de médecin de Colette, les surréalistes, l’amitié pour Aragon et Malraux, les obsessions politiques destructrices – qui prend corps sous la plume de cet écrivain charnel.

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Orengo fait de Drieu, ce consommateur de putains, une putain lui-même, un prostitué fasciné par le luxe de l’appartement des Jéramec, boulevard Haussmann. Pierre est le meilleur ami du frère de Colette. L’allure de ce grand blond aux yeux bleus, quelque peu rimbaldien, amateur exalté de Nietzsche et de Barrès, ses qualités intellectuelles et son charme, agissent d’abord vivement sur André Jéramec avant qu’il lui présente sa sœur qui « apprécie d’être la mascotte de cette bande de garçons qui prétendent connaître les femmes et la vie, mais sont tout aussi démunis qu’elle, peut-être plus, devant les choses du corps. » Ce livre est aussi une histoire de corps qui vivent, marchent, touchent, souffrent et couchent. C’est ce qui rend ce récit historique si prégnant, si frontal. Orengo continue d’interroger avec une sensualité nerveuse l’idée du mal et de la rédemption chez un être qui s’est vautré dans ses rages en les écrivant, et s’est anobli par ses actes.

La Rédemption, Jean-Noël Orengo, Grasset, 2026, 416 pages.

La Rédemption

Prix: 24,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 13,95 €

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«Amoris laetitia», pour une annonce de l’Évangile avec les familles

Mercredi 7 octobre, Léon XIV ouvrira la rencontre à laquelle participeront les chefs des Églises orientales et les présidents des Conférences épiscopales, à l’occasion des dix ans de l’exhortation apostolique du Pape François. Cette initiative, qui se poursuivra jusqu’au 14 octobre, a été présentée ce 2 octobre dans la salle de presse du Saint-Siège. L’objectif est de faire le point sur les familles d’aujourd’hui, en écoutant les témoignages d’évêques et de couples venus des cinq continents.

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