Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

March 17, 2026

L’ignorance saturée: anatomie d’une génération désarmée
Préambule – Paris, dimanche 15 mars : le signal politique des municipales
Les résultats du premier tour des élections municipales du 15 mars ont confirmé un phénomène désormais bien installé dans la capitale : la solidité électorale de la gauche parisienne. Au niveau de Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire arrivé premier devance de plus de 12 points la candidate de la droite Rachida Dati. Dans plusieurs arrondissements, les listes soutenues par l’alliance de gauche — socialistes, écologistes et composantes proches de la France insoumise — ont enregistré des scores élevés, confirmant la sociologie politique particulière de Paris : une métropole diplômée, fortement insérée dans l’économie mondiale, culturellement progressiste et largement acquise aux valeurs du progressisme urbain.
Dans plusieurs secteurs centraux et de l’est parisien, ces listes dépassent nettement leurs adversaires, consolidant une domination politique qui dure désormais depuis plus de deux décennies. Ce résultat n’est pas seulement électoral ; il révèle aussi un climat intellectuel et culturel propre aux grandes métropoles occidentales : une adhésion massive à un certain imaginaire moral et politique, porté par les milieux universitaires, médiatiques et culturels.
Ce phénomène parisien — que l’on retrouve sous des formes proches dans d’autres grandes villes européennes — pose une question plus profonde : quel est le rapport des nouvelles générations urbaines à l’histoire, à la politique et à la réalité du monde ? C’est à cette interrogation qu’il faut désormais répondre • CR.

Ils ont tout, absolument tout, les enfants de l’ère connectée. Les écrans, les réseaux, les flux continus d’informations — cette bouillie mondiale qu’on confond avec le savoir. Jamais une génération n’a eu à sa disposition une telle masse de connaissances, d’archives, de bibliothèques numérisées, de témoignages filmés, de documents accessibles en quelques secondes. Et pourtant, jamais peut-être une génération n’a été aussi peu instruite du sens historique de son existence.

Fin de l’Histoire

Ce paradoxe constitue l’une des énigmes les plus frappantes de notre époque. L’humanité a réussi l’exploit technique de rendre le monde entier disponible à chaque individu — et, simultanément, de rendre ce monde presque illisible. L’accès universel à l’information n’a pas produit l’intelligence collective qu’on nous promettait ; il a souvent engendré une confusion permanente où tout se vaut, où tout s’additionne sans jamais se hiérarchiser.

La connaissance suppose un ordre. Elle suppose une profondeur. Elle suppose aussi une continuité entre les générations. Or c’est précisément cette continuité qui s’est brisée.

Les jeunes générations ne sont pas simplement moins attachées à l’histoire : elles vivent dans un univers mental où l’histoire elle-même devient inutile. L’horizon de la pensée n’est plus la durée, mais l’instant. L’événement n’est plus ce qui s’inscrit dans une chaîne de causes et de conséquences ; il devient un fragment d’actualité qui surgit, s’impose quelques heures, puis disparaît dans le flux.

Dans ce monde de l’instantané, les ancêtres n’ont plus de place. Non parce qu’ils seraient contestés ou critiqués — ce qui serait encore une forme de dialogue — mais parce qu’ils ont cessé d’exister comme référence. Les morts ne parlent plus aux vivants. La transmission s’est interrompue.

Il ne s’agit pas seulement d’une crise de l’école ou de la culture classique. Il s’agit d’une transformation beaucoup plus profonde du rapport au temps. Les sociétés modernes avaient déjà affaibli le poids de la tradition au nom de l’autonomie individuelle. Mais ce que nous voyons aujourd’hui va plus loin : ce n’est plus seulement l’autorité du passé qui disparaît, c’est la conscience même d’appartenir à une histoire.

Bêtise festive

On comprend alors pourquoi cette génération peut vivre au milieu d’un monde en crise sans percevoir la gravité de ce qu’elle traverse. Car pour reconnaître la décadence, encore faut-il avoir connu la grandeur. Pour sentir la fragilité d’une civilisation, encore faut-il savoir ce qu’elle fut. Or cette mémoire a été effacée.

De cette rupture avec l’histoire naît un phénomène singulier que l’on pourrait appeler la bêtise festive. Non pas la bêtise au sens trivial du terme — celle qui relève de l’ignorance brute ou du manque d’éducation — mais une forme beaucoup plus sophistiquée : une bêtise cultivée, diplômée, socialement valorisée. Elle est parfaitement adaptée au monde contemporain. Elle parle le langage de la morale universelle. Elle maîtrise les codes médiatiques. Elle possède les bons diplômes, les bonnes indignations, les bonnes références culturelles. C’est une bêtise branchée. Elle se reconnaît à son ton péremptoire. Elle fonctionne comme un tweet : rapide, définitive, sans nuance. Elle ne cherche pas à comprendre ; elle cherche à classer. Qui est le coupable ? Qui est la victime ? Qui est du bon côté de l’histoire ?

La complexité du réel n’a guère de place dans ce dispositif moral. Elle gêne. Elle retarde la condamnation.

Ainsi se constitue une nouvelle orthodoxie. Elle ne ressemble plus aux dogmes religieux d’autrefois ; elle ne s’appuie ni sur la théologie ni sur la tradition. Mais elle possède pourtant les traits essentiels d’une religion. Elle a ses prêtres — souvent médiatiques ou universitaires. Elle a ses rites — manifestations, hashtags, prises de position obligées. Elle a ses excommunications — accusations de racisme, de réaction, d’extrémisme. Et surtout, elle possède une certitude absolue : celle d’avoir enfin découvert la morale véritable. Mais c’est précisément cette certitude qui constitue le problème.

Car l’histoire nous enseigne que les sociétés deviennent dangereuses non lorsqu’elles doutent, mais lorsqu’elles sont convaincues de leur supériorité morale. Les idéologies du XXᵉ siècle — fascisme, nazisme, communisme — se présentaient toutes comme des entreprises de salut. Elles prétendaient libérer l’humanité, purifier la société, construire un monde meilleur.

Ce qui les rendait redoutables, ce n’était pas seulement leur violence ; c’était leur innocence. Les hommes qui y adhéraient se croyaient du côté du bien.

La comparaison n’implique évidemment pas que nous vivions aujourd’hui dans un système totalitaire. Mais elle rappelle une vérité essentielle : le totalitarisme ne surgit jamais dans une société cynique. Il surgit dans une société persuadée de sa vertu. Or c’est précisément ce que l’on observe dans une partie des nouvelles générations. Leur pacifisme, par exemple, possède souvent une dimension profondément paradoxale. Il ne procède pas d’une analyse lucide des rapports de force internationaux ; il relève plutôt d’un imaginaire moral où la violence est toujours le produit d’un oppresseur identifiable et où la paix serait le résultat naturel de la bonne volonté.

Ce pacifisme est en réalité décoratif. Il appartient à la culture du festival, de la manifestation symbolique, de la proclamation vertueuse. Il célèbre la paix mais refuse de penser la guerre. Il invoque la justice mais ignore la tragédie.

Or la politique, précisément, commence là où la tragédie apparaît. Elle commence lorsque l’on découvre que certaines situations ne comportent pas de solution parfaite, que certaines décisions impliquent des choix douloureux, que la force — aussi déplaisante soit-elle — fait partie de l’histoire humaine. Refuser de voir cette dimension tragique ne supprime pas la violence : cela rend simplement les sociétés incapables d’y faire face. Un autre trait caractéristique de cette génération tient à sa relation paradoxale à l’information. Jamais l’humanité n’a produit autant de données. Les statistiques, les images, les analyses circulent en permanence. Les réseaux sociaux transforment chaque événement en spectacle planétaire. Mais cette abondance ne crée pas de compréhension.

Le triomphe de la bien-pensance dominante

Elle produit souvent l’effet inverse : une saturation cognitive. Lorsque tout devient information, plus rien ne devient signification. Les faits se succèdent sans s’organiser. Les crises se superposent sans être hiérarchisées.

L’esprit humain, pour comprendre, a besoin de structures : des récits, des catégories, des cadres d’interprétation. Lorsque ces structures disparaissent, l’individu se retrouve plongé dans un chaos d’événements. Il cherche alors désespérément un point fixe. Et ce point fixe, aujourd’hui, prend souvent la forme de la bien-pensance dominante.

Cette bien-pensance fonctionne comme une boussole morale simplifiée. Elle permet de se repérer rapidement dans un monde trop complexe. Elle fournit des réponses immédiates. Elle dispense de l’effort de penser. Mais ce confort intellectuel a un prix : il affaiblit la capacité critique. Or une démocratie vivante repose précisément sur cette capacité. Elle suppose des citoyens capables de douter, de discuter, de reconnaître les contradictions du réel.

Lorsque cette faculté disparaît, la démocratie se transforme peu à peu en théâtre moral où chacun récite les formules attendues. C’est peut-être là que réside la véritable bêtise de notre temps. Elle n’est ni grossière ni primitive. Elle est policée, civilisée, convaincue d’elle-même. Elle parle le langage des droits humains et de la tolérance. Elle croit sincèrement protéger le monde. Mais, faute de lucidité historique et de sens tragique, elle risque de produire l’effet inverse. Car les civilisations ne disparaissent pas seulement sous les coups de leurs ennemis. Elles disparaissent aussi lorsque leurs propres enfants cessent de comprendre ce qui les a fait naître, ce qui les a rendues possibles, ce qui les oblige à se défendre. Alors elles deviennent vulnérables.

Elles continuent de célébrer leurs valeurs — la liberté, la justice, la dignité humaine — mais elles oublient que ces valeurs ne sont pas des évidences naturelles. Elles sont le produit fragile d’une histoire, d’institutions, de luttes et parfois de guerres.

Lorsqu’une société oublie cela, elle croit habiter un monde définitivement pacifié. Elle rit, elle célèbre, elle proclame sa supériorité morale. Et pendant ce temps, dans l’ombre, d’autres forces apprennent à la regarder comme une proie. Ainsi la bêtise contemporaine n’est pas seulement une faiblesse intellectuelle. Elle est une naïveté historique. Elle croit sauver le monde. Elle risque, sans le vouloir, de le livrer aux loups du futur.

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March 16, 2026

Le S.O.S. du S.A.S.

Le gouvernement Starmer a fait voter une loi abrogeant l’immunité judiciaire des soldats britanniques ayant combattu en Irlande du Nord, en Irak et en Afghanistan. Parmi eux, des membres du Special Air Service, une unité d’élite créée en 1941. Ces commandos s’estiment trahis par des responsables politiques censés les couvrir.


C’est au cours de l’été 1941 qu’un aristocrate écossais, David Stirling, crée le Special Air Service (SAS). À l’origine, cette petite unité de l’armée britannique est destinée à mener des actions commandos en Afrique du Nord derrière la ligne de front italo-allemande. Le raid inaugural, en novembre 1941, est un désastre. Sur 55 hommes parachutés en Libye, seuls 21 reviennent à la base. Le SAS manque alors d’être dissous.

Peu de gens le savent, s’il est finalement décidé de maintenir cette unité, qui devient rapidement le régiment de forces spéciales le plus célèbre au monde, et est toujours considéré comme tel quatre-vingt-cinq ans plus tard, c’est en grande partie grâce à un groupe de militaires… français !

Entente cordiale

Après la catastrophe du premier raid, David Stirling a désespérément besoin de nouveaux volontaires. Il entend parler de 52 soldats des forces gaullistes désœuvrés à Damas. Des parachutistes bien entraînés et désireux de combattre l’ennemi occupant leur pays. Le 31 décembre 1941, les 52 Français reçoivent l’ordre de monter dans quatre camions pour un long voyage vers l’Égypte. Leur destination finale est Kabrit, à 130 km à l’est du Caire, où les SAS les attendent. Leurs hôtes britanniques expliquent aux Français qu’ils vont mener ensemble un nouveau type de guerre : la « guérilla », rendue possible par les progrès des transports, des communications et de l’armement.

L’une des innovations majeures est la jeep américaine Willys Bantam, moyen idéal pour se déplacer de façon furtive et rapide en territoire ennemi. Elle est notamment utilisée lors du fait d’armes qui va redorer le blason du SAS : le raid du 26 juillet 1942 contre l’aérodrome de Sidi Haneish, en Libye. Parmi les 18 jeeps employées dans l’opération, trois sont occupées par des équipages français, placés respectivement sous les ordres des officiers Augustin Jordan, François Martin et André Zirnheld.

Sidi Haneish se trouve en plein milieu du désert. Il faut quatre heures aux commandos pour parcourir, en deux colonnes, les 110 km qui séparent les hommes de Stirling de cette petite base aérienne où stationnent des appareils allemands. Bénéficiant d’un effet de surprise total, le commando parvient à détruire plus de trente Messerschmitt, Junkers, Stukas et Heinkel, avant que son chef donne l’ordre du retrait. Un seul camarade est tué pendant cette phase. C’est alors que commence la partie la plus dangereuse : le retour en lieu sûr.

Les jeeps se séparent en plusieurs groupes pour réduire les risques d’être repérées par les avions allemands assoiffés de vengeance. Cependant, une patrouille de Stukas parvient à retrouver le trio des véhicules français et fait aussitôt feu sur lui. Un homme est abattu : l’Alsacien André Zirnheld, 29 ans, professeur de philosophie dans le civil. Après son enterrement, on retrouvera dans ses effets personnels un poème magnifique qu’il avait écrit, intitulé La Prière.

Aujourd’hui connu sous le nom de Prière du para, le texte est devenu un chant traditionnel de l’armée française. Voici ses plus célèbres vers :

« Je veux l’insécurité et l’inquiétude,
Je veux la tourmente et la bagarre,
Et que vous me les donniez, mon Dieu,
Définitivement. »

Grâce à des succès comme le raid de Sidi Haneish, le SAS devient vite un outil privilégié des Alliés, au point de carrément former à la fin de la guerre une brigade, composée de deux régiments britanniques, deux régiments français et une compagnie belge. En octobre 1945, le général Michael Calvert, commandant du SAS, préside une cérémonie à Tarbes au cours de laquelle il remercie le détachement français et assiste à sa réincorporation officielle dans les rangs de l’armée française, notamment au sein du 1er bataillon de choc, créé pour l’occasion.

Lettre ouverte

Aujourd’hui, le principal cantonnement du SAS britannique se trouve près de la petite ville de Credenhill, à environ 220 km à l’ouest de Londres. Non moins prestigieux, l’équivalent naval du SAS, le Special Boat Service (SBS), est basé quant à lui sur le port de Poole, au bord de la Manche. Habituées aux opérations secrètes et réputées pour leur discrétion, ces troupes ne font presque jamais la une des journaux. Depuis quelques semaines, pourtant, elles sont au cœur d’une polémique d’ampleur nationale au Royaume-Uni.

En décembre, dans une lettre ouverte publiée par le quotidien Daily Telegraph, sept anciens officiers supérieurs du SAS ont accusé le pouvoir travailliste d’orchestrer une chasse aux sorcières judiciaire contre leur corps. Ils dénoncent le projet du gouvernement Starmer d’abroger une loi de 2023 accordant une immunité judiciaire aux soldats – qui se trouvent en majorité être des SAS – ayant combattu pendant les « Troubles », le conflit qui a ensanglanté l’Irlande du Nord entre 1969 et 1998. La loi d’abrogation a été adoptée aux Communes en janvier 2026.

Tout cela n’a rien de surprenant étant donné que le Premier ministre, Keir Starmer, est un ancien avocat spécialisé dans les droits de l’homme, qui a notamment contribué en 2007 à la reprise d’une procédure judiciaire contre un soldat britannique pourtant innocenté quatre ans plus tôt dans la mort d’un civil lors de la guerre en Irak.

Parmi les dossiers qui risquent à présent d’être rouverts par les tribunaux en vertu de la nouvelle loi d’abrogation figure l’opération menée par le SAS en 1987 contre une cellule terroriste de l’IRA qui s’apprêtait à faire exploser une bombe de 90 kilos devant un commissariat de police à Loughgall, en Irlande du Nord. Huit membres de l’organisation indépendantiste avaient été tués dans cette embuscade, qui a fait l’objet d’une enquête de la police ayant conclu que le SAS avait agi conformément au droit.

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Le 11 novembre, dans une lettre ouverte publiée par le Times, huit anciens généraux quatre étoiles ont qualifié la remise en cause de l’amnistie sur l’Irlande du Nord de menace pour la sécurité nationale. Selon eux, la confiance des troupes dans le système judiciaire ne peut qu’en être minée : « Aujourd’hui, chaque soldat britannique déployé doit non seulement se méfier de l’ennemi qui se trouve devant lui, mais aussi de l’avocat qui se trouve derrière lui. Ne vous y trompez pas, nos plus proches alliés observent la situation avec inquiétude et nos ennemis se frottent les mains. »

Adrian Weale, historien militaire, a servi en Irlande du Nord dans les années 1980 : « Il s’est passé des choses dans lesquelles j’ai été indirectement impliqué et qui ont refait surface à la suite de la remise en cause du passé, explique-t-il. Cela n’en finit pas, et des gens reviennent sans cesse pour remuer ce passé. Or ces événements se sont produits il y a quarante ans. » Weale attribue cette « guerre judiciaire » à deux causes : « D’abord, depuis l’ère Tony Blair, nous avons un gouvernement d’avocats. Ensuite, ils ne voient pas vraiment où est le problème. » Au lieu de se ranger du côté des soldats britanniques, explique Weale, le gouvernement semble soutenir les partisans de l’IRA : « Or, ceux-ci ne veulent pas la justice mais la vengeance ». L’année dernière, Richard Williams, qui commandait le SAS pendant les conflits en Irak et en Afghanistan, a averti que le SAS et le SBS connaissaient un taux de départ en forte hausse, car la confiance des soldats dans leurs autorités politiques est selon lui en train de s’évaporer. Un ancien membre du SBS, qui a souhaité rester anonyme, confie : « Les gars posent des questions évidentes concernant leur protection juridique. La réponse qu’on leur donne semble incertaine et l’atmosphère est un peu tendue… Comme ils le disent, “cela ne vaut plus le risque”. »

Keir Starmer lors d’une réception pour des vétérans à Windsor, 11 novembre 2025, dans un contexte de tensions entre le gouvernement travailliste et d’anciens officiers du SAS (C) Andrew Matthews/WPA Pool/Shutterstock/SIPA.

Ce vétéran du SBS a servi en Irak et en Afghanistan et est bien conscient du « chaos moral » causé par ce type de guerres, en particulier dans le cadre des opérations « CoIn » (contre-insurrection), menées contre un ennemi qui n’hésite pas à utiliser des civils comme boucliers humains. « Tout ne se passe pas toujours comme il faut », admet-il. Alors que la plupart des officiers supérieurs ont une « approche systématique dans la sélection des cibles et dans l’approbation des actions, basées sur les opérations CoIn précédentes », un ou deux commandants des forces spéciales ont pu par le passé se montrer moins regardants.

Témoin de ce « chaos moral » à l’œuvre dans certaines opérations des forces spéciales en Irak, un incident datant de mars 2008. Les forces spéciales britanniques et américaines tentaient d’appréhender une équipe d’insurgés fabriquant des bombes au nord de Bagdad. Elles ont encerclé la maison, située dans une banlieue aisée, et ont demandé par haut-parleur aux insurgés de se rendre, ou au moins de libérer tous les civils. Comme ces appels restaient sans réponse, les SAS sont passés à l’action, mais se sont retrouvés pris dans un feu croisé bien organisé. Un soldat a été tué et quatre autres blessés. Les Américains ont alors demandé une frappe aérienne qui a tué les insurgés, mais aussi hélas plusieurs civils.

Lois de la guerre

Dans l’armée française, des affaires comparables se sont produites pendant la guerre d’Algérie. Et quatre jours après les accords d’Évian du 18 mars 1962, une amnistie générale était proclamée, graciant les combattants algériens ainsi que les militaires et policiers français. Cette amnistie a pour effet d’interdire aujourd’hui encore l’accès à de nombreuses archives de l’armée relatives à la guerre d’Algérie, déplore l’historien Fabrice Riceputi, qui plaide pour une ouverture totale. « De nombreux dossiers restent classés confidentiels pour protéger la vie privée des personnes impliquées encore en vie ou de leurs descendants, regrette-t-il. Le gouvernement français a également décidé qu’une partie des sources ne pouvait pas être ouverte au public sous prétexte qu’elles avaient toujours une valeur opérationnelle. »

Au Royaume-Uni, Adrian Weale s’oppose à une amnistie générale telle que celle accordée par la France après la guerre d’Algérie : « Lorsqu’il existe des preuves d’actes répréhensibles, d’atrocités, peu importe le nom que vous leur donnez, alors les auteurs doivent être poursuivis et jugés, affirme-t-il, mais il faut qu’il y ait un délai de prescription. » Un officier en service dans les forces spéciales françaises partage cet avis : « Il est du devoir de l’armée d’enquêter sur les allégations crédibles de violations du droit afin de condamner les actes individuels qui dépassent les “lois de la guerre”, tels que l’exécution de civils ou de prisonniers, ou le recours à la torture. Bref, garantir la transparence, la justice et la responsabilité. » Selon lui, l’attitude du gouvernement français « a considérablement changé depuis la guerre d’Algérie » : il n’y a plus de culture du déni et de minimisation des faits. Néanmoins, on comprend mieux à Paris qu’à Londres ce qu’il appelle « le désordre moral de la guerre » pour désigner les situations où des soldats des forces spéciales « doivent prendre des décisions en quelques secondes, sous menace de mort, avec des informations incomplètes, dans un environnement chaotique ». Les soldats sont des êtres humains et des erreurs peuvent parfois être commises.

En France, les opérations commando sont autorisées au plus haut niveau et, par conséquent, les forces spéciales sont entièrement protégées sur le plan juridique et opérationnel (sauf bien sûr en cas de comportement répréhensible envers la hiérarchie). Selon l’officier des forces spéciales françaises que nous avons interrogé, il existe un contrat moral singulier entre chaque pays et ses soldats, qui est « au cœur de la loyauté et de la discipline militaires ».

En Grande-Bretagne, le pouvoir travailliste a rompu ce contrat. Dans leur lettre ouverte publiée en décembre dans le Daily Telegraph, les ex-officiers SAS mettent en garde le gouvernement Starmer : « Défendez nos défenseurs de manière équitable et ferme, en gardant les yeux ouverts sur le chaos moral de la guerre, ou continuez à faire le travail de l’ennemi, une fuite, une enquête, un soldat brisé à la fois. Une démocratie qui ne soutient pas ses guerriers ne dure pas longtemps. »

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Un si petit pays

Neuf millions d’habitants. Une bande de terre large comme deux départements français. Pas une goutte de pétrole. Aucune profondeur stratégique…


À sa naissance, ses voisins lui promettaient une disparition rapide. La question n’était pas « si », mais « quand ». L’État juif rêvé par Theodore Herzl devait être un accident de l’histoire, un épisode bref dans le grand récit arabe et musulman du Moyen-Orient. Une anomalie appelée à se résorber.

Et pourtant, depuis le 7 octobre 2023, ce que l’un de nos distingués ambassadeurs[1] de France appelait avec une élégance toute diplomatique un « little shitty country » se bat sur plusieurs fronts à la fois : Gaza, Liban, Syrie, Yémen, et désormais au cœur même de l’Iran.

L’Iran. Un pays immense vaste comme quatre fois la France, peuplé de 92 millions d’habitants. Riche en pétrole, en gaz, en ressources de toute nature. Armé jusqu’aux dents de missiles et de drones. Une théocratie militante qui a fait de la destruction de « l’entité sioniste » non seulement un objectif stratégique, mais une mission quasi métaphysique.

Or voici que ce petit pays frappe aujourd’hui à des milliers de kilomètres de ses frontières, et vise avec une précision chirurgicale les centres nerveux d’un régime islamiste totalitaire qui s’approchait dangereusement de l’arme atomique.

La sagesse est d’être fou lorsque les circonstances en valent la peine

Pendant ce temps, sur nos plateaux télé, les experts soupirent. Le diplomate voit la région sombrer dans le chaos. Le général explique qu’on ne renverse pas un régime à coups de bombardements. L’avocat international évoque l’érosion des normes. Le grand reporter s’inquiète pour les marchés, la « stabilité régionale » et la tentation « expansionniste » d’Israël. Tout cela est dit sur le même ton, celui de la sagesse prudente, de la gravité responsable, de l’expérience supérieure. Bref, le ton de ceux pour qui rien n’est jamais possible, et pour qui il serait plus raisonnable, au fond, de ne rien tenter.

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Le contraste est saisissant. D’un côté, un Occident saturé de prudence qui explique pourquoi l’histoire ne peut pas bouger. De l’autre, un pays minuscule qui agit. Un fait demeure : un État de neuf millions d’habitants affronte aujourd’hui une puissance régionale redoutable à laquelle la plupart des capitales occidentales n’osaient pas se frotter. Un pouvoir de fanatiques cruels qui pend ses opposants, écrase ses femmes, tire sur sa jeunesse et finance à coups de milliards un terrorisme international tentaculaire.

Israël : une frontière civilisationnelle

Pourquoi ce petit pays tient-il ? La réponse tient en un choix ancien, presque civilisationnel. Très tôt dans son histoire moderne, Israël a compris qu’il ne pourrait jamais rivaliser par la taille, par la démographie ou par les ressources naturelles. Alors il a parié sur autre chose, l’intelligence humaine. Là où certains pays vivent de la rente, Israël investit dans l’éducation. Là où d’autres s’appuient sur l’endoctrinement des masses, Israël parie sur la science. Là où beaucoup accumulent les hommes, Israël accumule les cerveaux.

Ce pari a produit des universités parmi les plus performantes du monde, des ingénieurs par dizaines de milliers, une culture scientifique et technologique qui irrigue aujourd’hui l’économie globale. Dans la paix, cela donne la « start-up nation ». Dans la guerre, cela se traduit par l’audace opérationnelle, l’avantage technologique et une capacité d’innovation stratégique qui déconcerte régulièrement ses adversaires.

Un grand pays peut survivre par sa taille. Un petit pays, lui, ne survit que par l’intelligence et la détermination de ses citoyens. C’est peut-être pour cela que, depuis plus de soixante-quinze ans – étroit ombilic sur la carte mais au cœur des passions religieuses, des calculs d’empires et des obsessions idéologiques -, ce pays en forme de mouchoir de poche continue d’écrire une histoire que tant de prophètes annonçaient impossible.

Même ses ennemis les plus résolus finissent parfois par le reconnaître à demi-mot. Dans ce si petit pays, il existe quelque chose que beaucoup de puissances occidentales semblent avoir perdu. La volonté d’exister. Et le courage d’en payer le prix.


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Bernard_(diplomate)

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Jürgen Habermas, disparition d’un maître de la pensée européenne contemporaine à l’heure du réveil des nations libres

Grand défenseur de la construction européenne comme « remède » au nationalisme, le philosophe allemand vient de mourir


L’intellectuel allemand Jürgen Habermas théoricien de l’espace public et de la démocratie délibérative aura défendu jusqu’au bout une certaine idée de l’Europe et de la modernité. Né à Düsseldorf, il est mort à l’âge de 96 ans, à Starnberg, en Bavière, le 14 mars 2026.

Intellectuel majeur de l’Allemagne d’après-guerre, Jürgen Habermas appartient à cette génération allemande forcément marquée dans sa jeunesse par le national-socialisme, puis par l’effondrement moral et politique de 1945. Comme beaucoup de jeunes de son époque, il fut pris dans les organes de l’Allemagne hitlérienne durant sa prime adolescence. La découverte du caractère criminel du régime nazi à la libération nourrira son engagement intellectuel.

Influencé par Max Weber ou Wittgenstein, Habermas est surtout associé à l’Ecole de Francfort – appelée aussi école freudo-marxiste –, avec Horkheimer, Adorno et Marcuse, cette pensée marxiste du XXe siècle qui a gommé la dimension « de gauche » du national-socialisme allemand, réduit à un mouvement d’extrême-droite. Néanmoins Habermas a été, après-guerre, de ceux qui ont remonté le niveau des sciences sociales allemandes à l’échelle internationale pour les sortir du risque de « provincialisation ».

D’emblée Habermas pense contre les totalitarismes. Il s’attaque au silence ou aux compromissions d’une partie du monde intellectuel allemand avec le nazisme, notamment à travers sa critique célèbre du grand philosophe Martin Heidegger qui fut le mentor de Sartre. Ainsi il est devenu l’un de ces sociologues allemands de classe internationale.

Cette exigence de lucidité face au passé, puis face aux dérives possibles du présent, a largement contribué à faire de lui une autorité morale autant qu’un professeur de philosophie.

Habermas a inventé pour se substituer au nationalisme allemand, le patriotisme constitutionnel, complétement dévoyé aujourd’hui par les Cours constitutionnelles. Mais c’est à promouvoir un projet fédéral européen qu’il a consacré la fin de sa vie contre le retour des nations libres voulu par les peuples européens et soutenu par le nouveau pouvoir américain que ce soit le président Donald Trump, le vice-président J.D. Vance ou l’industriel Elon Musk. Son nom reste associé à plusieurs concepts devenus centraux dans les sciences sociales contemporaines. Celui d’espace public – sa thèse de doctorat –, développé dans un ouvrage paru au début des années 1960, où il analyse la manière dont se forme un débat public rationnel dans les sociétés modernes. Celui de raison communicationnelle, au cœur de son œuvre, Théorie de l’agir communicationnel, publiée en 1981.


L’idée, chez Habermas, est que la raison ne se réduit ni à la technique, ni à l’efficacité, ni au calcul. Elle se déploie aussi dans l’échange, dans la discussion, dans la confrontation des arguments. Le langage n’est pas seulement un outil pour décrire le monde ; il est aussi ce qui permet à des hommes de chercher un accord, de soumettre leurs affirmations à la critique et, éventuellement, de dégager des normes communes.

De là découle toute une réflexion sur l’éthique de la discussion, la légitimité démocratique et les conditions d’un débat public digne de ce nom. Habermas a ainsi défendu l’idée qu’une norme n’est véritablement légitime que si elle peut être discutée librement par tous ceux qu’elle concerne.

Contre les tentations d’un « fascisme de gauche »

Habermas ne fut jamais un penseur retiré dans sa tour d’ivoire. À l’image d’un André Glucksmann ou d’un Finkielkraut en France, il a constamment pris part aux débats de son époque. Dans les années 1960, il dialogue avec la contestation étudiante allemande, avant de mettre en garde contre ses dérives et contre ce qu’il désignera plus tard comme les tentations d’un « fascisme de gauche ». Il intervient ensuite sur la réunification allemande dont « le Deutsche mark était l’étendard » critique-t-il ; sur l’éthique biomédicale ; sur la place des religions dans les sociétés sécularisées ; sur le 11-Septembre ; sur la crise sanitaire ; sur la guerre en Ukraine, inquiet du ton belliciste des jeunes figures politiques de l’écologie ; ou encore sur l’état des démocraties occidentales.

Notons qu’il a refusé le prix littéraire Cheikh Zahed en 2021, considérant les Emirats Arabes Unis comme une non-démocratie répressive.

Cette présence continue dans le débat public a contribué à faire de lui bien davantage qu’un universitaire renommé. En Allemagne, terre de Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer… où l’on distribue rarement à la légère le titre de philosophe, Habermas s’était imposé comme une figure à part, parfois décrite comme une conscience publique de la République fédérale.

Sa pensée a été admirée, discutée, critiquée. Certains lui ont reproché son attachement persistant à l’universalisme des Lumières, d’autres son optimisme jugé excessif quant aux vertus de la discussion rationnelle. D’autres encore ont vu dans sa confiance dans le consensus une forme d’idéalisme peu compatible avec la brutalité réelle des rapports de forces politiques. Mais même ses adversaires reconnaissaient généralement l’ampleur de son œuvre et son importance dans le champ intellectuel européen.

Au cours de ces dernières décennies, Habermas, à la différence du philosophe anglais Roger Scruton défenseur du Brexit, s’est de plus en plus identifié à la défense d’un projet européen fort. Hostile au retour des « nationalismes », il voyait dans Bruxelles bien davantage qu’un simple marché ou qu’un arrangement institutionnel. Il y cherchait un cadre politique nouveau, susceptible de dépasser l’État-nation sans dissoudre pour autant les libertés publiques.

Patriotisme constitutionnel

C’est dans ce contexte qu’il a développé l’idée de patriotisme constitutionnel, c’est-à-dire d’un attachement non pas à une appartenance ethnique ou historique fermée, mais à des institutions, à des règles communes et à un ordre démocratique. Cette notion a profondément marqué la pensée politique allemande et européenne de ceux qu’on appelle les « européistes » sans qu’ils ne lui rendent pour autant expressément hommage.

Habermas croyait à la possibilité d’une citoyenneté postnationale, fondée sur le droit, la discussion publique et l’adhésion à des principes démocratiques plutôt qu’à une seule identité historique ou nationale. Il a donc naturellement défendu une intégration européenne plus poussée, de tonalité franchement fédérale, dans l’espoir de conjurer les rivalités qui avaient ravagé le continent au XXe siècle.

Cette orientation a aussi nourri des critiques. Pour ses partisans, elle prolongeait logiquement son combat contre les passions identitaires meurtrières. Pour ses détracteurs, elle traduisait une forme d’aveuglement aux réalités historiques, culturelles et politiques des nations européennes. Mais là encore, Habermas aura imposé un cadre de débat que nul ne pouvait ignorer.

La disparition de Jürgen Habermas précèdera-elle la fin du globalisme européen, prodrome du globalisme occidental américain, aujourd’hui remis en question par l’Amérique de Trump après avoir été remis en question par l’Angleterre de Boris Johnson avec le Brexit ? Avec lui s’éteint l’un des derniers grands philosophes européens capables de tenir ensemble spéculation théorique, intervention civique et ambition historique. Son œuvre, dense, souvent difficile, restera pourtant incontournable pour quiconque veut comprendre les débats modernes sur la démocratie, le droit, la communication, la légitimité ou l’espace public.

Parmi ses livres les plus importants figurent L’Espace publicThéorie de l’agir communicationnelMorale et communicationDroit et démocratieLe discours philosophique de la modernitéVérité et justification ou encore ses travaux plus tardifs sur l’Europe et l’histoire de la philosophie.

Il a continué d’écrire, de publier et d’intervenir, jusqu’à un âge très avancé. Ses derniers ouvrages témoignaient encore de cette fidélité à une conviction : défendre l’usage public de la raison. C’est sans doute là, au-delà des querelles académiques et des controverses politiques, que réside l’héritage essentiel de Jürgen Habermas. Nouvel Érasme, un homme qui, après les ruines européennes du XXe siècle, aura voulu croire que la parole, la discussion et le droit pouvaient encore servir de rempart contre le chaos. Pour les défenseurs des nations libres qui échangent et coopèrent entre-elles librement, il reste le meilleur des adversaires, parce qu’il les oblige à donner le meilleur d’eux-mêmes.

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Oscars: Hollywood continue de se vivre en rempart contre Donald Trump

La cérémonie de dimanche a notamment vu triompher le chef-d’œuvre néo-progressiste Une Bataille après l’Autre.


C’était attendu : le thriller burlesque Une Bataille après l’Autre triomphe aux Oscars avec six trophées, dont les deux plus convoités – meilleur film et meilleur réalisateur. Le film devance Sinners, épopée vampiro-démoniaque afro-américaine qui repart néanmoins avec quatre statuettes, dont celle du « meilleur acteur » pour Michael B. Jordan, devenu le 6e acteur noir de l’histoire à décrocher cette récompense.

Cette domination de Une Bataille… marque surtout la consécration tardive de son réalisateur, Paul Thomas Anderson. Celui qui avait déjà signé Magnolia et There Will Be Blood a dû attendre l’âge de 55 ans pour être enfin couronné par ses pairs et repartir avec la mythique statuette asexuée.

Violence politique

Le film lui-même s’inscrit dans une veine très contemporaine. Une Bataille…  met en scène une Amérique irréconciliable où des terroristes d’extrême-gauche sont traqués par un suprémaciste blanc incarné par Sean Penn. Snobisme oblige, l’acteur n’était pas présent pour récupérer son Oscar du meilleur second rôle masculin. Le scénario réserve un retournement final spectaculaire : le chasseur de gauchistes finit gazé par une société secrète néo-nazie héritière du Ku Klux Klan après la révélation de ses origines juives.

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Sur le plan formel et technique, le film relève incontestablement du chef-d’œuvre. Mais sur le fond, il n’échappe pas à certains clichés. Sean Penn peine notamment à rendre son personnage réellement crédible, tandis que Paul Thomas Anderson choisit de rendre sympathiques des héros qui restent, au fond, des adeptes assumés de la violence politique.

Une Amérique progressiste toujours autant obsédée par la race

Dans un registre différent mais tout aussi engagé, Sinners illustre lui aussi cette dimension politique du cinéma hollywoodien contemporain. Totalement afro-américain dans son casting et sa narration, le film raconte l’histoire de deux jumeaux – incarnés par Michael B. Jordan – combattant des vampires qui « sucent » la culture noire, métaphore transparente des blessures laissées par la ségrégation.

La récompense du meilleur acteur vient ainsi consacrer Michael B. Jordan, désormais membre d’un club encore restreint : celui des acteurs noirs oscarisés pour le prix du meilleur acteur. Ils sont désormais six dans l’histoire de l’Académie, aux côtés notamment de Sidney Poitier, Denzel Washington, Jamie Foxx, Forest Whitaker ou encore Will Smith (et 21, toutes statuettes confondues). Ce dernier, toutefois, reste persona non grata à Hollywood. Lors de la cérémonie de 2022, il avait giflé sur scène l’humoriste Chris Rock après une blague sur l’alopécie de son épouse. Un geste qui lui a valu d’être banni pour dix ans des cérémonies de l’Académie.

Will Smith frappe l’humoriste Chris Rock sur scène lors de la cérémonie des Oscars, le 27 mars 2022 © Chris Pizzello/AP/SIPA

Pris ensemble, les deux films les plus récompensés – Une Bataille…  et Sinners, qui totalisent dix Oscars à eux deux – donnent le ton du palmarès. Hollywood confirme une fois encore sa tendance à se percevoir comme un contre-pouvoir culturel face à Donald Trump.

Javier Bardem grotesque

Cette orientation tranche avec certaines grandes cérémonies du passé. Titanic avait ainsi raflé onze Oscars en 1998, et Le Seigneur des Anneaux avait reproduit le même exploit en 2004. À l’époque, l’industrie semblait privilégier de grandes fresques spectaculaires, davantage tournées vers le divertissement que vers le message politique.

Mais Hollywood se voit peut-être aujourd’hui investi d’une mission pédagogique. Paul Thomas Anderson l’a lui-même expliqué lors de son discours : « J’ai écrit ce film pour mes enfants, afin de leur demander pardon pour le bazar que nous leur léguons dans ce monde, mais aussi pour les encourager à devenir la génération qui, je l’espère, nous apportera un peu de bon sens et de décence. »

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Pour autant, la cérémonie n’a pas viré au meeting politique. À part Javier Bardem, qui a lancé un bref « Libérez la Palestine », la plupart des discours sont restés relativement consensuels.

Certaines surprises ont néanmoins marqué la soirée. Alors que beaucoup attendaient un triomphe de Hamnet, qui raconte de manière fictionnelle le deuil de William Shakespeare après la mort de son fils en 1596, le film doit finalement se « contenter » de l’Oscar de la meilleure actrice pour Jessie Buckley, qui incarne l’épouse du dramaturge.

Timothée Chalamet bredouille

Autre déception notable : Timothée Chalamet repart bredouille pour son rôle dans « Marty Supreme ». Son interprétation d’un champion de tennis de table n’a manifestement pas convaincu l’Académie. On ignore toutefois si ses déclarations sur le ballet et le théâtre, dont il juge que « tout le monde se fiche » ont joué contre lui.

Du côté des récompenses techniques, c’est Frankenstein de Guillermo del Toro qui tire son épingle du jeu. Le film remporte trois Oscars pour les costumes, le maquillage et la conception visuelle. Une réussite esthétique indéniable, même si le réalisateur ne révolutionne pas vraiment le mythe imaginé par Mary Shelley. L’un des points forts reste toutefois la créature incarnée par l’acteur australien Jacob Elordi, dont la stature imposante – un mètre quatre-vingt-seize – donne une présence physique saisissante au monstre.

Au final, cette cérémonie des Oscars aura donc, une fois de plus, délivré un message politique. Mais contrairement à certaines éditions précédentes, celui-ci s’est exprimé de manière plus subtile. On progresse ?

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Le cardinal Gugerotti lance un appel aux dons en vue de la collecte du Vendredi Saint

À l'approche de la collecte du Vendredi Saint pour la Terre Sainte, le cardinal Claudio Gugerotti encourage, dans une lettre rendue publique ce lundi 16 mars, tous les catholiques à donner ce qu'ils peuvent pour aider à redonner de l’espérance aux personnes qui vivent dans les lieux où Jésus a vécu.

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Léon XIV en Afrique, le programme de son voyage publié

La Salle de presse du Saint-Siège a dévoilé ce 16 mars le programme du voyage apostolique du Pape sur le continent africain. Au cours de ce déplacement qui le conduira du 13 au 23 avril prochain en Algérie, au Cameroun, en Angola, et en Guinée équatoriale, Léon XIV rencontrera les autorités politiques, ecclésiastiques, et les prêtres de ces différents pays, mais également les communautés religieuses, les malades, les orphelins, les personnes âgées et les jeunes.

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Appel entre le Pape et Mahmoud Abbas à propos du conflit au Moyen-Orient

Ce lundi 16 mars, au dix-septième jour du conflit entre les Etats-Unis, l’Iran et Israël, le Saint-Père a reçu un appel téléphonique de la part du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. L’échange a porté sur «l’évolution préoccupante» du conflit dans la région, mais aussi sur les conditions de vie du peuple palestinien.

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Les municipales amorcent le dégagisme

L’abstention est finalement le seul parti qui gagne toujours. Les oubliés voteront-ils un jour la fin du système?


Les Français oubliés se libèreront-ils, par les urnes, de leurs maltraitants ? Le premier parti reste celui des abstentionnistes, vu la médiocre participation, hier, au premier tour des municipales (58%). Les formations politiques, qui recueillent la défiance de 90% des citoyens (sondage Ipsos « Fractures françaises »), ne savent plus s’adresser aux citoyens abandonnés. La démocratie est bloquée. Le dégagisme des « élites » sentencieuses, amorcé avec la déroute de la macronie, reste pourtant la seule issue pour rompre avec le système mondialiste : en cinquante ans, il a fait de la nation dépecée une proie pour le djihad importé.

L’actualité étant occupée par la guerre en Iran, les macronistes ne sont pas parvenus à se faire entendre pendant la campagne des municipales. Gabriel Attal, hier. RS.

Samedi à Paris, au prétexte de manifester contre une fictive menace fasciste, l’extrême gauche a été rejointe par des défenseurs du régime nazislamiste des mollahs iraniens. Répondant à la mort de l’adjudant-chef Arnaud Frion, tué le 12 mars au Kurdistan irakien par un commando pro-iranien, Emmanuel Macron a prudemment rappelé : « Nous ne sommes pas engagés et en guerre contre qui que ce soit ». Seul Vladimir Poutine l’obsède. Alors que les Etats-Unis et Israël mènent, depuis deux semaines, une offensive civilisationnelle contre le totalitarisme apocalyptique des ayatollahs sous les applaudissements des Iraniens oppressés, la gauche-mondaine et la gauche-halal se pâment devant la résistance des Gardiens de la révolution, classés par l’UE comme terroristes. La haine contre Trump et Netanyahou fait prédire à certains, même à droite, leur défaite. La veulerie face à l’islam politique caractérise les dirigeants et les médias acquis à la politique de « l’apaisement ».

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Dans ce contexte, rien n’est moins surprenant que les bons scores obtenus par la France insoumise. A Roubaix, symbole de la « nouvelle France » islamisée théorisée par Jean-Luc Mélenchon, David Guiraud recueille 46,5% des suffrages. A Paris, Sophia Chikirou obtient 12% des suffrages tandis que Sarah Knafo (Reconquête) atteint tout juste les 10% lui permettant théoriquement de se maintenir dimanche prochain. Le RN, qui aligne aussi de bons résultats, risque néanmoins de perdre Marseille à cause d’une droite LR invertébrée qui n’ose appeler à des alliances. C’est un écrivain, Boualem Sansal, qui se montre le plus déterminé dans la résistance à l’obscurantisme islamique et à rhinocérite de l’intelligentsia. Vendredi, le nouvel Académicien a fait connaître son choix d’abandonner, après 27 ans de collaboration, son éditeur Gallimard, pour rejoindre Grasset et le groupe Hachette de Vincent Bolloré. Otage durant un an du régime algérien, Sansal a expliqué hier au JDD les raisons de sa rupture: «Je traine quelque-chose en moi dont je dois me libérer. Rester chez Gallimard, c’était accepter de rester otage. J’ai senti le besoin de m’éloigner de ceux qui me poussent à accepter ma situation au nom de considérations géostratégiques ou je ne sais quoi».

En septembre 2015, Antoine Gallimard avait prétendu que Sansal refuserait le prix Sakharov qui lui proposait Jordan Bardella au nom des « Patriotes pour l’Europe » du parlement européen. Une position que Sansal avait démentie à sa libération.

Face à la pensée totalitaire et aux belles âmes à ventre mou, le Soljenitsyne de l’islamisme a choisi son camp. A défaut de leader politique, il est l’exemple à suivre pour tourner la page.

La révolution des oubliés

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Bénin: le Prix Cardinal Gantin associe les enfants à la sauvegarde de l’environnement

Lancé en décembre 2025, le "Prix Cardinal Bernardin Gantin" est entré, en ce mois de mars, dans sa phase finale. 317 enfants originaires d’Afrique, d’Europe, d’Asie et des États-Unis y participent à travers des dessins illustrant la dégradation de l’environnement et proposant des gestes écoresponsables. Cette initiative, ancrée dans l’encyclique Laudato si’, ambitionne de faire des enfants des vecteurs de sensibilisation aux enjeux écologiques.

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Le Pape rappelle que la prévention des abus est une mission constitutive de l’Église

Léon XIV a reçu en audience lundi matin dans la salle du consistoire du Palais apostolique les membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, instituée douze ans plus tôt par le Pape François. Le Saint-Père a remercié la Tutela Minorum pour son travail, et appelé l’ensemble de l’Église à «un processus de conversion» vers «une culture de l’attention», et une écoute accrue des victimes.

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Municipales: le message venu d’en bas

RN et LFI réalisent des percées inédites lors des élections municipales. Désormais en France, même nos tranquilles élections municipales témoignent dexpériences sociales citoyennes si divergentes qu’elles en produisent des visions du monde incompatibles.


Avant toute interprétation, il faut regarder les faits. Les élections municipales du 15 mars ont livré leurs premiers enseignements. Dans plusieurs grandes villes françaises, deux forces politiques que tout oppose progressent simultanément : le Rassemblement national et La France insoumise. Ce double mouvement éclaire la polarisation croissante du pays.

Quelques résultats marquants du premier tour permettent d’en mesurer l’ampleur.

Concernant le Rassemblement national de Jordan Bardella et Marine Le Pen

  • Perpignan : Louis Aliot (RN) réélu dès le premier tour avec plus de 50 % des voix, confirmant l’enracinement municipal du parti. 
  • Marseille : Franck Allisio (RN) autour de 35 %, pratiquement à égalité avec le maire sortant Benoît Payan. 
  • Toulon : le RN arrive en tête du premier tour et Laure Lavalette se place en position de conquérir la ville au second tour. 
  • Nice : Éric Ciotti de l’UDR, partenaire du RN, est bien placé pour chiper la mairie à Christian Estrosi.
  • Fréjus : le maire RN David Rachline est réélu avec une large avance. 
  • Hénin-Beaumont : le bastion historique du RN est confirmé au premier tour (Steeve Briois remporte près de 77% des suffrages).

Ces résultats montrent la transformation progressive du RN en force municipale durable, notamment dans le sud et dans plusieurs villes populaires.

La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon

Dans les métropoles et certaines villes populaires, c’est un autre phénomène qui apparaît : la progression de la gauche radicale.

  • Toulouse : François Piquemal (LFI) 27,56 %, arrivant deuxième derrière le maire sortant. 
  • Roubaix : forte poussée de la gauche radicale qui arrive en tête en racolant le vote immigré.
  • Lille : progression significative de la candidate LFI dans une ville historiquement socialiste. 
  • Saint-Denis : implantation solide de la gauche radicale dans l’électorat urbain populaire. Victoire de la liste de Bally Bagayoko au premier tour. 

Ce double phénomène – enracinement municipal du RN et percée urbaine de LFI – dessine un paysage politique profondément transformé.

Les partis traditionnels, longtemps dominants dans les grandes villes françaises, apparaissent désormais pris entre deux radicalités électorales qui progressent simultanément.

C’est dans ce contexte qu’il faut lire les résultats de ces municipales. Il arrive qu’un pays parle d’une voix basse, presque souterraine, une voix qui ne passe ni par les éditoriaux ni par les proclamations officielles, mais par ces gestes minuscules et obstinés que sont les bulletins déposés dans une urne. Hier soir, dans plusieurs villes françaises, cette voix s’est faite entendre.

Les résultats du premier tour des élections municipales ne sont pas seulement des chiffres. Ils ressemblent à ces fissures qui apparaissent dans un mur que l’on croyait solide. Au début on les remarque à peine. Puis on comprend qu’elles disent autre chose : le bâtiment lui-même travaille. La France est entrée dans un âge de fracture.

Dans certaines villes, les listes qualifiées par la presse d’« extrême droite » progressent nettement, portées par un électorat populaire qui réclame avant tout la sécurité, l’ordre et la protection d’un monde qu’il sent se dérober. Dans d’autres secteurs urbains, des votes communautaires apparaissent désormais au grand jour, structurés par des réseaux religieux, identitaires ou territoriaux.

Mais un autre phénomène mérite d’être regardé avec la même attention : le renforcement visible de La France insoumise dans plusieurs métropoles. Il serait trop simple d’y voir la confirmation d’un vote traditionnel de gauche. Ce qui s’exprime ici est autre chose : une colère politique qui cherche son langage et qui le trouve dans une parole de rupture, d’accusation et parfois d’affrontement. Ainsi la France se polarise.

D’un côté, une demande d’ordre et de protection. De l’autre, une gauche de confrontation qui prospère sur la dénonciation d’un système jugé injuste et illégitime. Entre les deux, le vieux monde politique – celui du compromis républicain, de la social-démocratie municipale, des équilibres prudents – semble se dissoudre. Certaines villes françaises ressemblent désormais à des archipels politiques. Dans un même espace urbain coexistent des territoires électoraux qui n’appartiennent plus au même imaginaire national.

Il ne s’agit donc pas simplement d’un changement de majorité municipale. Ce qui apparaît à travers ces élections, c’est un état du pays : celui d’une société traversée par la peur, la colère et la sensation obscure que quelque chose de fondamental se défait.

La peur

Il faut commencer par la peur. La peur est un mot que les sociétés modernes aiment disqualifier. On le relègue volontiers dans le domaine des passions honteuses, des instincts archaïques, des fantasmes politiques. Mais la peur possède une propriété étrange : lorsqu’elle devient collective, elle finit toujours par trouver une forme politique.

La peur française n’est pas une abstraction. Elle habite les gestes quotidiens. Elle se lit dans ces détours que l’on fait pour rentrer chez soi, dans ces regards rapides échangés dans le métro, dans ces silences qui s’installent lorsqu’un groupe trop bruyant, trop imprévisible, traverse une place. Ce sont des choses minuscules. Mais les sociétés se transforment par ces détails. Un jour, sans que personne ne l’ait décidé, l’espace commun cesse d’être pleinement partagé.

La modernité démocratique reposait sur une promesse simple : chacun devait pouvoir circuler librement dans un monde commun, sans avoir à craindre l’autre. Lorsque cette évidence disparaît, ce n’est pas seulement un problème d’ordre public. C’est une transformation beaucoup plus profonde : une transformation du rapport que les individus entretiennent avec la société elle-même. La France d’aujourd’hui vit cette transformation.

Les militaires devant les écoles, les patrouilles dans les gares, les contrôles permanents, les alertes, les sirènes : tout cela est devenu normal. On ne s’en étonne plus. L’extraordinaire est devenu banal. Mais ce qui rend cette peur politiquement explosive n’est pas son existence. C’est le fait qu’elle soit niée. Depuis plusieurs décennies, une partie des élites intellectuelles et médiatiques s’est habituée à considérer les inquiétudes populaires comme une illusion morale. La peur ne serait qu’un produit de l’ignorance, du préjugé ou de la manipulation. Ainsi se produit une inversion étrange : l’expérience vécue devient suspecte. Celui qui dit sa peur n’est plus un citoyen décrivant le monde tel qu’il le perçoit ; il devient un individu dont il faudrait corriger les représentations. Or aucune société ne peut durablement fonctionner sur une telle négation du réel.

La colère

Lorsque la peur ne peut pas être dite, elle se transforme. Elle devient colère. La colère est un sentiment plus politique que la peur. Elle naît lorsque ceux qui vivent une situation difficile ont le sentiment que leurs institutions refusent de la voir. Alors la confiance disparaît.

Le peuple commence à soupçonner que ceux qui gouvernent ne vivent pas dans le même monde que lui. Les dirigeants parlent de statistiques, de perceptions biaisées, de fantasmes collectifs. Mais la vie quotidienne, elle, continue.

Dans ce fossé s’installe la rancœur. Les élections deviennent alors l’un des rares moments où cette rancœur peut se manifester. C’est ce qui explique la puissance des votes de rupture observés dans toute l’Europe. Ils ne sont pas seulement idéologiques. Ils sont l’expression d’une demande de reconnaissance. La France n’échappe pas à ce mouvement.

Le double radicalisme

Les municipales qui viennent d’avoir lieu montrent que cette colère emprunte désormais deux chemins opposés. Dans certains territoires, elle se traduit par un vote en faveur de formations promettant la restauration de l’ordre et de l’autorité. Dans d’autres, elle alimente la progression d’une gauche radicale qui voit dans la société française l’expression d’une domination structurelle.

Le renforcement de La France insoumise dans plusieurs grandes villes appartient à ce second phénomène. Ce vote ne signifie pas seulement une fidélité partisane. Il révèle l’installation d’une culture politique de confrontation. Pour une partie de ses électeurs, la société française n’est plus un espace de compromis imparfait qu’il faudrait améliorer. Elle est devenue un système injuste qu’il faudrait combattre.

Ce récit possède une puissance émotionnelle réelle. Il offre un langage à ceux qui se vivent comme des victimes d’une société française qui serait raciste et à une jeunesse urbaine qui épouse la cause palestinienne. Mais il contribue aussi à durcir les lignes de fracture. Car face à cette gauche de rupture se développe une demande symétrique de protection et d’autorité.

La France se retrouve ainsi prise dans un mouvement de polarisation qui traverse désormais toutes les démocraties occidentales.

Le conflit des imaginaires

Il y a, au cœur de cette fracture, un conflit plus profond encore. Certains Français regardent les transformations démographiques, culturelles et religieuses du pays avec une inquiétude qui touche à l’idée même de continuité historique. Ils ont le sentiment que la France change trop vite, trop profondément, sans qu’aucun débat véritable n’ait jamais eu lieu. Pour eux, ces mutations ressemblent à une dépossession silencieuse.

D’autres, au contraire, voient dans ces transformations l’annonce d’un monde nouveau. Une société plus diverse, plus métissée, plus affranchie de ses héritages nationaux anciens. Ce que les uns redoutent, les autres l’appellent de leurs vœux. Ainsi le même mouvement historique devient l’objet d’un conflit d’interprétation radical. Les uns parlent de perte.
Les autres parlent de progrès. Les uns redoutent un basculement civilisationnel.
Les autres y voient l’accomplissement d’une promesse politique.

Entre ces deux visions du monde, la discussion devient presque impossible. Car il ne s’agit plus seulement de politique, mais d’identité, d’histoire et de destin collectif.

Une démocratie fragilisée?

Une démocratie peut survivre à des conflits profonds. Elle peut même prospérer dans la confrontation. Mais elle suppose l’existence d’un monde commun, d’un espace symbolique dans lequel les adversaires politiques continuent de se reconnaître comme appartenant à la même communauté. C’est précisément ce monde commun qui semble aujourd’hui vaciller. Les municipales de cette année ne sont donc pas seulement un événement local. Elles ressemblent à un symptôme. Le symptôme d’un pays où les expériences sociales divergent au point de produire des visions du monde incompatibles.

Un pays où la peur des uns est jugée illégitime par les autres. Un pays où la colère devient la seule langue politique encore audible. La démocratie ne meurt pas parce que les citoyens ont peur. Elle meurt lorsque leurs peurs ne peuvent plus être dites. Elle meurt quand les conflits indispensables dans une démocratie se transforment en violence et en diabolisations réciproques. 

Et si les urnes municipales ont ainsi parlé hier soir, c’est peut-être parce qu’elles ont servi de refuge à une parole que la société française ne sait plus entendre autrement.

La société malade

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Chez Sarah Knafo, l’euphorie à l’épreuve du bandeau de BFMTV

Nos intrépides reporters ont suivi l’annonce des résultats dans les QG de Mmes Dati et Knafo, hier soir. Sur le fil, la candidate surprise du scrutin parisien, vêtue de jaune, a finalement passé la barre des 10% au bout de la nuit. Cinq candidats se retrouvent au second tour dans la capitale.


Les soirées électorales font partie de ces moments qui réunissent dans des endroits plus ou moins exigus des journalistes en chaussures Veja et des militants de droite de l’Ouest parisien. A Paris, il y avait un peu de choix, même si Thierry Mariani (RN-UDR) avait décidé de renoncer à ce rituel, faute d’intérêt suscité par sa campagne.

Nous nous ruons tout d’abord au QG de Rachida Dati, dans le 12ème arrondissement. Entassés dans un local à peine plus large qu’une grosse cabine téléphonique, des échotiers commentent les premiers sondages et tentent de détecter, à distance, les premiers indices d’une déferlante droitière dans l’hexagone.

Sur place, les militants font défaut : on veut les imaginer encore dans les bureaux de vote à dépouiller et à remonter les premiers résultats.

On file chez Sarah

Vers 19 heures 30, la tentation d’aller voir ce qui se passe chez la coqueluche de la campagne, Sarah Knafo, est trop grande et nous pousse à traverser les quelques stations de métro qui nous séparent de l’événement. Dans le 2ème arrondissement, l’équipe de campagne a vu les choses en grand, en louant un espace de 335 mètres carré à quelques mètres de la place de l’Opéra. Ici, la déambulation et l’accès au bar sont plus commodes. De premières estimations qui bruissent sous le manteau annoncent la championne à 16%, ce qui entraîne un début d’euphorie parmi les militants, gonflés à bloc et ravis de la campagne acidulée et flashy de Sarah Knafo. « On a vu énormément de nouveaux militants arriver, ceux qui n’étaient pas dans la campagne de Zemmour en 2022 et ont rejoint Reconquête et Sarah à cette occasion. On a vu revenir aussi quelques têtes que nous avions perdu », nous confie Jannick, tête de liste dans le 12ème arrondissement.

Une question agite tous les esprits : Sarah Knafo pourra-t-elle imposer l’union des droites à Rachida Dati, et donc une fusion de liste – provoquant, à l’occasion, un petit séisme politique ? Et si l’ancienne ministre de la Culture ferme la porte à une telle union, Sarah Knafo maintiendra-t-elle sa candidature au risque de passer pour celle qui aura fait perdre la droite ? « Je laisse ma candidate choisir » rappelle ce militant parisien. Un cadre de Reconquête, candidat bien placé, « très confiant », s’emballe : « Cette élection, si elle conduit à une union des droites au second tour, peut donner de grandes choses aux présidentielles ». Et si l’alliance échoue ? « La faute incomberait à Dati et non à Knafo, pas question de se saborder. Il faut imposer un rapport de force à LR et les obliger à la fusion ».

La question du retrait unilatéral pour ne pas trop embêter la candidature Dati coupe la salle en deux. Un jeune adhérent, encarté de la première heure, se dit « contre tout retrait unilatéral » en cas de refus de fusion de Dati. De toute façon, abonde un jeune militant, 18 ans, étudiant parisien, « nos électeurs ne voteront pas Dati si on ne leur tend pas la main. » Un sabordage de la liste serait donc difficile à faire avaler à une partie des militants, même si c’est pour la bonne cause : faire battre la gauche.

La fête est finie

Les nouveaux chiffres qui circulent sont désormais moins favorables. La possibilité d’un maintien possible au second tour n’est même plus évidente. Olivier Ubéda, maître des grandes cérémonies Reconquête, prend le micro pour faire fermer (provisoirement) le bar : la fête est finie. L’écran de BFMTV affiche un score en dessous de 10. Celui de CNews juste au seuil de qualification. L’enthousiasme débordant de début de soirée est quelque peu refroidi. Comme à Roland-Garros, la balle va hésiter toute la soirée, sur la ligne blanche du filet, entre les 10,1 % et les 9,9 % fatidiques. Maintien possible ou non au second tour, l’hypothèse d’un braquage électoral et d’une fusion « imposée » à Dati s’est de toute façon éteinte. Aucun membre de l’équipe ne veut commenter les résultats provisoires : « Commenter quoi ? » répond Olivier Ubéda, « il n’y a pas encore de résultats ». Les militants les plus bavards se lâchent un peu : « Paris a perdu une sacrée candidate » ; « faut croire que les Parisiens aiment la gauche, les impôts, la saleté, l’insécurité. » « Je vais noyer le chagrin dans un calva vieilli en fût de whisky » assure ce militant bien affrété du VIIe arrondissement parti retourner s’enterrer dans sa « maison de campagne en Normandie ». Un cadre du parti tempère le propos et n’est pas tant surpris par le bon score du candidat Grégoire : « Il a fait une bonne campagne. Il n’a rien fait ou dit dans la campagne qui puisse effrayer un électeur centriste ».

De Kingdom of Heaven à Amélie Poulain

Quelques militants Reconquête canal historique critiquent légèrement l’esthétique de la campagne Knafo. « Moi, la mise en scène Pixar et les visuels à l’intelligence artificielle… j’ai trouvé ça ridicule » nous confie ce militant de l’Est de la France, présent pour la soirée électorale. Quelques voix regrettent que Reconquête soit passé un peu vite de Kingdom of Heaven (avec la musique de Vangelis) à Amélie Poulain (avec l’accordéon de Yann Tiersen). Un trop gros score de Knafo aurait pu enterrer politiquement Eric Zemmour pour la présidentielle ; désormais, il est possible de manifester à Reconquête sa préférence pour le président du parti.

Tandis que Rachida Dati a fait un clin d’œil appuyé à la campagne de Sarah Knafo, celle-ci prend enfin la parole. Tant pis si rien ne permet pour le moment d’être certain que la barre des 10 % sera franchie. « Nos voix peuvent faire gagner la droite. Nous pouvons être assez nombreux pour faire barrage à la gauche. Il ne faut pas laisser passer cette chance. Comme je l’ai toujours dit, je garde le cap. Je veux la victoire contre la gauche. D’ores et déjà, les résultats parlent : les voix du centre ne suffiront pas à l’emporter. Toutes les familles de la droite seront nécessaires. Elles devront toutes être représentées et respectées pour l’emporter », déclare la candidate, dans un discours rendant possible toutes les décisions finales. Nous sondons la chanteuse Koxie, aka Laura Cohen, qui, tel un valeureux arrière droit de Ligue 1 respectueux des consignes, ne nous apporte comme unique éclairage que : « Sarah a parlé. Nous attendons la suite ». La nuit portera conseil, et après tout, il fera jour demain.

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Lang version facho

C’est une belle histoire à raconter dans les écoles, les prêches et les veillées chez les personnes de bonne volonté.


Figurez-vous qu’aux États-Unis ils ont aussi leur Jake Lang. Mais avec un « e » de plus à la fin du prénom et, autre différence notable, le leur se veut militant d’extrême-droite. Il se montre en particulier très actif dans le soutien à la police de l’immigration, ICE, celle dont on a tant parlé dans nos médias français de référence et de bien-pensance après deux bavures, de fait extrêmement regrettables, puisque deux personnes y ont perdu la vie.

Cet ancien émeutier du Capitole gracié par Donald Trump avait cru judicieux d’organiser, voilà quelques semaines, le 17 janvier dernier pour être précis, une manifestation en faveur de la police sus-mentionnée à Minneapolis, dans le Minnesota.

Il s’attendait à ce qu’il y ait foule. Ce ne fut pas vraiment le cas. Il paraît que l’événement aurait surtout réussi à mobiliser le camp d’en face, les anti-police de l’immigration. De ce côté-là, on est venu en nombre, et notre aventureux Jake Lang a bien failli passer là un très sale quart d’heure. Pris à parti, malmené, insulté, il aurait même pu y laisser non seulement des plumes, mais la vie. Carrément.

Or, là où l’histoire devient non seulement plaisante mais édifiante et jolie est que ce gars qui fait profession de détester les Noirs, qui conchie autant qu’il le peut les transsexuels, les homos, se vit protégé des coups par un Black de trente ans, Ishciah Blackwell, genre costaud de chez costaud, et sauvé de la meute par un(e) transgenre, noire elle aussi, qui passait par là en voiture en compagnie de son amie. Daye Gottche – c’est son nom –  a arrêté l’auto pour permettre au gringalet bien mal parti de s’enfuir. Notre vaillant et calamiteux activiste Lang doit donc une fière chandelle à deux personnes appartenant aux catégories sociales qu’il combat aussi violemment qu’il le peut, qu’il méprise matin, midi et soir, et qu’il voudrait voir réduites au silence et à l’inexistence.

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Les déclarations de ses sauveurs sont intéressantes, elles aussi édifiantes. Autant au moins que leur action. Blackwell, le costaud, a simplement dit : « Je suis un homme et je crois que tous les humains doivent être traités de la même manière. » Précisons que, faisant un rempart de son corps, il a ménagé assez d’espace à Lang pour que celui-ci puisse s’éloigner de la zone sensible et grimper dans la voiture.

Daye Cottsche, quant à elle – ou lui, ou iel, au choix – a reconnu ne pas avoir reconnu le boutefeu extrémiste au moment où elle l’a fait monter dans la voiture. Cependant elle a tenu à préciser que si elle l’avait reconnu elle aurait agi exactement de la même manière. Joli, non ? « Si nous ne nous étions pas arrêtés, a-t-elle ajouté, sans doute aurait-il été mort. »

Belle histoire, en effet. Le maire de Minneapolis y est allé de son commentaire : « Lang considérait cet homme noir comme inférieur à lui, cet homme noir, lui, le considérait comme un être humain. Est-ce suffisant pour le faire réfléchir ? »

Rien n’est moins certain. À un certain degré, la haine abolit toute faculté de réflexion, hélas…

En revanche, nous pouvons être certain d’une chose : s’il s’était agi de notre Jack Lang à nous, le fait que la jeune trans à l’auto ne l’ait pas reconnu l’aurait sans aucun doute tué net. Son ego n’y aurait pas survécu.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Timothée Chalamet: bon acteur, ego XXL

Le Franco-Américain Timothée Chalamet n’a finalement pas décroché l’Oscar du meilleur acteur hier soir à Los Angeles. On apprécie l’acteur, souvent époustouflant dans ses rôles ; moins le jeune homme prétentieux.


La cérémonie des Oscars était très attendue. Cette traditionnelle fête américaine de remise des trophées tant convoités est une compétition redoutable entre les films phares nommés. Elle devient surtout fiévreuse et virale lorsqu’il s’agit de l’obtention de la mythique statuette dorée du meilleur acteur, disputée cette année entre Leonardo DiCaprio, au sommet de son art, nommé pour son rôle dans Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, et Timothée Chalamet, nommé pour son interprétation frénétique et brillante dans Marty Supreme de Josh Safdie.

Perdu : c’est finalement l’acteur afro-américain Michael B. Jordan qui a obtenu la statuette prestigieuse pour son rôle dans le film horrifique Sinners.

Et il faut reconnaitre que l’acteur coqueluche de la jeunesse et un peu féminin commençait à nous gonfler à force de se prendre pour le personnage du film Marty Supreme.

L’ascension d’un enfant d’Hollywood

Timothée Chalamet, jeune et talentueux acteur franco-américain, est le fils du journaliste français Marc Chalamet et de la danseuse américaine Nicole Flender. Le jeune garçon s’inscrit dans la pure tradition des enfants acteurs tant adorés à Hollywood.

Il est révélé au grand public grâce à son rôle d’Elio Perlman, jeune garçon à la beauté d’éphèbe qui tombe sous le charme d’un homme mûr lors d’un bel été brûlant en Italie, dans le film romantique Call Me by Your Name (2017) de Luca Guadagnino.

Il va vite imposer sa présence de beau gosse séducteur dans une série de très bons films assez différents, tels que : Un jour de pluie à New York (2019) de Woody Allen, Les Filles du docteur March (2019) de Greta Gerwig, Dune (2021) et Dune : Deuxième partie (2024) de Denis Villeneuve.

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Avec Un parfait inconnu (2025) de James Mangold, excellent film musical relatant les jeunes années de Bob Dylan, la petite star, coqueluche des médias et des jeunes filles en émoi, confirme son grand talent. Force est de constater que le petit minet Timothée Chalamet est particulièrement impressionnant en jeune Bob Dylan. Il réussit avec conviction à interpréter lui-même les chansons du maître et à faire revivre l’aura mythique du chanteur de protest songs.

Marty Supreme, un film excessif mais un rôle sur mesure

Le film pour lequel le jeune trentenaire était nommé, Marty Supreme (2025) de Josh Safdie, est une fiction survitaminée dont la mise en scène, assez brillante et comportant quelques fulgurances, est toutefois bien trop hystérique, noyée dans un flot musical continu. Le chaos, véritable moteur du film, en fait finalement une œuvre assez vaine.

L’histoire racontée par Joshua Safdie s’inspire de Marty Reisman, figure du tennis de table américain, qui participa bel et bien aux championnats du monde de tennis de table en 1952, année où se déroule le récit de cette fiction.

Timothée Chalamet, acteur mimétique et surdoué, s’avère cependant formidable dans le rôle de Marty, un rôle qui lui va comme un gant. Il interprète Marty Mauser, un jeune garçon juif, orgueilleux, insolent et parfois inconséquent. Pongiste surdoué, Marty est vendeur de chaussures dans une petite boutique new-yorkaise afin de survivre. Il va tout faire pour essayer de devenir un champion reconnu et célèbre.

Entre personnage et personnalité

En tournée promotionnelle dans de nombreux médias — presse écrite, radio ou télévision — pour ce rôle qui pouvait lui valoir son premier Oscar, l’acteur de 30 ans affiche un mélange de séduction, de charisme naturel, d’arrogance et d’orgueil très similaire à celui du personnage de Marty qu’il incarne à l’écran.

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On ne sait plus très bien s’il s’agit de Timothée Supreme ou de Marty Chalamet. On peut penser que le personnage a déteint sur lui, ou qu’il s’agit d’une redoutable stratégie publicitaire pour l’emporter.

Lors de la cérémonie, l’acteur a été gentiment moqué par le maître de cérémonie Conan O’Brien : « La sécurité est renforcée ce soir… On a entendu dire qu’il pourrait y avoir des attaques venant des milieux de l’opéra et du ballet. »

M. Chalamet avait déclaré lors d’un long échange avec Matthew McConaughey il y a quelques jours : « Je ne me vois pas travailler dans la danse classique ou l’opéra, ou dans des trucs qu’on essaie de garder en vie alors que tout le monde s’en fiche. »

En fait, le jeune acteur est très représentatif du monde actuel du cinéma : un univers de gagnants talentueux et présomptueux, majestueux et arrogants, excellents à l’écran et suffisants à la ville, bien trop sûrs d’eux-mêmes et ne croyant qu’en leur propre conscience.

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Six Nations: un tournoi qui a donné le tournis

Les Bleus ont conservé leur titre in extremis samedi soir grâce aux sauveurs Ramos et Bielle-Barrey


En sport, et, semble-t-il, plus particulièrement en rugby, comme d’ailleurs en tout, la logique se révèle souvent facétieuse, pernicieuse, infidèle à elle-même, ainsi que l’a confirmé cette 26ème édition du Tournoi des Six nations.

Miraculeux

Oubliant que « l’imprévisible est une réalité prévisible », selon le pertinent propos de l’auteur de polars américain, Charles Willeford[1], aux Bleus, les devins chroniqueurs de l’Ovalie leur avait prédit le sacre suprême, le Grand Chelem. Ils ont dû se contenter avec quelques regrets du seul titre… pour la seconde année consécutive depuis que cette compétition a été portée à six avec l’inclusion de l’Italie en 2000, ce qui est loin d’être, avouons-le, négligeable. Le XV tricolore l’a décroché à l’issue, samedi, d’un palpitant, dingue de dingue, match, le 120ème contre l’Angleterre, au stade de France. Plus que toutes les autres confrontations entre ces deux nations, reines de l’ovalie, celui-ci a mérité son historique sobriquet de « Crunch », qu’en l’occurrence on peut traduire par « broyage ». Pour l’austère et très conservateur quotidien britannique, The Telegraph, ça été « l’un des matches les plus fous et trépidants » de l’histoire des Six Nations.

Alors qu’en tout, un déluge 13 essais ont été marqués (sept par les Français, six par les Anglais), les Bleus ne sont parvenus finalement à s’imposer que par une étriquée marge de deux petits points (48-46) grâce à une pénalité passée par Thomas Ramos, le buteur au pied droit qui ne tremble pas chaque fois qu’une transformation cruciale entre les poteaux se présente à lui. Et il l’a réalisée, cette pénalité, juste dans les secondes après l’expiration du temps réglementaire[2]. Pour les supporteurs croyants, elle ne peut qu’être la preuve de l’existence d’un Dieu tout puissant…

Coup de grâce

L’entame de la rencontre a été totalement échevelée. A la 7ème minute, c’est Louis Bielle-Biarrey, la flèche au casque rouge, meilleur marqueur du tournoi avec à son palmarès dans cette édition neuf essais, qui a inauguré un festival de chassés-croisés au tableau en marquant son premier de sa série de quatre (une rare prouesse) qui ne sera pas transformé. Trois minutes plus tard, le XV de la Rose prend l’avantage en en transformant un. Trois nouvelles minutes après, les Bleus, grâce au second essai de Bielle-Barrey transformé, les Bleus reprennent la tête. Et ainsi de suite jusqu’à la mi-temps où les Anglais sont devant (27-24). Et à trois minutes de coup de sifflet final, ces derniers semblent avoir réalisé un hold up sur le match en allant aplatir entre les poteaux et à la transformation immanquable leur donnant l’avantage d’un ténu petit point à 46-45.

Donc à moins d’un miracle, le sort fatidique des Bleus semble bien définitivement scellé. Et l’Irlande qui a vaincu par un 43 à 21 quelques heures auparavant l’Ecosse, tortionnaire de ces mêmes Bleus une semaine auparavant, peut rêver du titre. Mais, hélas pour elle, le miracle a eu lieu, ce XV de la Rose qui a réalisé sa pire campagne de toute son histoire dans cet ancestral tournoi, qui tenait la dragée haute à un XV tricolore refusant de capituler chez lui, a reçu le coup de grâce : la pénalité de la 80ème minute.

Cette 26ème édition des Six Nations restera dans l’histoire comme celle qui a donné le tournis tellement l’imprévisible est advenu. Ainsi, une Italie, pour la première fois, a vaincu l’Angleterre par un 23 à 18 et termine 4ème devant cette même Angleterre. L’Ecosse qui s’est incliné face à l’Irlande (43-21) que la France avait battue (36-14) a infligé aux Bleus une humiliante défaite en lui infligeant 50 points contre 40, la frustrant du Grand Chelem. Le Pays de Galles a obtenu son unique victoire contre l’Italie à Cardiff (31-17) qui avait vaincu l’Angleterre, et avait failli vaincre l’Ecosse qui termine 3ème. Les Gallois s’étaient inclinés (23-26) après une incroyable « remontada » des Ecossais en 2ème mi-temps. Comme l’a dit Fabien Galthié, le sélectionneur français, l’homme aux lunettes à grosse monture noire, « ç’a été un tournoi monstrueux, avec des scores fleuves ». En tout 109 essais ont été marqués, toutes les équipes ayant privilégié l’offensive à la défensive.

Avec maintenant ses huit titres dont deux fois deux consécutifs, la France est la championne des Six Nations. Elle devance l’Angleterre qui en détient sept, l’Irlande et Pays de Galle six, Ecosse et Italie aucun.


[1] Auteur notamment de Miami Blues

[2] En rugby, quand le temps réglementaire est écoulé, le match ne se termine qui si le ballon sort du terrain.

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March 15, 2026

Cardinal Parolin: «au monde angoissé, saint François offre joie et fraternité»

Le cardinal Secrétaire d’État a présidé une messe dans la basilique supérieure d’Assise à l’occasion de l’ostension extraordinaire des reliques du Poverello, pour le 800e anniversaire de sa mort: «La joie des petites choses est la réponse à l’angoisse et à la tristesse de notre génération.»

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Léon XIV clôt sa première série de visites pastorales dans les périphéries de Rome

En l’espace d’un mois, l’Évêque de Rome s’est rendu dans cinq paroisses situées dans les périphéries de son diocèse. Le Pape conclut cette première série de visites pastorales en se rendant dimanche 15 mars dans la paroisse Sacré-Cœur de Jésus dans le quartier de Ponte Mammolo, au nord-est de la capitale. Après avoir rencontré les jeunes, les malades et les personnes âgées, le Pape a célébré la messe devant plusieurs centaines de personnes, avant de s'entretenir avec le conseil pastoral local.

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L’assiette du nouveau monde

La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes de l’histoire. Au Chicahualco, la cheffe Mercedes Ahumada fait découvrir les saveurs, les couleurs et les épices de cette gastronomie simple mais délicate. Une culture ancestrale où chaque plat possède sa propre signification


La cuisine mexicaine est l’une des plus anciennes du monde puisque nombre de ses plats proviennent de civilisations disparues, souvent antérieures à l’arrivée des conquistadors. Mais elle est toujours méconnue. En France, on l’assimile encore trop souvent à une rapide street food alors qu’elle est, au contraire, une cuisine lente : « Il faut vingt-quatre heures pour préparer une bonne tortilla de maïs ! » nous apprend la cheffe mexicaine du Chicahualco, Mercedes Ahumada.

Alors que les Français consacrent de moins en moins de temps à la préparation de leurs repas quotidiens et consomment de plus en plus de plats préfabriqués trop gras, trop salés, trop sucrés (résultat : 47 % d’entre eux sont en surpoids, 17 % obèses), découvrir les beautés simples de cette gastronomie respectueuse de la terre et de la nature devrait nous redonner envie d’aller acheter de bons produits au marché pour préparer en famille le guacamole et les boulettes de viande aux haricots et au piment.

« Dans mon restaurant, les gens pleurent souvent à table. Beaucoup d’Américains viennent pour retrouver le goût des plats que leur faisait leur cuisinière mexicaine quand ils étaient enfants, et ça les bouleverse. » Lors de mon passage, j’ai pu observer ce phénomène. Un couple venu de Nice avait réservé une table pour fêter ses fiançailles. Un trompettiste et un guitariste mexicains jouaient devant eux à tue-tête pendant que l’homme tenait les mains de sa future en la regardant droit dans les yeux et ses larmes coulaient…

Née au village de Chicahualco, au sud de Mexico, Mercedes cuisine depuis l’âge de 11 ans : « Dans les campagnes, on apprend à cuisiner de mère en fille, pas seulement pour nourrir sa famille, mais aussi pour célébrer les fêtes qui jouent toujours un rôle essentiel dans le lien social : on fête les semailles, les récoltes, les saints patrons des villages, les morts, les mariages, les baptêmes. Nous nous réunissions à cinquante pour préparer ces repas… Chaque plat possède une signification particulière. »

Son barman me sert un délicieux cocktail glacé confectionné avec du mezcal fumé, du tamarin acidulé et du piment : un breuvage ensorcelant qui me met soudain en contact avec les esprits du Yucatan.

Le mezcal, soit dit en passant, peut d’ailleurs très bien accompagner le repas, car le sel faisant saliver, on n’en savoure que mieux le côté fumé de cet alcool typiquement mexicain. Produit à partir de plusieurs variétés d’agave, cuites dans des fours creusés à même le sol avant d’être distillées, il est au Mexique ce que les malts d’Islay sont à l’Écosse : l’expression d’un terroir et d’un savoir-faire uniques !

La cuisine mexicaine est archaïque au sens le plus noble du terme : elle perpétue le commencement des choses et de la vie. Elle est aussi le reflet de paysages contrastés. Imaginez ainsi, au nord, depuis la frontière avec les Yankees, ces immenses déserts peuplés de cactus géants. Plus on descend vers le sud (en direction du Guatemala) plus les paysages deviennent verts et luxuriants. C’est là que se trouve son foyer archéologique. Bien avant l’arrivée des Espagnols, les Méso-Américains (descendants directs des Mayas, des Olmèques et des Aztèques) y cultivaient déjà, depuis des milliers d’années, le maïs multicolore, les piments, les haricots, les tomates, les avocats, les citrouilles, le cacao et même la vanille… Les Mayas avaient inventé un mode de culture très intelligent (la milpa) qui leur permettait de faire pousser le maïs, les haricots et la citrouille (« les trois sœurs ») en même temps : le maïs, planté en premier, servait de tuteur au plant de haricots ; celui-ci donnait à la terre l’azote dont elle a besoin ; pendant que la citrouille, elle, gardait le sol humide et empêchait la prolifération des mauvaises herbes. Cette manière très saine de cultiver la terre est toujours pratiquée aujourd’hui par les paysans qui n’ont aucune envie de s’empoisonner avec le Round-Up de Monsanto.

Mole Chicahualco : mole aux quatre piments, magret de canard, banane plantain, tortillas de nixtamal et graines de sésame.

Pour ce qui est des protéines animales, les Méso-Américains mangeaient de la biche, du chien, de la dinde, de l’iguane (« ça a un goût de poulet », nous dit Mercedes), du tatou, du lapin et des insectes au goût de miel sauvage.

De leur côté, les Espagnols apportèrent au Mexique le blé, le bœuf, le porc, l’agneau, la chèvre, le poulet, le lait, le fromage, le riz, les agrumes, l’ail, le poivre, le safran, le romarin, l’anis. Avant d’être bu avec du sucre, le cacao sacré des Aztèques fut d’abord utilisé par eux pour enrichir les sauces des ragoûts. On était donc déjà dans la « cuisine fusion » ! 

« Les femmes mexicaines ont perpétué une pratique ancestrale : la nixtamalisation, qui consiste à faire bouillir le maïs dans une eau rendue alcaline grâce à l’ajout de cendres de bois ou de chaux. Les grains de maïs perdent ainsi leur enveloppe, libèrent tout leur goût et deviennent plus faciles à moudre. » Transformés en farine, ils vont donner naissance à la pâte souple des tortillas, des galettes fines et rondes, sans matière grasse, qui, fraîchement cuites, sont merveilleusement digestes. Précisons que le vrai maïs mexicain possède de surcroît une saveur bien à lui, moins sucré que son cousin européen.

Pour séduire le palais de ces snobs de Français, Mercedes mitonne des plats de fête régionaux. Ainsi en est-il de sa queue de langouste des Caraïbes marinée dans une sauce aux piments fumés. Le Mexique est la terre natale des piments. Frais, séchés ou fumés, ils entrent dans la composition des sauces traditionnelles, les mole (prononcer « molé ») qui accompagnent les plats de viande et de poisson. Le plus célèbre est le mole poblano produit dans l’État de Puebla, au centre du pays : un mélange de piments séchés, d’épices, de fruits à coque et de fruits séchés, de graines, de tomate et de chocolat, dont la préparation demande plusieurs jours ! 

Quant au guacamole, tellement frais et facile à préparer chez soi, pas question d’y ajouter de la poudre de perlimpinpin : « avocats, tomate en dés, oignon haché, coriandre fraîche, piment, citron, et c’est tout ! »

Piedra del Sol : chocolat noir, mousse de maïs, pâte de fruits et gâteau d’épices.

Chicahualco

77, rue la Condamine, 75017 Paris, tél. 06 49 47 96 49, www.chicahualco.fr.

Compter 17 euros l’entrée, 29 euros le plat. Pour le dessert, essayez la tête de mort au chocolat…

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Grande Galerie

Dominique Fernandez nous prévient d’emblée : « Ce ne sont pas des biographies d’écrivaines et d’écrivains que je propose ici, ni même des portraits-souvenirs, mais ce que j’ai pu comprendre de leur personne et de leur œuvre à travers un commerce suivi » …


Le romancier et essayiste, élu à l’Académie française en 2007, prix Goncourt 1982 pour Dans la main de l’Ange, ajoute qu’il n’y a aucun vivant dans ce livre intitulé À vous, troupe légère, vers tiré des « Regrets » de Joachim Du Bellay, histoire sûrement de ne pas froisser ses collègues encore en activité. C’est que Dominique Fernandez est un spécialiste de la phrase tranchante comme un couteau de boucher. J’en avais fait les frais lorsque j’avais publié mon premier ouvrage, Robert Brasillach, l’illusion fasciste, chez Perrin (1989). Comme je n’avais pas, ou peu, parlé de la vie privée de l’écrivain collaborateur et antisémite, entendez que je n’avais pas évoqué ouvertement son homosexualité supposée, le verdict était tombé, sans appel : ma biographie ne valait pas tripette.

20 grandes figures

Les vingt chapitres consacrés à de grandes figures intellectuelles européennes raviront celles et ceux qui ont connu la période bénie où la littérature et la musique rythmaient l’existence d’une élite cosmopolite et cultivée. Le tout-Paris pouvait s’enflammer pour l’élection de Cocteau à l’Académie française, comme le rappelle Dominique Fernandez. Allait-on laisser entrer sous la coupole un homosexuel ? François Mauriac avait prophétisé : « Il ne sera jamais élu… » Le jeune Fernandez, venu rendre visite à l’auteur de Genitrix, rapporte ses propos et ajoute que Mauriac avait, de sa voix éraillée, précisé : « À cause de ses mœurs ! » Cocteau fut élu sans la voix de Mauriac. Charles Trenet et André Téchiné n’eurent pas cette chance. Ils furent refusés « à cause de leurs mœurs ».

L’un des plus émouvants portraits de cette Grande Galerie est peut-être celui d’Hélène Carrère d’Encausse. C’est elle qui incita Dominique Fernandez à rejoindre les rangs de l’Académie française. L’écrivain finit par accepter en disant qu’il afficherait ouvertement son homosexualité. Un lien indéfectible le lie à Hélène Carrère d’Encausse, décédée d’un cancer, le 5 août 2023. Ce n’est pas seulement leur russophilie littéraire qui les rapproche, c’est d’abord et avant tout d’avoir eu des « pères coupables ». Celui de Carrère d’Encausse fut interprète de russe auprès des nazis, à Bordeaux. Il fut arrêté par des résistants, probablement fusillé, puis jeté dans une fosse anonyme. Pas de trace, pas de sépulture, l’effacement. Ramon Fernandez, le père de Dominique, fut un critique littéraire de grand talent. D’abord communiste, il rompit avec la gauche et devint partisan de Franco pendant la guerre d’Espagne, adhéra au Parti populaire français de Doriot, en 1937, fréquenta le gratin de la collaboration, se fâchant toutefois avec Céline qui l’accusa de défendre « les youpins ». À la mort de Bergson, en 1941, Ramon Fernandez avait rendu au philosophe un vibrant hommage dans La Nouvelle Revue française, « malgré l’interdiction des Allemands de prononcer l’éloge d’un juif », rappelle son fils, auteur de la biographie Ramon. Disparu le 2 août 1944, ses obsèques furent célébrées en l’église Saint-Germain-des-Prés remplie d’officiers allemands et de personnalités collaborationnistes. François Mauriac sortit de sa cachette pour rendre un dernier hommage à l’ami et au critique littéraire, « dissimulé derrière un pilier » indique Dominique Fernandez. À méditer en une période où il faut absolument se conduire de façon binaire. Pour revenir à Hélène Carrère d’Encausse, Dominique Fernandez résume : « Nous portions chacun la même tare et le même déshonneur, le même chagrin et le même fardeau à partager, la même faute à expier (…). Marqués du même stigmate, nous étions frappés du même péché originel. »

A lire aussi: Daniel Rondeau, ou l’art majeur du roman

Comprendre les écrivains, les saisir de l’intérieur, après des années de connivence, tel est l’enjeu de ce livre intimiste. Marguerite Duras ouvre le bal, si j’ose dire. Elle publia son deuxième roman, La Vie tranquille, chez Gallimard grâce à la recommandation de Ramon Fernandez. Elle était donc collabo. On le savait car elle l’avait consigné dans L’Amant, son chef d’œuvre. Puis elle devint communiste, sous l’influence de Dionys Mascolo. Dominique Fernandez raconte une scène durassienne, en 1978, dans un bar d’hôtel, dans le vieux quartier de Barcelone. Duras boit beaucoup de vodka et parle de Ramon à son fils. Elle tente de minimiser leur engagement idéologique. Elle dit : « Notre destin n’est pas notre œuvre. » Dominique Fernandez ne tombe pas dans le piège. À propos de son père, il affirme, non sans courage : « Vieux routier de la vie politique, on ne peut donc pas dire qu’il ne savait pas dans quoi il s’engageait. » Les autres portraits sont parfois amicaux, sans jamais être complaisants. Parfois l’Académicien est aussi féroce que son camarade Angelo Rinaldi, disparu en 2025. Il conclut le chapitre qu’il lui consacre par cette phrase : « Écrivain de la nuit, comme ceux dont la blessure se ravive aux rayons du soleil. » Fidèle, il rend hommage au talent littéraire de Frédéric Mitterrand. Il ne cache cependant pas son tourisme sexuel, révélé par le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, dans La Mauvaise Vie. Il condamne sans ambiguïté les rapports, souvent tarifés, avec des mineurs. Mais au-delà de cette condamnation, il affirme que ce livre-confession est « un livre de moraliste, un examen de conscience, presque un traité de morale, sur un sujet épineux ; une étude de caractère, dans la grande tradition française, analytique et pessimiste. » Notre époque hautement puritaine ne tolère plus ce genre de littérature. Peu avant d’être terrassé par le cancer, Frédéric Mitterrand demanda à Dominique Fernandez : « Comment as-tu résolu, toi, le problème de ta vie amoureuse ? As-tu découvert le secret qui me manque, qui continue à m’échapper ? »

A lire ensuite: Patrice Jean contre le prêt-à-penser

Certains romans, certaines autobiographies sont là pour permettre de nous éclairer sur nous-mêmes, sans pour autant apporter de réponse convaincante. Certains écrivains nous bousculent dans nos certitudes confites. Ils deviennent alors nos compagnons avec lesquels nous conversons en silence. Je ne suis pas d’accord avec Dominique Fernandez quand il écrit : « D’un écrivain qui disparaît, on se console vite. Il y en a tant qui le valent ou lui sont supérieurs ! » Ma table de chevet lui prouverait le contraire. C’est probablement pour cela que le portrait qui m’a le plus touché est celui de Milan Kundera, mort en 2023. La dernière visite de Dominique Fernandez à l’auteur de La Plaisanterie, impasse Récamier, à Paris, est poignante. Il révèle « un homme dépossédé de lui-même, égaré dans une voie sans retour, perdu, englouti par l’abîme, mais gardant dans sa chute une incomparable majesté. »

Dominique Fernandez, À vous, troupe légère, Grasset. 320 pages

A vous, troupe légère

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Le flipper des souvenirs

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


La Sauvageonne et moi avions besoin de changement. Par une fin d’après-midi noire comme l’humeur bluesy de Jimmy Reed, nous décidâmes de franchir la porte de L’English Pub, situé au 18, port d’Amont, en bordure du quartier Saint-Leu, à Amiens. C’est étrange que, jamais, je ne fusse entré dans ce bar ; j’ai pourtant résidé à quelques centaines de mètres de celui-ci lorsque je suis arrivé dans la capitale picarde, en 2003. Considérais-je alors que ce lieu se situait trop près de mon appartement ? Peut-être. A l’époque, j’aimais baguenauder, me rafraîchir l’esprit en marchant, après avoir ingurgité, tel un Mac Orlan amiénois, des bières en compagnie de compagnons d’infortune. Mais ce soir-là, j’avais envie d’une Guinness. La tentation était trop forte. « Viens ! Entrons ! », fis-je, péremptoire à l’endroit de ma Sauvageonne. Devant le ton autoritaire que j’employai (la soif m’a toujours rendu mauvais), elle ne broncha pas. A peine arrivés devant le zinc, l’atmosphère se détendit. Nous fûmes accueillis par deux jeunes hommes fort sympathiques, souriants, pas de ces mufles renfrognés que la modernité imbécile prend un malin plaisir à produire (ces jeunes crétins qui font reposer sur votre tête de septuagénaire et de boomer tous les malheurs du monde actuel : réchauffement climatique, guerres diverses, pollutions, société patriarcale, etc.). Bref : ces jeunes gens tolérants savaient vivre et ne reprochaient rien au vieux yak que je suis. Au contraire, l’un des deux s’appliqua à servir ma Guinness dans la règle de l’art, lentement, avec la grâce nécessaire qui rend joyeux le dipsomane que je suis aussi. La Sauvageonne, bien plus jeune que moi, ne craignait rien ; tout de suite elle attira sur elle les regards bienveillants de la clientèle juvénile, et certainement étudiante. Alors que je dégustais la Guinness, je me revoyais, cinquante ans plus tôt, dans un pub du Connemara, près de Galway, en Irlande, en compagnie de mon bon copain Jean-Luc Péchinot, étudiant, comme moi, de l’Ecole de journalisme de Tours. Tous deux fils de cheminots, donc bénéficiant de tarifs de transports ferroviaires très abordables, nous nous étions accordé un voyage touristique au pays (natal) de Rory Gallagher et (d’adoption) de Michel Déon. Je me mis à rêver de cette Irlande qui me manque. Mordu par la nostalgie, j’étais sur le point de verser une larme quand j’aperçus le flipper. Un flipper dans un café. Cela faisait des années que je n’en avais pas vu. Incroyable ! « Oui, décidément, ces jeunes gens savent vivre ! », songeai-je, abasourdi par la joie. Après avoir fait de la monnaie, je fonçai vers le jeu et m’adonnai à plusieurs parties. La Sauvageonne m’observait, amusée. Elle m’avoua, qu’elle aussi, avait joué au flipper alors qu’elle était lycéenne. (« Ce qui n’est pas si vieux », songeai-je, un brin concupiscent.) Une fois encore, des souvenirs me tarabustèrent le ciboulot. Je me revoyais, collégien, à Tergnier, après les cours, au café des Quatre-Chemins. Avec moi, des copains d’adolescence : Gilles Gaudefroy, dit Fabert (RIP), Michel Laurent (RIP ; je le surnomme Rico dans mon roman Des petits bals sans importance), Jean-Paul Déchappe, Yves Locqueneux. Nous disputions des parties acharnées de flipper en buvant nos premières bières pression. (Il y en aurait d’autres, beaucoup d’autres par la suite…) On fumait aussi des Gauloises et des Baltos. Entre mecs, nous roulions des mécaniques en regrettant que Béatrice, Marie-Christine, Régine, nos copines collégiennes ne pussent nous admirer. Il me fallut ingurgiter une autre Guinness pour revenir dans la réalité de ce jour du 25 février 2026, à 20h12. Puis, l’ébouriffée et moi quittâmes les lieux pour cheminer dans une nuit plus noire que la bière de Dublin.

Des petits bals sans importance

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Un nouveau souffle

Pendant 105 minutes, Monsieur Nostalgie s’est cru en 1959 et il s’est senti dans son biotope. Pourquoi faut-il absolument voir Nouvelle Vague de Richard Linklater (disponible désormais en streaming ou en VOD) couronné de quatre César qui raconte le tournage d’A bout de souffle de Jean-Luc Godard ?


En préambule, Nouvelle Vague est un film de cinéma sur le cinéma qu’il faut voir au cinéma. Après l’obtention de quatre César fin février, notamment celui de la meilleure réalisation et de la meilleure photographie, certaines salles l’ont reprogrammé pour une expérience réellement immersive. La fiction vient alors percuter la réalité historique, l’onde nostalgique nimbe chaque centimètre de cette pellicule.

Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo reprennent vie, rue Campagne-Première, dans leur insouciante marche vers la gloire. Faute de grand écran, à la maison, chez vous, Nouvelle Vague se laisse regarder non pas comme un film documentaire, patrimonial, cinéphilique et verbeux mais comme un horizon nouveau pour les générations nées après 1959. Celles qui n’ont connu que les lamentations et les regrets. Une société, des Hommes et des attitudes, des réflexes et des pensées, s’ouvre à nous et nous sommes éblouis par leur miroitement. C’était donc ça, la fin des années 1950, dans une France en guerre qui ne disait pas son nom, dans un Paris primesautier pavé de noir et blanc, et dans la rédaction des Cahiers du cinéma où de jeunes théoriciens poseurs, repus de salles obscures, ratiocineurs et géniaux ; ils s’appelaient Truffaut, Chabrol, Rivette, Rohmer ; réinventaient un art assurément majeur sous l’œil bienveillant de Rossellini et de Bresson.

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Nouvelle Vague de Linklater capture l’instantané d’une époque fugueuse et lointaine, le mouvement d’une émancipation, la ronde des contraires, une tarentelle désordonnée qui aboutira à un « chef d’œuvre ». Au fond, les problèmes techniques, rhétoriques, scénaristiques, les relations entre le réalisateur et ses acteurs, entre le réalisateur et son producteur, toute cette révolution en marche que fut la construction d’un premier film en 20 jours de tournage, va bien au-delà d’une leçon de cinéma. Nouvelle Vague est libre et frondeur, ambitieux et évident, intellectuel et compréhensible par tous, il redonne foi en son pays. Quand le doute vous empêche d’avancer, quand le spectacle désolant de l’actualité colore votre moral, Nouvelle Vague est un antidote de premier secours. Il dit, il raconte, il expose ce que notre exception culturelle, largement boursouflée de nos jours, avait d’insolente et d’entraînante. Le monde entier nous regardait avec une forme d’admiration et avait l’air de dire : Chapeau les artistes !

Nouvelle Vague n’est pas un film sur la mécanique d’un système, sur la concrétisation d’un rêve de critique qui passe d’une idée non écrite aux travaux pratiques ; au contraire, Nouvelle Vague est une idée de la France d’avant, une idée pérenne, une idée que l’art est un puissant dérégulateur commun, qu’il est une manière de s’affranchir et aussi de se révéler. Dans une époque boueuse et mouvante, Nouvelle Vague nous remet les idées en place, nous entrons dans un état virginal où tout était possible et où finalement, un Suisse énigmatique et joueur, sur un va-tout, par son obstination et son inflexibilité, trouvera une voie étrange et fascinante de filmer, d’approcher l’insaisissable ondulation du quotidien. Pourquoi ce film d’époque, en costume, tout en allégresse et en virtuosité, nous séduit-il autant sur un cas d’école susceptible d’intéresser uniquement des étudiants en cinéma ? Parce que Nouvelle Vague nous montre une autre France, une France décomplexée, cette irrévérence joyeuse a disparu ; on y respire enfin le souffle d’une nation portée par l’éclat et la rupture, sous le potache se niche la complexité de l’Homme. Nous avons perdu cet appétit de vivre. Nouvelle Vague, c’est un bain de jouvence. Dans les rues de Paris, les Dauphine et les 403 prennent la pose, elles sont éclipsées parfois par l’apparition d’une longue et discordante américaine.

A lire aussi: Daniel Rondeau, ou l’art majeur du roman

Godard (Guillaume Marbeck) n’interagit que par citation allusive et provocations salutaires. Belmondo (Aubry Dullin) est d’une décontraction souveraine, son naturel éclabousse et, en outre, il se révèle un bon camarade comme avec ses copains du Conservatoire. Raoul Coutard (excellent Matthieu Penchinat) a l’aplomb amusé du sergent de la Coloniale. Et puis, il y a Jean (Zoey Deutch), avec ou sans le Herald Tribune, avec ou sans marinière, elle est de ces beautés qui troublent et enchantent, qui nous dépossèdent et qui nous accompagnent longtemps après.


Disponible sur Canal VOD.

Les tendresses de Zanzibar

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Léon XIV appelle les responsables de la guerre au Moyen-Orient à cesser le feu

Au seizième jour de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, le Pape Léon XIV renouvelle son appel au dialogue et à la paix dans la région, entrainée dans une spirale de violence aux conséquences humanitaires désastreuses. À l’issue de l’Angélus, le Saint-Père a eu une pensée particulière pour le Liban, où la population est prise en otage de l'affrontement entre le Hezbollah et l'État hébreu.

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Angélus: la foi nous ouvre les yeux sur les souffrances de l'humanité

Dans son commentaire de l’Évangile, lors de l’Angélus de ce quatrième dimanche de Carême, Léon XIV a appelé les fidèles à faire preuve d’une foi «éveillée, attentive et prophétique», nécessaire pour faire face aux situations dramatiques d'injustice et de souffrance qui marquent notre époque. Le Pape a exhorté les chrétiens à s'engager pour «la paix, la justice et la solidarité».

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Des règles réglementées

Quand la théorie du genre vide les bancs de la fac de Limoges


Quand, en octobre 2025, l’université de Limoges a décidé d’expérimenter le congé menstruel, elle ne s’attendait probablement pas à des péripéties dignes du film Les Sous-Doués.

Le dispositif, initialement réservé aux étudiantes souffrant de règles douloureuses, permet de poser jusqu’à dix jours d’absence par an d’un simple clic, sans justificatif ni certificat médical. Jusque-là, rien que de très louable. Mais le ver de l’abus est dans le fruit de l’inclusivité. « Pour éviter une discrimination », la mesure a été ouverte « à tous les étudiants, sans distinction de genre », explique le vice-président de l’université, Raphaël Jamier. 50 aspirants-ingénieurs mâles de l’ENSIL-ENSCI y ont vu l’occasion rêvée de sécher les cours en toute impunité : en quelques semaines, une centaine de jours d’absence ont été recensés. Face à l’ire d’enseignants confrontés à des amphis clairsemés, mi-décembre, la vice-présidence de la faculté siffle la fin de la récré dans un courrier adressé à l’ensemble des étudiants. « Nous en profitons pour rappeler qu’il s’agit bien d’un congé menstruel et pas mensuel, l’orthographe ayant un sens en français. »

A lire aussi: Son cul sur la commode

Dans un verbiage où les truismes le disputent aux lapalissades, elle rappelle que la mesure est « destinée aux personnes menstruées », avant de conclure ingénument que « toute personne ne pouvant biologiquement souffrir d’un syndrome menstruel ne peut en bénéficier ». Il aura donc suffi d’une poignée de tire-au-flanc pour que les autorités académiques soient forcées d’admettre, in fine, la prévalence de la biologie la plus élémentaire sur les beaux discours d’indifférence au genre. Mais l’appétit égalitaire, enivré d’abstraction, est insatiable. Il plie, mais ne rompt pas. Et n’entend surtout pas s’embarrasser de l’inégalité réelle des corps. Le 12 février, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à la « pleine reconnaissance des femmes trans comme femmes ».

Fâcheuse perspective, qui donne envie de faire l’école buissonnière.

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March 14, 2026

Un père pape

Les Chaillées de l’enfer, de Léo Boudet. Sortie le 18 mars


En reprenant le nom d’un condrieu exceptionnel pour titrer son documentaire, Les Chaillées de l’enfer, Léo Boudet joue malicieusement sur les mots. Si cette cuvée mythique des côtes du Rhône septentrionales est « infernale », c’est parce que, bouleversements climatiques aidant, la production devient un véritable défi.

Sur les pentes terriblement escarpées de la côte-rôtie et du condrieu, Christine Vernay, fille de Georges, surnommé « le pape du Condrieu » et aujourd’hui décédé, a repris ce splendide domaine pour pérenniser l’œuvre paternelle. Images magnifiques, musique d’Alexandre Desplat, moments de tension et de suspense, gestes ancestraux et dégustations merveilleuses, tout concourt à faire de ce film de cinéma une ode idéale à un terroir et à ceux qui le travaillent jour après jour pour lui faire donner le meilleur.

Et au milieu, la superbe histoire d’une transmission quasi muette entre un père et sa fille, puis désormais, entre cette dernière et sa propre fille.

1h42

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Léon XIV prend possession de son appartement au Palais apostolique

Le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège a confirmé aux journalistes que le Saint-Père emménageait dans l’appartement apostolique historique. Dans l’après-midi de ce samedi 14 mars, il quittera le Palais du Saint-Office, où il a résidé durant les dix premiers mois de pontificat.

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Retour à Mohammedia

Dans Tendre Maroc, Emmanuelle de Boysson revient sur les lieux de son enfance et signe un roman d’apprentissage aussi mélancolique que joyeux.


« On vient de son enfance comme on vient d’un pays » écrivait Saint-Exupéry. Le dernier roman d’Emmanuelle de Boysson en donne une belle illustration. Tout commence pour elle à Mohammedia, petite ville de l’ouest marocain à quelques encablures de Casa, où elle va vivre de six à 13 ans. Des années essentielles pour comprendre la femme et l’écrivaine qu’elle est devenue. Là, près de l’océan, son héroïne qui lui ressemble comme une sœur va découvrir l’amour, la sensualité mais aussi le manque, la douleur. Longtemps Emmanuelle de Boysson s’est interdit d’écrire sur son enfance. Et puis, en 2022, une expérience l’a terrassée qui a changé la donne. Elle la raconte dans Un coup au cœur – livre poétique et lumineux. Pendant trente minutes de battre son cœur s’est arrêté. Une expérience de mort imminente dont on ne ressort pas indemne. L’idée s’est alors imposée de revenir à l’enfance. Emma a six ans quand elle quitte la France pour le Maroc. Elle est l’aînée d’une fratrie de cinq enfants. « Celle qui ne se plaint jamais ». Son père, « un doux rêveur converti en entrepreneur », est ingénieur et dirige une industrie cotonnière. Sa mère, Blanche, est femme au foyer. Terme exact mais néanmoins réducteur pour désigner une femme qui n’a de cesse d’aider les plus démunis, partant chaque jour à l’assaut des bidonvilles pour distribuer nourriture et soins de première nécessité.

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Des parents qui ont en commun un idéal chrétien et entendent bien se démarquer des colons qui les ont précédés. Autant de pieuses intentions qui chagrinent parfois la petite fille. Comment comprendre que sa mère donne à une petite mendiante sa poupée préférée ? Comment comprendre qu’elle passe plus de temps avec ceux qui n’ont rien, qu’avec elle « qui a tout » ? D’autant que Blanche ne se distingue guère par son instinct maternel. Jamais un geste affectueux. Jamais un encouragement. Emma en souffre mais serre les dents. Devenue adulte, elle cherchera à élucider le manque d’amour qui semble se transmettre dans sa famille de mère en fille. Pour l’heure elle fait tout pour plaire à sa mère. Dans l’espoir d’attirer son attention. En pure perte la plupart du temps. Alors elle se réfugie dans les livres. Elle lit tout et tombe par hasard sur le Journal d’Anne Frank. C’est la révélation. Elle veut écrire comme elle et désormais n’a qu’un rêve : devenir écrivain. A la faveur d’une rédaction elle comprend que : « écrire signifie composer, sculpter, tailler, modeler et jouer de ses émotions comme des couleurs d’une palette ». Elle s’y emploiera un jour. Plus tard. Quand il n’y aura plus ce garçon qui lui fait battre le cœur. Un certain Medhi, un petit Marocain, dont on lui explique qu’il n’est pas de son monde. Mais le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. Alors Emma s’enhardit. Brave les interdits. Jusqu’à une rencontre fatale dans la palmeraie de la Merzouga. Portrait touchant d’une enfant en manque d’affection, Tendre Maroc décrypte avec beaucoup de justesse la complexité des rapports mère-fille et brille à chaque page de la lumière incomparable de ce pays.

Tendre Maroc d’Emmanuelle de Boysson Calmann Lévy, 200 pages

Tendre Maroc

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Une conférence de Caritas Africa pour réfléchir à une charité plus dynamique

La confédération d’organisations catholiques d’aide sociale opérant en Afrique, Caritas Africa organisera une rencontre axée sur l’encyclique “Deus Caritas Est”, du 16 au 20 mars prochain à Abidjan en Côte d’Ivoire. Une occasion de célébrer la mission de Caritas comme expression visible de l'amour de l'Église, mais aussi d’engager les participants évêques, les responsables ecclésiastiques et partenaires dans une réflexion renouvelée sur le service de la charité.

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La Byzance mystique de Léon Bloy

Dans l’historiographie byzantine du XXe siècle se dresse un livre curieux: Constantinople et Byzance de Léon Bloy, fraîchement réédité aux éditions L&R. Un texte qui interroge avec véhémence le destin d’un empire oublié.


« Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive » (Matt., 10 ; 34). De tous les enseignements du Christ, il semblerait que ce soit celui-là que Léon Bloy (1846-1917) ait le mieux retenu. Catholique féroce et grand imprécateur, cet écrivain de l’absolu s’est forgé un destin de paria des lettres. Ombrageux, intolérant et volontiers mystique, son caractère s’accordait mal à l’atmosphère bourgeoise de la IIIe République naissante. Toute sa vie, l’écrivain s’est peint en « belluaire », et occupa à grands coups de pamphlets la place de maudit qu’il convoitait autant qu’il souffrait de la « conspiration du silence » autour de son œuvre.

Le symbole comme structure de l’Histoire

Une grande partie de cette dernière est consacrée à des études historiques. Initié à l’exégèse symbolique par un abbé rencontré sur les lieux des apparitions de la Salette, il resta toute sa vie hanté par la possibilité vertigineuse d’interpréter les événements historiques « comme les hiéroglyphes divins d’une révélation par les symboles ». Napoléon est « la face de Dieu dans les ténèbres », Christophe Colomb « le Précurseur du Paraclet », Louis XVII une « apparence de Dieu »… Saint Paul dit dans ses lettres aux Corinthiens que nous voyons les choses « de manière confuse, comme dans un miroir ». C’est le pilier de la compréhension bloyenne de la vie terrestre. Les grandes figures du monde sont les acteurs de la Providence, et autant acteurs qu’énigmes dans le miroir déformant que nous renvoie la réalité.

Déceler dans le passé la main providentielle de Dieu, et constater notre impuissance à assimiler tous ses indices, voilà les raisons de l’intérêt de Bloy pour l’histoire. Celle de Byzance, empire crépusculaire et violent, a tout pour lui plaire. Il fonde son exégèse sur la lecture de L’épopée byzantine au Xe siècle de Gustave Schlumberger, byzantiniste réputé. Le Xe siècle byzantin est un puzzle difficile à assembler : de l’aveu même de l’historien, c’est « la période la plus obscure du moyen âge byzantin… […] J’ai dû la restituer à peu près de toute pièce. » De quoi conforter l’écrivain dans sa vision d’une histoire humaine profondément mystérieuse.

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Dans cette époque de chamboulements, les protagonistes se nomment Basile, Nicéphore, Théodora… les Bardas s’appellent Phocas ou Skléros, les dynasties sont celles de Comnène ou des Paléologues, et les impératrices sont « porphyrogénètes »De quoi satisfaire les appétits d’exotisme. À ce banquet de dorures et de pourpre, Bloy se jette sur la viande rouge. Les récits d’invasions succèdent aux meurtres, les lynchages publics aux assassinats. Avec lui la guerre ne subit le retard d’aucune diplomatie, et encore moins d’une pompeuse stratégie militaire. Seul importe le décompte des morts, autant d’âmes parties à Dieu ou à diable.

Les hécatombes de la Providence

Il nous conte avec délices les exploits de l’empereur Basile II, « le bulgaroctone », ou tueur de Bulgares, « qui avait décrété l’extermination de ces brigands héréditaires et qui eut le bonheur d’y parvenir après vingt-cinq ans d’une guerre atroce ». Tout massacre est une jubilation, puisqu’il est un prélude au Jugement Divin. Les batailles se succèdent, les corps s’empilent, et les princes orientaux font montre d’une charmante ingéniosité dans la barbarie. « En Arménie, un certain émir, longtemps prisonnier des impériaux et enfin délivré par les Seldjoukides vainqueurs, pour se venger des souffrances de sa captivité, fit creuser une fosse de la hauteur d’un homme. Il la fit remplir du sang des prisonniers qu’il donnait l’ordre de massacrer. Puis il y descendit et s’y baigna “pour noyer la rage dévorante de son cœur.” » Une constellation d’horreurs qui ne peut que fasciner Bloy, l’affamé d’Apocalypse qui attendait « les Cosaques et le Saint Esprit ».

Les bouleversements militaires et les crimes de palais, aussi irrationnels qu’ils nous paraissent, deviennent sous la plume du Belluaire de mystérieuses circonvolutions du grand plan divin. Même les zones d’ombres sont suspectées d’être des symboles cachés. Basile II est « celui des grands hommes dont il fut le moins écrit, comme s’il y avait en lui un secret, comme s’il était le gardien formidable d’une des clefs de la symbolique Histoire au moyen desquelles doit s’ouvrir, un jour, le Paradis récupéré ». L’homme est démuni face à l’obscurité fondamentale des événements : « Mon ami, mon frère tourne le coin de la rue. Je ne le vois plus que dans ma mémoire, qui est aussi mouvante et aussi profonde que la mer. J’en suis aussi séparé que par la mort. Il est toujours, je le sais bien, sous l’œil de Dieu, mais pour moi, il est tombé dans un gouffre. Ce coin de rue, c’est n’importe quel tournant de l’Histoire. »

Byzance ou l’arène du crime

Après le Bulgaroctone, place aux aventures de Zoé, « une des plus illustres farceuses dont l’histoire fasse mention ». Cette impératrice quinquagénaire délaisse Romain III, son empereur de mari, au profit d’un jeune homme de basse extraction. Après la mort de Romain — sans doute empoisonné —, Zoé couronne avec empressement son amant. Schlumberger commente : « Un adolescent de naissance obscure, hier encore inconnu, assis sur le trône séculaire des basileis successeurs de Constantin, représentant de Dieu sur la terre, devenu le maître absolu d’une moitié du monde connu, par le caprice insensé de sa vieille amante. »

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Cet éphèbe couronné sera Michel IV, auquel succédera l’éphémère Michel V, qui verra le peuple se soulever contre lui et finira les yeux crevés. Vient ensuite Constantin IX, honni par Bloy, mais dont le règne sanglant ne laisse pas de l’éblouir : « Jamais un règne ne fut plus amusant. Quand on ne massacrait pas en Arménie, on coupait en morceaux sur le Danube. Aucun moyen de s’ennuyer. » Michel VI, à peine évoqué, vient mettre un terme à ce curieux essai, où l’énormité supposée des événements transcende l’exactitude historique.

Une vie sous le signe de la fin des temps

Constantinople et Byzance est édité dans sa version définitive en 1917 (l’année même de la mort de Bloy), mais la plus grande partie du texte date de 1905. Les derniers écrits de Bloy sur l’histoire sont dans Jeanne d’Arc et l’Allemagne (1915). Les développements symboliques s’y font plus rares. C’est qu’entre temps une guerre cataclysmique a éclaté. L’auteur du Désespéré voit advenir les conflagrations qu’il prophétisait. Cette histoire en mouvement est bien moins chargée en obscurité: elle révèle plus qu’elle ne voile.

Né en 1846, année des apparitions de la Salette, Léon Bloy meurt l’année de celles de Fatima. Dans ces deux villages, la Vierge transmet des messages d’Apocalypse. Bloy ne verra pas la fin de la Première Guerre mondiale, caressant peut-être l’espoir de s’éteindre avec l’humanité.

146 pages

Constantinople et Byzance

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Cardinal Radcliffe: la souffrance de l'Ukraine est la souffrance du monde

La visite de l’ancien maître de l’Ordre des prêcheurs en Ukraine vient de s'achever. Dans une interview accordée aux médias du Vatican, le cardinal a évoqué son voyage ayant duré environ deux semaines, ainsi que les rencontres les plus émouvantes expérimentées dans le pays.

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«Appelés deux fois»: l’exposition à Paris sur les martyrs d’Algérie

Une exposition conçue par la Librairie éditrice vaticane (LEV) et la Fondation Oasis retrace l'histoire des dix-neuf religieux et religieuses assassinés pendant la «décennie noire» algérienne. Vingt-deux panneaux et deux vidéos présentés dans la capitale française cette semaine retracent leur présence aux côtés de la population et ravivent le souvenir d'un témoignage partagé avec le peuple algérien.

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Mort de Lobo Antunes: une carte mentale du Portugal

L’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes s’est éteint le 5 mars à Lisbonne à l’âge de 83 ans.


On se demande depuis Charles-Augustin Sainte-Beuve et Marcel Proust si la vie d’un écrivain ressemble à son œuvre ou peut l’éclairer. Chez Lobo Antunes, elle aura au moins ressemblé à sa mort. Elle ferme une époque : celle des grands auteurs, grands témoins de la grande histoire écrite avec une grande hache, qui trouvaient la matière romanesque brute dans les corps décharnés laissés sur les champs de bataille, au fond des geôles des dictatures ou sur les charniers des révolutions. Le XXᵉ siècle avait offert assez de guerres, assez de défaites, assez de pulsions répressives pour inspirer à António Lobo Antunes une trentaine de romans.

Saudade coloniale

Il naît en 1942, avec la guerre, et grandit avec elle. Mobilisé en Angola comme chirurgien de guerre, il part pour les combats en Angola comme tant de jeunes Portugais de sa génération. António Lobo Antunes aura disséqué toute sa vie des cadavres : ceux, exquis, du salazarisme, ceux des guerres coloniales, ceux des espoirs dévoyés ou déçus de la révolution portugaise. Littéralement, quand il amputait des soldats du corps colonial à la scie de charpentier ; avec art, quand il racontait, à force de romans, la torture, les villages brûlés, l’effondrement des illusions impériales dans la boue africaine.

Ses trois premiers livres, Mémoire d’éléphant, Le Cul de Judas et Connaissance de l’enfer, offrent des carnets de guerre hallucinés. L’aventure impériale tourne au cauchemar bureaucratique : les soldats survivent dans une attente interminable, regardent passer les jeeps de la police politique et les cercueils qu’on expédie à Lisbonne. On lit dans Le Cul de Judas : « nous sommes morts, non pas de la mort de la guerre, mais de la lente agonie de l’attente ». « Le Vietnam du pauvre », selon son expression.

A lire aussi: Écrire sa propre fin

Premiers romans, premières intuitions : le style est déjà là. On l’a rangé tour à tour du côté de Faulkner, du Nouveau Roman ou du roman noir… Psychiatre à la ville — après avoir abandonné la chirurgie au retour de la guerre — il écrit comme on ausculte un esprit en crise : tout part d’une sensation forte, qui devient traumatisme et qui harcèle un psychisme chaotique. Lobo Antunes parle lui-même de « délire contrôlé » : un torrent de mots où pensées, rêves et fragments de dialogues se mêlent à la réalité.

Arrière-garde de l’avant-garde littéraire

Comme c’était alors l’usage dans sa génération littéraire, ses livres abolissent la ponctuation, l’explicite, le récit linéaire, presque le personnage. Peu de points, des phrases interminables, des souvenirs qui se bousculent entre la périphrase et l’onomatopée, de vieux souvenirs qui se superposent à contretemps. Une lecture parfois difficile, pas tout à fait de celles qu’on emporte avec soi sur les plages du Portugal.

Ces procédés, naguère si audacieux, qui faisaient école en France, ont aujourd’hui vieilli. À force de vouloir libérer le roman de ses formes anciennes, beaucoup ont fini par le priver de ce qui faisait son charme le plus ancien : une histoire, un visage, un destin auquel s’attacher. Une chair. Chez Lobo Antunes, elle revient mais sans ornements : on la trouve dans l’état où l’histoire l’a laissée. Chair de guerre, chair de canon, chair ouverte sur les tables d’hôpital de campagne. Les avant-gardes avaient rêvé d’un roman désossé ; lui en restitue les lambeaux, ceux qu’un chirurgien militaire a vus de trop près pour croire encore aux abstractions littéraires.

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Dans le dernier roman, La Dernière porte avant la nuit, chaque personnage déroule ses souvenirs dans un flot verbal, logorrhéique, brutal, paranoïaque : rancœurs sociales, arbres généalogiques chaotiques, fantasmes criminels. Cette confusion des voix ressemble à une expérimentation formelle, un tour de passe-passe d’écrivain avant-gardiste ; elle reproduit aussi la réalité des paroles désordonnées de marginaux, de criminels, d’anciens soldats.

Avec Fado Alexandrino, Lobo Antunes atteignait déjà une certaine ampleur. Quatre anciens combattants s’y retrouvent dix ans après la guerre. La fraternité d’armes : la première fois, c’est un drame ; la seconde, c’est une farce. Ils espéraient se retrouver entre soldats ; ils se retrouvent en ruines. Ruines physiques, morales, psychiques… Ce qui les unit encore ? Un passé qui ne passe pas. Ils ont vu la Révolution de 1974 : ses promesses, ses slogans, ses illusions. Au bout du compte, ils ont seulement appris à survivre parmi des ombres. « Lisbonne nous a tous avalés, mon capitaine », lâche l’un d’eux.

Mon empire n’est plus de ce monde

On classe assez rapidement l’auteur à gauche. « Humaniste », disait-il. En 1974, la révolution des Œillets avait mis fin aux guerres coloniales, à l’empire et au salazarisme. Lobo Antunes a raconté avec talent ces années d’effervescence : la formation de cellules révolutionnaires dans les marges de l’empire, les officiers du MFA conspirant loin de la PIDE, les illusions d’une génération persuadée d’ouvrir un monde nouveau.

Mais la révolution portugaise n’a jamais tout à fait ressemblé aux épopées romantiques que l’Europe aime se raconter. Quelques coups de feu dans Lisbonne, et le salazarisme s’effondre presque sans drame : pas de Terreur, pas de purges, pas de grand soir.

Désabusée, certes, son œuvre raconte aussi une certaine idée du Portugal. Une étroite bande de terre entre l’Atlantique et l’Estrémadure qui, au temps des navigateurs, ouvrit les routes maritimes du monde. Un petit pays qui aura sans doute affiché le plus beau ratio de colonies par kilomètre carré de métropole. Mais cette réussite fragile s’effaça brutalement devant l’Espagne au XVIIᵉ siècle. Le Portugal fit alors l’expérience brutale d’un destin paradoxal : la grandeur et le rétrécissement dans un même mouvement.

De cette contradiction est née la saudade, cette mélancolie nationale que la littérature portugaise a longtemps chantée. Lobo Antunes a voulu aller plus loin que le topos poétique : explorer l’inconscient collectif d’un pays accroché aux poussières de son empire, au point d’être le dernier État européen à s’y cramponner jusqu’en 1974. Dans La Splendeur du Portugal, il psychanalyse une grande famille patricienne qui voit sa fin arriver : « j’ai compris que la maison était morte lorsque les morts ont commencé à mourir ».

Résidu d’empire, résidu d’Europe, résidu de grandeur, résidu de patriciat : Lobo Antunes n’aura finalement décrit que des pourritures en suspension, pas encore mortes mais déjà en train de se décomposer. Des personnages obstinés à maintenir l’illusion d’une grandeur disparue. « Le vrai monde n’est pas au milieu de nous », écrit-il. Car sans doute leur royaume n’est plus de ce monde.

Le Cul de Judas

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La Splendeur du Portugal

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Connaissance de l'enfer

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Le nonce apostolique au Liban au chevet de la population dans le sud du pays

L'archevêque Paolo Borgia s'est rendu vendredi après-midi dans le sud du pays pour distribuer les quinze tonnes d’aide humanitaire offertes par l’Œuvre d’Orient. Le nonce apostolique au Liban décrit un moment empreint de fraternité et se fait l’écho de la proximité du Pape auprès des populations fragilisées par la guerre entre le Hezbollah et Israël. «Les routes sont coupées à cause des bombardements, ils sont en train de couper les voies de communication», déplore-t-il.

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La course à l’armement, la réalité des chiffres et l’urgence de la paix

Une réflexion à la lumière du Magistère pontifical sur les dépenses actuelles de défense dans le contexte international.

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Barcelone accueillera la rencontre des évêques de la Méditerranée pendant le voyage du Pape

À la suite du Pape François et ses très nombreux voyages sur les rives de la Mare nostrum, Léon XIV encourage la suite du processus méditerranéen en cours dans l’Église. Une délégation du bureau de coordination ecclésiale de la Méditerranée, que préside le cardinal Jean-Marc Aveline, a été reçue en audience privée par le Pape jeudi 12 mars. Après Bari, Florence et Marseille, la quatrième assemblée des évêques de la région aura lieu à Barcelone (Espagne), en juin, sur le thème de la paix.

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Léon XIV aux magistrats du Vatican: «La justice renforce l’unité du Peuple de Dieu»

La 97e année judiciaire du Tribunal de l’État de la Cité du Vatican s’est ouverte ce samedi 14 mars avec une messe présidée par le Secrétaire d’État du Saint-Siège. Dans son discours, le Pape a appelé les magistrats du Vatican à œuvrer pour l’unité de l’Église grâce à une justice centrée sur l’amour, la charité et la recherche de vérité.

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Il faut se réveiller

Chaque mois le vice-président de l’Institut des libertés décode l’actualité économique. Et le compte n’y est pas.


De l’Asie à l’Amérique, le monde accélère. Mais l’Europe s’arrête. Et la France recule. Au prétexte d’une orgueilleuse « résistance » à la mondialisation et au libéralisme, le pouvoir politique de notre pays a cédé aux corporatismes. Résultat, l’immobilisme nous ruine collectivement et met au chômage un jeune sur quatre. Pourquoi la France va-t-elle si mal quand d’autres nations s’en sortent ?Il faudra dire la vérité à nos concitoyens lors des prochaines campagnes électorales. Leur raconter les secrets de famille de l’État-providence.

Le paiement des intérêts de la dette par le Trésor français va bientôt approcher les 100 milliards d’euros par an, soit un montant supérieur à ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Le déficit cumulé de nos comptes publics va ainsi bientôt atteindre 4 000 milliards. Au cours de l’Histoire, l’endettement a été choisi comme modèle économique par de nombreux pays tels l’Argentine de Juan Perón, le Zaïre de Mobutu, la Corée d’après-guerre, la Russie d’avant 1917, l’Allemagne des années 1930. Cela s’est presque toujours terminé avec des dictateurs galonnés prenant le pouvoir.

L’État-providence croît de 4 % par an en France, alors que l’économie ne progresse que de 1 %. Les dépenses sociales représentent 900 milliards de dépenses dans le dernier budget, dont 410 milliards pour la retraite et 320 milliards pour la maladie. Le problème est que 10 % de ces sommes sont financées par de la dette publique, que nos enfants et petits-enfants devront rembourser. Ceux qui pensent alléger la facture en surtaxant les entreprises n’iront pas bien loin. La capitalisation des 120 plus grands groupes français cotés à la Bourse équivaut seulement à trois années de prestations sociales.

DR

Du temps du général de Gaulle et de son conseiller économique Jacques Rueff, notre économie pouvait être qualifiée de libérale. Mais avec Giscard d’Estaing, qui a mené une politique très sociale, nous sommes passés au keynésianisme, puis à l’hyper-keynésianisme sous François Mitterrand. Il est donc stupide de prétendre que la France serait pénalisée par son système « néolibéral ». Car nous vivons bien au contraire sous la pression permanente d’une tendance communisante, égalitariste et hostile à la propriété privée.

Le vrai responsable de notre déroute, c’est donc l’État. Beaucoup plus que l’Europe, la mondialisation, les États-Unis, la Chine ou le plombier polonais. Le coupable se trouve chez nous. Il est à la fois omnipotent et impuissant. Il est composé de lobbies, de technocrates, d’administrations pléthoriques. Il a pris cette forme monstrueuse par la grâce d’un personnel politique inconscient et incompétent. Les pays qui réussissent sont ceux qui, à l’inverse, contiennent et réduisent l’État obèse et destructeur. Qu’ils se situent en Europe de l’Est, du Nord, en Amérique latine ou bien en Australie.

Il existe en France plus de 600 organismes publics qui ont pour mission de « conseiller » le Premier ministre. Des machins administratifs qui emploient des dizaines de milliers de fonctionnaires censés s’occuper du chômage, de la pauvreté, des jeunes, de l’insécurité et de l’école. Et chaque année, de nouveaux « observatoires », financés avec de l’argent public, sont inaugurés. Avec les résultats qu’on connaît… Finissons-en avec les analyses stériles de ces messieurs-dames, leurs théories fumeuses et leurs discours démagogiques sur les causes de nos malheurs ! Regardons plutôt les faits ! C’est bien une classe administrativo-criminelle, née dans les années 1980, qui nous tue. Très bien incarnée par Jack Lang, elle a capturé le pouvoir politique et l’exerce pour extraire des rentes à son profit et à celui de ceux qui l’ont fait élire.

Les grands artisans de la descente aux enfers de notre économie sont, par ordre chronologique : François Mitterrand et ses nationalisations, Jean-Claude Trichet et sa politique du franc fort (qui fit payer la réunification de l’Allemagne par la France), Martine Aubry et ses 35 heures (qui firent monter le coût du travail en France). Enfin l’Union européenne, le dernier clou dans le cercueil de l’industrie française avant la mise en terre. Notamment à cause des décisions stupides de Bruxelles en matière d’énergie, qui coûte en France aujourd’hui trois fois plus cher qu’en Chine. Mais aussi à cause d’une réglementation trop compliquée, que l’administration est du reste incapable de faire respecter, tant elle est inefficace.

Les déboires industriels de la France s’expliquent par de multiples raisons, dont voici les principales : 1/ Les rigidités du droit du travail ; 2/ les coûts salariaux ; 3/ l’euro ; 4/ la concurrence des pays à bas salaires ; 5/ la chasse aux sorcières des riches ; 6/ les impôts de production ; 7/ la bureaucratie kafkaïenne ; 8/ la fraude sociale. Cette dernière est l’un des grands fléaux cachés de notre pays. Mais elle ne doit pas faire oublier les abus commis, à l’autre bout de l’échelle sociale, par ceux qui pratiquent une optimisation fiscale excessive. Le crédit impôt-recherche est mal ciblé, certaines holdings familiales détiennent trop de biens personnels profitant aux actionnaires, et la niche Dutreil est dans certains cas détournée de son objet.

DR

Les Français ont compris qu’un vaste jeu de bonneteau fiscal est orchestré en permanence. Ils savent bien que la fiscalité punitive sur les carburants, le capital ou les droits de succession ne sert à rien. N’oublions pas que le mouvement des gilets jaunes trouve son origine dans la création d’une taxe inepte sur le gazole. Heureusement, une majorité de nos compatriotes est d’accord pour que l’État soit réformé au plus vite. Et pour que la baisse de la dépense publique soit traitée en priorité absolue. Dans notre pays, le peuple est extraordinairement intéressant tandis que la classe dirigeante n’a aucun intérêt. Aujourd’hui nous ne sommes plus souverains et l’État n’a même plus les moyens de se financer. Il faut redonner à nos concitoyens le pouvoir avec des référendums d’initiative populaire.

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Sévigné et La Fayette: l’amitié qui fit la civilisation française

« En l’amitié de quoi je parle, les âmes se mêlent et se confondent l’une en l’autre », écrivait Montaigne dans son essai De l’amitié. Rarement cette définition aura trouvé incarnation plus parfaite que dans la relation qui unit pendant plus de quarante ans Mme de Sévigné et Mme de La Fayette. Dans Une amitié si française, le biographe Jean-Noël Liaut retrace ce lien singulier entre deux des plus grandes plumes du Grand Siècle : une relation nourrie d’affinité intellectuelle et de conversation.

La sororité bien avant le féminisme

L’auteur n’hésite pas à parler de « sororité ». Le mot pourrait faire sourire tant il est aujourd’hui capté par le discours militant des néoféministes. Mais ici, rien d’idéologique : il s’agit d’une « sororité littéraire », née dans les salons du XVIIᵉ siècle, où les femmes jouaient un rôle décisif dans la circulation des idées, des œuvres et dans l’art de la conversation.

Au cœur de ce monde se trouvait l’hôtel de Rambouillet, tenu par la marquise de Rambouillet, dont la célèbre Chambre bleue devint l’un des foyers les plus brillants de la sociabilité parisienne. Corneille, Molière, Boileau ou Tallemant des Réaux y étaient reçus, et, comme le rappelle Jean-Noël Liaut, « les femmes y étaient à égalité avec les hommes, elles conversaient librement avec eux, et leurs verdicts étaient recherchés ».

Cette complicité intellectuelle entre femmes et hommes fut l’une des marques de fabrique de la civilisation française et sa singularité, comme l’a montré l’historienne dix-huitièmiste Claude Habib. Ce modèle de sociabilité marqua durablement la culture française : l’esprit vif et aristocratique de la famille Mortemart, incarné à merveille par Mme de Montespan, inspirera plus tard à Marcel Proust l’esprit des Guermantes. C’est dans ce milieu brillant que s’inscrit l’amitié entre Mme de Sévigné et Mme de La Fayette.

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À lire Jean-Noël Liaut, on est frappé de voir combien cette relation unit deux tempéraments presque opposés. Chez Mme de Sévigné domine la vivacité. Héritière de l’« esprit Rabutin », du nom de sa famille, elle possède le don de la formule piquante, l’art de raconter et une vivacité verbale inépuisable. Ses lettres regorgent d’inventions langagières, comme ces « oxymores sévigniens » qui ponctuent les phrases et dynamisent le style : « On aboyait à merveille » écrit-elle pour décrire une conversation animée sur le jansénisme ; ailleurs elle confie « J’ai mille dragons », le mot désignant ses tourments.

L’éloignement de sa fille Françoise, installée en Provence, stimule son génie épistolaire. La distance géographique est comblée par la proximité des mots : pour divertir, consoler et retenir l’attention de sa fille, la marquise développe un art inégalé du récit, multipliant anecdotes, portraits et trouvailles de langage. Ses lettres deviennent une chronique du siècle, des intrigues de la cour au spectaculaire procès de Fouquet, bien au-delà d’une simple correspondance privée.

Mercure et Saturne

Si Mme de Sévigné est Mercure, vive et étincelante, Mme de La Fayette serait plutôt Saturne : grave, lucide, mélancolique. Jean-Noël Liaut montre combien ces « géographies mentales différentes mais complémentaires » nourrissent la force de leur amitié et leur talent littéraire, déployé dans deux genres distincts : l’épistolaire et le roman. Là où la marquise laisse courir sa plume au rythme de ses émotions, la comtesse transforme l’écriture en instrument d’analyse.

À une époque dominée par les romans fleuves des Précieuses, dont leur amie Madeleine de Scudéry fut la grande figure avec Le Grand Cyrus et Clélie, célèbre pour sa « Carte de Tendre », véritable géographie du sentiment amoureux, Mme de La Fayette invente une forme nouvelle : un roman bref, resserré, fondé sur l’exploration des passions. Avec La Princesse de Clèves, elle rompt avec les fresques sentimentales interminables et fonde ce que l’on peut considérer comme le premier grand roman psychologique moderne.

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Ainsi se dessinent deux tempéraments et deux inventions littéraires : d’un côté la liberté scintillante du genre épistolaire, de l’autre la rigueur du roman.

La lecture d’Une amitié si française rappelle combien des salons des Précieuses à ceux des Lumières, de Madame de Sévigné à Madame de Staël, s’affirme une tradition singulière : celle d’une conversation entre les sexes où la légèreté de l’esprit se mêle à la profondeur des idées. Le philosophe écossais David Hume, frappé par cette sociabilité unique, ne s’y trompa pas en qualifia la France comme « le pays des femmes ». Alors au regard de cette tradition, force est de constater qu’une bonne partie de la littérature contemporaine paraît bien étriquée. Là où Sévigné et La Fayette faisaient de l’écriture un exercice de style et d’observation du monde, bien des romans d’aujourd’hui se réfugient dans une autofiction étouffante, centrée sur un moi souffrant, toujours victime de quelque chose, un moi…  « haïssable » comme aurait dit Pascal !

256 pages

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Écrire sa propre fin

« Sa naissance fut le début du pire. » Ainsi commence L’Épitaphe de Felix Macherez (L’Arpenteur/Gallimard). D’entrée de jeu, la vie apparaît comme une erreur originelle. Le héros, Cid Sabacqs, trente-trois ans, n’a plus qu’une idée : écrire la phrase parfaite pour sa tombe. Si la vie l’a trahi, il ne voit aucune raison de bâcler la conclusion.


Retiré du monde, amateur de délires métaphysiques et de perfection formelle, Cid Sabacqs transforme son ennui en exercice littéraire. Il écrit, rature, recommence, interroge les morts, les vivants, et surtout lui-même. Chaque projet d’épitaphe s’avère trop grave, trop pur, ou pas assez définitif. La mort devient un problème de style.

C’est mon projet !

Le roman suit cet enfant prodige devenu adulte immobile, persuadé depuis toujours d’être fait pour davantage que la vie ordinaire. Très tôt il se distingue, très tôt on l’admire. Mais cette distinction devient posture, puis prison. Macherez raconte moins une existence qu’une lente contraction : celle d’un esprit qui se replie jusqu’à ne plus laisser passer qu’une seule idée, celle de sa propre disparition, qu’il orchestre, polit et rédige comme une œuvre. Mourir n’est pas ici un geste tragique mais un projet esthétique. Une signature.

Cette obsession donne au livre son moteur. Cid se persuade que l’épitaphe est l’acte ultime : « Imaginez-vous un Magellan sans navire, un Hannibal sans Alpes, un Guillotin sans Robespierre? Un Sabacqs sans épitaphe ? Impossible ! » L’idée devient une tâche, presque un devoir. Il visite les cimetières, consulte ses amis, recopie des formules célèbres, interroge les pierres. Rien ne convient. L’épitaphe parfaite doit être à la fois définitive et ouverte, lapidaire et infinie. Une phrase capable de survivre à celui qui la signe.

A lire aussi, du même auteur: Patrice Jean contre le prêt-à-penser

À première vue, ce monologue pourrait passer pour un exercice de dandysme morbide. Mais Macherez touche quelque chose de plus contemporain. Dans une époque saturée de commentaires, d’opinions et d’images de soi, la tentation de maîtriser sa propre disparition devient presque logique. Nous mettons déjà en scène nos vies ; pourquoi ne pas mettre en scène notre fin ? L’épitaphe de Cid ressemble à une version radicale de ce réflexe moderne : contrôler le récit de soi jusqu’à la dernière ligne.

Le roman avance ainsi par blocs de conscience. Peu d’événements, beaucoup de réflexions. Cid observe le monde comme depuis une chambre à part. Les autres vivent, travaillent, aiment ; lui analyse, dissèque, soupçonne. À force de lucidité revendiquée, il finit par se retrouver seul avec sa pensée – et cette pensée, privée d’objet, se met à tourner sur elle-même. L’ennui apparaît alors comme une expérience métaphysique.

Macherez décrit très bien ce moment où la pensée devient une machine autonome. Cid n’est pas tant désespéré que méthodique. Il veut comprendre la mort comme on résout un problème de logique. « Une épitaphe : symbole du cri. Une croix : symbole du silence éternel. » La formule est presque théorique. Entre le cri et le silence, il cherche la phrase qui survivra.

Je te survivrai

La langue accompagne ce mouvement intérieur : ironique, nerveuse, souvent aphoristique. Les phrases avancent par éclats, comme si le narrateur voulait constamment devancer l’objection. On pense parfois à la tradition des moralistes français ou à l’humour noir de Cioran. Mais Macherez installe cette lucidité dans une situation romanesque simple : un homme qui tente d’écrire la phrase qui lui survivra.

Le risque d’un tel dispositif est évident : l’asphyxie. Rester dans la tête d’un seul homme peut saturer le lecteur. On pense parfois à Mars de Fritz Zorn, autre grand monologue d’une conscience qui retourne contre elle-même toute sa lucidité. Mais c’est aussi la réussite du livre. En poussant la lucidité jusqu’à l’obsession, Macherez montre comment l’intelligence peut se retourner contre elle-même. Cid ne souffre pas tant d’un manque de sens que d’un excès de conscience.

A lire aussi, Emmanuel Domont: L’amour à mort

La résolution arrive presque par surprise. Après tant de ratures et d’impasses, la formule surgit enfin : « C’est ici que tout commence. » Une épitaphe paradoxale, qui transforme la fin en origine. Comme si la mort, finalement, n’était qu’un dernier dispositif littéraire.

Maurice Ronet dans le film « Le feu follet » de Louis Malle (1963) d’après le roman de Pierre Drieu la Rochelle. DR.

L’Épitaphe n’est donc pas seulement le portrait d’un suicidaire. C’est celui d’un esprit obsédé par la forme de sa fin – et par la possibilité de survivre dans une phrase. À l’heure où chacun laisse derrière lui des archives numériques infinies, cette obsession prend un relief particulier. Autrefois on espérait vivre longtemps ; aujourd’hui, peut-être espère-t-on surtout être bien résumé.

Felix Macherez ne juge jamais son personnage. Il le laisse suivre sa logique jusqu’au bout. Et dans ce geste discret se cache peut-être la véritable question du livre : vivre consiste-t-il à écrire son histoire – ou simplement à trouver la phrase qui la refermera ?

156 pages

L'épitaphe

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March 13, 2026

L'ostension des reliques de saint François ravive l’expérience de l’Évangile

À l’occasion du 800ᵉ anniversaire de la mort de François d’Assise, ses restes sont exposés au public dans la basilique d’Assise du 22 février au 22 mars 2026. Pour le frère franciscain Mario Cisotto, «cette ostension attire des pèlerins du monde entier et devient un moment spirituel intense où beaucoup redécouvrent la force vivante de l’Évangile».

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L'interpellation du Pape aux entrepreneurs et dirigeants chrétiens français

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Le ministère des affaires étrangères à La Havane a annoncé la libération prochaine d'une cinquantaine de détenus, «en signe de bonne volonté» à l’égard du Vatican. Depuis des années, le Saint-Siège joue un rôle diplomatique important dans le dialogue entre les autorités cubaines et l'extérieur, avec l'appui de l'Église catholique locale.

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Léon XIV a reçu en audience la Fondation Cattolica à l’occasion du 20e anniversaire de sa création. Il a encouragé ses membres à venir en aide aux personnes en situation de fragilité et d’exclusion. Aussi, il les a invités à mettre en valeur l’histoire du mouvement catholique en Italie pour s’en inspirer encore aujourd’hui et a recommandé un «style évangélique» cohérent entre les fins et les moyens.

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La grâce et la charge de la communion étaient au cœur de la deuxième méditation de Carême ce 13 mars, dans la salle Paul VI, en présence du Pape. Le prédicateur de la Maison pontificale s’est attardé sur l’intuition de saint François qui voyait dans les relations interpersonnelles une occasion d’apprendre la logique de l’Évangile.

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Dans son message à l'occasion des célébrations marquant le 50e anniversaire du FADICA-Catholic Philanthropy Network, le Souverain pontife salue le soutien apporté au renforcement de l'éducation catholique et à la défense de la vie humaine. «Tout acte d'amour envers le prochain est un reflet de la charité divine», affirme-t-il.

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Ennemi politique n° 1

En diabolisant le FN dans les années 1980, la gauche a réussi à faire passer ses divisions au second plan et à affaiblir la droite: il était immoral de s’allier avec la bête immonde. La droite pourrait-elle aujourd’hui reproduire ce stratagème pour isoler LFI et ses alliés? Oui, à condition de trouver son Mitterrand.


« Il ne peut pas y avoir d’alliance entre PS et LFI, qui est un mouvement d’extrême gauche. » Le 18 février, quatre jours après la mort de Quentin Deranque, quand François Hollande prononce ces paroles au micro d’Apolline de Malherbe sur BFMTV, il n’ignore pas leur poids. Remplacez « LFI » par « FN » et « extrême gauche » par « extrême droite » et vous vous retrouverez en plein milieu des années 1980, quand François Mitterrand agitait Jean-Marie Le Pen comme un épouvantail. Sommes-nous aujourd’hui arrivés au moment où l’opprobre va changer de camp ?

Il y a dans la vie politique une mécanique qui produit des majorités solides et durables : la fabrication d’un croquemitaine. Non pas un adversaire ordinaire, mais une figure placée hors du champ de l’honorabilité, un personnage dont l’existence même sert à souder son camp.

Il y a plus de quarante ans, François Mitterrand a compris que la politique moderne exige ce type de dramaturgie ayant l’avantage d’imposer une logique d’affrontement binaire et donc de faire passer au second plan les divergences au sein de ses propres forces.

Mitterrand n’a pas inventé Jean-Marie Le Pen. Il n’a pas non plus créé les outrances du fondateur du FN, ses calembours scandaleux et ses ambiguïtés. En revanche, il a bel et bien créé le système politique dont le Menhir fut la pierre angulaire.

D’un côté, on laisse la bête immonde exister, parler, se montrer, accéder à la visibilité médiatique. On lui ouvre les plateaux. Résultat, ses concurrents directs sont affaiblis par cette nouvelle offre politique.

De l’autre côté, on construit autour de l’ogre une muraille morale. Il n’est plus un simple rival politique, mais une menace pour la République.

Cette opération a produit ses effets en deux temps. D’abord, elle a divisé la droite, qui a vu une partie de ses électeurs partir chez Le Pen. Ensuite, elle a empêché toute alliance entre le RPR, soucieux de ne pas quitter l’arc républicain tracé par la gauche, et le FN. Car quiconque, dans les rangs gaullistes, a tenté de bâtir un accord avec les lepénistes a immédiatement été voué aux gémonies. Charles Millon en sait quelque chose.

A lire aussi, Marion Maréchal: «Ce qui rassemble la droite est plus important que ce qui la divise»

Dans le même temps, le Barbe-Bleue de Montretout a consolidé le camp du Bien. Face à un ennemi présenté comme infréquentable, les nuances internes de la gauche ont pu être mises en sourdine. Lors de la campagne des législatives de juin-juillet 2024, l’appel à « faire barrage » au RN a fait taire les débats idéologiques, pourtant vifs – notamment sur le nucléaire, la guerre en Ukraine et la laïcité – entre socialistes, communistes, écologistes ou centristes de gauche. Ainsi vivons-nous depuis bien longtemps sous le règne de majorités négatives, étonnamment plus solides que les coalitions construites sur un projet politique partagé. Pour ses propres raisons, le fondateur du FN semblait d’ailleurs se délecter de sentir le soufre, rendant là le meilleur service qui soit au pouvoir socialiste.

Ce modèle a laissé une empreinte profonde dans la vie politique française. Reste à savoir si cette logique peut marcher en sens inverse, c’est-à-dire au bénéfice de la droite. En d’autres termes, Jean-Luc Mélenchon va-t-il devenir le nouvel ennemi politique numéro un ?

Certains signes vont dans ce sens. Les prises de position radicales du leader insoumis, sa violence verbale, ses éructations contre les journalistes, ses ambiguïtés sur la police, la Russie, le CRIF et le conflit israélo-palestinien ont déjà contribué à l’isoler d’une partie de la gauche traditionnelle. Comme Jean-Marie Le Pen en son temps, Mélenchon suscite un rejet viscéral dans une large fraction de l’opinion. Et il n’est pas le seul. Si la stratégie de communication appliquée par la petite armée de députés insoumis (Rima Hassan, Sébastien Delogu, Aymeric Caron, Manuel Bompard, Louis Boyard et Thomas Portes…) s’avère très utile pour mobiliser les troupes et maîtriser l’ordre du jour politico-médiatique, elle a fini par enfermer le parti dans une spirale infernale. Plus les Insoumis se radicalisent, plus ils perdent leur capacité de rassembler un bloc. Plus la conquête du pouvoir par les urnes s’éloigne, plus ils ont besoin de se livrer à des provocations et donc de se radicaliser. Et ainsi de suite.

Même face au meurtre brutal de Quentin Deranque, ils n’ont pu faire autrement – il faut dire que c’est plus fort qu’eux ! – que suivre le protocole de la propagande léniniste, à savoir ne jamais reconnaître une faute, la relativiser, en accuser les autres et allumer des contre-feux. De quoi les discréditer encore plus et permettre au PS d’espérer renverser, à la faveur de cette restitution inespérée du magistère moral à gauche, le rapport de forces au sein du camp progressiste.

À droite, l’ostracisation des Insoumis représente aussi un cadeau du ciel. Une coalition des LR, du RN, de Reconquête ! et plus si affinités, qui pourrait avantageusement se présenter comme un rempart contre le péril islamo-gauchiste, devient envisageable. Devant le péril de gauche, leurs divergences autour de l’âge de la retraite, de la place de la France dans l’Union européenne et l’OTAN ou de la position à prendre dans la guerre en Ukraine, pourraient être reléguées au second plan.

Pour l’heure, ce scénario demeure cependant très théorique. Car même si Mélenchon et sa jeune garde politique font tout ce qu’il faut pour effrayer les Français raisonnables, diviser la gauche et précipiter les plus inquiets dans les bras d’une large union de la droite, il manque à cette situation inédite sous la Ve République un Mitterrand de droite pour en tirer le plus grand profit. Un personnage à la hauteur de celui qui a si bien su capitaliser sur l’apparition de SOS racisme en 1983, dans la foulée de la marche des Beurs, et récupérer la profanation du cimetière de Carpentras en 1990.

Pour l’instant, les droites françaises apparaissent plus comme des forces réactives que comme une mécanique pensée par un stratège machiavélique capable de passer de la dénonciation Mélenchon à sa transformation en clé de voûte d’un système cohérent. Or, sans cela, l’ennemi reste un problème, pas une solution.

Le terrible lynchage de Quentin Deranque marque peut-être le début d’une nouvelle ère de la politique française. Reste à savoir qui sera l’homme (ou la femme) de droite capable de transformer les Insoumis en intouchables. En effet, comme le savait bien Mitterrand, il ne suffit pas d’avoir un ennemi. Encore faut-il savoir quoi en faire.

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Le test Israël

Le caractère actuellement belliqueux de l’Etat juif et les fantasmes autour d’un hypothétique « Grand Israël » du Nil à l’Euphrate dévoilent de nouvelles lignes de partage dans l’opinion française. Les guerres actuelles d’Israël contre l’Iran ou contre le Hezbollah au Liban peuvent révéler en miroir la crise morale occidentale.


Chaque fois qu’Israël entre en guerre, quelque chose d’étrange se produit en Occident. Les combats peuvent se dérouler à Gaza, au Liban ou dans l’ombre de la confrontation avec l’Iran : très vite, le conflit cesse d’être analysé comme une guerre parmi d’autres. Il devient un tribunal moral où l’État juif se retrouve presque immédiatement au banc des accusés.

Les roquettes du Hezbollah tombent sur les villes israéliennes. Les dirigeants iraniens proclament que la disparition d’Israël est un objectif stratégique. Des organisations armées jurent ouvertement de poursuivre ce combat jusqu’à la destruction de l’État juif. Et pourtant, dans une partie du débat public occidental, la responsabilité morale du conflit semble déjà établie.

Israël est coupable. Coupable d’exister. Coupable de se défendre. Coupable, en somme, de troubler l’ordre moral que certains imaginent devoir régir le monde. Ce réflexe ne relève pas simplement du désaccord politique. Il révèle quelque chose de plus profond : une transformation du regard moral occidental.

C’est en observant ce phénomène récurrent que j’ai formulé ce que j’appelle le test Israël.

Le test

Le test Israël est d’une simplicité presque dérangeante. Il ne consiste pas à demander si l’on approuve toutes les décisions du gouvernement israélien. Aucune démocratie n’est au-dessus de la critique.

Le test consiste à observer la manière dont chacun interprète l’existence même d’Israël et les guerres auxquelles cet État participe.

Très vite, une ligne de partage apparaît.

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Il y a ceux qui considèrent Israël comme un État démocratique parmi d’autres : critiquable, contestable, parfois condamnable dans certaines décisions, mais appartenant à la famille des sociétés libres. Et puis il y a ceux pour qui Israël ne peut jamais être simplement cela. Pour eux, Israël est nécessairement : un État colonial, un État raciste, un État d’apartheid, parfois même un État nazi. À partir de ce moment-là, nous ne sommes plus dans la critique politique. Nous sommes entrés dans le domaine du mythe politique.

Les vieux fantômes de l’Europe

Car cette diabolisation ne surgit pas dans le vide. Elle réactive un imaginaire très ancien de la culture politique européenne : celui du complot juif.

Pendant plus d’un siècle, une partie de l’Europe s’est nourrie de l’idée d’une puissance juive secrète travaillant à la domination du monde. Le texte le plus célèbre de cette tradition reste Les Protocoles des Sages de Sion, faux document fabriqué au début du XXᵉ siècle dans l’entourage de la police tsariste. Ce pamphlet prétendait révéler les délibérations d’une élite juive conspirant pour contrôler les gouvernements et les sociétés modernes.

À cette mythologie se sont ajoutées d’autres fabrications, notamment les prétendues citations du Talmud utilisées dans d’innombrables pamphlets pour accréditer l’idée que la tradition juive porterait en elle-même un projet de domination des autres peuples.

Ces textes ont été démontés depuis longtemps. Mais leur imaginaire n’a jamais complètement disparu. Il s’est simplement transformé. Aujourd’hui on ne parle plus explicitement de complot juif mondial. On parle de lobby, de puissance sioniste, de colonialisme global, ou d’un hypothétique Grand Israël du Nil à l’Euphrate. Le vocabulaire change. La structure du soupçon demeure.

L’histoire réelle du sionisme

Ce décalage entre imaginaire et réalité apparaît clairement lorsqu’on revient à l’histoire réelle du sionisme. Contrairement à une idée largement répandue, l’État d’Israël n’est pas né simplement comme conséquence du génocide nazi. Le projet sioniste lui est largement antérieur. Il apparaît dans le contexte du réveil des nationalismes européens au XIXᵉ siècle, lorsque de nombreux peuples revendiquent leur souveraineté et leur droit à l’autodétermination. Les Juifs d’Europe participent pleinement à cette histoire.

Dans l’Empire russe et en Europe orientale, les pogroms rappellent brutalement la fragilité de leur condition. Et dans l’Europe occidentale elle-même, l’affaire Dreyfus révèle que l’émancipation politique des Juifs ne garantit pas leur acceptation sociale. Pour Theodor Herzl, l’affaire Dreyfus agit comme un choc décisif. Elle lui révèle que l’assimilation ne suffira pas à résoudre la question juive.

Le sionisme naît ainsi d’une intuition politique simple : un peuple dispersé et vulnérable ne peut assurer sa sécurité qu’en retrouvant une souveraineté.

Deux visions irréconciliables

Le test Israël révèle alors deux lectures radicalement différentes de l’histoire.

Dans la première, Israël est perçu comme un projet colonial et impérial. Ses guerres seraient des guerres de conquête dissimulées derrière le discours de la sécurité.

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Dans la seconde, Israël apparaît comme une société confrontée depuis sa naissance à une hostilité persistante. Dans cette perspective, ses guerres ne sont pas des guerres impériales mais des guerres existentielles. Des guerres imposées par un environnement stratégique où certaines forces politiques — États ou mouvements — ont explicitement proclamé leur objectif : la disparition d’Israël.

Le test Israël consiste simplement à observer laquelle de ces deux visions s’impose spontanément dans l’esprit de chacun.

La nouvelle morale occidentale

Mais le phénomène contemporain ne peut être compris sans tenir compte d’une transformation profonde de la culture politique occidentale.

Depuis plusieurs décennies, une partie de la pensée critique occidentale a adopté une grille de lecture du monde fondée sur l’opposition entre dominants et dominés.

Dans cette vision, les conflits internationaux sont interprétés presque exclusivement à travers cette opposition morale. Les peuples considérés comme dominés incarnent la justice historique. Les sociétés associées à la puissance occidentale incarnent la domination.

Israël se retrouve ainsi placé dans une position paradoxale. Peuple longtemps persécuté dans l’histoire européenne, les Juifs deviennent, avec l’existence d’un État souverain, les représentants supposés de la domination. Ainsi s’opère un renversement spectaculaire : l’ancienne victime devient le coupable.

Mais la portée du test Israël dépasse largement la question juive.

Israël agit aujourd’hui comme un miroir pour l’Occident. Cet État concentre plusieurs traits caractéristiques de la modernité occidentale : pluralisme politique, liberté de presse, débats publics intenses, contestation permanente du pouvoir. Une société imparfaite, mais libre. Dans une région dominée par des régimes autoritaires ou théocratiques, cette singularité prend une dimension symbolique.

C’est pourquoi la haine d’Israël dépasse souvent la question israélienne elle-même. Elle exprime aussi une difficulté croissante de l’Occident à défendre sa propre civilisation.

Les rôles à venir

Le test Israël permet ainsi d’identifier les rôles que chacun est prêt à jouer dans les crises futures.

Il y aura ceux qui justifieront les ennemis d’Israël au nom de la résistance ou de la décolonisation.

Il y aura ceux qui détourneront les yeux. Les bystanders. Ces spectateurs passifs que l’histoire retrouve toujours lorsque les civilisations vacillent.

Et il y aura ceux qui comprendront que défendre Israël ne signifie pas sanctifier chacune de ses décisions, mais défendre le principe même qu’une société libre a le droit de se protéger contre ceux qui veulent la détruire.

Le miroir

Au fond, le test Israël ne parle pas seulement d’Israël. Il parle de nous. De notre capacité à reconnaître les vieilles mythologies lorsqu’elles réapparaissent sous des formes nouvelles. De notre capacité à distinguer la critique légitime de la diabolisation idéologique. Et surtout de notre capacité à défendre nos propres principes lorsque leur défense devient inconfortable. Le test Israël est un miroir. Et nombreux sont ceux qui préfèrent ne pas s’y regarder.

La société malade

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Municipales à Paris: quand les beaux quartiers votent pour la vertu

Au grand désespoir d’Emmanuel Grégoire et de Sophia Chikirou, les quartiers populaires se détournent de plus en plus du vote de gauche. 30% des ouvriers parisiens s’apprêteraient à voter pour Sarah Knafo dimanche, selon l’IFOP[1].


Fin février, Le Canard enchaîné s’est amusé d’un sondage IFOP consacré aux municipales parisiennes[2]. L’enquête attribuerait à certaines forces de gauche leurs meilleurs scores dans plusieurs beaux quartiers de la capitale… tout en les créditant de résultats nettement plus faibles dans certains arrondissements populaires.

Selon les données évoquées par l’hebdomadaire satirique, la candidate insoumise Sophia Chikirou serait créditée d’environ 26 % dans certains quartiers centraux ou du Quartier latin, mais de seulement 9 % à 12 % dans des arrondissements populaires de l’Est parisien.

Désirabilité sociale

Le palmipède y voit des « chiffres aberrants ». Peut-être. Mais cette étrange photographie électorale soulève une question intéressante : et si ce paradoxe apparent révélait une transformation plus profonde de la sociologie politique des grandes métropoles ?

Depuis plusieurs décennies, la sociologie électorale observe un déplacement progressif du vote de gauche vers les catégories les plus diplômées. Les travaux de Thomas Piketty et d’Amory Gethin ont popularisé cette transformation sous l’expression de « gauche brahmane » : dans de nombreux pays occidentaux, les électeurs les plus dotés en capital éducatif votent désormais davantage pour les partis progressistes, tandis que les catégories populaires se tournent plus volontiers vers des formations protestataires ou conservatrices.

Paris constitue un laboratoire particulièrement visible de cette évolution. Elle ne concerne toutefois pas toute la gauche de manière uniforme. Certaines formations issues de territoires populaires ou certaines listes locales conservent un ancrage social différent. Mais la gauche institutionnelle — celle qui gouverne Paris depuis 2001 — incarne très clairement cette transformation sociologique.

La capitale concentre une proportion exceptionnelle de diplômés du supérieur, notamment dans ses arrondissements centraux et dans certains quartiers gentrifiés de l’est parisien. C’est également dans ces espaces urbains, socialement protégés et culturellement homogènes, que la gauche et les écologistes réalisent leurs scores électoraux les plus élevés.

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L’explication ne tient pas seulement à la classe socio-professionnelle. Elle renvoie aussi à une distinction bien connue de la psychologie sociale : celle entre désirabilité sociale et utilité sociale.

La désirabilité sociale désigne la valeur morale perçue d’un comportement ou d’une position. C’est ce qui permet d’apparaître comme généreux, ouvert, progressiste ou solidaire dans un environnement social donné. L’utilité sociale, au contraire, renvoie à l’efficacité concrète d’une action ou d’une politique dans le fonctionnement réel d’une société.

Or ces deux dimensions ne coïncident pas toujours.

Dans les milieux urbains diplômés, certaines positions politiques possèdent une forte valeur symbolique. Elles permettent d’afficher une certaine vision de soi : ouverture culturelle, cosmopolitisme, sens de la solidarité. Le vote peut alors devenir aussi un marqueur culturel, presque un signe de distinction sociale.

Les contrastes territoriaux parisiens rendent ce phénomène particulièrement visible. Dans plusieurs arrondissements centraux ou gentrifiés, parmi les plus diplômés et les plus aisés de la capitale, les formations écologistes et de gauche réalisent leurs meilleurs scores électoraux. À l’inverse, dans certains arrondissements plus populaires du nord et de l’est parisien, leur implantation électorale apparaît nettement plus fragile.

Le contraste est saisissant : plus un territoire est socialement protégé des conséquences matérielles des politiques publiques, plus celles-ci peuvent être soutenues sur un registre symbolique.

Dans certains quartiers de la capitale, on ne vote plus seulement pour un programme. On vote aussi pour une image de soi. La politique devient alors, en partie, un langage social.

Dans les quartiers populaires, la logique est souvent différente. Les électeurs y sont confrontés plus directement aux conséquences concrètes des politiques publiques : logement, sécurité, école, immigration, transformations urbaines. Le vote y exprime alors moins une position symbolique qu’une expérience quotidienne du réel.

L’opposition n’est pas seulement idéologique. Elle est aussi géographique.

Dans les beaux quartiers, certaines idées restent séduisantes.
Dans les quartiers populaires, elles deviennent concrètes.

La politique municipale parisienne offre d’ailleurs une illustration intéressante de cette tension entre signal moral et efficacité matérielle.

La folie du logement social dans la capitale

La Ville consacre aujourd’hui une part considérable de ses investissements au logement social, qui représente près de la moitié des investissements municipaux. Paris revendique désormais plus de 25 % de logements sociaux sur son territoire.

L’objectif affiché est celui de la mixité sociale. Le principe est difficilement contestable. Mais la manière dont il est appliqué révèle parfois une dimension plus symbolique que matérielle.

Dans certains quartiers patrimoniaux ou centraux de la capitale, la municipalité acquiert des biens dont les valorisations dépassent couramment 16 000 euros par mètre carré afin de les transformer en logements sociaux.

L’opération possède une valeur symbolique forte : introduire du logement social au cœur des secteurs les plus prestigieux de la ville constitue un signal politique immédiatement visible.

Mais sur le plan de l’efficacité socio-économique, la question se pose différemment : à budget équivalent, combien de ménages pourrait-on loger dans des secteurs moins coûteux ?

Autrement dit, certaines politiques publiques ne produisent pas seulement des effets matériels. Elles produisent aussi des effets symboliques.

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Dans une métropole comme Paris, où les identités politiques sont fortement liées aux identités culturelles, ces signaux prennent une importance particulière.

Le vote devient alors lui aussi un signal.

Dans les milieux diplômés urbains, certaines positions politiques permettent d’afficher des valeurs socialement valorisées : solidarité, ouverture, cosmopolitisme. Dans les classes populaires, l’arbitrage électoral répond plus directement à l’expérience vécue.

La distinction pourrait se résumer simplement : Dans les beaux quartiers, on vote souvent pour ses valeurs. Dans les quartiers populaires, on vote pour se protéger de leurs conséquences. Le paradoxe parisien n’est donc pas que certains arrondissements aisés votent à gauche. Le véritable changement est ailleurs.

La candidate d’extrême gauche à la mairie de Paris Sophia Chikirou, ici photographiée le dimanche 22 février, veut mettre les médias au pas © Stephane Lemouton/SIPA

Dans les grandes métropoles occidentales, la gauche est devenue moins le parti des conditions sociales que celui des représentations culturelles. Elle mobilise prioritairement les catégories diplômées, urbaines et culturellement dominantes.

Les catégories populaires, confrontées plus directement aux effets matériels des politiques publiques, expriment de plus en plus leur vote à partir de leur expérience du réel. La gauche des métropoles est devenue une gauche des consciences. Et parfois, dans certains quartiers de la capitale, la politique ressemble moins à un arbitrage d’intérêts qu’à une affirmation de vertu. Un luxe que tous les électeurs ne peuvent pas se permettre.


[1] https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2026/03/122349_-resultats_le-climat-politique-a-paris.pdf

[2] Municipales 2026 : Une enquête parisienne qui laisse sondeur… | Le Canard enchaîné

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Il y a une vie après l’Assemblée…

Après les pluies diluviennes et les vents violents – plus de 360 arbres arrachés à Béziers ! –, il était temps de retrouver le soleil ! Surtout s’il coïncide avec la fin de cette campagne électorale décidément fort désagréable, avec son cortège de mensonges et de mauvaise foi. La politique politicienne, ça rabaisse.


Le marchand d’amis

Eh non, il ne s’agit pas ici du livre d’Éric-Emmanuel Schmitt. Et pourtant. L’amitié sera-t-elle bientôt reconnue par la loi ? C’est ce que souhaite la députée Insoumise Clémence Guetté, qui a déposé une proposition de loi à l’Assemblée nationale, le 15 janvier dernier, afin de reconnaître la place centrale de l’amitié dans la « nouvelle France », où « le modèle familial “traditionnel” n’est plus la norme ». Pour justifier son texte, la députée avance l’augmentation du nombre de divorces, les familles monoparentales toujours plus nombreuses et… pour les jeunes femmes de gauche, la possibilité de se passer du rapport de séduction aux hommes ! Notre monde devient dingue… Outre le renforcement du baptême civil, l’Insoumise souhaite créer un nouveau statut juridique de « partenaire social ». Une tierce personne avec laquelle vous pourriez, même si vous êtes marié par ailleurs, contracter un « engagement mutuel de se porter secours et assistance ». Comme si notre société n’était pas suffisamment marchande, il faudrait maintenant contractualiser l’amitié ! Foutez-nous la paix !

Sonia la courageuse

Ça y est, c’est officiel, Sonia Mabrouk a quitté CNews et Europe 1 pour BFMTV. La faute à Morandini. Et au soutien marqué de CNews envers son animateur désormais définitivement condamné pour « corruption de mineurs » et « harcèlement sexuel ». Je ne rappellerai pas les faits, tout le monde les connaît. Mais Sonia Mabrouk a été la première sur la chaîne de Vincent Bolloré à dire tout haut son désaccord sur le fait que Morandini puisse rester à l’antenne comme si de rien n’était. Et elle a poussé le panache jusqu’à démissionner de ses deux médias-employeurs. Certains diront qu’elle a certainement bien négocié son atterrissage auprès de BFM. Qu’importe, c’était courageux, élégant. Tout ce qui manque tellement à notre classe dirigeante, médiatique comme politique. Chapeau bas !

Quentin

La mort du « militant nationaliste » Quentin Deranque, le 12 février en marge d’une réunion de la députée LFI Rima Hassan, tué par des membres de la Jeune Garde, aura probablement marqué un tournant tragique dans l’affichage décomplexé du parfait cynisme de Jean-Luc Mélenchon et des membres de son parti. Le patron de LFI estime en effet que Raphaël Arnault, député de La France insoumise et fondateur de la Jeune Garde, mouvement « antifasciste » théoriquement dissous en 2025, ne serait qu’un « homme jeune qui est dans des groupes antifascistes et qui se met des claques avec des fascistes ». Ben voyons ! Le lynchage à mort du jeune Quentin a pourtant été préparé et exécuté par des membres de ce mouvement d’extrême gauche, au sein duquel on retrouve au moins un des deux assistants parlementaires du député Insoumis. Où l’on comprend, effaré, que pour le Lider Maximo de La France insoumise, la fin justifie n’importe quel moyen dès lors que cette fin est prétendument mise au service du combat contre l’extrême droite… À vomir.

Ramadan

À Béziers, le 18 février dernier, le journal local (Midi Libre, pour ne pas le nommer) célèbre le début du ramadan. Sur le carême, pas une ligne. Les deux fêtes ont pourtant commencé le même jour. Il faudra une réaction de l’archiprêtre, quelques commentaires fâchés sur les réseaux et quelques jours de réflexion pour voir enfin paraître un article sur les quarante jours qui séparent les chrétiens de la fête de Pâques. Pour un journal de gauche, parler des cathos, ça reste extrêmement compliqué…

Ploucs de province

On a d’abord eu les inondations à Béziers, c’était en janvier. Puis la tempête Nils, mi-février, suivie d’un courrier officiel pour annoncer que nous n’aurions pas droit au statut de « catastrophe naturelle », qui permet des démarches et des prises en charge facilitées auprès des assureurs. Non loin de Béziers, le maire de Cruzy est épuisé et en colère : « Ce refus de l’état de catastrophe naturelle, ça me met la rage. Peut-être qu’il faut que la tempête aille à Montpellier pour que ça change. » On se dit toujours oublié au fin fond des provinces françaises. Et il ne s’agit pas d’un « sentiment »…

Le baiser de Judas

Une fois n’est pas coutume, quelle bonne surprise ce matin de février en ouvrant Midi Libre (eh oui, encore…) ! L’ancien maire UMP de Béziers, Raymond Couderc, battu en 2014, annonce avec tambour et trompette qu’il soutiendra, pour les élections municipales, un opposant à l’actuel maire Robert Ménard. Un déluge de commentaires ! Tous plus assassins que les autres. Il faut dire que Raymond Couderc est un véritable repoussoir à Béziers. Son « fossoyeur » comme certains le surnomment. Merci monsieur Couderc d’avoir plombé la campagne d’un de nos adversaires !

Sous perfusion

En 2026, les fonctions régaliennes de l’État se verront affecter 3,2 % du PIB contre 34 % pour l’État-providence. Pendant ce temps, on discourt à l’Assemblée, au gouvernement et jusqu’à l’Élysée sur l’impérieuse nécessité d’embaucher des juges, de construire des prisons, de renforcer notre armée. Des paroles sans prises sur le réel. Difficile d’entamer une cure de désintoxication quand on est à ce point accro aux dépenses sociales. Comme une drogue dure. Et la gauche – mais aussi une partie de la droite – de nous bassiner sur le logement, la santé, l’école qui manqueraient de moyens. Quand d’autres en Europe font mieux avec moins. On finira par en crever.

Ukraine

Moment d’intense émotion à Béziers devant l’Hôtel de Ville ce dimanche 22 février. Nous étions quelques-uns aux côtés de la petite communauté ukrainienne réfugiée dans notre ville depuis quatre ans pour commémorer l’invasion de leur pays par la Russie. Un moment fort pour rappeler quelques vérités face à la désinformation russe… Au fait, aucun des candidats aux municipales n’était présent, à part Robert Ménard, bien sûr. Qu’ils soient de gauche, ou membre du RN. Pas joli, joli…

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Tel père telle fille

« Les Rayons et les ombres », le nouveau film de Xavier Giannoli. Sortie le 18 mars


En adaptant pour le grand écran Illusions perdues de Balzac, Xavier Giannoli avait déjà montré tout l’intérêt qu’il porte au milieu de la presse et des médias. Cette fois, avec Les Rayons et les ombres, il s’empare de l’histoire vraie de Jean Luchaire – journaliste pacifiste, ami d’Otto Abetz devenu patron de la presse sous Vichy – et de sa fille Corinne, actrice de cinéma qui a eu un enfant avec un officier allemand durant l’Occupation.

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Malgré sa longueur excessive (3 h 15) et les redites inutiles qui vont avec, le film a le mérite d’aborder en détail cette période terrible durant laquelle la presse écrite est tombée dans les affres de la collaboration la plus aveugle. Parallèlement, le film est la chronique d’une relation mouvementée entre un père pétrifié d’admiration et sa fille qui brûle sa vie.

Nastya Golubeva incarne cette dernière à la perfection, laissant à la traîne un Jean Dujardin moins convaincant dans le rôle du père.


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La lente dérive d’une gauche belge de plus en plus extrémiste

Chez nos amis belges, le socialiste Paul Magnette, sorte de Tony Blair wallon devenu au fil des ans le Jean-Luc Mélenchon du plat pays, incarne une gauche de plus en plus rance et woke. Sur sa gauche, il ne manque pas de concurrents tous plus radicaux les uns que les autres…


Comme ses homologues européennes, la gauche belge (francophone) se trouvait autrefois au croisement d’un marxisme plus ou moins bien digéré, de la social-démocratie, de l’environnementalisme et présentait un nuancier senestre en cinquante teints allant du rouge foncé au rose clair, en passant par le vert de l’écologie et le terracotta de l’humanisme démocratique. Reléguée dans l’opposition au niveau fédéral et à la Région wallonne, elle s’embourbe aujourd’hui dans une fange où sympathie pour l’islamisme et donc antisémitisme cohabitent avec haine des plus fortunés. Avec une stratégie : extrême droitiser l’adversaire pour en faire un ennemi à abattre par tous les moyens.

Les Wallons à la traîne

Longtemps tout-puissant, le Parti socialiste, porté sur les fonts baptismaux en 1885, a régné sur la Wallonie, la modelant à sa guise pour en faire sa chose. Comme les recettes collectivistes n’ont jamais fonctionné nulle part, ni à La Havane ni donc à Charleroi, le sud du pays n’a cessé de décliner. Figurant parmi les régions les plus prospères du monde au cours du XIXe siècle industriel, il est aujourd’hui à la traîne, à la remorque de la Flandre qui lui déverse chaque année de quoi ne pas sombrer définitivement, en situation d’obésité étatique pour cause de surabondance d’emplois et d’organismes publics. 

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A la tête de ce PS, qui n’a jamais pleinement effectué son Bad Godesberg, du nom de cette bourgade teutonne où le SPD allemand s’était rallié à la social-démocratie, Paul Magnette, autrefois jeune intellectuel europhile, porteur d’une vision moderne et féru de Pasolini, a lentement glissé pour prendre la posture du lider de gauche rance et woke. Il ne cesse plus d’éructer contre la droite, les patrons, Netanyahou qu’il qualifie sans nuance de « criminel de guerre » à la Chambre des représentants et les riches – oubliant de préciser qu’il gagne lui-même 400.000 euros d’argent public par an. Le Tony Blair wallon est devenu le Jean-Luc Mélenchon du plat pays. Entre deux échos de la surannée Internationale, trois notes de l’horripilant Bella Ciao et quatre psalmodies de Siamo Tutti Antifascisti, on l’entendrait presque hurler : « La démocratie, c’est moi ». Et donc, ce qui n’est pas lui est d’extrême droite. L’homme vient de proposer la mise en place d’un organe « indépendant » pour évaluer le « cordon sanitaire », cette stratégie pavlovienne utilisée par la gauche pour écarter l’extrême droite (comprenez : empêcher ses adversaires d’exercer leur droit à la liberté d’expression).

Mauvaises herbes

Encore un peu plus à gauche du PS, Ecolo, autrefois parti des fleurs au doux parfum, de l’air pur et des oiseaux qui chantent est devenu la formation de la mauvaise herbe antisémite, de l’air vicié et du bêlement bête de brebis galeuses qu’on se refuse d’écarter du troupeau. Son ancienne co-présidente Rajae Maouane avait relayé une chanson antisémite sur ses réseaux sociaux sans jamais être inquiétée ; une de ses figures de proue avait milité pour faire libérer celui qui deviendrait un des cerveaux des attentats de Bruxelles et de Paris ; Rayhan Haddi, un de ses militants les plus prolifiques sur les réseaux sociaux, s’est fait récemment le copiste du leader de la France insoumise en ironisant sur le patronyme d’un élu libéral : « on dit Lowenstin ou Lowenstaïne ? » Le parti a d’autres obsessions : les voitures – quitte à bloquer les centres-villes, le nucléaire et l’homme blanc non-déconstruit.

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Evidemment, tout ce beau monde défile bras dessus, bras dessous contre le gouvernement de centre-droit ou dans les manifestations de soutien à la Palestine – avec les dérives que l’on devine – aux côtés du Parti du travail de Belgique, qui n’a jamais vraiment rompu avec le stalinisme, ce qui ne l’empêche pas d’être implanté dans le jeu politique comme le bon vieux camarade de gauche. Avec son air jovial, son porte-parole Raoul Hedebouw rendrait presque le communisme sympathique, s’il ne promettait un enfer non-démocratique doublé d’un désert économique.

Agissant comme chiens de garde de ce système bien huilé, les syndicats multiplient les appels à la grève, aux blocages, à la chienlit et les antifas s’assurent de faire planer un parfum de violence autour des événements où sont invitées des personnalités de droite, trop « juives » à leurs yeux ou simplement pas assez de gauche. La semaine dernière encore, la journaliste Nora Bussigny dut faire face à une meute lors d’une conférence à l’Université libre de Bruxelles – la même où la faculté de droit avait décidé d’attribuer à sa dernière promotion le sobriquet de Rima Hassan.

En Belgique francophone, il n’y a pas vraiment de fenêtre d’Overton, mais plutôt une fenêtre de Mélenchon, à travers laquelle on peut voir la gauche surenchérir dans l’infâme. A l’intersectionnalité de leurs luttes, écologistes, socialistes et communistes rivalisent pour mieux capter l’électorat communautaire et imaginer, au passage, quelques impôts supplémentaires. Les Lumières s’éteignent ; dans la pénombre, il ne reste que la lueur de la télévision allumée sur la RTBF, télévision d’Etat qui relaie en boucle la même propagande et diffuse chaque jour, comme dans un roman d’Orwell, ses minutes quotidiennes de haine.

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Méditation sur les cendres et la survivance

Un film profond et juste – de fiction – au sujet des incendies de 2017 au Portugal


Teresa Villaverde, cinéaste portugaise née en 1966, a réalisé en trente-cinq ans une œuvre esthétique et politique puissante, composée d’une douzaine de beaux films passionnants : Três Irmãos (1994), Les Mutants (Os Mutantes, 1998), Eau et Sel (Água e Sal, 2001), Transe (2006), Cisne (2011) et Contre ton cœur (2017). Après avoir montré, dans Contre ton cœur, la chronique des ravages de l’austérité dans le Portugal de la crise économique, elle aborde dans Justa le désastre environnemental et humain. Avec Justa, Teresa Villaverde signe un grand et beau film sidérant, l’un de ses plus organiques. Le scénario s’inspire avec beaucoup de talent et de tact du sinistre de juin 2017 qui hante encore la mémoire et les corps des Portugais : les graves incendies massifs qui ont ravagé la région forestière de Leiria, au centre du pays — notamment autour de Pedrógão Grande —, provoquant un lourd bilan de 65 morts et des scènes épouvantables (des hommes et des femmes piégés dans leurs voitures par le feu, des maisons brûlées, une nature dévastée…). Cette catastrophe a profondément traumatisé l’opinion publique du pays. Teresa Villaverde a rencontré de nombreux survivants de ces tragiques incendies, enregistrant de longues conversations avec eux. Sa fiction très documentée se situe après la catastrophe. La cinéaste filme une histoire où la souffrance physique et morale du contrecoup marque les protagonistes.

Filmer l’après : les cendres après la catastrophe

À aucun moment elle ne montre le ravage et la violence de l’incendie. Elle filme ce qui reste : la terre noircie, les corps marqués, les regards suspendus. Là où certains auraient choisi le spectaculaire des flammes, elle privilégie les cendres, le silence et la lenteur.

Justa n’est pas un récit catastrophe : c’est une méditation sensorielle et métaphysique sur la survivance, la volonté de vivre, d’aider les autres, d’aimer et d’être aimé, de ne pas perdre son âme. Au centre de ces paysages dévastés, une petite communauté fragile tente de continuer, de réapprendre à vivre et de redéfinir la notion de famille.

Justa, une fillette de neuf ans, observe le monde adulte qui se fissure : son père, gravement brûlé, n’est plus celui qu’il était ; une femme âgée devenue aveugle tente de préserver sa dignité menacée ; un adolescent erre entre solitude et besoin de lien.

Les proches ne disparaissent pas, mais ils deviennent parfois méconnaissables. La famille cesse d’être un refuge automatique et devient un espace à reconstruire, parfois avec des êtres en dehors des liens du sang.

Solitude contemporaine, saudade et conscience de la perte

Les personnages les plus jeunes se rapprochent alors des êtres plus âgés pour combler un manque affectif et existentiel. Teresa Villaverde, servie par la force et la justesse de sa mise en scène rigoureuse, dessine une cartographie intime de la solitude contemporaine. Les enfants inventent d’autres formes de parenté, tandis que les adultes cherchent leur place dans un monde dont les repères sont altérés.

Le film est profondément portugais par son rapport viscéral et minéral au territoire. Au Portugal, la ruralité est essentielle : elle façonne la mémoire, la filiation, une certaine économie fragile et la force de l’identité collective.

Les incendies de 2017 ont laissé des traces indélébiles, des cicatrices géographiques et morales. Villaverde filme une région marquée dans sa chair : une communauté perdue, une parole rare mais dense, et des paysages calcinés. La terre brûlée devient le réceptacle du deuil. Le pays apparaît comme un corps atteint — et inversement, les corps des personnages semblent porter la géographie du désastre naturel.

Cette dimension rappelle combien, dans la culture portugaise, l’attachement à la terre est indissociable de la mélancolie. De nombreux romans et films portugais traitent de ce sujet. La cendre prolonge ce que l’on nomme saudade : non pas la nostalgie d’un passé idéalisé, mais la conscience aiguë d’une perte irréversible.

Le feu, la terre et l’eau : une dramaturgie des éléments

La force de Justa tient aussi à son travail presque primitif sur les éléments. Le feu, jamais montré frontalement, demeure hors champ mais omniprésent. Ses signes oppressants subsistent dans les arbres noircis, dans l’air étouffant et sur les peaux marquées. Dans Justa, sa brutalité flamboyante est intériorisée. L’incendie a ravagé les forêts et dévasté les existences : le feu s’inscrit désormais comme mémoire. La terre porte les stigmates et les cicatrices du feu : sols secs, cendres grises, racines tordues et calcinées. Pourtant, cette terre détruite est paradoxalement le seul lieu possible pour recommencer. Les personnages sont ramenés malgré eux à ce sol chargé de traumatismes.

La présence de l’eau est très symbolique au milieu de ces terres où règne la sécheresse. Le film s’ouvre ainsi sur une belle scène de pêche entre Justa et son père, moment de calme suspendu. L’eau ruisselle, coule et relie les générations. De même, lorsque la belle dame âgée, Elsa, se lave avec l’aide du jeune garçon dans la baignoire, l’eau devient un moyen matriciel de se purifier, de prendre soin de soi et de réaffirmer — malgré la vulnérabilité — la beauté d’un corps vieillissant.

Une mise en scène de la sensation

La mise en scène privilégie l’observation et la sensation. La photographie installe une atmosphère à la fois documentaire et onirique, comme si la réalité elle-même avait été altérée par l’épreuve. Les silences, les regards et les gestes ordinaires prennent une importance centrale. Le film devient un espace de contemplation.

Un humanisme face aux catastrophes du monde

Justa n’est ni un pamphlet écologique ni une simple chronique réaliste. C’est un film sur la survivance. Filmer les cendres plutôt que les flammes constitue pour la cinéaste un geste à la fois esthétique et éthique. Feu intériorisé, terre meurtrie, eau fragile — présence sensorielle des éléments, importance vitale des sens — : en centrant sa mise en scène sur ces paramètres, Teresa Villaverde compose une œuvre d’une sobriété radicale et d’une justesse essentielle.

Justa parle du Portugal, de son essence même. Mais c’est aussi une œuvre profondément humaniste rappelant la force de la compassion et de l’amour dans notre monde inflammable, où les catastrophes naturelles et la présence du mal transforment les corps, la pensée et la morale des êtres. Survivre pour réapprendre à sentir le monde sans se consumer avec lui.


1h48 min – VOSTF

Sortie dans les cinémas de France le 25 février 2026

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March 12, 2026

Échange divin

Après avoir signé la biographie de son père (Claude Tresmontant. Un ouvrier dans la vigne), notre ami Emmanuel Tresmontant publie la correspondance inédite qu’il a entretenue avec Pierre Teilhard de Chardin. Entre le jésuite paléontologue et le philosophe chrétien, l’échange est forcément de haute volée.


Il est des livres dont l’existence semble résulter d’une succession de petits miracles : le courage et le savoir-faire d’un éditeur tout d’abord, capable de fabriquer un livre à la fois élégant et solide ; ceux publiés par Michel Orcel rappelant à cet égard les productions les plus réussies de l’édition italienne. Rien de plus « miraculeux » toutefois, au regard des modes de communication actuels (SMS, mails) que l’existence même de cette correspondance, conservée dans les archives de l’IMEC[1] et retrouvée par Emmanuel Tresmontant à qui l’on doit déjà un bel essai sur son père : Claude Tresmontant. Un ouvrier dans la vigne (Arcades Ambo, 2025)[2]. Maître d’œuvre de ce nouvel ouvrage qu’il présente avec justesse et finesse, il en a conçu l’architecture et la Correspondance trouve la place qui lui revient entre l’Introduction substantielle de l’historienne Mercè Prats, et le témoignage émouvant de Marie Bayon de la Tour, petite nièce de Pierre Teilhard de Chardin.

Deux grands esprits

Ultime miracle enfin, au regard des échanges ordinaires, que la confrontation exigeante mais bienveillante de deux grands esprits qui, en un temps relativement court (vingt mois), se livrent l’un à l’autre leurs pensées les plus audacieuses. Du 8 juin 1953 au 15 février 1955 Claude Tresmontant et Pierre Teilhard de Chardin ont en effet échangé douze lettres, parfois très longues, dans lesquelles chacun se plaît à l’évidence à « frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui », comme disait Montaigne à propos des bienfaits du voyage. Or c’est bien d’un voyage qu’il s’agit ici, non pas parce que Teilhard vit à New York et Tresmontant à Paris, mais parce que la pensée du philosophe chrétien comme celle du jésuite paléontologue et visionnaire se meuvent dans une dimension métahistorique et cosmique, là où l’être humain est appelé à prendre conscience qu’il est partie intégrante de l’évolution de l’univers.

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Tenu en suspicion par la Compagnie de Jésus dont il est membre, et surveillé par le Vatican qui interdit la publication de ses livres, Teilhard ne se pose pourtant jamais en victime et son correspondant, jeune philosophe d’une maturité saisissante, n’est pas à l’époque conscient que son herméneutique biblique va un jour lui valoir d’être ostracisé par ses pairs. Rien de victimaire donc dans leur façon de défier les autorités qui musèlent les esprits, mais la tranquille assurance de deux penseurs chrétiens en pleine possession de leurs moyens, et prêts à en découdre avec les modes intellectuelles d’une époque « chargée d’angoisse » (modernisme athée, existentialisme, nihilisme). A lire leurs échanges pourtant, on en vient vite à se demander si ce qui les distingue n’est pas au moins aussi important que ce qui les unit. Mais c’est sans doute que leur entente véritable se situe en-deçà des idées qu’ils manient avec brio, dans un rapport direct et secret avec la Terre, la pierre, l’eau dont sont faits les hommes autant que l’univers. Misant sur la présence humaine plus que sur l’écriture, Teilhard dit d’ailleurs être persuadé que leur rencontre prochaine débouchera sur « une vraie collaboration ».

Emmanuel Tresmontant souligne avec raison combien la lecture de ces lettres est parfois « âpre et difficile pour nous » ; tout en ajoutant que c’est aussi ce qui fait de ces échanges de haute volée intellectuelle un moment de vérité. Car ce dont ils débattent, et que les Modernes imbus d’eux-mêmes ont congédié d’un revers de main, n’est autre que ce dont l’humanité s’est préoccupée depuis qu’elle a émergé du placenta cosmique que les deux épistoliers pensent divin : Qu’en est-il de la présence humaine et de son devenir sur une Terre qui n’est elle-même qu’une infime parcelle de l’univers qu’on sait de surcroît en constante évolution ? C’est donc avec cette évolution qu’il faut apprendre à vivre et à penser, et non pas contre elle comme le préconise l’Église chrétienne. Or cette évolution, Teilhard et Tresmontant la pensent issue d’un « mouvement créateur originel », et refusent qu’elle puisse être le produit du hasard et/ou de la nécessité, comme l’affirmera Jacques Monod quelques années plus tard (1970).

Christ « cosmique »

C’est qu’à leurs yeux le Christ est à l’œuvre en chaque être humain comme dans l’univers ; ce Christ « cosmique » appelant l’humanité à vivre une seconde naissance qui la délivrera de la servitude où elle « gémit en travail d’enfantement », comme disait saint Paul de la création (Rom. 8, 22). Mais suffit-il de faire ainsi dialoguer le christianisme avec la cosmologie contemporaine pour rendre acceptable l’idée que le Mal puisse n’être qu’un « sous-produit de l’Évolution » ? C’est pourtant ce qu’affirme Teilhard dans un texte jusqu’alors inédit « Mal évolutif et Péché originel ». Le ton se durcit à ce propos entre les deux penseurs mais Tresmontant, nullement convaincu de la « nécessité statistique de déchets », reste sur ses positions : « Pour ce qui est du malheur de l’homme, que vous appelez crise, je veux bien, mais les camps de concentration, le napalm, les bombes atomiques de ces pieux Américains, est-ce seulement une crise de croissance ou une crise de folie furieuse ? »

De même le « respect filial » que lui inspire le Père Teilhard n’empêche pas son disciple de lui reprocher son manque de culture biblique, et d’exiger de lui une définition plus précise du « panthéisme d’union » auquel il dit adhérer, et une démonstration plus convaincante de ce qui permettra la convergence des forces cosmiques et spirituelles vers le fameux Point Omega, couronnement de la mystique teilhardienne. Mais si l’évolution est bien « la création en train de se faire », comme l’affirme Tresmontant afin de convaincre son maître qu’il n’y a pas entre elles d’opposition, alors nul doute pour le lecteur que leurs échanges stimulants participent de l’une comme de l’autre.  

Correspondance inédite, Pierre Teilhard de Chardin / Claude Tresmontant, Arcades Ambo, 2026. 178 pages


[1] Institut Mémoires de l’Édition contemporaine (Abbaye d’Ardenne).

[2] Voir la recension mise en ligne sur le site de Causeur le 5 février 2025

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La souveraineté a rendez-vous avec la Lune…

Hélium-3, potentielle énergie du futur… Eau… Plateforme logistique pour l’exploration du système solaire… La Lune attise de nouveau les convoitises.


Depuis quelques années, la Lune est redevenue un terrain de compétition stratégique. Après des décennies d’oubli relatif depuis la fin de la guerre froide, les grandes puissances s’y précipitent à nouveau. Les États-Unis avec leur programme Artemis, la Chine avec son projet de base lunaire conjointe avec la Russie, ou encore l’Inde qui multiplie les succès techniques : tous ont compris que l’espace, et en particulier notre satellite naturel, sera l’un des nouveaux théâtres de puissance du XXIᵉ siècle. Dans ce contexte, l’Europe apparaît dangereusement spectatrice.

La NASA prévoit un retour d’astronautes américains sur la Lune dans les prochaines années, avec l’objectif assumé d’y installer une présence humaine durable. Pékin, de son côté, avance méthodiquement. Après avoir réussi plusieurs missions robotiques, la Chine envisage une base scientifique lunaire vers la fin de la décennie. La compétition n’est plus seulement scientifique: elle est technologique, économique et stratégique. Les ressources lunaires, notamment l’hélium-3, potentiel carburant de la fusion nucléaire, ou la glace d’eau nécessaire à la production de carburant spatial, attisent déjà les convoitises. La Lune pourrait devenir une véritable plateforme industrielle et logistique pour l’exploration du système solaire.

L’économie du futur

Face à cette nouvelle ruée vers l’espace, l’Europe donne parfois l’impression d’arriver en retard. L’Agence spatiale européenne demeure l’une des institutions scientifiques les plus performantes du monde. Les lanceurs Ariane ont longtemps été un symbole de souveraineté technologique. Pourtant, dans la nouvelle course lunaire, l’Europe se retrouve souvent en position de partenaire secondaire. Elle fournit des modules ou des technologies, mais laisse l’initiative stratégique aux autres.

Cette situation n’est pas seulement un problème scientifique ou budgétaire. Elle touche à la question fondamentale de la souveraineté. Dans un monde redevenu brutalement multipolaire, les nations qui maîtrisent les infrastructures spatiales contrôleront une partie des équilibres économiques et militaires. Les satellites régissent déjà nos communications, nos systèmes de navigation et nos capacités d’observation. Demain, les ressources extraterrestres pourraient jouer un rôle analogue à celui qu’ont tenu le pétrole ou les routes maritimes aux siècles passés.

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La Lune, dans cette perspective, est un point d’appui stratégique. Sa gravité faible en fait un lieu idéal pour assembler des vaisseaux interplanétaires ou lancer des missions vers Mars. Les ressources locales pourraient permettre de produire du carburant spatial à moindre coût. Autrement dit, celui qui s’installe durablement sur la Lune contrôle une étape essentielle de l’économie spatiale future.

Or l’Europe ne peut pas se permettre d’être absente de cette nouvelle géographie du pouvoir. Notre continent a déjà payé cher sa dépendance énergétique ou industrielle. Se contenter d’être un sous-traitant dans l’espace reviendrait à reproduire les mêmes erreurs à l’échelle cosmique.

Sois pas timide !

Il faut donc penser la présence européenne sur la Lune comme un projet politique autant que scientifique. L’histoire montre que les grandes entreprises technologiques naissent rarement d’une simple logique de marché. Elles sont presque toujours le produit d’une volonté stratégique. Les États-Unis ont envoyé des hommes sur la Lune en 1969 pour des raisons de prestige et de puissance. Aujourd’hui encore, les programmes spatiaux américains et chinois répondent d’abord à des considérations géopolitiques.

L’Europe, elle, souffre d’une forme de timidité stratégique. Elle excelle dans les coopérations scientifiques, mais hésite lorsqu’il s’agit d’assumer un projet de puissance. Pourtant, elle dispose d’atouts considérables : une base industrielle solide, des ingénieurs de premier plan et une tradition spatiale déjà ancienne. Ariane, Galileo ou Copernicus ont montré que le continent était capable de projets ambitieux lorsqu’il se donnait les moyens politiques de les mener.

La question lunaire pourrait devenir l’un de ces grands projets mobilisateurs. Non pas pour céder à un romantisme spatial, mais pour affirmer une indépendance technologique et stratégique. Une base européenne sur la Lune, même modeste, constituerait un symbole puissant, celui d’un continent capable de se projeter dans l’avenir.

Certains objecteront que les priorités devraient être ailleurs : l’économie, la défense ou la transition énergétique. Mais l’histoire des grandes puissances montre que l’investissement spatial est précisément un moteur pour ces secteurs. Les technologies développées pour l’exploration se diffusent ensuite dans l’industrie civile. L’espace est un formidable accélérateur d’innovation.

Surtout, il offre un horizon politique. Dans une Europe souvent accusée de manquer de vision, un programme lunaire pourrait jouer le rôle qu’ont joué autrefois les grands projets industriels : créer un récit collectif. À condition, bien sûr, de sortir de la logique purement administrative qui caractérise trop souvent les politiques européennes.

La colonisation de la Lune ne doit donc pas être pensée comme une fantaisie futuriste. Elle est déjà en train de devenir une réalité géopolitique. Si l’Europe veut conserver un rôle dans le monde qui vient, elle devra accepter cette évidence : la souveraineté ne se joue plus seulement sur Terre, mais aussi dans l’espace.

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Cameroun: le logo et la devise de la visite de Léon XIV dévoilés

À quelques semaines de la visite apostolique du Pape Léon XIV au Cameroun, prévue du 15 au 18 avril, la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC) a révélé dans un message vidéo diffusé mercredi dernier, le logo, la devise ainsi que la campagne de prière préparatoire de cet événement ecclésial très attendu. Ce symbole met en lumière la mission pastorale du Saint-Père et sa proximité avec l’Église locale.

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