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L'alternative moderne aux médias de contrôle social

September 15, 2026

Petroline: un talon d’Achille de plus pour l’Arabie saoudite

Deux stations du grand oléoduc Est-Ouest saoudien ont été frappées par des drones venus d’Irak. Long de 1 200 kilomètres et capable d’acheminer jusqu’à sept millions de barils par jour vers la mer Rouge, le Petroline permet de contourner Ormuz. Mais ses stations de pompage constituent autant de maillons vulnérables dans cette route pétrolière devenue vitale.


Des drones lancés depuis le territoire irakien ont frappé deux installations du grand oléoduc Est-Ouest saoudien, selon les autorités de Riyad et de Bagdad. Certaines informations désignent les stations d’Al-Masbah et d’Al-Dhekra, situées respectivement dans les régions de Riyad et de Médine. Elles se trouvent à plusieurs centaines de kilomètres du point de départ du Petroline, à Abqaiq, près du golfe Persique (environ 500 kilomètres pour la première et près de 1 000 pour la seconde), sur un parcours total de 1 200 kilomètres jusqu’au port de Yanbu, sur la mer Rouge. L’Arabie saoudite attribue l’opération à des milices pro-iraniennes présentes en Irak, mais aucun groupe n’en avait publiquement revendiqué la responsabilité au moment de la rédaction de cet article. L’origine des drones, le choix de la cible et le mode opératoire portent néanmoins la marque du réseau régional constitué et soutenu par Téhéran.

Arrêt par précaution

À la suite des frappes, qui ont fait plusieurs blessés et causé des dégâts matériels, les autorités saoudiennes ont interrompu par précaution le fonctionnement de l’oléoduc, le temps d’évaluer l’étendue des dommages. Les images satellitaires semblent montrer qu’au moins une station a été sérieusement touchée. Une fois encore, des drones relativement peu coûteux sont ainsi parvenus à mettre en difficulté une infrastructure devenue vitale.

Le Petroline, ou oléoduc Est-Ouest, traverse l’Arabie saoudite et transporte le pétrole depuis les zones de production de l’est du royaume jusqu’au terminal sur la mer Rouge. Construit dans les années 1980, pendant la guerre Iran-Irak, il devait précisément offrir au royaume une voie d’exportation échappant au détroit d’Ormuz.

Cette fonction de contournement est aujourd’hui plus importante que jamais. La circulation maritime dans le détroit d’Ormuz ayant été fortement réduite par la guerre, l’Arabie saoudite a utilisé le Petroline à un niveau proche de sa capacité maximale. Le système peut transporter jusqu’à sept millions de barils par jour, grâce notamment à la conversion d’une conduite parallèle autrefois réservée aux liquides de gaz naturel. Avant l’attaque, entre quatre et cinq millions de barils y auraient transité quotidiennement, soit environ 4 % à 5 % de l’approvisionnement pétrolier mondial. Le Petroline n’est donc plus seulement une infrastructure nationale mais l’une des principales soupapes du marché mondial du pétrole. Or, une soupape n’est utile que tant qu’elle fonctionne.

Pour comprendre la vulnérabilité du système, il faut cesser d’imaginer un oléoduc comme un simple tuyau légèrement incliné dans lequel le pétrole s’écoulerait naturellement. Sur une distance de 1 200 kilomètres, le brut doit être régulièrement remis sous pression. Sa viscosité, le frottement contre les parois, le diamètre de la conduite et les variations du relief freinent son déplacement et provoquent une perte progressive de pression.

Il n’est toutefois pas possible d’attribuer au Petroline une viscosité unique, celle-ci dépend de la qualité du brut transporté et surtout de sa température. Dans les conditions actuelles, Aramco y fait circuler prioritairement de l’Arabian Light et, dans une moindre mesure, de l’Arabian Extra Light, des pétroles relativement fluides (densité entre 32 et 36 degrés API et entre 36 et 40 degrés API). Le réseau peut également transporter des bruts plus lourds, mais leur viscosité supérieure accroît les pertes de pression et réduit le débit, sauf à chauffer le produit ou à le mélanger à un brut plus léger.

Le Petroline est par ailleurs conçu, équipé et exploité pour le transport de pétrole brut. Dans sa configuration actuelle, il ne peut pas servir indifféremment à l’acheminement d’essence, de gazole ou de carburéacteur. Faire circuler successivement plusieurs produits raffinés exigerait une gestion par lots, des équipements de séparation, des procédures de nettoyage ainsi que des capacités particulières de stockage et de réception à chaque extrémité, afin d’éviter leur contamination. Une conversion resterait techniquement possible, mais elle nécessiterait des adaptations importantes et réduirait, au moins temporairement, la capacité consacrée au brut.

Course de relais

Le fonctionnement d’un oléoduc ressemble à une course de relais. Chaque station reçoit un flux dont la pression a diminué, lui redonne de l’élan et le transmet à la suivante. Plus le pétrole est visqueux, plus l’effort nécessaire est important et plus les stations doivent être rapprochées ou puissantes. À cela s’ajoute un besoin considérable en énergie. Les pompes principales peuvent être entraînées par de puissants moteurs électriques ou par des turbines alimentées au gaz voire avec des produits tirés du pétrole transporté. Mais, même dans ce dernier cas, l’électricité reste indispensable au fonctionnement des vannes, des capteurs, des systèmes de refroidissement, des communications et des dispositifs informatiques qui surveillent en permanence le débit et la pression.

La construction et l’entretien de telles infrastructures constituent un marché hautement spécialisé. Des groupes comme l’italien Saipem, les français Technip Energies et Vallourec, l’américain McDermott, le britannique Petrofac ou le chinois Sinopec Engineering figurent parmi les grands acteurs mondiaux de l’ingénierie et de la construction pétrolières. Ils conçoivent ou réalisent les conduites, les stations et leurs systèmes de contrôle. Des fabricants spécialisés fournissent les pompes, turbines, vannes et équipements électriques.

Dans le cas du Petroline, Saudi Aramco demeure cependant l’opérateur et le principal responsable de la maintenance, qu’elle assure avec l’appui de nombreux sous-traitants. Ses marchés couvrent notamment le remplacement de sections, la pose de manchons, le reconditionnement et les travaux d’excavation. Réparer une station lourdement touchée suppose donc de mobiliser une chaîne industrielle internationale, des pièces parfois fabriquées sur mesure et des techniciens très spécialisés, une opération plus complexe que de remplacer quelques mètres de tube.

Le système saoudien comprend onze stations de pompage et deux stations de régulation ou de réduction de pression, soit treize installations principales le long du parcours. En moyenne, une installation importante apparaît tous les 90 à 110 kilomètres environ. Endommager l’une d’entre elles revient à retirer un coureur de la course. Le pétrole peut encore se trouver dans le tube, les portions précédentes peuvent rester intactes et les stations voisines parfaitement opérationnelles mais la chaîne n’en est pas moins rompue ou, au minimum, fortement dégradée.

En revanche, une perforation isolée de la conduite peut être spectaculaire, provoquer un incendie et entraîner une pollution importante mais, si elle reste localisée, les techniciens peuvent fermer les vannes situées de part et d’autre, isoler le tronçon, remplacer la section endommagée puis remettre progressivement le réseau sous pression.

En revanche, une station de pompage est un ensemble complexe. Elle comprend des pompes de forte puissance, des moteurs ou turbines, des transformateurs, des conduites, des vannes, des systèmes de refroidissement, des capteurs et des équipements électroniques de contrôle. Une explosion ou un incendie peut toucher plusieurs de ces éléments simultanément. Avant toute remise en service, il faut vérifier non seulement que les pompes fonctionnent, mais l’ensemble des composants de ce système.

Il est parfois possible de contourner une station au moyen d’une dérivation ou d’exploiter une conduite parallèle. Mais un contournement ne remplace pas la pression que devait fournir la station. Il ajoute même généralement des pertes hydrauliques supplémentaires. Les stations voisines peuvent compenser une partie de la puissance manquante, mais elles doivent alors fonctionner davantage et le débit maximal de l’ensemble du réseau diminue.

Manque à gagner

Le résultat n’est donc pas nécessairement un arrêt total et durable. Il peut s’agir d’une reprise rapide, mais à vitesse réduite. Dans un réseau transportant plusieurs millions de barils par jour, même une diminution provisoire représente un manque à gagner considérable. Moins de pétrole arrive à Yanbu, les chargements de navires sont retardés et les capacités de stockage finissent par être saturées en amont.

Les Saoudiens disposent d’une longue expérience de la protection et de la réparation de leurs infrastructures pétrolières. En avril 2026, une précédente attaque contre une station du même réseau avait fait tomber le débit à environ 700 000 barils par jour. Riyad avait annoncé le rétablissement de la pleine capacité trois jours plus tard. Ce précédent suggère que le royaume peut réparer rapidement des dommages importants, grâce à des équipes spécialisées et à certaines possibilités de redondance. Il est donc raisonnable de penser que la circulation pourra reprendre assez vite. Mais tant que les installations touchées ne seront pas pleinement opérationnelles, la capacité disponible devrait rester inférieure au maximum théorique.

L’Arabie saoudite dispose par ailleurs de réserves à Yanbu et peut temporairement continuer à charger des pétroliers. Ces stocks ne sont cependant pas illimités. Si le Petroline ne retrouve pas rapidement un débit suffisant, les exportations par la mer Rouge devront diminuer. Le marché l’a immédiatement compris et le cours du Brent a dépassé 108 dollars le baril après l’annonce de l’attaque et de la fermeture de l’oléoduc.

Comment protéger cette infrastructure ? Le royaume peut renforcer la défense aérienne autour du tracé et multiplier les systèmes de brouillage. La solution la plus efficace à long terme consisterait toutefois à enterrer ou à durcir une partie des stations de pompage. Une installation souterraine ou protégée par d’épaisses structures en béton serait beaucoup moins vulnérable aux drones chargés d’explosifs et aux frappes de faible puissance. Des pompes réparties dans plusieurs compartiments permettraient également d’éviter qu’un seul impact neutralise toute la station.

Mais transformer onze stations existantes en installations semi-enterrées ou souterraines serait un chantier long, coûteux et complexe. Et puis, une station ne peut jamais disparaître entièrement sous terre. Elle doit conserver des accès pour le personnel et les engins lourds, des dispositifs de ventilation et de refroidissement, des arrivées électriques, des systèmes de communication et des ouvertures permettant la maintenance ou le remplacement des pompes. Certains éléments resteront donc nécessairement exposés.

L’objectif réaliste n’est pas de rendre le réseau invulnérable, mais de réduire les conséquences de chaque impact. Compartimenter les équipements, multiplier les pompes de secours, protéger les transformateurs, installer des commandes redondantes et préparer des dérivations utilisables sans travaux prolongés.

Ces mesures permettront de réduire la vulnérabilité du Petroline, sans la faire disparaître. L’attaque confirme surtout que contourner Ormuz ne suffit plus à mettre les exportations saoudiennes à l’abri. Le pétrole acheminé vers Yanbu échappe certes au détroit, mais les stations qui le poussent à travers le royaume peuvent être frappées depuis l’Irak ; une fois arrivé en mer Rouge, il reste exposé aux Houthis autour de Bab el-Mandeb. La menace ne disparaît donc pas : elle se déplace tout au long de la chaîne. Peu à peu se dessine autour de la péninsule Arabique une sorte d’ « Ormuz de feu », bien plus vaste que le détroit lui-même, où oléoducs, stations de pompage, terminaux et routes maritimes constituent autant de points vulnérables. Les Saoudiens répareront sans doute rapidement les dégâts. Il leur sera plus difficile de placer durablement leurs infrastructures vitales hors de portée des Gardiens de la révolution iraniens et de leurs alliés.

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Nous n’avons pas les mêmes valeurs

Pour lutter contre les violences sexuelles, le gouvernement britannique distribue désormais aux demandeurs d’asile un guide leur rappelant quelques principes élémentaires: le viol est interdit, le consentement est nécessaire et les enfants ne sont pas des adultes. Une initiative involontairement cocasse.


Outre-Manche, la vie juridique est rythmée par des condamnations de demandeurs d’asile pour viol. Un Kurde dans le Staffordshire pour le viol d’une femme de 18 ans ; un Afghan pour l’enlèvement et deux viols d’une fille de 12 ans dans le Warwickshire ; deux Égyptiens et un Iranien pour le viol d’une femme sur la plage de Brighton ; un Érythréen pour le viol d’un vieillard ivre dans le cimetière d’une église londonienne… Mais une solution a été trouvée par le ministère de l’Intérieur. Il vient de publier un livret intitulé « Comprendre les comportements et les attentes au Royaume-Uni : un guide pour les demandeurs d’asile ». Soulignant le fait que les normes culturelles britanniques peuvent être différentes de celles de leur pays d’origine, le document, à distribuer à tous les migrants lors de leur arrivée, explique que, sur le sol britannique, le viol est illégal. « Au Royaume-Uni, les deux personnes doivent dire “oui” aux relations sexuelles. Cela s’appelle le consentement sexuel. » Une personne ivre ou endormie ne peut pas donner son consentement. L’étranger pressé de se familiariser avec les us et coutumes des Anglais apprend aussi que « le viol des enfants est illégal, même quand ils ont l’air plus âgés » ou « si c’est permis dans un autre pays ».

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Un ton comminatoire est adopté pour affirmer qu’être condamné pour de tels crimes « peut avoir un impact négatif sur votre demande d’asile ». Le guide assène qu’il est inacceptable de faire des sifflements admiratifs, d’imiter le bruit d’un baiser ou de faire des remarques de nature sexuelle, même en guise de compliment. Et qu’il est illégal de « couper ou de blesser les parties génitales d’une fille ». Ce texte ressemble à une mauvaise blague. Il prouve que même les travaillistes comprennent que l’intégration est un échec et que toutes les cultures ne sont pas interchangeables. Interviewée par The Times, une ex-ministre conservatrice a suggéré la création de bordels d’État spécialement conçus pour les migrants. Son idée, bien que facétieuse, a provoqué un scandale, mais serait-elle compatible avec les normes culturelles des migrants ?

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September 14, 2026

La Terreur sans la rigueur

Son ennemi, c’est le réel ! Pour Mélenchon, dette, prix, propriété, rareté ne sont que viles oppressions à abolir par décret. L’État écrasera ainsi les riches et sauvera les braves gens. Mais quand LFI promet de brûler les créances, ce sera aux Français de payer les cendres.


« Il suffit d’aller à la Banque de France, de prendre les titres de dette et de les jeter au feu. » Le 24 juin, Jean- Luc Mélenchon tient à Paris une conférence de presse devant un parterre d’influenceurs numériques. Face à ce jeune auditoire il peut proférer cette énormité : pour remettre à flot les comptes de l’État, il n’y a qu’à annuler d’un coup unilatéralement l’ensemble des créances détenues par notre banque centrale sur le Trésor, soit 18 % de la dette souveraine française, quelque 600 milliards d’euros. Sans « aucune conséquence » ose même préciser l’ancien sénateur socialiste. Bon sang mais c’est bien sûr ! Pourquoi personne n’y avait pensé avant ?

Cette absurdité résume assez fidèlement la philosophie économique de « L’Avenir en commun ». Publiée dans sa quatrième édition en 2025, cette somme de 831 mesures peut être lue comme le programme de La France insoumise à l’élection présidentielle de 2027. Le document doit encore être actualisé et chiffré, mais ses grandes orientations ne devraient guère changer : retraite à 60 ans, SMIC à 1 600 euros nets, revalorisation des traitements publics et des prestations sociales, blocage de certains prix, nationalisations, planification écologique, réduction du temps de travail, désobéissance européenne et donc, comme a l’a vu, possible refus d’honorer une partie de la dette.

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Derrière cet interminable catalogue se trouve une logique simple consistant à distribuer immédiatement davantage de revenus et de droits sociaux, puis compter sur le surcroît d’activité et de recettes ainsi produit pour financer l’opération. Autrement dit, refaire 1981. Après l’élection de François Mitterrand, le gouvernement Mauroy a augmenté le SMIC, les prestations familiales et le minimum vieillesse. Il a créé des emplois publics, instauré la cinquième semaine de congés payés et réduit la durée légale du travail hebdomadaire à 39 heures. La retraite à 60 ans est entrée en vigueur l’année suivante. Le raisonnement était celui de la relance keynésienne : donner davantage aux ménages modestes stimule la consommation, remplit les carnets de commandes et pousse les entreprises à produire et à embaucher. La croissance alors obtenue procure ensuite les recettes fiscales et sociales censées couvrir les dépenses publiques initiales.

Problème : l’industrie française n’a pas pu répondre suffisamment vite à la hausse de la demande, de sorte qu’une partie considérable du pouvoir d’achat distribué aux Français a alimenté les importations et creusé le déficit extérieur. Menée presque seule dans un environnement international restrictif, la relance a entretenu l’inflation et les sorties de capitaux. Résultat, le franc a été dévalué trois fois entre octobre 1981 et mars 1983. Après un premier coup de frein en 1982, Mitterrand n’a eu d’autre choix en mars 1983 que de décréter le « tournant de la rigueur » pour maintenir la France dans le Système monétaire européen.

Mélenchon veut refaire 1981, sans le tournant de la rigueur

« L’Avenir en commun » reprend la première partie de cette séquence historique, tout en assurant que la seconde n’aura pas lieu. Or la France de 2027 est encore plus désindustrialisée que celle de 1981. Une relance immédiate de la demande fera tourner les usines chinoises, allemandes, italiennes ou espagnoles bien avant celles de Franche-Comté ou de Gironde.

Pour donner à cette grande opération de redistribution les apparences du réalisme budgétaire, LFI présente ses sources de financement. Celles-ci proviendraient principalement d’une augmentation massive des prélèvements sur les hauts revenus, les patrimoines et les entreprises. S’y ajoute l’éternel trésor de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Dans son chiffrage de 2022, toujours intégré au corpus programmatique de LFI, le mouvement visait 26 milliards par an provenant d’un « impôt universel » sur les multinationales et 26 autres milliards issus d’un renforcement des contrôles. Or les résultats réels invitent à davantage de modestie. En 2025, l’administration fiscale a notifié 17,1 milliards d’euros de droits et de pénalités, mais n’en a encaissé que 11,4 milliards.

LFI rêve d’une économie sous contrôle 

La grande originalité de « L’Avenir en commun » ne réside cependant pas dans l’idée d’aller chercher l’argent chez les riches. Elle tient plutôt à celle de donner à l’État un contrôle massif de la production dans notre pays. Le titre d’un chapitre est révélateur : « Produire nous-mêmes pour répondre aux besoins ». La production ne devrait plus être principalement commandée par la demande solvable et la recherche du profit, mais par une définition politique des « besoins sociaux ». Un pôle bancaire public orienterait le crédit. La commande publique, les nationalisations et les aides conditionnelles dirigeraient les investissements. Les secteurs jugés essentiels seraient soustraits au marché.

Mélenchon présente l’élimination des très grandes fortunes comme une simple restitution de pouvoir au peuple. En réalité, son programme consiste à transférer les richesses à l’appareil d’État et à ceux qui le contrôlent.

Certes, le marché ne répond pas parfaitement aux besoins d’une économie. Il néglige ceux qui sont insolvables, peut surinvestir dans des produits frivoles et favoriser les monopoles. Mais les prix transmettent des milliards d’informations dispersées. Leur hausse signale une rareté, le profit attire les capitaux et la perte indique une demande insuffisante. L’administration centrale peut décider de produire un million de chaussures, mais beaucoup moins facilement prévoir les couleurs et les modèles demandés. « L’Avenir en commun » traite la définition politique des besoins comme supérieure aux choix individuels. Il détaille les défaillances du marché tout en ignorant celles de l’État. C’est ici qu’apparaît le principal angle mort du programme : la liberté.

Dans « L’Avenir en commun », la liberté économique est conçue surtout comme le masque des rapports de domination. Ce phénomène existe. Mais la réalité est plus complexe. La propriété privée et le capital constituent aussi des moyens d’échapper à la dépendance envers l’État. Le capital privé ne garantit évidemment ni la vertu ni le pluralisme. Mais sa dispersion crée une pluralité de centres de décision. Mélenchon dénonce le pouvoir politique que peuvent conférer les très grandes fortunes. Mais il présente leur élimination comme une simple restitution de pouvoir au peuple. En réalité, son programme consiste à transférer les richesses à l’appareil d’État et à ceux qui le contrôlent.

Brûler la dette ne brûle pas les déficits

L’épisode des titres jetés au feu prend alors tout son sens. Pour Mélenchon, la dette publique est l’instrument par lequel les marchés (et donc les « riches ») imposent leurs préférences aux gouvernements (et donc au « peuple »). Une partie de cette dette étant détenue par la Banque de France, il suffirait de l’annuler. Dans des comptes publics, cette dette ressemble effectivement à une somme que l’État se doit à lui-même. Mais son annulation n’effacerait pas ce qui a été créé en contrepartie. Lorsque la Banque de France achète 100 milliards d’euros d’OAT, des obligations émises par l’État, elle inscrit ces titres à son actif et crée 100 milliards de monnaie centrale à son passif. Brûler les OAT supprimerait l’actif, mais pas la monnaie déjà créée.

La Banque de France enregistrerait donc une perte. Elle pourrait la reporter et attendre que ses profits futurs reconstituent ses fonds propres, mais elle ne verserait plus rien à l’État pendant cette période. Entre 2015 et 2022, ses dividendes et son impôt sur les sociétés ont rapporté près de 32 milliards d’euros au budget public. Si les pertes étaient assez importantes et durables pour compromettre son indépendance ou son fonctionnement, l’État devrait la recapitaliser. Il lui faudrait alors augmenter les impôts, réduire ses dépenses ou emprunter. Dans ce dernier cas, il recréerait la dette qu’il prétendait avoir effacée.

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Mais surtout, l’opération ne réglerait en rien les déficits futurs. Si l’État perçoit 1 000 milliards d’euros et en dépense 1 100, il doit encore trouver 100 milliards chaque année. Après avoir brûlé les anciens titres, il devrait en émettre de nouveaux, probablement à un taux plus élevé puisque les investisseurs craindraient une prochaine annulation.

La cohérence apparente du mélenchonisme économique réside dans une idée simple, trop simple pour être vraie : les prétendues contraintes économiques ne sont que le masque des rapports de forces politiques. En conséquence, toute contrainte peut être abolie par une décision souveraine. Or si une majorité peut voter une hausse de la dépense, donc de la demande, elle ne peut pas décréter l’apparition de l’offre correspondante. Elle peut partager le travail mais pas créer les compétences manquantes. Elle peut fixer un prix, pas faire disparaître la rareté.

Chez LFI, on pense que la dépense publique crée du bonheur. C’est possible, mais comme l’a dit Benjamin Constant : « Prions l’autorité de rester dans ses limites, qu’elle se borne à être juste. Nous nous chargerons d’être heureux. »

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L’habit défait-il le magistrat ?

Dans l’Etat du Mississippi, Assma Ali est devenue la première juge américaine à siéger avec un hijab. Bien que ses détracteurs semblent concentrer leurs attaques sur son appartenance religieuse, ce n’est pas sa foi qui pose problème, mais le signe religieux qu’elle arbore dans l’exercice d’une fonction d’autorité.


“Un mauvais exemple est comme une tache d’huile qui va toujours s’étendant.” Sosthène de La Rochefoucauld-Doudeauville.

« My tailor is rich. » Introduction emblématique de la célèbre méthode linguistique Assimil.


La Constitution américaine est sans ambiguïté sur la laïcité, c’est-à-dire la séparation de la religion et de l’État. L’appartenance, ou la non-appartenance, à quelque mouvement (in)organisé n’a aucune pertinence quant à la capacité de tout citoyen américain d’assumer une charge publique ou judiciaire. Cela dit, il y a toujours loin du calice aux lèvres : dans une nation largement protestante, il n’a pas toujours été facile aux catholiques et aux Juifs de participer pleinement à la vie politique, en particulier dans les ex-États esclavagistes, où les rednecks pentecôtistes voyaient (et voient parfois encore) dans les papistes et les déicides des suppôts de Satan. 

Rappelons que, sans remonter au Moyen Âge, au dernier millénaire (en l’an de grâce 1960), John F. Kennedy avait dû fermement rappeler à ses compatriotes qu’il n’était pas le candidat catholique à la présidence, mais le candidat démocrate à la magistrature suprême qui se trouvait à être catholique et qu’il n’avait nulle intention d’être la « taupe » du Vatican à la Maison-Blanche. Il constatait que nul article de la loi suprême ne le disqualifiait à compter du jour où il fut baptisé.

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Pour autant, l’Amérique est quand même un creuset. Parmi les élus (sans jeu de mots), les Juifs ne sont pas des nouveaux-venus dans les assemblées fédérales et locales, et l’on y compte de plus en plus de musulmans. À noter que ceux-ci ne sont pas exclusivement issus de l’immigration. Depuis les années 1960 surtout, lors du combat pour les droits civiques, un certain nombre d’Afro-Américains de souche, dont les racines se trouvent dans les régions atlantiques de l’Afrique, ont troqué la Bible, jadis brandie par les puissances coloniales en guise de justification de l’esclavage, pour le Coran, prêchant un monothéisme plus rigoureux.

(Ces convertis, en écoutant le chant des sirènes « tiers-mondiste », sont tombés de Charybde en Scylla : la traite négrière pratiquée par les Arabes, notamment sur la côte orientale du continent, est bien antérieure au commerce triangulaire. De surcroît, ces trafiquants de chair humaine eurent parfois pour habitude de rendre leurs captifs masculins aptes à leur future fonction de gardien de harem par une intervention chirurgicale radicale, ce qui explique que, contrairement aux Amériques, dans la péninsule Arabique sont plus rares les personnes à la pigmentation révélant un fort taux de mélanine.)

La députée du Minnesota Ilhan Omar. DR.

Le Congrès américain a connu des législateurs revêtus du col romain, mais, sauf erreur, pas de kippas. De nos jours, il y a des législatrices affublées d’un hijab, symbole éminemment féministe comme chacun le sait. Dans les prétoires, on croise à l’occasion des juifs orthodoxes qui plaident avec leur kippa, et des avocates musulmanes portant le hijab. Une hérésie en France voltairienne. Mais quid de la magistrature ? Les Juifs y ont droit de cité depuis des décennies et ont officieusement joui d’un siège réservé à la Cour suprême sur les neuf. Mais aucune kippa. Pas de croix non plus.

Quand le juge arbore sa foi

Signalons que, souvent, les juges sont nommés par le pouvoir exécutif chez les avocats de carrière. Dans l’État du Mississippi, une nomination historique a eu lieu le 5 août dernier. Assma Ali, fille d’immigrants yéménites et 100 % Américaine puisque née et éduquée aux États-Unis, occupe désormais la charge de juge municipale de la ville de Benoit. Elle compte dix ans d’expérience comme avocate et d’impressionnants stages professionnels lorsqu’elle était étudiante à la fac de droit et elle est appelée à statuer seule (sans jury populaire) sur des infractions au code de la route et des délits mineurs. Un CV irréprochable.

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Mais là où le bât (si l’on ose dire) blesse : elle porte le hijab. Une première dans l’histoire judiciaire américaine. L’on ne saurait nier qu’elle a fait l’objet d’attaques hystériques, apparemment fondées sur son affiliation religieuse : un sénateur d’État réclame sa destitution vu que l’Amérique croit en Dieu et non pas en Mahomet ; un politicard aspirant au poste de gouverneur promet d’interdire l’application de la charia dans l’État… Elle a même fait l’objet de menaces de mort.

Le problème est que ces rednecks ont attaqué la juge Ali pour les mauvaises raisons. Sa foi n’est pas le problème, mais sa tenue vestimentaire. Vérité sémiotique incontournable : un vêtement n’est pas toujours neutre et synthétise un message.

La justice a aussi son uniforme 

La toge symbolise les fonctions du porteur : impartialité, respect des droits de la défense, tandis que le hijab constitue un étendard proclamant haut et fort une croyance. Il est déjà troublant de voir un avocat en fonction afficher des signes religieux distinctifs, qui constituent des instruments de propagande, mais l’on peut se résigner en se rappelant qu’il ne représente que son seul client. Il en va tout autrement d’un magistrat qui, lui, incarne l’État. Le Mississippi est l’État américain le plus bouseux qui soit, mais, sauf erreur, nul magistrat fréquentant le dimanche son église pentecôtiste n’y a arboré de croix en siégeant, même s’il conserve, en dehors des heures de service, l’intime conviction que Jésus a marché sur les eaux.

Incidemment, la France compte dans ses effectifs judiciaires des citoyens aux origines et (non-)croyances diverses. Il est permis de supposer que certains d’entre eux adhèrent à l’idée que Mohammed, après s’être rendu de La Mecque à Al-Qods par la voie des airs en chevauchant son bouraq, est monté au ciel à partir de l’esplanade du Temple, mais seuls les télépathes aguerris peuvent les débusquer. L’esprit corporatiste du système judiciaire français donne trop souvent lieu à des controverses et à des dérapages, mais d’un autre ordre.

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Il n’est pas question ici de mettre en doute la sincérité de la juge Ali, qui s’engage à s’en tenir uniquement aux lois, à la Constitution mississippienne et à la Constitution fédérale, mais quid de l’obligation de tout magistrat d’éviter toute apparence de conflit d’intérêt et de partialité ? Qu’en est-il de son devoir de réserve? Il est vain de sonder les gyrus de la juge, seule compte la perception du justiciable lambda dans son box. L’on peut conjecturer que si elle eût suivi les réformes libératrices de Kemal Atatürk, elle eût fait l’économie de virulentes polémiques.

Voilà une évolution qui pourrait déborder sur le Canada, ce qui ne pourra que réjouir l’éminent philosophe Charles Taylor, récipiendaire du juteux prix Templeton. Alors qu’au Québec, la commission Bouchard-Taylor avait, en 2008, préconisé d’interdire le port de signes religieux aux fonctionnaires « en position d’autorité », notamment aux procureurs, policiers et juges, Chuckie Taylor affirme depuis que même ces timides restrictions lui « font honte ». Multiculturalisme canadien oblige. Tous les accommodements sont raisonnables, sauf peut-être les sacrifices humains.

Le Génie est sorti de sa lampe au Mississippi. Était-ce écrit ?

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🎙️ Atlanti’Causeur: cette semaine, l’AfD, le pluralisme et l’école française au bord du décrochage

Élisabeth Lévy (Causeur) et Jean-Sébastien Ferjou (Atlantico) débattent de l’actualité de la semaine. Une discussion toujours franche, jamais froide, parfois féroce. Sans langue de bois ni sujets tabou, ces deux-là ne sont pas toujours d’accord et ne se l’envoient pas dire !


Elisabeth Lévy et Jean-Sébastien Ferjou reviennent sur la percée de l’AfD en Allemagne et sur les impasses du « cordon sanitaire » : peut-on combattre un parti sans esquiver les questions que se posent ses électeurs ? Ils interrogent aussi la crise du pluralisme, la tentation de censurer les opinions dissidentes et le recul du débat public. Enfin, ils se penchent sur les résultats PISA et le déclin scolaire français, entre abandon de l’exigence, effacement de l’autorité et concurrence éducative mondiale. Ecoutez ! 👇

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Préparation des JMJ de Séoul: «Les jeunes sont l'avenir de l'Église et du monde»

Le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, a célébré une messe à Séoul, en ouverture de la deuxième réunion préparatoire pour les Journées mondiales de la jeunesse prévues en 2027 dans la capitale sud-coréenne.

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La première «Médaille Léon XIV pour la durabilité» remise au cardinal Michael Czerny

Lors d’une conférence de presse tenue dans la Salle Saint-Pie X au Vatican, l’université américaine de Villanova a annoncé que le cardinal Michael Czerny, S.J., avait été désigné premier lauréat de la médaille du Pape Léon XIV pour le développement durable, et a dévoilé de nouveaux détails concernant la prochaine Conférence internationale sur le développement durable de l’université de Villanova, prévue en 2026.

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En Asie, transformer l'influence en ligne en témoignage chrétien

La première Assemblée des missionnaires catholiques du numérique en Asie s'est conclue dimanche à Manille, aux Philippines, après avoir rassemblé plus de cent communicants et créateurs de contenus afin de renforcer leur collaboration et de développer une vision partagée pour l'évangélisation numérique.

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Pour Léon XIV, «la Bibliothèque apostolique est un cœur»

Le Pape a inauguré ce lundi 14 septembre l'exposition «AQVA» à la Bibliothèque apostolique vaticane. Dans son discours le Souverain pontife a salué la mission des institutions chargées de préserver la mémoire de l’Église. «Fidèles au passé et fidèles à l’avenir, avec les langages et les moyens qui vous sont propres, trouvez de nouvelles voies de réconciliation», a exhorté le Saint-Père.

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Aide à l'Église en détresse: «nous donnons de l'espoir aux persécutés»

Les assistants ecclésiastiques de la fondation pontificale «Aide à l’Église en détresse» se sont réunis à Rome. Ils ont élu leur président, Mgr Friedrich Bechina. Le prêtre autrichien évoque les activités de l’organisation, ses missions et ses principaux domaines d’intervention.

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De nouveaux locaux pour les Archives et la Bibliothèque du Vatican

Compte tenu de l’augmentation du patrimoine bibliographique du Saint-Siège et de la production documentaire, le Pape décide, par un chirographe, d’agrandir les locaux mis à la disposition des deux institutions et demande que soit construit un nouveau bâtiment adapté à leurs besoins.

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Léon XIV annule les réductions de salaire dues au Covid

Le Pape abroge le motu proprio de 2021 du Pape François intitulé «Un avenir durable» qui, en raison de l’urgence dictée à l’époque par la pandémie de Covid-19, réduisait le salaire des cardinaux, des responsables et des secrétaires des dicastères, ainsi que celui des clercs et des religieux.

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Le Pape Léon XIV célèbre son 71e anniversaire

Le Pape Léon XIV fête son 71e anniversaire ce 14 septembre 2026, au terme d’une année marquée par des appels à la paix, des voyages apostoliques et le souci de la dignité humaine.

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L’affaire Charles Sapin: la nouvelle panique morale de Radio France

France inter est en grève depuis deux jours, demandant le retrait de l’antenne du journaliste Charles Sapin. Les grévistes sont soutenus par une pétition de 300 personnalités de la gauche caviar. Pendant ce temps, Aurore Bergé est rappelée à l’ordre…


L’orage qui s’annonce fait sortir les censeurs, comme les escargots après la pluie. Dans les deux cas, il suffit de se baisser pour les cueillir. Dimanche, la gauche a imposé une grève à Radio France pour dénoncer l’arrivée sur France Inter d’un éditorialiste de Valeurs actuelles, Charles Sapin. Les moins de trois minutes dont il devrait disposer chaque dimanche à 7 h 42, aux côtés d’autres intervenants, sont vues comme une violation, imagée et littérale, de la « ligne rouge » imposée par la pensée totalitaire. Trois cents épurateurs du showbiz, dont la compagne de François Hollande, Julie Gayet, ont appuyé l’intersyndicale du service public (CGT, SUD, CFDT, FO, SNJ, UNSA) dans sa prétention désinhibée à limiter le pluralisme. Pour leur part, le SNJ et la CGT de BFM-RMC ont cosigné, le 10 septembre, un communiqué contre le choix de Sonia Mabrouk (ex-CNews) d’inviter Robert Ménard, Sarah Knafo ou Bruno Retailleau. Il est reproché à la journaliste d’avoir permis d’évoquer à l’antenne les « Français de souche », expression considérée comme « notoirement d’extrême droite raciste », ou d’avoir laissé s’exprimer un raisonnement établissant un lien entre l’islamisme et les députés LFI. De son côté, dans une lettre à l’Arcom dévoilée le 10 septembre, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a menacé CNews de poursuites pénales si la chaîne de Vincent Bolloré persistait à donner la parole, même par vidéo, à la journaliste russe Xenia Fedorova, expulsée pour des propos qui déplaisent au pouvoir.

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Le sectarisme, commun à la gauche et à l’extrême centre, s’étale sans faux-semblants. S’estimant les seuls arbitres du débat public, les « progressistes » s’accrochent à leur appropriation idéologique née d’une chasse aux gêneurs. Pour avoir estimé, le 9 septembre, que l’expression « grand remplacement » ne relevait pas d’une théorie raciste, la ministre Aurore Bergé a été rappelée à l’ordre par les comités de vigilance. Libération, samedi, a ainsi écrit : « La liberté d’expression n’autorise pas à formuler ou propager des théories racistes qui tombent sous le coup de la loi. » A contrario, jamais la police de la pensée n’a émis la moindre réserve sur les propos tenus en 1975 par le poète martiniquais de la Négritude, Aimé Césaire, lorsqu’il parlait, à propos des populations européennes s’installant en Guyane, de « génocide par substitution ». Pareillement, Christiane Taubira a pu expliquer en 2007, évoquant sa Guyane natale : « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre. »

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Pour les faiseurs de morale, la défense des identités culturelles menacées par des afflux étrangers n’est légitime que si la France est mise en accusation. Que les Français eux-mêmes s’inquiètent à leur tour des effets d’une massive immigration de peuplement relève en revanche, pour les justiciers hémiplégiques, de propos « nauséabonds ». Une brutalité taurine ressort de ces intolérances produites par un régime habité par le dégoût du peuple ordinaire. La liberté d’expression des censeurs est à préserver à tout prix : leur bêtise dit ce qu’ils sont.

La révolution des oubliés

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Mozart en majesté: de « Zaïde » à « l’Enlèvement au Sérail »

Lyrique : sous la verrière Eiffel, l’éclat retrouvé du Zaïde de Mozart


Salle Favart en gros travaux — plateau, cage de scène, cintres, tous ses équipements techniques remis à neuf : voilà donc notre Opéra-Comique bien-aimé contraint de se délocaliser pour l’entière saison 2026-2027. S’en consolera-t-on avec ce Zaïde, « d’après Mozart », spectacle initialement créé au festival de Salzbourg, repris pour trois représentations à peine à l’abri du hall Eiffel, préau de l’actuel lycée Carnot ? L’établissement qui fut jadis la prestigieuse école Monge garde le secret de ce joyau architectural de verre et d’acier millésimé 1877. C’était l’occasion de le découvrir.

Mozart ne goûtait pas Salzbourg. Dans cette ville de province assoupie, le jeune homme de 24 ans s’ennuie ferme. Il se distrait en assistant aux spectacles d’une troupe de comédiens bien rodée, que dirige un certain Böhm, musicien ambulant et acteur de grand renom. Tous deux se lient d’amitié. Böhm adapte pour lui en Singspiel (équivalent germanique de l’« opéra-comique » français) La Finta giardiniera. C’est en vue de futures représentations de sa troupe à Vienne pour la saison 1780-1781 que Mozart, sans qu’aucune commande ne lui ait été passée, se lance dans l’écriture d’un nouveau Singspiel, qu’il baptise Le Sérail. Tout en travaillant déjà sur Idomeneo, « opera seria » commandé, pour le coup, par la cour de Munich. Là-dessus, la mort de l’impératrice Marie-Thérèse impose aux théâtres viennois de faire relâche.

Ce Sérail inachevé, auquel l’éditeur prêtera le nom du personnage principal, Zaïde, préfigure ainsi sur le mode pathétique le message porté deux ans plus tard par L’Enlèvement au sérail, sous forme de turquerie, et avec bien plus d’allégresse. Le chef-d’œuvre que l’on sait emprunte ainsi à Zaïde une grande part de sa substance. Retrouvée après la mort du compositeur, la partition de Zaïde sera éditée sous ce titre en 1838, et créée seulement en 1866 par l’Opéra de Francfort.

Sous les auspices de la fameuse phalange Pygmalion et de son chef Raphaël Pichon, voilà donc exhumé, pour trois représentations qui se sont déroulées à guichets fermés, cet incunable dont manquent l’ouverture et le dénouement (à savoir le finale du deuxième acte) : opéra qui, pour cette raison, n’est jamais représenté de nos jours. L’on se souvient devoir, au Protée libano-québécois Wajdi Mouawad, ci-devant directeur du théâtre de la Colline — tout à la fois comédien, dramaturge, cinéaste… — deux récentes mises en scène fabuleuses : Pelléas et Mélisande à l’Opéra Bastille ; et une mémorable Iphigénie en Tauride sous les ors de Favart — pour l’heure éteints provisoirement, donc.

Dans un texte de la brochure-programme, Agnès Terrier ne craignait pas de désigner ce « projet Zaïde » comme « un véritable laboratoire, à la fois dramatique et musical [qui] marque une étape essentielle dans [le] cheminement lyrique » de Mozart. Le scénographe et dramaturge Wajdi Mouawad n’a pas hésité à compléter cette intrigue évanescente par de nouveaux dialogues, dits en italien, en allemand et même en latin, propres à donner corps, dans une version semi-scénique de l’œuvre, à une solide dramaturgie. Le maestro Raphaël Pichon, à l’origine de la conception musicale et scénique du spectacle, a choisi d’emblée d’y raccorder plusieurs extraits d’autres pièces de Mozart. En guise de prologue et d’épilogue, par exemple, l’Adagio en ut majeur pour harmonica de verre KV 356 (1791). Ou encore, à l’acte I, plusieurs extraits de la cantate de carême Davide penitente (1785), lesquels mettent magnifiquement à l’honneur le chœur et les solistes. Idem pour les extraits de la sublime et célébrissime Messe en ut, ou de Thamos, roi d’Égypte, musique de scène du drame du baron Tobias Philipp von Gebler qui, jouée à Vienne et Salzbourg entre 1774 et 1779, préfigure La Flûte enchantée par sa tonalité maçonnique…

Spectacle composite que ce Zaïde, en somme, sous-titré « le chemin de lumière » en dépit des couleurs très sombres de son intrigue : à travers les remémorations d’Allazim, l’ancien geôlier de la prison désormais transformée en musée, la jeune Persada est sur les traces de sa mère. Captive du tyran Soliman, celle-ci est tombée amoureuse de Gomatz, emprisonné comme elle sur une île ; capturés dans leur fuite à la suite d’une tempête qui les drosse sur le rivage, ils se voient condamnés à mort, sinon qu’Allazim sauvera Persada, le nourrisson dont Zaïde, surnommée « la femme qui chante », était enceinte : « Nous ne savons pas qui nous sauvons ; nous ne savons pas qui nous sauve », conclura le vieillard, bourreau rédimé en saint homme.

© Stefan Brion

Ce qui, en des mains moins alertes que celles de Pichon et de Mouawad, pourrait relever de l’usurpation ou de l’imposture, se nourrit précisément de la puissance dramatique portée par ces répliques polyglottes, ces interpolations et ces coupes dans le livret… Avec ces coursives à mi-hauteur de ce quadrilatère percé de portes, la configuration primitive des lieux se prête parfaitement à figurer une enceinte carcérale, l’orchestre occupant la partie gauche du plateau où se meuvent les protagonistes, selon un parti pris de sobriété poussé jusque dans les éclairages, rebelles à toute ostentation : clairs-obscurs bleutés ou crépusculaires, simples poursuites de lumières enveloppant le gris des forçats qui composent un chœur omniprésent, le costume noir du méchant Soliman, la robe rouge de Persada…

Comme on regrette que cette mise en espace de toute beauté n’ait pas bénéficié d’une captation audiovisuelle, comme cela avait été le cas pour la production d’origine à Salzbourg, encore diffusée tout récemment sur Arte.tv ! À tout le moins nous sera-t-il donné de réentendre sur France Musique puis en streaming cet opéra-oratorio combinant musique profane et sacrée : porté, dans le rôle-titre, par la soprano Sabine Devieilhe, d’une plasticité vocale véritablement sublime, le spectacle est magnifié de bout en bout par une distribution qui confine à la perfection. À commencer par le tout jeune ténor anglo-irlandais Hugo Brady, géant chevelu, aux traits d’éphèbe et au timbre cristallin, dont on avait pu admirer la discrète performance en juillet dernier, à Aix-en-Provence, dans Accabadora, création lyrique contemporaine signée Francesco Filidei. Hugo Brady a chanté La Finta giardiniera, Eugène Onéguine, Billy Budd — autant dire que son répertoire se veut éclectique. Il campe ici le personnage de Gomatz, l’amant de Zaïde, d’une voix merveilleusement légère, cristalline et moirée, avec cette aisance, cette fraîcheur rendue d’autant plus bouleversante que la mort — fictive, rassurez-vous ! — l’attend… Persada, sous les traits de la mezzo australienne Xenia Puskarz Thomas, étincelait. Si, au soir de la première, le grand baryton Johannes Martin Kränzle était donné pour souffrant, cela ne s’est jamais senti que dans les passages parlés, où le chanteur allemand de 64 ans s’est même habilement servi de ses quintes de toux ! Seul le ténor américain Matthew Swensen n’offrait pas une incarnation de Soliman à la hauteur de nos attentes. Pour le reste, du grand art : dans ce préau garni de gradins jusqu’en forte hauteur, une légère réverbération ne nuisait pas à la prodigieuse performance musicale de l’ensemble Pygmalion, d’une expressivité, d’une précision, d’une incomparable richesse de couleurs. Comme quoi, pourvu qu’on ait scrupule à en respecter les ingrédients, cuisiner le répertoire classique ne relève pas forcément du sacrilège.

Mais alors, ce Zaïde tronqué, méconnu, qui souterrainement préfigure L’Enlèvement au sérail, ne renvoie-t-il pas au chef-d’œuvre immortel de Mozart, à cet Enlèvement au sérail tellement « enlevé », pour le coup ? En 1781, le jeune Mozart quitte Salzbourg et s’établit à Vienne, où l’empereur Joseph II lui passe commande, pour le Burgtheater, d’un Singspiel, mais chanté en allemand — le premier où Mozart délaisse la tradition de la langue italienne. Accueil triomphal ! Le chef-d’œuvre est redonné à Vienne, et circule à Prague, Leipzig, Salzbourg. Mais bientôt aussi à Paris. Le livret de Johann Gottlieb Stephanie est adapté en vers français, avec beaucoup de grâce, par le dramaturge Pierre-Louis Moline (1739-1820).

En juin dernier, l’Opéra de Versailles reprenait, également pour quelques trop rares représentations, sous le titre L’Enlèvement du sérail, cette version du Singspiel en français, d’une alacrité remarquable sous les auspices d’un Michel Fau éblouissant dans le rôle parlé du « bacha » Sélim, mais au premier chef manitou de cette fastueuse mise en scène créée il y a deux ans par ses soins, avec Gaëtan Jarry au pupitre de l’Orchestre et du Chœur de l’Opéra Royal, et une distribution vocale de haute tenue (Florie Valiquette, Mathias Vidal, Nicolas Brooymans, Gwendoline Blondeel, Enguerrand de Hys).

Chance, un somptueux coffret édité par le Château de Versailles immortalise cette production, écrin réunissant non seulement un enregistrement audio en deux CD, mais la captation du spectacle en DVD, le tout agrémenté d’une brochure de présentation dûment assortie du livret, édition bilingue français-anglais superbement illustrée, qui plus est.

De Zaïde à L’Enlèvement… D’un retour aux sources à l’embouchure du grand fleuve mozartien, la boucle se referme.


Zaïde, d’après Mozart. Lycée Carnot, 145 boulevard Malesherbes, Paris. Coproduction Festival de Salzbourg / Opéra-Comique. Chœurs & Orchestre Pygmalion. Direction : Raphaël Pichon. Dialogues : Wajdi Mouawad. Avec Sabine Devieilhe, Johannes Martin Kränzle, Xenia Puskarz Thomas, Hugo Brady, Matthew Swensen. Spectacle donné les 9, 11 et 12 septembre, 21 h. Durée : 1 h 40. Programme diffusé sur France Musique le 31 octobre à 20 h dans l’émission Samedi à l’opéra, puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’application Radio France.

L’Enlèvement du sérail, en français. Direction : Gaëtan Jarry. Mise en scène : Michel Fau. Chœur & Orchestre de l’Opéra Royal. Coffret 2 CD + 1 DVD. Édition Château de Versailles, 2024.

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Opéra-Comique, saison 2026-2027 en itinérance : programme sur www.opera-comique.com.

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À Venise, vingt-cinq minutes pour applaudir Israël coupable

A Venise, les 25 minutes de standing ovation pour le film documentaire israélien Naza des journalistes d’investigation Yuval Abraham et Rachel Szor sur les victimes civiles de la guerre à Gaza, devraient mettre mal à l’aise tous ceux soucieux de ne pas confondre compassion et adhésion à un récit à charge contre Israël. Car si les accusations portées par le film doivent être examinées, vérifiées et confrontées aux faits et aux réponses de l’armée israélienne, l’enthousiasme suscité par deux Israéliens accusant leur propre pays interroge. 25 minutes qui disent peut-être davantage sur ceux qui applaudissent que sur le film lui-même, estime Charles Rojzman.


Il y a quelque chose de profondément révélateur de notre époque dans ces vingt-cinq minutes d’applaudissements qui, à la Mostra de Venise, ont accueilli NAZA, le documentaire des Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor consacré aux méthodes de l’armée israélienne à Gaza. Le film s’appuie sur les témoignages de vingt-quatre membres ou anciens membres de l’armée et du renseignement israéliens, dont la plupart témoignent anonymement, et porte contre Tsahal des accusations particulièrement graves, dont certaines sont contestées par l’armée israélienne.

Mais le véritable sujet n’est peut-être pas NAZA. Le véritable sujet, ce sont les vingt-cinq minutes. Il faut s’arrêter sur ce chiffre, ne pas le laisser disparaître comme une anecdote de festival parmi les robes du soir, les photographes et les palmarès, car vingt-cinq minutes pendant lesquelles une salle reste debout et applaudit ne constituent plus seulement l’expression spontanée d’une émotion esthétique. L’applaudissement change de nature à mesure qu’il se prolonge ; il devient adhésion, communion, célébration, presque cérémonie. Que célébrait-on avec une telle ferveur ? La qualité cinématographique du documentaire ? Sans doute. L’émotion provoquée par les témoignages ? Certainement. Mais vingt-cinq minutes disent autre chose, quelque chose que les admirateurs du film semblent peu désireux d’interroger : le bonheur d’accuser Israël et, mieux encore, le bonheur de pouvoir l’accuser par la voix d’Israéliens. Car l’Europe communiait d’autant plus volontiers dans ce réquisitoire que celui-ci lui était apporté par des citoyens du pays placé dans le box des accusés. Quelle aubaine ! Il n’était même plus nécessaire d’accuser Israël : des Israéliens s’en chargeaient, donnant ainsi à l’accusation cette caution suprême qui dispense presque de l’examiner. « Ce sont les Israéliens eux-mêmes qui le disent. » Voilà la phrase qui dispense de penser.

Le prestige de l’accusateur

Israël est une démocratie et, comme toute démocratie digne de ce nom, il produit ses dissidents, ses imprécateurs, ses procureurs. Amira Hass, Gideon Levy, Yaïr Golan et bien d’autres dénoncent depuis des années la politique israélienne envers les Palestiniens, quelquefois avec une violence qui devrait suffire à faire sourire ceux qui décrivent Israël comme une dictature fasciste : il faut reconnaître à cet étrange fascisme la particularité de laisser ses adversaires le traiter quotidiennement de fasciste dans ses propres journaux. Qu’ils parlent est leur droit ; qu’ils dénoncent des fautes réelles est nécessaire ; que des soldats ayant commis des crimes soient poursuivis devrait aller de soi. Mais le problème commence lorsque la parole du dissident cesse d’être une parole parmi d’autres et devient, précisément parce qu’elle vient de l’intérieur, un certificat de vérité.

Un Israélien qui défend son pays sera soupçonné de propagande ; celui qui l’accuse bénéficiera du prestige du courage. Le premier serait prisonnier de son appartenance, tandis que le second s’en serait miraculeusement délivré, comme si l’idéologie, le ressentiment, la vanité, le besoin de reconnaissance, voire la haine de soi, n’existaient que chez les patriotes. Theodor Lessing avait donné à l’une de ces passions un nom redoutable, celui de Jüdischer Selbsthass, la haine juive de soi. Il ne s’agit évidemment pas d’en faire un diagnostic commode permettant de disqualifier tout Juif critique envers Israël, mais il serait tout aussi naïf d’imaginer que la répulsion envers sa propre appartenance, le besoin de s’en distinguer et quelquefois de s’en laver publiquement auraient mystérieusement disparu de l’inventaire des passions humaines. Car il existe aussi une volupté de la rupture avec les siens, surtout lorsque cette rupture est récompensée. Et vingt-cinq minutes d’applaudissements constituent une singulière récompense.

Le marché de la vertu

Je ne parle pas nécessairement d’argent, encore moins de corruption, qu’il faudrait démontrer, mais d’une monnaie souvent plus précieuse dans le monde intellectuel : la reconnaissance. Être invité, publié, célébré, récompensé ; devenir celui dont les grands journaux recueillent la parole, celui auquel les universités ouvrent leurs portes, celui que les festivals acclament parce qu’il possède une qualité devenue extraordinairement précieuse : appartenir au peuple qu’il accuse. C’est un marché de la vertu. L’Israélien qui défend Israël est suspect parce qu’il est israélien ; celui qui accuse Israël devient crédible pour la même raison. On admirera la logique. Les vingt-cinq minutes de Venise ne récompensent donc pas seulement un film : elles consacrent une fonction. Les auteurs deviennent les témoins privilégiés de l’accusation, ceux qui permettent au public européen de se rassurer sur sa propre passion anti-israélienne puisqu’il peut désormais se dire que, si des Israéliens eux-mêmes portent ces accusations, les applaudir ne saurait avoir rien de suspect.

C’est ici que réapparaît, sous des habits progressistes, une figure beaucoup plus ancienne qu’on ne voudrait le reconnaître.

Le « bon Juif »

Chaque époque semble avoir besoin de son Juif acceptable, celui dont la parole confirme ce qu’elle désire croire des autres Juifs. Le procédé est presque parfait : « Ce n’est pas nous qui le disons, ce sont eux. »

Le « bon Juif » contemporain est donc volontiers celui qui condamne Israël et dont la présence permet à des discours autrement plus douteux de se parer d’une respectabilité morale. Il peut être parfaitement sincère ; là n’est pas la question. La sincérité d’un individu n’abolit pas la fonction politique que sa parole finit par remplir dans un système de représentations qui le dépasse. Car Israël n’est plus depuis longtemps un pays comme les autres dans l’imaginaire européen. Il est devenu le réceptacle de presque toutes les culpabilités occidentales : colonialisme, racisme, impérialisme, Shoah, domination, oppression, décolonisation. Sur quelques milliers de kilomètres carrés du Proche-Orient viennent se rejouer symboliquement toutes les névroses politiques d’un continent qui ne sait plus très bien ce qu’il est mais sait encore admirablement ce qu’il faut condamner. D’où cette passion qui devrait, à elle seule, éveiller le soupçon.

Pourquoi Israël suscite-t-il une telle fièvre, pourquoi cette obsession, pourquoi cette disproportion entre l’attention portée à cette guerre et l’indifférence presque complète devant tant d’autres massacres, pourquoi faut-il toujours qu’Israël soit davantage qu’un État qui combat, se trompe, commet éventuellement des fautes et doit en répondre, pourquoi faut-il qu’il devienne une incarnation du Mal ? Et surtout : aurait-on applaudi vingt-cinq minutes un documentaire israélien décrivant avec la même minutie les méthodes du Hamas ?

Une ovation à sens unique

Imaginons en effet, puisque l’expérience mentale ne coûte rien, une autre soirée à Venise. Imaginons un documentaire de quatre-vingts minutes consacré aux tunnels creusés sous Gaza, à la manière dont le Hamas dissimule ses combattants au sein de la population, à ses infrastructures militaires mêlées au tissu urbain, aux roquettes lancées vers les villes israéliennes, aux otages enlevés le 7-Octobre, aux familles assassinées dans les kibboutzim, aux stratégies par lesquelles une organisation terroriste transforme la mort de ses propres civils en désastre politique pour son adversaire. La salle se serait-elle levée ? Sans doute certains spectateurs auraient-ils applaudi. Mais vingt-cinq minutes ?

La question mérite au moins d’être posée, parce qu’elle permet de comprendre que l’événement de Venise ne concernait peut-être pas seulement la compassion envers les Palestiniens, sentiment parfaitement légitime devant les souffrances immenses d’une population civile, mais une disposition préalable à recevoir avec enthousiasme tout récit confirmant la culpabilité fondamentale d’Israël.

Et c’est précisément ici que le contenu même du documentaire mérite d’être regardé avec davantage de précision.

L’intelligence artificielle et le mensonge des mots

L’un des éléments centraux des accusations concerne l’usage par l’armée israélienne de systèmes algorithmiques et de technologies relevant de l’intelligence artificielle afin de traiter des masses considérables de renseignements, d’identifier des membres présumés des organisations combattantes, de les localiser et de hiérarchiser des cibles potentielles.

À entendre certains commentaires suscités par le film, on finirait par croire que ces technologies auraient été conçues afin de tuer davantage de Palestiniens, alors que leur fonction revendiquée est précisément d’améliorer l’identification des cibles ennemies dans une guerre où les combattants du Hamas ne se présentent pas en uniforme sur un champ de bataille désert, mais opèrent dans un territoire extraordinairement dense, parmi les habitations, les infrastructures civiles et un réseau souterrain dont l’imbrication avec la ville constitue l’une des difficultés majeures de cette guerre. Cela ne signifie évidemment pas que la machine soit infaillible, que toute personne identifiée par un algorithme soit nécessairement un terroriste ou que l’usage d’une technologie sophistiquée suffise à rendre une frappe légitime. C’est même là que devrait commencer la discussion sérieuse : quelle est la qualité du renseignement, quel contrôle humain s’exerce sur les systèmes, avec quel degré de certitude une cible est-elle identifiée, quel risque pour les civils est-il anticipé et ce risque est-il proportionné à l’importance militaire de l’objectif ? Voilà des questions terribles. Mais ce ne sont pas celles que les slogans retiennent.

Car l’une des accusations réellement graves portées contre les méthodes israéliennes consiste à soutenir qu’après avoir identifié une cible militaire ou un combattant présumé, l’armée peut autoriser une frappe tout en sachant qu’un certain nombre de civils présents à proximité risquent également de mourir.

Cette accusation mérite d’être examinée avec la plus grande rigueur. Mais elle ne signifie pas : l’armée israélienne choisit des civils palestiniens innocents comme cibles et décide de les tuer parce qu’ils sont Palestiniens. Entre les deux propositions, il y a un abîme. C’est même l’une des distinctions fondamentales du droit de la guerre : celle qui sépare le ciblage intentionnel des civils, qui est interdit, des pertes civiles incidentes provoquées par une attaque dirigée contre un objectif militaire, lesquelles demeurent soumises aux obligations de distinction, de précaution et de proportionnalité. La véritable question est donc suffisamment grave pour qu’on n’ait nul besoin de la falsifier : combien de vies civiles peut-on légitimement mettre en danger pour atteindre telle cible militaire ? La réponse dépend de la nature de la cible, des circonstances, des renseignements disponibles, des précautions possibles et de l’avantage militaire attendu. Mais dans la grande machine médiatique, cette question complexe connaît une métamorphose remarquable. On part d’une controverse concernant le niveau de dommages collatéraux accepté pour atteindre certaines cibles et, quelques titres, quelques slogans, quelques manifestations et quelques indignations plus tard, on aboutit à une proposition entièrement différente : Israël assassine intentionnellement les civils palestiniens. La nuance a disparu et, avec elle, le réel.

La technologie comme preuve à charge

Il faudrait même retourner la question technologique contre ceux qui présentent l’existence de ces systèmes comme la preuve d’une volonté exterminatrice : si le but d’une armée était simplement de massacrer indistinctement une population civile, pourquoi consacrerait-elle des moyens technologiques et humains considérables à identifier des individus précis, croiser des renseignements, déterminer leurs déplacements et construire des systèmes destinés à repérer des cibles particulières ? L’existence de ces technologies ne prouve évidemment pas que tous les renseignements soient exacts, que toutes les personnes désignées soient effectivement des combattants, que toutes les décisions soient justifiées ou que toutes les frappes respectent le droit de la guerre.

Elle rend en revanche beaucoup plus difficile l’affirmation selon laquelle le principe même de l’action militaire israélienne serait de tuer indistinctement des Palestiniens. C’est pourtant cette distinction essentielle que les vingt-cinq minutes d’applaudissements risquent d’ensevelir sous leur vacarme. Car que célèbre exactement une salle qui applaudit pendant près d’une demi-heure un film portant une accusation aussi complexe ? Applaudit-elle une enquête qui ouvre des questions ? Ou applaudit-elle la réponse qu’elle avait déjà choisie ?

La grande simplification

Une partie de l’intelligentsia occidentale a depuis longtemps réduit l’Histoire à une pièce assez médiocre dont les rôles seraient distribués une fois pour toutes : dominants et dominés, colonisateurs et colonisés, oppresseurs et victimes.

Israël, État développé, puissance militaire alliée aux États-Unis, reçoit naturellement le mauvais rôle ; les Palestiniens, peuple dominé et sans État, reçoivent celui de la victime. Une fois les rôles distribués, les faits deviennent encombrants.

Le refus historique des partages, les guerres successives, les attentats, les prises d’otages, les milliers de roquettes, le Hamas, le Hezbollah, l’Iran, les tunnels construits sous Gaza, le massacre du 7-Octobre et les stratégies militaires mises en œuvre au sein même des zones habitées ne sont pas nécessairement niés ; on fait mieux : on les relègue progressivement à l’arrière-plan jusqu’à ce qu’ils cessent d’expliquer quoi que ce soit. Non que ces réalités innocentent Israël de toutes ses fautes ; elles empêchent simplement de raconter cette guerre comme une fable pour enfants dans laquelle il suffirait de reconnaître le méchant et la victime.Mais notre époque préfère les fables, surtout lorsqu’elles permettent de se reconnaître soi-même parmi les Justes.

Trahir le réel

C’est ici que je reviens au mot de trahison. Il existe évidemment une trahison grossière, celle de l’homme qui livre son pays à l’ennemi, et ce n’est pas celle dont je parle. Il en existe une autre, plus élégante, plus contemporaine, souvent enveloppée dans les grands mots de justice et d’humanité : la trahison du réel.

On trahit le réel lorsqu’on transforme une faute en essence, lorsqu’on confond les conséquences d’une frappe avec son intention, lorsqu’on ne distingue plus celui qu’une armée cherche à atteindre de ceux dont elle accepte malheureusement le risque de la mort pour l’atteindre, lorsqu’on transforme une question redoutable de proportionnalité en accusation de meurtre délibéré, lorsqu’on montre les morts palestiniens en faisant disparaître les stratégies militaires de ceux qui combattent parmi eux.

Mais on trahirait également le réel en refusant de voir les fautes israéliennes au prétexte qu’Israël combat des ennemis qui veulent sa disparition. La fidélité véritable n’est pas l’aveuglement. Elle consiste à pouvoir dire à son pays qu’il se trompe sans éprouver le besoin de le livrer rituellement au mépris du monde ; à dénoncer ses fautes sans reprendre mécaniquement à son compte le récit de ses ennemis ; à aimer assez les siens pour ne pas leur mentir, mais suffisamment aussi pour ne pas rechercher les applaudissements de ceux qui les haïssent.

Et nous voici revenus à Venise. Aux vingt-cinq minutes. Toujours elles. Car ce qui me trouble n’est finalement pas que deux Israéliens aient réalisé un documentaire accusateur contre leur armée. Ils en avaient le droit et leurs accusations doivent être examinées, vérifiées, discutées, confrontées à celles de l’armée israélienne et aux faits disponibles. Ce qui me trouble est cette salle debout pendant vingt-cinq minutes, cette unanimité heureuse, cette ferveur presque religieuse, cette jouissance d’avoir enfin trouvé des Israéliens pour confirmer ce qu’une partie de l’Europe désirait déjà croire d’Israël.

Car il est des applaudissements qui honorent celui qu’on applaudit, et d’autres qui révèlent surtout ceux qui applaudissent. Vingt-cinq minutes durant, personne ou presque ne semble plus demander où s’arrête le témoignage et où commence l’interprétation, ce que prouvent exactement les systèmes de ciblage décrits, quelle différence sépare l’acceptation de dommages collatéraux du ciblage intentionnel des civils, ce que l’armée israélienne répond aux accusations, ce que le Hamas fait de sa propre population, ni comment une armée devrait combattre un ennemi qui se mêle au tissu urbain sans provoquer aucune victime innocente. On applaudit. Et peut-être est-ce finalement cela que ces vingt-cinq minutes nous apprennent de plus inquiétant : non pas seulement quelque chose sur Israël, mais quelque chose sur nous-mêmes, sur notre besoin de simplifier le monde afin de pouvoir le juger, sur cette volupté contemporaine de l’indignation qui nous permet de condamner sans comprendre et d’appartenir au camp du Bien sans jamais avoir à payer le prix de la complexité. La vérité, elle, est beaucoup moins gratifiante, puisqu’elle oblige à regarder ensemble les enfants palestiniens morts et les assassins du 7-Octobre, les fautes israéliennes et le projet du Hamas, la souffrance des innocents et le cynisme de ceux qui combattent parmi eux, l’usage d’une technologie destinée à identifier des cibles et les erreurs ou abus auxquels cette technologie peut conduire, le droit de critiquer Israël et l’étrange passion avec laquelle une partie du monde rêve de le voir coupable.

Cette vérité-là n’offre ni innocence à bon marché ni place réservée dans le camp des Justes. Elle ne soulève pas les salles. Elle ne donne pas vingt-cinq minutes de gloire. Elle possède même cette vieille et désagréable habitude que notre époque lui pardonne de moins en moins : elle oblige à distinguer là où l’idéologie a besoin de tout confondre, et elle vient gâcher la cérémonie au moment précis où tout le monde avait tellement envie d’applaudir.

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À la bonne heure du Bergé…

Entre deux figures de la macronie, le débat sur le « grand remplacement » aura vite tourné au règlement de comptes. Pour Prisca Thevenot, fidèle de Gabriel Attal, cette théorie est « raciste » et « complotiste ». Aurore Bergé, elle, refuse cette condamnation et défend la liberté d’en discuter. Reste à savoir où cette dernière posera ses valises en 2027: chez Attal, chez Edouard Philippe ou dans sa propre boutique?


Quand on a une personnalité libre et courageuse dans l’espace politique, il faut la briser. Lorsque, dans la vie intellectuelle, une résistance se manifeste contre le bêlement collectif, elle est inadmissible. La ministre Aurore Bergé, en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a récemment déclaré que la théorie du « grand remplacement » était fausse, qu’elle la combattait, mais qu’elle était une opinion politique et que, donc, elle refusait de la qualifier de « raciste ».

En dépit de la controverse qu’elle a suscitée et de l’opposition, au sein de son propre camp, à ses propos, elle a tout à fait raison et son point de vue n’est pas à stigmatiser mais, au mieux, à approuver, au pire, à discuter. En aucun cas à pourfendre (Le Monde1).

Bien sûr, on a eu l’inévitable intervention de Prisca Thevenot, dont la propension à se tromper est infinie. Elle règle le problème à l’envers : elle qualifie le « grand remplacement » de « raciste » et, le racisme étant un délit, ce qu’a osé dire Aurore Bergé est gravissime. Elle est tombée dans le travers qui représente la plaie d’aujourd’hui et explique l’accroissement jamais entravé du Rassemblement national : comme le réel n’est pas moral, il convient de l’exclure.

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On peut, comme Aurore Bergé, être totalement hostile à ce prétendu « grand remplacement ». Ou on peut juger qu’il existe ou qu’on est en train de basculer vers lui. On peut avoir peur devant certaines évolutions et leur substituer une notion qui inspire encore plus d’angoisse : celle de la « Nouvelle France » à la Jean-Luc Mélenchon. En tout cas, à partir de ce constat, de cette illusion ou de cette perversion, tout est possible et l’éthique n’a rien à y voir, pas davantage que le racisme.

Il faut féliciter Aurore Bergé, qui a formulé une évidence, a tenu et ne s’est pas rétractée. C’est grâce à sa lucidité que le combat pourra être mené contre le poison de commentaires plus inspirés par la bonne conscience que par la justesse sur le réel. Celui-ci n’est pas un crime quand il ne correspond pas à nos fantasmes, il ne le devient que s’il est occulté par lâcheté ou bêtise !

Plutôt que de donner des leçons de morale, tentons l’action politique. Et le courage.

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  1. https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/10/grand-remplacement-aurore-berge-critiquee-jusque-
    dans-son-camp-apres-avoir-refuse-de-qualifier-l-expression-de-raciste_6769886_823448.html ↩

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September 13, 2026

UWW: une élection en clair-obscur

Le Congrès extraordinaire du 7 septembre a levé l’obstacle statutaire qui menaçait la candidature de Nenad Lalović à un nouveau mandat. Mais, à quelques semaines de l’élection présidentielle, ses deux concurrents attendent toujours la validation officielle de leur candidature. À l’UWW, les règles sont désormais claires. Le jeu électoral, beaucoup moins.


Que nos lecteurs nous pardonnent de les avoir laissés si longtemps sans nouvelles de l’UWW. Cette fédération internationale de lutte peut sembler bien éloignée de leurs préoccupations quotidiennes. Pourtant, il arrive que l’on comprenne mieux ce qui se passe autour de nous en plaçant sous la loupe un objet apparemment lointain et sans grande importance. Les petites institutions offrent parfois un modèle réduit, et donc particulièrement lisible, des grandes pratiques du pouvoir.

Eh bien, le Congrès extraordinaire de United World Wrestling (UWW), réuni à distance le 7 septembre, a tranché la question qui agitait depuis plusieurs mois la fédération internationale de lutte. Désormais, pour calculer la limite du nombre de mandats présidentiels, seuls seront pris en compte ceux accomplis depuis l’adoption de cette limitation en 2021. Selon les résultats publiés par l’UWW, 119 votes ont été enregistrés. La modification a été approuvée par 114 voix contre 5. Rarement une clarification aura été aussi nette.

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Il convient toutefois de préciser exactement ce qui a été décidé. L’article 14.1 de la Constitution de l’UWW prévoit que le président est élu pour six ans et que son mandat est limité à deux périodes de six ans. Le texte adopté en 2021 ne comportait cependant aucune disposition transitoire indiquant si les mandats antérieurs devaient entrer dans ce calcul.

Deux lectures étaient donc possibles. Selon la première, défendue notamment dans un avis juridique du professeur Thomas Probst cité précédemment par Causeur, le mandat exercé par Nenad Lalović entre 2014 et 2021 devait être comptabilisé : celui commencé en 2021 constituait dès lors son second et dernier mandat. Selon la lecture soutenue par le président sortant, la limitation adoptée en 2021 ne pouvait produire d’effet rétroactif : le mandat commencé cette année-là était donc le premier au sens de la nouvelle règle.

Lalović peut rempiler 

Le Congrès a choisi cette seconde interprétation et l’a désormais inscrite explicitement dans les statuts. Autrement dit, les années passées à la tête de l’UWW avant 2021 ne seront pas prises en compte pour l’application de la limitation. Sur le plan institutionnel interne, le débat paraît donc tranché. Cette modification n’empêche évidemment pas d’éventuelles contestations portant sur les conditions de son adoption ou son application au processus déjà engagé, mais elle lève l’obstacle statutaire que rencontrait la candidature de Nenad Lalović.

Celui-ci pourra ainsi, sous réserve de la validation formelle de sa candidature, se présenter à l’élection du 23 octobre à Astana. Il solliciterait son troisième mandat complet depuis son élection de 2014, et une quatrième période à la tête de la Fédération si l’on inclut celle durant laquelle il avait achevé, à partir de 2013, le mandat de son prédécesseur. Nenad Lalović avait été élu sans concurrent en 2014, puis réélu, toujours sans opposition, en 2021 : un parcours qui est en soi un exploit olympique.

La clarification apportée le 7 septembre ne règle cependant qu’une partie du problème, car depuis le début, le processus électoral lui-même paraît conduit de manière pour le moins laborieuse. Pour la première fois depuis l’arrivée de Nenad Lalović à la présidence, plusieurs personnalités souhaitent briguer le poste. Outre le président sortant, deux membres du Bureau se sont déclarés : l’Azerbaïdjanais Namig Aliyev et le Russe Mikhail Mamiashvili. L’élection du 23 octobre pourrait donc être la première véritable compétition pour la présidence de l’UWW depuis plus d’une décennie. Encore faudrait-il que cette compétition puisse réellement commencer.

Des concurrents encore dans les starting-blocks

Les trois prétendants ont fait connaître leur candidature lors de la réunion du Bureau du 3 juillet. La Constitution réserve la présidence aux membres élus du Bureau ayant accompli au moins un mandat complet. Les candidatures doivent être déposées au moins trois mois avant le Congrès, pour ensuite être examinées par les instances compétentes de l’UWW, le Bureau devant finalement proposer au Congrès un ou plusieurs candidats et motiver sa décision.

Selon les informations recueillies précédemment par Causeur, la conformité des dossiers devait initialement être examinée dans un délai de dix jours. Ce délai a expiré à la mi-juillet sans que la liste officielle des candidats soit publiée. La composition de la commission chargée d’examiner les candidatures, son calendrier de travail et les modalités précises de la procédure sont longtemps restés inconnus.

Plus d’un mois après la déclaration des candidats, une nouvelle difficulté est apparue concernant la maîtrise de l’anglais. L’exigence elle-même n’est pas nouvelle. La Constitution de l’UWW prévoit déjà que les candidats à la présidence doivent parler couramment anglais. Elle figurait même dans des versions anciennes des statuts. La nouveauté réside dans la volonté de vérifier cette compétence au moyen d’un examen formel.

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L’idée peut parfaitement se défendre. Le président d’une fédération internationale doit pouvoir travailler directement dans l’une de ses principales langues de fonctionnement. Mais introduire une nouvelle modalité d’évaluation après le dépôt des candidatures est plus discutable. Une règle peut être pertinente et son calendrier mal choisi. La solution la plus simple aurait été de prévoir son application à partir de l’élection suivante.

Ce n’est pourtant pas la voie retenue. Après avoir longtemps laissé subsister une ambiguïté sur la limitation des mandats, l’UWW l’a levée en cours de procédure. Après avoir reçu les candidatures, elle a précisé la manière dont serait contrôlée la maîtrise de l’anglais. Dans les deux cas, les règles du jeu ont été modifiées ou complétées alors que les joueurs étaient déjà sur le tapis.

La différence de rythme est également frappante. Pour lever l’incertitude pesant sur l’éligibilité du président sortant, le Bureau a trouvé le temps de convoquer un Congrès extraordinaire et d’organiser un vote mondial. Pour confirmer officiellement les candidatures de ses concurrents, la mécanique paraît nettement moins véloce.

Une campagne sous pression

Or une campagne électorale ne se résume pas au droit de déposer un dossier. Elle suppose que les candidats soient reconnus comme tels, puissent présenter leur programme, rencontrer les fédérations appelées à voter et, nécessairement, discuter le bilan du président sortant. Chaque semaine perdue réduit la possibilité d’un débat véritable et avantage mécaniquement celui qui dirige déjà l’organisation.

À une quarantaine de jours de l’élection pour la mandature 2026-2032, et à notre connaissance au moment de la rédaction de cet article, les candidatures de Namig Aliyev et de Mikhail Mamiashvili n’avaient toujours pas été officiellement validées et publiées par l’UWW.

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La question de l’éligibilité de Nenad Lalović paraît donc réglée. Celle de l’existence d’une compétition loyale reste entière. À ce rythme, cette élection présentée comme historique pourrait finir par ressembler aux précédentes, un scrutin parfaitement organisé autour d’un candidat unique, appelé à remporter glorieusement la compétition.

Elle fait penser à cette histoire juive dans laquelle un homme pauvre, après avoir longtemps économisé et s’être privé, parvient enfin à mettre un beau poulet sur la table du shabbat. Malheureusement, son épouse laisse tomber le volatile dans un pot de chambre. L’homme l’enveloppe alors dans du papier journal et court demander au rabbin s’il est toujours casher. Après l’avoir soigneusement examiné, celui-ci lui répond : « Cher monsieur, votre poulet est parfaitement casher. Mais qu’est-ce qu’il pue ! »

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Il y a 650 ans, le Pape quittait Avignon pour Rome

Il y a exactement 650 ans, le 13 septembre 1376, le Pape Grégoire XI quittait Avignon et entamait le voyage qui devait le ramener à Rome. C'est une jeune religieuse, sans fonction ni pouvoir politique, qui l'avait convaincu de prendre cette décision historique, Catherine de Sienne. Aujourd’hui, le monument qui lui est dédié à Rome attire à nouveau l’attention. Les touristes le photographient sous un angle où la sainte semble embrasser la coupole de la basilique Saint-Pierre.

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Au Sri Lanka, l'Église réclame justice et vérité pour les victimes de Chemmani

Le diocèse de Jaffna, territoire sur lequel se trouve le charnier de Chemmani, réclame une enquête internationale indépendante et des analyses médico-légales rigoureuses afin de faire la lumière sur la découverte d’ossements et de squelettes qui pourraient appartenir à des personnes disparues depuis des décennies. Le père Augustine Anthonipillai, directeur de la Commission diocésaine Justice et Paix, estime essentiel de rechercher et faire la vérité.

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Les reclus de Saint-Flour

Dans La recluse de Saint-Flour, Grégoire Kauffmann retrace l’histoire d’Esther Albouy, une femme tondue à la Libération qui s’est enfermée dans sa maison familiale pendant près de quarante ans. Un fait divers hors du commun, sordide et plus triste encore qu’on ne le pensait.


C’est un éperon rocheux d’origine volcanique surmonté d’une ville inexpugnable, Saint-Flour, dans le département du Cantal. L’été y est accablant ; l’hiver, la neige rend la ville fantômale. Georges Bataille, né non loin de là à Billom, y fut séminariste avant de jeter l’éponge davantage attiré par l’entreprise du diable que par celle de Dieu. Pourquoi évoquer le sulfureux Bataille ? Parce que l’histoire authentique que raconte Grégoire Kauffmann, fils du célèbre otage Jean-Paul Kauffmann, aurait pu être écrite par l’auteur du Bleu du ciel.

Tondue

Esther Albouy avait toutes les qualités requises pour devenir une sainte bataillienne. Avec d’autres femmes accusées de « collaboration horizontale », elle fut tondue par le coiffeur de la ville à la Libération devant une population revancharde. Kauffmann : « Il saisit la chevelure d’Esther et, sous les huées, tranche d’un coup sec. » On imagine la guillotine sous la Terreur. Kauffmann poursuit : « Une première mèche, longue, lourde, s’abat sur les planches. Puis une autre, puis d’autres encore, jusqu’à former un amas sombre à ses pieds. La tondeuse crisse contre le cuir de la tête, met à nu la peau pâle, les rondeurs osseuses, la pulpe du front, des tempes. » La foule les insulte et leur crache à la figure. La haine vient de l’inconscient, ça remonte par bouffées vengeresses, la violence ancestrale, d’un coup, brise les digues érigées par la culture. Grégoire Kauffmann, dans son récit La recluse de Saint-Flour, décrit avec précision l’atmosphère de 1944. Les collabos, les faux résistants, les rares courageux, le soupçon, la délation, la bêtise, la trahison, le pire et le meilleur de l’Homme à la fois.

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Délire à trois

Mais le cas Esther Albouy dépasse très vite le cadre de la guerre. Cette jeune employée des Postes, bannie de sa ville natale, va devenir l’héroïne d’une histoire sordide. Elle revient à Saint-Flour, s’enferme dans la maison familiale en compagnie de ses parents et de ses deux frères, Hubert et Rémi. Il se raconte que le père, Léon, tient cloîtrée sa fille pour qu’elle échappe à la honte. Le père et la mère meurent. Leurs cadavres restent plusieurs semaines dans la maison. Mais le pire est à venir. Le huis clos se prolonge après le décès des parents. La folie s’empare du trio : Esther, Rémy et Hubert. On parle de délire à trois. Le récit de Grégoire Kauffmann est glaçant. Après quarante années de réclusion, le GIGN finit par donner l’assaut. Les dix-neuf gendarmes découvrent alors l’horreur absolue. Esther et Hubert ne sont plus que des ombres humaines en haillons recroquevillées dans une pièce jonchée de détritus et d’excréments. Devant eux, le corps momifié de l’aîné. Il est mort depuis trois ans déjà. Un détail cependant : « À côté du défunt, dans un verre d’eau claire, une fleur fraîchement coupée, blanche. Esther et Hubert avaient coutume d’honorer la dépouille de leur frère. » Les accusations se poursuivent et le récit sombre dans le sordide. Hubert, qui meurt en 1996, pourrait être le fils d’Esther. Les psychiatres observent une relation de dépendance mutuelle qui ressemble au lien maternel. Georges Bataille est aux commandes : inceste supposé, avilissement, déchéance, troubles psychiatriques, défaillance paternelle, culpabilité refoulée…

Elément déclencheur

C’est peut-être dès la première page du livre qu’il faut trouver la vérité de ce drame incroyable. L’auteur révèle qu’Esther a été violée par un collègue de son père, Jean Albertini, âgé de trente-six ans. Ce pourrait être l’élément déclencheur de son traumatisme. La jeune femme, fragile psychologiquement, aurait été brisée par ce choc majeur ; elle se serait ensuite méfiée de l’altérité. Après le viol, elle aurait développé un « comportement bizarre », ce qui aurait poussé une partie des Sanflorins à l’accuser d’avoir eu des relations sexuelles avec des Allemands. Le père l’aurait alors enfermée pour la soustraire au regard malveillant des autres. L’analyse de Grégoire Kauffmann – sans oublier le documentaire d’Emmanuel Blanchard sur le même sujet (2025) – dépeint une Esther Albouy non plus coupable mais victime absolue.

Née en 1923, Esther décède le 11 février 2004. Elle repose au côté d’Hubert, dans le cimetière de Saint-Étienne-du-Valdonnez, berceau de la famille. Leurs dernières volontés sont ainsi respectées. Aucune inscription gravée sur la tombe. Le monde n’a pas à connaître leur secret.

Grégoire Kauffmann, La recluse de Saint-Flour, Flammarion, 332 pages.

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Le souvenir du 11 septembre doit nous pousser à œuvrer pour la paix, affirme Léon XIV

À l’issue de l’Angélus, le Pape a invité à prier pour les victimes des attentats terroristes survenus il y a 25 ans à New York, ainsi que pour ceux qui portent «les blessures» de cette journée tragique. Et «à l’heure où les conflits et la violence» affligent le monde, il lance un appel à renouveler l’engagement en faveur de la paix.

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Angélus: Léon XIV exhorte à la culture du pardon, source de libération et de paix

Ce dimanche 13 septembre, peu avant la récitation de la prière mariale de l’Angélus, depuis l’une des fenêtres des appartements pontificaux, le Pape Léon XIV a exhorté au pardon les 15 000 pèlerins rassemblés place Saint-Pierre. Pour lui, «le pardon est indispensable». S’il fait défaut, «on ne peut vivre en paix». Aussi, il est impossible de vivre en paix sans s’y exercer.

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Le goût du mou

L’agroalimentaire et la haute gastronomie déclinent à l’envi des aliments mous. Au McDo comme aux tables étoilées, c’est chaise-bébé pour tout le monde! Une civilisation qui refuse le moindre croquant dans l’assiette finit par fuir les aspérités de la pensée.


Mordre à pleines dents… Cette vieille expression française qui disait tout le plaisir archaïque qu’il y a à planter ses dents dans une nourriture ferme a-t-elle encore un sens aujourd’hui ?

Nous ne mordons plus. Nous tétons, nous léchons, nous suçons, nous aspirons, nous mâchouillons, bref, nous mangeons mou… Nous sommes dans l’ère du mou.

Des céréales du matin imbibées de lait à la pizza molle du soir, nos canines sont au chômage. Depuis un demi-siècle, l’industrie agroalimentaire joue ainsi à fond la carte de l’infantilisation collective. Yaourts à boire, hamburgers, raclette, Vache qui rit, mozzarella, Nutella, houmous, tarama, guacamole, pain de mie sans croûte, flancs, mousses de marrons, riz au lait, compotes de fruits, nouilles japonaises lyophilisées, smoothies, milk-shakes, moelleux au chocolat (ce jackpot de la pâtisserie industrielle a été inventé dans les années 1980 par le grand chef Michel Bras qui, hélas pour lui, avait omis de le faire breveter !) sans oublier les bâtonnets de crabe, les purées mousseline, le steak haché, etc.

En France, le premier symptôme inquiétant de ce ramollissement général s’est déclaré dans les années 1970, quand les fiers compatriotes d’Alexandre Dumas ont commencé à réclamer à leur boulanger des « baguettes pas trop cuites », alors que cet emblème de l’art de vivre à la française ne peut être, par essence, que bien cuit et croustillant ! Cette décadence du pain avait d’ailleurs alerté un grand théologien : imagine-t-on le Christ, lors de son ultime repas, rompre une tranche pain de mie Harrys sans croûte en disant à ses disciples : « Ceci est mon corps » ? Non ! Pareil pour le vin d’ailleurs. On suppose que le vin bu par le Christ et présenté par lui comme son « sang » n’avait rien de commun avec le rouge mollasson, infusé, sans tannins et sans matière dont les sommeliers nous font aujourd’hui l’article.

Mais le mou a aussi envahi la haute gastronomie.

Je me souviens ainsi du jour où le phénomène s’est imposé à moi comme une évidence. C’était en 2009, en Suisse. Je faisais un reportage sur un jeune chef prometteur déjà auréolé de deux étoiles au Guide Michelin (il en a gagné une troisième depuis et son restaurant est classé parmi « les meilleurs du monde ») : Andreas Caminada. Le déjeuner se passait agréablement jusqu’au moment où j’ai réalisé que je n’avais utilisé ni mon couteau ni mes dents et que les entrées, les plats et les desserts étaient tous… mous !

Dix-sept ans après, le client gastronome a l’impression d’être ramené dans sa chaise bébé : tout est décortiqué, prédécoupé, servi en petites bouchées.

Quand Paul Bocuse vous servait son tournedos Rossini (accompagné de foie gras poêlé, de lamelles de truffe et de sauce madère), il vous tendait un grand couteau forgé en Auvergne. Trancher soi-même faisait partie du festin…

Légumes ultra-confits, viandes cuites à basse température, desserts mousseux passés à la turbine… Le fondant a éclipsé le croquant, le nerveux, le ferme et le fibreux qui définissaient aussi la cuisine française traditionnelle. Surtout, ne pas mastiquer !

Historiquement, c’est au chef catalan Ferran Adrià que l’on doit cette introduction du mou dans la gastronomie. De 1998 à 2010, toute la jet-set internationale faisait des pieds et des mains pour se retrouver dans son restaurant El Bulli afin de « vivre une expérience unique » basée sur la découverte de créations inédites aux textures gluantes, gélatineuses et gazeuses. Le critique gastronomique allemand Jörg Zipprick s’était alors illustré en révélant les dessous de cette cuisine moléculaire ayant massivement recours à des additifs chimiques parfois indigestes (un certain nombre de clients passaient la nuit aux toilettes). « On peut considérer la cuisine d’Adrià comme la première conçue pour une génération dont le palais avait été façonné en amont par l’industrie agroalimentaire : des textures sans résistance, des arômes intenses et immédiatement reconnaissables, parfois renforcés par des aromatisants comme l’huile de truffe, une recherche de plaisir immédiat plutôt que de complexité gustative. »

La technologie a pris le dessus et les chefs se sont mis à discourir : « Si l’on retire les explications, remarque perfidement Zipprick, beaucoup des plats qui sont servis aujourd’hui perdent une partie de leur intérêt. » L’escalope de saumon à l’oseille des frères Troisgros, la soupe à l’artichaut de Guy Savoy et la tarte au chocolat de Bernard Pacaud sont des plats qui parlaient d’eux-mêmes et qui n’avaient nul besoin d’être enrobés de mots !

Notre goût pour le mou doit aussi beaucoup à la cuisine asiatique. Grâce à Dieu, les Chinois n’étant pas encore les maîtres du monde, nous n’avons pas connu les plats glissants et gélatineux dont ils se délectent depuis des siècles : concombre de mer, méduses, tendons, tofu soyeux, nids d’hirondelles…

Le fait que Chinois et Américains aiment passionnément la nourriture molle devrait cependant nous alerter. Le mou ne serait-il pas la face cachée de l’impérialisme et de la violence ? Il existe au CNRS un laboratoire de physique dédié aux propriétés de la matière molle. Ce qui fascine les physiciens, c’est la capacité qu’a cette matière d’absorber les chocs et de maintenir sa cohésion atomique. Non seulement le mou est plus résistant que le dur mais, dans un environnement violent, le mou est même indispensable : il colmate, fluidifie, cicatrise, apaise… Ainsi donc, plus un régime est dur et violent, plus il faut de mou. Dans une société comme la nôtre où la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres, le discours lisse et mou est vital et la dialectique prohibée.

Notre apparence vestimentaire est molle. Notre langage est mou. Notre pensée est molle.

Le mou est le symptôme d’une civilisation englobante qui repousse ce qui risque de la disloquer.

La meilleure parabole de tout cela reste la série culte Le Prisonnier avec Patrick McGoohan : une cité balnéaire molle, où l’on ne peut parler de rien d’essentiel, mais dont personne ne peut s’échapper, sous peine d’être rattrapé par un terrifiant globule blanc tout mou…

Vous reprendrez bien un peu de tiramisu ?

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Climatiser par le haut

La climatisation, dernier privilège


En ces temps d’extrême chaleur, la climatisation est devenue un sujet brûlant. D’aucuns considèrent qu’elle devrait être généralisée, en particulier dans les lieux où, sans elle, la vie devient intenable ou ne tient parfois plus qu’à un fil, surtout lorsque les vagues de chaleur excessive se succèdent : les écoles, les hôpitaux, les Ehpad. Les écologistes préconisent de privilégier la « gestion naturelle de l’air », favorisée selon eux par la végétalisation des murs et des toits des habitations. Ils proposent également quelques astuces pour rafraîchir l’atmosphère et les corps : un drap humide sur les fenêtres, un bol de glaçons devant le ventilateur, un mouchoir glacé sur le crâne – et le tour est joué. De son côté, l’Agence de transition écologique (Ademe) recommande aux citoyens de fermer les volets le jour, d’aérer la nuit, de se mouiller le corps et de boire régulièrement de l’eau – autant de choses qui ne seraient pas venues à l’esprit des Français si l’État ne s’en était pas mêlé. Alors, clim ou pas clim ?

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Le 26 juin, pour éviter une surchauffe électrique et une panne du système d’air conditionné, les hauts dirigeants de la Commission européenne ont décidé de couper la poire et le siège de ladite Commission en deux : du huitième au treizième étage, là où trônent la présidente Ursula von der Leyen et les 27 commissaires européens, la climatisation a fonctionné comme si de rien n’était. En revanche, au niveau des sept premiers étages occupés par les membres du personnel administratif et des services généraux de l’institution, elle a été coupée. Certains ont évoqué alors un « système féodal » et une caricature miniature des inégalités sociales au sein de l’UE : les classes populaires et moyennes crament et se font sermonner lorsqu’elles cherchent les moyens de se rafraîchir la couenne ; pendant ce temps, les « élites », bien au frais, mijotent une énième campagne de communication sur la « sobriété énergétique ». Cette sobriété ne s’applique naturellement qu’aux citoyens des couches inférieures, lesquels seront sûrement heureux d’apprendre que leur capacité à supporter cette injustice porte depuis quelques mois le joli nom de… « résilience climatique ». Merci qui ? Merci l’UE.

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Thomas sixty punky

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


« Salut Philippe, samedi nous fêtons les 60 ans de Thomas. Tu es cordialement et amicalement invité. » J’avais reçu ce message de la part de Fabienne, la compagne de Thomas ; il me mit de bonne humeur. Pensez : fêter les soixante ans de l’Amiénois le plus rock’n’roll. Un personnage. Sur sa page Facebook, il se présente comme « gaulliste immobilier ». C’est dire ! Thomas et moi, on se connaît depuis des années. Dans les bars, nous avons souvent entretenu des conversations sur le rock bien sûr, mais aussi sur la littérature. Car notre homme est aussi (et surtout, pourrions-nous dire) un littéraire. Un fou de lecture. Ça devient si rare. Dès que j’ai reçu l’invitation, j’en ai parlé à la Sauvageonne. Je lui ai dressé le portrait de l’animal ; elle n’a pas hésité une seconde : elle m’a suivi au raout. Il était 21 heures lorsque nous arrivâmes à l’adresse indiquée.

C’est une autre Fabienne, la compagne du chanteur-auteur-compositeur Martin Angor qui nous a ouvert la porte. (Martin me fit savoir qu’il venait d’apprendre, à la faveur d’intensives recherches, que son arrière-grand-père, Eugène, avait été guillotiné en 1872, pour avoir commis un crime crapuleux alors que les Prussiens étaient en train d’envahir la France.)

D’emblée, nous avons été happés par l’ambiance. Du rock’n’roll, bien sûr. Et du meilleur. J’avais apporté trois livres au nouveau sexagénaire : un essai sur la vie de l’écrivain et résistant Jean Prévost, un roman de Michel Embareck, copain et ancien confrère rock-critic de chez Best, et une anthologie de la poésie d’un autre bon copain, Sébastien Lapaque, du Figaro littéraire. De grandes tables avaient été dressées sur lesquelles trônaient des coupes de champagne, des verres de vin et autres friandises à faire rosir de plaisir mon vieux foie. J’allais saluer d’autres bons camarades amiénois : Matthieu, un talentueux musicien, et Mamat, l’ancien tenancier du Bar du Midi (dit le BDM), délicat établissement où j’allais dépenser ma solde du Courrier picard quand j’étais encore reporter-lieutenant-colonel de la rubrique culturelle. Mamat : un autre personnage. Un type bien ; tolérant, intelligent et drôle. Je parle de lui à plusieurs reprises dans ma trilogie (Vingt-quatre heures pour convaincre une femme, éd. Ecriture ; Le Chemin des fugues et Mise au vert, tous deux édités au Rocher sous la houlette de mon ami Arnaud Le Guern) ; j’avais rebaptisé son bistrot des initiales BDLP (Bar De La Place). Mamat et moi échangeâmes avec avidité, croquant dans le bon vieux temps qui, déjà, avait fui comme un vieux sablier. De loin, j’observai le Thomas qui allait de table en table.

Tard dans la soirée, je parvins à lui poser quelques questions. La première fut celle qui me taraudait l’esprit depuis pas mal de temps : mais pourquoi, Diable, avait-il braqué, dans sa folle jeunesse, avec un pistolet en plastique l’imprimerie du Courrier picard quand les locaux de celui-ci se trouvaient encore rue de la République ? (Car oui, notre Thomas, n’est pas seulement un rocker, c’est aussi un vrai punk, adepte de performances jusqu’au-boutistes.) La réponse ne se fit pas attendre ; elle fusa comme un riff des Sex Pistols : « Si j’ai tenté de braquer le Courrier picard, c’est à cause de l’alcool. L’alcool, c’est magnifique. » Puis vinrent des questions plus artistiques : « Mon groupe préféré ? Le Velvet Underground. Mon écrivain préféré ? Zola pour l’œuvre ; Huysmans aussi. Mon cinéaste préféré ? Rohmer. » Pourquoi est-il le personnage le plus rock’n’roll d’Amiens ? « Parce que j’ai inventé le rock’n’roll. » Et enfin, nous lui avons demandé, la Sauvageonne et moi, de prodiguer un conseil à notre belle jeunesse : « Baiser, fumer, boire de l’alcool. Faire des bébés, plein de bébés ! », répondit-il avant de descendre une coupe d’un excellent champagne. On n’est pas sérieux quand on a soixante ans.

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C’était beau Paris, la nuit…

La galerie Roger-Viollet, 6 rue de Seine dans le VIème arrondissement, expose gratuitement encore jusqu’au 3 octobre des photos couvrant la période 1900-1970 qui ont pour thème enchanteur et ensorceleur : « Paris, ouvert la nuit ». À nous, les Forts des Halles, les meneuses de revues, les auto-tamponneuses et les grands magasins illuminés…


Bien sûr, nous vivons avec les images d’un Paris canaille et populaire, un Paris à gapettes et à gisquettes, un bistrot à l’œil torve planté dans un coin patibulaire de Montmartre, des néons trop forts, Place Clichy, la Mouff’ dernier repère des esseulés et des établissements de nuit à Pigalle où toutes les filles sont belles et tristes. Notre cerveau a été habitué à ce décor vespéral, fantasmé, folklo parfois, un peu trompeur, un peu aguicheur ; le touriste étranger, notre source de devises venait y chercher un imaginaire à bon compte, des palpitations du cœur et des plats en sauce ; de Bob le Flambeur à French Cancan, de Fargue à Carco, des frères Prévert à Morand, des noceurs aux travailleurs de l’ombre, Paris, la nuit est la boule à neige que les nostalgiques secouent, les soirs de déprime. Elle nous manque. Bien sûr que Paris ne ressemble plus à un film de Melville ou de Carné, la ville se voulant moderne et avancée a perdu son cachet, son chromo, ses vieux habits, ses métiers oubliés et son style équivoque. Elle n’a pas su cultiver sa singularité. En exhumant des images principalement en noir et blanc, la galerie Roger-Viollet, archiviste de notre mémoire, fête deux événements anciens: le premier éclairage public datant de 1667 et les premiers essais d’éclairage électrique en 1843. Fiat lux comme disait Nestor Burma.

Avec l’arrivée de la lumière, Paris change de visage, les noctambules déambulent, l’activité économique ne s’arrête plus, la journée s’allonge et la Police surveille mieux ce magma humain. Incohérent. Et tentateur. Les photographes trouvent alors un terrain de jeu fait de halos, de ludions, de zébrures, de flashs et de spectres. La ville dessine une nouvelle géographique poétique et inquiétante. L’exposition fermera ses portes le 3 octobre, elle est gratuite et se visite comme l’appartement témoin d’une ville grouillante et sûre de son destin, une ville jamais à l’arrêt qui travaille, qui danse, qui peine, qui souffre, qui jouit et qui vit ensemble dans une communion d’esprit. Malgré l’opposition des classes sociales, la persistance de poches de misère, un habitat hétéroclite, chacun partage au fond de lui l’idéal de Paris. Chacun sait qu’il habite là où il faut habiter, où la mode, le flirt, la Seine bourbeuse, les monuments scintillants, la pierre de taille et le zinc du comptoir font de l’air de Paris, l’oxygène des Hommes debout. À travers ces photos, se dégage une croyance en cette ville. On fait le serment que l’on s’y perdra ou on y gagnera sa croûte, on adhèrera à ses rites, à ses mirages et à son horloge interne pour le meilleur et pour le pire. On a fait un pacte avec elle. Peu de villes peuvent prétendre à ce statut marital. Quand des yeux de provinciaux décillés ont vu le Paris des années 20 ou des années 50, ils repartent secoués, effarés, épatés et attendris pour leur capitale chérie. Elle leur a fait du gringue. Ils en pensent du mal, mais ils y penseront longtemps après. Cette Atlantide se rappellera à eux, par des éclairs, dans le sommeil de l’Aubrac ou du Berry. Et qu’il est beau notre patrimoine allumé à la bougie, l’Arc de Triomphe dans une brume spectrale, le Pont Alexandre III faussement dormant, Notre-Dame, sorte de neige éternelle, sommet alpestre qui dévoile sa face pentue, du quai Saint-Michel ou du Pont de l’Archevêché ; ça, c’est l’officiel, la face claire des livres d’Histoire, le catalogue de la ville-musée, mais il y a aussi le Paris marchand, les vitrines de Noël du Bon Marché, du Bazar de l’Hôtel de Ville, des Grands Magasins du Louvre, les fêtes foraines, les loteries, les publicités d’alcools et d’apéritifs viniques, Martini, Noilly Prat en grosses lettres brillantes au-dessus des brasseries bondées, les chevrons de Citroën sur la Tour Eiffel en 1925, le barnum commercial, les éclairages artistiques de l’Exposition Internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne de 1937 et puis les cabarets, le Sphinx, les théâtres dénudés, le Moulin Rouge, les corps en mouvement, la série de Gaston Paris dans les loges des Folies Bergères dans la deuxième moitié des années 1930 s’admire, girls dépoitraillées, se maquillant, dans l’organdi et les plumes sauvages, le sein conquérant et le regard ailleurs, et, en miroir, les alter égos des filles lançant la jambe, les Forts de Halles, carcasses sur le dos, paluches maousses, montagnes de cageots dans le Ventre de Paris, bouquetières mal réveillées au petit matin, étalages de salades et de victuailles, enfin toute la lyre.


Plus d’informations sur le site de la Galerie : https://www.galerie-roger-viollet.fr/fr/exposition-paris-ouvert-la-nuit-25

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September 12, 2026

En 2008, le voyage de Benoît XVI en France, sous le signe de saint Augustin

Il y a exactement 18 ans, le 12 septembre, le pèlerinage du Pape Benoît XVI s’ouvrait à Paris, à l’occasion du 150e anniversaire des apparitions de Lourdes. Lors de ce voyage, le Souverain pontife, théologien de formation, avait su allier l’hommage rendu à la valeur de la culture française à l’enseignement de l’auteur de La Cité de Dieu. Une prédilection qui le rapproche de l’actuel Successeur de Pierre, qui se rendra à son tour en France, le 25 septembre prochain.

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Sang d’encre

Le fait divers est l’aphrodisiaque du romancier: du sang, des mystères, et la plume se dresse. Anne Plantagenet et Philippe Jaenada résistent aux charmes tapageurs du coupable. Du procès Jubillar au meurtre oublié de Louise Cansot, ils rendent aux victimes leur nom, leur visage, et cet honneur posthume: le premier rôle.


Les faits divers ont toujours fasciné les foules et plus encore les écrivains. Bon nombre d’entre eux ont en effet trouvé dans ces histoires terribles et souvent sordides un matériau de choix. Flaubert s’est inspiré du suicide de Delphine Delamare pour Madame Bovary, Dumas de l’histoire de François Picaud pour Le Comte de Monte-Cristo,Truman Capote de l’assassinat de la famille Clutter pour De sang-froid, et plus près de nous, Emmanuel Carrère de l’affaire Romand pour L’Adversaire. Pour un romancier, le fait divers est une manne. Yasmina Reza qui, depuis plus de quinze ans, écume les cours d’assises, ne s’en cache pas. Contrairement à elle, Anne Plantagenet, lorsqu’elle se rend à Albi le 22 septembre 2025, assiste à son tout premier procès. Celui d’un homme de 38 ans, Cédric Jubillar, accusé d’avoir tué sa femme Delphine, âgée de 33 ans, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Le 17 octobre 2025, l’accusé est reconnu coupable du meurtre et condamné à trente ans de réclusion criminelle. Quand Anne Plantagenet écrit son livre, « l’homme le plus célèbre du Tarn » nie les faits et la victime n’a pas été retrouvée. En juillet dernier, coup de théâtre : Cédric Jubillar passe aux aveux et indique l’endroit où il a enterré le corps. Un rebondissement majeur qui n’entache en rien l’intérêt du livre. La romancière assise sur les bancs de la presse pendant les quatre semaines qu’ont duré le procès le confie dès les premières pages. Ce qui l’intéresse ici, c’est moins « le verdict qui condamnerait ou acquitterait Cédric Jubillar que les traces de la femme effacée, Delphine Aussaguel ». C’est moins le bourreau que la victime. Toutes les victimes, dont elle souligne qu’elles sont souvent les grandes oubliées des procès. Qui se souvient d’Hélène Rytmann, étranglée à mort par son mari Louis Althusser ? Qui se souviendra de l’infirmière du Tarn ? Une jeune femme solaire qui aimait son travail, ses deux enfants et dont chacun louait les qualités. Aucune partialité toutefois dans ce récit. Anne Plantagenet n’oublie ni l’enfance chaotique de l’accusé, ni son placement dans des familles d’accueil, ni les violences subies. Elle ne juge pas, ne prend pas parti. Elle appréhende chacun des acteurs de cette affaire avec la même finesse d’analyse, la même empathie, la même sensibilité et montre l’humanité dans ce qu’elle a de plus noir, de plus vulnérable, parfois aussi de plus admirable. En l’absence de corps est un texte fort. Un texte mu par la nécessité. L’histoire d’un drame qui en cache un autre. Celui que l’auteure traverse et auquel elle ne fait jamais que des allusions voilées. Comme le rappelait Jean Giono à l’occasion de l’affaire Gaston Dominici, un procès c’est d’abord une histoire de mots. Ceux d’Anne Plantagenet sont justes, tenus, au plus près de la vérité.

L’affaire Cédric Jubillar a défrayé la chronique, mais celle de Louise Cansot a largement été oubliée. Grâce à Philippe Jaenada, spécialiste patenté du fait divers, la voilà propulsée sur le devant de la scène. Tout au moins littéraire. Dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée étranglée non loin du pont du Garigliano à Paris. Le signalement de L’Inconnue du quai de Javel est le suivant : « 1,70 mètre, cheveux châtain foncé, vêtue d’une jupe noire et d’un pull mauve, jolie, très bien faite. » L’affaire est alors confiée à l’inspecteur-chef Ferrière. De Louise Cansot, on apprend qu’elle était un modèle très demandé dans le Montparnasse de la fin des années 1940, qu’elle avait quelques amants et un sérieux penchant pour la boisson. Il n’en fallait pas plus pour mettre en branle l’imagination du romancier qui, depuis Sulak en 2013, a fait de l’enquête policière la matière première de ses romans. Accompagné de Simenon, dont il relit pour l’occasion tous les livres ou presque, il part de l’enquête non aboutie de l’inspecteur-chef de l’époque pour, soixante-quinze ans plus tard, mener la sienne. Son maître : Maigret, dont il s’efforce d’appliquer la technique à la lettre. « Il ne faut ni raisonner ni même penser dans un premier temps, il convient d’abord, patiemment, de placer les gens, comme des petits personnages de théâtre, à la place qui est la leur. » Dont acte. Jaenada épluche méticuleusement le dossier de Ferrière, se rend sur les lieux fréquentés par Cansot et active le formidable réseau qu’il a mis en place au fil des années, notamment aux Archives de Paris. Très vite, il a l’intuition que quelque chose cloche dans le rapport de l’inspecteur-chef. Il traque alors ce quelque chose avec patience, obstination, obsession et, disons-le, folie. Il le reconnaît volontiers. Qui d’autre que lui irait se recueillir sur la tombe de ses personnages ? Qui d’autre irait dormir dans les chambres où ils ont dormi ? Mais tout ça, c’est fini : « J’arrête, sinon ça va finir par ressembler à une manie. » Une manie qui fait précisément toute la saveur, la virtuosité, la drôlerie aussi de ce texte monstre. « La technique et les détails sont ce qui permet de résoudre les énigmes, non ? » demande-t-il faussement naïf au début du livre. Avant d’ajouter « soyons attentifs ». Un euphémisme en regard des 500 pages qui suivent et laissent le lecteur exsangue, fasciné, stupéfait, subjugué, devant tant de maestria. Mais ne nous y trompons pas, si Jaenada traque sans relâche le coupable – et parvient à le trouver ! – c’est, là encore, la victime qui l’intéresse. Qui était-elle ? Que pensait- elle ? Quels étaient ses craintes ? Ses rêves ? Peu à peu se dessine en creux le portrait d’une jeune femme qu’on peut admirer dans les collections du Centre Pompidou dans Femme aux seins nus assise, dernière toile de Jean-Louis Boussingault. Une jeune femme qui pensait être enceinte et espérait se faire épouser. Une jeune femme qui a fini sa courte vie dans le plus grand dénuement. Le roman aussi époustouflant qu’émouvant de Philippe Jaenada lui rend justice. Une justice éminemment littéraire.

En l’absence de corps, Anne Plantagenet, Julliard, 2026.

En l'absence de corps - Rentrée littéraire 2026

Prix: 22,50 €

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L’Inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada, Flammarion, 2026.

L'inconnue du quai de Javel

Prix: 23,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 23,00 €

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Rêveuse bourgeoisie

Lartigue en relief


Naître riche est avantageux : le talent s’épanouit dans le confort. Les deux frères Lartigue, Maurice, dit ‘’Zissou’’, et son cadet, Jacques, ont eu cette chance : nul besoin de travailler ; le père est financier. « J’ai suffisamment d’argent pour que mes enfants apprennent à le dépenser. Pas à en gagner », claironne-t-il. En 1905, il repère le château de Rouzat, en Auvergne. « – Et si on l’achetait ? »  A la Belle-Epoque, il n’est pas si courant de creuser dans le parc une piscine en équerre, d’une longueur de 28m. Rouzat sera l’écrin de grandes vacances sans fin. On y joue au tennis – les sports de plein air sont en plein essor. Harnachés comme des scaphandriers, on excursionne en tacot. Zissou, passionné d’aviation, s’adonne en amateur à toutes sortes d’inventions, construit des maquettes, élabore quantité de prototypes innovants – radeaux, planeurs… Jacques, lui, dessine, peint, dresse des listes, tient son journal, archive tout.  Dès l’âge de 9 ans, il emprunte l’appareil de photo du fortuné Monsieur Lartigue. Dans cette pratique encore dispendieuse, il s’avère vite plus doué que son géniteur. Ainsi le futur Jacques-Henri Lartigue (1894-1986) naît-il à un hobby qu’il n’envisage jamais comme un art :  il se rêve peintre.

Un documentaire exceptionnel

C’est ce jeune homme au maintien altier, mondain, nonchalant et distingué, qui illumine La vie en relief, long métrage réalisé par Denis Gaubert, qu’on connaissait comme chef op – cf. le beau film de Stéphane Chez, David Lynch, une énigme à Hollywood (2025). Gaubert signe donc là son premier documentaire. Exceptionnel à tous égards.

Il faut absolument aller voir La vie en relief en salle équipée 3D. Dans la vertigineuse production photographique de Lartigue (120 000 clichés !) le film choisit en effet de n’explorer que le seul corpus des 5000 images en stéréoscopie captées par le boîtier spécial du jeune photographe, entre 1903 et 1929. Par la suite, Lartigue délaissera cet outil, l’abandonnant au profit du format panoramique en deux dimensions.

A lire aussi, Thomas Morales: Paris, année 1970

C’est le moment d’évoquer le captivant avant-programme de neuf minutes qui, également signé Gaubert, et intitulé Stéréodrome, précède le docu attaché à Lartigue, leur assemblage composant la séance. Ce court-métrage retrace la préhistoire de cette ‘’troisième dimension’’, dont on sait qu’elle fut, circa 1850, la « première forme photographique à diffusion de masse ».  Fasciné par cette invention au succès foudroyant, Beaudelaire écrit : « Des milliers d’yeux avides se penchaient sur les trous du stéréoscope comme sur une lucarne de l’infini ». Elle sera le témoin oculaire d’événements tels que la guerre de Sécession, ou la Commune de Paris. De fait, Stéréodrome exhume quelques exemples saisissants de cette ‘’réalité virtuelle’’ avant la lettre, dont le chromatisme soyeux restitue ce qui a été avec une stupéfiante netteté de trait. Victime de sa réputation (circulent nombre de clichés licencieux), puis de la concurrence du cinématographe, l’empire commercial généré par le procédé est en déclin quand s’achève le XIXe siècle. Il est supplanté par des appareils plus légers, qu’on tient dans la main. Lartigue arrive à ce tournant.

Douceur de vivre

De la Belle Epoque aux Années folles, Lartigue immortalisera en relief un bonheur sans rides. Mais ce qui, déclics ravis au présent immédiat dans une sorte de fraîcheur spontanée, comme innocente, relèvera toujours pour lui du registre de l’album privé, revêt pour nous, à distance d’un siècle et plus, de la recherche d’un temps perdu : celui, à jamais révolu, où la douceur de vivre propre à cette rêveuse bourgeoisie semble traverser l’Histoire sans accrocs, dans le paysage immaculé d’un perpétuel loisir. A propos de la photo, l’irremplaçable Roland Barthes constatait : « Ce que je vois a été là, dans ce lieu qui s’étend entre l’infini et le sujet ». D’un œil exact, juvénile et cristallin, Lartigue cadre l’instant vécu avec un sûr instinct et une grâce infinie. Ses parents ; ses précepteurs MM. Aubert et Foltète ; ses amis : Oléo (qui mourra à 24 ans, 13 jours après avoir rejoint le front, en 1914), Robert Ferrand (également fauché de bonne heure par la Grande guerre) ; ‘’Bichonnage’’, sa grande cousine ; Simone, autre cousine, dont, adolescent, il est tombé secrètement amoureux et qu’il retrouvera, adulte, comme sa fantasque amie ; son frère aîné, ‘’Zissou’’, personnalité si différente de lui… De belle prestance, Jacques se selfise grâce au retardateur. Ski, luge, patinage à Saint-Moritz… Exempté en vertu de sa ‘’constitution fragile’’ (ce qui n’interdit pas de taper la raquette) puis miraculeusement ‘’rayé des contrôles’’, Lartigue traverse 14-18 en dandy, entre Arcachon, Rouzat et Paris. Pour ne pas endosser l’habit honteux d’un ‘’embusqué’’, le beau gosse huppé de 21 ans met sa 5CV rutilante à disposition de l’armée et s’engage… comme chauffeur. On le voit prendre la pose devant son auto, sanglé dans un uniforme en cuir d’excellente coupe. Il flirte avec la soprano Marthe Chenal (restée fameuse pour ses enregistrements gravés de Carmen et de La Marseillaise) ; se lie avec ‘’la fille à la seringue d’argent’’, comme on surnommait l’Américaine Kiki Preston, née Gwynne… Se fait un ami du pilote de chasse Jean Dary.   

Après la Victoire vient l’instant des noces. De Madeleine Messager, dite ‘’Bibi’’, mi-british, 22 ans – une image délicieusement impudique et fugace nous la dévoile, presque nue, assise sur la lunette des WC – leur nait un fils, Dani. Oui, décidément, la photo est un jeu, comme la vie de palace en est un autre : Antibes, Chamonix, Monte Carlo, Hendaye… C’est l’époque de Gaby Deslys, la pionnière du music-hall, le temps des jazz band, des garçonnes, des chapeaux-cloche. On fréquente chez les Puiforcat, on roule en Hispano Suza 7 places – seul le roi d’Espagne l’aurait déjà conduite. La tribu Lartigue cohabite toujours sous le même toit, à Rouzat, propriété que les revers de fortune du patriarche obligent à vendre en 1923. Jacques, qui a étudié à l’académie Julian, se lance alors dans la carrière de peintre – son exposition chez Georges Petit n’aura aucun succès. Proche de Sacha Guitry, il s’éprend un moment d’Yvonne Printemps, sa femme ‘’à la voix de rossignol’’, sans lui sacrifier toutefois la précieuse amitié du mari… Jouir du luxe sans le posséder, mirage de poète !

Véhiculée par l’Amérique, la reconnaissance vient à Jacques Henri Lartigue dans son âge avancé. C’est en 1986 que seront montrées, dans sa dernière exposition, quelques mois avant sa mort à 92 ans, ces photos stéréoscopiques. De ces quelque 5000 plaques patiemment restaurées (sans I.A., notez-le !) La vie en relief n’en dévoile que… 323 ! Toutes sublimes. Sur cet hommage intelligemment elliptique courent les variations d’une bande-son agile, et un texte d’admirable tenue, impeccablement articulé, qui plus est, par Luana Bajrami et Hervé Pierre. Les citations de Lartigue sont lues par Milo-Machado-Graner, l’adolescent de Anatomie d’une chute (Justine Triet) et Adieu monde cruel (Félix de Givry).

En salles le 16 septembre : La vie en relief, précédé de Stéréodrome. Documentaire de Denis Gaubert. Durée : 14mn + 1h08.

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Les évêques du Salvador reçus en audience par Léon XIV

L'épiscopat salvadorien a conclu vendredi 11 septembre sa visite ad limina par une audience privée avec Léon XIV. Dans un entretien réalisé après sa rencontre avec le Saint-Père, le cardinal Gregorio Rosa Chávez a souligné que le Pape connaissait «incroyablement bien» son pays » et a exprimé l'espoir que cette visite contribue à apporter au Salvador un message d'espoir, de dialogue et d'avenir.

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Mgr Touably: «Aux JOAJ, nous avons vu une jeunesse debout»

Les premières Journées ouest-africaines de la Jeunesse (JOAJ) se sont refermées ce samedi 12 septembre à Accra au Ghana. Pour Mgr Alexis Touably Youlo, président de la CERAO, cette rencontre se solde par un bilan positif. Dans un entretien accordé à Vatican News, il se réjouit de voir une jeunesse catholique ouest-africaine «enthousiaste, debout et consciente de sa responsabilité dans la construction de la paix en Afrique».

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JOAJ: les jeunes repartent d’Accra avec «le Christ dans leurs cœurs»

Plus de trois mille jeunes venus de 16 pays de la sous-région ouest-africaine ont participé aux premières Journées Ouest-Africaines de la Jeunesse, organisées du 7 au 12 septembre à Accra, au Ghana. Au terme de ce grand rendez-vous, ces jeunes repartent avec une foi renouvelée, de nouvelles amitiés et la volonté de devenir, dans leurs pays, des acteurs de paix et d’espérance.

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«Il faut tout mettre en œuvre pour mettre fin à la guerre», exhorte l'évêque de Kharkiv

Mgr Pavlo Honcharuk, évêque de l'un des diocèses ukrainiens les plus touchés par les violences et les bombardements, a été reçu le 11 septembre au Palais apostolique par Léon XIV. «J’ai remercié le Saint-Père pour ses prières, sa sollicitude et son aide pour libérer les prisonniers et ramener les enfants. Je l’ai invité en Ukraine», a-t-il affirmé.

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114: ce chiffre qui marque l’échec de la politique d’asile en Hollande

Aux Pays-Bas, l’opinion et l’opposition se scandalisent de la situation d’un migrant syrien mis en cause à 114 reprises par la police.


L’échec des Pays-Bas à se débarrasser d’étrangers criminels — et, partant, celui de leur politique d’asile — se résume désormais à un chiffre: 114. C’est le nombre de vols, d’agressions contre des femmes et d’autres méfaits qu’accumule le Syrien Mohammed K., âgé de dix-huit ans, depuis son arrivée aux Pays-Bas comme réfugié à l’âge de quatorze ans.

Le chiffre « officiel » de 114 signalements a été rendu public lors de récentes délibérations du tribunal d’Amsterdam en vue du futur procès contre Mohammed K. et deux autres jeunes Syriens accusés d’avoir violemment volé des prostituées chez elles.

Cependant, son avocate a plaidé pour l’indulgence vis-à-vis de son client, qui retrouvera sûrement le droit chemin, a-t-elle assuré, une fois scellé le regroupement familial à Amsterdam avec ses parents et ses petits frères restés en Syrie… Autre gage de la réussite de sa réintégration, toujours selon son avocate : son client s’établira dans un logement social qui sera bientôt attribué à son clan familial dans la capitale néerlandaise. Les préparatifs seraient d’ores et déjà enclenchés par l’organisation chargée de l’accueil des réfugiés dans une ville où sévit pourtant une pénurie de logements gravissime pour les autochtones.

De plus, selon le plaidoyer de l’avocate, Mohammed se prépare à une vie rangée comme père de famille puisqu’en dehors de ses activités criminelles, il a trouvé le temps de mettre sa petite amie enceinte. (Le sexe avant le mariage, ne serait-ce pas haram ?, a feint de s’indigner un internaute).

Perdu !

Le 3 septembre, le tribunal s’est montré sourd à tant d’invraisemblables assurances et a décrété que Monsieur K. et ses coaccusés resteraient en détention provisoire. Leur procès pour vol avec violence contre des prostituées, commis en mai dernier, est prévu en novembre.

Le chiffre de 114, en combinaison avec le possible regroupement familial du multirécidiviste avec les siens, a eu le mérite de réunir la droite dure et des chrétiens de gauche dans leur indignation. Au Parlement, M. Geert Wilders, dirigeant du Parti pour la Liberté, anti-immigrationniste par excellence, et un député protestant autrefois accusé d’immigrationnisme ont exigé à l’unisson le renvoi chez lui de cette « tête à claques », aux dires d’un collègue.

Et dans cette affaire, l’indignation populaire ne vise pas uniquement Mohammed K., mais également les autorités policières et judiciaires, ainsi que l’instance qui lui a accordé l’asile politique. Lesquelles n’ont jamais agi pour mettre un terme à son parcours criminel et qui pourraient, en plus, le récompenser par un logement social! Ou même deux, a soupesé M. Wilders, vu que la famille du malfrat risque d’être nombreuse.

Si le ministre de l’Asile et de l’Immigration, M. Bart van den Brink, a assuré aux parlementaires comprendre « la colère, la frustration et l’inquiétude » dans le pays, ses lapalissades semblaient faites pour les aggraver. Ainsi, il a refusé de répondre à des questions détaillées sur l’affaire et s’est caché derrière le droit européen qui rendrait difficile la révocation du statut de réfugié une fois celui-ci accordé. Quant à extrader le détenteur du précieux sésame, ma bonne dame… Le ministre a finalement promis à des parlementaires indignés qu’il tenterait, une fois le jeune Syrien enfin condamné, de le renvoyer dare-dare. Qui l’eût cru ?

Un pays malade

Dans cette affaire, beaucoup de questions restent encore sans réponse, puisque le ministre préfère se taire. Comment et pourquoi Mohammed K. a-t-il quitté la Syrie, et comment a-t-il pu, à 14 ans, rejoindre les Pays-Bas ? Et si ses parents avaient envoyé leur enfant en tant qu’éclaireur en vue d’un regroupement dans un lieu sûr et prospère ? Pourquoi ce morveux a-t-il obtenu le statut de réfugié qui, apparemment, a servi de sauf-conduit quand ses 113 premiers larcins notés dans les registres de la police sont restés sans conséquences ?

La 114e fois fut la bonne, quand les prostituées ont été violemment frappées, tirées par les cheveux, menacées et blessées avec au moins un couteau, selon le ministère public. Tout cela pour un piètre butin… Des faits gravissimes, c’est vrai. Mais, pendant ses nombreux méfaits précédents, Mohammed K. avait également fait usage d’un couteau, toujours contre des femmes, sans que la police n’ait jugé les faits suffisamment graves pour l’arrêter et l’incarcérer. « Dans quel pays malade vivons-nous ? » a fulminé Geert Wilders devant le ministre. Et, à dire vrai, pas besoin d’être « d’extrême droite » ou de soutenir M. Wilders pour se poser cette question.

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Olivier Rolin: tout sur « l’Iliade »

Certains livres de l’Antiquité redeviennent « à la mode », si j’ose dire. Les lecteurs, influencés par des messages publicitaires incessants, sont attirés vers eux, peut-être convaincus d’y retrouver une émotion de jeunesse, qui leur rappelle le lycée ou les grandes vacances. En ce moment, la librairie est pleine des ouvrages d’Homère, auteur de plusieurs vrais best-sellers, dont un adapté cette année au cinéma. Je ne reviendrai pas sur The Odyssey, mis à la sauce hollywoodienne par un réalisateur souvent mieux inspiré, mais à la réputation enflée. Un détail m’a choqué : son personnage d’Ulysse y parle, non le grec ancien, mais un anglais parfait, avec l’accent d’Oxford, comme le montre la bande-annonce. Je n’ai pas été plus loin. Bref, la reconstitution historique d’un chef-d’œuvre poétique trouve ses limites. On ne cultive plus les « humanités », mais le « divertissement », à prendre aussi bien au sens pascalien du terme.

Nommer le mal

Cette semaine, j’avais le projet d’écrire une chronique sur La Guerre éternelle, d’Olivier Rolin. Je l’avais sous le bras, lorsque j’ai dû me rendre, en taxi, aux urgences de l’Hôpital militaire, pour une douleur ressentie sous l’ongle du gros orteil, au pied gauche. En fait, c’était ce qu’on appelle un panaris, dans sa phase première d’évolution. Le Garnier Delamare, fascinant dictionnaire des termes médicaux, que tout hypocondriaque se doit de posséder dans sa bibliothèque, nous apprend que panaris est le nom « générique », je cite, « donné à toutes les inflammations aiguës des doigts ». Le diagnostic qui fut établi dans mon cas mentionnait : « panaris péri-unguéal de l’hallux gauche », sachant que « unguéal » évoque tout ce qui est relatif à l’ongle, et qu’« hallux » signifiele gros orteil. J’aime beaucoup ce langage technique de l’art, digne du Malade imaginaire, ma pièce préférée de Molière. Il suffit d’un dictionnaire spécialisé pour en venir à bout. Cela reste une prose rare qui sert à nommer le mal. De la littérature à plein régime, selon moi.

Littérature comparée

J’étais aux urgences et l’attente risquait d’être longue. J’ouvris le livre de Rolin, pour m’occuper un peu l’esprit. J’ai déjà eu l’occasion de dire que l’hôpital était un lieu privilégié pour lire un livre. Si bien que, durant presque quatre heures que dura mon attente, je pus savourer tranquillement La Guerre éternelle. C’est un ouvrage qui se lit bien, et vous fait oublier tous vos maux, ou presque. Rolin répond au défi de parler de l’Iliade. Il aime moins l’Odyssée, semble-t-il. Ulysse le rebute par sa violence. Il est vrai que l’Iliade constitue une histoire d’une richesse extraordinaire. En tout cas, elle provoque chez Rolin une multitude de comparaisons et associations d’idées, dont il tisse, comme Pénélope sa toile, un livre très érudit, mais jamais pesant. Au détour d’une phrase, Rolin vous citera Mandelstam, ce plus grand des poètes, ou Michaux : « Évoquer Michaux à propos d’Homère, cela peut sembler incongru, mais cette incongruité-là, je la revendique comme étant l’expérience même de la grande liberté de la littérature… » C’est déjà une allusion aux « cultural studies », avec cette nécessité de toujours comparer, d’aller d’une référence à une autre, pour analyser à fond un texte littéraire. Cela crée des constructions savantes, qui doivent nous éclairer.

Pietro Citati et Lolita Pille

En lisant cet essai très personnel consacré à l’Iliade, je repensais à un livre du grand critique italien Pietro Citati. Il avait écrit au début des années 2000 La Pensée chatoyante, sous-titré « Ulysse et l’Odyssée ». En dépit du choix antagonique Odyssée/Iliade, une grande unité rapproche les deux ouvrages. Le commentaire est sans doute plus peaufiné chez Citati. Il essaie de tout dire, avec brio. Il est original à tout instant. De nos jours, ce type de livre est réservé aux universitaires, le génie en moins. C’est dommage. Les écrivains devraient savoir écrire sur les livres qu’ils aiment, montrer comment ils ont été inspirés par telles œuvres, et non par telles autres. Et répondre à la question de Maurice Blanchot : « Comment la littérature est-elle possible ? » Car, au fond, dans La Guerre éternelle, Rolin essaie de tirer tout cela au clair. La jeune romancière Lolita Pille s’est risquée récemment à l’exercice, dans Antigone Reine (éd. Du Cherche Midi). Résultat des courses, pour elle : une confession certes sincère, peut-être constructive, mais, en contrepartie, le double aveu obligé de son homosexualité et de son engagement féministe extrême. Heureusement, lire un livre n’entraîne pas tous les jours de telles conséquences chez les jeunes lectrices…

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L’Iliade et la nostalgie

Olivier Rolin insiste sur un point qui m’a retenu : l’Iliade est le livre de la nostalgie. Ceci s’explique : avant la guerre, il y avait la paix. Cette paix d’avant ne reviendra plus jamais. Hélène a beau se remémorer le temps des plaisirs (comme chez Offenbach), la douceur de vivre a été anéantie. Il suffit d’un simple changement très banal, par exemple un vase dont on jette les fleurs. Giraudoux, dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu, avait senti cette piqûre au cœur. Ses dialogues étaient légers, mais le propos grave, malgré des jeux de mots qui, à la longue, deviennent fatigants. Et puis Jean-Luc Godard, qui proclame, dans un de ses derniers films sur la guerre en Bosnie, je crois, cette sorte de slogan dénonciateur des crimes : « Tais-toi, Cassandre ! » C’est ici que Rolin place un hommage à celle qu’il appelle « Jane », c’est-à-dire l’actrice Jane Birkin. Jane Birkin s’était intéressée, elle aussi, à cette littérature. Elle avait joué des tragiques grecs comme Euripide ou Sophocle, mais, en l’occurrence, pas le personnage d’Hécube, la reine de Troie, dans la pièce intitulée Les Troyennes. Bref passage d’Olivier Rolin, mais suffisant pour qu’on ait l’impression que son livre est tout entier un hommage qu’il rend à l’actrice. « La chute de Troie, écrit Rolin, c’est aussi la fin de ce qu’on aime. »

Il me semble que La Guerre éternelle est une très belle réussite littéraire. Rolin, on le sait, revient de loin (l’engagement maoïste des années 70, l’action directe révolutionnaire). C’est une leçon qu’il n’a pas oubliée. Il y a aujourd’hui un certain respect à observer devant tant d’exigence littéraire. Parlant toujours de l’Iliade, il écrit que ses vers, arrachés au temps, « recèlent une telle puissance d’émotion pour ceux, dont je suis, qui ont appris à lire le monde en aimant les défaits de l’Histoire […] les marins de Cronstadt, le ghetto de Varsovie… » Etc., etc. Voilà un éloge de la faiblesse et de l’échec qui fera pardonner beaucoup de choses, et nous rend précieuse cette méditation pleine de sagesse sur l’Iliade.

Olivier Rolin, La Guerre éternelle. Éd. Gallimard, 221 pages.

La guerre éternelle: Souvenirs de Troie

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Pietro Citati, La Pensée chatoyante. Ulysse et l’Odyssée. Éd. « L’Arpenteur » ‒ Gallimard, 2004.

La pensée chatoyante: Ulysse et l'Odyssée

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Lolita Pille. Antigone Reine. Éd. Le Cherche midi. 390 pages. Prix Essai France Télévision 2026.

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Léon XIV invite les Bénédictines à être des «témoins de communion»

Dans son discours adressé aux participants au colloque de la «Communio Internationalis Benedictinarum», le Pape a rendu hommage à la vocation des bénédictines, à leur prière et à leur présence silencieuse, tout en les encourageant à poursuivre leur engagement en faveur de la communion, de la formation et de la paix.

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Le Pape appelle à transformer les différences en «forces créatrices»

Le Pape a reçu en audience ce samedi 12 septembre les participants à la rencontre «Fratelli tutti» du CELAM et de l’USCCB, organisée par la Commission pontificale pour l’Amérique latine. Dans son discours, le Saint-Père a plaidé pour un nouveau modèle de coopération Nord-Sud fondé sur la responsabilité partagée, le dialogue et la dignité humaine. Face aux défis technologiques et sociaux, Léon XIV a appelé les Amériques à «reconstruire» un avenir pour tous.

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Le 11-Septembre: mémoire et avertissements

Aux Etats-Unis, des polémiques ont entouré la commémoration des 25 ans des dramatiques attentats islamistes.


Quelques mois après l’attentat du World Trade Center de 2001, un livre grand format, illustré de nombreuses photographies, publié par Life Magazine, est devenu le meilleur bestseller dans la catégorie « non-fiction » aux États-Unis. Intitulé One Nation – une référence aux paroles du Serment d’allégeance au drapeau : « une nation unie sous l’autorité de Dieu », adopté en 1942, au plus fort de la Deuxième guerre mondiale – il commémorait à la fois le trauma que la nation américaine venait de vivre et la résilience dont elle a fait preuve face à la tragédie et à la menace islamiste. Dans le Wall Street Journal hier matin, l’écrivain Bob Greene a rappelé cette publication tout en regrettant le manque d’unité qui est venu dominer la vie américaine depuis. La 25e commémoration du 11 septembre peut-elle restaurer ce sens d’unité qui semble tellement manquer à l’heure actuelle où le pays est engagé dans une nouvelle guerre au Moyen Orient ; où ses citoyens souffrent de difficultés économiques ; et où ses gouvernants et élus se préparent à des élections de mi-mandat en novembre qui verront s’affronter les deux extrêmes : celui des ultras du mouvement MAGA et celui des Socialistes démocrates d’Amérique, aile radicale du Parti démocrate ?

Devoir de mémoire versus devoir de controverses

Assistant à la cérémonie au Pentagone en Virginie, le président Trump a fait l’éloge de l’esprit d’unité qui a prévalu après l’attentat de 2001. Pourtant, la commémoration du 11 septembre a elle-même suscité des controverses cette année. Les médias de gauche ont tout essayé pour mettre en doute le récit de Trump au sujet de son rapport aux événements tragiques et à la cérémonie d’hommage. Le président a polémiqué avec le New York Magazine au sujet de sa présence au non, accompagné par une centaine de ses ouvriers du bâtiment, sur le site de Ground Zero le lendemain de l’attaque. Il a prétendu que, le 12 septembre, il avait dû être évacué par deux pompiers qui craignaient la chute d’un autre tour : One Liberty Plaza. Le journal a qualifié cette histoire de « mensonge bizarre » sans citer aucune preuve de son absence, mais seulement une prétendue absence de preuves de sa présence.

Trump a polémiqué aussi avec le New York Times qui a attribué sa décision d’assister hier, non à la cérémonie new-yorkaise, mais à celle du Pentagone, à sa frustration de ne pas pouvoir faire de discours sur le site du World Trade Center. En effet, aucun participant ne peut prendre la parole lors de la commémoration à Ground Zero, coutume adoptée en 2012. Trump a riposté en déclarant qu’il connaissait et respectait cette coutume. Il faut ajouter qu’il avait déjà privilégié le Pentagone pour la cérémonie de l’année dernière. En même temps, avec des élections cruciales imminentes, Trump est évidemment en campagne. J. D. Vance était pourtant présent à New York aux côtés des autres présidents en vie, de Bush à Biden.

Un autre homme politique a été au centre de controverses encore plus âpres. Zohran Mamdani, le maire démocrate de New York, a fait l’objet de critiques de la part de ceux qui croyaient qu’il n’avait pas sa place à la cérémonie, moins parce qu’il est musulman que pour ses accointances avec des militants propalestiniens dont certaines déclarations avaient semblé justifier le terrorisme. Trois mois avant la commémoration, les médias ont ressorti – non pour la première fois – un livre écrit par le père du maire, Mahmood Mamdani. Ce musulman né en Inde a vécu au Ouganda avant d’émigrer aux États-Unis où il est devenu professeur à l’université de Columbia, spécialisé dans l’anthropologie du colonialisme et du post-colonialisme. Son volume, Good Muslim, Bad Muslim. America, the Cold War, and the Roots of Terror, publié trois ans après l’attentat de New York, semble faire l’apologie des pires actions terroristes. On y lit notamment: « Les attentats suicides à la bombe doivent être compris comme une dimension de la violence politique moderne, plutôt que stigmatisés comme un signe de barbarie ». Tel père, tel fils, affirment ceux pour qui Mamdani est nécessairement aux antipodes de l’esprit d’unité du 11-septembre. Effectivement, le maire de New York ne craint pas de fréquenter le militant Hasan Piker qui, en 2019, a déclaré que l’Amérique méritait l’attaque des Tours jumelles. Piker lui-même a pris ses distances avec cette formule depuis, et Mamdani l’a condamnée de manière explicite, mais pour certains le doute est trop fort.

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C’est dans ce contexte qu’un homme ayant perdu son épouse dans l’attentat, Giovanni Galante, avait lancé une pétition avant la commémoration appelant à la « désinvitation » de Mamdani. Car, selon le préambule de la pétition, l’événement devait être « centré sur la mémoire, l’unité et le rejet sans équivoque de cette violence et de cet extrémisme qui ont caractérisé le 11 septembre ». Plus de 100 000 personnes avaient signé le document. Celui qui était le gouverneur de l’État de New York en 2001, le Républicain George Pataki, ainsi que celui qui était le maire de la ville, Rudy Giuliani, avaient exhorté Mamdani à ne pas assister à la cérémonie.

Cependant, de son côté, Mamdani a travaillé ces dernières semaines à renforcer sa légitimité en tant que maire d’une ville martyrisée. Il a visité des casernes de pompiers où les équipes avaient perdu des collègues dans la conflagration et il a inauguré différentes formes d’hommage aux victimes. Vendredi 4 septembre, il a signé un décret officiel désignant la date du 11 septembre un « Jour de mémoire et de cérémonie ». Petit – ou grand – bémol, après la signature du document, il a fait passer le stylo utilisé à son conseil juridique principal, Ramzi Kassem, l’avocat d’Ahmed al-Darbi, un membre d’al-Qaïda, et de Mahmoud Khalil, de double nationalité algérienne et palestinienne, un des leaders du mouvement propalestinien à l’université de Columbia, arrêté par ICE en 2025.

Mamdani lui-même a jeté de l’huile sur le feu en créant la controverse avec ses prédécesseurs. Le 8 septembre, la mairie a publié plus de 170 000 documents réputés perdus par les services administratifs de New York. Ces documents montreraient que les autorités auraient caché aux citoyens les dangers persistants de la pollution de l’air par la destruction des deux tours. Selon le maire actuel, ceux qui l’ont devancé « ont menti ». Pourtant, il n’est pas clair que ces documents aient été délibérément cachés, et les autorités ont créé un fonds pour indemniser les personnes ayant été exposées à des toxines, fonds qui, depuis 2011, a versé 16,9 milliards de dollars à ces victimes.

Pourtant, malgré tout, Mamdani et Giuliani se sont quand même serré la main hier sur la grande place. Ils ont sauvé les apparences. Peut-être qu’il reste une lueur d’espoir pour l’esprit d’unité.

Le bilan des 25 ans

La réaction des États-Unis à l’attaque, la Global War on Terror (la « Guerre contre le terrorisme »), a été un succès dans la mesure où aucun autre attentat islamiste d’une échelle comparable n’a eu lieu sur le sol américain. Le pire incident est arrivé en 2019 quand un officier de l’armée de l’air saoudienne a tué trois Américains sur une base navale. Dans la suite du 11 septembre, une possible expansion mondiale d’Al-Qaïda a été entravée, bien que l’État islamique et d’autres organisations terroristes en aient pris la relève. Oussama ben Laden, le leader charismatique derrière l’attentat, a enfin été exécuté en 2011. Et pendant ce temps, une possible persécution des musulmans aux États-Unis, à laquelle certaines violences au lendemain du 11 septembre semblaient être le prélude, a été évitée.

Pourtant, l’atrocité de 2001 a mis fin au monde unipolaire dominé par les États-Unis qui a suivi la fin de la Guerre froide. Dans la nouvelle guerre, celle contre le terrorisme, les Américains ont déployé toute leur puissance et pourtant leur position hégémonique a été progressivement affaiblie. La guerre en Afghanistan, l’arrière-base d’Al-Qaïda, était justifiée mais elle a duré trop longtemps. Elle a poursuivi un but trop ambitieux en cherchant, par des moyens inadaptés, à transformer la culture d’un pays qui n’était nullement prêt au changement. En revanche, la guerre en Irak n’était pas justifiée, car Saddam Hussein n’avait rien à voir avec le 11 septembre et ne possédait pas d’armes de destruction massive, mais au moins elle était plus courte. Ces deux guerres ont coûté huit billions de dollars aux Américains, dont le budget national n’est plus en équilibre depuis 2001. L’endettement astronomique du pays représente une menace majeure pour son pouvoir économique. En même temps, la guerre contre le terrorisme a nécessité la création d’un véritable État sécuritaire. Les activités du nouveau département de la Sécurité intérieure qui espionne ses propres citoyens, la prison de Guantánamo, l’incarcération de suspects sans procès et le recours à la torture ont sérieusement écorné l’image des États-Unis comme un défenseur de la liberté et des droits humains. Sur le plan géopolitique, la réaction au 11 septembre a renforcé une obsession américaine avec le Moyen Orient, aux dépens de sa politique par rapport à l’Asie et la zone du Pacifique. Cette obsession a constitué – et constitue encore – une distraction coûteuse en termes stratégiques à une époque où la Chine n’a cessé d’accroître sa propre puissance et étendre son influence. Donald Trump, qui a été élu en 2024 en critiquant les « guerres sans fin » du passé, a suivi ce tropisme en lançant sa propre guerre contre l’Iran. Ce conflit a drainé vers le Moyen Orient les forces militaires et les ressources que l’Amérique avait consacrées à son effort pour contenir la Chine et renforcer ses alliés à l’Est, comme le Japon ou la Corée du Sud. Devant le Pentagone hier, Trump a fait le lien entre la campagne qui a suivi le 11 septembre et sa lutte actuelle contre l’Iran. Les deux font preuve d’un même esprit de combattivité, mais peut-être aussi d’une même myopie stratégique.

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Ce qui est arrivé à New York en 2001 n’était pas la conséquence d’un manque d’analyse des menaces mais d’une incapacité à prendre les mesures nécessaires à temps. De nombreux attentats au cours des années 1990, y compris une première attaque du World Trade Center par véhicule piégé en 1993, montraient clairement la source et la nature des dangers. Il ne faudrait surtout pas que le phénomène se répète aujourd’hui. En 2001, les ennemis de l’Amérique et de l’Occident ont certes détourné des avions, mais leurs armes de bas niveau étaient tout sauf sophistiquées : des cutters. Aujourd’hui, ces ennemis ont accès à des armes plus sophistiquées qui leur permettent de frapper à distance sans même se déplacer : des drones ou des cyberattaques, ces dernières rendues encore plus destructrices par l’intelligence artificielle. La grande leçon de septembre 2001, c’est que, tout en menant les conflits actuels, il faut anticiper les prochains conflits.

Reliques

Hier, la cérémonie a eu lieu à New York avec toute la dignité requise. 2753 chaises vides – une pour chaque victime directe de l’attentat – ont été disposées dans Bryant Park. Sur la grande place à New York, les présidents Bush, Clinton, Obama et Biden ont écouté en silence la lecture des noms de toutes les victimes du 11 septembre, lecture solennelle entrecoupée de moments de recueillement et de tintements de cloche. Cette année, pour la première fois, un moment supplémentaire a été réservé pour les victimes de maladies et de blessures provoquées par l’attentat. Le nombre de ces victimes est aujourd’hui trois fois celui des victimes directes. Partout aux États-Unis, d’autres cérémonies de commémoration ont eu lieu et d’autres encore à l’étranger, au palais de Buckingham, par exemple, ou à Milan.

Les suites du 11 septembre continuent. Des familles de 10 000 victimes préparent un procès contre l’Arabie saoudite qu’elles accusent d’avoir financé l’attentat. La première phase débutera en octobre. En même temps, l’Amérique abrite en son sein une vipère qui cherche à la mordre de l’intérieur : les propagandistes décoloniaux, anti-américains et « antisionistes », souvent financés par des États pétroliers du Moyen Orient, qui sévissent dans les universités et même dans un certain nombre d’écoles. L’attitude au 11 septembre de ces militants est pour le moins ambigüe.

Un autre livre sur le 11 septembre vient de paraître. Ce nouveau volume, Scattered Steel. The Afterlife of the World Trade Center, de Samuel et Max Holleran (Three Hills), parle du sort de l’acier récupéré dans les ruines de Ground Zero. La plus grande partie a été recyclée ; une certaine quantité a été préservée pour des besoins de l’enquête criminelle ; et moins de 1% a été transformé dans des reliques commémoratives. Ces morceaux d’acier tordu, fondu, noirci, ont été transportés partout aux États-Unis et même à l’étranger, pour finir exposés devant des casernes de pompiers, devant des gares ou dans des parcs. Leur installation a souvent été inaugurée par des cérémonies civiques. Cette présence qui hante le paysage urbain ou suburbain est une relique d’une tragédie mais aussi un avertissement. Ces vestiges sont des symboles de l’esprit d’unité que nous ne devons pas perdre. Ils nous rappellent l’importance fondamentale de ce que c’est qu’une nation, de toutes nos nations, et de l’alliance des nations occidentales.

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Menaces de mort à l’encontre d’une enseignante: six mois de prison ferme. Enfin !

Islamisation de la France. Au Fauga, en Haute-Garonne, une institutrice a été menacée de décapitation par le père d’un élève, vendredi 4 septembre, après qu’une de ses collègues a sanctionné son fils. L’enseignante a porté plainte et le père a été condamné ce jeudi à six mois de prison ferme. Ses deux enfants seront désormais scolarisés dans une autre école.


Oui, enfin ! À Toulouse, un président de tribunal courageux, prenant l’exacte mesure de la gravité des faits, a dit le droit et rendu la justice. Six mois de prison ferme avec mandat de dépôt à l’encontre d’un père d’élèves de quarante-sept ans coupable d’avoir menacé de décapitation une enseignante de l’établissement où sont accueillis deux de ses enfants. Le mandat de dépôt nous indique que, dès le soir du jugement, le coupable a dormi en taule. La main du magistrat, décidément, n’a pas tremblé.

M. Abdelkader B. – Oui, il se nomme Abdelkader, je n’y peux rien. Il s’appellerait Antoine, Raymond, Bébert ou Archibald, je donnerais aussi son prénom, évidemment. Il ne s’agit nullement de stigmatiser (j’entends d’ici les belles âmes…) mais tout simplement de rendre compte des faits, rendre compte de la réalité en répondant aux basiques questions journalistiques : qui, quoi, où, quand, etc. Qui ? nous venons de désigner le condamné. Quoi ? Menace de décapitation à l’encontre d’une enseignante après que le rejeton du condamné en question a été puni à l’école. Où ? Précisément dans cette école, au Fauga, petite ville de Haute-Garonne.

De son propre aveu, la victime « s’est vu finir en Samuel Paty ». On la comprend. Il y a, chez nous en France, en effet, d’atroces précédents, des enseignants immolés sur l’autel de la bêtise, de la barbarie et de la haine réunies. Ce sont donc Samuel Paty, Dominique Bernard et Agnès Lassalle. Probablement, M. Abdelkader B. n’en avait jamais entendu parler ? Par bonheur, le président du tribunal, lui, ne les avait pas oubliés. Qu’il en soit remercié et félicité.

Une hirondelle ne fait pas le printemps, comme se plaisait à dire ce vieil Aristote, mais si la fermeté de ce magistrat pouvait sonner quelque chose comme la fin d’un certain laxisme judiciaire qui n’a que trop duré et fait tant de dégâts chez les victimes, ce serait, oui, une sacrée embellie.

Mais le chemin est certainement encore long et semé d’embûches. Il y aura beaucoup à faire, c’est certain, pour changer les mentalités.

Au cours du procès, l’avocate du prévenu a cru présenter une défense non seulement cohérente mais décente, en proposant que son client ne soit condamné qu’à une peine d’intérêt général. Elle ajouta pour tout argument que « cela suffirait à réparer le mal fait à la société ».

Et le mal fait à la victime, on s’en tape ?

L’avocate non plus n’aura probablement jamais entendu parler des trois martyrs que nous avons cités.

Certes, cette dame est dans son rôle de défenseur. Mais pour qu’une défense soit efficace, digne, rationnelle et raisonnable, ne doit-elle pas tenir compte de la réelle gravité des actes commis, leur être proportionnée ? Donner à penser qu’une peine de balayage de square ou de surveillance de sortie d’école pourrait réparer si peu que ce soit les dommages causés par une menace de mort par décapitation me semble juste friser le foutage de gueule caractérisé avec effets de manche… Quand je disais qu’il y aurait du boulot pour faire évoluer certaines mentalités, je crois que je ne me trompais guère…

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Mégafeux des Landes: après l’émotion, le temps des moyens

Après les mégafeux qui ont ravagé les Landes cet été, les pompiers réclament davantage de moyens, en hommes et en matériel. Le vote du budget 2027 sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité.


Dans mon « premier monde », celui de l’enfance, à bord de la 2 CV familiale que ma mère conduisait sur les longues routes boisées des Landes girondines, l’immense clarté de la plage de Biscarrosse était notre destination favorite. Quand les pins maritimes commençaient à se faire plus rares et que les grandes dunes de sable apparaissaient enfin, je savais que nous arrivions. Une journée avec les vagues océanes pouvait commencer. « Attention aux baïnes ! » Mais j’étais déjà dans le grand bain.

Ma mère aimait rester jusqu’au coucher du soleil. Sur le chemin du retour, je m’endormais à l’arrière de la 2 CV avec des rêves où j’étais tour à tour pirate, vendeur de chichis ou maître-nageur-sauveteur.

Adolescent, j’ai découvert la terrasse du domaine de Malagar, toute proche des vignes de mes grands-parents paternels. Depuis son banc, François Mauriac aimait venir y poser son regard et son âme. « Paysage le plus beau du monde à mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais. » Ici, la Garonne serpente entre les coteaux, quelques cyprès se lancent vers le ciel et la forêt des Landes ferme l’horizon. Dans Thérèse Desqueyroux (1927), il écrit : « Le gémissement des pins d’Argelouse, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. »

Qu’aurait ressenti et écrit Mauriac face aux grands feux de l’été 2026 ? Face à ce feu gigantesque de notre nouveau monde climatique ?

Les pompiers parlent d’une puissance inouïe, d’un « ogre ». Le feu crée son propre vent, le vent attise le feu, puis vient l’« orage de feu », le pyrocumulonimbus. Du jamais-vu en France.

Sur des braises encore chaudes, exténués par un effort surhumain, au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer, les pompiers ont dit la vérité. Avec pudeur, parfois avec colère. Ils ne veulent plus que le qualificatif de « héros » serve à dissimuler la réalité d’un système de lutte contre les incendies au bord de la rupture. « Après nous, il n’y a plus personne, confiait l’un d’eux à Libération le 1er août. Nous sommes face à des risques qui ont changé de nature et, pour y répondre, il faut des moyens adaptés, donc une augmentation du budget. »

Ils réclament des effectifs professionnels supplémentaires, un plan massif de recrutement, un financement national durable des SDIS, la modernisation du matériel et des investissements à la hauteur de ce qui nous attend. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers estime à 10 000 le nombre de camions-citernes feux de forêt nécessaires, contre moins de 4 000 aujourd’hui.

Et puis, il faudra aussi une autre forêt. Plus tout à fait celle de mon enfance.

Dans notre prise de conscience collective, un cap a-t-il véritablement été franchi cet été 2026 ? Plus rien ne sera comme avant ? Ou allons-nous, une fois encore, passer à autre chose jusqu’au retour de l’« Ogre » ? Allons-nous nous habituer aux désordres climatiques, toujours plus fréquents, plus violents, plus proches de nous ? Ou agir enfin ?

Le prochain budget sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité. Dans son premier rapport d’évaluation, en août 1990, le GIEC présentait déjà clairement les conséquences prévisibles d’un réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine et l’accumulation des gaz à effet de serre. Il y était déjà question du risque d’aggravation des grands feux de forêt.

C’était il y a trente-six ans.

Depuis, aucun budget de la nation n’a pris cette question à bras-le-corps.

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September 11, 2026

Napoléon, mythes… et actualités

Sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Les Mythes de Napoléon brosse le portrait de l’Empereur sous un angle inédit : les rêves, les mythes et les idées reçues qu’il a suscités toute sa vie, et bien après.


Encore un livre sur Napoléon ? Mais sur Napoléon, on a déjà presque tout dit et tout écrit, direz-vous !

« Presque » en effet. Et tout est dans ce « presque » qui laisse encore beaucoup d’occasions de visiter, revisiter et interpréter l’épopée napoléonienne, ses origines, ses dynamiques, son héritage. Si Napoléon, l’homme, constitue évidemment en tant que tel un sujet historique immense et passionnant, que dire alors de l’autre Napoléon, le mythe. Car autour de cette figure et de son œuvre se rattachent tout un imaginaire, véritable construction mentale faite de mythes, de rêves et d’idées reçues – des plus favorables aux plus sombres.

Deux experts incontournables

C’est à cette dimension que s’attaque Les Mythes de Napoléon. Sous l’impulsion de Thierry Lentz, ancien directeur de la Fondation Napoléon, et de Charles-Éloi Vial, conservateur au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, tous deux experts incontestables de cette période, l’ouvrage propose une relecture des grandes interrogations qui touchent à l’Empereur des Français. À travers dix-sept questions, aussi diverses que passionnantes, historiens et spécialistes analysent faits et contextes, espérances et conséquences…

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Au fil de l’étude de ces « mythes », se dégagent de nouvelles clés de lecture de l’épopée napoléonienne qui nous éloignent aussi bien des raccourcis faciles que des interprétations manichéennes ou partisanes en tout genre.

Conquête et conservation du pouvoir, occupation et organisation de l’Europe, stratégie militaire et ambition diplomatique, place de Dieu et de la religion dans la société, rétablissement de l’esclavage, statut de la femme… autant de thèmes qui permettent de mieux cerner le personnage de Napoléon, ses aspirations et la véritable dimension de son œuvre. Plus encore, ces réflexions sont l’occasion d’interroger nos propres conceptions tant leur pertinence semble parfois d’une extraordinaire actualité.

Ainsi, abordant la question européenne, Joseph Fiévée, préfet et conseiller de Napoléon, écrit : « On a des pensées européennes, on voudrait une politique européenne, on annonce ces désirs et ces prétentions sans se douter qu’on appelle l’ambition à tenter de réunir l’Europe sous une seule domination. » Une analyse qui trouverait sa place dans bien des débats sur la construction européenne actuelle !

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Lorsque l’Empereur déchu brosse le portrait du maître du Kremlin dans le Mémorial de Sainte-Hélène, il semble nous parler : « On doit s’en défier ; il est sans franchise ; c’est un vrai Grec du Bas-Empire […]. Il est fin, faux, adroit. » Napoléon n’est surement pas le dernier chef d’État français à s’être laissé séduire, et endormir, par les belles paroles venues du Grand Est…

Éternel

Plus inattendu, quand Napoléon aborde son « génie militaire », il nous livre une formidable leçon d’humilité pour notre temps. « Si je parais prêt à répondre à tout, à faire face à tout, c’est qu’avant de rien entreprendre, j’ai longtemps médité, j’ai prévu ce qui pourrait arriver. Ce n’est pas un génie qui me révèle tout à coup, en secret, ce que j’ai à dire ou à faire dans une circonstance inattendue pour les autres ; c’est ma réflexion. » Combien de nos contemporains, persuadés de leur génie, seraient inspirés de relire ces propos et de se souvenir que le talent n’exonère ni du travail ni de l’effort.

On pourrait s’étonner d’une telle pertinence des mythes napoléoniens… mais n’est-ce pas après tout le propre des mythes que d’être éternels ? Ils invitent chaque époque à en réinterroger la signification sans jamais perdre sa force et sa pertinence.

Les Mythes de Napoléon, sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Perrin, 2026. 352 pages.

Les Mythes de Napoléon

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Les vœux du Pape à la communauté juive de Rome: que l’amitié se renforce

Léon XIV a envoyé un télégramme au grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, à l’occasion des fêtes de Roch Hachana, Yom Kippour et Souccot: «Que ces fêtes soient pour vous une occasion de grandes bénédictions du Tout-Puissant et un motif de joie,» a-t-il écrit.

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🎙️ Podcast : Edouard Philippe, Fabien Roussel, Adèle Haenel et le 11 septembre

Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs.


Une pression s’exerce actuellement sur les candidats présidentiels du centre et de la droite pour qu’ils se réunissent derrière Edouard Philippe. Bruno Retailleau et Gabriel Attal ont déjà rejeté la proposition du maire du Havre de former un comité. Le plus grand problème posé par un tel rassemblement, c’est qu’il ne serait fondé sur aucun vrai projet, mais uniquement sur l’idée de faire barrage contre une menace « d’extreme-droite » qui n’existe plus. La vraie menace « fasciste » se trouve plutôt à gauche, du côté de LFI. Et comme l’a dit David Lisnard, à quoi bon se réunir derrière des gens qui ont déjà échoué à la tête du pays? Gabriel Attal garde l’air d’un clone d’Emmanuel Macron. Bruno Retailleau, bien qu’il ait pris la mesure des vrais enjeux, ne décolle pas parce qu’il est handicapé par l’image de LR, toujours associée aux échecs du passé.

La journaliste Céline Pina © Bernard Martinez

L’incapacité gouvernementale se traduit en ce moment par le recours à des hypothèses de croissance pour le moins optimistes afin de construire le budget. Certes, cela relève d’une pratique devenue traditionnelle pour l’Etat français, mais c’est particulièrement grave au moment où l’économie risque de s’effondrer. Dans le contexte de la flambée des prix de l’énergie, on parle d’un retour possible des Gilets jaunes et des ronds-points occupés. Le candidat PCF à la présidentielle, Fabien Roussel, appelle à des manifestations géantes le 15 septembre et le 17 octobre, et veut voir le PDG de TotalEnergies traduit devant la justice. Il est évidemment motivé par le besoin d’exister face au candidat de LFI. A cette fin, il cherche à réveiller la vieille haine des riches qui dort dans le psyché français. Mesure-t-il combien il joue avec le feu?

A lire aussi : 25 ans après, l’héritage du 11-Septembre

France Télévisions est l’objet de critiques, non de la droite, comme on aurait pu le supposer, mais de la gauche. Le replay de l’épisode de la Grande Librairie, d’Augustin Trapenard sur France 5, où Adèle Haenel fait un discours comparant l’invisibilisation des violences faites aux femmes avec celle d’un supposé « génocide » à Gaza, a été supprimé du site. Cela n’a pas empêché l’extrait de circuler largement sur les réseaux sociaux. Certains crient à la censure, mais le discours de l’ex-actrice devenue auteure a été tenu au moment où l’accusation de génocide contre Israël s’effondre, faute de preuves réelles. Il n’aurait pas dû être diffusé sans qu’un contradicteur n’y réponde. Cette accusation reste tenace parce que ces peoples militants s’y accrochent. Dans quelle mesure sont-ils conscients qu’elle représentent un appel à la haine à peine dissimulé?

La commémoration des attentats du 11 septembre, responsables de presque trois mille décès ce jour-là, est un événement solennel. Pendant que tous les autres présidents vivants, de George W. Bush qui était en fonction à cette époque, à Joe Biden, se réunissent sur le site des deux tours à New York, Donald Trump fait cavalier seul en se rendant au Pentagone. Pourtant, en France comme ailleurs, on a trop tendance à vouloir pleurer les morts sans rappeler le pourquoi de cet acte terroriste, sans parler du djihad et sans désigner les responsables. L’Occident a refusé d’apprendre la leçon du 11 septembre, qui est qu’il est menacé par une volonté de conquête.

Ecoutez les analyses de Céline Pina et Jeremy Stubbs dans notre nouveau podcast 👇

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La seule femme ministre de Syrie marche sur les traces du père Dall'Oglio

Hind Kabawat est la ministre syrienne du Travail et des Affaires sociales. C’est aussi la seule femme et la seule chrétienne du gouvernement de transition syrien. Pour elle, le dialogue interreligieux contribue à la reconstruction de la Syrie après une décennie de guerre civile.

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Les évêques anglais et gallois disent non au projet de loi sur le suicide assisté

L’examen du projet de loi sur le suicide assisté, proposé par la députée travailliste Lauren Edwards le 17 juin dernier, reprend ce 11 septembre, à la Chambre des communes britannique. Un texte pratiquement identique avait déjà été rejeté en avril 2026 à la Chambre des lords. Il faut défendre le caractère sacré de la vie humaine, affirment plusieurs représentants de l’épiscopat catholique d’Angleterre et du Pays de Galles. C'est «un texte vicié et dangereux» selon l’archevêque de Liverpool.

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Souvenirs du 11 septembre, 25 ans plus tard: «Nous ne sommes jamais seuls»

Vingt-cinq ans après les attentats terroristes qui ont coûté la vie à près de 3 000 personnes à New York, en Pennsylvanie et à Washington D.C., l’archevêque Ronald Hicks de New York évoque la foi qui a aidé les gens à traverser cette journée, met en avant les commémorations organisées à l’occasion de cet anniversaire et souligne que même dans «nos tragédies… nous ne sommes jamais seuls».

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Rentrée des médias: et le PAF devint ZAD

La rentrée médiatique démarre sur les chapeaux de roues et ça nous promet de bien belles choses d’ici aux prochaines élections. Alors que la militante néoféministe Adèle Haenel suscite le malaise en faisant la tournée des plateaux pour son livre Viser juste, les journalistes des robinets d’info en continu, les humoristes de France Inter ou de Radio Nova et l’éditorialiste Patrick Cohen se pensent en ordre de bataille pour la présidentielle… Mais, une petite musique s’installe dans toutes les rédactions progressistes qui considèrent leurs médias comme des zones à défendre: et si le pluralisme était le nouveau synonyme de fascisme ?


Quentin Lafay a été la plume de l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine, puis celle d’Emmanuel Macron, avant d’être recruté, fin 2019, par France Culture. Il anime dorénavant, avec Eva Roque, qui écrit également pour Libération, la matinale du week-end sur France Inter. La Société des journalistes (SDJ) et les rédacteurs de France Inter n’ont pas protesté contre l’arrivée de ce jeune macroniste qui se qualifie lui-même de « socialiste tempéré ».

Ce matin du 4 septembre, Quentin Lafay recevait notre effrayant et belliciste ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Celui-ci s’est dit « assez affligé » de voir Xénia Fedorova, expulsée du territoire français par ses soins, invitée à continuer de s’exprimer dans les médias Bolloré. La labellisation des chaînes d’info et des radios, si elle n’est pas encore officielle, est déjà inscrite dans l’esprit de M. Barrot. Sont autorisés : 1) BFMTV, propriété du richissime armateur Rodolphe Saadé présenté comme proche du président Macron ; 2 ) France Inter, radio progressiste affublée de valeurs républicaines au-dessus de tout soupçon et spécialisée dans la construction de barrages républicains, de fronts antifascistes et de cordons sanitaires tout ce qu’il y a de plus pluralistes ; 3 ) France Info, idem ; 4 ) LCI, chaîne d’info va-t-en-guerre où se relaient des experts géopolitiques et militaires et où l’invité permanent Thierry Breton ajoute une touche originale de pluralisme en insistant tout particulièrement sur la nécessité de contrôler les médias et les réseaux sociaux. Quant à CNews et Europe 1, placés sous la surveillance assidue de M. Barrot, de l’Arcom, de Conspiracy Watch, de Nathalie Loiseau, de Thierry Breton, de Patrick Cohen et de Libération, il semblerait que leur labellisation soit loin d’être acquise. 

Progressisme : ça sent le Sapin     

Pluralisme. Selon l’institut Thomas-More, sur les 73 chroniqueurs officiant sur France Inter, 67 sont classés à gauche. Tout allait donc bien jusqu’au jour où le journaliste Charles Sapin a été engagé par la radio pour une chronique dominicale d’à peine trois minutes. Aussitôt, la Société des journalistes (SDJ) a menacé de se mettre en grève. Il faut dire que Charles Sapin est passé par Le Point et Le Figaro avant de devenir le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles. C’est grave, c’est très grave ! Vade retro satanas ! « France Inter continue sa descente idéologique vers les enfers », dixit L’Humanité. Heureusement, affirme le journal communiste, un humoriste dénommé Jessé a « évoqué avec talent » la triste décision de la direction de France Inter en suggérant la future présence de « néo-nazis » dans les studios de la Maison ronde. Et hop ! un petit point Godwin, ça manquait…

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Le député lfiste François Piquemal.

Gags et facéties se succèdent sur la radio publique. Ameziane, énième humoriste france-intérien, a comparé la tête du député RN Jean-Philippe Tanguy à celle d’un « rat qui se serait transformé en humain mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ». Les chroniqueurs et les journalistes dans le studio ont ri de bon cœur. Il y a eu une petite polémique, vite étouffée dans l’œuf. Merwane Benlazar, autre comique de France Inter, a pris la défense de son collègue humoriste en expliquant qu’il ne fallait reculer devant aucune blague pouvant « perturber les fachos ». Interrogé sur Sud Radio, le député LFI François Piquemal considère de son côté que « c’est de l’humour » et que « cela fait partie de la liberté d’expression ». Il faut savoir que M. Piquemal est un aficionado de Radio Nova, qu’il défend et fréquente régulièrement. L’humour outrancièrement graveleux et ordurier ne lui fait donc pas peur. Ameziane semble par ailleurs avoir toutes les qualités requises pour finir un jour là où ont échoué Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret, ex-trublions de France Inter. Cela dit, pourquoi changer de boutique ? L’humour france-intérien ressemble de plus en plus souvent aux bouffonneries sordides de la radio pigassienne.

On n’est pas bien, entre couilles ?

Sur Radio Nova, justement, la rentrée préfigure une saison chatoyante. La bande de Guillaume Meurice, de retour sur les ondes, a en effet reçu Victoire Tuaillon. Ce nom ne vous dit rien ? Victoire Tuaillon, après des études à Sciences Po, a opportunément créé en 2017 un podcast sur « les masculinités » au titre tranchant: Les Couilles sur la table. « La question des masculinités, quelque part, c’est comme celle de la blanchité : c’est interroger notre regard sur le monde en prenant conscience que ce regard n’est pas neutre. Le monde est si androcentré qu’on ne réalise pas forcément qu’on pense d’un point de vue masculin », déclara-t-elle alors aux Inrocks, quelques semaines avant de recevoir toute la fine fleur de l’intelligentsia gauchiste et woke, de Virginie Despentes à Alice Coffin, d’Édouard Louis à Paul B. Preciado, de Rokhaya Diallo à Éric Fassin. Sur Radio Nova, Mme Tuaillon a enfilé les perles et les lieux communs du déconstructivisme et du wokisme sur le patriarcat, la « culture du viol » et le masculinisme, et n’a pas eu de mots assez durs pour l’Éducation nationale et « ses professeurs eux-mêmes pétris d’une culture sexiste et raciste » – là, j’avoue, il fallait oser. Mais il y a mieux. Le pompon, c’est quand Victoire Tuaillon explique pour quelle raison elle a accepté, il y a maintenant deux ans, de confronter ses idées sur l’amour à celles de Noémie Halioua dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut : « J’y suis allée parce que, en fait, France Culture, c’est une radio qui est payée par nos impôts, par l’argent public, donc je ne vois pas pourquoi on laisserait des espaces à l’extrême droite. » Le problème, c’est que les seuls qui lui ont reproché d’être allée se colleter avec « l’extrême droite » sur la radio publique sont justement ceux qui partagent ses opinions. Il fut rappelé dans ces colonnes[1] les remarques acerbes que subit Victoire Tuaillon après cette émission, remarques qui vinrent de son propre camp – l’ultra-gauche et Libération en tête qui lui reprocha, outre une photo forcément compromettante avec ce « réactionnaire raciste et misogyne » d’Alain Finkielkraut, sa blanchité et son hétérosexualité. Les wokistes sont tellement bêtes que c’est un bonheur de les voir s’automutiler et s’entredéchirer en utilisant leurs propres machettes idéologiques.


Islamo-gauchisme : ta carrière n’est pas morte, Adèle!

Le 3 septembre, sur Radio Nova toujours, Azzeddine Ahmed-Chaouch et Emma Razafimahefa recevaient l’ex-actrice Adèle Haenel. Un grand moment de néant ! Le regard vide, la voix monocorde, la militante d’extrême gauche a ânonné pendant trente minutes des lambeaux de phrases desquels émergèrent dans le plus grand désordre les expressions les plus plates et les plus convenues des lexiques insoumis et wokes. À la question de savoir ce qu’elle attend pour 2027, Adèle Haenel répond : « Franchement, j’espère que Mélenchon y sera élu, quoi, ça c’est clair ! Parce que ce sera le début de la lutte, ça c’est clair ! » Ce sera la plus brillante intervention de la militante insoumise. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur inquiétude et reproché aux deux journalistes de ne pas avoir abrégé la souffrance de leur invitée, ainsi que celle des auditeurs, en arrêtant net un entretien pénible faisant ressortir l’état de délabrement intellectuel de cette militante d’extrême gauche visiblement au bout du rouleau.

Carte blanche pour idées rouges : Adèle Haenel le 9 septembre sur le plateau de France 5. La direction de France TV a préféré supprimer la vidéo en replay où la militante évoquait la Palestine, estimant l’absence de contradiction pendant la séquence problématique. Capture.

Retour à France Inter. La station compte à ce jour 27 humoristes qui sont en réalité 27 militants politiques sortant tous du même moule woke, gauchiste et écologiste – ce qui amoindrit inévitablement la portée drolatique de leurs interventions. Sous le regard énamouré de Daniel Morin et les rires automatiques de ses comparses, Fiona Gianilla, la dernière et jeune recrue de la radio publique, a récemment amusé la galerie en avouant adorer pleurer dans l’avion : « Pleurer dans l’avion, c’est incroyable ! J’aime trop ça ! J’aime autant ça que les gens âgés aiment fixer les gens trans ! » Ce n’est pas drôle, mais cela permet de montrer tout à la fois sa détestation des vieux supposément réactionnaires et forcément transphobes, son adhésion aux revendications de la communauté LGBTiste et, donc, son appartenance au camp du bien. Quelques secondes plus tard, Mme Gianilla expliquera avoir des remords parce qu’elle prend régulièrement l’avion et que « ça pollue ». Mais, ajoutera-t-elle aussitôt, « pour l’environnement j’ai déjà fait ma part : j’ai avorté. » Ce n’est toujours pas drôle, mais cela permet cette fois de montrer son allégeance à l’écologie punitive et au féminisme le plus sinistre. Mme Gianilla confirme que les mauvais sketchs des humoristes france-intériens n’ont pas pour objectif de faire rire l’auditoire mais celui de lui faire la morale et de lui enseigner le catéchisme woke. Dans le studio, gloussements de connivence et ricanements mécaniques sont autant de signes de reconnaissance entre initiés et autres évangélisateurs du camp du bien. Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne rit pas, Monsieur, on ne rit pas – on prêche.

La révolte du résistant Sylvain Bourmeau

Sylvain Bourmeau.

Sylvain Bourmeau, ancien journaliste et directeur adjoint de Libération, a officié pendant vingt-sept ans sur France Culture, radio dont la direction a décidé de ne pas reconduire son émission La Suite dans les idées. Son dernier livre, paru aux éditions d’extrême gauche La Découverte, s’intitule Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite. Qui sont ces affreux « ils » qui font le lit des fachos ? Tous les médias, d’après Bourmeau, et en particulier Le Monde et… France Culture ! La thèse tient en une phrase : le pluralisme n’est qu’un confusionnisme au service du fascisme. C’est une thèse très à la mode en ce moment. M. Bourmeau l’étire et la pétrit jusqu’à mécontenter Libération qui pense que son laborieux ouvrage est « un brin excessif et donneur de leçon ». Faut dire que… selon M. Bourmeau, trop d’opinions contradictoires et une trop faible adhésion aux programmes progressistes créent de la confusion et alimentent une cacophonie politique qui profite à l’extrême droite. Ainsi reproche-t-il à France Culture d’avoir invité Renaud Camus à plusieurs reprises il y a… quinze ans, et au Monde de n’avoir pas suffisamment soutenu le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024. M. Bourmeau semble partager avec M. de Lagasnerie l’idée selon laquelle le débat médiatique ne peut finalement que légitimer les idées réactionnaires. Le mieux serait donc d’éviter le débat, source de « confusion méthodiquement recherchée pour faire en sorte que les gens n’aient plus de repères », surtout les repères socialistes ou écologistes : le camarade Bourmov, comme l’appelle malicieusement l’écrivain Pierre Jourde, évoque en tremblant le temps où des « médias organisaient des débats entre scientifiques et climatosceptiques avec le sentiment sincère de bien faire leur travail ». Heureusement, ce temps est révolu. Toutefois, regrette M. Bourmeau sur France Inter, dans l’émission Zoom Zoom Zen de Matthieu Noël qui ne pouvait manquer de faire la publicité de cet ouvrage indispensable pour comprendre les fourberies réactionnaires, il y a encore des débats sur « le concept de “grand remplacement”, alors que tous les scientifiques s’accordent pour dire que c’est n’importe quoi, que cela ne correspond à aucune réalité observable ». Avertissement : la langue utilisée par M. Bourmeau pour écrire sa brochure relève du registre galimatias conceptuel, registre qui permet de noyer le poisson idéologique et d’occulter le véritable propos de l’auteur, propos que nous pouvons résumer ainsi : le pluralisme, c’est mieux quand il n’y a qu’une seule idéologie à la manœuvre, quand on débat uniquement entre gens de gauche culturellement au-dessus de la plèbe réactionnaire et qu’on peut ainsi développer les raisonnements les plus totalitaires sous couvert de défendre la démocratie, le progrès, l’égalité et toutes ces sortes de choses. M. Bourmeau ne supporte pas de voir le magistère moral de la gauche s’étioler. Il en éprouve une certaine aigreur ; il est parfois difficile de se confronter à la réalité. D’où, peut-être, la nécessité de s’évader et de se réfugier dans l’écriture. Un de ses anciens et facétieux camarades de France Culture lui aurait à ce propos suggéré un autre titre pour son essai : La Fuite dans les idées. Oh ! le vilain.

A lire aussi, éditorial: Liberté, liberté cherra

Dernières nouvelles de France Inter. 10 septembre 2026. L’éditorial politique de Patrick Cohen confirme l’analyse et les craintes de Charles Rojzman exprimées dans ces colonnes[2]. Le journaliste qui, on s’en souvient, avait minimisé les faits et inversé l’accusation de racisme pour l’affaire de Crépol, s’est jeté sur celle de Carcassonne comme un goinfre sur une pâtisserie dégoulinante. Il faut dire qu’il attendait ça depuis longtemps. Un enregistrement dans lequel les policiers municipaux d’une mairie dirigée par le RN vomissent toute leur bile raciste, misogyne et homophobe, quelle aubaine ! De là à essentialiser le personnel politique et les électeurs du RN, il n’y avait qu’un pas que Patrick Cohen n’a pas hésité à franchir. Dans un « pays qui s’apprête à voter à l’extrême droite », l’éditorialiste tire la sonnette d’alarme : « Combien sont-ils à se nourrir de haine et à partager leurs remugles, tranquillement, une fois les portes fermées et les volets clos ? » Cet enregistrement décrit, selon lui, un « écosystème idéologique dont il est difficile de croire à la marginalité » et qui alimente « la violence, la stigmatisation, la polarisation, le mépris de l’autre, la déshumanisation, le rejet de toute différence, tout ce qui dégueule sur les réseaux sociaux et se répand sur certains écrans de chaîne info (devinez laquelle !)». À huit mois des élections présidentielles, l’éditorialiste est content de lui : il a construit, pense-t-il sûrement, de solides fondations au barrage républicain qu’il appelle d’ores et déjà de ses vœux. Patrick Cohen croit-il vraiment que c’est en les rabaissant et en les insultant, que les millions d’électeurs s’apprêtant à voter pour Marine Le Pen vont retourner au bercail, dans le giron d’une caste politico-médiatique qui les méprise et les a conduits, eux et leur pays, à la ruine ? S’il le pense réellement, il est de notre devoir de lui dire qu’il se met le micro dans l’œil…

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[1] Sur le site de Causeur : Pierre Cormary, Il faut sauver la soldate Tuaillon, 7 mars 2024.

[2] Sur le site de Causeur : L’Affaire de Carcassonne et le mensonge antiraciste, 10 sept. 2026.

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LFI dit non à BFM et oui à l’abaya

Le mouvement mélenchoniste voit rouge.


Ses chefs annoncent avec fracas qu’aucun de ses membres ne se rendra aux invitations de la chaîne d’information continue BFMTV. Pour l’heure, la sanction ne porterait que sur une semaine. En effet, en période électorale, il convient de ne pas pousser la bouderie trop loin et de se priver trop longtemps de présence médiatique.

La décision aura été prise après que les censeurs politiques de ce mouvement au fonctionnement démocratique des plus étranges auront considéré que la ligne éditoriale de la chaîne en question se droitise. Présences facho-compatibles sur les plateaux, propos racistes et climatosceptiques tenus sans vergogne sur ces mêmes plateaux, voilà ce qui la motive, cette décision de boycott.

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Cela augure assez bien de ce que seraient les lignes éditoriales admises sur nos écrans en cas de victoire de Super Mélenchon à la prochaine élection présidentielle. Chaque propos, chaque article devra répondre à un cahier des charges idéologique dûment estampillé « Insoumis ». Des listes de mots à proscrire seront probablement diffusées et affichées à la porte des studios. D’autres listes, noires celles-ci, seront établies, déterminant qui peut être invité à s’exprimer et qui ne le pourra pas. Ainsi nous aurons l’heure Mélenchon les sept jours de la semaine en début de soirée, la demi-heure Panot le samedi matin, le quart d’heure Hassan le dimanche midi. Et pour commencer avec entrain la journée, nous aurons une heure de mise en forme — elle aussi idéologiquement millimétrée — avec l’excellent et vivifiant Bally Bagayoko, spécialement libéré de ses épuisantes obligations à la RATP. Ce programme vaut pour la première année de mandature, car dès la deuxième année, les purges habituelles qui animent ce genre de partis hautement démocratiques auront abouti à la diabolisation des premiers nommés, Mélenchon, Panot et quelques autres, au profit de leurs actuels seconds couteaux qui présentent, eux, l’insigne avantage d’être correctement racisés, et encore plus intensément islamisés, wokisés, etc. Ce sera, je vous le dis, notre âge d’or télévisuel…

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Quant à nos chères têtes blondes — expression dont l’emploi sera rigoureusement prohibé parce que jugé trop stigmatisant pour la France scolaire créolisée —, elles pourront montrer la vigueur de leur engagement et de leur soutien aux règles, principes et consignes de la nouvelle France en marche en venant en classe vêtues de l’abaya. Cela pour les filles, on l’aura compris, auxquelles il convient de montrer dès les bancs de l’école qu’on ne s’habille pas comme on veut, selon ses propres goûts, mais comme le dicte la sainte doctrine en vigueur. Là aussi, nous aurons atteint l’âge d’or de notre système éducatif. On a hâte.

Il n’empêche, le boycott annoncé de BFM devrait nous ouvrir les yeux sur ce qui nous attend. Le fascisme mélenchonien se met en branle et il nous l’annonce clairement. Oui, le fascisme, selon la très fameuse définition qu’en donnait Roland Barthes : « Le fascisme, ce n’est pas empêcher de dire, c’est obliger à dire. » C’est ce que s’emploient très exactement à mettre en œuvre le gourou suprême Mélenchon et sa clique chamarrée. Dicter le verbe, imposer la pensée. Castrer les intelligences. Demandez le programme…

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Prévoir, toujours en retard

Après le spectaculaire cambriolage du Louvre, le gouvernement a dévoilé fin juillet un plan de sûreté en 33 mesures. L’État reprend-il vraiment les choses en main ? Ou a-t-il, comme souvent, un coup de retard et formule-t-il des promesses sans budget ?


« À trente secondes près, les policiers auraient pu empêcher la fuite des voleurs ! » C’est ce que déclarait sans rire le directeur de l’inspection générale des Affaires culturelles, après le fric-frac du Louvre le 19 octobre 2025, et le vol des bijoux de la Couronne. À trente secondes près, c’est ballot. Or, ces secondes perdues sont devenues des minutes, puis des heures, des journées et des mois, sans que réapparaissent les bijoux de famille. Certes quatre personnes ont été arrêtées, des monte-en-l’air qui, redescendus sur terre, ont oublié le nom de leur commanditaire, s’ils l’ont connu un jour. C’est promis, plus jamais ça. Le 29 juillet, le ministère de la Culture a dévoilé un « Plan d’action de sûreté des établissements patrimoniaux et des lieux de conservation de biens culturels » en 33 mesures. La première donne le tempo : « Mettre à l’abri, dans des lieux adaptés […], les objets les plus vulnérables dans l’attente de la sécurisation de leur présentation » ! C’est ce qu’a fait le directeur du Louvre en 1939, avant l’arrivée des Allemands, en transférant les plus belles pièces du musée dans des cachettes en province.

A lire aussi: Irresponsables mais pas coupables

Le reste est un empilement de bonnes résolutions, d’autant plus gratuites que le plan n’est pas budgété, car suspendu à une loi qui sera votée un jour. Bref, ce plan est un trompe-l’œil pour amuser la galerie. Mais le tableau est le même partout. Quand la France brûle, le gouvernement découvre que le bois est combustible et annonce un plan pour développer des forêts plus résilientes, de quoi faire rire les vieux chênes. Quand on apprend que les hackers se promènent sur les sites de l’État comme des touristes sur les Champs-Élysées, on promet un plan pour lutter contre la cybercriminalité. C’est le modèle Macron, avoir toujours un coup de retard. Il a cependant tenu à être le premier à féliciter l’astronaute Sophie Adenot pour sa sortie dans l’espace. Si on mettait sur orbite les présidents sages après coup, Macron n’aurait pas fini de tourner.

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25 ans après, l’héritage du 11-Septembre

Islamisme. Il y a 25 ans jour pour jour, dix-neuf terroristes détournent quatre avions de ligne. Un peu après 8 heures (heure locale), un premier avion s’encastre sur l’une des tours jumelles du World Trade Center sur l’île de Manhattan, à New-York.


Le 11 septembre demeure l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire contemporaine. Hors les dix-neuf pirates de l’air, 2 977 personnes furent tuées. Au-delà du bilan, l’événement referma la parenthèse géopolitique ouverte par la chute du mur de Berlin en 1989. Douze années d’un monde dit unipolaire, dominé par les États-Unis, s’achevèrent dans la poussière de Manhattan.

L’Occident sous menace islamiste permanente

Les conséquences concrètes furent immédiates. Avant 2001, il était encore possible d’arriver à l’aéroport une demi‑heure avant un vol. Les contrôles restaient succincts. Dans les villes européennes, des blocs de béton apparurent devant les marchés et les rues commerçantes pour prévenir les attaques à la voiture‑bélier. La menace permanente d’un attentat devint un paramètre incontournable des politiques de sécurité. Le terrorisme islamiste, qui n’a plus jamais cessé, a profondément modifié nos vies quotidiennes, on l’oublie trop souvent.

Les États-Unis répondirent au 11 septembre par deux guerres. L’intervention en Afghanistan, déclenchée dès octobre 2001, dura vingt ans — l’une des plus longues de l’histoire contemporaine — et s’acheva par le retrait chaotique de 2021 et le retour au pouvoir des Talibans. La guerre d’Irak devait produire un effet domino, derrière le projet des néoconservateurs : exporter la démocratie libérale au Moyen‑Orient sous leadership américain, l’Allemagne et le Japon de l’après‑1945 servant de modèles. Ces apprentis‑sorciers négligeaient le poids de la culture. Le remodelage échoua. L’élection de Donald Trump, portée par le slogan America First, fut aussi une réplique à cet interventionnisme.

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Les États-Unis demeurèrent la première puissance mondiale, mais la Chine les concurrençait, la Russie se reconstruisait, l’Inde émergeait et l’islam politique imposait sa marque. Le monde devint et est resté multipolaire.

Deux lectures s’étaient affrontées dès les années 1990. En 1989, dans la revue The National Interest, puis en 1992 dans La Fin de l’histoire et le Dernier Homme, Francis Fukuyama soutint que la démocratie libérale et l’économie de marché constituaient l’aboutissement du processus historique: plus d’alternative idéologique crédible, une ère apaisée fondée sur le droit et le marché.

En 1996, dans Le Choc des civilisations, Samuel Huntington proposa la thèse inverse: les conflits à venir seraient civilisationnels, opposant de grands ensembles culturels — occidental, chinois, russe, indien, musulman. Après le 11 septembre, cette seconde grille s’imposa. Elle éclaire encore l’essentiel des affrontements contemporains: Ukraine et Russie, Israël et Palestiniens, Inde et Pakistan, guerres du Sahel…

Fin de l’Histoire : c’est fini

Fukuyama était passé à côté d’un phénomène décisif: le renouveau identitaire, et singulièrement le réveil de l’islam, avec son corollaire, le terrorisme au nom d’Allah. Ce mouvement ne naît pas en 2001. Ses racines sont plus profondes : les Frères musulmans sont fondés en 1928, Sayyid Qutb, l’un de leurs penseurs majeurs, est exécuté en 1966 sous Nasser. Mais il prend une ampleur nouvelle avec la révolution iranienne de 1979, dix ans avant la fin symbolique de la guerre froide. Une théocratie chiite s’installe à Téhéran et déclenche, dans le monde musulman, une compétition pour le titre de meilleur défenseur de l’islam, notamment entre l’Iran et l’Arabie saoudite, sur fond de rivalité sunnite‑chiite.

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Dans les années 1980, la majorité des jeunes femmes dans le monde musulman n’étaient pas voilées, certaines portaient des jupes. Quatre décennies plus tard, le voile, parfois intégral, s’est largement imposé y compris de plus en plus en Occident. Dans les années 1990, l’Algérie officiellement socialiste bascula dans la guerre civile après l’annulation des élections législatives de 1991, remportées par le Front islamique du salut, dix ans avant le 11 septembre.

Israël, frontière civilisationnelle de l’Occident

Fukuyama écrivait pourtant une décennie après l’arrivée de l’ayatollah Khomeini au pouvoir et en pleine guerre en Algérie. Il ne vit ni ce réveil ni cette radicalisation. Le 11 septembre en fut l’aboutissement, une forme d’apothéose, saluée par des manifestations de joie dans une partie du monde musulman. L’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 s’inscrit dans la même continuité : non seulement une agression contre Israël et les juifs, mais une frappe contre la civilisation occidentale.

Le 11 septembre eut une autre postérité, moins spectaculaire et tout aussi durable: l’édification d’un appareil sécuritaire inédit. Dès octobre 2001, le Patriot Act autorisa une surveillance électronique sans précédent, y compris des citoyens américains. La NSA, jusque‑là agence relativement obscure, devint tentaculaire au point d’espionner des dirigeants alliés, dont Angela Merkel. Au niveau fédéral, les États-Unis comptent désormais dix‑huit agences de renseignement. Ces dispositifs ont contribué à contenir le terrorisme, mais ils ont aussi entamé les libertés.

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La logique s’étendit ensuite à la vie civile. Avec l’apparition des réseaux sociaux, les données personnelles circulèrent, furent stockées et analysées hors de tout contrôle réel des individus. Le concept même de vie privée changea de nature. S’ouvrit enfin une ère inédite de désinformation d’État. Certes, les gouvernements ont toujours menti, mais les moyens dont ils disposent n’ont plus rien de comparable. Conséquence directe du 11 septembre, la seconde guerre d’Irak fut justifiée – et largement relayée par les médias – par la nécessité de détruire des armes de destruction massive … qui n’existaient pas.

Photo aérienne du site du World Trade Center à New York, le 23 septembre 2001. DR.

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« Champion, mon frère… »

Ensauvagement. Quand ce n’est pas pour une victoire du PSG, notre jeunesse des quartiers s’enflamme au moindre contrôle policier jugé suspect. Une violente nuit d’émeutes a éclaté ainsi lundi soir à Chambéry et Cognin (73) après le décès d’un jeune conducteur, retrouvé grièvement blessé par balle à l’issue d’un contôle routier. Toutefois, l’autopsie et l’enquête disculperaient les policiers, le parquet privilégiant désormais la thèse d’un tir accidentel ou auto-infligé avec une arme retrouvée dans le véhicule. Suite au déploiement d’importants renforts de police, le calme est finalement revenu dans les rues de la ville.


Chambéry, il y a quelques nuits : ce n’était ni une finale de football, ni une manifestation politique, ni même l’un de ces grands embrasements auxquels la France semble s’être peu à peu accoutumée, mais un simple contrôle routier, presque rien, l’un de ces incidents minuscules dont une société encore unie aurait attendu que la police et la justice établissent les circonstances. Et pourtant, quelques heures plus tard, la nuit avait changé de visage. Des voitures brûlaient, un centre social était dévoré par les flammes, des groupes couraient dans les rues, et les habitants, réveillés par les alarmes, les cris et la lumière des incendies, regardaient leur quartier devenir pour quelques heures un territoire livré à une violence qui semblait n’avoir attendu qu’un prétexte pour surgir.

Rumeur et vengeance collective

Car c’est peut-être cela qui devrait désormais nous inquiéter davantage que l’événement lui-même : cette facilité de l’embrasement, cette disponibilité de la violence, cette manière qu’a une partie de notre société de passer presque instantanément du fait divers à l’émeute, de la colère à l’incendie, du soupçon à la vengeance collective. Il suffit d’une rumeur, d’une interpellation, d’un refus d’obtempérer, parfois d’un match, parfois d’une manifestation, et voici que réapparaissent les mêmes silhouettes dans la fumée, les mêmes visages dissimulés, les mêmes mortiers tirés vers ceux qui portent l’uniforme, les mêmes voitures incendiées qui appartiennent pourtant, presque toujours, à des gens qui n’ont rien à voir avec ce qui vient de se produire.

Chambéry n’est d’ailleurs qu’un nom parmi d’autres, car l’été avait déjà montré combien ce langage de la violence s’était installé dans le paysage français : au cours des seules nuits entourant le 14 juillet, des centaines de communes avaient connu des violences urbaines, des centaines de véhicules avaient brûlé, des incendies avaient été allumés sur la voie publique et les forces de l’ordre avaient été visées par plus d’un millier de tirs ou usages détournés d’artifices. Ce qui autrefois aurait été perçu comme une rupture extraordinaire de l’ordre commun semble désormais entrer dans le calendrier ordinaire de la République, comme si nous avions fini par admettre que certaines nuits doivent nécessairement avoir leurs voitures brûlées, leurs policiers attaqués, leurs vitrines brisées et leurs quartiers transformés en champs clos où l’État ne revient qu’avec ses casques, ses boucliers et ses véhicules blindés.

Et derrière ces incendies matériels, il y en a un autre, moins visible et peut-être plus redoutable : celui des appartenances qui se séparent, des mémoires qui deviennent ennemies, des colères importées qui viennent se greffer sur les colères françaises, des drapeaux étrangers qui surgissent dans nos manifestations comme les signes d’autres guerres désormais transportées au cœur de nos villes. Le drapeau palestinien, en particulier, n’est plus seulement pour certains le symbole d’une solidarité avec un peuple dont ils disent défendre les droits ; il devient parfois l’emblème sous lequel se rassemblent des passions beaucoup plus vastes, où la dénonciation d’Israël se mêle à la détestation de l’Occident, où l’antisionisme peut servir de passage à l’antisémitisme et où le conflit du Proche-Orient fournit à des frustrations nées ici la langue, les images et les ennemis dont elles avaient besoin.

Lente maturation

Mais les violences collectives ne surgissent jamais d’un ciel clair. Elles sont comme ces orages d’été qu’on sent monter longtemps à l’avance : dans l’épaisseur de l’air, dans le silence des bêtes, dans la lourdeur du ciel. Elles murissent lentement, dans l’amertume, dans les frustrations rentrées, dans les replis communautaires où fermente la haine. Elles germent au cœur des sociétés fracturées, rongées par le soupçon, par le mépris, par l’usure de l’idéal commun. Et alors, il suffit d’un souffle, d’une étincelle, pour que tout s’embrase.

Sarajevo, Beyrouth : jadis vitrines idéalisées d’un vivre-ensemble bigarré, désormais noms gravés sur les pierres tombales de l’histoire. Le mythe romantique d’une coexistence heureuse entre juifs et musulmans au Moyen-Orient oublie les humiliations codifiées, les discriminations patiemment infligées, le statut précaire des minorités : tolérées, mais à genoux, protégées, mais vulnérables, comme des oiseaux sous cloche. Ce n’était pas l’égalité, c’était l’attente du choc.

Comme ailleurs. Comme toujours.

Hutus et Tutsis partagèrent les mêmes terres, les mêmes semailles, les mêmes veillées, jusqu’à ce que la politique vienne, comme une faux, séparer les têtes des corps, raviver les différences, transformer les visages aimés en ennemis. La paix sans justice n’est qu’un vernis — et sous ce vernis, la fracture, le précipice, le gouffre qui attend.

Ivresse de la haine

Quand l’économie chancelle, quand les élites se délitent, quand la langue commune se défait, on se cherche des racines, un socle, une appartenance. Mais si ce besoin n’est pas élevé par l’éducation, la culture, la beauté, il se replie, il s’aigrit, il se racornit. Alors on se rabat sur des identités closes, sur des drapeaux rêches, sur des mythes rances. On fabrique des coupables, on simplifie l’inextricable. L’autre devient le bouc émissaire : le juif, l’israélien, le riche, le laïque, l’occidental. Peu importe : ce qui compte, c’est l’ivresse de la haine, ce vin noir qu’on boit à la coupe, jusqu’à en perdre raison.

Et qu’on ne s’y trompe pas : les révoltes populaires, souvent, enfantent des monstres. Elles accouchent de nouveaux maîtres, plus cruels que les anciens. Derrière le cri pour la liberté se cache souvent la soif d’un gourou, d’un chef, d’un dogme. Les printemps arabes ont fleuri dans l’espérance et ont fané dans l’obscurantisme. L’Europe sait trop bien que la colère des peuples peut enfanter le fascisme, ce visage défiguré de la nation.

Ces révolutions ne réveillent pas : elles engourdissent. Elles rejettent l’autorité pour mieux se jeter dans les bras d’un pouvoir plus dur, plus total. Elles crient à l’émancipation et réclament une idéologie qui pense à leur place. Ce n’est pas un pas en avant, c’est un pas en arrière, une régression vers l’indistinct, vers la masse, vers l’obéissance aveugle. On ne conquiert pas la liberté en l’offrant à un prophète de haine.

La haine, fille de l’humiliation, devient poison quand elle se fige en système. Dans ce monde désorienté, la pensée complotiste est une berceuse douce-amère, qui apaise les angoisses par des récits simplistes. Elle désigne des coupables, elle dispense de la responsabilité, elle tisse autour des esprits un brouillard où tout devient possible, où la violence se pare des atours de la légitimité.

Frapper un pompier, blesser des policiers, incendier une voiture, traquer des enseignants: voilà le visage moderne de la barbarie. Ce ne sont pas des actes de bravoure, ce sont des actes de lâcheté. Ce n’est pas une révolte, c’est un suicide civilisationnel. Et que certains politiciens, au nom d’un antiracisme dévoyé, excusent, glorifient, justifient ces violences, c’est une trahison. Une trahison des valeurs universelles, de la liberté, de la justice, de l’égalité réelle.

Pendant ce temps, la culture populaire s’extasie devant des mondes où la violence règne sans partage. Game of Thrones, les jeux vidéo, miroirs de notre époque, les films d’horreur fascinent parce qu’ils racontent un univers où la force prime, où la loi du plus cruel l’emporte, où la pitié est morte, où la vérité s’efface sous le poids du fer et du sang.

Nous sommes à l’instant du basculement. Ce que nous vivons n’est pas un simple accès de violence, c’est une menace directe, une fracture vive, une déchirure ouverte sur ce que l’humanité a mis des siècles à construire : la raison, la liberté, la dignité. Le fanatisme avance parce que nous reculons. Il se nourrit de nos silences, de nos renoncements, de notre peur d’affirmer que certaines valeurs valent plus que d’autres.

La barbarie ne revient pas en haillons. En survêtement et en cagoule, elle revient aussi en costume, en tribune, en réseau, en chaire. Elle infiltre nos écoles, nos médias, nos institutions. Et pendant qu’elle avance, ceux qui devraient la combattre l’analysent, la justifient, la normalisent. Qu’ils profitent bien de leurs éditoriaux lénifiants, de leurs dîners en ville, de leurs postures progressistes : ils seront, eux aussi, balayés. La bête ne fait pas de distinction. Elle dévore tout. Même ses complices.

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September 10, 2026

JOAJ: le Saint-Siège invite les jeunes ouest-africains à être une force transformatrice

À l’occasion des Journées Ouest-Africaines de la Jeunesse (JOAJ) à Accra, organisées par la CERAO en collaboration avec le dicastère pour le Service du développement humain intégral, le cardinal Michael Czerny, préfet sortant du dicastère, et Sœur Alessandra Smerilli, FMA, nouvelle préfète, ont adressé un message vidéo aux jeunes participants. Ils les ont encouragés à faire de leur engagement un chemin de développement humain intégral, au service de la dignité, de la paix et de l’espérance.

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11 septembre 2001: un appel à ne jamais oublier les victimes

À l’occasion du 25e anniversaire de l’attentat du 11 septembre, le directeur adjoint des médias du Vatican s’est entretenu avec Daniel Nigro, commandant des pompiers de New York à l’époque de l’attaque terroriste.

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Les Papes et le 11 septembre: la lumière du Christ dans les heures sombres de l’histoire

Les réflexions des pontifes sur les attentats d’il y a 25 ans et leurs appels répétés à la paix et à la réconciliation. Car même face à une horreur indicible, le mal et la mort n’ont pas le dernier mot.

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La conscience, il y a des maisons pour ça!

Célébrer l’avortement comme un accomplissement est une dérive, s’alarme Elisabeth Lévy dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


Le gouvernement veut « réévaluer » le cadre légal de l’IVG. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une info dénichée par La Croix dans la « troisième feuille de route de la stratégie nationale santé sexuelle 2026-2030 » publiée lundi[1]. Le gouvernement y annonce qu’il va saisir ou plutôt ressaisir le Comité consultatif national d’Ethique (CCNE) puis légiférer en 2027-28. Deux objectifs : allonger le délai légal de recours à l’avortement (fixé à 14 semaines depuis la loi Gaillot de 2022) et abroger la clause de conscience spécifique.

En retard !

Un mot d’abord concernant les délais: comme la Grande Bretagne va jusqu’à 24 semaines (six mois, tout de même), la France est forcément en retard. Les militants finiront un jour par demander qu’on puisse ramener les enfants au magasin un mois après leur naissance. Pardon d’ironiser sur un sujet grave.

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Abordons à présent cette affaire de la clause de conscience. Le code de santé publique comprend une clause de conscience générale autorisant les personnels de santé à refuser de pratiquer un acte contraire à leurs convictions (tous les personnels soignants, pas seulement les médecins, et tous les actes). La loi Veil, considérant que l’IVG n’est pas un acte médical comme un autre, a ajouté une clause les autorisant explicitement à refuser de pratiquer l’IVG. Le CCNE a recommandé son maintien en 2020, en soulignant que, contrairement à la clause générale, la clause spécifique impose de trouver une alternative à la patiente. Si un médecin refuse de pratiquer l’IVG, il doit indiquer à sa patiente où elle peut le faire. Donc, la législation en place est protectrice pour les médecins et pour les femmes.

Les militants veulent faire de l’IVG un acte anodin

Peut-être mais l’accès à l’IVG est difficile. En êtes-vous sûr ? En 2024, on a dénombré 663000 naissances en France et 251000 IVG. Ce nombre est constant, ce qui signifie que ce n’est pas toujours un recours ultime mais un quasi-moyen de contraception (d’autant que 80% des IVG sont réalisées par voie médicamenteuse). Rappelons aux jeunes qu’il existe de nombreux moyens de faire l’amour sans procréer. L’IVG est l’un d’eux, peut-être pas le plus simple ni le plus joyeux.

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Pourtant, les féministes et les nigauds progressistes veulent absolument que l’avortement soit archi-banal. Ils ne défendent pas le droit à l’avortement, ils le célèbrent comme si c’était un accomplissement merveilleux. Toute réserve, tout rappel des souffrances qu’il occasionne est réactionnaire. La clause de conscience est, selon la députée Albane Gaillot, « le symbole d’une médecine qui tente de contrôler le corps des femmes ». Obliger les médecins à pratiquer un acte qu’ils jugent attentatoire à la vie, ça ce n’est pas grave.  Que vaut la liberté de conscience à côté d’une lubie militante ?

Reste que toute cette discussion est un peu théorique. Un gouvernement infichu aujourd’hui de faire voter un budget prétend légiférer sur l’IVG le jour où il ne sera plus en fonction… Tout ça est une diversion ou, comme le dit le président, du « bullshit ».


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth dans la matinale du lundi au jeudi.


[1] https://www.la-croix.com/societe/avortement-delais-d-acces-et-clause-de-conscience-le-gouvernement-veut-reevaluer-le-cadre-legal-20260908

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Le Saint-Siège à l'ONU: la fragilité n'efface pas la dignité des personnes âgées

Le dialogue, la compréhension et l’accompagnement sont nécessaires pour que les personnes âgées restent «des membres actifs de la société, capables à la fois de recevoir et d’apporter leur contribution», a déclaré l'observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies et des autres organisations internationales, Mgr Ettore Balestrero, à l’occasion de la 63e session ordinaire du Conseil des droits de l’homme à Genève.

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Affaire Guillaume Pley: l’animateur de Legend est-il la cible d’une vengeance des milieux d’affaires?

Le présentateur de la chaîne YouTube aux 3,7 millions d’abonnés a fait les frais de plusieurs enquêtes menées par de grands médias comme Le Monde ou Les Inrocks. Coïncidence troublante, les propriétaires de ces journaux sont les mêmes hommes d’affaires qui avaient, en vain, tenté de racheter Legend quelques mois auparavant, pour une somme que Guillaume Pley aurait lui-même jugée « ridicule ».


YouTube, ton univers impitoyable. Quand on pèse, comme la chaîne Legend, 3,7 millions d’abonnés, 8 millions d’écoutes mensuelles et plus de 6 milliards de vues annuelles — et que le tout réalise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et un résultat net de 3,82 millions en 2025 —, il faut s’attendre, comme les protagonistes de la série Dallas, à aiguiser les appétits. Mais aussi à recevoir des coups, y compris sous la ceinture.

Tout cela, Guillaume Pley, le fondateur et présentateur star de Legend, le sait bien. Et dans le cas contraire, il l’a appris à ses dépens, lui dont l’été a été plus que chahuté par un certain nombre de polémiques dont l’animateur se serait sans doute bien passé. Presque coup sur coup en effet, plusieurs médias que, a priori, rien ne relie entre eux ont dégainé des enquêtes dévastatrices pour l’image — et par conséquent, les activités et l’influence — de Guillaume Pley.

Tirs groupés

Les Inrocks, Le Monde, Society, bientôt rejoints par certaines chaînes YouTube comme celle de l’influenceur TPZ : à quelques jours d’intervalle seulement, tous ces médias ont publié (ou annoncé leur intention de publier) des formats à charge contre l’animateur de Legend. Les uns ont pointé un « système Pley » prétendument à l’œuvre au sein de l’actuelle société du présentateur, qui fait travailler une quarantaine de salariés, tandis que les autres ont dénoncé ses pratiques supposées quand l’ex-animateur de radio amusait la galerie sur l’antenne de NRJ.

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L’impact de ces tirs groupés, qui plus est de la part de médias aussi prestigieux, fut à la hauteur de l’influence exponentielle de celui que certains (et parfois les mêmes, dans le cas du quotidien vespéral) n’hésitaient pas jusqu’alors à présenter comme un potentiel arbitre de la future élection présidentielle. Accusé de racisme, de comportements déplacés avec de jeunes filles ou encore de pratiques managériales flirtant avec le harcèlement, Guillaume Pley est passé, du jour au lendemain, de l’Olympe au pilori médiatique. Comme le disait Jean-François Kahn : « D’abord, on lèche, ensuite, on lâche et enfin, on lynche. »

Cette chute estivale n’a rien d’une première dans le paysage médiatique français. À l’ère post-MeToo, la chute brutale d’idoles masculines est presque devenue un feuilleton. Et la justice, si elle est un jour saisie (démarche que seul Guillaume Pley a, pour l’heure, menée en portant plainte pour diffamation), tranchera — éventuellement — les allégations à l’encontre de l’animateur. S’il est à ce stade impossible de démêler le vrai du faux, il est en revanche possible de s’interroger sur la curieuse concordance des attaques visant le fondateur de Legend.

Quand Mediawan se prend une veste… légendaire

Et c’est ici qu’il faut revenir à l’analogie avec la série Dallas. Certes, Guillaume Pley n’est pas J.R. Ewing et Legend n’extrait pas de pétrole du sous-sol texan, mais comme l’antihéros du soap opera, le présentateur pèse — en argent, on l’a vu —, et ce qui vaut sans doute encore plus cher en ces temps préélectoraux, en influence. Vu sous un angle plus contemporain, Legend est une start-up hyperrentable qui a grossi vite, très vite, et qui vaut cher, très cher. Et comme toute start-up qui se respecte, Legend a rapidement attiré la convoitise de plus gros qu’elle.

Approché par ce beau monde, Guillaume Pley n’en est pas moins tombé de sa chaise quand Mediawan lui a proposé de racheter 51 % de Legend pour… deux tout petits millions d’euros. Une offre que l’intéressé et ses coactionnaires ont, toujours d’après Le Point, jugée « ridicule ». À raison, si l’on en croit les 17 millions d’euros que le fonds d’investissement FG Bros a, quelques mois plus tard, allongés pour s’arroger 25 % (seulement) du capital de la société Legend Metamedia. Pour résumer : conscient de sa propre valeur, Pley a décliné une première offre manifestement sous-évaluée et a fini par faire une bonne affaire. Business as usual.

Et pas n’importe qui. Au cours de l’hiver dernier, nous apprend Le Point dans un article daté du 27 août, Mediawan aurait proposé de racheter son bébé à Guillaume Pley. Fondé en 2015 par Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre-Antoine Capton, le groupe pèse aujourd’hui 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires, produit des émissions comme C à vous, des séries à succès comme Dix pour cent, et est l’actionnaire majoritaire de Plan B Entertainment, la société de production de Brad Pitt, excusez du peu. Du lourd, du très lourd.

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De bien étranges coïncidences

L’affaire aurait pu en rester là, mais Le Monde, Les Inrocks et Society en ont décidé autrement. S’en est suivi l’été houleux que l’on sait et bien malin qui saurait ce que l’avenir réserve, en cette rentrée, à Guillaume Pley. À moins que, comme le relève Le Point, qui donne la parole à un cadre anonyme de Legend : « Les Inrocks appartiennent à Matthieu Pigasse, Pierre-Antoine Capton est actionnaire de So Press, qui édite Society, Xavier Niel est actionnaire du Monde. »

En d’autres termes, les trois médias installés qui ont, à quelques jours ou semaines d’intervalle, sorti (ou prévu de sortir) des papiers à charge contre Legend et Guillaume Pley, appartiennent ou ont des liens capitalistiques avec les trois personnalités qui ont échoué, il y a quelques mois de cela, à prendre le contrôle de Legend. « Si ça n’est pas une opération de représailles, ça y ressemble quand même un peu, non ? », fait mine de s’interroger la même source anonyme dans les colonnes du Point. Et si des coïncidences ne valent ni preuve ni condamnation, elles interrogent à tout le moins.

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Les recommandations de Léon XIV aux nouveaux évêques

Léon XIV a reçu 147 nouveaux évêques du monde entier, à l’issue de leurs journées de formation à Rome. Une «expérience unique de fraternité» selon le Pape, où les nouveaux évêques ont pu «partager leurs espoirs et leurs rêves pour les Églises que le Seigneur confie à leurs soins de pasteurs». Soulignant qu’ «aucun évêque ne marche seul» Léon XIV leur a fait quelques recommandations.

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Le Pape a reçu des prêtres ukrainiens et représentants du monde arabe

Lors de l’audience générale du mercredi 9 septembre étaient présents quelques prêtres et laïcs ukrainiens de l’Église grecque-catholique, actuellement à Rome pour participer à un forum se déroulant du 8 au 10 septembre. Sur la place Saint-Pierre se trouvaient également les membres de la plateforme «Dialogue interreligieux pour la paix, promouvant la coexistence pacifique et la citoyenneté commune», qui regroupent les responsables des communautés chrétiennes et musulmanes de la région.

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