Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

December 06, 2025

«La musique élève l’âme de la terre au ciel», estime le Pape

Le Pape augustin a participé à la sixième édition du Concert avec les pauvres, en présence de 3 000 personnes pauvres, en salle Paul VI, samedi 6 décembre. L’évêque de Rome s’est exprimé à la fin du répertoire, assurant que la musique est un don divin accessible à tous.

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Le cardinal Parolin au Mozambique pour célébrer 30 ans de relations diplomatiques

Le Secrétaire d'État du Saint-Siège se rend au Mozambique du 5 au 10 décembre. Au programme: rencontre avec le président Chapo et d'autres autorités civiles, messe pour la troisième Journée nationale de la jeunesse, visite aux pauvres et aux personnes déplacées.

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Satisfaction du Saint-Siège pour la reconnaissance civile de Mgr Weizhu

«Une nouvelle étape importante dans le cheminement communautaire de la circonscription ecclésiastique»: c’est ainsi que le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège a commenté la reconnaissance civile par les autorités de la République populaire de Chine de l’évêque émérite de XinXiang, Mgr Weizhu.

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Léon XIV aux diplomates: le Saint-Siège ne restera pas silencieux face aux injustices

La paix est un don actif, engageant, qui se construit dans le cœur et à partir du cœur. Devant plusieurs ambassadeurs qui débutent leur mission près le Saint-Siège, Léon XIV s’est exprimé sur les nouveaux impératifs diplomatiques contemporains. Dans un monde où les tensions et la fragmentation géopolitique s’aggravent selon lui, les plus pauvres ne doivent pas être oubliés.

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Les (très bonnes) affaires chinoises de M. de Villepin

La cellule investigation de Radio France s’est livrée à une enquête de plusieurs mois sur les activités chinoises de l’ex-Premier ministre d’un des gouvernements Chirac. Les journalistes Élodie Guéguen et Géraldine Hallot étaient à la manœuvre. Le résultat de leur travail est des plus intéressants. Si l’on voulait résumer hâtivement – et je l’avoue ironiquement – nous dirions que la grandiloquence, le verbe emphatique et abondant se vendent plutôt bien dans les hautes strates de l’Empire du Milieu. Un autre ex-Premier ministre de la chiraquie avait en quelque sorte ouvert le bal, Jean-Pierre Raffarin, lui aussi grand faiseur de phrases. Pour l’un comme pour l’autre, l’avalanche verbale passée, il n’est pas rare qu’on se trouve devant davantage de vide que de sens profond. Du moins quand on se donne la peine de chercher à démêler ce qui a été déversé. Un peu comme pour le Trissotin de Molière, s’agissant de M. de Villepin on « cherche ce qu’il dit après qu’il a parlé. » Il se peut après tout que la grande subtilité que l’on prête au peuple chinois lui permette de pénétrer une finesse, une intensité conceptuelle qui, malencontreusement, se refuseraient à nous.

À l’instar de M. Raffarin, M. de Villepin, ayant sans doute considéré qu’il avait hissé la France au plus haut de ce qu’elle pouvait espérer en matière de prospérité intérieure, d’influence internationale, de puissance en tous domaines, et qu’elle ne lui offrirait donc plus le moindre chantier à sa mesure, conclut tout naturellement qu’il ne lui restait plus qu’à aller dispenser les bienfaits de son immense talent – que dis-je, talent, alors que le mot génie s’impose – ailleurs de par le monde.

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La Chine, donc, aura eu l’insigne bonheur de l’accueillir. Enfin un empire à sa dimension ! La Chine, mais aussi d’autres contrées de ce monde, nous rappelle l’enquête Radio France. L’Arabie Saoudite, le Qatar, à ce qu’il semble, et, paraît-il, en son temps, la Russie de M. Poutine. On notera le haut niveau d’exigence morale qui préside à de tels choix, orientés exclusivement vers des pays au système démocratique des plus avancés. On ne peut que s’en réjouir.

En Chine, nous apprennent donc les investigatrices, M de Villepin fait tout naturellement ce qu’il sait faire de mieux, il parle. Il donne des conférences. Parfois aussi, étant grand amateur d’art contemporain, il officie dans ce domaine, livre ses conseils éclairés. Avec son fils, il a ouvert d’ailleurs une vaste galerie d’art, très en vogue, à Hong-Kong. Propriété du fils, tient-il à préciser.

Nous apprenons aussi dans cette enquête que c’est le général Christian Quénot, ancien chef d’état-major de François Mitterrand qui l’aurait mis sur la piste de Pékin. Bien lui en a pris. Car là-bas, la parole est d’or : 94 000 euros versées à M. de Villepin pour deux conférences, l’une à Zhengzhou, une autre quelques jours après à Chengdu dans le Sichuan. Les journalistes de France Inter en ont dénombré pas moins de cinquante du même ordre. Bien sûr tous frais payés, voyage en first classe et tapis rouge à l’arrivée.

En outre, parmi d’autres occupations, notre ex-Premier ministre y assure là-bas la présidence de l’ITMA, une instance paragouvernementale en charge du tourisme de montagne. Toujours le goût des sommets, voyez-vous. Une autre de ses multiples compétences jusqu’alors trop ignorées de nous autres pauvres Français.

Bref, notre homme est, on le voit, particulièrement bien en cours chez l’empereur Xi Jinping. Il faut reconnaître qu’il sait y faire. Ne l’a-t-on pas photographié avec, sur les genoux, un magnifique Panda de 43 kilos ? L’image a fait le tour du pays et elle a de surcroît beaucoup plu aux autorités, car comme le dit sans fard le général Quénot lui-même : « Si vous n’êtes pas bien avec le pouvoir central, vous ne faites pas d’affaires en Chine. »

Bien sûr, les premiers intéressés – Villepin, Raffarin – jurent leurs grands dieux qu’il ne s’agit en aucune façon pour eux de cautionner le régime communiste, ni de participer à une entreprise visant à légitimer tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ce système dictatorial. Pensez donc ! Mais qui peut croire que le pouvoir post-maoïste, qui a la main sur tout, de la conquête spatiale aux compétitions de ping-pong et de majong, se donnerait la peine de cajoler à ce point d’ex-Premiers ministres de démocraties occidentales s’il n’en attendait rien d’autre que les délices éclatantes de leur talent oratoire ou leurs avis éclairés sur le noir Soulages ? Oui, qui?

À l’en croire, ce serait donc en toute innocence, en toute « indépendance » (sic) que Villepin se fait l’enthousiaste VRP de ce vaste projet à fort relent impérialiste qu’est la « nouvelle route de la Soie », en réalité le grignotage à marche et emprunts forcés de territoires, de sites parfois stratégiques, tel port grec par exemple. Ou lorsqu’il s’enflamme à une tribune choisie, clamant « China is back », la Chine est de retour, et pour de bon ! On ne savait pas qu’elle avait disparu. Probablement, M. de Villepin, dont la modestie n’est pas le plus fulgurant des mérites, considère-t-il qu’avant sa venue elle sommeillait, déclinait, dépérissait. D’où le vrai sens, selon lui, de sa croisade, car il tient à le dire la main sur le cœur, il agit là-bas le plus souvent bénévolement. Ce qu’il gagne chez l’ami chinois c’est peanuts, ou presque. Quelque chose comme 8 à 10% du chiffre d’affaires de sa société Villepin International. Une broutille, une aumône, de l’argent de poche.

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D’ailleurs, au cas où certains d’entre nous se prendraient à rêver, il nous délivre ce précieux conseil : « Si vous voulez faire fortune, ce n’est pas en Chine qu’il faut aller. »

Ce serait donc ailleurs que notre homme serait allé chercher de quoi faire, notamment, de son vaste domicile parisien un véritable musée d’art contemporain, aux dires de ceux qui ont eu l’occasion d’en franchir les portes. Ailleurs, mais où ? À quand une nouvelle enquête du genre de celle-ci ? Ce pourrait-être également très instructif.

Comme l’est, instructif, le sens diplomatique très affiné dont l’intéressé fait preuve dans ses déclarations. On l’a maintes fois entendu condamner, avec toute la pompeuse véhémence dont il est capable, le sort fait aux Mahométans de Gaza. Mais étrangement, on ne l’a jamais entendu pleurer sur celui réservé aux musulmans Ouïghours. Il doit y avoir une explication. Toute simple. On aimerait l’entendre…

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Soutenir les chrétiens pour qu’ils restent au Liban

Du nord au sud du pays, la petite équipe d’Aide à l’Église en détresse se démène pour développer des projets visant à assurer la présence et le retour des chrétiens au pays du Cèdre. Pastorale et éducation sont les deux principaux axes autour desquelles la fondation pontificale articule son action.

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Léon XIV: continuons d’être des «témoins de l’espérance» après le jubilé

Pour sa première audience jubilaire du temps de l’Avent, le Pape a invité les fidèles à rechercher activement les signes de la venue du Christ, dans les réalités de la vie. Une mission qu’il confie particulièrement aux laïcs.

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Le Pape se souvient des martyrs de Chimbote, «pasteurs de communion»

Dix ans après la béatification de deux franciscains polonais, Michal Tomaszek et Zbigniew Strzalkowski, et du prêtre italien Alessandro Dordi, missionnaires au Pérou assassinés en 1991 en haine de la foi, Léon XIV adresse un message à la communauté ecclésiale du pays. Il encourage le clergé «à envisager généreusement la possibilité de s'offrir en don de soi» et demande aux évêques de «soutenir le zèle» des jeunes prêtres et «des paroisses les plus nécessiteuses».

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Sainte-Barbe 2025 : homélie

Crédit photo : Gouvernement Princier – Direction de la Communication / Stéphane Danna
Une nuit pour une vie entière

Antonio Muñoz Molina est considéré comme l’un des plus grands écrivains de langue espagnole. Son œuvre romanesque a reçu de nombreux prix et, chez nous, il a obtenu le prix Médicis étranger en 2020 pour Un promeneur solitaire dans la foule. Cette année, est publié dans une splendide traduction Je ne te verrai pas mourir ; titre emprunté à un vers de Idéa Vilarino : « Plus jamais je ne te toucherai. Je ne te verrai pas mourir. »


Le départ pour le nouveau monde

« Je suis une invention docile de mon père » dit Gabriel Aristu, personnage principal du roman. Et c’est donc docilement qu’il obéira à l’injonction de s’exiler aux États-Unis où il gravira les échelons et déambulera dans les étages élevés des banques internationales et des avocats d’affaires. La souffrance d’un père durant la guerre civile et les sacrifices endurés après celle-ci se conjugueront pour faire quitter l’Espagne à un jeune homme qui aurait préféré demeurer auprès d’Adriana Zuber et jouer du violoncelle. On saura très peu de choses de sa vie américaine ; sa femme possède une voix aiguë et enjouée qui semble résumer à elle toute seule la cordialité toujours un peu exagérée des autochtones; sa voix dit l’Amérique et cela suffit. Quant à ses deux enfants, on sait qu’ils sont deux… Le seul moment vraiment décrit sera celui de l’arrivée et du dépaysement pour qui change radicalement de dimension. Ce sera du reste également l’expérience du troisième personnage ; un jeune étudiant, exilé tout comme lui dans le nouveau monde, mais d’au moins une génération plus tard. « Les espaces intérieurs que me fit traverser le professeur Bersett avant d’atteindre le parking me parurent magnifiques. Sa voiture était un 4×4 aux proportions excessives. Je vis pour la première fois, dans un sursaut, une ceinture de sécurité qui s’ajustait automatiquement. Les rétroviseurs extérieurs étaient plus grands qu’en Espagne. L’autoroute sur laquelle nous débouchâmes avait une amplitude amazonienne. Des deux côtés s’élevaient des forêts de hauts arbres hivernaux que le coucher du soleil plongeait dans une ombre grisâtre, plus épaisse sur la ligne d’horizon composée de collines. Quand la nuit tomba, les voies s’éclairèrent et l’obscurité des bois devint impénétrable. Tel était l’impact du changement d’échelle pour un Européen du Sud, le côté démesuré, expansif, exorbitant de l’Amérique. »

J’ai tant rêvé de toi

Et c’est ce troisième personnage qui, en prononçant un nom, fera retraverser l’Atlantique à un monsieur de cinquante ans plus vieux désormais, pour revoir celle qu’il a portée en lui durant tout ce temps ; celle qui fut l’évidence dans sa vie, au point de passer celle-ci à rêver d’elle, au point de faire appel intérieurement à elle pour élucider ses pensées et ses choix. Plus que muse, elle aura été,  à distance et sans le savoir, son éclaireuse, car « en s’éloignant d’Adriana Zuber, il s’était éloigné de lui-même et de ce qu’il avait de meilleur en lui. (…) Il avait aboli la vie qu’il aurait dû mener, son identité qui ne se cristallisait qu’à son contact, grâce à son influence passionnée et lucide. » Le roman raconte de manière prodigieuse la vie onirique de Gabriel Aristu ; vie qui devient sa vie véritable et qu’il voudra à toute force lui faire savoir lorsqu’il la retrouvera, et qui lui fera dire d’abord : « Si je suis ici, si je te vois, si je te parle, c’est que je dois rêver. » Effectivement, comment faire la différence quand la substance onirique rencontre soudain le réel ? Mais la femme qui aujourd’hui se trouve face à lui et dont les cheveux ne sont plus roux mais blancs, incarne un principe de réalité qui tombe un peu comme un couperet et qui interroge quant à l’amour qu’on croit éprouver pour autrui :« Tu ne m’aimais pas comme tu le pensais, ou tu n’étais pas amoureux de la femme que j’étais, non. Tu étais amoureux de ton amour pour moi. » Adriana lui rappelle également qu’ils n’ont pas passé une nuit ensemble comme lui ne cesse de le croire, mais tout juste cinq heures entre le début de l’après-midi et le coucher du soleil, car il avait peur de décevoir ses parents en ne rentrant pas dîner avec eux avant son départ…

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Mais au-delà de cette différence d’appréciation, il y eut pour elle comme pour lui un miracle madrilène qui fut l’accomplissement de mois et peut-être d’années où leurs personnes auront accordé leurs goûts, leurs émois, leurs pensées au point que leurs corps auront trouvé immédiatement une harmonie et un bonheur tel qu’il s’inscrira pour toujours dans la mémoire d’un jeune homme indécis. Ces quelques heures puissamment érotiques sont décrites dans une prose d’une subtilité bouleversante, et ces quelques heures qu’il appellera pour toujours « la nuit » feront que rien, de son cœur, de sa chair et de sa mémoire ne semblera avoir été affecté par un demi-siècle d’existence hors d’Espagne même s’il ne se sent pas pour autant chez lui à Madrid lorsqu’il y remet les pieds. Il aura tangué quelque part sur l’océan et n’aura amarré qu’à la nuit venue.

Le dernier geste

Si le point de vue de cet homme et son parcours sont ici privilégiés, Adriana, à la fois inexistante dans sa vie réelle et omniprésente dans le roman, n’est pas pour autant invisible. Nous ne cessons de voir avec Gabriel ses yeux perçants, sa chevelure rousse, sa bouche ironique. En revanche, sa «  réalité rugueuse à étreindre[1] » ; celle de toute une vie, échappe à celui qui la retrouve au soir de sa vie. Adriana, elle, ne rêve pas, et n’a pas eu le dépaysement de celui qui part pour subvenir à la perte. Et c’est avec un réalisme poignant qu’elle fera une demande très concrète à l’homme autrefois tant aimé. C’est avec détermination qu’elle attendra de lui un geste qui appartient au domaine tangible de la vie. La question, bien sûr, sera de savoir si l’homme qui se sera nourri de rêves pour ne pas seulement errer en s’adaptant au monde ambiant, y consentira…

L’écriture d’Antonio Munos Molina est impressionnante, notamment dans les presque soixante premières pages qui sont une longue, très longue phrase telle une mélopée, que l’écrivain renouvelle à chaque chapitre, le précédent se concluant par une virgule, à l’image des amants qui, pendant cinq heures selon Adriana, une nuit selon Gabriel, n’auront cessé de remonter à la surface pour mieux replonger dans l’unisson de leur corps à corps, et à l’image du retour sporadique et pourtant sans fin de la femme aimée dans la nuit d’un homme.

Je ne te verrai pas mourir d’Antonio Munos Molina, Éditions du seuil, 2025 240 pages

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[1] Rimbaud, Une saison en enfer

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Trafic de drogue: faut-il punir les consommateurs?

Pourquoi ce qui a été fait pour la sécurité routière, l’alcool et le tabac ne l’est-il pas pour la consommation de drogue ? À défaut d’une grande politique de santé publique, on ne nous sert que de la com’.


Il est des instants médiatiques qui résument la situation dans laquelle on est. En quelques mots, tout apparaît. Les éléments de langage s’écroulent et avec eux quelques hypocrisies. « Il y a deux moments où l’homme est respectable : son enfance et son agonie » (Henry de Montherlant). Le reste n’est que jeu ou mensonge.

Alors que ça rafale à Marseille, que de jeunes vies sont la chair à canon du narcobanditisme, l’animateur cathodique a trouvé la solution : « Les consommateurs, on va les chercher, et on les met en prison. » Autour de la table personne ne moufte. Alors Élisabeth Lévy pose la question: pourquoi un tel niveau de consommation de drogues et de psychotropes dans une partie de la jeunesse française ? Elle a raison. Il faut parler d’une crise de l’imaginaire collectif, de l’absence d’un lien pour nous unir. Je ne peux plus dire « pour faire société ». Il s’agit d’une dimension qui va bien au-delà.

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Il s’agirait donc de construire des places de prison ? Mais combien au juste ? Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), le cannabis est la substance la plus consommée parmi les 11-75 ans. Plus de 20 millions de personnes l’ont déjà expérimenté (29,9 % des jeunes de 17 ans), 1,4 million en consomment régulièrement (au moins dix fois au cours du mois), et 900 000 en consomment quotidiennement. En 2023, près de 15 % des adultes ont essayé cocaïne, ecstasy/MDMA, champignons hallucinogènes, LSD, amphétamines, héroïne, crack. Ce taux s’élevait à 9,1 % en 2014. La cocaïne est le deuxième produit illicite le plus consommé avec 1,1 million d’usagers de 11 à 75 ans. Face à un tel tsunami, qui peut dire aujourd’hui que son entourage est épargné ? Un enfant, un frère, un ami ? Devront-ils eux aussi partir illico pour Sing Sing ?

Pourquoi ce qui a été fait pour la sécurité routière, l’alcool et le tabac n’est pas réalisé pour la consommation de drogue ? Pas de campagne de prévention et d’information. Pas de grande politique de santé publique. La communication politique sur le sujet sature les bandes passantes, mais personne n’est dupe. La guerre ne peut être gagnée qu’à la condition de vouloir vraiment la mener.

En Italie, dans sa lutte contre la mafia, le juge Falcone avait très clairement indiqué ce qui était essentiel à ses yeux : s’attaquer aux réseaux financiers. Remonter les filières de financement et de blanchiment. Tout le reste est secondaire. Cette dimension n’est presque jamais abordée dans nos débats. Pourquoi ? Parlons du réel ! En l’occurrence, de la réalité du capitalisme contemporain dont l’économie de la drogue est l’une des composantes. Dans nos échanges avec des pays « amis », avons-nous un discours de fermeté vis-à-vis du Maroc, du Qatar ?

On vous voit ! On vous voit faire comme si de rien n’était. Comme si une pensée hétérodoxe, une complexité dérangeante étaient assimilées à une dérobade pour ne pas mettre en prison le consommateur de joints « qui a du sang sur les mains ». Sur cette question comme sur beaucoup d’autres il y a urgence à élever le niveau du débat politique et médiatique. Sommes-nous encore en capacité de retrouver l’art français de la discussion ? De l’altérité ? Du projet commun par-delà nos indispensables désaccords ? Et enfin d’agir ?

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Sollers, l’hymne à la vie

Sollers nous revient sous les traits d’un maestro. Il connaissait la musique, celle des classiques révérés – Bach, Haydn, Mozart – mais aussi celle des mots, les siens, précis, bondissants, harmonieux, sans oublier celle de nombreux autres, « les voyageurs du temps », morts plus vivants que les vivants. Sollers a joué sa partition en virtuose de la vie. Il a tenu en respect les dévots, les femmes fatales, les fonctionnaires du culturel, les universitaires sentencieux, les spectres de la Société du Spectacle, les programmés du système, les peine-à-jouir de l’édition, il a mené une guerre totale, celle du goût, loin de la légion des fausses valeurs. Il a résisté au désenchantement institutionnel, indiquant sans relâche le Sud et les chemins de traverse. Il est entré en clandestinité dès l’adolescence et n’a plus quitté ce jardin protecteur, l’île de Ré. Ré, la note et le territoire. Il a offert en pâture son double médiatique, avec bagues, fume-cigarette, coiffure de moine, Bloody Mary à la Closerie, ondoyant, charmeur, colérique, insaisissable, oxymorique, balayant d’un revers de main vénitien les parasites, imposant sa foulée rapide, signant ses prestations d’un rire bataillien. Il a chanté, dansé, composé sous la pluie noire du nihilisme. Il a fini par quitter la scène le 5 mai 2023. Son esprit, influencé par les Lumières – Rémi Soulié le souligne dans sa préface – manque cruellement. Il nous reste son œuvre, colossale et encyclopédique. Mais il paraît qu’elle n’intéresse plus guère. C’est la période du purgatoire. Soyons optimistes quant à la décision finale. Sollers n’a jamais agi contre Dieu.

Stimulant

Maestro Sollers, donc. C’est un jeune homme plein de fougue et de talent qui l’écrit. Il se nomme Yannick Gomez, il signe un essai inspiré : Sollers, le musicien de la vie. Le garçon est pianiste, compositeur, titulaire d’un doctorat en interprétation – piano – de l’université de Montréal. Il a déjà publié D’un musicien l’autre, de Céline à Beethoven. Il arpente en fin connaisseur l’œuvre de Sollers, son essai le prouve. L’angle choisi est impeccable. Sollers a toujours mis en avant la musique classique dans ses romans, essais, articles. Il écrivait en écoutant notamment Bach – le cinquième évangéliste. Il a passé le premier confinement avec Haydn et sa complice Josyane Savigneau – les 104 symphonies de Haydn y sont passées, nous apprend Gomez. La musique, c’était son moteur contre le bruit entretenu par la société. L’auteur de cet essai le prouve en remontant le fleuve Sollers. Il a lu tous ses livres, crayon de papier à la main, à commencer par son premier roman, Une curieuse solitude, même si ce n’est pas la source de l’œuvre de l’écrivain né à Bordeaux, en 1936. Sa démonstration est sans faille. Ses courts chapitres nous stimulent.

Sollers était un corps en mouvement. Et c’était un corps musical, puisque la musique est elle-même un corps. Les femmes qui circulent dans son œuvre sont du reste souvent musiciennes. Elles méritent un arrêt sur image, ce que fait Gomez. Peu importe de savoir si elles ont existé ou sont purement fictives, chez Sollers la réalité et la fiction se mélangent jusqu’au tournis. L’écrivain paradait au bras de musiciennes célèbres. Stéphane Barsacq a révélé récemment qu’il l’avait mis en relation avec Cécilia Bartoli. Il s’est promené avec lui et Hélène Grimaud dans les jardins de Gallimard. Sollers, d’habitude timide, n’espérait qu’une chose : que tous les écrivains présents ce jour-là le vissent avec la célèbre pianiste.

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L’oreille était l’organe essentiel pour Sollers. Lui qui avait souffert enfant d’otites à répétition, avait l’oreille sûre. Un jour, dans son minuscule bureau de la « banque centrale », entendez Gallimard, il m’avait lu, à haute voix, l’incipit de trois ou quatre manuscrits reçus la veille. « Vous entendez, Louvrier, comme c’est mauvais. Pas mélodique. Pas de rythme. Pas de style. Ça ne peut donc pas penser. La pensée, c’est d’abord mélodique et rythmé. Poubelle. » Dans L’éclaircie, Sollers, que cite Gomez, déclare : « Je conviens qu’il faut une oreille spéciale pour les entendre (les bons écrivains). Le Diable, lui, est une rock-star qui fait un boucan d’enfer. »

La musique – les fleurs également – ont contribué à affermir la pensée de Sollers. Elle lui a permis d’éviter les innombrables pièges tendus par les institutions officielles. La leçon principale de l’auteur de Femmes est d’avoir su préserver sa liberté, ce qui permet à son œuvre d’éclairer a giorno la beauté. Pour paraphraser Kundera, on pourrait dire que la partition musicale de la vie de Sollers a permis de dénoncer le kitch totalitaire qui recouvre la « merde de ce monde ».

Sans fausse note

Le portrait de Sollers, que propose Gomez, tient les promesses de l’introduction. Il est sans fausse note, fouillé, précis, documenté. Le chapitre consacré à la solitude de Sollers est pertinent. Pour l’avoir fréquenté, je peux dire qu’il savait la préserver derrière les murs de la maison du Martray ou ceux de son studio parisien. Ne parlons même pas de Venise, où la solitude se conjuguait à deux, sans jamais troubler la guerre qui se jouait sur la page blanche. Ses fameuses IRM – identités rapprochées multiples – étaient un dôme de fer efficace. Gomez : « Tout porte à croire que vivre musicalement ses romans en cours, donc sa vie, propulse l’auteur se réclamant de ce mode de vie, de pensée, dans une curieuse solitude, royaume merveilleux des Atlantes noyés et oubliés. » Une « curieuse solitude », oui, et un « défi » clairement annoncé dès 1957 dans son premier texte que plus personne, à tort, ne lit. Tout y est, net, sans pathos, loin des pleurnicheries romantiques mortifères.

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Yannick Gomez a tenté une intrusion dans la boite noire sollersienne. Mais comme à l’intérieur d’un sous-marin nucléaire, les cloisons sont étanches. Le mystère demeure. Cet écrivain majeur a donc de beaux jours devant lui. Les mouettes le protègent, et l’acacia se porte à merveille.

Nous sommes vers le 20 août, quand l’été bascule. Je rends visite à Sollers dans sa propriété du Martray. Conversation sur la plage. Il évoque ses 20 ans, ses premiers écrits. Je le revois comme si c’était hier. Il a le teint hâlé, il porte un pantalon beige tirebouchonné, une chemise de lin bleu, le vent se lève soudain. Nous nous quittons, son regard se cache derrière ses lunettes noires d’agent secret. Je traverse le pont, direction La Rochelle. Sa voix demeure en moi. Les mots, les syllabes détachées, les brefs silences qui ponctuent sa réflexion. Sur la gauche, les petites falaises de la côte, c’est marée basse. Je crois reconnaître le décor naturel des dernières pages du Défi. La plage, le suicide de la jeune femme, Claire, le calcaire qui boit le sang de son visage. Le narrateur, à ce moment précis, joue avec le sérieux. C’est l’acte fondateur de sa vie d’homme libre, et d’exilé.

Yannick Gomez, Sollers, le musicien de la vie, préface de Rémi Soulié, Éditions Nouvelle Marge. 144 pages

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December 05, 2025

Message du Pape pour les 100 ans de l'université catholique Fu Jen de Taïwan

Léon XIV souligne la valeur de l'enseignement supérieur inspiré par l'Évangile dans un message adressé au recteur de l'université taïwnaise Francis Yi-Chen Lan. L'effort conjoint de l'intelligence et de la foi permet aux hommes d'atteindre la pleine mesure de leur humanité, estime le Saint-Père.

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Ordination en Chine de l'évêque de la préfecture apostolique de Xinxiang

L’évêque avait été nommé en août dernier par Léon XIV à la tête de la préfecture apostolique de Xinxiang, après que sa candidature eut été approuvée dans le cadre de l'accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine.

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Au Rwanda, le jubilé de l’évangélisation s'achève ce samedi

Après deux années de célébration, le jubilé de l’évangélisation du Rwanda prend fin samedi 6 décembre avec une messe solennelle au stade Amahoro de Kigali. Cette messe conclusive verra la participation de délégations d’évêques en provenance des pays limitrophes. Le père Vedaste Kayisabe, secrétaire général de la conférence épiscopale du Rwanda, estime que «c'est une occasion pour prier ensemble pour l’avènement de paix de Dieu dans la région des Grands lacs».

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Mozambique: des journées nationales de la jeunesse à Maputo

Sous la devise «L’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs», les 3e journées nationales de la jeunesse du Mozambique ont débuté mercredi 3 décembre à Maputo, un événement qui rassemble plus de 2 000 participants.

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Le chef du gouvernement croate reçu par le Pape

Le Pape Léon XIV a reçu en audience Andrej Plenković, vendredi 5 décembre. Le président du gouvernement de Croatie avait rencontré la veille le cardinal Pietro Parolin à la Secrétairerie d'État. Outre la collaboration entre les deux États, le conflit en Ukraine a été au centre des discussions avec le Secrétaire d’État du Saint-Siège.

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Léon XIV: la musique est un don précieux de Dieu à l'humanité

24 heures avant la tenue du «Concert avec les pauvres» en salle Paul VI, le Pape a reçu vendredi 5 décembre, les promoteurs et artistes de cet événement. «Chantez et jouez avec art et, surtout, avec le cœur», leur a déclaré Léon XIV. «La musique peut vraiment représenter une forme d'amour qui conduit à Dieu», et la beauté, a-t-il insisté, est «un don de Dieu à tous les êtres humains, unis par la même dignité et appelés à la fraternité».

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Le Pape encourage les cardiologues à servir avec compassion et humanité

Recevant en audience ce vendredi une délégation du «Paris Course on Revascularization», principal congrès annuel mondial dédié à la cardiologie interventionnelle, le Pape a émis le vœu que cette organisation demeure un phare d’espérance, entre l’excellence scientifique et le service de l’humanité, permettant à tous un accès véritable aux soins de santé.

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Le Pape Léon XIV a rencontré l'acteur italien Roberto Benigni au Vatican

Le Souverain pontife a assisté à l'avant-première des extraits du nouveau monologue de l'acteur toscan oscarisé, intitulé «Pietro, un uomo nel vento» (Pierre, un homme dans le vent) qui sera diffusé sur la télévision publique italienne Rai1, le 10 décembre. Le Pape et le comédien ont parlé non seulement du premier vicaire du Christ, mais aussi de cinéma, de Dante et de saint Augustin.

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Bénin: le pèlerinage de Dompago, un chemin d’espérance et de communion

Du 6 au 7 décembre, les fidèles du diocèse de Djougou, au nord du Bénin, convergeront vers le Sanctuaire marial Notre-Dame de Dompago pour le pèlerinage diocésain annuel. À la veille de ce grand rendez-vous spirituel, Mgr Bernard de Clairvaux Toha en dévoile le sens profond, les priorités pastorales du diocèse et la riche expérience du dialogue interreligieux.

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Le Pape s'inquiète des effets de l’IA sur la liberté et la spiritualité des jeunes

Léon XIV a reçu en audience les participants à la conférence “Intelligence artificielle et soin de la Maison commune”, vendredi 5 décembre, au Palais apostolique. Dans son discours, le Pape a exhorté à accroître la confiance dans le discernement humain pour déterminer l'évolution des technologies, insistant sur la nécessité de préserver la recherche de la vérité, la vie spirituelle et fraternelle, et les rêves.

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« Io sono Giorgia » ! Le système Meloni

Giorgia Meloni est à la tête du gouvernement italien depuis trois ans. Ses succès ne reposent pas uniquement sur les lois votées ni les réformes engagées mais sur une stratégie européenne de longue haleine qui lui confère aujourd’hui prestige et sympathie sur la scène internationale.


En 1997, vous avez vibré pour le « blairisme », ce coup de neuf progressiste dont la social-démocratie européenne avait tant besoin ? En 2007, vous vous êtes emballé pour le « sarkozysme », ce grand retour de la volonté en politique ? En 2017, vous avez admiré le « macronisme », ce syncrétisme socialo-libéral si efficace et dynamique, censé dépasser les clivages traditionnels ? Alors c’est certain, vous adorerez le « melonisme », ce néopopulisme célébré ces derniers temps dans la presse internationale comme le mariage réussi entre convictions identitaires et rigueur budgétaire. Cependant, si vous ne croyez pas au père Noël, un bilan d’étape plus circonstancié de la politique de Giorgia Meloni depuis qu’elle a pris la tête du gouvernement italien s’impose. On verra aussi que la conquête du pouvoir a été préparée par une mue politique mûrement réfléchie.

Longévité rare

Arrivée en octobre 2022 au palais Chigi (le Matignon italien), Meloni peut se vanter d’une longévité rare à ce poste, mais surtout d’avoir maîtrisé les déficits, obtenu une forte désinflation et fait baisser le chômage. Seulement la Première ministre n’a pas eu recours à un traitement de choc à la Javier Milei pour obtenir ces résultats. On veut la recette de sa potion magique.

Retour en 2022. Dès qu’elle rentre en fonction, Meloni referme l’ère du « quoi qu’il en coûte », qui avait été ouverte par la pandémie de Covid, puis prolongée par l’envolée des prix de l’énergie suite à l’invasion de l’Ukraine. Conséquence, le déficit public, supérieur à 8 % du PIB en 2022, est ramené sous la barre des 4 % en 2024. Mieux, cette baisse de la dépense publique n’a pas asphyxié l’activité, car la présidente du Conseil s’est arrangée pour faire octroyer à l’Italie une portion non négligeable (environ 200 milliards d’euros) du plan de relance européen. En d’autres termes, comme l’a souligné Marine Le Pen dans notre numéro de novembre, nos voisins transalpins font désormais financer une partie de leurs dépenses publiques par Bruxelles. Cependant, comme on le verra, l’UE, comme le Ciel, aide ceux qui s’aident eux-mêmes. Meloni a beaucoup travaillé pour obtenir ce cadeau.

Vient alors le trophée de Meloni : l’emploi. Le taux de chômage, qui stagnait depuis une décennie autour de 9 à 10 %, s’établit désormais à environ 7 % et pourrait continuer de baisser. Ce succès, accompagné d’une belle reprise de l’investissement (680 milliards d’euros estimés en 2025), s’explique par un net recul de l’inflation (0,9 % aujourd’hui contre 8 % en 2022, ce qui a permis de sauvegarder la demande intérieure), doublé d’un excédent commercial en hausse (40 milliards d’euros cette année), reflet des performances de l’industrie italienne sur les marchés européens et asiatiques.

Parmi les autres mesures économiques décidées par Meloni, signalons la réforme du revenu de citoyenneté (l’équivalent de notre RSA), la réduction des subventions pour la rénovation énergétique des bâtiments et la flexibilisation du marché du travail. Mais aussi une baisse de l’impôt sur le revenu pour la tranche comprise entre 28 000 et 50 000 euros annuels (passée de 35 % à 33 %) et un allégement de l’impôt sur les sociétés. Enfin, quelques privatisations partielles comme celles d’ITA Airways (la compagnie aérienne nationale), de la banque Monte dei Paschi di Siena (la plus ancienne banque au monde) et du pétrolier ENI (le premier groupe du pays) ont rapporté autour de 4 milliards d’euros.

Pas vraiment une rupture historique

Cependant l’Italie n’est pas sortie de l’auberge. La croissance reste faible (+ 0,7 % en 2024), la productivité du travail demeure atone, la bureaucratie administrative continue de peser sur les entreprises, les inégalités régionales se creusent et le vieillissement de la population érode le marché du travail. Enfin, avec une dette publique proche de 135 % du PIB, l’Italie reste le deuxième pays le plus endetté de l’UE (derrière la Grèce et juste devant la France). Bref, l’essentiel du redressement économique de la péninsule provient davantage de circonstances favorables, dont Meloni a certes su tirer le plus grand profit, que de réformes structurelles durables, dont le pays aurait pourtant bien besoin. Et si Rome inspire aujourd’hui davantage de confiance aux institutions européennes et aux marchés financiers, les jeunes actifs italiens se montrent plus réservés puisque 156 000 d’entre eux ont émigré en 2024, tandis que le nombre de naissances a atteint un niveau historiquement bas, avec 370 000 naissances par an et un taux de fécondité de 1,18 enfant par femme.

Autre point crucial : la politique migratoire, pilier de la campagne électorale de Meloni en 2022 et thème majeur pour ses alliés berlusconistes et salvinistes. Depuis que la droite est aux affaires, des résultats authentiquement positifs et concrets ont été enregistrés en matière de réduction des flux. Pourtant, le protocole pour l’établissement de centres d’accueil externalisés en Albanie, conçus pour traiter les cas de 36 000 migrants par an, a été bloqué par la justice. Parallèlement, afin de ne pas nuire aux entreprises, le gouvernement a octroyé 450 000 permis de travail pour la période 2023-2025, et 500 000 sont prévus pour 2026-2028. Bref, s’il y a moins d’entrées illégales, c’est très largement parce qu’il y a plus de permis de séjour.

En réalité, le crédit politique dont bénéficie la Première ministre, et d’où découle son enviable marge de manœuvre, tient pour une grande part à des mesures situées hors des champs économique et migratoire. Une réforme résolument « pro-forces de l’ordre » est notamment en cours, pour accélérer les procédures judiciaires, renforcer les pouvoirs de la police, garantir les peines de perpétuité réelle et interdire les rave parties. En matière bioéthique, une loi anti-GPA a été adoptée en octobre 2024, avec des peines allant jusqu’à deux ans de prison et un million d’euros d’amende pour les contrevenants. Enfin, un projet de « IIIᵉ République » visant à instaurer l’élection directe du Premier ministre au suffrage universel pour un mandat de cinq ans est en débat.

Cette politique, qui ne manque pas de bons sens et de résultats tangibles, ne suffit pas à parler de rupture historique en Italie. Ce ne sont pas des mesures concrètes qui ont permis à Giorgia Meloni de devenir la préférée de Trump, la coqueluche de The Economist et un modèle de réussite pour la droite. Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter quelques années en arrière et, plutôt que de regarder vers Rome, se tourner vers Strasbourg et Bruxelles.

Il y a cinq ans, Giorgia Meloni a opéré un virage. Tout en continuant de revendiquer ses origines modestes, d’assumer son passé d’extrême droite, de clamer sa sensibilité anti-élitiste et de tendre la main à la Russie, elle a rompu avec l’euroscepticisme auquel elle devait pourtant son ascension politique. Comparée à Mario Draghi, fils de banquier, lui-même ex-banquier chez Goldman Sachs et ancien gouverneur de la Banque centrale européenne, la quadragénaire n’est pas obligée de prouver ni son attachement à la souveraineté nationale, ni son appartenance au peuple. Pour caricaturer, si elle était française, on pourrait dire qu’elle sent bon le gilet jaune à côté de son prédécesseur qui fait terriblement penser à Macron.

Fitto: la main sur le robinet de lait

Désormais, son objectif est de faire de l’Italie une voix audible à Bruxelles, plutôt que de suivre son allié Matteo Salvini, un temps le patron de la droite italienne, qui se maintient dans la dissidence antisystème. Dès 2021, elle se fait remarquer en refusant de rejoindre le projet de groupe populiste, les Patriots for Europe (P4E), porté au Parlement de Strasbourg non seulement par Salvini, mais aussi par Viktor Orban et Marine Le Pen. Avec son bras droit Raffaele Fitto, elle maintient son parti, les Frères d’Italie (FdI), au sein du groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE) qui, contrairement aux P4E, accepte de dialoguer avec les députés de droite classique du Parti populaire européen (PPE). Une manœuvre appréciée dans les rangs de celui-ci.

Cette stratégie est aussi appliquée à l’intérieur de l’Italie. Lorsqu’en février 2021, Draghi forme un gouvernement d’unité nationale, Meloni choisit de rester en dehors de la coalition pour incarner une opposition patriotique sans pour autant rompre avec les circuits institutionnels. Ainsi, tout en critiquant les orientations générales de « Super Mario », elle vote en faveur de ses projets de lois liés à la sécurité, à la gestion sanitaire et au plan de relance européen, se positionnant dès lors comme l’opposition responsable, figure de proue d’une droite responsable.

C’est ainsi que lorsque Meloni arrive au pouvoir l’année suivante, Ursula von der Leyen sait déjà qu’on peut lui faire confiance. À ses yeux, avoir une interlocutrice raisonnable au cœur du camp populiste européen est même inespéré. La Première ministre italienne comprend vite le bénéfice qu’elle peut en tirer pour son pays. Ce bénéfice porte un nom : « Next Generation EU ». C’est le vaste plan de relance mis en place par l’Union à partir de 2020.

Alors que durant le gouvernement Draghi, le volet italien de Next Generation EU était géré dans une logique de neutralité destinée à rassurer Bruxelles, Meloni confie le dossier directement au seul Raffaele Fitto, ancien député européen, fin connaisseur des arcanes de l’UE et homme de confiance. Désormais ministre des Affaires européennes, il s’applique à le transformer en un instrument au service de sa politique. Reconnaissante de cet engagement résolument européen qui fragilise considérablement le camp souverainiste à Strasbourg, von der Leyen fait en sorte que Fitto ne soit pas dérangé par la machine bruxelloise.

Bari, 24 juin 2020 : Giorgia Meloni aux côtés de Raffaele Fitto, candidat de droite à la présidence de la région des Pouilles. PA/SIPA

Dans le prolongement de ce revirement pro-UE, Meloni s’aligne aussi sur les États-Unis en affichant un soutien ferme à l’Ukraine et à l’OTAN, et en se retirant du projet chinois de « Nouvelles Routes de la soie ». Bien avant les embrassades avec Donald Trump, elle sait rassurer la Maison-Blanche de Joe Biden.

En juin 2024, la victoire du PPE de von der Leyen aux élections européennes renforce encore la position de l’Italienne. Fitto quitte le gouvernement italien pour rejoindre la Commission en tant que vice-président exécutif et commissaire à la cohésion et aux réformes, un poste en surplomb, qui permet d’intervenir sur une part importante du budget européen. Le chat a désormais la main directement sur le robinet de lait.

C’est ainsi qu’un cycle vertueux économique a pu se déclencher à toute vitesse en Italie, avec à la clé la stabilisation de la dette, la confiance renouvelée des marchés, la décision des agences de notation de relever la perspective du pays et enfin la baisse des taux, et donc du coût du service de la dette. Chaque acteur dans cet écosystème aurait pu se dire « attendons un peu, une hirondelle ne fait pas le printemps ». Seulement, grâce à un travail politique de longue haleine en amont, la Première ministre, qui a su se faire des amis puissants à Bruxelles, Strasbourg, Londres et New York, est accueillie avec le tapis rouge à tous les étages.

Pour comprendre la méthode Meloni et ses indéniables succès, il ne faut donc pas chercher du côté des lois votées ni des réformes engagées. Sa réussite est d’abord celle d’une stratégie européenne et internationale entreprise en profondeur et rendue possible par une solide personnalité. Son parcours, son style et ses prises de position lui ont conféré une côte de sympathie considérable auprès des électeurs de droite et permis de s’imposer face à ses deux alliés, Forza Italia, l’ancien parti de Berlusconi, et la Lega de Salvini. Meloni en a profité pour fixer comme priorité absolue le maintien de bonnes relations avec les bailleurs de fonds mondiaux. S’il fallait, pour cela, modérer la critique de l’UE et soutenir l’Ukraine, qu’il en fût ainsi. Ses accomplissements économiques, son prestige sur la scène internationale et ses mesures conservatrices adoptées sur le plan sociétal lui ont permis de naviguer habilement et de se construire un espace politique unique. L’art d’avancer, comme elle aime à le répéter, con i piedi per terra, « avec les pieds sur terre ».

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Des «Nuits de Noël» à Taybeh pour revenir aux racines de la joie chrétienne

La petite ville palestinienne à majorité chrétienne, régulièrement secouée par la violence des colons israéliens, se prépare à la naissance de Jésus avec des initiatives spirituelles, sociales et culturelles. «La foi naît du cœur des blessures et porte des fruits de paix et d'espérance malgré la dureté des circonstances», affirme le curé latin de Taybeh dans un entretien accordé aux médias du Vatican.

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Première prédication de l'Avent: un temps d'attente confiante vers le Salut

«La parousie du Seigneur. Une attente sans hésitation» est le thème de la première des trois méditations vers Noël, qui s'est tenue ce vendredi 5 décembre en salle Paul VI. En présence du Pape, le prédicateur de la Maison pontificale a expliqué combien «prendre conscience d'une paix qui manque» ou «de l'efficacité qui domine la vie» ne suffit pas «à convertir le cœur». Il faut la grâce de Dieu qui libère du péché et de la mort.

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L'Evangile, bonne nouvelle pour 2026 !
Chrétiens, une minorité, pas une médiocrité ! Des personnes au chômage ou en galère, des familles monoparentales et des jeunes en difficulté scolaire ou tiraillés entre leurs parents divorcés… Des amoureux qui s’aiment et des familles unies, des gamins...
Parlez-vous le Goldnadel?

Compagnon de route de Causeur, le président d’Avocats sans frontières a du fond mais aussi de la forme. Dans son nouvel essai, où il attaque la gauche dévoyée par le racialisme et l’islamisme, il multiplie les formules spirituelles et les fulgurances comiques. Petit florilège des plus fameuses.


C’est peut-être une déformation professionnelle. L’habitude, depuis plus de quarante ans qu’il est inscrit au barreau de Paris, de plaider dans des affaires délicates et d’intervenir dans des dossiers explosifs. Gilles-William Goldnadel manie le verbe comme un torero sa cape rouge. Ses délicieuses comparaisons animalières – « le président chauve-souris », « les journalistes perroquets » – et ses expressions de conteur de fables sont devenues comme une marque de fabrique, en particulier pour ceux de ses amis qui se plaisent à l’imiter : si vous entendez quelqu’un dire « où que je porte mon regard… » ou encore « Mon imagination est impuissante à décrire… », ne cherchez pas, c’est Goldnadel.

Le président d’Avocats sans frontières a su imposer son style unique, d’abord sur les plateaux des « Grandes Gueules » (RMC) d’Alain Marschall et Olivier Truchot, puis de « Salut les Terriens » (Canal +) de Thierry Ardisson, avant de devenir un habitué de « L’Heure des pros » (CNews) de Pascal Praud, où il est à l’évidence l’un des chroniqueurs les plus aimés du public, non seulement parce que, comme il aime à le dire, il incarne à la fois le « juif de combat » et la « droite sauciflard » (bien qu’il soit végétarien) mais aussi, et peut-être surtout, parce qu’il est un athlète du trait d’esprit.

Dans son nouvel essai, impeccable plaidoirie contre le politiquement correct et l’antisémitisme contemporain, il truffe presque chaque page de ces calembours assassins qui ont fait sa réputation et qui rendent sa prose d’autant plus redoutable. Pour aider le public novice à bien entrer dans cet ouvrage salutaire (et par ailleurs fort sérieux et documenté), nous avons dressé un petit dictionnaire de traduction des jeux de mots favoris de notre camarade chroniqueur, dont nous recommandons chaudement la lecture.

Autorités d’occultation : Petit nom donné par l’essayiste aux pouvoirs publics français, en raison de leur tendance coutumière à cacher les réalités dérangeantes. Dernier exemple en date, sur la plaque officielle de commémoration des attentats du 13 novembre 2015, qui vient d’être inaugurée en face de la mairie de Paris, aucune référence n’est mentionnée quant à l’appartenance islamiste des terroristes impliqués dans cette abomination.

Fâcheuse sphère : Le président d’Avocats sans frontières fait partie des voix, taxées par certains de populisme, qui se réjouissent de l’émergence des réseaux sociaux dans le débat public. Selon lui, Facebook et X ont permis de briser la plupart des grands tabous imposés par la presse autorisée. D’où son refus d’employer le mot insultant de « fachosphère » pour désigner les internautes dont les publications hostiles à l’immigration incontrôlée et l’islam politique provoquent des haut-le-coeur à Saint-Germain-des-Prés.

Ministère de la dépense : Attention, faux-ami. Goldnadel ne vise pas à travers ce calembour le budget des Armées (qui augmente certes d’année en année), mais notre dispendieuse politique sociale, dont il fustige la « conception paresseuse de l’assistanat, de l’argent magique et de l’absentéisme ainsi que la détestation des riches ».

Odieux visuel de service public : Formule devenue récurrente sous la plume de notre ami lorsqu’il évoque les médias audiovisuels d’État. Pour Goldnadel, cet ensemble de 13 000 employés, sept chaînes de TV et sept stations de radio est un monstre administratif et idéologique au gigantisme injustifié dans une démocratie libérale digne de ce nom.

Privilège rouge : Ripostant à la thèse woke selon laquelle l’Occident vivrait sous le règne du « privilège blanc », l’auteur des Martyrocrates (2004) objecte que, sous nos latitudes, c’est bien plutôt quand on se revendique de gauche que l’on obtient les plus grands avantages. Ainsi, lorsque le 28 octobre, l’antifa Raphaël Arnault a fait un tweet menaçant en réponse à Éric Zemmour (« Suprémacistes religieux ou nationalistes, on va tous vous dézinguer »), le peu de réactions dans la classe politique n’a eu d’égal que le scandale national auquel on aurait eu droit si, à l’inverse, le président de Reconquête ! avait osé adresser un message de cet acabit au député insoumis.

Rance Inter : Nom donné par Goldnadel à la radio publique généraliste, dont il s’inflige tous les matins l’écoute attentive afin d’en déconstruire le récit quotidien. Parmi ses cibles favorites : la nouvelle préposée à la revue de presse Nora Hamadi qui, comme le remarque l’essayiste, « adore citer Blast, L’Huma et Street Press », et beaucoup moins Le Figaro, CNews et Causeur.

Thomas Lepetit et Patrick Coco : On aura reconnu derrière ces affectueux surnoms les deux pieds nickelés de France Inter, Thomas Legrand et Patrick Cohen, surpris il y a quelques mois dans un bistrot parisien en train d’assurer à des huiles du PS que, pour la municipale à Paris, ils « font ce qu’il faut » en s’employant avec zèle à nuire à Rachida Dati dans leurs éditos.

Vol au-dessus d’un nid de cocus, Gilles-William Goldnadel, Fayard, 2025.

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Syrie année 1: du despotisme baasiste au salafisme d’État

La Syrie est passée d’une dictature étouffante à un régime islamiste structuré bénéficiant de la relative bienveillance des Occidentaux. Aucun progrès réel n’a été constaté sur le plan économique pour l’instant, et les minorités religieuses vivent encore dans la peur


Oniriquement, les Syriens et bien d’autres au Moyen-Orient, notamment au Liban, ont accueilli l’aube du 8 décembre 2024. Après cinquante-quatre ans, la dictature des Assad s’effondrait. Mais le rêve s’est vite dissipé, laissant place à une amère réalité : « Le roi est mort, vive le roi ».

Abou Mohammed al-Joulani passe chez le barbier…

Pendant des semaines, le monde a découvert la barbarie du régime des Assad, notamment dans la prison de Saidnaya. Assad a quitté le pays en pleine nuit à bord d’un seul avion, laissant derrière lui des hommes totalement désemparés. Par la suite, faire justice soi-même a été toléré pendant un temps : nul ne sait pourquoi, ni dans quel cadre. Les personnes visées étaient des Assadistes ou supposées l’être. Dans ce climat, un phénomène de volte-face, appelé « takoui », est apparu: toute personne jugée pro-Assad devait faire publiquement acte de revirement. Même si peu regrettaient réellement Assad, chacun devait se plier à une forme de Canossa, en public et devant les caméras.

Abou Mohammed al-Joulani (Ahmed Hussein al-Charaa) prend la parole à la mosquée des Omeyyades à Damas, Syrie, 8 décembre 2024 © AP Photo/Omar Albam/Sipa

Pendant ce temps, Abou Mohammed al-Joulani raccourcit sa barbe, adopte une tenue occidentalisée, cravate et costume, et reprend son nom de naissance, Ahmed al-Charaa. Le 29 janvier 2025, il réunit les dirigeants des groupes djihadistes alliés à son organisation, Hayat Tahrir al-Cham (HTS), formation issue de Jabhat al-Nosra, elle-même héritière de la branche syrienne d’Al-Qaïda. À l’issue de cette réunion, ces groupes désignent al-Charaa comme président de la République arabe syrienne.

Dans un délai bref, Joulani instaure un « dialogue national » essentiellement formel et met en place un comité exclusivement masculin, aligné sur son orientation islamiste orthodoxe. Ensuite un autre comité rédige une déclaration constitutionnelle destinée à consolider sa position, consacrant la jurisprudence musulmane comme principale source normative et réservant la présidence à un homme musulman. L’appellation officielle de l’État demeure par ailleurs « République arabe syrienne » et non « République syrienne », un choix sans doute anti-kurde.

Les Alaouites et Druzes menacés

Quelques jours avant la « déclaration constitutionnelle » dévoilée le 13 mars 2025, des massacres avaient été commis sur la côte syrienne, notamment les 7 et 8 mars, visant des Alaouites, mais aussi des Chrétiens et des Sunnites qui avaient tenté de protéger chez eux des voisins ou amis alaouites. Dès la chute du régime Assad, des violences locales et des représailles aveugles ont frappé des Alaouites. Dans les périphéries de Damas, des groupes djihadistes ont exercé des pressions ou procédé à des expulsions.

Des épisodes de violence anti-alaouite ont également ressurgi plus récemment, notamment à Homs et dans certaines zones de la côte syrienne depuis le 25 novembre. Ces exactions s’appuient sur une assimilation ancienne entre la communauté alaouite et l’appareil sécuritaire, alors même que la majorité de ses membres vivait sous les Assad dans des conditions de précarité et de marginalisation.

À partir de la fin avril, les Druzes ont, à leur tour, été pris pour cibles dans certains secteurs périphériques de Damas ainsi que, durant l’été, dans le gouvernorat de Soueïda. Ces attaques ont été menées tantôt par des groupes djihadistes, tantôt par des milices tribales, et parfois par des formations mobilisées à la suite d’appels de « faza‘a », ces mécanismes traditionnels de mobilisation guerrière tribale. Dans plusieurs cas, les violences ont obéi à une logique d’identification confessionnelle: des combattants procédaient à des interrogations sommaires, et lorsqu’un individu se déclarait druze, il pouvait être exécuté immédiatement.

A lire aussi: BBC: service de déni public

Les communautés chrétiennes ont également été visées, que ce soit lors des massacres de mars sur la côte, par des formes de prosélytisme forcé dans certains quartiers chrétiens des grandes villes, notamment à Damas, ou encore par les tentatives de groupes djihadistes de perturber leurs pratiques religieuses. Elles l’ont aussi été par des initiatives officielles du nouveau régime, comme lorsque le ministre de la Culture s’est rendu dans une église, accompagné de chanteurs, pour y interpréter une version islamique de la figure de Jésus. Enfin, un attentat contre une église à Doueilaa, près de Damas, attribué à Daech, n’a pas entraîné le déplacement de responsables du nouveau régime.

Le nouveau régime adopte une politique officiellement pragmatique à l’égard des Kurdes, cherchant à donner l’image d’une volonté de compromis avec les Forces démocratiques syriennes (FDS). Toutefois, plusieurs pratiques observées sur le terrain révèlent une stratégie plus ambivalente: interventions ponctuelles, restrictions administratives et pressions silencieuses dans certaines zones kurdes, menées de manière à éviter toute visibilité médiatique. Ces agissements suggèrent une absence de sincérité du régime islamique dans son approche des Kurdes et, plus largement, de leurs partenaires au sein des forces laïques et multiethniques qui composent les FDS.

S’agissant de la majorité sunnite, le nouveau régime laisse apparaître une tendance à fragmenter cette communauté en plusieurs sous-courants, à savoir les ash‘arites, les maturidites, les soufis et les salafistes, tout en accordant une place privilégiée au salafisme. À l’égard des sunnites urbains et occidentalisés, il adopte une politique d’ouverture pragmatique, bien qu’émaillée de pressions ponctuelles et parfois de violences ciblées, comme l’illustre l’assassinat de Dyala al-Wadi, fille du chef d’orchestre Sulhi al-Wadi. Certaines voix proches du pouvoir ont tenu des propos alarmants, affirmant qu’«il faut éliminer l’opposant sunnite avant les membres des autres confessions », logique qui rappelle des pratiques du régime Assad à l’encontre de ses opposants alaouites.

La priorité salafiste du nouveau régime s’inscrit dans une démarche d’institutionnalisation doctrinale sans précédent dans l’histoire contemporaine des régimes islamistes. Celui-ci a minutieusement préparé plusieurs politiques pragmatique: intégration de combattants djihadistes étrangers dans les structures militaires émergentes ; création de filières de formation en jurisprudence islamique conditionnant l’accès aux postes civils et militaires de haut niveau ; mise en place de mesures de ségrégation entre hommes et femmes dans les transports et les espaces professionnels ; et tolérance, dans certaines régions, envers des mariages forcés impliquant des femmes issues de minorités, parfois accompagnés de conversions imposées, pratiques relevant à la fois de la violence sexuelle et de la répression religieuse.

De plus, le régime revendique la « gloire omeyyade », une référence controversée. Des penseurs arabes, à l’image d’Ali al-Wardi, ont souligné que cette période cristallisa la fracture sunnito-chiite, notamment avec l’assassinat d’al-Hussein ibn Ali. Le califat omeyyade fut également marqué par une expansion militaire souvent présentée comme une islamisation volontaire.

Un nouveau pouvoir reçu par MM. Trump et Macron

Bien que le régime islamique ne cesse de chanter qu’il fera de la Syrie une « nouvelle Singapour », aucun progrès réel n’a été constaté sur le plan économique ni en matière de reconstruction d’un pays dévasté par la guerre civile. Malgré cela, plusieurs régimes sunnites du Moyen-Orient, parmi lesquels l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis et la Turquie, ont activé leurs réseaux diplomatiques afin de faciliter l’intégration rapide de ce régime dans les circuits internationaux. Bien qu’Abou Mohammed al-Joulani n’ait pas été élu démocratiquement, il fut le premier président syrien à se rendre à New York à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU et le premier à être reçu par un président américain à la Maison-Blanche.

Dans ce scénario, le président Emmanuel Macron accueille al-Joulani à l’Élysée six mois seulement après sa prise de pouvoir, en dépit des violences documentées contre les Alaouites et les Druzes. Ce contraste apparaît d’autant plus frappant que Valéry Giscard d’Estaing n’avait reçu Hafez al-Assad qu’en 1976, soit six ans après son arrivée au pouvoir. À l’époque, Assad n’avait pas encore commis de massacres de grande ampleur en Syrie ; ses principales exactions, graves mais limitées par rapport aux violences de la côte syrienne de mars 2025 dans ce scénario, consistaient surtout en l’emprisonnement prolongé et la torture de cadres de son propre parti.

Ce ne serait pas la première fois que des acteurs occidentaux adoptent une position perçue comme distante ou incompréhensive face aux dynamiques internes du Moyen-Orient. On peut citer les premières années du gouvernement Erdogan : tandis que des milieux laïques turcs manifestaient contre l’islamisation du système politique turc, plusieurs dirigeants occidentaux continuaient de saluer les réformes en effectuant des visites officielles. Cette attitude fut alors ressentie par les milieux laïcs turcs comme un désaveu, évoquant le célèbre reproche attribué à Jules César : « Toi aussi, Brutus ? ».

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Bio: attention toxique!

Les viticulteurs bio sont inquiets de l’interdiction de fongicides à base de cuivre à partir de 2027…


Le bio, c’est un peu une mascarade. Il se présente comme vertueux sous prétexte qu’il refuse les pesticides, alors qu’il ne rejette que ceux qui sont synthétiques. Or ce rejet est arbitraire : rien ne permet d’affirmer que les pesticides synthétiques sont, en tant que tels, plus nocifs que ceux d’origine animale, végétale ou minérale. Mais le bio prospère sur une idéologie bien ancrée : ce qui est « naturel » serait forcément meilleur, plus sûr, plus sain que ce qui est « synthétique ».

Une opposition non justifiée

En tout cas, puisqu’il utilise bel et bien des pesticides, il ne peut échapper aux évaluations sanitaires, comme l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient de le rappeler. Elle a en effet passé au crible les fongicides à base de cuivre, pilier de la protection des cultures bio. Le verdict est sans ambiguïté : ces produits, qui s’accumulent dans les sols, présentent une toxicité préoccupante. Conséquence logique : en juillet 2025, l’agence a refusé le renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché d’une grande partie de ces produits cupriques. Début 2027, ils ne pourront donc plus être utilisés. Pour la filière bio, c’est un coup de tonnerre ; en particulier pour la viticulture, qui dépend fortement du cuivre pour lutter contre le mildiou, maladie provoquée par un champignon. Les viticulteurs bio sont ainsi menacés par une chute des rendements. Au-delà de cette filière, c’est toute l’agriculture biologique qui se découvre soudainement vulnérable. On peut compatir aux difficultés économiques qui s’annoncent. Mais cette décision a le mérite de dissiper une illusion que l’agriculture bio entretient depuis longtemps, à savoir qu’elle serait nécessairement meilleure pour la santé et l’environnement. La fable d’une agriculture saine par essence s’effrite donc.

Aussi, en ce qui concerne l’environnement et la santé, est-il temps d’en finir avec l’opposition entre le naturel et le synthétique. Chaque produit doit être évalué au cas par cas, qu’il soit d’un type ou de l’autre.

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Hommage au courage des Ukrainiens

Journaliste colombien farouchement anti-communiste, Eduardo Mackenzie désespère de l’attitude de Donald Trump dans le dossier ukrainien.


L’affirmation récente de Donald Trump selon laquelle l’Ukraine aurait déjà perdu la guerre, compte tenu de la situation sur le terrain, est sans aucun doute une exagération visant à saper la résistance acharnée et héroïque du peuple ukrainien. Le président américain souhaite une capitulation rapide de Kiev afin d’ouvrir en Russie comme en Ukraine un vaste champ d’opportunités aux entreprises et investisseurs de son pays, alors même que son plan de paix, censé constituer la base de négociations, n’est rien d’autre que la condensation des objectifs de Moscou.

Scandaleux Steve Witkoff

Un plan de « reconstruction » de l’Ukraine et de relance des investissements américains en Russie assorti de la levée des sanctions occidentales contre Moscou constituerait un pacte abject, une tache indélébile dans l’histoire des États-Unis, puissance capitaliste et démocratique qui s’était juré d’être le champion de la liberté dans le monde. Le 26 novembre 1988, Ronald Reagan, alors président des États-Unis, faisait à la radio un discours à la nation dont Donald Trump gagnerait à s’inspirer. Écoutons-le : « Le protectionnisme est utilisé par certains politiciens américains comme une forme bon marché de nationalisme, une feuille de vigne pour ceux qui ne sont pas prêts à maintenir la puissance militaire de l’Amérique et qui manquent de la détermination nécessaire pour faire face à de vrais ennemis – des pays qui utiliseraient la violence contre nous ou nos alliés. Nos partenaires commerciaux pacifiques ne sont pas nos ennemis ; ce sont nos alliés. Nous devons nous méfier des démagogues prêts à déclarer une guerre commerciale contre nos amis – affaiblissant ainsi notre économie, notre sécurité nationale et le monde libre tout entier – tout en agitant cyniquement le drapeau américain. »

L’agression et l’invasion de l’Ukraine par la Russie dure depuis trois ans et demi et les objectifs de Vladimir Poutine – la « dénazification » et la démilitarisation de l’Ukraine, l’asphyxie de son économie, la réduction de ses libertés et de ses capacités de défense et la facilitation d’une offensive ultérieure pour annexer l’Ukraine et tous les autres pays européens paraissant naïfs ou faibles-, sont bien visibles dans la proposition qu’il tente d’imposer à Trump, à travers des émissaires américains scandaleusement pro-russes comme Steve Witkoff, le meilleur partenaire du président américain dans ses parties de golf et ses placements en crypto-monnaies.

Les 28 points du plan russo-américain « pour mettre fin à la guerre en Ukraine », diffusé le 21 novembre, ont fait l’unanimité en Europe sur un point : ils ne favorisent que les Russes. Moscou exige que Kiev limite ses forces de défense à 600 000 hommes après la guerre et ne rejoigne pas l’OTAN, et exige également que l’Ukraine lui cède la région du Donbass, à l’est du pays. Evidemment, ce plan a été modifié à Genève par les Ukrainiens, les Américains et les Européens, et Witkoff a présenté une nouvelle mouture à Poutine.

Parallèlement, les préparatifs de Moscou en vue de nouvelles mobilisations stratégiques pour intimider les gouvernements des pays baltes, ainsi que ceux de la Pologne et de l’Allemagne – avec le déploiement flagrant de drones au-dessus de plusieurs aéroports et l’attaque contre une ligne ferroviaire polonaise qui aurait pu faire des centaines de blessés – et ses actions visant à semer la confusion au sein de la société française et à créer des dissensions au sein de l’UE, avancent à doses homéopathiques mais avec une grande constance et une précision chirurgicale. La Norvège et la Suède sont également menacées par Moscou. La première pour avoir interdit aux navires russes de pêcher dans sa zone économique exclusive, et la seconde pour avoir rejoint l’OTAN en mars 2024.

A cela s’ajoute que la propagande triomphaliste russe gagne du terrain en Occident grâce à des analyses faussement neutres sur des questions sensibles telles que les prétendus succès de l’« offensive hivernale russe » en Ukraine et la « reconquête » à court terme de territoires dans l’est du pays. La dernière initiative de Poutine dans ce sens a été sa déclaration du 27 novembre selon laquelle la Russie ne souhaite pas attaquer l’Europe et que, si nécessaire, il signerait une « feuille de papier » en ce sens. Mais cette mascarade ne trompe pas les dirigeants européens.

Il est vrai que la capacité de l’Ukraine à renverser la situation et à expulser les troupes russes à court terme est difficile. Cela peut s’expliquer par le fait que, après avoir stoppé et infligé une lourde défaite aux blindés russes qui avançaient sur Kiev le 24 février 2022, et à la suite de violents combats où les Russes ont intensifié leurs lâches bombardements contre des civils à Kharkiv, Soumy, Marioupol et Tchernihiv, la résistance ukrainienne a stabilisé la situation. Le 24 mars de la même année, malheureusement, les Russes entraient dans Marioupol, mais les soldats ukrainiens ont réussi à préserver leurs positions dans les autres régions.

L’aide de Washington fut pratiquement abandonnée par l’administration Trump à partir de janvier 2025. Dès lors, Trump a soumis le président Zelensky à des humiliations à la Maison-Blanche, devant la presse, prélude à la révélation graduelle que la nouvelle politique américaine consistait à réduire progressivement le soutien militaire et diplomatique à l’Ukraine, hérité de l’administration Biden, afin d’accroître la pression sur Kiev et d’obtenir une capitulation déshonorante devant Poutine.

Pertes énormes

Cependant, le président Zelensky a su résister à la doctrine Trump et, grâce au courage et à l’ingéniosité de son peuple, ainsi qu’au soutien diplomatique et militaire européen, il a empêché une invasion terrestre russe sur Kiev. Il continue d’infliger de lourdes pertes aux forces russes et est parvenu à éviter l’effondrement de son gouvernement et l’épuisement des capacités de résistance ukrainiennes.

Les pertes, tant pour l’Ukraine que pour la Russie, sont énormes. Les Russes ont dû recruter en Corée du Nord et payer des mercenaires sans expérience au combat. Ces supplétifs ont subi de lourdes pertes et ne se sont pas distinguées par leur efficacité sur le terrain.

L’Ukraine n’a pas eu recours à des troupes étrangères et, certes, a perdu des portions de son territoire. Mais plus d’un million de soldats russes ont été tués ou mis hors de combat dans cette guerre, selon le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington, cité par le New York Times. Cette source ajoute que près de 400 000 soldats ukrainiens ont été tués ou blessés depuis le début de la guerre1.

L’activité urbaine et la structure sociale de l’Ukraine se sont détériorées, mais elles ne se sont pas effondrées. À l’inverse, les sanctions internationales isolent la Russie et fragilisent son économie, l’empêchant de vaincre rapidement l’Ukraine. Les Russes perdent des dépôts de carburant et d’armement, ainsi que la possibilité de naviguer en mer d’Azov. En juillet 2024, la Russie a dû retirer tous ses navires de cette zone, et l’Ukraine a pu de nouveau y faire naviguer ses cargos. Au cours des quatorze derniers mois, les Ukrainiens ont détruit plus d’un millier de véhicules blindés ennemis lors de l’offensive contre Pokrovsk, une offensive que les Russes pensaient pourtant facile.

L’Ukraine dépend de l’aide militaire et du renseignement électronique occidentaux, mais à la fois elle constitue, en fait, un rempart protecteur pour l’Europe continentale. Pourtant, aucune de ces réalités géopolitiques ne semble être prise en compte par les architectes du plan de paix de Trump à Washington. La prise de conscience, parmi les dirigeants et les populations européennes, de ce qu’une défaite de l’Ukraine face aux Russes signifierait pour la liberté du Vieux Continent s’accroît chaque jour. Pour eux, la guerre est désormais, hélas, une possibilité, et ils ne peuvent plus compter, au moins pendant l’administration Trump, sur la protection américaine.

La preuve : la quasi-totalité des gouvernements adoptent, à l’heure actuelle, des lois et des réglementations qui renforceront leurs forces armées et leurs arsenaux dans les années à venir, tant en termes de troupes que d’armements sophistiqués, sur terre comme dans l’espace, en prévision des batailles, hélas, d’un avenir proche. À moins que toute l’Europe ne démontre ses capacités défensives et offensives face à une agression de l’expansionnisme russe, l’obsession de Moscou pour la reconstruction de l’empire soviétique a pris un mauvais départ. Le grand révélateur de cette perspective, et de l’importance de ne pas paniquer ni céder à la lâcheté, a été l’héroïsme et les immenses sacrifices acceptés par l’Ukraine pour sa liberté. Nous n’oublierons jamais cela.


  1. https://www.nytimes.com/es/2025/06/04/espanol/mundo/rusia-ucrania-soldados-muertos-guerra.html ↩

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Munich, Yalta et Sun Tzu

Bourreau de la malheureuse Ukraine, la Russie est depuis des siècles un ogre redouté avec lequel l’Occident doit composer.


Faudra-t-il aller en guerre contre la Russie ou signer un accord de paix avec l’intraitable Vladimir Poutine ? Les deux perspectives effraient l’Europe et divisent l’opinion publique en France. Malgré mille ans d’existence, la Russie demeure pour l’Occident un mystère, et ce paradoxe ne risque pas de disparaître demain.

« On ne peut pas comprendre la Russie par la voie de la raison, / On ne peut pas la mesurer, / Elle a un caractère particulier, / On ne peut que croire en elle ! ». L’auteur de ces lignes, le diplomate et poète russe du XIXᵉ siècle Fiodor Tiouttchev, a vécu une grande partie de sa vie en Europe, parlait couramment le français et l’allemand, et fut marié à deux reprises à des Allemandes. Il fallait quelqu’un comme lui (Russe, mais doté du recul nécessaire) pour résumer sa patrie dans une strophe qui décrit si bien ce pays qui ne laisse personne indifférent.
La Russie : soit on croit en elle, soit elle nous effraie et alors on la hait. Son territoire, le plus vaste au monde, est démesuré et insaisissable. Son peuple est attachant, généreux, entier, mais aussi sauvage, dominateur, capable de tous les excès et tout d’abord vis-à-vis de lui-même. Son histoire, faite de tsars despotiques, de la révolution bolchevique, des purges staliniennes et du Goulag, en est la preuve flagrante. Depuis des siècles, l’obsession principale de ses dirigeants, qu’ils soient monarques, secrétaires généraux ou présidents, est de conserver l’intégrité de son immense territoire. Ce besoin vital de garder sous contrôle les steppes, les taïgas, les fleuves et les lacs répartis sur onze fuseaux horaires reflète sans doute la grandeur, mais aussi le jusqu’au-boutisme de ce qu’on appelle « l’âme slave ».

Personne n’a réussi à conquérir la Russie en venant de l’Ouest. Il y a huit siècles, le héros militaire russe Alexandre Nevski déclara, après avoir vaincu l’armée suédoise sur la Neva : « Celui qui viendra chez nous avec une épée périra par l’épée. Telle est et sera la loi de la terre russe. » Mais la Russie a bel et bien été vaincue par l’Est, par le tout-puissant Gengis Khan, qui y imposa pendant deux siècles le régime passé à l’histoire sous le nom de « joug mongol ». Plus tard, la guerre russo-japonaise de 1904-1905 se solda par un fiasco pour le tsar Nicolas II, lui faisant perdre une partie de ses territoires asiatiques et créant surtout les conditions de la colère populaire, qui aboutira une dizaine d’années plus tard à la révolution d’Octobre.

Tout au long de l’histoire, l’Occident a entretenu des relations compliquées avec la Russie, la voyant tantôt comme un allié précieux, notamment lors des deux guerres mondiales, mais beaucoup plus souvent comme un rival dangereux, expansionniste, qu’il fallait neutraliser et, encore mieux, affaiblir autant que possible.

Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale du président américain Jimmy Carter, fut probablement l’architecte le plus notable de la doctrine occidentale vis-à-vis de la Russie à l’époque de l’après-guerre. Il sut tendre un piège aux vieux apparatchiks du Kremlin en Afghanistan, en fournissant des armes aux moudjahidines pour chasser le régime pro-soviétique d’un pays qu’aucune puissance internationale n’a jamais pu dominer durablement. La guerre épuisante dans les montagnes afghanes entre 1979 et 1989 contribua largement à l’effondrement de l’URSS quelques années plus tard.

Dans son best-seller Le Grand échiquier, publié dans les années 1990 et considéré comme son testament géopolitique, Brzezinski donne sa recette pour maintenir l’hégémonie de l’Amérique: élargir l’OTAN vers l’Est pour refouler et encercler la Russie. Certains passages frappent par leur dimension prémonitoire, bien que peu flatteurs pour les pays européens : « Prévenir la collusion et maintenir la dépendance sécuritaire parmi les vassaux, garder les tributaires dociles et protégés, et empêcher les barbares de se regrouper. »

Le 25 février 2022, soit le lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le Los Angeles Times publia une tribune du chercheur américain Jeff Rogg intitulée : « La CIA a déjà soutenu les rebelles ukrainiens par le passé, apprenons de ces erreurs. » Dans un texte riche en références historiques, ce spécialiste des questions de sécurité nationale raconte les nombreuses tentatives des services secrets américains et européens d’arracher l’Ukraine à l’influence russe, en s’appuyant sur les mouvements nationalistes ukrainiens, présents même sous le régime soviétique réputé verrouillé. Mais les plans les plus élaborés de l’Occident furent contrecarrés par la vigilance du KGB, animé par une paranoïa déterministe mais aussi par une réelle finesse géopolitique. Parmi les cinq dirigeants soviétiques de la période de l’après-Staline, quatre ont été liés à l’Ukraine : Brejnev, Tchernenko et Gorbatchev étant ukrainiens au moins par l’un de leurs parents et Khrouchtchev ayant grandi dans le Donbass et qui a fait son ascension politique jusqu’au poste de Premier secrétaire du Parti communiste en Ukraine. Seul Youri Andropov, bâtisseur du KGB et l’un des pères spirituels de Vladimir Poutine, dérogeait à la règle.

Donald Trump a été le premier président américain depuis cinquante ans à tenter de rompre avec la doctrine de Brzezinski et de revenir à la « politique de la détente » pratiquée par certains de ses prédécesseurs tels que John Fitzgerald Kennedy, Richard Nixon ou Gerald Ford. Cette approche, plus nuancée face au grand ours russe armé jusqu’aux dents, fut également longtemps la marque des chefs d’État de la Ve République. Charles de Gaulle résuma cette vision par sa célèbre maxime : « Oui, c’est l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde ! »

Hélas, aujourd’hui, ce sont les États-Unis et la Chine qui façonnent le destin du monde et ses enjeux géopolitiques. La Russie, gigantesque, riche en ressources naturelles et sur-militarisée, demeure un partenaire indispensable pour les deux surpuissances. Aller en guerre contre elle, alors que Pékin et Washington recherchent une alliance stratégique avec Moscou, semble pour les Européens non seulement une mission difficilement réalisable, mais aussi contraire aux préoccupations de leurs propres populations, dont la lecture des conflits géopolitiques ne se résume plus aux récits unidimensionnels des médias mainstream.

La Russie n’a jamais été une démocratie et ne le sera probablement jamais, du moins tant que l’obsession de la défense de ses frontières nécessitera un pouvoir rigide et inflexible face aux aspirations de liberté de ses provinces. L’unique dirigeant de son histoire millénaire ayant véritablement prôné une ouverture de la société russe, à l’intérieur comme à l’extérieur, Mikhaïl Gorbatchev, fut rejeté par son peuple et incompris par l’Occident. L’œuvre de Brzezinski en témoigne sans ambiguïté.

Depuis la rencontre, en août dernier en Alaska, entre le locataire de la Maison-Blanche Donald Trump et le maître du Kremlin Vladimir Poutine, certains médias internationaux évoquent un « nouveau Yalta » (en référence aux accords de 1945 entre Staline, Roosevelt et Churchill), tandis que d’autres alertent sur le risque d’un « nouveau Munich ». L’histoire détient souvent des clés pour comprendre le réel, mais assimiler Poutine à Hitler et la Russie d’aujourd’hui à l’Allemagne du Troisième Reich n’aidera ni à comprendre la genèse ni à entrevoir la sortie du terrible conflit fratricide russo-ukrainien. L’Europe, et surtout la France, forte de ses liens historiques avec la Russie, auraient mieux à faire en cherchant, encore et toujours, à mieux connaître ce pays qui se cache derrière son redoutable président. « Connais l’adversaire et surtout connais-toi toi-même, et tu seras invincible. » Tel était le conseil du général chinois Sun Tzu, qui vécut au VIᵉ siècle avant J.-C. La Chine, elle aussi, n’est pas seulement TikTok et Shein…

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Soutien à Souchon

Le chanteur/poète avait qualifié les électeurs du Rassemblement national de cons. Est-ce si grave ?


Alain Souchon a déclaré sur RTL, bien poussé par ses interviewers, que « les Français ne sont pas assez cons pour élire le Rassemblement national ».

Je soutiens Souchon. Pas cette déclaration qui me paraît une phrase rapide, non préparée, peu intéressante. Je soutiens Souchon pour toutes ses autres phrases. Celles de ses chansons. Voici pourquoi.

Parce que si la vie ne vaut rien, rien, si la vie ne vaut rien, quand j’écoute les paroles de Souchon, je me dis : rien, rien, rien, rien ne vaut la vie.

Écoutez Souchon, amis lecteurs.

La vie, parlons-en de la vie. La vie avec Souchon c’est (bien sûr) d’abord les filles. Les filles ?

Les filles nous font pas peur parce qu’elles sont tout’(es)* petites.

Mais elles nettoient dans nos cœurs à la dynamite.

Et pourtant elles ne sont même pas blondes. C’est vrai qu’en blonde j’ai des lacunes. Mais enfin répétons-le avec les mots de Souchon: sans cette attirance qui plane sur le monde, dont on est toxicomane, tout le monde, on reste au ras des pâquerettes, au ras des pâquerettes.

Il y a les filles mais il y a aussi la nature. Là-bas le soleil s’écroule dans la mer.

Alors bien sûr, t’as peur qu’on meure d’un arrêt commun du cœur. Est-ce que tu m’aimeras encore, dans cette petite mort ?

Tu avais des rêves de grandeur ? Tu la voyais grand’(e)* et c’est une tout’(e) petit’(e) vie.

Restent nos envies d’ailleurs. Comme l’a écrit Jean-Loup Dabadie pour Julien Clerc : partir, partir, on a toujours un bateau dans le cœur. Et Souchon renchérit avec la voix de Voulzy : là où je vais, il y a la mer, on peut plonger dedans, on peut songer devant. Laver son cœur, laver sa mélancolie. La mer est un docteur. Qui guérit.

Illusion encore. Souchon douche définitivement nos espoirs :

Tu pourras jamais tout quitter, t’en aller.

On reste toujours vissé à quelqu(‘e)* chose de lourd.

C’est triste ? Non. Car : mais moi quand je tiens, tiens, mais moi quand je tiens, là dans mes deux mains éblouies…


* pour respecter les alexandrins ou les choix de Souchon la non-prononciation des syllabes muettes est indiquée lorsque l’usage habituel est de les prononcer.

Chansons : Rien ne vaut la vie, Caterpillar, Le Baiser, Au ras des Pâquerettes, La ballade de Jim, Port Bail, Quand je serai KO, Le Bagad de Lann-Bihoué, Partir (Julien Clerc), Là où je vais (Laurent Voulzy), Rame, Port Bail, Rien ne vaut la vie

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December 04, 2025

Du caviar au goûter?

Les maisons Kaviari et Valrhona ont associé l’excellence de leurs produits pour créer un dessert a priori déroutant mais qui s’avère délicieux: une mousse au chocolat et au caviar. Belle découverte.


« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Les mots de Mark Twain pourraient sembler emphatiques pour parler d’une création culinaire. Mais celle-ci les mérite amplement, tant elle bouscule les idées reçues et séduit les papilles par ses saveurs inédites. Pensez : une mousse au chocolat et au caviar ! A priori, ces deux-là n’ont aucune affinité, aucun atome crochu, la première étant condamnée à être dégustée avec un biscuit à la cuillère, et le second à être tartiné sur un blini (ou des œufs brouillés). Osons le dire, parce qu’on parle de cuisine, cela a tout du mariage contre nature.

La rencontre

Passant récemment par la belle ville de Beaune, la directrice de Kaviari, Karin Nebot, a fait une halte chez le chef Alexandre Marza à La Maison 1896. Ce dernier lui avait réservé une surprise : une mousse au chocolat au caviar élaborée avec les produits Kaviari et Valrhona. Séduite par cette alliance inattendue entre l’amertume du cacao et l’iode de ses œufs d’esturgeons, elle a ensuite contacté Thierry Bridon, le chef pâtissier exécutif de l’École Valrhona Paris, afin de concevoir ensemble la recette commercialisable d’une telle mousse.

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Leur travail a consisté à solliciter avec justesse tous les sens, beauté visuelle, longueur en bouche, parfums délicats, jeux des textures… pour faire découvrir comment la subtile salinité du caviar osciètre peut exalter la profondeur du chocolat, ou plutôt des chocolats.

À monter soi-même

En boutique, le produit se présente sous forme de deux boîtes rondes, deux boîtes de caviar : une grande jaune, contenant la mousse, et une petite bleu nuit, contenant le caviar. Avant dégustation, le « geste » consiste à étaler les grains d’osciètre sur le disque croquant de chocolat Nyangbo (Ghana) qui recouvre la mousse réalisée à partir de fèves de République Dominicaine. Ensuite, à chacun de faire comme il lui plaît. Mélanger tous les ingrédients à la cuillère, ou goûter l’un, puis l’autre, puis les deux ensemble (c’est ce qu’on recommande), afin de révéler au fil de la dégustation les notes de sarrazin grillé, de graines de coriandre et de noisettes torréfiées contenues dans la mousse de chocolat, puis la rondeur iodée de l’osciètre qui complète cet assemblage gustatif délicat et audacieux. Ce puzzle savoureux n’a rien d’un grossier empilage « sucré-salé ».

Causeur s’était déjà fait un plaisir de souligner la qualité des produits Kaviari, la maison fête cette année ses 50 ans ; on se félicite à l’occasion de cette création de rappeler l’excellence des chocolats Valrhona dont on ne peut que reprendre la devise : faire du bien avec du bon.


La Mousse au chocolat au caviar est disponible dans tous les Delikatessen Kaviari https://kaviari.com

Et à la Maison Valrhona : 47, rue des Archives 75004 Paris.

Prix : 59 euros.

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Mgr Gallagher invite à retrouver «l'esprit d'Helsinki»

Le secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations internationales est intervenu devant le Conseil de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, exprimant sa profonde inquiétude quant à la guerre en Ukraine. Aussi, Mgr Paul Richard Gallagher met en garde contre la montée de l'antisémitisme et des phénomènes d'intolérance et de discrimination envers les chrétiens, les musulmans et les autres religions.

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Dire le réel en démocratie: le cas Trump–Ilhan Omar et l’impossibilité contemporaine du conflit

Donald Trump a renouvelé ses propos virulents contre l’élue d’origine somalienne Ilhan Omar, déclarant hier qu’elle « devrait se faire dégager de notre pays ».


Donald Trump avait tenu à propos de la députée Ilhan Omar des propos d’une rare brutalité, qui méritent d’être cités intégralement avant toute analyse :

« Regardez ce qui arrive avec des gens comme Ilhan Omar. Elle vient d’un pays complètement effondré, un endroit en ruine totale. Et au lieu d’être reconnaissante envers l’Amérique de l’avoir accueillie, elle passe son temps à salir notre pays, à lui cracher dessus, à dire que nous sommes mauvais.
Et maintenant, on fait entrer des dizaines de milliers de personnes venant du même pays, du même endroit, et tout cela ne va pas améliorer quoi que ce soit chez nous. Ce ne sont pas des gens qui se lèvent le matin pour travailler dur, pour rendre l’Amérique meilleure. Non. On fait entrer des gens qui n’apportent rien, et si on continue comme ça, on va droit dans le mur.
Je vous le dis : si on continue à accepter n’importe qui, si on continue à faire entrer ce qui abîme notre pays, on va le payer très cher. Nous n’avons pas besoin de ramener chez nous les problèmes d’un pays brisé. Nous avons assez à faire avec les nôtres.
Et Ilhan Omar, eh bien… c’est exactement ça. C’est une catastrophe ambulante. C’est une honte. Elle est un déchet politique — et les gens qu’elle soutient, les gens qu’elle veut faire venir ici, ce sont des déchets aussi. Ce n’est pas ce dont l’Amérique a besoin.
Quand je serai de retour, nous arrêterons ces entrées massives. Nous mettrons un terme à cette folie. Et ceux qui n’auraient jamais dû être autorisés à venir ici, nous les renverrons chez eux. Nous allons faire ce qu’il faut pour protéger notre pays.
Parce que si on laisse entrer des gens venant de pays en échec total, on se dirige nous aussi vers l’échec. Et moi, je ne laisserai pas l’Amérique devenir ça. Pas question. »

Ces paroles très dures, transgressant ouvertement les normes du débat public, ont immédiatement suscité un déluge d’indignations. Elles choquent, bien sûr ; elles doivent choquer. Mais leur violence ne dispense pas de comprendre ce qu’elles révèlent. Et l’on doit rappeler, pour situer l’enjeu, que Trump n’a jamais nourri d’hostilité particulière envers les Afro-Américains en tant que tels : c’est l’immigration récente et sa logique qui sont ici visées, non un groupe racial installé dans la communauté politique américaine.

La brutalité comme révélateur : dire sans médiation

La radicalité du propos trumpien ne tient pas seulement à l’injure ou à la dépréciation de personnes. Elle réside dans la volonté de dire directement une réalité telle qu’il la perçoit : la décomposition d’un modèle d’intégration, l’impuissance de l’État à maîtriser les flux migratoires, l’inquiétude diffuse d’une partie du pays face à une transformation démographique qui semble échapper à tout contrôle.

On peut contester la vision, la réfuter, en démonter les biais ou les généralisations hâtives. Ce serait même le seul terrain légitime de la critique. Mais il faut reconnaître à cette parole ce qui lui donne son efficacité : elle ne cherche pas à ménager ce que nous appelons aujourd’hui, souvent de manière purement esthétique, le « politiquement correct ». Trump parle comme si la démocratie se réduisait à l’énonciation sans médiation de son propre jugement. Il le fait au nom de ce qu’il considère comme la vérité factuelle — et que ses adversaires qualifieront immédiatement de fantasme ou de haine.

La surprise n’est pas là où l’on croit : ce n’est pas qu’un dirigeant parle ainsi ; c’est que l’ensemble du système politique soit devenu incapable d’y répondre autrement que par l’excommunication morale.

L’allergie à la conflictualité : quand le désaccord devient faute morale

Il faut ici mesurer ce que révèle la réaction en chaîne déclenchée par ses propos. On n’opposera pas à Trump des chiffres, des analyses sur les effets socio-économiques de telle immigration, ni même une réflexion sur ce que signifie accueillir en masse les ressortissants d’un pays en effondrement institutionnel. On lui opposera un mot : racisme.

Le recours immédiat au registre moral est devenu l’outil ordinaire de l’argumentation politique. Il évite précisément de répondre au fond : que représente l’immigration somalienne aux États-Unis ? Quels sont les critères d’intégration ? Quelle articulation entre accueil des personnes et exigences de cohésion nationale ? Quelles responsabilités pour celles et ceux qui, entrés dans la communauté politique, s’attaquent ensuite à ses fondements symboliques ?

Ces questions légitimes sont devenues interdites parce qu’elles font sentir la dimension conflictuelle inhérente à toute démocratie vivante.

Car c’est bien là que se situe le cœur du problème : nous sommes les héritiers de sociétés qui ont voulu conjurer la conflictualité, non pas la réguler. Toute parole heurtant la sensibilité du groupe dominant — ou de ceux qu’il a érigés en figures sacrées — est immédiatement renvoyée dans le registre de l’inhumanité.

L’impensé démocratique : la peur du réel

Ce que Trump montre, dans sa façon d’aller droit au but, c’est la difficulté contemporaine à assumer que la démocratie implique l’autorisation du conflit. Dire ce que l’on pense, non pas dans une forme polie, mais dans une forme tranchée, est devenu suspect. L’individu démocratique, tel qu’il s’est façonné au fil des décennies, refuse désormais de considérer que le désaccord peut être frontal sans être criminel.

Or l’histoire longue des systèmes démocratiques nous enseigne l’inverse : c’est par l’affrontement explicite des points de vue que les sociétés libres ont su s’orienter. Si l’on commence par interdire la parole au nom de son caractère blessant, on finit par rendre impossible toute mise en évidence du réel. Car le réel, par définition, blesse.

Le cas Ilhan Omar : entre appartenance et contestation

L’affaire prend ici une dimension symbolique singulière. Ilhan Omar est à la fois le produit d’une tradition démocratique américaine — celle qui permet l’intégration et la participation politique de personnes issues de sociétés effondrées — et la critique radicale de cette même tradition, qu’elle accuse de racisme, d’impérialisme, d’iniquité constitutive.

Cela n’est pas nouveau : les démocraties modernes ont toujours donné voix à leurs propres contestataires. Mais ce qui change, c’est que l’expression de cette contestation n’est plus perçue comme un élément interne au débat démocratique. Elle devient un signe d’hostilité civilisationnelle.

La difficulté — et c’est là que Trump met le doigt dessus, sans capacité d’élaboration conceptuelle — est de savoir comment une démocratie peut accueillir des personnes issues de mondes qui n’ont pas connu la matrice politique occidentale, tout en préservant les cadres symboliques qui rendent possible la coexistence. Ce n’est pas une question raciale. C’est une question de forme de vie.

Le malentendu fondamental : dire le réel ou le déformer ?

Il serait trop simple de renvoyer Trump à sa brutalité, ou d’en faire un raciste structurel. L’enjeu est ailleurs : comment une démocratie affronte-t-elle l’irruption de paroles qui disent le réel sous une forme insoutenable ?

Car la démocratie ne meurt pas de la brutalité verbale. Elle meurt de la disqualification morale du réel.

Lorsque l’on refuse d’entendre une inquiétude — justifiée ou non — sous prétexte qu’elle heurte, on ouvre la voie à ce que cette inquiétude devienne rage.

La règle du conflit démocratique n’est pas d’édulcorer ce qui se dit. Elle est de l’affronter, d’y répondre, d’argumenter. C’est précisément ce qui a disparu. Les accusations ont remplacé les arguments. L’indignation a supplanté l’analyse.

Trump, paradoxalement, remplit une fonction démocratique essentielle : rappeler que le conflit existe. Mais il la remplit de manière sauvage, parce que la démocratie elle-même ne sait plus l’apprivoiser.

La société malade

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Léon XIV a reçu au Vatican le président de la Mongolie

Dans la matinée du 4 décembre, le Pape a reçu en audience au palais apostolique Ukhnaagiin Khürelsükh. Le président de la Mongolie s’est ensuite entretenu avec le secrétaire d’État du Saint-Siège et le sous-secrétaire pour les Relations avec les États.

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Le bon sens sous les radars

Selon la base de données SCDB, avec 400 radars par million d’habitants, la Belgique est le pays le plus équipé. En 2024, ceux-ci ont rapporté 577 millions d’euros d’amendes routières. Cependant, la Belgique affichait toujours 37 morts par million d’habitants sur ses routes en 2024. D’autres pays, tels le Danemark ou la Norvège, affichent de bien meilleurs résultats avec un taux de radars bien plus faible. Mais probablement aussi un taux d’amendes routières plus faible également. Ce qui explique sans doute que la Belgique ait l’intention d’installer plus de 150 nouveaux radars en Wallonie d’ici à la fin 2025. Et il y en aura pour tous les goûts ! Des radars fixes, des radars tronçons et même des radars de feu ! Qui dit mieux ?

C’est le moment qu’a choisi Jean-Marie Dedecker pour poster sur la question. Son nom ne vous dit rien ? C’est normal, car contrairement à d’autres figures pittoresques du royaume, il n’est guère connu au-delà des frontières. C’est regrettable parce qu’il vaut le détour. Armé de bon sens et de franc-parler, c’est un homme politique flamand tonitruant et inclassable. Raison pour laquelle les médias, le monde politique et le troupeau électoral l’ont classé « extrême droite ». Il est vrai qu’il n’est pas d’extrême gauche et semble très peu disposé à ingurgiter la moraline wokiste qu’on nous sert à tous les repas. Parlez-lui plutôt de la bière belge qu’il distribue gratuitement à la cafétéria de la Chambre des représentants depuis qu’elle y a été interdite à la vente.

Ancien entraîneur de judo et auteur en 2010 d’un ouvrage qui a un poil hérissé les écolos, Dedecker est aussi maire. Et voici ce qu’il a tweeté concernant sa ville : « Middelkerke compte 424 km de routes. Il n’y a AUCUN radar fixe ou mobile. Avec 15 accidents, dont 1 grave, pour 100 km de route, c’est pourtant l’une des communes les plus sûres de Flandre en matière de sécurité routière (avec une moyenne de 22 accidents, dont 2 graves) ».

Autrement dit, ici, les autorités ont mieux à faire qu’emmerder les automobilistes, elles ont d’autres idées pour financer les dépenses communales que la répression et les routes y sont sûres. On aimerait que toute la Belgique en prenne de la graine. Et la France ?

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Trop de tentations pour les avocats?

Alors que l’avocat parisien Xavier Cazottes est impliqué dans le procès lié à une vaste tentative d’escroquerie visant Total à Nanterre, il fait aussi l’objet d’accusations d’emprunts d’argent répétés dans la capitale. Escroquerie, abus de faiblesse, abus de confiance voire harcèlement: notre chroniqueur s’étonne de l’inaction de l’ordre des avocats et souligne que, malgré ses possibles erreurs, la magistrature demeure globalement à l’abri des corruptions ordinaires des avocats


Il n’y a pas lieu de s’en réjouir, et le magistrat honoraire que je suis le déplore plus que tout autre : depuis quelques années, la morale professionnelle des avocats est mise à mal et leur éthique personnelle fragilisée. Un certain nombre d’affaires, allant de transgressions minimes à des infractions graves, défrayent la chronique, même si je prends soin de préciser qu’elles ne sont pas encore définitivement jugées et que les mis en cause bénéficient, en pareil cas, de la présomption d’innocence.

Ce qui m’intéresse, ce sont les raisons de ces dérives, qui ne concernent évidemment pas l’ensemble du barreau.

Je me revois projeté des années en arrière lorsque, ayant un temps caressé l’idée de devenir avocat, je l’écartai aussitôt pour un double motif : je craignais d’être soumis à trop de tentations de toutes sortes et je sentais que ma personnalité, bien que désireuse de liberté, aurait besoin d’une structure, d’un cadre que la magistrature m’offrirait.

La rigueur qui doit être celle, tout particulièrement, des avocats pénalistes – tant les occasions de fauter sont nombreuses dans ce domaine, compte tenu de la nature de la clientèle et des liens troubles qu’elle peut engendrer – est fondamentale. S’abandonner à la moindre entorse ouvre une brèche susceptible, à force, de conduire à un délitement et à un laxisme progressifs.

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Me Pascal Garbarini, que j’ai soumis à la question, avait pointé, pour expliquer cette multiplication d’incidents professionnels, la suppression des cinq puis des trois années de stage obligatoire chez un avocat après la prestation de serment, avant de pouvoir s’installer, lesquelles permettaient auparavant à de nombreux jeunes avocats de se former et d’être attentifs aux mille risques susceptibles de résulter d’une pratique insuffisamment exigeante.

Pour avoir certains exemples dans la tête, je suis persuadé que le corporatisme du barreau est trop souvent un bouclier infranchissable et que les Conseils de l’Ordre n’ont que trop tendance à minimiser les problèmes qui leur sont soumis.

Cette accumulation, ces derniers temps, de griefs, de soupçons ou de scandales liés au comportement d’avocats de plus en plus nombreux n’est pas anodine. Je considère qu’on ne peut guère attendre d’un Conseil qui n’est pas irréprochable sur ce plan une rectitude intellectuelle et judiciaire dans le traitement du fond des débats et dans l’argumentation qu’il lui revient de développer.

Face à ces ombres qui ne cessent de s’amplifier, et sans pour autant encenser la magistrature en tout, j’ai tout de même envie de défendre celle-ci. Si elle peut connaître des dérèglements d’analyse et parfois rendre des jugements ou des arrêts discutables, elle semble toutefois à l’abri des corruptions vulgaires et des dépendances honteuses. Sa responsabilité pourrait être davantage engagée lorsque, de toute évidence, certains de ses actes ou décisions sont si aberrants qu’ils échappent au champ des voies de recours mais son éthique collective ou personnelle est quasiment irréprochable.

Pour schématiser, si le barreau doit résister aux tentations provenant principalement de l’extérieur, les magistrats ont pour devoir de battre en brèche celles qui, en eux-mêmes, pourraient miner leur indépendance et leur liberté.

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Le président de la République slovaque en audience chez le Pape

Peter Pellegrini a été reçu ce jeudi matin au Vatican par Léon XIV. Lors des entretiens à la Secrétairerie d'État avec le cardinal Pietro Parolin, les deux hommes ont confirmé leur appréciation mutuelle pour les bonnes relations bilatérales et examiné le contexte international, en mettant l'accent sur la guerre en Ukraine et ses répercussions sur la sécurité européenne.

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Prédications de l'Avent, une invitation à attendre le Seigneur

Elles auront lieu dans la salle Paul VI les trois vendredis précédant Noël: le 5, le 12 et le 19 décembre prochain. Ces médiations seront proposées, en présence du Pape, par le prédicateur de la Maison pontificale, le père Roberto Pasolini. «Que l'attente du retour définitif du Christ soit animée par l'intention d'édifier sa Maison, l'Église, comme une communion fraternelle», écrit le religieux dans l'invitation adressée à la Curie romaine.

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Le Pape supprime la Commission pour les donations au Saint-Siège

Par un chirographe, fruit de consultations avec le Conseil pour l'économie et d'autres experts, Léon XIV supprime la Commissio de donationibus pro Sancta Sede, instituée par le Pape François le 11 février dernier. Le statut approuvé ad experimentum et les éventuels actes adoptés jusqu'à présent sont abrogés. Les membres cessent leurs fonctions, tous les biens appartenant à l'organisme seront «destinés» au Saint-Siège.

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Première édition du rapport de l’IOR sur la durabilité

En publiant ce rapport, ainsi qu'une note d'information équivalente au troisième pilier de Bâle III, l'Institut pour les œuvres de religion s'aligne sur les principes internationaux les plus élevés en matière de communication de données exigés par les institutions financières, en fournissant des informations sur son adéquation des fonds propres, son exposition aux risques et les caractéristiques des systèmes chargés de l'identification, de la mesure et de la gestion des risques.

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Commission Petrocchi: non au diaconat féminin, même si le jugement n'est pas définitif

Le rapport, rédigé par le cardinal Petrocchi, présentant les résultats des travaux de la commission a été publié: il exclut la possibilité d'aller dans le sens de l'admission des femmes au diaconat en tant que degré du sacrement de l'ordre, même s'il n'est pas possible pour l'instant «de formuler un jugement définitif, comme dans le cas de l'ordination sacerdotale». Le rapport formule le souhait de créer de nouveaux ministères pour favoriser la synergie entre les hommes et les femmes.

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Gays for Jordan?

L’hebdomadaire féminin ELLE s’émeut de la banalisation des homosexuels qui se mettent à voter comme tout le monde…


D’après une enquête du magazine Elle, le Rassemblement national a la cote chez les homosexuels. Deux phénomènes :

  • Le premier n’est pas un secret de polichinelle parce que ce pas un secret du tout. Le RN est le parti qui compte le plus d’homosexuels affichés (comme Jean-Philippe Tanguy ou Sébastien Chenu, fondateur de GayLib). Sur 82 élus masculins, il y aurait 30 à 35 homos.
  • Jusqu’en 2012, les homosexuels votaient massivement à gauche. Mais dans le sondage IFOP cité par Elle, 30 % des homos s’apprêteraient à voter Bardella.

De l’eau a coulé sous les ponts

Tempête sous les crânes militants. Pour la gauche, le lobby LGBT et les journalistes de Elle, les choses sont assez simples : être homosexuel c’est bien, être progressiste c’est bien. L’homosexuel est progressiste et l’extrême droite homophobe. La preuve, le RN est allié avec Viktor Orban. Les mêmes ne reprochent pas à Mélenchon sa complaisance avec les Mollahs. Et eux ne refusent pas le mariage gay comme Orban, ils pendent les homosexuels.  

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Dans les crimes imputés au FN puis RN, l’homophobie suivait de près le racisme et l’antisémitisme. Accusation nourrie par les saillies de Jean-Marie Le Pen sur les sidaïques ou les folles. Lui-même avait comme majordome et plus proche conseiller deux homos. Mais dans la frange catho-tradi très conservatrice de son électorat, l’homophobie était décomplexée. Aujourd’hui, dire que le RN est homophobe est une plaisanterie.

Qu’est-ce qui explique ce changement, l’arrivée de Marine Le Pen ?

La société a changé. Les homosexuels ont gagné le droit à l’indifférence. Il n’y a plus de discriminations à combattre au grand dam des associations qui en cherchent désespérément à l’extrême droite mais ne les voient pas dans nos territoires perdus ou à Gaza.

La vraie homophobie, celle qui casse la figure aux homosexuels, a plutôt cours dans les banlieues travaillées par l’islam radical, pas chez les bourgeois du XVI qui, s’ils en ont, gardent leurs mauvais sentiments pour eux. Gays for Jordan est plus crédible que Queers for Gaza – désolée.

En réalité, les homosexuels ne votent pas plus pour le RN, ils votent comme les autres Français et se fichent totalement des consignes de militants. « Grâce à la banalisation de l’homosexualité, l’orientation sexuelle ne pèse plus autant sur le vote» regrette l’auteur de l’enquête de Elle, Hicham Zemrani. Les homos ne votent pas en tant qu’homos. Cela devrait réjouir le lobby LGBT. Les homosexuels ne sont plus une minorité montrée du doigt, ni une communauté politique. Ce sont des citoyens comme vous-et-moi. Ils votent avec leur tête pas avec leurs fesses.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

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La France humiliée mais Boualem libre

Toute la classe politique aurait dû célébrer la libération de Boualem Sansal. Mais perdue dans ses compromissions ou ses renoncements, elle confond prudence et lâcheté. Après les geôles d’Alger, l’écrivain rebelle découvre, en France, le bridage médiatique.


La libération de Boualem Sansal aurait dû être un moment de soulagement, puis de fierté nationale. Elle aurait pu rappeler que la France reste, au-delà de ses contra dictions, un pays qui protège les écrivains menacés, les esprits libres, les consciences dissidentes. Au lieu de cela, elle met cruellement en lumière nos renoncements, notre timidité diplomatique et, plus grave encore, l’abdication d’une partie de la classe politique face à un régime autoritaire. Le contraste est brutal : quand la France hésite, recule ou se tait, c’est l’Allemagne qui obtient la libération de Boualem Sansal.

La France a peur d’Alger

Depuis des années, Sansal incarne tout ce que les dictatures redoutent : la parole libre, l’ironie acérée, la critique lucide de l’islamisme et du militarisme algérien. Il n’a jamais renoncé à dénoncer le conformisme, la corruption et la dérive autoritaire du pouvoir d’Alger. Voir un tel écrivain arrêté, humilié, menacé pour ses idées aurait dû déclencher un réflexe immédiat dans le pays des Lumières. Ce réflexe n’est jamais venu.

Pire encore : alors que la société civile s’inquiétait, que des voix académiques et littéraires tentaient de s’élever, les autorités françaises se sont réfugiées dans un mutisme embarrassé. Pas un mot fort, pas une condamnation nette, pas la moindre pression publique, les efforts isolés – quoique courageux – de Bruno Retailleau mis à part. La raison est connue : la France a peur d’Alger. Peur de froisser un partenaire imprévisible. Peur de remettre en question une coopération sécuritaire fragile. Peur, surtout, d’affronter une mémoire franco-algérienne instrumentalisée, que nos gouvernants tentent d’apaiser au moyen de repentances symboliques plutôt que par la défense de principes.

Cette prudence, que certains osent appeler « réalisme diplomatique », n’est rien d’autre qu’une forme de lâcheté. Une lâcheté d’autant plus choquante qu’elle contraste avec la détermination de l’Allemagne. Berlin, sans passé colonial en Algérie, sans dette mémorielle utilisée comme chantage, a agi avec fermeté et célérité pour sortir de sa geôle un écrivain persécuté. Ce simple écart de posture révèle une vérité dérangeante : la France n’est plus, dans cette région du monde, un acteur respecté, mais un pays paralysé par sa culpabilité et incapable d’affirmer ses lignes rouges.

Le naufrage des Insoumis

Plus grave encore est l’attitude d’une partie de la gauche radicale française, au premier rang de laquelle La France insoumise. Au lieu de défendre la liberté d’expression d’un intellectuel persécuté, plusieurs députés LFI ont choisi de le calomnier, l’accusant de « racisme » et d’« islamophobie » – anathèmes automatiques dès qu’un penseur critique l’islamisme ou ses relais politiques. Ils ont voté contre les résolutions appelant à sa libération, préférant s’en prendre à l’écrivain plutôt qu’au régime qui l’emprisonne. L’histoire retiendra leurs noms.

Boualem Sansal n’est certes pas consensuel. Sa critique de l’islamisme est frontale, sans fard. Il ose même critiquer l’islam, ce qui est son droit le plus absolu au pays de Charlie. Son regard sur les dérives identitaires heurte ceux qui confondent défense des minorités et sacralisation d’une religion. Mais c’est cela, précisément, la litté rature : la liberté d’inquiéter, de bousculer, de choquer. Or ce sont des élus de la République qui ont rejoint, consciemment ou non, le camp de ceux qui veulent faire taire les voix dissidentes.

Maintenant qu’il est « libéré », une question se pose : l’est-il vraiment ? Peut-on dire aujourd’hui que Boualem Sansal a recouvré sa liberté pleine et entière lorsqu’il affirme lui-même qu’il devra « modérer » sa parole pour ne pas mettre en danger les siens ? Lui est-il demandé – et par qui ? – de ne pas livrer le fond de sa pensée et le récit de son emprisonnement ? Le gouvernement français, soucieux de préserver ses relations avec Alger, impose-t-il implicitement à Sansal une prudence qui tranche avec son esprit rebelle et effronté ?

À cela s’ajoute un plan média verrouillé, conçu par Gallimard : une première prise de parole sur France Inter, puis une autre sur France Télévisions – ce même service public qui a laissé traiter l’écrivain de raciste et d’islamophobe, et qui n’a jamais rectifié ni assumé les injures de certains de ses chroniqueurs. Qu’un auteur libéré d’une dictature commence son retour par un parcours médiatique ainsi organisé interroge : protège-t-on Sansal, ou encadre-t-on ce qu’il est autorisé à dire ? Il y a quelque chose de terrible dans cette image d’un dissident surveillé par ses libérateurs.

Boualem est certes revenu en France, et c’est heureux. Mais quand retrouvera-t-il pleinement la place qui est la sienne – celle d’un esprit libre ? Tant que subsisteront les pressions politiques, les menaces implicites, les silences prudents et les stratégies d’image pour ne pas froisser Alger, sa libération restera incomplète. Et elle continuera de symboliser, au-delà de son cas personnel, notre renoncement collectif à défendre sans trembler ceux qui parlent librement.

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Mont-de-Marsan: peine maximale pour la mère empoisonneuse

La personnalité inquiétante de l’accusée semble avoir été déterminante dans la décision du jury.


Le jury de la Cour d’assises des Landes, à Mont-de-Marsan, devant laquelle comparaissait Maylis Daubon, 53 ans, accusée d’avoir empoisonné ses deux filles dont l’aînée Enéa est décédée dans sa dix-huitième année, a été hermétiquement sourd aux plaidoiries. Estimant que l’hypothèse du suicide de cette dernière était plausible, ses deux défenseurs, Me Carine Monzat et Me Gérard Danglade, avaient réclamé son acquittement pur et simple.

Un procès qui a passionné la ville

Or, tout au contraire, la Cour l’a condamnée mercredi au terme de huit jours d’audience qui ont fait chaque fois salle comble (une durée exceptionnellement longue pour un procès d’assises), à la peine maximale de 30 ans de réclusion requise par le Ministère public. Le jury en a même rajouté en portant la peine de sûreté de 15 ans demandée par ce dernier à 20 ans. Et n’a pas été, davantage, sensible au témoignage de la cadette, Lau, la présumée survivante, âgée de 23 ans aujourd’hui, étudiante en biologie, venue à la barre proclamer avec force l’innocence de sa mère.

Elle avait redit ce qu’elle n’avait cessé de répéter durant l’instruction : qu’elle était convaincue que sa mère ne les avait pas empoisonnées, elle et sa sœur. A l’inverse, elle a chargé son père, Yannick Reverdy, 49 ans, un ancien international de handball, l’accusant de violence envers son épouse. « Je l’ai vu casser la gueule à ma mère, il était très violent physiquement et mentalement », a-t-elle affirmé sans que la Cour cherche à en savoir davantage.

Pas de place au doute

La conclusion de ce procès ne peut que laisser dubitatif. Au fil des audiences, à aucun moment n’a été avancé le moindre élément susceptible d’accréditer que Maylis Daubon avait administré à Enéa, le matin du 13 novembre 2019, entre 50 et 75 cachets de propranolol, un bétabloquant cardiaque qui allaient provoquer sa mort six jours plus tard après avoir été admise aux urgences de l’hôpital de Dax. Alors se pose une question : sur quoi les jurés ont fondé leur intime conviction ? Elle restera sans réponse car les délibérations relèvent du secret.

A l’énoncé du verdict, la présidente, Emmanuelle Adoul, s’est bornée à déclarer qu’ « au regard de la gravité des faits, de la mort d’Enéa, de leur durée, des modes opératoires (…), la Cour a estimé la culpabilité ». Puis elle ajouté que « la vie de Lau (NDLR la cadette) a été sauvée du fait de l’interpellation » de la mère. L’avocat général, Marc Borragué, de son côté, a affirmé que la victime était « affaiblie par une surmédicalisation, avec une soumission chimique qui a entraîné une abolition de son libre arbitre. »

Donc à propos du propranolol, « on lui donne ou elle prend, je ne peux l’affirmer, dit-il, mais l’absorption a été faite dans des conditions d’emprise. » Selon lui, Maylis Daubon a agi sous l’effet du syndrome de Münchhausen. A savoir, a-t-il expliqué : « J’ai emprise sur quelqu’un qui va m’échapper, je ne peux le supporter, je le tue. »

D’un point de vue strictement médical, ce syndrome, selon le spécialiste Eric Binet, « est un trouble factice qui conduit un parent à simuler, exagérer, provoquer chez son enfant une pathologie pour en obtenir une reconnaissance à travers l’assistance médicale qu’il lui apporte ».

Dans les faits, ce 13 novembre, l’accusée n’était pas à son domicile lorsque Enéa a eu en fin de matinée sa crise de convulsions qui allait lui coûter la vie. Elle avait un rendez-vous avec un prof de Lau qui était restée, elle, à la maison. De style gothique, déscolarisée depuis un an, Enéa souffrait de troubles psychiatriques sévères, avec des tendances, selon son entourage, suicidaires. Elle était sous traitement.  L’infirmier était passé à 8h30 lui prodiguer ses soins bi-quotidiens. Il n’avait rien noté d’anormal. Plus tard arrive le petit-ami de Lau. C’est lui qui découvrira Enéa, dans sa chambre, en pleine crise de convulsions. Alertée, la mère arrive dix minutes plus tard, et alerte à son tour les pompiers.

Une personnalité inquiétante

Ce sont eux qui ont la suspicion d’un possible empoisonnement. Ils alertent la police qui ouvre une enquête qui a abouti à l’inculpation de Maylis Daubon. L’analyse toxicologique avait décelé dans le corps de la morte dix fois la dose thérapeutique du bétabloquant en question. Sur les conditions de cette ingestion, « on ne sait rien », insistera la défense. « Avaler autant de cachets, affirmera Me Carine Mongat, c’est impossible. » L’énigme demeure entière. Seul un Sherlock Holmes aurait éventuellement pu la résoudre. L’unique certitude, c’est que, d’après une experte, le poison détecté a été ingurgité au moins deux heures avant.

Deux faits ont contribué à accréditer la culpabilité de Maylis Daubon auprès de la cour, sa personnalité et le stock « impressionnant » de propranolol découvert chez elle lors d’une perquisition. Qualifiée de menteuse invétérée et de mythomane, comment dès lors la croire à sa sincérité lorsqu’elle clame avec véhémence son innocence. Avant que le jury ne se retire pour délibérer, en vain elle a prononcé ces derniers mots : « C’est avec l’énergie du désespoir que je vous dis mon innocence. Je n’ai pas empoisonné Enéa et Lau. » Quant au stock de propranolol, c’est elle qui se l’est procuré à l’aide d’ordonnances truquées et en courant les pharmacies, ce qui indubitablement a très probablement induit le sentiment auprès des jurés de la planification d’un empoisonnement sur la durée.

Ses avocats ont laissé entendre qu’elle allait interjeter appel. Elle a dix jours pour le faire à partir de l’énoncé de sa peine.

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December 03, 2025

Les infos de L'Œuvre d'Orient - 3 décembre 2025

Chaque semaine, retrouvez l'actualité des Églises orientales, en partenariat avec L'Œuvre d'Orient.

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Teen Vogue la galère…

Aux États-Unis, la déclinaison de Vogue pour les jeunes fait les frais du mouvement de libération anti-woke. Didier Desrimais raconte.


Petite sœur de Vogue, la revue américaine Teen Vogue a été lancée en 2003. Destinée, comme son nom l’indique, aux jeunes, elle a d’abord traité de sujets propres à la marque : la mode et les célébrités. En 2016, dogme DEI (diversité, équité, inclusion) oblige, Condé Nast, la maison d’édition à qui appartient Teen Vogue, propulse l’Afro-Américaine Elaine Welteroth au poste de rédactrice en chef. La ligne éditoriale est dès lors de plus en plus politique, démocrate et woke.

Entre deux papiers anti-Trump, les juvéniles lecteurs de Teen Vogue apprennent de nouveaux « concepts » – masculinité toxique, privilège blanc, racisme systémique, fluidité de genre, apocalypse climatique, etc. – et découvrent qu’un homme peut être enceint et une femme avoir un pénis, qu’être « non binaire, c’est être libre », que tous les Blancs sont racistes et que Greta Thunberg est une « icône inspirante ».

A lire aussi: France Inter: ce que le militantisme fait à l’humour…

Au nom de la « santé sexuelle » et parce que « le sexe anal est trop souvent stigmatisé », Teen Vogue propose aux adolescents des articles sur la sodomie, agrémentés de chatoyants croquis anatomiques, dans lesquels il est spécifié que le coït anal n’est pas réservé aux homosexuels et que les « non-propriétaires de prostate » (les femmes) peuvent également y prétendre. Récemment encore, et bien que le wokisme batte de l’aile aux États-Unis, les divagations sur le « système patriarco-hétéronormatif » et les élucubrations sur la « crise climatique, symptôme du système colonial et blanc » se multipliaient dans le magazine pour ados à cheveux verts et à idées courtes. Mais… business is business : de nombreuses entreprises abandonnent les politiques « d’inclusion et de diversité » imposées par les groupes de pression « progressistes », mais de plus en plus contre-productives et financièrement préjudiciables. La maison d’édition Condé Nast a décidé de participer à ce mouvement libérateur en licenciant les trois quarts des journalistes de Teen Vogue et en fusionnant ce dernier avec Vogue.com où, avertit diplomatiquement mais fermement l’équipe de direction, il devra se plier à sa ligne éditoriale dépolitisée. Vive le Mouvement de libération anti-woke !

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«Le tout carcéral est une impasse» déclarent les évêques français

À l’occasion de Jubilé des détenus le 14 décembre, les évêques français sont invités à se rendre dans les prisons pour organiser des célébrations liturgiques auprès des personnes incarcérées. Dans un communiqué, l’Église de France déplore la situation carcérale actuelle et appelle les responsables politiques à trouver des alternatives pour sanctionner tout en respectant la dignité humaine.

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ACEAC : un panel d’experts pour éclairer les défis sociopolitiques des Grands Lacs

Dans un contexte régional toujours fragilisé par des tensions persistantes, l’Association des Conférences Épiscopales de l’Afrique Centrale, (ACEAC) a réuni du 26 au 27 novembre, un panel d’experts pour actualiser l’analyse de la situation sociopolitique dans les Grands Lacs et élaborer des orientations pastorales. La deuxième étape se poursuivra à Kinshasa du 10 au 14 décembre 2025 L’abbé Jean-Pierre Badidike Mulamba, Secrétaire général de l’ACEAC, revient sur les enjeux de cette démarche.

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Le 8 décembre, hommage du Pape à l'Immaculée Conception sur la place d'Espagne

Lundi 8 décembre, Léon XIV se rendra à 16 heures sur la place Mignanelli, à quelques pas de la place d'Espagne à Rome, pour prier au pied de la colonne surmontée de la statue de la Vierge. Le Saint-Père accomplira donc le traditionnel acte de dévotion à l'effigie mariale. L'année dernière, le Pape François avait prié aux pieds de la statue de Marie et lui avait confié le Jubilé de l’espérance.

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Inondations en Asie du Sud-Est, plus de 1 500 morts

Après les pluies torrentielles de la mousson, associées à deux cyclones tropicaux distincts la semaine dernière, et qui ont ravagé le Sri Lanka, l'Indonésie et la Thaïlande, c’est la course contre la montre pour venir en aide aux survivants. Au Sri Lanka par exemple, l’Église catholique se mobilise pour soutenir les victimes, accueillant les déplacés.

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JMJ 2027 en Corée du Sud, la prière comme antidote contre les peurs

Le comité organisateur des prochaines Journées mondiales de la jeunesse, qui se tiendront à Séoul, invite les jeunes à dépasser leurs inquiétudes et leurs appréhensions pour envisager l'avenir avec un espoir renouvelé. «Leurs rêves ont une grande valeur pour l'avenir de l'Église», a déclaré l'archevêque Jeong Soon-taek.

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RCA: les évêques appellent à un vote responsable et à la paix avant les élections

À moins d’un mois des élections groupées prévues le 28 décembre, la Conférence épiscopale centrafricaine (CECA) lance un appel solennel à la responsabilité, au dialogue inclusif et au respect de la dignité humaine. Les évêques exhortent chaque citoyen à construire un avenir de justice, de cohésion et de paix pour la République centrafricaine. Dans un entretien accordé à Radio Vatican, Mgr Bertrand-Guy-Richard Appora-Ngalanibe, OP, revient sur cette déclaration dont il est signataire.

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Label affaire

En soutenant une initiative visant à distinguer les médias qui respecteraient les règles du journalisme des autres, le président Macron s’attire les foudres de la presse conservatrice. Labelliser les informations ou les opinions est toujours une mauvaise idée.


Fidèle à lui-même, le président Macron vient donc de nous concocter une toute nouvelle usine à gaz. Toxique le gaz, en l’occurrence en raison du fort remugle de censure qui accompagne la géniale trouvaille.

La formidable idée qu’il vient de nous sortir de son chapeau de clown consisterait ni plus ni moins à attribuer un label de qualité aux organes d’information, à leurs équipes éditoriales et à leurs productions. Un peu comme pour le calendos des verts pâturages et le plat-de-côtes made in Limousin.

Médiatiquement correct

Subtil, le fin penseur tient cependant à rassurer les foules : ce n’est pas l’État qui estampillerait mais « les professionnels de la profession » eux-mêmes. Donc une sorte de comité de la bien-pensance, du médiatiquement correct. Recrutés sur la base de quels critères, ces beaux esprits, et œuvrant en fonction de quelle grille de lectures ? Voilà ce qu’on ne sait pas encore.

Ce que nous savons pertinemment en revanche, c’est l’aveu de faiblesse, l’aveu de détresse qui se cache derrière ce genre de diablerie, dernier refuge, dernière marotte des pouvoirs en perdition. Ces pouvoirs en faillite n’ont en effet plus guère qu’un seul ennemi à redouter : la vérité. La vérité de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font, de leurs échecs, de leurs médiocrités, de leurs compromissions. Alors, on flingue. On flingue la vérité et ceux qui osent prétendre la porter.

Un mot sorti de la bouche du président sonne comme un aveu en la matière. Aveu terrifiant. Il qualifie les médias et les confrères qui le défrisent de « dissidents ». Le mot même qu’employaient les dirigeants communistes de l’URSS et leur valetaille du PCF pour désigner les Soljenitsyne, les Kasparov, les Amalrik, les Lioudmila Alexeïeva et tant d’autres…Oui, quel aveu ! Quel pitoyable aveu !

La patrouille bien-pensante à la rescousse

Volant au secours de cette nouvelle avancée présidentielle, d’aucuns se réfèrent à un label déjà existant, la certification ICJ, en française Initiative pour la confiance dans le journalisme, dont l’ONG Reporters Sans Frontières (RSF) serait à l’origine. L’idée remonterait à 2018. Ce sont des cabinets d’audit tels que Veritas ou Deloitte qui feraient office d’arbitre, et non l’État, tient-on à préciser. En France, 17 médias sont à ce jour certifiés, cela va, nous révèle Patrick Cohen dans une récente chronique de France Inter, de TF1 au Réveil du Vivarais. On s’en doute, sa propre antenne est du lot.

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La démarche en soi ne manque certes pas d’intérêt, sauf que la question de fond reste entière : selon quels critères précis l’accréditation est accordée ou non, et par qui sont désignés ceux qui les édictent, jugent de leur application, qui est garant de l’indépendance des arbitres ? Questions qui évidemment se posent avec une certaine acuité puisqu’on nous apprend que, à ce jour des médias de cent vingt-sept pays de par le monde ambitionneraient d’obtenir ce label, cent vingt-sept pays dont on ignore bien évidemment si la conception et la législation d’État en matière de liberté de la presse, liberté d’expression, liberté tout court, sont équivalentes aux nôtres. Une ironie facile serait de laisser entendre que le fait que les ondes de M. Cohen brillent particulièrement dans ce classement ne serait pas forcément de nature à rassurer sur la fiabilité « déontologique » de l’entreprise. Passons. 

J’évoquais l’écœurant remugle de censure que le président se plaît à agiter avec ce projet qui ne serait donc pas le sien, mais celui de cette fameuse ONG, RSF, dont, cela soit dit en passant, souligner l’engagement idéologique ne saurait lui faire injure.

Cependant, que le président soit remercié pour une chose au moins, car, car tenant ces propos, il nous permet de nous replonger dans ce que la tradition intellectuelle française a pensé et dit par le passé de cette saloperie politique et mentale qu’est la censure.

Voici deux citations, juste pour la route.

Celle-ci, de mon référent de prédilection, Beaumarchais, dans Le Mariage de Figaro : « Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. »

Et cette autre, de Gustave Flaubert, tirée de sa correspondance avec Louise Colet : « La censure quelle qu’elle soit me paraît une monstruosité, une chose pire que l’homicide. L’attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme. La mort de Socrate pèse encore sur le genre humain. »

Une confidence pour finir. J’aurais beaucoup aimé livrer sur ce sujet une réflexion de Mme Aya Nakamura, si bien en Cour ces temps-ci (Un long sujet lui était notamment consacré au 20 h de France 2 ce dernier dimanche), mais n’en ayant trouvé aucune, j’ai dû renoncer. J’en suis fort chagrin. Je tiens à préciser les choses afin qu’on n’aille pas m’accuser d’avoir éventuellement, si peu que ce soit, censuré cette grande dame.


Elisabeth Lévy, ce matin au micro de Sud radio : « C’est inutile et dangereux ! »

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Kenya, la mission de sœur Juliana auprès de catholiques sourds

Au milieu de l’agitation de la vie quotidienne, le silence est devenu un luxe que personne ne s’accorde. Pourtant, il existe des personnes pour qui ce silence représente leur monde, et sœur Juliana Muya cherche à apporter la Parole de Dieu dans leur monde silencieux à travers la langue des signes.

Tout lire

 

BBC: service de déni public

L’institution audiovisuelle britannique traverse une crise qui écorne sa réputation. Diffusion de fake news concernant Trump, BBC Arabic relayant la propagande du Hamas, programmes jeunesse promouvant l’idéologie transgenre. Sans surprise, pour la BBC, le problème n’est pas sa partialité éditoriale mais ceux qui osent la dénoncer


« Sorry, not sorry » est une expression anglaise pour désigner des excuses qui sonnent faux. Elle est parfaitement adaptée à celles que la BBC a présentées à Donald Trump, après la révélation, le 3 novembre, par le Daily Telegraph, du contenu d’une note interne du radiodiffuseur de service public. Cette note tirait la sonnette d’alarme concernant certaines des pratiques éditoriales de la Bib, notamment le montage fait par son émission-phare dans le domaine des reportages politiques, « Panorama », du discours prononcé par Trump devant ses partisans le 6 janvier 2021. Juxtaposant des parties très différentes de ce discours, le documentaire intitulé « Donald Trump : une deuxième chance » et diffusé à la veille de l’élection de 2024, donnait l’impression que le président avait fait un appel direct à la violence avant l’assaut du Capitole. Informé de cette manipulation grâce au quotidien britannique, Trump a prétendu y voir une tentative pour influencer le processus démocratique. Il a réclamé des excuses à la BBC et indiqué que, face à cette « diffamation », ses avocats exigeraient des dommages et intérêts s’élevant à un milliard de dollars, chiffre qui est monté depuis à cinq milliards ! Aux États-Unis, Trump a déjà obtenu des sommes considérables par des règlements extrajudiciaires avec les chaînes ABC et CBS, ainsi qu’avec Meta (propriétaire de Facebook et Instagram).

Dans sa réponse, la BBC a dit « regretter » la manière dont « la séquence a été montée ». Le verbe est ambigu (on s’excuse de son acte ou on se désole de l’avoir commis ?), et la voix passive permet de ne pas identifier les responsables. Selon la BBC, l’émission n’était pas diffamatoire, puisqu’elle n’avait pas été diffusée aux États-Unis et n’est plus disponible en ligne. Enfin, ce documentaire n’aurait pas eu d’effet, car Trump a gagné l’élection. Une autre déclaration parle d’une « fausse impression » qui aurait été donnée « accidentellement ». Mais ces manifestations de contrition passent à côté du vrai problème de la BBC : la partialité idéologique de nombre de ses salariés.

En flagrant déni

Prise ainsi en flagrant délit de fake news, la hiérarchie de la BBC est l’auteur de ses propres maux. Depuis longtemps, elle préfère minimiser les avertissements qui lui sont adressés par ses propres systèmes de contrôle. Celui qui est à l’origine de la fameuse note fuitée au Daily Telegraph, Michael Prescott, ancien chef de la rédaction politique au Sunday Times, était un consultant indépendant embauché par la BBC pour renforcer sa commission chargée de surveiller la qualité de l’information. Il a rédigé sa note avant de démissionner en juin, désespéré par l’inaction du conseil d’administration qu’il accuse d’être toujours sur la défensive quand un problème éditorial est soulevé. L’affirmation selon laquelle le montage du discours de Trump était « accidentel » est manifestement fausse : si ce montage date de 2024, un autre très similaire et aussi mensonger avait été fait en 2022 par l’émission d’actualités la plus prestigieuse de la BBC, « Newsnight ». Ainsi, la direction travestit en bévues des choix résultant de ce qu’on peut appeler – en empruntant le jargon wokiste qu’affectionne la BBC – des « biais systémiques ».

Ce refus d’admettre que son personnel puisse être coupable de déformer l’information sous l’influence de ses préjugés politiques est le talon d’Achille de la BBC. Créée en 1922, elle a construit pendant des décennies une réputation d’impartialité relative et de fiabilité. Désormais, ce capital patiemment acquis a été presque entièrement gaspillé. Sa réaction à ce qu’on pourrait surnommer le « Trumpgate » révèle son talent pour le déni. Ses journalistes ont laissé entendre que l’esclandre autour du faux montage serait le résultat d’un complot ourdi par la droite. Une opération de subversion viserait à saper la légitimité d’une BBC vouée au combat contre ces fakes news par lesquelles les réactionnaires populistes manipulent les électeurs. Cette interprétation a été relayée par beaucoup de politiques de gauche, bien que le Premier ministre, sir Keir Starmer, ait préféré rappeler la BBC à l’ordre. Lui, qui s’est démené pour garder des relations cordiales avec Trump, est gêné par l’attaque mensongère d’un média de service public contre un allié surpuissant. Les tenants de la lecture complotiste font valoir que l’un des membres du conseil d’administration est sir Robbie Gibb, un proche du Parti conservateur. S’il a joué un rôle dans la révélation de l’affaire, c’est peut-être parce qu’il pense, non sans raison, que la BBC traverse une crise existentielle. Seulement, pour la BBC, le problème n’est pas sa partialité éditoriale, mais ceux qui osent en parler. Ça ne vous rappelle rien ?

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Cette tendance au déni fait partie intégrante de la culture de l’institution. Elle explique son incapacité à agir dans des affaires comme celle de Jimmy Savile, animateur célèbre qui a abusé d’un millier enfants au cours de sa carrière ; celle de Huw Edwards, présentateur-vedette impliqué dans un commerce de pédopornographie ; ou celle de Martin Bashir qui, en 1995, a manipulé une princesse Diana psychologiquement fragile pour qu’elle lui accorde une interview-choc. Si toutes ces défaillances passées concernaient l’arrière-boutique, celles d’aujourd’hui sont visibles dans le traitement de l’information. Le cas le plus extrême est celui de BBC Arabic qui, avec une audience de 40 millions, diffuse des actualités en arabe – et dans une version très différente de celle qui a cours dans les autres services. Après le 7-Octobre, BBC Arabic a été accusée de promouvoir une propagande pro-Hamas et de faire intervenir des journalistes comme Samer Elzaenen qui aurait déclaré que les juifs « doivent être mis à mort par balles et brûlés comme Hitler l’a fait ». La direction a fini par annoncer une réorganisation complète de ce service. En février cette année, nouveau scandale quand le public a appris que le narrateur d’un documentaire « Gaza : survivre dans une zone de guerre », un garçon de 13 ans qui se présentait comme un assistant médical improvisé, n’était autre que le fils du sous-ministre de l’Agriculture du Hamas. En juin, la retransmission en différé d’un concert au Festival de Glastonbury s’est transformée en un appel à la mort des soldats israéliens. La diffusion en flux n’a pas été interrompue. Pour compléter le tableau islamo-gauchiste, la BBC a été accusée de promouvoir l’idéologie transgenre dans ses émissions pour enfants et de ne pas parler d’actualités qui pourraient montrer les non-binaires sous une lumière défavorable. Ses émissions satiriques seraient très marquées à gauche, tandis que dans ses fictions les méchants et les gentils seraient faciles à distinguer, les premiers étant des Blancs et les autres des personnes de couleur.

Modèle économique et modèle de vertu

Tous ces éléments ont fini par exaspérer une grande partie du public. Selon un argument qui fait son chemin, les citoyens seraient privés de la possibilité de manifester leur désaccord par le fait que la BBC est financée par la redevance. Cette dernière coûte 200 euros, plus que l’abonnement à Netflix et à Disney +. C’est ainsi qu’est né le mouvement Defund BBC – arrêtez de payer ! Dans le passé, il était difficile d’échapper aux inspecteurs qui venaient frapper à la porte des particuliers n’ayant pas payé leur redevance. Aujourd’hui, le nombre de ceux qui refusent de leur ouvrir est si grand que les inspections ne peuvent pas y faire face. C’est ainsi qu’au cours des douze derniers mois, la BBC a perdu presque 1,2 milliard d’euros sous forme de redevances impayées. Son modèle économique est en crise et sa prétention à incarner la vertu est plus un obstacle qu’un atout.

Sous la pression du « Trumpgate », le directeur général et la directrice de l’information ont démissionné, mais cela ne sauvera pas l’institution. Cette dernière est un béhémoth où les dirigeants ont peu d’influence sur la culture qui domine dans ses innombrables services. L’employé typique de la BBC est un jeune bourgeois diplômé qui a gobé toute l’idéologie wokiste et se croit appelé à apporter la bonne nouvelle au reste de la société. Sauf qu’une grande partie de la société n’est pas disposée à l’écouter. Autrefois, le public se divisait politiquement entre la droite et la gauche. La BBC faisait de son mieux pour naviguer entre les deux. Aujourd’hui, le clivage est beaucoup plus générationnel et territorial – Londres contre les régions. Le personnel de la BBC n’est plus en phase avec un grand nombre de Britanniques. Des voix s’élèvent pour mettre fin à la redevance et livrer la BBC à la concurrence du marché libre, mais un dilemme se présente qui s’applique aux services publics dans la plupart des pays occidentaux : comment résister aux fake news qui circulent librement sur les réseaux sociaux, ainsi qu’à la vision du monde promue – souvent en anglais – par des médias d’État de régimes autoritaires comme la Chine ou la Russie ? La secrétaire à la Culture a déclaré à la Chambre des communes que « la BBC est une institution nationale qui nous appartient à nous tous ». À l’heure actuelle, on dirait plutôt qu’elle fait honte à la nation.

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Grandeur et décadence de nos musées

Plus redoutables que les voleurs du Louvre, ce sont l’appauvrissement intellectuel, la politisation de l’art et le relativisme esthétique qui menacent nos musées.


Diamants, rubis, émeraudes, saphirs… En sept minutes à peine, un fric-frac au Louvre suffit pour remplir de larmes les réservoirs d’une fierté culturelle au bord de la sécheresse. Les bijoux de Marie-Louise et d’Eugénie, chants de cygne d’une noblesse éteinte, fourrés dans des sacs et embarqués sur des scooters pétaradants… L’émoi suscité par ce cambriolage pourrait presque nous faire pardonner certains qui pensaient Eugénie reine alors qu’elle fut impératrice, ainsi que d’autres s’exhibant sur les réseaux sociaux, mêlant aux sanglots des menaces jetées aux voleurs. Après tout, ce qu’on arracha à la France, c’est un de ses fruits sacrés.

Mais quel fruit sacré, exactement ? À vrai dire, ce qui furent, jusqu’au 19 octobre, immortelles ambroisies, se firent ensuite Pommes de la discorde. Car outre le chagrin de ces dernières semaines, entièrement louable, la perte des bijoux a révélé un drame plus profond : une indifférence croissante envers les musées eux-mêmes, mourant à petit feu d’année en année.  

Honte de soi et cartels pour bêtas

Depuis trop longtemps, les musées se rendent indignes des œuvres qu’ils affirment préserver. Des plus célèbres palais du monde jusqu’aux galeries de province, l’art, ainsi que tout ce qu’il renferme en son sein – beauté, héritage, transcendance, exigence – sont la cible de mille flèches, dont les plus graves : médiocrité, honte de soi, relativisme, bas-fonds politiques, et laideur morale ; bien entendu, sous des airs d’innovation et d’ouverture.

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D’abord, la médiocrité, jumelle de la tiédeur. À titre d’exemple, moins insignifiant qu’il n’en a l’air, le Louvre et le Carnavalet décidèrent, en 2021, d’abandonner les chiffres romains dans l’écriture des siècles et des titres de rois, au nom d’une prétendue meilleure compréhension du public. L’on pouvait donc lire sur leurs cartels, notamment, « Louis 14 » … Avant que l’on ne crie au faux scandale pour privilégiés délicats, considérez l’aspect symbolique. Voyez-vous, une civilisation ne se résume pas qu’à ses institutions, ses monuments, ses fulgurances. Sa poésie se trouve aussi dans ses plus infimes particularités, banales pour certains, mais qui, pour d’autres, scintillent comme des pierres d’une mosaïque, celles qui, loin du point focal, participent néanmoins à son harmonie et son détail. Ce « je ne sais quoi » dont parlait Jankélévitch : inutile, peut-être, dans l’ordre pratique, mais crucial pour ces veines invisibles où coule l’essence des choses.

Par ailleurs, si les musées s’inquiétaient que les visiteurs étrangers ou locaux ne comprennent rien aux chiffres romains, eh bien, un simple paragraphe explicatif affiché à l’entrée ferait l’affaire. N’est-il pas insultant, quelque part, de considérer un système numérique comme trop compliqué pour le visiteur moyen ? Si des musées de renommée mondiale, comme le Louvre, n’exigent plus le moindre effort de réflexion avant même de présenter leurs œuvres – elles, de plus en plus victimes d’un « retour à la caverne » platonicien, du fait qu’elles soient vues à travers un écran de téléphone et non des yeux – qu’est-ce qui inciterait le visiteur à se surpasser, à se faire violence pour s’élever ? À force de craindre de perdre l’attention du visiteur, les musées ont cessé d’exiger son respect.

Laideur sournoise

En parlant de respect, il serait aujourd’hui bien difficile de visiter le moindre musée sans être confronté au phénomène de « repentance muséale », sorte de mea culpa existentiel dès qu’il est question d’un fragment d’histoire occidentale. Mais qu’on ne confonde pas tout : il ne s’agit pas ici de combattre la nuance, et l’adoption d’une approche holistique de figures historiques aussi complexes qu’ils furent hommes. Ce qui pourrit la transmission historique de l’art, c’est plutôt l’absence de nuance et l’aveuglement idéologique.

En 2021 aussi, le Musée national du Pays de Galles a choisi de retirer le portrait de Sir Thomas Picton – un héros national en Grande-Bretagne, et le soldat le plus haut gradé à avoir été tué pendant la bataille de Waterloo – pour le confiner aux poussières de grenier, citant son implication dans l’esclavagisme. Encore une fois, il n’est pas question de défendre ses actes, mais bien de se demander : pourquoi ne pas illustrer son importance historique sans pour autant occulter sa part d’ombre ? Expliquer, plutôt que cacher ?

Plus tard, le portrait fut réexposé, mais, sous pression de groupes divers, dans une espèce de boîte en bois industriel, avec une vitrine conçue spécialement pour obscurcir le portrait, évoquant davantage raclure de tiroir que héros national. Le tout, accompagné d’un long texte qui ne visait pas à nuancer, mais à abattre le personnage. Ainsi, au lieu de discuter de véritables questions éthiques, de façon mature, l’on choisit l’autoflagellation et la caricature. Celui qui jadis inspirait l’admiration de son peuple fut victime d’un grotesque rituel, aussi humiliant pour lui que pour le visiteur : « Osez le regarder, le bougre ! Pas évident, n’est-ce pas ? » ricanait-on entre les lignes… D’autres exemples de ce genre pullulent. Mais, comme dirait l’autre, « il n’y a qu’à traverser la rue ».

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Et le comble de ce festin de plaies, c’est la laideur – mais pas n’importe laquelle. Celle-ci, voyez-vous, est plus habile, plus sournoise. Il faut croire qu’elle s’est perdue dans un bal vénitien et s’est masquée derrière des fioritures pour se faire aimer des invités, afin de tromper le beau, maintenant vieux et las, de danser avec lui jusqu’à ne plus lâcher son bras, jusqu’à ce que tous crurent en une union, pour ne pas dire un parasitisme, au point où jamais le beau ne parle sans que la laideur ne le coupe, parle plus fort, déforme ses propos, lui mène une guerre d’usure pour bien faire comprendre qu’il appartient à un monde disparu, tandis qu’elle continue d’enchanter les invités, de rire, rire aux éclats, le masque aidant à cacher ses dents pourries…

Oui, un masque scintillant, provocateur, qu’il est devenu chic d’aimer. C’est pourquoi l’on voit toujours apparaître au musée, autour d’installations aussi hideuses que préméditées, « Recontextualiser », « Repenser », « Réinterroger », « Relativiser » … un fatras de mots en « re », dont le plus juste serait « Régresser ».

Aucune œuvre n’est à l’abri, qu’elle soit au musée ou dans la rue. À défaut de les profaner elles-mêmes, il est maintenant coutume de les travestir d’installations censées choquer, désacraliser, et enlaidir. L’on pense bien sûr aux exemples les plus célèbres, comme les Balloon Dogs de Jeff Koons plantés au château de Versailles en 2008, ou à « l’arbre » euphémistique de Paul McCarthy qui souilla la place Vendôme en 2014 dans le cadre de la Foire internationale d’art contemporain – dont l’acronyme n’est sûrement qu’un heureux hasard. Mais cet arbre, comme ces ballons, cachent une forêt à éradiquer par le feu : la multiplication de ces attentats contre la beauté dans les musées petits et grands, de Paris à Montréal, de Los Angeles à Berlin. Des peintures symbolistes occultées par des sculptures vides de sens. Des monuments grandioses recouverts de piaillements ingrats. C’est trahir les artistes qui nous ont laissé des œuvres dignes des siècles, trahir une élégance devenue cacophonie, et symptôme d’une culture qui s’intéresse davantage à réécrire le passé qu’à dessiner l’avenir.

Voici l’état où se trouve l’art à présent, tandis que la foule se tient muette derrière le peloton d’exécution. Mais devant ce saint Sébastien à la chair percée de mille flèches, il est de notre devoir collectif d’agir comme sainte Irène, de le prendre dans nos bras, de soigner ses blessures, de le regarder, l’écouter vraiment, et de le défendre coûte que coûte contre ses faux protecteurs, afin qu’il retrouve sa splendeur réelle, digne de ceux qui nous l’ont transmise.

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Kaouther Ben Hania: un dispositif émotionnel ambigu

La Voix de Hind Rajab, actuellement en salles, soulève quand on le visionne une problématique d’ordre moral telle qu’il en résulte un très mauvais film. À éviter.


La Voix de Hind Rajab est, pour certains, un témoignage bouleversant ; pour d’autres, une preuve irréfutable d’un prétendu génocide perpétré par l’armée israélienne ; pour d’autres encore — dont je fais partie — un film qui soulève des questions d’ordre… cinématographique. La Voix de Hind Rajab est en effet une fiction inspirée de faits réels. La cinéaste Kaouther Ben Hania a choisi de réaliser un documentaire-fiction construit sous la forme d’un huis clos étouffant au sein d’un centre d’appel du Croissant-Rouge. Les comédiens qui interprètent les secouristes jouent, en pseudo temps réel, leurs réactions à l’écoute de l’appel authentique de la petite Palestinienne Hind Rajab, coincée dans une voiture et entourée des corps sans vie de membres de sa famille — un crime de guerre ?

Un dispositif discutable

Le film, servi par une mise en scène très cadrée ne montre fort heureusement aucun plan de violence explicite liée à la guerre en cours menée par Israël contre les terroristes du Hamas. Kaouther Ben Hania fonde sa mise en scène sur l’utilisation de la parole véridique de Hind Rajab mélangée aux réponses de ses comédiens. Elle filme la parole, les silences, les bruits de guerre, ainsi que l’impuissance des secours, la tension qui s’installe entre eux et instaure un suspense surdramatisé malaisant et malhonnête sur l’issue de la situation. Tous les spectateurs allant voir ce film connaissent l’histoire vraie et tragique de Hind Rajab. Cette manière de filmer le réel entre retenue apparente et dramatisation jouée pose question. L’horreur n’est pas montrée mais est donnée à entendre — et surtout à ressentir par une médiation théâtralisée.

Kaouther Ben Hania transforme le réel en matière première d’un thriller psychologique dont la force émotionnelle devient paradoxalement une faiblesse. Le matériau utilisé, le réel : l’enregistrement de la voix d’une enfant confrontée à l’horreur de la guerre possède une intensité qui impose compassion et stupeur. Sa charge affective est insoutenable. Dès lors, comme pour la représentation de la Shoah au cinéma la question fondamentale arrive : un film peut-il, et doit-il utiliser cette voix, la mettre au centre d’un documentaire qui devient par sa mise en scène habile une fiction ? Comment l’utiliser sans la dénaturer ?

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Absence de distance critique et primat de l’émotion

Le dispositif retenu repose sur la diffusion de la parole d’une enfant en plein désarroi. Pas de contextualisation, pas de distance ni de travail critique réflexif sur la manière de montrer. Le film démontre et la cinéaste choisit de mettre cette voix brute comme pivot central émotionnel autour duquel elle ordonne le jeu de ses comédiens, les plans sur les visages des opérateurs et secouristes, les lumières crues du centre d’appel, la musique et le montage… Le spectateur doit ressentir viscéralement ce drame. Tout l’enjeu du film est de transformer la douleur authentique en levier dramaturgique, destiné à provoquer une émotion maximale. L’utilisation de cette voix comme moteur narratif semble alors devenir une véritable exploitation émotionnelle, un instrument affectif qui en confisque la dignité.

Une question éthique majeure

Peu importe la légitimité du sujet ; ce qui interroge, ici, c’est la manière dont il est mis en scène. La sidération l’emporte sur la réflexion, l’intensité affective écrase la complexité de la situation. La cinéaste est trop consciente du pouvoir qu’exerce son matériau.

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Sur le plan éthique, la question est cruciale : peut-on mobiliser la voix d’une enfant terrorisée sans la surdéterminer, sans la transformer en instrument moral au service d’une cause ? La cinéaste ne semble pas se poser ces questions. Elle s’appuie sur cette douleur brute, faisant usage d’un témoignage fragile qui aurait exigé une mise en forme d’une rigueur extrême, afin d’éviter toutes scènes spectaculaires ou excessivement dramatisées.

Un rappel théorique : Rivette et la question de l’abjection

À cet égard, la réflexion de Jacques Rivette dans son excellent texte De l’abjection(1) demeure éclairante. Critiquant le fameux “travelling de Kapò”, Rivette écrivait : « Voyez cependant, dans Kapo, le plan où Riva se suicide, en se jetant sur les barbelés électrifiés ; l’homme qui décide à ce moment de faire un travelling-avant pour recadrer le cadavre en contre-plongée, en prenant soin d’inscrire exactement la main levée dans un angle de son cadrage final, cet homme n’a droit qu’au plus profond mépris. ». Si la situation diffère — Kaouther Ben Hania évite toute esthétisation visuelle — l’enjeu moral est similaire : comment filmer, comment représenter, comment mettre en scène une détresse réelle sans la transformer, fût-ce involontairement, en spectacle ? Rivette rappelait que la mise en scène impose toujours un regard, et que ce regard peut devenir indécent dès lors qu’il manipule la douleur au lieu de la penser. Le film de Ben Hania ne commet pas une « faute de cadre », comme dans Kapò, mais il opère une mise en émotion qui, elle aussi, soulève une question de légitimité.

Le film de Kaouther Ben Hania me semble donc une œuvre contestable non pour son sujet — tragique, dur et réel — mais par la manière dont elle en dispose. En misant presque exclusivement sur le choc affectif, la cinéaste transforme cette voix enfantine en instrument narratif, substituant l’émotion, le pathos à la compréhension.

Le cinéma peut et doit pouvoir montrer la douleur. Mais pour cela, il doit impérativement résister à la tentation du spectaculaire.


1h29

(1)  De l’abjection de Jacques Rivette, consacré au film Kapo de Gillo Pontecorvo – Cahiers du cinéma, numéro 120 – juin 1961

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Réseaux sociaux et crépuscule de la presse officielle

Labelliser les médias ? Le combat du fameux « cercle de la raison » contre les nouvelles libertés numériques est perdu d’avance, observe Ivan Rioufol. Les médias traditionnels et connivents avec les pouvoirs sont dépassés par les informations que fournissent les réseaux sociaux en prise avec le réel. Ceux-ci, en dépit de défauts qui restent à corriger (anonymat, appels illégaux, fake news) forcent les journalistes à ouvrir les yeux sur des faits naguère occultés.


La révolution numérique est une aubaine pour la démocratie en rade. Cette technologie, utilisée par 94% des ménages, rend vaines les tentatives désespérées d’Emmanuel Macronpour contrôler l’opinion populaire. Une mer qui monte ne s’arrête pas avec des interdits. L’obsession du chef de l’État visant à mettre sous surveillance les réseaux sociaux lui fait commettre des embardées liberticides. Elles dévoilent sa pente manichéenne et sectaire : un anachronisme alors que partout la parole se libère.

Dès son premier mandat, j’avais alerté sur ses initiatives qui, au prétexte de traquer des « fake news » et des « propos haineux », impliquaient le pouvoir politique dans la police de la pensée. Ses derniers projets pour installer une labellisation de l’information par des professionnels et pour prévoir des actions en référé contre des « désinformations », relèvent de cette incapacité du chef de l’Etat, en guerre contre le « populisme », à admettre les critiques non homologuées par l’incestueux système politico-médiatique. Lundi soir, l’Elysée a été jusqu’à publier une vidéo dénonçant des commentaires tenus sur CNews par Pascal Praud et Philippe de Villiers. Mais cette maladresse puérile d’un président esseulé ne fait qu’étaler les failles intimes du Narcisse blessé. « La vraie dictature est là, en Russie », a-t-il lancé ce même jour en recevant Volodimir Zelenski. Or, la macrocrature se rapproche des régimes totalitaires qu’elle sermonne en multipliant les obstacles et les intimidations à la libre expression, sur l’internet et l’audiovisuel, et en mobilisant la presse de cour, singulièrement les médias financés par l’Etat, pour décréter la vérité (pravda, en russe).

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En réalité la macronie laisse voir, dans son appétit pour les censures et les rappels à l’ordre de ses chiens de garde, les ultimes soubresauts d’un pouvoir ébranlé par le nouveau monde qui vient. Les oligarchies politiques et médiatiques sont vouées à disparaître sous la force irrépressible de la démocratie numérique. Elle fait de chaque individu l’acteur potentiel d’une démocratie décentralisée, localisée, horizontale, participative, informée, éduquée. Les médias traditionnels sont dès à présent dépassés par les informations que fournissent les réseaux sociaux en prise avec le réel. Ceux-ci, en dépit de défauts qui restent à corriger (anonymat, appels illégaux) forcent la profession à ouvrir les yeux sur des faits naguère occultés. Le quatrième pouvoir n’est plus dévolu à la presse connivente qui ne joue plus son rôle de contre-pouvoir. Ce dernier est représenté par l’indomptable internet, qui irrite tant Macron. Les succès des pétitions numériques, dernièrement contre l’immigration ou la loi Duplomb, forcent les politiques à penser ce nouveau monde en rupture avec les anciennes pratiques confisquées par les castes et leurs experts cooptés. 

« Tout devient soumis à consultation », admet Robin Rivaton, dans une note de décembre pour la Fondapol[1]. Dans cette conception novatrice de la politique, Macron symbolise le modèle déphasé. Ses combats contre les libertés sont honteux. Surtout, ils sont perdus d’avance.


[1] Contre la bureaucratie, la compétence du peuple, Fondation pour l’Innovation Politique

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