Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

May 05, 2026

France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

Le réquisitoire de Gilles-William Goldnadel. La défense de Stéphane Sitbon-Gomez. La bataille de Charles Alloncle. Découvrez le sommaire de notre nouveau numéro


A en juger par les jérémiades et criailleries que son rapport a suscitées, on dirait que Charles Alloncle a levé de sacrés lièvres. C’est ce qu’affirment Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques dans la présentation de notre dossier du mois. Le député UDR a en tout cas exposé des problèmes de gestion à France Télévisions et confirmé le défaut de pluralisme à Radio France. Gilles-William Goldnadel est en croisade contre l’audiovisuel public depuis près de trente ans. Il se confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques : tout ce qu’il dénonce inlassablement a éclaté au grand jour grâce à la commission Alloncle, qu’il s’agisse de dérives financières, de collusions politiques, ou du traitement malhonnête du conflit au Proche-Orient. Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes de France Télévisions, prend la défense de l’audiovisuel public dans une autre interview. S’il reconnaît certains manquements à la neutralité et promet une gestion plus rigoureuse des deniers publics, il récuse certains reproches qu’il estime calomnieux ou orientés. Et se dit fier du travail accompli malgré la pression des « extrêmes » et la tempête Alloncle. Charles Alloncle raconte à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques les six mois d’auditions houleuses qu’il a vécus, avec des fuites orchestrées par des députés, un président de commission hostile, et de violentes attaques dans la presse… Il passe en revue tout ce qu’il a découvert en plongeant dans les entrailles de l’audiovisuel public.

Le numéro 145 est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 6 mai chez votre marchand de journaux !

Lors des auditions, les pontes des médias d’État ont eu à répondre de leur manque de neutralité. Contorsions, déni et mauvaise foi : le spectacle a été à la hauteur des attentes. Jean-Baptiste Roques dresse le florilège des plus belles tartufferies entendues à l’Assemblée. Jean-Michel Delacomptée a suivi de près l’audition de Patrick Cohen qui n’a pas craint de se poser en arbitre du pluralisme. Malmené par ceux qui l’interrogeait, l’éditorialiste vedette a fustigé la commission et a exposé une morale à géométrie variable. Ainsi qu’un goût pour la délation. En témoignant, François de Rugy a affirmé que le traitement des questions écologiques dans l’audiovisuel public était plus porté sur l’émotion et le militantisme que sur la science. Benjamin Goldnadel a interrogé l’ancien ministre et Laurent Lesage avec qui il anime la chaîne YouTube « Et si l’économie sauvait l’écologie ? » où ils rappellent que l’écologie a besoin de la science.

Dans son éditorial, Elisabeth Lévy cite un rapport de l’Organisation internationale du travail qui révèle que « le stress, le harcèlement ou les journées interminables » causent chaque année la mort de près de 840 000 personnes dans le monde. Et la CGT d’exiger que le gouvernement double le nombre d’inspecteurs du travail. Pourtant, le problème en France n’est pas qu’il n’y a pas assez de contrôles, c’est qu’il y a trop de normes à contrôler. Sans parler de cette nouvelle épidémie, celle des arrêts-maladie dont le nombre et le coût s’envolent et dont on ne saurait totalement exclure qu’une partie soit abusive, voire frauduleuse. Le grand-guignol antifasciste vient d’être ressuscité par la croisade anti-Bolloré orchestrée en réaction au limogeage d’Olivier Nora. Mais notre directrice de la rédaction certifie que, au moment où la République des lettres s’efface au profit du royaume des écrans, cette agitation de salon est aussi le chant du cygne d’un monde qui disparait – le monde littéraire lui-même.

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Gil Mihaely salue la publication (chez Gallimard) du nouveau livre de Georges Bensoussan, Une nouvelle histoire du sionisme. En choisissant comme bornes de son étude les années 1860 et 1950, l’historien décrit la formation d’un État, de sa genèse au sein de l’espace ottoman à la cristallisation du récit victimaire arabe. Inquiets de voir Jordan Bardella toujours plus haut dans les sondages, les Insoumis et leurs compagnons de route tentent, depuis les élections municipales, d’imposer le thème du racisme dans le débat politique. Selon Martin Pimentel, il s’agit d’une stratégie cynique mais payante. Quand le rouleau compresseur de l’administration les mène au bord du gouffre, les paysans se tournent vers la religion. Estelle Farjot et Léonie Trébor nous font découvrir un front commun des curés et des agriculteurs contre la sécheresse des tableaux Excel.

Chez nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles se félicite de ce que le 1er-Mai demeure obligatoirement chômé et payé. Pour Ivan Rioufol, la France est plongée dans un désastre existentiel qui oblige à ouvrir les yeux sur les causes de son déclin. Emmanuelle Ménard déplore le peu d’influence de la France sur la scène internationale aujourd’hui. Dans ce domaine comme dans d’autres, Emmanuel Macron aura écorné l’image de la patrie des droits de l’homme. Gilles-William Goldnadel dénonce la mollesse face aux mollahs, en d’autres termes la morale à géographie variable de la presse occidentale dans son traitement de la guerre en Iran.

Cent réfugiés de la maison Claver, qui « œuvre depuis 2008 à l’élaboration d’un modèle d’intégration durable des réfugiés en France », ont posé devant l’objectif d’Hannah Assouline. Le livre qu’elle vient de publier chez Herscher, Autres visages, autres mains est une galerie de portraits qui témoigne, avec un tact admirable, de la violence de l’exil et de la reconstruction par l’amitié. Jean-Michel Delacomptée salue un ouvrage franc et sensible, à l’image des regards qu’il sublime. Neuf des portraits – de visages et de mains – accompagnent la recension. Dans son nouveau roman, Patrick Besson s’imagine tomber amoureux d’une jeune femme, être hospitalisé puis assister au dramatique incendie d’un bar. Ce qu’il ne pouvait imaginer, c’est qu’il allait vivre tout cela, réellement, quelques mois plus tard. Pour Simon Collin, Le jour où je suis tombé amoureux (Albin Michel) nous pose une question très sérieuse : les écrivains feraient-ils l’Histoire ? Bruno Lafourcade a lu Descente dans la Roumanie de Ceausescu de Radu Portocala (Éditions Non Grata). L’auteur, qui a survécu à l’abomination du régime du Conducator, témoigne de ce tyran grotesque, imbécile et cruel qui a profondément meurtri son pays. Un cauchemar que les Occidentaux ont refusé de voir.

Selon Levinas, un visage n’est jamais vraiment vu. Trois expositions mettent ce paradoxe à l’honneur : au Petit Palais, portraits et autoportraits étalent leur narcissisme ; au musée Jacquemart-André, les maîtres du Siècle d’Or espagnol jouent des pâleurs mystiques ; et aux Franciscaines, les modèles ne sont que de dos ! Pour Georgia Ray, contempler les œuvres exposées nous permet de porter un regard nouveau sur les visages de ceux qui nous entourent et surtout ceux que nous aimons. Le vin a toujours été indissociable de la France, mais aujourd’hui les Français en boivent de moins en moins, voire plus du tout. Et les restaurants gastronomiques sont obligés de pratiquer des prix élevés pour supporter les charges sous lesquelles ils croulent. Pour notre bonheur, Emmanuel Tresmontant nous confie les adresses de lieux où l’on peut boire de jolis canons sans se ruiner. Avec le Festival de Cannes, on pourrait croire que mai est le mois du cinéma. C’est tout l’inverse, nous explique Jean Chauvet, puisque la presse est priée de se taire jusqu’à la présentation officielle des films. Heureusement que quatre films de Sacha Guitry sortent en vidéo et L’homme qui voulut être roi de John Huston ressort en salles.

Si les conclusions de la commission Alloncle vous encouragent à éteindre votre télévision, vous pouvez toujours ouvrir votre nouveau numéro de Causeur

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Une nouvelle histoire du sionisme: (1860-1950)

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Autres visages, autres mains: 100 portraits d'une amitié

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Le Jour où je suis tombé amoureux

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Descente dans la Roumanie de Ceausescu

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Chesnais en majesté

Patrick Chesnais s’excuse au Théâtre de Poche Montparnasse tous les lundis à 21 h 00 dans une série de lettres adressées à des proches, à des lieux, à des moments de sa carrière et plus généralement à la vie, sur une mise en scène d’Émilie Chesnais. C’est drôle, émouvant et magistral. Tout l’art dramatique de ce grand acteur nous éclabousse durant cette lecture incarnée.


Il est là, comme à son habitude, décontracté et narquois, l’ironie rieuse au bord des lèvres, faussement distant, puissamment campé sur ses jambes longilignes, avide de scène, de mots et de confidences. Le corps est d’aplomb et le souffle équilibré, le métronome bat régulièrement. Cette mécanique datant de 1946 est huilée, elle a fait ses preuves. Il va nous lire, ce soir, des lettres d’excuses, des cris d’amour et de détresse, des emballements et des regrets, tout le sel d’une vie parcourue au pas de course, dans la recherche de lumière et d’étincelle, dans la terreur du jour d’après et des petits matins. Son appétit de théâtre est intact. Il ne cachetonne pas. Il ne feignasse pas. Il va nous dévorer et nous libérer. Avec Patrick Chesnais, le public forcément complice, attendri, acquis à sa cause, le suit partout dans ses excès et dans ses failles, dans le trouble comme dans la blague. On se jette avec lui dans le grand bain de l’impudeur, donc de la vérité. Nous ne faisons plus qu’un au théâtre de Poche dans cette salle collante et chaude. On se croirait à la fin d’un été quand l’orage a tonné dans le ciel et que la pluie éclabousse le pavé d’un ton guilleret. Cet acteur plein de réserve et de talent, de mordant et d’écorchures nous touche, voilà tout.

A lire aussi, Thomas Morales : Que lira-t-on durant les ponts de mai?

Nous avons un pacte secret avec lui. Bien sûr, il y a cette voix qui projette si bien nos souvenirs, la virtuosité de son jeu, ses accélérations, ses silences, le coup de massue quand il hausse le ton, la terre tremble, les murs résonnent puis, en un claquement de doigt, une volte-face, il nous susurre des mots tendres, des mots d’amour dans le creux de la nuit ; toutes ces variations se déploient avec une aisance déconcertante. Nous aimons cet artiste pour ces ruptures haletantes. Bien sûr, il y a le métier, il le connaît par cœur, des années d’expérience, mais sans le feu, sans l’énergie, sans l’onde nostalgique, la technique ne vaut rien, elle s’effrite, elle tournerait à vide. Patrick Chesnais y croit dur comme fer, sa présence est mise en valeur par le travail de sa fille, tout en nuances, du sur-mesure. Ces lettres d’excuses commencent par un coup de poignard, une missive adressée à son fils Ferdinand disparu à l’âge de vingt ans. La salle se fige. Il attaque dur. Il n’esquive pas la montagne. Il la prend en pleine gueule. Nous avec. À partir de ce moment-là, on sait que Chesnais pourra tout se permettre, tout enchaîner, tout faire exploser, le sérieux comme les convenances. Rien ne résistera à son humeur tantôt taquine, tantôt amère, et souvent le ton grinçant précèdera l’explosion des rires.

Chesnais pratique un art à part, celui du chaud et du froid, ses excuses sont autant des regrets que des mouvements d’admiration, une combinaison de batailles puériles et de déchirures profondes. Chesnais, chevalier errant, fait des excuses à sa jeunesse, à sa vieillesse et même à la mort, cette salope qui ne prévient jamais.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro : Causeur #145 France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

Don Quichotte bravant le ridicule, ne reculant devant aucun moulin, il est désopilant quand il évoque un spectacle pressant avec Delphine Seyrig ou le regard courroucé de Jack Nicholson ; il est désarmant quand il nous parle de sa mère en EHPAD et de Mémé de la Garenne, un monde souterrain renaît alors, on voit de nos yeux l’appartement de sa grand-mère, il est penaud face au désarroi de Mathilda May et le français impeccable de Naomi Watts, il se paye même le luxe d’un combat contre le Covid-19 canal historique. Chesnais est grand car l’émotion n’est jamais téléguidée chez lui, elle n’est pas instrumentalisée, elle surgit comme ça, dans un poste de TSF, le rire de Juliette ou les roulades de son petit-fils Eliott âgé de neuf mois. Chesnais, ce boomer nous surprend encore, il n’est jamais convenu, jamais là où on l’attend, sa lettre d’excuses à Paris prend des allures de plaidoyer gaullien, elle court de Villon à Rimbaud, des boulevards des Maréchaux à Saint-Germain-des-Prés. Quand on sort du théâtre de Poche et que l’on s’engouffre dans la ligne 12 du métro, on sourit bêtement, on est heureux et touché, car secoué d’avoir assisté à ce moment de grâce.

1h15

Les tendresses de Zanzibar

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À l’Opéra de Paris, « Rusalka » renaît dans une splendeur intacte

Lyrique. L’amour et la mort, magnifiés dans Rusalka : sublime mise en scène de Robert Carsen, orchestre et chanteurs au sommet


Production millésimée 2002, avec Renée Fleming dans le rôle-titre sous la direction de James Colon, le chef d’œuvre tardif de Dvorak, Rusalka (1901) n’avait pas été donné à l’Opéra de Paris depuis 2019. Très attendue, cette quatrième reprise ne permet pas seulement de réentendre une des plus sublimes partitions du compositeur tchèque (1841-1904), écrite trois ans avant sa mort, certainement son opéra le plus célèbre parmi la dizaine d’œuvres lyriques qu’on doit à l’artiste bohémien dont l’établissement aux Etats-Unis en 1892 nous aura donné, entre autres,  la Symphonie du Nouveau Monde, le Concerto pour violoncelle et le quatuor « Américain »…

Renversant

La quintessence du génie –  osons le mot ! – de Robert Carsen s’affirme dans cette mise en scène, admirable de part en part, – celle-ci emblématique du style inimitable propre au Canadien installé à Paris depuis des lustres. Jamais d’élément purement « décoratif » chez Carsen : tout y fait sens, chaque tableau enté sur une lecture attentive de l’œuvre, pour l’éclairer à neuf. Rusalka, flanquée de ses trois sœurs lacustres, est cette naïade éprise d’un prince, et que la sorcière Jezibaba aide à prendre forme humaine, sous réserve qu’elle demeure muette, et soit maudite si son amour est repoussé. Survient une princesse étrangère, moins évanescente, moins glaçante que cette fée étrangement mutique, et qui ne manque pas de séduire le jeune prince… Rappelée à l’aide par Rusalka, Jezibaba propose une vengeance à l’abandonnée : le tuer. Epouvantée à cette idée, et tandis que l’ondin, son père, se meurt d’avoir vu sa progéniture ainsi trahie, la nymphe éplorée, mais désormais douée de parole, voit soudain réapparaître son prince charmant : il la cherchait désespérément. Leur étreinte se paiera du prix de son trépas, le prévient Rusalka : mais dans ses bras, le prince meurt heureux…

A lire aussi, du même auteur: Sabine Devieilhe triomphe, la mise en scène déraille

Tout, dans cette parabole –  dont le livret de Jaroslav Kvapil doit son inspiration à Friedrich de La Motte-Fouqué (Ondine), à Andersen (La Petite Sirène) et aux frères Grimm (L’Ondine de l’étang) –  coïncide idéalement avec les spécificités qui se signalent si puissamment, d’une régie à l’autre, dans le travail de Robert Carsen, et que cristallise la présente mise en scène de façon singulière : le lit ( la couche) comme point nodal de l’action, ici dédoublé au centre d’un dispositif architectural en miroir, promis à s’ouvrir, à se recombiner dans une vertigineuse succession de jeux d’optique qui feront se dupliquer également les personnages, leurs costumes, leurs gestuelles, dans une chorégraphie plastique aussi subtile qu’efficace où noir et blanc se confrontent, jusqu’à ce savant, spectaculaire, onirique renversement de la perspective, esthétiquement renversant, en effet ! Tout un éventail de reflets, de moirures, de gazes, chatoie selon les arrêts d’une poétique qui, un tapis de roses rouges écloses au sol, marie l’air et le feu, la terre et l’élément liquide… Avec Rusalka, Robert Carsen propose sans doute la mise en scène la plus emblématique de son univers formel et mental. Un quart de siècle s’est écoulé ; elle conserve la même fraîcheur.

Imperfectible Nicole Car

Au pupitre, l’émérite chef nippon Kazushi Ono, 66 ans, n’a plus rien à prouver, sinon que sous sa baguette l’Orchestre et Chœurs de la maison parisienne développe une relecture contemplative de l’œuvre, avec un soin du détail, une netteté, une brillance sans tapage, en parfaite adéquation avec cette magistrale mise en scène. Seul bémol : l’option de sonoriser certains morceaux des chœurs, très éloignée de l’esprit comme de l’époque de la partition. La performance inoubliable de la soprano australienne Nicole Car, dans le rôle-titre, rayonne. A elle seule, elle hisse le spectacle au sommet : déchirante, tout simplement, d’un bout à l’autre de sa tessiture, aussi à l’aise dans les graves que dans le médium et les aigus qu’exigent la partition, suprêmement élégante dans une ligne vocale dominée par une technique imperfectible. La plantureuse mezzo américaine Jamie Barton campe une sorcière Jezibaba redoutablement efficace sur le plan scénique autant que vocal, tandis que l’ensorceleuse Princesse étrangère, sous les traits voluptueux d’Ekaterina Gubanova (relayée à partir du 11 mai par Alisa Kolosova), propose un contraste charnu avec l’héroïne éprise du Prince, qu’incarne le ténor pétersbourgeois Sergey Skorokhodov, pour le coup moins convainquant, ne serait-ce que parce qu’il n’a pas tout à fait l’âge qui conviendrait au rôle –  le chanteur a 52 ans.

Les trois ondines sororales – sopranos Margarita Polonskaia et Maria Warenberg, contralto Noa Beinart – remplissent radieusement leur office, tout autant que Florent Mbia dans l’emploi du Garde Forestier et Seray Pinar dans celui, travesti, du garçon de cuisine. L’Esprit du lac (basse russe Dimitry Ivashenko) n’a pas fini de nous hanter…           


Rusalka. Opéra d’Antonin Dvorak. Direction : Kazushi Ono. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Nicole Car, Sergey Skorokhlodov, Ekaterine Gubanova/Alisa Kolosova, Jamie Barton, Dimitry Ivaschenko, Margarita Polonskaya, Maria Warenberg, Noa Beinart, Florent Mbia, Seray Pinar.

Durée : 3h35

Opéra-Bastille, les 8, 11, 14, 20 mai à 19h30, le 17 mai à 14h30.

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L'uniforme de la Garde suisse: une Renaissance revisitée

À la veille de la cérémonie de prestation de serment du 6 mai, l'uniforme le plus reconnaissable du Vatican, né au XXe siècle sur un modèle de la Renaissance, accompagne aujourd'hui un service de sécurité résolument contemporain.

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Enfin un coup de frein au réchauffement climatique

Donald Trump et le détroit d’Ormuz : une crise géopolitique aux effets climatiques inattendus


C’est un mystère de la sociologie politique des Français. Beaucoup de ceux qui croient au réchauffement climatique ne croient pas au grand remplacement, et inversement. Peut-être qu’il est trop dur à l’esprit d’envisager deux grands malheurs à la fois. Les Français de 1350 affrontaient deux calamités : la Grande Peste Noire et la Guerre de Cent Ans. Un historien découvrira-t-il un jour que nos ancêtres se déchiraient entre ceux qui craignaient avant tout les Perfides Anglois et ceux que terrifiait le bacille de Yersin ?

Punis !

J’ai d’excellentes raisons de croire à la fois au Grand Réchauffement et au Grand Remplacement. Cette croyance ne vient pas des journaux ou des chaînes d’information en continu, elle me saute aux yeux. J’ai vu l’été dernier, pour la première fois de ma vie de vieux jardinier, mes tomates cuire sur leurs plants, et le temps estival qui règne sur le Sud-Ouest depuis le début d’avril ne m’inspire pas confiance. Dès que je vais dans ma minuscule ville périgourdine, je constate que nos chers visiteurs africains se multiplient et ont tendance à prolonger indéfiniment leur séjour touristique. Ne vous inquiétez pas pour moi, ces constatations ne me détruisent pas. Je bénéficie de deux fermes soutiens, le stoïcisme romain et le christianisme, Sénèque et le Christ, Les Lettre à Lucilius et l’Evangile, que je ne mets bien sûr pas sur le même plan. Il y a en Mathieu 6,26 une merveilleuse leçon de flemme et de désinvolture : “Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent (…) et votre Père céleste les nourrit.” J’ai toujours pensé que la vie n’était pas vivable sans un minimum de jemenfoutisme.

A lire aussi: Carnet de bord d’une gauche déboussolée

Il est difficile de faire changer d’avis les climatosceptiques, dont les croyances sont existentielles, selon l’adjectif à la mode. Qu’ils réfléchissent cependant à ces tristes réalités : “Plages englouties, recul des terres : de la Bretagne à la Côte d’Azur, à quoi ressembleront les côtes françaises en 2050 ? “ se demande le Figaro du 19 avril. “En Nouvelle-Aquitaine (…) la côte sableuse perd en moyenne 1 à 3 m. par an”. Tout cela parce que les glaciers du Groenland et ceux de toutes les chaînes de montagnes fondent rapidement et élèvent le niveau des mers. La Conférence internationale de Santa Marta en Colombie qui s’est terminée le 29 avril affirme que “par son utilisation continue des combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon), l’humanité impose à la planète une dangereuse surchauffe” (site du Courrier International).

Jusqu’à présent, toutes les tentatives de stopper la catastrophe se sont révélées vaines : échec de la dernière réunion du COP sur le plan international. Sur le plan national français, échec de l’écologie politique, qui à force de multiplier d’inutiles brimades comme les ZFE est devenue “l’écologie punitive” et a fortement reculé aux élections municipales. On peut sans trop de risque anticiper sa totale disparition aux législatives de 2027.

Un président climatosceptique

Mais l’Histoire des hommes est tissée de surprises. Qui aurait pu penser qu’un début de solution viendrait d’un président américain climatosceptique ? Qui aurait pu penser   que le nom de “détroit d’Ormuz”, au lieu de signifier une catastrophe économique planétaire, deviendrait la parole magique capable de ralentir, de stopper peut-être, la descente aux enfers brûlants de notre chère planète ? Depuis le début de la guerre d’Iran, la consommation mondiale de pétrole a reculé d’une quantité estimée entre 2,5 millions de barils par jour et 4 millions. Bravo ! Claire Bouleau, spécialiste des transports chez Challenges annonce que toutes les compagnies aériennes ont annulé des vols. Bravo ! Le patron de Ryan Air annonce qu’il n’aura plus de kérosène en juin, car 40 % du kérosène mondial passe par le détroit d’Ormuz. Bravo. On sait que l’aviation est l’un des principaux empoisonneurs de notre atmosphère. Le site d’Atlantico annonce le 1er mai “qu’il y a une ruée vers les voitures électriques déclenchée par la guerre en Iran”. Bravo.

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Etrange, ce que n’ont pu faire les recommandations internationales et les bêlements aigre-doux de nos écologistes nationaux, un président américain le fait grâce à la collaboration des Iraniens. Je le dis sans ironie : il faut souhaiter que le double blocus du détroit d’Ormuz dure le plus longtemps possible. Coup de chance, Donald Trump mène là-bas une guerre planplan, personne ne meurt ces jours-ci, les soldats américains bronzent sur les porte-avions, les Iraniens fument ou sniffent la contrebande venue d’Afghanistan. Cette béatitude générale peut durer longtemps, Donald ne s’inquiète pas des midterms, il sait bien que tous les présidents en place les perdent. Les peuples démocratiques sont volages.

La haine irraisonnée des Français envers les présidents américains du camp républicain est néfaste à leur intelligence. J’ai vu en 1984 sur les quais de Strasbourg une scène honteuse : le passage sous les huées de la foule du président Ronald Reagan qui se rendait au Conseil de l’Europe. Son crime ? Il voulait déployer des fusées en Allemagne pour répondre aux fusées soviétiques qui menaçaient l’Europe. Peu de temps après, Reagan a provoqué l’effondrement de ce triste tigre en carton, l’Urss, en le ruinant par la course aux étoiles. On sait moins qu’avec l’appui de Margaret Thatcher, il a réussi à interdire internationalement l’usage des gaz qui détruisaient la couche d’ozone. Aujourd’hui on n’entend que des louanges de Ronald Reagan. Vous n’aimez toujours pas Trump ? Pensez qu’il sera parti dans deux ans, alors que Poutine et Xi vous regarderont encore avec leurs sourires vipérins.

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Le cardinal Parolin: Léon XIV poursuit son chemin et prêche la paix

En marge des célébrations marquant le 70e anniversaire de la «Casa Sollievo della Sofferenza», le Secrétaire d’État a répondu aux questions des journalistes concernant les déclarations faites ce mardi par le président américain Trump au sujet de Léon XIV: «Le Pape a déjà répondu, et ce fut une réponse très chrétienne; il fait ce que son rôle exige de lui».

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Cardinal Parolin: l’hôpital de Padre Pio, une preuve que de la douleur peut naître l’amour

Le cardinal Secrétaire d’État a présidé les célébrations marquant le 70e anniversaire de l’hôpital de San Giovanni Rotondo, fondé par Padre Pio. Plus d’un millier de fidèles, de prêtres et de personnalités ont participé aux célébrations sur le lieu même où, le 5 mai 1956, le saint de Petrelcina avait prononcé son discours inaugural. «La prophétie de ''la Casa Sollievo’’ n’est pas achevée, il reste encore de nombreuses pages à écrire», a affirmé le père Franco Moscone.

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Commission Alloncle: le rapport consenti!

À en juger par les jérémiades et criailleries que son rapport a suscitées, on dirait que Charles Alloncle a levé de sacrés lièvres. Il a en tout cas exposé des problèmes de gestion à France Télévisions et confirmé le défaut de pluralisme à Radio France. Pour une partie de la classe politique, il est scandaleux, voire honteux, de permettre aux Français de soulever le capot de l’audiovisuel public. Il est peu probable que cela aboutisse à de grands changements.


On savait déjà que la télé rend dingues ceux qui la font, parfois ceux qui la regardent. On a maintenant la preuve qu’elle rend mabouls ceux qui la contrôlent. Le 27 avril, quand les membres de la commission d’enquête parlementaire consacrée à l’audiovisuel public se réunissent à huis clos à l’Assemblée nationale, un parfum de folie flotte dans l’air. Alors qu’il s’agit simplement ce jour-là d’accomplir une formalité – autoriser la publication des conclusions du rapporteur Charles Alloncle –, la séance va durer près de cinq heures. Le texte pourtant ne les engage à rien et n’a aucune force contraignante. Dans l’assistance, chacun sait bien du reste qu’il lui sera parfaitement loisible de s’en démarquer et de l’étriller publiquement dès sa parution.

Seulement, pour les dix élus de gauche présents dans la salle (sur trente membres en tout), le simple fait qu’Alloncle, député UDR – c’est-à-dire allié du RN – , ait pu consigner dans un document officiel ses réflexions sur la radio et la télévision publiques est inacceptable. « On doit avoir un geste de courage qui est de censurer Charles Alloncle pour l’ensemble de son œuvre », déclare carrément l’écologiste Jérémie Iordanoff avant que les portes se ferment, et que les Insoumis, les Verts et les socialistes se défoulent successivement sur l’élu ciottiste en lui assénant tout le mal qu’ils pensent de lui, de son usage compulsif des réseaux sociaux, de son obsession populiste pour les sommes « empochées » par les producteurs et de ses passages répétés sur les médias de Vincent Bolloré. Quitte à l’accuser d’être sous « l’influence » et « l’ingérence » de l’homme d’affaires breton, et même d’œuvrer à la « trumpisation » de la France.

Un projecteur braqué sur l’audiovisuel public

Drôle de conception du courage. En réalité, l’enterrement du rapport Alloncle, qui n’a finalement pas eu lieu, aurait constitué un fâcheux précédent, évidemment contraire à l’esprit des lois et en particulier aux droits d’expression des oppositions. Jusqu’à présent, seul un rapport d’enquête parlementaire est resté confidentiel dans l’histoire de la Ve République : celui qui portait en 2011 sur le financement des syndicats (il sera consultable en 2036). Mais, à la différence de la commission sur l’audiovisuel public, les auditions s’étaient tenues à huis clos. Dès le départ, il était donc envisagé que les informations récoltées restent couvertes par le secret pendant une période donnée. Rien à voir donc avec le travail mené à ciel ouvert par Alloncle et son collègue philippo-macroniste Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission.

Un travail titanesque. Plus de deux cents heures d’auditions et 230 personnes interrogées. Et deux sujets principaux en ligne de mire : la neutralité et le financement de l’audiovisuel public. L’un et l’autre étant notoirement sujets à critiques. Surtout depuis septembre dernier, quand, coup sur coup, deux affaires ont gâché la rentrée des dirigeants de Radio France et France Télévisions. Tout d’abord le scandale Legrand-Cohen, déclenché par la mise en ligne de la vidéo de L’Incorrect où l’on voit les deux vedettes du commentaire politique sur France Inter et France 5 s’entendre comme larrons en foire avec deux éminences grises du Parti socialiste. Ensuite, la parution d’un rapport de la Cour des comptes, qui déplore une situation financière « lourdement dégradée » à France Télévisions et enjoint le groupe dirigé par Delphine Ernotte-Cunci de mener des « réformes structurelles sans délai ».

A lire aussi: France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

Il était donc légitime, et même nécessaire, qu’un coup de projecteur soit braqué sur l’audiovisuel public. Et que les questions qui intéressent légitimement les Français soient soumises à ses dirigeants. Comment expliquer que le salaire moyen soit plus élevé dans ces entreprises paraétatiques que chez les concurrents du privé (bien que les dirigeants y soient, en revanche, moins payés que dans le privé). Quelles mesures ont-elles été prises pour empêcher les copinages avec les sociétés de production extérieures ? Doit-on accepter que les antennes de Radio France et France Télévisions penchent autant à gauche, comme le démontre impeccablement Gilles-William Goldnadel dans notre dossier du mois? Toutefois, tout téléspectateur-auditeur-payeur peut le constater : sur France Télévisions, les entorses à la neutralité sont moins nombreuses, et souvent moins flagrantes, qu’à Radio France où nul n’essaie de cacher qu’il est en croisade civilisatrice contre l’extrême droite. Si Delphine Ernotte-Cunci a gaffé – en accusant CNews d’être d’extrême droite, elle a laissé penser qu’elle mène un combat politique –, Stéphane Sitbon-Gomez ne se fait pas avoir à ce petit jeu : il n’oublie jamais de rappeler que les électeurs du RN regardent ses chaînes et qu’il le sait.

La fourmilière s’en remettra vite

Résumant à grands traits ses découvertes, Charles Alloncle affirme qu’il y a beaucoup d’entorses à la neutralité à Radio France et beaucoup de problèmes de gestion à France TV. Cependant, au cours des auditions, face à un Alloncle dont le phrasé monocorde cache à peine la tonalité offensive, voire inquisitrice des questions, les accusés – pardon les auditionnés – se défendent plutôt bien. L’audiovisuel public est un bastion progressiste et bien nanti certes, mais ce ne sont pas non plus les écuries d’Augias. Le temps des « voleurs de patates » est, semble-t-il, révolu et les règles d’équilibre de la parole politique imposées par l’Arcom, beaucoup plus restrictives qu’autrefois, sont globalement respectées, même si nous pointons d’hallucinants contre-exemples dans ce numéro.

Si les équipes de France Télévisions qui couvrent le Festival de Cannes ont été mises au pain et à l’eau, enfin presque, il est peu probable que les pistes proposées par Alloncle pour réaliser des économies sérieuses seront envisagées. L’idée de fermer ou de vendre une chaîne ou deux n’a trouvé aucun partisan déclaré durant les six mois d’auditions, comme l’a habilement remarqué Delphine Ernotte-Cunci lors de la séance publique de clôture. Il faut dire que cette question, qui animera sans doute la prochaine campagne présidentielle, était un poil hors sujet par rapport à l’objet de la commission. Et que beaucoup de Français sont comme nous terriblement agacés par l’audiovisuel public, mais attachés à l’audiovisuel public.

Osons un pronostic : la fourmilière de l’audiovisuel public, dans laquelle Charles Alloncle a mis un grand coup de pied, s’en remettra très vite. Certes quelques petites évolutions ont déjà été annoncées ici et là, histoire de ne pas renvoyer une impression de totale impunité. Si à Radio France, elles sont plus que discrètes – mais le cas de la Maison ronde est de toute façon désespéré –, à France Télévisions, les dirigeants ont moins fait le dos rond. Face aux révélations sur les suites mises à leur disposition au Majestic lorsqu’ils sont au Festival de Cannes, des consignes de sobriété ont été prises. Le prix maximum des chambres est désormais fixé à 500 euros, excluant donc d’office les établissements de luxe de la Croisette.

Soit dit en passant, les palaces de la Côte, bondés à cette saison, ne sont pas des lieux tellement agréables pendant la Quinzaine et nous n’avons toujours pas compris en quoi il serait choquant que des représentants « officiels » de la culture française soient aussi bien traités que les autres festivaliers. Mais au-delà de cette mesure ultra-symbolique – et un peu démagogique –, c’est sur le plan éditorial que des changements plus sérieux pourraient se profiler. Comme nous l’a confié Stéphane Sitbon-Gomez, numéro deux du groupe, dans notre dossier du mois, une réflexion est en cours sur la place des éditorialistes maison à l’antenne. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour lui ça veut dire beaucoup. Car son pouvoir en la matière est fort mince.

Charles Alloncle a en effet tort de considérer Sitbon-Gomez comme le responsable des journalistes de France Télévisions, même si l’information fait désormais partie de son périmètre. Que ce soit à France Télévisions ou à Radio France, les rédactions et, à FTV, les émissions d’investigation, sont des puissances avec lesquelles les directions doivent composer. À quoi il faut ajouter le pouvoir exorbitant des syndicats. Dans l’audiovisuel public, les véritables chefs des rédactions se trouvent dans les délégations syndicales. Les membres du codir passent, la CGT reste. On a bien vu son pouvoir immense lorsqu’elle a publié un tract assassin contre la reporter Claire Koç en octobre 2025. Celle-ci, réfugiée politique d’origine turque, venait de signer un sujet pour France Info TV sur une exposition artistique organisée à l’occasion des deux ans du 7-Octobre. Autant dire qu’elle avait violé les règles tacites du Politburo ! Le reportage « n’adopte qu’un seul point de vue, celui d’une communauté juive, écrit la CGT, il reprend pour une bonne part les thèses du CRIF ». Questionnés par la commission au sujet de cette abjection, les responsables du syndicat ont reconnu une erreur à mots couverts, mais bien sûr ils n’ont pas présenté d’excuses. Ils se savent intouchables. Ils le savent depuis longtemps. Au moins depuis 2011, date à laquelle la commission d’enquête sur le financement de leurs organisations a été enterrée.

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L'archevêque de Pompéi: «Le Pape vient pour nous confirmer dans la foi»

«Ce sera un événement historique: un honneur particulier de célébrer avec le Pape le premier anniversaire de son pontificat», a affirmé Mgr Tommaso Caputo, s'adressant aux médias du Vatican au sujet de l'attente de la ville de Campanie, qui accueillera, vendredi 8 mai, Léon XIV, à l'occasion de l'anniversaire de son élection au Siège de Pierre et le jour où l'Église commémore la Vierge vénérée dans le sanctuaire.

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Djembés, statuettes encombrantes et ambitions impériales

De prétendus anciens cadeaux obtenus du temps de Chirac deviennent des boulets politiques pour Dominique de Villepin, qui vient de lancer son propre mouvement (La France humaniste), dans la perspective de 2027. On vous dit tout de ces petits billets et de ces grandes ambitions.


C’est Robert Bourgi qui le dit : « Le talon d’Achille de Dominique de Villepin, c’est l’argent, le luxe, l’aisance. »

Le sieur Bourgi a déjà fait parler de lui dans le registre croustillant de l’exhumation et de l’exploitation très opportune de cadeaux empoisonnés. On se souvient qu’il avait taillé un costume (à 13 000 euros) à François Fillon alors en pleine ascension vers le graal élyséen, torpillant ainsi sa campagne électorale. Du sabotage parfaitement assumé. Bourgi ne voulait pas que Fillon fît son entrée au palais présidentiel. La motivation d’aujourd’hui serait la même: pas de Dominique de Villepin dans le fauteuil du général de Gaulle. Car Robert Bourgi se pare de l’armure du gaulliste pur et dur, gardien du temple, garant de l’orthodoxie en la matière. S’il le dit…

Cascade de billets

Le caillou dans la chaussure de Dominique de Villepin ne serait pas des costumes de bon faiseur mais deux statuettes représentant Napoléon 1er. C’est en tout cas ce que ce même Robert Bourgi se fit une joie de rapporter dans le Complément d’enquête consacré à l’ex-Premier ministre et diffusé par France 2 jeudi dernier. Napoléon, le modèle politique fantasmé du Monsieur dissolution de 1997, le maître artisan de ce Waterloo, de cette initiative calamiteuse. Depuis, il a fait école. Nous avons eu la joie de connaître au moins une autre dissolution en mode Bérézina. Est-il besoin de rappeler ce haut fait de 2024 ?

A lire aussi: France Télévisions: Faites entrer l’accusé!

Dans ces époques, celles ou le président Chirac siégeait dans ledit fauteuil, notre héros dénonciateur avait la charge très occulte mais très fructueuse de gérer « les gestes d’amitié » des chefs d’États Africains envers la présidence française et ses alentours immédiats. Une très belle amitié, puisque se chiffrant à plusieurs millions de dollars. Une amitié, qui plus est, des plus actives si l’on en juge par le rythme auquel ces manifestations d’affection se répétaient. Bourgi évoque « douze ou quinze remises d’argent entre 1997 et 2005 pour un montant de cinquante millions d’euros ». Très chaleureuse amitié, disais-je… L’homme, fort disert, raconte autre chose. Il raconte fort bien, d’ailleurs. Une sorte de don oriental chez ce Franco-libanais né à Dakar ? C’est en effet qu’il ne se fait pas prier pour narrer cette belle anecdote sur fond de tam-tams – de djembés, si l’on préfère – qui une fois sortis de leur emballage dans la cour d’honneur de l’Élysée, libérèrent « une cascade de billets de cinq et dix dollars » (sic). Villepin venait de réceptionner ces instruments de musique exotique offerts par le président du Burkina Fasso, Blaise Compaoré. Chirac, toujours fana d’arts premiers et ne voulant pas rater ça, était présent. « Mais qu’est-ce que je vais faire des billets de cinq dollars ? » se serait-il récrié. C’est vrai, les petites coupures, ça encombre vite. Il semble que l’usage qu’il pouvait faire des quatre djembés ne lui posait pas de problème. Peut-être avait-il plaisir à en jouer, le soir au coin du feu tandis que Bernadette s’adonnait au tricot ou au macramé.

Dominique de Villepin fut successivement, ces somptueuses années-là, secrétaire général de l’Élysée, ministre des Affaires étrangères, ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre, cela en 2005.

Cerise sur le gâteau

On comprend qu’il lorgne grave ces temps-ci sur l’Élysée, ce qui serait en quelque sorte la cerise sur le parcours entamé voilà un quart de siècle. Une sorte de couronnement quasi impérial pour cet admirateur de Napoléon Bonaparte. On comprend aussi qu’il ait pris goût à l’argent facile, l’argent qui coule en cascade, comme par enchantement. Mais, ainsi qu’on se plait à le seriner quand on en a à satiété, l’argent ne fait pas le bonheur. On a beau posséder pied à terre vaste et luxueux dans la prestigieuse avenue Foch à Paris, avoir acquis ces dernières années un château niché dans une paisible commune du Loiret, il manque au bonheur, justement, la consécration suprême, l’Élysée.

A lire aussi: Les (très bonnes) affaires chinoises de M. de Villepin

On comprend enfin l’amertume que l’intéressé doit ressentir lorsqu’il se dit que, pour deux malheureuses statuettes du « Petit Tondu », de 75 000 euros l’une, 50 000 euros l’autre – une broutille quoi ! – offertes par deux personnes bien sous tous rapports, Blaise Campaoré, déjà nommé, et l’industriel italien Angelo Perucci, le beau rêve pourrait virer cauchemar !

Reste évidemment à savoir le crédit qu’on peut apporter aux révélations du sieur Bourgi dont nul n’ignore la forte inclination qu’il a pour le tamtam médiatique. À chacun son talon d’Achille, éventuellement les sous, les gros sous, pour Dominique de Villepin. Assurément la gloire sulfureuse de la délation en différé pour le sycophante récidiviste qui, après avoir eu la peau du ténébreux Fillon s’offrirait bien celle du flamboyant Villepin…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Terre Sainte: la force et l’espoir du chrétien résident dans le signe de la croix

Face aux épisodes de violence qui se sont récemment produits à Jérusalem et au Liban, les croyants en Christ sont appelés à vivre l’Évangile au quotidien et à se reconnaître en Lui, en particulier en ces temps qui semblent «difficiles et complexes».

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Rapports finaux du Synode sur la sélection des évêques et les nouveaux enjeux

Le secrétariat général du Synode a publié ce mardi 05 mai les rapports finaux des groupes d’étude 7 et 9. Le premier rappelle que le choix d’un évêque est un moment de discernement authentique pour la communauté chrétienne: il n’y a pas de pasteur sans troupeau, ni de troupeau sans pasteur. Le second offre des outils concrets pour aborder les questions les plus difficiles sans fuir la complexité: écouter les personnes concernées, lire la réalité, rassembler les savoirs.

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Le travail, première maladie professionnelle

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy.


Vous vivez dangereusement. Enfin, si vous faites partie des 30 millions de benêts qui travaillent en France. Dieu nous avait prévenus: si vous faites des saletés, fini de traîner à poil toute la journée, vous irez bosser. On n’a pas écouté et voilà. Notez que ça ne sert à rien d’arrêter le sexe, on ne vous renverra pas pour autant feignasser au paradis.

L’autre matin, j’apprends au réveil que c’est la Journée de la sécurité et de la santé au travail. Pour fêter ça, l’Organisation internationale du travail publie un rapport révélant que « le stress, le harcèlement ou les journées interminables » causent chaque année la mort de près de 840 000 personnes dans le monde. Le premier qui fait une blague débile sur l’ambiance à Causeur est viré.

Si vous avez survécu aux petits chefs à gros égo, vous n’êtes pas tirés d’affaire. Gil Mihaely me souffle que le travail est la deuxième cause de mortalité après la vie.

Soyons sérieux un moment. Le travail tue pour de bon. Pas vous et moi, à moins que vous lisiez Causeur sur un échafaudage, dans la cabine d’une grue ou sur une chaîne de production. Le 17 avril, un jeune homme de 22 ans qui travaillait de nuit dans une usine de fabrication de pâtes est tombé dans un laminoir. Laminoir, assommoir, la vie c’est parfois du Zola. Pour changer, la France est en fin de classement – juste après Malte pour le nombre d’accidents par habitant. Ce qui préoccupe légitimement les ministres successifs. L’ennui c’est qu’on voit poindre les solutions. D’après la fondatrice d’un collectif de victimes, il y a un « manque de visibilité très problématique, parce qu’il contribue à cacher l’ampleur du phénomène ». Il est vrai que l’une des maladies françaises est de ne pas connaître précisément les problèmes auxquels on prétend remédier, ainsi a-t-on par exemple réussi l’exploit de créer une pénurie de médecins. L’intention est donc louable, seulement quand j’entends « observatoire », je vois arriver un gymkhana administrativo-syndical. Qui aboutira de toute façon à la conclusion qu’il faut plus de règles et plus de contrôle. Soyons encore plus soviétiques.

Admettons que les employeurs des secteurs les plus filous seraient plus attentifs s’ils savaient que l’Inspection du travail peut leur tomber dessus à tout moment. La CGT exige, sans surprise, qu’on double le nombre d’inspecteurs puisque, selon Libération, les effectifs ont « fondu » de 13 % en dix ans. Logique. On pourrait aussi réaffecter à des opérations utiles les inspecteurs payés pour vérifier que d’honnêtes agriculteurs ne cachent pas du glyphosate dans leur cave ou que le grammage des portions est respecté dans les cantines scolaires. Notre problème n’est pas qu’il n’y a pas assez de contrôles, c’est qu’il y a trop de normes à contrôler.

A lire du même auteur: Notre-Dame des bureaucrates

Curieusement, ce ne sont pas les travailleurs les plus menacés par un accident qui sont les plus frappés par une nouvelle épidémie: celle des arrêts-maladie dont le nombre et le coût s’envolent. La facture pour la Sécu a bondi de 45 % en six ans pour atteindre 18 milliards en 2025, statistique qui pour une raison mystérieuse n’intègre pas les indemnités versées aux fonctionnaires. Je ne voudrais pas cafter, mais ils ne sont pas les derniers à tirer au flanc, pardon à tellement souffrir au travail qu’ils doivent fréquemment se soigner. Et je ne parle pas seulement des policiers et des professeurs, qui ont des raisons d’en avoir plein le dos.

Le chœur des vierges syndicales (image audacieuse j’en conviens) ne manque pas d’arguments pour expliquer cette envolée. D’abord on vieillit, on fatigue, et comme on n’a pas tous un médecin à portée de vélo, on ne se soigne pas. C’est imparable. Ensuite, il y a le mal-être dans l’entreprise qui lui aussi s’accroît, obligeant les salariés à prendre du recul – et des jours d’arrêt. Je ne sais pas comment on mesure le mal-être dans l’entreprise, sans doute au nombre des arrêts-maladie. Enfin, n’oublions pas le nouveau rapport au travail, parfaitement illustré par cette étudiante en sociologie qui proclamait son intention de ne pas perdre sa vie à la gagner, à quoi le malicieux Stéphane Germain répondit que, dans sa branche d’activité, les statistiques de mortalité au travail étaient encourageantes.

Étant entendu que le boulot, ce n’est pas toujours marrant et parfois franchement pénible, on ne saurait totalement exclure qu’une partie de ces arrêts soit abusive, voire frauduleuse. Quand il suffit de se planter devant son écran pour demander à un télé-médecin que vous ne reverrez jamais de vous arrêter parce que vous ne vous sentez pas bien et qu’il s’exécute sans discuter parce que vous avez déjà payé, la tentation de ne pas se sentir très bien est forte. Et vous pouvez recommencer la semaine suivante avec un autre médecin. Pour débusquer les malins qui abusent du système, le gouvernement envisage de créer un bouton numérique qui permettra aux employeurs de signaler d’un clic les athlètes de l’absence. Ça ressemble un peu à de la délation, mais la fraude récurrente, ça ressemble un peu à du foutage de gueule. L’idéal serait qu’on soit tous kantiens et qu’au moment de replonger sous sa couette aux frais de la princesse, c’est-à-dire de ses copains de bureau, on pense à ce qui se passerait si tout le monde faisait la même chose. L’esprit kantien n’étant pas particulièrement répandu, le flicage est un mal nécessaire.

En attendant que les syndicats inventent une source de revenus qui ne proviendra du travail de personne, la malédiction continue: il faut travailler pour vivre, en tout cas il faut que certains travaillent. Heureusement, on pourra bientôt déléguer toutes les tâches ennuyeuses à des crypto-humains bourrés d’IA qui ne connaissent pas la fatigue d’être soi, ne prennent pas d’arrêts de travail et ne hurlent pas au harcèlement pour une blague un peu leste – ayons confiance, ça viendra. L’ennui, c’est que pour fabriquer des robots, il faut encore que des humains acceptent de se bouger le fondement.

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Wokisme: ça barde pour le Barde!

La ville natale de Shakespeare va être « décolonisée » par crainte que son succès « ne serve l’idéologie de la suprématie blanche européenne ».


Décoloniser William Shakespeare ? L’initiative a d’autant plus enflammé le débat que cette remise en question émane du Shakespeare’s Birthplace Trust lui-même, à Stratford-upon-Avon, la demeure où le Barde a vu le jour.

Le trust a engagé un processus visant à rendre plus « inclusives » ses collections et, souhaitant s’éloigner d’une lecture jugée trop occidentale de l’œuvre, refuse désormais de présenter le contemporain des Tudors comme « le plus grand » auteur de tous les temps.

A lire aussi: Le régime nazi, au gramme près

Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large. À Londres, le Globe Theatre accompagne déjà certaines représentations d’un avertissement évoquant la misogynie, l’homophobie, l’antisémitisme, ou le racisme du dramaturge, dont le « génie » servirait le suprémacisme blanc et alimenterait la notion de « supériorité britannique » selon ses détracteurs. Aux États-Unis, des universitaires militent même pour l’écarter des programmes scolaires, lui préférant des auteurs contemporains jugés plus représentatifs de la diversité actuelle. Cette remise en cause ne s’arrête plus aux œuvres, elle touche à l’identité même de l’écrivain. Un essai récent, paru cette année, avance que l’auteur de Hamlet et de Roméo et Juliette aurait été en réalité Emilia Bassano, une femme d’origine juivo-marocaine et à la peau sombre. Si les théories contestant l’auteur du corpus shakespearien ne sont pas nouvelles, leur regain d’intérêt interroge les shakespeariens. Mais pour les opposants au progressisme ambiant, William Shakespeare ne peut pas se réduire à une figure parmi d’autres au risque d’en restreindre considérablement la portée. Son œuvre a franchi les siècles et les frontières, précisément parce qu’elle touche à des thèmes universels auxquels tous peuvent s’identifier. Au-delà du cas Shakespeare, c’est une confrontation plus large qui se dessine : celle entre une volonté de relecture critique du passé et une tentation de le remodeler selon les grilles imposées par notre siècle. Une ligne de crête fragile, où le souci d’inclusion peut, parfois, basculer en entreprise volontaire de révision. Et où l’histoire, elle, mériterait sans doute davantage mieux qu’un procès à charge post-mortem dont les décoloniaux ont le secret.

The Real Shakespeare: Emilia Bassano Willoughby

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May 04, 2026

Guinée: le pèlerinage marial national de Boffa, une tradition qui se perpétue

Le sanctuaire marial de Boffa, haut lieu de la foi, demeure un lieu central de la vie ecclésiale en Guinée. Chaque année, des milliers de fidèles s’y rassemblent pour un pèlerinage national marqué par la prière, la mémoire et l’espérance. Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, le père Guy Lévy Kouadio, spiritain et recteur du Sanctuaire revient sur l’histoire, la portée spirituelle et les enjeux de ce rendez-vous, particulièrement dans le contexte jubilaire d’évangélisation à venir.

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Au Mozambique, Mgr Saúre: «halte à la violence contre les chrétiens»

S'exprimant auprès des médias du Vatican au sujet de la énième attaque djihadiste perpétrée dans un village du diocèse de Pemba, à Cabo Delgado, l'archevêque métropolitain de Nampula, Mgr Inácio Saúre, et président de la Conférence épiscopale Mozambique appelle à la fin de la haine et au respect mutuel «entre ceux qui se proclament enfants de Dieu». Jeudi 30 avril, l'attaque a entraîné la destruction de l'église Saint-Louis-de-Monfort, dont une partie des structures a été incendiée.

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Le Pape Léon XIV rencontrera le secrétaire d'État américain Marco Rubio le 7 mai

L’audience aura lieu au Palais apostolique du Vatican. Une rencontre avait déjà eu lieu il y a un an, à l’occasion de la messe marquant le début du ministère pétrinien. Le Pape Léon XIV recevra également le même jour le Premier ministre polonais Tusk.

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La présidente de l'Islande en audience chez le Pape

Halla Tómasdóttir a été reçue ce 4 mai au Palais apostolique du Vatican. Lors des entretiens à la Secrétairerie d'État, une réflexion sur les situations de conflit, sur la nécessité du dialogue et sur les perspectives de paix.

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Pour le vicaire apostolique d’Iquitos au Pérou, les peuples autochtones sont abandonnés

La pollution, le manque de soins de santé et la pauvreté constituent une «violence invisible» en Amazonie péruvienne, où de récents affrontements avec des communautés autochtones ont coûté la vie à un policier, dénonce Mgr Miguel Ángel Cadenas Cardo, vicaire apostolique d'Iquitos.

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La statue de Notre-Dame de Lourdes au Cameroun

Quelques jours après la visite apostolique du Pape Léon XIV au Cameroun, une nouvelle étape de ferveur spirituelle s’ouvre pour les fidèles. La statue de Notre-Dame de Lourdes et le reliquaire de sainte Bernadette Soubirous ont été accueillis le 1er mai 2026 à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, inaugurant un pèlerinage national de 40 jours placé sous le signe de l’écoute, de la prière et de la conversion.

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Léon XIV: «L'attention portée aux pauvres fait partie de la mission de l’Église»

Le Pape Léon XIV a reçu lundi 04 mai au Vatican, les membres du Conseil d’Administration de ''Catholic Charities USA''. Occasion pour le Saint-Père d'exprimer sa gratitude à ces hommes et femmes pour leur volonté de poursuivre «l’œuvre de compassion de notre Seigneur envers les plus démunis d’entre nous» en dépit des difficultés rencontrées dans l’exercice de cette mission de charité.

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Carnet de bord d’une gauche déboussolée

Dans la bataille culturelle, les conservateurs remportent bataille sur bataille face aux progressistes. La gauche ne fait plus l’opinion. Hier soir, Jean-Luc Mélenchon a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle. Celui qui plaisantait encore, il y a quelques jours, sur des patronymes juifs est actuellement le mieux placé à gauche, selon les sondeurs. Notre chroniqueur voit dans cette déchéance de la gauche une aubaine pour la droite.


La gauche n’a plus rien à dire. Quand elle parle, elle crache des pierres : elle veut des têtes, des censures, des interdits. En vain. Ainsi, les « progressistes » n’ont pu empêcher la publication du rapport parlementaire sur l’audiovisuel public, rédigé par le député UDR Charles Alloncle. Le document, sauvé de justesse sous la pression des réseaux sociaux, sera mis en ligne mardi par l’Assemblée nationale. Boualem Sansal, pour sa part, sortira le 2 juin chez Grasset son « livre de guerre » (« La Légende ») contre l’islam et la dictature algérienne, en dépit des insultes des bouffeurs de curés ralliés à Allah. Le Canon Français continue d’organiser des banquets populaires malgré les entraves de l’extrême gauche qui déteste le terroir et ses chansons. Le vide intellectuel est tel qu’à Nantes, la maire socialiste Johanna Rolland a lancé le 22 avril l’opération « Plante ton slip » : chacun est invité à enfouir sous terre ses sous-vêtements pour tester la vitalité de la biodiversité ; les caleçons exhumés seront exposés en septembre.

A lire ensuite: 2027 : Ne demandez surtout pas le programme

Fossoyeurs

A Saint-Ouen, aux portes de Paris, les gauches s’affrontent autour de Master Poulet, fast-food 100% halal. Le maire PS de la ville, Karim Bouamrane, s’oppose à ce projet, défendu par LFI au nom de la « nouvelle France » musulmane. Le 26 avril, sur TikTok, le chercheur pro-islam Pascal Boniface a même comparé le blocus de Donald Trump dans le détroit d’Ormuz à celui de Bouamrane contre Master Poulet ! Constat navré de l’illustrateur (de gauche) Xavier Gorce, le 27 avril sur X : « Nous arrivons à ce point de bascule inimaginable où les gens épris des valeurs de gauche (libertés, émancipation, mérite, progrès, rationalité, science, universalisme, pluralisme, laïcité, républicanisme, démocratie représentative…) sont de droite. Bravo les fossoyeurs ».

@pascalboniface_

♬ son original – Pascal Boniface

Montebourg « orphelin » politique !

La déchéance du camp du Bien, toutes chapelles confondues, n’est certes pas une découverte. La gauche, qui a perdu son monopole culturel, ne fait plus l’opinion.

A lire aussi, Garance Dulac: Pourquoi je vote LFI

Néanmoins ses donneurs de leçons, qui se disent héritiers des Lumières, refusent d’admettre leurs échecs.

L’effondrement des finances publiques, de l’école laïque, de la cohésion nationale sont pourtant des désastres nés de belles idées fausses sur l’égalitarisme, la société ouverte, l’universalisme militant. Selon deux sondages récents (Ifop), 57% des Français jugent trop élevée la part des impôts sur le travail ; 60% estiment que la France connait une « transformation démographique profonde » due au remplacement de la population française par une population non européenne, majoritairement africaine. La droite est l’aubaine pour les défenseurs de la liberté d’expression et de la démocratie. C’est Nicolas Dupont-Aignan, avocat des procédures référendaires, qui réclame[1] une « opération mains propres, tant à l’égard du monde politique que des conflits d’intérêts qui gangrènent les milieux économiques, notamment pharmaceutiques ». Le libéralisme commence à être enfin perçu, y compris au RN, comme l’antidote aux idéologies totalitaires et antisémites. Ceux qui se disent « orphelins » de la sociale-démocratie, comme Arnaud Montebourg, parlent avec les mots de la droite patriote et souverainiste. La logique voudrait qu’ils la rejoignent. En annonçant sa candidature à la présidentielle, hier soir sur TF1, Jean-Luc Mélenchon a achevé de rendre la gauche répulsive.

2027 La liberté ou la mort

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La révolution des oubliés

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[1] 2027, La liberté ou la mort, Fayard

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La flottille ou le théâtre de la cruauté consentie

Les individus embarqués dans la énième flottille pour Gaza ne risquent pas grand-chose, malgré les tweets inquiétants ou indignés de l’extrême gauche commentant chaque étape du parcours en mer. Sinon de manquer leur grande scène.


L’armée israélienne a arrêté environ 175 militants de la « flottille pour Gaza » au large de la Crète, ont indiqué jeudi le ministère des Affaires étrangères israélien et les organisateurs ; elle les a ensuite relâchés en Grèce, sauf deux qui seront interrogés en Israël.

« Environ 175 militants provenant de plus de 20 bateaux de la flottille des préservatifs (la dernière appellation israélienne de la flottille, ndla) font actuellement route de façon pacifique vers Israël », écrit le ministère sur X en diffusant une vidéo montrant selon lui « les militants en train de s’amuser à bord de navires israéliens ».

Les organisateurs de cette nouvelle flottille de militants pro-palestiniens souhaitant briser le blocus imposé par Israël sur la bande de Gaza avaient annoncé peu avant que leurs bateaux étaient entourés de navires militaires israéliens alors qu’ils se trouvaient au large de la Crète (Grèce).

Un mauvais casting

Il n’y a pas eu de tempête, cette fois, ni de grandes figures sacrificielles offertes à la ferveur des foules. Ni Greta Thunberg, ni Rima Hassan à l’horizon de cette flottille d’avril 2026. Rien que des silhouettes plus modestes, presque interchangeables, mais d’autant plus disponibles pour la mise en scène. Comme si, débarrassée de ses saintes médiatiques, la liturgie pouvait enfin apparaître dans sa nudité : non plus la compassion, mais son imitation ; non plus l’engagement, mais sa grimace.

Car il ne s’agit pas d’aller à Gaza. Il ne s’est jamais agi d’y aller. La mer, ici, n’est qu’un décor. L’horizon, un trompe-l’œil. La destination réelle est ailleurs : dans l’image, dans le récit, dans cette minute suspendue où l’arrestation — attendue, désirée, presque répétée comme une scène de théâtre — vient donner son sens à l’ensemble.

On embarque pour être arrêté. On s’expose pour être saisi. On parle déjà comme si l’on avait été violenté. La cruauté est anticipée, intériorisée, jouée d’avance. Elle devient un rôle à tenir, une partition à exécuter avec gravité, comme dans ces tragédies pauvres où l’on confond le cri avec la vérité.

A lire aussi: La paix à l’iranienne: petit mode d’emploi pour se faire rouler

Mais il faut aller plus loin : comprendre où cela se joue. Ce n’est pas seulement en mer. C’est dans la distance. L’arraisonnement n’a pas lieu au seuil d’un port, ni dans la matérialité triviale d’un contrôle côtier. Il survient loin, très loin — dans cet espace abstrait où la terre disparaît et où le monde peut projeter ses fantasmes. À des centaines de kilomètres des côtes, il n’y a plus de rivage : il n’y a plus que l’image.

Et c’est là que la scène devient parfaite. Car plus l’interception est lointaine, plus elle est pure. Délivrée de toute épaisseur concrète — frontières, procédures, ambiguïtés — elle se donne comme un geste absolu : un acte sans contexte, livré à la seule interprétation morale.

Ce n’est plus une opération : c’est une apparition. Et ceux qui embarquent le savent. Ils ne vont pas vers Gaza : ils vont vers ce point invisible où l’arrestation aura lieu. Ils avancent vers cet instant où, saisis dans l’éloignement absolu, ils deviendront enfin ce qu’ils sont venus être: non pas des acteurs d’un conflit, mais les figurants d’une innocence.

Spectacle moral

Il y a, dans cette flottille, quelque chose de profondément occidental — au sens le plus épuisé du terme: une incapacité à affronter le réel autrement que sous la forme d’un spectacle moral. Gaza n’est plus une réalité tragique, contradictoire, traversée de violences multiples ; elle est une image fixe, une icône, une blessure exhibée dont il faut garantir la pureté. Et pour cela, il faut des corps — non pas pour secourir, mais pour signifier.

Ces corps ne risquent pas grand-chose, au fond, sinon de manquer leur scène. Leur véritable peur n’est pas l’arrestation, mais son insuffisance: qu’elle ne soit pas assez brutale, pas assez lisible, pas assez conforme à ce que l’on en attend. Il faut que la main qui saisit soit visible, que la contrainte soit perceptible, que l’injustice soit immédiatement reconnaissable.

Alors on accentue, on dramatise, on précède le geste par le récit qu’on en fera. On joue la peur avant qu’elle n’advienne. On donne à la retenue des forces d’intervention la couleur d’une violence. On fabrique, avec une application presque religieuse, les signes de la victime. Ce n’est plus la cruauté qui est subie : c’est la cruauté qui est requise. Et dans cette exigence, il y a plus que de la mauvaise foi. Il y a un besoin. Le besoin d’être du côté du bien, sans reste, sans ambiguïté. Le besoin de s’innocenter soi-même en s’exposant comme innocent. Le besoin, enfin, de désigner un coupable dont l’existence même justifie la scène.

Car la flottille n’existe que par ce qu’elle accuse. Sans l’obstacle, elle serait vide. Sans l’arrestation, elle serait ridicule. Sans la possibilité d’un récit de violence, elle serait insignifiante. Elle a besoin d’un adversaire qui la confirme.

Et c’est là que le théâtre devient implacable : tout ce qui advient est déjà interprété. Si l’intervention est ferme, elle prouve la brutalité. Si elle est mesurée, elle révèle une violence dissimulée. Si elle n’a pas lieu, elle devient une esquive. Rien n’échappe au dispositif.

On ne cherche pas à comprendre : on veut condamner.

Il faudrait alors dire ce que cette flottille révèle, au-delà de ses acteurs provisoires: une fatigue spirituelle, une incapacité à soutenir la complexité, une passion pour les récits simples où l’innocence et la faute se distribuent sans effort. Le monde est trop difficile ; on le remplace par une scène. Et sur cette scène, chacun vient jouer sa part : non pour transformer quoi que ce soit, mais pour être vu, pour être reconnu, pour être sauvé — au moins symboliquement — de l’incertitude et du doute.

La flottille ne navigue pas. Elle dérive dans les eaux closes de la représentation. Et les arrestations qu’elle appelle ne sont que les stations d’un rituel moderne, où la souffrance n’est plus ce qui advient, mais ce qu’il faut produire pour donner un sens à une époque qui ne sait plus regarder le réel sans le mettre en scène.

La société malade

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En quoi le rap réinsère-t-il les délinquants?

Concerts et « ateliers » de rap ont été annulés ou fortement réduits en prison, à la suite d’un durcissement de la politique pénitentiaire initié en 2025 par Gérald Darmanin. Le but, supprimer les activités jugées ludiques ou « provocantes », apprend-on dans un reportage du journal Le Monde. Mais, les progressistes un peu angéliques alertent sur les conséquences de cette nouvelle orientation: «Assumons que la prison n’est que punition et que le détenu qu’on envoie en prison ne sera jamais réinséré» se plaignent-ils.


L’animateur de Skyrock Fred Musa et l’ancien trafiquant et producteur de musique Mouloud Mansouri, de l’association FU-JO, n’ont pas vu leur contrat renouvelé par l’administration pénitentiaire, au motif que « des concerts et des ateliers de rap ont été jugés inutiles en prison. » Cette annulation semble évidente pour le commun des citoyens, dont le bon sens est choqué par l’inadaptation totale de ces exercices au régime carcéral, même le plus bienveillant. Pourtant, dans le climat d’humanisme lénifiant qui continue de prospérer au sein d’une partie du monde judiciaire, politique et médiatique, des voix ne manqueront pas de s’élever pour dénoncer cette suppression.

Progressisme délétère

Parce que le syndrome d’une mauvaise conscience frappe encore certains esprits qui, implicitement, ont du mal à admettre qu’entre les détenus et eux, il existe une différence fondamentale: les premiers ont été coupables et condamnés, quand eux sont innocents.

Cette absurdité continue de justifier un progressisme délétère, dont le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a pris la mesure pour mener une politique inverse. Pour lui, « il est hors de question de proposer des activités ludiques qui choquent l’ensemble de nos concitoyens… d’où l’obligation de mettre fin à toutes les activités jugées ludiques ou provocantes ». Il entend ne privilégier que « le soutien scolaire, l’apprentissage et l’enseignement de la langue française, le travail ou le sport ».

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Qui a pu penser qu’un genre comme le rap, dont les textes n’expriment pas forcément une exigence intellectuelle et sociale, pourrait avoir la moindre incidence sur l’avenir des détenus libérés? Qui a été assez irénique pour imaginer qu’il pourrait lutter contre la récidive et faire émerger un sens de l’honnêteté là où régnait la malfaisance?

Dérive française

Avec cette réflexion, nous ne quittons pas le domaine politique et social. Nous sommes même, si j’ose dire, au cœur d’une dérive française qui affecte toutes les institutions et les services publics. Comme les pouvoirs, de droite comme de gauche, ne savent plus comment les rendre performants dans leur mission essentielle voire exclusive, en assurant et en renforçant les fondamentaux qu’ils ont à transmettre et à faire respecter, ils se détournent de l’essentiel.

Faute de réussir au centre, ils s’égarent à la périphérie. La prison échoue dans sa mission première, mais on y fait du rap. L’école est en chute libre, mais on y multiplie les divertissements et les activités sans rapport avec sa vocation. La culture ne sait plus être populaire, et l’on surabonde en programmes obscurs ou vulgaires.

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Cette déliquescence a des effets redoutables. À force d’accumuler une multitude de substituts à la réalité – qu’il aurait fallu affronter autrement, avec plus de rigueur, d’intelligence et de constance – on a fini par créer une infinité d’illusions. Chez le détenu, d’abord, qui finit par considérer que la prison devrait lui offrir un mode de vie adouci ; trop pour le détourner, demain, des crimes et des délits. La morale et le réalisme imposent que l’enfermement soit plus rude que la liberté! Chez les responsables politiques, ensuite, enclins à faire preuve de libéralisme au détriment des Français et au prix de leurs souffrances, qui devront constater que tous les laxismes et les facilités accordés dedans sont autant d’incitations à transgresser dehors.

Sera-ce suffisamment pédagogique pour mettre à bas les poncifs : « la prison, école du crime », « la société est coupable », « la nature humaine est bonne »? On peut toujours l’espérer. Le responsable de l’une des associations visées par ce recentrage pénitentiaire s’est d’ores et déjà désolé, redoutant qu’on en vienne à dire que « les détenus s’amusent ». Poursuivre dans le même registre ne pouvait en effet que nourrir ce sentiment. Admettons que la prison doit d’abord être utile à tous ceux qui n’y sont pas.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Mine de rien

Une free party illégale rassemblant environ 20 000 participants s’est déroulée ce week-end sur un ancien terrain militaire près de Bourges, jugé dangereux par les autorités. Les démineurs de la DGA, propriétaire du site, sont intervenus après la découverte d’un obus près de la route départementale traversant le champ de tir, «en bordure du site du Teknival», selon la préfecture du Cher. Mais les fêtards ont continué comme si de rien n’était, les organisateurs ayant délibérément choisi ce lieu près de la ville natale du ministre de l’Intérieur pour protester contre sa politique «répressive».


La foule est là, en transe, écrasée par les murs de basses. Des corps tatoués, à moitié dénudés ou vêtus de tenues bariolées. Ils ont des rastas, des cheveux à moitié rasés ou décolorés en couleurs fluo, des lunettes de soleil vissées sur le nez, la bière à la main, la cigarette roulée au coin des lèvres. Les mouvements sont saccadés. Les bras se lèvent, mollement ou fébrilement, tentant de suivre le rythme lourd de la techno. Les jambes martèlent le sol dans une cadence désarticulée, presque hypnotique. Une transe collective, compacte, indifférente au monde extérieur. Depuis le vendredi 1er mai, une rave party illégale s’est installée à Cornusse, petit village de 250 habitants près de Bourges, sur un terrain militaire créé en 1917 pendant la Première Guerre mondiale, devenu un champ de tir pour l’armée, potentiellement miné. Six cents gendarmes ont été mobilisés. Les pompiers étaient en alerte. Et un obus a déjà été découvert. Mais rien ne semble arrêter les teufeurs. Ils continuent à piétiner en guise de danse, à s’enivrer, à fumer, à rire, insouciants du danger. Certains s’éloignent dans les champs pour satisfaire un besoin pressant et tombent sur des engins enfouis. Peu importe que le danger soit là, tangible : il n’existe pas à leurs yeux. Ce qui compte, c’est la fête. L’ivresse. La transe.

Il est troublant de voir à quel point certaines situations réelles semblent rejoindre la fiction. En effet, cette scène semble sortie tout droit de Sirat, le film du réalisateur franco-espagnol Oliver Laxe, récompensé au Festival de Cannes l’an dernier. On y suivait un père à la recherche de sa fille disparue lors d’une rave perdue dans les montagnes du sud du Maroc… Dans l’une des scènes les plus saisissantes, les teufeurs avancent sans le savoir sur un champ de mines. Puis surviennent les explosions. Les corps sont projetés, disloqués. Une violence brutale, injuste, absurde. Ici, on n’est pas au Maroc, mais dans le Cher. Il ne s’agit pas d’une fiction, mais de la réalité. Et pourtant, ce sont les mêmes images et le même risque : une foule qui danse sur un sol qui pourrait exploser.

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Revenons à la symbolique du lieu : il a été conçu pour préparer la guerre, pour former des hommes appelés à mourir. C’est un sol potentiellement chargé d’obus et de mines, mais aussi un sol d’histoire et de sacrifice. Et c’est précisément là que l’on danse, ou plutôt que l’on gesticule. Le contraste est vertigineux. En 1917, des jeunes gens allaient s’entraîner avant de partir au front et défendre une certaine idée de la France et, au fond, la liberté même dont jouissent aujourd’hui ces teufeurs. Mourir pour que d’autres puissent vivre libres. Mourir pour que d’autres puissent… danser. Ce décalage n’est pas seulement historique. Il est moral. On objectera que chaque époque a ses formes d’expression, ses excès, ses rites. Mais ce qui frappe ici, c’est moins la fête que l’indifférence au lieu, à ce qu’il signifie. Comme si tout se valait. Comme si un champ de tir, un champ de bataille ou un terrain vague pouvaient être investis de la même manière, simple support d’une expérience immédiate. À croire que seule l’ivresse de l’adrénaline sous ecstasy compte ! Ce brouillage du sens n’est pas nouveau. Il a même été, parfois, encouragé par les institutions.

Comme en 2016, lors des commémorations du centenaire de la bataille de Verdun, sous la présidence de François Hollande : 3 400 lycéens français et allemands participaient à un « jogging mémoriel » au rythme de percussions, courant en tenues fluo entre les tombes — parfois dessus — de soldats morts, jusque dans l’enceinte de l’ossuaire de Douaumont. Derrière la célébration de la paix, certains ont alors vu une profanation du sacré et de la mémoire. Autre exemple en 2022, lors de la présidence française de l’Union européenne : avant le discours d’Emmanuel Macron au Parlement européen, une « chorégraphie participative et inclusive », imaginée par le chorégraphe Angelin Preljocaj, voyait de jeunes danseurs gesticuler de manière désarticulée sur les marches de l’hémicycle, sur une musique de Jeanne Added…

Le paradoxe est peut-être là : la profanation du sacré n’est plus seulement subversive, elle est parfois orchestrée, accompagnée, légitimée par les institutions elles-mêmes. Dès lors, pourquoi s’étonner que, quelques années plus tard, d’autres jeunes gens dansent sans y penser sur un champ de tir, au-dessus de mines oubliées ? Pourquoi s’étonner que les slogans néo-anarchistes contre l’État et les forces de l’ordre coexistent avec une sécurité assurée… par ces mêmes forces ? Pourquoi s’étonner, enfin, que la liberté héritée soit consommée sans mémoire de ce qui l’a rendue possible ? Mine de rien…

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Charles III a la langue bien pendue

La conquête peut attacher ensemble, enchaîner des parties hostiles, mais jamais les unir.
Jules Michelet


L’histoire est souvent instrumentalisée en politique. Certains Américains aiment à rappeler que, sans leur intervention dans les deux guerres mondiales, la France et l’Europe seraient tombés sous le joug germanique et, surtout, parleraient la langue de Joseph Goebbels aujourd’hui, entre deux plats de choucroute. Ce qui est probablement exact. Abonde dans ce sens, comme l’on pouvait s’en douter, l’actuel titulaire d’un bail (quasi-emphytéotique) pour la Maison Blanche à Washington, le petit-fils de Friedrich Trumpf, qui s’enrichit d’abord dans l’industrie hôtelière au Yukon (Canada) et dont les établissements offraient, outre le gîte et le couvert, des services nocturnes très personnalisés destinés à réchauffer les cœurs des chercheurs d’or.

(Rien de nouveau sous le soleil : le père du président John Kennedy fut trafiquant d’alcool à l’époque de la prohibition).

Cependant, il s’agit là d’une vérité partielle car, si l’on remonte plus haut dans le temps, les Etats-Unis n’auraient sans doute pas eu leur indépendance du Royaume-Uni sans l’aide française; ils doivent une fière chandelle au roi Louis XVI. Heureusement, la gratitude n’est pas à sens unique. Le 4 juillet 1917, moins de trois mois après l’entrée en guerre des États-Unis d’Amérique, le lieutenant-colonel Charles E. Stanton, officier de l’état-major du général Pershing, s’exprima ainsi sur la tombe du général marquis de La Fayette : « La Fayette, we are here », en v.o. (« Lafayette, nous voilà » en v.f.).

Donald J. Trump lirait d’ailleurs avec profit cet émouvant discours prononcé par Hugh C. Wallace, ambassadeur des États-Unis d’Amérique en France, le 4 juillet 1919 :

Je viens aujourd’hui, ici où tant d’Américains sont venus avant moi, déposer dans un esprit de respect et de dévouement une couronne sur la tombe de La Fayette. Le geste même est simple mais rien ne saurait rendre plus parfaitement le sentiment de l’Amérique. C’est comme si mon pays étendait la main au-delà des mers et déposait un emblème d’affection sur l’autel de notre meilleur ami. Il est vraiment bienséant que nous venions en France et fassions un pèlerinage sur le lieu où repose La Fayette.
De tous les grands Français, c’est lui qui nous est le mieux connu – mieux connu à vrai dire en Amérique qu’en France. Pour vous, ce n’est qu’un de vos héros – pour nous, c’est le chevalier à l’armure resplendissante qui en une heure sombre est venu porter secours à notre cause. L’enfant qui naît parmi nous apprend à lier ce nom à celui de Washington; devenu homme il continue à révérer le héros de sa jeunesse. Quand nos armées traversèrent l’Océan pour défendre la liberté que la France elle-même avait conquise, elles ne cherchaient qu’à payer une dette sacrée. Cependant cette dette subsiste toujours – une charge portée avec joie et un lien puissant unissant à jamais deux grands peuples.
Ceux qui jouissent des bienfaits de la liberté les méritent mieux lorsqu’ils les partagent avec leurs frères, car ce qu’ils donnent revient à eux pour augmenter un fonds commun. En saluant à cette heure un monde rendu à la paix, nous constatons que la pierre de voûte de cette liberté que vient d’acquérir l’Europe est l’exemple d’antan donné par l’Amérique. C’est le nouvel Évangile ; et de même que La Fayette le vit alors, nous l’élevons à présent là où l’humanité entière pourra le contempler.

Pour sa part, le 28 avril dernier, Charles III, roi de Belize par la grâce de Dieu, en visite officielle aux Etats-Unis, a pris langue avec le président américain qui se veut monarque et lui a fait un exposé sur la démocratie et sur la séparation des pouvoirs. Il a ajouté, « tongue in cheek », en v.o., (« avec une pointe d’ironie » en v.f., digne de George Bernard Shaw), que n’eût été de l’Angleterre, l’Amérique parlerait français aujourd’hui.

Les médias français y ont vu une allusion à la vente de la Louisiane par Napoléon à la république américaine, tandis que les commentateurs québécois dénoncent une crasse méconnaissance de l’histoire québécoise chez les Français : le roi des Îles Salomon aurait eu à l’esprit la défaite française à Québec en 1759, et donc la cession formelle de la Nouvelle-France à l’Angleterre par le traité de Paris en 1763.

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Disposons d’abord d’une première légende linguistique, celle dite de Muhlenberg, qui veut que, en 1795, les Etats-Unis ont presque choisi comme langue administrative l’allemand et renoncé à la langue anglaise par haine de l’ancienne puissance coloniale. La rancune ne rend pas tout possible; il n’y a que dans la comédie « Bananas » de Woody Allen où la république latino-américaine de San Marcos a pu adopter du jour au lendemain le suédois comme langue officielle.

Mais quid du français? Rappelons cette simple vérité historique : la défaite française de 1759 à Québec ne fut qu’un épisode très mineur du premier conflit mondial que fut la guerre de sept ans, au terme de laquelle l’Angleterre convoitait les considérables richesses sucrières de la Martinique et de la Guadeloupe et non pas les quelques arpents de neige qui étaient un gouffre financier. Contre toute attente, alors qu’elle avait plutôt les bonnes cartes en main, l’Angleterre s’est vu refourguer le Canada suite aux basses manœuvres des producteurs sucriers anglais qui se sont ainsi débarrassés d’une amère canne concurrente; l’on n’est jamais trahi que par les siens. Il est permis de supposer que si les Français l’avaient emporté aux plaines d’Abraham, ces planteurs auraient fait une tout aussi énergique promotion du Canada. A signaler que, une décennie plus tard, la perte de celui-ci n’empêcha nullement la France de soutenir à fond les rebelles américains, sans que ceux-ci finissent par adopter le français comme langue nationale au moment de l’indépendance.

(Cela dit, la conservation de la Nouvelle-France par la mère-patrie eût-elle constitué une victoire pour la langue de Montesquieu en Amérique? Peut-être un répit. Mais l’on peut conjecturer que, en 1803, Napoléon (dit « le Grand ») eût négocié avec les Etats-Unis un juteux forfait (en v.f., ou « package deal » en v.o.) en ajoutant en rab le Canada à la Louisiane, lequel eût alors aussi fini englouti dans l’Amérique anglo-saxonne comme le fut le bayou. Ni la baguette ni le croissant ne l’auraient envahie. Ironique paradoxe : c’est sans doute le souverain anglais qui a, bien involontairement, permis la survie des Français sur les rives du Saint-Laurent, même si, par la suite, l’autorité coloniale tentera, en vain, de faire marche arrière).

Le sibyllin message du monarque des Bahamas au président affectionnant les dorures résistera probablement au décryptage. Évidemment, l’on peut raisonnablement y voir une référence très générale à la séculaire rivalité anglo-française sur le continent, comme le pense le journal Le Monde, mais on voit mal le rapport avec l’acquisition de la Louisiane, une mercantile transaction immobilière purement franco-américaine.

Quant aux commentateurs québécois qui y voient une perfide allusion à la conquérante Albion, ils succombent aussi au mythe du peuple vaincu et conquis, inlassablement propagé par les autorités coloniales depuis l’an de grâce 1763 afin de subjuguer leurs nouveaux sujets, ce qui était de bonne guerre : il n’y a alors pas eu « conquête », mais « cession » de territoire, conclue, dans la ville-lumière, le 10 février, par les grandes puissances. Vu les conditions à l’époque, les pauvres rosbifs furent les dindons de la farce. Rien n’était donc joué le 14 septembre 1759 (honni soit qui mal y pense), alors que tel fut le cas pour les Anglo-Saxons étrillés par le Normand Guillaume, le bien nommé Conquérant, à Hastings le 14 octobre 1066.

Le sirop d’érable fut allègrement sacrifié par Louis XV, friand de chocolat chaud, car il était infiniment moins rentable que la mélasse.

Si Chuck Windsor, beau-père de Meghan, et surtout roi de Tuvalu, s’est révélé un constitutionnaliste averti, sa régalienne pique linguistique uchronique, bien que drolatique, ne fut que vain badinage.

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Sabine Devieilhe triomphe, la mise en scène déraille

Lyrique: Lucie de Lammermoor en VF, à l’Opéra-Comique. Un spectacle rédimé par la soprano Sabine Devieilhe.


Au tomber de rideau du premier acte, un philistin éructe, depuis un rang du balcon : « Coupez les micros ! c’est une honte ! ». Confondant spectacle lyrique et show de Céline Dion, le gougnafier croyait, de bonne foi, qu’une sono se chargeait de hausser le volume de l’orchestre et des voix – pratique évidemment contraire à tous les usages dans l’opéra, sauf à la rigueur dans le cas d’une production en plein air, – cf. Le trouvère au lac de Bregenz, par exemple. Louis Langrée, le directeur de l’Opéra-Comique, a dû se fendre après l’entracte d’une mise au point propre à rassurer les ignorants, et à rendre justice, au passage, à l’acoustique hors pair de cette petite salle Favart « qui a vu naître Pelléas et Mélisande » : n’en déplaise aux rustres châtrés de l’oreille, nul besoin de décibels augmentés pour faire sonner au naturel la fosse et le plateau de Lucie de Lammermoor.

Il n’en est pas moins vrai que, Speranza Scappucci au pupitre, la phalange Insula Orchestra joue fortissimo, décidément trop articulé, et sur un tempo prisant à l’excès le rubato. Aussi bien le chœur bien nommé accentus impose-t-il aux solistes sa surenchère de décibels, à lointaine distance de l’original en italien Lucia di Lammermoor (livret signé Salvadore Cammarano) pétri de plaintes déchirantes, et dont le legato, l’ample et ductile respiration laissent s’épanouir la mélodie dans une délectable onctuosité romantique.

Trois ans après son triomphe napolitain, le chef d’œuvre, quintessence du génie de Gaetano Donizetti, se voit versifié par les soins du duo Alphonse Royer & Gustave Vaëz, pour correspondre au goût français d’alors, et Lucie de Lammermoor triomphe en VF au Théâtre de la Renaissance. Moins traduite qu’authentiquement réécrite, c’est cette version qui prédominera chez nous au moins jusqu’au second XXème siècle, dans la partition révisée en son temps par Donizetti lui-même. Le spécialiste y repère aujourd’hui sans peine les coupures, les numéros reconfigurés, etc. qui tranchent avec la version transalpine – par exemple la disparition des personnages d’Alisa et de Normanno au profit du rôle de Gilbert, le perfide factotum, un duo du 2ème acte supprimé…

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Il faut souligner surtout – et c’est là l’essentiel – que, remontée d’un ton par le compositeur, la partition de Lucie… se colore très différemment de celle de Lucia…  A l’âpreté dramatique se substitue ainsi une légèreté, une suavité presque guillerette par instants, percée d’aigus stridents, en particulier dans les pages confiées au rôle-titre. Dans la présente production, celui-ci se voit magnifié par la soprano Sabine Devieilhe, sylphide gracile toute de blanc vêtue, douée de cette aisance, de ce naturel éblouissant que lui confèrent une maîtrise technique superlative, mariée à une virtuosité sans égal dans les trilles et autres ornements redoutables dont l’écriture est émaillée – jusque dans la fameuse scène de la folie, à l’acte final : au soir de la première, le 30 avril, la salle en restait véritablement pétrifiée. S’ensuivait un tonnerre d’applaudissements et de bravos.

N’était cette réserve quant au surrégime auquel carbure le moteur de la cheffe, et à son volume sonore immodéré, on peut d’ailleurs s’enthousiasmer de l’ensemble de la distribution vocale. A commencer par le baryton Etienne Dupuis, qui campe l’intraitable et sombre frère de Lucie, Henri Ashton, avec une souveraine intensité. Sous les traits du jeune ténor Léo Vermot-Desroches dans cette première prise de rôle, Edgard Raverswood offre une expressivité riche en nuances, dans un phrasé d’une clarté absolue et un vibrato impeccablement tendu. Ténor malgache à la diction parfaite également, Sahy Ratia incarne quant à lui Sir Arthur avec un timbre solidement charpenté. Dans l’emploi du ministre Raymond Bidebent, le baryton-basse franco-irlandais Edwin Crossley-Mercer impose sa finesse et sa roide élégance, jusque dans une gestuelle singulièrement éloquente.

Les partis pris de mise en scène laissent davantage dubitatifs. Né au Kazakhstan en 1980, le Russe Evgeny Titov, également acteur, a choisi de poser sur un plateau tournant, recouvertes du même sinistre papier peint omniprésent, hideusement petit-bourgeois, fichées d’appliques verticales dispensant une violente lumière rouge, les parois d’un château labyrinthique dont se découvrent les pièces tour à tour, à la faveur des changements de tableaux successifs. Epaissement harnachés de cuir noir, les chasseurs écossais (qui forment le chœur) sont montrés ici comme une bande de soudards prédateurs violentant à l’occasion, torse nu voire froc aux chevilles, un double improbable de Lucie, exclave sexuelle évidemment. Signe de l’état de victime régressive à laquelle l’héroïne est assignée, la chambre de Lucie perdure dans son décor puéril, meublée de deux petits lits jumeaux, le sien et celui d’Henri, son frère, mâle dominant comme on l’aura compris. A un moment, on le verra d’ailleurs pousser de la fonte dans sa salle de gym. Cette lecture passablement schématique, mais bien conforme à la doxa du temps, culminera dans un climax sanguinaire empruntant à l’esthétique gore. L’indécision, d’un bout à l’autre, entre comique et tragique, joint à cette désinvolture frappée au coin de l’idéologie, interdit malheureusement au spectacle de trouver son équilibre. Le public d’ailleurs ne s’y trompe pas, qui ovationne à raison les chanteurs, Sabine Devieilhe au premier chef, et réserve ses huées à la régie.


Lucie de Lammermoor, opéra de Gaetano Donizetti. Durée : 2h40. Opéra-Comique, Paris. Les 4, 6, 8 mai à 20h, le 10 mai à 15h.

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May 03, 2026

Debussy: un philtre purifié par Suarès

Un peu plus d’un siècle après sa première parution, le plus grand livre jamais écrit sur Debussy est réédité.


André Suarès signe avec Debussy (Éditions Le Condottiere) un livre inclassable, à rebours des discours critiques établis. Consacré au compositeur, l’ouvrage ne relève ni de l’essai savant ni de la biographie. Suarès y propose une approche intuitive, presque charnelle, de la musique. Il substitue à l’analyse une expérience vécue de l’œuvre, au risque de l’excès. Dans un paysage critique en perte de relief, ce geste retrouve une force inattendue.

Brûler plutôt qu’éclairer

Là où la critique contemporaine avance avec des précautions infinies – situant, contextualisant, entourant ses objets de références comme pour éviter d’avoir à les affronter directement – Suarès, lui, brûle. Comme le souligne Émilie de Fautereau Vassel dans sa préface, il refuse la distance ; son intuition « fonce comme un vautour au cœur de l’objet ». Dès qu’il parle de Claude Debussy, il ne cherche pas à équilibrer son propos. Il affirme : « Il a tout renouvelé ». La sentence est abrupte, brutale, sans l’abri d’aucune nuance. Elle ne s’embarrasse d’aucune réserve car elle revendique un point de vue absolu : celui de la ferveur.

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Le jet d’eau sonore

C’est que là où l’analyse musicologique se perd parfois dans les « tiges de plomb » de la technique, Suarès nous rend la matière même du son. Pour lui, Debussy est le « poète du vent et de l’écume ». Il ne s’agit pas d’une métaphore littéraire, mais d’une compréhension profonde de la révolution harmonique : l’accord n’est plus un système, c’est « le jet d’eau sonore », et la mélodie, « la gerbe qui s’éparpille ». Il admire cette économie du génie où « un seul accent doit tout dire ». Chez Suarès, on ne dissèque pas une partition : on boit un philtre. Il nous rappelle que pour comprendre Debussy, il faut « penser harmoniquement » et rejeter les « vapeurs stagnantes » des traditions stériles.

La décision nue

Certes, cette méthode a ses limites. L’absence de hiérarchie et la répétition des intuitions peuvent donner le sentiment d’un discours qui tourne sur lui-même. Mais ces faiblesses sont inséparables de sa force. Suarès ne corrige pas ses excès : ce sont eux qui rendent possible l’intensité de sa perception. Il accepte de se tromper pour ne pas affadir ce qu’il saisit. Comme le pressentait Jacques Rivière, Suarès finit par « faire chair » avec son sujet : il ne commente plus Debussy, il le recommence sous nos yeux.

Il nous rappelle ainsi une exigence oubliée : juger suppose de s’exposer. Il n’y a pas de critique sans prise de risque, sans possibilité d’erreur, sans engagement personnel. Suarès ne se dérobe jamais à cette « décision nue ». Face aux consensus mous, il nous offre ce qui manque le plus à notre siècle : une conscience en feu capable de reconnaître le divin dans l’éphémère.

198 pages

Debussy

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Dénazification (des mainates)

Histoire d’oiseaux


J’ai la chance d’habiter près d’une grande librairie, et chaque jour, à l’heure de ma promenade, mes pas m’y conduisent inexorablement. Je suis attiré par toutes ces piles de livres neufs ou de rééditions, dont le stock se renouvelle à l’envi au fil des saisons. Cela me permet d’en feuilleter en toute tranquillité quelques exemplaires, l’art de feuilleter étant pour moi l’un des plaisirs les plus délicats de l’existence. C’est aussi l’occasion d’échanger avec des libraires, et même d’écouter leurs conseils, quelquefois avisés. Vendre des livres n’est pas un métier facile. Le libraire doit deviner quel lecteur potentiel vous êtes, pour savoir quels ouvrages vous recommander. Un libraire ne doit pas tant servir ses propres goûts, que ceux, souvent cachés, de celui qui, déboursant une petite somme d’argent, espère trouver, dans cette transaction de confiance, rien de moins qu’une raison fiable de vivre.

L’oiseau mainate

C’est ce qui m’est arrivé il y a peu avec une jeune libraire, qui, ce jour-là, m’a déclaré : « Monsieur Miriel, j’ai peut-être un roman pour vous ! » Elle m’a conduit vers la table basse où sont présentées les parutions que les libraires ont lues et recommandent, et elle m’a tendu un exemplaire du roman de Jean-Yves Jouannais, Une forêt, aux éditions Albin Michel. Je ne connaissais pas cet auteur, mais j’avais déjà remarqué ce livre, grâce à son bandeau où est reproduit, peint à l’aquarelle, un oiseau au plumage violet, à la tête noire et au bec jaune. La légende indique qu’il s’agit d’un mainate, communément appelé merle des Indes. Originaire d’Indo-Malaisie, cet oiseau a la particularité d’imiter la voix humaine. On va voir que c’est un détail important pour l’histoire qui nous est racontée par Jean-Yves Jouannais. 

Une belle rencontre

Mais, avant de vous dire quelques mots de l’intrigue fascinante de ce livre, je voudrais relater qu’à quelque temps de là, j’eus la chance d’assister à une rencontre dans cette librairie avec Jean-Yves Jouannais lui-même. J’étais a priori intrigué par cet écrivain discret, spécialiste de l’histoire militaire et organisateur au Centre Pompidou d’un cycle de conférences à succès, L’Encyclopédie des guerres. J’étais heureux de pouvoir l’approcher. Pendant une heure, ce soir-là, Jouannais ne nous parla pas directement de son livre, mais de littérature en général.

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J’aurais dû prendre des notes, car j’ai tout oublié. Puis vint, après les questions du public, la séance finale de dédicaces. J’avais apporté mon exemplaire. J’arrivai devant lui et nous échangeâmes quelques mots au sujet de stratégie, matière qui m’a toujours passionné (c’est mon côté « situationniste »), et il écrivit la phrase suivante sur la page de garde, que j’ai trouvée très intuitive et parfaitement juste : « Pour Jacques-Émile Miriel, Une forêt, une profonde forêt, après la bataille, après la stratégie. » Une inoubliable dédicace donc, en tout cas pour moi, qui me toucha, car je suis obsédé, comme une poignée d’autres d’ailleurs, par le déclin et la fin des empires, notamment de l’Europe.

L’Europe après la bataille

Revenons brièvement au roman de Jouannais, il en vaut la peine. Nous sommes ici, cela me frappe dès les premières pages, proche de l’univers d’un W. G. Sebald, cet écrivain culte allemand mort en 2001, auteur entre autres du livre essentiel De la destruction (sorti en 2004). Une forêt débute de manière assez simple : un capitaine de réserve de l’armée américaine arrive, en février 1947, dans la ville de Brême, alors en ruine. Jouannais décrit cette sensation d’un monde englouti, deux ans après la fin de la guerre : « La cendre, augmentée des vapeurs échappées des crématoriums — mercure de plombages dentaires —, était le résumé d’un monde qui venait de s’achever. » En attendant de connaître l’objet de sa mission, l’officier va s’immerger à loisir dans cette atmosphère prégnante d’Europe centrale. Le paysage, dévasté lui aussi, ressemble de fait à « une profonde forêt, après la bataille, après la stratégie », pour reprendre les mots de Jouannais dans sa dédicace. La dénazification est alors toujours en œuvre, et l’on se demande si la blafarde Allemagne pourra renaître un jour de ses cendres. Jean-Yves Jouannais fait très bien ressentir cette sensation de désolation irrémédiable, à travers la description presque phénoménologique de la solitude de son personnage principal et des paysages dans lesquels il marche de manière interminable.

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Sa mission de dénazification lui est communiquée. Eh bien, figurez-vous, elle a trait aux oiseaux, et plus précisément aux fameux mainates, dont j’ai parlé plus haut, qui peuplent la forêt. Ils ont appris, par mimétisme, à siffler les chants nazis quand les SS campaient au pied des arbres. On lui précise les faits suivants : « les mainates de la forêt de Hasbruch chantaient ce qu’ils entendaient, sans souci de la saison, ni de l’idéologie. Ils sifflaient à tue-tête le Horst-Wessel-Lied. » Or, une loi de 1945 l’interdisait expressément : « le Horst-Wessel-Lied, était-ilédicté, fait partie des signes d’organisations anticonstitutionnelles dont l’interprétation et la diffusion sont interdites, en raison de leur origine nationale-socialiste ». Je vous laisse découvrir comment la mission du capitaine va évoluer. Avouons que c’est une histoire intrigante, inattendue, sans doute dérisoire, et peut-être en même temps tellement significative de cet instant de l’humanité où tout sombre dans le non-sens et le chaos. C’est donc une histoire parfaitement moderne. Thomas Bernhard aurait pu l’intégrer à son recueil L’Imitateur, collection d’anecdotes étranges à portée philosophique. Je retrouve aussi avec délectation cet esprit-là dans Une forêt.

La conscience de l’insupportable

Une dernière remarque, très importante. Jean-Yves Jouannais a donné un nom particulier à son capitaine américain, dont la famille, comme il le note, émigrée au XIXᵉ siècle aux USA, est justement originaire d’Allemagne : il se nomme Lenz. Et plus précisément : Jacob Michael Lenz. Cela vous rappelle quelque chose ? C’est quasi l’exact homonyme du poète et dramaturge du Sturm und Drang, l’ami de Goethe. Lenz est surtout un texte posthume et inachevé de Georg Büchner, paru en  1839, qui met en scène la folie de ce personnage historique. C’est un classique de la littérature européenne. Il annonce Kafka et tous les autres. Il me semble que Jouannais a voulu nous dire deux choses qui lui tiennent à cœur, à travers cette reprise du nom de Lenz : d’abord, que son récit, Une forêt, est celui de la crise profonde de la culture européenne, qui a continué encore après-guerre. Et puis, il souligne que son personnage incarne lui aussi cette conscience douloureuse, qui finit chez Büchner dans la folie, comme il se concluait chez Heinrich von Kleist (autre incontournable) par le suicide. La folie ou le suicide, seule alternative à notre disposition désormais ? Je voudrais croire que non, mais le grave message d’Une forêt nous remet face aux réalités sérieuses. 

Jean-Yves Jouannais, Une forêt. Éd. Albin Michel, 107 pages.

Une forêt

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W. G. Sebald, De la destruction comme élément de l’histoire naturelle. Éd. Actes Sud, coll. « Babel », 153 pages. 

De la destruction (Romans)

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Que lira-t-on durant les ponts de mai?

Monsieur Nostalgie, toujours aussi attaché au style et à la fantasmagorie, nous propose quelques pistes de lecture pour les week-ends à rallonge de mai, entre l’allumage du barbecue et la tonte des vertes pelouses…


On me reproche de vénérer seulement les écrivains morts. Par facilité, par jalousie, par idéologie, par ruse, par goût. C’est vrai que mon premier élan naturel, de lecteur et de critique, me porte vers les valeurs polies par le temps, presque usées par des milliers d’yeux, la couverture souillée et les pages écornées. Le jaunissement est le tanin du livre, le dépôt des longues maturations. Le livre neuf, frais, jouvenceau à peine sorti de chez l’imprimeur, a quelque chose d’imberbe, de vaguement sucré, de faussement duveteux ; il est frivole donc inconséquent comme l’affirmait Julien Guiomar face à la désinvolture de l’Incorrigible Jean-Paul Belmondo.

Le livre de saison est plein de colorants, plein de vitalité, plein de promesses ; sa naïveté est touchante et aussi agaçante. Il veut réussir. Il a des ambitions littéraires et commerciales. Il fait le beau au micro ou dans les salons. Il se veut catégorique et prophétique, il divague carrément. Il se croit unique. Il est attiré par la lumière, il cherche des retombées à la pelle et des lettres de pâmoison. Ce livre-là n’est pas sérieux. Alors que le livre ancien, planqué dans notre bibliothèque, recroquevillé sur sa tranche, a déjà connu les cycles infernaux de la vie, les cahotements incertains, l’éclat des jours d’après-parution, les débuts en fanfare, les sélections dans les prix, les inflammations de l’égo, puis les doutes, le ressassement et enfin, l’inévitable oubli. C’est à ce moment-là souvent que j’interviens, après ce purgatoire qui peut durer des décennies, après cette vie d’errance de papier, moi le bras rédempteur et le mégalomane des boîtes vertes, j’exhibe, non sans fierté, mon offrande païenne du dimanche. C’est moi qui l’ai trouvé !

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Le livre est le royaume des impostures, chacun s’estime légitime à juger un texte, à l’encenser ou à le recaler. Pour les ponts de mai à venir, j’avais d’abord pensé évoquer Paris, ô Paris d’Alberto Arbasino (1930 – 2020) dans la belle collection Le Promeneur des années 1990. On savait encore fabriquer des objets à rabats, de belle tenue, au grain lourd et à la prise soyeuse. Monsieur Nostalgie et sa fichue manie de nous parler d’écrivains italiens confidentiels… Mes « italianités exacerbées » commencent à vous gaver. Arbasino n’était pourtant pas un inconnu de l’autre côté des Alpes. Entre les années 1950 et 1960, le jeune journaliste avait même fréquenté le tout-Paris littéraire. Dans ce recueil, il va à la rencontre de Raymond Aron dans son appartement du quai de Passy « au milieu d’une multitude énorme de revues et de livres qui remplissent les pièces » ou chez le Docteur Destouches, route des Gardes, « entre habitations en ruine et petits jardins potagers bourbeux pleins de chats ». Céline, prévisible prédicateur, lui balance ses formules toutes faites qu’il récite à merveille: « Seul m’importe le style, donc seul m’intéresse la couleur… Du reste, il n’y a plus rien à attendre du roman… ni à apprendre ». Fermez le ban ! À l’évidence, je faisais fausse route. Le soleil revient timidement, l’élection présidentielle ne démarrera qu’en septembre, nous ne sommes pas encore des citoyens cernés et assaillis par la prose politicienne. Alors, je me permets de vous faire partager quelques nouveautés du printemps, des vivants et des morts – soyons magnanimes.

D’abord le sémillant Bernard Chapuis, Bernie des Tuileries, œil vif, mémoire intacte, mètre-étalon de l’esprit parisien dans ce qu’il a de plus sauvage et de pertinent, vient de faire paraître son dernier roman Ça va si vite, Monsieur Charvet aux éditions Herodios avec une magnifique illustration de couverture de Yoko Ueta. Bernie nous emmène dans une société mondaine, phagocytée, des soirées huppées aux mélancolies nourricières, des appartements parisiens au sud carnassier, de l’amour aux fêlures. Bernie pratique une littérature champagne et hautement romanesque. Son écriture nostalgique n’a pas pris une ride, elle miroite au coucher du soleil.

Au mois de mai, on a aussi des envies de tarte à la crème et de fruits acides. Les éditions Noir sur Blanc, publient une version revue et augmentée de Anthologie de la subversion carabinée de Noël Godin. Dans ce ball-trap, on retrouve les figures de Ravachol, d’Octave Mirbeau, d’Alphonse Allais, de Gaston Leroux et évidemment des Pieds Nickelés. Tout ça, c’est de la dynamite !

Faisons un peu de sport avec Le fantôme de Stockholm d’Arnaud Ramsay aux éditions « Les livres de la promenade ». Le journaliste connu pour « ses » autobiographies de stars du ballon rond ou ovale s’intéresse à Shizō Kanakuri, un étudiant japonais de 20 ans qui a participé au marathon des Jeux Olympiques de Stockholm en 1912 et a disparu mystérieusement. Et puis saluons le travail du Dilettante avec la reparution de Délicieuses frayeurs de Maurice Pons, préfacé par Denis Lavant, ces nouvelles à l’émotion comprimée vibrent d’une onde insidieuse, étrange et pénétrante, dont l’écrivain avait le secret. Elles nous poursuivent.  

Ça va si vite, Monsieur Charvet ! – Bernard Chapuis – éditions Herodios

Ca va si vite, Monsieur Charvet !

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Anthologie de la subversion carabinée – Noël Godin – Les éditions Noir sur Blanc

Anthologie de la subversion carabinée

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Le fantôme de Stockholm – Arnaud Ramsay – Les livres de la promenade

Le fantôme de Stockholm

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Délicieuses frayeurs – Maurice Pons – Le Dilettante

Délicieuses frayeurs

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50 ans séisme du Frioul, Léon XIV assure de sa proximité spirituelle

À l’occasion du 50ᵉ anniversaire du tremblement de terre survenu en 1976 dans la région du Frioul, dans le nord-est de l'Italie, le Souverain pontife a adressé un télégramme, signé par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège. Il a exprimé sa proximité spirituelle avec les populations touchées par ces fléaux, tout en rendant hommage à l’élan de solidarité manifesté.

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Liberté de la presse, la pensée du Pape pour les journalistes victimes de violence

À l’issue de la prière du Regina Caeli, place Saint-Pierre, ce dimanche, Léon XIV a souligné l’importance de réciter le Chapelet en ce mois de mai, et confié ses intentions à l’intercession de la Vierge Marie. À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée ce 3 mai, il a rendu hommage aux journalistes et reporters qui perdent la vie sur le terrain en couvrant les conflits.

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Regina Caeli: Léon XIV invite à vivre la foi comme chemin de confiance et de fraternité

Lors de la prière mariale, ce dimanche 3 mai place Saint-Pierre, le Pape a médité sur l’Évangile du jour selon saint Jean. Il a invité les fidèles à accueillir la promesse du Christ et à vivre dès aujourd’hui une foi qui libère de l’angoisse et ouvre à la fraternité faisant de nos communautés, de l’Église, une maison ouverte «où il y a de la place pour tous».

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Le régime nazi, au gramme près

Végétarisme d’Hitler, appétit d’ogre de Göring: jusqu’ici, la question culinaire dans les rangs nazis se réduisait à quelques anecdotes. Mais en ouvrant les portes des salles à manger et des celliers du IIIe Reich, Antoine Dreyfus a découvert tout un pan encore méconnu de la Seconde Guerre mondiale et des camps de la mort.


L’appétit vient en mangeant, mais il est des sujets qui vous le coupent. Les Nazis à table, d’Antoine Dreyfus, ne ressert cependant pas les plats d’obscènes ripailles, son étude échappant à toute complaisance morbide. L’essayiste et documentariste s’appuie sur un corpus d’archives tardivement mises au jour ainsi que sur les recherches les plus récentes pour mettre en perspective la question alimentaire, non seulement sur la durée du IIIe Reich, mais aussi dans ses prémices liées au traumatisme de la Première Guerre mondiale, puis dans ses prolongements industriels, et au-delà de la défaite allemande de 1945.

Au banquet des vermines

Aussi le spectacle du banquet des hiérarques et de ses affidés n’occupe-t-il qu’une portion du livre. Hitler, entre 1933 et 1945, passe six mois par an à l’Obersalzberg, retraite paisible agrémentée d’une vue imprenable. Le Berghof « incarne l’idéologie nazie, la mainmise du chef, avec un service orchestré au millimètre » : jus de cerise, soupe d’orge, tartelettes, bouillies – « le végétarisme devient allégorie de pureté morale ». Ni viande ni poisson. Autour du Führer, cigarettes et alcool sont proscrits. Cependant, amateur de pâtisseries, il cède à « des élans de gourmandise incontrôlés ». Dans la Wolfsschanze, sa tanière de Prusse-Orientale, en 1942, le « loup » paranoïaque, qui craint d’être empoisonné, fait goûter quotidiennement son menu par une quinzaine de jeunes filles. Margot Woelk, seule survivante de ce commando, ne dévoilera son expérience qu’en 2012, deux ans avant son décès. Quant à Constanze Manziarly, cuisinière personnelle d’Adolf Hitler jusque dans le bunker berlinois, elle a mystérieusement disparu en avril 1945, sans laisser de traces.

Goebbels ? « Fervent propagandiste de la sobriété et du rejet de “l’individualisme bourgeois” », il n’en arrose pas moins ses banquets privés de champagne et de liqueurs de luxe. Göring ? Lui incarne l’antithèse absolue de cette frugalité « où la retenue gustative se mue en discipline de l’âme ». Collectionneur de grands crus, le Reichsmarschall joue au satrape oriental en son château de Carinhall, « où l’art culinaire est l’écho de son extravagance ». Un avion en provenance d’Istanbul l’approvisionne chaque jeudi en homards, caviar et crustacés. Comble de l’ironie, plus Göring grossit plus il planifie la famine, nanti des pleins pouvoirs pour l’exécution du plan global d’exploitation économique des territoires à l’est de l’Europe. Dreyfus détaille le processus de confiscation des grands celliers français pour l’usage personnel du dignitaire. Sa déchéance physique, au fil des ans, « reflète la gangrène interne du Reich, affaibli par ses contradictions et son appétit insatiable ».

Cuisine politique

Théorisée dès les années 1920 par l’homme qui sera ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture jusqu’en 1942, Richard Walther Darré, l’idéologie du Blut and Boden (« le sang et le sol ») trouve ses racines dans le traumatisme de la faim durant la Grande Guerre, puis dans les conséquences du traité de Versailles sur l’alimentation. Elle tranche sur le bouillonnement du Bauhaus dans la République de Weimar. Cette « philosophie du plaisir », dont « la cuisine de Francfort » (Frankfurter Küche) est l’expression fonctionnelle, trouve son antithèse dans la vision réactionnaire portée par les nazis : « La cuisine doit symboliser la place assignée à la femme – mère et gardienne du foyer – et non constituer un espace de travail optimisé. » Le programme sur « l’emploi et le pain » (Arbeit und Brot) du NSDAP en est l’aboutissement.

De là l’entreprise de « prédation nutritionnelle, où la question du pain quotidien sert d’alibi à la conquête et à l’extermination » : le Hungerplan fonde la politique d’exaction et de mort dans l’Europe de l’Est. Réquisitions, blocage des aides humanitaires, planification rationnelle de la famine… Après-guerre, souligne Dreyfus, l’historiographie opposera l’école « intentionnaliste » (cohérence structurelle entre l’idéologie et la méthode) à la thèse « fonctionnaliste » (la famine comme aboutissement des contraintes logistiques, mais sans directive explicite).

Zéro déchet

L’extermination alimentaire des juifs ? La faim légitime « leur annihilation, sous couvert d’économie de guerre et de hiérarchisation raciale ». Elle n’est pas moins planifiée dans les ghettos que dans les camps de concentration. Éprouvants chapitres qui détaillent les allocations caloriques des déportés, mais également de l’encadrement SS. Tout est rationalisé. Jusqu’aux laboratoires agricoles qui fleurissent dans les camps de la mort. Chimistes, agronomes, nutritionnistes pratiquent sur leurs détenus maintes expérimentations pour les aliments de substitution : « Les chercheurs SS notent scrupuleusement les performances avant d’ajuster les formules. » Algues, racines, ersatz produits à partir de déchets, tout y passe ! Les camps fabriquent, par exemple, le Treberbrot (« pain de drêches »), le Borkenkaffee (« café d’écorce »), le Papierfrocken-Müsli (« muesli aux flocons de papier ») ou même le Lederwurst (« saucisse de cuir »), invention tardive de Buchenwald, « aboutissement d’une logique de “zéro déchet”… ». Ce pan encore mal documenté du génocide doit beaucoup aux travaux d’une historienne, Anne Berg : « La violence nazie est envisagée non seulement comme une machine de mort, mais comme un réseau de recyclage systématique : un monde où même la souffrance humaine est un matériau brut à transformer. »

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Le cynisme étant soluble dans l’abjection, l’agroalimentaire et chimique SS se reconvertit, après-guerre, dans l’industrie civile : de Knorr à Maggi/Nestlé, d’IG Farben (fabriquant du Zyklon B), et sa filiale Hoechst, à Siemens, le trésor accumulé des brevets sert à reconstruire les économies occidentales. Combien de scientifiques nazis ont rejoint les instituts de recherche ouest-allemands, voire français1 ? « Le commerce avant tout. Le commerce avant la morale », constate l’auteur.

Les Nazis à table, Antoine Dreyfus, Le Cherche-Midi, 2025, 256 pages.

  1. Sur ces questions, Antoine Dreyfus s’appuie sur les travaux pionniers du chercheur et historien des sciences américain Robert N. Proctor, puis de son disciple Stephan H. Lindner. ↩

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La Cisse: un délice du Loir-et-Cher

J’ai été invité, dimanche dernier, au festival Artecisse, à Molineuf, dans le Loir-et-Cher, pour y signer mes livres et en lire des passages, par la créatrice de l’événement, la sympathique et talentueuse Isabel Da Rocha. J’ai, bien sûr, entraîné dans mes pérégrinations la Sauvageonne. Elle en fut ravie. Mieux: elle est tombée sous le charme de ce secteur, plus précisément de la vallée de la Cisse, adorable rivière, affluent de la Loire, calme et aussi poétique qu’un « Dormeur du val » d’Arthur Rimbaud.

Je tombai, moi aussi, amoureux du lieu et du délicieux cours d’eau. « Nos prochaines vacances, nous les passerons là et pas en Bretagne, vieux Yak ! », fit-elle, décidée et un brin autoritaire comme la petite-fille qu’elle est d’un commandant de la Gendarmerie nationale. Isabel Da Rocha a mené à bien une carrière épatante dans le monde des arts. Née à Paris, elle a passé toute son enfance à Saint-Quentin, dans l’Aisne, où elle est restée jusqu’à l’âge de 18 ans; « je suis Picarde mais je me soigne », a-t-elle précisé en souriant à mon attention pour faire référence à l’un de mes essais. Elle a suivi les cours de l’école des beaux-arts Maurice-Quentin de La Tour dans la capitale du Vermandois, puis ceux de l’école des Beaux-Arts d’Amiens, et ensuite ceux de l’école des arts appliqués Duperré, à Paris. À sa sortie, elle est devenue une artiste designer, décoratrice, œuvrant pour de prestigieuses maisons de couture (Christian Dior, Givenchy, Louis Feraud, etc.). « Trente-cinq ans dans le luxe », explique-t-elle. « J’étais la première à faire des installations artistiques dans les vitrines. Je travaillais aussi dans l’architecture d’intérieur et le design de mobilier. En même temps, j’étais artiste peintre ; je suis arrivée dans la vallée de la Cisse en février 2009 pour m’adonner à 100% à la peinture. J’ai pris mon parachute ; j’ai sauté dans l’inconnu à 55 ans. » Rapidement, elle fonde l’association Artcecisse (mot qui veut dire au plus près de la Cisse ou les arts de la Cisse ; il y a deux significations en latin) pour valoriser le territoire et pour valoriser la culture contemporaine, défendre l’environnement et l’eau. « Le festival Artcessice a été surnommé H2O à une époque par la presse et c’est resté », précise Isabel. « On parle beaucoup de l’eau ; la Cisse est une rivière importante. C’est un affluent de la Loire. Je crée des liens entre l’histoire de l’humanité et l’histoire de la nature ; j’aime bien ce qui est invisible. Souvent dans mon travail, je parle de ce qui est invisible. Et, en fait, les affluents sont aussi des invisibles. On cite toujours des grands fleuves, mais on n’évoque pas ceux qui les façonnent. Sans leurs affluents, la Seine, la Loire, le Rhin, le Rhône, etc., n’existeraient pas. Les affluents sont les invisibles de la nature. L’eau est devenue quelque chose de très sensible à notre époque puisqu’on connaît aujourd’hui des guerres de l’eau. Les technologies utilisent trop d’eau ; d’où la crise de l’eau. Pour cela je veux défendre la préservation de l’eau ; il ne faut pas que l’industrie agricole vole l’eau aux petits agriculteurs, aux paysans. Il faut que tout soit réparti équitablement. C’est l’un des sujets de ce festival au travers de la musique, de la littérature, des arts en général. »

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Dimanche dernier, à Nervault, une magnifique propriété située sur le domaine de la commune de Molineuf, à la faveur de la 11e édition du festival, de nombreux créateurs et écrivains étaient présents : Zazü, artiste plasticienne qui a mené à bien un travail à quatre mains avec le photographe Jean-Gabriel Pujol ; Sylvie Joubel, chanteuse, pianiste, compositrice, qui accompagna avec un talent fou les lectures des textes des écrivains et poètes ; Coralie Pineau, animatrice et conteuse du Conservatoire d’espaces naturels du Loir-et-Cher ; Samuel Tasinage, écrivain et artiste ; Nicole Lierre, poétesse ; et bien sûr, Isabel Da Rocha, auteur d’un premier roman-, Les tabous voyageurs (éd. Artecisse), et d’un autre livre Les murmures de l’eau, sous-titré « Miscellanées aquatiques de la Vallée de la Cisse » (éd. Artecisse, 2017), un opus de poésies richement illustré. Le dimanche matin, avant le festival, Isabel nous fit visiter les châteaux d’eau décorés par de grands artistes de street art : ceux d’Averdon, dans la petite Beauce (mis en valeur par Pantonio, un artiste portugais), de Valloire-sur-Cisse (embelli par Liska Llorca), de Limeray (avec des œuvres d’Adec, du Sud-Ouest de la France) et de Monteaux (avec des peintures d’Alegria del Prado). Grâce à Isabel et Artecisse, l’eau, dans son cours ou dans son château, est gâtée, chouchoutée, magnifiée. La Cisse le mérite. Je crois que la Sauvageonne et moi, allons passer nos prochaines vacances dans le Loir-et-Cher.

Les Tabous voyageurs

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Je suis picard mais je me soigne

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Mozambique: une église incendiée par des djihadistes

Une nouvelle attaque a visé une paroisse dans la province de Cabo Delgado. La religieuse Malnati, des Sœurs Comboniennes témoigne de l’incendie survenu dans le village de Meza. Et selon Mgr Juliasse Ferreira Sandramo qui appelle à la solidarité internationale, «depuis neuf ans, des églises et chapelles sont détruites et incendiées».

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Fidèles au passé ou fidèles à l’avenir? Un texte de Robert Prevost datant de 2010

Le premier exemplaire du nouveau livre «Liberi sotto la grazia» (LEV), sera disponible dès demain lundi 4 mai: un discours de grande valeur prononcé aux Philippines par le futur Pape. Quelle attitude les croyants et communautés chrétiennes doivent-ils adopter face aux changements, maintenir le statu quo ou «aller à la rencontre du monde» ?

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Malaise espagnol

Nos voisins progressistes d’outre-Pyrénées n’en finissent pas de nous impressionner! Pour réparer une injustice vieille de cinq siècles, il faut presque prouver que l’on mérite d’exister; mais pour répondre à un besoin économique immédiat, il suffit d’être déjà là.


Quand j’ai appris que le gouvernement espagnol allait régulariser près de 500 000 sans-papiers, j’ai immédiatement pensé à Pierre Assouline. Je me suis demandé ce qu’il avait pu ressentir en entendant cette nouvelle.

Descendant de Juifs expulsés d’Espagne en 1492, il a mis près de cinq ans à obtenir la nationalité espagnole, au terme d’un parcours kafkaïen qu’il relate dans son livre Retour à Séfarad. Cinq années pour un droit présenté comme une réparation historique. Une épopée administrative pour accéder à ce qui devait être une reconnaissance.

Différences de traitement

Pour les bénéficiaires de la régularisation récente, les conditions sont autres : prouver une présence en Espagne et l’absence de casier judiciaire. Pas de test de connaissance culturelle. Pas d’épreuve d’appartenance.

Je ne remets pas en cause cette régularisation. Ces hommes et ces femmes travaillent, vivent, existent en Espagne – souvent dans des conditions précaires. Leur situation mérite d’être régularisée.

Mais je ne peux pas ignorer l’écart. Pour les descendants d’un peuple chassé il y a cinq siècles, l’Espagne exige des années de preuves et des tests d’appartenance culturelle. Pour les sans-papiers présents sur son sol, elle demande simplement d’être là.

It’s the economy, stupid !

La différence n’est pas seulement dans les exigences. La régularisation des 500 000 répond à une nécessité économique assumée, l’Espagne a besoin de ces travailleurs. La réparation historique aux Séfarades, ne semble pas répondre aux mêmes logiques d’intérêt immédiat. C’est un geste purement éthique. Ce qui rend l’écart de traitement d’autant plus révélateur : on facilite ce qui est utile, on complique ce qui est juste.

Ce n’est pas un malaise politique – c’est un malaise de cohérence. Mais ce malaise ne s’arrête pas là.

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En adoptant la loi de 2015 permettant aux descendants des Juifs séfarades d’obtenir la nationalité espagnole, l’Espagne a posé un principe fort : un peuple chassé d’un territoire peut, des siècles plus tard, être légitime à y revenir. Le lien entre un peuple et une terre ne s’efface pas avec le temps. La mémoire longue peut fonder des droits.

Mais ce même principe, le gouvernement de Sanchez semble le contester ailleurs. Car Israël repose précisément sur cette idée : qu’un peuple dispersé, chassé, persécuté pendant des siècles, peut revenir sur une terre à laquelle il est profondément lié. C’est, au fond, le même principe : celui d’un peuple qui, malgré l’exil, demeure lié à une terre, et dont la mémoire longue peut fonder des droits légitimes.

Pourtant, l’Espagne adopte vis-à-vis d’Israël des positions parmi les plus critiques d’Europe.

La question s’impose alors, sans détour : comment peut-on reconnaître un principe pour les Séfarades et le contester pour les Israéliens ? Comment une mémoire devient-elle légitime dans un cas et encombrante dans l’autre ?

Trouble

Une réponse me vient, et elle est troublante : la reconnaissance est plus facile quand elle ne dérange plus. Quand la blessure est ancienne, refroidie, sans enjeux contemporains. Quand réparer ne coûte rien politiquement.

Mais quand la mémoire est vivante – quand elle s’incarne dans un État, dans un conflit, dans une actualité brûlante – elle devient soudainement plus difficile à assumer.

Ce décalage n’est pas anodin. Il révèle quelque chose de plus profond sur la manière dont nos sociétés traitent la mémoire juive : avec bienveillance quand elle est historique, avec embarras quand elle est présente.

Je ne prétends pas trancher un conflit qui dépasse largement ce texte. Mais je pose la question, simplement : sommes-nous capables d’appliquer les mêmes principes à tous – ou seulement quand cela ne contrevient pas à nos convictions du moment ?

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May 02, 2026

Le Pape Léon XIV reçoit le premier exemplaire de "Liberi sotto la grazia"

Le premier exemplaire de l’ouvrage, disponible à partir du lundi 4 mai et contenant ses interventions en tant que prieur général de l’Ordre de saint Augustin, a été remis au Souverain pontife.

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Léon XIV exhorte des nouveaux évêques à raviver l’espérance de l'Évangile

Quatre nouveaux évêques auxiliaires du diocèse de Rome ont été ordonnés ce samedi 2 mai par le Successeur de Pierre, en la basilique Saint-Jean-de-Latran. Lors de la messe célébrée à cette occasion, il les a invités à être des «témoins du Christ, qui est venu non pas pour être servi, mais pour servir». «Ne vous complaisez pas dans les privilèges que votre condition pourrait vous offrir, ne suivez pas la logique mondaine des premières places», a conseillé le Pape.

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L’homme à abattre

Deux journalistes de M le Mag se sont saisis de la vie de Renaud Camus pour écrire une «biographie» furieusement à charge. Sans avoir lu son œuvre bien sûr. Le sujet ne manquait pourtant pas d’intérêt. L’assistant de l’auteur du Grand Remplacement, qui a passé deux ans auprès de lui, nous livre sa fiche de lecture.


Il est de tous les plateaux de télévision et de radio du régime ; il est de toutes les librairies, de Delamain à Ombres Blanches, en passant par La Procure ; il est bien sûr de tous les Relay, toutes les Fnac et, j’en ai peur, tous les supermarchés. C’est L’homme par qui la peste arriva, curieux livre qui se voulait, du temps de sa confection, biographie, mais qui ne contient ni le mot, ni vraiment la chose. Il a été écrit à quatre mains : il a fallu deux journalistes de M le Mag pour écrire ce petit ouvrage. L’un d’entre eux fut mon camarade de khâgne, dans le Nord ; je l’avais totalement perdu de vue, et je l’ai retrouvé sur la ligne de front, dans la forteresse gasconne de Plieux où vit Camus. 

A lire aussi, Renaud Camus: «Je suis passionnément attaché à la diversité du monde»

Ce livre n’est pas à proprement parler une biographie, comme je le disais ; il ne se présente pas ainsi. Il s’agit plutôt d’une enquête sur les origines du Grand Remplacement. Nos journalistes se seraient donc mis à lire du Renaud Camus ? Pensez-vous. Il aurait fallu lire les sept cents pages de Du sens, le « laboratoire central » des cent cinquante œuvres de l’auteur, dont le coup de départ est, excusez du peu, comme dirait Élisabeth Lévy, le « Cratyle », ce dialogue platonicien où deux conceptions de l’être, et donc du langage, s’affrontent. Not very M le Mag. Il aurait fallu ouvrir La Dépossession, cette fresque des sources américaines des totalitarismes industriels communiste et nazi, où l’on croise Wittgenstein, Husserl et Heidegger ; toujours pas M le Mag.

Bon, je vous entends, vous me direz que pour expliquer ce qu’a écrit Camus au sujet du Grand Remplacement, inutile de lire sa prose la plus savante, puisqu’il existe précisément un livre appelé Le Grand Remplacement, qui doit bien faire le tour de la question. Quand on veut combattre le Camus politique, et écrire un livre sur les origines de cette expression, c’est là que l’on doit se porter, non ? Eh bien non, nos deux amis ne s’y sont pas portés. Tout ce qu’ils disent sur le sujet, le fond du sujet, leur vient de Wikipédia. Vous l’avez deviné, il n’est pas non plus question de romans, ni de guides littéraires de voyage, ni de Dictionnaire des délicatesses du français contemporain, ni de Nightsound, ce beau texte sur Josef Albers (et donc sur ce que peut être un art post-Shoah). Ils ne liront pas même Vie du chien Horla, premier livre que les curieux se procurent, en général. Comme le dit drôlement Pierre Michon dans ses Vies minuscules, « ils dédaigneront de condescendre aux œuvres ». Trois ans d’enquête, c’est trop peu pour se taper Esthétique de la solitude. Mais si ce n’est ni une biographie, ni un essai, alors qu’est-ce ?

Entreprise de démolition

C’est tout simplement une opération pour convaincre le public, celui des Relay, la France entière, donc, que Renaud Camus est un parfait connard – un profiteur, un insensible, un obsédé, un raté ; un type méchant, vipérin et sanguinaire sur les bords. Pourquoi ? Là, il faut quitter un instant notre livre ; je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais Camus est l’homme à abattre par excellence, à abattre et à ré-abattre sans cesse. Comme l’on ne peut pas envoyer deux Tontons Macoutes au château de Plieux, l’on envoie deux journalistes de M le Mag, pas beaucoup plus subtils. Ce n’est pas la première fois que ça arrive ; le lendemain de l’apparition de Camus à CNews, en 2022, j’ai assisté à un déluge d’attaques et de diffamations lancées par une Caroline Fourest fronçant les sourcils au « 20 heures » de Pujadas ; au moins n’en a-t-elle pas fait de livre… Il y a eu des émissions entières de Public Sénat ou de France Culture pour dénoncer le camusisme, et il y en aura d’autres bientôt. Tout cela n’a pas suffi ? Les idées de l’auteur gagnent l’Amérique, il est cité à la chambre haute du Congrès ? Qu’à cela ne tienne. Il est des mesures plus retorses. On se glissera dans la vie de l’auteur, cette fois ; et cette fois, par le lent poison d’un livre, on l’aura.

Nos deux journalistes ont donc remonté le long cours de la vie de Camus – c’est-à-dire qu’ils ont parcouru son Journal, l’imprudent ayant choisi, voyez-vous, de tout dire de sa vie, de ses pensées, de ses expériences. Il appelle ça « vivre à découvert ». Ah ah, quelle imbécile candeur, pensent-ils ! Et quelle fête pour nous ! Une vie entière, frêle comme un papillon de mai, sous nos coups… Ce Journal, une infinité de recoins où exercer notre malveillance…

Désir de nuire

L’homme par qui la peste arriva a du génie. Il n’y a pas une page, pas une ligne, pas un mot, pas une syllabe de ce livre qui ne soit guidé par le désir de nuire. La beauté d’une vie, les témoignages les plus touchants de la générosité et de l’amitié, tout ce qui fait la grâce de l’existence y sont présentés comme le fruit d’intérêts vulgaires et de prétentions déçues. Tout sentiment ou toute conduite un peu noble s’y change aussitôt en boue sous l’effet d’une rustique psychologie (Camus raté, Camus jaloux, et Camus, il fallait oser, obsédé à l’idée de plaire au grand public !). Tout mot spirituel y devient « éructation », toute inquiétude « enragement ». Comme biographie, en revanche, le livre m’a paru faible. C’est un problème de méthode. Gonfler un monstrueux Camus de baudruche exige de s’arranger avec les faits : les auteurs télescopent les dates, fusionnent les épisodes, sectionnent dans le Journal le petit groupe de mots longtemps cherché. Un exemple parmi d’autres ? Lors de l’enterrement de son frère, Camus était en pleine crise de colique néphrétique. Les douleurs de ce mal sont, disent les médecins, pires que celles de l’accouchement ; mais la crise devient, dans la version Dhellemmes & Faye, un « prétexte pour sécher les funérailles »…

A lire aussi, Renaud Camus: «Le remplacisme est un ennemi implacable du temps»

Il me faudrait dix-sept numéros de Causeur pour énumérer toutes les bassesses de ce livre. Ce serait fastidieux pour tout le monde mais je pourrai un jour, en revanche, vous en dire plus sur l’homme très grand genre, drôle et lumineux, d’une effrayante droiture, que j’ai connu à Plieux. J’ai tendance à croire que la vérité fera toute seule son chemin, mais chaque fois que je me rends à Lyon ou à Bordeaux, je passe devant un Relay, et un doute me prend. Amis ! Sauvons le soldat Camus, qui s’est sacrifié comme nul autre à la vérité. Lisez-le, d’abord, et vous saurez de quel bois il est fait, car l’homme est à l’exacte image de son œuvre. Le Prince de Léon, ou Décolonisation, viennent de paraître. Quant à la riposte, elle viendra. Mektoub !

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Nevermore

Simon Liberati revient avec New York City Inferno, roman qui clôt sa trilogie intitulée sans ambiguïté Démons.


C’est, en effet, très démoniaque comme univers. Âmes sensibles s’abstenir.

L’écriture n’a pas été revisitée par un collège de censeurs rémunérés par les éditions, les fameux sensitivity readers. C’est résolument déjanté. Les scènes sont brutes, les mots percutent, le style claque comme le fouet sur les épaules des sadomasos. L’underground des années 1970 y est décrit dans ce qu’il a de plus décadent. Les bas-fonds new-yorkais sont sous les sunlights les plus puissants. Aucun recoin moisi exhalant les fluides corporels mêlés à la drogue n’échappent au regard laser de Liberati. C’est scatologique, morbide, dépravé. Ça pourrait se résumer ainsi : Hamlet a complètement vrillé, il décide lui-même de l’acte IV, sous les orbites vides du crâne de Yorick. Eros et Thanatos sont aux commandes ; ils se complètent dans une aporie bataillienne grandiose.

Fantasmes dingues et musée des génies cabossés

On retrouve les personnages principaux des deux romans précédents. Truman Capote, dans sa propriété de Palm Springs, peine à écrire son livre inspiré de l’œuvre de Proust, Answered Prayers. Les droits d’auteur de son best-seller De sang-froid lui permettent cependant d’acheter des litres d’alcool et des tonnes de médocs pour calmer ses angoisses nocturnes. Robbie, jeune prostitué drogué lui permet de se croire sur une scène de théâtre. Au passage, on apprend comment le dénommé Robbie lui a soufflé le titre de son autre célèbre roman, Petit déjeuner chez Tiffany. C’est qu’on apprend beaucoup de choses dans les livres de Liberati, prix Renaudot 2022 pour Performance. Capote, donc, et aussi Taïné Tcherepakine, toxicomane, lesbienne de choc, soumise à ses fantasmes les plus dingues. Si elle est encore vaguement photographe, elle vend surtout des disques et des pastilles aphrodisiaques, le plus souvent recluse dans une chambre du mythique Chelsea Hotel. Son frère, Alexis, écrivain empêtré dans ses doutes et les partouzes, est encore de la partie. Il ne faut pas oublier la Cadillac Eldorado d’Andy Warhol, qui promène Jackie Onassis et sa petite sœur Lee dans les rues stressantes de la ville verticale. Apparait Robert Mapplethorpe, décrit ainsi par l’auteur : « (…) jeune type clair d’esprit qui se servait de son style Satan adolescent pour gravir les échelons de la société new-yorkaise, c’est-à-dire, à partir de cette époque, de la société tout court (…) ». Car au-delà de ce musée des génies cabossés, Liberati analyse l’époque. L’Europe, avec le choc pétrolier de 1973, commence sa longue et miteuse décadence. C’est comme un soir qui n’en finit pas, pour reprendre l’image heideggérienne. Quant à l’Amérique, elle offre, elle aussi, un « spectacle éphémère, un décor, une scène construite pour la tempête des années 1970, précise Liberati, mélange dépressionnaire de souvenirs des utopies sixties dont la guerre du Vietnam mythifiée par les jeunes cinéastes était la part d’ombre, et de la crise économique mondiale, qui sentait l’essence, l’écologie, la récession et l’héroïne, un décor où le nom de Nixon, de McGovern et bientôt Jimmy Carter, aux côtés de Kossyguine, Brejnev ou Mao, formaient l’Olympe déchu, la triste mythologie politique à laquelle certains croyaient encore à gauche comme à droite (…) ». Et puis vinrent les punks à clébards, le passage du « Who cares ? » au « I really don’t care at all ».

A lire aussi, Emmanuel Dommont: Simon Liberati, la fureur d’écrire

La contagion des ténèbres s’est aujourd’hui généralisée.

Pour revenir à Mapplethorpe, on le voit tituber dans les couloirs du Chelsea Hotel en compagnie de Patti Smith. Mais comme je préfère la chanteuse punk dans les bras de Sam Shepard, je n’en parlerai pas. Question de palette.

Des formules qui font mouche

Liberati bascule habilement en Europe où il est question d’Aragon qui coupe avec délicatesse la roseraie du pavillon des Rochers en surplomb de la Seine. Il semble tout inoffensif le chantre du communisme, cautionnant le goulag dans les yeux de sa chère Elsa. C’est, ici, une performance de la part du plus extravagant écrivain de sa génération. Il est moins tendre avec Paul Morand. Il reproche à l’auteur des Nuits son absence « d’intériorité », son manque de « folie ». Il lui reproche surtout sa fascination pour l’argent. Liberati analyse : « L’argent avait trompé Paul Morand comme les autres. Comme les femmes qu’il avait baisées. » L’argent avait pour prénom Hélène, son épouse. À Londres en 1940, avant de Gaulle, il était rentré à Paris pour retrouver sa chère Hélène, et se mettre, en passant, au service de Pétain. Le confort matériel vaut bien une petite trahison patriotique. Morand aurait pu être Malraux aux côtés du général de Gaulle. En 40, la place était vacante.

Les formules de Liberati, comme les balles de Clint Eastwood, dans Le Bon, la Brute et le Truand, font mouche. Exemple : « On n’est jamais tout à fait au bout du rouleau, il en reste toujours un peu. » Ou encore : « La carte d’identité n’a aucun rapport avec la vraie vie et les enjeux sacrés du destin. » Et encore : « La photographie qu’elle pratiquait en dilettante (…) avait cette pureté incomparable qui caractérise le travail des alcooliques et des gens sans ambition. »

Ce troisième et dernier volet ne faiblit pas, au contraire ; d’une beauté vorace et démente, il est le bouquet final d’un artifice dont nous sommes les témoins condamnés mais privilégiés.

Simon Liberati, New York City Inferno, Stock, 320 pages.

New York City Inferno

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Le désarmement, seule voie véritable vers une paix sûre, réaffirme le Saint-Siège à l'Onu

L'allocution prononcée par la Mission permanente du Saint-Siège auprès des Nations unies à New York lors de la 11e Conférence d'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires souligne que «l'élimination totale des armes nucléaires» est «une responsabilité indispensable qui exige des mesures concrètes et crédibles».

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Une religieuse agressée à Jérusalem, l’agresseur présumé arrêté

Une sœur, chercheuse à l’École biblique et archéologique française, a été victime d’une agression dans le quartier du Mont Sion. Cet incident condamné par le ministère israélien des Affaires étrangères, et qui a conduit à l’arrestation d’un homme de 36 ans, s’inscrit dans un contexte inquiétant de violences.

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Le Pape aux employés de la CEI: servir l’Église en tant qu’évangélisateurs et non spectateurs

Le Saint-Père a reçu ce 2 mai dans la salle des bénédictions au Vatican, les employés de la Conférence épiscopale italienne (CEI) et leurs familles. Dans son discours il a souligné l’importance de la mission de la CEI, la décrivant comme un pilier de la communion entre les Églises locales. Dans la vie de l’Église «servir ne consiste pas simplement à remplir une fonction, mais à participer activement, en tant que membres, à la vie d’un corps dont le chef est le Seigneur», a-t-il affirmé.

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Léon XIV: «La foi sans les œuvres est morte»

Dans son discours aux administrateurs, aux membres du Conseil d’administration et aux membres de la «Papal Foundation», le Pape a salué ce 2 mai leur engagement au service de l’Église universelle, rappelant que la foi chrétienne doit s’incarner dans des actes de charité et de paix. Au-delà des évêques et du Pape lui-même, tous les fidèles sont appelés à participer à cette mission, à travers des gestes concrets de solidarité envers «les plus pauvres et les plus vulnérables», a-t-il déclaré.

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Le roi Charles: à n’utiliser qu’en cas d’urgence!

Alors que les relations entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont en pleine crise, le gouvernement britannique a jeté son joker sur la table. La visite en grande pompe du roi Charles III à Washington et New York n’a rien d’une simple cérémonie commémorative. C’est une véritable opération de sauvetage d’une relation qui a atteint son point le plus bas depuis la crise de Suez de 1956.


La « relation spéciale » invoquée ad nauseam par les Premiers ministres britanniques successifs bat sérieusement de l’aile. 54% des Britanniques jugent les liens entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis proches, mais 83% estiment que Londres n’a guère d’influence sur la politique américaine. Dans le même temps, 43% d’entre eux considèrent que le Royaume-Uni est trop proche de son allié américain et devrait prendre ses distances. Estimer que ces deux pays font partie d’un ensemble stratégique et culturel parfaitement uni est absurde. Par ailleurs, les séquences du Groenland et de la guerre en Iran ont révélé des divergences importantes.

Le Premier ministre Keir Starmer a payé son opposition à Donald Trump sur ces questions par une série d’humiliations de première classe. En février 2025, au moment d’une rencontre supposément entre alliés, Trump interrompt Keir Starmer en plein échange, refuse de le laisser parler et reprend la main devant les journalistes. En avril 2026, l’humiliation devient politique. Trump se moque de Keir Starmer pour son refus de suivre Washington dans la guerre avec l’Iran, et va jusqu’à dire qu’il n’a « rien d’un Winston Churchill ». De surcroît, Keir Starmer est miné de l’intérieur par des scandales liés à l’affaire Mandelson qui entament définitivement sa crédibilité. Il n’a donc trouvé qu’une seule porte de sortie à tout ce marasme: une opération charme du roi Charles.

A lire aussi: �Podcast: Du régime iranien au roi britannique, en passant par les Emirats et le Mali

Le voyage du souverain a été annoncé le 31 mars, à peine un mois avant son déroulement. Bien que ce ne soit pas un délai anormal pour une visite déjà en gestation diplomatique, c’est tout de même court au regard de l’ampleur protocolaire de l’événement. Il y a lieu de croire que la maîtrise du temps était tout aussi importante que le fond pour réparer la relation transatlantique. Comme le roi ne gouverne pas, il est l’incarnation du pays au-delà de son champ politique. Cette tradition du roi comme outil diplomatique est un héritage de la reine Victoria qui a fait ses preuves, mais que la fonction de Premier ministre avait en partie remplacé depuis les années 1980. Derrière la grande pompe de la visite du roi Charles, il y a donc un aveu d’impuissance de la part du gouvernement de Keir Starmer.

Un coup de théâtre

Tout cela n’a pas empêché Sa Majesté de s’acquitter fort honorablement de sa tâche. Son discours devant une assemblée du Congrès américain a été largement salué. Chacun a pu en tirer ce qu’il voulait, c’est donc une réussite. Il a rappelé que les deux pays sont liés par une histoire commune et les valeurs démocratiques. Il a aussi affirmé: « Notre partenariat est né d’un différend, mais n’en est pas moins fort. » Une alliance est d’autant plus forte qu’elle peut survivre à des différends historiques, et par extension, à des divergences actuelles. C’est la première étape du sauvetage.

Le roi Charles a ensuite souligné que les deux pays anglophones font partie d’un « partenariat atlantique fondé sur deux piliers: l’Europe et l’Amérique ». Cela lui a permis de poliment demander aux Américains de ne pas négliger la partie européenne de l’OTAN, ce qui était le principal but de l’opération. L’insistance sur l’Ukraine et les « adversaires communs » donne à son discours un air de rappel à l’ordre discret. 

Bien sûr, il s’agissait aussi de rappeler (non sans flatterie) le poids et la responsabilité des Etats-Unis dans le monde: « Les actions de cette grande nation comptent encore plus aujourd’hui. » Sa Majesté s’est tout de même permis une subtile remarque en écho aux déclarations de Donald Trump sur une hypothétique annexion du Canada, en faisant allusion à la Coupe du monde qui se déroulera aux Etats-Unis et au Canada: « Donc, d’une certaine manière, Monsieur le président, en tant que chefs d’Etat, nous sommes co-organisateurs. »

Un retour sur scène

Pour l’instant, il semble que la visite a fait son effet, et que les relations anglo-américaines se soient améliorées. Mais les Britanniques reviennent de loin. Rappelons que c’est la deuxième fois en moins d’un an que le gouvernement travailliste joue la carte royale. La première date de septembre 2025. Il s’agissait alors de réparer la première humiliation subie par Keir Starmer par une invitation de Donald Trump à Windsor par la famille royale. La prestance monarchique peut corriger une séquence, mais elle ne peut pas tenir à elle seule toute l’alliance Atlantique. Toutefois, Donald Trump a annoncé qu’il lèvera les taxes douanières sur les importations de whisky en l’honneur du roi, c’est déjà ça de gagné.

Ces événements soulignent une évolution intéressante dans les rapports internes au système britannique. Margaret Thatcher et Tony Blair avaient, par leur charisme, poussé la figure du monarque au second rang, y compris dans le domaine de la diplomatie. Le bilan catastrophique de Keir Starmer porte un coup à la fonction de Premier ministre. Dans ces conditions, le roi retrouve une place de premier plan. La monarchie apparaît plus stable et plus utile que le gouvernement, ce qui, au vu des scandales qui ont aussi frappé la maison des Windsor, en dit plus sur le piteux état de la politique britannique qu’autre chose.

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Un chrétien doit-il tout pardonner ?

Mon fils a subi des violences terribles de la part d’un prêtre et je ressens tellement de haine vis-à-vis de ce dernier, que j’en arrive vraiment à douter de la possibilité de pardonner dans certains cas. 

Le pardon constitue l’un des fondements les plus exigeants du message chrétien. Au cœur de l’Évangile, le Christ invite ses disciples à aimer leurs ennemis et à prier pour ceux qui les persécutent (cf. Mt. 5,44). Nous osons, à la suite de Jésus, dire à Dieu le Père : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons ceux qui nous ont offensés ». Cette radicalité évangélique heurte en effet bien souvent notre expérience du mal que nous avons subi de la part d’autrui.

À première lecture, la parole de Jésus semble ne laisser aucune place au doute. « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi », affirme-t-il avec force (Mt 6,14). Plus encore, il prescrit un pardon sans limite, « jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18,22), faisant du pardon une obligation spirituelle indissociable de la vie chrétienne. Refuser de pardonner reviendrait alors à se fermer soi-même à la miséricorde divine.

Cependant, une compréhension authentique du pardon chrétien exclut toute forme de simplification ou de naïveté. Pardonner ne signifie ni oubli, ni même minimiser la gravité du mal commis, ni renoncer à la vérité ou à la justice. Certaines fautes — abus, violences, crimes — atteignent la dignité humaine de manière profonde et durable. Le christianisme ne demande pas aux victimes d’effacer leur souffrance, ni de se taire face à l’injustice. La reconnaissance du mal et la recherche de la justice demeurent des exigences morales essentielles.

Le pardon chrétien se situe ainsi à un autre niveau. Il ne relève pas d’un sentiment immédiat, d’une émotion même forte, mais d’une décision intérieure par laquelle le croyant refuse de laisser la rancœur gouverner son cœur. Il s’agit d’un chemin, long et douloureux, qui peut nécessiter un accompagnement — psychologique et spirituel — et, surtout, la grâce de Dieu. C’est un acte de la volonté qui veut suivre les appels de Dieu et qui lui en demande la force. Pardonner n’est pas oublier, ni se réconcilier à tout prix ; c’est vouloir rompre la spirale de la haine et ouvrir un avenir libéré du désir de vengeance. Cela commence souvent par cet humble prière : « Seigneur, donne-moi ta grâce pour déjà avoir le désir de pardonner »…

Dès lors, le chrétien est appelé à tendre vers un pardon universel, non par ses seules forces, mais en s’appuyant sur l’exemple et l’aide du Christ : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 22,34). Cette exigence ne nie pas la fragilité humaine ; elle l’assume et la transfigure. En définitive, si le chrétien doit pardonner, c’est parce que le pardon, loin d’être une concession, est un acte de foi en la victoire de l’amour sur le mal. « Alors vous serez appelés fils de Dieu » !

article paru dans Parole et prière, n°191, mai 2026

Les mabouls s’adressent aux serviles de l’Algérie

En déplacement dans l’Ariège (09) à l’hôpital Lavelanet, lundi, le président Emmanuel Macron s’est fendu d’un commentaire sur «les mabouls» qui veulent «se fâcher avec l’Algérie». Il était alors agacé par les difficultés administratives que rencontrent les médecins possédant un diplôme étranger, notamment des Algériens, pour exercer en France.


Il y a des mots qui en disent long sur celui qui les prononce. « Mabouls », ainsi le président de la République a-t-il qualifié ceux qui, en France, osent s’indigner de la posture de capitulation permanente que leur pays adopte face à Alger. Un mot sorti de sa bouche avec désinvolture, dans un couloir d’hôpital, comme on chasse une mouche importune. Un mot dont l’étymologie ne laisse aucune place au hasard: « Maboul » vient de l’arabe mahbûl, fou.

Laissons donc parler ces « mabouls »

Tout commence en février 2017, en pleine campagne présidentielle. Le candidat Emmanuel Macron accorde une interview à une chaîne de télévision algérienne et qualifie la colonisation de « crime contre l’humanité ». C’est ainsi que débute, dans une génuflexion spectaculaire, ce qui deviendra une constante de son action : la servilité érigée en diplomatie.

On vit ensuite les émeutes du printemps 2020, les attentats islamistes, analysés et réinterprétés sous le prisme de la guerre d’Algérie et de ses « mémoires manipulées ». Une politique mémorielle à sens unique, cultivée avec obstination, dont le bilan, sept ans plus tard, éclate à la face de chacun.

A lire aussi, Patrick Atlan: Rancune algérienne

Car voilà où nous en sommes. François-Xavier Bellamy l’a dit avec une précision chirurgicale : « Le régime algérien insulte la France en permanence, refuse de reprendre ses ressortissants illégaux, agresse ses opposants réfugiés sur notre sol, détient toujours en otage un journaliste français. »

Faute de courage pour être ferme avec Alger, le président préfère insulter les Français qui refusent de se renier. La faiblesse revendiquée au sommet de l’État, et pour parfaire le tableau, exprimée en arabe dans le texte. Comme pour s’assurer que le message soit bien reçu à la bonne adresse.

On nous dit que la raison commande la retenue, que les relations bilatérales sont complexes, que la géopolitique réclame de la nuance. Soit. Mais la nuance est une chose, l’abaissement en est une autre. Il ne s’agit pas ici de se fâcher avec l’Algérie pour le plaisir, ni de rouvrir des plaies que le temps commence à cicatriser. Il s’agit de dignité nationale. Il s’agit de savoir, lorsqu’un partenaire vous méprise publiquement, que vous n’avez pas à sourire et à quémander davantage.

Alors oui, nous sommes les mabouls. Les mabouls qui pensons que la France n’a pas à s’excuser d’exister. Que la mémoire mérite d’être traitée avec équité de part et d’autre de la Méditerranée. Que la dignité d’un État se mesure aussi à sa capacité à dire non quand son honneur l’exige. Nous sommes les mabouls. Nous en sommes fiers. Et nous avons encore toute notre tête.

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La rage en héritage: Fante contre les eunuques du verbe

Certains livres ne vieillissent pas : ils s’incrustent. Ceux de John Fante continuent de circuler sous le manteau des librairies, repris chez 10/18 comme des objets trop vivants pour être rangés.


À l’heure où une partie de l’édition française s’acharne à lisser, cadrer, filtrer jusqu’au dernier débordement, Fante écrit à cru. Une prose sans apprêt, sans alibi, qui remet les nerfs à nu et rappelle qu’un roman n’est pas là pour se tenir correctement à table, mais pour foutre le désordre.

Ah, le Bandini ! Son Bandini – son double mal embouché, son anti-héros à vif, un peu lui, forcément, mais sans les politesses – on y revient, on s’y déchire la couenne encore une nuit… C’est que ça vous empoigne le tréfonds, Fante ! C’est pas de la gnôle de comptoir, non, c’est de l’essence pure. Sa phrase, elle vous galope dans les veines, rapide, nerveuse, une vraie décharge… Mais gaffe ! On ne l’avale pas de travers, on la mâche, on la palpe, on s’en délecte le gosier comme d’un nectar de révolte.

« J’étais seul dans une chambre à louer, avec une machine à écrire et une ambition démesurée. » (Demande à la poussière)

Rien à voir avec la petite clique des industrieux du verbe, ces laborieux de la syntaxe, ces petits soldats de la page blanche qui vont décrétant, le doigt sur la couture, qu’il y a des « trucs », des « recettes », que le style, au fond, c’est qu’un accessoire pour dames… Tu parles ! L’imagination, la forme, le squelette, voilà leurs grands mots ! Les gardes-chouïrne du manuscrit, oui ! Toujours à l’affût d’une bourse, d’une prébende, d’un petit extra du ministère… Les professionnels de la profession ! Une engeance, je vous dis ! Chez ces messieurs, pas un mot qui dépasse, pas une pensée qui défrise le tapis. Ça se veut « sulfureux », ça joue au petit frisson pour épouvanter la bourgeoise… Quelle farce ! Comme si on pouvait encore la secouer, la vieille dame, elle qui a tout vu, tout digéré, tout vendu ! Même Lynch, avec ses cauchemars de banlieue, il n’avait pas sondé le quart de la pourriture qui fermente derrière les façades en stuc et les sourires de commande.

« Où étaient passées l’âpreté paysanne de mon père et l’innocence de ma mère, les yeux bruns et chauds de l’Italie ? Pourquoi ne parlaient-ils pas avec leurs mains au lieu de les laisser pendre comme des choses mortes pendant la conversation ? Où étaient passés la dévotion et l’obéissance typiquement italiennes envers le père, l’amour clanique du foyer et de la famille ? Tout cela était parti en fumée. Ce n’étaient pas mes enfants. Ils étaient simplement quatre graines égarées dans quelque obscure trompe de Fallope. » (Mon chien stupide)

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Fante, lui, il laboure profond, il déterre le vif. C’est le style comme une empreinte digitale, voyez-vous, l’unique, la seule, celle qui vous marque un homme à vie. C’est ça la force, la vraie, celle qui vous laisse pantelant sur le carreau, loin des babioles de l’édition !

« Les murs étaient sales, le lit était dur, et j’avais faim. » (Demande à la poussière)

Et après ça, ils viennent nous parler de tenue, de “maîtrise”, de distance ! Mais distance de quoi ? De la vie ? De la crasse ? De la honte qui vous colle aux godasses ? Fante, lui, il s’en approche jusqu’à s’y brûler les cils. Il gratte, il insiste, il appuie là où ça suppure. Pas de gants, pas de protocole – ça fouille à mains nues dans le sac de nœuds.

Bandini, c’est pas un personnage fréquentable, c’est un paquet de nerfs mal ficelé. Ça fanfaronne, ça se rêve en statue alors que ça tremble comme une feuille. Un coup prophète, un coup minable, toujours au bord de la gamelle. Et c’est ça qu’ils ne pardonnent pas, les esthètes du dimanche : cette absence totale de tenue, ce refus de rentrer dans le rang, cette manière de dire “je” comme on balance une chaise.

Aujourd’hui, on vous fabrique des romans comme des dossiers bien classés : introduction, problématique, petite transgression contrôlée et retour au bercail. Ça coche, ça valide, ça rassure le comité. Mais où est le risque ? Où est le faux pas, la phrase qui déraille, le moment où tout menace de s’écrouler ? Chez Fante, ça tangue à chaque ligne. Ça tient par miracle, et parfois ça ne tient pas – et c’est encore mieux.

Parce que la vérité, elle est là : dans ce qui déborde, dans ce qui dérape, dans ce qui refuse de se tenir tranquille. Pas dans les ouvrages sous cellophane moral, prêts à être consommés sans heurt. Fante, lui, ne protège personne. Il vous embarque, il vous secoue, et s’il faut vous laisser sur le bas-côté, vidé, tant pis.

Et c’est pour ça que ça reste. Pas parce que c’est “important”, pas parce que c’est “bien écrit” au sens des comptables du style car “lisible”. Ça reste parce que ça cogne encore. Parce que ça a gardé, intact, ce quelque chose de dangereux que la littérature passe désormais son temps à désamorcer.

Demande à la poussière

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Mon chien Stupide

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Le rock à la barre

Parfois, il vaut mieux commencer un essai par la fin. C’est indéniablement ce qu’il fallait faire pour Le rock est-il réac ? Dans l’épilogue, l’auteur, Patrick Boudet, appelle à contextualiser plutôt qu’à juger les œuvres, affirmant que « relire le rock ne doit pas instruire une révision mais plutôt à des prises de conscience accompagnées d’une contextualisation ». Pourtant, son analyse donne souvent l’impression inverse.


Le rock serait beaucoup trop subversif pour qu’il ne le soit vraiment, tel est l’a priori implicite de Patrick Boudet. Journaliste pour Rock & Folk et auteur de documentaires consacrés à la pop culture, l’auteur vise en effet à déconstruire l’image d’un rock prétendument subversif par nature pour en révéler une dimension plus profondément réactionnaire. Son opinion est déjà tout entière dans ce titre faussement interrogatif. Les dés semblent pipés d’avance : le livre consiste moins à s’interroger qu’à confirmer cette thèse préexistante.

A cause des garçons

En s’appuyant presque exclusivement sur les paroles, Boudet réduit les chansons à des textes à juger en distinguant ce qui serait acceptable de ce qui ne le serait pas, ce qui serait « woke-compatible » et ce qui ne le serait pas. Ce faisant, il adopte une posture de tri qui revient à plaquer un regard moral et anachronique sur les œuvres. 

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Les exemples sont révélateurs. « Satisfaction » ou « Under My Thumb » des Rolling Stones sont lus sous l’angle de la domination masculine, sans prise en compte de leur dimension provocatrice ou ironique. Iggy Pop est réduit à un prédateur sexuel qui « traque des femelles urbaines ». Les textes de Led Zeppelin sont décrits comme « phallocratiques », sans être pleinement replacés dans leur héritage du blues électrique, où l’exagération et les sous-entendus sexuels sont des codes récurrents. Et Janis Joplin, alors ? Cela n’est pas suffisant pour contrebalancer cette accusation d’un rock structurellement réactionnaire et misogyne.

Musiques de blancs, pas assez LGBTQ+ friendly

La country est de son côté évidemment associée à une Amérique conservatrice, trop blanche, trop genrée, trop redneck. Pourtant, les exemples cités par l’auteur lui-même viennent mettre à mal cette « reductio ad reacum ». Ainsi, le chanteur à la voix de velours, Johnny Cash, invité par Richard Nixon en 1972, préfère interpréter « The Ballad of Ira Hayes » plutôt qu’un répertoire plus classique. Et aujourd’hui encore, la star mondiale Taylor Swift, égérie de la country, a pris des positions anti-Trump qui ne correspondent pas toujours aux sensibilités politiques d’une partie de son public en grande partie Républicain.

Pourtant, ces nuances sont rapidement évacuées au profit d’une lecture inquisitoriale et purificatrice qui flique chaque mot et chaque phrase et qui diffuse l’ère de soupçon insidieusement. 

Vous croyez le glam plus LGBTQ+ friendly ? Raté. Malgré la féminisation des apparences avec David Bowie et son personnage Ziggy Stardust, icône du glam rock, le genre reste structuré par une norme hétérosexuelle. Vous associez le punk au doigt d’honneur adressé à la société ? Encore raté ! Les Sex Pistols font table rase de tout sauf selon l’auteur, d’un « pouvoir masculin oppressant et violent ». Bien que complètement hors sujet, le rap est lui aussi convoqué à la barre pour renforcer cette démonstration.

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Revenons à l’épilogue : « Doit-on brûler les Rolling Stones, Iggy Pop (…) Expurger certaines chansons du répertoire des Beatles, de Madonna, des Sex Pistols » ? s’interroge faussement l’auteur qui semble condamner les censeurs woke, alors qu’il adopte lui-même cette grille idéologique qu’il prétend dénoncer.

Finalement, Le rock est-il réac ? valide cette lecture moralisatrice et oublie la dimension vivante, corporelle et subversive du rock. Car le rock ne se réduit pas aux paroles : c’est une énergie vitale, un corps en mouvement et une pratique sociale qui codifie par la danse à deux le jeu de la drague. Le déhanchement d’Elvis Presley a sans doute eu plus d’impact que bien de ses textes. À trop vouloir juger le rock, on risque d’oublier ce qui fait sa force : sa liberté.

Patrick Boudet, Le rock est-il réac ? (Le Cerf, 2026), 272 pages

Le rock est-il réac ?

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May 01, 2026

Miséricorde dans les rues de Mexico

En collaboration avec la fondation Hilton, Vatican News publie une série d'articles sur l'action des religieuses dans le monde, des contributions offertes par des sœurs présentes dans le monde entier. Dans cet épisode, rencontre avec les Sœurs oblates du Très Saint Rédempteur qui vont dans les rues de Mexico, à la rencontre de nombreuses femmes vivant prisonnières du circuit de la prostitution, souvent marquées par la violence, la pauvreté et la marginalisation.

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La «Papal Foundation» en pèlerinage à Rome

Venus des États-Unis et du Canada pusieurs représentants de la ''Papal Foundation'' effectuent un pèlerinage à Rome. Objecif: renforcer le soutien aux plus démunis et faire progresser la mission de l’Église à travers le monde. Au programme aussi une rencontre avec le Pape Léon XIV.

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Quel métier exerçait Joseph? Le charpentier des Évangiles

Dans les Évangiles, un seul mot grec définit le métier de Joseph: «tektōn». La tradition le restreint, l’art le rend visible: ainsi, le métier de constructeur se concentre sur le bois et se rapproche de la croix.

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2027 : Ne demandez surtout pas le programme

Une irresponsable qui danse sur un volcan. La France de 2026 se rapproche de la Grèce de 2008. Le monstrueux déficit budgétaire de l’État risque de tout engloutir, mais aucun candidat à la présidentielle n’aura les tripes d’en parler. De toute façon, les Français ne veulent pas le savoir.


On évoque souvent la « déconnexion » des élites, mais elle n’est rien en comparaison de celle de l’ensemble des Français en matière d’économie. La campagne présidentielle qui va s’ouvrir après les élections municipales sera sans doute l’occasion pour certains candidats de tenter de les dessiller – à leurs risques et périls. On parle bien sûr uniquement des aspirants du « bloc central » ou de « l’ultra-droite ». En ce qui concerne le RN, le projet est limpide – les immigrés paieront, pas les électeurs. Pour la gauche, le programme est également déjà affiché : dépenser plus et taxer les riches qui, c’est bien connu, ne paient pas d’impôts. 53 % des Français vivant aux crochets des 47 % qui bossent dur, on en vient d’ailleurs à se demander qui finance notre modèle social. Foin de cette minable démagogie, intéressons-nous à l’une des choses les mieux dissimulées sous nos cieux : la réalité.

Le tournant de la rigueur au Sud

Réalité des déficits, de l’endettement, de la croissance et des défis à relever – du réarmement au vieillissement de la population en passant par la relance du nucléaire. Un voyage à l’étranger ne ferait pas de mal à nos candidats putatifs. Ils pourraient ainsi visiter la Grèce, le Portugal ou l’Espagne. Voici des pays qui affichaient il y a une dizaine d’années des déficits publics records, un taux d’endettement en hausse constante et une croissance faible, voire négative. C’est justement l’inquiétante situation de la France en 2026. Alors qu’au sud, tout va mieux. La Grèce emprunte désormais à des taux plus favorables que notre arrogant pays. Qui plus est, à écouter nos plus hauts responsables (ce que peu font et on les comprend), l’ensemble des objectifs qu’ils affichent – relancer la croissance, baisser les déficits ou la charge de la dette – sont exactement les résultats obtenus là-bas. Une âme simple en déduirait que les politiques mises en œuvre par Athènes, Lisbonne ou Madrid ne peuvent être à des années-lumière de ce que le futur président de la République devrait proposer aux Français. Avant d’applaudir, passons en revue quelques ingrédients de la potion que nos voisins hâlés ont dû avaler.

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Tous ont commencé par repousser l’âge de départ à la retraite – passage de 60 à 67 ans en Grèce, et d’un coup en plus. Les Hellènes touchant une pension supérieure à 1 200 euros ont vu celle-ci amputée de 20 à 40 % et les « riches » pensionnés portugais ont subi jusqu’à 10 % d’imposition supplémentaire. Inutile d’espérer non plus, à Lisbonne, une revalorisation annuelle des pensions au-delà de 0,25 % – perte garantie du totémique « pouvoir d’achat » pour les seniors. Le salaire des fonctionnaires a partout été gelé, voire diminué (de 2,5 à 12 % chez les rudes Ibères). Toujours au Portugal, le salaire minimum a été figé et le temps de travail augmenté de 35 à 40 heures. La TVA y est incidemment passée à 23 %. En Espagne, le marché du travail a été réformé pour faciliter les licenciements et favoriser la compétitivité. Cerise sur le gâteau, les dépenses de santé ont été plafonnées en Grèce à 6 % du PIB. Elles représentent à ce jour en France… 12 %. La salle se tétanise ; les applaudissements envisagés se muent en huées. « Mais cela reviendrait à rembourser l’argent magique du quoi qu’il en coûte !? » hurle un indigné. Voilà mon grand, tu as compris. Et pendant une dizaine d’années.

Thérapie fiscale

Revenons à 2027 et aux programmes que nos candidats préparent en faisant de l’huile (d’olive ?). En 2017, un certain François Fillon promettait déjà un « choc de compétitivité ». Suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, réduction sur cinq ans des dépenses publiques de 100 milliards d’euros, abrogation des 35 heures, retraite à 65 ans, le tout pimenté d’une hausse de la TVA de deux points (sans parler de ses mesures – ignobles – visant à tenter de contrôler islam et immigration). Outre la justice, les syndicats, les médias, bref, le cœur des vierges, même Nicolas Sarkozy s’était montré dubitatif sur sa capacité à se faire élire avec une telle médication du corps social français. Il était pourtant déjà gravement malade, mais beaucoup moins que sous l’ère Macron. Abominable projet en 2017 – conviction du PNF, à l’évidence, qui l’a disqualifié –, ce programme fait aujourd’hui figure de bonbon sucré.

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En effet, le plan Fillon appliqué en 2027 ne suffirait tout simplement pas à nous sortir du gouffre dans lequel « les partis de gouvernement » nous ont menés. Ce n’est plus 100 milliards d’économies, mais 150 à 180 qu’il faut désormais viser. Car les taux d’intérêt ont augmenté et fait exploser la charge de la dette – 41 milliards en 2017, 85 en 2026. S’il y a dix ans Sarkozy avait déclaré « On ne peut pas gagner une élection en promettant du sang et des larmes », quel suicidaire candidat se fera en 2027 le héraut d’un tel tsunami programmatique ? Un ou deux sans doute. De là à se faire élire…

L’aumône des marchés

Le plus vraisemblable demeure que le futur locataire de l’Élysée fasse comme ses prédécesseurs : rien qui puisse conduire à une révolte sociale. Contrairement aux pays du Sud, la France dispose, il est vrai, d’atouts et notamment d’un pouvoir de nuisance très supérieur à ses voisins jadis impécunieux. Bien à l’abri du risque systémique que représente la France pour l’euro et la finance mondiale, il persistera à faire peser la menace nucléaire d’un défaut de la France pour que les marchés continuent à nous faire l’aumône – mais à des taux usuraires. Il les rassurera avec la formidable richesse accumulée par les ménages français qui savent, en leur for intérieur, que le manège finira bien par s’arrêter de tourner un jour. Leurs 6 000 milliards d’épargne constituent désormais une garantie plus forte que les serments de nos politiciens démonétisés. Notre futur président ne se privera d’ailleurs pas d’en ponctionner une partie pour pouvoir payer les ronds-de-cuir qui roupillent dans les rectorats ou les différentes strates des administrations territoriales. Il parlera croissance, mais n’en verra jamais la couleur puisqu’avec des taux à 3,5 %, très supérieurs à l’anémique croissance de 1 %, celle-ci restera un rêve inaccessible.

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Si les Français se connectaient enfin à la dure réalité, ils réaliseraient la prophétie infatuée de François Mitterrand – « Après moi, il n’y aura que des comptables ». Il n’y a malheureusement eu que des couilles molles qui ne savent pas compter. Tiens, il paraît que l’Allemagne envisage de repousser la retraite à 70 ans. N’importe quoi.

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Pour le Saint-Siège, l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire est nécessaire

Appelant au désarmement et à l'engagement multilatéral, le Saint-Siège met en garde contre le fait que la dissuasion nucléaire, la modernisation des arsenaux et les systèmes militaires basés sur l'intelligence artificielle accroissent le risque d'une erreur de calcul catastrophique.

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Les responsables chrétiens se réunissent à Dubaï pour une prière nationale pour la paix

«La paix ne peut être simplement une construction humaine; c’est un don de Dieu, qu’il faut rechercher, accueillir, entretenir et diffuser dans la société à travers nos bonnes relations.», a déclaré le vicaire apostolique d’Arabie du Sud, Mgr Paolo Martinelli, lors d’une prière nationale pour la paix réunissant des responsables chrétiens à Dubaï.

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April 30, 2026

🎙️Podcast: Du régime iranien au roi britannique, en passant par les Emirats et le Mali

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


L’élimination des dirigeants iraniens au début du conflit actuel devait provoquer un changement de régime significatif. Si un tel changement ne s’est pas matérialisé, c’est parce qu’il n’y a pas d’opposition armée en Iran. Dans un pays proche, sur le plan géographique, comme l’Afghanistan, on a l’habitude de se battre. La culture clanique des tribus y encourage. Mais la prise d’armes ne fait pas partie de la culture de la population iranienne. Quand Donald Trump affirme que, au sein de la direction actuelle du pays, il y a des factions qui luttent entre elles pour le pouvoir suprême, il a peut-être raison. Pourtant, il est peu probable que ces factions soient divisées par des questions profondes de stratégie, car tous les cadres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont imbibé le même endoctrinement au cours de leur formation et de leur carrière. Ils sont beaucoup plus homogènes que ne l’étaient leurs aînés qui sont aujourd’hui morts ou marginalisés.

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Les Emirats viennent d’annoncer qu’ils quittent l’OPEP dont les pays membres sont censés partager la même stratégie de production du pétrole. Les Emirats veulent produire et exporter plus de barils, car ils ont besoin d’argent. Ils peuvent le faire, ayant fait construire, entre 2008 et 2012, un oléoduc qui leur permet de contourner le détroit d’Ormuz et d’accéder directement au Golfe d’Oman. Mais au-delà de cette question économique, qui pourrait donner lieu à une baisse des prix dans l’immédiat mais à une plus grande instabilité du marché à plus long terme, Dubaï et Abu Dhabi signalent un manque de confiance dans la sécurité qu’apporte la solidarité des pays du Golfe. Ayant subi le plus d’attaques de la part des Iraniens après Israël, les Emirats renforcent leurs relations, déjà fortes, avec l’Etat juif qui a partagé avec eux la technologie du Dôme de fer.

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Le Mali, qui a connu des transformations incessantes depuis son indépendance en 1960, n’a jamais fait partie de ce qu’on appelle la Françafrique. Néanmoins, le régime malien a fait appel aux forces françaises pour le soutenir contre les insurrectionistes djihadistes, d’où l’opération Serval conduite entre 2013 et 2014 et, plus généralement, l’opération Barkhane de 2014 à 2022. La France a rempli sa mission, mais n’a pas voulu assujettir les Touaregs qui s’étaient alliés avec les islamistes. Le régime a donc fait appel aux Russes, d’abord sous la guise des mercenaires de Wagner, ensuite – après la dissolution de cette organisation – sous celle de troupes officiellement plus proches du Kremlin. Aujourd’hui, le régime et ses alliés russes subissent des revers. Le résultat sera-t-il une partition du pays?

A lire aussi: Magna carta: un discours «so british»

Outre-Atlantique, la visite d’Etat du roi Charles semble faire un tabac parmi les Américains. Le président Trump et ses opposants démocrates s’enthousiasment pour le monarque britannique, mais pour des raisons différentes. Trump adore la royauté et il est flatté par la façon dont la pompe et le faste de cet événement rejaillissent sur lui. En revanche, ses adversaires adorent tout ce qui est européen et traditionnel parce que ça les change des façons de faire de leur président actuel.

L' »éléphant dans la pièce » de cette visite, – le grand sujet dont personne n’a parlé – c’est ce qui a provoqué la détérioration des relations anglo-américaines, à savoir l’état piteux des forces armées britanniques. A l’époque de la guerre des Malouines, il y a plus de 45 ans, le Royaume Uni était capable d’envoyer une force de 20 000 hommes jusque dans l’Atlantique Sud. Aujourd’hui, il aurait beaucoup de mal à mobiliser 5 000 troupes. Quant à la marine britannique, ses deux porte-avions sont hors-service pour raison de maintenance. En janvier, le pays a mis fin à sa présence permanente dans le Golfe en rappelant son dernier dragueur de mines. Il manque 32 milliards d’euros au financement des équipements. Un nouveau plan d’investissement défense, annoncé à l’automne, n’a toujours pas été publié. Qu’il le veuille ou non, le Royaume Uni ne peut pas se montrer un très bon allié pour les Etats-Unis – pas plus que pour ses partenaires européens. Charles peut-il faire oublier durablement cette vérité incommode?

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Le rock se niche dans les détails

Gilles Riberolles a fréquenté de près les plus grands rockeurs. Ses Mémoires d’outre-rock nous livrent des anecdotes destroys sur des légendes françaises et anglo-saxonnes, tels James Brown et Serge Gainsbourg, Blondie et Iggy Pop. Des pages qui ressuscitent une époque flamboyante.


« Gilles Riberolles ne raconte pas seulement des rencontres : il fait surgir des forces de vie, des figures de révolte et de liberté », écrit en quatrième de couverture Patrick Frémeaux, l’éditeur de Mémoires d’outre-rock. Le récit du journaliste et musicien Gilles Riberolles est une remarquable galerie de portraits où l’on croise Frank Zappa, Iggy Pop, Blondie, David Bowie, les Cramps, Gainsbourg… Autant d’artistes qui tracent la cartographie d’une musique devenue insoumission, poésie et célébration, « toujours une même vision qui affleure : celle d’un rock libertaire, punk au sens large qui brûle d’excès et de liberté ». Tel est l’esprit de ce livre singulier qui, souvent, scrute l’anecdote et le détail pour nous offrir une vision complète des chanteurs et des groupes interviewés par l’auteur. 

A lire aussi, Thomas Morales: Quand il arrivait en ville…

Pourquoi sortir cet opus aujourd’hui ? « En 2024, à la mort de John Sinclair, fondateur des White Panthers à Detroit, éminence grise des MC5, écrivain, poète et ami avec qui j’ai partagé des moments exceptionnels de Paris à La Nouvelle-Orléans, j’ai pris conscience de la nécessité de transmettre quelques histoires, et de révéler les esprits qui les habitent, pas seulement aux fans de rock ou à ceux qui ont connu les 70’s, mais aussi aux plus jeunes », confie Riberolles qui, après avoir étudié à la faculté de Vincennes, devient journaliste à la revue Best de 1977 à 1981. Il trouve le temps de sortir un premier disque single fin 1978 avec son groupe d’alors, Casino Music, suivi d’un album et d’un EP. Au cours des années 1980, il poursuit sa carrière de critique rock tout en composant et produisant des disques sous différents noms, à quoi s’ajoutent les réalisations à La Nouvelle Orléans de deux documentaires et de quelques clips.

Toute une époque

Il est beaucoup question de Best dans ce livre. De quelques-uns de ses journalistes, surtout : Alain Wais, dit Bill Schmock, le regretté Christian Lebrun, rédacteur en chef historique et épatant, humaniste et bienveillant, les tout aussi regrettés Stéphane Heurtaux, maquettiste, et Jean-Yves Legras, photographe. « À 20 ans, je me suis vu lâché dans un monde de journalistes passionnés et érudits, mais pas tous musiciens pour autant. Je suis entré dans cet univers grâce à Bill Schmock que j’avais rencontré par hasard », raconte Riberolles. « Entre 1977 et 1981, une révolution stylistique a eu lieu dans le monde du rock. Best vendait 180 000 exemplaires par mois, ce qui représentait 500 000 lecteurs réguliers. Tout le monde était en ébullition. Cette période a été un âge d’or pour le rock et pour les journalistes qui le chroniquaient. »

Parmi les artistes, chanteurs et groupes évoqués, Gilles Riberolles se souvient particulièrement de Blondie, de David Bowie et de James Brown : « Blondie, parce que Chris Stein, l’âme du groupe et principal compositeur, avait produit mon premier album, et parce qu’ils m’ont proposé de co-écrire une chanson avec eux. Parce qu’ils ont toujours soutenu publiquement mes productions discographiques et qu’on ne s’est jamais perdu de vue toutes ces années. David Bowie, parce qu’il a choisi une de mes photos pour un de ses albums historiques, c’est-à-dire d’avant les 80’s. James Brown parce qu’il m’a offert un de ses costumes de scène. Ce sont des événements concrets qui outrepassent largement la relation entre rock-critic et musiciens… et des événements profondément marquants pour le fan total que j’étais de ces artistes. »

Riberolles s’attarde – et il a raison – sur ce très grand disque qu’est « L.A.M.F. », des Heartbreakers. L’album qui marque la fin d’un monde normal, dit-il. « Il y avait déjà eu les New York Dolls et les Stooges, mais celui-ci a enfoncé le dernier clou du cercueil. « L.A.M.F. » est un album lyrique à sa manière, c’est une des pierres angulaires du punk new yorkais de 1977… percutant, poétique et trash. » Sa mémoire le conduit également à évoquer ce moment pour le moins étrange, quand Iggy Pop s’est mis à pleurer sur les genoux du photographe Jean-Yves Legras. On est en droit de se demander quelle était la raison de ce chagrin subit. « Ce n’était pas du chagrin mais plutôt un théâtre (légèrement surjoué), un drame nourri d’authentiques angoisses mortifères d’avant-scène, d’avant show magistral ! », analyse Riberolles. « En 1977, Iggy avait fait tout un sketch hystérique aux journalistes qui le suivaient, c’est pourquoi l’année suivante personne n’a voulu se risquer à se confronter à son chaos existentiel. Mais je suis allé l’interviewer sans aucune appréhension. J’ai découvert un esprit drôle et brillant que j’ai retrouvé par la suite à plusieurs occasions. »

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Notre auteur-rockeur se souvient aussi de Serge Gainsbourg, qu’il admire, « c’était le seul Français, avec Higelin, à détenir une classe comparable à celle des Anglo-saxons », et de citer « Du chant à la une ! », son premier album (1958), « Histoire de Melody Nelson » et « L’Homme à la tête de chou ». Gainsbarre, en revanche, pouvait parfois se comporter de façon exécrable. Il évoque ainsi l’étrange conférence de presse du lancement des Gitanes blondes à laquelle participait la star : « Une fumisterie mercantile orchestrée par la marque et dont Gainsbarre tenait le rôle, pas très flamboyant, de l’ »avida dollars ». »

On s’étonne plus loin quand il écrit que Mick Jagger, avec ses sourcils roux très épais, ressemblait à un bouc. « Une légende court toujours : Jagger a vendu son âme au diable en 1968, à l’époque de « Sympathy for the Devil »… Un peu à la manière de Robert Johnson et sa mythique chanson « Crossroads blues ». Quand je l’ai rencontré au début des 90’s, il m’est apparu comme un bouc le temps d’un flash. Sûrement une association d’idées avec un bouc, un vrai, qui avait surgi un jour face à moi dans un canyon en Espagne. Quelque chose dans le port de tête m’est revenu à l’esprit. Une aura. Une magnificence. »

Grâce à son sens de l’observation et à son goût pour les détails les plus infimes, Gilles Riberolles rend vivants ces monstres de scène, toutes ces légendes de la fureur du rock.

Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles, Frémeaux & Associés, 2026, 233 pages

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Cardinal Cupich: la paix n'est pas l'absence de guerre, mais l'œuvre de la justice

L'archevêque de Chicago a reçu le prix «Heureux les artisans de paix» décerné par l’Union théologique catholique. Dans le discours prononcé à cette occasion, le prélat a réaffirmé l’enseignement de Léon XIV qui soutient qu'«aimer son ennemi n’est pas un sentiment, c’est une pratique».

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