Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

March 21, 2026

Dans l’ombre de Luchaire, Cédric Meletta raconte

Avec Les Rayons et les Ombres, réalisé par Xavier Giannoli et porté par Jean Dujardin, le cinéma français s’intéresse au destin paradoxal de Jean Luchaire, journaliste devenu l’un des piliers de la Collaboration française.


Pour comprendre ce parcours complexe, nous avons interrogé Cédric Meletta, historien et journaliste, auteur de Jean Luchaire, L’enfant perdu des années sombres (Perrin, 2013, réédition Pocket, 2026), une enquête minutieuse qui décortique les choix, les ambitions et les ambiguïtés morales de cette figure trouble de l’Occupation. Meletta, qui a également collaboré au scénario du film, éclaire les zones d’ombre de Luchaire, entre utopie pacifiste et trahison, et montre comment son histoire résonne encore dans notre époque obsédée par responsabilité et engagement.


Causeur. Dans votre livre, vous décrivez Jean Luchaire comme une figure à la fois charismatique et dangereusement ambitieuse. Qu’est‑ce qui vous a fasciné dans cette personnalité improbable, au point de consacrer une enquête entière à sa trajectoire ?

Cédric Meletta. Ce jeu d’émotions qui passent pour opposées mais qui, pour beaucoup d’entre nous, se nourrissent l’une de l’autre : la fascination, et sa lumière noire : la répulsion. Luchaire est à lui-seul un oxymore, une antiphrase, une affinité élective. Quand j’en ai fini avec mes humanités, aux alentours de l’an 2000, et que je débute dans la recherche, avec ce rapport sensible à l’archive et à tous types de sources, je tombe sur ce personnage (c’est le mot !). Conçu à Venise, éduqué dans une ville aussi civilisationnelle que Florence, puis Parisien de Paris, organisateur, novateur, malin, élégant, enrobant, ça claque, ça me claque. Et puis, je jette le coup d’œil et le voile sur sa courte et violente postérité. Fusillé à moins de 45 ans. Forcément, ça convoque une autre imagerie, un autre champ lexical : Abetz, Reich, Collaborationnisme, Ultra-Collabo de Sigmaringen, renoncements, partouzes, pantalonnades, et whisky à gogo. C’est divinement dangereux et décadent. C’est déjà un film. Une histoire cinématique, une silhouette ciné-génique. Il a sa place dans une thèse de mille pages, certes, mais sa trajectoire vaut plus que ça. Dormir dans un rayonnage de B.U ou l’une de ces armoires en alu qui trônent dans les services administratifs des universités. Il fallait d’autres sillons, d’autres regards, une approche large et neuve. Il fallait drainer. Un livre problématisé, bien bâti, juste, mais un peu inspiré, c’était la clé. Dix ans de boulot. D’autant que personne, jusqu’à alors, n’avait osé prendre ce risque d’enquêter sur ce destin ambivalent, et, il faut bien l’avouer, complètement casse-gueule. Parce que beaucoup d’omerta et de secrets bien gardés. 

Vous revenez longuement sur son enfance et ses influences littéraires – en quoi les lectures et les liens familiaux de Luchaire expliquent‑ils ses premières inclinations pacifistes puis son glissement progressif vers l’aveuglement politique ?

Pas besoin de grands développements et d’un name-dropping bavard. Juste deux ou trois vignettes. Quand, pré-adolescent, vous mangez régulièrement, mais à la bonne franquette, à la table d’un prix Nobel de Littérature (Romain Rolland, apôtre de la paix), et que vous êtes présentés tel un « sujet d’avenir » dans une correspondance entre deux autres Nobel de littérature (André Gide et Roger Martin du Gard), avant d’être adoubé, comme le jeune chantre du droit des peuples, par un prix Nobel de la Paix, cette fois, en la personne d’Aristide Briand, ça fait beaucoup de prix, de bruits, mais Nobel, n’est-ce pas l’explosion garantie ? Pas plus inflammable.

Le film de Xavier Giannoli met en scène ce glissement « des rayons vers les ombres » en explorant les zones grises de sa psychologie. Selon vous, comment cette notion de zones grises rend‑elle justice ou, au contraire, simplifie‑t‑elle le portrait complexe qu’on découvre dans votre livre ?

Dans le cas de Jean Luchaire, justice est faite, quant à la simplification, elle est, tout bonnement, interdite de séjour dans ma réflexion sur la complaisance sous l’Occupation française. D’autant que la zone grise est le propre de l’homme, non ? C’est certainement ce qu’il y a de plus excitant dans le travail biographique, ce zonage entre grège et anthracite. Le gris pastel de la marche à la guerre, avant la fuite vertigineuse et fuligineuse vers Sigmaringen. Ça complexifie les situations à l’aune du caractère et des penchants de celui ou celle qui la délimite. L’entre-deux, c’est ça qui stimule une pensée et la fortifie. Un peu maître, un peu esclave, un peu victime, un peu bourreau, on s’attire, on se sépare avant de se rabibocher avec un être ou un sentiment, c’est ça notre ADN. Pas besoin d’avoir lu Kafka, Koestler ou Primo Lévi. Même si, c’est mieux… Je fais un peu long, désolé. Mais juste un petit exemple. Hitler prend le pouvoir le 30 janvier 1933. Moins d’un mois après, le 27 février, il fait mettre le feu au Reichstag dans le but d’incriminer, donc de se débarrasser, des communistes allemands, alors qu’à cette même date, à Paris, du côté de la Mairie du XVIIIème, Jean Luchaire, interlocuteur d’Hitler, est l’invité d’honneur du mariage de sa sœur « Ghita » (confidente de Robert Desnos) avec Théo Fraenkel. Juif, apatride, médecin des pauvres et cofondateur de Dada. Pas plus surréaliste comme scénario. C’est même carrément la zone ! Pourtant, on dit que se marier un lundi, ça porte bonheur, et aux mariés, et à leurs entourages.

Luchaire pensait d’abord œuvrer pour la paix entre la France et l’Allemagne. Comment analysez‑vous cette ambition – légitime en apparence – et son retournement en complicité voire adhésion à la Collaboration ? Et quelles leçons contemporaines peut‑on en tirer ?

Pas de leçon, à tirer ou à donner. Juste, informer, et ce sera déjà une petite victoire. Au départ, Jean Luchaire, c’est un peu plus que du pacifisme, c’est le droit et le rapprochement entre les peuples. Dans sa revue, il publie des intellectuels hindous, propose un éveil aux lettres mexicaines ou japonaises et peut, à loisir, visiter le protectorat marocain en 1926 au bras d’une jeune maîtresse mandchoue. Après, il évolue. Pour garantir la paix internationale, on a besoin d’un bloc européen fort et solidaire, et ce bloc, passe par un pivot franco-allemand des plus béton. Et pour couler ce béton, il faut siéger, écrire, être patronné par des stars de la politique, de la presse et de la diplomatie. A partir de 1925, Jean Luchaire n’est plus un philanthrope droit-de-l’hommiste, il n’est plus un pacifiste de peau, ou de ces pacifistes objecteurs ou activistes qui foutent le feu aux casernes, non, c’est un pacifiste de cabinet et de commissions. Le militant est devenu un pion d’échiquier qui doit, coûte que coûte, garder le cap avec une large audience. Un chroniqueur judiciaire en vue disait de lui : c’est la Troisième République et son système institutionnel éculé qui l’ont grillé. J’ai bien dit « système ». Ses fonds, secrets ou non, son rendant, service ou mondain, son clientélisme et son succédané, la corruption, ou encore, un manque évident de garde-fous exécutifs… tout ça, combiné, jure avec la faiblesse et la légèreté de son caractère.

Dans votre enquête, vous montrez que Luchaire n’a pas seulement côtoyé les milieux littéraires mais aussi constitué un « carnet d’adresses » stratégique. Ce réseau a‑t‑il servi ses illusions de pacifisme ou plutôt contribué à son aveuglement ?

Le point de bascule, c’est juin 1927. Luchaire fonde son mensuel. Notre Temps. C’est son bébé. Il n’est plus porte-voix ou journaliste engagé, il n’est plus une signature qui rassure l’opinion, c’est un patron. Dans ce sommaire inaugural, cosignent le neveu de Bergson et le petit-fils du Capitaine Dreyfus sous le nom d’une romancière oubliée, riche héritière d’une célèbre marque de vermouth. Mais, ce qui lui importe, c’est que ça sorte. Il faut que ça marche. Pour ça, le capitalisme a créé la publicité. Autrefois, on disait la « réclame ». Quand on considère ce mot daté, et sa polysémie, tout est dedans. Réclamer de l’argent, trouver un financement « quoi qu’il en coûte ». On entre en dépendance, on est concupiscent, on pourrait dire : psychologiquement incontinent, comme fragilisé par la faiblesse de sa volonté. C’est la septième Epître aux Romains de Saint-Paul, dans le texte et dans l’idée : « Ce que je veux, je ne le fais pas ; ce que je ne veux pas, je le fais ». 

Le film met fortement l’accent sur la relation entre Jean et sa fille Corinne, qui devient un symbole poignant de loyauté et d’aveuglement filial. Dans votre livre, quelle place occupe cette dynamique familiale dans la compréhension de ses choix politiques ?

Plus que d’une dynamique familiale, je parlerai d’un couple. On les prenait pour un couple à la ville, de par leur jeunesse trépidante et bien portée. Jean a eu Corinne à 19 ans. Cela tombe en résonnance directe avec le livre que je suis en train d’achever. Un essai romancé, à paraître cet automne, sur Rosita Luchaire, dite « Corinne », la star montante du ciné fauchée par l’histoire et sacrifiée sur l’autel d’une relation père-fille très forte mais terriblement toxique. Jean, c’est le Florentin solaire qui fait rire les séniors, et fait s’écarquiller les yeux de n’importe quel enfant par un sourire esquissé ou un simple claquement de doigts. Il ne veut surtout pas déplaire, règle d’or du séducteur. Il dégage beaucoup d’assurance tout en massacrant l’éducation de sa fille aînée. Pas de codes. Pas de règles. Pas de bagages transmis. C’est là où le bât blesse. La vie, ma chérie, c’est que du bonheur, le chic de l’instant présent, la vie est contingente… ce laxisme familial et filial est à la base de leur trop grande tolérance avant le temps des égarements.

A lire aussi, Philippe Bilger: L’Histoire ne fait pas peur à Xavier Giannoli…

Vous avez exploré la question des responsabilités morales dans Les Nouveaux Temps ou Toute la vie, où Luchaire devient propagandiste nazi. Comment répondez‑vous à ceux qui considèrent encore aujourd’hui que la Collaboration est un cas d’école d’erreur tactique plutôt qu’une trahison morale ?

C’est les deux. Ce sont deux éléments-gigogne, et intimement imbriqués. « Miser sur la mauvaise carte », comme dit Patrick Modiano, et ne pas vouloir voir que la martingale juteuse et prometteuse n’a pas fonctionné. Pire, que c’est du toc, un truc de charlatan et de bonimenteur. On met les saletés sous le tapis, le plus important étant de se tenir sur ce beau tapis Boukhara qui en jette. Se tenir bien campé, le port haut, la mise soignée… on ne veut surtout pas entendre les shampouineurs sonner à la porte…

Dans les critiques du film, certains commentateurs saluent l’absence de manichéisme et le refus d’un portrait trop simplifié. Pensez‑vous que cette réflexion nuance vs. caricature est essentielle pour comprendre non seulement Luchaire mais aussi les périodes de crise politique aujourd’hui ?

Xavier Giannoli réfléchit à ce projet depuis 2016 environ, même avant, peut-être. Le contexte est donc loin d’être celui qui nous interroge à l’heure actuelle, avec sa démagogie, son hypocrisie, et sa décérébration ambiante de gens, ou jeunes gens qui ne savent plus parler en écoutant, ni écrire avec l’audace et un sens critique mesuré. Quand il me contacte en 2020 pour parler d’un projet sur les Luchaire, père et fille, c’est ça qui me plaît dans son « précipité » de deux pages, sorte de pitch avec une tagline éloquente. Doser savamment. Pas de raccourcis, pas d’idées fixes. Rendre intelligible et lisible des tranches de vies qui ne le sont pas. Trouver la bonne alchimie entre le souffle du grand cinéma et l’ouverture d’un vrai débat (national) à l’aune d’une masse documentaire colossale. Xavier a beaucoup lu, beaucoup analysé chaque glissement, ses causes et ses conséquences directes comme indirectes. Il a calculé son coup en ébauchant une matrice où chaque détail s’ajoute au service d’une proposition (et non d’une démonstration), où chaque personnage est rigoureusement à sa place. Je me souviens de nos échanges sur le tournage, sur le montage, en off également, et plus particulièrement de cette phrase : « tout ça, c’est plus que de la précision ! » C’est une vaste machinerie scrupuleusement huilée, montée, remontée et programmée pour sonner à n’importe quelle heure. Il a créé un genre nouveau, du moins chez nous en France. Le blockbuster d’auteur ! Une belle enveloppe, des moyens conséquents pour interroger intimement, et même civiquement, un spectateur qui, à plusieurs reprises dans ce film, a envie de s’enfoncer davantage dans son fauteuil. Gêné, emprunté… alors qu’il est, lui aussi, in-no-cent.

Votre livre montre que Luchaire ne condamna jamais les rafles ni la persécution des Juifs, malgré ses regrets personnels. Comment situeriez‑vous cette forme de « regret banalisé » par rapport à notre époque, où la mémoire et la responsabilité sont au cœur du débat public ?

Les Luchaire ne savaient pas pour l’extermination, mais comme le reproche Moguy à Corinne dans le film, ils n’ont pas cherché à savoir, ou à enquêter sur la fin du voyage et du Grand-Dérangement. Lâcheté et veulerie pour l’un. Suivisme pour l’autre. On est à contre-courant de notre temps, régi par les lois du réseau social, où il faut être d’accord, pas d’accord, avoir un avis tranché sur tout. Non, être informé honnêtement, ce serait déjà pas si mal. Ce qu’il y a de plus terrifiant dans ce long-métrage, c’est ce glissement glaçant, avec des convictions qui volent en éclat au gré des stades et des césures. C’est le degré de nocivité de cet éclat qui titille le lecteur (et le spectateur) en son for intérieur. Luchaire l’espoir, Luchaire le promoteur, Luchaire l’élu et le lauréat, Luchaire le pseudo-gouvernant à la faveur d’accommodements de plus en plus puants et dérangeants. Avoir l’ambition de déranger, oui, mais à condition de vouloir se laisser faire. C’est ce reflet que propose mon texte et le film de Xavier Giannoli. Le premier plan, la première prise de ses deux-cents minutes de film, n’est-ce pas le tain d’un miroir fatigué ?… Réfléchissons-y.

Enfin, si vous deviez conseiller quelqu’un qui découvre aujourd’hui cette histoire à l’aune des enjeux politiques contemporains (polarisation, populisme, désinformation), quel message ou quelle mise en garde tireriez‑vous du destin de Jean Luchaire ?

Aucun message. Juste l’humilité d’une vie à hauteur d’homme, en accord avec son tempérament et celui des êtres proches. C’est mon petit côté idéaliste, bien que je sois un grand pessimiste, mais joyeux le pessimiste. Je laisserais donc le mot de la fin à l’un de mes nombreux maîtres, Charles Bukowski, et à son épitaphe au cimetière de Palos Verdes : DON’T TRY !…

640 pages

Jean Luchaire

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L’Histoire ne fait pas peur à Xavier Giannoli…

Notre chroniqueur a déjà vu deux fois Les Rayons et les Ombres. Soit deux fois 3h19, donc. Mais il ne le regrette visiblement pas.


Tant d’autres titres étaient possibles, entre lesquels j’ai hésité. Lumières et Turpitudes ; ou Jean et Corinne Luchaire : gloire et trahisons ; ou encore Xavier Giannoli : un cinéma devenu adulte… J’en ai finalement choisi un qui renvoie à l’audace de Xavier Giannoli d’avoir traité cette séquence de notre Histoire : celle de Jean Luchaire, fusillé à la Libération ; de sa fille Corinne, actrice célèbre puis déchue ; et d’Otto Abetz, ami du couple, devenu au fil du temps un nazi de plus en plus convaincu et soumis. J’ai eu la chance de découvrir, avant sa sortie officielle prévue le 18 mars, ce chef-d’œuvre de 3 h 20, Les Rayons et les Ombres, grâce à l’excellente revue Positif. Depuis, je suis à la fois frappé et inquiet devant l’extraordinaire promotion du film et la multitude d’entretiens accordés par Xavier Giannoli et Jean Dujardin, ensemble ou séparément. Je ne la trouve pas du tout imméritée, mais je redoute que, comme pour Germinal, il y a des années, elle ne devienne à la longue contre-productive, en donnant au public le sentiment qu’ayant entendu parler du film en détail, il l’a en quelque sorte déjà vu et qu’il se dispense dès lors d’aller le recevoir de plein fouet dans une salle de cinéma. Ce serait dommage lorsque, chose rare dans le cinéma français – Lacombe Lucien de Louis Malle s’étant surtout attaché aux ressorts profonds ou au hasard qui peuvent conduire un jeune homme à choisir la Milice plutôt que la Résistance – un grand cinéaste décide de consacrer une œuvre à la réalité tragique et traumatisante de cette période, à travers trois personnages demeurés dans la mémoire de ceux qui, passionnés par l’Histoire, ses rayons et ses ombres, ses héros et ses salauds, ont longtemps regretté que le cinéma français ait laissé de tels sujets d’exception dans la discrétion.

Bonne foi et cynisme

Sur ce point, même de la part de l’intelligent et courageux Xavier Giannoli, j’ai été surpris de percevoir comme une légère réserve dans l’explication du choix de ces destinées, comme s’il fallait presque s’excuser d’avoir enfin su donner au cinéma cette liberté, cette gravité, cette profondeur, cette vérité qui lui manquent souvent. Je ne mets pas en cause la focalisation sur le réquisitoire du procureur général Lindon, qui demanda et obtint la peine de mort de Jean Luchaire, avec une argumentation percutante et très honorable dans une période où l’on fusillait trop volontiers ceux qui avaient emprunté le plus mauvais chemin de l’Histoire. Le film de Giannoli, dont le scénario a été élaboré avec deux partenaires au terme de mille recherches ayant permis une exactitude absolue ou, à tout le moins, une parfaite plausibilité – je songe à Céline éructant publiquement sa haine des Juifs -, est admirable à plus d’un titre. D’abord grâce aux acteurs : je tiens à mettre en pleine lumière Jean Dujardin, qui incarne formidablement Jean Luchaire. Très légitimement, on a porté aux nues la révélation de Nastya Golubeva, mais on en a un peu oublié le premier, ainsi qu’August Diehl, remarquable en Otto Abetz. Sur le fond de ces destins qui se déploient sous le feu tour à tour festif, troublant, atroce, dramatique et presque apocalyptique de l’Histoire – celle d’une France occupée par l’Allemagne nazie, avec la collaboration de Français de bonne foi ou cyniques, et la multitude de profiteurs jouissant de ce que ce temps offrait aux privilégiés tandis que la pénurie accablait la masse – le scénario se révèle exemplaire. Il montre avec précision, pour Jean Luchaire, le passage d’un pacifisme généreux à une naïveté coupable, jusqu’à une trahison faite de faiblesse et d’abandon ; pour sa fille Corinne, l’évolution d’une actrice atypique et brillante, couronnée de gloire et de facilités somptuaires sous le regard adorateur et complaisant d’un père, avant la dérive, la chute et l’oubli ; pour Otto Abetz enfin, la dégradation d’un Allemand d’abord peu convaincu par le nazisme en un militant hitlérien justifiant tout, et devenu férocement antisémite.

Promotion excessive ?

Il y a dans ce film exceptionnel – le grand art sublime la misère et le malheur des êtres – la création d’un climat qui, au fil des scènes, glisse de la normalité ambitieuse vers les excès et les délires d’un monde déjà pressenti proche de sa fin. On y reconnaît une France où se mêlent aux nazis les collaborateurs, les corrompus, les affairistes, les êtres de plaisir… Le sens de la fête devait s’aiguiser parce que le temps était compté, que le désastre approchait et que la mort, parfois obscurément désirée, semblait suspendue au-dessus des têtes. On pouvait tout se permettre puisqu’on avait déjà tout perdu… Je ne voudrais pas encourir moi-même le reproche de participer à une promotion excessive et je me contenterai d’inviter ceux qui me font l’honneur me lire à aller, à partir du 18 mars, s’abreuver aux sources de ce très grand film, où se mêlent aveuglement, tragique et pitié. Au début de ce billet, évoquant le caractère unique de cette œuvre, je l’avais jugée sans équivalent. À la fin de ce post, dans une comparaison très élargie, je ne vois guère que la série Un village français qui puisse se situer au même niveau.

Puisque Xavier Giannoli n’a pas peur de l’Histoire et qu’il a su, avec tant de talent et de probité, explorer cette obscure séquence du dévoiement, des compromissions et parfois de la mort affrontée courageusement, je rêverais qu’il consacrât un jour son immense talent à Robert Brasillach. Il y aurait là, pour un cinéaste de sa trempe, la possibilité de sonder une autre destinée tragique, où se mêlent l’aveuglement politique d’un écrivain égaré et le prix terrible que l’Histoire exige parfois de ceux qui ont choisi le mauvais camp. J’irai revoir ce film unique.

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Quand les corps chantent

Sur des poèmes musicaux de la célèbre compositrice finlandaise Kaija Saariaho, son compatriote, le chorégraphe Tero Saarinen, a créé un spectacle onirique où le regard s’égare dans un univers parfaitement irréel.


C’était un projet musical et chorégraphique qu’ils mirent deux bonnes années à mettre sur pied. Mais la compositrice Kaija Saariaho mourut prématurément à Paris en 2023 et de cette entreprise commune le chorégraphe Tero Saarinen a fait un hommage posthume à la plus célèbre des créatrices finlandaises.

Quatre compositions (Study for Life (Etude pour la vie), Petals (Pétales), Lichtbogen (Arc de lumière), Attente et Parfum de l’instant), dont la première donne son titre au spectacle, ont engendré une mise en scène où danseurs et musiciens se confondent miraculeusement. Gommant entre eux toute distance, le chorégraphe et metteur en scène fait de tous un groupe unique, merveilleusement homogène où les instrumentistes dansent et où chantent les corps des danseurs.

Helsinki, 1991

Kaija Saariaho et Tero Saarinen se sont connus en 1991 à Helsinki alors que Carolyn Carlson, sur une partition de celle-là, créait Maa pour le Ballet de l’Opéra national de Finlande (80 sujets), pièce où dansait Saarinen. C’était la première fois que cette compagnie de ballet classique était lancée dans une chorégraphie contemporaine, mais la deuxième fois que Carlson revenait dans la patrie de ses parents où, en 1976, elle avait déjà travaillé à Haiku pour le Ballet national de Finlande, l’autre formation importante de ce pays. Elle y avait alors créé la première des chorégraphies modernes jamais produite dans l’ancienne possession suédoise.

Pour Saarinen, tout jeune encore, ce furent les prémisses d’une nouvelle vie. Danseur exceptionnel de formation classique, mais de tempérament félin, presque sauvage, c’est déjà en tant qu’interprète d’une composition moderne de l’un de ses compatriotes, Jorma Uotinen, qu’il avait été couronné par le Concours international de Danse de Paris en 1986. Il dansera encore à ses débuts un solo créé par l’Américain Murray Louis, autre auteur de la nébuleuse Nikolaïs. 

N’en pouvant plus dès lors de faire le joli cœur dans les productions académiques de la compagnie établie à l’Opéra d’Helsinki, Saarinen va explorer d’autres horizons. Avec Carolyn Carlson évidemment dont il sera un interprète de prédilection. Mais aussi en partant pour le Népal dont il approche les danses traditionnelles, puis pour le Japon où il travaille le kabuki et le butô et s’initie à l’art de l’onnagata. 

Un authentique chorégraphe

Au contraire de tant de chorégraphes auto-proclamés ne pratiquant que ce médiocre théâtre gestuel qui inonde les scènes françaises d’aujourd’hui, Tero Saarinen, lui, déploie une authentique écriture chorégraphique. Très flexible, modulée d’un ouvrage à l’autre, elle donne lieu à d’incontestables réussites qui font de lui un auteur rare dans le paysage d’aujourd’hui. Ou tout simplement un vrai, un authentique chorégraphe. Depuis sa fondation et ses premières représentations en février 1996, il y a donc tout juste 30 ans, sa compagnie a parcouru une quarantaine de pays sur tous les continents. On ne l’a vue, hélas ! que fort peu en France qui se dit (f)Ranska en finnois. Deux fois au Festival de Danse de Cannes; une autre fois dans la grande salle du Théâtre de Chaillot ; sur quelques scènes de la décentralisation aussi… Représenté de façon toute confidentielle dans un petit théâtre de la Cartoucherie de Vincennes, sur invitation de Carolyn Carlson durant son festival June Events, le prodigieux solo, Hunt, composé et exécuté par Tero Saarinen sur la partition du Sacre du printemps, avait de quoi enthousiasmer les foules. Sectarisme ? Aveuglement ? Fâcheuse incapacité de savoir distinguer des œuvres remarquables ? Ce morceau de bravoure qui a été admiré dans plus de trente pays, n’a jamais été repris par les programmateurs parisiens. Ni durant le Festival d’Automne, ni au Théâtre de la Ville, ni à celui des Abbesses, ni à la Salle Gémier… Il aura fallu que le Ballet de Lorraine l’insère dans sa saison au Théâtre du Châtelet avec une autre chorégraphie de Saarinen sur une partition de Stravinsky.

C’est au sein du Ballet du Rhin, à Strasbourg et Mulhouse, en juin prochain, qu’en France Hunt sera enfin ressuscité avec un soliste de cette compagnie.

Quatre poèmes musicaux

Dans Study for Life, le chorégraphe s’efface en partie derrière le metteur en scène. On peut le regretter tant l’écriture de Saarinen peut être enthousiasmante.  Mais plus qu’à celui de la danse, il s’est mis délibérément au service de la musique et il la sert avec beaucoup d’intelligence, de conviction et de sensibilité.

Ce sont donc quatre pièces de Saariaho, quatre poèmes musicaux chantés par la soprano portugaise Raquel Camarinha et exécutés par un orchestre de chambre venu des Pays-Bas, Het Muziek (La Musique), qui constituent la charpente de Study for Life.   

Sur une vaste étendue noire et réfléchissante (décor d’Erika Turunen) qui ressemble aux eaux mortes d’un étang scintillant obscurément, Saarinen expose danseurs et musiciens dans des ensembles torturés où l’œil ne fait plus la différence entre les uns et les autres tant leur fusion peut être parfaite. Ce qui en soi est une prouesse quand on sait combien nombre de musiciens, surtout à côté des danseurs, apparaissent sur scène comme des albatros sur le pont d’un navire. Au tout début de l’ouvrage, le chorégraphe les mêle dans des compositions spectaculaires, héroïques et baroques, où ils construisent des tableaux vivants avec un rare bonheur sous des pluies de lumières (Fabiana Piccioli, Sander Loonen) tombant en pluie des cintres. Et le plus étrange dans cet univers si moderne, cerné des quatre côtés par les gradins où siège le public, plongé dans des compositions musicales qui sont furieusement de notre temps, c’est que les danseurs en viennent à ressembler, dans leurs attitudes figées, à des figures mythologiques, à des statues de marbre blanc, telles qu’on les voit à Rome surgissant des fontaines du Bernin ou à Versailles au sein des bosquets voulus par Le Nôtre. Des figures qui se réfléchissent théâtralement sur le sol noir comme elles se reflèteraient dans les eaux d’un ténébreux bassin.

(C) Mikko Suutarinen

D’innombrables échos

Dressés en groupes compacts ou étirés sur une diagonale tourmentée, musiciens et danseurs forment des tableaux dramatiques qui s’altèrent, se tordent, se délient au fil des notes. Cependant que la voix de la soprano, multipliée, éparpillée dans un espace sonore qui semble sans fin, se répercute dans l’espace en innombrables échos qui la rendent irréelle.

Plus tard, portés sur d’invisibles praticables que manœuvrent les danseurs, pianiste, harpiste, contrebassiste, violoncelliste, percussionniste… glissent, flottent sur cette étendue brillante comme dans le mirage d’une fête nocturne.

A la fin de l’ouvrage, la soprano est imperceptiblement engloutie sous un vaste cône de gaze qui fait écho à celui de glace qui fond lentement à l’entrée de la salle de spectacle. Un cône de glace dans lequel des capteurs de son (installation de Tuomas Norvio) ont permis d’entendre le murmure de l’eau qui s’égoutte de façon subreptice. Et avec la voix de la cantatrice qui s’éteint, s’envole la chimère d’un spectacle englouti par l’obscurité.

Une manufacture de câbles

D’une ancienne manufacture de câbles destinés aux navires mouillant dans le port d’Helsinki, le militantisme et l’énergie de plusieurs acteurs culturels finlandais ont réussi à faire de ce bâtiment industriel une Maison de la Danse qui répond à la Maison de la Musique, autrement plus luxueuse, située sur l’avenue Mannerheim. Comme un peu partout, la Danse demeure un parent pauvre, mais dans ces bâtiments aussi vastes qu’ils sont austères, elle a pleinement droit de cité. La Compagnie Tero Saarinen, la seule en Finlande à bénéficier d’une audience internationale, y donne désormais ses spectacles qu’elle présentait naguère dans un théâtre russe édifié au XIXe siècle et portant toujours le nom du tsar Alexandre II, grand-duc de Finlande. Le seul des Romanov ayant laissé de bons souvenirs aux peuples finnois. Elle y a aussi son siège et bénéficie ainsi d’un magnifique studio et de beaux bureaux et espaces communs qui semblent traduire l’engagement et la passion que l’ensemble des 17 salariés de la troupe, six danseurs permanents, deux répétiteurs, deux techniciens et sept personnes chargées de l’administration, des relations extérieures et du développement de la compagnie, parmi lesquelles Tero Saarinen, directeur artistique, et Iiris Autio, directrice générale. En 2024, l’Etat subventionnait la compagnie à hauteur de 630 000 euros, la Ville d’Helsinki avec 265 000 euros à quoi s’ajoutaient 390 000 euros spécifiquement destinés aux projets artistiques. Les recettes de la troupe s’élevaient quant à elles à un peu plus de 400 000 euros.

Photo : David Jakob

Créée en juin 2025 aux Pays-Bas lors du Festival de Hollande, reprise dans la foulée en Autriche au cours du Festival de Bregenz, Study for Life a vu en ce mois de mars sa naissance à Helsinki durant six représentations, devant un public où les générations se mélangent en toute harmonie. On imagine qu’à Paris elle trouverait parfaitement sa place dans un lieu comme la Cité de la Musique où célébrer à la fois Kaija Saariaho et Tero Saarinen permettrait au public français d’assouvir sa curiosité pour les artistes du Nord comme cela a été récemment le cas avec succès au Petit Palais avec le peintre finlandais Pekka Halonen.


Le Ballet national du Rhin ressuscite Hunt de Tero Saarinen écrit sur la partition du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky dans le cadre d’un programme Ballets Russes au Théâtre de la Filature de Mulhouse les 10 et 11 juin 2026, puis à l’Opéra de Strasbourg du 25 au 27 juin.

La Compagnie Tero Saarinen se produira au Teatro della Tosse, à Gênes, le 23 avril 2026. Au Festival de danse de Kuopio (Finlande) les 12 et 13 juin.

A la Maison de la Danse d’Helsinki pour célébrer ses trente ans d’existence avec trois créations (Carolyn Carlson, Tero Saarinen, Sonya Lindfors), du 22 au 26 septembre.

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Le Pape invite à informer pour construire la paix

Dans un message adressé à la chaîne italienne d'information en continu de Mediaset, Tgcom24, à l'occasion de son 25e anniversaire, le Souverain pontife souligne la «mission importante» des médias dans cette époque de changements, où l’on «crie sur le web». Léon XIV invite à construire des «ponts de dialogue» et à lutter contre les fausses informations sans s’arrêter à la «surface de l’actualité», en prenant le temps de se tourner vers les «périphéries de la souffrance».

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Le Pape appelle les Focolari à réévaluer leur apostolat

Léon XIV a reçu ce samedi 21 mars au Vatican les participants de l’assemblée générale de l’Œuvre de Dieu – Mouvement des Focolari. Il a loué leur sens de l’unité, essentiel dans le monde d’aujourd’hui pour combattre la haine et la division. Le Pape a également appelé les Focolari, en plein changement générationnel, à discerner les aspects de leur apostolat qui sont encore nécessaires ou pas.

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Une affaire de famille

Il faudrait toujours se méfier des écrivains. Ils tourmentent les morts en révélant leur passé. Pascal Bruckner est un récidiviste.


Pascal Bruckner avait consacré un livre à son père, il y a une dizaine d’années, intitulé Un bon fils. Il révélait que son géniteur était un homme violent, atrabilaire et antisémite, défendant Hitler et la doctrine raciste. L’homme était tellement détestable qu’on avait admis le portrait à charge qu’il offrait aux lecteurs. Avec De mère inconnue, son nouvel ouvrage, il continue d’évoquer son père mais cible surtout sa mère, Monique, qu’il appelle M.

Pense à toi

L’ouvrage devait être « une collection de souvenirs » pour ranimer la femme qui mit au monde un fils unique: Pascal. On découvre, en effet, une mère épileptique, meurtrie, rêvant d’émancipation grâce à la lecture de romans, notamment ceux de Simone de Beauvoir, sans jamais passer à l’acte, restant soumise à un mari misogyne et profondément mauvais. Ce devait être un hommage rendu à une « Mère imaginaire », habitant l’esprit d’un homme marqué par la substance féminine si bien décrite par François Mauriac dans Genitrix. Rien de désagréable dans la démarche de Pascal Bruckner. Comme il l’écrit au début de son ouvrage : « La littérature est un long message adressé à nos défunts. » Faire revivre la mère morte, magnifiée, est une louable entreprise. La démarche devient même christique. Bruckner : « Si j’écris ton histoire, tu descendras de moi ; tu deviendras ma fille après avoir été ma mère. » Cette femme battue par son mari nazi aurait dû nous paraître sympathique, d’autant plus que les derniers jours de sa vie sont racontés avec beaucoup d’émotion par son fils devenu écrivain. Elle l’a certes un peu étouffé, comme la plupart des mères ayant un fils unique, mais elle a su lui donner un conseil de la plus haute importance. Elle lui disait toujours : « Pense à toi. » L’écrivain s’empresse d’ajouter: « Je l’ai tellement fait, que je l’ai oubliée. » À travers l’évocation de sa mère, l’écrivain réalise un autoportrait avec, en arrière-plan, une tentative de réparation dont le point de départ est cet aveu poignant : « Les fils ratent leur mère. Et plus encore les fils uniques. »

A lire aussi: De « Lacombe Lucien » aux « Rayons et les Ombres »: comment filmer la compromission

Réparation, mais également volonté de briser « le pacte de faiblesse » imposé par sa mère, amoureuse au fond de sa servitude. Elle rêvait pour lui d’une existence sans ambition, cassant ses élans d’émancipation, de départ vers l’inconnu, surtout quand une femme en était le moteur. Il fallait que le fils restât auprès d’elle, jusqu’au bout du chemin, pieds et poings liés, esclave de la substance maternelle. Le fils unique a fini par désobéir. Il a largué les amarres. Il a exercé mille métiers, a rencontré des personnalités exceptionnelles, comme Vladimir Jankélévitch – portrait émouvant de celui qui fut son professeur de philosophie en maîtrise à la Sorbonne. Sa mère aussi, elle appréciait le penseur. Il n’avait qu’un seul défaut à ses yeux : il était juif. Bruckner rappelle au passage que Jankélévitch fustigea les « intellectuels planqués » pendant l’Occupation, qui publièrent leurs livres chez Gallimard. Il visait Camus, Sartre et Beauvoir qui avaient, selon lui, « usurpé un statut de résistant, sans jamais prendre une arme ou le moindre risque. »

Secret de famille

Revenons à la mère. Le livre se transforme en enquête, et patatras, le dernier chapitre est un réquisitoire. La honte recouvre alors le portrait. M. est partie travailler volontairement à Berlin, chez Siemens, en juin 1942. C’est là qu’elle a rencontré son futur mari, lui aussi engagé volontaire dans la firme allemande. Bruckner rappelle ce point important: « Des usines furent installées à Ravensbrück, Auschwitz, Dachau et utilisèrent des déportés, 80 000 environ, qui travaillaient gratuitement. » Peut-être sa soumission trouve-t-elle son origine dans « cette souillure ». M. n’en a jamais parlé à son fils. L’écrivain a fini par le savoir. Il le révèle dans De mère inconnue. Fallait-il le faire ? Bruckner : « Tout enfant devrait pouvoir réparer les fourvoiements de ses parents : même vieilli, il devrait agir en juge de paix apte à recoudre les déchirures familiales. » Le conditionnel est hélas de mise.

Le fils, après treize mois d’écriture, a fait un cauchemar. M. lui a murmuré que son portrait était trop noir. Il croit l’entendre lui dire : « Ne cède pas à l’arrogance du survivant. »

Méfions-nous, oui, des écrivains.

Pascal Bruckner, De mère inconnue, Grasset. 272 pages

De mère inconnue

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Terrorisme: le 22 mars 2016 belge, miroir du 13 novembre français

Dix ans après l’attentat le plus meurtrier du royaume, la Belgique reste une plaque tournante de l’islamisme européen, observe Alain Destexhe dans sa chronique hebdomadaire.


Le 22 mars 2016 fut le 13 novembre 2015 des Belges. Ce jour-là, l’État islamique frappait au cœur de l’Europe: 32 morts et plus de 300 blessés dans des attentats suicides à l’aéroport de Zaventem et à la station de métro Maelbeek, à deux pas des institutions européennes.

Des auteurs Belgo-Marocains

Les auteurs de ce carnage étaient des Belgo‑Marocains de seconde génération: Ibrahim El Bakraoui, Khalid El Bakraoui et Najim Laachraoui. Ils avaient grandi dans les quartiers nord de Bruxelles – Molenbeek, Schaerbeek, Anderlecht – ces zones où l’État belge avait laissé prospérer l’islamisme pendant deux décennies, au nom du multiculturalisme et du « vivre ensemble ». Ceux qui osaient dénoncer l’échec de ce modèle étaient taxés de xénophobie ou de racisme, marginalisés dans les médias et au sein des partis politiques.

Des retours de Syrie grâce à Angela Merkel

Radicalisés, certains de ces jeunes avaient rejoint l’État islamique en Syrie et en Irak. Ils étaient revenus en Europe dans le flot du chaos migratoire de 2015, protégés par le nombre et hors des radars policiers. Ce réseau avait déjà commis les attentats de Paris en novembre 2015. La chancelière allemande, en ouvrant unilatéralement les portes de l’Europe, porte une responsabilité écrasante dans ces tragédies. Mais elle n’était pas seule: intellectuels et responsables politiques de tous bords avaient nié ou minimisé la possibilité que des terroristes se mêlent aux migrants. En France, seule Marine Le Pen avait osé alerter – et fut immédiatement diabolisée par le système médiatique.

Le scandale (oublié) d’Oussama Atar

L’un des cerveaux des attentats s’appelait Oussama Atar, un Belgo‑Marocain lui aussi. Parti en Irak soi‑disant pour faire de l’humanitaire, il avait été arrêté par les forces américaines et condamné à dix ans de prison. En Belgique, un comité de soutien – incluant des parlementaires socialistes, écologistes et sociaux-chrétiens, ainsi qu’Amnesty International – s’était mobilisé pour obtenir sa libération.

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Le ministère belge des Affaires étrangères avait joué un rôle déterminant dans ces démarches, avec des engagements de suivi par les services belges après sa libération. Mais, à son retour en Belgique en septembre 2012, Atar obtint  — on se sait trop comment — un passeport, partit en Tunisie, puis rejoignit l’État islamique où il fut une des têtes pensantes des attentats de Paris et de Bruxelles.

Plusieurs partis, de la majorité comme de l’opposition, étant impliqués dans ce dossier, il n’a jamais été question d’une enquête parlementaire trop poussée. Pourtant, il s’agit de l’un des plus grands scandales politiques belges des dernières décennies.

L’islamisme est infiltré au sein de l’État belge

Dans le comité de soutien figurait Jamal Ikazban, député bruxellois PS à l’époque, qui avait publiquement traité le spécialiste du terrorisme Claude Moniquet d’« ordure sioniste » et fait le signe de ralliement des Frères musulmans. Soupçonné d’appartenir à ces réseaux, Ikazban a pourtant été promu récemment, en février 2026, président du groupe socialiste au Parlement bruxellois. Il succède à Ahmed Laaouej, autre figure forte du PS bruxellois, devenu le numéro 2 du gouvernement bruxellois. L’homme politique a mené les dernières campagnes électorales autour de thèmes destinés à l’électorat musulman: port du voile, abattage rituel et Gaza, un sujet omniprésent.

Dix ans après, la Belgique commémore en grande pompe les attentats du 22 mars, accompagnée des habituelles belles paroles de circonstance. Certes, des attaques de grande ampleur comme celles de 2015‑2016 semblent moins probables.

Cependant, en 2023, deux supporters suédois ont été assassinés en pleine rue à Bruxelles par un terroriste se revendiquant de l’État islamique. Et le 9 mars de cette année, une bombe a explosé devant la synagogue de Liège.

L’entrisme politique dans un Etat faible

L’islamisme s’est adapté, prenant la forme pernicieuse et « pacifique » de l’entrisme des Frères musulmans dans le but de subvertir les institutions belges et européennes. Ils ont infiltré les partis de gauche, des ONG belges et européennes et l’Université libre de Bruxelles (ULB), devenue un foyer de palestinisme et d’antisémitisme.

L’État belge, morcelé, sans véritable hiérarchie entre les niveaux de pouvoir (communes, régions, communautés linguistiques, pouvoir fédéral) est mal armé pour répondre à cette menace insidieuse. La Belgique reste la plaque tournante de l’islamisme européen. Les Frères musulmans y ont identifié un maillon faible. Bruxelles pourrait bientôt compter une majorité de musulmans, tout en abritant les institutions européennes qui fixent de plus en plus les règles en matière de liberté d’expression, un point central pour la mouvance frériste qui tente de criminaliser la critique de l’islam.

Commémorer sans agir contre un islamisme qui a changé de visage, c’est trahir la mémoire des victimes. C’est, en réalité, n’avoir rien compris au danger.

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Si « Le Monde » n’existait plus, ce ne serait pas la fin du monde

Le grand quotidien de gauche français s’est encore surpassé le mois dernier. Pour le président d’Avocats sans frontières, l’ancien journal de référence ne mérite plus aucune déférence.


Demain la fin du Monde ? Le 15 février, au lendemain de la mort de Quentin Deranque à Lyon, un article du quotidien affirmait que Némésis, le collectif féministe dont le jeune homme était un sympathisant, était une organisation « d’ultradroite » et que son insistance à voir dans l’immigration une cause majeure des violences faites aux femmes reposait sur un mythe.

Comme si aucun OQTF ne violait de femme de France. Comme si Cologne était une légende aqueuse. Comme si des jeunes filles blanches de la classe ouvrière d’Angleterre n’avaient jamais été violées en masse par des gangs pakistanais.

Je mets au défi les mondologues cultivés et les mondophiles distingués de me trouver un article, un seul, qui critique la Jeune Garde. Un seul qui critique les positions racistes de la député Insoumise Obono, laquelle trouve qu’il y a trop de Blancs à la Fête de L’Huma. Un seul qui fustige son collègue du même parti Bilongo quand il considère les Africains plus intelligents et se félicite qu’ils fassent davantage d’enfants tout en évoquant la « pauvreté intellectuelle » des habitants du nord de la France.

En réalité, le seul aspect qui gêne Le Monde dans la mort de Quentin, c’est qu’elle puisse éclabousser le Parti antisémite ou faire un peu de bien en retour au RN.

A lire aussi, Didier Desrimais: Au nom de l’antifascisme…

Je n’aurai pas assez de cet exemplaire de Causeur en entier pour montrer les efforts remarquables du quotidien autrefois vespéral pour venir en aide au Hamas, dont pendant deux ans il a diffusé chaque jour les bilans victimaires de sa « Défense civile » sans le dire. Benjamin Barthe, responsable Moyen-Orient de l’organe, a brossé un portrait très flatteur de Rima Hassan, et son épouse Muzna Shihabi de Free Palestine a recommandé l’âme du chef du Hamas à Allah, lorsque celui-ci a été ravi à sa douce affection.

Je considère que les murs de la citadelle ont commencé à s’effondrer lorsque Eugénie Bastié du Figaro a révélé l’existence d’un « Mur de Gaza » révéré et orné de marques de soutien au beau milieu de la salle de rédaction1. Ce n’était pas seulement ce qu’Eugénie révélait, c’était aussi, c’était surtout que Bastié puisse s’autoriser à l’écrire qui montrait que l’ancien journal de référence ne méritait plus aucune déférence.

C’est aussi qu’il ne fait plus peur. Il y a vingt ans, une ligne contre moi m’aurait empêché de dormir. Il y a dix ans, cent lignes contre moi m’auraient légèrement gâché l’appétit. Il y a dix jours, lorsque la responsable média, dans le cadre du 102e article venimeux consacré à CNews, m’a estimé « proche de l’extrême droite », je n’ai pu réprimer un sourire…

Le 17 février, Gilles Paris a publié une longue et élogieuse nécrologie du sénateur afro-américain Jesse Jackson. Son titre dit tout : « Mort d’une icône de l’antiracisme ». Paris, homme du Monde, a oublié un rien, un point de détail, une paille: la vie politique de « l’icône » de sa dévotion a été émaillée de multiples déclarations antisémites pour lesquelles il a été obligé chaque fois de faire amende peu honorable.

Échantillons: nommer New York « Hymie town », soit en français « Youpinville » ; se féliciter de l’élection de Barack Obama pour « mettre fin à la domination des sionistes » ; ou encore faire alliance avec l’islamiste afro-américain Louis Farrakhan, grand admirateur d’Adolf Hitler. Selon que vous serez noir ou blanc, les jugements du Monde vous rendront blanc ou noir.

Si Le Monde n’existait plus, ce ne serait pas la fin du monde.


Vol au-dessus d'un nid de cocus

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  1. https://www.causeur.fr/jai-vu-la-fin-du-monde-goldnadel-298679 ↩

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March 20, 2026

Chuck Norris: qui pourra (maintenant) sauver le monde?

Avec la disparition de l’acteur et karatéka à l’âge de 86 ans, figure viriliste, parangon de la baston affirmée, le manichéisme ceinture noire d’une Amérique triomphante vient de subir sa plus grande défaite idéologique. À défaut de rétablir la paix dans le monde, il aura au moins sauvé le petit écran et fait sourire…


La France a peur. Le monde occidental tremble sur ses bases. Qui pour nous protéger dorénavant ? Qui pour monter la garde face aux menaces en tout genre ? Qui pour mater cet adversaire invisible, le croquemitaine qui vient perturber la quiétude des honnêtes gens le soir quand la ville dort ? Qui pour combler les après-midis soporifiques de la télévision et y injecter un peu de baston au lieu du tripatouillage électoral dominical ? On l’attendait dans notre canapé.

Un p’tit gars de la campagne

Comme un messie blond à moustache, chapeauté, les yeux fixes, la mâchoire immobile, banal donc dangereux, il ne correspondait à aucun héros d’alors. Il n’était pas moderne, plutôt rustique d’apparence, s’habillant comme un Américain moyen ; il ne roulait pas en Ferrari comme Magnum ou dans un Van made in USA comme l’Agence tous risques, ce gars-là était d’ailleurs.

A ne pas manquer: Alerte jaune sur Paris: elle leur casse les codes!

D’une ruralité exogène. D’une société antique où le coup de tête est toujours la solution comme le professait Joss Beaumont dans Le Professionnel. On était partagés entre la farce du personnage, sa sobriété bestiale au second degré et le plaisir de voir les bons, les petits, les « sans-grade », les « sans-dent » triompher à la fin. Son minimalisme brutal et décomplexé était l’existentialisme d’un Occident à bout de souffle. Le dernier sursaut des invisibles. À cette époque-là, on n’analysait pas politiquement la démarche de Chuck. On se foutait de savoir pour qui il roulait. S’il était la vitrine paysanne de l’impérialisme yankee ou le puncheur de l’audimat. S’il était encarté ou déshumanisé. On observait sa technique de frappe comme naguère David Carradine nous apprenait à canaliser notre force intérieure. Chuck, c’était à la fois Popeye, Rambo et Dolly Parton. Du karaté, de la Country et un long pick-up de 6,9 litres de cylindrée consommant comme un supertanker dans le port de Rotterdam.

The mentalist

Certains week-ends, entraînés par la puissance de conviction de Chuck, son mentalisme ferrailleur, on tentait quelques sauts périlleux entre la table de la salle à manger et le buffet de grand-mère. Des acrobaties qui finissaient mal en général. Une année, un vase de Gien, de collection, on me le précisa longtemps, ne résista pas à cet assaut tout comme la cheville du jeune intrépide que j’étais. Chuck nous autorisait à être jeune et con. Avec lui, la bagarre était la seule et unique résolution. Chuck maître en coups de pied fouettés, de face ou latéraux, n’était pas un diplomate, un conciliateur, un intercesseur entre le mal et le bien, il était le bras armé d’une justice immanente, caricaturale, sommaire, comique et sacrément reposante. Il garantissait la paix sociale sans demander l’avis à une convention citoyenne ou à une commission mixte paritaire. Ah si la vie avait pu se résumer à l’efficacité physique de ce Walker Texas Ranger, les municipalités auraient été plus sûres. Certains rêvaient de remplacer Marianne par un buste de Chuck. Avec ce gars né dans l’Oklahoma, l’équivalent de la Beauce, la vidéosurveillance était facultative, les forces de l’ordre accessoires et les Centaure pouvaient rester au garage. Avec un Chuck populiste assumé, les problèmes liés au narcotrafic et à l’insécurité étaient réglés en 50 minutes chrono.

A lire aussi, du même auteur: Joue-la comme Vilas!

La légende voulait que même le diable en personne changeait de trottoir quand il croisait Chuck. Que soutenir son regard vous damnait pour plusieurs générations. Et que le soleil lui demandait la permission de se lever chaque matin, par peur de son courroux.

Ce soir, au grand désespoir de nos parents qui nous ont payé de longues et coûteuses études, par sa simplicité biblique et son humour de garnison, Chuck aura un peu façonné notre vision de la loi du Talion et il nous amusa beaucoup. Chuck, c’était aussi la mythologie d’Hollywood, l’un des porteurs du cercueil de Bruce Lee avec, entre autres, James Coburn et Steve McQueen. Ce gars-là était terrible !

Les tendresses de Zanzibar

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Des débats, mais vers le haut?

A Paris, Rachida Dati et Emmanuel Grégoire ont finalement accepté de débattre à la télévision dans l’entre deux tours. Si les journalistes de BFMTV nous ont présenté leur émission de mercredi comme un évènement extra et susceptible de rebattre les cartes, le citoyen passionné de politique est toujours déçu par ce genre de débats. Quant au citoyen que la politique n’intéresse que de loin, il verra bien dimanche ce qu’il décide de faire…


Pourquoi les citoyens passionnés de politique sont-ils, en général, déçus par les débats médiatiques ? En effet, je n’ai jamais entendu, dans mon environnement, qui que ce soit se féliciter d’une confrontation télévisuelle ou radiophonique après avoir écouté des responsables politiques de tous partis. La plupart du temps, on a droit à cette banalité: c’était nettement mieux avant ; les hommes et les femmes politiques avaient une autre allure, une autre culture et de la courtoisie. C’est sans doute vrai, même si, par contraste, on surestime la qualité d’hier. Pour ma part, je récuse ce pessimisme global qui voudrait, en permanence, nous faire tomber dans la dérision ou, pire, dans l’opprobre face à n’importe quelle joute médiatique, qu’elle soit bien ou mal maîtrisée par les journalistes qui la dirigent ou l’animent. Il me semble, au contraire, qu’on apprend toujours quelque chose d’un débat. Prenons l’exemple de celui, sur BFM TV, ayant opposé les trois candidats à la mairie de Paris pour l’élection du 22 mars. Je pourrais aisément généraliser, tant on retrouve souvent des frustrations et une aigreur identiques. Si le fond est rarement développé, d’autres leçons sont données aux citoyens. Certes, lorsque ceux-ci attendent de la précision, des détails sur les projets, ils sont fréquemment dans une vaine attente, parce qu’il est rare, dans une émission politique, de trouver satisfaction sur ce plan. D’abord parce que les journalistes ne posent pas forcément les bonnes questions ou que celles-ci sont trop longues – ils n’ont pas tous le même talent que Caroline Roux dans ce registre ! — , ensuite parce que les candidats préfèrent trop souvent se réfugier dans les banalités plutôt que d’affronter l’exposé précis de leur programme. À la suite de n’importe quelle confrontation – et, en ce sens, tous les débats nous élèvent -, on en apprend beaucoup sur le candidat ou la candidate, et sur les candidats entre eux, par une appréhension à la fois singulière et collective. La psychologie, le caractère, le tempérament, l’écoute, la politesse, la maîtrise de la parole, la capacité à laisser une place au contradicteur, une forme de respect pour ce qu’il y a de démocratique dans l’exercice constituent un formidable vivier où chaque citoyen peut puiser, au-delà de ses propres convictions, de quoi se faire une idée éclairée de celui ou celle qui le représentera s’il est élu. J’admets qu’on puisse se tromper dans cette vie prise de plein fouet, qui nous donne à voir, médiatiquement, ce qu’elle est : sa surface, ses ombres possibles, ses lumières indiscutables, son identité. Cette vision, d’une richesse inouïe, permet non pas de négliger le fond, mais de le mesurer – s’il a pu, ne serait-ce qu’un peu, être exprimé – à l’aune de l’être qui nous sollicite et cherche à nous convaincre qu’il est, de toute façon, le meilleur.

A lire aussi: Nantes: la gauche panique

Pour la mairie de Paris comme pour la future élection présidentielle, on en sait déjà long : en 2027, on ne sera pas à court de jugements ! Il faut avoir la passion d’écouter, de comprendre, avant de stigmatiser par principe.

Le citoyen, lui aussi, doit être à la hauteur…

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Le rayonnement par la main

La France rayonne encore à travers le monde dans un domaine: l’artisanat d’art. Des talents d’exception sont repérés chaque année mais peinent parfois à se faire connaître. La fondation Bettencourt-Schueller les accompagne donc de la création à la promotion.


Les caisses de l’État sont vides. Malgré cela, le budget alloué à la Culture continue d’alimenter à coups de milliards d’euros les DRAC et les FRAC pour que ces institutions hors sol poursuivent leur politique d’acquisition d’œuvres contemporaines (le plus souvent des installations militantes promouvant l’indigénisme, l’éco-déclinisme, le décolonialisme et autres joyeusetés d’un wokisme crasse). Peu de différences dans le discours des cheveux bleus de Berlin à Barcelone en passant par Paris.

Un patrimoine vivant

Il demeure cependant une exception française, un domaine où, depuis Colbert, la France occupe la première place: les métiers d’art. On en recense plus de 280 différents. Doreurs, ébénistes, marqueteurs, orfèvres, brodeurs, plumassiers, céramistes, souffleurs de verres… Ces artisanats de pointe, à la croisée de l’art, de la tradition, de la technique et de la création pure, ont vu progressivement leur prestige pâlir depuis le règne de Louis XIV: le travail de la main aurait quelque-chose de dégradant. Mais ces dernières années, le regard porté sur ces métiers a changé, jusqu’à ce qu’on les considère, à juste titre, comme un pan à part entière de notre patrimoine. Un patrimoine bien vivant qu’il est nécessaire de défendre et de promouvoir.

Côté politique, c’est en 2018 que le regard a commencé à changer, lorsque l’Éducation nationale a amorcé la promotion de la voie professionnelle. Et en 2022, le ministère a mis en avant la « voie pro » comme étant « au cœur des métiers d’avenir ». Il est encore trop tôt pour en tirer quelque résultat.

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Dès 1999 pourtant, la fondation Bettencourt-Schueller a créé le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main afin de soutenir publiquement l’artisanat d’art. L’héritière de L’Oréal était consciente qu’il contribuait au rayonnement de la France et qu’il était impérieux de l’encourager. Prix, bourses et médiatisation de cet engagement ont contribué au changement de mentalités dans le monde culturel et du grand public. Aujourd’hui à la tête de la fondation, sa fille, Françoise Bettencourt Meyers, poursuit cette action philanthropique en faveur de l’excellence française. Tout en poursuivant des partenariats avec différentes écoles, elle amplifie son mécénat là où l’État brille par ses réductions de budgets. Trois institutions sont ainsi mises à l’honneur: la Villa Kujoyama, à Kyoto ; la Villa Albertine, à New York ; la Villa Médicis, à Rome.

9.5 millions d’investissements dans les cinq ans

La première est soutenue par la fondation depuis 2014 et les deux autres depuis les années 2020. Mais pour chacune d’elles, des projets spécifiques ont été développés afin de faire de ces vitrines du savoir-faire français l’écosystème d’un « mécénat global ». Ainsi, au Japon, sont privilégiées l’interdisciplinarité et l’innovation. Aux États-Unis, outre leur immersion dans l’univers culturel, les créateurs sont accompagnés sur le marché de l’art et du design – pragmatisme du monde de l’entreprise : un artiste doit savoir (se) vendre ! Et en Italie, où siège la plus ancienne et prestigieuse résidence d’artistes français à l’étranger, sont valorisées la création et l’excellence de l’architecture d’intérieur à travers le réaménagement de six nouvelles chambres historiques de la villa et neuf pavillons Carlu – les pavillons des pensionnaires dans le jardin.

La fondation Bettencourt-Schueller prévoit d’investir ces cinq prochaines années 9,5 millions d’euros pour ces trois villas, de quoi soutenir quelque soixante-cinq résidences de métiers d’art et de design et d’accompagner environ cent-vingt projets post-résidence. Pour autant, la fondation n’intervient pas dans la sélection des artistes qui bénéficient de son mécénat. Quelques figures du monde artistique seraient bien inspirées d’adopter une telle discrétion et humilité.

Projet Studiolo par Léa Padovani et Sébastien Kieffer avec Atelier Veneer (Romain Boulais et Félix Levêque) © Danièle Molajoli

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Léon XIV: Il faut davantage de responsabilité écologique pour un avenir meilleur

«Poursuivre l’œuvre de solidarité et de sensibilisation à la sauvegarde de la création, à travers des projets visant à rechercher un développement durable». Tel est l’appel lancé par le Pape aux participants du XVIIe Forum international de Greenaccord sur le thème «Building Future Together – Une humanité nouvelle assoiffée d’avenir», qui se tient ces jours-ci à Trévise.

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Nantes: la gauche panique

A Nantes, l’accord de la honte entre la maire PS et LFI se retourne contre Johanna Rolland, maire de la ville et N°2 du PS.


Au premier tour du 15 mars, Johanna Rolland est arrivée en tête avec 35% des voix, talonnée de près par Foulques Chombart de Lauwe avec près de 34 %. Un coup de tonnerre pour Nantes, bastion PS depuis 1989, transformé en QG antifa depuis Notre-Dame-des-Landes, qui en dit long sur le ras-le-bol de ses habitants. William Aucant, candidat LFI, obtenait 11% des suffrages, se positionnant en faiseur de roi. La semaine de campagne du 2eme tour qui s’achève a été marquée par la panique d’une majorité municipale à bout de souffle.

Dès le mardi 17 mars, Johanna Rolland déposait sa nouvelle liste pour le second tour, accordant dix places aux candidats de LFI. Une « fusion démocratique », dit-elle. Un pacte avec le diable, répondirent ses alliés démocrates. Car Johanna Rolland avait pourtant déclaré maintes fois qu’elle ne s’allierait jamais avec LFI. Foulques Chombart de Lauwe le martèle sans détour : « Madame Rolland avait promis pour le premier tour qu’elle ne s’allierait pas avec LFI, encore une fois elle rompt ses promesses, c’est un scandale démocratique. » Pour le candidat de la droite et du centre, Johanna Rolland « a décidé de s’allier avec un parti qui incarne le pire extrémisme français aujourd’hui, c’est-à-dire l’antisémitisme éhonté, la haine antipolice, la violence en politique. » Des mots forts, clairs, qui résonnent bien au-delà des rives de la Loire, jusqu’à Toulouse et celles de la Garonne.

Explosion de la gauche

L’onde de choc fut immédiate dans le camp socialiste lui-même. Bassem Asseh, le premier adjoint de Johanna Rolland, a claqué la porte après l’annonce de cet accord avec LFI. Il a quitté la liste, tout comme les membres du PRG ou de Place Publique. Le silence pesant de l’ancien maire, Jean-Marc Ayrault, figure tutélaire de la gauche nantaise, en dit long sur son embarras. Le silence d’un homme qui sait ce que cette alliance de la honte représente pour l’héritage qu’il a bâti durant des décennies.

A relire, Ivan Rioufol: Que vaut la parole d’un socialiste?

Le coup du « front antifasciste » contre le candidat de la droite et le centre

Le candidat LFI William Aucant avait appelé dès le soir du premier tour à « faire barrage » à l’extrême droite et à constituer un « front antifasciste ». La formule est grotesque. Face aux Insoumis se trouve non pas une liste d’extrémistes, mais un rassemblement de la droite républicaine et du centre (LR, Renaissance, Nouvelle Energie, Horizons, MoDem) conduit par un homme modéré, dont le parcours est une leçon de sérieux et d’engagement au service de l’intérêt général.

Foulques Chombart a en effet réuni autour de lui une grande partie des forces du centre, sa numéro deux n’étant autre que Sarah El Haïry, figure du parti de François Bayrou, ancienne ministre et actuelle haut-commissaire à l’Enfance. Tenter de la faire passer pour une « extrémiste » auprès des Nantais en dit long sur le niveau de panique de Johanna Rolland et ses alliés antisémites… Quant à Foulques Chombart lui-même, il a longtemps œuvré à l’Agence française de développement, consacrant sa carrière à des missions d’intérêt général, bien loin des caricatures que ses adversaires tentent de lui coller. Un homme de terrain, méthodique, qui a surpris tout le monde en remportant la primaire LR locale avant de rassembler un arc allant bien au-delà de son camp naturel.

Nantes est tenu par la gauche depuis 1989. Trente-sept années de pouvoir socialiste ininterrompu. Pour quel bilan ? La ville qui trônait jadis sur le podium des « communes où il fait bon vivre » a dégringolé au fond du classement. Malgré l’insécurité qui règne à Nantes, Johanna Rolland refuse d’armer la police municipale et d’investir dans les caméras de surveillance. La dette est en forte hausse (+56% par habitant à l’échelle métropolitaine), la pression fiscale est élevée, et la ville compte un record de défaillances d’entreprises. La ville de Nantes est sale, dégradée, la politique anti-bagnole et les travaux sans fins pénalisent le commerce, et l’actualité récente a montré le coût de l’inaction face aux inondations récurrentes du périphérique. Sur le plan politique, Johanna Rolland coche toutes les cases du bingo pseudo-progressiste: drapeau palestinien au fronton de la mairie, soutien à des associations antiflic, communautarisme à gogo, et wokisme culturel à temps plein. Le prix de l’immobilier est à la baisse, et les commerçants du centre-ville aux abois. Dans les milieux économiques, l’inquiétude est palpable. Les chefs d’entreprise nantais, d’ordinaire discrets, confient publiquement et par centaines leurs craintes face à la perspective de voir LFI peser sur les décisions municipales. Globalement, le fiasco est tel que de nombreux Nantais fuient la ville pour s’installer à Angers, ville nettement plus sûre. Le maire d’Angers, Guillaume Béchu, surfe d’ailleurs sur le déclin de Nantes pour sa propre campagne électorale : « Il y a un choix simple entre ceux qui veulent qu’Angers reste Angers avec moi, et ceux à gauche qui veulent qu’Angers devienne Nantes ».

A quelques heures du scrutin qui pourrait libérer Nantes de la gauche radicale, l’ambiance est tendue. Le « front antifasciste », terrifié par la perspective de la défaite, fait ce qu’il sait faire de mieux: pratiquer l’intimidation physique et verbale. Le QG de campagne du candidat de la droite et du centre a été vandalisé. Ses militants, victimes de menaces par un groupe d’antifas, ont dû se résoudre à appeler la police… Les Nantais, habitués au saccage régulier de la ville par la gauche radicale, pousseront-ils le masochisme jusqu’à donner les clés de la mairie à l’union du chaos formée par Johanna Rolland et ses alliés LFI ? Réponse dimanche.

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Protection des mineurs, renforcer l’implication des victimes

Lors de sa session plénière de printemps, qui s’est tenue du 16 au 20 mars au Vatican, la Commission pontificale a réaffirmé son engagement à écouter les survivants dans le cadre des mesures de protection contre les abus, à présenter les lignes directrices universelles au Pape d’ici la fin de l’année et à renforcer la collaboration à tous les niveaux de l’Église.

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Chalon-sur-Saône: la République se vit à tête découverte

La France Insoumise: la route de la servitude? La tentative avortée des élus de LFI d’imposer le port du voile au conseil municipal de Chalon-sur-Saône (71) est la poursuite folle de son projet total et mortifère de création d’une «nouvelle France».


En 1721, Montesquieu publie Les Lettres persanes, roman épistolaire dans lequel deux Persans, Usbek et Rica, décident d’entreprendre un long voyage à Paris.

Objet de toutes les curiosités dans la capitale, Usbek écrit: « Je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d’une grande ville où je n’étais point connu. Cela me fait résoudre à quitter l’habit persan, et à en endosser un à l’européenne, pour voir s’il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d’admirable (…). Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste ». Trois siècles plus tard, Lamia Sabrina Sari et Damien Saley, deux élus LFI, ont tenté d’imposer le port du voile au sein du conseil municipal de Chalon-sur-Saône ; trois siècles plus tard, ce n’est plus aux étrangers de s’assimiler aux Français, mais aux Français de s’assimiler aux étrangers.

Déjà en 1900, le maire du Kremlin-Bicêtre (94), Eugène Thomas, interdisait le port de la soutane sur tout le territoire de la commune « considérant que le costume spécial dont s’affublent les religieux peut favoriser leur autorité sur une certaine partie de la société ». Cinq ans plus tard, lors des débats de la loi sur la laïcité, un député radical-socialiste, Charles Chabert, posa un amendement afin que le port de la soutane soit interdit pour éviter les troubles à l’ordre public. Mais Aristide Briand, le rapporteur de la loi, rétorqua qu’il serait « ridicule » et « intolérant » que de vouloir interdire le port de la soutane dans un pays désirant instaurer « un régime de liberté au point de vue confessionnel (…) La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme un autre, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non, c’est la seule solution qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation. »

Le paradoxe individuel

En agissant ainsi, Aristide Briand fut-il le cheval de Troie des futurs assaillants de la France Insoumise ? Il instaura en fait un régime libéral confessionnel : « Le principe de la liberté de conscience et du libre exercice du culte domine toute la loi ». Le ver est dans la pomme. Aujourd’hui, la France Insoumise n’hésite pas à considérer comme une « police du vêtement » toute interdiction du port du voile au nom de la laïcité ! Cependant, c’est jouer sur les mots et c’est mélanger abusivement les contextes historiques.

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L’interdiction du port du voile relève d’un tout autre contexte que celui de la soutane. Il ne s’agit plus de la même religion, plus de la même réalité socio-culturelle. Il s’agit aujourd’hui de communautés étrangères entières qui importent avec elles en France une autre culture, d’autres mœurs, d’autres façons de vivre et d’autres manières d’être. Car « toutes les générations mortes pèsent comme un fantôme sur le cerveau des vivants », déclarait déjà Karl Marx dans son ouvrage Le 18 brumaire de Louis Bonaparte. Au nom de l’individu libéral, chacun semble libre de porter le « vêtement » qu’il désire. Bref, « Venez comme vous êtes », déclare LFI, reprenant à son compte le slogan de la chaîne de restauration rapide McDonald’s. « En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de famille aujourd’hui, il n’y a plus que des individus », avertissait Balzac dans son roman Mémoires de deux jeunes mariées. Atomisant la société, séparant les êtres, multipliant les liens contractuels et marchands, l’héritage révolutionnaire français pousse aussi à l’individualisation et à la dissolution du tissu social.

Le poison de la gauche

LFI s’assoit alors à la table d’une autre civilisation, l’islam, en utilisant les paradoxes de l’individu occidental pour recréer une nouvelle histoire mémorielle, une nouvelle France. Elle invente une France qui n’a jamais existé, de la même manière que les bolcheviks inventèrent le prolétariat en Russie pour faire advenir leur idéologie communiste. LFI tente la synthèse improbable de deux histoires : l’histoire occidentale, marquée par l’invention de l’individu, mêlée à celle de l’assujettissement et de la soumission orientale. Elle se sert alors du bélier individualiste pour enfoncer les remparts de la citadelle française et la soumettre aux volontés de l’islam. Au nom de l’individu, le port du voile est légitime ; au nom de la liberté, l’islam a tous les droits en France. Il est ainsi urgent pour ne pas dire vital que la société française s’interroge sur ses propres présupposés, sur les dangers individualistes des droits de l’Homme qui ne sont rien d’autre que « l’homme séparé de l’homme et de sa communauté » (Marx). En couronnant les « robinsonades libérales » (Marx) d’un homme hors-sol, d’un homme en soi, d’un Français séparé des autres Français par le droit et le marché, la France Insoumise a élargi les sillons du libéralisme français. Cette maladie de l’individu singulier singularisé, sans lien ni histoire, n’est rien d’autre que la volonté de réécrire tout son passé, de refonder ses origines par une ablation de pans entiers de la mémoire collective au seul profit d’un homme liquide et infiniment recomposable. Or si « notre héritage n’est précédé d’aucun testament » selon les mots du poète René Char, nous aboutissons à « la pointe avancée de l’être individuel » pour reprendre les mots du romancier Michel Houellebecq dans sa chanson L’ultime archipel.

Nihilisme

La France Insoumise sacrifie alors la France au règne d’une abstraction religieuse: celle de son humanisme intégral et hors-sol. Elle se sert de l’idée d’universalisme créée par la France et pour la puissance de la France pour la retourner contre les Français. Nietzsche, dans son ouvrage L’Antéchrist, était sans ambages : « Un peuple périt quand il confond son devoir avec l’idée du devoir en général ». Aujourd’hui, les instincts de tous les élus de la France Insoumise désirent une France abstraite ; une France qui poursuit une destinée malade ; une France qui s’auto-détruit dans la détestation morale et la fragilisation de ses instincts par honte d’être soi, par culpabilité d’être simplement français. La France Insoumise, c’est la France qui voit dans l’étranger le salut de l’idée de la France au lieu de voir dans son propre peuple la grandeur de son pays. La France Insoumise n’aime pas les Français ; elle n’aime pas la réalité française ; elle est animée d’un ressentiment contre tout ce qui est concrètement français. Pour la France Insoumise, la France n’est qu’une Idée. La question effrayante demeure de savoir jusqu’à quel point ce bacille nihiliste a pénétré les corps et les chairs chez ceux mêmes qui prétendent le combattre.

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Combien de «tout blancs tout moches» pour parrainer Mélenchon en 2027?

A la tribune mercredi soir, le leader de LFI s’est amusé devant ses soutiens des polémiques qu’il suscite dans le pays avec ses allusions répétées à la « Nouvelle France », aux « racisés » ou à la créolisation. « Vous avez vu les histoires que je me suis faites avec des réacs en leur disant Ah ben oui, la basilique Saint-Denis, pas moyen de la faire si vous n’aviez pas demandé aux musulmans comment on fait. Ils se sont tous mis à hurler » a-t-il notamment avancé. « Ils ont le front de venir me dire que c’est les Goths qui ont inventé les arcs brisés. Ça ne va pas, les Goths ils étaient juste capables de briser les arcs et c’est tout. (…) Il a bien fallu un jour qu’un, ou une, se mette debout sur ses pattes, à l’autre bout du continent africain, pour qu’à la fin, ici, vous soyez en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes. »


Pour que sa candidature à l’élection présidentielle soit dûment validée, M. Mélenchon, comme tous les autres candidats, devra être en mesure de se prévaloir du parrainage de cinq-cents élus. Telle est la loi adoptée en 1962, visant à éviter – ou tout au moins limiter – les candidatures trop manifestement fantaisistes.

Selon cette loi, sont habilités à parrainer un candidat un certain nombre d’élus dont les députés, les sénateurs, les maires, les présidents des communautés urbaines, d’agglomération, de communautés de communes, etc…

Nous ne nous abaisserons pas ici à faire le décompte de la proportion parmi eux des « tout blancs, tout moches » et de ceux qui, selon la doctrine mélenchonienne pourraient être classés dans la catégorie toute nouvelle des « tout beaux parce que pas tout blancs ».

S’en trouvera-t-il cinq cents, de ces « tout moches », le moment venu pour oublier et glisser sous le tapis l’avalanche de monstruosités, de mensonges, d’injures, de menaces proférés par le potentiel candidat Mélenchon ces derniers mois, ces dernières années, et, toute honte bue, toute dignité balancée à la poubelle, lui apporter leur soutien ?

A lire aussi, du même auteur: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Soutiens qui, convient-il de rappeler, obéissent à certaines règles. Ils doivent émaner d’élus d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer différents, sans que leur nombre dépasse 10% (soit 50 parrainages) pour un même département ou une même collectivité. De plus, chaque élu ne peut parrainer qu’un seul candidat, et son choix est irrévocable. Non seulement irrévocable mais rendu public. Autrement dit, l’élu soutenant, par exemple M. Mélenchon, aura à assumer ce choix devant ses électeurs, auprès des citoyens. Cela non seulement au moment des élections, mais fort longtemps après. Les soutiens sont rendus publics au fur et à mesure de la réception des parrainages et la liste définitive de ces parrainages – avec nom, prénom et qualité des élus –  est publiée dans son intégralité huit jours au moins avant le premier tour du scrutin sur le site du Conseil constitutionnel et au Journal officiel.

Sauf à imaginer que M. Mélenchon puisse obtenir le parrainage de cinq-cents élus créolisés – son rêve éveillé, il est vrai – il lui faudra bien se résigner à aller séduire une bonne palanquée de « tout Blancs, tout moches ».

Et c’est alors que le pays, les citoyens, les électeurs, auront la joie sans pareille de débusquer qui, parmi leurs élus, est soumis à l’Insoumis en chef au point d’accepter de s’abaisser à faire fi des crachats, des insultes reçus, des ignominies et mensonges proférés, comme on l’a constaté encore récemment lors du lynchage du jeune Quentin Deranque.

Non seulement en faire fi, mais, à la vérité, en redemander.

Aussi, se prend-on à espérer quelque chose comme une conjuration des cinq-cents, une fronde, un front du refus. Refus du parrainage anti-blanc, anti-civilisation française, anti-France pour tout dire. Voilà qui constituerait, selon moi, ce qu’on pourrait qualifier à juste titre d’acte de résistance. Pour de bon.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Guerre en Iran: prendre notre part

Depuis que les Iraniens ont entamé une stratégie de généralisation du conflit pour contraindre les Etats-Unis à cesser les combats sous la pression des pétromonarchies effrayées par le désordre économique, la nouvelle guerre du Golfe prend une perspective mondiale.


Certains commentateurs (notamment dans la diplomatie française) reprochent aux Etats-Unis d’avoir entrepris cette guerre comme ils le leur avaient reproché à juste titre en 2003 lors de l’invasion de l’Irak. Comparaison n’est pas raison. En 2003 l’Irak n’avait attaqué ni ne menaçait personne et les preuves apportées par les Américains étaient falsifiées. Dans le cas présent, les preuves de la nocivité de l’Iran et de son bellicisme sont innombrables. L’Iran attaque Israël depuis 20 ans directement ou indirectement via ses alliés du Hezbollah , du Hamas, de la Syrie ou des Houtis. Il attaque aujourd’hui les Emirats. Il est à cet égard très étrange de voir la diplomatie française traditionnellement pro-arabe adopter une attitude de conciliation avec l’Iran alors que ses alliés arabes sont attaqués !

Gare aux téméraires

Qu’on soit pour ou contre Trump n’y change rien. Que les Etats-Unis aient eu tort ou pas d’engager cette guerre n’y change rien non plus. Le fait est qu’elle est là et qu’elle révèle à son paroxysme que l’Iran est un danger immense pour la stabilité du Moyen Orient et même pour la paix du monde.

Car c’est bien d’elle qu’il s’agit désormais, qu’on le veuille ou non. Si le pire devait arriver, c’est à dire si les Etats-Unis devaient se retirer sur une victoire à la Pyrrhus, c’est à dire en prétendant avoir détruit le potentiel militaire iranien mais laissé le régime en place bloquer le détroit d’Ormuz, alors les ennemis de l’Occident y verraient un point de faiblesse tragique pour les Américains et encore plus pour l’Europe qui n’aurait même pas tenté d’intervenir pour sauvegarder ses intérêts. L’Iran détiendrait la clé de la circulation dans le détroit d’Ormuz (et sans doute aussi dans celui de Bab el Mandeb via la menace Houti) et s’installerait comme la puissance dominante de la région. Il deviendrait même le porte-drapeau du « Sud global » qui prend sa revanche sur l’Occident.

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Le renoncement à contraindre l’Iran à la reddition serait une catastrophe géostratégique. Il n’est même pas question ici de parler, dans une optique néo-conservatrice – qui n’est pas du tout la mienne – du renoncement à la libération du peuple iranien qui resterait sous les joug des mollahs, ni des droits de l’homme, mais plus égoïstement et plus gravement de la paix mondiale. Car cet aveu de faiblesse de la part de l’Occident serait très sérieusement interprété par la Chine et par la Russie comme un permis de faire ce qu’elles veulent. S’emparer de Taïwan et bloquer le détroit de Formose pour la première et envahir les pays baltes pour la seconde. La faiblesse appelle la témérité.

A l’inverse, si les Etats-Unis soumettent l’Iran à la reddition et dans l’idéal abattent son régime théocratique, alors nous prolongeons la paix mondiale de 20 ans. Car ni la Chine, ni la Russie n’oseront s’engager dans des guerres aventureuses qui pourraient déboucher sur une guerre mondiale. Si au contraire nous y renonçons, il faut nous préparer dans trois ans à nous battre en Europe et les Américains dans le Pacifique. Bis repetita placent…

Tenir notre rang

C’est pourquoi la France (et l’Angleterre) qui sont membres fondateurs du Conseil de sécurité doivent prendre leur part du fardeau pour rétablir la libre circulation des détroits. C’est le droit international qui est en jeu ici. Cela tombe bien car nous nous en gargarisons tous les jours. Cela tombe bien aussi parce que nous entretenons à (très) grands frais une escadre aéronavale dont c’est la vocation que de maintenir la libre circulation des mers et la préservation de nos intérêts. A quoi bon dépenser dix millards pour le futur porte-avions « la France libre » si nous claironnons au monde entier que jamais nous ne l’utiliserons ? Le monde qui s’ouvre à nous depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie est celui de la force. Nous pouvons encore y tenir notre rang si nous savons la montrer quand nos intérêts, le droit international et la justice sont en jeu.

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Le Pape Léon XIV reçoit en audience le couple royal d'Espagne

Dans la matinée de ce 20 mars, le Pape a rencontré le roi Felipe VI, accompagné de la reine Letizia d'Espagne. La rencontre a été suivie d'entretiens à la Secrétairerie d'État, au cours desquels il a été question du prochain voyage du Souverain pontife dans la péninsule ibérique, ainsi que de l'importance d'un engagement constant en faveur de la paix.

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Ceama: une Église au visage synodal, amazonien et pluriculturel

La Conférence ecclésiale de l’Amazonie entame une nouvelle phase avec le renouvellement de sa présidence pour la période 2026-2030, consolidant ainsi un cheminement ecclésial synodal où convergent différentes vocations, différents ministères et différentes cultures au service de la vie en Amazonie.

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France, terroir de la Terreur

La Terreur de 1793 a légitimé la violence, jusqu’au crime de masse, pour écraser toute forme d’opposition. Un modèle suivi par toutes les dictatures modernes. Mais cette violence révolutionnaire n’a jamais quitté la vie politique française: elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.


La France, dans son rapport à la violence politique révolutionnaire, se caractérise par deux traits constitutifs instaurés en 1793 par la Terreur : la légitimation par un pouvoir d’une violence politique et criminelle de masse, et partant de ses modalités de mise en œuvre ; et par suite la structuration à titre définitif dans la société française d’un groupe révolutionnaire héritier de la Terreur, dont la permanence, depuis deux siècles, est sans équivalent au monde.

L’Ancien Régime a été abattu par une double révolution. La révolution libérale et bourgeoise de 1789 – qui n’aurait pas eu lieu sans l’apport décisif de la noblesse bleue et du bas clergé –, qui a fait éclater les cadres malthusiens inégalitaires de la société politique et économique d’Ancien Régime ; elle fut principalement tournée contre l’absolutisme royal et les privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé. Cette première révolution s’inscrit dans la continuité de la révolution américaine de 1776, posant les bases du libéralisme économique et politique des Lumières appelé à façonner l’Occident moderne.

Sartre: jamais assez

Puis en 1793-1794, la révolution radicale et autoritaire destinée à combattre les ennemis de la Révolution, à éradiquer les contre-révolutionnaires, et jusqu’aux marques et traces idéologiques et nominales de l’Ancien Régime. Après l’exécution du roi et la mort provoquée de son fils, celle-ci se retourne contre l’Église à laquelle elle entend se substituer en tant qu’instance idéologique suprême. Elle invente pour ce faire la violence d’extrême gauche du parti des coupeurs de têtes. Cent quatre-vingts ans plus tard, le philosophe Jean-Paul Sartre s’est posé en héritier et laudateur de cette Terreur : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas là d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué » (entretien à Actuel en février 1973). La Terreur a fait au minimum de 35 000 à 40 000 morts (J.-C. Martin) sur les échafauds, devant les pelotons d’exécution et dans les prisons du régime, et 170 000 Vendéens de tous âges ont été massacrés sans autre forme de procès (nonobstant Lyonnais et Toulonnais). Ce n’était pas assez pour Sartre.

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De nos jours, les héritiers des coupeurs de têtes ont toujours pignon sur rue dans la scène politique française. Leurs traits saillants n’ont pas changé : la haine politique qui sert de carburant ; la violence verbale, politique et physique qu’elle induit ; et le mensonge, qui sert à occulter les crimes qui en sont le produit. De même qu’il a fallu deux siècles pour que le génocide vendéen soit reconnu du bout des lèvres, il n’est pas recommandé d’enseigner dans les lycées français que Lénine a été « l’inventeur du totalitarisme » – une vérité historique pourtant établie par les historiens –, et il est peu probable que les protecteurs des assassins de Quentin Deranque, le jeune Franco-Péruvien de 23 ans massacré à Lyon le jour de la Saint-Valentin 2026, reconnaissent la nature politique de ce crime avant des décennies.

Avec le recul historique et la longue durée, la culture politique mondiale et française a été puissamment marquée par les héritages révolutionnaires de la Terreur. Il serait faux et mensonger d’imputer toute forme de violence politique à cette tradition révolutionnaire. La pratique de la violence politique n’est hélas l’apanage d’aucune civilisation ni d’aucune époque, seuls ses formes et la fréquence, ou le contexte, de ses usages varient. La nature humaine est portée à une violence atavique et gratuite, que seuls les processus d’éducation et de civilisation des mœurs sont à même de canaliser, de marginaliser, de symboliser, et pour un temps plus ou moins long, d’endiguer. Pour autant, l’irruption de la modernité politique à travers la Révolution française et l’épisode de la Terreur en particulier ont été le support historique de formes inédites de violence politique que le monde n’a cessé d’adopter, de reproduire et de sophistiquer depuis deux siècles.

Marque indélébile

Le plus étonnant est que cette violence meurtrière de masse, quoiqu’elle ait fait vivre la bourgeoisie française dans la peur tout au long du xixe siècle, au point de la pousser à intervalles réguliers à des contre-violences politiques de masse, a gardé jusqu’à nos jours des adeptes et des partisans : tel est le destin du « parti révolutionnaire français », qui se renouvelle de génération en génération, legs de deux siècles et marque indélébile de la culture politique française. Aucun autre pays au monde – surtout en Occident – ne peut se targuer, trente-cinq ans après la chute de l’URSS, de posséder simultanément trois formations trotskystes marxistes-léninistes, un parti communiste et le parti dit « insoumis », d’obédience trotskyste, installé au cœur des institutions républicaines : son programme est non seulement de « bordéliser » la République, mais de créer un climat préinsurrectionnel, avec le soutien de pans entiers des élites bourgeoises, notamment économiques et intellectuelles.

Non seulement le président Macron n’est pas parvenu à résorber cette exception française mais, qu’il l’ait voulu ou non, ses deux quinquennats ont contribué à la conforter.

Revenons aux origines. 1793 et la Terreur ont inventé les formes modernes de la dictature politique, et les moyens d’écraser toutes formes d’opposition : la suspension de la légalité ; le terrorisme (qui a donné son nom au régime) ; la loi des suspects ; le Tribunal révolutionnaire ; la violation des droits politiques des accusés ; l’abolition des droits de la défense dans le procès politique ; la confusion entre droits communs et prisonniers politiques ; l’usage extensif de la guillotine et des exécutions sommaires ; l’élimination physique des ennemis idéologiques par tout moyen (noyades, massacres, extermination, etc.) ; le vote truqué des instances électorales ; le vandalisme et le pillage comme mode de régulation révolutionnaire ; le populicide mis en place en Vendée, que l’on finit par qualifier de génocide au xxe siècle ; le libre cours donné aux pratiques meurtrières les plus barbares et dont la « guerre de Vendée » a été le réceptacle, la déshumanisation de l’ennemi autorisant l’élimination de populations entières hors de toute menace réelle.

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Michel Onfray a utilement rappelé que Jean-Luc Mélenchon, entrant à l’OCI en 1972 – le mouvement trotskyste lambertiste – a choisi pour pseudonyme Antoine Joseph « Santerre », personnage historique de la Terreur et brasseur parisien devenu général révolutionnaire sans talent. Jules Verne le présente ainsi dans un roman historique : « La Convention, effrayée, ordonna de détruire le sol de la Vendée et d’en chasser les “populations”. Le général Santerre demanda des mines pour faire sauter le pays, et des fumées soporifiques pour l’étouffer ; il voulait procéder par l’asphyxie générale. Les Mayençais furent chargés de “créer le désert” décrété par le comité de salut public. » On ne saurait mieux annoncer les techniques d’extermination mises en place par les régimes totalitaires du xxe siècle, qui ne se sont pas privés de puiser dans l’arsenal des tactiques et moyens inventés ou conçus sous la Terreur pour éliminer leurs adversaires et imposer leurs idées par la force.

La Révolution dévorant ses enfants par vagues a fini par engloutir les Montagnards, porteurs de cette violence inouïe dans une société « civilisée », et par susciter la réaction thermidorienne qui a éradiqué le parti robespierriste et sa bande criminelle. L’épisode n’en eut pas moins de telles conséquences qu’il peut être regardé comme une porte d’entrée dans la modernité, que l’on a voulu occulter ou relativiser. La Terreur déconsidère en effet l’entreprise révolutionnaire, et contredit le discours sur le progrès universel et le « sens de l’histoire », mantra du progressisme français. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs…

En marquant profondément le subconscient des élites bourgeoises et politiques françaises du xixe siècle, la Terreur a suscité en retour peur et contre-violence. Rappelons la violence extrême de la répression des épisodes révolutionnaires français de 1830, 1848 et 18711.  En 1912, le roman d’Anatole France, Les dieux ont soif, met en scène le sinistre Évariste Gamelin, juré au Tribunal révolutionnaire, dont le fanatisme au front bas a épouvanté et créé le Parti de l’ordre qu’est devenue la République. Au xxe siècle, les deux guerres mondiales et les guerres coloniales ont certainement permis de mettre au pas, voire d’éliminer de manière plus invisible nombre de militants révolutionnaires.

La tradition

Le second héritage de la Terreur, loin d’avoir disparu, est que son attirail politique a créé une tradition politique féconde et pérenne. Le « parti révolutionnaire » n’a cessé de ressurgir au xixe siècle puis aux deux siècles suivants. Il s’est structuré et doté de pratiques politiques et d’un corpus transmis de génération en génération. C’est en France que le socialisme, puis le communisme – la Commune de Paris – ont été conçus et inventés, que la révolution est devenue une tradition politique, doublée d’un puissant imaginaire qu’aucun drame humain ou historique ne parvient à désacraliser. Au xxe siècle, le Parti communiste français, par sa puissance d’attraction et de répression, a longtemps permis d’encadrer et de neutraliser les éléments incontrôlables du « parti révolutionnaire ». La résurgence Mélenchon de ce début de xxie siècle est permise par la quasi-disparition du PCF, et sa mainmise sur une large partie de la gauche a été rendue possible par l’affaissement inédit des appareils syndicaux et du Parti socialiste.

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Enfin, du fait de la centralité politique internationale de la France et de sa culture politique au xixe siècle, mais aussi de la circulation des élites politiques occidentales et coloniales à Paris dans la première moitié du xxe siècle, les idées révolutionnaires, potentialisées par Lénine, se sont mondialisées. Lénine fut le concepteur du parti politique moderne qui, dans sa forme révolutionnaire (structure politique légale vs structure révolutionnaire clandestine), a permis la diffusion de la culture révolutionnaire et sa contagion au xxe siècle. Ainsi métamorphosé, cet héritage français est devenu un produit d’exportation qui a triomphé dans le monde entier, notamment dans les plus grands empires de la planète (Russie, Empires ottoman et perse, Chine, Vietnam, Corée, etc.).

Les graves événements que la France a traversés en février 2026, de même que la subversion d’une partie de la jeunesse étudiante, invitée à déployer un antisémitisme virulent que l’on pensait éradiqué, avec le soutien de structures partisanes quoiqu’elles s’en dédisent, s’inscrit dans la longue histoire qui nous ramène aux temps révolutionnaires. De même, la haine anticatholique, qui a renoué ses canaux d’expression (qu’illustre la récente litanie de destructions de biens religieux et de lieux de culte), et qui est palpable dans l’affaire Quentin Deranque, renvoie à la tradition révolutionnaire française, qui fut d’abord anticléricale. Cette dimension est à méditer dans un pays où l’Église et le catholicisme ont été si puissants qu’ils ont nourri une haine inextinguible, que véhicule le parti révolutionnaire. Cette singularité historique française n’a pas encore trouvé son historien. Elle est pourtant de toute première importance au regard de son ancienneté, de sa permanence et de sa puissance historique. Quels sont ses modes de transmission, de sociabilité, ses instituts de formation, au point que ses militants, ses apprentis et ses maîtres, de génération en génération, transmettent une histoire qui les dépasse ? Le parti révolutionnaire français a cessé d’être ouvrier et parisien. Il s’est provincialisé et embourgeoisé, il a migré vers les universités et les salles de rédaction, mais sa fonction tribunitienne et sa capacité subversive sont parmi nous. L’islam révolutionnaire est son nouvel horizon, même s’il faut convenir que la convergence des luttes demeure assez rhétorique de ce côté de la nouvelle société française, tant il est difficile de marier les contraires hors de toute tradition intellectuelle et historique.


On a cassé la république: 150 ans d'histoire de la nation

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  1. Pierre Vermeren, On a cassé la République. 150 ans d’histoire de la nation, Tallandier, Paris, 2020. ↩

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3e méditation du Carême: la mission chrétienne naît d’une vie transformée par l’Évangile

Dans sa troisième méditation de Carême consacrée à la mission, inspirée de l’expérience de saint François d’Assise, le prédicateur de la Maison pontificale, en présence du Pape dans la salle Paul VI, a invité à redécouvrir que l’annonce de l’Évangile ne repose pas d’abord sur les paroles, mais sur «une vie transformée par le Christ», ouverte à la rencontre et au dialogue avec les autres.

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«Ancien gilet jaune, ce que les ronds-points m’ont appris sur la mort de nos centres-villes»

On n’a pas assez parlé du déclin de l’attractivité des centres de nos villes et des difficultés du petit commerce, dans la campagne électorale qui s’achève. Une grande tribune propose d’agir: nos centres-bourgs représentent encore des millions d’emplois non délocalisables – il faut davantage s’en préoccuper.


Je suis aujourd’hui associé dans une entreprise du bâtiment. Mais il y a quelques années, comme beaucoup de Français, j’ai passé des week-ends entiers sur des ronds-points avec un gilet jaune sur le dos.

On a beaucoup caricaturé ces moments. Pourtant, quand on repense à ce qui s’y disait, il ne s’agissait pas seulement du prix du carburant ou d’une colère passagère. Sur ces ronds-points, des gens qui ne se connaissaient pas ont commencé à parler de leur vie quotidienne. Et très vite, une réalité est apparue : dans beaucoup de provinces, la vie devient de plus en plus difficile. Les commerces ferment. Les services disparaissent. Les centres-villes se vident.

Sentiment d’impuissance

Cette colère racontait déjà quelque chose de profond : le sentiment que le cœur de nos villes et de nos villages s’éteint peu à peu dans l’indifférence générale, à commencer par celle de nos dirigeants. Notre sentiment d’impuissance, aussi, face à l’effacement progressif de notre mode de vie, de notre joie, de notre monde. Une France oubliée. Une France qui devient déserte. Elle est celle où la jeunesse manque le plus d’opportunités professionnelles. Une France timide qui n’ose pas demander d’aides, qu’on ne voit pas se plaindre sur les plateaux de télévision. Et pour cause, elle n’est pas invitée.

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Hors des grandes métropoles, point de salut. Les municipales devraient pourtant être l’occasion de rappeler l’existence de ces centaines de petites villes qui faisaient autrefois la beauté et la spécificité de la France. De Carcassonne à Montceau-les-Mines en passant par Dax, Clermont, Quimper et Maubeuge, les vitrines ferment et les bistrots sont remplacés par des enseignes de fast-food. Où sont les grands plans Marshall et autres comités Théodule quand on a besoin d’eux ?

Je travaille dans le bâtiment. Mon métier me fait entrer partout : dans des boutiques, des immeubles, des cellules commerciales. Et depuis vingt ans, je vois la même scène se répéter. Une vitrine qui ferme, puis une autre. Un rideau métallique qui reste baissé pendant des mois. Parfois des années. On nous explique que si nos centres-villes se vident, si nos rideaux restent baissés, si nos commerces ferment les uns après les autres, ce serait la faute des plateformes chinoises et américaines, de Shein, d’Amazon ou de Temu. C’est pratique. C’est lointain. Bien sûr, elles ont changé les habitudes de consommation. Mais elles n’expliquent pas le phénomène. Ce n’est pas depuis Pékin ou San Francisco qu’on ferme nos boulangeries et qu’on coupe nos lignes de TER ! La vérité est plus simple et dérangeante : nous avons méthodiquement étouffé la vie dans nos centres-villes.

La France en vacance (commerciale)

D’abord parce que l’économie des petits commerces est devenue fragile. Dans certaines rues, les loyers commerciaux atteignent des niveaux que seuls les grands réseaux peuvent supporter. Les indépendants disparaissent peu à peu, et les locaux restent vides dans l’attente d’un locataire solvable. Ensuite parce que les règles se sont accumulées au fil des années. Normes d’accessibilité, contraintes énergétiques, procédures administratives : chacune peut se justifier. Mais leur empilement finit par décourager ceux qui voudraient se lancer. Beaucoup de commerçants passent aujourd’hui plus de temps à gérer des formalités qu’à développer leur activité.

Selon les données des fédérations du commerce et de cabinets spécialisés, le taux de vacance commerciale dans les centres-villes français dépasse 12% en moyenne, et atteint 15 à 20% dans de nombreuses villes moyennes, voire plus. Les loyers commerciaux en hypercentre peuvent représenter jusqu’à 10 à 15% du chiffre d’affaires d’un petit commerçant, un seuil considéré comme critique pour la rentabilité.

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Les commerçants dénoncent une accumulation de normes (accessibilité, sécurité incendie, affichage environnemental, gestion des déchets, terrasses, enseignes…) dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros lors d’une installation ou d’une mise aux normes. Dans certaines communes, la suppression de places de stationnement a atteint 20 à 30% en dix ans, sans alternative de transport crédible. Pourtant, la vie quotidienne d’une famille, c’est souvent la voiture plutôt que la marche ou le vélo. Lorsque venir en centre-ville devient compliqué, les clients se tournent vers les zones commerciales ou vers Internet. Et quand les clients disparaissent, les commerces suivent.

Les vacances commerciales sont patentes dans les villes dites moyennes. Des villes comme Saint-Étienne, Béziers, Perpignan, Calais, Nevers, Carcassonne ou encore Châteauroux, sont tout particulièrement touchées. Ce sont des villes de gilets jaunes. Des villes qui ne veulent pas s’éteindre en silence.

“Plan Clochers Vivants” : Sauvons nos centres-villes !

C’est pour alerter sur cette situation que j’ai lancé le Plan et la pétition « Clochers Vivants ». Le nom ne doit rien au hasard. Dans nos villes et nos villages, les clochers ont longtemps été les repères autour desquels s’organise la vie collective. Ils dominent encore les centres-villes. Mais trop souvent, ils dominent désormais des artères exsangues. Pourtant, rien n’est irréversible. La revitalisation des centres-villes ne demande pas des plans technocratiques complexes. Elle demande surtout du pragmatisme. De se retrousser les manches une bonne fois pour toutes.

Il faut aussi alléger la pression fiscale et administrative qui pèse sur les petits commerçants. Il est urgent de traiter sans tabou la question de l’accessibilité des centres-villes, afin qu’ils restent des lieux de vie pour les habitants et les familles. Car derrière chaque commerce qui ferme, il y a plus qu’une activité économique. Il y a un emploi qui disparaît, un apprenti qui ne sera pas formé, un lieu de rencontre qui s’éteint. La vitalité d’un pays ne se mesure pas seulement à ses grandes métropoles. Elle se voit aussi dans l’état des rues commerçantes de ses villes petites et moyennes. Les causes de ce déclin sont ici, chez nous. Les solutions aussi.  

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L’électeur n’existe pas!

L’islamo-gauchiste David Guiraud à Roubaix ou le bobo Emmanuel Grégoire à Paris pensent avoir convaincu les électeurs avec leurs propositions politiques singulières. En réalité, observe notre contributeur sociologue, les territoires électoraux sont des blocs humains, des mondes distincts où l’on vote comme on vit. Analyse


À chaque élection, le même théâtre se rejoue. Les commentateurs dissèquent les alliances, scrutent les stratégies d’appareil, mesurent les rapports de force entre partis comme s’il s’agissait d’un jeu abstrait, presque autonome. Qui s’unit avec qui, qui trahit, qui résiste — toute l’attention se porte sur les combinaisons visibles de la scène politique.

L’angle mort territorial

Mais cette lecture, pour familière qu’elle soit, passe à côté de l’essentiel.

Car avant les alliances, avant les programmes, avant même les figures politiques, il y a une réalité plus profonde, plus déterminante, et pourtant largement ignorée: celle des territoires.

Ce ne sont pas les états-majors qui fabriquent les votes. Ce sont les milieux de vie. Les espaces habités. Les formes de coexistence concrètes. Les manières d’être ensemble — ou séparés.

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Un territoire n’est pas un simple décor. C’est un système de relations, de normes, de perceptions. C’est un climat social qui façonne, en profondeur, ce qui est pensable, dicible, votable. On croit analyser des choix politiques. On observe en réalité des comportements collectifs inscrits dans des mondes distincts. Tant que cette dimension territoriale reste dans l’angle mort de l’analyse, les résultats électoraux apparaissent comme des surprises, des anomalies, des accidents. Dès qu’on la prend au sérieux, ils deviennent lisibles.

Car ce ne sont pas seulement des électeurs qui votent. Ce sont des territoires qui s’expriment. 

Le mythe de l’individu électeur — et la France des appartenances

On persiste à enseigner que la démocratie est le règne de l’individu. Un homme seul, éclairé, libre, qui choisit dans le secret de l’isoloir. Mais cette figure n’existe pas.

Ce que révèlent les cartes électorales, ce ne sont pas des consciences : ce sont des territoires. Des blocs humains. Des mondes. Et chaque monde vote comme il vit.

Roubaix, Seine-Saint-Denis: le vote comme climat

À Roubaix, dans de larges parties de la Seine-Saint-Denis, on ne vote pas au sens où l’entendent les manuels. On vit d’abord dans un espace dense, saturé de relations, de voisinages, de liens familiaux, de réseaux informels. Les existences s’y croisent, s’y superposent, s’y observent. Rien n’y est totalement privé. Dans ces territoires, les appartenances sont visibles. Elles s’affichent dans les manières de se vêtir, de parler, de se regrouper, de se tenir dans l’espace public. Elles produisent un sentiment de continuité — et parfois de séparation. Il ne s’agit pas simplement de religion. Il s’agit d’un climat. Un climat où certaines normes s’imposent, où certaines attitudes deviennent attendues, où l’individu est constamment renvoyé à son inscription dans un groupe.

Dans ces conditions, le vote ne relève plus d’un choix abstrait.
Il devient un prolongement du milieu. La France insoumise s’y déploie non comme une doctrine, mais comme une évidence sociale. Elle capte un état déjà constitué: défiance envers les institutions, sentiment d’être à part, perception d’une opposition entre « eux » et « nous ». Son discours ne crée pas cette disposition. Il l’accompagne. Il la formalise.

Et il circule comme circulent toutes les choses importantes ici: par les réseaux, par les conversations, par les regards. C’est un vote d’atmosphère. Un vote qui s’impose sans s’énoncer.

Les centres des métropoles: le vote comme conformité

À l’opposé, dans les centres de Paris, de Lyon, de Bordeaux, un autre climat règne. Un climat feutré, homogène, sûr de lui. Cadres supérieurs, diplômés, professions intellectuelles : ici aussi, l’entre-soi est puissant — mais il est invisible à ceux qui en font partie. Il se présente comme la normalité. On y vit dans un monde où certaines idées sont spontanément disqualifiées, non parce qu’elles seraient réfutées, mais parce qu’elles n’appartiennent pas au langage du milieu.

Le Rassemblement national ne s’y heurte pas à une barrière juridique ou morale explicite. Il se heurte à quelque chose de plus solide : une impossibilité sociale. Voter pour lui, ce serait sortir du groupe, rompre avec les codes, perdre sa place symbolique. Et les milieux intégrés sont ceux qui transgressent le moins. Ainsi se maintient, sans violence apparente, un plafond de verre presque parfait.

Les périphéries: le vote comme rupture

Dans les villes moyennes, les zones périurbaines, les anciens territoires industriels, la logique s’inverse. Ici, le cadre s’est défait. Les repères ont disparu. Les protections se sont érodées. Le vote devient un geste brut.

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Hénin-Beaumont, certaines zones de l’Est, du Nord, du Sud rural : le vote pour le Rassemblement national y exprime moins une adhésion doctrinale qu’un refus. Refus d’un monde perçu comme éloigné, fermé, indifférent. Ce n’est pas un vote de confort. C’est un vote de rupture.

Marseille: la coexistence des fractures

Et puis il y a Marseille. Marseille n’est pas une métropole au sens classique. C’est une juxtaposition de mondes. Des territoires populaires très denses, des zones intermédiaires fragiles, des espaces plus aisés — sans qu’aucune norme unique ne parvienne à s’imposer. Les appartenances y sont visibles, parfois revendiquées, parfois opposées. Mais justement : aucune ne domine totalement.

Franck Allisio, candidat à la mairie de Marseille, 15 mars 2026 © Alain ROBERT/SIPA

Cette fragmentation empêche la formation d’un plafond de verre comparable à celui des grandes métropoles homogènes. Et surtout, le réel y est plus brut. L’insécurité, les trafics, les tensions ne sont pas des objets de discours : ils font partie de la vie quotidienne. Le vote s’y ancre davantage dans l’expérience que dans les codes.

L’électeur n’existe pas

On continue pourtant de parler de choix individuels. Mais l’individu est une fiction utile. En réalité, chacun est pris dans un monde : un territoire, des relations, des normes, des attentes. Il vote seul dans l’isoloir. Mais il vote avec tout cela en lui.

Une démocratie des milieux

Ainsi se dessine la véritable carte du pays :

Roubaix vote comme un territoire dense et structuré par des appartenances visibles. La Seine-Saint-Denis vote comme un espace où les logiques communautaires et les rapports de distance avec le reste de la société pèsent fortement. Les centres métropolitains votent comme des milieux normés et protégés. Les périphéries votent comme des mondes blessés. Marseille vote comme une ville éclatée.

Et certaines forces politiques prospèrent là où leur langage correspond à un climat déjà là, tandis que d’autres se heurtent à des frontières invisibles. La démocratie moderne célèbre l’individu. Mais elle fonctionne, en silence, comme une géographie des appartenances. Et c’est peut-être là ce qu’elle refuse de voir: nous ne votons pas seulement avec nos idées. Nous votons depuis le monde auquel nous appartenons.

La société malade

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March 19, 2026

Merah, quatorze ans après: l’impuissance érigée en politique

On a un peu oublié la barbarie des attaques de l’islamiste Mohammed Merah à Toulouse. Ce midi, le député LFI François Piquemal, possible maire de la ville dimanche prochain, a été sifflé lors d’une commémoration. « Honte à vous Piquemal !« , « Dehors, LFI !« , « Antijuif !« , « Vous n’avez rien à faire ici, honte à vous le parti de l’islamisme ! » a-t-on notamment entendu, rapporte ICI. Lors du débat de hier soir, son rival Jean-Luc Moudenc lui avait demandé de se « distancier » des propos récents de M. Mélenchon « à la veille de cette journée funeste ». Face à l’islamisme, il faut tenir une ligne de fer dans la durée, affirme dans cette analyse Jean Messiha.


Quatorze ans ont passé, lourds comme un linceul, sur les tueries de Toulouse et Montauban. Nulle commémoration solennelle, nulle procession de ministres en deuil de façade. Seulement le silence embarrassé des puissants, des bougies éteintes depuis longtemps et des discours creux, quand ils existent, aussi vides que les serments d’un courtisan. Et pourtant, le diagnostic demeure, implacable comme la sentence de Camus : « Le fléau n’est pas une chose qui passe, c’est une chose qui reste. » Le terrorisme islamique réclame des réponses tranchantes, assumées, impitoyables. Pas de la tiédeur, de la mièvrerie, de la pusillanimité. « Le terrorisme est un crime qu’on ne peut excuser », tranchait Camus dans ses Actuelles. Nommer le monstre. Agir sans merci. Ou périr en souriant, tandis que le loup, repu, se lèche les babines. Voltaire l’avait déjà cloué : « Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. »

Illumination perverse

Mars 2012. Toulouse. Montauban. En quelques jours d’une barbarie froide et calculée, Mohammed Merah, vingt-trois ans à peine, enfant des Izards à Toulouse, délinquant endurci passé du vol sordide à la kalachnikov djihadiste, se radicalise en prison comme un poison qui infuse lentement dans les veines d’un corps affaibli. « L’enfer, c’est les autres », murmurait Sartre ; pour Merah, l’enfer fut d’abord lui-même, puis les barreaux pénitentiaires complices – et surtout cette violence qui se drape toujours des fards avenants de la contre-violence, c’est-à-dire pour une riposte à la violence de l’autre, comme le diagnostiquait le philosophe dans sa Critique de la raison dialectique. Une résistance à une violence fantasmée qui légitime sa propre cruauté.

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Janvier 2008 : jeté en cellule pour un vol crapleux, il rumine son ressentiment. Puis vient l’illumination perverse. Extrait de sa prison pour une audience, il échappe miraculeusement à la justice des hommes. « Les gendarmes étaient à côté de leurs pompes… Cela fut pour moi une preuve d’Allah », avouera-t-il plus tard. Un Allah qui couvre le vol et le mensonge ? Peu importe. Sa conversion est fulgurante. Il dévore le Coran seul dans l’ombre de sa geôle, prie avec une ferveur nouvelle sous le regard indifférent des gardiens. Son frère Abdelkader (celui que le futur ex garde des sceaux Éric Dupond-Moretti se dira « fier » de défendre), salafiste fanatique surnommé « Ben Laden » dans le quartier, devient son guide invisible: visites répétées, livres empoisonnés, CD de haine, images de La Mecque pour nourrir la flamme. La prison, cette université du mal, transforme le voyou en guerrier de l’ombre. La radicalisation en prison, à l’époque, n’intéresse pas un système politique qui y voit un fantasme d’extrême-droite. Pas de surveillance digne de ce nom de ce phénomène pourtant inquiétant. Pas de déradicalisation, en dehors de stages bidons au cours desquels les radicalisés caressent des hamsters. Rien. Une fois dehors, le disciple file vers l’Orient: Égypte, Syrie, Liban, puis les camps de la mort en Afghanistan et au Pakistan. Stage chez les talibans et Al-Qaïda. Retour en France, fiché S depuis 2006, surveillé mollement, presque recruté comme indic. Il opère alors en artiste du néant: scooter volé, GoPro pour filmer ses massacres, armes froides et précises. Baudelaire l’avait pressenti : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan ». Dans le cas de Merah, Satan y a élu demeure et en monopole.

Prologue sanglant au terrorisme islamiste hexagonal

Le 11 mars 2012 à Toulouse, il attire Imad Ibn Ziaten dans un piège, l’abat d’une balle dans la tête en crachant sa haine. Le 15 mars à Montauban, il exécute froidement deux militaires devant un distributeur de billets. Le 19 mars, devant l’école Ozar Hatorah, il abat le rabbin Jonathan Sandler et ses deux petits garçons, puis poursuit la petite Myriam, huit ans, dans une course aussi insensée qu’impitoyable. Il finit par l’attraper par les cheveux, la soulever de terre et lui mettre une balle de 11.43 à bout touchant dans la tête. Sept âmes fauchées au nom de l’islam radical – cette peste qui rêve d’ériger un califat sur les ruines fumantes de notre civilisation crépusculaire.

Quatorze ans. Quatorze ans que ce sang crie dans le désert de notre mémoire. Et nos élites, de Sarkozy à Macron, n’ont rien vu, rien appris, rien changé. Merah n’était que le prologue sanglant. Vinrent les Kouachi, radicalisés dans les mêmes geôles, massacrant Charlie Hebdo ; Coulibaly, frère d’armes, égorgeant et rafalant dans l’Hyper Casher ; puis, le 13 novembre 2015, le Bataclan, le Stade de France, les terrasses: cent trente morts en une nuit de cauchemar. Tous issus des immigrations arabo-afro-islamiques et du même terreau idéologique antinational qui gangrène nos institutions : prisons pouponnières, fichés S négligés, voyages en terre de guerre tolérés, expulsions avortées dans les méandres judiciaires. Comme le fléau dans La Peste de Camus, le mal ne passe pas, il s’installe. Avant lui, Victor Hugo l’avait pourtant prophétisé : « Toutes les violences ont un lendemain. »

Pire : nous avons renoncé à la seule victoire possible, celle théorisée par Malraux quand il écrit : « la civilisation, c’est la violence maîtrisée, la victoire toujours inachevée sur l’agressivité du primate ». Quant à nous, nous avons choisi la défaite. « Appartenir à l’histoire, c’est appartenir à la haine », ajoutait-il. Et nous y sommes. Plongés jusqu’au cou.

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Nommer, ce n’est pas amalgamer: c’est disséquer avec précision. C’est séparer l’idéologie de mort de la foi sincère. Mais nos grands esprits tremblent. « Mal nommer un objet, ajoutait Camus, c’est ajouter au malheur de ce monde. » On préfère l’euphémisme lâche: « extrémisme violent », « déséquilibre psychiatrique » quand ce n’est pas « conséquence des injustices sociales et des inégalités ». Des voiles pudiques jetés sur la peste. Montaigne nous avait pourtant prévenus : « Qui ne voit pas la vérité, la déguise ». Et qui la déguise ne la voit pas venir et exploser sous nos yeux. Nommer ne suffit pas. Il faut agir. Agir, c’est appliquer les lois sans faiblesse. Agir, c’est expulser sans remords ceux qui ont trahi. Agir, c’est reprendre le contrôle de nos frontières et de nos prisons. Agir, c’est investir dans le renseignement véritable et non dans les prières laïques du « vivre-ensemble ». Agir, c’est enfin parler vrai, sans cette langue de bois qui dissout les responsabilités comme un acide lent.

Quatorze ans après Merah, la France n’a même plus la force… de faire des commémorations de pacotille. Il n’empêche. Les Français réclament cohérence, constance et courage. Protéger n’est pas pleurer. Protéger est choisir. Protéger est trancher. Protéger est tenir, dans la durée, une ligne de fer. Saint-Exupéry le disait avec la clarté des étoiles: « Être homme, c’est précisément être responsable. »

La mémoire des sept innocents l’exige. Elle nous somme de sortir des postures et surtout, des impostures. Et d’inscrire enfin l’action dans une stratégie implacable: identifier le mal, appliquer les règles, écraser la menace, tenir la ligne. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que le silence coupable des puissants cessera d’être une mascarade et deviendra le premier pas vers une France qui refuse de plier devant ses pires ennemis.

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Les infos de L'Œuvre d'Orient - 19 mars 2026

Au Liban, l’Église est en première ligne.

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Léon XIV nomme Mgr Cona nouveau nonce en Syrie

Le Pape a nommé ce 19 mars Mgr Luigi Roberto Cona au poste de nonce apostolique à Damas. Le nouveau représentant du Saint-Siège en Syrie était jusqu’à présent en poste à El Salvador. Il succède au cardinal Mario Zenari qui occupa cette fonction pendant dix-sept ans, jusqu’en février dernier.

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Dimanche, c’est à droite, toute!

Les trois candidats en lice pour la mairie de Paris ont débattu ensemble hier soir. Si Rachida Dati s’est montrée moins convaincante qu’espéré, elle a en revanche martelé un message clair : M. Grégoire et la municipalité sortante, en raison de leur défaillance dans la gestion des ressources humaines de l’encadrement périscolaire — défaillance ayant conduit à des abus sexuels sur des jeunes enfants — auraient dû être disqualifiés d’emblée dans un pays normal.


Le débat ne fut pas toujours aisé à suivre. Certaines réponses ne furent pas assez précises. Mais tout le monde convint que la dame en rose l’avait emporté haut la main dans le débat triangulaire opposant, hier 18 mars, sur BFMTV, les trois candidats à la mairie de Paris. Morceau de choix ! La dame en rose n’avait rien à perdre et tout à gagner. Aussi donna-t-elle des coups à son camarade de gauche, très à la peine, et marqua une complicité sur certains points avec Dati. Le champion de la gauche encaissa les coups venus de sa droite et ne trouva, à sa gauche, que des parades maladroites, comme tenter de faire monter les enchères lepéniste, homophobe, ou encore lancer une attaque personnelle à Dati. Quant à Rachida Dati, si elle n’a pas renversé la table et paru moins combative que d’habitude, pour ne pas paraître le bulldozer qu’elle est souvent, afin de ne pas effrayer ses électeurs, elle se montra volontaire, professionnelle, convaincue et rassurante. Mais il est regrettable de s’être défendue de recevoir les voix de Sarah Knafo avec qui elle dit avoir des points communs comme dix pour cent des Parisiens. N’aurait-elle pas, personnellement, avantage à rejeter ce prêt-à-porter de la pensée qui voit du fascisme partout, pour revenir au style haute couture auquel elle nous avait, jadis, habitués ?

Grégoire veut faire de Paris un HLM géant

Le programme des candidats est suffisamment connu pour qu’on y insiste ici. Suffit de dire que la gauche, toute la gauche, reste la gauche, en tout et pour tout. Aucune régulation annoncée du flux de migrants, 60.000 logements sociaux en plus, toujours plus de vélos. Qui croit encore en eux – les politiques ? Même Grégoire était à la peine faute de feu sacré : il est vrai que dix années passées avec Madame Hidalgo fatiguent son homme. Dati, elle, fut simple, nette et sobre sur les dossiers chauds de la capitale: immigration, sécurité et propreté de la ville, rétablissement de la circulation, rue de Rivoli, paquet mis sur les commerces de proximité, qualité de l’enseignement, réduction des dépenses. Certes, le soleil de Knafo manquait mais ce n’est peut-être qu’une éclipse momentanée. Dati fut surtout très ferme sur deux points : le dossier des migrants, les réfugiés de Barbès et du pont Jean-Jaurès, dénonçant avec force le déni de la gauche sur le sujet. Elle le fut aussi sur les dossiers scandaleux des abus sexuels sur les enfants dans le périscolaire, qui remontent à 2015 et que la gauche a négligés ! Problème systémique mis à jour voire réseau criminel ? Nouvelle affaire Bétharram ? Où scolariser son enfant en toute sécurité ? Telle est désormais la grande préoccupation des parents, dans notre capitale. Quel pavé dans les bottes de la gauche que ces scandales !

A lire aussi: Y’a pas de débat!

Gagner le débat n’est pas gagner les élections. L’enjeu est historique. Il ne s’agit pas d’avoir des états d’âme, des valses hésitation, des pas de deux et trois ratés, des entrechats compliqués, des arrière-pensées, des pudeurs de violette ni de gazelle, des hauts-le cœur d’indignation, des reflux de moralité, des aigreurs, des seins qu’on ne saurait voir, des plus jamais ça qui tournent en eau de boudin et en alliances honteuses. Pas de lézard ! Dimanche, c’est à droite, toute ! Pareille opportunité ne se représentera plus de si tôt !

Union des droites contre RATP du vélo, choisis ton Paris !

Le problème est simple. Veut-on que Paris reste à gauche ou passe à droite ? Si c’est le cas, à droite, toute ! La vie politique ce n’est pas un coup d’éclat ni un coup de cœur. C’est un choix intelligent. Grégoire, « un maire fier et fiable » comme il se définit lui-même ? Allons donc ! Va-t-on rempiler dans des rues sans commerces, avec des mulots dans les jardins publics, avec une immigration incontrôlée, une enfance en insécurité, une dette exponentielle ? Des rues coupe-gorges ? Du trafic de drogue en bas de chez soi ? Pourquoi pas dans la cour de votre immeuble ?

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Le plat ne repassera pas deux fois. Dimanche, il faut voter, et bien. L’union des droites s’impose sans discussion aucune. Finie la guerre des chefs ! Finies les vieilles lunes : c’est Chikirou qui l’a dit ! Grégoire a tenté, en vain, de ramener l’ombre maléfique des années sombres de la France. Lui aussi, il faut qu’il prenne un bain de jouvence ! Mais le pompon revient à Chikirou et « sa politique du vélo » — mon ordinateur avait écrit « voile », j’ai dû corriger. Avez-vous remarqué, a dit la dame en rose, « la forte demande en vélos » de la capitale ? Non, j’avoue ne pas avoir vu « cette forte demande » autour de moi. Je pensais justement qu’on allait voir la fin des forêts de guidons qui défigurent nos rues, avec ces cyclistes casqués, branchés qui pédalent, pédalent, brûlent les feux rouges, fauchent les piétons sur les trottoirs et font des bras d’honneur à tous/ t/e/s. Eh bien, je me trompais ! La dame LFI – et avec elle la gauche écolo branchée de notre capitale qui broute la sarriette qu’elle fait pousser sur son balcon – propose une régie nouvelle du vélo ! Un service public du vélo ! Une école d’apprentissage du vélo ! Des cours de vélo ! Une clinique du vélo ! En un mot comme en dix, une démocratisation du vélo ! Vélos de tous les pays, unissez-vous !

Alors, dimanche, c’est à droite, toute !

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🎙️Podcast: Trump et la fracture du mouvement MAGA

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Le mouvement MAGA est en train de se fracturer : certains des influenceurs et des personnalités qui y jouent un rôle clé considèrent que, en déclenchant une guerre en Iran, Donald Trump a trahi sa promesse de ne pas intervenir militairement à grande échelle dans des conflits à l’étranger. Ils sont nombreux à inviter dans leur podcast ou talk show Joe Kent, qui a démissionné de son poste de directeur du Centre national de l’anti-terrorisme et qui prétend, à qui veut l’entendre, que l’Iran ne représentait pas une « menace imminente » pour les Etats-Unis.

Pourtant, Kent n’est pas un expert du renseignement international et son témoignage minimise la dimension nucléaire de la menace iranienne. D’ailleurs, les acteurs les plus influents du mouvement MAGA ignorent superbement la question, aussi actuelle qu’inquiétante, de la prolifération des armes nucléaires. Jusqu’à présent, l’Iran et la Corée du Nord travaillaient main dans la main pour développer une capacité nucléaire dont le reste du monde aurait tout à craindre.

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Donald Trump n’avait donc pas nécessairement tort de saisir cette opportunité pour neutraliser la menace iranienne. S’il lui sera difficile de mettre fin aux opérations militaires pour rentrer dans les bonnes grâces de ses électeurs à temps pour les élections législatives en novembre, ce ne sera pas nécessairement impossible.

Cinq pays européens – dont la France, le Royaume Uni, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas – ainsi que le Japon, viennent d’annoncer qu’ils sont prêts à contribuer à des efforts pour garder ouvert le détroit d’Ormuz. Ces alliés traditionnels des Etats-Unis s’étaient montrés jusqu’ici réticents à donner un coup de main à Donald Trump. Pourtant, l’Iran est leur ennemi aussi et, s’ils veulent faire baisser le prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL), ils ont intérêt à sécuriser les livraisons en provenance des pays du Golfe.

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Oh non! Le capitalisme vous a volé votre sommeil

Un ethnographe rennais explique que dormir moins de sept heures est le fruit de l’aliénation voulue par le Grand Capital. Les chasseurs-cueilleurs tanzaniens, interrogés à ce sujet, ont déclaré ne pas bien comprendre.


Il dort six heures cinquante. C’est un Français moyen. Il ne le sait pas encore, mais il est victime du capitalisme. Heureusement, Romain Huët, maître de conférences à Rennes 2, est là pour le lui expliquer.

On politise tout, on nous dit rien

Dans un entretien accordé au site Reporterre — dont la ligne éditoriale pourrait se résumer à « il faut détruire le capitalisme pour sauver la planète » —, notre homme explique que la crise du sommeil n’est pas un problème d’hygiène de vie.

C’est un symptôme politique.

On croit naïvement se coucher tard parce qu’on regarde une série brésilienne.  On apprend en réalité que « le capitalisme produit l’épuisement, puis le recapte en lui vendant des solutions ». La tisane « Nuit tranquille » ? Un instrument d’oppression en sachet biodégradable ! La gélule de mélatonine ? Un ersatz de marxisme encapsulé ! Notre ethnographe diagnostique une vie « inexpressive » : le sentiment que toutes les puissances qu’on pourrait avoir sont empêchées de s’exprimer. Le scrolling illustre la thèse : c’est, nous dit-il en invoquant Deleuze, « le dernier verre de l’alcoolique ». On notera avec admiration que Deleuze, mort en 1995, a eu la prescience d’anticiper Tiktok. La conclusion s’impose : il faut « politiser l’épuisement ».

Car il est évident que le capitalisme est responsable de tous les maux de la planète: du réchauffement climatique, de la fonte des glaces, des violences conjugales et, désormais, des valises sous les yeux.

Les nobles âmes rêvaient : sauver le peuple de lui-même

Il serait pourtant injuste de railler sans mémoire.

Les grands patrons français n’ont pas fait preuve d’un enthousiasme excessif lors des « avancées sociales » conquises de haute lutte. Force est de reconnaître que le capitalisme n’est pas paré que de vertus. Les luttes sociales ne manquaient pas de noblesse dans les idées.

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Paul Lafargue réclamait en 1880 dans son Droit à la paresse le repos pour l’ouvrier pour lui permettre de « développer ses facultés intellectuelles ». Pour Jaurès, revendication sociale et exigence culturelle étaient liées. Les universités populaires du tournant du siècle incarnaient cet idéal avec une ferveur touchante. Leur lutte a payé. En 1830, les soyeux lyonnais travaillait entre soixante-quinze et quatre-vingts heures par semaine. Aujourd’hui, la durée légale française est de mille six cent sept heures annuelles. Robert Fogel, prix Nobel d’économie 1993, a calculé que le temps de loisir disponible sur une vie entière avait plus que triplé entre 1880 et 1995. Journée de huit heures en 1919, congés payés en 1936, trente-cinq heures en 2000 : déroute complète, historique et irréfutable du Grand Capital.

Mais quel est le bilan?

Surgit alors cette question vaguement inconfortable :

Qu’a-t-on fait du temps si chèrement conquis ?

L’ouvrier de Jaurès devait lire Montaigne, écouter Beethoven et faire partie d’un club de réflexion. Mais l’employé de 2025 passe cinq heures par jour devant la télévision (Médiamétrie, 2024), auxquelles s’ajoutent deux heures et demie sur les réseaux sociaux (We Are Social, 2024). Sept heures et demie de contemplation passive pour être aimable, de crétinisation digitale si l’on voit les choses en face.

Adorno avait tenté de résoudre ce paradoxe : les masses sont manipulées, leurs désirs fabriqués. Séduisant, mais condescendant : l’ouvrier qui préfère Koh-Lanta à La Nausée serait victime d’une mystification dont seul le sociologue de Rennes 2 perçoit la mécanique ?

Le divertissement passif est donc plus prisé que la culture active. Serait-ce nouveau? Pas vraiment : Aristophane se plaignait déjà du goût du peuple athénien pour les spectacles faciles. Si les gens préfèrent avaler du contenu plutôt qu’écouter des chants grégoriens, c’est leur choix le plus absolu : les deux leurs sont également accessibles. Le capitalisme n’a donc pas inventé la paresse intellectuelle. Il l’a seulement monétisée, avec l’opportunisme qui le caractérise.

Les Hadza dorment mal. Pourtant, ils n’ont pas la 5G

Une étude publiée dans Current Biology (Siegel et al., UCLA, 2015) a équipé d’actimètres trois populations de chasseurs-cueilleurs sans électricité : les Hadza de Tanzanie, les San du Botswana, les Chimané de Bolivie.

Résultat : ils dorment en moyenne six heures vingt-cinq minutes par nuit, soit moins que le Français épuisé par le capitalisme. Ils s’endorment trois heures après le coucher du soleil, se réveillent avant l’aube : ils ne dorment que six et demie.

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L’hypothèse popularisée par Matthew Walker (Pourquoi nous dormons, 2017), selon laquelle l’éclairage électrique serait le grand coupable de nos insomnies, se heurte à cette évidence : les Hadza ignorent les ampoules. Ils n’ont pas non plus sept heures de sommeil. Siegel propose une explication alternative : on s’endort quand la température ambiante baisse, on se réveille à son minimum. Si son analyse est juste, le remède n’est peut-être pas de renverser le capitalisme mais de baisser le chauffage. Solution économique, écologique et infiniment moins fatigante que la révolution.

Bilan : nous dormons autant que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs qui ignorent tout des vertus ou des affres du capitalisme. Le capitalisme ne nous vole pas notre temps. C’est nous qui lui en faisons cadeau. Mais rien n’empêchera Romain Huët, comme ses illustres prédécesseurs humanistes de se tromper de combat.

Le socialisme est pavé de bonnes intentions, c’est un recueil de bonnes idées qui ne marchent pas. Et si le capitalisme empêche de dormir, ce n’est pas toujours ceux que l’on croit. Jean de La Fontaine l’avait réglé en dix vers : le savetier chante, le financier ne dort plus.

Bonne nuit!

Le Droit à la paresse

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Pourquoi nous dormons

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LA DICTATURE DU CARBONE

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Mali: nomination d’un nouvel évêque à Sikasso

Le Saint-Père a nommé jeudi 19 mars Mgr Noël Bernard Coulibaly évêque du diocèse de Sikasso (Mali) en la fête de Saint Joseph. Jusqu’à présent trésorier du diocèse et coordinateur de la Caritas diocésaine, il succède à la tête de cette Église locale qu’il connaît déjà en profondeur.

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Sénégal-Maroc: le match de foot le plus long de l’histoire

Colère et stupéfaction au Sénégal. Deux mois après la finale, la Confédération africaine de football a retiré son titre aux lions sénégalais et attribué la victoire au Maroc. Le match avait basculé dans le chaos en fin de partie, un penalty ayant été accordé au Maroc après intervention de la VAR, peu après qu’un but sénégalais ait été annulé sans recours à cette même VAR, ce qui avait provoqué une forte contestation. En réaction, les joueurs sénégalais avaient quitté le terrain, tandis que des tensions éclataient dans le stade avec des supporteurs tentant d’entrer sur la pelouse, obligeant à une longue interruption avant la reprise du match.


Il y a, dans certaines décisions sportives, une portée qui dépasse largement le terrain. La Coupe d’Afrique des nations de football 2025 (CAN) en fait partie. Plus qu’une compétition, elle s’inscrit dans une logique d’affirmation continentale où le football devient un levier d’influence, un outil diplomatique et un marqueur de crédibilité pour les États comme pour les institutions qui l’organisent. La géopolitique du sport devient un enjeu central.

Le choix du Maroc comme pays hôte de la CAN 2025 n’était pas anodin. Il traduisait une ambition : celle d’inscrire le football africain dans une dynamique d’excellence organisationnelle et de visibilité internationale. Infrastructures modernisées, attractivité croissante, audiences en hausse, tout concourt désormais à repositionner la CAN comme un événement majeur du calendrier sportif mondial. Mais cette montée en puissance impose une contrepartie : celle d’un cadre clair, stable et respecté. Car à mesure que les enjeux grandissent, les marges d’approximation se réduisent. Le football africain ne peut plus se permettre les incertitudes qui ont longtemps nourri critiques et controverses…

L’obligation de se professionnaliser

C’est précisément dans cette perspective que la décision de la Confédération africaine de football (CAF) prend toute sa signification. En s’appuyant strictement sur le droit pour trancher une situation contestée, elle a opéré mardi un déplacement important: celui d’un système parfois perçu comme fluctuant vers une logique de prévisibilité et de cohérence.

Le cas du Sénégal illustre cette évolution. En ne respectant pas les règles, l’équipe s’expose à une sanction. Non pas parce qu’elle serait désignée comme fautive dans un rapport de force politique, mais parce qu’elle a enfreint un cadre connu. Ce point est essentiel : la légitimité d’une décision repose moins sur son acceptation immédiate que sur sa conformité aux règles établies.

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Cette approche peut déstabiliser à court terme. Elle bouscule des habitudes, des réflexes, parfois même des attentes. Mais elle s’inscrit dans une trajectoire plus large, comparable à d’autres évolutions du football mondial. L’introduction de la VAR, par exemple, a d’abord suscité scepticisme et critiques avant de s’imposer comme un outil structurant.

La décision de la CAF agit de la même manière. Elle ne se limite pas à régler un différend ponctuel: elle crée un précédent. Elle signifie que les comportements observés lors d’un match peuvent être réévalués à la lumière du droit, même après coup. Ce simple fait modifie en profondeur les incitations des acteurs.

Gagner en crédibilité internationale

Les pays africains ont pour ambition d’accueillir de plus en plus de compétitions internationales. Ce sera d’ailleurs le cas du Maroc pour la Coupe du monde de football de 2030. Pour ce faire, ils doivent affirmer leur crédibilité, que ce soit en matière d’organisation, de sécurité, d’accueil du public mais aussi de respect des règlements. La décision de la CAF s’inscrit dans ce contexte: démontrer que le football africain est mûr et répond aux standards internationaux, y compris dans le respect du règlement.

Reste une exigence à consolider: celle de la rapidité. Car si le droit gagne en importance, il doit aussi gagner en efficacité. Une décision juste mais tardive perd en lisibilité et alimente les contestations. L’enjeu pour les instances sera donc d’articuler rigueur juridique et réactivité. Donner une décision deux mois après la finale peut affaiblir la portée juridique. Mais dans d’autres sports, il n’est pas rare de voir des classements remis en cause quelques mois, voire quelques années plus tard. Que ce soit pour cause de dopage ou de tricherie avérée. C’est aussi une exigence pour la respectabilité du sport et son sérieux à long terme.

Ce qui se joue avec la CAN 2025 dépasse ainsi la seule compétition de football. C’est une transformation progressive de la gouvernance du football africain qui s’opère. Une transformation discrète, mais décisive, où le droit cesse d’être un simple cadre formel pour devenir un véritable instrument de crédibilité. Avec une volonté de se hisser, y compris au niveau juridique, au même niveau que les autres continents.

À mesure que le football africain s’affirme sur la scène internationale, cette évolution apparaît indispensable. Car sans règles claires et appliquées, il ne peut y avoir ni confiance durable, ni reconnaissance pleine et entière. En ce sens, la décision prise mardi trace déjà les contours du football africain de demain.

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🎙️ Atlanti’Causeur: ni pour, ni contre, bien au contraire !

Élisabeth Lévy (Causeur) et Jean-Sébastien Ferjou (Atlantico) débattent de l’actualité de la semaine. Une discussion toujours franche, jamais froide, parfois féroce. Sans langue de bois ni sujets tabou, ces deux-là ne sont pas toujours d’accord et ne se l’envoient pas dire !


Au menu de l’émission: une Élisabeth Lévy déprimée par la poussée insoumise, un Jean-Sébastien Ferjou qui tente de la rassurer — ou, à défaut, de « changer la nature de sa dépression ». Au fil des municipales, c’est toute la mécanique politique française qui est passée au crible par la directrice de Causeur et le directeur d’Atlantico dans ce nouvel épisode. Ecoutez ! 👇

Pour retrouver en intégralité le nouveau podcast d’Atlanti’Causeur : cliquez ICI

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En Ouganda, la recherche d’un sentiment d’appartenance pour aider les orphelins

En Ouganda, des religieuses catholiques prennent soin d’orphelins et d’enfants qui, pour diverses raisons, ont dû quitter leur famille. Cette aide est fournie conformément aux normes internationales et sous la supervision du gouvernement. Trois religieuses ont évoqué, dans un entretien accordé à Radio Vatican, certains aspects de leur travail à Kampala.

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Paris, la mission de la fraternité Tiberiade: témoin d'espérance dans les banlieues

En collaboration avec la fondation Hilton, Vatican News publie une série d'articles sur l'action des religieuses dans le monde, des contributions offertes par des sœurs présentes dans le monde entier. Dans cet épisode, rencontre avec la fraternité fmm ‘‘Tibériade’’ à Clichy-sous-Bois, dans la banlieue de Paris, qui offre une présence fidèle dans un contexte complexe face à la réalité de multiculturalité et de multinationalité qui est souvent un sujet sensible en France.

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Qui méritera le tableau d’honneur?

Les petits arrangements honteux pendant l’entre-deux-tours des élections municipales sont observés avec gourmandise par les spécialistes de la politique, mais dégoutent les citoyens ordinaires.


On n’a jamais connu d’élections municipales aussi passionnantes, sur le plan tactique et en matière d’alliances, entre les deux tours. En effet, il est intéressant de voir combien certains des pronostics les plus pessimistes sur la morale des responsables politiques se sont révélés exacts. Je me souviens d’échanges bien antérieurs où l’on n’osait pas imaginer que la profonde fracture entre les socialistes et les écologistes, d’un côté, et les Insoumis, de l’autre — à cause de l’antisémitisme imputé à Jean-Luc Mélenchon, diaboliquement habile dans sa manière de laisser entendre sans jamais dire vraiment — serait comblée. Cette opposition, de nature éthique, paraissait tellement plus importante que les discordes partisanes et laissait espérer, dans la confrontation à venir, un dissentiment durable. D’autres voix, il est vrai, traitaient ces optimistes de naïfs et, avec une sorte de sagesse résignée, présumaient le pire ainsi que le retour, lors des élections municipales, de reniements quasiment obligatoires. Comme si l’éthique était impossible en politique et comme si les accords nationaux proclamant haut et fort le refus des alliances délétères n’étaient qu’une promesse creuse destinée à couvrir les multiples alliances et complicités du terrain.

Quelle indignité !

Sans l’ombre d’une hésitation, sans même chercher à donner le change, beaucoup de socialistes, stimulés seulement par l’enjeu municipal, ont non seulement voulu sauver leur mise en feignant de ne se livrer qu’à des processus techniques, alors même que ceux-ci constituaient un abandon moral et politique, mais ont parfois accepté, sans frémir, de laisser LFI en première ligne, comme à Toulouse par exemple, ou de la rejoindre sans vergogne comme à Nantes. Face à ce cataclysme qui a indigné beaucoup de citoyens, parce qu’il dépassait les facilités et les contradictions quasiment consubstantielles aux affrontements partisans, on a entendu Olivier Faure, volontiers donneur de leçons… pour les autres, approuver la multitude de ces trahisons et ajouter, à une réalité déjà scandaleuse, l’aval d’une autorité dont on attendait rigueur et constance. Quelle lamentable déconvenue républicaine !

Il faut porter, au crédit de Jean-Luc Mélenchon, une impitoyable et sarcastique lucidité sur les socialistes, « des combinards qu’on pourrait acheter pour pas cher pour le second tour », et dont la fermeté affichée sur un accord national n’était destinée qu’à permettre une multitude de reniements à la base et sur le terrain. Il avait vu juste, dans son discours du 4 mars à Bondy, et avait anticipé, dans le détail, ce que serait la déroute socialiste, à son seul bénéfice, aussi bien sur le plan des conquêtes que pour une restauration symbolique.

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Il est navrant — on a le droit d’observer ailleurs que dans son camp — de ne pas avoir entendu davantage la voix de l’ancien président François Hollande, qui affirme plus volontiers ses principes et ses lignes rouges sur le plan médiatique que concrètement dans le débat public. À ma connaissance, il n’a rien dit pour dénoncer avec force et clarté ces « accords de la honte », selon une expression émanant non seulement des adversaires du Parti socialiste, mais aussi de certains socialistes eux-mêmes, notamment — et avec quelle netteté — Jérôme Guedj. Ce qui démontre qu’il ne faut jamais totalement désespérer.

Au risque de me faire désavouer par tous ceux qui confondent la vie politique avec la guerre civile, il y a eu, chez les socialistes, des personnalités qui ont tenu et qui méritent le tableau d’honneur, aussi bien à Paris et à Marseille que dans d’autres municipalités moins connues. Quelques fidélités à des engagements ont projeté une éclatante lumière dans un monde qui, depuis quelques jours, n’a pas brillé par son intégrité.

Dati traite mal Knafo

Mon appréciation positive du respect de l’éthique par quelques-uns n’a rigoureusement rien à voir avec une quelconque adhésion politique ; mais, pour ma part, dans une démocratie malade, je ne me paierai jamais le luxe de demeurer indifférent à des comportements qui rassurent et battent en brèche un pessimisme qui trouve, par ailleurs, tellement de justifications. On me pardonnera de constater l’effet délétère des dérives socialistes sur les attitudes et les positions de la droite républicaine. Je n’évoquerai pas la manière, à mon sens méprisante, dont on a évoqué Sarah Knafo, son score et les citoyens qui l’ont soutenue. Pour être en opposition politique, on n’est pas obligé de la traiter, elle et ses partisans, comme s’ils étaient le diable.

Je crains cette propension du camp conservateur — depuis le 17 mars à 18 heures, tout est fixé, figé — à s’être tellement persuadé qu’il fallait être irréprochable, contrairement aux socialistes, qu’il a accepté trop facilement, trop paresseusement, le grief d’une prétendue similitude entre LFI et le Rassemblement national, alors qu’elle n’est pas pertinente: une majorité de citoyens, dans les enquêtes d’opinion, ont choisi leur danger, sinon exclusif, du moins largement prioritaire : LFI. Le comportement du RN, dans tous les lieux où la République se déploie, jusqu’à nouvel ordre, n’a rien qui puisse lui être reproché, sauf à confondre la contradiction politique avec l’opprobre moral, ce qui facilite les dénonciations mais ne convainc personne. La conséquence en est que, là où les socialistes ont eu immédiatement le front de s’allier avec LFI pour battre la droite et le centre, ces derniers ont eu des pudeurs de chaisière pour ne pas aller au bout de leur envie de faire perdre la gauche et l’extrême gauche. Cette droite n’est de loin pas la plus bête du monde, mais en tout cas la moins réaliste. Elle n’aurait pas perdu son âme, mais aurait permis à des municipalités de mieux se porter demain !

Le tableau d’honneur n’est pas très rempli. J’ose espérer que dimanche prochain, le 22 mars, ceux qui s’y trouvent seront au moins récompensés.

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En pleine guerre au Moyen-Orient, le père Patton demande «prière et jeûne»

Le frère mineur franciscain, qui depuis la Jordanie observe avec douleur la guerre en cours, lance un appel à une «grande mobilisation de tous» au nom de la paix. Dans une interview aux médias du Vatican, il adresse sa proximité à ses confrères qui vivent au Liban, et à la population palestinienne qui subit «des formes de pression directe ou indirecte» pour être chassée «de la terre sur laquelle elle vit depuis des millénaires».

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Amoris laetitia dans la trajectoire conciliaire d’une Église synodale

Dix ans après la publication de l’exhortation apostolique de François Amoris laetitia, le président de l’Institut pontifical de théologie Jean-Paul II pour les Sciences du mariage et de la famille, revient sur ce texte à la lumière de la synodalité.

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Léon XIV convoque une réunion sur l’annonce de l’Évangile aux familles

À l’occasion des dix ans de l’exhortation apostolique Amoris laetitia du Pape François, Léon XIV annonce qu'il réunira en octobre 2026 les présidents des conférences épiscopales du monde entier pour réfléchir à la manière d’annoncer l’Évangile aux familles d’aujourd’hui. Dans un message publié ce 19 mars, le Saint-Père rend grâce pour le texte de son prédécesseur et souligne qu’en dix ans, les transformations du monde rendent nécessaires une mise à jour de l'engagement de l'Église.

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Témoigner de l’espérance: le triple jubilé des Pères SMA et des Sœurs NDA

L'année 2026 marque une étape importante pour deux familles missionnaires: les Sœurs de Notre-Dame des Apôtres (NDA) et la Société des Missions Africaines (SMA). Les deux congrégations célèbrent trois anniversaires importants: les 170 ans de la fondation de la Société des Missions Africaines en 1856; les 150 ans de la fondation des Sœurs de Notre-Dame des Apôtres en 1876 et les 200 ans de la naissance du père Augustin Planque, fondateur des Sœurs OLA et cofondateur des SMA.

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Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Parce qu’une journaliste de BFMTV avait cru entendre dans la bouche de Bally Bagayoko « la ville des Noirs », alors qu’il avait dit « c’est la ville des rois morts et du peuple vivant » (Jean Marcenac), et parce qu’il affirme qu’à la différence des autres Lfistes, il n’aime pas le mot « racisé » pour se définir, nous sommes désormais priés de croire que le nouveau maire de Saint-Denis (93) n’a pas mené une campagne communautariste et qu’aucun électeur n’a voté pour lui en raison de sa couleur de peau.


Dès le premier tour des élections municipales, la ville de Saint-Denis — deuxième cité la plus peuplée d’Île-de-France avec ses 150 000 habitants — a élu maire un citoyen issu de l’immigration, Bally Bagayoko. Élection incontestable, d’ailleurs non contestée.

Victoire manifeste pour La France insoumise (LFI), dont le nouvel élu est un membre éminent. Victoire aussi, mais au goût beaucoup plus amer en l’occurrence, pour ceux qui, avant tout le monde, évoquaient la perspective d’un « grand remplacement » et qui, de ce fait, se voyaient accusés de délirer. De toute évidence, l’élection de Saint-Denis leur donne a posteriori raison.

En fait, conspués, ils l’étaient jusqu’à ce que le gourou Jean-Luc Mélenchon ne les rejoigne sur ce terrain, évoquant — je cite — « la nouvelle France, la France bigarrée, celle du grand remplacement ». Donc, puisque M. Mélenchon lui-même nous le dit, nous l’enseigne, inclinons-nous bien bas et admettons que l’élection de M. Bagayoko n’est qu’un des tout premiers épisodes du « grand remplacement » dans sa dimension politique et électorale. Un premier pas vers la métamorphose de la France que, autre éminente membre de LFI, Mme Obono appelait implicitement de ses vœux lorsque, à la Fête de l’Humanité, où elle trônait en invitée vedette, elle tint à faire savoir qu’elle ne voyait dans cette assemblée qu’une intolérable domination de la gauche blanche au détriment de la gauche non blanche. En clair, l’Insoumise « racisée » déplorait, à mots à peine couverts, que le pays, la France, soit encore aujourd’hui, malgré tous les efforts de nos prétendues élites politiques depuis cinquante ou soixante ans, majoritairement un « pays de race blanche », comme le constatait le général de Gaulle avec bon sens. Qu’elle se rassure, Madame Obono: son affaire est en bonne marche. Encore un peu de patience, juste un peu.

Il est clair que, pour M. Mélenchon, Saint-Denis représente le laboratoire de la tambouille électorale qu’il entend concocter pour les présidentielles de 2027. Lors de celles de 2022, il lui manquait 600 000 voix pour accéder au second tour. Ces 600 000 voix, il compte bien aller les harponner du côté de l’électorat qui a porté, ce dernier dimanche, M. Bagayoko à la mairie d’une ville d’une telle importance.

M. Bagayoko qui, si l’on regarde les choses d’un peu près, se trouve, qu’il le veuille ou non, pris en otage par son propre parti et son grand maître Mélenchon. Car il ne viendrait à l’esprit d’aucun vrai démocrate, d’aucun esprit français, pétri de tolérance et de sens civique, de contester a priori que le nouvel élu puisse se révéler un bon maire pour sa ville, ses concitoyens, pour la France. Donc tout procès d’intention à son encontre ne saurait être justifié. Pire, il serait à condamner, puisque chez nous, et depuis des lustres, nous sommes régis par le noble principe selon lequel nul ne peut être inquiété pour ses opinions, sa race, ses origines, etc.

Or, ce sont bien ces principes admirables qui se trouvent bafoués par la clique LFI qui, très ouvertement, avant même le scrutin, plaidait et militait pour l’instauration chez nous d’une forme de jurisprudence électorale dont le résultat — positivement antidémocratique — serait que, désormais, à Saint-Denis — et bientôt ailleurs — nul individu non racisé ne pourrait être propulsé à la tête de la cité. M. Delogu — la tête pensante de LFI — le proclamait à Saint-Denis même : la prise en compte de ce qu’est « le réel peuple de France » implique l’accession à la mairie d’un candidat « racisé ».

Le pire est que, disant cela, on n’exagère qu’à peine, on ne caricature qu’à la marge, tant il paraît évident que, à l’avenir, bien audacieux et bien téméraire serait le non-racisé qui s’aventurerait à rêver d’alternance. Il y a un bien grand risque, en effet, que l’affaire ne soit verrouillée à double ou triple tour, et pour longtemps. L’élection d’un Blanc, à l’avenir, à Saint-Denis ne pourrait être perçue que — nullement comme un épisode de la vie démocratique — mais bel et bien comme le résultat d’un horrible complot fasciste, à combattre, à annihiler par tous les moyens, légaux ou moins légaux. Nous en sommes là.

En France, une mairie interdite aux Blancs: le rêve à peine voilé de la mélenchonie. Une régression culturelle et civilisationnelle terrifiante. Mais, à la vérité, la sanction éminemment prévisible d’une immigration incontrôlée, cette immigration qui aboutit, en une génération ou deux, à une modification substantielle et radicale du corps électoral. Saint-Denis, en cela, fait figure de cas d’école. Que le sommeil éternel de nos rois, inhumés en sa basilique, n’en soit pas troublé est bien tout ce qui reste à espérer…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Ne m’appelez plus jamais France libre!

En visite hier à Nantes-Indret, en Loire-Atlantique, le président de la République a dévoilé le nom choisi pour notre futur porte-avions destiné à remplacer le Charles-de-Gaulle. Le bâtiment, doté de trois pistes de catapultage et long de 310 mètres sera livré en 2038. Son chantier est estimé à 10 milliards d’euros.


J’ai assisté au baptême du futur porte-avions français à la télévision hier. C’est notre royal baby à nous. Alors forcément, les paris allaient bon train sur le nom du futur nouveau-né – il ne verra le jour que dans dix ans mais le travail a commencé.

Avant de le dévoiler, le curé, un brin sadique a infligé à son auditoire et à votre servante une longue homélie sur cet exploit militaire et industriel, réellement admirable d’ailleurs. Promettant un nom inscrit dans l’avenir, il a enfin lâché: le France libre succèdera au Charles-de-Gaulle. Sauf qu’on dirait un bégaiement. France libre, c’est l’autre nom de Charles de Gaulle. Comme si, dans notre Panthéon, il n’y avait plus que le Général qui fasse encore consensus. Pasteur, Marie Curie ou Balzac, ce serait un peu pacifique pour un navire de guerre – en supposant que leurs noms disent quelque chose à la jeunesse. Charlemagne, c’est un peu allemand. Napoléon, ce n’est même pas envisageable dans un pays qui n’a pas osé célébrer Austerlitz. Les lecteurs du Figaro avaient plébiscité Jeanne d’Arc et Richelieu, mais imaginez les braillements des insoumis sur cette histoire trop catholique, trop blanche etc. Reste donc le Général, même si de nombreux lycéens le confondent avec Louis XIV.

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Numéro 109 de « Causeur »

France libre, ce n’est pas seulement un nom propre, c’est un programme. Un programme qui ne peut choquer personne. Qui se déclarerait pour une France affaiblie, vassalisée et dépendante (particulièrement de la bonne volonté financière de nos partenaires) ? Seulement, la liberté, comme le vivre-ensemble, on les brandit d’autant plus qu’ils ont disparu ou sont en passe de l’être. En écoutant Emmanuel Macron parler de notre volonté de rester libre, et proclamer une fois de plus que « pour être puissant, il faut être prêts aux efforts », on avait l’impression qu’il parlait de ce que nous ne sommes plus. Et ce n’est pas seulement à cause d’Emmanuel Macron et de nos dirigeants politiques. La liberté, l’indépendance et la souveraineté ont un prix et un peuple qui pleurniche pour sa retraite et réclame des subventions à cor et à cri en permanence n’est pas prêt à le payer. Rappelez-vous les cris d’orfraie quand le chef d’Etat-major des Armées a expliqué que pour rester souverains, nous devions accepter de perdre des enfants. Nous nous réclamons de De Gaulle mais sommes prêts à troquer la liberté pour le confort. Ne m’appelez plus jamais France libre. Parce que la France, on l’a laissée tomber. Et la liberté aussi.


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«Epstein Files» : la révélation sexuelle

Les « Epstein Files » dévoilent l’ampleur des réseaux tissés par le milliardaire pour commettre ses crimes sexuels et ses escroqueries financières. En 2008, lors de son premier procès, l’homme d’affaires a même passé un accord avec la justice américaine pour qu’il n’y ait pas de procédure fédérale. Une clémence qui interroge.


« Tout ce qui est caché apparaîtra, et rien d’impuni ne restera. » Ce sont des paroles du Dies Iræ, le poème médiéval qui évoque le jugement dernier. Elles pourraient s’appliquer à l’affaire des « Epstein Files » qui a une dimension « apocalyptique » au sens grec de « dévoilement ». Car dans cette affaire il y a révélation et jugement. Les coupables et leurs fautes sont exposés au grand jour afin que le monde entier puisse les voir punis par la justice ou au moins couverts de honte. Il en résulte un véritable tremblement de terre qui secoue les sphères politique, économique, intellectuelle et culturelle. Les crimes d’Epstein et de son entourage, si longtemps impunis voire dissimulés, ont suscité chez les citoyens américains une demande exorbitante de transparence qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire. Cette demande, ainsi que les méfaits du financier pédophile, a été rendue possible par la communication électronique. C’est internet qui a facilité les transferts instantanés de grosses sommes d’argent autour du monde, permettant à Epstein de commettre ses fraudes et de financer son trafic sexuel. C’est internet qui lui a permis d’entretenir un réseau aussi dense de relations avec proxénètes et grands de ce monde. C’est aussi internet qui, après sa mort, a permis la sauvegarde d’un si grand nombre de documents le concernant ainsi que leur consultation par tout un chacun.

Cependant, transparence et justice sont un couple explosif. Dévoiler des noms et des pièces à conviction encourage toutes les conjectures et amène le public à se demander s’il ne reste pas d’autres documents, encore plus compromettants. Promettre la justice se retourne contre ceux qui ont fait la promesse, s’il s’avère qu’il y a peu de coupables à punir. Aux États-Unis, des politiques de tous les bords ont cru pouvoir canaliser la colère populaire suscitée par l’affaire Epstein et la diriger contre leurs adversaires. Au cours de la campagne électorale de 2024, Donald Trump a affirmé que, réélu, il publierait tous les dossiers, flattant ainsi le récit manichéen, cher à sa base, qui oppose élites globalistes véreuses et petites gens honnêtes. Il espérait aussi gêner les démocrates qui, pour certains électeurs, étaient identifiés à ces élites. De retour à la Maison-Blanche, Trump a commencé à rétropédaler, donnant aux démocrates l’opportunité de le dénoncer pour dissimulation et de se faire à leur tour les champions de la transparence. C’est ainsi qu’au Congrès, en novembre, les élus des deux partis étaient presque unanimes (à une voix, républicaine, près) à voter la loi contraignant le département de la Justice (DOJ) à publier tous les dossiers Epstein. Cela n’a pas apaisé la colère et la soif de transparence populaires, bien que les révélations aient déjà dynamité ou éclaboussé carrières, réputations et institutions séculaires.

La justice à la barre

La clé de compréhension de ce phénomène est le « sweetheart deal », l’accord de complaisance offert à Epstein par la justice en 2008, lors des premières poursuites contre lui. Il a bénéficié d’un « non-prosecution agreement » (« accord de non-poursuites »), au terme duquel il a plaidé coupable sur deux chefs d’accusation – trafic sexuel et trafic d’une mineure – en échange d’une immunité pour lui et ses salariés par rapport à d’autres chefs possibles. L’accord, publié en toute discrétion dans un tribunal de Floride, a été conclu sans consulter les victimes ou leurs avocats. Epstein a été condamné à seulement dix-huit mois de prison, où il n’est resté que treize, dans des conditions de détention d’une indulgence surprenante. Comment expliquer une telle mansuétude ? A posteriori, le procureur, Alexander Acosta, a prétexté les difficultés de prouver la culpabilité d’Epstein. D’autres rumeurs évoquent des informations livrées par Epstein au sujet d’un fonds de la banque Bear Stearns qui était au bord de la faillite, et même une intervention des services de renseignement pour lesquels Epstein aurait travaillé. En tout cas, l’accord a mis fin à une enquête lancée par la police en 2005, et poursuivie par le FBI, qui avait défini la méthode de recrutement employée par Epstein et identifié une quarantaine de victimes. Ces dernières, dont les droits avaient été bafoués par la transaction, étaient alors muselées. Mais la justice avait créé une bombe à retardement qui devait exploser en 2019.

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Entre-temps, l’affaire a continué à travers des poursuites civiles intentées contre Epstein par des victimes. Mais le scandale éclate publiquement en 2011 quand Virginia Giufre donne une interview à un tabloïde anglais où elle accuse le prince (à l’époque) Andrew et fournit une photo, prise en 2001, qui la montre à côté de lui et de Ghislaine Maxwell, la maîtresse et recruteuse d’Epstein. En 2015, elle poursuit Maxwell pour diffamation et le litige est tranché en sa faveur en 2017. En 2019, Andrew donne une interview désastreuse à la BBC au sujet de Giufre, qui le poursuit en justice en 2021 et reçoit une forte somme en compensation de la part de la famille royale. Giufre la victime et Andrew le bourreau ont joué un rôle clé dans la promotion de cette image de la jeunesse innocente livrée aux appétits des riches et puissants, qui caractérise l’affaire Epstein. Quand le châtiment frappe Epstein lui-même en 2019, c’est en grande partie parce que, fin 2018, une série de reportages dans The Miami Herald attire l’attention sur le scandaleux accord de faveur de 2008. Le procureur Acosta, devenu secrétaire au Travail sous la première présidence de Trump, est obligé de démissionner. Soudain réveillées, les autorités rouvrent le dossier et arrêtent l’accusé. Il faut souligner que les requérantes restent largement les mêmes qu’en 2008. Dans l’intervalle, Epstein semble avoir changé de méthode de recrutement, préférant des réseaux internationaux de prostitution. Le délai renforce l’idée d’un déni de justice, d’autant que le suicide en prison d’Epstein l’empêche de donner plus d’explications sur ses réseaux et ses complices. En 2022, les victimes ont la satisfaction de voir Maxwell condamnée à vingt ans de prison, mais elle a refusé de livrer ses secrets. Afin de percer le double mystère du système Epstein et de la lenteur judiciaire, tous les yeux se tournent vers les archives.

Un escroc de notre temps

Pourtant, la toile d’araignée qu’a tissée Epstein n’était pas fondée uniquement sur des préférences sexuelles partagées, mais aussi sur l’argent. Car le pédocriminel se double d’un arnaqueur. Il a acquis sa fortune par des moyens en partie malhonnêtes et, en consacrant de l’argent à ses activités criminelles, il a eu recours à des circuits financiers illégaux. L’enquête sur lui stoppée en 2008 comportait un pan financier. En examinant toutes ses transactions depuis 2003, le parquet avait découvert d’innombrables transferts non contrôlés permettant à ses employés de retirer des sommes en cash un peu partout pour payer les filles qu’il exploitait.

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Epstein fait ses premières armes, à la fois dans la finance et dans la fraude, dans les années 1980 et 1990. Il participe à l’un des plus grands systèmes de Ponzi de l’histoire. Conseiller en investissements, il empoche tout simplement l’argent de ses clients. Mythomane né, il s’introduit dans des milieux huppés des deux côtés de l’Atlantique en se présentant comme gestionnaire d’actifs. Sa grande chance, c’est sa rencontre en 1986 avec le milliardaire Les Wexner, un magnat du commerce de détail. En 1991, il confie le contrôle de ses finances à Epstein qui a réussi à convaincre Wexner, comme d’autres clients par la suite, que les conseillers et même les proches de ce dernier cherchaient à le berner. La solution ? Faire confiance à Epstein ! En plus des frais de gestion qu’il soustrait au milliardaire, il l’aurait arnaqué en achetant pour son compte des propriétés et un jet qu’il revend à lui-même à prix réduit. C’est en 2007, lorsque les enquêteurs contactent Wexler au sujet des irrégularités financières d’Epstein, que le milliardaire rompt avec lui. L’année suivante, Epstein lui rend 100 millions de dollars. Mais le gestionnaire trouve d’autres clients pour ses services, notamment le milliardaire Leon Black, spécialiste du capital-investissement, qui le rémunère entre 2012 et 2017. D’autres noms révélés par les dossiers Epstein incluent Mortimer Zuckerman, magnat de l’immobilier, et la banquière Ariane de Rothschild. Les sommes démesurées versées par ces clients à leur conseiller sont suspectes. Leur rendait-il d’autres services ? Installé dans le paradis fiscal des îles Vierges, il ne payait presque pas d’impôts et réalisait sûrement des opérations de blanchiment d’argent.

Virginia Roberts Giuffre, qui accuse Jeffrey Epstein et son entourage d’abus sexuels, présente une photographie d’elle adolescente, 1er mars 2023 (C) Emily Michot/TNS via ZUMA Press Wire/SIPA

Selon le magazine Forbes, entre 1999 et 2018, le total des revenus des deux entreprises principales d’Epstein s’est élevé à 800 millions de dollars, dont 490 millions en honoraires, principalement de la part de Wexner et de Black, et 310 millions provenant d’investissements. À sa mort, sa fortune était estimée à environ 600 millions. Comment a-t-il pu entretenir des relations avec autant de personnalités publiques ? Il a utilisé la méthode pour rendre le capitalisme respectable prônée par le magnat de l’acier, Andrew Carnegie dans son essai L’Évangile de la richesse, en 1889 : la philanthropie. Si aristocrates, anciens hommes d’État, artistes et scientifiques fréquentaient Epstein, même après sa condamnation en 2008, c’est parce qu’il se montrait généreux, soldant les dettes des uns, payant les voyages ou subventionnant la recherche des autres. Une partie de son charisme dépendait de ces largesses. Avec d’autres encore, il lançait des projets d’affaires en fournissant mises en relation, conseils ou capital.

De la fantaisie complotiste à la méfiance justifiée

Dans quelle mesure y avait-il recoupement entre les membres du réseau philanthropo-financier et celui de trafic sexuel ? Très peu, selon le FBI. C’est pour cela que, Epstein s’étant suicidé en prison, comme son associé français, Jean-Luc Brunel, en 2022, il n’y a pas encore eu d’autres condamnations que celle de Maxwell. Mais ici, l’ex-prince Andrew redevient emblématique. On a en effet appris que, tout en profitant du trafic sexuel, il aurait essayé de monter des affaires avec Epstein en abusant de son rôle de délégué au commerce extérieur entre 2001 et 2011. C’est pour cet abus-là qu’il a été interrogé par la police. D’autres relations d’Epstein étaient-elles au courant de son trafic sexuel ? Ont-elles fermé les yeux ? Pour de tels soupçons, Wexler a dû quitter la direction de son groupe en 2020 et Black, celle du sien en 2021. Ces interrogations ont reporté l’attention générale sur les fameuses archives Epstein supposées contenir toutes les réponses. Cette attention est devenue obsession. À partir de 2016, les théories du complot – Pizzagate et QAnon – ont ajouté une dimension conspirationniste et apocalyptique à l’affaire Epstein, aux Epstein Files et à leurs révélations supposées. Entre 2024 et 2026, la publication graduelle et parcellaire des documents par des tribunaux, la commission de surveillance du Congrès (House Oversight Committee) et le DOJ ont fait monter la tension. L’ouverture enjanvier 2024 du dossier Giufre-Maxwell a créé par accident le mythe d’une « liste Epstein » contenant les noms de clients mouillés dans le trafic sexuel qu’Epstein aurait fait chanter. Trump a profité de ce mythe en 2024, avant de reconnaître en 2025 que c’était une « fumisterie » – qu’il a attribuée aux démocrates.

Depuis la mort d’Epstein, son patrimoine a dédommagé de nombreuses requérantes. Ses banques, JPMorgan Chase et Deutsche Bank, ont payé autour de 600 millions de dollars en amendes et en compensation pour les victimes. Des enquêtes criminelles ont été ouvertes sur des personnalités publiques. D’autres ont dû démissionner ou vu leur réputation ternie. Et ce processus continuera. L’affaire Epstein marque, non la fin du monde, mais le conflit propre à notre époque entre : la mondialisation néolibérale qui, en plus des bienfaits, a apporté des possibilités de corruption à une échelle inédite ; l’indispensable confiance réciproque dans un monde démocratique et connecté ; et enfin le besoin de secret, ou d’intimité, nécessaire selon le sociologue Georg Simmel, à la vie en société. Bienvenue dans l’ère du soupçon.

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March 18, 2026

Le mystère de la chambre noire

Les divergences abyssales entre les paroles et les actes des bobos progressistes ne cessent de fasciner notre contributeur.


Enfant de communistes, formé dès la prime jeunesse aux préceptes du marxisme puis, dans ma vie professionnelle (comme enseignant en philosophie), entouré de collègues plus ou moins d’extrême gauche, on peut dire que la palette des idées révolutionnaires m’est familière. J’ai très tôt trouvé ces audaces fallacieuses sur le plan intellectuel et politiquement dangereuses, mais enfin, j’ai aussi constaté que certains de leurs défenseurs ne manquaient pas de cohérence ni d’arguments. J’ai encore remarqué qu’on pouvait convoquer des arguments et enrégimenter la raison pour dire n’importe quoi, mais ce n’est pas mon sujet ici[1].

L’intimité moralo-intellectuelle des « bobos » et ses secrets

Ce qui m’intéresse – que dis-je ? ce qui me fascine ! – c’est plutôt le positionnement intellectuel et existentiel que l’on qualifie habituellement de « bobo », et qui se caractérise par un étonnant strabisme politico-comportemental : divergence entre des « valeurs » revendiquées et des modes de vie concrets.

Sans prétendre faire œuvre de sociologie ni de psychologie, j’observe depuis longtemps les tergiversations et circonlocutions de mes fréquentations de gauche, dans le cerveau desquels une armée de diplomates tentent d’accorder les fameuses « valeurs de gauche » avec les exigences et les intérêts du quotidien. Je vois d’habiles ingénieurs rétablir en permanence les déséquilibres, prévenir les courts-circuits et les « erreurs 404 ».

J’appelle mon objet d’étude « la chambre noire » pour confesser que, aujourd’hui encore, je n’ai pas fait toute la lumière sur ce théâtre secret. Pour m’aider dans mon enquête – qui prendra ici la forme d’un questionnaire – je te demande, lecteur, d’endosser le rôle d’un de ces « bourgeois-bohème » et de me permettre de te tutoyer. Ainsi, je serai plus à mon aise.

Premières perplexités et début du questionnaire

Toi qui fis de brillantes études pour mieux « casser les préjugés », comment peux-tu colporter autant d’idées reçues sur la droite, sur les aspirations des électeurs de droite, sur leur moralité, leur probité, leur droiture ou leur niveau d’information ? Tu luttes contre l’obscurantisme et t’imagines héritier des Lumières, mais tu te comportes en prêtre et refuses d’argumenter (avec la sincérité requise) contre tes adversaires. Car ils sentent mauvais, dis-tu. Ta pensée se résume à l’olfaction dès qu’on parle d’un sujet qui fâche.

Toi qui étais fort en math, d’où vient cette myopie qui t’empêche désormais de considérer les chiffres (de l’immigration, du déficit public, de la fécondité, de la délinquance…) ? Les statistiques, pourtant, ne seraient-elles pas une arme utile dans ta bataille « contre les stéréotypes » ?

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Tu veux émanciper les peuples, mais il va leur falloir marcher dans le bon sens. Tu veux libérer les esprits, mais tu bourres des crânes (à l’école, par exemple, devenue un gavage industriel d’idées progressistes). Tu es pour la liberté d’expression, mais surtout quand elle s’exprime bien. Pour la démocratie, mais pas si le démos se trompe. Pour le droit de tous les peuples du monde à l’identité culturelle, mais pas pour les Occidentaux, les Européens ou les Français – car défendre l’identité française, c’est rance…

Tu voudrais sauver l’humanité des régimes autoritaires, sans comprendre qu’ils sont historiquement des réactions aux audaces « progressistes » [2]. Tu imagines ériger des barricades contre le trumpisme, le lepénisme et autres modalités du « fascisme » (pourquoi s’embarrasser de subtilités ?), comme s’il s’agissait de simples pestilences émergeant spontanément. En réalité, c’est l’hégémonie culturelle et intellectuelle de la gauche (et ses conséquences) qui irrite le corps social. Tu rêves d’être Hercule coupant les têtes de l’Hydre fasciste, mais elles sont souvent la conséquence de ton activisme ; toi, le pompier pyromane, dont le feu justifie l’existence. Comme Lucky Luke tirant sur son ombre, tu confonds l’action et la réaction, la cause et l’effet.

Rente symbolique et gauche ontologique

Tu justifies « ta » gauche en t’accordant de la profondeur historique et en te rapportant au passé comme le gérant d’un héritage. Le dreysfusisme, la Résistance et l’abolition de la peine de mort sont à cet égard des sortes de rentes. Et toi, gestionnaire de ce capital symbolique, tu sais le faire fructifier en capitaliste avisé. Il permet par exemple de réfuter un adversaire à bon compte. Surtout, il t’assure un statut socio-symbolique de haut rang, car tes ancêtres sont nobles.

En vertu de cette généalogie, tu es homme-de-gauche ou femme-de-gauche. A t’entendre, c’est une question ontologique et tu n’y es pour rien. Mais par ailleurs, tu prétends être libre et ne jure que par l’émancipation – vis-à-vis du passé, qui est dépassé quand cela t’arrange.

Bref, tu es incohérent intellectuellement, moralement et existentiellement. J’aimerais savoir comment tu le vis, comment tu parviens à te le cacher, comment se dressent les cloisons dans ton cerveau. Explique-moi qui tu es. Voici ce que je dirai, en première approximation, avec les éléments dont je dispose.

Risquons quelques hypothèses

Tu sembles xénophobe, puisque tu édifies partout autour de toi et de tes proches des petits murs, des frontières invisibles et des zones tampons, pour éviter trop de contacts avec les étrangers. Disons que tu aimes les Tatars dans les livres, les mythes et les discours. Tu habites dans un quartier bourgeois, car tu ne veux pas te mélanger à la populace. Ou bien tu résides dans un secteur bohème, mais à l’écart de l’agitation grâce à la grille de ta résidence.

Tu mets tes enfants dans une école privée, car il y a trop d’immigrés dans le public. C’est faux ? Alors pour quelle autre raison ? Parce que tu es catholique ? Mais non, tu pestes régulièrement contre l’Eglise, son obscurantisme, ses prêtres pédophiles et son Pape réactionnaire. Parce que c’est plus pratique ? Regarde mieux la carte. Parce que tes enfants veulent apprendre le russe en « LV2 » ? Sois honnête. Parce que le public « manque de moyens » ? Examine mieux le budget de l’Education nationale et l’évolution des effectifs.

Progressiste dans le Monde des Idées, tu es conservateur prudent ici-bas. Prêt à toutes les expérimentations sociales en général, pourvu que ta famille reste stable, qu’il y ait de la dinde à Noël et des cloches de Pâques. Tu ressembles trait pour trait à ce que tu appelles « un connard de droite ». Pardon de t’insulter, mais regarde les choses en face.

Comme un « connard de droite », tu pleures devant ta feuille d’impôt, tu payes au black ta femme de ménage et les cours particuliers des gamins, tu oublies de déclarer ceci ou cela. En théorie, je sais, tu es pour l’Etat Providence – pas comme les droitistes susmentionnés qui veulent le détricoter. Mais qui doit le financer ? Les riches ? Mais c’est toi qui es riche. Ta taxe foncière en atteste.

Liste des incohérences, suite

Continuons. Tu adores polluer, consommer, gâcher. Tu n’envisages pas des vacances sans voiture ou sans avion, ni un repas sans viande. Tu jettes toutes les semaines une partie de ton frigo parce que tu as eu la flemme de regarder les dates de péremption ou parce que tu as trop de plaisir à le remplir à nouveau. Idem pour la penderie, les sacs-à-main à peine usés, les baskets démodées, etc. Je ne te jette pas la pierre (sauf sur le gâchis), mais dispense-nous de tes leçons de morale écolo. Il est vrai que tu fais un compost et tu achètes bio ; la nature te remercie.

Que reste-t-il ? Ah oui, tu aimes le pouvoir et l’autorité. Non, je ne confonds pas. Officiellement, je sais, tu es un directeur, cadre ou responsable d’équipe cool, qui tutoies tout le monde et troque costume-cravate contre T-shirt-sneakers. Tu es pour la démocratie d’entreprise, voire l’autogestion. Dans la réalité, tu fais pression pour que tes subordonnés soient à ton service le soir et le week-end ; le copinage avec « l’équipe » n’est qu’un moyen de faire sur-travailler tout le monde.

« Problemos » de Éric Judor, 2017 Albertine Productions.

Tu aimes bien être servi, d’ailleurs. C’est humain. Des petites fourmis s’agitent autour de toi – Uber, UberEats, la gardienne de l’immeuble, les gars de la sécu, etc. Je sais que tu es pour l’émancipation du prolétariat, mais en attendant, il te rend bien service.

Bonus sur les champions de la tolérance

Au moins, tu es féministe – on ne peut pas te retirer ça. Si, en fait. Dans les dîners mondains, tu n’écoutes qu’à moitié les femmes, trop pressé de reprendre la parole. Le soir, pendant que tu rêves d’égalité, tu ne vois pas ta compagne signer les mots de la maîtresse, penser au goûter du petit et envoyer un texto à ta propre mère – car c’était son anniversaire. Si tu as une ouverture avec une jeune collègue, tu te laisses tenter ; mais si ta femme te trompe, ce n’est pas tout à fait pareil. Bref, la femme est l’avenir de l’homme, mais pour l’instant, on verra plus tard.

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Tu apprécies les marginaux, les saltimbanques et tous ceux qui « ne rentrent pas dans le moule du système ». Cela ne t’empêche pas d’espérer un gendre idéal pour ta fille. A tes heures, tu es champion toutes catégories de la lutte contre « l’islamophobie », mais il ne faudrait pas qu’il soit trop musulman, ce gendre idéal – et encore moins qu’il veuille imposer le voile à ton rejeton.

La police est dangereuse, car tu te souviens des chemises brunes et du bruit des bottes. Face à la répression militaro-policière, tu clames « ¡No pasarán! ». Mais si ton voisin fait du tapage nocturne, la même police devient la fée du Bois dormant.

La sombre bêtise des têtes intelligentes

Tu es diplômé et intelligent. Productif, efficient, prévoyant – je parle de tes affaires privées, pas du futur de ta civilisation. Ta culture est telle que tu triomphes aisément, avec un peu de rhétorique, des débats avec le beau-frère – celui de province, qui vote à droite. L’autre jour, tu lui as bien cloué le bec. Il confondait « immigrés » et « étrangers » ! On a bien ri.

Mais, dis-moi, avec toute cette intelligence et cette rationalité, comment expliques-tu ton propre comportement ? Et ton vote ? Est-ce que ça ne serait pas pour te faire pardonner quelque chose, ce vote à gauche ? Car la gauche, c’est bien ; tandis que la droite, c’est mal, n’est-ce pas ? A droite, on est soit bête, soit méchant. Ou égoïste – merci pour cette ultime alternative. Et toi, tu es quelqu’un de bien, puisque tu votes à gauche. Utile à ton pays, puisque tu critiques la droite.

Comment expliques-tu qu’avec une telle intelligence, tu en sois réduit à des considérations si frustres ? Une vision du monde si dichotomique, toi qui es si subtil… Une morale si infantile, toi qui es si responsable ? Tu ne l’expliques pas ? Essaye encore. Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour nous, pour ton pays, pour notre avenir.

Pourquoi les intellectuels se trompent

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[1] Voir Samuel Fitroussi, Pourquoi les intellectuels se trompent, Paris, L’Observatoire, 2025.

[2] Vincent Citot, « Action et réaction : une loi de la physique sociale » [titre originaire], Le Point.fr, 21 mars 2025.

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Le cardinal Parolin exhorte Israël et les États-Unis à laisser le Liban tranquille

Le Secrétaire d’État du Saint-Siège était ce mercredi 18 mars à la Chambre des députés italiens pour la présentation d’un livre sur Léon XIV. En marge de l’événement, Il a été interrogé par des journalistes sur la situation internationale. «Laissez le Liban tranquille. Les problèmes doivent se résoudre par le dialogue et la diplomatie», a-t-il notamment exhorté.

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De « Lacombe Lucien » aux « Rayons et les Ombres »: comment filmer la compromission

Il y a dans le cinéma français une tentation presque irrépressible: revenir à l’Histoire comme on revient sur une scène de crime – mais une scène déjà bien balisée, déjà commentée, déjà neutralisée. La sortie de Les Rayons et les Ombres s’inscrit pleinement dans ce mouvement.


Xavier Giannoli, cinéaste du romanesque et de la dissection sociale, s’attaque dans son film à la période de l’Occupation avec une ambition manifeste : embrasser la complexité morale d’une époque sans céder ni à l’héroïsation facile ni à la condamnation sommaire. La réception critique, dans la presse généraliste comme dans les revues cinéphiles, a largement salué cette ampleur, cette volonté de faire œuvre de mémoire sans didactisme pesant, en mettant en scène des personnages pris dans des logiques de pouvoir, de séduction et d’aveuglement plutôt que dans des schémas moraux simplistes[1]. Le film déploie ainsi une mécanique où la compromission ne naît pas d’un choix brutal mais d’une série de glissements. Ce qui frappe, ce n’est pas tant la faute que son processus : une lente acclimatation au pire, un ajustement progressif à un monde où les repères se déplacent.

« Comprendre n’est pas excuser »

Ce geste s’inscrit dans une tradition désormais bien installée : celle d’un cinéma qui cherche à comprendre avant de juger, à exposer les déterminismes sociaux et psychologiques plutôt qu’à isoler des figures de coupables. Il correspond à une époque qui se méfie des verdicts trop nets et préfère interroger les zones grises de l’Histoire. Mais c’est précisément dans cette zone grise que le parallèle avec Lacombe Lucien devient éclairant. Le film de Louis Malle, coécrit avec Patrick Modiano, ne procède pas de la même manière. Il ne cherche pas à reconstituer un système ni à en démontrer les rouages. Il se concentre sur une figure presque opaque, un adolescent sans qualité particulière, dont l’adhésion à la Milice semble à la fois arbitraire et inéluctable. Là où Giannoli déploie, Malle retranche. Là où le premier contextualise, le second isole. Et de cette isolation naît un malaise d’une autre nature: non pas celui de la compréhension, mais celui de la proximité.

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Mais il faut se souvenir d’une chose que notre époque tend à lisser : Lacombe Lucien n’a pas été accueilli comme une œuvre « subtile » ou « nuancée ». Il a fait scandale. À sa sortie en 1974, le film déclenche une véritable levée de boucliers, aussi bien à gauche qu’à droite. On lui reproche d’avoir osé montrer un collaborateur sans idéologie, un garçon ordinaire qui bascule presque par hasard, et non par conviction politique. Cette représentation heurte de plein fouet le récit dominant d’une France largement résistante. Le film est accusé de banaliser le mal, voire de légitimer un collabo, certains y voyant une œuvre dangereuse parce qu’elle refuse précisément de juger son personnage. Dans une France encore travaillée par le mythe gaulliste d’un pays unanimement dressé contre l’occupant, Malle introduit une faille insupportable: celle d’une compromission possible, ordinaire, presque contingente. Ce n’est pas tant ce que montre le film qui choque, que ce qu’il retire au spectateur: la possibilité confortable de croire que le mal appartient toujours aux autres.

Trop sérieux !

En regard, Les Rayons et les Ombres apparaît comme un film profondément contemporain, non seulement par ses moyens ou son écriture, mais par sa position éthique. Il ne s’agit pas de dire qu’il édulcore ou qu’il absout ; au contraire, il met en scène la faute avec sérieux. Mais il l’inscrit dans un cadre interprétatif qui en organise la lecture. Le spectateur est accompagné, guidé à travers les méandres de la compromission. Cette médiation est sans doute ce qui permet aujourd’hui à ce type de récit d’être largement accepté, voire célébré: il offre une complexité lisible, une ambiguïté maîtrisée.

Pierre Blaise. DR

C’est là que se dessine une évolution plus large du cinéma. Celui des années 1970, dans le sillage de Malle, pouvait encore se permettre une forme de brutalité morale, une sécheresse qui laissait le spectateur face à une énigme. Le cinéma actuel, lui, semble devoir négocier en permanence avec une attente de clarification. Même lorsqu’il revendique l’ambiguïté, il la structure, il la rend intelligible. Cette différence ne tient pas seulement aux auteurs, mais à un climat intellectuel où la représentation du passé est devenue un terrain sensible, traversé par des exigences contradictoires: ne pas simplifier, mais ne pas troubler au point de désorienter complètement.

Il serait tentant de voir dans cette évolution une victoire de la bien-pensance, mais ce serait aller trop vite. Le film de Giannoli ne relève pas d’une morale militante ; il cherche plutôt un équilibre, une position tenable entre jugement et compréhension. Pourtant, cette recherche d’équilibre produit un effet particulier : elle tend à refermer ce que Lacombe Lucien laissait béant. Là où Malle exposait une faille, Giannoli construit un dispositif. Là où l’ancien film laissait persister une inquiétude sans résolution, le nouveau propose une intelligibilité.

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Mettre ces deux œuvres en miroir, ce n’est donc pas opposer un « bon » et un « mauvais » cinéma, mais interroger ce que notre époque attend de la représentation du passé. Nous voulons des récits qui éclairent sans accabler, qui complexifient sans perdre, qui montrent la faute sans nous y exposer trop directement. En ce sens, Les Rayons et les Ombres est peut-être moins un film sur l’Occupation qu’un film sur notre manière contemporaine de regarder cette période. Et c’est là, paradoxalement, qu’il rejoint Lacombe Lucien : non pas dans sa forme, mais dans sa capacité à révéler, en creux, quelque chose de nous-mêmes.

Entre la faille ouverte par Malle et le dispositif construit par Giannoli, c’est toute une évolution du regard qui se dessine – et, avec elle, une question plus inconfortable qu’il n’y paraît: à force de vouloir comprendre la compromission, n’avons-nous pas fini par la rendre supportable?

https://www.youtube.com/watch?v=f3z46ECvYsk

[1] Lire dans le magazine la critique du film de Jean Chauvet

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Gaza, le Liban et la guerre révélée

L’armée israélienne a encore mené, dans la nuit de mardi à mercredi, des frappes aériennes visant notamment des positions du Hezbollah à Beyrouth ainsi que dans le sud du Liban, à Saïda. Selon les autorités israéliennes, ces opérations ciblaient plusieurs sites stratégiques du groupe armé, proxy iranien bien connu. D’après le gouvernement libanais, ces bombardements ont fait au moins douze morts et 41 blessés. Malgré l’émotion, il faut voir au-delà de ces drames, analyse Charles Rojzman.


Ils ont regardé Gaza comme on regarde une plaie ouverte : avec horreur, avec fascination, avec cette mauvaise conscience qui tient lieu aujourd’hui de pensée. Ils ont regardé les ruines, les immeubles éventrés, les enfants extraits de la poussière comme des statues brisées, et ils ont cru voir là le cœur du monde. Mais Gaza n’était pas le cœur. Elle était le théâtre.

Un théâtre de pierres et de sang, offert à la liturgie morale d’un Occident qui ne croit plus en rien sinon à la sainteté de la victime, et qui confond désormais la vérité avec l’émotion. Car pendant que leurs regards se fixaient sur ce rectangle de misère, pendant que leurs consciences s’y agenouillaient, la guerre, la vraie, poursuivait ailleurs son travail lent, obscur, patient. À Téhéran.

L’empire invisible

Téhéran n’est pas seulement une capitale. C’est une volonté. Une volonté longue, enracinée, nourrie d’humiliation et de revanche, portée par une foi politique qui ne sépare pas le sacré du pouvoir. Depuis plus de quarante ans, la République islamique avance comme avancent les empires anciens : sans bruit inutile, sans gestes spectaculaires, avec la patience de ceux qui savent que le temps travaille pour eux.

Elle n’a pas cherché la guerre frontale. Elle l’aurait perdue. Elle a inventé autre chose. Une guerre sans visage. Une guerre sans centre. Une guerre disséminée.

L’anneau de feu

Au Liban, le Hezbollah s’est imposé — non pas comme une milice, mais comme une armée clandestine devenue puissance, disciplinée, fanatique, équipée comme un État, tournée vers un seul horizon : la destruction. À Gaza, le Hamas — plus fragile, mais infiniment plus utile. Car Gaza n’est pas seulement un territoire : c’est une image. Une image qui circule, qui accuse, qui condamne. Et puis, plus loin, les milices irakiennes, les relais syriens, les Houthis. Une constellation de forces, dispersées en apparence, unifiées en profondeur. Ils ont appelé cela « l’axe de la résistance ». C’est un mot pauvre. C’est un encerclement.

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La guerre sans nom

Ce qui s’est construit là ne correspond à rien de connu. Ce n’est pas la guerre. Ce n’est pas la paix. C’est une guerre sans nom. Israël frappe en Syrie. Le Hezbollah répond. Le Hamas embrase Gaza.
Des milices attaquent ailleurs. Chaque événement semble isolé. Rien ne l’est. Une cohérence existe, mais elle ne se donne pas à voir. Elle agit dans la durée, dans la répétition, dans l’usure. Il ne s’agit pas de vaincre. Il s’agit d’épuiser.

Le moment de la déchirure

Mais les guerres invisibles ne le restent jamais. Il vient un moment où l’ombre se fissure. Ce moment est là. Les frappes deviennent plus directes. Les ripostes moins dissimulées. Les lignes apparaissent. L’Iran ne se contente plus d’agir par relais. Il apparaît. Et avec lui, la réalité d’un affrontement ouvert.

Gaza ou la religion occidentale

Et pourtant, ils continuent de regarder Gaza. Toujours Gaza. Comme si tout se jouait là. Comme si le reste n’existait pas. Car Gaza correspond à ce qu’ils sont devenus incapables de dépasser. Ils ont fait de la victime leur dernière croyance. Non pas une réalité humaine tragique — mais une figure sacrée. Celui qui souffre a raison. Celui qui frappe a tort. Le monde se simplifie. Le réel disparaît. Gaza leur donne ce qu’ils cherchent : de la souffrance visible, immédiate, incontestable. Mais cette visibilité les aveugle. Car ce qu’ils regardent n’est pas le centre. C’est la scène.

Le Liban ou l’attente de la catastrophe

Au nord, le Liban tient. Ou plutôt, il ne tient plus vraiment. Il attend. Le Hezbollah y est installé comme une force en veille, prête à transformer la guerre diffuse en guerre totale. Chaque échange de tirs contient une promesse d’embrasement. Le Liban n’est plus un pays. C’est une fracture.

Au-delà de Téhéran

Mais même Téhéran ne suffit pas à comprendre. Car derrière l’Iran, d’autres avancent. La Russie, avec sa brutalité froide, son art de désorganiser, de fragmenter, de maintenir le chaos utile. La Chine, plus silencieuse encore, plus patiente, qui ne frappe pas mais s’installe, qui ne détruit pas mais remplace, qui prépare un monde où l’Occident ne serait plus qu’un souvenir. La Russie affaiblit. La Chine redessine. L’Iran agite. Ce n’est pas une alliance. C’est une convergence. Et cela suffit.

Le miroir

Alors le miroir de Téhéran apparaît. Et ce qu’il reflète n’est pas seulement une guerre. C’est une cécité. Ils voient des victimes. Ils ne voient pas les stratégies. Ils voient des ruines. Ils ne voient pas les structures. Ils voient Gaza. Ils ne voient pas Téhéran. Et derrière Téhéran, ils ne voient rien encore. Car ce qui s’avance n’a pas encore de nom clair. Un monde plus dur.
Moins lisible. Moins moral. Un monde où leur langage ne suffit plus. Et c’est peut-être cela qui se joue, au fond. Non pas seulement une guerre. Mais la fin d’un regard. La fin d’un monde qui croyait encore comprendre ce qu’il regardait.

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À Douala, un triple jubilé dans l’action de grâce et l’élan missionnaire

L’archidiocèse de Douala a célébré le week-end dernier un triple jubilé marquant les 70 ans de son érection, les 40 ans de sacerdoce et les 25 ans d’épiscopat de Samuel Kleda. La célébration a rassemblé une large communauté ecclésiale autour de l'appel renouvelé à la mission et à la conversion.

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Le message de solidarité, de paix et d’espoir du nonce aux chrétiens du Sud Liban

Le nonce apostolique au Liban s’est rendu lundi 16 mars dans les villages chrétiens du sud du pays, Rmesh, Debel et Ain Ebel, où un convoi d’aide humanitaire est arrivé. Il a également fait étape à Tyr pour rencontrer une autorité religieuse chiite et un groupe de réfugiés hébergés au sein d’une communauté maronite: «Nous leur avons apporté notre solidarité. La guerre touche aussi bien les chrétiens que les musulmans».

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Joue-la comme Vilas!

Monsieur Nostalgie nous conseille d’aller faire un tour en Italie dans les années 1980 en compagnie d’un ex-joueur de tennis professionnel fragile et de son jeune élève besogneux pour une série de défaites qui sont autant de victoires personnelles. Il Maestro d’Andrea Di Stefano est une balle de tennis indécise comme la vie, à cheval sur le filet. Où tombera-t-on ? Du bon ou du mauvais côté du terrain ?


Raul Gatti (Pierfrancesco Favino) est un ancien pro crédible, puissant et à bout de nerf. Fanfaron et apeuré. Caricatural et tendre. Il porte un haut de survêtement en velours de la marque Fila largement ouvert sur un poitrail nu et velu, un short court et des lunettes de soleil de type aviateur. Il roule dans une Jaguar qui ne lui appartient pas. Il s’endort dans les tribunes quand les balles sont trop hautes. Il déteste l’immobilisme de la ligne de fond de court et les lobs soporifiques. Il drague à tout-va, au bar de l’hôtel ou au camping. Il a l’endurance d’un James Hunt au lit et la désinvolture racée d’un Vitas Gerulaitis sans le palmarès, ni l’argent des deux. Il est sous traitement médicamenteux. Hautement explosif. Il sort de clinique. Il va mal.

Il tente d’oublier son passé en souriant obstinément à la vie devant une glace. Cet homme-là souffre. Il aurait atteint les huitièmes de finale au tournoi de Rome, il y a quelques années déjà. Felice (Tiziano Menichelli), treize ans, vit avec sa famille dans une HLM, son père ingénieur en télécoms se saigne pour qu’il devienne joueur professionnel, il donne des cours de mathématiques aux enfants de l’immeuble et répare du petit électroménager, sa grande sœur le déteste car l’argent du ménage passe dans une utopique carrière et sa mère pleure comme toutes les mères italiennes. Felice a-t-il le potentiel de devenir un grand ?

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À l’âge des premiers émois, il s’entraîne comme un forcené, mécaniquement, studieusement, laborieusement. Les filles ne l’intéressent pas. Il s’applique une discipline de fer sans goût, ni déplaisir. Il récite à la perfection un tennis défensif, ennuyeux et efficace. Il suit même un régime alimentaire et des règles martiales qui lui ouvrent les portes des tournois nationaux. Son père est aux anges, sa sœur l’insulte et sa mère pleure de joie ou de peine, on ne sait jamais vraiment. Pour passer le cap et progresser, le père aimant et tortionnaire comme tous les pères d’hypothétiques champions fait appel à un Raul Gatti sur la touche, miné par les fantômes de sa jeunesse. Cet ancien pro, à l’humeur changeante, passant du playboy latin au neurasthénique suicidaire sera le tuteur et l’entraîneur du jeune garçon durant un été orageux. Ce vieux beau cabossé et charmeur aimerait avoir l’audace d’être un autre. Il se rêve en Guillermo Vilas, poète incompris et bambocheur notoire. Il professe un tennis offensif, un tennis jouissif, un tennis de gosses de riches qui n’ont pas peur de monter à la volée pour conclure un point. Un tennis champagne qui ne cadre plus vraiment avec ses terreurs nocturnes. Le tennis est ici un prétexte, un décor de vacances, une atmosphère d’époque, celle des années 1980, l’engouement populaire pour un sport longtemps pratiqué par une élite, sa démocratisation accélérée, sa médiatisation et les rêves d’ascenseur social pour les classes moyennes. Le tennis est ici le miroir d’une société qui cherche une voie, une lumière, une accalmie, une idole, une échappatoire.

On retrouve la flambe et la dramaturgie des années 1980, le vieux monde est en train de mourir, les idéaux sont absents des conversations, le fric a pris possession des derniers espaces de liberté, le factice l’emportera sur la sincérité, la sensualité jette son dernier coup de rein, le feu d’artifice est triste. Déjà, la raideur morale et la réussite matérielle sont en marche. Plus rien ne les arrêtera. « Il maestro » a le charme ébréché des contes d’été sans la lenteur de Rohmer. Les filles sont belles comme des promesses d’avenir, la musique dansante panse les blessures et les Hommes, malgré le poids de leurs errances, continuent d’avancer. Cette comédie amère sur l’entraide entre un enfant en devenir et un adulte à la dérive n’est pas révolutionnaire, elle est mieux que ça, elle est juste. On suit la déambulation de ces deux-là sur la bande étroite de leur destin. Et puis, dans un couloir d’hôpital, on croise le regard d’Edwige Fenech. Alors, on sourit à la vie.

2h05


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Léon XIV: «La santé ne peut être un luxe réservé à quelques-uns»

Le Pape a reçu mercredi 18 mars au Vatican les participants au colloque «qui est mon prochain?», organisé par le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe, l’Organisation mondiale de la santé – Région Europe et la Conférence épiscopale italienne. Occasion pour le Saint-Père d’appeler à des soins de santé plus accessibles aux plus vulnérables.

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Le cardinal Pizzaballa dénonce l'abus du nom de Dieu pour justifier la guerre

S'exprimant dans un contexte marqué par la persistance des conflits, des morts, des déplacements de population et des divisions, le patriarche latin de Jérusalem affirme sa conviction qu'il faut continuer à dire la vérité sur la guerre qui sévit au Moyen-Orient et que «Dieu est avec ceux qui meurent à la guerre, et non avec ceux qui abusent de son nom».

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Que vaut la parole d’un socialiste?

A l’exception notable de « Gabegie le Magnifique » – Emmanuel Grégoire – à Paris, qui pense pouvoir l’emporter face à Rachida Dati sans l’aide de LFI, et malgré les grandiloquentes déclarations de premier tour fustigeant les allusions soi-disant antisémites du parti de Jean-Luc Mélenchon, la gauche pactise dans de nombreuses villes avec le parti pestiféré afin de conserver des places. Plutôt honteux… Face à l’enjeu civilisationnel qu’il perçoit dans ces municipales, notre chroniqueur ne voit d’issue possible que dans un sursaut des abstentionnistes.


La gauche s’allie et se salit. Son engagement solennel à ne pas rejoindre la France Insoumise et ses vitupérations judéophobes n’aura duré que quelques jours. En fait, les socialistes amoraux sont semblables aux multi-délinquants: leur sentiment d’impunité explique leur récidive dans leur ralliement à Jean-Luc Mélenchon et son projet d’une « nouvelle France » islamisée et anti-occidentale.

Celui qui a trompé une fois recommencera !

Cette énième trahison de prétendus « humanistes » ajoute au dégoût que les Français disent ressentir, dans les sondages, devant les cuisines politicardes des donneurs de leçons. Mais cette fois, la caution apportée par les « progressistes » en déroute à la France « créolisée » bouleverse les enjeux du second tour des municipales. Les intérêts ne sont plus seulement locaux. Ils deviennent civilisationnels. A Nantes, par exemple, une victoire de la maire PS Johanna Rolland, ralliée à LFI (comme bien d’autres) pour tenter de contrer la percée à droite de Foulques Chombart de Lauwe, précipiterait définitivement la Cité des Ducs de Bretagne dans le grand remplacement conflictuel recherché par Mélenchon, qui se présente comme « Maghrébin français ».

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A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko (LFI) a été élu dès le premier tour dans ce qu’il appelle la ville « des rois de France et du peuple vivant ». Il explique :« Nous ne serons jamais du côté de ceux qui veulent gentrifier une population et faire en sorte que nos populations historiques quittent le territoire. » Les populations historiques sont celles de l’immigration récente. Ses supporters ont scandé, à son élection : « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! ». Dans la basilique qui voisine la mairie, le gisant de Charles Martel, qui repoussa les Sarrasins à Poitiers en 732, est à portée de main de possibles revanchards.

Contexte tendu

La France française est en légitime défense. Dans ce contexte tendu, puisse le parti des abstentionnistes, premier parti de France, redescendre de son Aventin ! La fracturation de la nation est un processus qui peut encore être stoppé si les citoyens, fâchés avec la démocratie bloquée, le décident. Ceux qui, majoritairement, réclament un référendum sur l’immigration de masse ont l’occasion dès à présent de résister au projet remplaciste conçu par Mélenchon, qui n’est fort que de la lâcheté de la gauche socialiste d’Olivier Faure et de la déroute des Républicains de Bruno Retailleau. Ce dernier a poussé Sarah Knafo (Reconquête) à se retirer, mardi soir, de la course parisienne sans avoir obtenu d’accord avec Rachida Dati. Parallèlement, Retailleau a encouragé Martine Vassal (LR) à se maintenir à Marseille pour entraver la dynamique de Franck Allisio (RN). Ce faisant, il a achevé de décrédibiliser son mouvement comme force de résistance et d’alternance.

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De surcroit le patron LR a confirmé, dans sa soumission à la droite molle, une faiblesse de caractère l’empêchant de rompre avec ceux de son groupe qui persistent à diaboliser, par réflexe de classe, la droite populaire. Ceci sous les encouragements de la gauche sans vergogne qui se précipite, elle, dans les bras de la 5e colonne islamo-gauchiste.

Une victoire d’Éric Ciotti à Nice, issue probable ce dimanche, serait le couronnement de sa stratégie d’union des droites refusée par LR. Dès lors, l’histoire se ferait sans eux.

La révolution des oubliés

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Audience générale: le peuple participe à la mission prophétique du Christ

Dans sa catéchèse ce mercredi 18 mars, centrée sur la Constitution conciliaire Lumen gentium, le Pape Léon XIV a mis l’accent sur le rôle actif de chaque baptisé dans la vie et la mission de l’Église. «Réveillons en nous la conscience et la gratitude d’avoir reçu le don de faire partie du Peuple de Dieu; ainsi que la responsabilité que cela implique», a affirmé le Souverain pontife.

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«Le Seigneur nous tend la main»: homélies inédites de Benoît XVI

En partenariat avec la LEV (Libreria Editrice Vaticana), les éditions Artège publient en français un recueil de texte du Pape Benoît XVI. Des homélies inédites prononcées pendant et après son pontificat lors de célébrations en petit comité avec son plus proche entourage, au Vatican ou au cours de ses voyages et visites apostoliques.

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Nucléaire or not nucléaire: das ist nicht mehr la question!

La France doit impérativement et réellement relancer sa filière nucléaire, sans se préoccuper de ce que feront les autres pays membres de l’UE, l’Allemagne en tête.


En Allemagne, au début des années 2000, la coalition entre les sociaux-démocrates (SPD) du chancelier Gerhard Schröder et les Verts (Die Grünen) entérine le programme de sortie du nucléaire prévue pour 2020. Gerhard Schröder soutient alors le projet du gazoduc Nord Stream visant à assurer à l’Allemagne un approvisionnement en gaz russe à des prix extrêmement compétitifs – à peine retiré de la vie politique, Gerhard Schröder sera d’ailleurs nommé à la tête du consortium chargé de la construction dudit gazoduc dont le partenaire principal est la société russe Gazprom. Les centrales à gaz et à charbon suppléent des énergies renouvelables qui présentent le défaut d’être surtout intermittentes et non pilotables. Paradoxe: le pays qui se targue d’être écologiste par excellence est depuis des années, et de loin, le premier émetteur de gaz à effet de serre en Europe. Par ailleurs, sa production électrique étant périodiquement insuffisante, l’Allemagne importe régulièrement de l’électricité française issue de… notre filière nucléaire. En juin 2024, une étude de l’Université norvégienne des Sciences et de la Technologie de Trondheim a révélé que si l’Allemagne avait maintenu son parc nucléaire de 2002 au lieu d’arrêter progressivement les centrales, elle aurait économisé 600 milliards d’euros et au moins autant de CO2 qu’avec la sortie du nucléaire et le développement massif des énergies renouvelables. De plus, affirme la même étude, si l’Allemagne avait investi dans de nouvelles centrales nucléaires, elle aurait quasiment pu atteindre son objectif en matière d’émissions de gaz à effet de serre en réalisant une réduction de 73% des émissions en plus des résultats actuellement obtenus et aurait réduit les dépenses totales de moitié par rapport à la politique énergétique actuelle.

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Politique énergétique dogmatique

Depuis quarante ans, sous la pression du GIEC, d’ONG fanatiques et de mouvements écologistes sectaires, un dogme climatique délirant, anxiogène et mortifère s’est imposé en Europe et a conduit à la catastrophe économique que l’on sait. La Commission européenne, sous la férule de l’Allemagne, a participé, en l’amplifiant, à ce saccage. Ursula von der Leyen a-t-elle pris connaissance du rapport susmentionné, a-t-elle été influencée par le chancelier allemand affirmant il y a quelques semaines que l’Allemagne avait commis une « erreur stratégique » en sortant du nucléaire, ou a-t-elle enfin entendu les récriminations des chefs d’entreprises allemands et, plus globalement, de ses compatriotes subissant depuis des années les augmentations délirantes du prix de l’électricité, aujourd’hui le plus élevé de l’UE ? Nul ne sait mais… la présidente allemande de la Commission européenne vient de déclarer : « Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15%. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions. […] Nous avons maintenant l’ambition de progresser rapidement et à grande échelle pour que l’Europe soit un pôle mondial de l’énergie nucléaire de la prochaine génération. » Trente ans de mensonges, de corruption idéologique, de manigances politiques menées principalement par l’Allemagne pour nuire à la France et à sa très compétitive énergie nucléaire… et un brusque retournement dû uniquement au fait que le pays qui mène la barque européenne depuis des décennies se voit rattrapé par la triste réalité d’une économie qui s’effondre. Entendre Mme von der Leyen annoncer comme une révélation ce que tout le monde sensé sait depuis des années serait à pleurer de rire si la situation n’était pas aussi désastreuse.    

A lire aussi, Jean-Jacques Netter: Il faut se réveiller   

Retour en arrière. L’accident de Fukushima, en 2011, a été une aubaine pour les écologistes européens, surtout allemands, qui n’hésitèrent pas à manipuler l’opinion publique et à exiger des gouvernements un plan d’arrêt à moyen terme des politiques nucléaires des différents pays.

Avenir radieux

L’Allemagne se frotte alors les mains : le démantèlement d’EDF qu’elle orchestrait depuis des années avec la complicité des Verts français, Dominique Voynet et Cécile Duflot en tête, s’accélère au moment où le candidat François Hollande promet, s’il est élu, de déclencher la procédure permettant de fermer la centrale de Fessenheim et de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50%. En 2020, Élisabeth Borne planche sur une formation sur la transition écologique obligatoire pour les 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique et se réjouit de la fermeture définitive de Fessenheim: « Ça fait des années qu’on disait : “Il faut fermer des centrales nucléaires”. Il y a ceux qui en parlent, et puis il y a ceux qui le font. » Emmanuel Macron est radieux : cette fermeture n’est que le début d’un programme – piloté en sous-main par l’UE et l’Allemagne – prévoyant la fermeture de 12 autres réacteurs avant 2035. Les subventions publiques pleuvent sur les marchands d’éoliennes – allemands, danois, espagnols et chinois – et de panneaux photovoltaïques produits à 95% par la Chine. Le prix de l’électricité a doublé en dix ans alors que « nous devrions avoir une électricité encore moins chère qu’il y a quinze ans », affirme Henri Proglio. Dans un entretien donné au Figaro en juillet 2025, l’ancien président d’EDF de 2009 à 2014, énonce clairement ce que devrait être le programme électrique de la France si notre gouvernement avait pour priorité la défense des intérêts de ses compatriotes: sortie des règles de tarification du marché européen de l’électricité, allongement de la durée de vie des centrales existantes, fin des investissements publics dans les énergies non pilotables (éolien et photovoltaïque) et donc arrêt des nouveaux projets d’énergies intermittentes, extension du parc nucléaire. Sans reconnaître aucune erreur, Emmanuel Macron vient de déclarer à son tour: « Le nucléaire est clé pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies. » Le culot de cet homme est sans limite. Aucune remise en cause, aucune excuse, aucun regret. Jupiter, maître de la foudre, a plongé la France dans une semi-obscurité mais n’a nullement l’intention de se reprocher quoi que ce soit. « Nous Européens, on a été très mauvais sur le nucléaire », affirme-t-il, comme s’il n’y avait pas eu de nombreux Européens, des Français en tête, ingénieurs, économistes, scientifiques, pour tirer la sonnette d’alarme depuis des années et réclamer une relance réelle et à grande échelle d’une politique énergétique en faveur du nucléaire, seul garant de notre indépendance.

Le président Macron visite les travaux à la centrale nucleaire de Penly a Petit-Caux sur la cote de la Manche, en Seine-Maritime, le 12 mars 2026 (C) DOMINIQUE JACOVIDES -POOL/SIPA

Egarements

Il serait trop long de détailler ici tous les égarements idéologiques, toutes les « erreurs stratégiques », toutes les magouilles politiques qui ont conduit à l’incroyable déchéance de la France en termes d’indépendance, de souveraineté et de compétitivité énergétiques.

A lire aussi, Vincent Citot: Pourquoi les Occidentaux sont psychologiquement désarmés pour défendre leur civilisation

Mais récapitulons à gros traits: arrêt de Superphénix sous Jospin, tripatouillages électoralistes concoctés par Martine Aubry et Cécile Duflot et conduisant à la programmation des fermetures de centrales sous Hollande, forfaiture de Dominique Voynet au Parlement européen, arrêt du programme Astrid sous Macron, asservissement de la France à l’UE et donc à l’Allemagne anti-nucléaire, aliénation idéologique entretenue par le GIEC, les COP, les écologistes et d’innombrables ONG subventionnées par Dieu sait qui, investissements publics surdimensionnés et ruineux dans les énergies intermittentes et, conséquemment, désengagement dans le nucléaire, domaine dans lequel la France excellait.

Espérons que tout cela est derrière nous et que le changement annoncé n’est pas un nouveau miroir aux alouettes, un piège à pigeons – nous avons malheureusement l’habitude de ce genre d’entourloupes. Par exemple, que va-t-il advenir de la PPE3 décrétée par le gouvernement Lecornu ? Logiquement, suite aux annonces solennelles de M. Macron, cette programmation énergétique, qui prévoit de financer les énergies intermittentes à hauteur de 300 milliards d’euros sur dix ans, devrait finir à la poubelle…           

Errare humanum est. Ne nous attendons pas à une salve de mea culpa de la part de nos dirigeants successifs qui, comme par magie, pourraient découvrir qu’ils ont commis plusieurs autres « erreurs stratégiques » majeures résultant en particulier de leur soumission aux directives de l’UE, celles concernant en premier lieu l’immigration, l’agriculture et l’industrie, et ayant abouti à la fragmentation ethno-religieuse de la société, à l’insécurité physique et culturelle, au déclin des services publics, à la perte de notre souveraineté alimentaire, à l’abandon de pans entiers de notre industrie, à la liquidation de nos entreprises de pointe, au chômage endémique, à la clochardisation d’une grande partie de la population, au désespoir grandissant d’un peuple malmené par des « élites » ayant transformé notre pays en un rafiot à la dérive. Dans ces domaines, il semblerait bien que la diabolica perseverantia reste malheureusement d’actualité…  

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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