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L'alternative moderne aux médias de contrôle social

August 05, 2026

Charles de Freycinet, un père de la République

Cédric Lewandowski nous fait (re)découvrir la vie et la carrière politique d’un visionnaire stratégique de la Troisième République qui a exercé une influence décisive sur la développement économique de la France et la préparation du pays à la guerre. Son exemple est riche d’enseignements pour notre époque qui connaît des défis similaires à ceux de la période 1870-1914.


Dans son dernier ouvrage, Cédric Lewandowski, déjà auteur d’une biographie remarquée de Lucien Bonaparte, revient sur la vie d’un des grands acteurs de la Troisième République. Car, même s’il n’a pas l’aura d’un Léon Gambetta, le prestige d’un Jules Ferry ou la place d’un Georges Clémenceau, Charles de Freycinet compte au nombre des hommes d’Etat dont le rôle fut essentiel durant toute la première partie de ce régime qui acclimata la république à la France.

Jeune étudiant, notre héros participe activement, aux côtés de ses camarades polytechniciens, aux évènements de 1848. Il vit au plus près des acteurs de février ces instants intenses qui mettent un terme définitif à la Monarchie de Juillet. C’est là son baptême, son premier bain dans la grande Histoire de France.

Homme de sciences, de techniques et de progrès, il adhère aux théories saint-simoniennes qui séduisent alors les jeunes savants, ingénieurs ou entrepreneurs désireux de voir se bâtir une société nouvelle fondée sur l’industrie, le développement et le mérite, mais aussi une forme de coopération entre les classes sociales sous l’impulsion de l’Etat. C’est donc tout naturellement qu’il se passionne pour le développement des chemins de fer, dont l’essor est indissociable du Second Empire, mais aussi les grands principes d’assainissement des villes. Nous sommes à l’heure de l’haussmannisme et des grandes transformations des centres urbains ! De là date l’entrée, certes pour l’heure très modeste, de Feycinet en politique.

Mais c’est avec la guerre de 1870, avec le Gouvernement de Défense Nationale et Léon Gambetta que Charles de Freycinet va véritablement vivre l’Histoire et y participer en devenant un acteur de premier plan de la vie politique nationale. Délégué de Léon Gambetta, qui fait alors office de Ministre de la Guerre en plus de ses fonctions à l’Intérieur, il œuvre sans relâche à mobiliser, organiser, pourvoir aux besoins d’une défense aussi courageuse que désespérée.

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La défaite de la France face au monde germanique coalisé derrière la Prusse, l’isolement de Paris qui ne peut compter sur le soutien d’aucune puissance européenne, la proclamation de l’Empire Allemand dans la Galerie des Glaces à Versailles, l’armistice négocié par Jules Favre, la victoire électorale des partisans de la paix à tout prix, le pays divisé face à l’ennemi, la perte de l’Alsace-Moselle… ces moments vécus et subis marquèrent la France toute entière et vont pousser des générations à entretenir l’esprit de revanche. Un esprit qui incontestablement va marquer Charles de Freycinet, meurtri par l’échec et parfois les critiques de certains. Mais chez cet homme modéré et tempéré, l’esprit de revanche prend la forme d’un combat durable et réfléchi.

« Stratège de la République » Charles de Freycinet le fut, et plus encore, il fut sans doute un stratège de la revanche. Stratège dans le sens plein et entier du terme : car à travers les pages de ce livre se dessine un homme qui voit loin, qui anticipe et parfois sacrifie à préparer le pays à l’inéluctable confrontation. Un stratège qui anticipe, lorsque parlementaire, il n’hésite pas à adopter une position « républicaine opportuniste » favorable à la fondation d’un régime durable. Il sait que telle est la condition du redressement et du rassemblement d’où partira le sursaut.

Un stratège qui bâtit, comme ministre des Travaux Publics, avec le fameux plan Freycinet d’aménagement du territoire, de développement des infrastructures, des chemins de fer, des voies de navigation et des ports notamment… car il conçoit que la revanche ne procèdera pas uniquement de l’armement mais de la capacité du pays, de son économie et de son industrie à soutenir durablement un effort de réarmement, de mobilisation voire de guerre.

Stratège aussi comme ministre des Affaires Etrangères, car l’homme a retenu qu’en cas de conflit, la France ne peut demeurer isolée. La diplomatie de Freycinet, c’est la quête d’alliances solides, cohérentes et nécessaires dans la perspective d’un conflit : ménager la reine des mers, l’Angleterre, quitte parfois à être incompris par ses amis ; s’assurer d’une alliance de revers, grâce à Saint Petersbourg, capable de diviser les forces austro-germaniques, quitte à être critiqué par Jaurès ou Francis Laur qui dénoncent le tzar autocrate.

Stratège enfin et surtout, comme ministre de la Guerre, en préparant les armées aux chocs à venir. Cela implique évidemment les moyens financiers (le budget, matériels, fusil Lebel et canon de 75),ou encore humains (généralisation du service militaire et modernisation de la réserve). Mais le ministre Freycinet s’attaque aussi à l’organisation militaire avec la mise en place d’un Etat-major de l’Armée permanent et d’un Conseil Supérieur de la Guerre, le développement de certains services spéciaux comme le Deuxième bureau chargé du renseignement ou encore la fondation de l’école de santé militaire de Lyon. Les infrastructures civiles sont elles aussi mises à contribution puisque le réseau ferroviaire français est adapté afin de permettre une mobilisation et une concentration ultra-rapides des troupes aux frontières. Autant d’éléments qui s’avéreront décisifs en août 1914 et durant les quatre années suivantes.

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Ainsi, si la vie de Charles de Freycinet fournit à l’auteur l’occasion de revenir sur près d’un siècle d’Histoire de France… et quel siècle!… il est surtout pour nous l’occasion de nous interroger quant aux choix politiques, à l’organisation et à « la stratégie » d’une Nation confrontée au risque de guerre. A l’heure où dirigeants et analystes invitent l’opinion publique à intégrer la potentialité, à moyen terme, du retour des conflits de haute intensité, écrire sur Charles de Freycinet n’est pas neutre. Et, lorsque cette biographie est écrite par un homme qui fut, durant cinq ans, directeur du cabinet civil et militaire du ministre de la Défense, elle présente l’immense avantage d’un prisme que ni un historien ni un politique pur ne pourrait revendiquer…

Cédric Lewandowski, Charles de Freycinet. Stratège de la République (Editions Passés composés, 2026), 320pp.

Charles de Freycinet: Stratège de la République

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La visite du Pape en Argentine portera «un message de paix et de dignité humaine»

La visite de Léon XIV en Argentine, annoncée officiellement ce mercredi 5 août par la Salle de presse du Saint-Siège, a suscité un vif intérêt au sein de l’Église et parmi les fidèles du pays. Le président de la Conférence épiscopale, Mgr Marcelo Colombo, a expliqué au micro de Vatican News, l'immense joie ressentie par l'Église argentine. «Sa présence portera un message de paix, de dignité humaine, de renouveau ecclésial et d’espérance», a-t-il souligné.

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«La visite du Pape en Uruguay renforcera l’espérance» affirme Mgr Tróccoli

Aussitôt après l’annonce du prochain voyage apostolique du Pape en Amérique du Sud, le président de la Conférence épiscopale de l'Uruguay a déclaré que cette visite prévue du 6 au 8 novembre prochain, constituait un cadeau pour le pays, ainsi qu'une occasion de renforcer l’évangélisation, de renouveler l’espérance et de réaffirmer les racines chrétiennes du peuple uruguayen.

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Le nonce en Ukraine: «Il est inquiétant d’entendre ceux qui bénissent la guerre»

Dans une interview accordée aux médias du Vatican, l’archevêque Visvaldas Kulbokas décrit la situation sur le terrain, marquée par des bombardements incessants dans la capitale et dans d’autres villes: «Maintenant, quand on se salue, on se dit: “Dieu merci, tu es en vie”. Le nombre de morts parmi les civils ne cesse d’augmenter». Le prélat souligne également l’importance des appels à la paix du Pape, et celle des visites du cardinal Zuppi et de Mgr Gallagher dans le pays.

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Léon XIV au Pérou, une lueur d'espoir pour un peuple en quête de paix

À l'approche de la visite du Pape au Pérou, du 11 au 17 novembre, le cardinal Carlos Castillo, archevêque de Lima, souligne la joie avec laquelle l'Église et le peuple péruvien attendent le Saint-Père. Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, il est revenu sur les préparatifs en cours à Lima, Chiclayo, Cusco et Pucallpa, et a souligné que sa présence pourrait renforcer la foi, la fraternité et la quête de la paix dans un pays marqué par l’insécurité et les inégalités.

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SCEAM: L'Église en Afrique vers l’Assemblée ecclésiale de 2028 depuis Addis-Abeba

En prévision de l’Assemblée ecclésiale de l’Église en 2028, du 3 au 5 août se tient à Addis-Abeba, en Éthiopie, le premier séminaire préparatoire sur le thème, «L’Église synodale en Afrique: cheminement vers l’Assemblée ecclésiale de 2028». À travers ce séminaire, l’Église en Afrique lance les préparatifs de l’Assemblée ecclésiale de 2028 au niveau continental.

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Quand les écolos planent

L’avion serait trop polluant, trop inégalitaire et trop accessible. Conclusion du think tank écologiste Forum Vies mobiles : les Français devraient avoir droit à un nombre limité de vols chaque année.


Soucieux de notre santé, de la justice sociale et du sauvetage de la planète, Forum Vies mobiles, un laboratoire d’idées se targuant d’étudier en profondeur « les bonnes vies mobiles de demain  », vient de réaliser une enquête sociologique sur le transport aérien en France, nous apprend le média écolo Reporterre. Le constat est sans appel : l’avion est à la fois l’un des modes de transport les plus émetteurs de CO2 et l’un des plus inégalitaires – seuls 10 % des Français ont effectué plus de deux allers-retours en avion dans l’année et 20  % de ceux-ci réalisent plus des trois quarts des vols. Honte à eux ! fulminent les écologistes. Malheureusement, soulignent les enquêteurs de Forum Vies mobiles, le sentiment de honte pourtant ardemment distillé par Greta Thunberg et ses disciples n’a eu aucune prise sur ces mauvais citoyens, 5  % de ces derniers, imperméables à la « prise de conscience écologique » qui devrait pourtant les tarauder jusqu’au tréfonds de l’âme, dépassant même les 100 vols par an  ! Tout en reconnaissant « l’impact carbone de leur pratique », la majorité des usagers du transport aérien interrogés ont affirmé ne pas pouvoir en changer. Certains n’ont pas hésité à se justifier en se vantant d’avoir adopté « d’autres gestes écolos » censés compenser leurs affligeantes habitudes de transport, regrettent les enquêteurs. 

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Sans aller jusqu’aux mesures extrêmes préconisées par le Grand Planificateur de la Sobriété Énergétique Jean-Marc Jancovici – entre autres un quota de quatre déplacements en avion par vie pour tout individu –, les responsables de Forum Vies Mobiles recommandent toutefois d’instaurer un crédit maximal de deux voyages aériens allers-retours par personne et par an. Cette mesure « aurait un impact significatif sur le climat », assure Adrien Bonnet, chargé de projets de recherche au Forum Vies Mobiles, think tank réputé pour être un « modèle innovant de réflexion scientifique sur les mobilités de demain », peut-on lire sur son site. Petite précision pouvant éclairer d’une lumière nouvelle cette enquête et sa conclusion incitative : l’unique créateur et mécène dudit Forum est… la SNCF !

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Le Pape exprime ses condoléances suite au décès du cardinal Júlio Langa

Deux jours après la mort du cardinal mozambicain Júlio Duarte Langa survenue lundi 3 août, le Pape a adressé dans un télégramme, ses sincères condoléances à l’épiscopat du Mozambique et à la famille de «ce frère bien-aimé». Sa «proximité dans la sollicitude pastorale des âmes», avec «simplicité, zèle et persévérance» ont été rappelés par le Souverain pontife.

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Le Pape attendu en novembre en Uruguay, en Argentine et au Pérou

La Salle de presse du Saint-Siège a annoncé ce mercredi 5 août les contours du sixième voyage apostolique de Léon XIV. Acceptant l’invitation des chefs d’État et des autorités ecclésiastiques de leurs pays respectifs, le Souverain pontife se rendra d'abord en Uruguay, puis en Argentine et au Pérou, du 6 au 17 novembre.

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Le superpouvoir des superpuissances

Tandis que les géants de l’IA s’affrontent à coups d’innovations (et de milliards de dollars), la Chine et les États-Unis oscillent entre dérégulation et dirigisme. Dans cette nouvelle guerre froide, qui prendra le lead technologique et les clefs de sa sécurité prendra le monde, tout simplement.


Dans la Bible, il y a quatre chevaliers de l’Apocalypse : Mort, Famine, Guerre et Conquête. Dans l’imaginaire associé à un Armageddon provoqué par l’intelligence artificielle, il y en a également quatre. La Mort, c’est l’hécatombe des emplois quand l’IA et la robotique effectueront la plupart des tâches jusqu’ici accomplies par les humains, dont la majorité deviendra superflue. La Famine, c’est la destruction de la culture, de la créativité et de l’initiative humaines par un déluge de « slop » – des contenus de qualité médiocre produits par l’IA en grande quantité – qui s’abattra sur nos livres, notre musique, notre cinéma et notre éducation. La Guerre, c’est la prolifération de robots de combat autonomes pilotés par l’IA, qui entraînera la planète dans un cycle de violences sans fin. Enfin, la Conquête, c’est l’avènement d’une super-intelligence artificielle qui s’affranchira du contrôle de ses créateurs humains dont elle se mettra à contrôler la vie pour leur bien ou leur mal. Chacun de ces scénarios convoque une vraie menace, mais aucune n’est sur le point de se réaliser. Entretemps, le monde est en train de s’empêtrer dans un nœud de tensions contradictoires liées aux phénomènes suivants : le rythme effréné auquel se succèdent les bonds en avant du progrès technologique ; la concurrence entre des patrons d’entreprise qui cherchent à dépasser les innovations de leurs rivaux et attirer plus de capitaux ; la lutte entre le secteur privé et l’État pour le contrôle des nouvelles technologies ; et enfin la rivalité entre les États, notamment la Chine et les États-Unis, pour le monopole des dernières innovations afin d’obtenir un avantage économique et stratégique.

Capitalisme eschatologique

Les progrès actuels dans le domaine de l’IA sont fondés sur les grands modèles de langage (LLM). Ces systèmes entraînés sur de vastes quantités de texte (300 milliards de mots pour la première version commerciale de ChatGPT) sont capables de calculer la probabilité que tel mot soit suivi de tel autre. Cela leur permet de dialoguer avec un utilisateur dont ils deviennent l’« assistant IA », en répondant à des questions et résumant ou rédigeant des textes. Ils relèvent de l’IA « générative », car ils génèrent du texte. Toutefois, certains modèles sont capables de résoudre des problèmes mathématiques ou d’écrire du code informatique. Ils peuvent même réaliser toute une opération, en en planifiant les étapes et en les exécutant avec une supervision humaine minimale. Dans ce cas, on parle d’IA « agentique ». Cette dernière peut imiter la prise de décision humaine, accéder directement à d’autres outils et déléguer des tâches à d’autres agents IA. L’IA agentique peut jouer un rôle important dans les opérations boursières, le traitement médical, la gestion de chaînes d’approvisionnement et la cybersécurité.

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Les LLM ont fait irruption sur la scène publique en novembre 2022 avec l’arrivée de ChatGPT, développé par OpenAI. Ce premier chatbot a été vite concurrencé par le Gemini de Google et le Claude d’Anthropic, lancés tous les deux en mars 2023, ainsi que par Grok, créé par xAI, la société d’Elon Musk, et sorti en novembre 2023. Leur modèle économique est fondé sur l’abonnement et la facturation de tokens (jetons), des unités représentant une quantité de texte traité. La concurrence entre développeurs américains est féroce. Ils se battent non seulement pour des parts de marché et des contrats gouvernementaux, mais aussi pour distancer les autres dans la course à l’innovation, en fonction de la vision du destin de l’humanité de chaque chef d’entreprise. Dans le peloton de tête, celui qui est en dernière position est Mark Zuckerberg, de Meta, qui a commis l’erreur de miser sur le « métavers » et doit rattraper son retard en IA. Devant lui se trouve Elon Musk, qui a fusionné xAI avec SpaceX en février, et qui veut exploiter l’IA dans la conquête de l’espace. OpenAI, fondé en 2015 et dirigé depuis 2019 par Sam Altman, a pour but ultime de créer l’intelligence artificielle générale, une IA capable d’accomplir toute tâche cognitive au moins aussi bien qu’un humain. Enfin, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, ne cesse d’alerter sur les risques existentiels de l’IA, ce qui n’empêche pas Anthropic d’innover sans cesse et d’être considéré actuellement comme le plus avancé.

Ces projets grandioses accaparent une grande partie des investissements. Lors de son introduction en bourse, le 11 juin, SpaceX a levé 75 milliards de dollars en investissements de la part des institutions financières, et sa valeur en bourse a atteint 2,6 trillions avant de perdre 23 %. Anthropic, qui s’apprête à faire de même en octobre, a déjà levé 129 milliards depuis sa création en 2021. En mars, la valeur d’OpenAI, qui vise une introduction en bourse en 2027, a été estimée à 852 milliards. Ces entreprises ont en outre besoin d’une énorme puissance de calcul qui dépend de la construction de nouveaux centres de données, souvent situés dans des régions rurales. Cela a suscité une vague d’opposition de citoyens américains qui se disent inquiets des progrès débridés de l’IA. Entre bulle spéculative et révolte de luddites, le capitalisme des nouveaux messies de l’IA nous mène au bord d’un premier gouffre.

L’État stratège ?

Donald Trump a vite compris l’intérêt de l’IA dans la rivalité économique et technologique avec la Chine. En novembre 2025, la Maison-Blanche lance la mission Genesis, un grand programme de recherche scientifique et militaire propulsé par l’IA. Le département de l’Énergie soutient la construction massive de centres de données. Et en décembre, Washington décrète que la réglementation de l’IA sera des plus légères, afin de donner libre carrière aux génies de la Silicon Valley. Mais en février 2026, on observe un début de revirement, provoqué par la détérioration des relations entre l’État fédéral et Anthropic. Dario Amodei, inquiet de l’utilisation de ses systèmes dans le coup d’État au Venezuela en janvier, informe le Pentagone qu’il ne veut pas que ses produits servent à la surveillance de citoyens américains ou au développement d’armes létales autonomes. Le Pentagone riposte en inscrivant Anthropic sur une liste noire d’entreprises dont la présence dans les chaînes d’approvisionnement serait un risque pour la sécurité nationale. Anthropic conteste cette décision devant les tribunaux et l’affaire est toujours en cours. En avril, le lancement par Anthropic de Claude Mythos, un modèle conçu pour tester et renforcer les systèmes de sécurité informatiques, donne lieu à une nouvelle intervention de l’État. Ce modèle aurait une telle capacité à détecter les points faibles des systèmes qu’il pourrait faire beaucoup de mal s’il tombait entre les mains de personnes malintentionnées. Seul un prototype est diffusé de manière restreinte à travers un projet, Glasswing, qui réunit une quarantaine d’entreprises, dont les géants de la tech et de la banque, afin qu’elles puissent consolider leurs défenses. Le 2 juin, le projet est élargi à plus de 150 organisations dans une quinzaine de pays dont la Chine ne fait pas partie.

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Amodei, qui publie souvent des avertissements au sujet de l’IA, y compris sur ses propres produits, affirme dans un billet de blog du 10 juin que les nouveaux modèles pourraient déstabiliser « le secteur financier, l’infrastructure critique et la sécurité nationale ». Il assortit un appel à la régulation de l’IA d’une sombre prédiction sur l’émergence imminente d’une « IA puissante ». Chez Anthropic, 80 % du code est déjà écrit par Claude, et l’entreprise expérimente l’« auto-amélioration récursive », c’est-à-dire la création d’agents capables d’écrire une version supérieure de leur propre programme de manière autonome, ce qui pourrait conduire un jour à l’« autocréation » d’une IA super-intelligente. Tout le tapage qui entoure la sortie de Claude Mythos comporte un élément de marketing, mais selon des tests fiables, il s’agit bien d’un modèle puissant qui pourrait au moins faciliter le travail de pirates s’ils mettaient la main dessus. Le 9 juin, Anthropic lance à travers Glasswing les modèles Mythos 5 et Fable 5, ce dernier étant une version de Mythos munie de plus de « garde-fous » : des mesures de protection qui empêchent l’utilisateur d’exploiter le système à des fins illégales. Mais le 12 juin, après qu’Amazon signale avoir pu « débrider » – contourner – un de ces garde-fous, Washington interdit l’accès à ces modèles aux non-Américains, même à ceux qui travaillent aux États-Unis pour des sociétés américaines. Anthropic retire ses modèles, et le gouvernement insiste pour qu’ils ne puissent être relancés que si le débridage est rendu impossible – ce qui ne peut jamais être garanti. Ainsi, l’État américain a repris la main sur le secteur, décrétant le 2 juin que tout nouveau modèle doit obtenir un aval officiel avant d’être lancé. Donald Trump parle d’entrer dans le capital des entreprises, en imitant l’exemple de l’État chinois qui investit directement dans ses champions de l’IA. Les alliés de l’Amérique se sont plaints du monopole qu’elle semble exercer sur une technologie cruciale, et au G7 d’Évian beaucoup ont repris l’idée d’Amodei d’un accord général sur les standards de sécurité en IA. Un tel accord pourrait nous protéger contre les risques vertigineux du piratage, à condition cependant que la Chine joue le jeu. Autant dire que nous ne sommes pas rendus.

La guerre froide de l’IA

L’IA est en effet au cœur de la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine, comme les armes nucléaires et la course à l’espace étaient au cœur de la première. En 2018, on a forgé le terme d’« AI Cold War ». Chaque camp est convaincu que la domination de ce secteur est essentielle pour devenir ou rester une superpuissance. La Chine limite l’accès aux terres rares après raffinage, et l’Amérique limite l’accès aux meilleurs microprocesseurs. Les États-Unis possèdent la plus grande puissance de calcul et les cerveaux les plus brillants, ce qui leur donne une avance de huit à dix mois sur les Chinois. Mais ces derniers sont accusés par les Américains de tricher très habilement, en contournant l’embargo sur les meilleures puces de Nvidia par un système de contrebande. Ils plagient les modèles américains, supérieurs, par « distillation », c’est-à-dire des attaques qui interrogent à répétition les agents de manière à entraîner leurs propres modèles. En janvier 2025, le développeur chinois DeepMind a surpris le monde en lançant son chatbot du même nom, très performant malgré l’absence de puces de haut niveau, mais Sam Altman a accusé le laboratoire chinois d’avoir attaqué ChatGPT par distillation. Claude aurait subi cette année des attaques similaires de la part de quatre sociétés chinoises, dont Alibaba. Le but de la Chine est de produire des modèles à coût bas afin d’inonder le marché mondial.

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C’est le signe d’une divergence : les deux rivaux poursuivent des objectifs différents qu’on peut résumer par les termes de « corps » et « cerveau ». La Chine est le leader en robotique, déployant des robots, souvent humanoïdes, dans tous les secteurs de l’industrie et tous les aspects de la vie. L’IA qui les programme et les pilote est une technologie pratique destinée à stimuler l’économie, toujours avide de croissance. En revanche, les Américains poursuivent le rêve de création d’une intelligence supérieure, capable de résoudre nos plus grands problèmes et qui consoliderait le statut de superpuissance des États-Unis. Toutefois les deux rivaux partagent la même ambition de développer les applications militaires de l’IA. L’IA est déjà intégrée aux systèmes de commandement et au déploiement d’armements tels que les drones et les véhicules sans équipage, comme en Ukraine. Elle est cruciale dans la cyberguerre en cours entre les démocraties occidentales et la Chine. La campagne chinoise « Salt Typhoon », lancée en 2020, a déjà piraté les systèmes de télécoms dans plus de 80 pays. Et les Chinois sont actuellement accusés de manipuler ChatGPT pour diffuser de propagande anti-IA parmi les citoyens américains. Que feraient-ils s’ils détenaient Claude Mythos ? Ce qui menace d’ouvrir un jour la porte au chevalier de la Guerre ou à celui de la Conquête, c’est moins les progrès de l’IA, que les limites humaines de la confiance réciproque.

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Audience générale: la prière est un acte d’espérance

Après un mois de congé estival, Léon XIV reprend ses audiences générales au Vatican. Depuis la basilique Saint-Pierre, le Pape a prononcé sa cinquième catéchèse sur Sacrosanctum Concilium, la constitution du Concile Vatican II sur la Liturgie, s’attardant ce mercredi 5 août sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique. Elle se présente, selon le Saint-Père, comme «le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait proche de l’humanité en son Fils».

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Les Grands Hommes : quand les exemples ne suffisent plus

Nombreux sont nos concitoyens qui mettent leur espérance dans l’avènement d’un homme providentiel (ou d’une femme providentielle) capable de nous sortir de la mauvaise passe politique et même civilisationnelle dans laquelle nous sommes tombés. Ils citent de Gaulle et Napoléon en invitant les jeunes générations à prendre exemple sur eux. Problème, notre culture contemporaine ne produit plus les fortes personnalités à même d’endosser les rôles joués par les grands hommes du passé. Le regard de Philippe Bilger.


Nous ne manquons pas d’exemples et, chaque été, « ces Grands Hommes qui ont fait la France et qui nous manquent tant aujourd’hui » nous reviennent comme une espérance, un remords ou un regret.

Cette année, Le Figaro Magazine a respecté cette tradition et une remarquable analyse d’Arnaud Teyssier nous propose une nostalgie historique fondée sur le cardinal de Richelieu, Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle.

Malgré ce procédé qui consiste à admirer des personnalités exceptionnelles, emblématiques, et à considérer qu’il suffit de les
imiter en adaptant notre comportement à notre époque, l’expérience démontre que la crise est beaucoup plus profonde et la difficulté bien plus complexe à résoudre.

Quand Arnaud Teyssier écrit : « Tout le monde ne peut se hisser à la hauteur de Richelieu ou de De Gaulle, mais il n’est pas interdit de s’en inspirer en usant des mêmes ressorts : la volonté, le courage, la fermeté dans le dessein. Et le caractère », on ne peut que l’approuver totalement, parce qu’il postule que nous disposons d’une génération politique, jeune ou moins jeune, dont le seul devoir serait de pratiquer les vertus de ses glorieux prédécesseurs et, ainsi, de s’inscrire aisément dans leur lignée.

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Alors qu’il me semble – et ce n’est pas tomber dans un pessimisme dévastateur – que la crise actuelle tient précisément à la
raréfaction, voire à l’absence, de personnalités en capacité de mettre en œuvre les ressorts dont Arnaud Teyssier estime, à juste titre, qu’ils sont fondamentaux pour espérer sauver la France.

Au fond, s’il suffisait de copier les gloires du passé, demeurées dans notre mémoire ou notre mythologie, la vie publique retrouverait vite tenue, cohérence, rectitude et efficacité. Mais, désormais, nous sommes à la recherche d’hommes ou de femmes dont le capital humain, intellectuel et moral serait suffisamment solide pour nous laisser croire à la possibilité d’une simple imitation des phares d’autrefois.

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Au risque d’abuser de cette citation, une des explications réside sans doute dans cette affirmation de De Gaulle : « La meilleure école du commandement est la culture générale », mais probablement aussi dans le triste constat d’une perte d’énergie, d’intelligence et d’audace, tant au plus haut niveau que dans le commun.

Raisonner comme si nous disposions aujourd’hui des remèdes permettant de faire revivre le passé, sur le plan historique, est une illusion. Le futur est justement angoissant parce que les exemples ne suffisent plus et que nous avons à rechercher désespérément notre propre chemin.

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August 04, 2026

Léon XIV invite les Chevaliers de Colomb à être des «prophètes de l’harmonie»

Saluant tous les participants à la cérémonie d’ouverture de la 144e Convention Suprême des Chevaliers de Colomb, qui se tient à Denver, dans le Colorado, le Pape Léon XIV leur a assuré sa proximité spirituelle. Le Saint-Père s’est appuyé sur le thème «Dans l’Unique, nous sommes un», pour partager une réflexion sur l’importance de promouvoir les vertus d’unité et de charité, deux principes fondamentaux de l’Ordre.

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Les Lévi-Strauss : un couple structuré

Monique Lévi-Strauss n’était pas que la femme du grand penseur du structuralisme. Elle était aussi son interlocutrice privilégiée et s’est révélée d’une aide précieuse pour son travail intellectuel. Dans un livre de souvenirs confiés à Marc Lambron, qui vient de paraître en poche, elle raconte la vie si harmonieuse de son couple et le milieu d’intellectuels et d’artistes dans lequel il évoluait.


« Nous avons déjeuné un jeudi. Puis il m’a dit tout à trac : « Est-ce que vous êtes libre à déjeuner jeudi prochain ? » J’ai acquiescé. Et il a ajouté : « Et tous les autres jeudis ? » C’était sa déclaration. Et c’est ce qu’on a fait toute la vie ». Lui, c’est Claude Lévis-Strauss. Elle, sa femme, Monique Lévi-Strauss. Si vous voulez l’histoire d’un couple harmonieux aux personnalités affirmées, en même temps que l’évocation d’une époque, héritière de Proust et de Bergson, d’un milieu intellectuel flamboyant, le livre d’entretiens que Monique Lévi-Strauss vient d’accorder à l’Académicien Marc Lambron vous séduira par son intelligence, son humanité et son franc-parler. 

Juive, d’origine belge, issu d’un milieu cosmopolite et cultivé, Monique Lévi-Strauss, née Roman, est typique du « judéo-Passy ». Née d’une mère juive, en 1926, d’un père chrétien, plus tard incarcéré, elle-même baptisée et éduquée dans la religion catholique, elle connaît les affres du nazisme qu’elle dit « avoir bu jusqu’à la lie ». Après une vie rocambolesque d’émigrée dont elle fait un livre Une enfance dans la gueule du loup, elle se fixe à Paris où elle rencontre, en septembre 1949, Claude Lévi-Strauss à un dîner. Polyglotte, elle entre dans la vie de l’anthropologue pour classer et traduire les 10 000 livres qu’il rapporte après-guerre de son exil forcé aux États-Unis. Elle est rigoureuse. Il a une confiance totale en elle, émerveillé qu’une jeune femme de 25 ans lise ce qu’elle classe. Véritable mille et une nuits que ce printemps 1951 ! Ils ne se quitteront plus durant quarante-cinq ans. 

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« Capitolin » pour tous, au regard perçant qui vous étiquette, selon Françoise Héritier, Claude Lévi-Strauss est d’une grande simplicité et gentillesse avec les habitants de la campagne. « Comment pouvez-vous tenir avec un type comme lui ? », lui dit-on. Mais « Il est très drôle ! », répond-elle, allant même jusqu’à parler de son « ingéniosité facétieuse ». Et on pense comme elle au fil de pages qui se lisent toutes seules. Si on aime connaître la vie des grands hommes dans leur intimité, on est servi. 

Après une vie de voyages, une vie studieuse, sans luxe ni mondanités, partagée entre Paris et Lignerolles, en Haute-Marne, des petites choses et histoires sur les uns et les autres qui font le charme d’une vie et le sel de la littérature avec, aussi, de grands noms familiers : Clara Malraux et Merleau-Ponty – l’ami fidèle – Georges Dumézil, Braudel, Duby, Balthus, Claude Lanzmann,… et Houellebecq, amoureux de la dive bouteille, qui a son rond de serviette à dîner dans le petit appartement de la rue Saint-Lazare. On apprend sa fréquentation régulière de Drouot, les bijoux dont il aime faire cadeau à sa femme, son hypoglycémie, et les goûts culinaires qu’il partage avec ses collègues. Tant il est vrai qu’on n’écrit pas impunément Le cru et le cuit

De son côté, tout en suivant de très près les recherches de son mari, désireuse de ne jamais le décevoir, mais sans complexe, Monique Lévi-Strauss, a des compétences très originales : spécialiste reconnue des châles, d’un esprit vif, curieux, elle suit avec la même passion les cours du Collège de France et ceux d’apiculture au Luxembourg. C’est ainsi qu’elle fabrique des ruches à Lignerolles, en Haute Marne, et que, pendant 25 ans, la famille Lévi-Strauss et leurs amis vécurent du miel qu’elle fabriquait. 

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Couple harmonieux et pourtant différent. Ayant vécu exilé aux Etats-Unis, Claude Lévi-Strauss n’a pas connu le nazisme en Europe, et la vision qu’en a sa femme lui est totalement étrangère. Interrogée sur la principale qualité qu’elle se reconnaît, elle répond : son franc-parler. S’il a un regard d’aigle, elle en a un, pénétrant, sur elle-même et les autres, et sa plume n’est pas loin, souvent, du coup de griffe bien mérité. Ce qu’elle préfère chez un homme ? Son éloquence. Une femme ? La modération des humeurs. Du couple, il a une image élevée, héritée de ses parents ; elle, de son côté, ne croit pas à l’incommunicabilité des sexes. De cet homme, au « savoir surplombant », amoureux des livres et de la musique, Monique Lévi-Strauss fait ici le portrait très attachant d’un mari, d’un père et un grand-père simple à vivre, aimant et attentif. Tout comme d’elle-même, d’ailleurs. Ce livre, souvent émouvant, fait du bien. Une fois refermé, on en savoure le titre, par tous les échos qu’il éveille en soi.

Monique Lévi-Strauss, avec Marc Lambron, de l’Académie française, J’ai choisi la vie (édition de poche, Pocket, 2026), 160pp.

J'ai choisi la vie

Prix: 8,70 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 8,70 €

Une enfance dans la gueule du loup

Prix: 19,50 €

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« Opération Yonathan » : victoire militaire, avertissement politique

La reprise des tirs entre Washington et Téhéran remet le Moyen-Orient au centre de l’actualité. Cinquante ans plus tôt, l’opération d’Entebbe révélait déjà les ressorts géopolitiques, idéologiques et terroristes qui continuent de façonner la région.


Le 4 juillet 1976 eut lieu, à l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda, la libération des passagers israéliens et juifs, ainsi que de l’équipage d’un avion d’Air France. Il provenait de Tel-Aviv et, lors d’une escale à Athènes, quatre terroristes lourdement armés y étaient montés.

Jacques Tarnero, l’auteur de Décryptages, vient de réaliser un documentaire décrivant cette opération mythique, effectuée par l’unité d’élite israélienne, la Sayeret Matkal, et appelée aujourd’hui « opération Yonathan », en mémoire de son chef, Yonathan Netanyahou, frère aîné de l’actuel Premier ministre d’Israël. Il fut le seul soldat israélien tué au cours de cette intervention. Surin Hershko, tétraplégique depuis Entebbe, exprime, dans un entretien très émouvant figurant dans le film, sa fierté d’avoir participé à cette opération de sauvetage.

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J’ai gardé un souvenir très intense de ces journées-là et je recommande à tous de voir ce film, sur lequel Tarnero travaillait depuis des années sans bénéficier des soutiens professionnels auxquels il aurait pu s’attendre, car le sujet est, comme on dit pudiquement, « politiquement sensible ». Autrement dit, il est gênant de présenter au public français un document où l’armée israélienne se trouve mise à l’honneur. Or, cinquante ans plus tard, on constate que la libération des otages d’Entebbe, ses causes et les réactions qu’elle a suscitées, revêtait un caractère prémonitoire.

Les otages juifs, cibles désignées

Victimes, auteurs, spectateurs, c’est une triade qui accompagne depuis toujours les actions dirigées contre les Juifs. Or, à Entebbe, on ne pouvait pas s’y tromper: les terroristes ont libéré certains passagers et n’ont retenu que les Juifs. Wilfried Böse et Brigitte Kuhlmann, nés dans l’immédiat après-guerre et membres de l’extrême gauche allemande, ne désavouaient donc pas leurs prédécesseurs nazis…

Du côté d’Israël, la Sayeret Matkal, sous la direction d’Ehud Barak, avait, en 1972, mis fin au détournement d’un avion de la Sabena sur l’aéroport de Lod — une opération au cours de laquelle le jeune Benjamin Netanyahou avait été blessé — mais elle avait échoué à Maalot, où vingt-deux enfants avaient été tués par les terroristes du FPLP.

Les familles faisaient pression sur le gouvernement israélien pour qu’il cède aux preneurs d’otages. L’aéroport de Charm el-Cheikh, alors aux mains d’Israël, se trouvait à plus de trois mille kilomètres d’Entebbe. Comment échapper aux radars des pays survolés, poser les très lourds avions de transport sans se faire repérer, éliminer les terroristes avant qu’ils ne tuent les otages et faire le plein pour le retour ? Le plan, préparé en quelques jours, révélait l’extraordinaire technicité israélienne, la capacité des équipes militaires à penser hors des sentiers battus et l’aptitude des décideurs politiques, le prudent Premier ministre Rabin en tête, à prendre des risques mesurés. Les relâchements qui avaient conduit aux échecs de la guerre du Kippour, trois ans plus tôt, avaient imposé une refonte rigoureuse et un engagement d’une extrême exigence.

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Du côté des terroristes, les deux révolutionnaires allemands marxistes illuminés n’étaient que les petites mains du FPLP. Le véritable chef de l’opération était un Palestinien monté dans l’avion avec eux à Athènes. Il recevait ses ordres de Wadie Haddad, alias Abu Hani, médecin palestinien qui dirigeait les opérations extérieures du FPLP. Or, les documents retrouvés après la chute de l’URSS ont confirmé que Wadie Haddad était un agent du KGB.

Le terrorisme palestinien dans la stratégie soviétique

On oublie souvent de mentionner le rôle que l’URSS a joué au cours de ces années dans le financement du FPLP et d’autres mouvements de libération marxistes, ainsi que dans l’émergence de la question palestinienne comme foyer de cristallisation de la haine contre les États-Unis et Israël. Dès la fin de la guerre des Six Jours, au cours de laquelle leurs protégés avaient été ridiculisés, les Soviétiques s’étaient lancés, chez eux comme dans leurs États satellites, notamment la Pologne, dans une vaste campagne antisémite sous couvert d’antisionisme.

L’URSS a disparu (encore que…), mais les outils linguistiques qu’elle a élaborés contre Israël se sont affinés, notamment au sein de l’ONU. Traité aujourd’hui de génocidaire, l’État d’Israël avait été, il y a cinquante ans, qualifié de raciste, six mois avant Entebbe. Une résolution préparée par l’URSS, votée par ses alliés anti-impérialistes et musulmans, puis promulguée par une ONU dont le secrétaire général, l’Autrichien Kurt Waldheim, était un ancien officier allemand ayant servi dans les Balkans et fortement impliqué dans les massacres d’otages et les déportations de Juifs. Autant d’éléments que les Occidentaux ont apparemment longtemps ignorés, mais que les Soviétiques connaissaient parfaitement, ce qui leur procurait un moyen de pression particulièrement efficace…

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Et la France, à l’époque d’Entebbe ? C’était la France de Giscard, la France anti-israélienne du « en même temps » avant la lettre, votant contre la résolution assimilant le sionisme au racisme, mais incapable de féliciter Israël après Entebbe et préférant critiquer la violation de la souveraineté de l’Ouganda. Heureusement, il y eut le magnifique comportement de l’équipage d’Air France, qui refusa d’abandonner les passagers juifs. Mais il y eut aussi des commentaires ignobles. Serge July publia, à la libération des otages, un éditorial intitulé: « Championnat du terrorisme : Israël en tête ». Serge July a, par la suite, atténué ses critiques envers Israël. Comme quoi, il reste toujours quelques raisons d’espérer…

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Au Nigéria, attaques d’église, meurtre et enlèvements de religieux suscitent l’émotion

Dimanche 2 août, des hommes armés ont pris trois personnes en otages dans une église du sud-est du Nigéria. Quatre jours plus tôt, le père Samuel Opeyemi Oyetoro a été retrouvé mort dans le centre du pays. Ces attaques révélent la persistance des bandes criminelles qui continuent de frapper les communautés religieuses et civiles.

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Ouverture du deuxième congrès des liturgistes africains à Dar es-Salam

Les travaux du deuxième congrès des liturgistes africains se sont ouverts lundi 3 août 2026 à Dar es-Salam, en Tanzanie, sur le thème de l’inculturation. La cérémonie d’ouverture a enregistré les interventions du cardinal Roche, préfet du dicastère pour le Culte divin et la discipline des sacrements par un message vidéo, et du discours du cardinal Ambongo, président du Sceam. Ils ont émis le vœu que les fruits de ce congrès soutiennent les Églises d'Afrique dans la célébration du mystère divin.

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Le cardinal Parolin déplore que le dialogue soit remplacé par la force

Le Secrétaire d’État du Vatican, en voyage au Guatemala à l’occasion du 90è anniversaire des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, a invité la communauté internationale à revenir à une «diplomatie du dialogue» aujourd’hui substituée par la «diplomatie de la force», et à protéger les droits menacés par les idéologies, lors d’un discours adressé au corps diplomatique guatémaltèque ce ludi 3 août.

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Ouverture du premier colloque entre christianisme et confucianisme

Le cardinal Koovakad a ouvert ce mardi à Séoul le premier colloque officiel entre les deux traditions religieuses, organisé en collaboration avec l’Académie confucéenne coréenne Sungkyunkwan: la vision chrétienne du "Ciel nouveau et de la Terre nouvelle" et l’idéal confucéen du "Datong" (Grande Unité) «expriment l’une des aspirations les plus profondes» de l’humanité : «construire des sociétés pacifiques et solidaires» a-t-il rappelé.

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Le Pape encourage une communication au service du bien commun

À l’occasion de la conférence mondiale de l’Association Catholique pour la communication (SIGNIS) qui se tient dans la ville de Kigali au Rwanda, Léon XIV encourage à «promouvoir des stratégies et des outils de communication inspirés par la recherche de la vérité et le respect de la dignité humaine». Le préfet du dicastère pour la Communication, Paolo Ruffini, à quant à lui exhorté à «ne jamais laisser les algorithmes écrire notre histoire».

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Décès du cardinal Júlio Langa, «un homme de foi et de charité»

Le cardinal Dom Júlio Duarte Langa, le deuxième de l’histoire de l’Église catholique au Mozambique, est décédé ce 3 août à l’Hôpital central de Maputo à l'âge de 98 ans. Il laisse derrière lui une longue carrière au service de l’Église, marquée par 28 ans à la tête du diocèse de Xai-Xai. Dans une déclaration, Mgr Francisco Chimoio, évoque son héritage.

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Une nouvelle inégalité des races?

La ségrégation fait un come-back progressiste. La nouvelle doxa instaure une stricte hiérarchie des races où le Blanc est au dernier rang. Une discrimination qui pose les bases de la guerre civile.


Ne tournons pas autour du pot. La nouvelle hiérarchie des races instaurée à bas bruit par le wokisme allié au communautarisme prend désormais ses aises. Appelons un chat un chat à l’instar de Jean-Luc Mélenchon qui a qualifié de « tout blanc, tout moche » les tenants de la «  Vieille France  », hostiles au « grand remplacement » – bon courage au politicien qui se risquerait à traiter la «  Nouvelle France » de « toute noire, toute vilaine ». Mettons les pieds dans le plat avec la police anglaise. Elle a menotté Henri Nowak, un Blanc poignardé, agonisant – victime d’une injustice pour laquelle aucun ministre n’a songé à mettre un genou à terre. Les policiers avaient acheté sans discuter la version de son assassin sikh qui justifiait son acte par de prétendus propos racistes jamais prononcés. On a appris depuis que les consignes officielles de cette police sont de privilégier la parole des minorités ethniques. On s’en doutait un peu depuis l’affaire des « grooming gangs » – des milliers de jeunes Blanches, parfois mineures, livrées à des réseaux tenus par des Pakistanais. Ces organisateurs d’une traite Epstein low-cost avaient bénéficié de la complicité passive des autorités. Comprenez-les : pas les bonnes victimes, pas les bons coupables. En France, on vient d’abolir le code noir. Outre-Manche pourquoi ne pas en finir avec le code Blanc ?

Les autochtones inférieurs en droits chez eux

Pour des raisons équivalentes, l’émoi qu’a suscité chez nous le viol et l’assassinat de Philippine en 2024 n’a été partagé que par une partie de la population. La victime, jeune étudiante non seulement blanche mais de bonne famille, légitimait certaines réserves. Le coupable, Marocain sous OQTF, certes violeur récidiviste, justifiait toutes les mises en garde face aux tentatives de « récupération » par la « droite extrême » – qui débute désormais à François Bayrou. Pour Lyhanna, le suspect lui non plus n’aurait pas dû être en liberté. Mais il avait la bonne couleur. Ouf ! On pouvait enfin manifester à son aise devant les tribunaux. Bien sûr les juges n’ont pas moins failli à préserver l’étudiante de cette « mauvaise rencontre » que Lyhanna. Mais ce qu’a perdu Philippine (la vie tout de même) devait être mis en regard d’un gain merveilleux : la liberté de tous ces migrants injustement pointés du doigt. Songez à tous ces OQTF qui ne font de mal à personne ? Si vous ne trouvez pas cela merveilleux, c’est qu’il vous faut consulter.

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Lorsque des racailles caillassent la police à Paris, ce sont les assaillants qui sont victimes de flics racistes (qui font rien qu’à les stigmatiser alors qu’ils sont simplement venus faire la fête à coups de mortier). Si des Blancs font la même chose à Belfast (le 9 juin dernier), leur culpabilité ne fait aucun doute. Pour commencer, ils n’étaient pas venus faire la fête, eux. Ils n’avaient pas supporté la vidéo de ce Soudanais qui infligeait à un passant irlandais le supplice chinois du Lingchi – « la mort par mille coupures ». Oui les émeutiers blancs de Belfast sont animés de blâmables sentiments racistes. Mais les responsables en sont les progressistes, héritiers d’Arthur de Gobineau, qui ont fait des autochtones des êtres inférieurs en droit chez eux – une première dans l’histoire des sociétés humaines.

Pendant plusieurs décennies, on a pourtant voulu faire disparaître les races et prôné l’égalité des individus – c’était d’ailleurs parfait, puisqu’en creux, on y lisait une logique d’intégration. À l’issue de celle-ci, tous les Français, tous les Anglais pouvaient bien avoir la pigmentation qu’ils voulaient. Oubliée, la supériorité de la race blanche au nom de laquelle des crimes trop lourds avaient été commis. On ne pouvait qu’applaudir à ce volontarisme égalitaire, porteur d’une société multiraciale apaisée. Corollaire indispensable au maintien de la paix civile, cette société se devait d’être monoculturelle en France ou de partager la common decency britannique. Raté – il y a 85 tribunaux islamiques au Royaume-Uni (!). Cette paix vole en éclats sous nos yeux, sous le poids du nombre et sur un mode libanais.

Les Blancs sont priés de supporter

Parce qu’à l’instar des néoféministes, les défenseurs des minorités raciales n’avaient pas en tête qu’un projet de rééquilibrage. Non, leurs franges maximalistes étaient en réalité porteuses d’un désir moins noble : celui de la vengeance. À une société patriarcale, les féministes les plus enragées veulent désormais substituer une société dont les hommes constitueraient un bataillon de suspects, violeurs par essence. Sur ce modèle, on observe chez les progressistes et leurs alliés « décoloniaux  » une volonté d’imposer non une égalité, mais une nouvelle hiérarchie des races. Ainsi, de « femme, je te crois », on est passé à « Noir, musulman, sikh je te crois – même si tu viens de poignarder quelqu’un ». Les Blancs sont priés de supporter cette injustice sans broncher, puisqu’ils sont les héritiers d’une civilisation coupable de tant d’infamies : racisme, esclavage, colonisation, capitalisme, saccage de la planète. Toutes les autres cultures ne sont, par ailleurs, que paix et amour du prochain – leur supériorité crève donc un peu les yeux.

Ainsi, chaque Blanc naît désormais comptable de tous ces péchés – le voici le fameux « privilège blanc ». Ce n’est pas ce qu’ils font le problème, c’est ce qu’ils sont. Les Noirs, les Arabes, les migrants, victimes par héritage, ne peuvent jamais être vraiment coupables. Dans cette logique, le Blanc, particulièrement s’il est juif, ne sera jamais totalement innocent. Les Français de souche pensaient avoir hérité d’un pays, les tenants de la nouvelle France ne leur reconnaissent que des dettes imprescriptibles. Pourtant, mis à part l’Occident honni, qu’on nous cite les civilisations qui ont accueilli des dizaines de millions d’étrangers aussi pacifiquement, en leur consacrant, en plus, quelques dizaines de milliards par an. Ou celles qui ont théorisé les droits de l’Homme.

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Considérer la majorité blanche comme ontologiquement coupable, c’est assumer une idéologie raciste et encourager la guerre civile. En effet, une fois que le Diable de la race est sorti de sa boîte, l’y faire rentrer calmement ne s’annonce pas une mince affaire. Toutes les bonnes volontés, noires, jaunes, rouges ou bleues sont les bienvenues pour lutter contre cette catastrophe en cours. D’ailleurs elles existent  : merci à Boualem Sansal et paix à l’âme de Marjane Satrapi.

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Congrès au Panama, l’Église appelée à protéger la communauté des sourds

Des responsables ecclésiastiques, des experts en protection et des défenseurs des personnes sourdes se sont réunis du 8 au 11 juillet dernier à Panama City pour promouvoir l’écoute, l’accessibilité et la protection des victimes d’abus. Mgr José Domingo Ulloa Mendieta, archevêque du Panama, a décrit ce rassemblement comme «un chemin de conversion» qui exige de l’Église qu’elle apprenne une nouvelle manière d’écouter.

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«La littérature peut être engagée mais elle ne peut pas être que ça, à moins de se trahir»

À l’occasion de la parution de Stay Free (Le Cherche Midi), Patrice Jean revient sur les thèmes qui traversent toute son œuvre: la littérature, la vie intérieure, l’époque et ses illusions. Dans cet entretien, l’écrivain défend une conception exigeante du roman, qu’il oppose aux slogans, aux clichés et aux simplifications du monde contemporain.


Chez Patrice Jean, la littérature est affaire de résistance. Résistance au bruit, aux clichés, à l’écrasement de la vie intérieure. À l’occasion de la parution au mois d’août de Stay Free (Le Cherche Midi), son roman le plus intime, il revient sur l’ensemble de son œuvre et sur le rôle de l’écrivain dans un monde saturé de discours. « J’écris contre tout ce qui écrase la littérature » nous confie-t-il.


Grégory Rateau. Vos livres partagent une même inquiétude face à l’effacement de l’individu et à la pression du collectif. Diriez-vous que votre œuvre forme un tout cohérent, ou chaque livre répond-il à une urgence particulière ?

Patrice Jean. La cohérence de ce que j’écris tient à mes obsessions, à mon tempérament. Je retourne sans cesse sur le lieu du crime, je bute sans cesse sur mon époque, je perçois tout avec la même sensibilité, etc. Mes livres sont des variations sur les mêmes thèmes. Et comment pourrait-il en aller autrement ? Chaque écrivain dispose d’une gamme de sujets caractéristiques et d’une palette personnelle. Les écrivains qui n’ont pas d’obsessions, pas de thèmes sont-ils encore des écrivains ?

Dans Stay Free, vous plongez dans les années 1980, une décennie que vous décrivez comme le point de départ d’une certaine décomposition du politique. Pourquoi avoir choisi ce cadre temporel pour ausculter le présent ?

Les années 80 sont le moment où certaines idées défendues en 68 prennent le pouvoir (comme ce ministère du temps libre créé par le gouvernement Mauroy), l’époque où l’on a un pouvoir se voulant « cool » (mot lancé à cette période) cherchant à faire le bonheur des citoyens : nous entrons dans l’enfance des années 2000 (si j’ose dire), sa préparation : le théâtre de la vertu, le clinquant progressiste, et, dans le même temps, le triomphe du fric, l’avènement de Bernard Tapie. Plus personnellement, j’ai eu envie de revenir à la période de ma jeunesse, et de décrire la façon dont on découvre, peu à peu, la vie, l’amour, la musique, la littérature. Là aussi, pour moi, je vivais le temps des « premières fois ». Ayant connu cette époque, je peux la raconter du côté d’une conscience qui sort des ténèbres.

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Tout en défendant l’autonomie de la littérature, vous affirmez que « tout est politique ». Comment naviguer entre engagement et liberté créatrice, surtout dans ce nouveau roman où la sociologie de quartier (la Bottière à Nantes) pourrait servir de prétexte à un récit militant ?

Tout est politique, au sens où tout est collectif. Dire : « je suis seul » n’est possible que parce que nous avons le langage, instrument construit par le collectif. Mais n’oublions pas que tout est biologique, tout est tragique, tout est sensible, tout est absurde, tout est éphémère, tout est impensable. Les « tout » sont nombreux, et dans ce nombre, par ce nombre, la littérature retrouve son autonomie, elle qui est l’expression conjointe de la sensibilité et de la raison, elle qui explore la vie invisible et intérieure. La littérature peut être engagée (tout est collectif) mais elle ne peut pas être que ça, à moins de se trahir comme littérature. Si elle n’est que ça, elle devient un tract, un programme, un slogan. Donc, elle n’est plus elle-même.

Contre quoi écrivez-vous exactement : une idéologie, un système médiatique, ou une transformation plus profonde de notre rapport à la littérature ?

J’écris contre la bêtise, celle de toujours, celle de l’époque, et ma propre bêtise. Je la mets en scène et je prends mes distances avec elle. Et plus précisément, j’écris contre tout ce qui écrase la littérature ou la méprise, car je crois qu’elle est la vie même. Comme l’écrivit Proust, nos perceptions sont encombrées de clichés qui nous empêchent d’accéder au réel. Il faut les bousiller. La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c’est la littérature. » Croyez-le ou non.

Dans Stay Free, le rock et le cinéma sont des bouées de sauvetage pour vos personnages. Est-ce une réaffirmation, comme dans vos essais, que la culture est le dernier rempart contre la simplification du monde ?

Le rock n’est pas forcément un art qui complexifie le monde. Il est souvent sommaire et insuffisant. En revanche, il est en lien avec l’énergie de l’adolescence, avec l’urgence de la vie. En ce sens, il est important (à condition de ne pas se contenter seulement de lui). Quant au cinéma, sa force n’est plus à prouver : il montre la vie. La littérature, quant à elle, montre ce que le cinéma ne peut atteindre avec la même force : la vie invisible, celle de nos pensées, de nos perceptions, de nos émotions, toute cette mélasse intérieure qui est la mélodie qui nous accompagne du début à la fin. En ce sens, oui, cinéma et rock peuvent jouer le rôle d’une bouée de sauvetage face à la bête platitude des choses (bête car rien n’est plat en réalité, tout est incompréhensible).

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Votre écriture combine ironie, démonstration et narration. Est-ce une manière de préserver la complexité de la pensée face aux discours contemporains ?

Je ne pense pas qu’il y ait, chez moi, de véritables démonstrations, mais il y a des idées, des fables, des polémiques. Pourquoi ne pas utiliser toute la gamme des registres ? L’ennemi, je l’ai dit, c’est le slogan, le tract, toutes ces formes de réduction.

Dans Rééducation nationale, vous analysiez l’institution scolaire. Dans Stay Free, le lycée et le milieu ouvrier sont au cœur du récit. L’école reste-t-elle pour vous le laboratoire central de la transformation anthropologique que vous dénoncez ?

Non, l’école n’est pas le laboratoire central pour fabriquer les êtres humains d’aujourd’hui : d’autres institutions ont pris le relais. On peut penser aux médias, au cinéma et à la télévision (du moins dans les années 80) et à tout ce que Debord appelait la société du spectacle, autrement dit l’accumulation du capital qui finit par imprégner les esprits et les sensibilités. L’institution scolaire, par certains côtés, résiste aux injonctions de cette société du spectacle, et par d’autres côtés, et sans s’en rendre compte, elle participe, parfois, à son avènement.

Vous insistez sur la primauté de la vie intérieure. Martial et Paul, vos héros, s’extraient du réel par la musique. Cette conviction est-elle une réaction à l’époque ou une vision fondamentale de l’humain ?

La musique n’extrait pas, à mon sens, les héros du réel, elle les relie au réel bien plus que leur existence quotidienne qui, elle, a tendance à les aplatir, à leur faire passer le goût de la vraie vie. La vie intérieure est de toutes les époques. L’art l’exprime et le nourrit.

Dans Kafka au Candy-Shop, vous critiquiez la trahison des interprètes. Ressentez-vous parfois un malentendu similaire sur votre propre travail, notamment lorsqu’on tente de vous classer politiquement ?

Il faut que la critique littéraire soit littéraire. Un critique peut s’en prendre à ce qu’il perçoit comme une vision politique d’un roman, mais il doit opérer avec finesse, en tentant de ne pas réduire le roman à une position politique. Je m’insurge, bien sûr, contre la réduction de ce que j’écris à des positions politiques, voire, plus bêtement, à l’indifférence envers mes livres lorsque celle-ci naît de préjugés envers eux pour ce que j’ai donné un entretien ou un article à un journal de droite. Je parle à tout le monde, je réponds à tout le monde : je n’ai pas la tête politique, ce qui, pour certains commissaires du peuple, est déjà un aveu, voire une faute.

Vous mettez en avant la présence irréductible du mal. La littérature est-elle le dernier lieu où cette vérité peut s’exprimer sans être neutralisée par les visions progressistes ?

Le mal transcende la politique. Il n’est pas réductible à l’organisation défectueuse d’une communauté politique comme le pensent, en effet, les progressistes, et même les réactionnaires. Ce qui n’invalide en rien la volonté d’arranger les choses. De colmater les brèches. Mais le mal, pas plus que la mort, ne sera vaincu : là commence la littérature.

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L’écrivain doit-il composer avec une censure diffuse ? Comment cela influence-t-il votre travail sur ce nouveau roman plus « sensible » et « personnel » selon votre éditeur ?

Il existe, je crois, une censure diffuse dont ceux qui en sont les responsables ne sont pas forcément conscients. Ils croient ne pas aimer un roman parce que le roman est mauvais, alors qu’ils ne l’aiment pas parce qu’il se moque d’eux, du progressisme, de leur mode de vie. Ne leur en voulons pas trop : il faut être un saint pour aimer celui qui vous raille. En revanche, cette censure qui ne dit pas son nom n’influence pas vraiment ce que j’écris. Quand j’écris, je n’ai en vue que la vérité (ou ce que je crois être la vérité).

Malgré votre diagnostic sombre, vous accordez à la littérature une puissance quasi absolue. Que peut encore un livre comme Stay Free face à un monde saturé d’idéologie et d’images ?

Je ne sais pas ce que peut Stay Free par rapport à notre monde médiatique et idéologique. Sans doute pas grand-chose. Pour cela, il faudrait qu’il ait des centaines de milliers de lecteurs, qu’on en parle beaucoup. Et encore, le projet du roman n’est pas de renverser la table. S’il plaît à quelques lecteurs j’en serais heureux.

Stay Free de Patrice Jean, Cherche Midi, 384 pages. Publication le 20 août.

Stay Free - rentrée littéraire 2026

Prix: 21,90 €

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L’article «La littérature peut être engagée mais elle ne peut pas être que ça, à moins de se trahir» est apparu en premier sur Causeur.

August 03, 2026

L’Église marocaine vient en aide aux migrants de retour de Ceuta

Dans l’enclave espagnole, la situation semble être revenue au calme, après l'arrivée de quelques 60 000 personnes, en provenance du Maroc. Si les autorités espagnoles assurent que tous ces candidats à l'exil sont rentrés au pays, plusieurs familles marocaines restent sans nouvelles et craignent que leurs proches soient décédés lors de la traversée. À la frontière du côté du Maroc, l'Église s'organise pour les aider, comme l'explique Mgr Emilio Rocha Grande, l’archevêque de Tanger.

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La rumeur de Ceuta

Une rumeur née de la déformation d’une décision de justice espagnole, amplifiée par TikTok, Instagram, Facebook et WhatsApp, a mis en mouvement des dizaines de milliers de jeunes Marocains. Leur convergence vers Ceuta révèle une nouvelle forme de mobilisation collective, sans chef ni organisation centrale, comparable par certains mécanismes aux émeutes françaises de 2023. La passivité momentanée de Rabat a transformé cette vague spontanée en instrument de pression contre l’Espagne.


À douze heures de route de Ceuta, Ayoub El Abyad faisait défiler les images sur son téléphone. Sur Instagram, des vidéos montraient des jeunes Marocains nageant vers l’enclave espagnole, franchissant la digue du Tarajal ou célébrant leur arrivée sur une plage européenne. Ayoub avait 16 ans. Avec son cousin, il prit une décision qui allait être imitée par des dizaines de milliers de personnes : ils tenteraient leur chance.

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Les deux adolescents ne disposaient apparemment ni d’un passeur, ni d’un véhicule, ni d’un plan précis. Ils parcoururent une partie du trajet en auto-stop, transportés successivement par deux automobilistes. « La migration, c’est améliorer notre vie. Nous nous sommes mis d’accord pour essayer et faire confiance à Dieu », expliqua ensuite Ayoub à Reuters, du côté marocain de la frontière.

Son histoire résume peut-être mieux l’affaire de Ceuta que les images de foules, de militaires et de camions. Elle montre comment un adolescent éloigné de plusieurs centaines de kilomètres a pu voir quelques vidéos, interpréter leur diffusion comme le signe qu’une occasion exceptionnelle se présentait, convaincre un proche et se mettre en route presque immédiatement.

Entre le 30 et le 31 juillet 2026, de 50 000 à 60 000 personnes, peut-être davantage, sont entrées à Ceuta depuis le Maroc. Le chiffre exact reste incertain. Le gouvernement espagnol a d’abord retenu environ 50 000 passages, tandis que le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, avançait le chiffre de 60 000. Les autorités marocaines, sorties de leur silence trois jours après les événements, n’en ont reconnu que 40 000.

Les chiffres relatifs aux retours sont plus élevés encore. Les autorités espagnoles ont comptabilisé plus de 69 000, puis environ 73 000 sorties en direction du Maroc. Cette contradiction montre que les comptages ont été effectués dans le désordre, parfois sur la base de passages aux postes-frontières, parfois à partir d’estimations de terrain. Une chose, en revanche, ne fait guère de doute. Jamais Ceuta, ville espagnole d’environ 83 000 habitants, n’avait reçu en quelques heures une population presque équivalente à la sienne. Lors de la crise de mai 2021, quelque 8 000 à 10 000 personnes étaient entrées dans l’enclave après un relâchement des contrôles marocains. L’événement avait déjà été considéré comme un avertissement stratégique de Rabat à Madrid. Cinq ans plus tard, le phénomène a changé d’échelle.

Une décision de justice déformée

L’affaire commence trois semaines plus tôt, dans une salle d’audience espagnole. Le Tribunal suprême devait se prononcer sur le cas d’un migrant algérien intercepté en mer le 14 novembre 2024 alors qu’il tentait, avec deux autres personnes, d’atteindre Ceuta à la nage. L’homme avait été immédiatement remis aux autorités marocaines, sans décision administrative formelle, sans avocat et sans examen d’une éventuelle demande de protection internationale. La législation espagnole autorise, dans certaines conditions, le « rejet à la frontière » (« dévolution à chaud ») des étrangers surpris en train de franchir les dispositifs physiques qui séparent le Maroc de Ceuta et de Melilla. Mais le texte vise les personnes qui tentent de « surmonter les éléments de contention frontalière ». Or, estima le Tribunal suprême, la mer n’est pas en elle-même un élément matériel de contention. Des drones, des caméras thermiques et des capteurs permettent de surveiller une frontière, mais ils ne constituent pas une barrière physique comparable à une clôture.

Le Tribunal n’a donc ni accordé aux nageurs un droit de séjour en Espagne ni interdit leur éloignement. Il a seulement décidé qu’une personne interceptée en mer ne pouvait être refoulée automatiquement selon le régime exceptionnel applicable aux franchissements de la clôture terrestre. La nuance était juridiquement importante, mais, bien évidemment, elle disparut presque entièrement lorsqu’elle fut traduite dans le langage des réseaux sociaux.

En quelques jours, la décision fut résumée de manière de plus en plus approximative. Les nageurs ne pouvaient plus être refoulés immédiatement. Puis ils ne pouvaient plus être renvoyés. Enfin, l’Espagne avait ouvert la frontière. Il suffisait d’entrer à Ceuta par la mer pour avoir le droit de rester, de rejoindre la péninsule et, selon certaines versions, d’obtenir des papiers.

Une femme arrivée à Fnideq, ville marocaine frontalière de Ceuta, expliqua à des journalistes avoir vu sur son téléphone un message affirmant que l’Espagne ouvrait ses portes aux personnes dépourvues de documents. Également connue sous son ancien nom espagnol de Castillejos, Fnideq, dont le nom vient de l’arabe al-Funaydiq, diminutif de funduq, et signifie « la petite auberge », en référence à un ancien relais pour les voyageurs et les commerçants, est située à quelques kilomètres seulement de l’enclave et constitue le principal point de rassemblement des candidats au passage. À proximité, un jeune Marocain courant avec des amis vers la frontière demandait encore : « Est-il vrai qu’ils ont ouvert la frontière et que l’on peut entrer sans papiers en Espagne ? » La question montre la puissance de la rumeur, mais aussi son caractère incertain. Une partie des participants ne savait pas si l’information était vraie. Ils décidèrent pourtant de partir, parce que le coût de l’inaction leur semblait supérieur au risque de l’essai.

Des réseaux sociaux à la mobilisation

La tentation consiste à chercher un organisateur unique. Pourtant, aucun état-major clandestin, aucune organisation politique et aucun réseau de passeurs de Fnideq capable de diriger plusieurs dizaines de milliers de personnes n’ont été identifiés. La mobilisation s’est formée dans un écosystème numérique préexistant. Sur Facebook, des groupes comme « Harga Ceuta » rassemblaient plusieurs milliers de membres. Le mot harraga, « ceux qui brûlent », désigne en Afrique du Nord les migrants qui « brûlent » les frontières ou détruisent parfois leurs papiers pour compliquer leur identification.

Dans ces groupes circulaient des informations très pratiques. Des captures d’écran de Google Maps indiquaient les points de départ et les distances à parcourir. Des utilisateurs partageaient l’état de la mer, la direction des courants ou les secteurs surveillés. D’autres proposaient des palmes, des chambres à air et du matériel de plongée. Les réussites étaient filmées, montées puis rediffusées. La traversée apparaissait comme un défi dangereux, mais accessible.

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Les contenus de plusieurs de ces groupes ont disparu après la crise. On ignore s’ils ont été effacés par leurs administrateurs, supprimés par les plateformes ou retirés par leurs auteurs. Cette disparition complique la reconstitution chronologique. On sait néanmoins que les signes avant-coureurs existaient. Le mardi 28 juillet au soir, soit plus d’une journée avant la vague principale, le média marocain Akhbarona signalait une « intense activité numérique » appelant à de nouvelles tentatives de migration collective au départ des plages de Fnideq. D’autres médias locaux observaient le même phénomène sur WhatsApp, Instagram, TikTok et Facebook.

Le mouvement s’est donc construit en plusieurs étapes. Les informations juridiques déformées ont d’abord circulé dans des communautés spécialisées. Les premiers nageurs arrivés à Ceuta ont ensuite publié des images de leur succès. Ces vidéos ont quitté les cercles de candidats déjà expérimentés pour atteindre un public beaucoup plus vaste. Elles ont enfin été amplifiées par le bouche-à-oreille : un frère avertissant un cousin, un ami montrant une vidéo à un groupe, un conducteur acceptant d’emmener plusieurs jeunes vers le nord…

Une rumeur devenue mouvement de masse

Ceuta avait déjà connu une mobilisation numérique de ce type. En septembre 2024, des vidéos TikTok appelaient à une traversée collective vers l’enclave le 15 septembre. L’une d’elles avait été vue plus de 500 000 fois, recueillant plus de 8 500 mentions « j’aime » et environ 1 200 partages. Les autorités marocaines avaient alors réagi avec vigueur. Entre le 11 et le 16 septembre, elles avaient arrêté ou éloigné 4 455 personnes aux abords de Fnideq. À la fin du mois d’août, la police judiciaire, assistée de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), avait interpellé six personnes, dont un mineur, pour diffusion de contenus numériques mensongers incitant à l’émigration irrégulière.

Ce précédent est essentiel, car il démontre que l’appareil sécuritaire marocain sait surveiller les communautés numériques liées à la migration et concentrer rapidement des forces autour de Fnideq.

Alors, comment se fait-il qu’en 2024, un appel vu 500 000 fois ait été détecté et largement contenu, tandis qu’en juillet 2026, une mobilisation beaucoup plus importante n’a pas été stoppée ? Deux explications sont possibles. Soit les services marocains ont été débordés par un phénomène nouveau et extrêmement rapide. Soit ils ont vu le mouvement se former et choisi, au moins pendant quelques heures, de ne pas l’interrompre. La seconde hypothèse paraît aujourd’hui la plus solide.

Qui sont les migrants ?

Les images aériennes donnent l’impression d’une masse anonyme, presque exclusivement masculine. La réalité sociale est plus diverse, même si les adolescents et les jeunes hommes marocains constituent incontestablement le groupe dominant.

Les premières opérations de secours, dans la nuit du 29 au 30 juillet, ont pris en charge 99 personnes, toutes présentées comme maghrébines. Environ 130 mineurs seraient arrivés au cours des heures précédant la vague principale. Une première estimation espagnole a ensuite évoqué jusqu’à 7 000 mineurs parmi l’ensemble des personnes entrées, chiffre qui devra être vérifié.

Le cas d’Ayman est caractéristique. Âgé de 20 ans, ce coiffeur de Larache affirma avoir nagé pendant cinq heures avant d’atteindre Ceuta. Il repartit peu après, expliquant qu’il n’avait trouvé ni nourriture ni accueil et qu’il avait été brutalement repoussé par les militaires espagnols.

Dounia Kherradi était serveuse à Lqliaa, près d’Agadir, l’une des villes où les protestations sociales de 2025 avaient été particulièrement fortes. Elle avait une fille et des parents à charge. Son salaire, expliquait-elle, ne lui permettait pas de subvenir aux besoins de sa famille. Son départ ne relevait pas seulement du chômage, mais du travail trop peu rémunéré pour offrir une perspective.

Un autre participant disait travailler douze heures par jour comme gardien de sécurité pour l’équivalent d’une dizaine d’euros. Yassin, 32 ans, expliquait que son salaire ne suffisait plus à nourrir ses enfants. « Comment allons-nous vivre ? Que pouvons-nous donner aux enfants ? Nous voulons, nous aussi, vivre un peu », demandait-il.

Une jeunesse en manque de perspectives 

Fátima, 25 ans, avait déjà tenté à une vingtaine de reprises de rejoindre Ceuta. Elle racontait avoir passé jusqu’à six heures dans l’eau avant d’être encerclée par les forces espagnoles puis remise à la Marine royale marocaine. « J’ai des amies en Espagne. Elles ont réussi et moi aussi je veux y aller. Ici, il n’y a pas d’avenir », répétait-elle.

D’autres histoires furent recueillies parmi les personnes revenues au Maroc. Un jeune homme était parti dans l’espoir de payer le traitement médical de sa mère atteinte d’un cancer. Certains voulaient rejoindre des frères, des cousins ou des amis installés en Espagne. D’autres n’avaient pas de projet aussi construit. Un jeune Tangérois, revenu après une journée sans manger, reconnut : « Honnêtement, je ne sais même pas pourquoi je suis venu. »

Ce dernier témoignage ne signifie pas que son départ était dépourvu de cause. Il montre plutôt la différence entre une cause sociale profonde et une décision individuelle improvisée. On peut être poussé par des années de frustration tout en prenant la décision de partir en quelques minutes.

La majorité des participants ne correspond pas à la figure classique du migrant subsaharien ayant traversé plusieurs pays sous le contrôle de passeurs. Ce sont d’abord des Marocains, souvent très jeunes, provenant de l’ensemble du royaume. Les journalistes ont rencontré des personnes originaires de Tanger, Tétouan, Larache, Casablanca, Fès, Marrakech, Lqliaa et d’autres localités du sud. Pour beaucoup, atteindre Fnideq supposait plusieurs centaines de kilomètres de voyage. La foule ne pouvait donc pas être composée uniquement de résidents de la région frontalière attendant depuis longtemps une occasion.

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Elle comprenait des chômeurs, mais aussi des petits salariés, des travailleurs informels, des jeunes ayant quitté l’école, des diplômés sans emploi, des parents de famille et des mineurs encore scolarisés. Quelques femmes étaient seules ; d’autres étaient accompagnées d’enfants. Des familles entières se sont engagées dans l’eau, parfois avec des nourrissons. Une femme portant un bébé âgé de quelques mois est devenue l’un des symboles de la crise.

Le phénomène révèle moins une absence absolue de développement qu’une crise des attentes. Le Maroc s’est modernisé, urbanisé et enrichi, mais la création d’emplois n’a pas suivi l’augmentation de la population active. Selon les chiffres cités par la presse marocaine, environ quatre millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans ne travaillent pas et ne suivent ni études ni formation. Un quart des 15-24 ans se trouve dans cette situation. Le chômage des jeunes dépasse largement la moyenne nationale et atteint des niveaux particulièrement élevés dans les villes.

Entre 2000 et 2024, le Maroc aurait créé chaque année environ 215 000 emplois de moins que le nombre nécessaire pour stabiliser son taux d’emploi. Pendant cette période, la population a augmenté beaucoup plus rapidement que la population effectivement employée.

À Fnideq, la situation est aggravée par la fermeture du commerce transfrontalier informel avec Ceuta en 2019. Pendant des décennies, une partie de l’économie locale reposait sur la circulation quotidienne des marchandises et des personnes. La fin de ce système a privé la région de milliers de revenus sans qu’une activité de remplacement suffisante soit immédiatement créée. Et la proximité de Ceuta donne à cette frustration une forme particulière. L’Europe n’est pas une abstraction située de l’autre côté d’un océan. Elle est visible depuis la plage. Elle se trouve parfois à deux ou trois kilomètres seulement, derrière une digue, des barbelés et quelques patrouilles.

Une catastrophe humaine 

Le nombre de morts reste difficile à établir. Le 31 juillet, les autorités espagnoles annonçaient 57 corps. Le lendemain, le bilan montait à 67. Le 2 août, la délégation du gouvernement espagnol à Ceuta évoquait 72 morts directement liés à la vague principale.

Mais Juan Jesús Vivas, président (Parti populaire), exerçant des fonctions comparables à celles d’un maire et d’un président de région pour la ville autonome de Ceuta, indiquait que 88 corps avaient été reçus dans la morgue improvisée installée dans l’ancien hôpital militaire. Ce dernier chiffre comprendrait des personnes mortes lors de tentatives antérieures, au cours des deux semaines ayant précédé le 30 juillet. Avant même la vague principale, les autorités locales avaient récupéré une trentaine de corps depuis le début de l’année, dont plusieurs pendant les derniers jours de juillet.

Le Maroc a, de son côté, reconnu 11 morts sur son territoire, dix par noyade et un après une chute depuis une zone rocheuse. Il n’est pas encore possible d’additionner mécaniquement tous ces chiffres. Les périodes ne sont pas identiques et certains corps peuvent avoir dérivé d’un côté à l’autre de la frontière maritime. Au 3 août, on peut seulement dire que le bilan réel approche probablement la centaine de morts et qu’il pourrait encore augmenter.

Les passeurs : un rôle encore difficile à mesurer 

Les gouvernements marocain et espagnol ont rapidement incriminé les « réseaux de traite » et les « mafias de passeurs ». Leur intervention est plausible, mais son importance exacte reste à démontrer. Les réseaux clandestins peuvent avoir vendu des palmes, des chambres à air ou des informations. Ils peuvent avoir facturé le transport vers Fnideq, conseillé certains points de départ et exploité la confusion juridique née de la décision du Tribunal suprême. Des administrateurs de groupes ont peut-être été rémunérés pour amplifier les appels ou mettre des candidats en relation avec des chauffeurs.

Cependant, la route de Ceuta se distingue des traversées vers les Canaries ou l’Italie, car elle ne nécessite pas d’investissements logistiques importants. Pour un jeune Marocain, il suffit, en théorie, de rejoindre Fnideq puis d’entrer dans l’eau. Une grande partie des participants interrogés paraît avoir voyagé par les moyens ordinaires : train, autobus, voiture d’un proche, taxi collectif ou auto-stop.

L’échelle même de l’événement affaiblit l’hypothèse d’un réseau unique. Une organisation capable de recruter, de transporter et d’encadrer 50 000 personnes laisserait nécessairement de nombreuses traces financières, matérielles et humaines. Aucune structure de ce type n’a été publiquement mise au jour.

Les mystérieux convois vers Fnideq 

Les images de camions chargés de jeunes constituent l’un des aspects les plus troublants de l’affaire. Elles ont alimenté l’idée d’une opération organisée par l’État marocain, comparable à une nouvelle « Marche verte » dirigée vers Ceuta.

Plusieurs vidéos montrent en effet des dizaines de jeunes installés dans des bennes, sur des remorques ou accrochés à des poids lourds en direction du nord. D’autres montrent des véhicules militaires marocains circulant à proximité de Fnideq. Sur certains comptes espagnols et arabophones, les séquences ont été présentées comme la preuve que l’armée ou la police marocaines transportaient les migrants jusqu’à la frontière. Aucune vérification complète ne permet encore de l’affirmer.

Plusieurs catégories d’images ont été mélangées. Dans certains cas, les jeunes semblent avoir grimpé spontanément sur des camions civils ou s’être accrochés aux véhicules, comme une forme d’auto-stop collectif. Rien ne prouve que les chauffeurs aient été recrutés ou rémunérés pour cette mission. D’autres vidéos montrent des véhicules des forces marocaines, mais il est difficile d’établir s’ils transportaient des migrants, des policiers, du matériel ou des personnes interpellées. Les plaques, les marquages et les itinéraires n’ont pas fait l’objet d’une analyse publique systématique.

Après le retour de la majorité des participants, les autorités marocaines ont officiellement affrété des dizaines d’autobus afin d’éloigner les jeunes de Fnideq et de les reconduire vers Tanger, Casablanca, Errachidia et d’autres villes. Les autorités espagnoles ont également utilisé des autobus et des camions militaires pour conduire les personnes vers le Tarajal. Certaines images de ces opérations de retour ont ensuite été rediffusées comme si elles montraient le transport initial vers la frontière.

À ce stade, on ne sait donc pas qui possédait les camions civils filmés avant le 30 juillet, qui payait leur carburant ni si les chauffeurs avaient reçu des instructions. Aucun contrat, ordre de mission, témoignage de conducteur ou élément financier n’a été publié.

Abstention ou complicité des autorités marocaines ? 

Puis il y a la question de la complicité, ou non, des forces de l’ordre marocaines. Il n’existe, pour l’instant, aucune preuve publique qu’un policier marocain ait été payé pour laisser passer des migrants, qu’un officier ait ouvert une porte contre rémunération ou qu’une unité ait personnellement participé à un trafic. La collusion individuelle, au sens pénal, n’est pas démontrée. En revanche, les éléments en faveur d’une abstention organisée sont nombreux.

Pendant les jours précédant la vague, le nombre de traversées augmentait. Les groupes en ligne étaient actifs. Des milliers de jeunes voyageaient vers Fnideq. Des médias marocains alertaient sur de nouveaux appels. Malgré cela, le dispositif frontalier fut réduit au moment décisif.

Le 30 juillet coïncidait avec la Fête du Trône, anniversaire de l’accession de Mohammed VI. Une partie de l’administration était en congé et les effectifs déployés à la frontière auraient été ramenés au minimum. Selon les services espagnols cités par la presse, la surveillance fut ensuite pratiquement levée, permettant aux foules d’atteindre la digue et les accès terrestres. Des vidéos montrent des forces marocaines regardant passer des groupes sans intervenir. D’autres séquences, tournées plus tard, montrent au contraire des policiers en tenue antiémeute utilisant des matraques, des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Un autobus et plusieurs voitures ont été incendiés lors des affrontements.

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Ce changement de comportement suggère que, pendant quelques heures, les forces ont laissé faire. Lorsque l’ampleur de la catastrophe et ses conséquences diplomatiques sont devenues évidentes, elles ont repris le contrôle. Les services de renseignement espagnols aboutissent à une conclusion intermédiaire. Selon les informations publiées le 3 août, Rabat n’aurait pas conçu l’opération dès le début. Le mouvement serait né de la rumeur et des réseaux. Mais les autorités marocaines en auraient eu connaissance, auraient choisi de ne pas le stopper et auraient ensuite exploité politiquement ses effets.

Cette interprétation permet de comprendre l’absence d’un plan central visible. L’État marocain n’aurait pas eu besoin de recruter les participants, de louer des milliers de places d’autobus ou d’organiser les groupes. Il lui aurait suffi de retirer momentanément la barrière qui empêchait un mouvement déjà en formation.

Les défaillances des deux États 

L’idée que les autorités marocaines auraient été totalement surprises paraît difficilement compatible avec les capacités de la DGST. Les services marocains surveillent étroitement les réseaux sociaux, particulièrement lorsqu’il s’agit de terrorisme, de contestation politique ou de migration. Ils avaient démontré en 2024 leur capacité à détecter un appel sur TikTok et à interpeller ses diffuseurs. Ils coopèrent régulièrement avec le Centre national de renseignement espagnol et les services policiers européens.

La convergence de dizaines de milliers de personnes venues de Casablanca, Fès ou Marrakech ne pouvait pas davantage passer inaperçue sur le terrain. Les gares routières, les trains, les autobus, les taxis et les routes du nord ont été progressivement saturés. Des jeunes voyageaient sur des camions. Fnideq, ville d’environ 80 000 habitants, voyait sa population gonfler de manière spectaculaire. Les services marocains n’ont pourtant transmis aucune alerte opérationnelle suffisamment précise à Madrid. Ce silence constitue peut-être l’élément le plus important du dossier.

Du côté espagnol, une polémique oppose également le ministère de l’Intérieur au CNI, le service de renseignement espagnol. Le ministre Fernando Grande-Marlaska a affirmé que les services secrets n’avaient pas prévenu le gouvernement de l’imminence d’une entrée massive. Des sources proches du CNI assurent, au contraire, avoir envoyé plusieurs avertissements après la décision du Tribunal suprême.

Ces alertes ne donnaient apparemment ni jour ni heure. Elles signalaient néanmoins un risque réel, alimenté par ce que les services qualifiaient d’« angle mort administratif » exploité par les réseaux criminels. Selon ces sources, la frontière espagnole demeurait sous-dotée malgré les avertissements.

Une crise devenue message politique 

L’échec est donc au moins bilatéral. Rabat n’a pas stoppé le mouvement et n’a pas prévenu Madrid. Madrid a observé l’augmentation des passages sans renforcer suffisamment son dispositif. Lorsque la foule s’est présentée, ni les uns ni les autres ne disposaient des moyens nécessaires pour protéger la frontière sans mettre les vies en danger.

Pourquoi le Maroc aurait-il laissé faire ? Plusieurs explications ont été avancées. La visite récente de Pedro Sánchez en Algérie avait été mal reçue à Rabat. Le Parlement espagnol venait également d’adopter un texte facilitant l’accès à la nationalité pour certains descendants de Sahraouis. Des tensions existaient autour du Sahara occidental et de la répartition des grands événements liés à la Coupe du monde de football de 2030.

Mais les services espagnols estiment qu’aucun de ces différends ne suffit à démontrer une opération préméditée. Leur conclusion est plus subtile. Le Maroc n’aurait pas fabriqué la vague, mais il aurait reconnu dans son apparition une occasion politique.

En levant le contrôle, Rabat pouvait rappeler à Madrid que la sécurité de Ceuta dépend largement de la coopération marocaine. Le message n’avait pas besoin d’être formulé officiellement. Quelques heures suffisaient pour transformer une ville espagnole en espace saturé, contraindre Madrid à déployer l’armée et placer la question de Ceuta au centre de l’actualité internationale.

Le retour de flamme 

Le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, qu’il qualifie de villes occupées. Au moment même où des milliers de personnes franchissaient la frontière, le média Le360, réputé proche du Palais, insistait sur « l’anomalie géographique » des deux enclaves et sur le caractère, selon lui, insoutenable de leur statut. Ce média affirmait que la question n’était pas de savoir si Ceuta et Melilla retourneraient un jour à leur « environnement naturel » marocain, mais quand et après combien de drames.

La crise a également un angle américain. Au printemps 2026, un document de la Chambre des représentants avait présenté Ceuta et Melilla comme situées sur le territoire marocain « sous administration espagnole » et encouragé un dialogue sur leur statut futur. Cette formulation, inhabituelle à Washington, avait été interprétée à Madrid comme un signal favorable aux revendications marocaines. En laissant la crise se développer, Rabat a réussi à replacer les enclaves dans le débat international, même si le prix humain et diplomatique s’est révélé beaucoup plus élevé que prévu.

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Si laisser passer la foule devait envoyer un avertissement, celui-ci a rapidement échappé à ceux qui espéraient en tirer profit. La mort de près d’une centaine de personnes a provoqué une indignation croissante au Maroc. Le Parti du progrès et du socialisme, héritier du Parti communiste marocain, a dénoncé le silence du gouvernement et attribué l’exode à l’échec des politiques d’emploi, d’éducation et de réduction des inégalités.

Des médias marocains indépendants ont souligné que la décision espagnole et les réseaux sociaux ne pouvaient pas, à eux seuls, créer en quelques jours une armée de jeunes prêts à risquer leur vie. La rumeur n’a fonctionné que parce qu’elle a rencontré une disposition au départ déjà massive.

Quand les réseaux sociaux deviennent des accélérateurs 

Le portail Enass a accusé l’État de conserver un « silence sépulcral » face à la mort de citoyens marocains. Il a suggéré que Rabat semblait observer avec satisfaction les difficultés provoquées en Europe, tout en sacrifiant ses propres jeunes à une manœuvre géopolitique.

Le gouvernement marocain n’a réagi officiellement que le 2 août. Il a attribué la crise à l’exploitation biaisée de l’espace numérique et aux réseaux de trafiquants. Il a affirmé être resté un partenaire « fiable et responsable ». Cette défense évite le cœur de la question. Elle explique pourquoi les jeunes sont partis, mais pas pourquoi les autorités, capables de les arrêter en 2024, les ont laissés atteindre la frontière en 2026.

La dynamique de cette crise rappelle, toutes proportions gardées, celle des émeutes déclenchées en France par la mort de Nahel Merzouk, tué par un policier à Nanterre le 27 juin 2023. Là aussi, un événement initial, filmé et presque immédiatement diffusé sur les réseaux sociaux, avait suscité une mobilisation d’une rapidité exceptionnelle. Les images contredisaient la première version policière et provoquèrent une indignation réelle. Mais celle-ci fut bientôt rejointe par d’autres motivations, notamment la volonté d’affronter les forces de l’ordre, le sentiment de participer à un événement historique, la recherche de reconnaissance au sein du groupe, les pillages opportunistes ou le simple désir de reproduire, dans son propre quartier, les scènes observées ailleurs.

Les profils présentaient également des points communs. Une grande partie des personnes interpellées pendant les émeutes françaises étaient des adolescents ou de très jeunes adultes, souvent sans engagement politique préalable et, pour beaucoup, inconnus des services de police. Les autorités avaient alors insisté sur le très jeune âge des participants, dont certains n’avaient que 12 ou 13 ans. Ils n’appartenaient pas nécessairement à des organisations structurées et ne répondaient pas à une direction nationale. Ils agissaient en petits groupes d’amis, de voisins ou de camarades, formés dans les quartiers puis coordonnés au moyen de Snapchat, TikTok, Telegram ou de messageries privées.

Une nouvelle logique des mobilisations 

À Ceuta comme pendant les nuits de juin et juillet 2023 en France, les réseaux n’ont donc pas seulement servi à annoncer ou à commenter l’événement. Ils en ont déterminé le rythme, la géographie et les formes d’action. Durant les émeutes françaises, une vidéo montrant l’incendie d’une mairie, l’attaque d’un commissariat ou le pillage d’un magasin pouvait inciter d’autres groupes à reproduire la scène dans leur propre ville. À Ceuta, l’image d’un nageur atteignant la plage ou d’une foule franchissant la frontière incitait des jeunes situés à Tanger, Casablanca, Fès ou beaucoup plus loin encore à prendre immédiatement la route vers Fnideq.

Dans les deux cas, une frustration ancienne et diffuse s’est cristallisée autour d’une image simple, immédiatement compréhensible et aisément partageable. Ces mobilisations possèdent ainsi une structure commune. Elles réunissent une population très jeune, un mécontentement antérieur à l’événement, un signal visuel provoquant une forte émotion et des plateformes qui transforment des comportements individuels en phénomène collectif. Elles ne nécessitent ni parti, ni syndicat, ni véritable chef. Le groupe se constitue par imitation. La participation des autres réduit l’incertitude et semble légitimer le passage à l’acte. Si des jeunes de Marseille ou de Roubaix affrontent la police, pourquoi pas ceux de la ville voisine ? Si des nageurs atteignent Ceuta et diffusent leur exploit, pourquoi ne pas les rejoindre avant que la frontière ne se referme ?

Ayoub n’a sans doute reçu aucun ordre. Il n’a pas nécessairement répondu à une convocation précise, pas plus qu’une partie des adolescents français descendus dans la rue après avoir regardé sur leur téléphone les images de Nanterre et des premières nuits d’émeutes. Il a été saisi par une image, une rumeur et une possibilité. Dans le monde connecté, cela peut suffire à mettre un adolescent en mouvement. Répété des dizaines de milliers de fois, le même mécanisme peut déplacer une foule, embraser un pays ou submerger une frontière.

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L'hymne des JMJ de Séoul dévoilé

À un an des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Séoul 2027, les organisateurs ont dévoilé, ce lundi 3 août, l’hymne officiel. Confidite, Ego Vici Mundum («Courage ! Moi, j’ai vaincu le monde») est inspirée de l’Évangile selon saint Jean (Jn 16, 33) choisi comme thème des prochaines Journées. Fort attendu par les participants, cette identité sonore est l'un des principaux symboles de l'évenement.

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«Les hommes blancs à l’arrière» et autres manipulations estivales des professionnels belges de l’antiracisme

En Flandre, le déploiement d’une banderole raciste sur le bord de la route – présentée comme une réponse aux provocations d’une chanteuse néerlandaise woke scandalise. Quelques jours plus tôt, les médias du plat pays avaient rétropédalé après s’être scandalisés d’un fait divers soi-disant islamophobe dans le tram à Bruxelles.


« Tous les hommes noirs derrière » :  la banderole fut déployée, ce week-end, le long de l’autoroute E40, dans la partie flamande de la Belgique. Le message est assurément raciste, condamné comme tel par les responsables politiques n’ayant pas pris congé de leurs réseaux sociaux pendant la trêve estivale. L’occasion était trop belle pour eux d’y aller d’une indignation saupoudrée d’une double dose de moraline. Seulement, le calicot ne faisait que répondre aux propos  tenus, quelques jours plus tôt, par une « artiste », enjoignant les « hommes blancs » cette fois-ci, de se tenir loin de la scène. A cette occasion, ni cri d’orfraie, ni dénonciation. Pour la gauche, le racisme, c’est comme le cholestérol, il existe le bon et le mauvais, celui que l’on soutient et celui que l’on condamne.

Plus de temps pour la nuance 

Plantons le décor. Tout ceci se passe à Gand (et dans ses environs), probablement la plus belle ville de Belgique, avec son Château des Comtes de Flandres, ses maisons à pignons le long de la Lys et sa Cathédrale de Saint-Bavon qui abrite le triptyque de l’Agneau mystique des frères Van Eyck. Seulement, la capitale de Flandre-Orientale vote très à gauche, avec tous les maux qui en découlent : wokisme, insécurité grandissante, idéologie LGBT… Chaque année, elle héberge les Gentse Feesten, dix jours de festivités au cours desquelles l’alcool coule à flots autour de podiums où sont programmés des artistes souvent subsidiés et à l’audience confidentielle.  

Cette année, s’y produisait Sophie Straat, chanteuse néerlandaise qui s’était déjà fait remarquer par des propos que l’on qualifiera pudiquement de limites. Cela n’a pas empêché les organisateurs de l’inviter et de se féliciter sans doute qu’elle récidivât : « Tous les hommes blancs à l’arrière ! C’est l’heure des filles, des queers, des personnes de couleur », avant de persévérer afin de bien se faire comprendre : « Plus de temps pour la nuance : il est déjà trop tard. Tous les hommes blancs au fond ». 

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Plusieurs signalements ont été adressés à l’Institut flamand des droits humains, et à Unia, officine officielle de l’antiracisme, sans suite car, pour cette dernière, les propos tenus relèveraient de la sacro-sainte « liberté d’expression » et ponctueraient « une prestation artistique portant un message politique et sociétal sur les inégalités ». Il n’est nul besoin de préciser qu’Unia reçoit chaque année une enveloppe d’argent public, tout cela pour nourrir une haine de l’homme blanc.  

Si nous pensions naïvement que le racisme commençait dès lors qu’un individu était insulté pour la simple raison de sa couleur de peau, les progressistes ont décrété, par un raisonnement abscons dont ils gardent jalousement le secret, que le racisme antiblancs n’existe pas car les dominants ne peuvent, par définition, être victimes de discrimination. A cette aune, les blancs ne peuvent être que coupables, y compris lorsqu’ils rappellent que les mêmes fêtes de Gand ont donné lieu à des scènes de violences commises principalement par des allochtones, évidemment tues par les médias traditionnels.

Drame dans le tram 55

Un autre événement a marqué l’actualité récente en Belgique, accouchant des mêmes manipulations des professionnels de l’antiracisme. Le 23 juillet, Driss Atounane, commerçant en Région bruxelloise, était tué en défendant une musulmane « victime de racisme » alors qu’elle se trouvait dans les transports publics. Il n’en fallut guère plus pour que la classe politico-médiatique criât son indignation, rivalisât de bons sentiments à coups de tirades souvent peu inspirées et… allât jusqu’à demander de renommer un arrêt de tram en hommage au héros. Le citoyen belge non initié aux manipulations pouvait légitimement penser que le bourreau était un Belge de souche et il fallut quelques jours pour que l’identité du présumé coupable fût révélée : un Rwandais naturalisé belge. Les médias ont alors renoué avec une de leurs vieilles manœuvres : le présenter comme atteint de troubles psychiatriques. L’honnêteté aurait été de présenter dès le début ce fait comme un énième drame lié à l’immigration. 

Mais entretemps, l’invasion de Ceuta par des hordes de Marocains a déjà donné du grain nouveau à moudre aux antiracistes professionnels qui nous expliquent aujourd’hui doctement que 99 % des migrants sont déjà retournés dans leur chérifien royaume. Ce n’est évidemment pas vrai et quand l’Europe devra subir les conséquences de ce qui se passe dans l’enclave espagnole, et de façon plus générale de la politique de Pedro Sánchez, ils trouveront sans doute un argumentaire pour dédouaner l’étranger, forcément victime de notre société raciste.

L’article «Les hommes blancs à l’arrière» et autres manipulations estivales des professionnels belges de l’antiracisme est apparu en premier sur Causeur.

Le cardinal Parolin au Guatemala pour célébrer les 90 ans des relations avec le Saint-Siège

Dans le cadre de sa visite dans ce pays d’Amérique centrale ce dimanche 2 août, le Secrétaire d’État du Vatican a notamment rappelé que «seul Dieu peut apaiser la faim la plus profonde de l’être humain», lors de la célébration dans la cathédrale métropolitaine Saint-Jacques à l’occasion de l’anniversaire des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Guatemala.

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Au service de Dieu et des hommes, entre guerre et épreuves en Syrie

En collaboration avec la fondation Hilton, Vatican News publie une série d'articles sur l'action des religieuses dans le monde, des contributions offertes par des sœurs. Dans cet épisode, nous retrouvons Sœur Judita qui exerce son ministère à Damas en Syrie, où elle et sa communauté gèrent un hôpital catholique. Elle évoque les craintes des chrétiens, l’exode des jeunes et l’espoir qu’elles s’efforcent d’apporter chaque jour aux patients.

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Derrière le nazi pseudo-trans et pseudo-juive: cherchez l’offre, la demande, le pervers

La justice tchèque a rejeté le recours de Sven Liebich alias Marla-Svenja Liebich (notre photo), figure néonazie allemande, et a confirmé son extradition vers l’Allemagne, où elle doit purger une peine de dix-huit mois. Les autorités soupçonnent cette personne d’avoir changé de genre suite à sa condamnation, afin d’être incarcérée dans une prison pour femmes. Le chancelier Merz a promis que la loi sur l’autodétermination serait réexaminée. Cette situation abracadabrantesque n’est effectivement rendue possible que par la capitulation du droit face aux exigences des idéologies transidentitaires, offrant ainsi un terrain de jeu idéal à la perversion. Analyse.


Un militant néonazi, coupable de nombreuses infractions, a obtenu, en vertu de la loi allemande, peu regardante sur la question, d’être reconnu femme sur simple déclaration. Il aurait même précisé une femme « juive ». Poursuivi après avoir disparu en République tchèque, avoir été extradé, arrêté à nouveau en Allemagne, il doit être emprisonné. Dans une prison pour femmes ? Il pourrait y commettre des viols, être dangereux pour les prisonnières. Dans une prison pour hommes ? Il risque fort d’y être maltraité.

Sa photo est éloquente : en corsage léopard, moustache et rouge à lèvres, expression agressive, fermement maintenu par les forces de l’ordre, le monsieur en question n’évoque pas un doux égaré. Il provoque et il nargue.

Insoluble. Aporétique. Pile, je gagne ; face, tu perds. Ce pourrait être le slogan de la perversion.

Le dieu Égalité, le diable Discrimination

Il serait bon que cette affaire fasse réfléchir ceux qui, partout dans le monde, ont cédé aux sirènes des lobbys de la transidentité, au motif de la promotion d’une conception de la liberté digne des trépignements d’un enfant de quatre ans.

Nommées tantôt transsexuels, transgenres, intersexes ou hijras en Inde, les personnes non identifiées à leur sexe de naissance existent depuis toujours. Dans une proportion à peu près stable de 0,1 % de la population. Ce n’est donc pas un scoop et cela ne mérite certainement pas d’être l’objet d’un opprobre.

Ce qui est nouveau, c’est la montée en puissance de la fascination pour les minorités, supposées innocentes et persécutées par définition, au nom de ces deux fétiches si bien nommés par Philippe Muray : « le dieu Égalité, le diable Discrimination ».

Ce qui est nouveau aussi, c’est l’apparition de l’offre biomédicale qui, même si elle n’a pas été utilisée ici, permet à d’autres, à coups de bloqueurs de puberté chez les adolescents, puis de torsoplastie, vaginoplastie et autres castrations, d’entretenir l’illusion que l’on peut choisir son sexe, en changer à volonté et faire reconnaître ce mensonge par un droit légèrement pris de court, ou complice. Ce n’est d’ailleurs pas la moindre des questions que cet empressement de la médecine à se trouver à l’un de ces mauvais rendez-vous, l’offre médicale entraînant une demande dont elle prétend s’autoriser.

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Une autre question, et non des moindres, est l’empressement du droit à sacrifier ses catégories millénaires, notamment le concept d’indisponibilité, rendant l’état civil disponible au nom d’une « autonomie » fétichisée par la CEDH.

L’offre ainsi constituée sera donc une offre biomédicale, irrésistible pour certains, une offre langagière semée de « science » et une offre juridique. Implacable.

Plus fertile en idéologies qu’en capacité d’analyse, et séduite par cet arsenal, notre époque a donc jugé bon de s’identifier aux « laissés-pour-compte » réels ou prétendus qu’elle fabrique, plutôt qu’à la préservation du bien commun ou de la common decency chère à Orwell.

C’est là que l’affaire se complique avec l’entrée en scène silencieuse, mais ô combien efficace, de la perversion dans ses rapports avec le droit. Non que les demandeurs de transidentité relèvent d’une perversion telle que cliniquement définie, même si Sven Liebich présente de sérieux atouts pour le titre. Dans son cas, se déclarer « une femme » prétendue de surcroît « juive » pour un homme militant néonazi, c’est bien vu : difficile de faire mieux ! Mais ce qu’aucun juriste ne devrait ignorer, c’est que le sommet de la jouissance perverse, ce qui la renverse de plaisir, c’est de narguer la loi, la mettre devant ses contradictions, devant ses fondements si difficiles à définir et à défendre, clairs-obscurs par définition même, car au nom de quoi interdire ?

On se reportera sur ces questions difficiles au lumineux L’Autre et le même au fondement du droit, de François Ost, ou encore à L’Institution de la liberté, de Muriel Fabre-Magnan, comme on ne manquera pas de reconnaître dans la jouissance décrite ci-dessus l’infantile jamais totalement effacé chez l’homme, l’infantile toujours ambivalent devant la loi, l’infantile comme concept naturellement ; les vrais enfants faisant les tout premiers les frais de sa persistance chez les adultes, pire encore si celui-ci est confirmé par l’autorité de la loi.

En phase avec l’époque délirante

Cette affaire est aussi intéressante sous un angle imprévu : la volonté de ce personnage, militant néonazi poursuivi pour de multiples transgressions associées à son militantisme, de se déclarer être une femme… juive. Il se serait déclaré être « pratiquante » et a demandé de la nourriture casher dans les conditions de sa détention. Il fallait y penser.

La présence délirante de ce signifiant, dans une période où l’antisémitisme, ce marqueur des périodes de désymbolisation ravageuse, s’étale sur le monde, ne tient pas au hasard. Il arrive que les délirants, ou dans ce cas les provocateurs, soient les meilleurs interprètes des délires qui affectent le monde dans lequel ils vivent. Ils savent semer au sein de leur délire le maître-mot du délire de leur époque.

Tout ceci devrait inciter les politiques pourvoyeurs de lois à la prudence. Ce n’est pas ce qui se passe.

Ce même jour, le ministère de la Lutte contre les discriminations demande de déjudiciariser le changement de nom et de genre… Changer le nom de naissance, ce don des parents, le « deadname » comme le nomment gentiment les demandeurs transidentifiés, nier l’existence de deux sexes dans l’espèce humaine, voici sa proposition. Déni d’altérité, déni de réalité dans le même acte politique, c’est-à-dire institué… Pourquoi ? Pourquoi instituer le délire, le déni, en un mot s’identifier aux enfants ?

Parce que nul ne sait plus, dans le bain amniotique du relativisme ambiant, au nom de quoi interdire, comme si donner un statut légal au déni ou au délire ne suffisait pas à justifier la prudence. Là réside un cran de plus dans la complexité, puisqu’il n’existe de preuves aux désastres anthropologiques que trop longtemps après leurs moments inauguraux.

Tout ceci émet-il une bonne musique ? Des générations naîtront, naissent déjà dans cette confusion. Qui seront-elles ? Qui sont-elles ? Armées des discours qui les précèdent, elles rejettent déjà tout du passé, nient les différences qui selon elles ont fait leur temps, et tentent de rebâtir des différences là où elles sont inutiles. Hommes et femmes sont battus en brèche, mais « noir » et « blanc » sont rétablis, au détriment aujourd’hui de ces derniers, devenus coupables universels.

Le droit, jouet favori du pervers

Peu reviendront sur leurs rationalisations dictées par un endoctrinement musclé, aucun dieu ne sortira de son nuage pour exprimer son courroux et nous dire le bien et le mal. Comme d’habitude, la perversion jouera sur du velours, elle se retrouve toujours du côté du manche et elle en jouit, c’est même ce qui la définit. Mais, thanatophore, elle apporte la mort et nous nous retrouvons « Gros-Jean comme devant », comme depuis toujours lorsqu’il s’agit de fonder la morale.

Car tels sont les effets de la perversion : souterrains, invisibles et mortifères. La perversion ne se laisse pas atteindre par l’argumentation rationnelle ; au contraire, elle jouit de la tenir en échec et à ce jeu, elle gagne toujours. C’est même là qu’elle est la plus forte ; son talent est inouï, elle se déchaîne en jouissance sophiste, parvient à transformer la raison elle-même en paranoïa…

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Mais elle suscite, de déplacement en déplacement, des enchaînements de symptômes dont la source est méconnaissable. Et il devient difficile de nier que ces symptômes, notre monde d’aujourd’hui nous les apporte à foison. La différence des sexes n’est pas seulement un fait de nature, cette nature honnie ou divinisée aujourd’hui selon les besoins. Elle appartient aussi à nos rares repères, on aurait dit des certitudes il y a peu, que l’on croyait les plus assurés, et il est impossible d’instituer son déni sans effets ravageurs pour le social et nos éprouvés quotidiens de l’altérité. « La différence des sexes, la plus troublante d’entre les différences », disait joliment la psychanalyste Nathalie Zaltzman…

Les hommes / femmes sont déjà perçus comme de vieux ringards par la génération qui monte, et ceux qui sont en mal de provocation ou de transgression en sont réduits à convoquer des identifications animales… Alors, « Encore un effort pour être républicains », comme y invitait un auteur qui s’y connaissait en matière de perversion, le si peu divin marquis de Sade ? Le droit, pour ne pas démentir sa cohérence devenue folle, va-t-il proposer un choix d’identité d’enfant-loup ?

Les politiques idéologisés et les juristes craignant de ne pas être scientifiquement présentables feraient bien de s’aviser des conséquences de ce à quoi ils touchent quand ils entreprennent de détruire ce qui reste de nos repères devenus instables et à la merci de la première étincelle de « ressenti » venue… Faute de quoi, et au nom de leurs bonnes intentions dont on sait que l’enfer est pavé, ils pourraient bien être les pyromanes d’un incendie civilisationnel contre lequel il n’existe que des pompiers démunis, moqués et disqualifiés au nom du progressisme… Un incendie non pas à venir, mais qui n’en finit plus d’émettre ses symptômes, en toute vanité pour les aveugles qui nous gouvernent…

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Léon XIV attendu à Assise: encourager les jeunes à rêver «de grandes choses»

«Nous attendons du Souverain pontife un message qui invite les jeunes à ne pas baisser les bras», explique Frère Luca de Pasquale, l’un des responsables de l’événement «GO! Franciscan Youth Meeting» qui se déroule dans la petite ville ombrienne du 3 au 6 août. Ces journées culmineront avec la messe célébrée jeudi par le Pape dans la basilique Sainte-Marie-des-Anges.

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L'Église de Cadix et de Ceuta renforce son soutien face à la situation migratoire

L’Église diocésaine exprime son inquiétude face à la situation que traverse Ceuta, propose sa collaboration aux autorités et annonce que les quêtes de cette fin de semaine dans les paroisses de Ceuta seront intégralement consacrées à la satisfaction des besoins les plus urgents des migrants.

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Vacances pour tous, mais tourisme pour personne

L’équation insoluble d’Alternatives Économiques


Alternatives Économiques, ou Alter Eco pour les intimes. Il est possible que certains d’entre vous méconnaissent ce titre de presse. Ce serait un tort immense qu’il est grand temps de réparer. Pour les ignares qui n’auraient jamais croisé ce monument de la presse hexagonale, simplifions les choses : c’est un peu La Tribune ou Les Échos, mais pour marxistes. On y trouve le même souci des chiffres, la même rigueur de façade et les mêmes graphiques impeccables. La seule différence est qu’ici, chaque courbe finit toujours par démontrer la même chose : le capitalisme est toujours coupable de tout, et il faudrait beaucoup plus de fonctionnaires pour en corriger les sempiternelles déviances.

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Bien sûr, ce journal est une coopérative de salariés, financièrement indépendante (comme on le verra), adossée à une société civile de lecteurs constituant une paroisse militante. Tous les paramètres sont réunis : le titre a tout du journal qui se regarde vertueusement dans la glace. On y croise des éditorialistes qui expliquent fort doctement en quoi la martingale libérale ne fonctionne jamais. Sauf, éventuellement, pour financer leurs propres salaires ? Plus qu’un journal économique, c’est une sorte de bréviaire. Cependant, au risque d’être taxé d’hérésie, il est possible de se poser des questions quant aux éventuelles incohérences de ce bréviaire.

Le touriste, cet ennemi de classe

Un article daté du 26 juillet, m’interpelle particulièrement. Dès le début, l’article de la « une » affiche la certitude bien établie du militant qui a déjà toutes les réponses avant d’avoir posé la première question. Le tourisme, nous dit-on, « a des effets négatifs sur l’environnement, sur le marché locatif, sur les conditions de travail des régions d’accueil ». Il « accélère les inégalités ». Il « fait pression sur les ressources et les écosystèmes locaux ». Bref, le touriste est une nuisance ambulante, se réunissant en une sorte d’essaim en tongs dévastant tout sur son passage : le climat, les loyers, la dignité des saisonniers. Jusque-là, on pourrait presque suivre le mensuel : le surtourisme vénitien, les locations meublées qui vident nos centres-villes de leurs habitants, les emplois précaires du littoral, tout cela mérite effectivement réflexion.

Mais c’est là que le bréviaire se mord la queue de manière spectaculaire. En effet, dans le même article, les auteurs Xavier Lissillour et Iris Lorenzini s’émeuvent du fait que 40 % des Français n’ont pas les moyens de partir en vacances et restent chez eux. Le ton change alors du tout au tout. Ce n’est plus la dénonciation d’un fléau, c’est la révélation d’une grave injustice. Ne pas partir devient une privation, un manque, une fracture sociale de plus à corriger. Comment ? Bah voyons ! Évidemment, par la solidarité nationale, les chèques-vacances, l’aide au départ ou par tout autre moyen que la machine redistributive saura si bien inventer.

Résumons donc la doctrine, pour ceux qui peineraient à la suivre. D’un côté, le tourisme détruit l’environnement, écrase les travailleurs saisonniers et aggrave les inégalités. Mais, d’un autre côté, il paraît indispensable que l’État aide davantage de monde à en faire. Brûler la planète est un scandale si un cadre parisien loue un Airbnb à Lisbonne. En revanche, cela devient une conquête sociale si c’est financé par la collectivité pour un foyer qui n’était jamais parti.

La même « externalité négative », mesurée au même aéroport, change totalement de nature selon qui paie la note. Remarquez bien que le concept n’est pas nouveau : Orwell l’avait baptisé doublethink dans la novlangue (« doublepensée »).

Quand la subvention efface le CO₂

Voilà une physique des externalités qu’aucun manuel de science économique n’était encore parvenu à formaliser. On sent qu’il y a un Nobel à la clé. Piketty et Aghion n’ont-ils pas déjà tracé la voie? On aimerait un jour qu’Alter Eco nous explique, avec ses courbes habituelles, à partir de quel seuil de subventions un vol moyen-courrier cesse d’émettre du CO₂.

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Et c’est là, en refermant l’article, qu’on est saisi d’une puissante bouffée de gratitude. En tant que contribuables, il est en effet rassurant de savoir que nos impôts, via les aides à la presse1, servent à financer une pensée d’une telle rigueur logique au pays de Descartes. Quelle fierté de savoir que, quelque part, dans des rédactions progressistes, des esprits sérieux travaillent d’arrache-pied à démontrer, dans le même numéro, que voyager est une catastrophe écologique et sociale, et qu’il faudrait aider tout le monde à le faire davantage. Longue vie à Alter Eco ! Sans de tels médias, la gauche n’aurait plus personne pour lui expliquer doctement pourquoi elle a toujours tort d’avoir raison, à moins que ce ne soit exactement l’inverse, on ne sait pas vraiment.


  1. Selon une analyse de Public Sénat sur les données 2021, si l’on classe les titres par montant d’aide rapporté à leur diffusion, Alternatives Economiques figure parmi les titres les plus aidés à ce ratio, aux côtés de L’Humanité. En 2024, le montant distribué a été de 113 853 € au nom de « l’aide au pluralisme »… ↩

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Ceuta, la frontière qui fait sauter les digues

Ceuta comme un révélateur. La crise migratoire inquiétante survenue dans la ville espagnole intervient alors que les relations entre Madrid et Alger venaient d’être rétablies. Beaucoup n’y voient aucun hasard… Madrid et Alger venaient à peine de signer la paix des braves que Ceuta recevait déjà la facture marocaine, estiment-ils. Acculé, le chef du gouvernement Pedro Sánchez est sous le feu des critiques et essuie les tirades enflammées de ses oppositions, alors que le roi est sorti de son silence pour lui rappeler ses responsabilités.


En moins de quarante-huit heures, à la fin de ce mois de juillet, la ville autonome espagnole de Ceuta (enclavée dans le nord du Maroc) a vu arriver l’équivalent de près de 70 % de sa population par le biais d’une impressionnante vague migratoire clandestine. Cette irruption sans précédent n’a pas seulement submergé les capacités d’accueil de la cité : elle a révélé la fragilité de la frontière méridionale de l’Union européenne, ravivé les tensions entre Madrid et Rabat et ébranlé l’espace Schengen. Derrière l’urgence migratoire se dessine ainsi une crise géopolitique dans laquelle les mouvements de population deviennent un instrument de pression tandis que l’Espagne tente de concilier souveraineté territoriale, respect du droit et solidarité européenne.

Une marée humaine aux portes de l’Europe

L’escalade commence pendant la dernière semaine du mois de juillet, avec une hausse régulière des traversées à la nage depuis les côtes marocaines. Le jeudi 30, des dizaines de milliers de personnes convergent vers Fnideq, ville marocaine voisine de Ceuta. Sur les réseaux sociaux circulent des rumeurs annonçant l’ouverture durable de la frontière ou l’impossibilité juridique pour l’Espagne de refouler les arrivants. Surtout composée de jeunes hommes et d’adolescents, la foule déborde les barrages marocains, gagne les collines environnantes et se jette à la mer afin de contourner la digue du Tarajal.

Entre le 30 et le 31 juillet, entre 49 000 et 60 000 personnes (le nombre exact étant difficile à estimer) pénètrent ainsi dans une ville d’un peu plus de 83 000 habitants. La comparaison avec mai 2021, lorsque plus de 10 000 migrants étaient entrés à Ceuta en quarante-huit heures, donne la mesure du choc : l’afflux de 2026 est presque cinq fois supérieur. Le bilan humain est dramatique, avec 57 à 67 noyés retrouvés sur les plages de Ceuta et de Fnideq au 1er août.

Ceuta, Espagne, 31 juillet 2026 © Antonio Sempere/AP/SIPA

Or, les structures locales étaient déjà saturées avant l’épisode : le centre de séjour temporaire pour immigrants, conçu pour 512 personnes, en hébergeait à ce moment-là plus de 750.

Rabat ouvre les vannes, Madrid ferme les rangs

Le président du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sánchez, se rend sur place le 31 juillet avec son ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, qualifiant la crise d’« attaque » contre l’intégrité territoriale espagnole de la part des mafias de passeurs. L’exécutif dépêche plus 400 policiers nationaux et gardes civils supplémentaires, appuyés par l’armée, puis installe de nouvelles barrières et des bouées de contention au large du Tarajal. Madrid promet également qu’aucun immigré arrivé irrégulièrement ne sera transféré vers la péninsule ibérique, et ce afin d’éviter tout appel d’air.

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La coopération rétablie avec Rabat permet des retours atteignant jusqu’à 150 personnes par minute. Au 1er août, environ 48 300 migrants ont ainsi regagné le Maroc. Cette efficacité nourrit néanmoins les soupçons : le déplacement d’une telle foule vers une petite ville frontalière pouvait difficilement échapper à l’appareil sécuritaire marocain. Ainsi donc, après avoir apparemment laissé les premiers barrages céder, Rabat a accepté les réadmissions massives et rétabli l’ordre.

Ce double jeu rappelle la crise de 2021, provoquée par le relâchement des contrôles marocains après l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario (organisation favorable à l’indépendance du Sahara occidental, dont la souveraineté est réclamée par le Maroc). Ceuta et Melilla deviennent ainsi les instruments d’une diplomatie migratoire coercitive : leur sécurité dépend moins de la solidité des clôtures que de la volonté de Rabat.

Le gaz algérien met le feu aux poudres

Par ailleurs, le calendrier diplomatique éclaire lui aussi cette nouvelle poussée. Le 20 juillet, dix jours avant un tel afflux, Pedro Sánchez s’était rendu à Alger pour ce qui constituait la première visite d’un chef du gouvernement espagnol en Algérie depuis quatre ans. L’objectif était de solder la crise ouverte en 2022 (après la reconnaissance par Madrid du Sahara occidental comme territoire marocain, objectif auquel Alger s’est toujours opposé) et de sécuriser l’approvisionnement gazier de l’Espagne et de l’Europe. Madrid avait pourtant assuré que ce rapprochement ne remettait pas en cause son soutien au plan marocain d’autonomie du Sahara occidental.

Pour Rabat, le rétablissement de l’axe Madrid-Alger est nécessairement suspect. Laisser monter la pression à Ceuta pouvait par conséquent être un avertissement : l’Espagne demeure tributaire de Rabat pour protéger sa frontière sud. S’y ajoutent des contentieux sur les eaux territoriales, les ressources en mer et la réouverture, bloquée depuis trois ans, des douanes de Ceuta et Melilla.

Schengen au bord de la sortie de route

La crise a aussitôt fracturé l’Union européenne. Le 30 juillet, le gouvernement italien de Giorgia Meloni a suspendu temporairement la libre circulation avec les citoyens non communautaires provenant d’Espagne, invoquant le risque de mouvements incontrôlés vers le continent. La Finlande et le Danemark ont envisagé de conditionner le maintien de l’Espagne dans Schengen à un durcissement de ses contrôles maritimes. La France a, pour sa part, choisi une voie intermédiaire en multipliant par cinq ses effectifs dans les Pyrénées, jusqu’à 334 policiers et gendarmes.

En réponse, Fernando Grande-Marlaska a dénoncé des décisions « démagogiques, égoïstes et irresponsables », soulignant que Ceuta ne relève pas de l’espace Schengen et qu’aucun passage vers la péninsule ibérique n’a été constaté.

Le droit, autre mur de la frontière

La rumeur d’une frontière espagnole juridiquement ouverte procédait d’une déformation de l’arrêt 814/2026, rendu le 29 juin dernier par la Cour suprême espagnole. De fait, cette décision n’interdit pas les expulsions d’immigrés clandestins mais prohibe les refoulements immédiats des personnes arrivées à la nage ou par mer (chacune devant bénéficier d’une procédure individuelle, d’un avocat et d’un interprète). Les adultes peuvent encore être réadmis au Maroc dans un délai de 72 heures en vertu des accords bilatéraux ; les mineurs, en revanche, ne peuvent faire l’objet de retours collectifs et relèvent désormais de la protection de l’enfance.

Le tribunal suprême à Madrid. DR.

Les controverses ont été accentuées par un projet de régularisation de quelque 500 000 sans-papiers outre-Pyrénées et par le décret royal 316/2026, qui réforme la régularisation par l’enracinement. Quoi qu’il en soit, la crise de Ceuta montre surtout comment une jurisprudence complexe peut devenir, sur les réseaux sociaux, une promesse trompeuse de passage assuré.

Une frontière extérieure, des fractures intérieures

À Madrid, la crise place Pedro Sánchez au centre d’un exercice d’équilibriste particulièrement périlleux puisqu’il doit afficher une fermeté suffisante pour rassurer l’opinion publique et ses partenaires européens. Il lui faut cependant éviter dans le même temps une rupture avec Rabat, dont la coopération a permis le retour d’environ 48 300 personnes jusqu’au 1er août et demeure indispensable au contrôle de la frontière méridionale. Cette ligne suscite de fortes tensions au sein de la gauche : la coalition Sumar a par exemple contesté le déploiement de militaires et l’usage de la force tandis que, du côté de Podemos, Ione Belarra a jugé incohérent de continuer à présenter le Maroc comme un « pays allié » alors que celui-ci est soupçonné d’instrumentaliser des milliers de migrants pour faire pression sur Madrid.

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De son côté, l’opposition cherche à transformer la crise frontalière en procès de l’action gouvernementale. Après s’être rendu à Ceuta le 1er août, Alberto Núñez Feijóo (président du Parti populaire) a récusé la qualification de simple urgence humanitaire et dénoncé une « occupation préméditée » que la faiblesse de Pedro Sánchez aurait rendue possible. La position du PP reste toutefois délicate : le maire-président de Ceuta gouverne en minorité grâce à l’abstention du PSOE précisément afin de ne pas dépendre de Vox… Le président de cette dernière formation, Santiago Abascal, pousse en effet l’analyse beaucoup plus loin en parlant d’« invasion islamique » ainsi qu’en exigeant la démission immédiate du chef du gouvernement, le déploiement permanent de la Marine au large des villes autonomes espagnoles et l’expulsion de tous les nouveaux arrivants sans examen individuel de leur situation. Or, cette dernière revendication se heurte directement au droit espagnol, notamment lorsqu’il s’agit de mineurs non accompagnés.

Dans ce climat explosif, l’intervention du roi Philippe VI, le 1er août, a pris un relief particulier. Le monarque a effectivement exprimé sa « profonde préoccupation et indignation », rappelé le devoir du gouvernement de garantir l’intégrité de Ceuta et Melilla et appelé à l’unité nationale. Normalement tenu à une stricte neutralité idéologique, le chef de l’État a par conséquent prononcé des mots forts et suffisamment clairs à l’adresse de Pedro Sánchez.

En fin de compte, au-delà de la réponse sécuritaire, la crise migratoire à Ceuta révèle une dépendance stratégique : quelques heures de passivité marocaine peuvent mettre à l’épreuve une ville, le droit espagnol et toute la cohésion européenne. Une semblable frontière n’est donc plus seulement une ligne à défendre ; elle est devenue un levier diplomatique capable de faire sauter plusieurs digues à la fois.

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Les «reading raves» ou l’exhibition du lecteur

Alors que les lecteurs s’évaporent, les concepts fleurissent. Après les cafés littéraires, voici les «reading raves». Faute de croire encore au texte, l’époque met en scène celui qui le lit.


Chaque été apporte son gadget sociologique pour faire croire que la culture respire encore. Cette saison consacre la « reading party ». Venu des États-Unis, le phénomène ravit la presse bien-pensante[1] : des lecteurs s’assemblent dans un parc ou sur une plage pour bouquiner côte à côte. Chacun son roman, tous en silence. L’illusion est parfaite : un décor instagrammable, un anglicisme ridicule, la promesse d’une « expérience ». La littérature sommée de devenir une performance collective pour exister.

Théâtralisation grotesque

Pourtant, la vraie lecture est un acte fondamentalement asocial. Elle arrache au vacarme, aux figures, à la promiscuité. Les reading raves, elles, ramènent tout à la surface et à la pose narcissique.

Cette théâtralisation gagne toute la chaîne. Les grands éditeurs appliquent au livre les méthodes du divertissement de masse : agences de communication, bataillons d’influenceurs sur BookTok (une sous-communauté de l’application TikTok), campagnes marketing lancées avant même le premier tirage. L’objectif ? Fabriquer l’événement pour fabriquer du consommateur. L’édition s’aligne sagement sur l’économie du vide.

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Derrière la vitrine branchée, les chiffres disent la vérité. Le baromètre du Centre national du livre enregistre l’effondrement : le temps de lecture quotidien s’est effondré de quarante et une à trente et une minutes, balayé par la tyrannie des écrans. La pratique recule, la mise en scène progresse.

Pendant ce temps, les libraires baissent le rideau

Le réseau des librairies indépendantes accuse le coup. En 2025, pour la première fois, les fermetures ont dépassé les ouvertures. Un signal tragique, autrement plus lourd que tous les clichés de bobos alignés sur un gazon.

Lire n’a jamais demandé de protocole ni de happening. Cette manie de transformer le moindre geste intime en rassemblement festif trahit notre impuissance à supporter la solitude. À trop habiller le décor, on étouffe l’esprit.

Martin Eden traverse le monde seul, un livre après l’autre. Le narrateur des Carnets du sous-sol descend seul dans sa propre nuit. Un siècle les sépare ; leur solitude reste intacte et irréductible aux kermesses littéraires.


[1] Le Temps« C’est bien, vous n’êtes pas sur votre téléphone : fini les book clubs à l’ancienne, bienvenue aux reading parties »

Le Monde« Clubs de lecture, reading parties, colos pour bouquiner : lire est-il le nouveau chic ? »

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August 02, 2026

Le Pape appelle les jeunes Équatoriens à être des «artisans du pardon»

Ce dimanche, Léon XIV a envoyé un message vidéo aux participants à la VIIIe Journée nationale de la jeunesse de l’Équateur, qui se déroule à Ibarra du 31 juillet au 2 août. Le Souverain pontife les a invité à se laisser transformer par l’amour du Christ et à écouter son appel. La rencontre avec Jésus comble le cœur de joie et donne la force d’être ses témoins assure le Pape.

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L’or du Minas Gerais

Au Brésil, l’immense région du Minas Gerais recèle des villes coloniales au charme profond: Diamantina, Ouro Preto, Mariana, Tiradentes… La ruée vers l’or a donné naissance à un faste baroque aujourd’hui parfaitement conservé par l’isolement et la fin brutale de l’extraction minière.


Plus vaste que la France, le Minas Gerais est un autre Brésil, loin de la trépidation carioca. Montueux, sauvage, ce territoire est surtout, au cœur d’austères paysages capitonnés de forêts compactes, une remontée dans le temps vers l’âge d’or de la conquête portugaise : cités au patrimoine architectural intact, préservées par leur enclavement même, bien avant que l’Unesco se mêle, au tournant du troisième millénaire, de les inscrire au Patrimoine mondial.

A lire du même auteur: L’autre Marie-Caroline de Bourbon-Siciles: un antidestin

La cité des diamants endormie dans les montagnes

La tentation est forte, depuis Rio, de commencer par remonter jusqu’au nord de l’État pour visiter l’ancienne Arraial do Tijuco, bâtie sur les pentes de la Serra dos Cristais, rebaptisée Diamantina en 1831 – 1 200 mètres d’altitude, moins de 50 000 âmes. Elle fut, dans la seconde moitié du xviiie siècle, le théâtre d’une « ruée vers l’or » et devint la ville la plus riche du Brésil. La folie aurifère durera cinquante ans à peine, puis les cités du Minas tombèrent en léthargie. Et le xixe siècle méprisa ces trésors baroques, leurs églises enrobées de volutes et d’or fin.

Aux abords de Diamantina, la savane tropicale se décante ; dans le paysage surgissent de petits arbres aux troncs tordus et au feuillage épais, et bientôt des forêts d’eucalyptus, des goyaviers, des tibouchinas à fleurs violettes. Puis le sol se fait tour à tour argileux, volcanique, ferrugineux… Rio est à 500 kilomètres : il a fallu prendre l’avion – une heure de vol – pour Belo Horizonte, « Beaga » disent les locaux, métropole moins belle que son nom. Y passer la nuit et de là, monter dans le bus matutinal – cinq heures de route : Diamantina se mérite. La cathédrale Santo Antônio de Rosario, achevée en 1731, domine la Praça Conselheiro Mota. Alentour, une floraison d’églises baroques – Nossa Senhora do Carmo, par exemple, construite entre 1760 et 1765. Les maisons chaulées de blanc aux ouvertures peintes en bleu ou ocre sont coiffées de tuiles romaines et ne dépassent jamais plus d’un étage ; les rues sont pentues et leur chaussée dallée de gros blocs de quartzite – très glissant sous la pluie.

Le joyau baroque du Minas Gerais

Ouro Preto, à deux heures de « Beaga » en voiture, est l’incontournable étape suivante. Plus ville que village (75 000 habitants aujourd’hui, mais plus de 100 000 à son apogée, quand Rio n’en comptait que 2 000), son relief accidenté est dominé par la Serra do Espinhaço, cirque de montagnes à la végétation luxuriante. De son ancien nom Vila Rica, elle fut la capitale du Minas avant que Belo Horizonte lui ravisse ce titre en 1897. C’est un pur joyau architectural, mais aussi une cité dynamique, renommée à juste titre pour sa succulente gastronomie. La Casa de Opera (1769) y est le plus ancien théâtre en activité du Brésil ! Au centre de la grande place, un monument rend hommage à Tiradentes, l’« arracheur de dents », de son vrai nom Joaquim José da Silva Xavier (1746-1792). Militaire, commerçant, exploitant minier, l’homme prospecta dans le Sertão pour le compte de l’administration portugaise. En 1780, il rejoint la milice de la capitainerie du Minas Gerais, chargé de garantir la sécurité des convois d’or et de diamants vers Rio. En 1789, la derrama, perception d’arriérés fiscaux exigée par la Couronne sur la production de l’or, est le déclencheur d’une rébellion : la Inconfidência Mineira. Arrêté avec les autres conjurés, le « dentiste » sera pendu, puis écartelé à Rio. Le 21 avril, jour de sa mort, est férié au Brésil.

Chacune des paroisses d’Ouro Preto se devait de posséder son église. Bâtie entre 1766 et 1794, Sao Francisco de Assis est le chef-d’œuvre d’Antonio Francisco Lisboa, dit l’Aleijadinho – le sculpteur-architecte mulâtre est au Brésil colonial ce que Michel-Ange est à l’Italie de la Renaissance. Sur une éminence au parvis de vieilles pierres jointoyées d’herbes folles, sa silhouette blanche et ocre non récurée au karcher patrimonial dresse ses volutes rocaille à profusion. Cette discrète merveille restée dans son jus, au décor intérieur peint par le célèbre Manuel da Costa Ataide avec une débauche d’angelots et de guirlandes, semble échappée d’un songe nervalien. 

Le village-musée du Brésil colonial

On gagne le bourg de Mariana, à 15 kilomètres de là, par une route qui serpente dans un interminable faubourg industriel et commercial. Seul le centre minuscule de cet ancien évêché du Minas garde trace de son glorieux passé. À l’est, Lavras Novas s’érige sur une crête, au terme d’une route pavée sinuant à travers la mata atlantica (forêt tropicale). Dans l’axe de sa modeste église blanche, le village aligne ses rangées de pousadas, hôtels de charme implantés dans des maisons basses, colorées, un peu frustes. Le week-end, Lavras est très courue.

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On ne peut rejoindre Rio sans faire étape, via São João del-Rei, dans ce village jadis appelé Arraial Velho, élevé au rang de vila en 1718 avant d’être rebaptisé Tiradentes en 1860. Encaissée dans un cirque rocheux, une trame urbaine peu étendue est investie par une noria de boutiques, de restaurants, d’échoppes et de luxueuses pousadas. Décor réel du bled fictif « Rosa Branca » dans Espelho et vida, télénovela diffusée en 2018-2019, Tiradentes est désormais le siège prospère, exagérément réchampi, d’un tourisme carioca haut de gamme : un plateau de cinéma à ciel ouvert. Mieux vaut éviter de s’y rendre en été. Ses églises baroques n’en sont pas moins sublimes. La plus belle ? Matriz de Santo Antônio (1720-1732). La plus ancienne ? Nossa Senhora Rosario dos Pretos (1708), édifiée par et pour les esclaves… Le meilleur restaurant ? Tragaluz. De ce joyau colonial récuré, toute vie vernaculaire a disparu, on s’en doute. Mais la pierre ne ment pas. 


Se loger

Rio : Ipanema Boutique Hotel.

Diamantina : Pousada Vila di Imperador

Ouro Preto : Pouso Jardim de Assis

Tiradentes : Pousada Vagalume 

À lire

Lonely Planet Brésil, nouvelle édition 2024.

Pour approfondir

Librairie Portugaise & Brésilienne, 19-21, rue des Fossés Saint-Jacques 75005 Paris.

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Roger Vailland, reporter de guerre

Les cartes postales de Pascal Louvrier (5)


Roger Vailland naît le 16 octobre 1907, à Acy-en-Multien (Oise). Il publie huit romans, dont La Loi, prix Goncourt en 1957. Compagnon de route puis membre du PCF à partir de 1952, il s’en éloigne à la suite de l’intervention soviétique en Hongrie et du rapport Khrouchtchev dénonçant les crimes de Staline. Il meurt en 1965 d’un cancer du poumon. Andrée Blavette, chanteuse de cabaret, rencontrée en 1935, devient son épouse l’année suivante. En 1949, une autre femme, Élisabeth Naldi, fait irruption dans sa vie. Elle l’accompagne jusqu’au bout de la route.

Les caisses de cognac de Goering

Roger Vailland et son copain de lycée, Roger Gilbert-Lecomte, fondent le groupe littéraire des « Phrères Simplistes ». On y retrouve les camarades René Daumal et Robert Meyrat. À Paris, Roger Vailland, homme flirtant avec le libertinage, semble vivre les plus intenses années de son existence. Il fréquente les cercles surréalistes, se brouille cependant avec André Breton, puis s’enfonce dans la drogue. Il est temps de déguerpir. Il devient grand reporter à Paris-Soir et Paris-Midi. Il voyage en Éthiopie, Turquie, Bulgarie, Grèce, Roumanie… Il a l’œil. Son style prend du muscle.

A lire aussi: Dix choses que vous ignoriez sur la chanteuse Marie-Paule Belle

En 1940, c’est l’année fatidique, il faut faire un choix moral. Vailland suit la rédaction de Paris-Soir à Lyon, ville du martyre de Jean Moulin. Deux ans plus tard, il s’engage dans la résistance. Il rejoint l’un des huit groupes composant le CNR, Combat, et participe à son journal du même nom. Il écrit des milliers d’articles pour de nombreux quotidiens, feuilles locales ou luxueuses revues. Les mots, ce sont ses armes. Ils sont efficaces. En 1945, le voici en train de couvrir les armées de la libération, dont la fameuse 2e DB de Leclerc, avec ses « clochards épiques ». Ses articles de reporter de guerre sont saisissants de vérité. Ils viennent d’être publiés par Grasset, dans la collection Les Cahiers Rouges, sous le titre : Dans les ruines de Berchtesgaden. Devant la statue de Goethe, un Strasbourgeois s’adresse à Roger Vailland : « Quatre ans de nazisme, c’est une maladie dont il est très difficile de guérir… » La bataille est rude, les nazis ne sont pas encore vaincus. Les Alliés, malgré la volonté et les armes, avancent lentement. On suit leur progression au jour le jour, avec, enfin, le passage du Rhin, direction la petite ville d’altitude où Hitler avait une maison de vacances. Vailland : « Les hommes ont le visage grave, un peu tendu. Le visage d’avant la bataille. C’est difficile à décrire. Ça ressemble un peu au visage de l’amour. » Vailland a un truc en plus : il est écrivain. Il ajoute : « Tolstoï a très bien dépeint ce visage dans La Guerre et la Paix, le chapitre qui précède la bataille de Smolensk, quand les troupes montent en ligne. » Les lieutenants américains sont jeunes, pas plus de 24 ans. Parfois, une phrase résume tout : « Ça va très mal. Personne n’a mangé depuis plusieurs jours. » Inutile d’en faire des tonnes. La guerre, c’est le bruit, c’est la mort surtout. Son récit ressemble à La Peau de Malaparte. Ce n’est guère étonnant puisque l’écrivain italien, qui a rompu avec le fascisme, est l’ami de Vailland. Il écrira Le Colonel Foster plaidera coupable (1952) dans sa cinématographique villa de Capri. La pièce dénonce la guerre de Corée et la répression qui vise le PCF. C’est enfin la victoire tant attendue. Nous suivons Vailland, pas à pas. La maison du Führer a été bombardée, elle est éventrée, la proie des flammes. Vailland : « Les GI’s errent parmi les débris calcinés, à la recherche de souvenirs. Il restait dans les caves de Goering des caisses de cognac et de champagne qui contribuent à la bonne humeur générale. » 12 mai 1945, la fin du cauchemar.

Jeux de mots avenue Junot

À la fin de l’ouvrage, il y a un texte qui résume une discussion d’écrivains résistants voulant faire la peau à Louis-Ferdinand Céline. Nous sommes en 1943, rue Girardon, à Montmartre. L’appartement du cinquième est habité par l’auteur du Voyage au bout de la nuit. Le quatrième abrite le Conseil de national de la Résistance. La concierge sert de « boîtes à lettres » aux résistants. Vailland se souvient: « Des rédacteurs de Je suis Partout, des écrivains, des artistes, le dessus du panier de la ‘’collaboration’’. Vers onze heures, ils s’en allaient tous ensemble. Cela faisait une grande rumeur dans l’escalier. Céline les accompagnait jusque sur l’Avenue Junot, puis ils restaient un grand moment à parler, à rire, à faire des jeux de mots (…) »

Le plus éméché de la bande, c’était Ralph Soupault, « l’humoriste hitlérien, le doriotiste de la Butte ». Il ne cessait de sortir son pistolet pour tirer sur les gaullistes. Je pense à mon grand-père, cheminot-paysan du Limousin. Pendant ce temps-là, le « désordre du courage » l’animait, lui et les jeunes maquisards sous ses ordres. Ni les arbres, ni les pierres, ni la rivière ne les ont oubliés.

Roger Vailland, Les ruines de Berchtesgaden, Les Cahiers Rouges, 2026. 128 pages

Retrouvez les cartes postales précédentes sur la page auteur de Pascal Louvrier

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Quand Jack Palmer rencontrait Bernard Pivot

Monsieur Nostalgie poursuit sa quête de la Bédéthèque idéale en faisant la connaissance de Jack Palmer, le plus déplorable détective privé du 9ème art, créé par René Pétillon (1945-2018). Retrouvons-le au début de sa carrière dans Les disparus d’Apostrophes, une enquête parue en 1982 chez Dargaud…


L’imperméable sur les talons, le chapeau mou sur la tête dès le réveil, un nez en forme de patate, court sur pattes, une absence de jugeote, une étrangeté ambulante, Jack Palmer, confus, brouillon, inapte congénital, mène ses enquêtes en dépit du bon sens. Il n’a pas de flair. Il n’est pas franchement courageux. Il n’a aucun esprit d’initiative. Il se trouve toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Et, miracle, il s’en sort à chaque fois, indemne. Il lui arrive même de réussir certaines missions par le plus grand des hasards et contre sa volonté. Car Jack Palmer est le détective privé le plus nul de sa génération, mais aussi le plus drôle, le plus déconcertant et le plus anarchiste. Il est la négation du métier. Il est le contraire de toute vraisemblance, et c’est pour ça que nous le vénérons. Il est le dernier dodo, le dernier des Mohicans, le dernier des dadaïstes, le mouton à cinq pattes, le dahu, l’homme venu d’ailleurs, le lampiste merveilleux, le figurant encombrant, l’antihéros très gênant.

A lire du même auteur: La France de Sempé

Ahuri, ravi de la crèche, raisonnant à vide, inconscient du danger et des intérêts en jeu, totalement à l’ouest, inculte politiquement, il passe à côté de toutes les interactions sociales cohérentes du quotidien. Il répond toujours à côté de la plaque. Il n’a pas le permis de conduire. Il ne possède même pas une chaise dans son bureau, qui fait office de chambre de bonne. Poliment, il propose à ses clients de s’asseoir sur son lit de camp. Il est l’anti-professionnel par nature, sous le joug permanent de sa voisine de palier, qui lui emprunte téléviseur, radiateur et planche à repasser. Ce raté, touché par la grâce de l’incompétence, nous venge des experts, des crânes d’œuf et des visionnaires patibulaires.

Palmer n’a aucune intention de diriger nos vies, la sienne étant déjà acrobatique et nébuleuse. Par son manque de tact, d’à-propos, de conversation intelligible avec autrui, de surmoi, il dérègle tous les systèmes par sa seule présence. Il est la hantise des policiers, des victimes et des coupables. Il envenime toutes les situations pour notre plus grand bonheur. Il est le dieu de la pluie et de la scoumoune. Il laisse derrière lui un champ incompréhensible, un non-sens délicieusement crispant.

Ne rencontrez pas Palmer, sinon votre existence connaîtra des failles temporelles. Il est un agent perturbateur en puissance. Il avance sur une voie parallèle aux autres êtres humains. Avant que Pétillon n’en fasse un héros cinématographique sous les traits de Christian Clavier, bien avant la gloire, Palmer (né en 1974) se lança, en 1982, dans une enquête dans le milieu du livre, sur le plateau d’« Apostrophes », émission alors phare de l’homo-écrivain-economicus.

A lire du même auteur: Pivot, l’homme qui multipliait les livres

Ce soir-là, les invités étaient venus évoquer la figure de Paul Claudel. Chez Pétillon (texte et dessins), vous vous doutez bien que l’angle de vue est baroque et cataclysmique. Les auteurs ont écrit des livres aussi surréalistes que le « Code Claudel », un code de la route illustré, un essai sur les liens entre Claudel et la Mafia, ou encore « Claudel dans la mêlée », l’irruption de la foi derrière un pilier du XV de France. 

Tous disparaissent le lendemain de la diffusion. La mère de l’un d’entre eux, qui a la fâcheuse habitude de tricoter des pulls immondes, fait appel au peu recommandable Palmer. Comment l’a-t-elle choisi ? « Eh bien, absolument par hasard, dans l’annuaire… votre nom m’a inspiré confiance », lui dit-elle. Il est disponible immédiatement, car il n’a pas de travail depuis six mois. Palmer, au courant de rien, ne lisant pas la presse, sauf les pages culturelles de France-Soir, se retrouve au cœur d’un imbroglio. Pétillon connaît bien le monde de l’édition et des journaux au début des années 1980 : c’est l’occasion de caricaturer un milieu particulièrement faisandé.

 A lire aussi: Présumé coupable

Jean-Edern Alien, clone hilarant d’un autre Jean-Edern, débarque tel un running gag dès que la porte des studios s’entrouvre. Il n’est jamais invité, mais s’incruste partout, tel le vengeur ou le concombre masqué. Ironie de l’histoire, le vrai Jean-Edern sera « kidnappé » cette même année-là. Encore un coup de la malédiction Palmer !

Les disparus d’Apostrophes, René Pétillon, 1982, Dargaud, 46 pages.

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Le Pape appelle à trouver des solutions de paix, à Ceuta et pour tous les confits en cours

Après la prière dominicale de l’Angélus, ce dimanche 2 août, Léon XIV a exprimé son inquiétude face à la situation alarmante qui règne dans l’enclave espagnole de Ceuta. Le Pape a demandé de continuer à prier pour la paix, pour la résolution diplomatique des conflits et pour les victimes des hostilités.

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Medjugorje, le Pape invite les jeunes à la beauté de la rencontre avec le Seigneur

Dans un message signé par le cardinal secrétaire d'État, Pietro Parolin, à l'occasion de l'ouverture du Festival des jeunes «Mladifest», qui se tient au sanctuaire de Bosnie-Herzégovine, Léon XIV exhorte les jeunes à ne pas se laisser séduire par les illusions d'un «bonheur éphémère». À la suite de Jésus, même les questions et les inquiétudes du cœur peuvent devenir «une occasion de discernement et de croissance dans la foi».

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Angélus: «Le Christ comble notre faim de vérité et de vie»

Lors de l’Angélus de ce dimanche 2 août, le Pape rappelle que la rencontre du Christ est une expérience nourrissante, qui «comble véritablement la faim de l’humanité». De retour à Rome, Léon XIV a commenté l’Évangile du jour extrait de Saint Matthieu (14, 13-21), revenant sur les signes accomplis par Jésus, qui restaure les sens altérés, en vue de redonner un sens à la vie.

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Ceuta ou l’économie du déracinement

Les images venues de Ceuta reviennent avec la régularité des cauchemars que les peuples refusent d’interpréter. Des hommes suspendus aux grillages, d’autres nageant jusqu’à l’épuisement vers une terre qu’ils imaginent comme l’ultime promesse d’une vie meilleure, des gouvernements oscillants entre la compassion, la fermeté de circonstance et l’impuissance : rien de tout cela n’est nouveau. Ceuta n’est pas une exception. C’est le miroir où l’Europe aperçoit son propre visage sans parvenir à le reconnaître.

La fiction devenue réalité ?

Il y a près d’un demi-siècle, Jean Raspail publiait Le Camp des Saints. Beaucoup n’y virent qu’une provocation ou une dystopie outrancière. Pourtant, les romans ne sont pas des programmes politiques ; ils sont parfois des révélateurs. Ils discernent avant les sociologues ce que les sociétés refusent encore de voir. Ce que Raspail entrevoyait n’était pas seulement l’arrivée de populations venues d’ailleurs. Il décrivait surtout l’effondrement intérieur d’une civilisation qui ne croyait plus suffisamment en elle-même pour vouloir continuer son histoire.

La véritable question n’est donc pas de savoir combien d’hommes franchissent les frontières européennes. La question est plus grave : pourquoi les nations européennes semblent-elles avoir renoncé à défendre ce qui faisait leur continuité ? Pourquoi tant de citoyens s’étonnent-ils encore de l’impuissance des gouvernements alors que cette impuissance paraît désormais constituer un mode de gouvernement ? Ce que beaucoup prennent pour une incapacité administrative ressemble davantage à un choix de civilisation. Nous continuons à parler de souveraineté alors que nous avons progressivement remplacé le gouvernement des peuples par l’administration des flux.

Cette évolution ne relève pas seulement de l’idéologie. Elle correspond aussi à une transformation profonde de notre modèle économique. Pendant les Trente Glorieuses, l’immigration répondait à une nécessité clairement identifiable. Les mines, les aciéries, les chantiers navals, les usines automobiles manquaient de bras. On faisait venir des hommes pour produire. Le travail constituait le point de rencontre entre l’immigré et la nation qui l’accueillait. L’atelier imposait une discipline commune, la langue s’apprenait dans l’effort partagé, le salaire ouvrait progressivement l’accès à une véritable appartenance. Cette époque appartient désormais à l’histoire. Pourtant, nous continuons à employer l’expression d’« immigration de travail » comme si rien n’avait changé.

Mutation économique

Or tout a changé. Le capitalisme contemporain n’est plus principalement industriel ; il est financier, numérique, logistique. Il fabrique moins qu’il ne distribue, moins qu’il ne fait circuler. Les flux ont remplacé les manufactures. Les plateformes ont remplacé les ateliers. L’économie vit désormais autant de la rotation permanente des marchandises, des services, des abonnements, des crédits et des données que de la production elle-même. Dans un tel système, la figure centrale n’est plus le producteur. C’est le consommateur.

Voilà peut-être la mutation que nous refusons encore de penser. Les sociétés occidentales recherchent moins des travailleurs que des consommateurs intégrés au marché. Peu importe finalement que leurs revenus proviennent d’un salaire, d’allocations, de prestations sociales ou de diverses formes de redistribution : l’essentiel est qu’ils participent au cycle permanent de la consommation.

L’immigration contemporaine prend alors une signification nouvelle. Une partie importante des nouveaux arrivants ne trouve pas immédiatement sa place dans la production. En revanche, chacun entre aussitôt dans la consommation. Il faut un logement, des meubles, un téléphone, une connexion internet, des vêtements, des aliments, des transports, des assurances, des équipements scolaires, des crédits parfois. Les aides publiques distribuées au nom de la solidarité reviennent presque instantanément dans les circuits de la grande distribution, des banques, des opérateurs de télécommunication, des sociétés immobilières et des grandes entreprises de services. L’assistance n’est plus extérieure au marché. Elle en devient l’un des moteurs.

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Nous avons ainsi assisté à une inversion historique. Jadis, le travail créait la consommation. Désormais, la consommation peut précéder durablement le travail, parce qu’elle est alimentée par la redistribution publique. Le contribuable finance des prestations qui alimentent immédiatement les grands circuits marchands. Une économie de la dépendance succède progressivement à une économie de la production. Cette dépendance ne concerne d’ailleurs pas seulement les immigrés. Elle gagne l’ensemble de la société. Le consommateur remplace peu à peu le citoyen. On ne demande plus à l’individu de participer à une aventure collective ; on lui demande de rester intégré au marché. Sa liberté se mesure à son pouvoir d’achat davantage qu’à sa participation au destin national. C’est pourquoi le déracinement cesse d’être une conséquence regrettable de la mondialisation. Il en devient la condition.

Un homme profondément enraciné dans une famille, dans une histoire, dans une culture et dans une mémoire possède des fidélités qui limitent naturellement la toute-puissance du marché. Il transmet plus qu’il ne consomme. Il appartient davantage qu’il n’achète. À l’inverse, l’individu isolé, mobile, interchangeable, séparé de ses traditions et de ses appartenances, devient le consommateur idéal. Son identité ne lui est plus donnée par l’histoire ; elle lui est proposée par la publicité. Son horizon n’est plus la transmission mais le renouvellement permanent de ses besoins. L’économie rencontre alors l’idéologie.

Les frontières sont archaïques pour l’économie de marché

Depuis plusieurs décennies, une partie des élites politiques, administratives, économiques et médiatiques européennes et françaises paraît considérer que la circulation des hommes constitue le prolongement naturel de la circulation des capitaux, des marchandises et des informations. Dans cette représentation du monde, les frontières deviennent des archaïsmes, les nations des survivances sentimentales, les peuples des catégories suspectes. Il ne s’agit plus d’assurer la continuité d’une civilisation mais d’organiser la fluidité des échanges.

À cette logique économique s’ajoute une autre dimension, plus délicate et souvent abordée de manière passionnelle : les transformations culturelles et religieuses qui accompagnent une immigration provenant largement de pays où l’islam occupe une place importante. Cette évolution nourrit des interrogations profondes sur l’intégration, la laïcité, les équilibres culturels et la transmission d’un héritage commun. Beaucoup de citoyens ont le sentiment que ces mutations ont été acceptées, parfois encouragées, au nom de considérations économiques, diplomatiques ou d’une certaine conception du multiculturalisme, sans qu’un véritable débat démocratique n’en fixe clairement les objectifs et les limites.

Les élites, quant à elles, vivent souvent à distance de ces réalités. Elles résident dans des quartiers préservés, disposent des ressources nécessaires pour choisir leur environnement, fréquentent des établissements scolaires protégés et évoluent dans un univers où les conséquences concrètes de leurs décisions demeurent limitées. Leur expérience quotidienne diffère profondément de celle des habitants des quartiers populaires ou des villes moyennes qui voient leur cadre de vie se transformer rapidement.

C’est peut-être là que réside aujourd’hui la fracture essentielle. Elle n’oppose pas seulement les riches aux pauvres. Elle oppose ceux qui vivent encore dans une histoire à ceux qui administrent des statistiques ; ceux qui habitent un territoire à ceux qui raisonnent en flux ; ceux qui parlent de mémoire à ceux qui ne connaissent plus que la mobilité.

Le drame est que cette mutation se présente toujours sous les apparences de la vertu. Les mots d’accueil, de solidarité, d’ouverture ou de diversité deviennent des absolus qui rendent presque impossible toute discussion sur les conditions concrètes de leur mise en œuvre. Pourtant, une politique généreuse ne dispense jamais de la question de ses conséquences. Accueillir suppose aussi de pouvoir intégrer. La solidarité exige des limites si elle veut demeurer crédible. Une nation ne peut offrir un avenir commun que si elle conserve encore conscience de ce qu’elle est.

Le politique commence précisément là où l’économie s’arrête. Gouverner ne consiste pas seulement à gérer des flux humains ou des équilibres budgétaires. Gouverner signifie choisir, hiérarchiser, protéger, transmettre. Une frontière n’est pas la négation de l’universel ; elle est la condition de la responsabilité. Une nation n’est pas un obstacle à la fraternité ; elle demeure souvent le premier lieu où celle-ci devient possible.

Il faudra donc retrouver un jour le courage de redonner aux mots leur véritable sens. Comprendre que la souveraineté n’est pas la fermeture, mais la capacité d’un peuple à décider de son destin ; que l’intégration ne consiste pas à juxtaposer des populations mais à construire une histoire commune ; que la solidarité ne peut survivre si elle détruit le sentiment d’appartenance qui la rend possible.

Le véritable enjeu dépasse ainsi largement la question migratoire. Il concerne le type d’homme que notre époque entend produire. Souhaite-t-elle encore former des citoyens capables de transmettre une mémoire et de participer à une destinée collective ? Ou préfère-t-elle fabriquer des consommateurs mobiles, déracinés, administrés, dont l’existence se réduit progressivement à circuler entre les prestations publiques, les écrans, les plateformes et les centres commerciaux ? C’est peut-être avant tout cette étrange lassitude qui se lit aujourd’hui derrière les grillages de Ceuta : moins la victoire de ceux qui frappent aux portes de l’Europe que le doute profond de ceux qui ne savent plus pourquoi ces portes existent encore…

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August 01, 2026

Gus fait danser les chevesnes

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


« Monsieur ! Yvonne est harnachée et votre fiacre est prêt », me dit Firmin, notre valet. Depuis le perron de notre maison de maître, j’apercevais notre fringante jument qui s’impatientait. La Sauvageonne s’impatientait tout autant. Nous nous dirigeâmes, au trot, vers le chemin de halage du bord de Somme. C’était une fin d’après-midi ; il faisait encore chaud.

« Merci d’avoir accepté cette promenade, vieux Yak ! », dit ma jeune compagne ébouriffée. « Je commençais à m’ennuyer dans l’atmosphère sombre de notre manoir. » Je la comprends ; certes, il y fait frais lors des canicules à répétition, mais les distractions y sont peu nombreuses. (Parfois, j’hésite à revendre notre belle demeure pour louer un deux-pièces dans une HLM ; on dit que le peuple sait être optimiste, voire carrément joyeux. Cette hypothèse reste à l’étude.)

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Alors que nous cheminions sur ledit chemin – interdit à la circulation des voitures, mais pas à celle des fiacres –, Yvonne, mélomane, stoppa net, les oreilles dressées. De jolies mélodies arpégées et cristallines venaient jusqu’à nous. Nous nous approchâmes. Un jeune homme caressait les cordes d’un instrument bizarre en contemplant l’onde céladon qui filait vers Saint-Valery-sur-Somme. Je ne tardai pas à reconnaître le musicien amiénois Gus qui, en compagnie de Ben (batteur) et de Louis (saxophoniste), a formé, il y a de nombreuses années, le groupe Kamélectric.

Sur ce dernier, j’avais déjà écrit quelques articles, en des époques antédiluviennes, alors que je sévissais encore comme chroniqueur au Courrier picard. Nous ne tardâmes pas à échanger. Gus me confia qu’il continuait à donner des concerts, qu’il adorait jouer en plein air (et particulièrement au bord de la Somme), que, le lendemain, il allait se produire à Merlimont et qu’au cours du mois d’août, il irait jouer dans le sud de la France.

« Je joue de la kora, instrument qui vient du Mali, et du kamalengoni, qui vient aussi du Mali », expliqua-t-il. « Je suis tombé amoureux de ces instruments dès que je les ai vus. Avant, je jouais de la guitare et de la batterie, à Amiens. Je vais sortir, en solo, en septembre ou en octobre, un CD autoproduit. Il n’a pas encore de nom. Auparavant, j’avais sorti deux autres disques autoproduits également. Aujourd’hui, je charme les poissons à fond. »

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Tout en écoutant sa musique délicate et ciselée, j’imaginais chevesnes et vandoises danser entre deux eaux. Yvonne, quant à elle, frappait le sol poudreux du chemin de halage de ses sabots roses ; une façon, pour elle, de marquer le rythme. La Sauvageonne en faisait de même avec ses chaussures à talons hauts.

« Il ne manque plus que Firmin », songeai-je, tout en me reprenant, sachant que celui-ci, comme Jacques Chirac, n’aime que les marches militaires. Il eût fallu que je demandasse à Gus d’interpréter Sambre et Meuse (ma marche préférée ; celle de Firmin aussi) à la kora. Un wokiste à l’esprit un tantinet étroit eût pu me reprocher de vouloir faire revivre le passé colonial de notre belle France.

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L'Église espagnole appelle au respect de la dignité des migrants à Ceuta

Alors que les gardes civils poursuivaient la recherche des disparus qui auraient tenté de rejoindre ces derniers jours à la nage l'enclave espagnole au Maroc, la Conférence des évêques exhorte à la protection des droits des personnes migrantes. «La quasi-totalité» des migrants serait rentrée au Maroc selon le chef de la diplomatie espagnole ce samedi 1er août.

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À Séoul, première rencontre entre le christianisme et le confucianisme

Le Dicastère pour le dialogue interreligieux co-organise un «dialogue sur la contribution du christianisme et du confucianisme à une société idéale», prévu les 4 et 5 août au sein de l’université. L’objectif est de favoriser la coopération dans les domaines de «l’éducation, de la formation éthique et de la construction de la paix».

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Le Pardon d’Assise, signe d’une paix désarmée et désarmante

Comme l'a souligné Léon XIV à l'Angélus, la basilique papale Sainte-Marie-des-Anges célèbre la solennité du Pardon d’Assise, du 29 juillet au 3 août. Cet événement constitue le cœur de l’Année jubilaire franciscaine, inaugurée le 10 janvier dernier, à l’occasion des 800 ans du décès de saint François. Pour le père Massimo Fusarelli, ministre général des Frères Mineurs: «Franchir le seuil du pardon et de la miséricorde de la Porziuncola revêt une signification unique en cette année jubilaire».

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Les Églises d’Asie s’organisent pour répondre aux défis de l’IA

À la lumière de l’encyclique “Magnifica humanitas” publiée le 15 mai, des Philippines au Bangladesh, plusieurs Églises d’Asie ont lancé des parcours de réflexion sur les implications de l’intelligence artificielle, afin que l’IA ne marginalise pas les plus pauvres et place le bien commun au centre.

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Léon XIV: «Aucune prison ne peut séparer l’homme de l’amour de Dieu»

Léon XIV a adressé un message au cardinal Ernest Simoni, âgé de 97 ans. Vendredi 31 juillet, ce dernier a présidé l’Eucharistie dans le camp de prisonniers de Spaç, en Albanie, en mémoire de ceux qui y ont souffert et perdu la vie. Sous le régime communiste, le cardinal albanais y a purgé la majeure partie de sa peine de 18 ans de travaux forcés, tout en célébrant la messe clandestinement.

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Au Mexique, les évêques alertent sur la traite des personnes vulnérables

Dans un message publié à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la traite d’êtres humains, la Commission épiscopale pour la pastorale sociale du Mexique a dénoncé la gravité des nouvelles formes d’esclavage, des discriminations et du travail forcé en particulier, par les réseaux criminels. Les principales victimes sont les migrants, les autochtones et les afro-mexicains.

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Fin de vie en Australie: l'Église doit «proposer des alternatives positives» à l'euthanasie

Alors que le parti au pouvoir en Australie est en faveur de l'accès à l'aide active à mourir, l'archevêque de Sydney, Mgr Anthony Fisher, affirme que ce concept de «santé à distance» s'est transformé en «mort à distance» et plaide en faveur de mesures de protection pour les établissements de santé catholiques.

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Léon XIV aux jeunes du Pérou: ravivez l’espoir dans tant de cœurs qui souffrent

Le Pape a envoyé ce samedi un message vidéo aux jeunes qui participent à la Journée nationale de la jeunesse qui se déroule à Chulucanas, à l'est du Pérou, du 30 juillet au 2 août. «Ouvrez grand vos cœurs pour accueillir les dons du Seigneur. Ne gardez pas pour vous seuls ce que vous vivrez, ne le laissez pas seulement dans les photos ou les vidéos sur les réseaux sociaux, mais partagez-le et reflétez-le dans votre vie» a exhorté Léon XIV en espagnol.

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Ceuta: 80 000 habitants, 60 000 migrants

La France affirme durcir ses contrôles à la frontière espagnole, alors que des milliers de clandestins marocains sont passés à Ceuta et pourraient vouloir venir dans l’hexagone. L’Italie ou le Danemark proposent d’exclure le pays de Pedro Sánchez de l’espace Schengen.


Les chiffres parlent toujours mieux que les mots dans ce genre de contexte.

En quelques jours, l’enclave espagnole en terre marocaine a donc vu affluer sur son rivage quelque soixante mille migrants venus à la nage au péril de leur vie. Autant dire que le mot de submersion, en l’occurrence, n’est ni trop fort, ni inapproprié. Ceuta, c’est loin et c’est petit, sans doute, mais aujourd’hui c’est avant tout un avertissement qui nous est lancé. Une démonstration qui nous est administrée, et dont nous devons tirer toutes les conséquences.

Démonstration de la puissance du nombre. Démonstration de la fragilité des équilibres de la vie commune face à ce nombre.

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Il se dit qu’environ 40 000 de ces infortunés aventuriers des jours meilleurs auraient été renvoyés d’où ils étaient venus. Il n’y a pas de quoi pavoiser. Ni nous en glorifier. Refouler, chasser des êtres humains est certes une nécessité dans un cas semblable, mais certainement pas une victoire. En tout cas pas pour nous, gens de notre belle civilisation occidentale pétrie d’humanisme et de tolérance. Du moins, jusqu’à ce que cet humanisme et cette tolérance se trouvent eux-mêmes mis en péril. En péril, une fois encore, sous la pression du nombre.

40 000 sont repartis, frustrés, dépités, humiliés. Soit. Ils reviendront, plus nombreux encore. Plus conquérants peut-être bien. Les foules humiliées sont dangereuses. Toujours.

Pedro Sanchez est devenu un problème pour les Européens

Et comment est-on arrivé à ce pitoyable résultat, la submersion d’abord puis l’obligation de s’abaisser à l’expulsion de masse ? Tout simplement parce que le Premier ministre espagnol et son gouvernement ont fait du laxisme et de la démagogie en matière d’immigration leur credo. Pedro Sánchez, le Premier ministre en question, est pathétique lorsque, fébrile, dépassé par les événements, il vient expliquer à la télévision que cette marée humaine portée par les flots est la conséquence d’une « lecture biaisée » que les esclavagistespasseurs auraient faite d’une considération des hautes instances juridiques espagnoles expliquant, en substance, qu’il y avait peut-être un angle mort dans la possibilité légale de refuser l’entrée de ces migrants dans l’enclave et surtout de les en faire sortir. El señor Sánchez se fout de nous ! Les passeurs n’ont pas fait une mauvaise lecture. Ils ont su interpréter le fond de sa pensée en la matière, ils ont su exploiter la complaisance qu’il ne cesse de manifester pour l’immigration depuis qu’il est au pouvoir, annonçant, promettant en boucle la régularisation de clandestins par centaines de milliers. Ceuta n’est que la conséquence logique de cela. Et, je le redis, c’est un avertissement dont il va falloir tenir compte.

La France prête à aider l’Espagne

Comme souvent, la parole juste est venue de l’Italienne Giorgia Meloni, proposant que l’Espagne soit exclue de l’espace Schengen, cet open space suicidaire que les nations européennes ont eu la faiblesse, la lâcheté, l’inconséquence d’instaurer dans les années 1980. La liberté d’aller et venir à travers quelque 29 pays, qu’on en soit originaire ou qu’on débarque d’Alpha du Centaure. Il se trouve que la Première ministre danoise, Mme Frederiksen est très précisément sur la même longueur d’onde. Plus encore, courageusement, elle va plus loin encore. « Il va de soi que l’UE doit immédiatement prendre toutes les mesures nécessaires et envisager toutes les options, a-t-elle affirmé. Y compris une suspension de la coopération Schengen. Une immigration incontrôlée constitue une menace pour l’Europe et le Danemark. » La fin de Schengen, purement et simplement, voilà ce que prône la cheffe du gouvernement danois. Peut-on être plus clair ?

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M. Macron, lui, assure l’Espagne de son soutien dans cette circonstance. « La France se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire, si celles-ci en expriment le besoin, y compris au travers de Frontex. » Entendre le président de la République reconnaître — enfin ! — l’utilité, la pertinence de Frontex représente sans aucun doute une sorte de progrès. Cependant, on lui demandera, à lui — et à ceux qui se bousculent pour lui succéder — qu’il franchisse le dernier pas, le pas qui manque. Celui qui nous sépare du nécessaire et vital rétablissement des frontières nationales. Ne pas le franchir, ce pas, ce serait, une fois encore, une fois de plus, se réfugier dans la gesticulation stérile et les postures d’estrade à deux balles.

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Le souverain malchanceux et le thaumaturge imposteur

Série d’été: personnages historiques, écrivains, cinéastes, tout y passe! Cette semaine: Nicolas II et Raspoutine


Le 26 août 2000, le Concile des évêques de l’Eglise orthodoxe russe canonise le dernier empereur de Russie, son épouse Alexandra et leurs cinq enfants : Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et le petit dernier, le tsarévitch Alexis, ainsi que leurs serviteurs. Comme l’on sait, tous ont été sauvagement exécutés au fin fond de l’Oural par les Bolcheviks, sur ordre de Lénine, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Le crime atroce fut perpétré dans la maison d’un riche marchand, Ipatiev, où la famille Romanov était séquestrée depuis plusieurs mois. Quand s’achève l’année 1919, pas moins de dix-huit membres de la dynastie impériale ont été assassinés.

Double biographie

Nicolas II était-il un saint homme? A la suite de nombre de biographes émérites –  d’Henri Troyat à Hélène Carrère d’Encausse, en passant par Dominique Lieven – l’historien et haut fonctionnaire Alexandre Jevakhoff, issu de la diaspora des Russes blancs et, comme tel, membre de l’Union de la noblesse russe, instruit le dossier à nouveau frais dans un ouvrage conséquent, dont l’originalité consiste à croiser tout au long deux destinées fatales : celle de l’empereur et des siens d’une part, et d’autre part celle du starets de mauvais augure, cet escroc mystico-priapique qui, avant d’être lui-même assassiné, tint le couple régnant sous une emprise délétère. Là encore, les biographies ne font pas défaut – Edvard Radinsky, Vladimir Fedorovski Alexandre Sumpf et bien d’autres avant eux se sont déjà penchés sur le cas Raspoutine. Mais sous la plume de Jevakhoff, sa vie est donc envisagée en contrepoint de celle de l’autocrate régnant, sous l’angle d’« une histoire russe » – c’est le sous-titre. « Le tsar est né en 1868, Raspoutine en 1869 : les deux hommes sont quasiment contemporains ». Mauvaise rencontre…

De Nicolas II, cet ouvrage (fort copieux) ne brosse pas un portrait hagiographique, c’est le moins qu’on puisse dire. Pas plus que de « Notre Ami », ainsi que la tsarine appelait le moine Grigori, une image propre à atténuer le caractère funeste de « L’Homme de Dieu », personnage décrit comme singulièrement immonde. Avec force détails, abondamment nourri de citations, le double biographe appuie largement son propos, et sur l’étonnant Journal du souverain, et sur les correspondances édifiantes qu’eut celui-ci avec sa mère l’impératrice douairière, ainsi qu’avec sa propre épouse, née Alix de Hesse-Darmstadt, petite-fille de la reine Victoria comme l’on sait, devenue Alexandra Feodorovna par son mariage en 1894, dès lors convertie au culte orthodoxe… et au culte de son mari, qu’elle aimera passionnément jusqu’à leur commun martyre.

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Un tsarévitch sportif (escrime, canotage, tennis, équitation…), volontiers sanglé dans un seyant dolman, viscéralement attaché à l’armée, son environnement de prédilection, tout autant qu’à sa famille, et ne retirant de ses voyages de jeunesse (en Egypte, puis au Siam, en Inde, en Chine – qu’il déteste – , au Japon – qu’il adore, au point de « se faire tatouer un dragon multicolore sur le bras droit » !) que le désir lancinant de ‘’rentrer à la maison’’ ; un futur tsar traversant la Sibérie sous les hourrahs ; un croyant fataliste, persuadé que « tout est dans la main de Dieu », mais aussi, « aveuglement décidé à suivre les traces paternelles » d’Alexandre III (auquel il succède en 1894) ; un homme rivé au principe intangible de l’autocratie, et donc incapable d’accepter les réformes pourtant indispensables d’un régime dont le ménage qu’il forme avec Alexandra incarnera la sclérose…

Mal profond qui le ronge de l’intérieur, attisé par la présence spectrale de Raspoutine, vite honni tant par la presse que par le noble entourage du pouvoir, et dont les traits se dessinent, par touches successives, au fil des premiers chapitres du livre de Jevakhoff :  il faut attendre la page 207 pour que, « introduit [par les princesses Monténégrines] auprès du couple impérial » n’entre véritablement en scène « un homme totalement étranger à ses fréquentations habituelles » : ce Sibérien, confident d’une Alix devenant chaque jour plus neurasthénique, impotente et valétudinaire. Le moujik multipliera ses contacts avec « sa chère Maman » et « son cher Papa » [sic] au cours des années, jusqu’à devenir omniprésent auprès du couple régnant. L’hémophilie incurable du petit tsarévitch né en 1904 nourrit la souffrance et la mélancolie de la tsarine, « convaincue de l’existence d’hommes servant d’intermédiaires avec Dieu », tant et si bien que « Raspoutine plastronne », s’imposant jusque dans les décisions téléguidées d’un souverain « assimilant son action politique à une sorte de service religieux ». Le « nœud coulant » (selon l’intitulé d’un des chapitres) se resserre autour de l’intriguant libidineux, bientôt devenu « une figure à la mode », et dont la tartufferie lui inspirera ce genre de sophisme audacieux : « sans péché, il n’y a pas de vie, car il n’y a pas alors de repentir et sans repentir, il n’y a pas de joie ! ».

Une somme

Le 30 décembre 1916, à Saint-Pétersbourg devenue alors Petrograd, une conjuration ourdie par le jeune prince Felix Ioussoupov en termine avec le starets, évidemment pleuré à chaudes larmes par le couple impérial. Au-delà des méandres bien connus de cette liaison catastrophique, sont fouillées, avec une précision remarquable –  au risque que le lecteur, submergé par l’accumulation des faits et le nombre des comparses, peine à ressaisir et à synthétiser les grandes lignes de cette tragédie  –  les combinaisons où s’entremêlent sphère privée et publique, luttes d’influences, enjeux sous-jacents où le sort de l’Empire se décide, au milieu des bouleversements géopolitiques – de la révolution de 1905 à la révolution d’Octobre ; des joutes de palais aux tractations de l’autocratie avec les revendications parlementaristes (la Douma) ; des retournements d’alliance aux changements induits par les conflits européens (des guerres balkaniques à la Grande guerre)…

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Résumer une telle somme dans le cadre du présent article relève de la gageure. Mais, par exemple, l’incroyable valse des ministres tour à tour portés aux nues et remplacés sans ménagement (Vitte, Stolypine, Kokovtsov, etc.) ; les atermoiements d’un pouvoir en perpétuelle itinérance, des salons de Tsarskoïe Selo aux croisières du Standart, le yacht impérial, du Palais d’Hiver aux résidences de Livadia, en Crimée, ou de Peterhof dans le golfe de Finlande, ou encore de Moghilev à l’est de la Biélorussie : cette intrication vertigineuse, furieusement irrationnelle, des espaces de la gouvernance et de l’intimité, est rendue avec une particulière acuité dans ces pages ; elles témoignent de la confondante érudition d’Alexandre Jevahoff.


Il n’est pas indifférent sans doute que, dans les sources avancées par l’auteur en fin de volume non plus dans le corps de l’ouvrage, nulle part ne soit cité le Nicolas II, La transition interrompue, de la regrettée Hélène Carrère d’Encausse, publié il est vrai il y a trente ans, précisément dans cette autre période de transition où l’ex. Union soviétique se cherchait un avenir européen. L’académicienne écrivait alors que « la transition réside avant tout dans un double défi : faire de la Russie un pays déchiffrable à la raison ; lui arracher à jamais son masque asiatique. Ainsi, poursuivait-elle dans ces lignes si peu prémonitoires, s’accomplira le destin normal de ce pays, son retour dans l’Europe dont elle ne peut que faire partie ». Le contexte actuel, évidemment, porte à relire ce passage avec circonspection. Il n’en est pas moins intéressant de comparer les approches respectives d’un Jevakhoff en 2025, et de Carrère d’Encausse en 1996. Si cette dernière, contrairement au premier, ne s’attache à la figure de Raspoutine que dans la mesure de l’impact qu’eut le sinistre Gregori sur le destin des ultimes Romanov, son récit, rédigé dans une langue suprêmement élégante, conserve, à distance de plus d’un quart de siècle, le mérite incomparable d’offrir au lecteur, non seulement un portrait  lucide de Nicolas II, quoique plus nuancé que celui qu’en dresse sans ménagement Alexandre Jevakhoff, mais surtout, assez haute en couleur, une magnifique analyse critique des événements : « la personnalité de Nicolas II, observait-elle, est en réalité très ambigüe. […]… Autocrate, gardien de l’autorité par conviction profonde, mais confronté à l’urgence des réformes, convaincu de surcroît que seule l’autocratie permettait d’engager pareille entreprise. L’autocratie au service des réformes qui allaient le mettre en cause ; l’autocrate, réformateur conscient mais à son corps défendant : voilà ce que furent Nicolas II et son règne ». Et de souligner qu’à la toute fin, « l’amour de la patrie, le sens de ses devoirs restent inscrits au cœur du souverain déchu » […] « A aucun moment il ne déplore avoir dû abdiquer ni être réduit à une condition humiliante. Ni même les souffrances des siens. Son inquiétude de tous les instants se concentre sur la Russie et l’état d’esprit des troupes au front. Pour le reste, il considère que Dieu a imposé Sa volonté et qu’il faut l’accepter ».

Curieusement, Jevakhoff, dans son livre, élude quasiment quant à lui l’épisode final, à savoir l’assassinat de la famille Romanov à Ekaterinbourg, il est vrai raconté dans maints et maints ouvrages (cf. Les Derniers jours des Romanov, de Luc Mary. L’Archipel, 2000), films documentaires (cf. Les Aigles foudroyés, de Frédéric Mitterrand, 1997), voire longs métrages de fiction et autres séries… Carrère d’Encausse, de son côté, en fait le récit dans une dizaine de pages saisissantes entre toutes. Mais surtout, de cette tragédie sans exemple, elle souligne pour finir la portée singulière, ce dans une superbe péroraison où éclate à plein son immense talent de styliste : « Les meurtres de la maison Ipatiev, ceux qui les précèdent ou les prolongent dans tout l’Oural, sont le fruit d’une conception originale de la révolution, celle qui récuse toute parenté avec les expériences passées en mariant l’irréparable et l’irréversible. Du moins Lénine en aura-t-il été convaincu ».     


A lire :

Nicolas II et Raspoutine, une histoire russe, par Alexandre Jevakhoff. 398p., Perrin, 2025.

Et aussi : Nicolas II, la transition interrompue, par Hélène Carrère d’Encausse, 552p., Fayard, 1996.

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Tillinac sans confession

Denis Tillinac a eu pendant des années un ami et confident en la personne de frère Verdin. Celui-ci livre un portrait de l’écrivain en vigoureux bretteur, marqué par la foi, la poésie et la politique.


Denis Tillinac (1947-2020) était un styliste incomparable et un homme terriblement attachant. Pas étonnant que son ami Philippe Verdin, frère dominicain, lui consacre une remarquable biographie, à la fois éclairante, audacieuse et pleine de panache. « J’ai découvert les livres de Denis en 1995, d’abord Maisons de famille et Le Retour de d’Artagnan. En 2002, je lui apporte à la Table Ronde mon premier roman, La Grande Tribu. On sympathise illico », raconte l’homme d’Église qui passe deux ou trois fois l’an à Auriac, où réside le romancier ; il célèbre les mariages des trois garçons de Denis et Monique, son épouse. Pour lui, il représente un mentor, un aîné bienveillant et complice. « Incomparable conteur, à l’humour et au rire irrésistibles », précise-t-il. « En sa compagnie, jamais d’ennui ou de langueurs ! »

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La foi catholique qui les unit joue indéniablement un rôle majeur dans leur amitié. Tillinac est d’emblée curieux de connaître un jeune moine ; il l’interroge sur sa vie, sur la Bible. Il lui rend visite à plusieurs reprises aux couvents de Lyon et de Paris. À Auriac, ils conversent à propos de Thomas d’Aquin, de Teilhard de Chardin, « conversations qu’il ne pouvait pas avoir avec ses amis hussards ou politiques, explique Philippe Verdin. La question du Salut et de la Grâce le tourmentait bien sûr, les éternels débats des Provinciales de Pascal. On parlait de tout ça. Denis aimait bien la contradiction quand elle était fondée sur l’expérience et la connaissance. Il m’interrogeait sur la prière, la manière dont Dieu me parlait.   Nous avions en commun la foi, mais ça se mélangeait avec l’attachement à l’Afrique, l’expérience d’éditeur, l’engagement politique. »

Philippe Verdin souligne que Tillinac était un homme assez secret qui ne s’est confié à lui que par bribes sur sa vie spirituelle. Il le décrit comme un amoureux fou de la vie, un éternel adolescent, un homme perspicace et avisé en politique. « Il avait le don de jauger les hommes », poursuit-il. « Il avait aussi un sens étonnant de l’histoire qui se déroule et une culture littéraire exceptionnelle, emmagasinée grâce à sa mémoire prodigieuse. Il pouvait réciter des centaines de vers. » Verdin insiste aussi sur « sa curieuse passion pour la politique, qu’il voyait à la Balzac, comme le révélateur des caractères et des ambitions. C’était un écrivain à la plume tendre et bien balancée. »

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Bien balancée ? C’est indéniable. Il suffit pour s’en convaincre de lire, parmi la soixantaine d’ouvrages qu’il a publiés (romans, essais, nouvelles, biographies, recueils de poésie), le sublime Spleen en Corrèze (le journal de bord du journaliste localier qu’il fut à La Dépêche du Midi et qui le fit remarquer dans le monde littéraire) et les tout aussi délicieux Le Bonheur à Souillac, L’Été anglais, Dernier verre au Danton. Et comment oublier l’éditeur (La Table Ronde), le baroudeur passionné et le conseiller du président Chirac ? Ce fou de la France, « seul intellectuel de droite qu’aiment les gens de gauche », ce critiqueur infatigable de Mai 68 et du capitalisme mondialisé, méritait bien cette biographie précise et enjouée. Merci, frère Verdin.

Denis Tillinac. Vivre en mousquetaire, Philippe Verdin, Éditions du Cerf, 2026, 272 pages.

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« Denis Tillinac était un incomparable conteur »

C’est ce qu’estime notamment le frère dominicain Philippe Verdin. Il lui consacre une subtile biographie qui met en lumière ce styliste incomparable. Il a répondu à nos questions.


Denis Tillinac (1947-2020) était un styliste incomparable et un homme réellement attachant. Son ami Philippe Verdin, frère dominicain, lui consacre une remarquable biographie (qui tient tout autant de l’essai), à la fois éclairante et pleine de panache. Seul écrivain de droite apprécié par la gauche, Tillinac était un être atypique, terriblement libre et singulier. Fervent gaulliste, il détestait le capitaliste, l’Europe ultralibérale, Mai 68 et ses conséquences. Profondément catholique, il combattait l’extrême-droite et le racisme. Mais surtout, surtout, il vénérait la France.

Autant de raisons pour revenir sur son parcours et poser quelques questions à Philippe Verdin, auteur de Denis Tillinac, vivre en mousquetaire (Le Cerf, 2025).

 « Un mentor »

Causeur. Qui êtes-vous donc, Philippe Verdin ?

Philippe Verdin. Je suis né le 13 mars 1966 à Nancy. J’ai grandi en Lorraine, puis à Paris dans le XIIe. J’ai suivi des études universitaires à la Sorbonne et obtenu une maîtrise de Lettres sur  le thème « Bernanos et la Grande guerre ». Après mes études, je suis entré chez les dominicains. Je fus ordonné prêtre en 1999 puis devins éditeur aux éditions dominicaines du Cerf de 1999 à 2004, puis  aumônier d’étudiants à Dakar de 2004 à 2006. Je fus élu prieur (c’est-à-dire supérieur) du couvent du Caire, qui abrite un centre d’études de l’Islam, puis prieur à Lyon. Je suis retourné aux éditions du Cerf avec l’arrivée à la direction de Jean-François Colosimo en 2014 que j’avais connu à La Table Ronde comme adjoint de Denis Tillinac.

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Dans quelles conditions et quand avez-vous fait la connaissance de Denis Tillinac ?

J’ai découvert les livres de Denis en 1995 ; Maison de famille et Le retour de d’Artagnan d’abord. En 2002, je lui apporte à la Table Ronde mon premier roman, La grande Tribu. On sympathise illico ; je l’aide pour des détails dans l’écriture de son livre Dieu de nos pères. Je passe deux ou trois fois l’an à Auriac ; je célèbre les mariages des trois garçons de Denis et Monique. Je publie un recueil de chroniques de Denis et un recueil de nouvelles aux éditions Guéna.

Que représentait-il pour vous ?

Un mentor, un aîné bienveillant et complice. Incomparable conteur, à l’humour et au rire irrésistibles. En sa compagnie, jamais d’ennui ou de langueurs !

Comment décririez-vous l’homme ? Et l’écrivain ?

Assez secret. Ainsi ne s’est-il confié que par bribes sur sa vie spirituelle. Un amoureux fou de la vie. Par certains côtés, l’éternel adolescent de Vichy. Un homme avisé en politique et perspicace : il avait le don de jauger les hommes. Il avait aussi un sens étonnant de l’histoire qui se déroule. Une culture littéraire exceptionnelle, emmagasinée grâce à sa mémoire prodigieuse. Il pouvait réciter des dizaines de vers de cent poésies. Il avait une curieuse passion pour la politique, qu’il voyait à la Balzac, comme le révélateur des caractères et des ambitions. L’écrivain possédait une plume tendre, bien balancée.

Quel est le livre de lui que vous préférez ?

Maison de famille, solaire, Le retour de d’Artagnan, fringuant, Le dictionnaire amoureux du catholicisme, plein de tendresse et d’espérance.

Quel rôle ont joué la foi et la religion catholique dans votre amitié ?

Il fut d’emblée curieux de connaître un jeune moine, il m’interrogeait sur ma vie au couvent, sur la Bible, sur certaines singularités de la doctrine catholique. Il est venu plusieurs fois me voir aux couvents de Lyon et de Paris. Comme en plus j’étais un ami de Nicolas Sarkozy, ça l’épatait que le futur président ait pu rallier un moine à son aventure de conquête de l’Elysée. A Auriac, il avait avec moi des conversations sur Thomas d’Aquin, Jacques de Voragine, Teilhard de Chardin, qu’il ne pouvait pas avoir avec ses amis hussards ou politiques. La question du Salut le tourmentait bien sûr, la grâce, les éternels débats des Provinciales de Pascal. On parlait de tout ça. Denis aimait bien la contradiction quand elle était fondée sur l’expérience et la connaissance. Il m’interrogeait sur la prière, la manière dont Dieu me parlait. Nous avions en commun la foi, mais ça se mélangeait avec l’attachement à l’Afrique, l’expérience d’éditeur, l’engagement politique. La foi de Denis était bien incarnée, équilibrée je trouve entre les questions métaphysiques et la soul des Églises africaines et américaines des États du sud. Il fallait l’intelligence et l’émotion pour que ça le bouleverse et l’enthousiasme. La liturgie récapitulait un peu le cœur et la raison.

«Il a préfacé une bio de Marx »

 On dit que Denis Tillinac était un intellectuel de droite non libérale. Etes-vous d’accord ?

Oui. Je cite dans mon livre des propos publics de Denis contre le libéralisme économique qui feraient passer Mélenchon pour un social-démocrate ! Le seul livre qu’il a préfacé à la Table Ronde, c’est une bio de Marx. Sa droite, c’était un mélange curieux de roublardise rad-soc (la politique sur le terrain qui l’amusait) et de panache hussard.

Il était l’intellectuel de droite préféré des gens de gauche ; pourquoi ?

Il connaissait leurs codes, il connaissait au moins aussi bien qu’eux le structuralisme, les cahiers bleus de Marx, les séminaires de Lacan et Deleuze. Il connaissait bien le tiers monde, donc on ne lui en remontrait pas. Il était franc, c’était rafraîchissant après les années Mitterrand. Dans ses essais, Denis avait assez bien montré les limites du tourisme de masse, l’aliénation de l’urbanisation, la fin de l’histoire. Il n’était pas compromis avec les magouilles politiques ou l’extrême-droite, donc il était fréquentable, il amusait. On n’était pas d’accord avec lui, mais on aimait bien son ton, son style, sa franchise.

Vous le comparez à Patrick Modiano, pourquoi ?

Ils sont de la même génération, ils ont grandi dans le Paris sinistre des années soixante. C’est juste ça. Denis ressemble plutôt à Orsenna par le parcours. Un Orsenna catholique et de droite, si on a de l’imagination. 

Le rock des sixties (Presley surtout) l’a beaucoup influencé ; comment expliquez-vous cela ?

Denis jouait au piano tous les jours, des airs d’Elvis. Il adorait Elvis à qui il a consacré un beau livre. Elvis, c’est la revanche du Sud, des pecnos, des mal pensants mais qui ont la transe, la passion de la vie, du rythme, de l’audace. Ceux qui n’ont rien à perdre. Une musique pulpeuse, gorgée de soleil et d’appétit, les corps libres et souples.

Il n’aimait pas Mai 68 ; en quels termes vous en parlait-il ?

Une imposture – un de ces livres s’intitule Mai 68, l’arnaque du siècle, une rente pour une nomenklatura d’intellectuels désabusés. Ce qui le mettait en rage, c’était d’imaginer que les mêmes mensonges, les mêmes âneries, les mêmes postures infantiles et stériles pouvaient encore régner cinquante ans après. Pour lui, Mai 68 c’était le degré zéro de la pensée, des lieux communs en politique, la haine de tout ce qu’il aimait : la beauté, le temps long, l’histoire, le gaullisme, l’héroïsme, la poésie, la tradition comme un terreau, l’héritage médiéval. Il était braudélien.

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Il était l’un des rares écrivains-journalistes à se souvenir et à aimer le regretté Kléber Haedens. Qu’en disait-il ?

Tout lui plaisait chez Kléber : sa retraite à la campagne, sa connaissance et sa passion du rugby, son amour pour Dumas, sa foi catholique, son appétit de vivre, sa célébration de la féminité, sa mélancolie aussi.

Son amitié pour Chirac était légendaire. Comment l’expliquez-vous ?

C’est bien simple, Chirac l’a bluffé. C’était un ami de son père, un fidèle de la Corrèze, Denis a contribué à sa campagne de 1995, il l’a déringardisé et l’a rendu sympathique. Denis aimait son attention aux gens simples, l’héritage de ce qu’on pouvait sauver du gaullisme, la méfiance pour la finance et pour l’Europe technocrate. Denis l’a connu jeune député et ministre de Pompidou, plein d’audace, d’énergie et du toupet sur ces vieilles terres de gauche. Son tonus l’a sidéré. 

Qu’aurait-il pensé aujourd’hui d’Emmanuel Macron ?

Je présume qu’il aurait été intrigué par son toupet, sa réussite, sa jeunesse lorsqu’il a été élu président de la République.

Il aimait aussi un autre grand écrivain : Richard Millet. Parlez-nous de leur relation.

Denis a hébergé en Corrèze Richard Millet pour qu’il écrive ses livres, il l’a publié. Ils sont tous les deux Corréziens. Denis admire le styliste, la phrase contourée qui se déroule. Denis l’a défendu publiquement lors de la polémique sur Eloge littéraire d’Anders Breivik. Il était dégoûté par le comportement inquisitorial d’Annie Ernaux et de ceux qui réclamaient la tête de Millet. 

Il n’aimait ni les fachos, ni les gauchistes. Comment le qualifieriez-vous sur le plan politique ?

Gaulliste social ? 

Quels sont vos projets en tant qu’écrivain ?

J’écris un polar, La Conjuration du Val d’or, dont le héros est un jeune moine qui mène l’enquête. Avant ma bio de Denis Tillinac, j’ai publié Le dernier fleurt d’Henri Matisse, l’histoire vraie et improbable de l’amitié entre le peintre au sommet de sa gloire après guerre et une jeune sœur dominicaine. 

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L’autre beau jeu

Si le football demeure notre sport le plus populaire, le tennis offre une expérience plus intime et exigeante. En deux mots: un spectacle incomparable.


Et voilà, le dernier coup de sifflet. Après plus d’un mois de compétition, une cinquantaine de pays (ou une centaine, on ne sait plus), quelques surprises et quelques évidences, l’Espagnea soulevé la Coupe du monde. On le précise, car grand nombre de Français, dont la télévision est éteinte ou fracassée depuis ce plus sombre 14 juillet, l’apprendront peut-être ici.

Contre les cyniques qui nous rabâchent « du pain et des jeux » tous les quatre ans, cette compétition a non seulement le mérite de nous offrir un répit des actualités moroses, mais aussi d’unir des peuples divisés et des pays antagonistes autour de deux choses : le mépris pour le Seigneur Infantino, surplombant la pelouse en noble blasé, et l’amour du football.

Lionel Messi, Gianni Infantino et Donald Trump lors de la remise des médailles après Espagne/Argentine, finale de la Coupe du monde, 19 juillet 2026 © Leo Barrilari/SPP/Shutterstock/SIPA

Explosions et silences

Rassurons immédiatement ses amateurs : il ne sera pas question de détrôner the beautiful game, qui conservera toujours son attrait universel ainsi que son esthétique propre. Mais pour beaucoup, la fin du Mondial marque un retour abrupt à la réalité, sans frissons ni engouement. C’est donc l’occasion de rappeler qu’il existe un autre beau jeu, une autre poésie : plus silencieuse, plus solitaire et souvent plus cruelle — le tennis.  

Commençons par abattre une fois pour toutes la critique principale des néophytes : le silence et les « temps morts » si caractéristiques du tennis. À première vue, les vingt-cinq secondes où les joueurs se préparent pour le prochain point semblent une perte de temps, une infinité de parenthèses entre l’action qui, par définition, peuvent être supprimées sans en altérer le sens. « On ne fait qu’attendre », reprochent les uns. L’on répondra : « Est amoureux celui qui attend », pour paraphraser Barthes.

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Car le tennis, par essence, est un tango entre explosions et silences. Et dans ces silences se joue un autre match, encore plus lourd de sens et de tension. Rien ne se passe, mais tout se révèle. Un joueur baisse la tête, fait les cent pas avant de servir ; l’autre attend déjà, imposant une pression muette. Un regard glisse vers son entraîneur ou sa femme, celui d’une souris qui se sait la proie du serpent. Avant le service, la balle rebondit deux fois, cinq fois, quinze fois, jusqu’à trouver le rythme d’un cœur en rafale, ou au contraire, pour l’apaiser. On cherche de nouvelles armes mentales pour effacer une série d’humiliations : on se parle, se frappe le torse, se cache le visage dans sa serviette. Ou bien, pour conserver son avance, on fixe les balles dans sa main, les fleurs disposées le long du court, ou rien du tout, le vide – surtout pas le visage de l’adversaire, dont on distingue chaque détail de l’autre côté de ce court minuscule, et dont le moindre signe de confiance menace de fendre cette armure assemblée douloureusement, un point après l’autre.

Oui, au tennis, le silence n’est pas absence de jeu. C’est la profondeur où gronde le véritable rapport de force, où un rien, un moment de génie comme de faiblesse, peut faire basculer un match. Si vous voulez reconnaître les instants décisifs d’un match de tennis, n’attendez pas les coups gagnants : cherchez les plus grands silences.

Le beau geste

Évidemment, tout éloge du tennis qui se respecte se doit d’aborder la beauté des gestes, des couleurs, des détails minutieusement pensés. On ne répétera pas ce qui a déjà été dit, comme la splendeur du revers à une main, en voie d’extinction depuis que le jeu privilégie la puissance au lieu de la précision. Or, il y a un aspect moins discuté, mais non moins inspirant. Il s’agit de la diversité des surfaces de jeu, qui, au-delà de faire briller différentes facettes techniques, renferment dans un court l’essence même des cultures où elles se situent.

Voyez-vous, au fil d’une année, le tennis se joue sur trois surfaces différentes : dure, gazon, et terre battue. En passant d’une à l’autre, les joueurs adaptent leur style de jeu à leurs caractéristiques propres. Le spectateur y verra une intéressante variété de jeu, mais un regard symbolique, lui, y verra bien davantage…

La terre battue, en premier lieu – associée principalement à Roland-Garros, mais aussi aux tournois de Monte-Carlo, Barcelone, Madrid et Rome – apporte au tennis quelque chose de proprement méditerranéen : sa couleur ocre rappelle le sol d’Andalousie ou du Midi ; son rythme plus lent, ses matchs prolongés sous un soleil impitoyable, récompensent les compétiteurs les plus bornés, au bout de l’écroulement. Les spectateurs les plus fiévreux, une énergie païenne, plus sauvage, une soif de sang ; les vêtements, les chaussures et les mains recouverts de terre comme preuves de ténacité, une saleté devenue honneur ; un tennis plus chaotique, plus bavard, débordant de glissades, de courses et de chutes – une danse gitane…

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Le gazon, ensuite, présente la particularité d’une très courte saison qui ne compte qu’un tournoi majeur, celui de Wimbledon, à Londres. Et pourtant, son trophée doré est considéré le plus prestigieux de ce sport. C’est le premier hommage du gazon à la conception anglaise, voire monarchique, du prestige : la rareté, la discrétion. Briller par l’absence. Le jeu qu’il inspire, lui aussi, porte cette marque de retenue : la surface amortit le bruit autant que les rebonds des balles, les points sont plus brefs, et chaque coup, plus décisif. Tandis que la terre battue célèbre l’endurance, le gazon cultive l’élégance. Les tenues en blanc obligatoires et la bienséance du public ne viennent que compléter ce tennis obsédé par la forme, toujours la forme. So British.   

La surface dure, enfin. Il suffit d’apercevoir ses couleurs bleu électrique ou mauve pour que surgissent dans l’esprit le feu des projecteurs, la tension nerveuse des foules munies de popcorn et de Coca-Cola, ainsi que les crissements caoutchouteux des chaussures empruntés au basketball. On est loin, bien loin des jardins anglais et des côtes méditerranéennes – c’est plutôt un écran géant. Le tennis-spectacle, musclé, mécanique, propre aux tournois australiens, américains et canadiens. Conçue pour l’efficacité, la surface dure considère que le public n’a pas forcément la patience pour les matchs interminables de la terre battue, ni l’appréciation pour les subtilités du gazon. Résultat : une surface lisse, un tennis lisse. Pas besoin d’adaptations techniques ni de fantaisie, seulement de frapper fort. Un sol plat, sans caprices mais sans identité, à l’image d’un monde où les singularités s’effacent au profit de l’uniformité…

Pas de répit

Le dernier aspect qui nous intéressera est certainement le plus cruel : l’absence d’échappatoire. C’est que tout, dans le tennis – le système de pointage, la solitude et le fardeau physique et mental du joueur – crée des conditions hostiles qu’on ne trouve dans nul autre sport.

Premièrement, le système de pointage ne permet pas à un joueur de se reposer sur ses lauriers, même pas un instant : pas de temps à écouler, plutôt un score final à atteindre. Le plus grand piège, pour un joueur, est de tenir la victoire pour acquise. Combien de fois a-t-on vu des avances plus que confortables renversées par des joueurs tenaces profitant d’adversaires trop sûrs. Pour cette raison, un match peut tout aussi bien durer une heure et demie ou six heures.

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À cela s’ajoute la profonde solitude du joueur. Il n’a ni équipe pour prendre le relai en temps de difficulté. Même son entraîneur, malgré quelques changements récents dans les règlements, ne peut pas lui offrir de secret ou le guider complètement. Le tennis a toujours été pensé comme une bataille solitaire, où les solutions sont à trouver, seul. Et que faire lorsqu’on joue à la fois contre un adversaire et sa propre conscience ?

Et bien sûr, l’indifférence du score : une double faute, une balle dans le filet, un as ou un échange de trente coups valent tous… un point. Le tableau est catégorique. Il ne distingue pas le sublime du banal. Assez évident en théorie, mais de quoi donner le vertige en plein match. Tout est toujours à recommencer.

Et pourtant, malgré le temps qui se prolonge à l’infini, les crampes, la fatigue et la chaleur, la solitude omniprésente, il y a certains joueurs qui trouvent les ressources physiques et mentales pour persévérer, qui savent bloquer les cris ou huées de la foule, ou au contraire, s’en nourrir, et qui, bien au-delà de ce que la simple victoire exige, contribuent aux moments les plus cruciaux de l’élégance et du génie. C’est peut-être là, la plus grande poésie du tennis : le jeu ne récompense que les points, mais les joueurs choisissent parfois d’y ajouter la grâce.

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Brutes bulgares

Personne ne part en vacances à Svilengrad. C’est pourtant dans cette ville bulgare, dans les confins oubliés de l’Europe, livrée aux trafiquants et aux souvenirs, que Valeska Grisebach a choisi de poser sa caméra. Une décision qui donne naissance à un film magnifique, tendu et profondément humain.


Valeska Grisebach, la cinéaste des territoires et des êtres

En trois longs métrages seulement, Valeska Grisebach s’est imposée comme l’une des nouvelles voix du cinéma allemand contemporain. Après Mein Stern (2001), chronique d’un premier amour d’une justesse bouleversante, puis le magnifique Western (2017), l’un des plus grands westerns européens de ces dernières années, elle poursuit avec L’Aventure rêvée cette exploration des territoires frontaliers, où les paysages disent autant que les personnages et où les silences résonnent plus fort que les discours.

Son cinéma refuse le spectaculaire. Il préfère l’observation patiente, les visages, les hésitations, les regards. Cette apparente simplicité cache une immense maîtrise de la mise en scène et une profonde intelligence des rapports humains.

Aux confins de la Bulgarie, de la Turquie et de la Grèce

Personne n’aurait l’idée de passer ses vacances à Svilengrad. Peu de Bulgares eux-mêmes connaissent réellement cette ville oubliée, à l’extrême sud-est du pays, là où se rejoignent les frontières bulgare, turque et grecque. Carrefour de tous les trafics, royaume des contrebandiers, des mafieux, des voleurs de carburant et des petits malfrats de toutes sortes, cette région semble avoir été abandonnée par l’Histoire autant que par l’Europe.

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C’est pourtant là que Valeska Grisebach choisit de situer son récit. Un choix profondément politique, sans jamais être démonstratif. Cette frontière devient le personnage principal du film, un espace où subsistent les fantômes du communisme, les désillusions de la démocratie et les nouvelles lois d’un capitalisme sauvage.

Deux êtres hantés par leur passé

L’intrigue paraît presque secondaire. Said, un homme mystérieux dont les activités flirtent avec l’illégalité, revient dans cette région qu’il a connue autrefois. Veska dirige un chantier de fouilles archéologiques. Ils partagent un passé commun, longtemps enfoui, comme les vestiges que l’on extrait lentement de la terre.

Entre eux, les mots comptent autant que les silences. Rien n’est expliqué frontalement. Tout se construit au fil des conversations, des retrouvailles, des gestes retenus. Cette liberté narrative est la grande force du film. Grisebach refuse les effets de scénario pour laisser peu à peu surgir les blessures intimes, les regrets et les ambiguïtés morales. Ses personnages ne sont jamais exemplaires. Ils avancent pourtant avec une dignité bouleversante, cherchant simplement une manière de continuer à vivre dans un monde qui semble avoir perdu ses repères.

Une tension permanente

Sous son apparente douceur, L’Aventure rêvée est un film d’une tension dramatique remarquable. Autour des deux protagonistes gravitent des figures inquiétantes : Illya et sa bande de mafieux, le Corbeau, son principal ennemi, trafiquants de gazole, voleurs, intermédiaires douteux, prédateurs de toutes sortes. La violence n’explose pas constamment ; elle imprègne chaque plan, chaque rencontre, chaque conversation. On sent qu’un simple regard peut faire basculer une situation.

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Cette menace diffuse donne au film une puissance rare. Grisebach ne filme jamais l’action pour elle-même. Elle filme ce qui précède la violence, ce climat de méfiance, cette peur silencieuse qui empoisonne les relations humaines.

La brutalité des hommes, le courage de Veska

Cette violence n’est pas seulement sociale ; elle est aussi profondément masculine. Illya, véritable caïd local, ainsi que le Corbeau incarnent un univers où la brutalité tient lieu de langage. Rudes, sans scrupules, ils vivent de trafics, d’intimidations et d’expédients. Ils profitent des femmes avec le même cynisme qu’ils organisent leurs affaires. Leur virilité s’exprime dans le rapport de force, la peur qu’ils inspirent et l’humiliation qu’ils infligent.

Said lui-même n’est pas exempt de cette part d’ombre. Son retour dans cette région ravive un passé dont il porte encore le poids : celui d’avoir participé, dans sa jeunesse, à l’élimination d’un jeune homme. Chez Valeska Grisebach, personne n’est entièrement innocent. Tous les personnages avancent avec leurs fautes, leurs remords et leurs blessures. La cinéaste ne les juge jamais ; elle les regarde avec une justesse et une lucidité profondément humaines. Face à cette brutalité omniprésente se dresse Veska. Sous son apparente douceur se cache une femme d’une force de caractère exceptionnelle. Courageuse, déterminée, aussi dure que les hommes lorsqu’il le faut, elle refuse obstinément de se laisser dominer.

L’une des plus belles scènes du film est celle de cette fête où la musique, l’alcool et une tension sexuelle palpable font monter peu à peu le danger. Dans un dialogue d’une intensité extraordinaire, Veska remet Illya à sa place avec une autorité tranquille. Sans éclat de voix, mais avec une fermeté implacable, elle lui rappelle qu’elle connaît parfaitement ce monde, ses violences, ses mensonges et sa lâcheté. Cette séquence résume admirablement le cinéma de Grisebach : une mise en scène qui fait naître une tension presque insoutenable sans recourir au spectaculaire, uniquement par la précision des dialogues, le poids des regards et la présence des corps.

Une mise en scène d’une souveraine élégance

La réussite du film tient largement à sa mise en scène, d’une discrétion exemplaire. Aucun effet inutile. Aucun lyrisme forcé. Chaque plan semble attendre que les personnages y trouvent naturellement leur place. Le récit épouse le rythme de cette région oubliée, où le temps paraît suspendu. Plus le film avance, plus son apparente lenteur révèle sa nécessité. Sa durée, loin d’être excessive, devient celle qui est indispensable à l’installation d’une atmosphère d’une richesse exceptionnelle.

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Grisebach observe avec une infinie délicatesse les habitants, les paysages et les gestes du quotidien. Elle transforme cette petite ville miséreuse en un véritable théâtre du monde. Les interprètes, non professionnels, apportent une vérité saisissante à leurs personnages. Leur manière d’habiter les lieux, de parler, de se taire surtout, confère au film une authenticité bouleversante. Rien ne semble joué ; tout paraît vécu. Cette direction d’acteurs, d’une remarquable précision, participe pleinement à la puissance émotionnelle du film.

Une radiographie d’une Europe oubliée

L’Aventure rêvée dépasse largement son récit. Il devient une radiographie d’une Europe périphérique que le cinéma montre rarement. Entre les vestiges du bloc soviétique, les illusions perdues de la transition démocratique et la loi des réseaux mafieux, Grisebach dessine le portrait d’un territoire abandonné où chacun tente de préserver un reste d’humanité.

Jamais démonstratif, jamais misérabiliste, le film regarde ces hommes et ces femmes avec une profonde compassion, sans les idéaliser. Il révèle les contradictions d’un monde où les frontières géographiques sont devenues aussi des frontières morales.

Un grand film européen

Avec L’Aventure rêvée, Valeska Grisebach confirme qu’elle est l’une des grandes cinéastes européennes d’aujourd’hui. Son cinéma de la retenue atteint ici une forme de plénitude. À partir d’une intrigue minimaliste, elle compose un film d’une richesse humaine, politique et sensible exceptionnelle.

Rarement un film aura su faire naître une telle tension dramatique sans jamais céder aux facilités du thriller, tout en offrant une méditation bouleversante sur la mémoire, le déracinement et les blessures invisibles de l’Europe contemporaine.


Titre original : Das geträumte Abenteuer
Durée : 2 h 47

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July 31, 2026

Le cardinal Farrell espère que les JMJ de Séoul seront «une véritable expérience de foi»

Le préfet du dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie invite à mettre à profit les outils disponibles pour la préparation spirituelle du pèlerinage des jeunes en Corée où se tiendront, dans un an, les prochaines Journées mondiales de la jeunesse. Le 3 août prochain sera lancé l’hymne officiel des JMJ et une campagne de plantation d’arbres visant à limiter l’impact environnemental lié à l’événement. Près de 400 bénévoles sont mobilisés.

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