Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

June 20, 2026

Le Pape rend hommage à Sainte Françoise Cabrini, "sainte patronne des migrants"

Léon XIV s'est rendu dans la petite ville de San'tAngelo Lodigiano, pour la dernière étape de sa visite pastorale ce samedi en Lombardie, dans la ville natale de la fondatrice des Sœurs Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, et morte à Chicago en 1917. Le Pape a salué le charisme de cette «admirable missionnaire de l’Amour» au service des plus vulnérables.

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Léon XIV à Pavie: «Le centre, c’est le Christ»

«Nous devons apprendre à être des communautés chrétiennes centrées sur l’essentiel», a affirmé le Pape ce samedi 20 juin, dans son homélie lors de la liturgie de la Parole en la basilique Saint-Pierre-au-Ciel-d’Or, à Pavie. Dans cette ville lombarde marquée par la mémoire de saint Augustin, le Souverain pontife a aussi invité les fidèles, les prêtres et les responsables de l’Église à se recentrer sur le Christ afin de répondre aux défis de la sécularisation et de la transmission de la foi.

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«La ville est un don et une mission » lance Léon XIV devant les habitants de Pavie

Au cours de sa visite pastorale à Pavie, samedi 20 juin après-midi, le Pape s’est adressé à tous les habitants depuis la place Vittoria, dans le centre-ville historique. Il a salué la beauté de la ville et la richesse de sa culture, soulignant que la perpétuation de l'héritage du passé est une responsabilité à porter aujourd'hui. Léon XIV a exhorté les citoyens à être des acteurs de la solidarité et à avoir le souci des autres pour œuvrer au bien commun au sein de la cité.

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Le Pape entame sa visite pastorale à Pavie et à Sant’Angelo Lodigiano

Le Pape est arrivé en début d'après-midi en hélicoptère à Pavie, petite ville située au sud de Milan. Il y rencontrera le personnel et les patients du Centre national d’hadronthérapie oncologique avant de se rendre dans la basilique Saint-Pierre-au-Ciel-d’Or pour rencontrer les différentes communautés ecclésiales du diocèse. Dans cette commune de la province de Lodi, il vénérera les reliques de sainte Françoise Cabrini avant de rentrer dans la soirée au Vatican.

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Aux fourneaux de la mamma

S’il y a une table qui fait vivre l’amitié franco-italienne, c’est celle du Cherche Midi. L’établissement familial, fondé en 1978, est une véritable ambassade transalpine. Le vrai travail diplomatique s’y fait joyeusement et simplement, à coups de bonnes pasta et d’excellent Marsala.


Les physiciens quantiques continuent à se demander s’il n’existerait pas au cœur de la matière une particule qui, en se dématérialisant en lumière, aurait aussi la faculté de se promener dans l’espace-temps en empruntant un chemin encore inconnu de nous. Quand on va au Cherche Midi, on a la sensation d’être cette hypothétique particule : on est ici et ailleurs, à Paris et à Rome, en 2026 et en 1978 – année qui vit la naissance de ce bistrot familial fondé par le marchand d’art Donatello Di Meo (« Nello » pour les intimes) dont la galerie était alors située à deux pas, rue des Beaux-Arts.

Le chef Matteo Picano. © Hannah Assouline

Né à Cassino, entre Rome et Naples, Nello avait été élevé avec ses sept frères et sœurs par une mère passionnée de cuisine qui avait le génie d’inventer chaque jour des plats différents pour émerveiller ses enfants. En 1978, donc, Nello crée au 22, rue du Cherche-Midi, un petit restaurant de 40 couverts auquel il insuffle l’âme d’une cantine de quartier où le chianti est servi en carafe, autour de produits du terroir d’exception sélectionnés par ses soins : jambon de Parme rose et fondant de trente mois tranché à la minute, mortadelle de Bologne aux pistaches, lard blanc de Colonnata affiné sur du marbre de Carrare, huile d’olive de Sicile bien fruitée aux reflets d’or, vinaigre balsamique de Modène élevé dans des petits fûts de genévrier gardés par des troupeaux d’oies, sans oublier l’authentique mozzarella di buffala, tendre et crémeuse comme un téton de Lollobrigida, que Nello est le premier à faire découvrir aux Parisiens et que, quarante-huit ans après, le chef de l’Arpège Alain Passard vient toujours chercher ici chaque semaine (faute d’en avoir trouvé une meilleure ailleurs)…

La création de cette trattoria tout droit sortie de la Dolce Vita correspond en fait à un moment charnière de notre histoire culturelle. 1978 est le début de la fin de l’âge d’or du cinéma italien, commencé vingt ans plus tôt. Populaire, réaliste, impertinent, sensuel et contemporain, ce cinéma avait dès son apparition subjugué les Français par sa liberté, son audace, sa crudité et sa capacité à traiter les problèmes sociaux et politiques avec une acuité incomparable. Jean-Claude Carrière raconte ainsi que, dans les années 1960-70, tout le gotha intellectuel du cinéma français n’hésitait pas à aller à Rome le temps d’une journée juste pour déjeuner avec De Sica, Fellini, Visconti, Antonioni, Bolognini, Lattuada, Risi, Rosi, Comencini, Zurlini, Pasolini, Scola, etc. « C’était de l’amour entre nous. »

© Hannah Assouline

Quand ce cinéma est mort en 1980, ses admirateurs français se sont retrouvés orphelins. Pour se consoler, ils se sont rabattus sur les trésors de la cuisine italienne, une cuisine du quotidien, simple, qui avait gardé ses racines paysannes.

Savoureux

Alors, vous me direz : les pâtes, ça n’est quand même pas sorcier ! Eh bien si, ça l’est. La preuve : les Italiens se moquent de nous parce que nous ne savons pas les cuire al dente ! Surtout, quand on déguste ici les raviolis farcis à la ricotta fraîche, au citron, à la truffe d’été et à l’artichaut du chef Matteo Picano (originaire de la même ville que son oncle Nello), on se demande où se trouve la frontière entre la cuisine familiale de la mamma et la haute gastronomie. « La signature du restaurant, explique Matteo, ce sont les pâtes fraîches. Nous les fabriquons à la main tous les jours dans des moules en bronze à partir de semoule de blé ancien du sud de l’Italie. L’avantage est qu’elles cuisent plus vite, ont plus de goût et plus de mâche. »

Le Cherche Midi a été racheté l’an dernier, le 1er mai 2025, par Benoît Duval-Arnould, patron du Bon Georges dans le 9e arrondissement. « J’ai passé un coup de peinture sur les murs pour rafraîchir, fixé quelques affiches anciennes à la place des tableaux, mais à part ça, tout est comme avant ! On ne touche pas à une telle institution ! »

Amoureux de la dive bouteille, Benoît a quand même sérieusement développé la carte des vins en maintenant un accès très démocratique aux meilleurs crus d’Italie : 8,50 le verre, 26 euros la carafe, 39 euros la bouteille… Apolline, jeune et jolie sommelière de 29 ans, aussi croquante qu’une groseille, ne tarit pas d’éloges sur le vignoble italien : « À part quelques noms célèbres (lambrusco, chianti, barollo, valpolicella), les Français ignorent toujours ce vignoble tellement varié qui s’étend du Piémont à la Sicile. Celle-ci me fascine par son terroir volcanique qui donne des blancs et des rouges tendus et raffinés. Par exemple, pour aller avec les linguine aux palourdes du chef, le blanc de Sicile est sensuel et tranchant ! »

Tagliatelles al pomodoro et basilic : Rome à Paris, dans une assiette. © Hannah Assouline

L’autre plat phare du restaurant depuis 1978 est le vitello tonnato, une spécialité turinoise délicieuse que le chef réussit à la perfection. Il s’agit de veau cuit à basse température, assaisonné, tranché finement et servi froid ou tiède avec une mayonnaise maison aux câpres et au thon. Un régal avec un verre de nebbiolo du Piémont, à la belle couleur grenat aux reflets orangés.

Pour terminer le repas en beauté, impossible de passer à côté du tiramisu au café qui a été préparé la veille au soir. À savourer avec un verre de marsala : ce somptueux vin de Sicile totalement oublié (dont le nom d’origine arabe « Marsah Allah » signifie « Port de Dieu ») était le préféré de l’amiral Nelson ! Muté à l’eau de vie (comme le Porto), ce nectar développe en vieillissant des notes de miel, d’amande, de vanille et de café au diapason du tiramisu.

Dernière chose, ce restaurant est aussi le dernier à avoir conservé sa propre lingère, Sonia, qui lave et repasse chaque jour à l’étage les nappes roses d’origine…

© Hannah Assouline

En sirotant à petites gorgées le café torréfié par Andrea Trinci à Pise, on se prend à rêver : Français et Italiens sont faits pour s’entendre, ce sont eux, en réalité, qui auraient dû « faire » l’Europe. Peut-être n’est-il pas trop tard ?

Le Cherche Midi. 22, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris, tél. : 01 45 48 27 44. Ouvert 7j/7, 25 euros le plat de raviolis, 28 euros le vitello tonnato, 14 euros le tiramisu.

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L’Allahicité, nouvelle religion républicaine!

Pour défendre le voile islamique, les islamo-gauchistes passent leur temps à dénoncer la laïcité, présentée à tort comme une «religion» républicaine. Mais, à Ivry-sur-Seine, un élu nationaliste a ingénieusement démontré qu’un petit grain de sable peut suffire à enrayer la machine séparatiste infernale. Pris au piège, les élus et la presse progressiste prétendent avoir eu affaire à un intégriste catho…


La Nouvelle France fait parler d’elle et arbore désormais ses nouveaux atours jusque dans les conseils municipaux, ces lieux où l’on débattait autrefois de la gestion quotidienne de la cité mais où viennent aujourd’hui se révéler, derrière les discussions administratives les plus ordinaires, les grandes fractures idéologiques et civilisationnelles de notre époque.

Voile à l’étalage

Ainsi, à Ivry-sur-Seine, ancienne terre du communisme municipal où les drapeaux rouges racontaient jadis l’histoire des ouvriers, des métallos, des mineurs et de cette classe populaire que la gauche prétendait incarner, un simple débat sur la laïcité aura suffi à dévoiler les contradictions d’une famille politique qui semble avoir progressivement troqué le bleu de travail du prolétaire contre le hijab et le djilbab des racisées, entre une rupture de jeun du ramadan et une inauguration de mosquée.

Le voile à l’étalage remplit désormais de fierté Monsieur le maire, qui voit dans ces marqueurs religieux ostensibles non plus une interrogation sur la place du sacré dans l’espace politique, mais l’expression lumineuse de cette fameuse diversité devenue l’un des nouveaux catéchismes obligatoires de notre époque, une diversité homogénéisée dans un islam rigoriste digne d’une pétromonarchie !

Une diversité célébrée, proclamée, sanctifiée, répétée dans chaque discours officiel avec cette ferveur étrange que l’on retrouve souvent chez ceux qui pensent avoir définitivement remplacé les anciennes croyances par de nouveaux dogmes.

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Un élu d’opposition proposa pourtant une chose simple : inscrire dans le règlement intérieur du conseil municipal l’interdiction des signes religieux ostensibles pendant les séances, au nom d’une conception stricte de la laïcité qui considère qu’une assemblée représentant l’ensemble des citoyens devrait conserver une certaine neutralité symbolique.

Le débat aurait pu être passionnant, car il existe effectivement une véritable discussion juridique et philosophique sur la question : un élu n’est pas un fonctionnaire, il tient sa légitimité du suffrage et certains considèrent qu’il conserve donc le droit d’afficher ses convictions personnelles. Mais encore faudrait-il qu’un principe soit capable de survivre à cette épreuve terrible que l’on appelle l’universalité. Lorsque Monsieur le maire expliqua qu’il n’était pas question, dans ce cas précis, d’appliquer cette conception de la laïcité dans l’enceinte du conseil municipal, considérant qu’il fallait au contraire défendre cette diversité érigée en valeur supérieure, la scène avait déjà basculé avant même que le moindre crucifix n’apparaisse.

Un magasin de porcelaine

L’élu d’opposition fit alors quelque chose d’absolument impardonnable dans une époque où les grands principes ressemblent parfois à ces magnifiques porcelaines familiales que l’on expose derrière une vitrine mais que personne n’ose plus toucher de peur de découvrir qu’elles sont fissurées : il décida simplement de prendre Monsieur le maire au mot.

Puisque le religieux visible était devenu une composante de cette fameuse diversité, puisque l’expression d’une conviction spirituelle dans l’enceinte du conseil municipal ne devait plus être regardée comme une entorse à l’idéal laïque mais comme une richesse supplémentaire offerte au grand bouquet républicain, au très bon « vivre ensemble », il poussa cette logique jusqu’à son terme, jusqu’à cette frontière merveilleuse où les grandes déclarations viennent parfois se fracasser contre leurs propres contradictions.

Il sortit donc un crucifix et récita un « Je vous salue Marie ».

Et c’est précisément à cet instant que cette scène prit une dimension presque moliéresque, car Monsieur le maire, qui venait de défendre la visibilité du religieux comme une expression naturelle de la diversité, ne sembla pas accueillir cette nouvelle contribution spirituelle au grand banquet multiculturel avec le même enthousiasme.

La petite croix provoqua une réaction spectaculaire.

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Monsieur le maire vit rouge, dans une colère telle qu’on aurait presque pu craindre que ce modeste crucifix provoque chez lui une crise d’apoplexie républicaine, parlant de « crime politique » et voulant expulser celui qui venait pourtant moins de combattre son raisonnement que de l’appliquer jusqu’à l’absurde.

Car le crucifix n’était pas apparu au milieu d’un débat sur les travaux de voirie ou la rénovation d’une école comme l’illumination mystique d’un élu soudainement décidé à transformer le conseil municipal en chapelle improvisée.

Il était une réponse. Un miroir tendu à un raisonnement. Et le reflet sembla manifestement difficile à supporter. La nouvelle règle venait d’apparaître dans toute sa splendeur : le voile à l’étalage, oui ; le crucifix à l’abordage, non.

Réalité parallèle

Mais cette pièce de théâtre politique ne pouvait évidemment pas s’arrêter dans la salle du conseil municipal, car notre époque possède désormais une deuxième chambre d’enregistrement où les événements ne sont plus seulement racontés, mais découpés, remontés et parfois reconstruits jusqu’à fabriquer une réalité parallèle dans laquelle la conséquence devient la cause et où celui qui révèle une contradiction devient soudain celui qui l’a créée.

On vit alors circuler sur les réseaux sociaux, relayés parfois sans la moindre contextualisation, ces extraits soigneusement amputés où l’élu d’opposition apparaissait soudainement avec son crucifix récitant un « Je vous salue Marie », comme si cette scène avait jailli de nulle part, comme si un conseiller municipal frappé d’une soudaine ferveur mystique avait décidé entre deux délibérations de convertir l’hôtel de ville.

Le RN Kévin Nader brandit une croix, le maire d’extrème gauche Philippe Bouyssou dénonce un « crime politique ». Ivry sur Seine, le 11 juin 2026. Captures / Images retouchées avec Open AI.

Mais il manquait évidemment l’essentiel : tout ce qui précédait.

Il manquait le débat sur la laïcité, il manquait la défense du voile au nom de la diversité, il manquait la logique qui avait conduit à cette démonstration par l’absurde.

Car retirer le contexte n’est jamais innocent. C’est parfois la manière la plus efficace de mentir tout en montrant des images vraies. C’est arracher une page au milieu d’un roman, la présenter seule au public, puis accuser l’auteur d’avoir écrit une histoire qui n’a aucun sens.

Mais cette scène d’Ivry raconte peut-être quelque chose de beaucoup plus profond qu’une simple querelle municipale, car elle s’inscrit dans une histoire idéologique commencée bien avant les débats actuels sur la laïcité.

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Lorsque le prolétaire européen, ce héros annoncé de la révolution mondiale, refusa obstinément de jouer le rôle que certains intellectuels avaient écrit pour lui, lorsqu’il préféra améliorer son existence plutôt que renverser la civilisation dans laquelle il vivait, une partie de la gauche révolutionnaire partit chercher ailleurs son nouveau sujet historique.

Dans les années 60 et 70, cette quête prit la forme du tiers-mondisme révolutionnaire, de la fascination pour les mouvements venus du Sud perçus comme des forces capables de combattre l’Occident bourgeois, libéral et héritier du judéo-christianisme. Avec le temps, les références changèrent, les anciens slogans furent remplacés par le vocabulaire contemporain de la convergence des luttes, de l’intersectionnalité et du décolonialisme, mais une tentation demeura : chercher dans ce qui s’oppose à l’Occident une énergie révolutionnaire que le prolétariat européen n’avait jamais fournie.

C’est ainsi que l’Histoire, avec son sens incomparable de la farce, nous offre aujourd’hui le spectacle de certains héritiers de Marx, pour qui la religion était l’opium du peuple, regardant certains marqueurs religieux non plus comme une aliénation mais comme des instruments possibles d’une contestation civilisationnelle.

Lorsque la République réalise des miracles, lorsque le communisme orphelin de ses ouvriers, de ses usines et de ses corons part chercher ailleurs le peuple révolutionnaire qui lui a échappé, il finit par accomplir cette étrange transmutation idéologique : remplacer le prolétariat par le prophétariat. Au fond, ce soir-là à Ivry, l’élu d’opposition n’a peut-être pas seulement sorti une croix. Il a sorti un miroir. Et il existe une chose que les idéologies supportent encore moins que leurs adversaires : contempler leur propre reflet.

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Des roses, du réséda et beaucoup d’amour: Aragon revit au Poche

Décidément, le Théâtre de Poche a l’art de créer des couples de charme. Et qui tiennent l’affiche ! Ainsi de Judith Magre et Éric Naulleau dans leur évocation d’Aragon. Ce n’est pas étonnant, dira-t-on, la poésie et l’amour, ça va ensemble. C’est vrai. Encore faut-il les incarner. Elle : le cou de soie rouge, son légendaire sourire, ses yeux en hirondelles. Lui, foulard autour du cou, donné par la fée du logis, les mains qui vont des pages imprimées aux épaules de Judith. Au diable l’IA dont on nous rebat les oreilles ! Vive Louis, André, Isidore, Nancy, Elsa et les autres qui sont de chair et d’os ! Vive les alexandrins de souche ! Écoutons-les nous parler d’un temps pas si loin et de nous-mêmes !

Aragon, dites-vous ? Le stalinien ? L’amoureux fantasmé d’Elsa ? L’homosexuel ? Le dandy habillé par Cardin ? Oublions, sans l’occulter, ce que l’on ne sait que trop : l’auteur de l’affreux Guépéou et le dandy sénile, et écoutons plutôt, à travers les textes, connus et moins connus, une vie d’homme et de poète particulièrement féconde et complexe qui s’inscrit dans une tradition très française de l’Histoire — quand la poésie jouait pleinement un rôle actif.

Judith Magre, on l’avait entendue dans Baudelaire et Apollinaire. On en avait redemandé : nous sommes servis. L’actrice célèbre, qui va franchir allègrement la barre d’un siècle, est inséparable de Montparnasse où Louis rencontre Elsa. Du Poche, également, elle en est, depuis le début, une fidèle entre les fidèles. En témoigne une amitié partagée avec Philippe Tesson dont Éric Naulleau lui-même fut le témoin. Elle a connu également Aragon. N’a-t-elle pas accompagné en Russie le poète qui, nous dit Éric, lui récita les vers célèbres d’Il n’y a pas d’amour heureux… ? (Sauf au Poche, a-t-on envie d’ajouter !)

Qu’aime-t-on tout particulièrement chez Judith Magre ? Sa voix grave et précise, sa façon brève de dire et d’enchaîner les vers. Les alexandrins sont dits avec solennité et sans afféterie, sans effets spéciaux, sans déclamation. Sans ces silences racoleurs qui retardent un mot ou une syllabe. Par exemple, les vers si célèbres du poème « Celui qui croyait au ciel / Et celui qui n’y croyait pas » sont dits à la suite, tout naturellement, comme chacun pourrait les « réciter » : à l’ancienne. Et cela, c’est délicieux.

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Plaisir, donc, d’entendre des alexandrins dans des morceaux d’anthologie. Plaisir des rapprochements faits d’une voix entendue par Naulleau, avec notre époque, en les actualisant mais sans excès. La révolte contre les bourgeois, le désespoir passent toujours et encore ! Vous vous souvenez ? « Je n’aime pas les gens qui crachent dans la soupe / Je n’aime pas les gens », c’est dans La Grande Gaîté. Ou dans Poème à crier dans les ruines : « Tous deux crachons tous deux / Sur ce que nous avons aimé… Crachons sur l’amour / Sur nos lits défaits / Et sur votre amour / Fût-il ton amour / Crachons tous les deux. » Dits sans aucun pathos ni grincement, sur un ton d’évidence, on n’en apprécie que plus : « Mon tendre amour, mon cher amour, ma déchirure. » Et puis « La valse des adieux » : cette fable ou ce poème, ce testament mélancolique « emprunté au temps des crinolines », est toujours aussi émouvant.

Car « l’amour, la poésie », c’est aussi celle de la France et de sa langue. Toujours vraie est la leçon d’histoire donnée par « La Rose et le Réséda » : l’appel à l’unité de la Résistance par-delà les clivages. Toujours vraie, la poésie du Crève-cœur et des Yeux d’Elsa, dont il faut faire nôtres les leçons de politique et de linguistique. Quant aux poèmes chantés par Léo Ferré, ils ne sont pas un simple fond sonore quand on sait combien la chanson sentimentale, épique ou populaire a tenu, dans la poésie d’Aragon, une place primordiale. Le grand poète qu’il fut manie l’alexandrin et le vers dit « libéré » avec une excellence particulière.

Judith Magre et Éric Naulleau sont unis, dès leur rencontre, par une amitié qui donne tout son prix à ce spectacle. Éric vante l’ardeur de Judith et le bonheur merveilleux de travailler ensemble. Ce qui se voit et s’entend à travers sa présence attentive, tendre et discrète. Alors, une fois encore, allez au Poche ! C’est tous les lundis à 19 heures. La dernière, c’est le 7 juillet. Et même, si j’étais vous, je leur apporterais, à tous deux, pour cette dernière, un bouquet de rose et de réséda. Ainsi le veut la tradition. Ils le valent bien !

1h10

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Ô vieillesse ennemie?

Sous le soleil implacable de Maspalomas, aux Canaries, Vicente perfectionne depuis vingt-cinq ans l’art de la retraite heureuse: cocktails, farniente, sexe et liberté. Mais voilà qu’un accident vient brutalement saboter son petit coin de paradis gay…


Chanceux, Vicente, Basque sexagénaire chenu mais le cheveu teint en jaune (teint en jeune ?), retraité bon vivant, fornique avec un cadet peu regardant sur ses bourrelets : fellation, sodomie, la totale  – spectateurs prudes, s’abstenir.  Ça se passe assez récemment, derrière les dunes de Maspalomas, épicentre de la branchitude LGTBIQ+ (comme on dit aujourd’hui), aire balnéaire naturiste au sud de la Grande Canarie.

Partouze gay

Avec la crudité réaliste propre à la nouvelle vague ibérique, Maspalomas, titre du film, nous transporte sans transition de la plage à la dark room d’une boîte à partouze gay où, cette fois, malchance, Vicente nous fait un AVC pile avant le coït, et réchappe de justesse à l’épectase : voilà le vieux gus en fauteuil roulant. Il a été rapatrié à Donostia (nom basque espagnol de Saint-Sébastien), et placé dans un EHPAD de dernière catégorie par Nerea, sa secourable fille de longtemps perdue de vue, ces circonstances ayant poussée celle-ci à renouer avec son géniteur. De fil en aiguille, on sera amené à piger que papa Vicente, homo au placard pendant vingt-cinq ans, marié en justes noces puis divorcé de sa femme, a tout plaqué pour passer vingt années supplémentaires avec un type dont il a fini par se séparer…  

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La vie en maison de retraite exige d’infinies qualités d’adaptation, auxquelles Vicente aura beaucoup de mal à se soumettre : supporter Xanti, le voisin de chambre, un macho sémillant avec qui se lier prendra le temps qu’il faut, sacrifier aux exercices de rééducation, supporter en autarcie la grégarité cacochyme, l’humiliation d’être lavé comme un nourrisson par tel aide-soignant bardé de piercings, gérontophile que Vicente identifie secrètement via son smartphone, draguant  sur un site de rencontres…

Vis ma vie d’homo en Espagne

Habilement, avec un accent mélodramatique jamais pesamment lacrymogène, le scénario retrace, à travers les fantômes du passé de Vicente, le parcours mêlé de refoulements et d’émancipation de toute une génération d’homosexuels outre-Pyrénées. L’intrigue se recharge intelligemment, tout au long, de regards acérés sur la réalité des rapports filiaux, la puissance de l’amitié (Vicente finira par adorer Xanti, et par se rabibocher avec son plus ancien ami), la sexualité des seniors…

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Ajoutons que les réalisateurs et scénaristes Aitor Arregi et José Mari Goenaga sont basques, et que les dialogues de Maspalomas alternent langue basque et idiome castillan, double ancrage pas anodin s’agissant de l’Espagne. L’épilogue du film nous conduira jusqu’au seuil du confinement décrété par le gouvernement espagnol, le coronavirus paralysant du jour au lendemain toute vie sociale sur l’ensemble du territoire. La métaphore fonctionne : « On aura passé vingt ans à se planquer dans les bars, et maintenant on se planque sur les applis de rencontre », constate assez finement une réplique, dans un film sciemment économe de bavardages.  

Plus ou moins rétabli de son AVC, c’est en solitaire que, retourné dans une Maspalomas au littoral désormais aussi désert que désertés ses anciens bars homos, Vicente, le cheveux gris et assumant les ravages de ses 76 ans, s’enfonce nu dans le ressac, sous le soleil. Il a juste salué un jeune promeneur solitaire, et lui a dit : « Je vous trouve très beau ».


Maspalomas. Film de Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga. Avec José Ramon Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Urang, Kepa Errasti, Zorion Eguilor Espagne, couleur, 2025. 1h55

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We need to talk about Jeremy

Semi-autobiographique, le film de Sophy Romvari, Blue Heron, est un drame qui retrace l’installation d’une famille d’immigrants hongrois sur l’île de Vancouver à la fin des années 1990 à travers les yeux de la jeune Sasha, confrontée aux troubles du comportement de son frère aîné… Un premier long métrage pas totalement réussi.


Famille recomposée, comme on dit, un couple d’origine hongroise s’est établi avec sa nombreuse marmaille dans une modeste maison, du côté de Vancouver. Nous sommes dans les années 1990 – ordinateurs ventrus, téléphones géants, pas d’internet. L’aîné, Jeremy, un blond, pâle et malingre adolescent, binoclard et mutique (issu d’un premier lit, semble-t-il, car les autres enfants, filles et garçons, ses demi-frères et sœurs, sont aussi bruns que leurs tuteurs) pose problème : il n’obéit à rien ni à personne, dessine de mystérieuses cartes topographiques, chaparde dans les magasins, pique de l’argent dans le foyer,  grimpe sur les toits en menaçant de sauter, n’en fait qu’à sa tête et paraît, surtout, inaccessible à toute empathie à l’égard des siens et de quiconque.

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Mauvaise conscience

Par touches, Blue Heron nous dévoilera de proche en proche l’ampleur des dégâts causés par l’oiseau rare depuis que ses troubles psychiques ravagent l’équilibre familial – les premiers signes de la maladie remontent à l’âge de ses quatre ans. Le beau-père, jeune barbu attentionné mais tout aussi dépassé par la situation que la mère du garçon, enregistre au camescope le quotidien de la tribu, forcée de déménager maintes fois à cause des voisins excédés : parcours du combattant, entre police, psy, assistants sociaux… Faut-il en venir à placer Jeremy en famille d’accueil, avec le risque majeur d’échec que comporte une telle option, et avec celui de d’assommer définitivement le moral des parents, minés par la mauvaise conscience à l’idée d’abandonner leur rejeton à son sort ? Famille décomposée

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Manifestement autobiographique, le film, premier long métrage d’une cinéaste canado-hongroise dont pas mal de courts ont circulé, paraît-il, dans les festivals, s’emploie à montrer que l’abstraction des discours experts n’aboutit jamais qu’à éluder le diagnostic : ainsi le mot autisme n’est-il jamais prononcé. Par un glissement temporel assez confus avouons-le sur le plan scénaristique, Blue Heron nous transporte bientôt dans le souvenir de Sasha, la petite sœur de Jeremy devenue adulte, et s’employant à reconstituer par bribes la mémoire de son enfance traumatisée par la mort prématurée de son frère…

Potemkine

Impuissants

Ce n’est pas qu’on s’ennuie vraiment, c’est même intéressant de constater l’impuissance de toutes les bonnes intentions face à l’énigme d’une santé psychique altérée et inguérissable. Mais, d’une part, le problème, dans le film, demeure systématiquement regardé du point de vue des comparses, c’est-à-dire hors de la conscience impénétrable de Jeremy, si bien que, pour formuler les choses trivialement, on tourne un peu autour du pot, à force. D’autre part, les personnages manquent cruellement d’incarnation. Quid du rapport affectif entre les deux parents ? Quid de leurs activités (professionnelles) ? De leurs propres relations à leur entourage ? L’étoffe dramaturgique aurait gagnée à se voir épaissie, et la haine sourde portée par Jeremy, à être envisagée autrement que par son seul, déconcertant, immuable spectacle.


Blue Heron. Film de Sophy Romvari. Canada/ Hongrie, couleur, 2025.
Durée: 1h31
En salles le 24 juin.

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June 19, 2026

Malgré la peur, l’Ordre de Malte livre de l’aide aux chrétiens du Sud-Liban

À l’aube ce jeudi 18 juin, un convoi de onze camions a quitté Beyrouth pour livrer 200 tonnes de fourrage aux éleveurs de Rmeich, Aïn Ebel et Debel, des localités libanaises à proximité de la frontière avec Israël. Un «périple» organisé mais effectué non sans crainte au regard du contexte géopolitique. «On met nos vies à risque, mais c'est notre façon de nous battre pour notre pays», nous confie Oumayma Farah, directrice du développement et de la communication de l'Ordre de Malte Liban.

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Nicolas Pouvreau-Monti: démographie de la Nouvelle France

La population d’origine immigrée n’a jamais été aussi nombreuse. Dans Immigration, mythes et réalités, Nicolas Pouvreau-Monti décortique une mutation qui, portée par la natalité subsaharienne et l’attractivité du droit d’asile, bouleverse des régions autrefois épargnées. Un défi sécuritaire, économique et politique majeur.


Causeur. La « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon a-t-elle une consistance démographique ? Désigne-t-elle purement et simplement la France des immigrés ?

Nicolas Pouvreau-Monti. C’est évidemment la trame de fond de cette expression, même si les Insoumis prétendent qu’elle ne désigne pas le seul phénomène migratoire, mais également les autres profondes transformations anthropologiques subies par la société française depuis les années 1960 du fait de la désindustrialisation, des changements dans la condition des femmes, de l’urbanisation et des nouveaux modèles familiaux. Reste que la totalité des nouveaux fiefs électoraux de LFI sont situés dans des villes à forte présence immigrée. Le cœur de la « Nouvelle France » de Mélenchon se trouve donc là.

Que pèse l’immigration à l’échelle du pays aujourd’hui ?

D’après les derniers chiffres connus, qui datent de 2025, la population d’origine immigrée constitue 23 % de la population française. Par « population d’origine immigrée », j’entends ici non seulement les immigrés en tant que tels, c’est-à-dire les personnes nées étrangères à l’étranger, mais aussi leurs enfants nés sur notre territoire.

Donc, pas leurs petits-enfants, même si certains se sentent moins français que leurs parents. Sur ces 23 %, quelle proportion vient du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne ?

La moitié, soit près de 8 millions d’habitants. C’est une frange de la population qui connaît une forte croissance, sous le double effet de l’accélération des flux migratoires en provenance d’Afrique du Nord et (plus encore) d’Afrique subsaharienne, comme de la natalité très élevée dans les familles issues de ces régions du monde, même après s’être établies sur notre sol. Au cours des vingt dernières années, le nombre d’immigrés d’origine d’Afrique subsaharienne a ainsi grimpé de 150 % en France, alors la population immigrée globale n’a augmenté que de 50 %, et la population totale de notre pays seulement de 9 %.

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On peut donc affirmer qu’il n’y a jamais eu autant d’immigrés en France ?

Absolument. Les statistiques de 2025 signalent un record historique, quel que soit l’indicateur retenu, et que l’on raisonne en termes de « stocks » ou de « flux ». Un chiffre résume ce constat : en vingt-cinq ans, le nombre annuel de titres de séjour accordés par la France a triplé.

Cette hausse n’a-t-elle pas commencé avant, à la fin de la présidence Giscard, quand le Conseil d’État a reconnu le droit au regroupement familial ?

Pas exactement. Dans les années 1970, et même 1980, la France était en réalité en phase transitoire. Les flux migratoires avaient diminué par rapport aux Trente Glorieuses. Cela dit, il est vrai que dès cette époque, le type d’immigration a commencé à changer, en devenant largement extra-européen et en se décorrélant des motifs économiques. Le décollage « quantitatif » que nous vivons aujourd’hui a commencé dans la seconde moitié des années 1990.

Mais la France n’a-t-elle pas toujours été une grande terre d’asile ?

Jamais à ce point. Aujourd’hui, 700 000 habitants en France sont des bénéficiaires du droit d’asile. Ce nombre a triplé en dix ans. Parmi eux, on recense par exemple 100 000 Afghans, comme l’a montré l’an dernier une note rédigée par Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) pour l’OID et la Fondapol. Alors qu’il n’y en avait que quelques milliers dans les années 2000.

Cet afflux inédit n’est-il pas dû à l’arrivée des talibans au pouvoir en 2021 ?

Non, car cette poussée migratoire a commencé dès 2015, quand Angela Merkel a annoncé que l’Allemagne accueillerait en nombre les réfugiés syriens. Beaucoup d’Afghans en ont alors profité pour se glisser immédiatement dans la voie migratoire ainsi ouverte. Et quand l’Allemagne et la Scandinavie ont décidé de restreindre leur politique d’accueil, la France est devenue une nouvelle destination de choix. Résultat, alors qu’en 2015, les Allemands recevaient six fois plus de demandes d’asile que nous (de toutes nationalités), nous en enregistrons désormais davantage qu’eux. Nous sommes devenus ce qu’on appelle un « pays de rebond », c’est-à-dire un pays vers lequel les demandeurs d’asile se tournent du fait des restrictions mises en œuvre dans d’autres États membres de l’Union européenne.

Pourquoi sommes-nous si attractifs ?

Parce que même si notre économie est en berne, nous sommes très généreux en matière de droits. Il faut savoir qu’il existe deux types de bénéficiaires du droit d’asile : les détenteurs du statut de « réfugié » et les bénéficiaires de la « protection subsidiaire ». En France, on donne un titre de séjour de dix ans dans le premier cas et de quatre ans dans le second. Alors que le droit de l’UE n’oblige qu’à respectivement trois ans et un an. Et puis, il y a tous les signes politiques que nous envoyons en permanence au reste du monde. Rien que l’an dernier, le contingent des personnes éligibles au droit d’asile en France a été élargi à toutes les femmes de Somalie, soit neuf millions de personnes, et à l’ensemble des Palestiniens de la bande de Gaza – qui pour le moment ne peuvent pas concrètement en profiter, puisque les frontières de l’enclave sont fermées aussi bien côté israélien qu’égyptien.

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Pendant ce temps, bon nombre de pays européens, comme le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède, deviennent plus sélectifs…

Je vous le confirme. On peut dire qu’à l’échelle du continent, un retournement de situation s’est opéré lors des élections européennes de 2024. Une nouvelle majorité a émergé à Strasbourg, formée par le PPE (dont LR est membre) et les différents groupes de droite souverainistes. Grâce à elle, le Parlement européen vient de voter la création d’un nouvel outil de politique migratoire, les « centres de retour en pays tiers », des lieux de rétention que tout État membre pourra installer dans un autre pays, extérieur à l’UE, afin d’y héberger des clandestins qu’on n’arrive pas à renvoyer dans leur pays d’origine, mais qu’on veut quand même éloigner du territoire où ils ont été arrêtés.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret ? 

L’Italie a ouvert un centre de ce type en Albanie, dont la portée a été limitée jusqu’à présent par le droit européen – qui devrait donc changer bientôt. Le Royaume-Uni et le Danemark l’ont envisagé avec le Rwanda. L’Ouganda et l’Ouzbékistan sont aussi souvent cités. Les motivations des pays d’accueil de ces centres peuvent être financières ou diplomatiques. Les centres de retour ne sont pas une solution miracle, loin s’en faut, et posent de vraies questions pratiques. Mais ils auront le mérite d’envoyer un signal, en considérant les migrants comme des individus rationnels : si vous visez la Suède, mais risquez de vous retrouver en Afrique centrale, vous réfléchirez sérieusement à un tel pari.

La France va-t-elle ouvrir de tels centres ?

Sans doute pas tant qu’Emmanuel Macron sera président. En revanche, dans le reste de l’Europe, mais aussi dans la technostructure bruxelloise, les choses avancent. L’Union va aussi créer un « ordre de retour européen », une sorte d’OQTF valable dans toute l’UE, et va mettre à la disposition des États membres un éventail de mesures de rétorsion permettant de se faire respecter par les pays africains qui ne reprennent pas leurs clandestins : baisse du nombre de visas octroyés, réduction des aides au développement et suspension des accords commerciaux.

Revenons à la « Nouvelle France ». On apprend dans votre livre que l’ouest de notre pays est en train de devenir une nouvelle terre d’immigration…

Absolument. La Bretagne, les Pays de la Loire et la Normandie, qui sont restés longtemps à l’écart des grands courants d’immigration, vivent une séquence de rattrapage, si l’on ose dire. L’exemple type, c’est Nantes. Il y a vingt ans, la ville des ducs de Bretagne accueillait une proportion d’immigrés inférieure à la moyenne nationale. Mais cette proportion ayant depuis lors doublé, Nantes se situe à présent au-dessus de la moyenne. Avec principalement des immigrés d’Afrique subsaharienne, conformément à la dynamique récente dans tout l’Hexagone.

Pourquoi tant d’Africains sont-ils venus à Nantes et dans l’Ouest ?

Essentiellement pour trois raisons. D’abord, l’ouverture de dizaines de milliers de places d’hébergement pour les demandeurs d’asile dans l’ouest de la France, sur ordre de Paris, qui estimait que la zone ouest était moins saturée que d’autres. Ensuite, la loi SRU votée sous Lionel Jospin, qui a obligé les villes à créer des HLM. Enfin, il y a la volonté de la municipalité. Comme Rennes et Rouen, Nantes appartient à l’Anvita, l’Association nationale des villes et territoires accueillants, présidée par l’eurodéputé LFI Damien Carême, qui milite pour un accueil inconditionnel de l’immigration.

Évacuation de migrants à Saint-Herblain, près de Nantes, octobre 2019. Longtemps resté à l’écart des grands flux migratoires, l’Ouest français connaît désormais une spectaculaire phase de « rattrapage ». © SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA

On connaît la folie idéologique et ses arrière-pensées électoralistes. Cependant, alors que le rapport entre actifs et inactifs évolue dangereusement, n’avons-nous pas besoin d’une immigration contrôlée ?

C’est ce que dit Édouard Philippe pour l’instant. Mais ce discours est déconnecté de la réalité. Ne serait-ce que parce que notre droit, constitutionnel comme européen, nous interdit de faire venir des travailleurs immigrés en excluant leurs familles. Autrement dit, en l’état actuel de nos lois fondamentales, toute politique d’immigration économique comporte nécessairement un volet d’immigration familiale. Plus fondamentalement : on ne peut pas dire que nous ayons un manque de main-d’œuvre disponible en France, où près de 4,5 millions de personnes sont soit au chômage, soit dans le halo direct du chômage.

Peut-être, mais on manque de bras dans les Ehpad, sur les chantiers ou dans les emplois de gardiennage.

Certes. 40 % des employés de maison sont immigrés, par exemple. Mais cela s’explique par le choix des patrons de ces secteurs de mal payer leurs salariés, sans mauvaise conscience puisque notre système social compense les bas salaires. Au bout du compte, par le jeu des prélèvements obligatoires, les travailleurs immigrés non qualifiés, qui profitent davantage que la moyenne du système social en raison de leurs revenus, coûtent à l’économie au moins aussi cher que les natifs qui auraient une meilleure fiche de paie. Si l’on repensait nos modalités d’accompagnement de l’inactivité, qui sont sans doute trop confortables sur le long terme, on verrait que nous n’avons pas tant besoin d’immigration économique, surtout à l’heure où les métiers répétitifs et peu qualifiés ont vocation à être automatisés. Prenons exemple sur la Chine : si elle connaît un hiver démographique beaucoup plus prononcé que le nôtre, elle robotise son économie à fond et ne fait pas venir de travailleurs étrangers !

C’est amusant que vous citiez la Chine en exemple. Vous draguez le lecteur progressiste ?

Les progressistes n’ont pas besoin de moi pour penser qu’il faut faire baisser la pression migratoire en France. D’après les balises d’opinion de l’IFOP, 40 % des électeurs écologistes déclarent que l’accueil d’immigrés supplémentaires n’est pas souhaitable.

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Pourquoi les appareils des partis de gauche restent-ils de hauts lieux de l’immigrationnisme béat, si leurs électeurs ont évolué ?

Les formations de la gauche française sont prisonnières de leur sociologie militante. Voyez ce qui est arrivé à Manuel Valls ou à François Ruffin, qui disent des choses très vraies sur l’immigration : leurs camarades les ont répudiés. Rappelez-vous aussi François Bayrou, qui a failli perdre le soutien du PS quand il a parlé de « submersion migratoire ». Deux jours après, un sondage Elabe relevait que 43 % des électeurs socialistes partageaient ce constat.

Autant dire que la submersion risque de continuer, non ?

Il est probable que la pression va s’accentuer. La seule région du monde qui restera dans les prochaines décennies au-dessus du seuil de renouvellement des générations se trouve être l’Afrique subsaharienne. En Tunisie ou au Maroc, l’indice de fécondité est déjà passé sous les deux enfants par femme. Tel n’est pas le cas du Tchad, de la Somalie, de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine, du Niger ou du Mali, les six pays où l’indice de fécondité est le plus élevé au monde (avec six enfants par femme en moyenne), dont cinq sont francophones. Notre pays accueillant la diaspora africaine la plus nombreuse d’Europe, nous allons être concernés au premier chef. Reste à connaître notre réponse politique.

On peut objecter qu’ « il n’est de richesses que d’hommes », pour citer Jean Bodin.

Je préfère citer pour ma part l’universitaire américain Garett Jones, dont les travaux montrent que les immigrés importent les habitudes économiques de leurs pays d’origine, souvent au détriment de la croissance du pays d’accueil. Or beaucoup d’États africains ont un indice de développement humain catastrophique, notamment en termes d’éducation, de santé et de corruption. S’ils sont peut-être les réservoirs démographiques et électoraux de la « Nouvelle France », ils ne sont pas forcément  une chance pour la France.

Nicolas Pouvreau-Monti, Immigration, mythes et réalités, Fayard, 2026, 288 pages.

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34 000 euros d’amende pour avoir tenté de sauver Marie-Thérèse

Une femme de 62 ans, une Alsacienne, donc probablement une dure à cuire,  défend sa poule à coups de bâton contre un prédateur. Le tribunal correctionnel de Strasbourg l’a condamnée à trois mois de prison avec sursis et à la bagatelle de 34 000 euros d’amendes et dommages versés à une meute de huit associations.


Huit associations, oui. On n’en finit plus de compter les officines des Khmers verts ! Le crime de notre sexagénaire ? Avoir tué un lynx. Lequel lynx s’était introduit dans un poulailler. La délinquante a cru avoir affaire à un chat, ce qui est parfaitement crédible au vu de la taille de l’animal, un juvénile (4,2 kg)[1]. Tout le monde n’a pas un doctorat en zoologie. Mais l’erreur d’appréciation taxinomique peut désormais vous valoir un casier judiciaire.

La longue mémoire des éleveurs

L’homme a cessé de reposer sur les aléas de la chasse pour sécuriser son alimentation au tournant du Néolithique. Il a domestiqué des animaux pour sécuriser son alimentation :  poule, brebis, chèvre ou vache. Ce capital vivant est fragile. Depuis la nuit des temps, le paysan y est attaché comme à sa propre chair.

Dès cette époque, il a fallu protéger ce capital contre les prédateurs. Les haies, les enclos, les chiens de garde, les veilles nocturnes sont autant de témoignages d’une guerre sans fin livrée aux fouines, aux renards, aux loups, aux ours ou aux aigles.

La fermière sait parfaitement ce que c’est que de trouver au petit matin ses volailles saignées jusqu’à la dernière par une fouine qui tue pour le plaisir, bien au-delà de sa faim. Toute personne ayant élevé des pondeuses connaît ce spectacle navrant : les bêtes gisent, le cou ouvert, le sang sur la paille. La fouine ne mange pas, elle massacre. Et l’éleveur ramasse et recommence.

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Cette femme n’a fait que son devoir millénaire. La propagande associative s’est évertuée à présenter le lynx comme une victime sauvagement massacrée. La fermière n’est pas venue avec un fusil et une intention de tuer. Alertée par le bruit de ses poules en détresse, elle a accouru, puis cherché à séparer à la main les deux protagonistes. N’y parvenant pas, elle s’est emparée d’un bâton qui traînait et a frappé l’attaquant. Y avait-il intention de donner la mort? L’histoire ne le dit pas.

Son avocate a plaidé « un moment de panique » bien compréhensible. La cour, dans sa mansuétude républicaine, a tout de même infligé 34 000 euros à cette sexagénaire alsacienne. C’est facile, dans un prétoire strasbourgeois confortablement chauffé. Le procureur, qui serait probablement incapable de reconnaître une grenouille d’un crapaud avait requis une peine encore plus sévère.

Évidemment, nulle personne sensée ne peut justifier le massacre délibéré d’animaux protégés. Il paraît normal que les braconniers professionnels, les trafiquants de fourrures ou de trophées, animés d’intentions purement mercantiles soient lourdement sanctionnés. Mais mettre sur le même plan le trafiquant qui abat un lynx pour sa fourrure et une éleveuse qui frappe à coups de bâton une bête qui dévaste son poulailler, c’est à la fois une absurdité juridique, et une déclaration de guerre idéologique aux habitants des campagnes.

Ceux qui font les lois et ceux qui les appliquent ignorent tout de la nature

En Italie, au printemps 2023, une ourse réintroduite par des programmes de conservation a attaqué Andrea Papi, un jogger de 26 ans qui courait dans les bois. Il a été tué.

Les associations de défense des animaux ont aussitôt manifesté pour empêcher l’abattage de la coupable. Le président de Région avait ordonné sa mise à mort ; les tribunaux, saisis par les protecteurs de la bête, ont suspendu l’exécution. L’ourse vit aujourd’hui dans un enclos d’un hectare en Forêt-Noire, spécialement construit à plus d’un million d’euros. Un jeune homme est mort. L’ourse jouit d’une retraite dorée.

Plus récemment, en Grèce, une bergère gardant son troupeau a été attaquée par un loup solitaire. Elle a tenu dix minutes, frappant l’animal du mieux qu’elle pouvait, avant de le mettre en fuite. Et en septembre 2025, une fillette de cinq ans s’est fait agripper à la taille par un loup sur une plage de Chalcidique. Un passant a dû lui lancer des pierres pour le chasser. On attend avec impatience que la bergère se fasse condamner. Elle aurait dû se laisser dévorer. Le lapideur de loup n’a pas été inquiété non plus. Il court toujours, profitant d’un laxisme judiciaire qu’étrangement les associations ne dénoncent pas.

Les lois sont écrites par ceux qui ne sarclent pas

Les textes protégeant le lynx, l’ours et le loup ont été conçus, portés, défendus et appliqués par des gens qui n’ont jamais vu de près un prédateur, sauf au zoo, derrière d’épais barreaux. La totale déconnexion entre les législateurs urbains et la réalité rurale saute aux yeux. Le même phénomène explique la polémique sur les ours et les loups. Des bergers ayant perdu cent brebis en une saison expliquent, avec des arguments précis et documentés, pourquoi la coexistence est devenue impossible. Des fonctionnaires parisiens ou bruxellois leur répondent doctement avec des courbes de biodiversité et brandissent des directives européennes. Ceux qui ont trahi la terre pour s’installer en ville ont souvent tendance à vouloir expier leur propre trahison par une idéalisation compensatoire de la nature.

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La nature, vue depuis le sixième étage du 7e arrondissement, est un paradis de biodiversité qu’il convient de protéger à tout prix. Vue depuis un poulailler en Alsace à six heures du matin, c’est très différent.

Faut-il tout sacrifier à notre mère Gaïa?

Notre technocrate écologiste moyen possède souvent une maison de campagne. Un « pied-à-terre » authentique pour se « ressourcer », avec un jardin laissé « à l’abandon », comme il dit avec légitime fierté. Un jardin sauvage. Un jardin biodiversifié dans lequel évidemment il laisse proliférer les rongeurs. Le type même d’habitat prisé par les reptiles. Si son petit-fils, jouant dans ce jardin idéologiquement cohérent, devait décéder des suites d’une morsure de vipère, soyons-en sûrs : notre technocrate saurait assumer de ses convictions. C’est, au fond, une forme de sacrifice humain à Gaïa. Dont il ne pourrait qu’être heureux. Après tout, la Nature reprend ses droits. C’est infiniment préférable à écraser le reptile d’un coup de talon vengeur, geste brutal, archaïque, antiécologique. D’ailleurs la loi classe tous les reptiles indigènes comme espèce protégée et celui qui l’enfreint risque trois ans ferme et 150 000 euros d’amende[2].

Finalement, notre Alsacienne s’en tire à bon compte. Elle a bénéficié d’une grande mansuétude des magistrats. Et l’association One Voice ne s’y est pas trompée, puisqu’elle a déclaré « Cette décision constitue une reconnaissance de l’atteinte portée à une espèce strictement protégée, même si la condamnation reste faible au regard de sa gravité. »[3] Il est heureux finalement que la peine de mort ait été abolie dans notre pays car, si l’on suit les associations de Khmers verts, il aurait fallu faire appel à l’invention du docteur Guillotin.

Ruiner et déshonorer une sexagénaire est notoirement insuffisant.


[1] Selon le rapport d’autopsie

[2] Article L. 415-3 du code de l’environnement

[3] Déclaration de Muriel Arnal, présidente de One Voice, dans un communiqué publié le 20 mai à l’issue du jugement

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La déchirante supplique d’outre-tombe de la petite Lyhanna

Accaparées par la lutte contre le trafic de drogue, police et justice délaissent peut-être la traque des pédophiles, estime notre contributeur.


Solutions are not the answer. (En v.o.)
Les solutions ne sont pas la réponse. (En v.f.).
― Richard Nixon.

La drogue, c’est comme quand tu close your eyes et que tu traverses la rue.
― Jean Claude Van Damme (le tout en v.o.)


A l’heure actuelle, le monde judiciaire français est secoué par deux affaires.

Il y a d’abord Patrick Bruel, qui se demande, d’une voix cassée, qui a le droit de le faire mettre en examen pour diverses infractions de nature sexuelle : viols, tentatives de, etc.

Pire, il y a la petite Lyhanna, enfant martyre d’un « dysfonctionnement » de la justice. En l’occurrence, le suspect avait pourtant été repéré par un organisme américain relativement à plusieurs dossiers d’allégations sérieuses d’agressions sexuelles et une alerte avait été lancée vers la France. Force est de constater que l’appareil policier n’a pas procédé avec la réactivité nécessaire.

Cette tragédie est emblématique de la lenteur de la justice française en général, qui est devenue un cliché. Par exemple, l’expulsion de locataires indélicats est trop souvent un parcours du combattant pour les propriétaires (à titre comparatif, dans l’État américain de Georgie, le processus complet prend trois semaines). Mais, en l’espèce, l’incurie a sans doute abouti à un homicide : si le système avait fonctionné pour les affaires précédentes où il semblait mêlé, M. Barella eût été mis hors d’état de nuire.

Succinctement, cette sinistre affaire met tout simplement en jeu le manque de moyens de la justice. Un bon indice est le taux de procureurs pour 100 000 habitants : trois pour la France, alors que la moyenne européenne est 11.

(A ce taux brut, il faut signaler aussi les mauvais choix occasionnels du ministère public en matière de priorités. Certains carriéristes magistrats (parquetiers ou instructeurs) ont tendance à diriger leur attention vers les cibles qui présentent d’alléchantes perspectives médiatiques : il est parfois difficile de résister à la tentation de s’acheter un capital politique avec les (trop rares) fonds publics. Est déjà passé à l’histoire l’immortel Fabrice Burgaud, notamment pour la très indulgente sanction que lui ont infligée ses pairs du Conseil supérieur de la magistrature : une réprimande; il y a un ferrailleur, François Mourmand, ayant crevé dans un donjon, qui a dû se retourner dans sa tombe, surtout en l’absence d’enquête sur son propre trépas. Pour autant, on voit quand même mal M. Burgaud renoncer aujourd’hui à sa sinécure à la cour de cassation pour solliciter un quelconque mandat électif.

L’argent est toujours le nerf de la guerre.

Il s’ensuit que l’actualité soulève une question encore plus fondamentale : les priorités du législateur en matière de budget judiciaire. Sans avoir les chiffres pertinents permettant une ventilation fine, on sait qu’une substantielle part de l’enveloppe est consacrée à la lutte contre la drogue.

Le citoyen lambda qui regarde régulièrement le JT de 20h00 voit défiler des récits de règlements de comptes entre trafiquants, de fusillades dans les quartiers difficiles, d’évasions et d’arrestations de caïds, blanchiment d’argent sale, saisies de drogues, etc.. La routine, quoi.

La tragédie de Lyhanna devrait inciter les princes qui nous gouvernent à se poser la question suivante : est-il utile socialement de maintenir une politique répressive alors qu’il s’agit plutôt d’un problème de santé publique?

Le très conservateur et libertaire économiste américain, feu Milton Friedman, répond par la négative, au sujet de la guerre contre la drogue lancée par le président Nixon en 1971. La seule solution qui s’impose est donc la légalisation de toutes les drogues, à encadrer comme le sont deux autres drogues, le tabac (la plus mortelle quantitativement) et l’alcool, ce qui mettra un terme à un gigantesque gaspillage de fonds publics.

Ce qui suit est puisé dans une interview de 1991.

L’idée sous-jacente à la prohibition des drogues est de protéger l’éventuel consommateur contre lui-même. Tel fut le moteur moral qui conduisit à la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis et qui se solda par un échec complet : nul ne peut détruire l’hydre aux neuf têtes. D’ailleurs, lors de son abrogation, le légendaire (et surfait) Eliot Ness proposa un toast à la nouvelle ère.

Les drogues font du mal à beaucoup d’autres personnes, mais essentiellement en raison de leur interdiction. Le nombre de victimes innocentes est énorme. Il y a les femmes qui se font voler leur sac à main, qui se font assommer par les toxicos qui essaient d’avoir assez d’argent pour leur prochaine dose. Il y a les gens qui se font tuer dans les affrontements entre réseaux en guerre. Il y a la corruption des forces de l’ordre. Il y a les contribuables innocents qui doivent payer pour toujours plus de prisons et toujours plus de prisonniers et toujours plus de policiers. Et il y a le reste de la population qui n’a pas un minimum de protection de la part des forces de l’ordre parce que les policiers sont trop occupés à essayer de faire l’impossible. D’ailleurs, si vous considérez la guerre contre la drogue d’un point de vue purement économique le rôle de l’État est de protéger le cartel de la drogue, littéralement. En effet, lorsqu’il y a marché libre – par exemple, pour les pommes de terre, le bœuf, tout ce que vous voulez—il y a des milliers d’importateurs et exportateurs. N’importe qui peut devenir entrepreneur. Mais il est très difficile pour le petit entrepreneur de se lancer dans l’importation de la drogue parce que nos efforts de prohibition rendent les coûts d’opération extrêmement élevés. Par conséquent les seules entreprises qui peuvent survivre dans ce domaine sont les gros cartels du genre Medellin qui ont assez de fonds pour se procurer des flottes d’avions et qui peuvent avoir un mode opératoire sophistiqué, etc. En outre, si l’État fait obstacle aux produits étrangers et emprisonne, par exemple, les producteurs de marijuana locaux, il maintient le prix élevé de tous ces produits. Que peux désirer de plus le monopoliste? Il a un État qui rend la vie impossible à tous ses concurrents et qui maintient des prix élevés pour tous ses produits. C’est le paradis absolu. (Note : en l’occurrence, on pourrait plutôt parler de Nirvana).

Friedman explique que la criminalisation des drogues constitue, de la part de l’État, une volonté (vouée à l’échec) d’imposer une morale. Qu’ajoute le moraliste Friedman?

L’enfant qui reçoit une balle perdue dans un quartier difficile est une innocente victime, dans tous les sens du terme. La personne qui décide de consommer des drogues n’est pas une victime. C’est elle qui a choisi d’être une victime. Et je dois dire que j’ai beaucoup moins de compassion pour elle. Je ne pense pas qu’il soit moral d’imposer des coûts sur à autres personnes afin de protéger des gens de leurs propres choix.

Comment Friedman voit-il l’avenir dans une Amérique ayant légalisé la drogue?

Je vois une Amérique qui fermera la moitié des prisons, dont le nombre de prisonniers diminuera de moitié, 10 000 homicides en moins chaque année, des quartiers difficiles où les pauvres auront la chance de vivre sans craindre pour leur vie, des citoyens qui pourraient être respectables sans devenir des criminels afin de se procurer leur dose, et capables d’obtenir des produits non-frelatés. Je vous rappelle que la même chose s’est produite pendant la prohibition de l’alcool. L’histoire se répète. A l’époque, le nombre d’empoisonnements mortels dus au mélange de produits toxiques avec l’alcool clandestin avait augmenté considérablement. De même, avec la prohibition de la drogue, nombreux sont les morts par surdose, victimes de produits frelatés.

On croirait que l’auteur de Capitalisme et liberté évoque la France de Lyhanna de 2026, où il est aussi facile de commander sa came qu’une pizza. Était-il prophète? Pas encore. A la fin des années 1990, il prédisait que les États occidentaux aboliraient la prohibition des drogues dans une vingtaine d’années. Le bon sens ne s’est pas encore concrétisé et les pouvoirs publics croient en l’hallucinant mirage de victoire par la répression alors que la prohibition, c’est le médicament qui tue le patient.

Évidemment, la légalisation des stups ne sera pas une panacée. Tous les membres de l’espèce humaine sont des chasseurs de prime, notamment les magistrats et journalistes, et elle ne réglera pas non plus le problème des magistrats avides de publicité personnelle.

(Cependant, rassurons les entreprises du bâtiment-travaux publics qui paniquent déjà à l’idée de perdre de juteux contrats de nouvelles prisons : on leur confiera à la place la construction d’établissements médicaux, où seront accueillis les toxicos qui ne seront plus des criminels).

Cela dit, les forces de l’ordre disposeront alors d’un arsenal plus conséquent et pourront plus constructivement cibler des fléaux sociaux comme les bourreaux d’enfants (un exemple pris au hasard entre mille) à l’apparence respectable, menant une vie très saine et que l’on ne verrait jamais fréquenter les points de deal afin de s’approvisionner en schnouffe. Leur addiction est d’un autre ordre et ils empruntent d’autres circuits.

Capitalisme et liberté

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CCEE: l’Église en Europe a besoin de prêtres «profondément humains»

Du 14 au 17 juin dernier, s’est tenue à Belgrade la 53e rencontre des secrétaires généraux des Conférences épiscopales d’Europe. La formation des prêtres dans le contexte contemporain, entre défis culturels, maturité affective, fraternité et renouveau pastoral, était au cœur des travaux.

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Belfast et le Mur de la cécité européenne

La ville a été secouée par de violentes protestations populaires après l’agression subie par Stephen Ogilvie. Les élites outre-Manche tentent une nouvelle fois de raisonner le peuple coupable d’avoir vu ce qu’il a vu dans cette dramatique affaire


À Belfast, après la terrible agression de Stephen Ogilvie, qui a perdu un œil et subi des blessures gravissimes lors d’une attaque au couteau attribuée à un ressortissant soudanais, des émeutes et des manifestations ont éclaté pendant plusieurs jours, entraînant affrontements avec la police, incendies et violences urbaines. La famille de la victime elle-même a appelé au calme tandis que la colère continuait de se répandre dans une partie de l’Irlande du Nord.

Crises profondes

De l’autre côté de la mer d’Irlande, l’Angleterre connaît depuis plusieurs années une agitation comparable, quoique différente dans ses formes. Les rassemblements organisés autour de Tommy Robinson attirent des dizaines de milliers de personnes et témoignent de l’existence d’une inquiétude diffuse concernant l’immigration, l’identité nationale et la capacité des institutions à entendre les préoccupations d’une partie des classes populaires. Que certains voient en lui un agitateur raciste, d’autres un héros de la liberté importe finalement moins que ce qu’il révèle : l’existence d’une fracture devenue impossible à dissimuler.

Pendant ce temps, en Allemagne, l’Alternative für Deutschland poursuit sa progression malgré les condamnations morales et les mises en garde répétées de l’ensemble des partis traditionnels. En France enfin, le Rassemblement national s’impose élection après élection comme la principale force d’opposition, au point que le « barrage républicain », longtemps présenté comme une réponse suffisante, apparaît désormais à beaucoup moins comme une solution que comme le symptôme d’une impuissance politique grandissante.

Partout, les mêmes phénomènes surgissent sous des formes différentes : sentiment de dépossession culturelle, défiance envers les institutions, inquiétudes liées aux transformations démographiques, interrogation sur l’intégration de populations venues d’horizons très différents, notamment de pays du Moyen-Orient et d’Afrique où l’islam occupe une place centrale dans la vie sociale et culturelle, impression enfin que certaines questions ne peuvent plus être abordées librement sans entraîner immédiatement une condamnation morale. Partout également, les élites répondent de la même manière : elles dénoncent les conséquences, elles disqualifient les symptômes, elles multiplient les injonctions morales, mais elles semblent incapables de regarder en face ce qui travaille les profondeurs de leurs sociétés.

C’est à partir de cette crise européenne qu’il faut comprendre ce qui se joue aujourd’hui en France. Non comme un phénomène isolé, non comme une singularité nationale, mais comme l’une des expressions les plus visibles d’une fracture qui traverse désormais l’ensemble du continent occidental et dont les secousses, de Belfast à Berlin, de Londres à Paris, dessinent peut-être les premiers contours d’une nouvelle époque.

Il se passe en Europe quelque chose que les catégories ordinaires du commentaire politique ne parviennent plus à saisir. Les mots continuent de circuler avec la même régularité rassurante qu’autrefois : populisme, extrême droite, réaction identitaire, nationalisme, dérive illibérale. Les éditoriaux se succèdent, les experts s’interrogent, les gouvernements promettent de restaurer la confiance démocratique, et pourtant le phénomène qu’ils prétendent décrire continue de progresser avec une obstination qui devrait finir par les intriguer. Car enfin, si les mêmes inquiétudes surgissent simultanément dans des sociétés aussi différentes que l’Angleterre, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas ou la Suède, si les mêmes fractures apparaissent à des milliers de kilomètres de distance sous des formes certes différentes mais reconnaissables, si les mêmes catégories populaires expriment partout le sentiment d’être devenues étrangères aux récits que leurs dirigeants produisent en leur nom, alors peut-être faudrait-il admettre que le problème ne réside pas uniquement dans les peuples mais également dans la manière dont les élites regardent — ou refusent de regarder — la réalité qui les entoure.

Belfast, singulier miroir

L’Angleterre offre aujourd’hui l’un des spectacles les plus révélateurs de cette situation. Longtemps, les Britanniques ont cru que leur histoire particulière, leur pragmatisme politique, leur tradition parlementaire et leur rapport presque organique aux libertés publiques les protégeraient des convulsions qui affectaient le continent. Ils observaient les crises européennes avec cette distance légèrement ironique qui fut pendant longtemps l’une des formes de leur génie national. Pourtant, depuis plusieurs années, les tensions se multiplient. Derrière les manifestations, les polémiques récurrentes sur l’immigration, les débats sur l’identité nationale, les mobilisations autour de personnalités controversées comme Tommy Robinson, ce n’est pas seulement une querelle idéologique qui se dessine, mais quelque chose de plus profond : le sentiment croissant, chez une partie de la population, que les transformations majeures de la société se déroulent sans qu’elle puisse réellement les comprendre, les maîtriser ou même les discuter librement.

L’Irlande du Nord, dont les blessures historiques semblaient relever d’une autre époque, apparaît elle aussi comme un miroir singulier de l’Europe contemporaine. Certes, les causes immédiates des tensions qui peuvent s’y manifester diffèrent de celles observées ailleurs, mais l’impression générale demeure comparable : celle d’une société traversée par des interrogations identitaires auxquelles les réponses institutionnelles paraissent de moins en moins adaptées. Comme si les anciennes fractures politiques cédaient progressivement la place à des fractures plus diffuses, plus difficiles à nommer, touchant à la culture, à l’appartenance, à la mémoire et à la continuité historique.

L’Allemagne, quant à elle, représente sans doute le cas le plus fascinant. Pendant des décennies, elle a incarné pour beaucoup l’avenir de l’Europe : prospérité économique, stabilité institutionnelle, dépassement des nationalismes anciens, ouverture maîtrisée sur le monde. Or voici qu’au cœur même de ce modèle s’installe une contestation durable, portée notamment par l’AfD, dont la progression continue devrait conduire à davantage d’interrogations qu’à des condamnations rituelles. Car le phénomène essentiel n’est pas l’existence d’un parti contestataire ; les démocraties ont toujours connu de tels mouvements. Le phénomène essentiel réside dans l’incapacité croissante des formations traditionnelles à comprendre pourquoi des millions de citoyens persistent à soutenir des forces que l’ensemble de l’appareil médiatique, culturel et politique leur présente comme dangereuses.

La France appartient pleinement à ce paysage européen de la défiance. Elle n’en constitue ni l’origine ni l’exception. Elle en est peut-être la forme la plus dramatique parce qu’elle fut longtemps le pays où le politique occupait une place presque sacrée. Ailleurs, la nation pouvait être un héritage ; en France, elle était également un projet. Ailleurs, l’État était une administration ; en France, il était une incarnation. Ailleurs, la politique consistait à gérer les affaires communes ; en France, elle prétendait écrire l’Histoire. Or c’est précisément cette ambition qui semble aujourd’hui épuisée.

Il faudrait entreprendre un jour la chronique de cette France qui continue de marcher parmi les vivants avec la majesté un peu triste des civilisations fatiguées, comme ces aristocrates ruinés qui conservent les gestes de leur grandeur longtemps après avoir perdu les moyens de l’entretenir. Les administrations fonctionnent encore. Les ministères produisent leurs circulaires. Les médias commentent chaque événement avec une ardeur intacte. Les élections continuent d’organiser la vie publique. Pourtant, derrière cette activité incessante se développe l’impression étrange que quelque chose d’essentiel s’est retiré du cœur même du pays.

La France n’est pas morte. Les nations meurent rarement d’un seul coup. Elles s’effacent lentement, par épuisement intérieur, par perte de confiance en elles-mêmes, par incapacité à transmettre ce qui les a constituées. Elles continuent longtemps d’habiter leurs institutions alors même qu’elles cessent progressivement d’habiter leur propre récit.

Etrange diagnostic

Ce qui frappe aujourd’hui n’est pas seulement l’affaiblissement de l’autorité politique mais la transformation du politique lui-même. La droite, la gauche et le centre semblent souvent se distinguer davantage par leur vocabulaire que par leur vision du monde. Tous promettent le changement. Tous administrent la continuité. Tous dénoncent la défiance populaire. Tous contribuent à la nourrir.

La grande mutation de notre époque réside peut-être dans le remplacement progressif du politique par la morale. Là où les générations précédentes débattaient d’intérêts contradictoires, de stratégies nationales ou de choix collectifs, nous assistons de plus en plus souvent à des affrontements entre le Bien et le Mal. Les désaccords ne sont plus discutés ; ils sont psychologisés ou moralement qualifiés. Les opposants ne sont plus réfutés ; ils sont suspectés. Les inquiétudes ne sont plus examinées ; elles sont diagnostiquées.

Cette évolution explique en partie l’impossibilité croissante d’aborder sereinement certaines questions pourtant centrales. La question migratoire en constitue l’exemple le plus frappant. Il ne s’agit pas du seul problème auquel l’Europe est confrontée. Les difficultés économiques, la désindustrialisation, la crise démographique, l’affaiblissement des systèmes éducatifs ou la fragmentation culturelle jouent également un rôle majeur. Mais l’immigration concentre plusieurs interrogations fondamentales à la fois : celle des frontières, celle de la souveraineté, celle de l’intégration, celle de la transmission culturelle et, plus profondément encore, celle de la définition même de la communauté politique.

Pendant longtemps, les élites européennes ont cru que la prospérité économique suffirait à résoudre ces questions. Elles ont pensé que l’appartenance nationale finirait naturellement par céder la place à une citoyenneté plus abstraite, plus fluide, plus universelle. Elles ont imaginé que les différences culturelles se dissoudraient progressivement dans le marché, dans la consommation et dans les droits individuels. Or les sociétés humaines ne fonctionnent pas ainsi.

Une nation n’est pas seulement une économie. Elle est aussi une mémoire, une langue, un ensemble de références implicites, une manière particulière de raconter le passé et d’imaginer l’avenir. Elle repose sur un capital symbolique accumulé au fil des générations et dont la fragilité apparaît précisément lorsqu’on cesse de le considérer comme nécessaire.

Une partie importante de l’immigration contemporaine provient de sociétés marquées par des traditions religieuses, culturelles et historiques différentes de celles qui ont façonné l’Europe occidentale. Constater cette réalité c’est reconnaître qu’une assimilation réussie exige davantage qu’une insertion économique. Elle suppose l’existence d’un cadre commun suffisamment solide pour accueillir des trajectoires diverses sans se dissoudre lui-même.

C’est précisément ce cadre qui semble aujourd’hui vaciller.

Les classes populaires perçoivent souvent cette fragilité avant les autres parce qu’elles vivent les transformations de manière immédiate. Elles les rencontrent dans les écoles, dans les transports, dans les services publics, dans les quartiers où se redessinent progressivement les équilibres démographiques et culturels. Elles constatent des changements dont elles ne possèdent pas toujours les outils intellectuels pour analyser les causes, mais dont elles éprouvent directement les conséquences.

Le problème est qu’entre cette expérience vécue et le discours officiel s’est progressivement creusé un fossé. Une partie croissante des citoyens a le sentiment que ce qu’elle observe n’est pas ce qu’on lui décrit, que ce qu’elle vit n’est pas ce qu’on lui explique, et que les mots disponibles pour raconter son expérience lui sont constamment retirés. C’est ici que commence véritablement la crise démocratique. Car une démocratie ne repose pas seulement sur des institutions. Elle repose également sur la confiance. Elle suppose que les gouvernés puissent reconnaître dans les paroles de leurs gouvernants une description à peu près fidèle du monde qu’ils habitent. Lorsque cette correspondance disparaît, les mécanismes institutionnels continuent certes de fonctionner, mais ils se vident progressivement de leur substance.

Le succès des mouvements qualifiés de populistes ne peut être compris indépendamment de cette fracture. Qu’il s’agisse du Rassemblement national en France, de l’AfD en Allemagne ou d’autres formations comparables ailleurs, leur progression traduit moins une adhésion unanime à un programme qu’un sentiment partagé : celui que certaines réalités ne trouvent plus leur place dans le débat public traditionnel.

Cette situation produit un paradoxe remarquable. Plus les élites dénoncent certaines inquiétudes, plus elles contribuent à leur enracinement. Plus elles cherchent à fermer certains débats, plus elles renforcent ceux qui prétendent les rouvrir. Plus elles invoquent la morale, plus elles affaiblissent leur autorité politique.

Le fameux « barrage » en constitue peut-être l’illustration la plus parfaite. À force de demander aux citoyens de voter contre quelque chose plutôt que pour quelqu’un, à force de transformer chaque élection en référendum moral sur les intentions supposées des électeurs, les classes dirigeantes ont fini par créer le sentiment que la démocratie elle-même fonctionnait sous condition.

Or les peuples supportent difficilement d’être continuellement soupçonnés. Ils acceptent la contradiction. Ils acceptent parfois l’échec. Ils acceptent même des sacrifices considérables lorsqu’ils leur semblent justifiés. Mais ils supportent mal qu’on leur explique sans cesse qu’ils ne comprennent pas leur propre existence.

À cette crise politique s’ajoute une question plus profonde encore, que l’on pourrait appeler le symptôme juif. L’histoire européenne enseigne qu’il existe souvent un lien étroit entre la santé morale d’une société et la place qu’elle accorde à ses Juifs. Non parce que ceux-ci constitueraient une catégorie à part, mais parce qu’ils représentent souvent un remarquable indicateur des tensions souterraines qui traversent une nation.

Lorsqu’une partie d’entre eux commence à douter de son avenir, lorsqu’elle envisage le départ, lorsqu’elle ne se sent plus pleinement protégée par le pacte civique, c’est rarement un phénomène isolé. Cela révèle généralement quelque chose de plus vaste concernant la capacité d’une société à préserver les conditions mêmes de sa coexistence.

La France, comme d’autres pays européens, a connu cette inquiétude. Il serait imprudent d’en sous-estimer la portée.

Car la question qui se pose aujourd’hui dépasse largement les enjeux électoraux du moment. Ce qui est en jeu n’est pas seulement l’avenir d’un gouvernement ou d’un parti. C’est la capacité de l’Europe à retrouver un langage commun lui permettant de penser son propre avenir sans sombrer ni dans l’autocélébration naïve ni dans l’autodénigrement permanent.

Le véritable mur de la cécité n’est pas construit par l’ignorance. Il est construit par la peur. La peur de regarder certaines réalités dans toute leur complexité. La peur de distinguer entre description et approbation. La peur d’admettre que des inquiétudes peuvent être légitimes sans que toutes les réponses proposées le soient. La peur, enfin, de reconnaître que les peuples perçoivent parfois avant leurs dirigeants les transformations qui affectent leur propre monde.

Mais le réel possède une qualité particulière : il finit toujours par revenir.

Il revient dans les urnes, dans les manifestations, dans les fractures sociales, dans les débats que l’on croyait clos, dans les silences mêmes de ceux qui ont cessé de croire aux discours officiels. On peut différer longtemps la confrontation avec lui. On ne peut jamais l’abolir.

Et peut-être est-ce cela qui inquiète aujourd’hui tant de responsables européens : moins la progression de tel ou tel mouvement politique que la possibilité de voir s’effondrer, sous la pression des faits, l’ensemble du récit à travers lequel ils interprétaient depuis des décennies les transformations du continent.

Car lorsqu’un peuple cesse de reconnaître son expérience dans les paroles de ceux qui le gouvernent, lorsqu’une nation doute de sa propre continuité, lorsqu’une civilisation hésite à transmettre ce qui l’a constituée, alors commence une période de turbulence dont nul ne peut prévoir l’issue. Ce n’est pas nécessairement la catastrophe. Ce n’est pas nécessairement la renaissance. C’est simplement le retour de l’Histoire, cette vieille puissance que l’Europe croyait parfois avoir congédiée et qui, une fois encore, frappe à sa porte.

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Léon XIV invite les jeunes à trouver «la joie parfaite» en Dieu

Dans un vidéo message adressé aux jeunes du diocèse de Steubenville, à l’occasion du 50e anniversaire de la «Steubenville Summer Youth Conferences», une série de retraites d’été pour les jeunes, le Pape a partagé les secrets pour parvenir à «la joie parfaite». Le Saint-Père souligne que «la joie ne doit jamais être recherchée dans la consommation de drogues, l’abus d’alcool, la promiscuité, les relations superficielles, l’obsession de notre image ou tout autre comportement néfaste».

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Le 19 juin 1982, Robert Prevost était ordonné prêtre

Il y a exactement 44 ans, le futur Léon XIV était ordonné prêtre dans la chapelle Sainte-Monique, sur la place du Saint-Office. Dans un message de vœux, le diocèse de Rome se dit «édifié par son engagement quotidien en faveur de la paix».

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En Inde, une journée de prière pour défendre ses œuvres caritatives de l’Église

La Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI) invite les fidèles à faire du 28 juin une journée nationale de prière. Les évêques sont en effet préoccupés par un projet de loi qui prévoit de modifier la réglementation sur les financements étrangers. S’il était approuvé, cela pourrait avoir des répercussions sur les activités éducatives, sanitaires et caritatives de l’Église dans le pays.

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Diplomatie d’opérette à la Mairie de Paris

Signifier plutôt que gouverner. Les institutions politiques contemporaines ont découvert qu’il était souvent plus avantageux de manifester leur vertu que d’exercer leurs responsabilités. La future citoyenneté d’honneur accordée par Paris aux populations civiles palestiniennes illustre parfaitement cette transformation discrète: celle d’institutions de gouvernement qui deviennent progressivement des institutions de signalisation morale.


Un étrange « acte de paix »

Le 18 juin, le Conseil de Paris s’est prononcé sur l’attribution de la citoyenneté d’honneur de la Ville aux populations civiles de Gaza et de Cisjordanie, ainsi qu’aux journalistes palestiniens. Portée par le maire de Paris Emmanuel Grégoire, cette initiative est présentée comme un « acte de paix1 ». L’expression mérite que l’on s’y arrête. On connaissait les traités de paix, les négociations de paix, les missions de paix. Paris invente désormais la citoyenneté d’honneur de paix. Le glissement n’est pas anodin. Plus une institution dispose de peu de prise sur le réel, plus elle semble éprouver le besoin de qualifier ses gestes des mots les plus nobles : paix, dignité, humanité, liberté.

La plaisanterie serait facile. Elle serait aussi un peu injuste. Le sujet n’est pas de savoir si les civils palestiniens souffrent. Ils souffrent. Le sujet n’est pas davantage de savoir si leur situation mérite compassion. Elle la mérite. La véritable question est ailleurs : pourquoi une municipalité française éprouve-t-elle le besoin croissant de se prononcer symboliquement sur des drames mondiaux sur lesquels elle ne possède ni compétence particulière, ni responsabilité directe, ni capacité d’action réelle ? Cette question, en apparence secondaire, éclaire pourtant une évolution profonde de nos institutions.

1 Sources : annonces d’Emmanuel Grégoire relatives à l’attribution de la citoyenneté d’honneur aux populations civiles palestiniennes et aux journalistes palestiniens (mai-juin 2026), déclarations de l’exécutif municipal rapportées notamment par Le Parisien, Le Figaro et Le Nouvel Obs ; lettre ouverte d’Aurélien Véron, conseiller de Paris, juin 2026.

Ǫuand l’honneur cesse de distinguer

La citoyenneté d’honneur de Paris n’avait pas été conçue comme une distinction collective accordée à des populations victimes. Elle visait initialement à distinguer des personnalités dont le courage ou l’engagement avaient valeur d’exemple. Des hommes et des femmes qui avaient incarné quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes : Nelson Mandela, Ingrid Betancourt, Shirin Ebadi ou Denis Mukwege, par exemple. Des personnes. Des parcours. Des combats.

Progressivement, cependant, la logique a changé. La distinction a cessé d’honorer des individus pour honorer des causes. Puis des villes. Puis des populations. Puis des tragédies… La citoyenneté d’honneur ne récompense plus nécessairement des personnes exemplaires ; elle reconnaît désormais des souffrances collectives. Elle ne distingue plus seulement ; elle exprime désormais une position politique sur les conflits du monde. Le conseiller de Paris Aurélien Véron (LR) résume parfaitement cette évolution lorsqu’il refuse d’en faire une « médaille collective de la souffrance ».

Le problème n’est pas moral. Il est intellectuel. Car dès lors que la souffrance devient le principal critère, une question surgit inévitablement : pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? Pourquoi les Palestiniens plutôt que les Ouïghours ? Pourquoi les Palestiniens plutôt que les Tibétains ? Pourquoi les Palestiniens plutôt que les populations iraniennes soumises depuis des décennies à une théocratie répressive ? Pourquoi les Palestiniens plutôt que les Soudanais, les Yézidis ou les opposants cubains ? Pourquoi pas les Israéliens victimes du pogrom du 7-Octobre et vivant sous la menace permanente du Hamas, du Hezbollah ou des missiles iraniens ? Aucune réponse pleinement satisfaisante n’existe. Et pour cause : toutes ces populations peuvent faire valoir des souffrances réelles.

À partir du moment où l’on quitte l’exemplarité pour entrer dans la sélection des tragédies dignes d’être honorées, la distinction devient inévitablement arbitraire. Elle ne distingue plus des personnes. Elle hiérarchise arbitrairement des tragédies humaines.

La politique du truisme

La justification officielle de la mairie est à cet égard révélatrice. Paris, nous explique-t-on, choisit « les civils contre la violence », « le droit contre l’arbitraire » et « la vie contre la destruction ». On peine à imaginer une autre position. Personne ne choisit la violence contre les civils. Personne ne choisit l’arbitraire contre le droit. Personne ne choisit la destruction contre la vie. L’eau mouille. Le feu brûle. Et les élus parisiens préfèrent manifestement la paix à la guerre. Nous voilà rassurés.

Le problème de ce type de formulation est qu’elle rend presque impossible toute discussion rationnelle.

La question n’est plus : « Cette décision est-elle pertinente ? » Elle  devient : « Êtes-vous favorable à la vie ou à la destruction ? » Le débat public cesse alors d’opposer des choix politiques pour opposer le Bien à son contraire. Or lorsqu’une décision se présente comme l’expression naturelle d’une évidence morale universelle, elle n’a plus vraiment besoin d’être justifiée. Elle est simplement réputée bonne parce qu’elle emploie les mots du Bien. Fin des débats !

Le miracle du geste sans conséquence

Mais la véritable singularité de cette affaire réside ailleurs. Cette citoyenneté d’honneur possède une qualité rare : elle ne peut pas échouer. Combien de blessés seront soignés ? Aucun. Combien d’otages seront libérés ? Aucun. Combien de bombes cesseront de tomber ? Aucune. Combien de vies seront directement sauvées ? Aucune. L’effet concret est nul. Le rendement symbolique, lui, est maximal. Les élus manifestent leur compassion. Ils affichent leur engagement. Ils signalent leur vertu. Et surtout, ils ne courent aucun risque politique lié aux résultats puisque la mesure n’a jamais eu vocation à en produire.

Dans n’importe quel autre domaine de l’action publique, une politique dont les effets seraient impossibles à mesurer susciterait la méfiance. Dans la politique symbolique, cette absence de résultat devient paradoxalement une force. Le geste ne peut jamais être démenti par les faits.

Ǫuand les élus désertent leurs prérogatives

Une municipalité possède pourtant un domaine d’action bien défini. Encore faut-il accepter de s’y tenir. Elle gère les écoles, les équipements publics, l’urbanisme, les transports, la propreté ou encore le logement. Autrement dit, elle intervient sur des sujets où ses décisions produisent des conséquences tangibles et où elle peut être tenue responsable. Or plus les problèmes relevant réellement de ces compétences deviennent complexes, plus les causes éloignées semblent exercer une étrange attraction. Rénover un réseau d’assainissement produit peu d’émotion. Réorganiser les transports expose aux critiques. Construire des logements suppose des arbitrages difficiles. Traiter sérieusement les dysfonctionnements du périscolaire impose de répondre à des faits, à des victimes, à des responsabilités administratives, à des alertes et à des procédures.

Décerner une citoyenneté d’honneur à des populations situées à plusieurs milliers de kilomètres procure au contraire tous les avantages de l’engagement sans les contraintes de l’action. Le réel résiste. Le symbole applaudit. Une institution locale n’a pas vocation à être la conscience morale du monde. Elle a vocation à être l’administration de proximité de ses habitants.

Le paradoxe de la cohésion

Cette évolution produit d’ailleurs un effet paradoxal.

Présentées comme des gestes de rassemblement moral, ces prises de position contribuent souvent à importer dans l’espace municipal les fractures géopolitiques les plus polarisantes de notre époque. Une mairie n’est pourtant pas censée représenter les partisans d’un camp contre un autre. Elle est censée représenter l’ensemble de ses administrés. Sa mission n’est pas de choisir un camp dans chaque conflit du monde. Elle est de permettre à des citoyens qui ne pensent pas tous la même chose de continuer à vivre ensemble. Elle devrait promouvoir l’appartenance civique commune plutôt que l’exacerbation permanente des appartenances particulières.

Plus un sujet divise profondément la société, plus une institution locale devrait faire preuve de prudence lorsqu’elle prétend parler au nom de tous. C’est d’ailleurs l’objection formulée par plusieurs élus parisiens, qui redoutent une prise de position univoque dans un conflit où les souffrances civiles existent des deux côtés. Plus révélateur encore, certains élus de la majorité socialiste ont eux-mêmes exprimé leur malaise devant une reconnaissance qui ne mentionnerait pas explicitement l’ensemble des victimes civiles ni la responsabilité du Hamas. À vouloir incarner la conscience morale universelle, on finit parfois par oublier sa mission première : préserver la cohésion de la communauté politique dont on a la charge.

La grande substitution

C’est peut-être là le phénomène le plus préoccupant. Pendant longtemps, les citoyens jugeaient leurs institutions à partir d’une question simple : « Ǫue faites-vous ? » Une autre interrogation tend aujourd’hui à s’y substituer :« Ǫue signifiez-vous ? » Le résultat concret recule derrière le message envoyé. L’efficacité derrière l’intention. L’action derrière la posture. La compétence derrière la vertu proclamée. Les institutions ne se contentent plus de gouverner. Elles ressentent de plus en plus le besoin de témoigner de leur vertu. Comme si administrer ne suffisait plus. Comme s’il fallait désormais également édifier. Cette diplomatie d’opérette n’est finalement que cela : une inflation de symboles destinée à compenser une absence totale de prise sur le réel.

Administrer Paris ou commenter le monde ?

Le problème n’est pas que Paris exprime sa solidarité. Le problème n’est même pas qu’elle le fasse sous forme symbolique. Le problème est qu’à mesure que les institutions s’éloignent de leurs responsabilités concrètes, elles semblent éprouver un besoin croissant de produire des gestes dont la principale fonction consiste à manifester publiquement leur excellence morale. Autrefois, les institutions demandaient à être jugées sur ce qu’elles accomplissaient. Aujourd’hui, elles demandent de plus en plus à être admirées pour ce qu’elles signifient. Une mairie n’est pas censée mettre en scène le sauvetage du monde. Elle est censée administrer sa ville. Et lorsqu’une institution paraît davantage préoccupée par les conflits qu’elle ne peut résoudre que par les problèmes qu’elle est censée traiter, il devient légitime de se demander si elle gouverne encore…

Lorsqu’elles cessent progressivement de gouverner, les institutions ne disparaissent pas. Elles se mettent à édifier. Et c’est souvent à partir de ce moment-là que le symbole commence à tenir lieu de gouvernement.

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Mon père, ce héros

Le journaliste et écrivain Pierre Vavasseur publie L’homme humilié, une lettre d’amour bouleversante à son père, en lice pour le Renaudot 2026


C’est l’histoire d’un homme qui se rêvait tailleur de pierre. Un homme nié par sa femme et par la société. Un homme brisé au propre comme au figuré. Il s’appelait Henri Lazare. C’était le père de Pierre Vavasseur, journaliste, écrivain, poète et chanteur à ses heures. Il s’est éteint en 1984, quatre jours après avoir perdu son bien le plus précieux : son vélo. C’est sur ce même vélo que, peu avant la guerre, Henri se fait renverser par un camion de militaires. Il en gardera à vie une silhouette cabossée et une gueule de travers. Une lenteur et un drôle d’air « avec sa tête inclinée comme les chiens quand ils écoutent ». Il faudra près de quarante ans au fils pour oser raconter ce père abîmé, moqué, humilié. L’homme humilié aurait pu s’appeler « Un homme sans importance » tant Henri Lazare n’en eut jamais, hormis aux yeux de celui qui, par ce livre, lui rend justice. Pierre Vavasseur ne cache pas combien celui-ci fut difficile à écrire : « Depuis que je l’ai entrepris, (il) s’obstine à ne pas vouloir naître (…) lorsque je travaille au stylo mon écriture tout à coup se disjoint dans son déroulé, les lettres ne se tiennent plus par la main, le o racornit comme une prune abîmée, le h trébuche, le p fait peine ». Car comment dire l’indicible ? Une mère qui ne s’adresse à son mari que pour lui signifier qu’il lui fait honte et ne prendra pas même la peine de venir à ses funérailles. Une enfance marquée par le manque de tendresse et la pauvreté. Chez « ces gens-là » comme le chantait Brel, on n’avait pas la télévision, on n’avait qu’un seul costume et un seul pantalon. On disait « guiboles pour dire jambes. Carreaux pour verres de lunettes. Où t’as entendu chanter ça ? Pour Comment tu le sais ? Comme tu veux, tu choises pour choisis. Démerdenzizich pour démerde-toi. Ça biche quand on est content ». On ne souhaitait pas les anniversaires. Encore moins les fêtes. Alors très tôt Pierre Vavasseur trouve refuge dans les mots, lit des poèmes, s’évade. Son livre est une déclaration d’amour à ce père qui en a tellement manqué qu’il lui arrive parfois d’embrasser son fils sur la bouche. « Un baiser de père comme une bouteille à la mer ». Pourtant au cœur même de cette noirceur brillent de courts instants de bonheur qui illuminent le récit et le rendent plus poignant encore. On y découvre le père et le fils à jamais soudés, à jamais complices. Des scènes inoubliables où le rire se mêle aux larmes.

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Le père et le fils chez le photographe qui tire le portrait à Henri, lequel figure en couverture de ce livre. Le père et le fils au Tour de France. Le père et le fils rivés aux nouvelles des premiers hommes à avoir marché sur la lune. Le père et le fils au restaurant pour ce qu’ils croient être leur dernière fois ensemble. Par petites touches et mots choisis, Pierre Vavasseur brosse le portrait d’un « homme bon, jusque dans ses silences, dans sa patience, dans ses chagrins », un homme qui lui ressemble et lui a transmis sa passion du vélo. Son livre est un miracle de douceur, de tendresse et de poésie. Il va au droit au cœur du lecteur redonnant à Henri ce dont il a été privé toute sa vie : la dignité.

L’homme humilié de Pierre Vavasseur. Buchet Chastel, 160 pages.

L'homme humilié

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Au Kenya, des sœurs de la Miséricorde transforment des vies à Lokori

En collaboration avec la fondation Hilton, Vatican News publie une série d'articles sur l'action des religieuses dans le monde, des contributions offertes par des sœurs présentes dans le monde entier. Dans cet épisode, rencontre avec la Congrégation des sœurs de la Miséricorde qui, au sein du diocèse catholique de Lodwar, transforme les communautés, et redonne de la dignité aux populations les plus vulnérables du Kenya, dont beaucoup sont semi-nomades.

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Le Pape réitère son appel à un leadership courageux pour notre monde

Recevant en audience les participants à la première édition du «Borgo Laudato si’ Dialogues», le Pape a estimé que cette rencontre fait suite au souhait exprimé récemment dans Magnifica Humanitas, celui d'«engager le dialogue avec tous les hommes et toutes les femmes de notre temps, avec lesquels nous partageons les événements, les interrogations et les aspirations de l’humanité». Léon XIV a insisté sur la nécessité de «façonner un leadership courageux, dont nous avons tant besoin aujourd’hui».

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De la gloire au silence

Maurice Barrès est l’un des grands maudits des lettres françaises. Sans occulter ses dérives antisémites, la magistrale biographie de Michel Guénaire réhabilite un écrivain complexe qui mérite d’être (re)lu.


Il est des auteurs tombés dans les ténèbres de l’anonymat. Maurice Barrès (1862-1923) est de ces oubliés, lui qui a pourtant été appelé « prince de la jeunesse » et qui a exercé une influence littéraire considérable. Qui d’autre peut s’enorgueillir d’avoir été admiré de Gide, Proust, Mauriac, Malraux, Aragon et bien sûr Péguy qui dira : « vous êtes notre patriarche » ? Au vrai, on oublie qu’à sa mort, il a eu droit à des obsèques nationales, escorté par la garde bleu horizon des poilus qu’il avait tant aimés. Cet effacement s’explique par le fait que le récit qui s’est installé ne veut retenir que ses saillies antisémites, son nationalisme… Barrès est maudit. Michel Guénaire s’emploie à comprendre pourquoi dans la monumentale biographie qu’il lui consacre.

Il ne cache rien des emportements de Barrès, de ses mots infamants (« que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race »). Mais Guénaire révèle un homme complexe. Et de rappeler que son œuvre romanesque (56 livres !) « fut toujours portée par le projet politique de son auteur ».

Nationalisme de l’enracinement

Chez lui, c’est l’attachement à un terroir et à ses morts qui domine : le Lorrain grandit à l’ombre des terres perdues de 1870. Sa sensibilité, il l’exalte dans Le Culte du Moi. Puis l’écrivain passe à l’action avec la politique. Élu député de Nancy en 1889, siégeant à gauche, il est réélu en 1906 comme député de Paris et ce jusqu’à sa mort. Contrairement à la légende, il n’a jamais été antirépublicain, désireux de renverser le régime, ce qui l’oppose à Maurras (il n’a jamais adhéré à l’Action française).

Nationaliste, il l’est par sa fidélité au sol natal, qu’il déploie notamment au travers des Déracinés (1897). Une défense vibrante, avec les errements que l’on connaît lors de l’affaire Dreyfus. Catholique, Barrès défend pourtant la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Quant à l’accusation de « fasciste », elle ne tient pas un instant (« son nationalisme fut celui de l’enracinement dans une nation, non du privilège d’une race »).

Pour lui comme pour tant d’autres, la guerre de 1914 est une déflagration. Il défend l’Union sacrée, évoque la souffrance des soldats. Il publie un livre – magnifique – sur Les Diverses Familles spirituelles de la France (1917), oubliant son antisémitisme en rendant hommage au patriotisme des juifs français.

La guerre finie, à la Chambre, « on le respecte… ». À son initiative, en juin 1920, l’Assemblée nationale vote à l’unanimité l’instauration d’une fête dévolue à Jeanne d’Arc, la fête du patriotisme, une Jeanne qui le fascine. C’est le dernier succès politique du vieux lutteur. Il est foudroyé par une crise cardiaque le 4 décembre 1923. Que reste-t-il de lui ? Un grand écrivain qui marqua, entre autres, le général de Gaulle, attaché comme lui « à la grandeur ».

Qu’aurait pensé Barrès de la France atomisée d’aujourd’hui ? Peut-être, finalement, vaut-il mieux ne pas le savoir.  

Maurice Barrès : le grand écrivain retrouvé, Michel Guénaire, Perrin, 2026, 526 pages.

Maurice Barrès

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June 18, 2026

Les infos de L'Œuvre d'Orient - 18 juin 2026

Une cathédrale millénaire frappée par les bombardements russes.

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RDC: "Magnifica humanitas", un langage synodal dans une zone en conflit

La première Encyclique du Pape Léon XIV, signée le 15 et publiée le 26 mai, lie la recherche du langage comme instrument de paix à la marche synodale de l’Eglise. Dans un entretien accordé à Radio Vatican, l’Abbé Justin Nkunzi, président de la Commission Justice et Paix de l’archidiocèse de Bukavu dans l’est de la République Démocratique du Congo, meurtri par les conflits, nous explique comment ce langage peut devenir un instrument de paix dans cette région.

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Léon XIV célèbre les obsèques du cardinal Ruini à Saint-Pierre

À l’autel de la chaire de la basilique Saint-Pierre, Léon XIV a présidé ce jeudi après-midi la messe des funérailles du cardinal Camillo Ruini, président émérite de la conférence épiscopale italienne, décédé le 16 juin à l’âge de 95 ans. Dans son homélie, le Souverain pontife a rappelé la devise de son épiscopat, «La vérité nous rendra libres», et salué la présence active du défunt cardinal dans la société italienne.

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La ROACO s’interroge sur la formation des séminaristes en Orient, confrontés à la guerre

Léon XIV a reçu en audience ce jeudi 18 juin au Vatican les membres de la ROACO, la Réunion des Œuvres d'Aide aux Églises Orientales, réunis à Rome pour leur 99e assemblée plénière. Présent à cette assemblée, le directeur de l'Œuvre d'Orient, Mgr Hugues de Woillemont, se fait l’écho des importants défis rencontrés par les Églises orientales, fragilisées par la guerre et la précarité.

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En RDC, Alima appelle les communautés à lutter contre Ebola

Un mois après le début de l'épidémie d'Ebola dans l'Est de la République démocratique du Congo, entretien avec le chef de mission d'Alima (The Alliance for International Medical Action). Barry Mamadou Kaba revient depuis Goma sur le climat de peur, mais aussi le déni des populations exposées. Il insiste sur les bonnes pratiques à mettre en place pour que les communautés et les personnels médicaux endiguent ensemble l’épidémie. Seule cette alliance se révèlera fructueuse, estime-t-il.

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🎙️ Podcast: Macron à Evian et à Versailles: un grand coup diplomatique?

Avec Céline Pina et Jeremy Stubbs.


Emmanuel Macron vient d’accueillir les membres du G7 à Evian, ainsi que Donald Trump à Versailles pour fêter les 250 ans de l’indépendance américaine. A-t-il frappé un grand coup diplomatique? Dans les deux cas mais surtout celui de Versailles, le décor est digne d’un grand événement, mais l’événement lui-même manque de grandeur. L’annonce par le président américain de la signature de son accord avec l’Iran a plutôt l’air d’une capitulation au régime de Téhéran, une sorte de Munich version contemporaine. L’interdiction de toute ingérence sur le territoire iranien et l’extension du cessez-le-feu au territoire libanais représentent une trahison d’Israël qui reste menacé par le régime des Gardiens de la Révolution et ses proxies.

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Quand le président français félicite Donald Trump en déclarant que l’accord est « un pas dans la bonne direction », il fait preuve surtout de flagornerie à l’égard d’un homme dont l’Europe reste dépendante pour sa sécurité mais qui est d’une grande imprévisibilité. Sans doute que, pour Emmanuel Macron, le point positif de l’accord est la réouverture du détroit d’Ormuz. Si le prix du carburant commence à retomber, le risque de grogne populaire diminue. On se souvient que la révolte des gilets jaunes avait son origine dans l’augmentation du prix du diesel.

A lire aussi: Affaire Lyhanna: le pouvoir s’affole

Ainsi, le grand coup diplomatique du président français n’en est pas un. On dit que ce dernier commence à préparer l’héritage qu’il léguera à la postérité en quittant la présidence l’année prochaine. Mais les mises en scène d’Evian et de Versailles – dignes du Camp du Drap d’Or – ne peuvent pas cacher le bilan globalement négatif d’Emmanuel Macron. Il avait promis une nouvelle éthique en politique, mais l’affaire Benalla a très vite révélé la vacuité de cette promesse. Son engagement à lancer une nouvelle politique de la ville n’a pas été suivi d’effet. Côté finances publiques, il laissera une France plus endettée que jamais. Sa réforme des retraites, pourtant très modeste, n’aura pas lieu. Et il aura manqué de fermeté dans son soutien à Israël et son opposition à l’antisémitisme. Surtout, il aura manqué de courage dans un monde où le courage est essentiel. Ecoutez 👇

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La fabrique du fasciste: petite histoire d’un stigmate politique

Dans la bataille des idées, l’accusation de fascisme reste l’outil préféré de la gauche radicale pour réprimer tout discours de droite. Analyse.


Historiquement, une calomnie au service des crimes staliniens

A partir des années 1930, la propagande des idéocraties communistes et des partis affiliés a systématiquement accusé de « fascistes » non seulement les opposants à leur projet politique totalitaire criminel, mais également tous ceux qui étaient de près ou de loin partie prenante des sociétés libérales occidentales. Comme l’a rappelé Thierry Wolton, dans Une histoire mondiale du communisme (T3. Les complices),la référence doctrinaire au fascisme était rarement définie avec précision, mais désignait « un virus, une maladie fatale qui frappe inéluctablement la démocratie bourgeoise ». Elle connotait cette haine de classe qui devait, selon l’écrivain Maxime Gorki, inspirer « les répulsions organiques à l’égard de l’ennemi, en tant qu’être inférieur sur le plan physique et moral ». Dans les régimes communistes, ce « mot qui tue », comme l’a qualifié Jean Sévillia, s’imposa comme un expédient juridique de criminalisation politique valant liquidation. Il servit souvent de prétexte à d’extravagantes et sordides procédures pour éliminer des dizaines de milliers d’innocents, lorsque par exemple Staline accusait des biologistes soviétiques de « déviation fasciste de la génétique », ou lorsque la victime d’un procès devait reconnaitre avoir rencontré « des agents de la Gestapo ».

Fasciste – Antifasciste : le travestissement de l’hégémonie communiste

Après la guerre, la tragique soviétisation des pays d’Europe centrale et orientale se fera au nom de l’épuration du fascisme. Lorsque le pouvoir soviétique appela à la croisade contre la tendance fasciste des sociétés libérales, l’imputation de fascisme acquit une dimension géopolitique. A partir de 1947, le Kominform (nouvelle organisation au service de la guerre froide) décréta la scission de l’humanité en deux blocs antagonistes. D’un côté, celui des ennemis du peuple constitué par les sociétés libérales bourgeoises, réactionnaires et fascisantes, et de l’autre le bloc des forces progressistes communistes qui œuvrent pour la paix, la liberté, la justice sociale, et luttent contre le fascisme. Cet odieux travestissement moral de l’idéologie totalitaire que Jean-François Revel a qualifié d’imposture du « salut par les intentions », couvrira pendant des décennies la répression des aspirations à la liberté et à la démocratie des peuples asservis. Il accrédite encore aujourd’hui ce que Gilles-William Goldnadel appelle « le privilège rouge ».

Fasciste : l’importation de la rhétorique stalinienne en France

En France, la thématique du fascisme et de l’anti-fascisme fut invariablement convoquée dans l’espace politique et culturel par les intellectuels, les partis et la presse de gauche, pour instaurer unterrorisme intellectuel. Ils firent usage sans hésiter du vocabulaire stalinien, pour instaurer ce que Revel a qualifié de « totalitarisme informel », dans la mesure où l’intégrité physique des victimes était heureusement protégée par l’état de droit de la société bourgeoise. En 1936, Jean Grenier résumait déjà la situation en constatant que « maintenant si l’on n’est pas marxiste ou susceptible de le devenir, on vous tient pour fasciste, ce n’est pas une mauvaise tactique étant donné la peur des mots ; et l’on voit des gens résignés à tout dire et à tout faire « pour ne pas passer pour… ». Les cibles désignées varièrent au gré des volte-face stratégiques du pouvoir soviétique relayées par les organes communistes et le PCF. Les socio-démocrates de gouvernement étant dénoncés par Moscou comme les pires « socio-fascistes », L’Humanité les accusa d’être les fourriers de la dictature fasciste, et affirmeraque « le fascisme c’est la République et la République c’est déjà le fascisme ». Durant les grandes purges de 36-37, lorsque Staline lança le mot d’ordre du « front anti-fasciste » pour leurrer les Occidentaux, le PCF engagea la lutte contre l’ennemi intérieur, le « fascisme France ». En réalité, comme l’a souligné Raymond Aron, « les anti-fascistes pourchassaient un ennemi insaisissable et ils ne s’accordaient pas sur l’essentiel, la méthode à suivre contre le véritable ennemi, Hitler ». Tout au long de la seconde moitié du XXème siècle, les luttes et les révoltes des peuples soumis au joug du communisme ont été stigmatisées comme fascistes.La volonté d’indépendance du gouvernement Yougoslave sera ainsi dénoncée comme l’expression de la « réaction et du fascisme », et la répression sanglante à Budapestavaliséepuisqu’il fallait « écraser le fascisme dans l’œuf ».

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Fasciste : l’arme du terrorisme intellectuel pour censurer les opposants

Ce fut la grande période « des procès de Moscou à Paris » comme les a qualifiés Charles Tillon, instruits contre une multitude d’écrivains et d’esprits indépendants qualifiés de « chiens » et de « fascistes ». Jusqu’à et après l’effondrement du communisme, la calomnie a poursuivi les témoins et les historiens, qui en révélant dans les années 70-90 les crimes du communisme soviétique, chinois, indochinois et cubain, trahissaient selon Le Monde « la cause anti-fasciste ». En 1974, Alexandre Soljenitsyne auteur de L’archipel du Goulag, fut dénoncé par la presse communiste comme « nostalgique du nazisme et apologiste des SS ». La même étiquette servira à stigmatiser ceux qui, comme Simon Leys ou comme l’écrivain cubain Armando Valladares, dévoilèrent le régime de terreur des tyrannies maoïste et castriste. En 1997, les auteurs du Livre noir du communisme dirigé par Stéphane Courtois qui établirent la similarité entre les crimes du communisme et du nazisme, subirent le même sort.

Fasciste : une extension de la haine à la société libérale occidentale

Malgré cette sinistre généalogie, le qualificatif de « fasciste »sera recyclé à partir des années 80 parla « nouvelle gauche » post-marxiste, pour exprimer comme un mantra son rejet haineux des valeurs de la civilisation occidentale capitaliste. Pour sauvegarder sa légitimité idéologique après le fiasco du marxisme-léninisme, cette nouvelle gauche radicalisée ressuscita le mythe d’un danger fasciste endogène aux sociétés libérales. Ces sociétés moralement haïssables et historiquement condamnées, seraient selon Pierre Bourdieu « minées par une fascisation rampante ou déclarée ». Pour Bernard-Henri Lévy dans l’Idéologie française, des écrivains comme Charles Maurras, Charles Péguy, ou Georges Bernanos auraient même fait de la France un laboratoire littéraire du fascisme, cette perversion gisant toujours dans les tréfonds du pays. Le mythe sera exploité pour introduire au cœur des démocraties une guerre morale radicale légitimant violence et subversion. Dans ce contexte, la thématique de la menace fasciste et de la résistance anti-fasciste va connaitre une extension indéfinie jusqu’à l’absurde. Dans le Figaro, Jean-Pierre Le Goff a récemment rappelé que la « révolution culturelle soixante-huitarde » qui a exalté la primauté d’un subjectivisme débridé et anti-autoritaire, avait déjà condamné comme fasciste « tout obstacle aux pulsions personnelles et toute forme d’autorité, de pouvoir, et de hiérarchie ».

Fasciste : tout devient fasciste jusqu’au langage

Le réel devient alors fasciste, qu’il s’agisse des lois naturelles, des normes constitutives de la vie en société, ou des phénomènes anthropologiques les plus fondamentaux comme le langage. Selon Roland Barthes par exemple, la langue qui par ses règles contraignantes assujettirait à son insu le locuteur au pouvoir, est « tout simplement fasciste » puisque comme le fascisme « elle oblige à dire ». Cette mystique philosophico-littéraire du langage fut au cœur de la théorie du « constructivisme sociolinguistique », selon laquelle les catégories du sens commun comme l’identité sexuelle ne sont que le produit de l’action performative et coercitive du discours. Elle suscitera dans le mouvement wokiste l’obsession de l’épuration langagière, la lubie de « l’écriture inclusive », et la théorie du genre.

Le paradoxe des anti-Lumières : convergence du wokisme et du fascisme

Depuis les années 2000 après une courte éclaircie libérale, le recours à l’injure excommunicatrice de fasciste est devenu l’arme rhétorique de l’ultra-gauche dans la guerre totale qu’elle a engagée contre les institutions, l’histoire et la culture de l’Occident. Dans cette perspective, les intellectuels académiques ont opéré un revirement doctrinal à front renversé. Pour « déconstruire » les valeurs d’une civilisation séculaire et imposer leur contre-culture, ils mirent en action les théories « post-modernes » de Michel Foucault et de Jacques Derrida, dont le relativisme radical avait abouti à rejeter le savoir humain comme dénué de toute signification objective. Pour ces auteurs qui deviendront les maîtres à penser du wokisme, la rationalité, la vérité, la science, les lois naturelles, ainsi que la fonction signifiante du langage, constituent la matrice idéologique oppressive de la modernité occidentale. Ils ont fait d’un héritage primordial de la pensée européenne qu’est l’universalisme des Lumières, la cible privilègiée de leur nihilisme culrurel. Cet héritage est évidemment devenu la bête noire du wokisme « néo-raciste », qui le stigmatise comme un fantasmatique péché originel de la « blanchité ». En attestent les élucubrations des activistes qui vitupèrent les Lumières qui auraient « produit le ciment des préjugés raciaux », et proclament que « la science a toujours été utilisée pour légitimer le racisme, le sexisme, le classisme, la transphobie, l’abléisme, et l’homophobie ». Par une ironie de l’histoire, cette entreprise qui prétend atteindre le stade ultime de la raison critique, ne fait en réalité que recycler les thèmes des « anti-Lumières » (antiAufklärung) que la droite réactionnaire européenne exploitait depuis le XVIIIème siècle, et qui firent le lit de l’idéologie dévastatrice national-socialiste. Comme l’a souligné le germaniste Johannes Pankau, « les discours et proclamations de Hitler n’ont été qu’un concentré du lexique le plus radical des Contre-Lumières ».  Ainsi, en convoquant ad nauseam le spectre du fascisme pour réduire au silence leurs opposants, le « gauchisme culturel » s’inscrit en fait dans la pire tradition, que le philosophe allemand Manfred Frank a qualifié dans une conférence éditée par le Collège de France de « pré-fasciste », et Juan José Sebreli dans L’oubli de la raison (trad.) de  « proto-nazi ». On ne peut que s’interroger encore aujourd’hui avec Juan José Sebreli dans La modernité assiégée (trad.), sur « cette bizarre transmutation de la pensée réactionnaire en révolutionnaire, de la droite vers la gauche, du répressif vers ce qui est censé être émancipateur ».

L’obsession du fascisme : la Théorie Critique matrice du gauchisme culturel 

A partir des années 30, les sociologues de l’Ecole de Francfort que Foucault admirait comme ses précurseurs, développèrent sur plusieurs décennies la Théorie Critique, une synthèse de marxisme et de vulgate psychanalytique qui alimenta le « marxisme culturel ». Ces sociologues avaient très tôt entériné l’échec du marxisme orthodoxe et l’assimilation du prolétariat aux classes moyennes d’aspirations intrinsèquement conservatrices. Pour subvertir une société civile réfractaire à la révolution, ils eurent recours à une double stratégie idéologique et politique qui menace encore aujourd’hui notre vie collective. Sur le front idéologique, ils dénoncèrent la « normalité » des sociétés libérales comme une émanation larvée du fascisme. Par une perversion sémantique, les tendances fascistes ne désignaient plus le ralliement à une funeste idéologie historiquement datée, mais l’adhésion de la majorité des individus aux « ferments de la cohésion sociale ». Certains doctrinaires de l’Ecole pousseront l’aberration jusqu’à concevoir un questionnaire diagnostic « F » » pour quantifier cette prédisposition à un fascisme potentiellement génocidaire ! Un score élevé était censé traduire un attachement pathologique aux valeurs traditionnelles (notamment familiales) et aux institutions. La lutte contre ce « danger fasciste » populaire, exigeaitde factoune restriction de la démocratie, de la liberté d’expression, de la tolérance, ainsi qu’une répression des discours de droite. Sur le front politique les opinions majoritaires n’étant plus légitimes, les sociologues appelèrent à la mobilisation des groupes marginaux non intégrés au système (minorités ethniques et sexuelles, féministes, intellectuels, marginaux) pour mener la révolte anti-fasciste.

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L’anti-fascisme de l’ultra-gauche: un héritage et un projet totalitaires

On voit que LFI, l’islamo-gauchisme, le néoféminisme, le wokisme, qui imposent dans l’espace public ces nouvelles pathologies que sont les fumeuses « phobies » n’ont rien inventé. Ils ne font en définitive qu’étendre le domaine de ce redoutable piège linguistique qu’est l’accusation de fascisme pour atteindre un objectif presque séculaire : instaurer un totalitarisme travesti en anti-fascisme. Leur frénésie à taxer de fasciste tout et n’importe quoi d’ancestral et d’actuel, au nom d’un prétendu anti-fascisme, anti-racisme, et anti-sexisme (médias, opinions, modèle socio-économique et politique, histoire, identité sexuelle, mode de vie, traditions, coutumes, hommes et œuvres) révèle le potentiel corrupteur de leur projet subversif.

Appel au sursaut des libéraux conservateurs

Cet aperçu historique devrait convaincre tous les libéraux conservateurs qu’être marqués du stigmate infamant de fasciste par la gauche, les place du bon côté de l’histoire. La « situation critique de notre pays et plus largement des démocraties occidentales » constatée par Le Goff, appelle à mener une contre-offensiveintellectuelle au-delà des protestations indignées. Pour inspirer cet engagement, le libéralisme conservateur dispose de puissants principes spirituels que lui ont légués des intellectuels comme Aron ou Roger Scruton. Dans L’opium des intellectuels, Aron nous rappelle que « la gauche ne cessera pas de trouver en face d’elle, lui barrant le chemin, une droite, jamais vaincue ni convertie », et que « l’essence de la culture occidentale, le principe de ses triomphes, le foyer de son rayonnement, c’est la liberté ». Quant au philosophe anglais Scruton, il nous communique sa passion en proclamant « nous sommes unis par l’amour : l’amour de notre pays, l’amour de nos institutions, l’amour de la loi, l’amour de la famille, qui nous fait nous lever contre ceux qui veulent les détruire ». Il est grand temps d’investir politiquement ces valeurs.

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Mgr Sanguineti: «À Pavie, le Pape vient nous affermir dans notre foi»

La visite du Pape à Pavie, le samedi 20 juin, pour vénérer les reliques de saint Augustin, est une occasion pour le Saint-Père de rencontrer les fidèles et les citoyens. L'esprit curieux et le désir d'exploration de l'évêque d'Hippone se retrouvent dans la vie des jeunes générations, reconnaît l'évêque de Pavie, convaincu que la figure de ce Père de l'Église mérite une plus grande reconnaissance. Le nombre de pèlerins et de touristes se recueillant sur sa tombe a augmenté durant l'année écoulée.

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Le Pape reçoit en audience le président du Pérou

José María Balcázar Zelada a été reçu ce jeudi 18 juin au Palais apostolique du Vatican. Lors des entretiens à la Secrétairerie d’État, l’accent a été mis sur les questions liées à la situation socio-économique, l’exploitation minière illégale et l’engagement en faveur de la cohésion sociale. La rencontre avec le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, a également fait l'objet d'un échange de points de vue sur les migrations, le crime organisé et les conflits.

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L’amour vache

Sexualité des jeunes: cet autre ensauvagement qu’on nous cachait.


Les jeunes Français aiment le sexe trash. On l’apprend dans cette radioscopie de la sexualité française dévoilée hier par l’IFOP. Je vous passe les constats déprimants indiquant que les Français des deux sexes s’ennuient de plus en plus au lit (cela arrive à 42 % des hommes et 56 % des femmes). Ils n’ont pas lu tous les livres et la chair est triste. Le fait marquant, c’est l’attirance nouvelle des 18-34 ans pour cette sexualité que l’IFOP qualifie de trash ou violente.

Jeunesse délurée

61 % des femmes de 18-35 ans déclarent s’être déjà fait gifler, fesser, griffer, mordre ou tirer les cheveux, 44 % ont déjà fait l’amour attachées (menottes ou cordes) et 30 % ont pratiqué des jeux érotiques de domination ou de soumission[1].

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Masculiniste!

Nombre de commentateurs jugent cette évolution inquiétante. Beaucoup parlent d’une génération biberonnée au porno qui aurait besoin de sensations de plus en plus fortes. Pour l’IFOP, elle traduit l’assentiment des jeunes femmes à une norme érotique masculine. En somme, les hommes imposent et les femmes subissent. Le patriarcat est toujours là.

Est-ce à dire que le consentement n’a aucune importance ?

Ce qui est patriarcal, c’est de présumer le non-consentement des femmes giflées, fessées, griffées ou mordues. Or, cette étude de François Kraus n’en dit rien. Mais elle montre par ailleurs, dans d’autres questions, que, primo, les hommes se soucient de plus en plus du plaisir de leurs partenaires et que, deuxio, 44 % ont eux-mêmes déjà été griffés, giflés, fessés ou mordus, et 25 % menottés pendant l’amour. Et eux, personne ne semble penser qu’ils étaient contraints… Les coquins.

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Il est possible que l’attirance des jeunes femmes pour une certaine brutalité sexuelle ne soit pas un signe de soumission, mais de liberté. Certaines, interrogées par Libération — qui nous réjouit grandement en semblant avoir oublié son habituel surmoi puritain —, assument parfaitement être excitées par cette violence partagée et symbolique. Faut-il le rappeler : aucune femme n’a de plaisir à se faire tabasser pour de vrai. Mais la sexualité, c’est un jeu, une représentation.

Les fantasmes se fichent des convenances. Les fantasmes ne connaissent pas les dames-patronnesses de MeToo, leur haine du désir et leur volonté d’imposer une norme jusque dans les chambres à coucher. Pour la propagande néo-féministe, la sexualité doit être égalitaire, transparente, contractuelle, codifiée, bref ennuyeuse à périr. Sinon, elle est criminelle. La bonne nouvelle, c’est que beaucoup de jeunes semblent savoir que le sexe, c’est tout le contraire : trouble, honte, culpabilité, sauvagerie, domination, soumission, incompréhension, danger. Bref, ils n’ont pas oublié qu’Éros flirte avec Thanatos et le plaisir avec la douleur.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale.


[1] Étude Ifop pour JOYclub réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 6 au 9 mars 2026 auprès d’un échantillon de 2 210 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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Vingt nouveaux bienheureux dans l’Église, martyrs de la foi en 1936 en Espagne

Le Pape a autorisé la promulgation des décrets du dicastère pour les Causes des Saints relatifs au martyre de 20 prêtres des îles espagnoles d'Ibiza et de Formentera. De plus, grâce à la reconnaissance de leurs vertus héroïques, le prêtre Júlio Emílio Alberto De Lombaerde, et les religieuses Mère Clara Andreu y Malferit, Sœur Maria Petra Giordano, Mère Maria Teresa Tallon et Sœur Maria Agnese Tribbioli deviennent vénérables.

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Colombie, une journée de prière à l'approche de la présidentielle

À quelques jours du second tour du scrutin prévu le 21 juin, la Conférence épiscopale colombienne lance un appel aux catholiques et aux communautés ecclésiales du pays, afin qu'ils participent, vendredi 19 juin, à une Journée nationale de prière pour le pays. L'Église colombienne entend offrir un espace spirituel propice à la réflexion, au dialogue et à la sérénité, dans un climat marqué par de fortes tensions politiques et sociales.

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Léon XIV invite à sauver les chrétiens d’Orient de la précarité causée par la guerre

Recevant ce jeudi 18 juin en salle clémentine, les membres de la ROACO, à l’occasion de leur assemblée plénière, le Pape a proposé une réflexion sur le drame de la précarité afin de «prévenir avec intelligence et responsabilité» les conséquences de la guerre. L’intervention du Souverain pontife interpelle également sur les richesses des Églises catholiques orientales.

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Que vouliez-vous qu’il fît?

Le président américain Donald Trump a signé hier un accord destiné à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Malgré une économie exsangue et un appareil militaire durement éprouvé, l’Iran apparaît aujourd’hui en position de force. À l’inverse, malgré l’écrasante supériorité de ses moyens militaires, Washington semble contraint de reconnaître l’échec de sa stratégie floue. « Il n’y aura pas d’accord avec l’Iran autre qu’une capitulation sans conditions ! », écrivait Donald Trump le 6 mars. Il omettait simplement de préciser de quel pays il parlait…


Il est des moments où la politique cesse d’être un exercice de gestion, une administration plus ou moins habile des intérêts contradictoires, pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un affrontement avec le tragique. Or notre époque supporte de moins en moins cette dimension tragique de l’histoire. Elle exige des responsables politiques qu’ils produisent des solutions parfaites dans un monde qui ne leur en offre aucune, puis elle les condamne lorsqu’ils échouent à accomplir ce miracle. Elle réclame des victoires sans victimes, des guerres sans morts, des rapports de force sans violence, des ennemis qui se comporteraient selon nos propres règles morales, et lorsque la réalité vient rappeler sa présence brutale, elle cherche immédiatement un coupable à immoler sur l’autel de ses illusions déçues.

Sur le banc des accusés

C’est ainsi que Donald Trump se trouve aujourd’hui placé au banc des accusés. Les commentaires autrefois admiratifs ou simplement intrigués par son sens du déséquilibre stratégique, par sa capacité à déjouer les scénarios écrits d’avance, par cette manière si singulière qu’il avait de faire de l’imprévisibilité un instrument de pouvoir, se sont brusquement évanouis. Ceux qui voyaient en lui un joueur d’échecs cynique mais redoutablement efficace préfèrent désormais garder le silence. Quant à ses adversaires, ils savourent leur heure. Ils annoncent sa défaite avec une joie dont l’intensité révèle moins leur lucidité politique que le soulagement de voir enfin confirmés les jugements qu’ils avaient prononcés depuis longtemps. Ils parlent de capitulation, de reculade, d’abandon. L’accord conclu avec l’Iran leur apparaît comme une reddition diplomatique. Israël serait trahi. Les opposants iraniens seraient abandonnés à leur nuit. L’Amérique elle-même sortirait diminuée de cette séquence.

Et tout semble en effet leur donner raison. N’avait-on pas dénoncé depuis des années sa brutalité ? N’avait-on pas souligné son instabilité supposée, sa versatilité, ses changements d’humeur, son goût de la provocation, voire son incapacité à penser stratégiquement sur le long terme ? Chacun retrouve aujourd’hui dans les événements la confirmation rassurante de ses propres certitudes. Il est toujours agréable d’avoir eu raison, surtout lorsque la réalité paraît se plier à ce que l’on pensait déjà.

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Pourtant, avant de rejoindre ce chœur des procureurs, une question mérite d’être posée, une question simple, presque naïve, mais dont la force réside précisément dans sa simplicité : que vouliez-vous qu’il fît ?

Car la politique réelle n’est pas l’art de choisir entre le bien et le mal. Elle est le plus souvent l’art douloureux de choisir entre plusieurs risques, plusieurs échecs possibles, plusieurs formes d’imperfection. Elle ne consiste pas à réaliser un idéal mais à naviguer parmi des contraintes contradictoires, dans un univers où chaque décision ouvre autant de problèmes qu’elle n’en résout.

Or Donald Trump est confronté à une situation dont beaucoup de ses commentateurs semblent faire abstraction. L’Amérique sort de plusieurs décennies de guerres extérieures dont une grande partie de la population conserve le souvenir amer. L’Irak, l’Afghanistan, les milliards engloutis, les milliers de morts, les promesses non tenues, tout cela pèse encore lourdement sur la conscience américaine. Une partie décisive de son électorat refuse désormais toute aventure militaire prolongée au Moyen-Orient. Les élections approchent. Il lui fallait un résultat. Il lui fallait éviter ce que ses adversaires lui auraient reproché avec la même férocité : une nouvelle guerre interminable, coûteuse, incertaine.

Certains répondront qu’une confrontation durable avec le régime iranien était pourtant nécessaire. Peut-être. Il existe des arguments sérieux en faveur de cette position. Il est même possible qu’un jour l’histoire leur donne raison. Mais cette nécessité supposée aurait impliqué des années d’affrontement, un risque d’embrasement régional, des conséquences économiques considérables et une instabilité dont nul ne peut sérieusement mesurer l’étendue.

L’histoire n’a pas rendu son verdict

Fallait-il choisir cette voie ? Peut-être. La vérité est que nul ne le sait encore. Les jeux ne sont pas faits. Les rapports de force continuent d’évoluer. L’histoire n’a pas rendu son verdict. Les accords qui paraissent aujourd’hui dérisoires produisent parfois des effets inattendus ; les victoires célébrées comme définitives préparent souvent des défaites futures ; les régimes que l’on croit consolidés s’effondrent quelquefois avec une rapidité stupéfiante. Ceux qui parlent déjà de trahison confondent volontiers leurs désirs avec la réalité. Je me garderai donc de juger.

Cette prudence dans le jugement ne signifie cependant nullement l’indifférence morale ni l’absence de préférence. Je ne cache pas que certaines attitudes de Donald Trump me troublent et parfois me choquent. L’abandon apparent des opposants iraniens, auxquels il avait laissé espérer un soutien américain plus résolu face au régime des mollahs, me laisse un sentiment d’amertume difficile à dissiper. Les femmes qui ont défié les gardiens de la révolution, les étudiants emprisonnés, les dissidents traqués, les hommes et les femmes qui voyaient dans l’Amérique une promesse de liberté ont de bonnes raisons de se sentir aujourd’hui abandonnés. De même, le mépris parfois affiché à l’égard de Benjamin Netanyahou me paraît difficilement compréhensible au regard des circonstances historiques auxquelles Israël est confronté depuis le 7-Octobre. Que l’on discute certaines décisions du gouvernement israélien est légitime ; que l’on semble oublier la nature de l’épreuve traversée par Israël et les contraintes extraordinaires auxquelles ses dirigeants ont dû faire face l’est beaucoup moins. J’avoue éprouver personnellement une profonde incompréhension devant cette distance parfois ostentatoire à l’égard d’un allié qui, depuis des mois, mène non seulement une guerre contre le Hamas mais également un affrontement décisif contre le Hezbollah, organisation dont la puissance militaire et l’emprise régionale représentaient depuis longtemps une menace majeure pour la sécurité israélienne.

Mais précisément parce que ces choix me déçoivent parfois, parce qu’ils m’inquiètent ou me peinent, je me refuse davantage encore à les réduire à des catégories morales simplistes. L’histoire n’est pas terminée. Les conséquences réelles de ces décisions demeurent largement inconnues. Entre l’indignation immédiate et la compréhension des événements existe ce temps long dont la politique, comme l’histoire, a besoin pour révéler son sens véritable. Et je me garderai tout autant de juger Benjamin Netanyahou. Depuis le 7-Octobre, il est devenu l’un des hommes les plus détestés de la planète. Les condamnations se succèdent. Les accusations s’accumulent. Dans une grande partie de l’Occident, son nom est devenu synonyme de faute morale. Pourtant, là encore, une question élémentaire s’impose : que voulait-on qu’il fît ?

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Le 7-Octobre ne fut pas une bataille conventionnelle. Ce ne fut pas un affrontement militaire classique entre deux armées reconnaissables. Ce fut un massacre délibéré de civils. Des familles furent exterminées dans leurs maisons. Des enfants furent assassinés. Des femmes furent violées. Des vieillards furent enlevés. Des centaines d’otages furent entraînés dans les tunnels de Gaza. Aucun État au monde n’aurait accepté une telle attaque sans réagir. Aucun gouvernement démocratique n’aurait survécu politiquement à l’absence de réponse.

Mais l’on exige d’Israël ce que l’on n’exige d’aucune autre nation : qu’il mène une guerre sans guerre, qu’il neutralise ses ennemis sans les combattre, qu’il élimine une organisation armée sans toucher l’environnement humain dans lequel celle-ci a délibérément choisi de s’enraciner.

Récit moral

Comment mener une guerre contre un ennemi qui ne porte pas d’uniforme ? Comment distinguer en permanence le combattant du civil lorsque le combattant a précisément fait de cette confusion son principal avantage stratégique ? Comment détruire des centres de commandement installés sous des immeubles d’habitation, sous des écoles, sous des hôpitaux, sous des mosquées ? Comment protéger une population dont les dirigeants ont construit durant des années des centaines de kilomètres de tunnels non pour y mettre les enfants à l’abri mais pour y cacher leurs armes, leurs chefs et leurs combattants ?

Il existe à Gaza une réalité que beaucoup préfèrent ne pas regarder parce qu’elle dérange le récit moral auquel ils se sont attachés. Des milliards de dollars d’aide internationale ont été investis dans la construction d’infrastructures souterraines gigantesques. Ces tunnels auraient pu devenir des refuges pour les civils. Ils auraient pu protéger les enfants. Ils auraient pu servir à sauver des vies. Ils furent essentiellement conçus pour prolonger la guerre.

Rappeler ce fait n’efface évidemment pas la souffrance des civils palestiniens. Rien ne saurait effacer cette souffrance. Rien ne saurait rendre moins tragique le sort des innocents pris dans le conflit. Mais reconnaître cette tragédie n’autorise pas à supprimer l’autre moitié de la réalité, celle qui concerne la nature même de l’adversaire auquel Israël est confronté.

Ce qui frappe aujourd’hui n’est pas tant l’existence des désaccords que l’incapacité croissante de nos sociétés à penser le tragique. Nous voulons croire qu’il existe toujours une solution pure, une réponse impeccable, une voie qui préserverait simultanément toutes les exigences morales et tous les impératifs stratégiques. Nous refusons d’admettre que certaines situations historiques enferment les responsables politiques dans des alternatives douloureuses où chaque décision comporte sa part d’ombre.

Trump face à l’Iran. Netanyahou face au Hamas. On peut contester leurs choix. On peut considérer qu’ils se trompent. On peut même penser qu’ils commettent des fautes graves. Mais encore faudrait-il commencer par répondre honnêtement à cette question préalable, sans laquelle toute condamnation demeure une posture confortable : quelle autre décision aurait-il fallu prendre, et avec quelles conséquences ?

La formule de Corneille traverse les siècles parce qu’elle nous rappelle cette vérité fondamentale que notre temps préfère oublier : il est infiniment plus facile de juger ceux qui agissent que d’assumer soi-même la responsabilité de l’action. Avant de condamner les hommes confrontés aux contraintes du réel, il faudrait avoir le courage de regarder ce réel en face. Alors seulement nous pourrions mesurer toute la profondeur de cette interrogation qui demeure, aujourd’hui comme hier, sans réponse évidente : que vouliez-vous qu’ils fissent ?

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Léon XIV exhorte les universitaires à être «un phare d’unité dans un monde divisé»

À une époque souvent marquée par «la violence et une rhétorique acerbe», le Pape encourage les membres de la communauté universitaire, dans toute sa diversité, à continuer à être «des artisans de la paix véritable, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante, œuvrant pour l’harmonie entre les peuples». Léon XIV s'est ainsi exprimé lors de l'audience accordée ce jeudi 18 juin aux membres du Conseil d’administration de l’Université hébraïque de Jérusalem.

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Foot : place aux remplaçants

La Ligue 1 s’africanise, tandis que nos binationaux s’envolent pour jouer… en Afrique. Adieu le football du terroir, bonjour le mondialisme des crampons. C’est l’implacable verdict des statistiques.


Si le football est bien le miroir de la société française – miroir, mon beau miroir –, pourrait-on y lire ce que nos yeux voient mais que la morale réprouve ? Se plonger dans les chiffres de la Ligue 1 ou les statistiques des joueurs sélectionnables en équipe de France semble à la portée du premier venu. Il est toutefois probable que ce quidam jettera un voile pudique sur le résultat de ses recherches, afin de ne pas faire le jeu de qui vous savez. C’est une raison suffisante pour vous les livrer. Remontons jusqu’à la saison 1985-1986, période héroïque où le PSG allait fêter son premier titre de champion de France. À cette époque, 75 % des joueurs de Ligue 1 étaient français. Mondialisation et arrêt Bosman obligent – cette décision de justice qui mit fin aux quotas de joueurs locaux –, ils ne sont plus que 40 % aujourd’hui. Le football de clocher est mort et enterré. 60 % des athlètes qui gambadent sur les pelouses en 2026 sont nés ailleurs. Sur les 298 étrangers évoluant dans le championnat tricolore, 140 proviennent d’Afrique, presque la moitié. Il y a donc quasiment autant de joueurs africains (30 %) que de joueurs français en Ligue 1 (40 %) – et on ne parle ici que de nationalité et pas d’origine. Une recherche à partir des prénoms des joueurs de Ligue 1 indique néanmoins que 45 à 50 % d’entre eux sont porteurs d’un prénom d’origine africaine ou maghrébine.

Lorsqu’on se penche sur la sélection nationale, on observe un phénomène symétrique encore plus stupéfiant. En 1986, le lieu de naissance déterminait presque systématiquement la sélection nationale – du premier gardien au dernier attaquant, chaque licencié français se rêvait en Bleu. En 2026, tout a changé. Une large proportion – 60 % – de joueurs nés et formés en France choisissent désormais de représenter le pays de leurs parents.

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La CAN (Coupe d’Afrique des nations) est ainsi devenue, par l’effet de la double nationalité, une compétition largement française. En décembre 2025, lors de la dernière édition, on y comptait par exemple que 17 footballeurs anglais, alors que 140 des joueurs qui y ont participé étaient nés dans notre pays, donc français. La France se trouvait ainsi être curieusement la nation la plus massivement représentée au sein de cette compétition africaine. Représentée, si l’on peut dire, puisque ces athlètes avaient justement choisi de ne jamais porter les couleurs tricolores – soit par opportunisme sportif (le niveau des Bleus, trop élevé, ne leur permettant pas d’espérer une sélection), soit par fierté de leurs racines – un sentiment louable tant qu’il ne concerne pas l’Hexagone. Ce fut ainsi le choix de deux des fils de Zinédine Zidane, qui ont décidé d’intégrer les Fennecs, l’équipe nationale algérienne. Ils ont voté avec leurs crampons.

Le football offre donc une belle illustration d’une récente déclaration de Macron, satisfait de constater qu’il y avait chez nous « des jeunes qui étaient totalement Français et totalement Africains » – fascinante aporie qui conduit à penser qu’être 100 % Français, c’est désormais être 100 % Africain. L’attachement de cette jeunesse à la France ainsi qu’à ses « valeurs » ne sera pas questionnée, afin de ne pas faire le jeu de qui vous savez.

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June 17, 2026

Un bond dans l’azur

Toujours vaillante, jamais à court d’inventions et d’images oniriques, Carolyn Carlson crée une nouvelle chorégraphie avec une trentaine de danseurs du Ballet du Capitole de Toulouse.


Mais où est-il donc, cet azur qu’évoque le titre de la nouvelle chorégraphie de Carolyn Carlson imaginée pour le Ballet du Capitole de Toulouse Un Saut dans le bleu ? Ce bleu que l’on voit sur les affiches qui annoncent le spectacle au-dessus de la couronne comtale ornant les balcons du splendide palais municipal et vers lequel s’élance la silhouette séraphique d’une danseuse. Où est-il, ce bleu d’un ciel légèrement voilé, sinon dans l’âme de la chorégraphe, dans ces brumes informelles qui nourrissent la poésie dont elle aime à baigner ses ouvrages ?

Un bleu métaphysique

Car on attend vainement de le découvrir sur la scène de la Halle aux grains de la cité comtale où il n’apparaîtra en définitive qu’avec les costumes de ville d’un bleu claquant que portent trois interprètes. Mais ce n’est pas là le bleu carlsonnien. Le sien est métaphysique, il est celui de l’eau des océans, du ciel, des horizons lointains, de l’ineffable. Il est le bleu des pensées d’une âme rêveuse qui divaguent à l’infini.

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Le propos de Carolyn Carlson n’est pas d’une clarté éblouissante, il s’en faut de beaucoup. « Un Saut dans le bleu est un poème visuel en neuf séquences, une plongée artistique dans l’ironie et la folie de la condition humaine » écrit-elle. « L’art de bondir hors de soi-même dans l’âme du monde… Le titre est déjà une action, à voir et à explorer avec un esprit ouvert. Chacune des séances qui le composent sera créée afin d’offrir à l’imagination du public des visions poétiques des mystères de l’âme ». On y court donc à l’aventure, parmi des séquences qu’elle a baptisées : Fleurs d’amour ou de perte, Rêves et cauchemars, Oser sauter avec courage. Ou encore : Parcourir l’horizon de l’âge dans les temps futurs et Colère, compassion, joie et larmes dans un même souffle.

Un saut dans le bleu – Opéra national du Capitole. Photo: David Herrero.

Comme court l’eau d’un torrent

Fort sibyllines, parfois très théâtrales, soigneusement élaborées et mises en scène avec un savoir-faire achevé, les séquences suscitent un flot d’images fluides, immanquablement belles, qui s’écoulent comme court l’eau d’un torrent, toujours différentes, mais d’un style reconnaissable entre tous. On y relève au passage les traces fugitives des univers qui ont le plus marqué la chorégraphe, ceux d’Alwin Nikolaïs, de Pina Bausch, de Robert Wilson. Les chorégraphies de Carlson se déclinent comme un rêve perpétuel, révélant la quête insatiable et les interrogations d’une âme sans doute plus tourmentée qu’il n’y paraît. Pour baigner un Saut dans le bleu, quelques belles notes de l’accordéon de Michel Glasko et surtout des compositions agréablement envoûtantes écrites par Pierre Le Bourgeois pour un ensemble de 16 instruments à cordes et qui s’accordent bien à l’esprit d’un ouvrage qu’irisent les belles lumières de Guillaume Bonneau.  

L’un des plus beaux solos de l’histoire

Depuis plus d’un demi-siècle, depuis son apparition irréelle en 1973 sur la scène de l’Opéra, à Paris, dans l’un des plus beaux solos de toute l’histoire de la Danse,  Density 21,5, conçu sur une partition de Varèse, et surtout depuis sa nomination d’étoile-chorégraphe dans ce même Opéra de Paris où elle demeurera de 1974 à 1980, composant des spectacles à l’esthétique profondément novatrice au cœur d’une institution jusque-là très académique, Carlson aura exercé une influence qui irriguera l’ensemble de la danse contemporaine en France. Elle y fait depuis figure d’héroïne de la modernité. Une modernité qui paraît fort sage aujourd’hui, mais qui, en son temps, contribua fortement à bouleverser le paysage chorégraphique et les mentalités, et qui a fait d’elle la chorégraphe la plus populaire sans doute de ce pays.

Une douloureuse éviction

Après la douloureuse éviction du danseur étoile Kader Belarbi qui était à la tête du Ballet du Capitole de Toulouse, une éviction aux motifs obscurs et très suspects, laquelle fera bientôt l’objet d’un procès, le Ballet du Capitole a été placé entre les mains d’une artiste allemande, Beate Vollack. 

Née à Berlin, dans la zone écrasée par le totalitarisme, jamais, dans sa jeunesse, elle n’aurait pu imaginer qu’il lui serait un jour permis de diriger une compagnie de ballet dans une France que le pouvoir communiste décrivait aux Allemands de l’Est comme rongée par la pauvreté et la délinquance. Elle fait ses premiers pas de danseuse au sein du ballet de la Komische Oper, passe au Ballet de l’Opéra d’Etat de Bavière, à Munich, durant dix années au cours desquelles elle reprend avec grand succès le rôle de l’héroïne du ballet Giselle, le chef d’œuvre de Mats Ek. Puis elle est nommée chorégraphe attachée à ce même Opéra pour concevoir les parties dansées des ouvrages lyriques du répertoire. Elle dirige ensuite la Tanzkompanie du Théâtre de Saint-Gall, en Suisse alémanique, prend la tête du Ballet de l’Opéra de Graz, en Autriche orientale, avant de débarquer en septembre 2023 à Toulouse sans savoir alors un mot de français. C’est elle qui a convié Carolyn Carlson pour ce Saut dans le bleu qui sera repris lors de tournées futures.

Une politique artistique consensuelle

Avec un budget des plus modestes, mais doté tout de même de 35 danseurs hélas tributaires de salaires regrettablement médiocres, le Ballet du Capitole ne peut déployer que des ambitions limitées. Et dans cette ville magnifique à la municipalité très conservatrice, il ne saurait être question de manifester des velléités follement novatrices. Cela tombe bien. La directrice de ce Ballet du Capitole légitimement attaché à son identité de ballet classique, entend ne pas oublier un patrimoine chorégraphique français qui a été balayé à l’excès par la vague de danse contemporaine qui a submergé le pays sans trop de discernement et mettre à l’honneur l’environnement culturel de la troupe.

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Equilibre voulu entre danse académique et prudente ouverture vers une sage création contemporaine : la politique artistique du Ballet du Capitole se veut raisonnable et respectueuse. Cela donnera naissance, lors de la saison prochaine, à un spectacle inspiré par le roman d’Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires, où se conjugueront références au patrimoine littéraire français, danse néo-classique, roman de cape et d’épée, divertissement familial… De quoi enchanter sans doute la municipalité et préfigurer peut-être ce qui attend la culture en France avec la montée irrépressible de la droite.

Un saut dans le bleu – Opéra national du Capitole. Photo: David Herrero.

Le Ballet du Capitole de Toulouse se produira dans les mois qui viennent avec le ballet Coppélia au Grand Théâtre de Provence d’Aix en Provence du 15 au 17 janvier 2027 ; à l’Opéra de Massy les 23 et 24 janvier ; au Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison les 28 et 29 janvier ; au Théâtre impérial de Compiègne les 4 et 5 février.

Mais aussi au Grand Théâtre de Brescia, en Lombardie, les 7 et 8 novembre 2026 et au Teatro Lirico de Cagliari, en Sardaigne, du 13 au 17 février 2027.

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Pourquoi allumer un cierge à Lourdes ?
À Lourdes, les cierges sont bien plus que de simples sources de lumière. Ils sont des symboles de foi et d'espérance, des messagers silencieux de nos prières à la Vierge Marie.
CNews au piquet: l’Arcom invente la météo des opinions au doigt mouillé

L’Arcom met en demeure CNews de se conformer à ses obligations de pluralisme. Selon le régulateur, il y aurait « un déséquilibre manifeste et répété » des opinions sur la chaîne. Elisabeth Lévy revient sur cette décision dans sa chronique.


L’Arcom réprimande la chaîne CNews pour manquement au pluralisme1. C’est une décision qui aggrave le contrôle éditorial des télévisions par l’État. L’étape d’après, c’est la vérité officielle. Donc la censure pour ceux qui ne la respecteront pas.
Au départ de cette affaire, il y a le mouchardage de Reporters sans frontières. Une organisation de défense de la liberté de la presse dénonce un média privé. Original !
En 2024, le Conseil d’État en profite pour sortir un nouveau lapin de son sac. Au-delà de l’équilibre des temps de parole politiques déjà mesuré, les médias audiovisuels sont désormais astreints au respect du « pluralisme élargi » — c’est-à-dire à la représentation équilibrée des opinions.
Faute de pouvoir ficher les intervenants, on évaluera les interventions grâce à la célèbre méthode du doigt mouillé.

Après 168 heures de visionnage du canal 14, nos juges ont fait les deux découvertes suivantes:

  • CNews a une ligne éditoriale. De droite. Et il n’y a pas assez de contradiction. Ne pourrait-on pas dire la même chose de nos confrères de Quotidien ? Exemple donné : il y a une quasi-unanimité sur les plateaux observés pour critiquer les magistrats. C’est amusant, car chez les Français aussi, il semble qu’il y ait une quasi-unanimité. Vont-ils être mis en demeure de mieux penser ? L’Arcom pointe aussi le lien fait entre immigration et délinquance sur la chaîne. Ce n’est pourtant pas une opinion mais un fait attesté par la surreprésentation des étrangers dans les prisons. Même si, bien sûr, on peut l’analyser de mille façons. L’équilibre souhaité par le gendarme de l’audiovisuel exige-t-il que quelqu’un nie les faits ? Si tel est le cas, il faudrait aussi des climatosceptiques sur tous les plateaux…
  • Certains sujets sont plus traités que d’autres sur CNews — ça s’appelle la hiérarchie de l’information. Tous les médias le font. L’Arcom va-t-elle décider demain quel sujet doit faire la une ? Et pourquoi pas, en interdire certains ? CNews parlerait trop d’immigration et d’islam. Après tout, peut-être que les autres n’en parlent pas assez.

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On peut encore critiquer les choix éditoriaux de CNews, me répliquerez-vous ! Évidemment. Et même choisir de ne pas la regarder.
Mais qui peut vraiment mesurer le pluralisme ? Le pluralisme n’est pas une affaire de comptage mais d’état d’esprit, et il ne brille pas chez ceux qui prétendent le garantir. « On ne juge pas les opinions » nous disent-ils. Tu parles. Sur CNews, notent les juges de l’Arcom, on pense que LFI est plus responsable de l’antisémitisme que le RN. Cela les gêne. Si c’était le contraire, comme on le dit dans beaucoup d’autres médias, seraient-ils aussi gênés ? Enfin, ils critiquent ensuite le tropisme russe de la chaîne info. Personnellement je ne l’aime guère, mais je me battrai pour qu’il puisse s’exprimer, car nous sommes dans un pays libre. Si toutes les opinions sont vraiment à égalité, comme ils le disent, les membres de l’Arcom reprocheront-ils à LCI son tropisme ukrainien, et à France Inter sa croisade permanente contre la supposée extrême droite ? En réalité, l’exigence de pluralisme (élargi, étendu…) devrait s’imposer aux seuls médias publics financés par tous les citoyens. Et les autres médias rester simplement soumis à la loi (pas de diffamation, pas de racisme, etc.).

Confier à une autorité administrative indépendante, c’est-à-dire à des fonctionnaires qui ne rendent jamais de comptes, un droit de regard sur la ligne éditoriale des médias, c’est créer une véritable police des idées et piétiner la liberté d’expression. La gauche applaudit, car la gauche aime aujourd’hui surveiller et punir, surtout CNews. On dirait que la chaîne de Vincent Bolloré terrifie le camp du Bien. Malgré ses défauts, c’est peut-être la preuve qu’elle est indispensable.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth dans la matinale les mardis, mercredis et jeudis, après le journal de 8 heures.

  1. https://www.arcom.fr/presse/pluralisme-des-courants-de-pensee-et-dopinion-mise-en-demeure-de-cnews ↩�

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La Comece s'inquiète du nouveau règlement européen sur les retours des migrants

Le Parlement européen a approuvé ce 17 juin un nouveau règlement sur les rapatriements avec 418 voix pour, 218 contre, 30 abstentions. La Comece exprime son inquiétude dans un communiqué signé par son président, Mgr Crociata. Ce dernier rappelle la nécessité de toujours respecter la dignité humaine, les droits fondamentaux, le droit d’asile et la protection de l’unité familiale. Il invite à promouvoir la protection des plus vulnérables.

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Le Saint-Siège exhorte à une «culture de la négociation» pour construire la paix

Dans son intervention lors de la 62e session du Conseil des droits de l’homme, Mgr Ettore Balestrero, observateur permanent auprès des Nations unies et d’autres organisations internationales à Genève, a fait savoir que «la multiplication des conflits réduit les financements destinés au développement». «Le coût réel de tout cela pèse sur les pauvres et les personnes dans le besoin», a-t-il ajouté.

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Affaire El Feki/Bergeaud-Blackler: quand l’université est saisie par le prétoire

L’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, connue pour ses travaux sur l’influence des Frères musulmans dans les institutions françaises, a été relaxée jeudi dernier à Strasbourg. Elle faisait face à un procès en diffamation intenté par une doctorante que la chercheuse accuse de servir de relais à l’entrisme islamiste. Analyse.


Le 11 juin 2026, une salle du tribunal judiciaire de Strasbourg devait accueillir un débat. Des témoins étaient là, les écritures avaient été échangées, l’affaire était prête à être examinée au fond. Et puis, en quelques minutes, tout s’est dérobé : la procédure a été annulée ! Chacun est reparti avec son récit, ses certitudes et au fond presque rien d’autre. Le parquet avait élargi les poursuites, la défense dénonçait une atteinte aux droits, et le procureur lui-même reconnaissait la fragilité du dossier. Personne n’a vraiment gagné. Personne n’a vraiment perdu. Il ne s’est rien passé et c’est précisément ce « rien » qui mérite d’être regardé de près.

Rappelons les faits, puisqu’ils sont publics. Le 4 mars 2025, Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue et chargée de recherche au CNRS, figure très présente dans le débat sur l’islamisme, publie sur le réseau social X un message visant nommément Iman El Feki, doctorante en sociologie à l’Université de Strasbourg. Elle l’inscrit dans une supposée « idéologie frériste » qui, selon elle, aurait gagné l’université française depuis des années, sans jamais dire clairement ce qui rattacherait précisément cette doctorante à une telle mouvance.

Or, la thèse d’El Feki porte sur la prévention de la radicalisation en milieu pénitentiaire ; son accès aux établissements a été validé par plusieurs niveaux administratifs et son financement rattaché à un dispositif placé auprès du Premier ministre. La doctorante dépose plainte en diffamation. Quinze mois plus tard, le 11 juin 2026, la procédure s’effondre sur un vice de forme. Mme Bergeaud-Blackler parle de « victoire » contre « une procédure à motif idéologique » ; El Feki annonce de nouvelles poursuites et fait état de menaces de mort. Le savoir, lui, n’a été dit nulle part.

Le débat a-t-il fui l’université ?

C’est sans doute le premier point à retenir, et il est difficile de le contester : il n’y a pas eu de jugement sur le fond. Mais il faut aller un peu plus loin que cette évidence. Le débat qui aurait dû avoir lieu, celui, délicat mais nécessaire, de la frontière entre engagement militant et rigueur scientifique, n’a pas disparu par hasard de l’espace universitaire. Il a été déplacé. Le débat qui aurait dû avoir lieu – celui, redoutable et nécessaire, de la frontière entre l’engagement militant du chercheur et la rigueur de son travail, ce débat n’a pas quitté l’université par accident. Il l’a quittée parce qu’on a choisi de le porter ailleurs.

D’abord de l’amphi et de la revue savante vers le réseau social, où l’on ne discute pas une thèse mais où l’on désigne une personne. Puis du réseau social vers le tribunal, où l’on ne cherche pas à savoir qui a raison mais à faire condamner. Et à mesure que ces déplacements se succèdent, une question s’impose : est-ce vraiment au juge de trancher le fond des controverses intellectuelles ?  Le tribunal sait dire si une phrase est diffamatoire. Il ne saura jamais dire si une thèse universitaire est juste ou fausse, ce n’est ni son ADN ni son rôle, et ce ne doit pas l’être. Porter ce désaccord devant un juge revenait donc à le confier à la seule instance incapable, par définition, de dire qui avait raison sur le fond. La question des idées, elle, restait entière !

Cette indécision n’est pas un raté de l’affaire, elle en est le ressort. Elle privilégie mécaniquement celui qui a compris que, dans le monde où nous vivons, la partie ne se joue plus là où on le croit. Il existe deux manières de l’emporter dans une controverse intellectuelle. La première, la voie classique, est celle de la démonstration: on expose ses arguments, on les soumet à la contradiction des pairs, on publie, on convainc et l’on gagne parce que nos arguments sont solides. La seconde, devenue la règle à mesure que le débat migre vers les écrans, est celle de la visibilité : on n’a pas besoin d’avoir raison, il suffit d’exister fortement et bruyamment dans l’espace public (numérique), d’occuper l’attention, d’incarner une cause. Dans le premier cas, la démonstration cherche la vérité « scientifique » ; dans le second cas, la visibilité cherche l’audience. Et quand un litige se règle au tribunal sans verdict sur le fond, c’est la logique de la visibilité qui rafle la mise, puisque rien n’a été prouvé, mais que tout a été vu !

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Voyez alors qui sort « renforcé » de cette séquence du 11 juin 2026. Ce n’est pas Florence Bergeaud-Blackler, qui l’emporte sur le plan de la forme juridique mais demeure l’égérie d’un pôle idéologique qu’une large part du monde universitaire tient à distance ; sa victoire de procédure ne lui gagne aucun cœur qu’elle n’avait déjà. C’est Iman El Feki qui, n’ayant pas perdu (et ne pas perdre, ici, c’est déjà gagner), gagne en visibilité publique ce que le tribunal ne lui accorde pas (ou pas encore). Personne ne pourra jamais lui dire qu’elle a perdu son procès, puisqu’il n’y a pas eu de procès. Dans l’économie de l’attention, l’absence de verdict vaut acquittement permanent.

Le récit qui sort consolidé de l’affaire est, dès lors, celui qui se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux et qui n’avait justement besoin d’aucune preuve pour s’imposer : pour un camp, tout questionnement de l’islamisme à l’université ne serait qu’une islamophobie déguisée en vigilance républicaine ; pour l’autre, tout intérêt académique pour la religiosité islamique ne serait que capitulation devant l’islam et abandon de la laïcité. Telle est l’ironie de cette affaire : en attaquant sur le terrain judiciaire et médiatique plutôt que sur celui des idées, on nourrit précisément les deux grammaires victimaires que chacun, d’un côté au nom de la vigilance contre l’entrisme, de l’autre au nom de la laïcité, prétendait pourtant défaire.

Et l’État ?

L’État, c’est lui qui finance, encadre et surveille tout ce dispositif à la fois. C’est ici que l’affaire, par un détail, touche au plus profond. Le camp Bergeaud-Blackler avance un grief – qu’il faut manier avec des pincettes, car il n’est pas établi et n’est pour l’heure qu’une affirmation d’une partie : l’Université de Strasbourg aurait pris en charge 1800 euros d’honoraires d’avocat pour El Feki, alors que son statut de doctorante contractuelle ne l’y aurait pas rendue éligible.

Admettons, le temps d’un raisonnement et sans rien préjuger, que le fait soit avéré. La somme est dérisoire, mais c’est précisément ce qui la rend précieuse à l’analyse. Personne ne se compromet pour 1800 euros. Ce qui se jouerait alors n’est pas l’argent, mais le sens de la décision : au nom de quoi une institution publique engage-t-elle ses moyens dans le procès d’une chercheuse contre une autre ?

Ce geste (financer) peut procéder de quatre mobiles opposés, sans qu’on puisse les départager de l’extérieur. Il peut relever du corporatisme : un corps qui ferme les rangs en parant le « clan » des couleurs de l’intérêt général. Il peut être lié à une certaine conception du bien public, c’est-à-dire l’idée, défendable, que protéger l’intégrité d’un chercheur attaqué relève d’un principe supérieur, même lorsque le statut ne le prévoit pas. Mais il peut tout aussi bien traduire autre chose : une forme de réflexe administratif : ni clan ni vertu, mais l’inertie d’un service qui applique un dispositif sans trop chercher à connaitre le bien-fondé des choses. Il peut enfin relever d’un réflexe défensif : non pas protéger la doctorante, mais se prémunir soi, anticiper la campagne (toujours les réseaux), payer pour ne pas avoir à affronter le récit qu’on redoute de voir s’écrire contre soi, celui d’une université qui aurait abandonné une doctorante parmi ses équipes de recherche.

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Quatre mobiles, un seul acte visible mais aucun moyen de trancher. L’État qui agit ainsi est-il la machine froide et neutre que décrivait Hobbes, planant au-dessus des factions ? Ou n’est-il qu’une coquille dont s’emparent ceux qui, à l’instant, en tiennent les leviers ? La vérité est sans doute qu’il est les deux à la fois, neutre dans son principe et capturable dans son fonctionnement, et que cet écart n’est pas une maladie à guérir mais l’espace même où vit tout État moderne.

Par ailleurs, cet État qui finance la recherche sur la radicalisation, ouvre à des chercheurs l’accès aux prisons, cherche à comprendre les milieux qu’il observe est le même qui surveille, légifère, ordonne des fermetures administratives et dissout. On ne prévient pas ce qu’on ne comprend pas, et l’on ne comprend qu’en s’appuyant sur ceux-là mêmes que l’on tient sous regard. Dès lors, le principe qui justifierait de protéger El Feki, chercheuse et agent de la recherche publique, justifierait tout autant de protéger Bergeaud-Blackler, chercheuse elle aussi, agent de l’État elle aussi. Voilà un État sommé de protéger des serviteurs qui s’affrontent, et dont chaque geste en faveur de l’un est perçu mécaniquement comme un geste contre l’autre.

Entre ciel et terre…

Au-delà, cette affaire, par un effet de loupe, en dit beaucoup d’un basculement plus profond qui s’opère à bas bruit. Si une doctorante peut, par une plainte et l’écho qu’elle rencontre, occuper à elle seule l’espace public et incarner une cause, c’est que l’autorité, dans l’islam de France, est en train de changer de mains. Pendant des décennies, c’est la mosquée qui produisait le sens : on s’y rendait pour prier, mais aussi pour comprendre, pour situer sa place dans la cité, pour entendre une parole qui dit, ordonne et pense le monde. Ce magistère-là s’effrite doucement mais sûrement.

Certes, on continue d’aller à la mosquée pour le rite, pour ce que la prière a d’irremplaçable, ce retrait du monde et cette présence intime à Dieu. Mais pour comprendre l’état du monde, pour savoir contre quoi s’indigner et au nom de quoi, on écoute désormais ailleurs. La mosquée a gardé le ciel, mais elle a cédé la terre !

Le déplacement se fait en douceur vers ce qu’on pourrait appeler l’entrepreneur de cause (le militant, l’influenceur, le porte-parole, le collectif) et ce déplacement tient à une asymétrie de coût qu’on ne mesure pas assez. Bâtir une mosquée peut prendre des décennies, exige une énergie quotidienne folle, expose à une responsabilité écrasante : qu’un imam dérape et c’est l’institution entière que l’État peut fermer. L’entrepreneur de cause, lui, n’a besoin que d’un smartphone. Il peut être partout sans être nulle part, il agit dans un espace peu codifié, peu contraignant, presque gratuit. S’il dérape, son avocat (commis d’office généralement ou militant du prétoire lui-même) invoquera la liberté d’expression, sinon un communiqué d’« excuses » suffira pour solder l’affaire. Si l’autorité héritée et institutionnalisée est lourde, visible et sanctionnable, l’autorité conquise, elle, est en revanche légère, liquide, mobile, presque irresponsable.

De l’imam au porte-parole, du mandat institué à la visibilité acquise, le centre de gravité se déplace. C’est une hypothèse de travail, non un verdict, car ce mouvement mérite mieux qu’un constat asséné : il appelle une enquête. Mais l’affaire El Feki contre Bergeaud-Blackler en est, vraisemblablement, l’un des symptômes les plus nets.

Que reste-t-il, au terme ? Une affaire qui n’a rien tranché et qui a tout exposé. Si l’université ne sait plus répondre à ses désaccords que par le tribunal et le réseau social, c’est sa fonction même qui s’efface : produire du savoir contradictoire, c’est-à-dire la confrontation des idées sans l’affrontement des personnes.

On peut s’opposer résolument à une thèse et défendre, dans le même mouvement, le droit de celui qui la soutient à entrer dans l’enceinte et à parler. C’est cela, l’université. En tant que champ de pouvoir, ce qui la menace n’est pas le conflit, qui lui est consubstantiel, mais la mutation du conflit : quand on cesse de débattre pour se battre, quand on ne réfute plus une idée mais on cherche à disqualifier celui qui la porte, simplement parce qu’il est l’adversaire.

Au fond, la question n’est peut-être même plus de savoir qui a gagné, mais de mesurer ce que perd une société qui demande à un juge de penser à sa place !

Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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Iran: l’obscène jubilation des anti-Trump

Le deal, qui semble un peu bâclé, de Trump avec les Iraniens suscite la curieuse satisfaction de beaucoup en France. Ce soir, le président américain sera reçu en grande pompe sous les dorures de Versailles pour « un dîner de travail », selon l’Elysée…


La propagande iranienne a ses alliés naturels : les médias français se bousculent pour désigner Donald Trump en grand perdant dans la guerre lancée le 28 février et suspendue le 14 juin. Son échec est-il aussi évident ? La veille de l’accord, l’ex-ambassadeur Gérard Araud daubait mondainement à l’antenne de LCI sur l’idée saugrenue que les Iraniens puissent signer la paix le jour anniversaire du président américain. Pourtant, c’est bien ce « cadeau » qui a été fait à Trump. Le geste devrait être confirmé vendredi, à Genève. Le texte prévoit notamment, outre le cessez-le-feu, le rétablissement de la libre circulation dans le détroit d’Ormuz et l’engagement des mollahs à renoncer à l’arme nucléaire. Soixante jours sont programmés pour consolider ces promesses. 

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Tout reste fragile. Néanmoins, Le Monde daté de ce mercredi rend compte de la protestation des conservateurs du régime face à ce rapprochement entre les Gardiens de la révolution et les Etats-Unis. Lors de sa poignée de mains avec Trump, lundi au G7 d’Evian, Emmanuel Macron a gardé avec désinvolture sa main gauche dans la poche tandis que l’Américain, visage fermé, ne lui accordait pas un regard. Le dîner de gala prévu ce mercredi à Versailles détendra-t-il l’atmosphère ? La diplomatie française n’est pas la dernière à avoir pris ses distances avec les Etats-Unis et à souligner non sans plaisir leur humiliation. Certains macroniens soutiennent, à l’instar de Valérie Hayer en mars : « Les Etats-Unis, sous Trump, ne sont plus nos alliés ». La France capitularde ne cache pas non plus son hostilité à l’égard d’Israël. Au salon mondial de la défense et de la sécurité Eurosatory, à Paris, une douzaine d’entreprises israéliennes ont été dissimulées par des palissades sur ordre des pouvoirs publics, dans la mise en scène obscène d’une hostilité à l’Etat juif.

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Une lâcheté poisseuse ressort des jubilations de la France et de l’Union européenne. Rien n’est plus convenu que de se désolidariser des Etats-Unis et d’Israël, à la satisfaction du régime apocalyptique de Téhéran et des islamofascistes qui pavanent sur les réseaux sociaux. Il est certes navrant que la dictature chiite tienne encore, en dépit des 24000 frappes de la guerre des 100 jours. L’histoire dira si Trump n’a pas fait l’erreur d’interrompre l’offensive et d’avoir pris ses distances in fine avec la radicalité de Benyamin Netanyahou. Cependant, le peuple iranien opprimé est le seul juge de cette intervention, pour l’instant décevante. « L’effet drapeau » qu’avancent des commentateurs paresseux pour suggérer une solidarité de la société civile avec ses dirigeants attaqués est une farce. Les Iraniens oubliés demeurent les premiers opposants à leurs bourreaux. Or ceux-ci ont été, malgré tout, sévèrement atteints. Pour sa part Israël, Etat paria s’il en est, a fait voir au monde ce qu’était la force d’une petite nation renaissante décidée à sauver sa peau. Le courage de l’Etat hébreu, qui veut briser le Hezbollah après le Hamas, fait ressortir la pétainisation de la France, prête aux compromissions avec l’islam totalitaire et conquérant. Il est reposant d’accabler en chœur les deux dirigeants occidentaux qui ont osé combattre l’islam obscurantiste et ses collaborateurs. Il serait plus responsable de les remercier d’avoir entamé, même maladroitement, le sale boulot.

La révolution des oubliés

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Accord États-Unis-Iran, Léon XIV exprime sa satisfaction

À l'issue de l'audience générale, avant de s’adresser aux pèlerins de langue italienne, le Pape a salué la conclusion de l'accord qui sera signé le 19 juin à Lucerne entre les USA et l’Iran. Il a exprimé sa gratitude envers les pays qui l'ont favorisé, et sa tristesse en ce qui concerne le conflit qui «s'étend» en Ukraine. L’évêque de Rome lance un appel à «ouvrir des voies de dialogue et à éteindre la haine» pour que prenne fin le conflit ukrainien.

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Game of Trônes outre-Manche: le «Roi du Nord» délogera-t-il Starmer du 10 Downing Street?

Au Royaume-Uni, tous les yeux sont rivés sur la circonscription de Makerfield, où l’on vote demain. Le résultat de ce scrutin local va sceller l’avenir politique de Keir Starmer. Jeremy Stubbs raconte.


Makerfield. Jusqu’à maintenant, le nom de cette circonscription (qui n’est pas le nom d’une ville) située dans le Grand Manchester, à l’ouest de la métropole dans la ville moyenne de Wigan, assez proche de Liverpool, était parfaitement inconnu de la plupart des Britanniques. Pourtant, l’élection intermédiaire qui y aura lieu, jeudi 18 juin, sera d’une importance historique. D’abord, parce que l’avenir politique du Premier ministre travailliste, sir Keir Starmer, dépend du résultat. Si le candidat travailliste (je dis bien travailliste) est élu, Starmer sera, en toute probabilité, obligé de quitter le 10 Downing Street quelques jours après.

Et son départ aura sans doute des conséquences pour le destin du pays. Deuxièmement, c’est un test pour le parti de Nigel Farage, Reform UK, au niveau national. Si son candidat gagne, ce sera un nouveau signe que le vieux système des deux partis – travailliste et conservateur – appartient au passé. En ce moment, Reform UK n’a que huit élus à la Chambre des Communes, mais se trouve largement en tête dans les sondages nationaux, avec 26% d’intentions de vote, contre 18% pour les Travaillistes et 18% pour les Conservateurs. Une victoire à Makerfield montrerait que la popularité actuelle de Reform auprès de l’électorat britannique n’est pas le résultat d’un mouvement d’humeur passager, et que les deux partis traditionnels ont tout à craindre des prochaines élections nationales, qui auront lieu au plus tard en 2029.

Andy versus Keir

La tenue d’une élection intermédiaire dans cette circonscription qui est un bastion travailliste depuis sa création en 1983, n’est pas la conséquence du décès de l’élu ou d’une démission provoquée par quelque scandale. Le député en question, Josh Simons, qui a gagné confortablement lors des élections en 2024, a démissionné exprès pour permettre à celui qui, jusqu’à présent, a été le maire de Manchester, Andy Burnham (notre photo), de se faire élire à la Chambre des Communes. Et ce, afin qu’il puisse évincer Keir Starmer à la tête du parti et du pays. Car M. Burnham, très populaire auprès des militants et des électeurs de gauche, a toutes les qualifications pour défier Starmer et lui ravir les clés du 10 Downing Street, mais, selon les règles du Parti travailliste, seul un élu parlementaire peut prétendre au statut de chef de gouvernement. Une élection intermédiaire a déjà eu lieu cette année, dans une autre circonscription du Grand Manchester, Gorton et Denton. Provoquée cette fois par la démission d’un élu travailliste après un scandale, beaucoup de militants espéraient que Burnham serait sélectionné comme candidat, mais Starmer, craignant les conséquences, avait bloqué la demande du maire de Manchester. A la fin, les Travaillistes ont perdu cet autre bastion, leur candidate n’arrivant qu’en troisième position derrière les Greens (le parti écologiste propalestinien), et Reform. Dans le cas de Makerfield, le pouvoir du Premier ministre au sein du parti est entretemps devenu si faible que cette fois il n’a pas pu empêcher la candidature de Burnham.

Si, pour une majorité des élus et militants travaillistes, il y a urgence à remplacer Starmer, c’est parce que sa côte de popularité auprès de l’électorat a atteint un nadir, entraînant tout le parti vers le bas. Les différents scrutins tenus au mois de mai en ont fait la démonstration. Lors des élections au parlement gallois, qui depuis sa création était dominé par les Travaillistes, ces derniers ont été laminés, perdant 35 sièges pour tomber à un total de neuf. Les nationalistes gallois sont arrivés en tête avec 43 sièges et Reform, qui n’avaient que deux élus, est arrivé en deuxième position avec 34. Au parlement écossais, toujours dominé par les nationalistes, les Travaillistes ont perdu quatre sièges, leur donnant un total de 17, mais Reform, qui contestait ces élections pour la première fois, est arrivé à 17 aussi. En Angleterre, où il y avait des élections locales, les Travaillistes ont perdu 1 498 sièges de conseiller municipal, et c’est encore Reform qui a profité de cette déroute, passant de deux sièges à 1 454. 

Partout les électeurs, quand on les interroge, citent leur désamour pour Starmer comme un des motifs principaux de leur désamour pour le « Labour ». Certes, tout n’est pas la faute de M. Starmer, mais ses actions ont terni son image et il reste responsable pour un programme économique qui produit très peu de résultats. Ayant promis de ne pas augmenter les impôts ou la TVA, le gouvernement travailliste a été obligé, pour financer ses dépenses, d’augmenter les charges sociales des employeurs, ce qui a eu un effet paralysant sur l’embauche, l’investissement privé et la croissance. Bien que M. Starmer et ses ministres aient compris combien le public est inquiet face à la porosité des frontières du pays, les Travaillistes ne sont pas arrivés à enrayer l’immigration clandestine à travers la Manche. Et au moment où la situation géopolitique oblige les démocraties européennes à se réarmer, Starmer a refusé d’allouer suffisamment de fonds au budget des forces militaires, provoquant la démission, la semaine dernière, de son ministre de la Défense et du ministre des Armées. Sur le plan du leadership, Starmer a acquis la réputation d’un homme qui fuit la responsabilité. Depuis l’automne 2025, il fait l’objet de vives critiques pour sa gestion de l’« affaire Mandelson ». La nomination hâtive au poste d’ambassadeur à Washington de cet ancien ministre de Tony Blair et de Gordon Brown, qui avait déjà dû démissionner deux fois au cours de sa carrière, s’est transformée en scandale national quand les « archives Epstein » ont révélé non seulement qu’il existait des relations chaleureuses entre le millionnaire pédocriminel et Mandelson, mais aussi que ce dernier avait partagé des informations confidentielles avec son ami quand il était au gouvernement en 2009 et 2010. La réponse de Starmer a été de forcer une série de conseillers et de fonctionnaires à démissionner, plutôt que d’endosser lui-même la responsabilité, sapant ainsi son autorité dans « Whitehall », le surnom qu’on donne au milieu des hauts fonctionnaires.

Quoique de plus en plus fragilisé, et malgré des appels à démissionner en provenance de certains de ses propres députés et ministres, Starmer a toujours refusé de partir. L’exemple du désastre électoral des Conservateurs en 2024, qui a suivi les démissions forcées de Boris Johnson et de Liz Truss, a découragé les mouvements de révolte au sein du Parti travailliste, mais un consensus général a fini par s’installer autour du maire de Manchester, considéré comme plus charismatique, compétent et populaire que Starmer. La personnalité insipide et sans relief de ce dernier, sa rigidité de juriste-bureaucrate, étaient suffisantes quand il s’agissait de mater l’extrême-gauche corbyniste qui avait perdu les élections de 2019 ou d’exploiter l’impopularité des Conservateurs lors des élections de 2024. Mais pour conduire le pays à travers les écueils économiques et géopolitiques actuels, Starmer s’est révélé – à part quelques petits succès au début de ses relations avec Trump – en-dessous de tout. Depuis un mois, son mandat de Premier ministre est en sursis. L’opération travailliste à Makerfield a pour seul objectif d’y mettre fin.

« Andy pour nous »

Qui est l’homme censé remplacer Starmer après une victoire putative le 18 juin ? Originaire de Liverpool, catholique, aujourd’hui âgé de 56 ans, Andy Burnham a étudié à Cambridge avant de commencer une ascension accélérée au sein du New Labour, l’avatar du Parti travailliste mis au point par Tony Blair et Gordon Brown qui a gouverné le Royaume Uni entre 1997 et 2010. M. Burnham a été le député de la circonscription de Leigh, tout près de Makerfield, entre 2001 et 2017. Les gouvernements Blair et Brown lui ont confié successivement plusieurs rôles ministériels. Il est monté jusqu’au rang de secrétaire d’État à la Santé entre 2009 et 2010. Il a fait deux tentatives pour devenir lui-même leader du parti, en 2010 et surtout 2015, quand il est arrivé en deuxième position derrière Jeremy Corbyn. Figure de la gauche modérée, Burnham n’avait pas d’atomes crochus avec les « corbynistas ». C’est à ce moment qu’il décide que la vie politique à Londres (on dit à « Westminster ») n’offre pas suffisamment de perspectives pour un homme comme lui, et en 2017 il se présente à l’élection pour la mairie de Manchester, remporte une victoire notable et ne se représente pas aux élections parlementaires de cette année-là. Les commentateurs attribuent ce changement de direction à son instinct sûr et à l’acuité de son jugement politique. Il fait grand cas de son choix de relever les défis du nord de l’Angleterre, considéré comme désavantagé par rapport au sud où se concentrent les richesses et le pouvoir. Grâce à son prédécesseur à la mairie, Manchester est en pleine expansion. M. Burnham continue le travail, en remportant un grand succès par sa réorganisation du système de transports publics, fondée sur un partenariat public/privé. Lors du Covid, il mène campagne pour attirer plus de fonds publics dans sa région. Sa réussite, partielle mais réelle, le fait surnommer « le Roi du Nord ». A la différence d’autres Travaillistes, Burnham a ordonné, dès son élection en 2017, une commission d’enquête régionale au sujet du phénomène des « grooming gangs », et en janvier 2025 il a appelé à la création d’une commission nationale. Réélu maire en 2021 et 2024, sa cote de popularité est telle que, lorsque l’étoile de Starmer commence à vaciller à l’automne 2025, son nom commence à être cité partout en tant que remplaçant potentiel. Le premier obstacle à surmonter, c’était la recherche d’un siège de député. Le suivant, ce sera de remporter la victoire à Makerfield. Le troisième, et peut-être le plus facile, sera de récolter assez de signatures de députés travaillistes pour destituer Starmer et ensuite se faire élire à sa place, en battant son seul rival, Wes Streeting, ministre démissionnaire du gouvernement de Starmer. Mais le quatrième, et la plus difficile, ce sera de prendre les rênes du pouvoir au niveau de l’État à un moment de crise interne et internationale.

Le « Roi du Nord » saura-t-il faire la transition du niveau régional au niveau national ? A Makerfield, sa campagne – dont le slogan est « Andy for us » (« Andy pour nous ») – est axée sur des questions locales, comme s’il ne cherchait pas à être élu à la tête du pays. En même temps, il y a comme un clin d’œil portant un message à peine subliminal : « Ce que je peux faire pour la circonscription, je peux le faire aussi pour la nation ». Car Andy prétend que sa manière de gérer sa ville est guidée par une philosophie qu’il appelle « Manchesterism ». Ce terme existait déjà : il désignait un mouvement intellectuel au XIXe siècle qui militait en faveur du libre-échange. M. Burnham ne se veut pas aussi libéral, mais il se réclame d’une forme de socialisme parfaitement compatible avec le commerce et l’entrepreneuriat – ce qu’il appelle en anglais un « business-friendly socialism ». Le programme évoqué reste assez flou. Les Britanniques ont de grands problèmes avec les services d’utilité publique comme l’eau et l’électricité, privatisés il y a longtemps par les Conservateurs. Andy se dit en faveur d’un plus grand contrôle public sans spécifier ce qu’il veut dire. Sa réussite avec les transports publics de Manchester est fondée sur une coopération très particulière entre le gouvernement local et des entreprises privées, mais cette solution ne serait pas tout simplement transposable dans un autre contexte. Sur les grandes questions qui ont divisé les élus nationaux, M. Burnham a la réputation d’être une girouette (on dit en anglais, « he flip-flops », du mot pour « tongs »). D’abord opposé à toute distinction juridique entre femmes biologiques et femmes trans, il embrasse le jugement de la Cour suprême en 2025 qui définit une femme sur le plan légal selon la biologie. Il était en faveur de prestations sociales pour tous les immigrés ayant un visa ; il est maintenant contre. Autrefois, il était pressé de voir le Royaume Uni revenir au giron de l’UE ; maintenant, il l’est beaucoup moins. Il était enthousiaste à l’égard du mouvement BLM ; il a cessé de l’être depuis. Il a fait preuve de dédain à l’égard du marché des obligations gouvernementales ; aujourd’hui, il proclame son respect pour une gestion prudente de l’emprunt public. Selon les critiques d’Andy, s’il était Premier ministre, le résultat ne serait que du Starmer avec une couche de charisme en plus…

Rupert versus Nigel

Si Reform est loin devant les autres partis dans les sondages nationaux, son candidat ne devrait-il pouvoir gagner à Makerfield, en répétant le succès des élections de mai ? Il n’en est rien, car cette fois le parti de Farage doit compter avec un rival encore plus à droite, encore plus populiste que lui, Restore Britain. Ce parti a été fondé officiellement en mars cette année par le député parlementaire, Rupert Lowe, après une querelle acharnée entre M. Farage et cet ancien membre de Reform UK. Leur dispute a couvé en 2024, avant d’exploser publiquement au début de 2025. Lowe a critiqué Farage violemment, le trouvant trop mou face à l’immigration incontrôlée et la criminalité. Farage est allé jusqu’à dénoncer Lowe à la police, en l’accusant d’avoir proféré des menaces à l’égard du président de Reform, Zia Yusuf. Lowe, qui a reçu le soutien public d’Elon Musk, utilise les mêmes méthodes que Farage, postant des vidéos provocatrices sur les réseaux sociaux. Il a 780 000 suiveurs sur X et 1,3 million sur Facebook. Le parti, qui n’a pas encore percé au niveau national – Lowe est pour le moment son seul député – semble avoir connu un développement rapide, ayant déjà acquis 125 000 adhérents selon ses propres chiffres. Au moment où Farage a tendance à se dédiaboliser, qualifiant Reform de « parti de centre-droite », Lowe s’adonne à une surenchère en matière de mesures sévères. Il se dit en faveur d’une interdiction du port de la burqa en public et d’expulsions en masse d’immigrés clandestins. Après la tentative de décapitation par un Soudanais sur un citoyen de Belfast, M. Lowe a annoncé que Restore légaliserait la peine de mort pour les migrants assassins. Si Farage accuse les Conservateurs de n’avoir rien fait contre l’immigration de masse quand ils étaient au pouvoir, Lowe accuse Farage d’avoir accueilli d’anciens ministres conservateurs dans son équipe. Celle de Lowe est composée largement d’anciens membres de Reform. Lowe a remplacé Farage comme coqueluche britannique de la droite populiste américaine. En plus de la bénédiction de Musk, il a été interviewé par Tucker Carlson.

Pourtant, M. Lowe finira par devoir faire face au même dilemme que M. Farage : parmi les militants du parti, il y a ceux qui, inspirés par la surenchère générale, postent des commentaires ouvertement racistes – commentaires que M. Lowe sera tôt ou tard obligé de répudier avec leurs auteurs. Entretemps, Restore montre qu’il peut, dans certaines circonstances, gêner Reform. Lors des élections locales en mai, les candidats affiliés à Restore dans le fief politique de Lowe, la ville de Great Yarmouth, ont battu les candidats de Reform. A Makerfield, Restore est en train de diviser le vote de la droite populiste en rendant une victoire de Reform peu probable. Selon les derniers sondages, Burnham est à 46%, le candidat de Reform à 41% et celle de Restore à 7%. Le candidat de Reform, Rob Kenyon, est un plombier local. Ses adversaires politiques et les médias se sont focalisés sur d’anciens posts qu’on accuse d’être sexistes ou complotistes. Kenyon aurait bien besoin des 7% d’intentions de vote accaparés par Restore. Pour Reform, un échec à Makerfield, qui s’ajouterait à celui de Gorton en février, pourrait briser l’élan du parti. Certains analystes définissent Restore comme une opération de revanche contre Farage plutôt qu’un véritable parti politique. Si c’est le cas, cette opération connait pour le moment un certain succès.

C’est ainsi qu’au Royaume Uni tous les yeux sont rivés sur Makerfield, malgré le fait que deux autres élections intermédiaires ont lieu en même temps en Écosse. En faisant un mauvais jeu de mots en anglais, on pourrait dire que cette élection pourrait « make or unmake » – « faire ou défaire » – des carrières politiques. Mais lesquelles ? Causeur vous donnera la réponse vendredi !

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Audience générale: Léon XIV salue la foi joyeuse de l'Espagne

Le Pape a consacré sa catéchèse de ce mercredi 17 juin à la relecture de son récent voyage apostolique en Espagne. Au cours de l’audience générale, le Pape a évoqué les étapes de Madrid, Barcelone, Montserrat et des Îles Canaries rendant grâce pour l’accueil reçu et invitant les fidèles à regarder le monde avec les yeux de Dieu, capable de reconnaitre dans chaque personne une aspiration à la vérité, à la justice et à l’espérance.

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Léon XIV au Ceprome: «Faites de l’Église un lieu sûr pour les personnes vulnérables»

S’adressant aux représentants du Centre de recherche et de formation pour la protection de l’enfance (Ceprome), ce mercredi 17 juin dans une des salles de la salle Paul VI, le Pape Léon XIV a réaffirmé l’engagement de l’Église en faveur de la protection des mineurs et des personnes vulnérables. Le Saint-Père a appelé à promouvoir une «culture de la prévention» et à faire de toutes les communautés ecclésiales des espaces sûrs, où chacun peut rencontrer le Christ dans la confiance et la liberté.

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Décès du cardinal Ruini, le Pape rend hommage à un «frère d'une foi profonde»

Dans un télégramme, suite du décès de l’ancien président de la Conférence épiscopale italienne, à l’âge de 95 ans, Léon XIV exprime «sa solidarité et ses condoléances» au Conseil épiscopal, à sa famille, au presbytérium romain, ainsi qu’à tous les fidèles. «Je pense à son travail fructueux et à son dialogue fécond avec le monde de la culture», écrit le Successeur de Pierre.

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Décès du cardinal Ruini, le Pape rend hommage à un «frère d'une foi profonde»

Dans un télégramme, suite du décès de l’ancien président de la Conférence épiscopale italienne, à l’âge de 95 ans, Léon XIV exprime «sa solidarité et ses condoléances» au Conseil épiscopal, à sa famille, au presbytère romain, ainsi qu’à tous les fidèles. «Je pense à son travail fructueux et à son dialogue fécond avec le monde de la culture», écrit le Successeur de Pierre.

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Rugby et foot: Ancienne versus Nouvelle France?

Dis-moi à quoi tu joues, je te dirai qui tu es. Le rugby est célébré par la vieille France avec énergie mais civilité ; le football, lui, charrie de façon prévisible destructions et violences allant parfois jusqu’à la mort. La fracture est totale. Et c’est un Anglais qui le dit.


« Le football est un sport de gentlemen pratiqué par des voyous, et le rugby un sport de voyous pratiqué par des gentlemen. » Cette vieille maxime anglaise résume bien l’obsession de mes concitoyens britanniques pour les classes sociales. Au Royaume-Uni, les élites envoient leurs enfants étudier dans des institutions privées où ils pratiquent le ballon ovale tandis que les prolétaires jouent au ballon rond dans les écoles publiques. Les fans de football raillent le rugby en le qualifiant de sport pour « petits bourgeois », et les supporters de rugby se moquent du football en l’appelant « Kev-ball » – Kevin étant un prénom qu’aucun parent de la bonne société ne donnerait à son fils.

A lire aussi: Coupe du monde de football: entre fléau social et peste émotionnelle

Le capitaine du XV d’Angleterre s’appelle Maro Itoje. Il est né à Londres de parents nigérians et a fait ses études au pensionnat de Harrow, qui est à peu près ce qu’il y a de plus chic. La star de l’équipe d’Angleterre de football est Bukayo Saka. Il est également né à Londres de parents nigérians, mais a fait ses études dans une école publique locale. Itoje est la coqueluche des classes diplômées, Saka est un héros de la classe ouvrière. C’est ainsi que fonctionne le sport anglais.

En France, il y a également une séparation sociale entre le football et le rugby, sauf que, contrairement à ce qui se passe dans mon pays, elle est en train d’être récupérée à des fins politiques. Car ces deux sports sont carrément devenus un champ de bataille entre ceux qui cherchent à bâtir ce qu’on appelle à présent la « Nouvelle France » et ceux qui souhaitent défendre pour ainsi dire la « Vieille France ».

Exception française

Nous autres Britanniques sommes tout autant en colère, désabusés et divisés que les Français, seulement à ce jour, aucun de nos hommes politiques n’a exposé sa vision d’une « Nouvelle Angleterre ». Alors que de ce côté de la Manche, la « Nouvelle France » est désormais le gimmick de Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise. Élu maire LFI de Seine-Saint-Denis en mars, Bally Bagayoko a récemment précisé ce qu’il entendait par ce terme : « La Nouvelle France, ce sont les enfants de la République et les héritiers de l’immigration. » Ces derniers incarneraient selon lui aujourd’hui « cette fierté qu’est la France, qu’on applaudit sur les terrains de foot mais qu’on a plus de mal à pouvoir imaginer dans des lieux de pouvoir comme la mairie d’une ville ».

Bagayoko n’a cité aucun nom, mais il pensait sans doute à Ousmane Dembélé, Marcus Thuram et Kylian Mbappé, stars de l’équipe de France de football qui espère remporter la Coupe du monde en juillet. Dans ce trio, seul Dembélé joue dans un club en France. Thuram est à l’Inter Milan et Mbappé au Real Madrid. Cela n’a toutefois pas empêché ces deux-là de faire des déclarations politiques lors des législatives de 2024, exhortant le public à ne pas voter pour le Rassemblement national. En mai, Mbappé est revenu à la charge dans une interview accordée à Vanity Fair, affirmant qu’il avait le droit, en tant que « citoyen », de s’élever contre le RN : « je sais […] quelles conséquences cela peut avoir pour mon pays lorsque des gens comme eux arrivent aux commandes ». Marine Le Pen s’est fendue d’une riposte cinglante : « Quand il dit qu’on ne va pas gagner les élections, ça me rassure car il est parti du PSG au Real Madrid en disant que c’était pour gagner la Ligue des champions, entre-temps le PSG a gagné la Ligue des champions. Qu’il continue à dire qu’on ne va pas gagner les élections, ça me va bien. »

Toujours dans la même interview, Mbappé conteste l’idée « selon laquelle un footballeur devrait se contenter de jouer et de se taire ». Il a raison. Une star du sport a le droit d’exprimer son opinion. Le problème est que Mbappé fait preuve de sélectivité. Il se permet de dénoncer le RN et la mort de Nahel, ce « petit ange » voleur de voitures abattu par la police à Nanterre en 2023. En revanche, il reste silencieux au sujet des Insoumis, malgré leurs provocations de ces dernières années et le fait que, selon un sondage de l’IFOP réalisé en 2024, 92 % des juifs français tiennent le parti pour responsable de la montée alarmante de l’antisémitisme.

Il n’y a jamais de rixes dans les tribunes lors des matchs de rugby. Et les grandes stars du ballon ovale gardent leurs opinions politiques pour elles. 

Mbappé n’a fait aucune déclaration publique quand un supporter du PSG (son ancien club), Elias, 14 ans, a été assassiné le 24 janvier 2025 pour son téléphone par deux jeunes voyous alors qu’il sortait d’un entraînement de football à Paris.

Deux idées de la diversité

Sur le plan sportif, le capitaine des Bleus est la mascotte de la Nouvelle France. Il a grandi à Bondy, à quelques kilomètres seulement de la mairie de Seine-Saint-Denis, où Bagayoko refuse désormais d’accrocher le portrait du président français. Si Bagayoko a au moins le mérite de se lever quand retentit La Marseillaise et de l’entonner, d’autres élus de LFI et certains membres de l’équipe de France de football s’abstiennent de chanter leur hymne national. Cette tendance a été particulièrement remarquée lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, où la plupart des joueurs tricolores sont restés muets pendant l’hymne. Ce silence a embarrassé jusqu’aux correspondants de France Info car, ont-ils alors déploré, il « fait avant tout les affaires des extrémistes ». Avant d’ajouter : « Dans les autres sports comme au rugby, que les joueurs soient issus des minorités visibles ou non, tout le monde est à l’unisson. »

Le XV de France n’est pas moins riche en diversité que les Bleus. Parmi les joueurs sélectionnés pour la dernière Coupe du monde de rugby en 2023 figuraient Peato Mauvaka, Sipili Falatea, Yoram Moefana et Romain Taofifénua, tous trois originaires de Nouvelle-Calédonie et de Wallis-et-Futuna ; Uini Atonio, né de parents samoans ; Paul Willemse, un Sud-Africain ; Sekou Macalou, d’origine malienne ; et Cameron Woki, fils de parents congolais qui, comme Mbappé, a grandi à Bondy.

Les 30 clubs qui composent les deux premières divisions du rugby professionnel français (le Top 14 et la Pro D2) sont tout aussi multiethniques. Toutefois, c’est moins vrai au niveau amateur, comme l’a récemment dénoncé Thomas Portes, député LFI de la 3e circonscription de Seine-Saint-Denis. Portes, qui a grandi à Agen, ville hautement rugbystique, a déclaré dans une interview en avril : « J’ai joué très jeune au rugby et il n’y avait quasiment que des Blancs. Il y avait juste à aller voir le club de football de la même ville pour voir plus de mixité. » Selon lui, « plus tu descends dans les divisions inférieures, plus les propos racistes sont exacerbés ». Il y a vingt ans, j’ai joué deux saisons dans un club de rugby du Languedoc et je peux confirmer que, pour paraphraser Portes, l’équipe était presque exclusivement blanche. Elle était d’ailleurs, soit dit en passant, beaucoup plus populaire que le rugby auquel j’avais joué en Angleterre. Là-bas, je côtoyais des médecins, des dentistes, des avocats et des hommes d’affaires ; en France, mes coéquipiers étaient des chauffeurs routiers, des ouvriers agricoles, des électriciens et des maçons. Quelques années plus tard, quand j’ai déménagé dans la banlieue sud de Paris, j’allais parfois encourager l’équipe de foot locale. Les joueurs de cette équipe et leurs adversaires étaient presque exclusivement non blancs. Certes, ces dernières années, on a recensé un petit nombre d’incidents racistes dans le rugby amateur à l’encontre de joueurs d’origine africaine ; mais au cours de la même période, une quantité à peu près comparable d’actes de racisme antiblanc a été déplorée dans le football amateur.

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Dans la même interview, Portes est revenu sur la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de rugby 2023, organisée par la France. Ce spectacle, qui mettait en vedette Jean Dujardin, est devenu une plaie ouverte pour la gauche. Portes l’a ainsi qualifiée de « catastrophe » avec ces « mecs gaillards, solides, masculinistes » arborant « la baguette de pain, le marcel et la moustache ». Le lendemain de la cérémonie, Libération a même titré : « Allez la Rance », fustigeant le spectacle d’une « carte postale sépia d’une France qui sent la naphtaline ».

Dujardin lui-même a été choqué par tant de haine. « La France rance ? » a-t-il rétorqué dans un post sur les réseaux sociaux. « Une cérémonie d’ouverture est toujours la présentation au reste du monde du pays où se déroule l’événement fêté. Nous sommes effectivement aussi le pays du béret, de la gastronomie, de la culture, de l’éducation, n’en déplaise à certains. » Le but, selon lui, était de « célébrer notre pays, notre savoir-faire et l’histoire du rugby ».

Bien sûr, certains politiques ont applaudi la cérémonie et la prestation de l’équipe de France qui a battu la Nouvelle-Zélande lors du premier match. S’adressant aux fidèles de son parti à Gréoux-les-Bains la semaine suivante, Éric Zemmour s’est par exemple exclamé : « Quel match, quel style et quelle cérémonie d’ouverture ! » Le chef de Reconquête ! s’est montré moins enthousiaste à l’égard de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, qui selon lui, était trop « woke » et représentait « un spectacle politique jusqu’au bout des ongles fluorescents des drag-queens ». Ces deux cérémonies d’ouverture n’auraient pas pu être plus différentes. La première, organisée pour le rugby, mettait en avant la « Vieille France », tandis que la seconde, pour les JO, était une publicité pour la « Nouvelle France », sa diversité et son indifférence, voire son mépris à l’égard des traditions et de l’histoire du pays.

Deux pays en un

C’est ainsi que, ces dernières années, le rugby est devenu de plus en plus un symbole fédérateur pour la France traditionnelle. Le nombre de joueurs licenciés est passé de 280 000 en 2019 à 360 000 en 2026, et cette saison a enregistré une affluence record pour le Top 14 et la Pro D2. En 2025, le match France-Écosse du Tournoi des six nations a été le programme de télévision le plus regardé avec 9,8 millions de téléspectateurs, soit un million de plus que le nombre de ceux qui ont regardé la même année le PSG battre l’Inter Milan pour remporter la Ligue des champions. D’ailleurs, il n’y a jamais de rixes dans les tribunes lors des matchs de rugby. Et les grandes stars du ballon ovale gardent leurs opinions politiques pour elles.

Pendant ce temps, l’image du football ne cesse de se dégrader. Avec toujours plus de violence sur les terrains. En mai, lors d’un match à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), un garçon de 9 ans a ainsi été frappé à coups de pied par cinq garçons de l’équipe adverse jusqu’à perdre connaissance. Et bien sûr, il y a des violences en dehors du terrain. Après les grands matchs européens du PSG, Paris ressemble de plus en plus à une zone de guerre. Le 1er juin 2025, après la victoire en finale contre l’Inter Milan, un jeune de 20 ans, qui paradait à vive allure sur son scooter dans les rues de la capitale, est mort en se crashant dans une voiture, 18 membres des forces de l’ordre ont été blessés, ainsi que sept sapeurs-pompiers et 192 manifestants. En outre, on a décompté 692 incendies dont 264 véhicules.

Des supporters du PSG fêtent la qualification du club pour la finale de la Ligue des champions dans les rues de Paris, 6 mai 2026. © Matteo Giraudo/SIPA

Cette année encore, les supporters se sont à nouveau déchaînés après la victoire de leur équipe contre le Bayern Munich. « Je condamne fermement ces débordements qui deviennent malheureusement habituels les soirs de victoires du PSG, a déclaré Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur. On ne s’habitue pas à cela. » Sauf qu’en réalité, on s’y habitue. Parmi les nombreux actes de vandalisme survenus à l’issue du match aller, l’un est particulièrement symbolique : le saccage d’une exposition photographique sur la place de la Concorde ; elle était signée Yann Arthus-Bertrand et célébrait le thème « Vivre ensemble ». Mais la France ne vit plus ensemble. C’est deux pays en un. C’est la vieille France et la nouvelle France, et si le rugby est le sport de la première, la seconde adore le football.

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Dans son livre de 1993, Voyous et Gentlemen, l’historien Jean Lacouture écrivait : « Pour nous, Méridionaux, le rugby n’est pas seulement un ensemble de règles. C’est aussi un opéra de gestes (et de mots), un certain art de vivre, une certaine courbe et couleur du paysage, un goût de cèpes, de confits d’oie et de palombes. » Libération qualifierait sans doute cette vision de « rance », mais pour les fans de rugby, c’est une source de fierté farouche. Tout le monde est le bienvenu dans ce sport, quels que soient son sexe, sa religion ou sa couleur de peau. À condition de ne pas avoir honte de son pays, de ses coutumes et de sa cuisine. Bon sang, les rugbymen français ont même accueilli un Rosbif comme moi.

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Les cours d’éducation affective sont-ils vraiment garantis sans idéologie?

Après les cours d’Éducation physique et sportive, voici les cours d’Éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR)! En gestation depuis trois ans, cette discipline s’étale sur trois séances annuelles à chaque niveau de la maternelle au CM2. Pour Didier Lemaire, cette dernière innovation pédagogiste ne parvient pas à cacher la chute du niveau scolaire, ni l’accroissement des inégalités.


La mission de l’école publique, dans une démocratie, est simple : instruire pour permettre à chacun de s’émanciper de ses origines, en devenant capable de partager un langage commun et un socle de références, d’accéder au savoir et de se doter d’un jugement autonome. Le rôle de l’École devrait donc, en principe, consister à préparer chacun à devenir un individu singulier et un citoyen.

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Cependant, l’École prétend aujourd’hui avoir autre chose à faire que d’apprendre aux élèves à lire, à écrire, à compter et à s’élever vers le savoir. Elle a pour ambition, depuis le 6 février 2025, d’aider les élèves à prendre soin de leur bien-être corporel, affectif, social et moral. Ni plus ni moins. Elle « apprend aux enfants de la maternelle au CM2 à :

  • Se connaître, vivre et grandir avec leur corps
  • Rencontrer les autres et construire des relations épanouissantes
  • Trouver sa place dans la société
  • Se sentir libre et responsable »

L’EVAR (« Éducation à la vie affective et relationnelle »), programme d’éducation prétendument « scientifique », comme au bon vieux temps des régimes chargés du bonheur des peuples, serait risible s’il ne s’inscrivait dans le contexte d’un déclin des performances scolaires et d’un accroissement des inégalités, l’école ne bénéficiant quasiment qu’aux élites intellectuelles. Après « l’égalité des chances », tombée en désuétude, les privilégiés devaient trouver un autre mensonge pour couvrir, comme on dit dans leur jargon, leur « domination ». Quoi de plus étourdissant que des buts aussi nobles et moraux ?

La police des bonnes moeurs

Une capsule vidéo en ligne de l’académie de Montpellier, validée par l’Inspectrice Référente pédagogique pour une École Promotrice de Santé de l’académie de Montpellier, qui se veut rassurante, décline ce programme aux familles. Elle s’adresse, plus particulièrement, à celles d’élèves allophones :  

« Et si l’école, alliée des parents, apprenait aux enfants, de la maternelle au CM2, à se connaître, vivre et grandir avec leur corps. Les enfants apprendraient à se connaître pour mieux se protéger. Les enfants apprendraient à identifier leurs émotions et leurs sensations, à se faire des amis, à rencontrer de nouvelles personnes. Les enfants apprendraient à dire « non », à accepter un « non ». Les enfants apprendraient à demander de l’aide à une personne de confiance. Les enfants apprendraient à nommer leurs sentiments envers les autres, à trouver leur place à l’école et partout dans le monde. Les enfants apprendraient l’égalité entre les filles et les garçons. Les enfants apprendraient à découvrir leurs différences et leurs ressemblances (sic)… »

Mantras

Le verbe « apprendre » est ici employé en perdant son sens premier, acquérir une connaissance, pour signifier faire l’expérience d’une chose qui s’impose comme une évidence. Cette confusion sémantique recouvre une confusion des missions de l’École : non plus acquérir des savoirs et des savoir-faire mais admettre des normes et des usages. Le remplacement du mot « élève » par celui d’« enfant » renforce cette idée d’une institution dont la fonction ne serait plus essentiellement d’instruire mais de veiller sur le sort et la moralité de ses enfants, comme si c’était les siens. Quant à l’usage du conditionnel, il revêt ces buts vertueux, d’une aspiration vers l’idéal.

A lire du même auteur: Peut-on critiquer « L’Abandon » ?

N’était le caractère débilitant de ce mantra propre à éveiller l’hébétude, le visuel accompagnant ce document présente le voile islamique, portées par des petites filles souriantes, comme un vêtement comme un autre. Le mal serait sans doute d’y voir autre chose qu’une manifestation louable d’« inclusion » de la « diversité » (expurgée d’enfants juifs, faut-il le remarquer). Rêvons un peu ! À l’heure où la communauté nationale subit les coups de boutoirs de l’entrisme islamiste et des obsessions identitaires, un ministre de l’Éducation nationale, qui aurait à cœur de défendre l’intérêt général, au lieu de se contenter de gérer les affaires courantes, refermerait immédiatement cette boîte de Pandore et remettrait l’École en ordre de marche, avant qu’il ne soit trop tard.

Lettre d'un hussard de la République

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Petite Philosophie de la nation

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June 16, 2026

Lyhanna: l’impuissance organisée

Alors que de nombreux Palais de justice en sont à devoir organiser des journées « portes ouvertes » pour calmer la colère populaire après l’affaire Lyhanna, la presse rapporte l’existente d’un nouveau signalement de l’Aide sociale à l’enfance visant Jérôme Barella en date du 12 mars, après des accusations de gestes déplacés formulées par une adolescente placée. Entendue seulement après la mort de Lyhanna, la jeune fille de 11 ans a porté plainte. L’explication avancée par la procureure d’Auch concernant ce nouveau raté, un « problème de boîte de réception », résume à elle seule la crise des institutions qui ne découvrent leurs failles qu’au moment d’une tragédie.


Les désastres et les tragédies réveillent les politiques que la normalité indiffère. Le quotidien des institutions, notamment régaliennes, se déroule et personne ne prend la peine, sans y être sollicité par des catastrophes ou par la survenue de crises parfois d’une intensité exceptionnelle comme celle de Lyhanna, d’examiner à froid ce qu’il vaut, s’il ne serait pas porteur de menaces ou d’inquiétudes pour l’avenir. Puis, soudain, survient un séisme qui ne démontre pas que tout allait bien avant, mais qui oblige à regarder ce qu’on aurait continué à ne pas voir. Parce qu’il est essentiel, pour justifier ses impuissances, de présumer que la normalité des services publics est acceptable et de bonne facture, et qu’on peut tranquillement attendre la suite – qui sera la brutale résurgence, dans le réel, de forces de décomposition et de délitement – pour se mobiliser.

Déplorable lenteur

À moins d’un miracle démocratique, sans jouer la politique du pire, on va réclamer la démission du garde des Sceaux ; le Premier ministre va écouter et tenter de faire une synthèse molle entre des revendications maximalistes et des propositions plus modérées et pragmatiques ; les oppositions en profiteront pour dénoncer et lancer des idées plus radicales les unes que les autres ; et, le 22 juin, les rapports d’inspection seront remis aux ministres concernés. Quelle lenteur ! On a l’impression que l’urgence est une notion, un rythme totalement étrangers au monde du contrôle, comme si l’obligation d’aller très vite avait pour conséquence paradoxale une triste et déplorable lenteur !

A lire du même auteur: Lyhanna: assez des inspections qui ne servent à rien…

Si les conclusions des rapporteurs mettent clairement en cause des responsables, où qu’ils se trouvent, on verra si, pour une fois, on ira jusqu’à les sanctionner. Et, j’en suis persuadé, le grand manteau d’une noble routine recouvrira tout. Et les espérances trop légèrement satisfaites causeront, lors de la prochaine révélation d’un réel gangrené jusqu’à l’os, des amertumes et des aigreurs encore plus vives. Parce qu’on focalise sur l’horreur sombre de Lyhanna alors que rien ne doit être oublié de ce qui malmène la justice au quotidien, la rend parfois injuste, incompréhensible, répétitive et lui permet de s’abandonner à des têtes de chapitre alors que c’est le livre tout entier qui est le problème.

Mots-valises lénifiants

Les perroquets sont en pleine action. Des transgressions qu’on n’arrive pas à maîtriser et qui nous dépassent ? Vite, un Parquet spécialisé ! On aura tellement de parquets spécialisés qu’on n’aura plus de Justice en général. On disposera aussi du charme lénifiant des mots-valises : « crise systémique », « échec collectif » ! On est noyé dans une abstraction reposante ! À Lectoure, un restaurateur qui n’en pouvait plus a affiché l’identité et le visage de son cambrioleur, condamné à plusieurs reprises. Il a été interpellé à Agen. Mais on trouvera bien quelque chose à reprocher à la victime !

A lire aussi: Lyhanna, la blessure la plus rapprochée du soleil

Il n’y a pas que Lyhanna. Elle est la monstruosité qui cache mille imperfections, retards, défaillances et faiblesses. La France tout entière se rappelle sans cesse à notre bon souvenir sur le plan de la sécurité et de la justice : « Mais j’existe ! » L’impuissance est doublement traumatisante : parce qu’elle existe et parce qu’elle demeurera. Faute de vrais combattants.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Un protocole d’accord pour les installations agrivoltaïques à Santa Maria di Galeria

Un protocole d’accord a été signé le 10 juin entre le Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican, l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), la Fondation «Fratello Sole» et l’entreprise publique italienne ACEA, en vue de la mise en place d’une installation agrivoltaïque dans la zone extraterritoriale de Santa Maria di Galeria.

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Léon XIV: l’accord entre les États-Unis et l’Iran doit mener à la fin de la guerre

Répondant aux questions des journalistes à Castel Gandolfo, le Pape est revenu sur son récent voyage apostolique effectué en Espagne. Il s’est dit «extrêmement content» de l’accueil qui lui a été réservé par la population. Concernant la question des migrants, le Souverain pontife a exhorté à traiter «chaque personne avec respect». L’évêque de Rome a également annoncé qu’un nouvel appel sera lancé aux léfebvristes: «La division au sein de l’Église est toujours une douleur» a-t-il déclaré.

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Barbara Lefebvre menacée d’exclusion par l’Education nationale

L’intellectuelle, également enseignante dans le secondaire, est mise en cause par le rectorat de Versailles pour des propos qu’elle a tenus il y a deux ans à l’antenne de RMC sur des gens du voyage. Or l’affaire a déjà fait l’objet d’un traitement judiciaire.


Selon nos informations, l’essayiste Barbara Lefebvre, qui, en parallèle de ses activités dans l’édition et les médias, occupe un poste de professeur d’histoire-géographie dans un collège public d’Ile-de-France, va comparaître le 30 juin prochain devant une commission disciplinaire du rectorat de Versailles. Alors qu’elle a toujours été très bien notée par ses inspecteurs, l’enseignante risque de se voir notifier ce jour-là par l’instance composée pour moitié de représentants de l’administration et pour l’autre moitié de représentants du personnel, d’une rétrogradation, d’une suspension temporaire de traitement ou d’une révocation de l’Education nationale.

Être grande gueule, pas un crime

Mais qu’a-t-elle donc fait pour encourir des sanctions aussi sévères ? A-t-elle tenu des propos répréhensibles en classe ? Nullement. A-t-elle offensé ou agressé un élève, un parent d’élève, un collègue ? Pas davantage. A-t-elle provoqué le scandale au sein de son établissement, été exagérément absente, mis quiconque en danger ? Que nenni.

L’Académie de Versailles lui reproche deux faits qui n’ont aucun rapport avec son métier d’enseignante : d’une part ne pas avoir demandé au rectorat la permission de collaborer à l’émission de débats « Les Grandes Gueules » sur RMC, où elle intervient comme chroniqueuse depuis 2019; d’autre part avoir commis un dérapage verbal à l’antenne de cette émission le 8 avril 2024 en déclarant, alors qu’elle était interrogée au sujet de l’agression, deux jours plus tôt dans un hôpital vendéen, d’un brancardier grièvement blessé par des personnes appartenant à la communauté des gens du voyage, que celles-ci ne possédaient pas « les codes d’une société civilisée ».

L’Education nationale a-t-elle le droit de régenter la prise de parole radiophonique de ses personnels ? Quand, sur les ondes, un enseignant exprime des opinions « personnelles et originales » sur des « questions de société » ou des « sujets d’actualité », ce qui est bien évidemment le cas de Barbara Lefebvre, la jurisprudence européenne et française (dont celle du conseil de déontologie de l’Education nationale) est claire : l’exercice, qui s’apparente à une « œuvre de l’esprit », est protégé, au même titre que les tribunes de presse et les parutions de livres, par les lois sur la liberté d’expression.

A l’instar des autres enseignants (notamment Fatima Ait-Bounoua, Benjamin Amar et Jean-Loup Bonnamy) que l’on peut entendre sur RMC, Barbara Lefebvre n’a donc jamais sollicité une « autorisation de cumul », formalité réservée aux fonctionnaires ayant une activité lucrative extérieure à leur administration d’origine, sauf justement les « œuvres de l’esprit ». Il serait du reste intéressant de savoir si les enseignants qui collaborent aux programmes du service public audiovisuel se soumettent à ce type de démarche administrative au parfum de censure.

Double peine

C’est donc en réalité un procès politique qui se prépare au rectorat de Versailles. Car on voit mal au nom de quoi l’Éducation nationale serait fondée à juger des propos – aussi choquants soient-ils – qui ont été tenus en dehors de tout contexte et de tout objet académiques. D’autant qu’en l’espèce, la sortie litigieuse sur les gens du voyage a été dûment poursuivie en justice. Le 15 avril, elle a valu à son auteur (qui a fait appel de la décision) d’être condamnée par la 17ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris à une amende 1000 euros pour injure publique. En cherchant à pénaliser davantage l’enseignante en vertu du très élastique « devoir de réserve », principe forcément sujet à interprétation, le rectorat de Versailles réinvente la double peine.

Nous avons eu accès au dossier d’accusation constitué par le rectorat contre Barbara Lefebvre. Tentant de démontrer que le récent procès de l’enseignante serait préjudiciable à la réputation de l’Education nationale, le document recense toute une série de réactions outrées sur les réseaux sociaux. La preuve par la fange… Parmi les pièces produites: un tweet en date du 15 avril, signé par Danièle Obono et parfaitement diffamatoire puisque la député LFI y affirme que « l’empire Bolloré est directement concerné » par cette histoire. Or RMC n’appartient pas à l’homme d’affaires breton, mais à la famille Saadé, propriétaires de la compagnie maritime CMA-GGM.

Tant qu’à se soucier de la réputation de l’Éducation nationale, qu’une question soit ici permise :  n’est-il pas de très mauvaise publicité, surtout quand on est une institution passant déjà pour un bastion partisan, de manifester de déplorables pulsions liberticides, de reprendre mot pour mot et à son compte des éléments de langage directement fabriqués par l’extrême gauche – fake news inclus – et de s’en prendre à l’une des rares enseignantes médiatiques de notre pays ayant des idées conservatrices ?

PS : Malgré nos messages répétés auprès de son service de presse, le rectorat de Versailles n’a pas répondu à nos demandes de clarification.

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Thuram et ses obsessions

Près de trente ans après avoir ramené la Coupe du monde, le footballeur Lilian Thuram s’est reconverti dans l’antiracisme antiblanc à plein temps. Retour sur un parcours étonnant.


Alors que la France va disputer la Coupe du monde de foot et espère remporter un troisième titre (après ceux de 1998 et 2018), c’est le moment de rendre hommage à un joueur qui a ouvert la voie à ces succès : en 1998, en demi-finale, alors que la France est malmenée et menée 1 à 0 par la Croatie, un homme, touché par la grâce, marque deux buts et qualifie son équipe. Son nom est Thuram, Lilian Thuram. En finale, deux coups de boule de Zidane (cette fois dans un ballon pour marquer des buts) et un coup de patte de Manu Petit infligent un cinglant 3-0 au Brésil. La France Black-Blanc-Beur, célébrée par Chirac, est championne du monde pour la première fois !

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Un quart de siècle a passé. Et Thuram a beaucoup changé. Lui regarde un passé plus lointain qui peut remonter à des millions d’années. Dans Mes étoiles noires (livre publié en 2010), il estime que les ossements de la « doyenne » du monde, Lucy (3,2 millions d’années), ayant été retrouvés en Éthiopie, l’Afrique est le berceau de l’humanité. Qu’Adam et Ève aillent se rhabiller. Depuis il joue sur le terrain du racisme. Lors des dernières élections municipales, il apporte son soutien au nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, qu’il estime victime de négrophobie et du narcissisme blanc ; mi-mai il en remet une couche, lors d’un forum sur la décolonisation à Istanbul, où il dénonce encore et toujours le racisme lié à « l’idéologie du suprémacisme blanc ».

A lire aussi: Le sport, continuation de la guerre par d’autres moyens, et inversement

Mais quelle mouche a piqué le héros de France-Croatie de 1998 ? Depuis qu’il a arrêté sa carrière et chaussé des lunettes, il voit le mâle (blanc) partout… Peut-être a-t-il été frustré de ne pas entrer au musée Grévin, où des Platini et Zidane ont eu droit à leur statue de cire ? Pourtant, Lilian est entré au musée de l’Homme. Lors de l’exposition en 2007-2009 « La saga de l’Homme », un moulage en 3D de son crâne a été exposé, aux côtés des crânes de l’homme de Cro-Magnon et de René Descartes, comme « symbole pour aborder le thème de l’unité de l’espèce humaine dans le temps et l’espace ». Aujourd’hui ce symbole n’est plus exposé. Aurait-on volé le crâne de Thuram ? Non pas, il est conservé à la cave, dans les réserves du musée. Les mauvaises langues disent que la tête de l’ex-joueur ayant gonflé, les dimensions du moulage ne sont plus fidèles. Étrange, en général, avec un footballeur prétentieux, ce sont les chevilles qui enflent.

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Protection des mineurs, premier dialogue à Rome à l’initiative du Pape

Les membres de la Commission pontificale et de l’association internationale pour les droits de l’homme se sont réunis pour la première fois en présentiel les 15 et 16 juin, afin d’entamer une collaboration visant à renforcer les mesures de protection au sein de l’Église et à mieux écouter et impliquer les victimes.

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