Catholic Community (francais)

L'alternative moderne aux médias de contrôle social

February 03, 2026

Ice crime

Après les drames survenus à Minneapolis, la police de l’Immigration et des Douanes est comparée à la Gestapo. Qu’il est bon de résister sans danger.


Quel est le point commun entre une nonagénaire niçoise effroyablement violée par un Tunisien sous OQTF et un infirmier américain tué par la police de l’Immigration et des Douanes, la désormais célèbre ICE ? A priori, aucun. On dirait même qu’ils appartiennent à deux réalités parallèles, deux sphères cognitives qui ne se rencontrent jamais. Chacun dans son couloir, chacun ses victimes. Sur CNews, on pense que le viol barbare est un fait de société et la mort d’Alex Pretti, un dramatique fait divers. Et sur France Culture, c’est le contraire. Enfin presque : les antennes publiques ont quasiment fait l’impasse sur le calvaire de la vieille dame, sinon pour s’indigner de son instrumentalisation par la droite. Bien entendu, quand la gauche brandit la dépouille d’Alex Pretti pour diaboliser le président américain, elle n’instrumentalise pas, elle analyse.

Un autre fil relie le jeune homme à la vieille dame. Tous deux sont victimes de la politique migratoire de leur gouvernement – trop laxiste à Nice, exercée brutalement et sans souci excessif du droit à Minneapolis. Seulement, si cette politique obtient des résultats notables aux États-Unis où la baisse spectaculaire du taux d’homicide accompagne la décrue de l’immigration clandestine (ce qui ne prouve pas que ceci explique cela mais ne l’exclut pas non plus), en France, enserrée dans les filets d’un État de droit qui n’accorde aucun droit aux États, elle ne parvient qu’à mettre en scène l’impuissance publique. Chacun sait en effet que quiconque réussit à mettre un pied sur le territoire a de bonnes chances de pouvoir y rester, même après avoir commis des délits ou des crimes. En dépit des promesses réitérées de réduire les flux migratoires, ce que réclament une majorité de Français, y compris de gauche, 385 000 titres de séjour ont été délivrés en 2025. Pour faire court, nos frontières sont des passoires.

En attendant, les deux drames de Minneapolis sont une divine surprise pour le camp du Bien. Entre les deux rives de l’Atlantique, on assiste à un impayable concours de vertu antifasciste. Le N-word (N comme nazi) est de sortie. Sur France Culture, mon très cher ami Guillaume Erner ressort sa subtile distinction entre « comparer à » et « comparer avec » pour conclure que, si le trumpisme n’est pas le nazisme, ça y ressemble beaucoup. Peu importe que l’ICE ait été créée par George Bush et qu’elle n’en soit pas, loin s’en faut, à sa première bavure. Les grandes âmes d’Hollywood affirment sobrement que, sous Trump, l’ICE, c’est la Gestapo, tandis que Tim Walz, le gouverneur démocrate du Minnesota, compare les enfants de Minneapolis terrés chez eux à Anne Frank. Dans l’Allemagne nazie, personne n’aurait osé dénoncer publiquement la Gestapo, mais c’est sans doute un détail.

À Paris, les Insoumis, que l’on connaît moins regardants sur les droits de l’Homme quand il est question de l’Iran ou de l’Algérie, exigent qu’on interdise l’accès du territoire européen aux policiers de l’ICE. Marine Tondelier risque courageusement sa coiffure (à défaut de sa vie) pour manifester contre le fascisme qui vient d’Amérique. « Après les États-Unis, la France peut être le prochain pays à basculer dans le fascisme », écrit-elle dans le Huff Post. Qu’il est bon de résister sans danger.  

On suppose que personne en France, même ceux qui rêvent d’une ICE à la française, ne souhaite de voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile. Reste à savoir jusqu’où nous sommes prêts à aller pour protéger les vieilles dames et les autres des méfaits commis par des clandestins incapables de s’acclimater à nos mœurs. Faut-il, par exemple, autoriser les arrestations collectives ? Peut-être, à condition de pouvoir procéder dans la foulée à des expulsions collectives. Une chose est sûre : si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant.

Nos extrêmes gauchistes se fichent éperdument de l’ICE, de Renee Good et d’Alex Pretti. Ils veulent démontrer que toute politique visant à réduire et contrôler l’immigration mène inévitablement au pire. Entre grand remplacement et nazisme, il faut choisir. Le risque, c’est que les gens ordinaires, excédés et angoissés d’être culturellement minoritaires chez eux, finissent par penser que le nazisme, ce n’est pas si grave.

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Faut-il vraiment fouiller dans les poubelles d’Epstein?

La publication de millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice, vendredi 30 janvier, a provoqué une vague de réactions et plusieurs démissions à travers le monde. Donald Trump a, de son côté, estimé que ces nouvelles pièces l’« innocentaient ». Les relations qu’entretenaient de nombreuses personnalités politiques et économiques avec le prédateur sexuel, mort en prison en 2019, font aujourd’hui peser sur elles un soupçon diffus de pédophilie par association de M. et Mme tout le monde. Nous vous proposons d’écouter l’avis d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio.


Avant de fouiller dans cette poubelle, il faut se demander si on y trouvera la vérité et la justice. Je suis sûre du contraire.

Curieusement, tous ceux qui s’indignaient du refus de l’administration Trump de divulguer ces 3,5 millions de pages s’indignent aujourd’hui qu’elle les balance sans filtre. C’est une stratégie de noyade, dit l’éditorialiste Françoise Degois. Non. La loi pour la transparence des dossiers Epstein a été votée en novembre par le Congrès. C’est ça, la transparence: le carburant d’une machine à ragots planétaire. Madame Michu, vous-et-moi, érigés en juges.

Mais on a bien le droit de savoir qui était en contact avec ce pédophile notoire !  me réplique-t-on. Ah, c’est écrit où ? Pour en tirer quelles conclusions ?

Jeffrey Epstein était riche, puissant, introduit partout. Il incarnait parfaitement les élites mondialisées. Le gotha mondial lui demandait faveurs et entremises. Bruno Le Maire ou Marine Le Pen apparaissent dans les fameux fichiers parce qu’ils auraient sollicité des financements pour leurs campagnes. Sans suite. Une intention, une idée sans lendemain est-elle une information ?

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Or, désormais, le soupçon de pédophilie par association pèse sur toutes les personnalités citées. Jack Lang a reconnu qu’ils étaient amis. Est-ce un crime ? Une preuve qu’il savait ? Evidemment pas. Et pourtant, c’est ce qui restera dans la tête chez pas mal de gens. Tous des pédo-satanistes, ces puissants qui nous gouvernent !

En réalité, j’estime que ces documents n’auraient jamais dû être publiés. Seulement, depuis Julian Assange et Edward Snowden, le public adore les « leaks Â»(fuites), ces millions de documents secrets volés et publiés en vrac: les télégrammes diplomatiques et noms d’agents étalés dans la presse, il parait que c’est démocratique. Pourtant, non. Dans de nombreux domaines, le secret est sacré et protégé par la loi: vie privée, affaires, santé, sécurité nationale… Parce qu’entre l’information brute et le public, il y a besoin d’une médiation, il faut qu’une institution hiérarchise, interprète et évalue. Raison pour laquelle d’ailleurs les enquêtes judiciaires et policières sont également tenues au secret.

Non, le public n’a pas le droit de tout savoir des agissements des autres. N’oublions pas que les internautes ne sont pas un peuple de citoyens éclairés mais une meute qui se délecte avant tout de voir des puissants à terre. Et même avec le dernier iPhone 27 et l’aide de l’intelligence artificielle, des commères numériques restent des commères.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

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Boualem Sansal élu à l’unanimité à l’Académie française: vraiment trop aimable!

Âgé de 81 ans, l’écrivain franco-algérien, gracié en novembre 2025 par les autorités algériennes après avoir passé un an en détention, a été élu au fauteuil numéro trois de l’Académie française, quai de Conti, à l’issue d’une campagne éclair. « Évidemment, je suis heureux, flatté, honoré : c’est immense. Devenir académicien, c’est entrer dans l’histoire de France », a-t-il déclaré sur les ondes du service public.


Boualem Sansal n’est pas un écrivain de salon. Il n’a pas l’odeur rassurante des consensus tièdes ni la langue molle des accommodements confortables. Il écrit comme on désobéit, il parle comme on rompt un silence complice. Il a regardé l’Algérie, son pays d’origine, sans fard, sans mythologie, sans cet attendrissement menteur que l’Occident confond souvent avec la générosité. À l’instar d’une obséquieuse Ségolène Royal en road-show à Alger, une certaine France préfère flatter les régimes autoritaires plutôt que d’affronter la vérité de leurs faillites. Chez Sansal, la littérature est un sport à risque, pas une activité de confort. Ce risque, il l’a payé comptant : menaces, isolement, exclusion, prison.

On l’a souvent qualifié d’excessif. Mot commode, recyclé à l’infini, utilisé quand on préfère la paix des lâches à la vérité des vivants. On l’a dit dérangeant, reproche rituel adressé à ceux qui refusent de dormir debout. Sansal n’a jamais demandé pardon de voir ce qu’il voit et de dire ce qu’il voit. Il n’a jamais accepté de réécrire le réel pour le rendre fréquentable dans les salons parisiens ni présentable dans les chancelleries occidentales. Il écrit contre l’amnésie organisée, contre la complaisance diplomatique, contre cette industrie de l’excuse qui sert d’alibi moral à l’impuissance politique.

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Car ce que Sansal met à nu, ce n’est pas seulement un régime, mais une imposture, celle d’un pouvoir qui gouverne par la mémoire trafiquée faute de gouverner par les faits, et celle d’un Occident qui, par culpabilité post-coloniale, abdique toute exigence critique. Là où certains multiplient les courbettes, les hommages creux et les génuflexions médiatiques (jusqu’à célébrer les bourreaux au nom du dialogue), Sansal choisit la solitude de celui qui parle vrai. Il rappelle que l’indulgence à l’égard des tyrannies n’est jamais de la générosité, mais de la lâcheté.

Son œuvre dérange parce qu’elle refuse la hiérarchie des victimes, parce qu’elle ne sacralise pas les récits officiels, parce qu’elle rappelle que la liberté n’est pas un supplément d’âme mais une ligne de fracture. Sansal écrit depuis un lieu que beaucoup ont déserté, celui de la responsabilité intellectuelle. Il ne demande pas l’indulgence, il exige la lucidité.

Que la France reconnaisse aujourd’hui Boualem Sansal, que sa voix trouve ici un écho, a valeur de symbole. C’est une revanche discrète mais décisive, celle d’un pays qui, l’espace d’un instant, cesse de s’excuser d’exister et se souvient que la littérature n’est pas faite pour caresser les puissants, mais pour les mettre en cause. 

Sansal n’est pas un écrivain aimable. Il est mieux que cela, un écrivain nécessaire.

Le français, parlons-en !

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Procès en appel au Vatican, la défense demande l'annulation du premier jugement

Les audiences de la seconde instance de la procédure judiciaire sur la gestion des fonds du Saint-Siège ont repris ce 3 février. La matinée a été consacrée aux exceptions soulevées par les avocats de la défense concernant les rescrits papaux ayant élargi les pouvoirs du promoteur de justice pour les enquêtes et le défaut de dépôt par l'accusation de la totalité des actes.

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Sœur Raffaella Petrini, nouvelle membre de la Commission des affaires réservées

Nommée par le Pape la religieuse, présidente du Gouvernorat de l'État de la Cité du Vatican, est désormais membre de l'organisme qui détermine, au cas par cas, quels actes de nature économique doivent rester confidentiels.

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Contacts entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X pour éviter les ruptures

Répondant aux questions des journalistes, le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège a souligné qu'après l'annonce de plusieurs ordinations épiscopales en juillet, les discussions entre les parties se poursuivent.

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Barbara Jatta: une maintenance «légère» pour le Jugement dernier

En exclusivité pour Vatican News, la directrice des Musées du Vatican évoque les travaux qui seront effectués dans les prochaines semaines sur la célèbre fresque de Michel-Ange. Trente ans après la grande restauration des années 90, de nouvelles analyses scientifiques seront menées sur les 180 mètres carrés de surface peinte. «La chapelle Sixtine restera toujours ouverte», assure-t-elle.

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Le bar-tabac, l’arme secrète du barrage républicain

Dans une brillante étude, Monsieur Subtil de l’université de Zurich démontre que la fermeture des bars-tabacs, considérés comme des lieux clés de sociabilité locale, est associée à une progression durable du vote d’extrême droite dans les communes françaises, en particulier en milieu rural, parce que la disparition de ces espaces réduirait les interactions sociales et nourrirait un sentiment d’abandon territorial.


Le site de La Chaîne Parlementaire (LCP) se faisait l’écho, ce lundi, d’une de ces études sociologiques dont on ne se lasse pas et que, très probablement, la terre entière nous envie. De ces études ubuesques dont, à les lire, on se surprend à se demander si elles ne relèvent pas en réalité de la tradition bien française, dont personnellement je suis un ardent défenseur, de la franche déconnade potache.

Or, il n’en est rien. Ce qui est proposé là l’est avec le plus grand sérieux.

Le chercheur dont le travail prodigieux a abouti à la publication en question a pour nom Hugo Subtil. Ce genre de rapprochement entre ce qu’induit le nom et la finesse de la production du concerné ne s’invente pas. Il y a là comme une marque de prédestination qui mérite attention.

Car, Mesdames, Messieurs, la subtilité la plus vive est bel et bien au rendez-vous. Jugez-en. Le site LCP, en titre, fait mine de s’interroger. Subtilité, vous dis-je : « La fermeture des bars-tabacs, un facteur de progression du vote d’extrême-droite en milieu rural ? » Et de poursuivre : « Selon une étude du Centre pour la recherche économique et ses applications (officine dont l’utilité ne saute pas immédiatement aux yeux mais qui, je le suppose, fonctionne grâce à l’argent public, le nôtre donc), la fermeture de ces « lieux de socialisation « participerait à la progression durable du vote en faveur du Rassemblement national. Un phénomène d’autant plus marqué dans les communes rurales. »

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Vous avez bien lu. Ce ne sont pas la disparition des services publics dans les bourgs et villages de nos campagnes, la désertification médicale, l’imparable progression des incivilités et de la délinquance, la désespérance croissante et mortifère de la paysannerie, la paupérisation avérée des populations, l’incurie, l’impéritie des élites technocrato-citadines, leur arrogance, leur mépris de classe, leur ignorance de la réalité profonde du pays, qui pousseraient les gens à glisser dans les urnes de plus en plus de bulletins Rassemblement national, mais tout simplement la fermeture du bar-tabac du coin, sacralisé pour la circonstance en « lieu de sociabilisation ». Il fallait y penser. Le sieur Subtil l’a fait.

Jusqu’à ce jour, on ne s’en doutait pas, mais maintenant nul ne peut plus l’ignorer. Derrière le ballon de rouge se profilait un vote à tendance de couleur identique. Ailleurs, le canon de rosé assurait probablement la survie d’une représentation politique de robe moins prononcée, en demi-teinte, centro-centriste pour tout dire. Le tout salué matin, midi et soir par la devise républicaine et consensuelle par excellence, sortie de tous les gosiers, assoiffés ou non : « Garçon, remettez-nous ça ! ».

Je pense que le chercheur Subtil a un bel avenir devant lui. Un ministère de la Sauvegarde du patrimoine à boire devrait lui échoir avant peu, avec au programme la réouverture de tous ceux des bistroquets qui ont été fermés ces dernières vingt années. Leur gestion pourrait être confiée à des personnes ayant fait leurs preuves dans le commerce-qui-tue, version contemporaine de l’Assommoir de M. Zola, je pense évidemment aux jeunes et dynamiques dealers dont la reconversion dans le pinard multi-couleurs ferait, qui plus est, le bonheur de la viticulture française.

Donc, oui, rouvrir les bistrots. Et dans les classes enfantines, organiser des ateliers récréatifs au sein de ces endroits, dans le but que l’électeur de demain en connaisse parfaitement le chemin et les attraits. Enfin, si la réouverture ces lieux de sociabilisation-là ne suffit pas, M. Le ministre-chercheur pourrait envisager celle des maisons-closes, inopportunément condamnées par Madame Marthe Richard en son temps. Là, c’était la sociabilisation de la notabilité des préfectures, sous-préfectures et chefs-lieux de canton qui s’opérait. Pour quel résultat électoral, au juste ? J’avoue l’ignorer. Attendons la prochaine étude du Centre de l’excellent M. Subtil qui, j’en suis certain, ne manquera pas de nous éclairer sur ce point.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Saint Newman inscrit au calendrier romain

Publication ce mardi du décret du dicastère pour le culte divin par lequel le Pape inscrit le saint Anglais, canonisé en 2019 et proclamé docteur de l'Église le 1er novembre 2025, dans le calendrier romain général. Le décret établit liturgiquement la mémoire facultative et son insertion dans tous les calendriers et livres liturgiques pour la célébration de la messe et de la liturgie des heures.

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Le calendrier des célébrations du Pape Léon XIV jusqu'à Pâques

La visite pastorale dans cinq paroisses romaines, tous les dimanches à partir du 15 février, les exercices spirituels du Carême au Vatican avec la Curie romaine, les rites pascals à Saint-Pierre et, le Jeudi Saint, à Saint-Jean-de-Latran: tels sont les moments forts du calendrier liturgique en présence du Pape.

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Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

Notre numéro de février est en vente. Découvrez le sommaire de notre nouveau magazine, disponible aujourd’hui sur le site et demain dans les kiosques.


Le 30 septembre 2000, France 2 diffuse un reportage présentant la mort du petit Mohamed Al-Durah sous les balles de Tsahal à Gaza. Ce scoop mondial est une aubaine pour les ennemis d’Israël, qui l’exploitent ad nauseam depuis 25 ans pour leur propagande antisémite. Mais incohérent et tronqué, il a aussi suscité les doutes de nombreux observateurs. Si l’un d’eux, Philippe Karsenty, a été condamné pour diffamation, la chaîne publique n’a toujours pas prouvé la véracité de ses images.Comme le dit Élisabeth Lévy en présentant notre dossier spécial : « L’affaire Al-Durah est aussi un cas d’école du fonctionnement du parti des Médias qui se dresse comme un seul homme contre quiconque menace l’intérêt supérieur du Parti. Les antidreyfusards et les communistes ne pensaient pas différemment ». L’enquête étayée de Karsenty montrait que l’image de Mohamed Al-Durah tué dans les bras de son père, qui est devenue une icône de la cause palestinienne et une justification de l’« antisionisme », était une mise en scène.

Retrouvez le numéro 142 dès maintenant dans le kiosque numérique, et mercredi dans les kiosques !

Interviewé par Gil Mihaely, Philippe Karsenty qualifie ce reportage de « plus grand faux antisémite de notre génération ». Michaël Prazan, se confiant à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, rappelle que l’accusation contre les Juifs de crime rituel apparaît dans l’Antiquité avant d’être à toutes les époques et sous tous les cieux le prétexte d’effroyables pogromes. Les avocats Gilles-William Goldnadel et Aude Weill-Raynal reviennent sur les neuf ans de procès qui se sont terminés par la condamnation de Philippe Karsenty. La Justice n’a pas remis en cause son analyse méthodique des images de France 2 mais a appliqué à la lettre le droit de la diffamation, un jugement « technique » qui ne sert pas la vérité historique. Juif de gauche et sioniste blessé, Claude Askolovitch continue de penser que le petit Mohamed est mort sous les balles de Tsahal. Mais plutôt qu’en faire un symbole ou l’étendard d’une cause, il veut lui rendre sa singularité. Pour Pierre-André Taguieff, les images trompeuses du « petit Mohamed » s’apparentent, par leur charge antisémite, aux « Protocoles des sages de Sion » et à l’affaire Dreyfus. Quant aux nombreux journalistes qui ont préféré les relayer sans distance critique, ils nous informent sur le corporatisme dévastateur de leur profession.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente les opérations de l’ICE (la police de l’Immigration et des Douanes) aux États-Unis qui, de ce côté de l’Atlantique, suscitent des réactions opposées : louanges à droite, condamnation à gauche. De surcroît, la gauche en profite pour sortir le N-word (N comme nazi) et diaboliser le président Trump. Certes, personne ne souhaite voir des innocents mourir sous les balles d’une police à la gâchette facile, mais la France s’est montrée incapable de réduire les flux migratoires, de sorte que « nos frontières sont des passoires ». Conclusion : « si la force sans le droit est un fantasme de tyran, le droit sans la force est un rêve d’enfant ».

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En Iran, les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Selon l’analyse de Gil Mihaely, outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation. Iraj Mesdaghi a connu les geôles de la République islamique. Torturé, il a été le témoin d’exécutions massives. Exilé en Suède, il a minutieusement documenté ces atrocités et fait condamner un tortionnaire. Se confiant à Gil Mihaely et à moi, il affirme aujourd’hui que, les Iraniens rejetant autant le régime que l’islam, le renversement de Khamenei entrainera l’effondrement de tout le système. Pour lui, « l’Iran est le cœur idéologique de l’islam politique depuis 1979. Si ce régime tombe, c’est tout l’édifice idéologique qui vacille, y compris dans le monde sunnite ». Selon Pierre Vermeren, la révolution iranienne de 1979 n’a pas été le point de départ mais l’aboutissement du rapprochement islamo-gauchiste dont les origines remontent à la guerre d’Algérie. Alors que le régime des mollahs vacille, c’est désormais vers la Turquie d’Erdogan que se tournent les partisans d’une alliance entre le drapeau rouge et le Coran. Omar Youssef Souleimane, journaliste et d’auteur des Complices du mal, explique à Gil Mihaely que la France est confrontée à la même menace qui a ravagé sa Syrie natale : la progression d’un islamisme politique qui tend à imposer la charia à toute la société. Des Frères musulmans qui infiltrent LFI au président syrien qui pratique la taqiya, c’est le même combat.

Certes, les mauvaises manières de Donald Trump scandalisent les Européens mais, selon mon analyse, il ne fait que perpétuer la vieille tradition américaine d’ingérences qui s’inscrit désormais dans une mondialisation des conflits. Les grandes puissances sont en concurrence sur tout et partout sur terre. Et le Vieux continent peine à s’adapter à ce nouveau désordre du monde. Alexandre Devecchio a grandi dans le 9-3 à une époque où la religion et la couleur de peau n’avaient pas d’importance, puis il a connu le basculement progressif vers le séparatisme. Son nouveau livre, Nous vivions côte à côte, est le récit de cette fracture démographique et idéologique qui a changé le visage de la France. Il en parle avec Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques. Didier Desrimais analyse la production de Radio Nova qui s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême-droite, le milliardaire de gauche Matthieu Pigasse leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo-gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles affirme que, si le débat national donne l’impression que l’imaginaire politique est au point mort, au niveau local, des élus proposent des idées innovantes qui améliorent la vie quotidienne des Français. Pour Ivan Rioufol, la France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en mains : un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. Emmanuelle Ménard est d’avis que l’année 2026 promet de nous réserver bien des surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille. Haut les cœurs ! Enfin, Gilles-William Goldnadel propose la formule « privilège rouge » pour décrire l’indulgence du système médiatico-politique pour l’extrême gauche. Entrera-t-elle au dictionnaire ?

Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Cela n’empêche pas Manent de dire ici son admiration pour l’académicien « mécontemporain » qui vient de publier Le Cœur lourd. Sans son commentaire – nous explique Georgia Ray – l’œuvre d’art contemporain « conceptuel » n’existe pas. Le discours de l’artiste nourrit le verbiage, le marché et les institutions culturelles. Mais il existe un autre art contemporain empreint d’esprit et d’harmonie. L’exposition de Fabienne Verdier, à la Cité de l’architecture, en est la preuve. Jean-Marie Besset est un auteur dramatique qui, selon Jérôme Prigent, ne transige pas avec la langue, allant jusqu’à écrire sa nouvelle pièce, Katte, en alexandrins et en cinq actes. Un hommage aux maîtres classiques salvateur dans le paysage théâtral d’aujourd’hui. Dans Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou restitue des ripailles mémorables de Saint Louis à Emmanuel Macron. Vue des marmites, la vie politique fourmille d’anecdotes savoureuses et de repas fins. Pour le romancier, c’est un récit passionnant, de l’amuse-bouche au digestif.

Richard Millet salue la nouvelle traduction du Bruit et la Fureur de William Faulkner, par Charles Recoursé. Elle fait fi du wokisme en vigueur dans l’édition et restitue sans fausse pudeur l’histoire de la famille Compson, traversée par la folie, l’alcoolisme et l’inceste. Un roman méditatif et vertigineux. Emmanuel Domont recommande l’anthologie de Gilles Schlesser, Les Flâneries littéraires de Paris, qui permet d’arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains ; Alexandra Lemasson, La disparition des choses de la romancière Olivia Elkaim, qui fait revivre Cécile Peretz, la mère de Georges Perec, assassinée à Auschwitz ; et Patrice Jean, le premier roman de Bruno Marsan, Underdog, livre en forme d’uppercut qui devrait mettre KO le monde des lettres. Jonathan Siksou rappelle à notre bon souvenir le génie de ce grand historien de la petite histoire, G. Lenotre (1855-1935). Enfin, Jean Chauvet trouve que l’énoncé des films du mois de février –Maigret, Saddam Hussein et un adepte des petits boulots – est comme un inventaire à la Prévert, improbable et alléchant. Si le sommaire de Causeur est alléchant, il n’y a pas d’incertitude : l’espoir du lecteur n’est jamais déçu.

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Les Complices du mal - La couverture peut varier

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Les Flâneries littéraires de Paris

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Une victime d'abus irlandaise rencontre le Pape: «Il a compris ma douleur»

Le Pape Léon XIV a reçu lundi 02 février au Vatican David Ryan, un ancien élève du Blackrock College de Dublin en Irlande, et a écouté son récit des abus que lui et frère Mark décédé en 2023, ont subis dans cette école secondaire catholique: «Il était désolé d'entendre parler de ma souffrance, de celle de ma famille et des autres survivants qui ne se sont pas encore manifestés. Il était sincère, j'ai senti son empathie».

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Royal!

Cette fabuleuse collection de 92 tapis de la Savonnerie pensée pour revêtir le sol de la Grande Galerie du Louvre sous Louis XIV en réunit ici une trentaine dans une débauche de couleurs d’un luxe tout royal.


L’immensité du Grand Palais suffit à peine à abriter cette interminable succession de tapis de la Savonnerie tissés au XVIIe siècle au cours d’une vingtaine d’années, en un temps où Louis XIV était jeune encore et plus prétentieux que jamais.  

Ils étaient 92 au moment de leur conception, destinés à revêtir, avec une somptuosité inégalée et sur une longueur de 460 mètres, le sol de la Grande Galerie du Louvre, plus joliment nommée Galerie du bord de l’eau, celle que Henri IV avait voulue pour relier le Louvre aux Tuileries. Ils ne sont plus que 42 aujourd’hui à avoir survécu aux vicissitudes de l’Histoire et à être en partie réunis pour créer cette immensité mordorée jamais exposée en près de quatre siècles d’existence.

Dans l’esprit des débordements baroques

C’est à l’aube du règne de Louis le Grand que naquit ce projet d’orner la Grande Galerie du Louvre d’une suite de 92 tapis de neuf mètres de largeur composant une surface de 4000 mètres carrés de couleurs éclatantes, de paysages, de figures allégoriques, de trophées, de rinceaux, de motifs ornementaux d’une richesse inégalée depuis et où chacun d’entre eux illustrait un thème glorieux. Jamais on n’avait conçu ensemble aussi considérable et aussi somptueux devant conduire de la Galerie d’Apollon au Pavillon de Flore où il était prévu d’installer le trône royal. Jamais non plus on ne s’y risqua une autre fois.

A lire aussi, du même auteur: Ode au « Versailles » de messire Maral

Les dessins en avaient été évidemment confiés au Premier peintre du Roi, à Charles Le Brun. Et avec les membres de son atelier, celui-ci donna libre cours à une imagination foisonnante, bien dans l’esprit des débordements baroques. Les ateliers de la Couronne nouvellement créés à la Savonnerie allaient se charger de leur exécution durant une vingtaine d’années. Mais entretemps Louis XIV avait choisi Versailles comme lieu de résidence de la Cour, au grand dam de Colbert, son ministre, qui avait tout fait pour maintenir le siège de la monarchie dans la capitale. Et ce splendide projet s’écroula donc avant d’être né, cependant que des sommes mirifiques lui avaient été consacrées.

En France, que ce soit aujourd’hui ou sous l’Ancien Régime, le pouvoir a toujours su dilapider à profusion les deniers publics.

Les vicissitudes de l’Histoire

Ils ne sont donc plus que 42 tapis aujourd’hui à avoir triomphé du temps. Ils proviennent avant tout du Mobilier national où ils sont déposés désormais, mais aussi de collections publiques ou privées dispersées au Danemark, au Royaume Uni, en Italie, aux Etats-Unis, au gré des présents royaux, des ventes révolutionnaires, des vols et des rapines. Ils ont orné les palais de la République et ce sont désormais des pieds roturiers qui les foulent dans les ministères, les résidences présidentielles, les ambassades…  alors qu’ils étaient destinés à ravir les monarques, les princes du sang, les souverains étrangers, les ambassadeurs extraordinaires et tous ceux qui bénéficiaient des Honneurs du Louvre.

Bordant cette suite de tapis de la Savonnerie, quelques-unes des somptueuses tapisseries des Gobelins tissées pour illustrer l’Histoire du Roi sont exposées également au Grand Palais, renforçant ainsi cette débauche de luxe, d’art et de savoir-faire provenant des manufactures royales.

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Quel luxe également que cette spectaculaire exposition hélas éphémère, mais si remarquablement mise en scène, que de multiples commentaires apposés un peu partout enrichissent encore, cependant que des artistes du Mobilier national partagent un peu de leur savoir avec le public.

L’entreprise est admirable. Et la brièveté de l’exposition la rend plus précieuse encore. Plus irréelle aussi. Ceux qui en ont eu l’idée, ceux qui en ont conçu l’installation, tous ceux qui ont mené à bien cet éblouissant projet sont à saluer. Il y a peu ou pas de nations au monde assez prodigues pour savoir concevoir ce genre d’événement. Peu aussi à disposer d’un patrimoine aussi extraordinaire. Il ne manque à l’exposition que la diffusion de musiques de Lulli ou de Charpentier sous les voûtes spectaculaires du Grand Palais pour en achever l’enchantement.


Le Trésor retrouvé du Roi Soleil. Grand Palais. Jusqu’au 8 février

De 10h à 19h30, Le vendredi 6 février de 10h à minuit. Le dimanche 8 février de 10h à 16h. 8€ l’entrée

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La foi sous le « calot » chirurgical: un accommodement déraisonnable

Islamisation. L’infirmière de l’AP-HP qui refusait de retirer le calot chirurgical qu’elle portait en permanence pour voiler ses cheveux, est finalement suspendue huit mois.


Majdouline B, infirmière depuis 2018 à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, est licenciée le 10 novembre dernier, la direction lui reprochant de porter quotidiennement un calot (protection en tissu portée au bloc opératoire). La direction affirme que « la jurisprudence administrative rappelle que tout signe peut devenir religieux par la volonté de celui qui le porte et ainsi être considéré comme un ”signe religieux par destination” ». L’infirmière conteste et ne revendique pas d’appartenance religieuse – elle avait du reste signé la charte de laïcité lors de son embauche. Saisi en référé par l’infirmière, le tribunal administratif gèle le renvoi début janvier, dans l’attente d’un examen sur le fond. Verdict samedi 31 janvier : l’infirmière est suspendue pour huit mois, car le port du calot a déjà été remarqué comme une façon détournée de porter le voile, dans des affaires similaires.

Manquement aux obligations de l’agent public

Derrière cette bataille d’Hernani, se profile la question de la pratique de l’islam à l’hôpital. En effet, porter un voile rend-il l’infirmière inopérante ? Non, évidemment. Néanmoins, le législateur a tranché : le fait pour un agent public de manifester ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions constitue un manquement à ses obligations selon le principe de laïcité et de neutralité dans l’enceinte de l’établissement (Circulaire PM n° 5209 du 13 avril 2007 relative à la Charte de la laïcité dans les services publics).Saisie de la question de l’interdiction du port du voile, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dans un arrêt du 26 novembre 2015, a même jugé que cette neutralité n’était pas contraire à l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

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Pour synthétiser le sujet, à l’hôpital, la patiente peut déambuler voilée dans les couloirs, mais pas le personnel soignant, sauf s’il travaille dans le privé : dans le cas d’un hôpital confessionnel, la sœur catholique peut arborer la coiffe traditionnelle ou une croix, et la musulmane le voile, si l’établissement n’est pas géré par l’État.

Des problèmes qui ne vont pas aller en diminuant

Du côté de la patiente, celle-ci doit montrer entre autres son cou et sa bouche, impérativement, d’où la nécessité de se dévoiler – a fortiori si elle est chez le dentiste ! Un refus de le faire peut constituer une impossibilité technique d’auscultation pour le praticien. Restent les cas de maris vétilleux : plusieurs exemples de musulmans rigoristes refusant que leur épouse ou sœur soit examinée par des hommes ont défrayé la chronique ces dernières années, mais en nombre finalement restreint, semble-t-il. Le Conseil de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique dispose ceci dès 1993 : « en règle générale, si une femme médecin spécialisée est disponible, il est obligatoire qu’elle se charge d’examiner la patiente. En l’absence d’une telle spécialiste, cette tâche sera confiée à une femme médecin non musulmane et digne de confiance (…) Le traitement de la femme par un homme doit se faire en présence d’un Mahram, de son époux ou d’une autre femme de confiance, évitant ainsi tout aparté »… Heureusement en France, ces règles n’ont pas lieu d’être retenues dans les hôpitaux, le principe de la laïcité tenant lieu de barrage républicain.

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JO: c’est parti mon kiki!

Selon le journal Bild, augmenter temporairement la taille de leurs parties génitales afin d’obtenir une mesure de l’entrejambe plus importante lors des scans corporels servant à définir la taille des combinaisons serait une pratique de triche courante chez les athlètes de saut à ski.


Alors que les Jeux à la neige vont débuter (JO de Milan-Cortina du 6 au 22 février), une affaire secoue les membres de la Fédération de saut à ski, cette discipline où les skieurs dévalent un tremplin avant de s’envoyer en l’air pour atterrir le plus loin possible… Mi-janvier, le magazine allemand Bild a affirmé que certains concurrents procédaient à des injections pour augmenter le volume de leur pénis ! Le règlement imposant que les combinaisons enfilées par les athlètes soient sur-mesure, au poil près (car les dimensions du tissu améliorent la pénétration dans l’air), augmenter la taille du pénis permettrait, primo de gagner à l’entrejambe quelques centimètres carrés du précieux tissu, et secundo de baisser le centre de gravité ! Pour nous, cela ne signifie pas grand-chose, mais pour les spécialistes cela veut dire beaucoup. Sur RMC, Nicolas Dessum, entraîneur de l’équipe de France de la discipline, a reconnu qu’en théorie ce n’est pas farfelu: « Si un athlète gagne un centimètre dans cette zone il est content, ça change la donne pour lui… Cela modifie légèrement le centre de gravité et sa façon de voler pour gagner un à deux mètres pour un saut ».

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Et si personne ne pipe mot sur l’agrandissement de pénis, des langues se délient pour raconter que des athlètes bourrent leur slip de mousse ou de serviettes hygiéniques.

L’Autrichien Mika Vermeulen (26 ans), skieur de fond passé par le saut à ski, assure que des athlètes expérimentés mettent… de la pâte à modeler dans leurs sous-vêtements pour améliorer leurs performances. La nature humaine est ainsi faite. Pour tricher, l’imagination peut se nicher dans les endroits les plus improbables. En 1976, aux JO de Montréal, l’Allemagne de l’Ouest avait imaginé améliorer la position dans l’eau de ses nageurs en leur injectant via le rectum un gaz rare dans les intestins. L’affaire éventée, les Allemands s’étaient dégonflés, déballonnés… mais il se murmure que certaines nations auraient amélioré le procédé pour faire de leurs nageurs des poissons-volants et inscrire leurs noms dans les annales olympiques.

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February 02, 2026

Des saintes, des cris et des rires nerveux

Tiré de la pièce de Paul Claudel et créé en 2022 à l’Opéra de Nantes, puis à ceux d’Angers et de Rennes, l’ouvrage lyrique de Philippe Leroux est mis en scène par Célie Pauthe. « L’Annonce faite à Marie » au Châtelet fascine par son esthétique hors du temps et sa musique troublante, mais dérange, fait fuir une bonne partie du public et interroge cruellement la possibilité même de transformer Claudel en opéra.


La Cage aux folles à l’affiche en décembre, L’Annonce faite à Marie en janvier, Jean Poiret précédant Paul Claudel : qui serait d’assez mauvaise foi pour reprocher au Théâtre du Châtelet une programmation monochrome ? 

Le grand écart est tel qu’on pourrait plutôt dénoncer un éclectisme erratique, un programme parfaitement incohérent. De fait, il reflète parfaitement la personnalité qu’on qualifiera de contrastée de l’actuel directeur du Châtelet, brandissant d’une part un catholicisme tapageur, affichant d’autre part une homosexualité militante. Une rareté assez piquante pour n’être pas saluée et qui au fond trouve ici son acmé.

Inutile de préciser que L’Annonce faite à Marie, programmée pour quatre représentations, fera beaucoup moins courir les foules que La Cage aux folles à l’affiche durant cinq semaines, avec prolongation à la Seine musicale : la France, fille aînée de l’Eglise, est aujourd’hui plus folâtre que confite en dévotion, plus encline à la farce qu’au mysticisme chrétien.

Couleurs tranchées, coupe vieillotte

Sur la scène du Châtelet, on se trouve incontinent transporté dans un autre temps. Un temps qui n’est pas d’ailleurs celui des cathédrales au cours duquel Claudel situe son drame. Mais, à la faveur de l’architecture singulière d’un décor d’une extrême sévérité, clos sur lui-même ou parfois s’ouvrant sur de vastes paysages de cultures céréalières, comme on en trouve aux environs de Chartres, du fait aussi des costumes d’Anaïs Romand, aux couleurs tranchées et à la coupe vieillotte, on est confronté à une vision du Moyen Age semblable à celle qu’on aurait pu proposer sur les scènes alors novatrices de la première moitié du XXe siècle. Sentiment étrange et pas du tout désagréable que de contempler un exemple de modernité relevant d’une époque largement révolue, comme si les auteurs du spectacle, à la façon de la Belle au bois dormant, s’étant assoupis durant près d’un siècle, reproduisaient à leur éveil une esthétique en vogue avant leur endormissement.

Solistes de l’Ensemble intercontemporain

Séduisantes, très séduisantes même, les premières mesures de l’opéra de Philippe Leroux donnent corps à un univers d’abord nimbé de mystère. Et nous plongent aussitôt dans un climat très tendu, dans un climat de drame. La musique expose des sonorités qui, elles aussi, évoquent une modernité d’un autre temps, une modernité d’avant-guerre ou d’immédiat après-guerre. Comme si, là aussi, le compositeur s’était longuement assoupi et réapparaissait en n’ayant rien oublié de son époque. Alors que ressurgissent dans sa partition de lointaines réminiscences du Pierrot lunaire de Schönberg, créé en 1912 à Berlin, l’année même où à Paris L’Annonce faite à Marie était mise en scène par Lugné-Poe au Théâtre de l’Œuvre, accompagnée d’une musique de Vincent d’Indy. 

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Exécutée par une huitaine de solistes de l’Ensemble intercontemporain placés sous la conduite d’Ariane Matiakh, la partition de Philippe Leroux pourrait être belle, éloquente même. Mais le traitement des voix est la plupart du temps assez rude, sinon infiniment éprouvant. Ce chant parlé, ces voix délirantes semblent bien mal traduire les inflexions du texte. On le torture avec des stridences, des accents gutturaux, des grincements, des dissonances appuyées. Et, chez Mara la Noire, avec des chevrotements de possédée qui virent parfois à la caricature. En prétendant dévoiler l’obscurité de son âme, la violence de sa haine, l’emprise du mal qui l’habite, ces chevrotements ont un effet désastreux. Ils font irrémédiablement sourire ou ricaner, là où les imprécations de la sœur venimeuse devraient impérativement nous glacer.

C’est cela sans doute qui a poussé d’innombrables spectateurs, douloureuse hémorragie, à quitter la salle dans la première heure d’un ouvrage qui ne dure pas loin de trois heures. 

Claudel en voix off

Pour qui aurait la fantaisie de vouloir entendre le texte de Claudel, l’entreprise est quelque peu téméraire. Chantés ou psalmodiés, parlés ou éructés, les mots demeurent généralement inaudibles. En revanche, il faut s’appuyer par moments la voix antipathique de Claudel, cette voix de nanti solennel captée par des enregistrements de jadis, et qui, diffusée tout au long de l’ouvrage, semble en commenter l’action. 

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Voix parlantes voix chantantes, « parlé chanté » cousin du « Sprechgesang » de l’Ecole de Vienne, les effets vocaux accompagnant ce qui subsiste du texte de Claudel ne portent guère au mysticisme et sont difficilement émouvants, n’en déplaise aux thuriféraires de cette Annonce faite à Marie qui se répandent en termes admiratifs. Et sur le plan dramatique, la version lyrique est bien peu convaincante en regard de la version théâtrale.

Une sainte résolument professionnelle

Pour les interprètes, la partie vocale doit être extrêmement difficile à exécuter en l’absence de ligne mélodique franche imposée par les instruments. Dans le rôle d’Elisabeth Vercors, Els Janssens est la plus convaincante d’entre tous parce qu’elle y répond avec un naturel, une humanité qui donnent chair à son personnage. Incarnant la figure ingrate de la sœur de Violaine, cette Mara la Noire dévorée par la jalousie la plus tortueuse, par une haine criminelle envers celle dont la bonté et le rayonnement lui sont insupportables, Sophia Burgos est aussi remarquable comme actrice alors qu’elle n’est guère aidée par les excès vocaux qu’on lui impose. Fallait-il alors que la sainteté de Violaine s’exprimât par des regards extatiques, des langueurs, des soupirs saint-sulpiciens ? Raphaële Kennedy, en incarnant Violaine, se précipite tête baissée dans un expressionisme de cinéma muet qui a fait jadis, il est vrai, quelque effet dans les sacristies ultramontaines ; dans un mysticisme de théâtre de patronage où faire chavirer son regard vers le ciel en adoptant des airs languides de vierge immolée relevait de la panoplie obligée pour toute sainte ou bienheureuse résolument professionnelle.

Réduite à six personnages, la distribution comprend encore la belle et solide présence du baryton Marc Scoffoni incarnant Anne Vercors, père de Violaine et de Mara ; celle de Vincent Bouchot en Pierre de Craon ; celle enfin de Charles Rice qui dessert avec beaucoup de bonne volonté le rôle déjà peu reluisant de Jacques Hury. 

Il est permis de penser que cette Annonce faite à Marie ne fera pas nécessairement la belle carrière de Carmen sur la scène lyrique mondiale. Les filles perdues, même si on le déplore à juste titre dans les réunions paroissiales, auront toujours plus de succès que les saintes en épectase. Mais qui sait ? Malgré le génie de Bizet, Carmen avait été violemment désavouée à sa création, quand aujourd’hui c’est l’opéra, dit-on, le plus joué au monde.


L’Annonce faite à Marie.
Théâtre du Châtelet. Dernière représentation le mardi 3 juillet 2026.

de 10 à 99 €

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Le Pape encourage les consacrés à être «ferment de paix et signe d’espérance»

«L’Église vous demande d’être des prophètes: des messagers et messagères qui annoncent la présence du Seigneur et préparent son chemin», a rappelé Léon XIV à tous les consacrés, lors de la messe qu'il a présidée ce lundi 2 février dans la basilique Saint-Pierre de Rome, à l'occasion de la 30e Journée mondiale de la Vie consacrée célébrée en la fête de la présentation de Jésus au Temple. Il les a exhortés à témoigner de la présence de Dieu dans l’Histoire comme salut pour tous les peuples.

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Le contribuable canadien est bien abattu et passe à la casserole

Le gouvernement fédéral canadien participe à la transformation des abattoirs pour produire plus facilement de la viande halal à hauteur de 40 millions de dollars. De quoi scandaliser le contribuable laïque pendant que le multiculturalisme entérine l’invasion des mets halal dans les écoles du pays.


Manger, c’est incorporer un territoire.
Jean Brunhes.

Ventre affamé n’a pas d’oreilles mais il a un sacré nez.
Alphonse Allais.

Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu.
1 Cor. 8:4


Au Canada, comme en Union européenne, en dérogation du droit commun fondé sur des critères scientifiques modernes, est légal l’abattage des bovins selon les rites juif et musulman : est autorisé, sans étourdissement préalable, l’égorgement de l’animal selon une technique par laquelle est tranché l’œsophage. Il en résulte une entorse à la séparation de la mosquée et de la synagogue et de l’État; sur le plan de la santé publique, elle se traduit par un risque de contamination de la viande; enfin, il y a mépris de la souffrance animale.

En principe, le non-respect des règles sanitaires concerne la société entière et non pas uniquement le consommateur lambda: le gastronome qui, après avoir ingurgité un aliment toxique, fait gicler par spasmes à partir de ses orifices des liquides et semi-liquides biologiques verdâtres, compte sur le système de santé national pour se remettre sur pied; est aussi malsaine la tolérance de la cruauté animale. Cependant, aux fins de la présente discussion, l’on admettra charitablement la prémisse portant que la loi civile peut, malgré tout, licitement prévoir ce genre d’exemption et laisser chaque quidam aspirant à la transcendance libre de ses choix culinaires, lesquels, en théorie, n’engagent que lui seul.

Bien-pensance canadienne

Jusqu’à une époque relativement récente, les musulmans croyants pouvaient s’approvisionner sans problèmes dans les établissements classiques, en application du principe de nécessité reconnu par la charia, qui permet d’arrondir les angles : l’interdiction totale du porc demeurait évidemment intangible, mais l’on pouvait, sans risque d’anathème, commander ses viandes en elles-mêmes licites mais provenant d’animaux abattus selon l’hygiène moderne à la séculaire boucherie Sanzot (à condition d’en trouver le numéro de téléphone exact). Par contre, les orthodoxes ont toujours été tenus de faire leurs achats dans les boutiques approuvées par le rabbinat, même si la halakhah connaît le précepte « la loi du Royaume est la loi » en v.f. (« dina d’makhulta dina » en v.o.).

L’on voit mal en quoi la simple phase d’étourdissement préalable et une technique d’un égorgement relativement indolore du bestiau constituent une violation grave de la méthode religieuse. La solution la plus simple eût donc été d’imposer l’abattage conforme à la loi civile, quitte à organiser la présence des rabbins et des imams, qui eussent pu alors accorder leurs certifications, cachère et halal, après avoir scandé leur bénédiction. Au Canada, l’on invoque ad nauseam le principe d’« accommodements raisonnables », lequel, hélas, est à sens unique.

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Mais… c’était sans compter sur une volonté de ségrégation socioreligieuse, de contrôle du groupe. Et, pour les islamistes, sur la juteuse source de financement d’un réseau parallèle d’abattoirs halal, qui connait en effet un substantiel développement depuis une trentaine d’années, ce qui n’est pas le cas des établissements cachère, la population juive orthodoxe étant considérablement plus faible et stable.

En outre, multiculturalisme canadien à toutes les sauces oblige, on constate un phénomène insidieux : l’invasion des mets halal dans les institutions publiques, notamment les cantines scolaires. Selon une certaine bien-pensance, s’ils sont servis à tous les élèves sans distinction de race ou de religion, chacun y trouve son compte : les jeunes musulmans mastiquent conformément aux prescriptions religieuses que leur imposent leurs parents, tandis que pour les petits roumis, rien ne change puisque les recettes sont les mêmes, la préparation est la même et surtout, oui, surtout, aucune différence de goût pour les jeunes palais! Tout le monde est content et personne n’est lésé. Un admirable d’exemple d’œcuménisme. Où est le problème?

La réponse est on ne peut plus simple : cette pratique impose, précisément, aux familles laïques, la consommation de produits contestables sur le plan sanitaire et moral. Nul besoin d’être vegan ou carnivore islamophobe pour défendre des méthodes d’abattage conformes à la science moderne. Que des écoles islamiques privées s’en tiennent à un menu halal, grand bien leur fasse, mais c’est une hérésie en ce qui concerne l’école publique. En revanche, il revient aux parents concernés qui optent pour l’école publique canadienne (qui ne saurait, malheureusement, être qualifiée ni de « républicaine » et ni vraiment de « laïque ») pour leurs enfants de leur préparer un repas du midi selon leurs coutumes ancestrales.

Cela dit, il faut impérativement noter que chacun a droit à ses répulsions et inclinaisons alimentaires, peu importe qu’elles soient fondées sur des considérations d’ordre religieux, culturel, ou purement gastronomique. Les planificateurs de menus scolaires peuvent, et doivent donc, très laïquement, s’en tenir uniquement aux statistiques de consommation, qu’il s’agisse de plats de porc, de viande le vendredi, de chèvre, ou même d’alligator.

Toujours plus loin

Mais, au Canada, l’on va encore plus loin. Très loin. Trop loin. L’abattage halal et cachère y bénéficie maintenant de subventions étatiques.

C’est ce qu’annonce fièrement au début de l’an de grâce 2026 le ministère confédéral de l’agriculture. Oui, le contribuable confédéral laïc, immolé sur l’autel des sacrificateurs, contribue maintenant aux rites religieux. Combien? Une première enveloppe de 25 millions $ pour les deux prochaines années, et il est projeté un total 40 millions $ jusqu’en 2030. Rien que ça[1]. La légalité des viandes halal et cachère, déjà difficile à avaler, est une chose, mais voir l’État les prendre à sa charge est un comble. Une onéreuse tartufferie, d’autant plus que qu’elle stimule ainsi financièrement les activités islamiques se déroulant hors de la cuisine.

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L’évidence est que, en réalité, ce programme vise essentiellement les électeurs islamistes. En y incluant aussi et en instrumentalisant le judaïsme orthodoxe, aux effectifs comparativement négligeables, on s’offre le luxe de noyer le poisson (avec ou sans écailles) : le juif observant sert de caution passive et même d’alibi. Tant mieux pour lui s’il profite ainsi, au passage, d’une manne inattendue. Ironiquement, il doit ce ruissellement financier aux islamistes, mais les voies du Seigneur sont impénétrables. Cela dit, il faut lui rendre cette justice : lui, au moins, n’a pas la prétention d’imposer à la société civile les prescriptions de la cacheroute.

Détail aussi piquant qu’un oursin, ce programme vient d’être lancé à… l’Île-du-Prince-Édouard, grande productrice de fruits de mer, mais moins connue pour ses yechivot.

Le gouvernement de Mark Carney, digne successeur du nouveau minet de Katy Perry, se livre, sans vergogne, à l’achat pur et simple des voix islamistes (il serait incongru de parler ici de pot-de-« vin »…). Cependant, le désespoir civique est prématuré. Une pétition citoyenne vient d’être lancée contre ce cynique détournement de pouvoir. Et y aura-t-il contestation devant la justice?

Seul un aruspice expérimenté pourra trouver la réponse dans les entrailles d’un sanglier dûment sacrifié à cette fin, lesquelles pourront être recyclées en andouillettes. 


[1] https://agriculture.canada.ca/fr/programmes/investissement-casher-halal

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Le cardinal Mario Zenari achève sa mission en Syrie à 80 ans

Le cardinal vénitien, nonce apostolique à Damas depuis 2008, avait vu son mandat prolongé par le Pape François, qui l'avait créé cardinal en 2016. Il a présenté sa démission ce lundi, ayant atteint la limite d'âge. Au cours des dix-sept dernières années, il a mené un travail diplomatique et humanitaire intense dans ce pays du Moyen-Orient, devenant un point de repère stable pour une population souffrant de la guerre, de la pauvreté, du terrorisme, des sanctions, des crises et des séismes.

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Le président de la République portugaise en audience chez le Pape

Marcelo Rebelo de Sousa a été reçu ce lundi 2 février au Palais apostolique du Vatican par Léon XIV. Lors des entretiens à la Secrétairerie d'État, les deux hommes ont réaffirmé leur appréciation mutuelle pour les relations bilatérales «solides» et ont examiné les «conséquences douloureuses» causées par la récente tempête Kristin.

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Ouganda, les salésiens aux côtés des personnes déplacées de Palabek

Ce pays africain, où le président Yoweri Museveni est au pouvoir depuis 40 ans et vient d'obtenir un nouveau mandat, se distingue également par l'accueil d'environ deux millions de réfugiés. Témoignage du père Hubert Twagirayezu, coadjuteur salésien dans le vaste camp qui accueille près de 100 000 personnes fuyant le Soudan du Sud.

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Les Sœurs franciscaines de Sola, témoins d’espérance en RD Congo

À l’occasion de la fête de la Vie consacrée, le 2 février, l’Église célèbre l’engagement des religieux et religieuses. En RDC, les Sœurs franciscaines du Règne de Jésus-Christ, dites Sœurs de Sola, incarnent une présence évangélique essentielle de soutien, de foi et de transformation sociale.

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Père Nandou: «La vie consacrée, signe prophétique d’espérance pour l’Afrique»

À l’occasion de la 30ᵉ Journée mondiale de la vie consacrée, célébrée le 2 février, le père Clément Nandou, membre du dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, revient sur le sens profond de cette journée pour l’Église et pour l’Afrique. Entre action de grâce, défis contemporains et appel aux jeunes, il souligne la dimension prophétique de la consécration au cœur des réalités africaines.

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La résistance par l’habit

L’élégance masculine comme manière de s’affirmer et de reconquérir notre souveraineté vestimentaire : Monsieur Nostalgie sonne le tocsin


La rue est devenue désespérante. Nous nous sommes collectivement habitués et résignés à la laideur de nos habits. Le vêtement mondialisé a emporté la bataille des mentalités. Matières consommables, qualité déplorable, cycle infernal de surproduction, gabegie environnementale et confection inhumaine ; là-bas, à des milliers de kilomètres, dans la moiteur des climats changeants, on fabrique pour alimenter un marché sans garde-fous. La machine tourne à plein régime et on préfère regarder ailleurs.

Défaitisme

Il y a comme une défaite intellectuelle dans nos rues, dans nos hémicycles, à la sortie de nos écoles, aucun espace n’échappe à cette forme d’abandon, aussi bien chez nos dirigeants que dans la foule anonyme. Le bel habit masculin a disparu. Le soulier cousu et le cuir patiné sont les témoins d’une époque révolue. S’afficher avec, oser le brio si incommode, renoncer à la transparence, casser la monotonie sont les marques d’une résistance intérieure. Ne pas abdiquer au confort du tyran « jogging » et de la reine basket ; il en faut du courage pour se soulever et dire non. Le laisser-aller est un prêt-à-porter si facile à adopter. L’invisibilité a gagné. Nous sommes tous tombés dans ce piège de l’indifférenciation. Peu importe l’âge ou le milieu d’appartenance, la profession ou le nombre d’années d’études au compteur, dans les bureaux des étages élevés ou au restaurant, le samedi soir, une vague de défaitisme a envahi nos penderies. L’habit moderne, ample et jetable, bavard et insane, est notre nouveau corset. Tous, nous avons entassé des kilos de vêtements « bon marché », dans une sorte de frénésie acheteuse irresponsable. Nous avons été faibles. Au début, nous étions heureux d’accumuler et de suivre cette mode tempétueuse. Nous étions les bons soldats de la « Fashion culture ». Et puis, un jour, notre état de délitement nous a frappés. Nous sommes tombés sur de vieilles photos de famille.

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C’était mieux avant !

L’allure de nos aïeux a jeté le trouble. Ils avaient une prestance inhabituelle, une mise soignée, la courtoisie du costume bien taillé, le désir de faire honneur à leur famille, que ce soit lors d’un baptême ou d’une noce. Après souvent un travail de force, manuel et salissant, ils s’habillaient convenablement pour le respect des autres et aussi pour leur propre plaisir. Comme ils relisaient vingt fois une lettre traquant une faute d’orthographe avant de l’envoyer à une administration tatillonne, ils nouaient leur cravate avec une attention d’airain, avant de sortir de chez eux. Leur chemise amidonnée et leur pantalon repassé. Sans faux pli et parfois en faux col. Ces gestes simples et répétés au fil d’une longue vie étaient empreints d’une grande dignité. Ils nous paraissent aujourd’hui incroyablement audacieux, presque chevaleresques. Ils brouillaient aussi les cartes du destin. Qui aurait pu croire que derrière ces élégants-là, portant fièrement le trois pièces, se cachaient des menuisiers, des bistrotiers, des ouvriers tanneurs ou des employés des Postes. Nous avons eu alors, tout à coup, honte de nos guenilles, de nos tissus industriels, de nos chaussures collées à la va-vite et de notre indolence satisfaite. Il semble que ce relâchement généralisé soit arrivé à son terme. Un sursaut salutaire se met en marche timidement. Notre pays se réveille doucement, il ouvre un œil, encore groggy d’avoir subi tant de tenues infâmes. Ce n’est pas un raz-de-marée. L’étincelle est pourtant là. L’envie d’exister et de ne plus subir. Le goût de s’afficher avec un joli manteau en laine, avec un blazer à l’épaule suave ou avec une paire de richelieu brillante n’est plus l’apanage d’une caste en particulier ou d’un portefeuille rebondi. La seconde main a sonné le tocsin du relâchement. Les jeunes générations ont désormais soif de connaître la vérité sur les méthodes de fabrication et de retrouver l’éclat du passé. Ils s’habillent en conscience. Ils comprennent pourquoi la France a perdu tant de savoir-faire au contraire de l’Italie plus sensible à la notion d’atelier.

Un enjeu de souveraineté nationale

Il s’agit là, d’un enjeu de souveraineté et d’éducation. L’apprentissage étant à l’origine de tout. Les réseaux sociaux ont été, en l’espèce, de précieux lanceurs d’alerte. Des figures se sont imposées sur ce secteur sinistré. Le grand public a été touché par le sartorialisme partageur d’un Hugo Jacomet, par la réussite du magazine L’Etiquette et surtout par des centaines de bottiers, de tailleurs, de chemisiers qui ont diffusé leur expérience sur Internet dans de courtes vidéos. Ils ont enfin communiqué ! Nous avons été fascinés par l’intelligence de la main et le cheminement de la création. Le beau travail, dans les règles d’art, précision et virtuosité, nous rassure et nous ancre. On ne s’endort plus en « scrollant » des images de chats mais en visionnant des ressemelages de brogues et de boots. L’effet est à la fois hypnotique et apaisant. Le meilleur des antidépresseurs. La trépointe n’a plus de secret pour nous. On écouterait des heures ce collectionneur de blousons d’aviateur de la Seconde guerre ou cet as du ciseau évoquant le tombé d’une veste, ce dos impeccable comme s’il parlait d’une sculpture. Entre Le Bernin et lui, un fil se tend.

Les tendresses de Zanzibar

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Monsieur Nostalgie

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Cardinal Parolin: Malte doit rester un pont entre les cultures et une voix de paix

Lors de la messe célébrée ce 1er février à La Valette à l'occasion du 60e anniversaire des relations diplomatiques entre la République maltaise et le Saint-Siège, le cardinal Secrétaire d'État, commentant le naufrage de saint Paul dans les eaux de l'île, a exhorté à prendre soin des personnes vulnérables en transformant le danger en rencontre et la peur en relation.

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Lyrique: Un bal… presque manqué

Même prisonnier d’un décor figé, Verdi bouleverse encore notre chroniqueur


Verdi ne s’interdisait pas de remettre ses partitions à l’ouvrage, voire de réécrire certains de ses chefs d’œuvre pour en proposer, au soir de sa vie, des versions réorchestrées et profondément remaniées. Deux ans avant Un ballo in maschera, ç’avait été le cas en 1857 avec Simon Boccanegra, qu’il retouchera à plusieurs reprises, jusqu’à le recomposer en 1881. Idem pour le Macbeth de 1847, opéra qui se verra profondément transformé en 1865 pour sa version en français, au Théâtre lyrique, et l’ajout du traditionnel ballet tant prisé du public parisien ; avec Don Carlos, encore (Don Carlo dans une autre version), daté 1847 mais durablement révisé jusqu’à 1869. Ou en 1862, avec La forza del destino, promis à se voir largement revisité en 1869 par les soins du compositeur.  

Bal fatal

A contrario ce Bal masqué, ‘’mélodrame en trois actes’’ millésimé 1859, nous parvient inchangé depuis l’heure de sa création en 1859, au théâtre Apollo de Rome, puis deux ans plus tard au Théâtre-italien de Paris. Seul se verra remanié le livret d’Antonio Somma, inspiré de Gustave III ou le bal masqué, fastueux autant qu’oubliable opéra en cinq actes fort distendus, écrit vingt-cinq ans plus tôt par le bien-nommé Eugène Scribe pour Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra de Paris : contraint, à son exaspération, par la censure napolitaine, Verdi déplace par prudence l’ancrage historique primitivement planté à  Stockholm,  le resituant, dans un premier temps, à Florence, puis le faisant migrer vers Naples, pour finalement l’installer à Boston : c’est cette version qui s’est définitivement imposée au répertoire. Mais surtout, le génial compositeur resserre à bon escient l’action de son melodramma : trois actes, pas un de plus.

Œuvre de transition, après La Traviata (1853), Les vêpres siciliennes (1855) et Simon Boccanegra (1857), Un bal masqué annonce les feux incandescents de La force du destin (1862) et de Don Carlos (1867). Ce n’est pas pour autant un opéra mineur. Conspiration, soupçon d’adultère, convoitise amoureuse, incantations d’une pythie, désir de vengeance, assassinat, in fine, au cours du bal fatal qui clôt ce chef d’œuvre lyrique… Combinant le drame et la comédie, l’intime et le magistral, c’est d’un bout à l’autre, une partition miraculeuse sur le plan mélodique.

Paris, le 20 janvier 2026. Generale Piano du Bal Masque de Giuseppe Verdi. (C) Benjamin Girette / OnP

L’Opéra-Bastille a choisi de reconduire la mise en scène de Gilbert Delfo, millésimée 2007, déjà reprise par deux fois, en 2009 puis en 2018. C’est peu dire qu’elle a beaucoup vieilli : assez sinistre, la pesante symétrie de ce décor monumental, tout à tour blanc de craie, anthracite et plombé de noir, surchargé d’une imposante, prétentieuse statuaire à l’effigie de l’aigle romain, ces costumes de deuil enfilés par les chœurs comme par l’ensemble des protagonistes, excepté le rôle travesti d’Oscar, tout cela ne rend pas justice aux couleurs contrastées d’un opéra qui mériterait d’être traité de manière moins constamment ténébreuse.

Anna Netrebko, une déception

Et pourtant, une première à guichet fermé !  De fait, le public était venu surtout pour entendre la diva Anna Netrebko chanter le personnage d’Amelia – rôle qu’elle a inauguré à Naples en octobre dernier. Hélas, sans offense il semblerait qu’à 54 ans la soprano austro-russe ait, elle aussi, pris de l’âge: en ce 27 janvier où votre serviteur avait pris sa place, Netrebko a déçu : vibrato excessivement espacé, voix peinant sur des aigus approximatifs, legato manquant de souplesse… Et puis, quelque chose de mécanique dans le jeu scénique, qui empêchait décidément l’émotion de passer.

Il est vrai que la rigidité de la mise en scène n’y aide guère: les interprètes s’y voient forcés de chanter trop souvent debout, immobiles, face au public, comme des statues figées au premier plan du plateau, sans qu’entre eux la moindre interaction ne vienne tant soit peu animer celui-ci. Consolation, le baryton montréalais Etienne Dupuis fait merveille dans l’emploi de Renato. Quant à Riccardo, il est campé par le ténor américain Matthew Polenzani, doué d’un timbre magnifique, au phrasé impeccable. Dans le rôle de la sorcière Ulrica, la mezzo Elizabeth DeShong fait son entrée à l’Opéra de Paris de façon remarquable, la palme revenant à la soprano espagnole Sara Blanch, brillante, délicate et gracieuse dans son interprétation d’Oscar.

Une nouvelle distribution prend bientôt le relai, partiellement : la soprano américaine Angela Meade remplaçant madame Netrebko dès le 11 février ; Renato empruntant les traits de notre Ludovic Tézier national à partir du 5 février, star auquel succèdera le baryton natif de Mongolie Ariunbaatar Ganbaatar, qu’on découvrira donc sur la scène parisienne pour les dernières représentations (du 20 au 26 février)…

Voilà qui est de bon augure pour la suite, au moins sur le plan vocal. Quoiqu’il en soit,  Un bal masqué mérite le déplacement, ne serait-ce que pour l’aria d’Amelia et la sublime mélodie du violoncelle, au premier tableau du troisième acte : « Morro, ma primera in grazia,/Deh ! mi consenti almento/L’unico figlio moi/Avvincere al mio ceno.[…] Morro, ma queste viscere/ Condolino i suori baci,/ Or che l’estrema è giunta/ Dell’ore ùie gugati », traduction : « Je mourrai, mais avant,/ de grâce, consens/ que sur mon cœur j’étreigne/ mon seul, unique enfant.[…] Je mourrai, mais qu’au moins ses baisers/ consolent ma pauvre âme/ puisque je suis au terme/ d’une vie éphémère »….  Même un cœur de pierre en pleurerait.  


Un bal masqué/Un ballo in maschera, opéra de Giuseppe Verdi. Mise en scène : Gilbert Deflo. Direction : Speranza Scappucci. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Avec Matthew Polenzani, Anna Netrebko/Angela Maede, Igor Golovatenko/Ludovic Tézier/Andrii Kimach, Sara Blanch, Elizabeth DeShong, Christian Rodrigue Moungoungou, Blake Denson, Andres Cascante, Ju In Yoon, Se-Jin Hwang.

Durée : 3h

Opéra Bastille, les 2, 5, 11, 14, 17, 20, 23, 26 février à 19h30, le 8 février à 14h30.

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February 01, 2026

La beauté transfigurée du deuil

Hamnet est une exofiction qui nous parle plus de la femme de Shakespeare que du dramaturge lui-même. Chloé Zhao s’impose comme une cinéaste majeure du cinéma contemporain


Chloé Zhao est indubitablement une cinéaste passionnante et talentueuse. Née à Pékin, elle a suivi des études de sciences politiques au Mount Holyoke College, dans le Massachusetts, puis des études de cinéma — département production — à l’université de New York. Elle vit aux États-Unis et a réalisé cinq longs métrages.

Ses deux premiers films, Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015) et The Rider (2017), produits par la société de Forest Whitaker, sont remarqués par la critique lors de leurs présentations à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. The Rider raconte l’histoire de Brady, un jeune cow-boy et entraîneur passionné de chevaux, étoile montante du rodéo, qui voit sa vie basculer lorsqu’un cheval lui écrase le crâne au cours d’une compétition. Le film est une œuvre époustouflante de maîtrise et de grâce, sans doute le plus beau film de Chloé Zhao à ce jour.

Nomadland et l’épreuve du blockbuster

Elle reçoit ensuite le Lion d’or au Festival de Venise pour Nomadland (2020). Dans ce film majestueux, Chloé Zhao dresse le portrait de Fern, une femme blanche sexagénaire — Frances McDormand, juste et bouleversante — qui a tout perdu après la déroute industrielle de sa ville, Empire, dans le Nebraska, la mort de son mari et la perte de sa maison.

En 2021, elle tourne un blockbuster Marvel, Les Éternels, une belle réussite plastique et poétique, légèrement gâchée par certaines situations pensées pour satisfaire la bien-pensance et l’inclusivité contemporaines qui règnent comme on sait dans les milieux du cinéma hollywoodien.


Hamnet : une exofiction lyrique

Hamnet, son nouveau film, est une œuvre ambitieuse et lyrique, adaptée du roman éponyme par la romancière Maggie O’Farrell et la cinéaste. Il s’agit d’une exofiction très libre qui raconte la rencontre de William Shakespeare et de la jeune Agnès. Nous sommes dans l’Angleterre du XVIᵉ siècle. Will (Paul Mescal), jeune précepteur fasciné par les mots, est le fils d’un gantier de Stratford. Chaque jour, il observe Agnès, une belle jeune fille sauvageonne qui aime parcourir la forêt et dresser son faucon. Il provoque leur rencontre, et c’est le coup de foudre.

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Les deux amoureux se marient après la naissance d’une première fille, Susanna. Deux autres enfants viennent au monde, des jumeaux : une fille, Judith, et un garçon, Hamnet. Mais le malheur rôde.

L’entreprise narrative est originale et passionnante du point de vue biographique. Le film n’est pas centré sur William Shakespeare — Paul Mescal, superbe et impeccable, fragile, tiraillé entre culpabilité et passion — ni sur son œuvre, mais sur son couple et ses enfants. Son nom est prononcé tardivement et son succès n’est jamais évoqué directement.

C’est avant tout le portrait de son épouse méconnue, Agnès — Anne Hathaway dans la réalité, femme dont on sait très peu de choses —, figure viscérale, fougueuse, sensible aux forces telluriques, admirablement interprétée par Jessie Buckley. Hamnet est ainsi un splendide portrait de femme : Agnès, belle, un peu sauvage, pleine de bon sens, inscrite dans une mystique profonde de la nature.

Transfiguration par l’art

La beauté et la grandeur du film prennent tout leur sens dans la dernière demi-heure, lorsque l’œuvre bascule dans la magnificence. L’art du maître transfigure la peine et la douleur en beauté pure lors d’une représentation théâtrale qui élève l’âme. La création sublime le drame familial sous les regards extatiques du public.

La mise en scène, très inspirée sur le plan sensoriel, dont la force et la rigueur rappellent celles de Terrence Malick, est servie par l’ampleur et la somptuosité de la photographie du chef opérateur Łukasz Żal (Ida), ainsi que par la musique de Max Richter, à la fois tragique et lumineuse. Hamnet est un film bouleversant, où les émotions ne sont jamais mélodramatiques, mais portées par une ampleur poétique qui confère à l’œuvre une profondeur et une force spirituelles rares.

2h05

http://www.youtube.com/watch?v=b-2Nx-x9Nsg

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Ode au « Versailles » de messire Maral

Le Versailles d’Alexandre Maral est une somme, un monument de 1600 pages qui retrace l’histoire du château et de la ville. Un travail d’Hercule qui mérite d’être salué en alexandrins.


À Versailles manquait le livre magistral.

En vos mains le tenez : Alexandre Maral

Au palais du Grand Roi a consacré sa vie.

Dans les pas de Verlet[1] mais sans qu’il ne ravît

Rien à l’historien du lieu phénoménal,

Voilà qu’à nouveau frais, apôtre original,

Érudit mais emprunt aussi d’un fort beau style,

Maral en ce volume épatant joint la ville

Au site légendaire. Et, de fait, le récit

Enveloppe Versailles au château que voici.

Des lieux en leur entier, à leur chronologie,

Versailles – c’est le titre – ajoute la magie

Du visiteur féru du moindre agencement,

De la disposition du moindre appartement,

De tout apport versé sur la modénature,

Des étapes par quoi tel lieu se dénature,

Du moindre objet, décor ou distribution,

Comme la durée fait, soit la progression,

Soit l’évanouissement, voire la sauvegarde…

D’un même mouvement le lecteur se hasarde

Au fil de ce recueil savant et fabuleux,

Toujours tracé au trait d’un œil vif, scrupuleux,

Depuis le descriptif précis d’une enfilade

Jusqu’à l’évocation d’une de ces parades

Qui façonnaient Versailles en façonnant le Roi,

Car l’ombre des Bourbons plane sur cet arroi.

Salons, communs, boudoirs, régis par l’étiquette,

Cabinets arpentés dans cette vaste enquête

Raniment les rituels contraignants de la cour

Tour à tour jalonnés des stations du parcours.

Le Vau, Le Brun, Louvois, Gabriel et Le Nôtre,

Hardouin-Mansart, Colbert ou Antoine Lepautre

Hantent ces lieux autant que Puget, Girardon,

Richard Mique ou Mignard. Mais là n’est point le don

Essentiel de l’ouvrage : il est ce mariage

Étonnant et subtil, nourri de page en page

Entre approche historique, inventaire et état

Des lieux. En cinquante ans Louis XIV jeta

Un domaine enchanteur sur l’ancienne garenne

Où chassait feu son père. En ce livre s’étrenne

Le délectable attrait de ces moments ravis

Joint à la connaissance – au point qu’on en pâlit

D’admiration ! – intime de chaque aire,

Et de tous ses recoins. Sache te satisfaire,

Lecteur, de l’appétit gourmand qui naît en toi :

À Maral rien n’échappe, on en reste pantois !

« La ville allait porter la livrée du château » :

Citant Verlet, l’auteur emprunte son manteau

Mais c’est pour raviver d’un regard neuf l’enseigne

Du splendide Versailles, avant que ne s’éteignent

Ses pompes et ses feux. Naufrage d’un seul jour !

« Tout a fui, des grandeurs tu n’es plus le séjour »,

Se chagrine Chénier, penché sur la dépouille.

Maral s’attarde encor sur ce palais de rouille

Que le siècle suivant honore – on a vu pire ! –

D’un musée. Expiation du long Second Empire,

Versailles du traité ; las, Versailles « occupé »…

L’ordre républicain venu, voilà happé

Versailles en ornement clinquant de pur prestige.

Alexandre Maral voit ce lieu sans rival,

Lucide, prospérer dans un fier revival

Mais point ne méconnaît le péril mercantile

Dont l’établissement public est l’antre vile.

Ainsi donc sur ces bords veille le preux Maral :

Au moins sa somme existe et conjure le mal

De l’ignare et triviale engeance du touriste

Rivé à son selfie dont le fléau persiste.

À lire

Versailles, Alexandre Maral, Perrin, 2025. 1580 pages

Versailles

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[1] L’historien de l’art Pierre Verlet (1908-1987) publie en 1961 ce qui devient le plus important ouvrage de référence sur Versailles. Vite épuisée, sa monographie est rééditée par Fayard en 1985 sous le titre Le Château de Versailles. Alexandre Maral assume ici fort élégamment sa dette à son auguste devancier.

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Les mots de réconfort du Pape aux familles des victimes de l'incendie de Crans-Montana

Un mois après l'incendie dans un bar de la station suisse qui a fait 41 morts et 115 blessés, une veillée œcuménique s'est tenue ce dimanche dans la cathédrale de Sion. À cette occasion, un message de Léon XIV a été lu dans lequel le Souverain pontife partage la douleur des familles et les invite à garder l'espérance.

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À Bratislava, Mgr Gallagher invite à «reconstruire la confiance»

Lors de la messe célébrée à Bratislava à l'occasion du 25e anniversaire du Traité fondamental entre le Saint-Siège et la Slovaquie, le Secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations internationales a invité les fidèles à toujours garder ouvertes les voies qui mènent à la paix.

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Je voudrais tant que tu sois là

Monsieur Nostalgie avait depuis longtemps envie de nous parler de l’actrice Marie Dubois (1937-2014). Il cherchait un prétexte pour rattacher la comédienne à l’actualité. Et puis, il décida que Marie Dubois, par sa carrière, son charme fissuré, son courage, l’amour que les gens du métier lui ont voué toute sa vie, se suffisait à elle-même…


Je cherchais une amorce. C’est le sacerdoce du chroniqueur, aborder un sujet par un prisme nouveau, un lien dans l’actualité plus ou moins probant, une reparution, une biographie, une restauration de film, un pèlerinage, un bout de sparadrap en somme, pour coller à l’actualité, singer les apparences, forcer les évidences ; la peur du « papier » hors-sol, tombant comme ça, sans tutelle, sans perspective historique est une tare de bon élève. Presque une faute professionnelle. Je raisonnais trop, donc mal.

J’étais parti sur une fausse bonne idée, raccrocher Marie Dubois à La Grande Vadrouille dont nous fêterons cette année les 60 ans, le tournage eut lieu en mai et le film de Gérard Oury sortit en décembre. L’absurdité de cette collusion me sauta à la figure. J’avais honte d’une telle bassesse, d’un tel traficotage des dates. Je marchandais le souvenir de Marie comme un chineur du dimanche.

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A-t-on besoin d’un prétexte, d’un anniversaire, pour parler de Marie Dubois ? C’est à la fois insultant pour cette comédienne au teint de porcelaine et une faillite de l’esprit pour le journaliste nostalgique. Marie Dubois nous touche au-delà du long combat qu’elle a mené contre cette salope de sclérose en plaques. La maladie ne résume pas Marie, pendant vingt ans, elle la mit à l’index, en sourdine, puis un jour, le démon se réveilla. Elle fit face dans ce duel déloyal, perdu d’avance ; pudique, elle ne fit pas étalage de ses souffrances. Le métier savait et il était sincèrement ému. Dans une profession d’apparences trompeuses où l’image et le vedettariat font des ravages, où les égos sont perclus de venin, Marie était aimée, profondément aimée par les autres acteurs. Tous lui portaient une immense affection, Gabin l’appelait « la p’tite Dubois », il l’imposa dans L’Âge ingrat et Gainsbourg l’invitait chez Régine et Castel. Jamais, vous n’entendrez quelqu’un salir sa mémoire. Elle est intouchable. Trintignant, Ronet, Depardieu, Carmet, son voisin, Belmondo son vieux complice du Conservatoire, Bourvil « sans doute le grand amour de ma vie de comédienne » disait-elle, Lino dans une scierie des Vosges et même Montand charmeur et impossible dans une brasserie, adoraient cette fille-là. Le public avait confiance dans cette fille aux yeux bleus de France. Il ne la cantonna pas aux rôles de jeune première naïve et amoureuse, « bonne pâte » et « bonne copine », fiancée au cœur tendre. Intimement, nous savions, les réalisateurs aussi, les plus intelligents qui l’avaient justement choisi pour sa grande plasticité, sa grande palette d’émotions, que Marie incarnait, emportait avec elle, un plus large imaginaire, que se mêlaient dans son jeu, une part de timidité et de sauvagerie, une part de pudeur et d’indécence, que le trouble qu’elle dégageait était tout en nuances, tout en délicatesse, tout en entrechats. Que l’innocence affichée dans son regard n’était qu’une partie infime de sa personnalité. Que derrière la candeur, la fougue, la passion et le drame n’attendaient qu’un signal pour déborder, pour ruisseler, pour nous inonder. Marie était de ces actrices qui compriment les sentiments jusqu’à les faire exploser dans une forme de sobriété. On ne peut expliquer ça de façon rationnelle, elle est là, sur l’écran, jolie, d’autres le sont aussi, plus encore peut-être, je crois que l’on ne se méfie pas de cette « bonne fille », de ses intentions, elle pourrait presque paraître transparente, puis elle s’anime, sa voix, sa bouche, ses dents, son rire rempli d’écho et de profondeur nous saisit, elle va nous déstabiliser, c’est certain.

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Et surtout, on se souviendra d’elle. Plus tard, Claude Jade, et encore plus tard, Sophie Barjac, des comédiennes d’autres générations emprunteront les mêmes chemins. Appelons-ça le talent, le naturel, la présence, cette beauté francilienne qui ne se fane pas. Fiancée chez François Truffaut ou vamp chez Louis Malle, sa grâce n’échappa ni à la Nouvelle Vague, ni au cinéma plus commercial. Marie fut accueillie à bras ouvert chez Godard, Vadim, Sautet, Lautner, Resnais, Visconti, elle fut l’égérie des Suisses, un visage familier de la télévision et des planches. Dans le Figaro, le critique Jean-Jacques Gautier avait vu juste en 1962, cette année-là elle partageait l’affiche avec Elvire Popesco au Théâtre de Paris : « J’ai beaucoup remarqué, apprécié et applaudi la charmante fille aux yeux clairs, à la retenue efficace, aux moyens sensibles qu’est Marie Dubois. Elle a quelque chose de pur, de sain, de lumineux. Elle sent le bon pain frais ». Ce dimanche, je pense donc à elle et ses deux grands amis Anny Duperey et Serge Lama.

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Le Pape prie pour les victimes de l’éboulement d’une mine dans l'Est de la RDC

À l’issue de la récitation de la prière de l’Angélus, Léon XIV a prié pour les plus de 200 personnes qui ont perdu la vie lors de l’effondrement d’une mine de coltan dans l’Est de la République démocratique du Congo. Il a également rendu hommage aux victimes des tempêtes meurtrières au Mozambique et au Portugal.

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Le Pape invite les États-Unis et Cuba au dialogue afin d’éviter la violence

À l’issue de la récitation de la prière de l’Angélus dimanche 1er février, le Pape Léon XIV a exhorté les Etats-Unis et Cuba à reprendre la voie du dialogue, «afin d'éviter la violence et toute action susceptible d'accroître les souffrances du cher peuple cubain». La veille, les évêques cubains ont tiré la sonnette d’alarme, après la signature quelques jours plus tôt d’un décret américain menaçant d’imposer des droits de douanes aux pays qui fournissent du pétrole à La Havane.

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Angélus: dans la pénombre de l’Histoire, les Béatitudes répandent la lumière

Lors du premier Angélus de février, Léon XIV a enjoint les 22 000 fidèles rassemblés place Saint-Pierre à méditer sur les Béatitudes (Mt 5, 1-12), qui rappellent que «Jésus transforme l’amertume des épreuves en joie des rachetés».

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Léon XIV salue les gentilshommes de Sa Sainteté qui veillent au respect du protocole

Ils sont les discrets collaborateurs du Saint Père dans son quotidien. Chargés de veiller au protocole, de l’organisation du palais apostolique et d’accueillir les hôtes du Pape, ils font partie de la famille de la Maison pontificale.

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Le peuple oublié est l’homme providentiel attendu

La France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en main: un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer.


Inutile de chercher. L’homme providentiel n’existe pas. Seul le peuple peut encore sauver la France de son déclin. Mais à deux conditions : que la société civile soit consultée, et qu’elle se libère de sa retenue. Une révolution démocratique reste à mener à son terme, en tournant le dos à la gauche perdue. Voilà trente ans que j’observe et décris la décrépitude d’un régime technocratique qui ne cesse de s’éloigner des gens inquiets. Pour les oubliés, l’heure est venue. Leur exaspération est telle que le pouvoir redoute d’en appeler aux urnes. Aucun système politique n’est sans doute tombé si bas : selon les sondages, il ressort que 10 % des Français font encore confiance aux partis, 20 % aux députés, 11 % au chef de l’État. Ce dernier est vu comme un « danger pour la démocratie » par 56 % des interrogés. Le nouveau monde qui déboule n’est pas seulement celui qui, avec Donald Trump, bouscule les mondialistes à Davos et le droit international au Venezuela ou au Groenland. Le réveil des peuples sonne également le glas des idéologues en place[1].

L’indigence intellectuelle des « élites » est le poison qui a contaminé la nation. Les lanceurs d’alerte, longtemps moqués et isolés, commencent seulement à être rejoints par quelques-uns de leurs détracteurs d’hier. Les retardataires découvrent enfin les failles d’Emmanuel Macron et les dangers de la société ouverte. Pourtant, tout était déjà écrit. Dans le désert conceptuel, LFI est la seule formation qui, avec son Institut La Boétie, a pensé le grand basculement. Cependant, pour Jean-Luc Mélenchon, le pays de demain ne pourra être que multiculturel, métissé, islamisé. Or cette disparition de la France enracinée au profit d’une civilisation « créolisée » reste une construction de l’esprit. En dépit d’une immigration extra-européenne qui s’accélère, trois Français sur quatre sont encore d’origine provinciale. C’est dans ce creuset, auquel se sont adjoints les compatriotes assimilés à la culture d’accueil, que la résistance doit renaître.

A lire aussi, Charles Rojzman: Populiste, et alors?

La France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en main. L’Iran montre que le temps s’accélère dès lors que la société ne craint plus la peur. La situation française n’est certes pas comparable à la tyrannie islamiste des mollahs. Mais un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. L’État, immobilisé par une caste claquemurée, est dans cette situation. C’est pourquoi il est urgent d’appeler les bonnes volontés à la rescousse afin de sauver ce qu’il reste de la nation souveraine. C’est d’ailleurs ce que Macron avait promis avant de sombrer dans un antipopulisme de guerre civile et une dérive de Narcisse esseulé : en 2016, il disait vouloir répondre « au déficit d’adhésion démocratique » en refusant que « tout vienne d’en haut ». Il aura fait l’inverse.

À la droite pantouflarde d’avoir l’audace de l’alternance. Trop conservateurs s’abstenir. Il faudra permettre la participation des citoyens aux décisions et inventer une conception collégiale du pouvoir. Reconnaître l’échec de la Ve République et de son présidentialisme ne doit plus être un tabou. Macron l’a démontré : perpétuer un monarque à l’Élysée est une impasse. Reste un préalable : les faillis qui s’accrochent à leurs erreurs ne pourront que les reproduire ; leur départ est une nécessité. D’autres élites, à l’écoute du parti du Peuple, sont appelées à les remplacer. Mais il faut faire vite. Il reste un an.

La révolution des oubliés

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[1] Ivan Rioufol, La Révolution des oubliés, Fayard, sortie le 4 février 2026 [NDLR].

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Tous dans «Le Cercle rouge»

Les spectateurs ont tous fini dans le film mythique de Jean-Pierre Merville, Le Cercle rouge, sorti en 1970. Et si ce n’est pas dans une salle de cinéma, ce fut à la télévision. De génération en génération, nous avons transmis nos émotions après avoir vu ce chef-d’œuvre shakespearien, et surtout après avoir compris que nous étions tous coupables. Comme les quatre principaux protagonistes du film, nous avons compris que nous nous retrouverions un jour dans ce cercle-là parce que la vie conduit à un rendez-vous dont nous ignorons tout. Rendez-vous dicté par les lois de la tragédie, avec ou sans les dieux aux commandes. Le génial et atrabilaire Melville, en Stetson et Ray-Ban, qui se rêvait Américain, l’Amérique de Gary Cooper et Henri Fonda, celle de la classe et du désabusement discret au coin des lèvres, savait que la philosophie existentielle pouvait se résumer à ce rendez-vous inéluctable. Le 2 août 1973, Melville entre dans le restaurant japonais de l’hôtel PLM Saint-Jacques. Le cinéaste doit dîner avec Philippe Labro. Il n’en ressort pas vivant. Rupture d’anévrisme. À la fin du film, les quatre personnages sont réunis : Corey – Alain Delon – , Vogel – Gian Maria Volonté – , Janssen – Yves Montand –  et Mattei –  Bourvil. Seul ce dernier, commissaire intègre et énigmatique, ne meurt pas.

Une aventure

J’ai toujours eu un faible pour le personnage joué par Montand, peut-être parce que c’est Montand. Il est un flic ripoux tombé dans l’alcoolisme. Il habite un pavillon de banlieue, c’est une loque, il n’attend plus rien, seulement la revanche sur les « habitants du placard », bêtes immondes nées dans son cerveau imbibé d’alcool. Il accepte de participer au casse d’une bijouterie, place Vendôme. Pour cela il doit être clean, redevenir le tireur d’élite qu’il était pour tirer dans le mille et bloquer le système d’alarme. Il réussit, refuse le fric. Il meurt sur la pelouse d’une demeure bourgeoise, sapé comme un milord. Avant de crever, il lance à son ex-collègue Mattei : « Alors… Toujours aussi con dans la police, hein ? »

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Ces souvenirs, et tant d’autres, sont revenus à la lecture du livre de Bernard Stora, premier assistant sur le tournage du Cercle rouge. À l’aide des feuilles de service du film, précieusement conservées, il reconstitue la passionnante aventure du tournage. On entre dans le récit, dans lequel sont glissées certaines feuilles reproduites en fac-similé, et l’on découvre l’envers du décor, le off du film. Les anecdotes fourmillent pour notre plus grand plaisir. On apprend tellement de choses qu’il est impossible de les résumer. Il faut lire l’ouvrage qui se dévore comme un roman. C’est écrit avec précision, on frise l’épure, sûrement par respect pour l’esthète qu’était Jean-Pierre Melville. On entend ses coups de gueule, notamment contre Volonté, imposé par les producteurs italiens. On dîne avec lui, sur le bord de son lit, à 1 heure du mat, rue Jenner, dans ses studios. On est témoin de ses doutes, de sa mégalomanie, de « son incommensurable orgueil », de sa lucidité – il savait que le scénario était parfois faible. Bernard Stora, à propos de Melville, lâche : « Alliant le charme et la cruauté, aimant rire et glaçant, grand seigneur et mesquin : on n’en finirait pas de pointer ses contradictions. C’était un précurseur nostalgique du passé, un imposteur sincère, un harceleur, un despote en même temps qu’un homme intègre et profondément généreux. » Un artiste, quoi.

Bourvil métamorphosé

Et puis, il y a la prestation de Bourvil, le fameux commissaire solitaire aimant les chats – ceux du réalisateur. Ce n’était pas le premier choix de Melville. Il avait d’abord pensé à Lino Ventura. L’acteur italien pouvait en effet paraître plus crédible. Mais il était fâché avec le cinéaste de L’Armée des ombres. Et un Lino en colère ne revient jamais sur sa décision. Alors ce fut Bourvil, le comique fragile et tendre, faussement benêt, avec son accent trainant. Merville l’a métamorphosé. Atteint d’un cancer de la moelle osseuse, incurable, le visage émacié, le risque est grand qu’il ne finisse pas le tournage. Le cinéaste lui fait porter un toupet, ce qui augmente la minceur du visage. Il exige qu’il porte des costumes confectionnés chez son tailleur. Il choisit pour lui chemises et cravates de chez Sulka. Le provincial Bourvil devient chic. Il lui achète un chapeau, lui qui n’en porte jamais. Bourvil se regarde dans une glace : il est ébahi avec le regard d’un gosse. Melville lui demande d’éluder certaines voyelles, c’est un coup de génie, ça transforme sa diction. Stora raconte : « Je n’ai jamais entendu Melville donner la moindre indication à Bourvil, mais sur ce point, il ne transige pas et le corrige systématiquement. » « Ce n’est » devient « C’n’est ». Bourvil ne peut plus faire le pitre ; il doit se concentrer en permanence. « Bourvil ne pense pas à jouer, il ne se préoccupe pas d’être ‘’naturel’’. » Dernier grand rôle, rôle magistral. Bourvil gagne un prénom, le sien. Au générique, il est André Bourvil. L’acteur ne s’est jamais plaint, malgré la souffrance et la fatigue. Il a serré les dents. Quand tous les autres sont morts, dans le cercle rouge, Bourvil dit à son adjoint : « Vous savez comment j’ai fait pour résoudre cette affaire ? Eh bien, tout simplement en appliquant la… » Et l’acteur se met à chanter son grand succès d’après-guerre. : «… la taca-taca-tac-tactique du gendarme, c’est de bien observer sans se faire remarquer… » La dérision pour faire un pied de nez aux acteurs qui se la pètent un peu trop. La caméra continue de tourner. Melville a oublié de dire « Coupez ! » On peut voir la séquence sur YouTube. Sept mois plus tard, André Bourvil est emporté par la maladie. Seul personnage sortant vivant du cercle rouge, il était en réalité un mort en sursis.

Bernard Stora, Dans le Cercle rouge, le tournage du film de Jean-Pierre Melville au jour le jour, Denoël. 432 pages

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Trente musiciens de haute voltige

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Je revenais de Lille ; j’allais être en retard. Ma Sauvageonne prit donc sa voiture pour se rendre au cirque Jules-Verne d’Amiens où était proposé le spectacle Circus Variations. Elle m’avait donné rendez-vous dans le hall, « sur la droite », avait-elle précisé de sa voix de jeune fille bien élevée mais sensuelle comme celle de notre regrettée Brigitte Bardot. Embouteillages, devant moi des conducteurs à la lenteur de gastéropodes à coquille, stationnement difficile, et j’en passe. Effectivement, je fus en retard. Quand j’arrivai, essoufflé, dans le hall du cirque, mon ébouriffée ne se trouvait plus sur la droite, comme prévu. Elle était déjà montée à l’étage pour y trouver une place. Je montais à mon tour l’escalier ; elle m’aperçut, me héla. Mon cœur se mit à battre quand je la vis. Je la rejoignis, joyeux comme un vieux poulain dans une tendre et verte prairie de Thiérache (Aisne). Une fois de plus, c’était elle qui avait choisi notre sortie ; une fois de plus, elle fut bien inspirée. Grâce à Circus Variations, mis en scène par Maroussia Diaz Verbèke, nous passâmes une heure et quinze minutes de plaisir. Au programme : la trentaine de musiciens de l’Orchestre de Picardie, sous la direction de Dylan Corlay, accompagna les numéros des artistes circassiens Vassiliki Rossillion, Maël Commard, Johan Stockmar, Virginia Danh, Alvin Nislsen Nyygaard, Jérémy Mutin et Marisol Lucht. Équilibristes, voltigeurs, acrobates, clown, etc., il y en avait pour tous les goûts. Tous dialoguaient avec les musiciens. Les notes virevoltaient dans les airs comme les artistes. Un vrai bonheur. Et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir l’écrivain-journaliste Laure Adler en Madame Loyale ! J’eusse voulu la rencontrer à la fin du spectacle pour lui demander ce qu’elle faisait là, en habit de lumière. Passion pour le cirque ? Connivence amicale avec les créateurs de Circus Variations ? Je ne le saurai jamais car je ne la vis point. En revanche, au bar (encore au bar, toujours au bar ; je suis incorrigible!), je fis la connaissance des charmants Marisol Lucht et Maël Commard, ravis de faire partie de cette belle aventure circassienne. Je les pris en photo avant de repartir dans la nuit en compagnie de la Sauvageonne dont les yeux brillaient comme une piste aux étoiles. A ses côtés, j’avais l’étrange impression d’être un très vieux Roger Lanzac. Mais qui, aujourd’hui, se souvient encore de Roger Lanzac ?

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À Malte, le cardinal rappelle aux États leur devoir de respecter la souveraineté et la dignité

En visite à Malte pour la présentation d'un ouvrage commémoratif sur les relations avec le Saint-Siège, le Secrétaire d'État souligne que la dimension géographique ne détermine pas l'importance d'une nation. Il appelle également à une synergie renouvelée et évoque les «nouveaux enjeux», notamment les migrations et la préservation de la paix, dans un «ordre international fragile».

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Exit la notion de devoir conjugal!

L’Assemblée nationale a enterré à l’unanimité le « devoir conjugal » cette semaine. Enfin ! s’est extasiée la presse progressiste, ravie de voir disparaître une notion juridique jugée archaïque. Reste une question, pourtant: un mariage sans relations sexuelles, qu’est-ce que c’est au juste? Une colocation ?


Nos députés ont-ils été touchés par les bonnes grâces des fées wokistes ?

En effet, détruire l’image du mâle dominant en l’assimilant à un violeur conjugal en série est un pas très important que nos députés viennent de franchir sans trembler (même ceux « d’extrême droite ») !

Droit de cuissage

Car ce texte fondamental vient d’être adopté à l’unanimité. Présenté de façon transpartisane par une députée écologiste, Mme Garin qui l’a ainsi soutenu : « En laissant subsister, dans notre droit, un tel devoir, nous avons collectivement cautionné un système de domination, un système de prédation du mari envers son épouse. »[1] 

Néanmoins, je me méfie des belles intentions qui ne sont jamais suivies d’effet. En votant un tel texte, nos élus ont certes fait preuve d’une immense sagesse.

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Mais dans les faits, comment la loi sera-t-elle respectée s’il n’y a aucune preuve matérialisée du consentement ?

Dès lors, il devient indispensable de remplir un formulaire Cerfa préalablement à tout acte sexuel[2].

Sens des priorités

Enfin, je crois qu’il convient de saluer l’action de nos députés. Dans un pays à la dérive où tout fout le camp, où l’on n’a pas de budget, où l’agriculture, l’industrie, le commerce extérieur, l’armée, l’éducation, la santé et les autres services publics sont à la ramasse, il faut avoir du courage pour user du temps parlementaire à traiter ces problèmes en urgence.

Par ailleurs, ans vouloir remettre en cause cette immense avancée sociétale, je voudrais cependant souligner que nos députés n’ont probablement pas pris pleinement la mesure des dégâts collatéraux qu’ils vont provoquer au niveau de l’emploi dans l’industrie pharmaceutique.

En effet, les ventes d’antalgiques risquent de chuter drastiquement.

Les études de marché réalisées par le SNIP[3] révèlent que 39,5 % des ventes d’antalgique sont consécutives à la déclaration « Pas ce soir chéri, j’ai mal à la tête ! ».

Dans de telles conditions, la notion de consentement préalable menace la filière de production d’antalgiques, laquelle ne représente pas moins de 9583 emplois.

Par conséquent, je suggère qu’à titre compensatoire une taxe de 0,98 euros soit prélevée sur chaque formulaire Cerfa puis affectée à la reconversion du personnel concerné.

PJ :  Formulaire Cerfa


[1] Citée dans Le Monde du 26 janvier

[2] On pourra certes débattre de la notion d’acte sexuel. Un « regard insistant » est constitutif d’une violence sexiste, certes, mais s’assimile-t-il à un acte sexuel ? Le débat est effectivement ouvert si l’on en croit un avis du u Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) du 16 avril 2015 sur le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun. Dans cet avis, le harcèlement est défini comme incluant « le sifflement, des commentaires sur la tenue, des regards insistants jusqu’à l’agression sexuelle »

[3] Syndicat National de l’Industrie Pharmaceutique

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January 31, 2026

Les évêques cubains craignent un chaos social après les menaces américaines

Face à l'aggravation de la crise, les évêques cubains mettent en garde contre le risque d'une aggravation des souffrances sur l'île et demandent des réformes profondes, le dialogue et le respect de la dignité humaine, sans exclusion ni violence. Le 29 janvier, Donald Trump a signé un décret menaçant d'imposer des droits de douane aux pays qui fournissent du pétrole à Cuba.

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Les voeux du Pape pour les 80 ans du cardinal Christophe Pierre

Un télégramme transmettant les meilleurs vœux de Léon XIV a été lu lors d'une réunion organisée à la nonciature apostolique de Washington pour célébrer l'anniversaire du cardinal français. Mgr Edgar Peña Parra, substitut de la Secrétairerie d'État, était présent à l'événement.

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Populiste, et alors?

Le populisme n’est pas une idéologie. C’est un cri et un retour du refoulé démocratique.


À Davos, lorsque Donald Trump est revenu parler de nations, d’usines, de frontières et de souveraineté dans ce grand monastère glacé de la gouvernance mondiale, ce n’est pas son mauvais goût supposé qui a scandalisé les consciences raffinées — c’est la vérité qu’il a laissée filtrer. Une vérité triviale, rugueuse : celle de la fracture désormais ouverte entre les élites et les peuples.

Comment naît le populisme

On a ri de l’homme, caricaturé sa vulgarité, psychiatrisé ses électeurs. On a fait ce que l’on fait toujours quand le réel insiste : on l’a recouvert de diagnostics. Mais on s’est bien gardé d’écouter ce qu’il révélait — ce grondement sourd venu d’en bas, cette fatigue immense des vies ordinaires.

Car le populisme ne naît pas d’un excès d’ignorance. Il naît d’un excès de dépossession. Il surgit lorsque la démocratie cesse d’être politique. Lorsque les décisions vitales se déplacent hors du champ populaire. Lorsque le langage de la vie est remplacé par la prose morte des experts. Lorsque le citoyen devient un administré, sommé de consentir à ce qu’il ne comprend plus. C’est à partir de cette rupture qu’il faut penser notre époque. Le populisme n’est pas une pathologie de masse. Il est le produit logique de nos démocraties épuisées. Il apparaît là où le peuple cesse d’être sujet pour devenir matériau, variable, population à gérer. Nous vivons la fin d’un cycle. Celui de la démocratie moderne, née dans la promesse tragique de la souveraineté populaire. Elle n’a pas disparu : elle s’est vidée. Les élections subsistent, les institutions tiennent debout comme des façades. Mais le cœur est parti. La souveraineté demeure comme mot, non comme puissance. Le citoyen vote encore ; il ne décide plus. Le basculement fut lent, presque invisible. Il s’est opéré par glissement, par technicisation, par dilution progressive du politique dans la gouvernance.

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Autrefois, gouverner signifiait trancher, assumer, répondre devant le peuple. Aujourd’hui, gouverner consiste à appliquer des normes venues d’ailleurs, à optimiser des indicateurs, à traduire en procédures ce qui relevait jadis du choix collectif. Les décisions s’élaborent dans des bureaux sans visage, dans des instances européennes ou internationales, dans des cercles d’expertise qui ne connaissent ni la fatigue des corps ni l’angoisse des fins de mois. La politique s’est réfugiée dans le vocabulaire neutre de la compétence. C’est là le cœur du problème : nous sommes entrés dans une démocratie post-politique. Un régime où les orientations majeures sont présentées comme naturelles, inéluctables. Où le débat ne porte plus sur le sens, mais sur la gestion. Où l’on ne choisit plus : on s’adapte.

Le climat impose. L’économie contraint. L’Europe exige. La science recommande. Face à cette litanie d’impératifs, la volonté populaire apparaît comme un archaïsme. On la soupçonne d’irrationalité, on la redoute comme une force primitive. Ce n’est plus le peuple qui fonde la décision. C’est la norme qui s’impose au peuple.

Neutralisation du politique

Une démocratie sans conflit n’est plus une démocratie. C’est un dispositif. À cette neutralisation du politique s’ajoute un autre mal, plus profond encore : sa moralisation. Le pouvoir ne veut plus assumer le tragique. Il préfère se draper dans le Bien. Il ne parle plus d’intérêts antagonistes, mais de valeurs. Il ne confronte plus des projets : il hiérarchise des souffrances. Il ne débat plus : il distribue des brevets de vertu. Celui qui s’oppose n’est pas un adversaire. Il est un coupable.

Le président Donald Trump après son discours devant le Forum économique mondial à Davos, Suisse, le 21 janvier 2026. Markus Schreiber/AP/SIPA

Ainsi naît une citoyenneté nouvelle, triste et docile : un individu sommé d’adhérer. Sa liberté est encadrée par des dispositifs. Sa parole filtrée. Son expérience recodée dans un langage qu’il n’a pas choisi. Le peuple disparaît comme sujet collectif. Il devient une population à accompagner. On le voit clairement dans les politiques de transition. Énergétique, écologique, sanitaire : autant de chantiers imposés sans véritable délibération, au nom d’urgences définies par des experts. On transforme radicalement les modes de vie, on interdit de circuler, on renchérit l’énergie, on bouleverse l’économie réelle — et l’on appelle cela pédagogie. Les ZFE excluent les classes populaires tandis que les centres-villes gentrifiés célèbrent la mobilité douce. Les choix énergétiques ruinent artisans et ménages modestes pendant que les décideurs parlent de résilience. Les sacrifices sont abstraits, mais leurs effets sont toujours concrets.

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Ce n’est pas seulement une injustice sociale. C’est une dépossession politique. Car ce qui est en jeu n’est pas le confort, mais le droit fondamental de décider des conditions de sa propre existence. C’est là que surgit le populisme. Non comme programme. Non comme idéologie. Mais comme cri. Un retour du refoulé démocratique. Une tentative brute, maladroite, parfois violente, de réintroduire le peuple dans un monde qui l’a effacé. Il dit : vous ne nous représentez plus. Vous parlez une langue étrangère. Vous gouvernez un monde abstrait pendant que nous habitons un monde de fatigue, de factures, de corps usés. On traite ce cri de simpliste. Mais il porte une vérité élémentaire : aucune société ne survit longtemps quand ceux d’en bas sentent que leur vie ne compte plus. L’erreur des élites est de croire que le peuple est un problème. Il est la condition même de la démocratie. Il ne s’agit pas de l’idéaliser. Il peut se tromper, céder aux passions, se laisser séduire par de mauvais prophètes. Mais il reste le seul lieu où le politique demeure relié à la chair du monde. Ce que j’appelle populisme, c’est cette fidélité. C’est refuser un univers gouverné par des experts sans corps, des algorithmes sans mémoire, des idéologues sans peuple. C’est rappeler que la démocratie n’est pas un mécanisme, mais une relation vivante entre gouvernants et gouvernés. Et si ce rappel vaut aujourd’hui ostracisme ou marginalisation, qu’il en soit ainsi. Car une société qui n’écoute plus ses peuples prépare des ruptures autrement plus violentes.

La société malade

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Dans les jardins du Vatican, un hommage marial aux accents péruviens

Le Pape a béni ce samedi 31 janvier une mosaïque dédiée à la Très Sainte Vierge Marie ainsi qu’une statue de sainte Rose de Lima, première sainte née sur le continent américain. En présence des autorités ecclésiales et diplomatiques péruviennes, Léon XIV a souligné la portée spirituelle de cet événement. «Ces belles images que nous contemplons aujourd’hui nous rappellent la grandeur de la vocation à laquelle Dieu nous appelle, c’est-à-dire la vocation universelle à la sainteté», a-t-il affirmé.

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Léon XIV exhorte les jeunes à faire de la politique un chemin de paix et de fraternité

Le Pape a reçu ce samedi matin les participants à la rencontre internationale «Une humanité, une planète», organisée du 26 janvier au 1er février à Rome. Dans son discours aux jeunes engagés en politique, Léon XIV a souligné l’urgence de construire une paix durable fondée sur la justice, la fraternité et le respect des plus vulnérables. Dans un contexte mondial marqué par les conflits et les injustices, le Saint-Père les a invités à rechercher la paix «comme un don, une alliance, une promesse».

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Climat: deux pas en arrière, trois pas en avant

Si les formations sur le climat, concurrencées par celles sur l’IA, font traverser une crise inédite et regrettable aux « acteurs de la sensibilisation à la transition écologique », comme l’écrit élégamment Le Monde, les idéologues sont loin d’avoir dit leur dernier mot… Révélations.


Ceux qui en ont soupé des injonctions écologistes – et ils sont de plus en plus nombreux – ont dû rire dans leurs barbes à la lecture du Monde du 12 janvier.

En effet, le quotidien nous apprend que « les acteurs de la sensibilisation à la transition écologique traversent une crise ». Malheureusement, « 2025 fut une année catastrophique » pour Ecolearn, une société spécialisée dans la formation à la transition écologique, formation destinée aux employés des sociétés bernées par le concept fumeux de « responsabilité sociétale des entreprises ». Ce concept, élaboré par l’État afin que lesdites sociétés acquièrent « des pratiques plus éthiques et plus durables dans leur mode de fonctionnement », s’est avéré être un énième machin techno-bureaucratique favorisant, une fois de plus, la création d’associations et d’organismes privés profitant du système pour s’en mettre plein les poches. Mais toutes les bonnes choses ont une fin : Ecolearn « a vu fondre de 45% le nombre de participants à sa formation certifiante “Manager la durabilité en entreprise” ». De son côté, « l’atelier collaboratif » 2tonnes « accuse une diminution de 30% en deux ans du nombre des participants à son atelier grand public visant à construire une trajectoire de décarbonation de la France », se lamente Le Monde. Et ce n’est pas fini: l’association La Fresque du climat, dont nous allons reparler ci-après, ne compte plus que 18 salariés, contre 65 il y a encore deux ans. Quant au cabinet de conseil en stratégie sur le climat Blue Choice, il vient carrément de mettre la clé sous la porte.

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La raison de cette débâcle tient en une phrase : les entreprises ont décidé d’utiliser une bonne partie de leurs budgets de formation à un phénomène qu’elles considèrent être autrement plus important pour leur avenir : l’IA.

L’écologisme: une idéologie plus qu’une science

L’enthousiasme des climatosceptiques doit cependant être tempéré.

L’écologisme a infesté tous les lieux de pouvoir. La majorité des instances nationales, internationales, associatives, parlementaires, médiatiques et universitaires, en sont bien imbibées. Cette idéologie pernicieuse, à la manœuvre depuis quarante ans, a activement concouru à la ruine des politiques énergétiques et industrielles de nombreux pays, en particulier en Europe, aboutissant au désastre que nous savons. La France lui doit, pour une grande part, sa désindustrialisation, la perte de son indépendance énergétique, les insupportables hausses de prix de son électricité, la liquidation de son agriculture, la destruction de ses paysages, la décérébration de sa jeunesse, le tout sous la férule d’associations nocives et d’organismes d’État prenant les Français pour des demeurés – on se souviendra longtemps des recommandations de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour « adopter un mode de vie plus écologique et consommer plus responsable », entre autres celles encourageant le lavage modéré de nos pantalons, le reprisage de nos chaussettes, le ressemelage de nos chaussures et… la fermeture de nos volets la nuit lorsqu’il fait froid ! Pour rappel, le budget annuel de l’Ademe est de plus de 4 milliards d’euros…

Promotion de l’éco-anxiété

Cédric Ringenbach, le fondateur de feue la société Blue Choice, est également le créateur de la Fresque du climat et de l’association qui porte le même nom. Une récente brochure du CERU[1] rappelle que cet « outil pédagogique », créé par un militant fortement influencé par Jean-Marc Jancovici, fervent partisan de la sobriété et de la décroissance, repose sur un jeu de cartes basé sur les rapports du GIEC. Les formateurs à la transition écologique utilisant cette Fresque « revendiquent explicitement l’usage de l’éco-anxiété comme levier d’action et citent une étude selon laquelle 30% des participants modifient temporairement leurs comportements, principalement sous l’effet d’un choc émotionnel provoqué pendant la formation ». Or, l’utilisation de cette Fresque du climat, nous apprend le CERU, est obligatoire dans toutes les grandes écoles de commerce et les IEP, où l’écologie n’est enseignée que sous l’angle de la décroissance : « L’écologie enseignée est le plus souvent une écologie radicale. HEC, l’EM Lyon, l’ESCP, l’ESSEC et Sciences Po invitent des chercheurs qui considèrent que seule la baisse de la croissance peut sauver la Terre. » L’idéologie écologiste imprègne ces établissements, et la théorie de l’Anthropocène, pourtant réfutée par la Commission internationale de stratigraphie, la plus haute instance internationale de la géologie, est la seule qui y ait droit de cité. Depuis une vingtaine d’années, les indicateurs des classements de ces établissements prennent en compte le pourcentage de cours consacrés à l’écologie et à la contribution aux objectifs de développement durable de l’ONU, donc du GIEC.

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Par conséquent, tous les étudiants de 1ère année de Sciences-Po ont l’obligation de suivre un cours très orienté de « Culture écologique ». Après bourrage de crâne, les étudiants de l’ESSEC, de HEC, de l’EDHEC doivent, eux, passer un test certifiant de sensibilisation au développement durable. « Alors que les écoles de management d’autres régions du monde continuent de former des dirigeants obsédés par l’innovation, la productivité et la conquête de marchés, nous prenons le risque de fabriquer des cadres culpabilisés par la croissance, méfiants vis-à-vis du progrès technique et persuadés que la vertu principale d’une entreprise est de réduire son activité pour “sauver la planète” », avertit le CERU en attirant l’attention sur le fait que cet enseignement univoque, en interdisant la confrontation de points de vue différents, fabrique « une génération homogénéisée, passée par les mêmes rituels militants, parlant le même langage, partageant les mêmes indignations, sans véritable expérience du débat contradictoire[2] ».

Vive les diplômé.e.s !

Emblématique de cette génération idéologisée, l’activiste Camille Étienne a obtenu un master d’économie à Sciences-Po. Elle est aujourd’hui une des prêtresses écologistes les plus en vue.  Son discours formaté, radical et intersectionnel – c’est-à-dire mâtiné de néo-féminisme, de wokisme, de décolonialisme et de palestinisme – fait le bonheur des médias progressistes, de la gauche bobo et de l’extrême gauche, des écolos aux insoumis. Les propos préfabriqués et le débit logorrhéique de cette pythie moderne enthousiasment les dirigeants des écoles de commerce et des IEP qui l’invitent régulièrement dans leurs établissements. Les étudiants les moins doués se pâment devant cette rebouteuse idéologique maniant à la louche des « concepts scientifiques » inventés pour la cause. Certains, possédant une propension au rabâchage scolaire, au récitatif dogmatique, au « narratif » schématique, entrevoient à son écoute la possibilité d’une carrière de singe savant médiatique ! D’autres, qu’aucune médiocrité ne rebute, visent une carrière politique à la Sandrine Rousseau ou à la Marine Tondelier. Les plus paresseux imaginent une sinécure dans l’audiovisuel public. En attendant, tout ce petit monde manifeste aux côtés d’associations subventionnées prônant la décroissance en brandissant simultanément des drapeaux palestiniens et des banderoles en faveur du transgenrisme. Cherchez l’erreur ! Nos grandes écoles de commerce et nos IEP forment chaque année des centaines de jeunes gens dont beaucoup ne mettront jamais à profit leurs connaissances pour travailler, innover, créer de la richesse. Une partie de cet échec est due à l’écologisme. Une autre, au wokisme. Ces deux dogmatismes cohabitent très bien et s’entendent d’ailleurs à merveille quand il s’agit de « déconstruire » la France.

Cet endoctrinement écologique qui gangrène les grandes écoles de commerce et les universités n’est que le prolongement d’un processus commencé dès l’école. L’Éducation nationale se targue depuis des années « d’intégrer tout au long de la scolarité la notion de développement durable ». Elle a diminué les heures de cours de français et de mathématiques pour faire place au dogme écologique. De nombreuses académies incitent les établissements scolaires à utiliser la Fresque du climat. Sur son site, le ministère de la rue de Grenelle proclame que « l’enseignement sur le changement climatique doit viser à développer une conscience écologique et citoyenne chez les élèves », et ce dès la maternelle. Au collège, le programme d’histoire-géographie se doit de consacrer « un thème entier à la question environnementale » – la géographie n’est quasiment plus abordée que de ce point de vue-là. De la seconde à la première, « les élèves devront connaître les principales limites écologiques de la croissance » et « l’enseignement scientifique mettra en évidence le rôle de l’être humain dans la modification du climat ». En terminale, toutes les matières doivent impérativement comprendre des notions écologiques de développement durable et de transition écologique[3]. Ces directives reprennent à la lettre celles du Conseil de l’UE recommandant de « faire de l’apprentissage au service de la transition écologique et du développement durable une priorité des politiques et programmes d’éducation et de formation » et « d’offrir à tous les apprenants (sic) des possibilités d’acquérir des connaissances sur la crise climatique et le développement durable »[4]. L’école est devenue un centre d’ingénierie sociale, une couveuse idéologique formatant les futurs « citoyens européens » rêvés par les élites bruxelloises et mondialistes. L’État-monstre technocratique éduque ce futur citoyen, dès sa prime enfance, à « la vie affective et relationnelle, et à la sexualité », à « l’information et aux médias », à « l’écologie et au développement durable ». Plus tard, il l’instruit régulièrement des nouvelles et nombreuses normes qui régiront sa vie, lui explique comment se nourrir frugalement, s’habiller chichement, se chauffer parcimonieusement, et pourquoi il doit, s’il veut « sauver la planète », croupir dans des clapiers à lapins, se déplacer collectivement ou, mieux encore, pas du tout, etc. – bref, il administre et planifie entièrement son existence devenue pitoyable, matériellement de plus en plus inconfortable, spirituellement de plus en plus nulle, de sa naissance à sa « mort dans la dignité » programmée. Le pire du meilleur des mondes n’est plus une fiction. 

Duflot, vite !

L’écologisme est partie intégrante du pouvoir technocratique que cherchent à imposer Mme von der Leyen et ses laquais, commissaires, parlementaires et bureaucrates d’une UE qui a ruiné la France avec l’assentiment et la complicité de ses dirigeants. Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle, bien au contraire. Et les bonnes nouvelles se multiplient en réalité pour les « défenseurs du climat » : 1) La Planification pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) soumettant la France aux desiderata de l’UE en termes de mix énergétique et d’investissements pharaoniques en faveur des énergies intermittentes, au détriment de notre parc nucléaire, reste d’actualité. Emmanuel Macron fera tout pour que cette planification soit votée au parlement ou, si nécessaire, adoptée par décret avant la fin de son quinquennat – ce qui signifiera la fin définitive et irrémédiable de la souveraineté énergétique française. 2) Bernard Fontana, PDG d’EDF, a récemment confirmé que la parution d’un rapport prouvant que la « modulation nucléaire » – c’est-à-dire les variations de puissance imposées à nos centrales pour donner la priorité à l’électricité produite par les énergies intermittentes – accélère le vieillissement des centrales et met en danger toute la filière, a été repoussée sine die. Par qui ? Devinez. 3) Après l’incroyable nomination de Dominique Voynet au Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire, nous apprenons celle d’Anne Le Strat au poste de directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), en charge de la « mobilisation de la société » (sic) – cette dame est une écologiste politiquement très engagée qui soutient les actions les plus radicales de mouvements comme Extinction Rebellion et les Soulèvements de la Terre. 4) Nous pensions que, grâce à l’accord trouvé en commission parlementaire mixte, les ZFE étaient définitivement supprimées. Que nenni ! Le gouvernement vient d’annoncer le report du scrutin sur la loi de simplification de la vie économique qui devait entériner cette suppression. L’inénarrable députée macroniste Agnès Pannier-Runacher juge que ce report « permettra peut-être à la raison de revenir ». 5) L’association QuotaClimat, qui se targue de débusquer ce qu’elle appelle « la désinformation environnementale dans les médias » et saisit régulièrement l’Arcom pour dénoncer la « désinformation climatique » que pratiqueraient Sud Radio, CNews ou Europe 1, est en partie financée par… l’Arcom, l’Ademe et le groupe Valorem, premier exploitant éolien indépendant français. 6) Cécile Duflot, qui a très activement participé au démantèlement du nucléaire français avec ses amis socialistes, vient de donner un entretien au magazine Têtu dans lequel elle considère qu’elle a maintenant « les épaules » pour être candidate à la prochaine élection présidentielle. Le risque de voir Mme Duflot accéder au pouvoir suprême est minime mais son pouvoir de nuisance, son CV est là pour en témoigner, est en revanche bien réel, et son retour à la vie politique ne présage rien de bon. 7) Bien que remis en cause par de plus en plus d’entreprises, en particulier celles qui touchent à l’industrie automobile et à l’agriculture, le Pacte vert élaboré par la Commission européenne n’a été amendé qu’à la marge, pour amuser la galerie et calmer les récalcitrants. Directement inspirés d’une écologie politique coercitive, la politique climatique et le programme environnemental de l’UE entravent lourdement notre industrie et détruisent à petit feu notre agriculture. Rien ne semble pouvoir empêcher cette désintégration planifiée par les adeptes d’une idéologie qui hait l’humanité et donne souvent l’impression de n’avoir qu’un but : la réduire à néant.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Centre d’Études et de Recherches Universitaire, un think tank en pointe pour dénoncer les méthodes des activistes écologistes radicaux

[2] Morgane Daury-Fauveau, présidente du CERU, Grandes écoles de commerce : foyers du radicalisme écologique, décembre 2025.

[3] Site éducation.gouv.fr : L’éducation au développement durable.

[4] Commission européenne, Apprentissage au service de la transition et du développement durable. Recommandation du Conseil de l’UE du 16 juin 2022.          

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Le Pape prie pour les victimes et les personnes déplacées par la tempête au Portugal

Léon XIV exprime sa compassion à toutes les personnes touchées par les conditions météorologiques extrêmes qui ont dévasté le pays lusitanien. Dans un télégramme, signé par le Secrétaire d'État du Saint-Siège, le Souverain pontife se dit proche des familles des victimes, des blessés et des personnes déplacées. Le dernier bilan fait état cinq morts et plus de 450 000 foyers sont toujours sans électricité.

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Le Pape appelle à une presse libre face aux dérives de la polarisation

Dans un message à l'occasion des 30 ans du quotidien italien «Il Foglio», Léon XIV plaide en faveur du pluralisme de l’information. Depuis le Vatican, il souligne le rôle crucial des médias dans la défense de la liberté de pensée, du dialogue et de la dignité humaine. Un appel qui s'adresse à l’ensemble du monde médiatique.

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Nicolas Conquer: Républicain de service

« À quand un Trump français ? ». La question a déjà presque dix ans et date de la première élection du 45ème président des États-Unis. Elle a repris un coup de jeune, à l’automne 2024, quand, à la demi-surprise générale, POTUS (désormais 47) a fait son grand retour…

Vers un Trump français, paru chez Fayard, de Nicolas Conquer part précisément de cette question et rappelle combien elle est mal posée. Ancien porte-parole des Republicains Overseas (association d’expatriés américains membres du parti républicain), Nicolas Conquer s’est fait connaître comme le républicain de service (« dîner de con-quer » s’amuse-t-il) sur les plateaux télé avec son style de sergent-chef Yankee moustachu et ses punchlines façon Fox News.

L’ouvrage amuse par ses anecdotes médiatiques comme par son ironie pour les experts US qui, tous les quatre ans, annoncent la victoire de « l’Amérique qu’on aime » – de John Kerry à Kamala Harris – pour se planter presque systématiquement. Notez qu’ils font en général la même erreur de pronostic pour les élections israéliennes.

La France vit à bien des égards à l’heure américaine. La Cour suprême supprime l’arrêt jurisprudentiel qui légalise l’IVG ? Paris constitutionnalise, à la manière d’un DOM-TOM étasunien qui disposerait encore d’une petite marge de manœuvre sur les questions éthiques. La France beauf a troqué les PMU pour les soirées country chez Oncle Scott tandis que celle des petits profs et des universitaires ont remplacé depuis belle lurette Che Guevara par Judith Butler. Snif !

Pastorale trumpiste

Dans la collection des livres politiques proposées par Fayard, celui de Nicolas Conquer se situe entre les essais et confessions de Villiers et Bardella. L’ouvrage pose une question à la fois personnelle et politique : « Franco-américain », est-ce un état civil, ou un oxymore ? Binational, l’auteur déroule son roman familial : un Titanic mental où grandma rencontre grandpa sur un transatlantique. Il raconte aussi des moments de difficulté et de ballotement, comme lors de la guerre en Irak, lorsqu’il se retrouve coincé entre Dominique de Villepin et Donald Rumsfeld. Ce n’est pas inintéressant.

On devine chez ce Versaillais chouannant dans le maquis journalistique une soif très américaine de clash, de mise en scène, de storytelling et de coups médiatiques. Le lecteur sera servi : Conquer n’est pas un idéologue. Il raconte. Des plaines du Midwest dont il est issu au boccage cotentinais de la 4e circonscription de la Manche, où il fut candidat RN-UDR aux élections législatives de 2024, il dit avoir entendu la même complainte périphérique : celle de pays profonds abandonnés, méprisés, déclassés, promis au remplacement par le village global. Ça rappelle Guilluy, Buisson, Fourquet. En version anecdote musclée : « Fight, fight, fight ».

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Mais le côté français reprend le dessus quand il théorise. La fracture américaine n’est pas seulement sociale ou géographique comme l’expliquerait toute analyse électorale paresseuse ; elle est aussi symbolique et mentale. Trump cesse alors d’être seulement un programme pour devenir une scène. Ce show permanent n’est d’ailleurs pas une rupture ni la disparition de l’idéologie politique, insiste l’auteur. Il existait chez les pionniers du protestantisme qui épuraient la foi mais remplaçaient les icônes catholiques par les transes musicales, le chant et la vie intérieure. On le retrouve dans les réveils du biblisme américain comme chez Reagan dont une partie des services à la Maison-Blanche s’occupait moins de gouverner que de mettre en scène sa présidence.

Un chapitre démonte aussi la fable moralisante des « Deux Amériques » : l’une puritaine, rurale, conservatrice, raciste, archaïque ; l’autre forcément éclairée et éclairante ; miroir fidèle de la mythologie des deux France : « dès qu’on évoque le Parti républicain en France, les mêmes clichés surgissent : un mix de western spaghetti et de messe évangélique, un tableau de Norman Rockwell revisité par une télé-réalité fauchée. Une grande escroquerie planétaire – financée, bien sûr, par la NRA, ExxonMobil et Jésus himself – pour maintenir les « petits Blancs » obèses et ignares dans l’idée que ce sont les minorités, et non le capitalisme, qui ruinent leur vie. Des flingues, des larmes, et cette foi inébranlable selon laquelle tout problème se règle avec un cow-boy, une corde et une Bible. » 

Trump avant Trump

L’Amérique de Trump est donc tragiquement humaine, notamment lorsqu’elle vote pour un néo conservatisme prédateur façon Bush ou Reagan (qui finit toujours par l’envoyer au front, en Afghanistan ou en Irak). Et pourtant il ne faut pas la caricaturer. Dans son histoire et ses contradictions, Trump n’est pas un accident. L’auteur rappelle l’existence d’une autre droite américaine, longtemps marginalisée : anti-guerre, méfiante envers la Réserve fédérale, protectionniste, qui a pu inspirer Nixon et se retrouver dans certaines intuitions gaulliennes, comme la reconnaissance de la Chine de Mao. Trump ne surgit pas de nulle part. Ce nationalisme américain autorise alors des croisements improbables avec des droites nationalistes européennes historiquement anti-américaines : Marion Le Pen applaudie chez les conservateurs US pour un éloge du gaullisme en 2018 ; Steve Bannon acclamé, toujours en 2018, après un cours sur Hayek devant un RN dirigiste. Trump a brouillé toutes les cartes et pas seulement géopolitiques.

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Reste la question inaugurale. Un Trump français ? L’auteur surprend par sa lucidité. La France n’est pas l’Amérique et le président de la République n’est pas le calque ni la traduction du President of the Union. Là où le président des Etats-Unis a toujours été attendu comme défenseur bruyant de la plèbe face à l’Etat profond, le président français est l’héritier de Saint-Louis et est attendu pour ses vertus thaumaturgiques. Alors non, pas un Trump français. Mais une sorte d’outsider, pourquoi pas. Peut-être un haut fonctionnaire en rupture, un militaire lettré ou un auteur conscient qu’en France, toute aventure politique commence par l’écrit. Ou alors, la France a peut-être déjà eu son Trump, trente ans avant tout le monde. Chevelure pas moins blonde que son homologue américain, harangueur de foules et vedette de stades (il faisait remplir le Vélodrome en 1988), celui qu’on surnommait « le Reagan français » est peut-être ce qui a ressemblé le plus à l’OVNI Trump dans toute l’Europe occidentale depuis 1945. L’Amérique a adapté La Totale avec Thierry Lhermitte pour en faire True Lies avec Arnold Schwarzenegger ; elle a aussi importé le style Jean-Marie Le Pen pour inventer Donald Trump.

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L’Ukraine en mots et en sang

Exilée en France où elle a grandi, Anastasia Fomitchova s’est engagée auprès des troupes ukrainiennes comme infirmière sur le front. Dans Volia, elle témoigne des atrocités de la guerre, du vertige métaphysique face à la mort, et de la détermination d’un peuple à défendre sa langue, son histoire et son avenir.


Écrire sur une guerre en cours sans être ni soldat ni correspondant de guerre : une tâche apparemment vaine, concurrencée par un flux d’images et d’analyses qui finit par effacer le conflit. Entre la propagande russe pour qui la guerre qu’elle mène en Ukraine vise à « dénazifier » ce territoire, et le désarroi d’une Europe sommée de revoir son irénique foi dans un droit international, l’Ukraine souffre d’être à la fois proche et lointaine, sans récit déployable dans l’imaginaire « occidental », beaucoup ayant découvert son existence géographique en mars 2022, le gauchisme culturel s’inquiétant alors qu’on parle beaucoup de ces réfugiés « blancs », au détriment de ceux du tiers-monde, notamment des Palestiniens. Le pogrom du 7 octobre 2023 et la guerre menée par Israël contre la triade Hamas-Hezbollah-Iran ont relancé les affaires du palestinisme qui a tout fait pour reléguer l’Ukraine au second plan médiatique.

Une guerre qui avait pourtant commencé en 2014 avec l’annexion de la Crimée, sous les yeux impavides d’un Occident soudain réveillé par l’invasion massive du 22 février 2022. Mais le récit s’enlisait. Et le pire ennemi d’un pays agressé est aussi l’indifférence. Quel écrivain français sur le front ukrainien, à l’exception de Bernard-Henri Lévy qui en a tiré trois films ? On n’oubliera pas les témoignages d’humanitaires comme Damien Castera, La liberté ne meurt jamais (Gallimard, 2025), ni Tom Buron et son très bref Le Nom de la Bataille (49 Pages, 2026) ; mais on est loin de Malraux, Simone Weil, Orwell, Bernanos, Koestler, tous morts avec une Europe vouée au progrès social et au reniement de soi.

Restent des témoignages, comme celui, écrit en français, d’Anastasia Fomitchova, née à Kyiv, en 1993, et dont l’ascendance mi-russe, mi-ukrainienne s’inscrit entre l’Holodomor, cette famine organisée par Staline en 1932-1933 qui a tué plusieurs millions d’Ukrainiens, l’accident de Tchernobyl en 1986, et les difficultés des premières années de l’Ukraine indépendante (corruption et gangstérisme), qui ont abouti à la révolution de la place Maïdan, à Kyiv en 2013-2014, et poussé la mère de la narratrice à s’exiler en France, où cette dernière a grandi et fait des études de sciences politiques.

Volia (« volonté », en ukrainien) n’a rien d’un récit narcissique. Le souci de cette « volontaire de la diaspora » est double : témoigner de la guerre via son expérience de « paramédic », ou infirmière de combat sur le front, et dire ce que c’est qu’être ukrainien, aujourd’hui. On est loin des boboïques écrivains qui versent dans un keffieh des larmes pour Gaza, mais pas pour les victimes du 7-Octobre, ni pour les chrétiens d’Orient ou d’Afrique assassinés par les islamistes. Et puis critiquer la Russie, vieille terre sur laquelle l’aurore de l’humanité nouvelle était censée se lever, voilà qui reste difficile, quand, oubliant de quel néostalinisme Poutine est le nom, on en appelle à l’éternelle « âme russe » pour nous garder de la « décadence morale », considérant les Ukrainiens comme des concurrents meilleur marché du « plombier polonais », et les Ukrainiennes comme des femmes de ménage ou des filles de joie…

Ces clichés, Fomitchova ne perd pas de temps à les détruire. C’est de la guerre qu’elle parle, partie dès le lendemain du 24 février 2022, jour de l’« opération militaire spéciale » : étrange comme les guerres honteuses ne disent pas leur nom, mais s’appellent « maintien de l’ordre » ou « événements », dussent-elles faire des centaines de milliers de morts et de disparus. À Kyiv, elle loge dans un monastère. Les Russes sont dans la banlieue, notamment à Irpin, Hostomel, Boutcha, où ils commettent les massacres de civils que l’on sait, le nom de Boutcha s’ajoutant désormais à l’exécution de 33 771 juifs par les (vrais) nazis en 1941, à Babi Yar, toujours dans la banlieue de Kyiv. Les Russes rencontrent une résistance inattendue, se replient dans l’est de l’Ukraine, où Fomitchova est envoyée – dans le Donbass où elle avait déjà servi comme paramédicale, en 2017, et où elle retrouve le « carrousel de l’horreur » : métaphore qu’on aurait tort de juger banale ; pas de « littérature », ici, surtout quand on ouvre, à Bakhmout, les portes d’un véhicule militaire d’où extraire des hommes atrocement blessés : « Comment un être à qui il manque tellement de morceaux de corps peut-il encore être conscient ? Ou bien peut-être me regarde-t-il de l’au-delà, et c’est moi qui suis déjà morte ? […] Les patients les plus critiques sont envoyés directement sur la table d’opération, tandis que les autres sont allongés dans le couloir, piétinés par des chiens abandonnés par leurs anciens propriétaires. » Même vertige métaphysique lors de la capture d’un soldat russe : l’abattra-t-on sur-le-champ ou le fera-t-on prisonnier ?

Dire la guerre se heurte toujours à l’irreprésentable, malgré la multiplicité des témoignages, comme si, en effet, le regard des blessés sur nous renversait l’ordre des choses. C’est aussi pourquoi les romanciers qui ont vécu la guerre en parlent souvent le mieux : l’art est un témoignage différé, mais non moins véridique. Fabrice à Waterloo, chez Stendhal qui a connu la retraite de Russie, La Débâcle de Zola, Ceux de 14 de Genevoix, Pour qui sonne le glas d’Hemingway, Vie et Destin de Grossman, Putain de mort de Michael Herr… Même chose pour le cinéma, malgré l’artifice de la reconstitution. Les images de la guerre en Ukraine sont tout à la fois innombrables et non vues, sauf si l’on suit la guerre au jour le jour et visionne sur Telegram des images de l’armée ukrainienne. Le scrupuleux récit de Fomitchova rappelle que, quelle que soit l’issue de la guerre (sans doute une amputation considérable du territoire et une vassalisation accrue de l’Europe), Poutine aura fait surgir dans la conscience mondiale un pays, l’Ukraine, avec sa fragile histoire et sa langue, et sa jeunesse non idéologisée, dont Anastasia Fomitchova est exemplaire.

Volia, Anastasia Fomitchova, Grasset, 2025.

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A l’assaut de Provins

A Provins, en Seine-et-Marne, Julien Limongi (RN) sera l’un des 95 députés qui se présenteront aux prochaines élections municipales des 15 et 22 mars. Ce qui se joue dans la sublime cité médiévale dit tout de la porosité entre les électorats de la droite classique et ceux de Marine Le Pen.


A une heure vingt de Paris en roulant vers l’est direction la Champagne, le plateau briard est, avec ses champs de blé, ses serres, ses prairies, ses pépinières et ses bosquets, l’une des plus vastes circonscriptions de France. « Ici, on passe notre temps à conduire », glisse un collaborateur de Julien Limongi, le député RN local.

Son jeune patron, 29 ans, a ravi il y a deux ans ce fief gaulliste – qui fut pendant presque 40 ans la terre d’élection d’Alain Peyrefitte avant d’être pendant 25 ans celle de Christian Jacob  –  en obtenant 51,7 % des voix au second tour des législatives. CV impeccable : Sciences-Po Toulouse, expérience à l’étranger, costume bleu moyen, sourire de gendre idéal. Sur les marchés, les mamies s’extasient. « Il est beau, notre jeune député ! »

Notabilisation

Pas une semaine ne passe sans que Limongi se démène dans les foires et les kermesses de campagne, coupe ici un ruban, s’incline là devant un monument au mort. L’art de se notabiliser. Fin août, nous le croisons à l’occasion d’un festival folklorique à Jouy-sur-Morin. Trois cents badauds et estivants sont venus ce jour-là admirer une réplique de taxi de la Marne et un troupeau d’oies guidé par un chien de berger.

Soudain la fanfare municipale s’avance. Déguisé en édile de la Belle Epoque, avec son haut-de-forme façon Anatole France, le maire « sans étiquette » défile en tête avec à ses côtés Limongi, en écharpe tricolore. « On n’a pas les mêmes opinions, mais des relations cordiales et républicaines », nous confiera-t-il un peu plus tard à la buvette.

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Au contact des habitants, Limongi excelle. Atteint d’hypermnésie, il sait le prénom de chacun, se souvient d’une rencontre passée sur une brocante ou d’une communion sans qu’un assistant ne fasse le souffleur. Autour d’un verre, on discute avec quelques élus municipaux LR venus des patelins alentour. Ils avouent avoir reçu de leur parti la consigne de ne pas s’afficher avec le député RN. L’un d’eux rigole : « Ah mais je ne fais rien avec le député, mais on se voit très régulièrement, c’est vrai. On ne devrait pas mais on le fait. » Traduction : le RN, hier infréquentable, est devenu indispensable dans des communes qui l’ont placé en tête.

Quelques mois plus tard, rendez-vous à Provins, 12 000 âmes, principale ville de la circo et « baronnie » gaulliste s’il en est. Ici, les céréaliers, pour la plupart membres de la FNSEA, tiennent le haut du pavé. Comme le maire de La Soupe aux choux, ils sont pour l’« expansion économique ». « Cette droite est pire que la gauche » peste un collaborateur de Limongi. « C’est ici, à Provins, que se situent nos marges de progression », dit avec plus de diplomatie le député qui n’était pas majoritaire intramuros aux dernières législatives.

 Julien Limongi parmi les jeunes agriculteurs. Un contact fluide et cordial avec les syndicats paysans. 

A Provins, comme déjà au XIVe siècle, la gueuserie se masse dans la ville basse et vote RN, tandis que dans la ville haute, les bonnes familles vivent dans la pierre de taille classée au Patrimoine mondiale de l’humanité et votent Macron ou LR. Dans les rues, on s’adresse à Limongi comme s’il était le maire. Une vieille dame l’interpelle : pas pour parler de Marine ni de Jordan, mais de la Tour 18, une tourelle des anciens remparts qui a été détruite l’an dernier dans le cadre des travaux de la ceinture verte. Le député RN était monté au créneau, si l’on ose dire, contre sa démolition.

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Courtoisie républicaine

D’autres passants viennent à sa rencontre pour évoquer l’absence de crèche. Le député écoute attentivement, et promet des solutions. Il faut dire que, le 9 janvier, il a annoncé sa candidature aux municipales de la ville. La suite logique d’une stratégie briarde tous azimuts. Face à lui, le sortant, Olivier Lavenka, adoubé par Jacob, sait que la partie va être serrée. « Limongi sera-t-il le premier maire RN du département ? » s’interroge l’édition seine-et-marnaise du Parisien. La ville aura sans doute valeur de test national.

A Provins, Limongi fait campagne sur des thèmes parfaitement « droite locale » : renforcement de la police municipale, fluidification de la circulation, entretien des vieilles pierres… Le programme aurait pu être celui d’un candidat RPR ou UMP. Sur le marché, Christian Jacob passe justement, panier à la main. Limongi et lui se saluent. Courtoisie républicaine de rigueur. Il est loin le temps de la diabolisation. Dans cette cité médiévale, un jeune mariniste pratique un art ancien de la politique française : imiter les patriciens pour mieux les déloger.

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Politesse du crime

Un chef-d’œuvre de la froideur bourgeoise. Chez Chabrol, rien ne dépasse jamais… Arte nous propose actuellement de revoir La Femme infidèle.


C’est un très beau film cruel, cynique, terrible — et d’une beauté froide. Avec La Femme infidèle, Claude Chabrol signe en 1969 l’un de ses chefs-d’œuvre les plus rigoureux, un portrait sans concession de la bourgeoisie française des années soixante, disséqué avec une précision clinique. Tout ici relève d’un art du contrôle : du cadre au montage, du jeu des acteurs à la circulation feutrée de la violence. Rien ne déborde, et c’est précisément ce qui glace.

Le couple idéal ou l’asphyxie domestique

Charles et Hélène Desvallées forment en apparence un couple idéal. Ils vivent à la campagne, non loin de Paris, dans une vaste demeure bourgeoise entourée de verdure, cocon capitonné d’un bonheur anesthésié. Un fils unique, beau et brillant, complète le tableau. Le confort règne, l’harmonie aussi — du moins en surface. La chambre conjugale, écrin bleu oppressant, devient le théâtre quotidien d’une ritualisation du couple : Charles écoute de la musique classique, Hélène ouvre la fenêtre pour respirer. Déjà, tout est dit. L’air manque.

Hélène entretient une liaison avec Victor Pegala, dandy oisif de Neuilly. L’adultère n’a ici rien de passionnel : il est méthodique et cynique. Chabrol filme les rendez-vous clandestins avec la même distance que les scènes familiales. Le cinq à sept n’est qu’une autre habitude, un autre rituel. L’ennui bourgeois, cette maladie sourde, est le véritable moteur du drame.

Un crime sans éclat : l’héritage hitchcockien et langien

La mise en scène, d’une rigueur implacable, convoque explicitement Hitchcock — dans cette séquence mémorable où le cadavre tarde à s’enfoncer dans l’eau — et Fritz Lang, par le déroulement lisse et glacial d’un récit où chaque geste semble dicté par une nécessité supérieure. Mais Chabrol ne cite jamais : il absorbe, il polit, il assèche. Le crime n’est ni un éclat ni une transgression, il est une opération.

Michel Bouquet ou la violence feutrée

Michel Bouquet est tout simplement prodigieux. Il compose un Charles Desvallées d’une politesse glaçante, obséquieux, feutré, toujours sur le fil de l’implosion. Jamais il ne hausse la voix, jamais il ne s’abandonne à la colère visible. Tout passe par le regard, par une posture légèrement raide, par une diction d’une douceur venimeuse. Bouquet joue la domination bourgeoise comme une seconde nature, faite de maîtrise absolue et de violence rentrée. Son Charles est un homme qui encaisse, observe, calcule — et frappe au moment où plus aucune autre issue sociale n’est possible. Le crime, chez lui, n’est pas un débordement, mais un acte de réajustement.

Stéphane Audran, puissance du silence

Face à lui, Stéphane Audran est souveraine. Sublime de retenue, elle incarne Hélène Desvallées comme une figure de maîtrise et de silence. Tout son art réside dans l’effacement apparent : un sourire, un geste tendre, une voix égale, jamais tremblante. Audran ne joue pas l’infidélité, elle joue le contrôle. Elle sait, elle devine, elle comprend — et n’en laisse rien paraître. Lorsqu’elle perçoit que quelque chose s’est irrémédiablement déplacé, elle absorbe le choc sans fissurer l’édifice conjugal. Elle est l’épouse parfaite parce qu’elle est aussi la grande stratège du non-dit. Chabrol trouve en elle son incarnation idéale de l’éternel féminin : non pas une victime, mais une puissance douce, silencieuse, organisatrice du drame.

Maurice Ronet, l’amant condamné

Maurice Ronet, enfin, apporte au film une note de séduction fatale et de mélancolie désabusée. Il est Victor Pegala, dandy oisif de Neuilly, ni rival héroïque ni véritable prédateur. Ronet le joue avec une élégance nonchalante, presque lasse, comme un homme déjà condamné par son inutilité sociale. Il est l’amant de passage, le corps disponible.

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Les objets parlent : une société en vitrine

Chabrol filme aussi les objets avec une minutie presque fétichiste. Les voitures — toujours impeccables — disent la classe, la filiation, l’ordre social. Ici, tout est blanc, net, bourgeois : la Mercedes du mari répond à celle de la mère. Rien n’est laissé au hasard. Le décor pense à la place des personnages.

Le meurtre comme rétablissement de l’ordre

Le meurtre de l’amant n’est ni un accès de rage ni une vengeance. C’est un geste de survie. Charles règle seul l’affaire, dans le silence, puis revient jouer son rôle de père et de mari. Le crime le guérit. Le désordre est absorbé, recyclé, dissous dans la bienséance. La police rôde, mais la vérité importe peu : l’essentiel est ailleurs, dans le maintien des apparences.

La musique ou l’art de la rétention

La musique de Pierre Jansen accompagne ce ballet glacé avec une intelligence remarquable. Jamais illustrative, jamais envahissante, elle installe un climat de malaise feutré, de tension sourde. Les motifs musicaux semblent suspendus, comme retenus eux aussi par les conventions bourgeoises. La partition épouse la mise en scène : elle ne souligne pas l’émotion, elle la contient. Elle participe de cette atmosphère anesthésiée où le drame couve sous la surface, prêt à surgir sans éclat. La musique, comme le jeu des acteurs, est une musique du contrôle.

Une mécanique parfaite de l’irréparable

Ainsi orchestré — cadres, corps, voix, silences, musique — La Femme infidèle avance avec une implacable douceur vers l’irréparable. Rien ne dépasse, rien ne déborde. Et lorsque la violence survient enfin, elle apparaît non comme une rupture, mais comme l’aboutissement logique d’un ordre trop bien réglé.

Monstruosité tranquille de la bourgeoisie

La scène finale, d’une sobriété bouleversante, scelle à la fois la réconciliation et l’adieu. Lorsque Charles déclare à Hélène : « Je t’aime comme un fou », tout est déjà terminé. L’amour survit, mais sur un autre plan, débarrassé de l’illusion morale. Chabrol filme de loin, sans emphase, fidèle à son art du retrait.

Par sa rigueur formelle, par son refus du manichéisme, par sa manière unique de faire de la violence une politesse sociale, La Femme infidèle seconde œuvre de la période la plus accomplie de son auteur – appelé le cycle pompidolien par certains critiques – qui comporte Les Biches, Que la bête meure, Le Boucher, La Rupture, Juste avant la nuit, Les Noces rouges est un film parfait. Ici, la bourgeoisie ne s’effondre pas : elle s’adapte. Et c’est précisément ce qui la rend monstrueuse.


1h38

Cycle « Dans le cadre de l’humain avec Claude Chabrol » sur arte

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January 30, 2026

Léon XIV: les Jeux olympiques d'hiver doivent promouvoir les valeurs authentiques du sport

Dans un télégramme adressé à l'évêque de Côme, le cardinal Cantoni, signé par le Secrétaire d'État Pietro Parolin, Léon XIV exprime le souhait que les Jeux olympiques de Milan-Cortina puissent offrir aux communautés locales une «occasion de témoigner de la foi chrétienne». Le message a été lu par Mgr Oscar Cantoni lors de la messe présidée dans l'église paroissiale de Bormio, en présence de nombreux jeunes bénévoles et d'associations engagés dans l'organisation.

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Vie consacrée: trois religieuses d'Afrique témoignent de la fidélité de Dieu

Lundi 2 février 2026, l’Église universelle célèbre la 30e Journée mondiale de la vie consacrée. Pour l’occasion, des religieuses, ivoirienne, malienne et sénégalaise, ayant plusieurs décennies de vie consacrée témoignent de la «présence aimante» et «la fidélité» de Dieu dans le vécu de leur vocation religieuse, en dépit des difficultés.

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Campagne mondiale de lutte contre la traite des personnes à la Sainte Bakhita

«La paix commence par la dignité. Un appel mondial pour mettre fin à la traite des personnes» est le thème de la 12ème Journée mondiale de prière et de réflexion contre la traite des personnes. À Rome, du 4 au 8 février, des participants internationaux se réuniront pour une série de rencontres de formation et de sensibilisation, qui se concluront avec leur participation à la prière de l'angélus sur la Place Saint-Pierre avec le Pape Léon XIV.

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Esclavage: quand la mémoire veut faire la leçon à l’Histoire

L’année 2026 marquera les 25 ans de la loi 2001-434 du 21 mai 2001, dite « loi Taubira ». A cette occasion, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), en la personne de Jean-Marc Ayrault, son président, presse l’Éducation nationale de revoir en profondeur ses programmes…


Dans une lettre officielle adressée le 28 juillet 2025 à la ministre de l’Education nationale[1], l’ancien Premier ministre souhaite que « la révision des programmes en cours permette d’avancer plus loin encore dans la voie tracée par ce texte important, en donnant aux élèves de France les moyens de mieux connaître notre histoire commune, de mieux saisir les multiples liens qui relient la France au reste du monde. » Il réclame l’intégration systématique de l’esclavage, des résistances, de la colonisation et du racisme dans tous les cycles, à l’école primaire ainsi qu’au collège.

Cette loi, rappelons-le, faisait de la traite négrière transatlantique, de la traite dans l’océan Indien et de l’esclavage perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes un crime contre l’humanité. Dès son article 2, elle disposait que les programmes scolaires accorderaient à la traite négrière et à l’esclavage « la place conséquente [sic] qu’ils méritent ». Dans la foulée, la Dgesco[2] donnait pour instruction que le programme de 4e y consacre un quart du temps d’enseignement de l’histoire ! La France rompait ainsi solennellement avec la tradition de l’héritage historique pour se soumettre à l’idéologie mémorielle et la faire entrer à l’école. Aujourd’hui, M. Ayrault et son équipe de commémorateurs professionnels veulent aller plus loin.

Si on ne peut que se féliciter que les concepteurs des programmes scolaires tendent vers l’objectivité et intègrent à l’enseignement les épisodes les moins glorieux de notre histoire, doit-on pour autant encourager les professeurs à remplacer une partie de leur enseignement historique par une démarche mémorielle ? En quoi celle-ci est-elle instructive ? Les programmes découlant de la loi Taubira sont-ils objectifs ?

Mémoire versus histoire

La mémoire est une aptitude psychique qui dépend des individus. Elle peut être collective mais elle est toujours subjective, liée à des expériences, un vécu. Son introduction dans les programmes donne fatalement lieu à des concurrences, d’abord parce que le temps imparti ne permet pas de faire mémoire de tout, ensuite parce que l’hypermnésie a naturellement pour corollaire l’amnésie : un génocide, une guerre, une persécution en chasse d’autres.

La prégnance de la mémoire d’un groupe dans une société dépend de son influence sur les responsables politiques, de son activisme. L’école ne doit pas refléter ces luttes politiques car elles sont à géométrie et à objectifs variables. Elle doit rester le lieu de transmission de savoirs moins transitoires. Il ne s’agit évidemment pas d’interdire les commémorations : elles peuvent se tenir ailleurs, en présence de personnes ayant choisi de se recueillir et de communier dans le souvenir. Car oui : il y a une dimension religieuse dans la commémoration. On a violemment rejeté la religion chrétienne de l’école il y a un siècle : est-ce pour y faire entrer de nouvelles religions, parmi lesquelles la religion mémorielle ?

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Distinguer ce qui relève de l’histoire de ce qui n’en relève pas demande une grande subtilité, au sens étymologique du mot, c’est-à-dire la capacité à analyser les sous-jacents d’un enseignement. Il faut pourtant s’atteler à cette tâche pour éviter d’un côté le tourisme pédagogique et sa frénésie ridicule de visites de lieux de mémoire par des élèves incultes mais baignés dans les eaux tièdes de la commémoration, de l’autre l’idéologisation des programmes.

Enseigner l’histoire de l’esclavage ? Oui, mais alors toute l’histoire

La loi Taubira proclame que la France, par le recours à l’esclavage, s’est rendue coupable d’un crime contre l’humanité. Mais elle ne mentionne jamais l’esclavage et la traite arabo-musulmans ni la traite pratiquée entre Africains. Les historiens estiment pourtant que la traite a concerné 42 millions d’esclaves en treize siècles: 17 millions pour la traite musulmane vers le Maghreb, 14 millions pour la traite intra-africaine et 11 millions pour la traite européenne transatlantique. Du reste, l’abolition de l’esclavage a été imposée de l’extérieur aux pays musulmans, notamment pendant la période coloniale. Cette loi et les programmes scolaires en découlant ne mentionnent pas non plus l’existence des ordres chrétiens rédempteurs, Trinitaires et Mercédaires, qui se consacraient à l’achat des chrétiens faits captifs et réduits en esclavage par les Maures.

Le site Eduscol[3] fait le point sur les ressources disponibles et se cantonne aux traites mentionnées par la loi : on y trouve de nombreux documents exposant longuement l’histoire de la traite négrière par les Européens. Il s’agit toujours de « déconstruire le regard occidental » en « donnant la parole à d’anciens esclaves » et de « rompre avec les sources traditionnellement utilisées » en faisant appel à l’expression artistique et à l’archéologie. La société européenne est pointée du doigt comme ayant « racialisé l’esclavage » et « profité de la colonisation pour le faire perdurer ». Sur le site du concours La flamme de l’égalité, organisé par la FME figure une chronologie mondiale de l’esclavage qui commence en 1441, par la première importation d’esclaves noirs au Portugal. Pire: une carte unique schématise le commerce triangulaire comme si elle était valable pour toutes les époques. Elle apparaît quelle que soit la date ou la période choisie[4].

Interrogée sur ce découpage historique partisan, Mme Taubira a donné en 2005 sur France Culture une réponse pour le moins surprenante : elle voulait que l’on « permette aux jeunes d’échapper à des catégories qui les enferment : se sentir arabes et porter sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits que les Arabes ont pu faire ». Il y a là une essentialisation et un mépris flagrants. Là où un élève d’origine occidentale serait capable d’assumer cet héritage, un élève d’origine arabe ne le serait pas…

Une demi-vérité est un mensonge

Si les traites musulmanes et intra-africaines sont systématiquement oubliées ce n’est donc pas par erreur. Les conseils « scientifiques » pullulent autour du Conseil supérieur des programmes et de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Ils ne peuvent ignorer leur existence mais décident de l’éluder.

Dans l’émission « C pas si loin » diffusée sur France TV le 20 octobre dernier, Monsieur Ayrault affirmait que ne pas connaître son histoire était une faute. Prenons-le au mot et saisissons l’occasion de rappeler que c’est en France, au début du XIVe siècle, que l’esclavage fut interdit pour la première fois. En effet, s’il a été aboli dans les colonies françaises en 1848, son interdiction sur le continent est bien plus ancienne : elle remonte à un édit de Louis X promulgué en 1315 — édit qui, lui-même, ne faisait qu’entériner une réalité vieille de plusieurs siècles, dans le royaume de France mais aussi chez ses voisins —. Bien avant Voltaire et la philosophie des Lumières, les sociétés occidentales ne toléraient plus cette pratique. L’esclavage en terre chrétienne a été en voie d’extinction… dès le VIIIe siècle.

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Comme le rappelle l’historien Jean-Pierre Montembault, la seule religion ayant fait de l’esclavage un problème moral est le christianisme. Dans son livre Les Chrétiens et l’Esclavage[5], il montre comment l’Église catholique a permis, non sans mal, la disparition progressive de l’esclavage en terre chrétienne et la destruction de ses fondements idéologiques. L’abolition de l’esclavage ne doit pas être réduite à un triomphe des Lumières ou à une conséquence exclusive des révolutions modernes. Bien avant ces mouvements, un travail de longue haleine avait été mené par les institutions chrétiennes.

L’école n’a pas à imposer aux élèves ce qu’ils doivent penser. Elle doit leur donner matière à penser, ce qui exige de ne pas leur mentir, de tendre vers la transparence et non vers l’idéologie, fût-elle parée du prestige mémoriel. Elle doit permettre à leur pensée, libre de toute manipulation, de s’appuyer sur la vérité dans son intégrité et sa complexité.

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[1] Mme Borne, à l’époque.

[2] Dgesco : la direction générale de l’enseignement scolaire élabore la politique éducative et pédagogique et assure la mise en œuvre des programmes d’enseignement des écoles, des collèges, des lycées.

[3] Site de l’Education nationale consacré à la formation et à l’accompagnement des enseignants

[4] Chronologie de l’esclavage

[5] Artège, 2024.

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La tragédie de Crans-Montana à l’ère du Technocène

L’opinion publique a été sidérée de découvrir que certains jeunes avaient filmé le brasier lors du drame du bar Le Constellation, au lieu de s’enfuir ou de porter secours aux autres. C’est qu’en plaçant le smartphone entre son regard et l’incendie, l’individu érige une paroi de verre qui agit comme un filtre déshumanisant. L’écran ne se contente plus de capter l’événement: il en altère la perception, transformant le témoin en spectateur et la tragédie en contenu. Analyse.


Au cœur des flammes qui ravagent le bar de Crans-Montana, surgit un comportement qui interpelle et scandalise. Face au brasier, nombre de jeunes ont préféré filmer avec leur smartphone, au lieu de fuir ou de porter secours. Les images largement relayées sur les réseaux sociaux suscitent l’incrédulité : « Moi, je vois un feu comme ça, je me barre » (Le Nouvelliste, 4 janvier 2026). Très vite, les commentaires se durcissent, accusant la « génération smartphone » d’insouciance. Sur X, des internautes outrés fulminent : « Zéro conscience. C’est fou ! », « L’ère des médias sociaux a effacé 200 000 ans d’évolution. Au lieu de reconnaître le danger et de ressentir l’instinct de survie, ils ont sorti leurs téléphones pour Instagram. »

Le regard des psychologues et journalistes

Les spécialistes de la psyché humaine tempèrent toutefois le verdict. Gaëtan Devos, psychologue expert des pratiques numériques, rappelle que face à un danger, trois réactions sont naturelles : agir, fuir, ou rester figé. Filmer, explique-t-il, « permet de se retirer de la réalité via l’écran », un réflexe humain ancien qui n’est pas lié aux réseaux sociaux ou aux générations actuelles (RTL Info, 4 janvier 2026).

Bruno Humbeeck, pédopsychiatre, souligne de son côté que ce comportement, déjà observé lors des attentats de Zaventem, Nice ou encore le 11 septembre 2001, relève d’un processus de « décodification de la situation », où le spectateur tente d’ordonner un événement qui le dépasse. Un processus que vient renforcer l’« effet spectateur » (bystander effect), bien connu des psychosociologues. Plus le nombre de témoins augmente, plus la responsabilité individuelle se dilue, jusqu’à faire chuter fortement la probabilité d’intervention. Si les autres restent calmes, parlent, rient ou filment, chacun tend à interpréter la situation comme moins grave qu’elle ne l’est (7 sur 7 Belgique, 7 janvier 2026).

Dans un tel contexte, explique la psychologue Audrey Le Mérer, le réflexe de freeze – rester figé – est statistiquement majoritaire : l’état d’inhibition comportementale « s’active naturellement dans 75 % des situations à risque ». Loin d’être le symptôme d’une « génération » inconsciente, ce comportement relève, dit-elle, d’un « réflexe humain », amplifié par l’effet de groupe. Filmer devient une manière instinctive de se protéger face à l’impuissance (CNews, 9 janvier 2026).

Le regard des spécialistes de la communication

Tandis que les psychologues analysent les réflexes humains face à la catastrophe, les spécialistes des médias examinent comment un objet technologique tel que le smartphone peut, dans des situations extrêmes, en infléchir l’expression. Une étude des chercheurs en médias Linus Andersson et Ebba Sundin montre que l’usage du smartphone, en situation d’accident, produit des comportements inédits. Photographier, filmer, dépasse la simple documentation. L’acte fonctionne simultanément comme moyen de protection et médium de viralité. Le classique bystander effect (effet spectateur) se transforme en mobile bystander : passif à l’égard du blessé, hyperactif pour diffuser l’événement. Au mieux, le helper s’engage physiquement auprès de l’accidenté ; au pire, le disaster tourist reste spectateur, fasciné par l’exceptionnel.

En clair, pour les chercheurs en médias, le smartphone, par sa seule existence, modifie la dynamique de l’urgence. Une scène d’accident devient un espace médiatique. L’enregistrement précède l’engagement.

Le Technocène : un cadre pour comprendre Crans-Montana

Pour saisir pleinement ce qui s’est joué à Crans-Montana, replaçons l’événement dans un contexte plus vaste : le Technocène. À la différence de Paul Crutzen et d’Eugène Stoermer, qui qualifient notre ère d’Anthropocène en raison de l’impact décisif des activités humaines (anthropos) sur l’environnement depuis l’invention de la machine à vapeur de James Watt (1769), le concept de Technocène met l’accent sur l’impact des machines, à la fois sur l’environnement et sur les sociétés humaines.

Dans mon essai Épopée du Technocène, je montre que la modernité, dominée par le règne des machines, constitue aussi bien une révolution géologique majeure qu’une révolution anthropologique comparable à celle provoquée par la sédentarisation il y a 12 000 ans. Des objets technologiques, tels que le smartphone, façonnent notre rapport au monde et aux autres avec une puissance inédite.

À Crans-Montana, ce n’est pas la « génération smartphone » qui a failli : c’est le Technocène qui s’est exprimé dans sa logique ordinaire.

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Pour en saisir les origines et les ressorts, je propose un détour historique, depuis l’essor des universités en Europe au XIIIᵉ siècle jusqu’aux quatre grandes transitions mentales initiées par les quatre pères fondateurs du Technocène : Francis Bacon (1561-1626), Thomas Hobbes (1588-1679), Baruch Spinoza (1632-1677) et John Locke (1632-1704).

Bacon détrône Aristote en plaçant l’expérimentation au-dessus de l’argument d’autorité. Sans cette rupture, la scholastique aurait prolongé sa domination sur la pensée. Il est l’ancêtre direct de notre R&D actuelle. Avec Bacon, le réel cesse d’être enchanté pour devenir une chaîne froide de causes et d’effets mesurables. Son empreinte affleure jusque dans l’attitude face au brasier de Crans-Montana. Rester sans sidération face aux flammes, n’y voir ni magie ni sacré mais un phénomène à observer, exige un regard désenchanté. Là où l’ancien monde tremblait devant le feu, l’héritier de Bacon le mesure, l’enregistre.

Hobbes substitue au souverain de droit divin, incarné par le pape, un souverain de droit civil plébiscité par le peuple. En formulant un ordre politique rationnel, Hobbes écarte le théologique du champ social et fait émerger l’État, sorte de monstre biblique, le Léviathan, soumis à l’unique autorité du souverain de droit civil. On lui doit la démocratie moderne, conçue comme un contrat social entre les citoyens et le souverain élu.    

Spinoza retire aux Écritures leur statut de « livre-monde » : elles peuvent unir une communauté, jamais décrire la nature ou le réel. En séparant la connaissance révélée de la connaissance naturelle, Spinoza libère la science de toute tutelle théologique au profit d’un monde où seule la preuve fait foi. On lui doit les principes d’une lecture critique et historique des Écritures.

Enfin, Locke rompt avec l’antique pédagogie du fouet, qu’il juge incompatible avec la formation d’esprits inventifs. Le fouet fige l’innovation ; la peur dissuade l’enfant d’explorer l’inconnu. Les enfants lui doivent l’abandon d’une éducation punitive adaptée à un monde fixiste hostile au changement. Une liberté nouvelle qui, guidée par une curiosité sans frein, peut dériver vers un voyeurisme morbide, comme à Crans-Montana.

Ces quatre transitions ont progressivement installé un monde où la technique devient le médiateur central entre l’homme et le réel. Bacon arrache la connaissance à l’autorité du passé pour la confier à l’expérience, Hobbes substitue au droit divin un pouvoir politique fondé sur le contrat civil, Spinoza retire aux Écritures le pouvoir de dire le monde, Locke affranchit l’esprit de l’enfant de la crainte pour l’ouvrir à l’exploration.

De cette quadruple destitution naît un monde rationalisé où le réel se laisse saisir, mesurer, enregistrer. Une vision transmise dès l’enfance par des méthodes pédagogiques héritées de Locke.

À Crans-Montana, un univers mental s’est ainsi exprimé dans sa logique ordinaire. Replacés dans le vaste contexte du Technocène, filmer l’incendie au mépris du danger, partager la fureur des flammes via son smartphone, faire le mobile bystander au lieu de fuir ou de porter secours, plongent leurs racines au plus profond de la psyché humaine autant que dans les effets disruptifs du smartphone.

Le partage d’images : un potlatch numérique

Sous cet angle, la captation de la fulgurance des flammes puis leur diffusion, au mépris du danger, fonctionnent comme un trophée visuel. Les images partagées acquièrent la valeur d’un don potlatch, visant moins à offrir qu’à « manifester sa supériorité, être plus, plus haut, magister » (Marcel Mauss).

Chez les peuples premiers de la côte nord-ouest américaine, la cérémonie du potlatch voyait les chefs rivaliser de largesses, voire détruire des richesses, pour affirmer leur rang. Donner, c’était contraindre l’autre à reconnaître une puissance. Recevoir, c’était accepter une dette symbolique. Le don n’y relevait pas de la générosité mais, comme l’écrit Alain Caillé dans Anthropologie du don, de l’agôn, de la lutte pour la position dominante ; non de l’entraide mais de la hiérarchie.

Transposé dans l’espace numérique, le partage d’images spectaculaires obéit à une logique analogue. Publier, c’est se placer. Être vu, c’est compter. L’écran remplace la place du village, l’audience tient lieu de tribu et la viralité fait office de prestige.

Jake Gyllenhaal dans le film « Night Call » (2014) de Dan Gilroy (c) Bold Films.

Dans ce potlatch numérique, l’événement tragique devient matière première d’une compétition symbolique. Il ne s’agit plus de montrer la puissance du brasier, mais de briller plus fort que les autres dans le regard collectif. Celui qui capte l’instant le plus saisissant devient, le temps d’une story, le « magister » de sa communauté numérique. Le jeune qui ne lâche pas son mobile, accumule des images spectaculaires pour affirmer son rang. Sa course aux « likes » est si intense qu’il en oublie de fuir ou de porter secours.

Les recherches récentes sur les violences filmées confirment cette mutation. L’étude des chercheuses italiennes Amelia Rizzo et Emanuela Princiotta, portant sur 80 cas, montre que la captation et le partage répondent à des logiques de type potlatch : recherche de visibilité, lutte pour la position dominante, affirmation d’un pouvoir symbolique.

La tragédie de Crans-Montana illustre de manière exemplaire les conséquences anthropologiques de la rencontre entre des mécanismes humains anciens et des machines aux puissants effets structurants. Avec l’existence du smartphone, tout événement peut se transformer en opportunité de mise en avant de soi. L’élan du helper, l’engagement spontané envers autrui, cède le pas à la recherche de visibilité du mobile bystander et du disaster tourist.

En plaçant le smartphone entre son regard et l’incendie, l’individu dresse une paroi de verre qui agit comme un filtre déshumanisant. Pour un jeune cerveau immergé dans le Technocène, la véhémence des flammes se confond avec les images de synthèse dont il est quotidiennement inondé. Il ne perçoit plus un brasier terriblement létal, mais des pixels inoffensifs qui défilent sous ses yeux. Cette confusion mentale, conjuguée à la course agonistique aux « likes », aura sans doute été fatale à plus d’un. Le smartphone en court-circuitant l’expérience brute, a transformé des flammes mortelles en fichiers que l’on peut cadrer, zoomer ou supprimer.

À Crans-Montana, le smartphone a fonctionné comme une mortelle prothèse d’insensibilité, confirmant le cri d’alarme lancé par Jacques Ellul : la machine n’est pas neutre, la machine « entraîne des modification de l’être humain entier ». À Crans-Montana était le visage ordinaire du Technocène. Sans lui, sans doute rien ne fut.

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Mgr Gallagher en Slovaquie pour les 25 ans de l'accord avec le Saint-Siège

Du 30 janvier au 1er février, le secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations internationales est en visite dans cette république d'Europe centrale et orientale. Au programme: rencontres institutionnelles et diplomatiques, symposium dans la plus grande université nationale, visite à Nitra et messe de clôture dans la cathédrale métropolitaine de la capitale.

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La Journée mondiale de la Vie consacrée vécue par les Servantes de la Lumière du Christ

L’Église célèbre chaque 2 février la Présentation du Seigneur au Temple, également connue comme la fête de la Chandeleur. Cette date est aussi consacrée à la journée mondiale de prière pour la Vie consacrée. Au Bénin, cette célébration prend une dimension particulière à travers le témoignage vivant des consacrées, dont les Servantes de la Lumière du Christ.

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Il est chevalier et il le mérite!

Ali Akbar, le dernier vendeur de journaux à la criée à Paris, « esprit voltairien sorti du Pakistan » selon le président, a été décoré par Emmanuel Macron mercredi.


C’est une magnifique destinée que celle d’Ali Akbar, âgé de 70 ans, le dernier vendeur à la criée de journaux à Paris, sur la rive gauche, à Saint-Germain-des-Prés, dont il est une figure de toujours. Arrivé dans notre pays à l’âge de 20 ans, en provenance du Pakistan, il avait été poussé à l’exil par « la pauvreté, les violences et le travail forcé ».

Il a offert à la France son amour, sa reconnaissance, son impeccable moralité, ainsi qu’un travail profondément utile – qu’il poursuit d’ailleurs encore – dans un monde où, n’allant plus vers les kiosques, il était devenu nécessaire que quelqu’un vînt vers nous…

Le président de la République lui a remis une distinction qui fait de lui un « chevalier » du mérite. Décoration ô combien méritée.

Face à cet honneur légitimement octroyé – sans tomber dans la démagogie – et aux propos naturellement élogieux d’Emmanuel Macron, je souhaiterais formuler quelques observations, afin de prévenir le risque de faire d’ Ali Akbar un exemple trop facilement généralisable.

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D’abord, qu’ Ali Akbar ne devienne pas, pour certains, le « bon immigré », comme des antisémites ont leur « bon Juif ». Qu’il ne serve pas de caution à ceux qui, à longueur de journée, pourfendent l’immigration, même la plus nécessaire, la plus honorable…

Toutefois, acceptons de considérer que la venue d’ Ali Akbar en France s’est avérée une chance, parce qu’il avait des motifs douloureux et dramatiques justifiant son départ de son pays d’origine, et parce qu’il possédait les dispositions et la personnalité les plus appropriées au pays d’accueil.

Un cumul singulier et exemplaire, qui doit être salué, mais qui n’infirme pas, globalement, ce que Bruno Retailleau a pu dire de l’immigration : qu’elle n’est pas forcément une chance pour la France.

Il serait donc absurde, face au défi que l’immigration pose et aux malfaisances graves qu’elle entraîne, au moins pour partie, de s’appuyer sur la parfaite intégration et le comportement irréprochable d’ Ali Akbar pour prétendre imposer l’obligation d’un humanisme global, d’une naïveté généreuse pour tous, quand un seul cas servirait d’argumentation en faveur d’un pays ouvert à tous vents…

Ce n’est pas parce qu’ Ali Akbar est extraordinaire que l’ordinaire de l’immigration lui ressemble. Rendons-lui hommage au singulier, sans être dupes pour le pluriel.

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