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L'alternative moderne aux médias de contrôle social

September 20, 2026

L’Allemagne sort-elle de la pénitence?

Le sélectionneur de la Mannschaft et égérie du site de voyages Trivago Jürgen Klopp (notre photo) fait parler de lui en sortant de sa réserve politique, et en donnant le sentiment de fustiger les bons résultats électoraux de l’AfD. Mais, quoi que l’on pense de ce parti, les « questions interdites » ne disparaissent pas toutes seules, observe Charles Rojzman. Et un peuple ne peut peut-être pas transmettre indéfiniment son appartenance nationale sous la forme de la culpabilité.


Il arrive que quelques événements rapprochés, dont chacun pourrait paraître secondaire, révèlent soudain la profondeur d’un bouleversement que l’on refusait jusque-là de regarder.

Le 6 septembre 2026, en Saxe-Anhalt, l’AfD a recueilli près de 44 % des suffrages et obtenu 39 des 83 sièges du Landtag, devenant de très loin la première force politique de ce Land de l’ancienne Allemagne de l’Est et ébranlant cette Brandmauer, ce « mur coupe-feu » par lequel les autres partis allemands s’interdisent toute alliance avec elle. Onze jours plus tard, le 17 septembre, Jürgen Klopp, l’une des personnalités les plus populaires du pays, surgissait dans ce débat d’une manière inattendue en demandant aux Allemands de ne plus abandonner la fierté nationale aux « mauvaises personnes », de reprendre leur drapeau et de retrouver ce qu’il appelle un « patriotisme positif ».

La déclaration mérite que l’on s’y arrête, précisément parce que Klopp ne parle pas au nom de l’AfD mais contre ce qu’il considère comme ses dérives. Pour lui aussi, cependant, quelque chose est devenu impossible : laisser entendre que la fierté allemande appartiendrait nécessairement aux extrémistes. On mesure le chemin parcouru lorsque, dans le pays d’Auschwitz, un homme qui entend combattre l’extrême droite commence par réclamer le droit d’aimer le drapeau national.

Pendant ce temps, une autre bataille s’est ouverte, moins spectaculaire mais peut-être plus importante encore : celle de la culture.

Le 2 mars 2026, le groupe AfD au Bundestag avait publié un véritable manifeste culturel annonçant qu’un futur gouvernement déciderait « avec assurance » quelles œuvres et quelles institutions mériteraient l’argent public, que les financements devraient s’orienter vers « le peuple, la liberté et la nation », privilégier ce qui possède une importance nationale et servir, selon une formule dont le caractère intempestif est précisément ce qui frappe, « le vrai, le bien et le beau ». Puis, le 18 août, le même groupe demandait une « réorientation fondamentale » de la culture mémorielle allemande, afin que l’histoire du pays ne soit plus principalement envisagée à travers les crimes des dictatures nazie et communiste, mais retrouve aussi ses continuités, ses œuvres et ses moments de grandeur.

Voilà donc que la querelle cesse d’être abstraite. Un parti qui annonce vouloir transformer la culture vient de démontrer qu’il pouvait devenir la première force politique d’un Land allemand, et aussitôt revient, comme il revient toujours en Allemagne, le spectre familier : 1933.

Comme si l’Allemagne ne pouvait jamais parler de nation, de culture, de transmission, de famille, d’immigration ou d’identité sans que l’ombre d’Hitler se lève derrière elle ; comme si près d’un siècle d’histoire n’avait rien changé ; comme si toute volonté de rompre avec les orthodoxies progressistes contemporaines devait nécessairement conduire, par quelque pente fatale, à l’Entartete Kunst, aux autodafés, aux chemises brunes et finalement à Auschwitz.

Mais est-ce vraiment la même histoire ?

Car l’AfD ne mène plus seulement une bataille contre l’immigration. Elle mène un combat culturel, et elle le mène précisément sur les terrains que l’Allemagne officielle avait cru pouvoir soustraire à la discussion : la nation, l’islam, la famille, le sexe, l’école, la langue, les cultures venues d’ailleurs, la mémoire et, derrière toutes ces questions, le droit d’un peuple à considérer que sa propre culture possède chez lui une place particulière.

À la société multiculturelle, l’AfD oppose une deutsche Leitkultur, une culture allemande de référence, enracinée dans la langue, le christianisme, l’héritage antique, l’humanisme, les Lumières, les traditions et les œuvres allemandes. Elle combat le gender mainstreaming, certaines politiques publiques concernant les identités LGBT et trans, l’écriture genrée et cette conception de l’intégration selon laquelle la société allemande devrait progressivement mettre sa propre culture sur le même plan que toutes celles qui sont venues s’établir sur son territoire.

On peut combattre ces orientations, et certaines déclarations de responsables de l’AfD ainsi que les conceptions ethnoculturelles présentes dans certains de ses courants méritent d’être examinées sans complaisance. Mais répondre à l’ensemble de ces questions par un seul mot, Hitler, constitue une manière particulièrement commode de ne répondre à aucune.

Car Hitler n’était pas un conservateur inquiet de voir disparaître les traditions allemandes sous les coups de la mondialisation et du multiculturalisme. Le national-socialisme était un système totalitaire fondé sur une conception raciale de l’humanité, qui avait détruit les partis politiques, supprimé les libertés, persécuté les opposants et les Juifs et soumis progressivement l’ensemble de la vie culturelle à l’État.

L’Entartete Kunst, l’« art dégénéré », ne fut pas une querelle concernant les subventions publiques. Les œuvres étaient confisquées, les artistes exclus, les musées purgés, tandis que la Reichskulturkammer contrôlait l’accès même aux professions artistiques et intellectuelles. Derrière le jugement esthétique se trouvait le jugement racial : certains hommes n’étaient pas seulement accusés de produire un mauvais art, ils étaient considérés comme corrupteurs du peuple en raison de leur origine ou de leurs idées.

Voilà la différence essentielle entre un combat culturel mené dans une démocratie et une mise au pas totalitaire.

Que l’AfD veuille aujourd’hui modifier profondément les critères selon lesquels l’État distribue ses subventions mérite évidemment discussion et vigilance. Elle l’annonce sans détour : la liberté artistique ne créant pas, selon elle, un droit à la subvention, un gouvernement AfD choisirait ce qu’il souhaite financer.

Il faut prendre cette affirmation au sérieux, car l’argent public peut devenir un formidable moyen de pression sur la création ; mais refuser de financer une œuvre n’est pas encore l’interdire, combattre une idéologie n’est pas supprimer la liberté de ceux qui y adhèrent, vouloir transmettre une culture majoritaire n’est pas décider racialement quels hommes ont le droit d’appartenir au peuple.

Ces distinctions paraissent élémentaires, et pourtant notre époque semble avoir de plus en plus de peine à les faire, peut-être parce que le monde contre lequel se révolte aujourd’hui l’AfD n’est précisément plus celui de 1933.

Nous continuons à chercher avec une application presque obsessionnelle les monstres du passé tandis que nous éprouvons beaucoup plus de difficultés à reconnaître les idéologies de notre propre temps. Le nazisme a été vaincu militairement, politiquement et moralement ; cela ne signifie évidemment ni que l’antisémitisme ait disparu ni que des mouvements néonazis n’existent plus, mais simplement que les dangers qui menacent les démocraties européennes ne se présenteront pas nécessairement avec les uniformes, les mots et les symboles de 1933.

À mes yeux, une autre entreprise de déconstruction culturelle s’est développée au cœur même des démocraties occidentales, que l’on désigne, faute d’un mot plus satisfaisant, sous le nom de wokisme. Je ne parle évidemment pas ici du combat nécessaire contre le racisme ou les discriminations, mais de ce qu’il devient lorsqu’il se constitue en vision générale du monde, distribuant les hommes entre dominants et dominés, coupables et victimes, colonisateurs et colonisés, Blancs et « racisés », Occidentaux et peuples soumis, et finissant par soumettre l’histoire, la langue, l’art, la famille et jusqu’aux relations entre les sexes à cette grille morale.

Le paradoxe est considérable : cette idéologie ne proclame pas la supériorité de l’Occident, elle instruit son procès ; elle ne demande pas aux Européens de conquérir le monde, elle leur apprend à soupçonner leur propre héritage ; elle ne glorifie pas la nation, elle voit volontiers dans celle-ci le masque d’une domination dont il faudrait se libérer.

Et c’est ici que surgit l’une des contradictions les plus étranges de notre temps : la convergence provisoire d’une partie de cette gauche identitaire avec l’islamisme.

Ils ne veulent pourtant pas du même monde. Sur les femmes, la sexualité, l’homosexualité, la religion, la famille et la liberté individuelle, leurs conceptions peuvent être radicalement opposées ; le militant occidental qui revendique la fluidité des identités sexuelles appartient même à un univers moral presque inverse de celui de l’islamiste qui entend soumettre la société à une norme religieuse.

Et pourtant ils peuvent cheminer quelque temps ensemble, non parce qu’ils désirent la même société, mais parce qu’ils peuvent désigner le même coupable : l’Occident, son passé colonial, ses institutions, sa prétention à l’universalité et, souvent, Israël, transformé en incarnation presque abstraite du colonisateur occidental.

C’est pourquoi je parlerais moins d’alliance que de cheval de Troie.

Le cheval de Troie n’est pas l’islam dissimulé derrière le drapeau arc-en-ciel, ce qui serait une caricature aussi facile que fausse ; il est beaucoup plus subtil, puisqu’il réside dans l’interdiction morale de regarder les contradictions du réel.

À force d’expliquer qu’il serait illégitime de juger une culture étrangère à partir des principes de la nôtre, on finit par perdre les moyens intellectuels de défendre les libertés mêmes dont on se réclame. Comment défendre l’égalité des femmes si toute critique d’une pratique religieuse devient suspecte d’« islamophobie » ? Comment défendre les homosexuels si l’on hésite à dénoncer l’homophobie présente dans certains milieux par crainte de stigmatiser une minorité ? Comment exiger l’intégration si l’idée même qu’une culture d’accueil puisse demander quelque chose à celui qu’elle accueille devient suspecte de domination ?

Le danger contemporain n’est donc pas, à mes yeux, la répétition mécanique du nazisme, comme si l’Histoire était condamnée à remettre éternellement le même uniforme ; il réside aussi dans notre incapacité à reconnaître les contradictions nouvelles lorsqu’elles ne ressemblent pas aux catastrophes anciennes.

Reste alors la question allemande la plus douloureuse : la mémoire.

L’AfD demande désormais explicitement que l’histoire nationale ne soit plus regardée principalement à travers les catastrophes du XXe siècle. Dans son texte du 18 août, elle réclame que soient davantage présents Otton le Grand, le Saint-Empire, les mouvements nationaux et libéraux du XIXe siècle, l’Empire, Weimar et la réunification, tout en affirmant que les crimes nazis et ceux de la dictature est-allemande doivent continuer d’être commémorés.

Ses adversaires redoutent qu’un tel rééquilibrage ne conduise progressivement à relativiser Auschwitz, et cette inquiétude mérite d’être entendue ; mais l’interrogation inverse mérite elle aussi d’être posée : un peuple peut-il transmettre indéfiniment son appartenance nationale principalement sous la forme de la culpabilité ?

La déclaration de Klopp devient alors plus intéressante qu’elle n’en avait l’air. Lorsqu’un homme qui entend précisément tenir le nationalisme radical à distance éprouve le besoin de dire, le 17 septembre 2026, que le drapeau allemand et la fierté nationale ne doivent pas être abandonnés aux « mauvaises personnes », c’est que la question de l’appartenance nationale est sortie du seul univers de l’AfD.

Et voilà pourquoi tout cela nous concerne directement en France.

Nous avons longtemps cru que notre tradition républicaine nous protégerait du vertige allemand. Nous avions l’universalisme, la laïcité, notre langue et cette formidable capacité d’assimilation qui avait fait Français des Italiens, des Polonais, des Espagnols, des Portugais, des Arméniens, des Juifs venus d’Europe orientale et de tant d’autres ; l’étranger pouvait devenir français parce qu’il existait encore quelque chose d’assez fortement constitué pour qu’il puisse désirer le devenir. C’est cette évidence qui s’est fragilisée.

Nous voulons toujours l’intégration, mais nous avons de plus en plus de mal à dire à quoi il faudrait s’intégrer.

La bataille ne porte donc plus seulement sur le nombre d’étrangers que nous pouvons accueillir, mais sur une question autrement redoutable : qui doit s’adapter à qui ?

Est-ce à celui qui arrive d’entrer progressivement dans une civilisation, d’en apprendre la langue, d’en respecter les lois mais aussi d’en comprendre les usages, les libertés, les rapports entre les sexes, la place de la religion et cette multitude de règles invisibles qui constituent une manière de vivre ensemble ; ou appartient-il à la société d’accueil de se transformer continuellement afin que personne ne puisse éprouver le sentiment que la culture qu’il rencontre possède davantage de légitimité historique que celle qu’il apporte ?

Voilà notre combat culturel.

Il se joue lorsque nous nous demandons ce que l’école doit transmettre et si elle doit encore transmettre quelque chose ; lorsque l’islamisme rencontre une République qui ne sait plus toujours si elle peut exiger davantage que l’obéissance formelle à la loi ; lorsque les questions de sexe et de genre entrent dans l’école ; lorsque notre histoire est relue principalement à travers l’esclavage, la colonisation et les discriminations, tandis qu’il devient de plus en plus difficile de célébrer sans précautions ce que la France a créé, pensé, bâti et donné au monde.

Ce qui se passe en Allemagne ne nous indique nullement quelle réponse politique nous devrions adopter en France. Cela nous avertit de quelque chose de plus profond : les questions interdites ne disparaissent pas.

Une partie des Européens ne demande plus seulement davantage de pouvoir d’achat, davantage de sécurité ou une meilleure retraite. Elle demande que quelque chose demeure : une langue, une histoire, des œuvres, des paysages, des usages, une certaine idée de la liberté, la possibilité de transmettre à ses enfants un monde qui ne soit pas devenu entièrement étranger à celui qu’elle a reçu.

Cela peut conduire au meilleur comme au pire, et l’histoire allemande suffit à rappeler où mène une politique qui transforme l’amour de son propre monde en obsession de la pureté et l’étranger en ennemi par nature ; mais il existe une erreur inverse, dont nous commençons seulement à mesurer les conséquences : croire que, pour empêcher le retour du pire, nous devrions renoncer à toute préférence pour ce que nous sommes.

Lorsque les partis démocratiques abandonnent les questions de transmission, d’identité, d’immigration, de civilisation et d’appartenance parce qu’ils les considèrent comme moralement suspectes, ils ne les font pas disparaître ; ils les abandonnent à ceux qui acceptent de les poser.

Peut-être est-ce même le paradoxe de cette Allemagne nouvelle que Jürgen Klopp vient, involontairement, de résumer : pour empêcher les nationalistes radicaux de confisquer la nation, encore faut-il que les autres cessent d’avoir honte de la prononcer.

Et plus les adversaires de l’AfD répondront aux questions de 2026 avec les seules images de 1933, plus ils risquent de montrer qu’ils n’ont compris ni 1933, dont la singularité mérite mieux que d’être transformée en injure politique, ni 2026, dont les bouleversements exigent que nous regardions enfin le monde tel qu’il est devenu.

Car la question qui monte en Allemagne est déjà devant nous : qu’avons-nous le droit de conserver de ce que nous sommes, qu’avons-nous le devoir de transmettre, et que sommes-nous en droit de demander à ceux qui veulent vivre parmi nous ?

Ce ne sont pas des questions nazies. Ce sont des questions démocratiques. Et les abandonner à ceux que l’on refuse d’entendre serait peut-être la plus dangereuse des démissions.

La société malade

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September 19, 2026

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Appel d’Elisabeth Lévy

Chers abonnés, chers lecteurs et, si vous l’autorisez, chers amis…



Il y a une semaine, Élisabeth Lévy lançait un appel pour aider Causeur à surmonter une situation financière particulièrement difficile. Vous avez été nombreux à répondre présents. Grâce à votre générosité, nous avons déjà recueilli plus de la moitié de la somme recherchée.

Merci du fond du cœur à tous ceux qui ont consenti cet effort pour nous soutenir. Chaque don, quel qu’en soit le montant, témoigne de votre attachement à l’existence d’une presse libre et pluraliste.

Depuis dix-sept ans, Causeur participe à la guerre des idées. Nous avons souvent alerté avant les autres sur la progression de l’islam politique, le délitement de notre pays et de notre langue, l’affaiblissement de l’autorité, les dérives du néo-féminisme ou encore la soumission de l’université aux croisades du wokisme.

Cette liberté a un prix. Elle nous vaut d’être insultés, caricaturés et «extrême-droitisés» par des adversaires qui, souvent, ne prennent même pas la peine de nous lire. Ces attaques éloignent certains lecteurs et effraient des annonceurs rarement portés à l’héroïsme. Voilà pourquoi notre situation économique demeure précaire.

Mais le formidable élan de la semaine écoulée nous donne une raison d’espérer. Nous avons franchi la moitié du chemin. Il nous faut maintenant aller jusqu’au bout.

Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de participer, rejoignez cet élan de générosité et de bonne volonté. Votre soutien nous permettra de continuer à défendre le pluralisme, le combat loyal et la liberté de penser, y compris celle de publier des opinions qui peuvent vous déplaire.

Car Causeur n’est pas un refuge où chacun retrouve exactement ce qu’il pense déjà. C’est un théâtre où l’on débat, où l’on se contredit et où l’on s’engueule parfois entre amis. C’est précieux. Et devenu suffisamment rare pour mériter d’être défendu.

Merci de nous aider à poursuivre l’aventure.

Elisabeth Lévy et la rédaction de Causeur

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Le privilège de mon âge

Cet été David Guiraud, Bally Bagayoko, Louis Boyard et Salah Hamouri n’ont pas chômé. Et le président d’Avocats sans frontières non plus.


L’Arcom touche le fond. Voilà que le gendarme de l’audiovisuel français reproche à mon cher Franz-Olivier Giesbert, l’un de nos plus grands journalistes, d’avoir osé dire cet été sur CNews, sans que personne sur le plateau ne le contredise : « Je n’aimerais pas être juif à Roubaix ! »

Il faudrait donc désormais qu’un juif se réjouisse de vivre dans une ville dirigée par le LFI David Guiraud, qui, non content d’avoir été formé à la politique en lisant du Alain Soral et d’avoir employé jusqu’à récemment l’expression antisémite codée « Dragons célestes », a osé déclarer un mois à peine après le 7-Octobre : « Le bébé dans le four, ça a été fait par Israël. »

Le privilège rouge ne suffit plus

Pourquoi veulent-ils absolument faire taire CNews ? Parce que c’est en regardant cette chaîne que vous connaîtrez par exemple tous les détails sur l’affaire Bally Bagayoko. La justice soupçonne le maire LFI de Saint-Denis d’avoir bénéficié d’un détournement de fonds publics à travers un emploi de cadre bidon obtenu à la RATP.

La meute Insoumise considère que les griefs reprochés à l’élu islamo-gauchiste ne s’expliquent que par la couleur de sa peau. Le privilège rouge ne leur suffisait pas, voilà que nos stendhaliens obsédés par la race nous inventent un privilège noir.

A lire aussi: La Terreur sans la rigueur

Le 24 août, le Parquet national financier a fait savoir qu’il ouvrait une enquête contre Bagayoko. Le matin de l’annonce, sans surprise, France Inter n’en a pas dit un mot, préférant parler de la suspension de la Légion d’honneur de François Fillon, qui venait d’être décidée. C’était effectivement beaucoup plus important.

Lors de leur dernière université d’été, les Insoumis n’ont pas fait mystère de leur obsession de tuer CNews. Louis Boyard s’est même épanché sur la manière dont ils voudraient s’y prendre. Une fois Mélenchon à l’Élysée, a-t-il promis, la chaîne sera interdite « dès la première semaine ».

Salah Hamouri, nouvelle coqueluche des Insoumis

Mais à LFI, la vraie star de la rentrée s’appelle Salah Hamouri. Durant l’université d’été, il a été reçu en majesté. Pendant plus d’une heure sur scène, interrogé par Rima Hassan, il a pu disserter sur son sujet favori : les juifs, l’argent et les médias.

Sur la communauté juive : « Le CRIF, c’est le premier groupe de lobby en France. C’est le plus grand. »

Sur les médias : « Beaucoup des riches qui font partie du CRIF et d’autres organes ont de l’influence sur les médias français, ce qui répond à la question pourquoi on ne parle pas de la Palestine dans les médias. »

A lire aussi: L’affaire Charles Sapin: la nouvelle panique morale de Radio France

Sur les Franco-Israéliens servant dans les rangs de Tsahal : « Ils n’ont pas leur place parmi nous. Leur place, c’est la prison. Il faut recruter des témoignages, reconnaître leur identité, ne pas avoir peur de dire que c’est des génocidaires, il faut les poursuivre. »

Abject, n’est-ce pas ?

Pour mémoire, Salah Hamouri, membre FPLP, une organisation classée terroriste par l’Union européenne et les États-Unis, a été condamné en Israël après avoir avoué une tentative de meurtre sur un rabbin.

Le plus affligeant, ce n’est pas ce que je viens d’écrire. Le plus affligeant, c’est que ni Le Monde, ni Libé, ni l’odieux visuel de sévices publics ne s’en soient affligés.

Dieu merci, j’ai perdu depuis longtemps une grande partie de mes capacités d’affliction. En m’interdisant toute indignation. Le privilège de l’âge a du bon.

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Donald Trump Jr.: quand Moscou s’invite au mariage du fils du président

Le récent mariage de Donald Trump Jr. et de Bettina Anderson aux Bahamas a pris une tournure politique. Plusieurs centaines de milliers de dollars des festivités auraient été financées par Umar Kremlev, oligarque russe proche de Vladimir Poutine. Une affaire qui a ravivé les interrogations sur les liens du clan Trump avec les réseaux d’affaires russes, et dont se régalent les Démocrates longtemps tourmentés par leurs adversaires sur les liens du fils Biden avec l’Ukraine…


À première vue, il ne s’agissait que d’un banal mariage mondain, à la seule différence qu’il engageait le nom de deux familles particulièrement reconnues dans la haute société américaine : Donald Trump Jr et Bettina Anderson. Le premier, fils aîné du Président Donald Trump, la seconde, mannequin et influenceuse, fille de l’ancien dirigeant de la Worth Avenue National Bank.

Célébré le 22 mai 2026 aux Bahamas, leur fastueux mariage, avec des invités triés sur le volet, aurait dû rester une affaire familiale et amicale, loin du tumulte politique entourant la Maison-Blanche. C’était sans compter ProPublica, une organisation américaine de journalisme d’investigation à but non lucratif, spécialisée dans les enquêtes portant notamment sur les abus de pouvoir, la corruption, les conflits d’intérêts et les dysfonctionnements des institutions.

Le 14 septembre, elle a publié un long article détaillé1 où elle révèle qu’une partie substantielle de ces dépenses aurait été prise en charge par Umar Kremlev, un homme d’affaires russe occupant une place importante dans le monde de la boxe internationale et considéré comme proche du pouvoir russe. Le média américain affirme même, documents et témoignages à l’appui, que M. Kremlev aurait consacré plusieurs centaines de milliers de dollars aux festivités. 

Parmi les dépenses citées figure notamment la location d’une île privée où furent organisées certaines des réceptions et où logèrent plusieurs invités. M. Kremlev aurait également financé le spectaculaire feu d’artifice tiré au-dessus de l’archipel.

Qui est Umar Kremlev ?

C’est précisément le profil du financier de ces festivités qui donne à l’affaire sa dimension internationale.

Umar Kremlev DR

Umar Kremlev, 43 ans, originaire du Tadjikistan, est loin d’être un inconnu en Russie. Ancien boxeur professionnel, il dirige depuis 2020 l’International Boxing Association (IBA), non reconnu par le Comité olympique international en raison de sa mauvaise gouvernance.

Son ascension dans le monde sportif russe l’a progressivement placé dans des réseaux économiques et politiques proches du Kremlin. Il serait membre des Loups de la nuit, un club de bikers nationalistes ayant des ramifications dans toute l’Europe centrale, y compris en Ukraine. En avril 2026, Kremlev a reçu des mains de Vladimir Poutine l’Ordre de l’Amitié, distinction officielle russe, signe de la proximité de cet oligarque avec le Kremlin.

Autre symbole de son influence : quelques semaines avant le mariage de Trump Jr et Bettina, Umar Kremlev avait également participé à une délégation ayant accompagné Vladimir Poutine en Chine, selon les informations rapportées par la presse américaine et britannique. 

Ses affaires dépassent par ailleurs le seul domaine sportif. Reuters rapportait en 2024 que Kremlev était devenu propriétaire de Rolf, l’un des principaux groupes russes de distribution automobile, après la nationalisation de l’entreprise par les autorités russes. Le groupe entretient aussi des relations étroites avec des acteurs économiques russes. ProPublica souligne notamment le rôle de Gazprom, entreprise énergétique contrôlée par l’État russe, dans le financement de l’IBA.

Jugé dangereux par les Ukrainiens, le gouvernement du président Zelensky l’a inclus dans la base ukrainienne consacrée aux personnes visées par les mesures restrictives de Kiev.

Capture du site Propublica

L’affaire embarrasse la Maison blanche

Face aux révélations de ProPublica, Donald Trump Jr. et Bettina Anderson n’ont pas contesté la participation financière de M. Kremlev.

Au contraire, le couple a confirmé son rôle, tout en présentant l’affaire sous un angle strictement privé, loin des enjeux géopolitiques que cette affaire pourrait générer. Les époux ont expliqué que M. Kremlev avait « très généreusement » organisé deux soirées de célébration après leur mariage, insistant sur le fait que cette participation n’était « qu’un simple cadeau offert par un ami ».

Selon eux, la cérémonie religieuse ou familiale du 22 mai aurait été séparée des festivités financées par Kremlev. Ils se sont mariés entourés uniquement de leur famille, tandis que l’homme d’affaires russe aurait ensuite offert deux soirées destinées à célébrer leur union. Cette distinction constitue aujourd’hui l’un des principaux éléments de défense de la famille Trump.

L’affaire a rapidement atteint la Maison-Blanche. Interrogé sur le sujet le 18 septembre, le président Donald Trump a défendu son fils et affirmé que la situation était légale. Il a rappelé aux médias que face aux révélations, son fils avait décidé de rembourser Kremlev. Sans fournir toutefois aucun détail permettant à ce stade de déterminer quelles dépenses ont exactement été remboursées, pour quel montant, à quelle date et selon quelles modalités.

Le calendrier rend l’affaire particulièrement sensible

Le contexte international donne à cette histoire une résonance particulière

Depuis le retour aux affaires du président Donald Trump, les relations entre Washington et Moscou demeurent au cœur de la politique étrangère américaine, alors que la guerre en Ukraine a fragilisé les rapports entre la Russie, les États-Unis et leurs alliés au sein de l’OTAN. Sur ce terrain, le dirigeant américain souffle le chaud et le froid, toutes ses tentatives de règlement du conflit se sont soldées par un échec tant les deux parties restent campées sur leurs positions respectives.

Dans ce contexte, la révélation qu’un responsable économique et sportif russe bénéficiant d’une proximité publique avec Vladimir Poutine a financé des dépenses liées au mariage du fils du président américain constitue nécessairement un sujet politique. Elle ne constitue pas cependant, à elle seule, la preuve d’une influence politique ou d’une opération clandestine.

L’affaire n’est donc plus seulement médiatique. Robert Garcia, membre démocrate de la commission de surveillance et de réforme du gouvernement de la Chambre des représentants, a demandé des explications à Donald Trump Jr. et à la Maison-Blanche. A l’approche des élections de mi-mandat prévues en novembre prochain, les élus démocrates se sont saisis de cette opportunité et ont ouvert une démarche d’examen portant notamment sur les communications entre Trump Jr. et M. Kremlev ainsi que sur les documents financiers relatifs au financement des festivités. Ils souhaitent déterminer si Donald Trump ou la Maison-Blanche avaient connaissance de ces arrangements et si des contreparties ont été sollicitées ou accordées.

Pour l’instant, si aucun élément public ne permet de conclure qu’une quelconque contrepartie a été négociée, c’est aussi un prétexte de revanche pour les Démocrates favoris dans les sondages. Donald Trump avait plus d’une fois accusé la famille de son prédécesseur, Joe Biden, d’avoir des collusions industrielles avec Kiev. Sans finalement obtenir de condamnations contre Joe ou Hunter Biden, son fils.

Don’ Jr, nouveau cheval de Troie de la Russie ?

Reste à savoir en quoi cela peut profiter à Vladimir Poutine. Si Trump Jr n’exerce aucune fonction présidentielle, il est de notoriété qu’il a une grande influence sur son père. C’est lui qui avait convaincu Donald Trump de prendre comme vice-président J.D. Vance alors que tout opposait les deux hommes. Pour certains élus Républicains, il pourrait même être l’atout de leur parti lors des prochaines élections présidentielles et permettre au clan Trump de conserver la Maison Blanche. « Don’ Jr », comme on le surnomme, très bon orateur, est présent à chaque convention.

Parmi les invités de son mariage figurait également Jared Kushner, émissaire de Donald Trump dans les négociations concernant la guerre russo-ukrainienne, aux côtés de l’homme d’affaires Steve Witkoff, également à la cérémonie. Le 5 septembre 2026, ces derniers se sont rendus à Moscou et ont rencontré Vladimir Poutine au Kremlin pendant plus de trois heures Les discussions portaient sur les voies possibles vers un règlement de la guerre. Le lendemain, M. Kushner s’est rendu à Kiev pour rencontrer Volodymyr Zelensky, dans le même but. Pour des connaisseurs du dossier, cette proximité entre le fils de Donald Trump et les émissaires du président américain est loin d’être anodine. Pour les Démocrates, c’est une preuve flagrante des liens entretenus par les Trump avec le dirigeant russe qui dépêche discrètement ses « conseillers » afin d’obtenir ce qu’il souhaite pour prix de l’arrêt de la guerre en cours depuis 2022… Le tout, au nez et à la barbe de l’Union européenne (UE) dont les choix idéologiques et le financement à tout va des infrastructures militaires de Kiev, « au nom de la liberté et de la démocratie », a fini par provoquer un choc énergétique sur le continent d’une forte ampleur, dont Bruxelles peine aujourd’hui à se dédouaner. 

Reste donc une dernière question, peut-être la plus sensible : où s’arrête le cadeau privé et où commence l’influence politique ? Le financement de festivités par un homme d’affaires russe proche du pouvoir de Vladimir Poutine ne constitue, en l’état, aucune preuve d’ingérence. Mais alors que Donald Trump Jr. gravite au cœur du premier cercle présidentiel et que Jared Kushner et Steve Witkoff négocient directement avec Moscou, ce rapprochement soulève une interrogation que les documents et les éventuels remboursements devront désormais permettre de trancher.

  1. https://www.propublica.org/article/donald-trump-jr-wedding-bankrolled-russian-oligarch-umar-kremlev-putin ↩

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Rome est tombée, l’Europe lui emboîte le pas

Une civilisation commence-t-elle à mourir quand elle ne croit plus en elle-même ? Résistant pendant la guerre avant de devenir l’un des grands théoriciens du politique, Julien Freund n’a cessé d’interroger les ressorts du déclin des États. Réunis pour la première fois dans un volume, ces douze essais, écrits entre 1975 et 1987, auscultent la notion de décadence


« Depuis que l’homme a conscience de son histoire, il n’existe plus de société qui ne soit entrée en décadence. Les nations européennes sont en train de vivre la leur, comme les Athéniens du IVe siècle avant Jésus-Christ ou les Romains du IVe siècle après Jésus-Christ. » Julien Freund

Une chute retentissante

Si tous les chemins ne mènent pas nécessairement à Rome, il est certain, en revanche, que l’idée de décadence, elle, en vient. La chute de la ville éternelle et de l’immense empire aura fasciné dès le Moyen Âge et surtout à partir de la Renaissance. Elle deviendra le modèle de toutes les civilisations qui ont connu, comme le pense Julien Freund, une croissance, un apogée et un déclin. C’est pour lui une notion historique dont le temps, comme pour toute vie humaine, est la mesure. À ceux qui lui reprochent une approche idéologique, il répond à diverses reprises en remettant en cause des notions soi-disant préférables et qui ont l’extrême inconvénient de ne rien signifier: le changement, la métamorphose, etc. Il s’agit de rendre l’histoire intelligible et, comme la pensée n’est pas la copie du réel, il lui faut des outils pertinents.

En ce qui concerne la chute de ce qui deviendra le modèle des civilisations mortelles, Julien Freund privilégie ce qu’il appelle le « pluralisme causal » : plusieurs causes, donc, mais selon une certaine hiérarchie. La destruction de l’autorité du Sénat due à la révolution de Septime Sévère lui semble fondamentale. Suivent l’affaiblissement de l’armée, qui recrute parmi des étrangers n’ayant pas le même souci de défendre l’empire, le fait qu’il n’y a plus que deux Romains sur dix dans Rome et que les différentes communautés n’ont pas les mêmes mœurs et ne pratiquent pas les mêmes cultes, la montée en puissance du christianisme, étranger à l’héroïsme païen, les Césars qui ne siègent plus dans la ville impériale et n’y mettent parfois même pas un pied. Et, bien sûr, les Barbares aux frontières mal défendues.

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Ironie de la vie ou ruse de la raison selon Hegel : ce sont les mêmes chrétiens qui, attendant la fin des temps, ne voyant donc pas d’inconvénient à ce que Rome périclite et pouvant même vouloir accélérer le processus, empruntèrent ensuite à Rome son corpus juridique pour fonder l’Église et ainsi entrer dans l’Histoire…

La civilisation occidentale victime de son succès

Ce passage par Rome a pour but de penser la décadence de l’Europe. Julien Freund nous avertit d’emblée : la décadence est là et depuis un moment, et elle se poursuit, il ne s’agit pas d’une prédiction pour l’avenir. Et comme on ne peut pas enrayer une décadence, qu’on peut juste la retarder, il nous faut penser la transition vers une nouvelle civilisation, à moins de disparaître radicalement.

Mais d’abord, de quand date la décadence en question ? « Depuis que l’Europe s’est confinée dans son espace géographique » et depuis qu’elle a cessé « la grandiose aventure qui l’a conduite à découvrir le globe et à dominer les mers et les terres. » Et, naturellement, après que l’Europe a rendu ses colonies.

Julien Freund insiste sur le fait que la colonisation européenne n’aura duré au maximum que 80 ans et que les bienfaits de celle-ci ne doivent pas être abrogés par les méfaits qui l’ont accompagnée. Il met surtout l’accent sur le fait que la civilisation européenne fut la première civilisation mondiale puisqu’elle a touché et affecté, en bien ou en mal, les peuples qu’elle a rencontrés. Il se pourrait, alors, qu’elle soit victime de son succès, dit-il, puisque les peuples en question veulent s’installer dans les pays à l’origine de cette civilisation.

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Et non seulement l’historien assume complètement les colonisations passées, mais il peut aussi dire que les guerres intra-européennes ont pu être profitables par l’émulation ainsi créée. Et si j’ai pu penser qu’il s’agissait des guerres d’avant le XXe siècle, car il ne les nomme pas précisément, le passage suivant, lorsqu’il évoque sa génération, ne laisse pas de doute, mais laisse passablement songeur : « Nous avons participé au dernier conflit intra-européen, le dernier des conflits qui, au cours des siècles, ont encore suscité une dynamique de la rivalité créative entre les peuples européens. » (C’est moi qui souligne.) Il s’agit à l’évidence de la Seconde Guerre mondiale…

Designer l’ennemi

Cependant, il y a bien d’autres raisons à la décadence que le penseur analyse et qui méritent amplement notre attention. D’abord, l’autorité de l’État, qui, comme celle du Sénat à Rome, se trouve singulièrement entamée. Puis, l’affaiblissement moral dû à la culpabilité qui ne se connaît pas d’ennemis, puisque seule la civilisation européenne est coupable. Toutes les autres étant victimes, elle devrait prendre sur elle « le péché du monde ». Du reste, l’ONU, créée pourtant sur la recommandation des Occidentaux, est devenue un tribunal de mise en accusation de l’Europe…

Julien Freund dénonce également l’aspect velléitaire de la construction européenne: « La marque de l’impuissance politique est l’union pour l’union. » Il déplore que le politique et le militaire aient été balayés au profit de l’économique et du culturel. En 1985, il préconisait que la France et l’Angleterre « érigent avec les autres pays européens la défense atomique dissuasive et indispensable. »

Il constate ensuite la dépression économique avec l’émigration du capitalisme industriel productif ailleurs dans le monde, et le refuge dans un capitalisme financier destructeur pour nous autres. Il met en cause ensuite l’égalitarisme, qui confond la hiérarchie avec l’inégalité, et, dans la foulée, le pluralisme des valeurs, qui est à ses yeux un non-sens philosophique pour la bonne raison qu’une valeur est toujours comparative : elle est inférieure, supérieure ou équivalente à d’autres et s’inscrit dans une hiérarchie. Autrement, les valeurs ne sont que des mots sans signification et sans ancrage.

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Aucun relativisme possible normalement, et pourtant ce relativisme existe et s’est développé en universalisme humanitariste qui trahit la notion même d’universalité et ne permet plus de défendre une valeur plutôt qu’une autre puisqu’elles se valent toutes, mais pas pour tout le monde ! Dans d’autres pays, et même en Europe, il n’est en aucun cas question pour certains de relativiser leurs croyances.

On retrouve là une idée essentielle de Julien Freund, élaborée dans son livre le plus connu, L’Essence du politique : à savoir la nécessité de désigner l’ennemi. Dès lors, il s’agit de défendre une tradition européenne, voire une identité, caractérisée par l’esprit philosophique critique et historique et le régime politique représentatif libre, afin de contrecarrer la « subversion générale des esprits aux principes des civilisations rivales ».

Quelle transition pour l’avenir ?

Julien Freund se définit comme un « pessimiste actif » et pense les possibilités qui nous attendent et les moyens de parvenir à celle qui lui paraît souhaitable. Car la décadence de l’Europe étant pour lui, si j’ose dire, chose acquise, la question est d’anticiper les probabilités qui s’offrent à nous. Il en distingue trois :

  • Un sursaut qui ne sera pas un retour en arrière, mais bel et bien une transition, à condition que l’Europe retrouve l’autonomie de ses décisions dans l’ordre politique, militaire et économique.
  • Une sorte d’anarchisme médiéval dans « une civilisation mondialisée mais amorphe et disparate, se réclamant de l’instabilité cacochyme du pluralisme égalitaire des valeurs. »
  • L’Europe devenue la proie d’une puissance politique et militaire hégémonique.

On aura compris laquelle des trois a pour Julien Freund sa préférence, et on citera pour finir la phrase avec laquelle il voudra y œuvrer: « Assumer la transition avec flamme, avec persévérance et je dirais même avec enthousiasme. »

Douze essais sur la décadence de Julien Freund, Éditions du Verbe Haut, Juin 2026, 260 pages.

Douze essais sur la décadence

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Adèle Haenel: 120 boniments par minute

Le féminisme n’est plus un combat mais un carburant


Adèle Haenel vient de rendre service à quiconque cherche à comprendre ce qui est arrivé au mot « féminisme » ces dernières années. En reliant publiquement le silence qui a longtemps entouré sa parole de victime de violences sexuelles au silence qu’elle dénonce aujourd’hui autour de ce qu’elle appelle un génocide à Gaza, elle a rendu visible le mécanisme du féminisme d’atmosphère : la transformation systématique de toute souffrance intime en produit médiatique et politique, en carburant d’indignation contre la société occidentale.

L’impossible critique

Ce mécanisme – celui qui fait de toute épreuve une preuve irréfutable que nos sociétés occidentales seraient, par nature, hostiles aux femmes – n’est pas nouveau, mais il a longtemps été difficile à contester tant il se présente comme un postulat.

Il faut dire qu’il se protège lui-même : l’assignation féministe disqualifie d’avance toute critique des récits sur la vulnérabilité des femmes dans les sociétés démocratiques – comme si interroger ce narratif revenait déjà à trahir la cause.

Ce mécanisme ne s’enseigne donc pas, il s’absorbe : par les réseaux sociaux, les formations en entreprise, les relais institutionnels et culturels.

Une femme – appelons-la Madame Tout-le-Monde, pour la distinguer des militantes organisées qui, elles, savent précisément ce qu’elles signent – entre dans ce système en pensant simplement vouloir qu’on reconnaisse ce qu’elle a vécu. Elle en ressort, sans toujours s’en apercevoir, déplacée sur des terrains qu’elle n’avait jamais choisi d’occuper – la géopolitique, la pensée décoloniale, indigéniste et l’islamisme.

Adhérer n’est pas souscrire

Car il faut distinguer deux choses qu’on confond trop souvent : adhérer à une idée et y souscrire. Adhérer suppose un choix éclairé, une conviction assumée – c’est ce que font, en toute connaissance de cause, les collectifs militants. Souscrire, c’est accepter les termes d’un contrat sans en avoir mesuré la portée – c’est ce que fait Madame Tout-le-Monde, entraînée par un vocabulaire qui semblait ne parler que d’elle, et qui l’a discrètement embarquée ailleurs.

Cet ailleurs, on peut aujourd’hui le tracer avec précision. Il est sous nos yeux depuis longtemps – depuis les agressions sexuelles de masse commises à Cologne, dans la nuit du 31 décembre 2015. Cet épisode avait déjà révélé, pour qui l’observait de près, l’embarras d’une partie du mouvement féministe à nommer clairement les faits : le traitement des violences sexuelles selon l’identité de leur auteur devenait, déjà, un point de clivage. Il y a eu, ensuite, le 7-Octobre, qui a mis au jour la tartufferie d’un discours d’inclusion capable de se taire précisément quand le réel ne collait plus au récit.

Et il y a, désormais, Adèle Haenel. Le 9 septembre, sur France 5, dans l’émission La Grande Librairie, l’icône du combat contre les violences sexuelles a dessiné, face caméra, le tracé exact du féminisme d’atmosphère : un mécanisme qui ne vise plus le patriarcat, mais la société occidentale elle-même. Trois semaines après les massacres du 7-Octobre, des collectifs féministes (Du Pain et des Roses, Nous Toutes, Féministes Révolutionnaires, Tsedek!) publiaient déjà une tribune reliant la cause des femmes à la dénonciation d’Israël – mais c’était alors un discours confiné au terrain militant, audible seulement de ceux qui le cherchaient. On aimait croire cette frontière étanche : d’un côté un féminisme radical, cantonné aux collectifs et aux tribunes militantes ; de l’autre un féminisme mainstream, plus consensuel. Adèle Haenel vient de prouver que cette frontière a cédé. Sur France 5, elle a fait la démonstration que ce féminisme radical est désormais dans l’atmosphère : en reliant le silence autour des violences sexuelles à la guerre à Gaza, elle a, dans le même mouvement, gardé le silence sur les violences sexuelles du 7-Octobre – celles-là même que son combat prétend porter.

Le combat implicite

Quel rapport entre Gaza et la haine de l’Occident, m’objectera-t-on ? La réponse tient dans la manière dont la pensée décoloniale s’est elle-même élargie ces dernières années. Elle ne vise plus seulement l’histoire coloniale au sens classique – elle a construit une grille où Israël est lu comme un avant-poste occidental implanté au Moyen-Orient.

Reste une autre objection, plus insidieuse : on peut valider une partie de cette grille sans pour autant en acheter tout le paquet. C’est vrai. Mais on voit bien, ces dernières années, que certaines femmes ont compris une chose essentielle : le combat antiraciste a phagocyté le féminisme, et le moindre pas de côté a un coût social. Alors même qu’elles n’ont jamais validé la grille indigéniste, dont elles ignorent parfois jusqu’au nom, elles ont intégré une forme d’autodiscipline. Elles préfèrent le silence, parce qu’elles savent ce que coûte, désormais, la suspicion de racisme qui naît du silence lui-même. Ne pas dénoncer certains combats suffit à l’établir. Se taire sur la cause décoloniale revient alors, dans les faits, à passer pour complice de cette « domination occidentale » qu’on somme chacune de combattre.

Il fallait donc lier le féminisme et la cause décoloniale, et c’est très exactement ce que fait, implicitement, le féminisme d’atmosphère en disciplinant les femmes. On peut ignorer tout de ces grilles, et pourtant s’y soumettre, par peur du procès qu’elle instruit contre quiconque s’y dérobe.

Gaelle Atlan-Akerman, Le féminisme d’atmosphère, FYP éditions 224 pages

Le féminisme d'atmosphère: Quand les particules militantes colonisent nos esprits

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September 18, 2026

Léon XIV exhorte son diocèse à une évaluation pastorale pour faire moins, mais mieux

Ce vendredi après-midi, le Pape s'est exprimé à l'occasion de l'assemblée diocésaine ouvrant l'année pastorale romaine dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de Rome. Le Souverain pontife a appelé son diocèse à un processus partagé d'évaluation pastorale axé sur la rencontre avec le Christ, la communauté et le service de la ville. «L’art de l’évaluation pastorale», a-t-il déclaré, «ne demande pas d’en faire plus» mais permet plutôt à l’Église d’en faire moins, mais mieux.

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Le Pape en France: un voyage entre défis nationaux et dialogue avec l'Europe

Le voyage en France de Léon XIV, du 25 au 28 septembre, a été présenté ce vendredi à une semaine de ce cinquième voyage apostolique. Quatre jours au contact de toutes les réalités françaises, pays qui s'interroge et voit croître la foi. Depuis Paris, le Pape lancera un message pour l'ensemble du continent. À l'UNESCO, art, éducation, environnement et IA seront abordés. À Metz, des représentants de l'UE seront présents: la «porte est ouverte» à d'éventuels entretiens bilatéraux.

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L’assassinat de John Lennon, Catherine Ringer et moi

Nous faisions de la musique depuis deux jours dans le petit studio-cuisine. La veille, ils m’avaient montré ce qui allait devenir « Marcia Baïla ».

Laurent Sinclair de Taxi Girl était reparti vers minuit, Daniel Darc n’était jamais arrivé et il avait fallu appeler les pompiers : Jean Neplin se déchirait le torse au cran d’arrêt. Histoire d’attirer l’attention.

C’était parfaitement réussi. Il y avait du sang sur les draps du lit que j’avais partagé avec Catherine à l’invitation de Fred. Et pas qu’un peu ! Du sang, du sang mélangé à une bouteille de parfum explosée. Habit Rouge.

Au matin, Cat était partie. Elle avait un gangbang. Un tournage porno.

Je restais avec Fred. Deux guitares. En fouillant dans les songbooks, on choisit les Beatles. On passe la journée à apprendre « Girl » et « Help ». De Lennon, comme on sait.

À 18 heures, Cat revient, l’air enjoué : — Hé les garçons ! Vous savez qui est mort ? John Lennon ! Assassiné.

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Devant nos airs défaits et choqués, elle lance : — Mais c’est si grave ?

Un de nous deux lâche : — Tu te rends pas compte ! Et on a passé la journée à jouer… du Lennon. C’est terrible, terrible ! — Ah bon ?

Et la comédienne prend un air de tragédie et se met à pleurer. De chaudes larmes. Et puis, soudain, elle chante, entre Callas géniale et Nina Hagen. Un coffre à casser les vitres : « John, mon ami, mon héros ! On t’aimait tant. » — Arrête ! On dirait la Castafiore.

C’était Fred. — C’est mauvais alors, on la garde pas ? — Mais tu te fous de Lennon! Ça rime à rien. — Vous avez raison les garçons. Bon, on achète de la drogue ou je fais du riz ?

Rue de Crimée, à côté de chez eux, le dealer paki de brown sugar pointait aux abonnés absents. Et nous n’avions plus de seringues. La pharmacie de Nation, seule à en fournir, était loin.

Par contre… son riz était célèbre dans le petit milieu du rock parisien.

Tous les acteurs de cette scène sont morts. Sauf un.

Ceci dit, comme disait Gainsbourg, je ne me sens pas très bien. Un peu seul, surtout.

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Macron cherche l’union nationale par les armes

En réunissant à l’Élysée les chefs des partis représentés au Parlement, Emmanuel Macron cherche moins un accord sur l’Ukraine ou le Moyen-Orient qu’un consensus sur leurs conséquences : la France doit accélérer son réarmement. Mais s’il existe une large majorité pour dire qu’il faut augmenter les crédits militaires, l’union nationale risque de se fissurer dès qu’il faudra en payer la facture…


Emmanuel Macron a convié ce vendredi à l’Élysée tous les chefs des partis représentés au Parlement pour évoquer la « dégradation rapide » de la situation internationale et ses « conséquences en France sur la sécurité et l’énergie ». La formulation est volontairement générale. Elle ne désigne ni l’Ukraine, ni l’Iran, ni les menaces qui pèsent sur les routes maritimes et les approvisionnements énergétiques.

Cette réunion intervient pourtant dans un pays profondément divisé sur presque tous les conflits en cours. À l’Assemblée nationale, il n’existe pas de politique étrangère commune. Il existe, en revanche, quelque chose qui commence à lui ressembler lorsqu’on aborde la question des moyens militaires.

Les députés peuvent se déchirer sur l’opportunité de livrer telle arme à l’Ukraine, sur le risque d’escalade avec Moscou ou sur l’attitude à adopter face à l’Iran. Mais une majorité très large paraît désormais admettre que la France est entrée dans une période durable de tensions et que son outil militaire, longtemps soumis aux économies, doit être renforcé. C’est peut-être ce terrain commun qu’Emmanuel Macron souhaite explorer au moment précis où se prépare un nouveau budget marqué par la stagnation économique, le déficit et la hausse du coût de la dette. En d’autres termes, les chefs de parti ne sont peut-être pas seulement invités à discuter de la situation internationale. Ils sont aussi placés devant les conséquences financières de leurs propres analyses.

Conflits et division

Sur l’Ukraine, les lignes de fracture sont connues. Le bloc présidentiel, les centristes et la droite soutiennent l’aide militaire à Kiev et considèrent la Russie comme une menace directe pour la sécurité nationale et européenne. Ils divergent parfois sur le rythme des livraisons, le contrôle parlementaire ou la possibilité d’envoyer des instructeurs, mais partagent l’idée que la défaite de l’Ukraine fragiliserait toute l’Europe et nuirait aux intérêts de la France.

Le Parti socialiste et une grande partie des écologistes défendent également le soutien à Kiev, tout en insistant davantage sur le droit international, le contrôle démocratique des engagements français et la recherche d’une solution européenne. Le PS est aujourd’hui nettement plus proche du camp présidentiel sur l’Ukraine que de La France insoumise.

Le Rassemblement national adopte une position plus prudente. Tout en condamnant l’invasion russe et en affirmant son soutien à l’indépendance de l’Ukraine, il refuse toute démarche susceptible d’entraîner une confrontation directe entre la France et la Russie. Il s’oppose à l’envoi de troupes, se montre réservé sur la livraison d’armes permettant de frapper en profondeur le territoire russe et privilégie la recherche d’une solution négociée. Cette prudence se traduit dans ses votes. En mars 2025, le RN s’était abstenu sur une résolution de soutien à l’Ukraine, tandis que LFI et les communistes avaient voté contre. Le texte avait néanmoins été adopté par 288 voix contre 54.

La France insoumise condamne elle aussi l’invasion, mais voit dans la politique suivie par l’Élysée le risque d’une escalade et d’un alignement croissant sur l’OTAN. Elle privilégie le cessez-le-feu, la négociation et une architecture de sécurité européenne qui ne soit pas exclusivement atlantique. Les communistes partagent une partie de cette méfiance, avec une insistance plus forte sur la diplomatie et le refus d’une « économie de guerre ».

Au Moyen-Orient, les clivages se déplacent. Le Rassemblement national et une grande partie de la droite adoptent une ligne favorable à Israël et présentent l’Iran islamique comme la principale menace stratégique de la région. Ils peuvent contester les choix tactiques de l’Élysée, mais soutiennent généralement une attitude ferme face à Téhéran et à ses alliés.

À l’autre extrémité de l’hémicycle, LFI dénonce la politique israélienne, réclame des sanctions, la reconnaissance effective de l’État palestinien et l’arrêt des livraisons d’armes susceptibles d’être utilisées par Israël. Le Parti socialiste et les écologistes défendent eux aussi les droits des Palestiniens et la solution à deux États, mais sans reprendre toute la rhétorique insoumise et en maintenant plus nettement la condamnation du Hamas ainsi que la reconnaissance des impératifs de sécurité israéliens.

Le camp présidentiel tente de tenir une ligne intermédiaire avec soutien à la sécurité d’Israël, condamnation du terrorisme, pression en faveur d’une solution politique palestinienne et refus d’une extension régionale de la guerre.

L’Assemblée peut donc produire une majorité sur certains textes concernant l’Ukraine ou le renforcement des armées, mais certainement pas une union nationale sur chacune des guerres en cours. Le débat porte à la fois sur l’adversaire, les objectifs, les moyens et les limites de l’engagement français.

Budget et consensus

Sur le budget de la défense, la tendance est différente. Lorsque Emmanuel Macron arrive à l’Élysée en 2017, les armées françaises sortent de vingt-cinq années d’érosion. Après la disparition de l’Union soviétique, aucun adversaire étatique ne paraît menacer directement le territoire national. La défense cesse d’être une priorité budgétaire, tandis que les interventions extérieures sont menées par des forces moins nombreuses et plus légères. La France, comme la plupart des pays européens, encaisse alors les « dividendes de la paix » :

Les chiffres donnent la mesure de cette contraction. Selon les séries du SIPRI[1], les dépenses militaires représentaient encore environ 2,85 % du PIB français en 1991, contre moins de 2 % en 2015 et autour de 1,5 % selon le périmètre budgétaire français hors pensions. En euros constants, le ministère de la Défense a perdu approximativement 20 % de ses moyens entre 1990 et 2015. Les armées ont ainsi été appelées à multiplier les opérations extérieures avec moins d’hommes, des stocks réduits et des équipements de plus en plus coûteux à entretenir.

Le début du premier quinquennat de M. Macron est d’ailleurs marqué par une crise spectaculaire. En juillet 2017, le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, démissionne après un conflit avec le président sur une réduction de crédits de 850 millions d’euros. Emmanuel Macron, qui entend alors restaurer l’autorité présidentielle, lui rappelle publiquement qu’il est son « chef ». L’épisode donne l’image d’un pouvoir prêt à demander davantage aux militaires tout en continuant à économiser sur leurs moyens. La trajectoire change véritablement avec la loi de programmation militaire 2019-2025. Celle-ci prévoit 295 milliards d’euros et met fin, au moins dans son principe, aux baisses successives. Le budget annuel de la défense, hors pensions, passe d’environ 32 milliards d’euros en 2017 à plus de 40 milliards en 2022, puis à près de 44 milliards en 2023, 47 milliards en 2024 et environ 50,5 milliards en 2025.

A relire, du même auteur: Quand l’armement va, tout va

L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, transforme ensuite une inflexion budgétaire en changement stratégique. Il ne s’agit plus seulement de réparer les conséquences des économies antérieures, mais de préparer l’armée française à des affrontements de haute intensité, à la consommation massive de munitions, aux drones, à la guerre électronique et à la possibilité d’un engagement majeur en Europe. Ainsi, la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit ainsi 413 milliards d’euros sur sept ans, contre environ 295 milliards pour la programmation précédente.

Emmanuel Macron a ensuite décidé d’accélérer encore le calendrier. L’objectif annoncé est désormais de porter le budget annuel de la défense à environ 64 milliards d’euros en 2027, soit le double de son niveau de 2017 avec trois ans d’avance sur le calendrier initial. Pour 2026, les crédits demandés sur le périmètre de la loi de programmation atteignent environ 57 milliards, en hausse de plus de 6 milliards par rapport à 2025. Une actualisation de la programmation ajoute par ailleurs quelque 36 milliards d’euros d’ici à 2030, notamment pour les stocks, la défense aérienne, les drones et la dissuasion.

Il s’agit de l’un des changements les plus importants de l’ère Macron. Le président élu en 2017 sur la modernisation économique et l’intégration européenne aura finalement consacré une part croissante de ses deux mandats à la reconstruction de l’appareil militaire.

Un consensus, mais sur quoi exactement ?

La nécessité d’augmenter les moyens des armées est soutenue par le bloc présidentiel, les centristes, Les Républicains et le Rassemblement national. Le RN reproche même régulièrement au gouvernement d’avoir trop longtemps négligé la défense nationale, tout en demandant que les moyens supplémentaires servent prioritairement la souveraineté française plutôt qu’une défense européenne intégrée.

Les socialistes acceptent également le principe du réarmement, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine, mais réclament davantage de contrôle parlementaire et une clarification du financement. Les écologistes sont plus partagés, en particulier sur la dissuasion nucléaire, mais une partie importante de leur groupe reconnaît désormais la nécessité de renforcer les capacités conventionnelles et le soutien à l’Ukraine.

LFI demeure la principale force d’opposition à la programmation militaire telle qu’elle est conçue. Elle ne nie pas nécessairement tous les besoins de défense, mais critique le poids du nucléaire, l’inscription de la France dans l’OTAN, le manque de contrôle parlementaire et les arbitrages opérés au détriment d’autres politiques publiques.

Le vote de mai 2026 sur l’actualisation de la programmation militaire a illustré cette configuration. L’article fixant la nouvelle trajectoire financière a été adopté par 45 voix contre 4 (oui, 49 députés présents…). Les élus du RN, du bloc central, du PS, de la droite républicaine et des écologistes (présents) ont voté pour. Les quatre votes contre provenaient de LFI. La faible participation interdit évidemment de transformer ce scrutin en plébiscite national. Mais sa distribution politique confirme l’existence d’un accord très large sur le mouvement général. Ce consensus porte donc sur la nécessité de dépenser davantage, beaucoup moins sur la manière de le faire. Les uns veulent une armée nationale puissante et autonome, les autres une défense européenne. Certains privilégient la dissuasion nucléaire, d’autres les forces conventionnelles. Enfin les uns regardent d’abord vers la Russie tandis que les autres vers le terrorisme, la Méditerranée ou l’Indopacifique. Surtout, le consensus devient beaucoup plus fragile dès que l’on demande qui doit payer.

La facture du consensus

Cependant, la différence avec le débat sur les retraites est frappante. Le report de l’âge de départ a provoqué des mois de manifestations, une opposition parlementaire intense et une crise politique majeure. L’augmentation des dépenses militaires, pourtant considérable, n’a suscité aucun mouvement comparable. La défense bénéficie d’un avantage particulier : les citoyens peuvent soutenir son renforcement sans percevoir immédiatement son coût individuel.

Mais cette facilité ne dure qu’aussi longtemps que les arbitrages restent abstraits. Dans un pays dont le déficit dépasse 5 % du PIB, toute dépense militaire supplémentaire doit être financée par une diminution d’autres dépenses, une augmentation des recettes ou un nouvel endettement. La situation internationale transforme donc progressivement un consensus stratégique en conflit budgétaire.

C’est ici que la réunion de l’Élysée prend tout son sens. Elle n’est pas consacrée à une guerre précise et ne vise probablement pas à obtenir des chefs de parti une approbation détaillée de la politique française en Ukraine ou au Moyen-Orient. Un tel accord serait hors d’atteinte. Son objet est plus général et consiste à faire constater collectivement que l’environnement de sécurité s’est dégradé et que cette dégradation impose des moyens supplémentaires.

La démarche permet à Emmanuel Macron de placer ses adversaires devant une contradiction. On ne peut pas dénoncer la menace russe, l’instabilité du Moyen-Orient, la vulnérabilité des approvisionnements énergétiques, le retrait américain et l’impuissance européenne, puis traiter les crédits militaires comme une dépense facultative. Mais on ne peut pas davantage augmenter indéfiniment ces crédits sans dire ce qui devra être réduit ou prélevé ailleurs.

Le président cherche-t-il un point d’accord national au moment où s’engagent les arbitrages budgétaires ? Tout porte à le croire, même si cet accord risque de rester soigneusement limité à la première moitié du raisonnement. Il est possible que les partis reconnaissent ensemble la gravité des menaces. Il est beaucoup moins probable qu’ils s’entendent sur la répartition de l’effort.

Le précédent Daladier

La France a déjà connu ce décalage entre l’accord sur le danger et le refus de ses conséquences. À la fin des années 1930, le pays découvre que le réarmement allemand oblige à revoir une partie des choix économiques et sociaux effectués depuis 1936.

Il serait caricatural de présenter le Front populaire comme indifférent à la menace hitlérienne. Léon Blum lui-même engage un important programme de réarmement. Mais les conquêtes sociales de 1936, notamment la semaine de quarante heures, se heurtent aux besoins d’une industrie qui doit simultanément produire pour la consommation civile et accélérer la fabrication d’avions, de chars et de munitions.

Revenu au pouvoir en avril 1938, Édouard Daladier rompt progressivement avec la politique économique du Front populaire. Après les accords de Munich, dont il comprend mieux que beaucoup la fragilité, son gouvernement adopte en novembre des décrets-lois préparés par Paul Reynaud. Les règles des quarante heures sont assouplies, les heures supplémentaires facilitées, la semaine de six jours redevient possible dans certains secteurs et l’effort productif est accru. Paul Reynaud proclame qu’il faut « remettre la France au travail ».

La CGT appelle à la grève générale le 30 novembre 1938. Le gouvernement réquisitionne les transports et les services publics, mobilise certains salariés et brise le mouvement. Le contraste avec 1936 est saisissant par ce que deux ans après les grandes conquêtes du Front populaire, une partie de celles-ci est remise en cause au nom du redressement économique et du réarmement.

L’analogie avec aujourd’hui a évidemment ses limites. La France ne consacre pas à sa défense les 8,6 % du PIB atteints en 1938, et aucune armée étrangère n’est massée à ses frontières. Mais le précédent Daladier rappelle une constante. Le réarmement ne consiste jamais seulement à voter des milliards supplémentaires. Il finit par toucher au temps de travail, aux priorités économiques, à la fiscalité, à l’endettement et au partage de l’effort entre les catégories sociales.

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[1] Institut international de recherche sur la paix de Stockholm NDLR

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France Inter: les tartuffes de l’« arc républicain »

Deux jours de grève, une tribune signée par près de 300 personnalités et un nouveau préavis (pour le lundi 21 septembre): l’arrivée de Charles Sapin sur France Inter n’en finit pas de provoquer des remous…


Nul n’ignore le scandale causé par la tribune signée dans Le Parisien par près de 300 personnalités du monde culturel pour dénoncer l’éditorial politique de Charles Sapin sur France Inter. Son crime ? Ce n’est pas tant le profil du journaliste qui est visé que le fait qu’il appartienne à la rédaction de Valeurs actuelles et, ce faisant, participe à « l’extrême-droitisation » du service public de l’audiovisuel.

Le glissement sémantique est coutumier à gauche et à la gauche de la gauche, et il avait été dénoncé en son temps par le regretté Jean-François Revel : l’extrême droite est assimilée au fascisme, voire au nazisme, et, comme la droite est assimilée à l’extrême droite, on retrouve l’équation bien connue : droite égale fascisme.

A lire aussi: Médias: diabolisation et «reductio ad hitlerum» à tous les étages

Qui sont donc les signataires de cette tribune ? Des chanteurs, des cinéastes, des comédiens, des écrivains, pour la plupart habitués aux sorties très « engagées », selon le vocabulaire habituel. Que dénoncent-ils ? Officiellement, non pas le pluralisme, qui, rappelons-le, est une obligation du secteur public audiovisuel, mais ses « limites admissibles ». Et ces limites doivent être tracées « dans le cadre de l’arc républicain ». Une rhétorique en congruence avec celle de plusieurs syndicats de France Télévisions, CGT en tête.

La notion d’« arc républicain », floue à souhait, est usitée depuis plusieurs années pour exclure du débat ceux qui sont qualifiés d’antirépublicains, à tout le moins les anathématiser, et dresser contre eux un front aux élections. Mais de qui s’agit-il ? A priori, il s’agirait des populistes d’extrême droite et d’extrême gauche : c’est originellement la concentration républicaine sous la IIIe République. Aujourd’hui, il s’agit de la seule extrême droite. Et c’est bien là le problème.

Qui sont les gardiens de l’arc républicain ?

En effet, les signataires de la tribune sont-ils si bien placés pour donner des leçons de morale et de républicanisme ? Il est permis d’en douter. Remarque préalable : que la tribune soit soutenue par quelques syndicats d’extrême gauche et par le syndicat communiste qu’est la CGT vaut déjà le détour. Mais c’est surtout le profil de certains signataires qui interpelle. Donnons-en quelques illustrations.

Annie Ernaux ? Elle n’a pas manqué de relier, dans son discours de réception du prix Nobel de littérature, la souffrance des humbles, victimes du vil capitalisme, et celles des femmes, victimes du conservatisme phallocrate. Elle a également mis en cause une « idéologie de repli et de fermeture » en mêlant allègrement exclusion des étrangers et des immigrés, pauvres et femmes.

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Corinne Masiero, l’interprète du Commissaire Marleau dans la série éponyme ? Ancienne communiste, elle a soutenu Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle de 2022.

Ariane Ascaride ? Elle est la comédienne fétiche de son mari, Robert Guédiguian, qui décline unilatéralement, grâce à l’« exception culturelle » française, le communisme dans les films qu’il réalise. Et qui, lui aussi, a soutenu le fondateur de La France insoumise.

L’antirépublicanisme à géométrie variable

On pourrait multiplier les exemples, mais on en vient à se demander si le prétendu arc républicain est toujours aussi républicain, à moins que le terme ait changé de sens… Tout de même, ces figures, parfois de la gauche caviar, ne manquent pas de témérité à critiquer le prétendu antirépublicanisme d’un média, elles qui se vautrent dans le communisme et le gauchisme.

Car enfin, qui est le paradigme du parti antirépublicain si ce n’est LFI ? Qui a multiplié ces dernières années les dérapages antisémites, à tel point que le terme même de dérapage semble dépassé ? Qui a déclaré ces derniers mois qu’il n’accepterait pas le verdict des urnes si, par malheur, le candidat du Rassemblement national se trouvait élu à la présidence de la… République ?

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Quant au Parti communiste, dont on ne rappellera pas l’histoire, est-il républicain ? Lorsque son secrétaire général vient une nouvelle fois d’accuser les États-Unis d’être responsables de la misère à Cuba, il persiste à faire du révisionnisme. Lorsqu’il déclare à la Fête de L’Humanité qu’il faut « faire la révolution maintenant dans la rue avant les urnes », il ne fait montre ni de démocratisme ni de républicanisme. On devine aisément le scandale si Marine Le Pen ou Jordan Bardella avaient tenu pareils propos !

Avec les extrémistes de gauche, on en revient toujours au même point : la subversion des mots et des valeurs, que George Orwell avait si opportunément brocardée. « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. » On serait tenté d’ajouter : « L’anti-pluralisme, c’est l’arc républicain. »

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Basilique Saint-Pierre: la coupole de la chapelle Clémentine remise à neuf

Les travaux de conservation de la coupole de la chapelle Clémentine, située dans la basilique Saint-Pierre, touchent à leur fin. Lancée en 2025, l'intervention a porté sur 371 mètres carrés de mosaïques ainsi que sur les décors en stuc, redonnant lisibilité et unité à l'un des plus importants ensembles décoratifs du début du XVIIe siècle romain.

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Dette française: au commencement était le déficit

Imaginons que les 3 500 milliards d’euros de dette publique française disparaissent miraculeusement. Le problème ne serait pas résolu: avant même de payer ses intérêts, la France dépense encore environ 90 milliards d’euros de plus qu’elle n’encaisse chaque année !


Pour certains, ce qui suit relèvera de l’évidence. Mais, dans le débat sur les finances publiques, il n’est pas inutile de rappeler une distinction essentielle : la dette est un problème majeur, mais le déficit l’est plus encore. La première représente l’accumulation des déséquilibres passés, le second le mécanisme qui continue, année après année, à l’aggraver.

Mauvaise recette

En 2025, la France a enregistré un déficit public de 152,5 milliards d’euros, soit 5,1% du PIB. L’objectif de le ramener autour de 5 % avait été qualifié d’« ambitieux, mais réaliste » par François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Malgré une amélioration par rapport aux 5,8 % enregistrés en 2024, la dette publique a poursuivi sa progression pour atteindre 115,6 % du PIB. Les dépenses ont augmenté de 2,5 % et les recettes de 3,9 %, sans que leur écart disparaisse. En moyenne, les administrations publiques ont donc dépensé chaque mois près de 12,7 milliards d’euros de plus qu’elles n’ont encaissé.

Imaginons maintenant qu’un bienfaiteur rembourse intégralement la dette publique française, soit environ 3 500 milliards d’euros. La France repartirait avec une dette égale à zéro, mais conserverait son déficit. Si celui-ci demeurait à son niveau de 2025, elle devrait emprunter 152,5 milliards d’euros dès la première année. En additionnant simplement les déficits, sans tenir compte des intérêts, elle aurait reconstitué 762 milliards de dette au bout de cinq ans et 1 525 milliards au bout de dix ans. À PIB constant, celle-ci représenterait déjà 51 % de la richesse nationale.

Ce premier calcul est toutefois trop pessimiste sur un point et trop optimiste sur un autre. Il est trop pessimiste parce que l’effacement de la dette ferait disparaître, au moins provisoirement, les intérêts versés aux créanciers. En retranchant du déficit actuel une charge annuelle proche de 60 milliards d’euros, il resterait un déficit primaire d’environ 90 milliards, soit 3 % du PIB. Même débarrassée de tout son passé, la France recommencerait donc immédiatement à emprunter parce que ses dépenses, hors intérêts, resteraient supérieures à ses recettes.

Mais l’addition de dix déficits de 90 milliards est également trop optimiste. La nouvelle dette porterait intérêt dès son émission. Les taux auxquels la France emprunte aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux des années 2015 à 2021. En septembre 2026, le rendement des obligations françaises à dix ans évolue autour de 4,4 %. Ce taux ne s’appliquerait pas uniformément à toutes les émissions car les titres à court terme, les obligations à cinq ans et celles à quinze ou trente ans portent des rendements différents. Mais un taux moyen compris entre 4 % et 4,5 % constitue un ordre de grandeur raisonnable pour mesurer le coût d’une dette entièrement nouvelle émise dans les conditions actuelles.

Prenons donc un déficit primaire constant de 90 milliards d’euros et un taux moyen de 4,4 %. À la fin de la première année, la dette s’élèverait à 90 milliards. Elle engendrerait environ 4 milliards d’intérêts l’année suivante. La deuxième année, l’État devrait ainsi emprunter non seulement 90 milliards pour financer son déficit primaire, mais aussi près de 4 milliards pour acquitter les intérêts. La dette approcherait alors 184 milliards. Elle atteindrait environ 282 milliards à la fin de la troisième année et près de 490 milliards au bout de cinq ans. À ce moment-là, la charge annuelle des intérêts dépasserait déjà 20 milliards.

Au bout de dix ans, la dette ne serait donc pas de 900 milliards, comme le suggère la simple addition des déficits primaires, mais d’environ 1 100 milliards. Sur cette somme, 900 milliards proviendraient directement de l’écart persistant entre les dépenses et les recettes, tandis qu’environ 200 milliards correspondraient aux intérêts cumulés et financés, eux aussi, par l’emprunt. La charge annuelle des intérêts approcherait alors 50 milliards d’euros. Dix ans après l’effacement miraculeux de la dette, la France aurait ainsi reconstitué presque toute la charge financière dont elle avait été provisoirement délivrée.

Même avec un déficit public ramené à 4 % du PIB, la mécanique ne disparaîtrait pas. Un tel déficit représenterait environ 120 milliards d’euros aux conditions économiques actuelles. Après disparition des quelque 60 milliards d’intérêts liés à l’ancienne dette, il subsisterait un déficit primaire voisin de 60 milliards, soit environ 2 % du PIB. Sans intérêts, la dette reconstituée atteindrait 600 milliards au bout de dix ans. Avec un taux moyen de 4,4 %, elle approcherait plutôt 730 milliards, tandis que la charge annuelle des intérêts dépasserait 30 milliards. Un déficit réduit à 4 % ralentirait donc l’endettement, mais ne l’interromprait nullement.

La France exposée

Il faut également tenir compte du fonctionnement concret du marché obligataire. Une dette publique n’est pas un emprunt unique remboursé progressivement comme un crédit immobilier. Elle se compose de milliers de titres ayant des échéances différentes. Lorsqu’une obligation arrive à échéance, l’État doit restituer son capital à son détenteur. Mais un État en déficit ne dispose pas de l’excédent nécessaire pour effectuer ce remboursement avec ses recettes courantes. Il émet donc généralement une nouvelle obligation afin de rembourser celle qui arrive à échéance. La dette ancienne est remplacée par une dette nouvelle.

Cette opération de refinancement ne fait pas, à elle seule, augmenter la dette nette. Emprunter 10 milliards pour rembourser 10 milliards laisse le stock inchangé. Elle augmente en revanche les besoins annuels de financement et expose continuellement l’État aux conditions du marché. La France dépendrait non seulement du niveau des taux, mais aussi de la disposition permanente des investisseurs à acheter les nouveaux titres. À la dixième année, dans le scénario d’un déficit primaire de 90 milliards, les émissions brutes pourraient ainsi être très supérieures aux quelque 140 milliards correspondant au déficit primaire et aux intérêts. Il faudrait y ajouter le refinancement des titres à court et moyen terme arrivés à maturité. Selon la structure des émissions, le besoin annuel brut de financement pourrait dépasser 200 milliards d’euros. Une grande partie de cette somme servirait uniquement à remplacer des obligations anciennes et n’augmenterait donc pas la dette nette. Elle devrait néanmoins être levée sur le marché.

Cette distinction entre dette nette et émissions brutes est essentielle. Le stock de dette indique ce que l’État doit à ses créanciers. Le besoin annuel de financement mesure ce qu’il doit réussir à placer chaque année auprès des banques, des assureurs, des fonds d’investissement, des épargnants et des banques centrales. Plus ce besoin est important, plus les finances publiques dépendent de la confiance renouvelée des investisseurs.

Le poids de la dette ne se mesure cependant pas uniquement en euros. Il doit aussi être rapporté au PIB. Une économie en croissance peut supporter une dette nominale plus importante. Or, la croissance réelle mesure l’augmentation des quantités effectivement produites n’a été que d’environ 1 % par an en moyenne au cours des dernières années. Après le rebond consécutif à la pandémie, l’activité a progressé modestement en 2023, 2024 et 2025, avant de stagner au premier semestre 2026. La Banque de France ne prévoit plus que 0,4 % de croissance réelle en 2026, puis 0,9 % en 2027 et 1,2 % en 2028.

Pour calculer le ratio entre la dette et le PIB, il faut néanmoins utiliser la croissance nominale, qui additionne approximativement la croissance réelle et la hausse des prix. Avec 1 % de croissance réelle et 2 % d’inflation, le PIB nominal augmente d’environ 3 %. L’hypothèse d’une hausse de 3 % du PIB nominal ne correspond donc pas à une économie véritablement dynamique car en fait elle décrit une économie presque stagnante en volume, accompagnée d’une inflation proche de l’objectif européen.

Or les taux d’intérêt actuels, proches de 4,4 %, sont supérieurs à cette croissance nominale d’environ 3 %. Cette différence modifie profondément la dynamique de l’endettement. La dette accumulée augmente plus vite que le PIB. Même si le déficit primaire demeurait stable en proportion de la richesse nationale, les intérêts feraient progressivement monter le ratio d’endettement.

Ainsi, avec un déficit primaire de 3 % du PIB, une croissance nominale de 3 % et un taux moyen de 4,4 %, la dette reconstituée représenterait environ 15 % du PIB après cinq ans et 32 % après dix ans. Après vingt ans, elle approcherait 69 % du PIB. Avec un déficit primaire limité à 2 % du PIB, la dette dépasserait encore 10 % du PIB après cinq ans, et 21 % après dix ans. Au bout de vingt ans, elle approcherait 46 % du PIB.

Ces résultats ne constituent pas une prévision, mais la représentation d’un dynamique et d’une mécanique. Une baisse des taux ralentirait l’accumulation tandis qu’une hausse l’accélérerait. Une inflation supérieure réduirait, temporairement, le rapport dette/PIB, mais elle pourrait conduire les investisseurs à exiger des rendements plus élevés. Une croissance réelle plus faible réduirait, au contraire, la capacité de l’économie à absorber les nouveaux emprunts.

L’expérience révèle ainsi une succession en trois temps. Au commencement, la dette serait nulle, mais le déficit primaire obligerait immédiatement l’État à emprunter. Cette nouvelle dette produirait ensuite des intérêts, eux-mêmes financés par de nouveaux emprunts. Enfin, les obligations arrivant à échéance devraient être continuellement refinancées, replaçant l’État sous la dépendance du marché. C’est pourquoi le stock de dette (résultat accumulé des déficits passés), aussi impressionnant soit-il, ne constitue pas le cœur du problème. Le phénomène décisif est le déficit primaire persistant, celui qui demeure sans même verser un euro d’intérêt aux créanciers. Tant que ce déficit existe, l’effacement de la dette ne remet pas les comptes à zéro. Il remet seulement le compteur à zéro.

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Léon XIV rencontre les évêques uruguayens en visite ad limina

Dans un entretien accordé à Vatican News, le cardinal Daniel Sturla et Mgr Milton Tróccoli soulignent la chaleur de la rencontre avec le Pape et les principaux défis auxquels est confrontée l’Église en Uruguay: la laïcité, la famille, la violence, l’évangélisation et la paix. Cette audience a lieu quelques semaines avant le voyage apostolique de l’évêque de Rome dans ce pays.

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Six ans après, les accords d’Abraham sont toujours debout

Le 7-Octobre aurait pu les enterrer. Ils ont résisté. Mais une relation entre États n’est pas encore une paix entre sociétés — et c’est peut-être là que commence désormais le véritable défi des accords d’Abraham…


Le 15 septembre 2020, à Washington, Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn signaient les accords d’Abraham. Le Maroc les rejoindrait ensuite. Le Soudan s’y engagerait sans que le processus n’aboutisse vraiment. Pour la première fois depuis les traités avec l’Égypte et la Jordanie, des pays arabes établissaient ouvertement des relations avec Israël. Mais la véritable rupture était ailleurs.

Le vieux logiciel diplomatique disait : réglez d’abord le conflit israélo-palestinien, ensuite seulement normalisez. Les accords inversaient la séquence. Et si l’on commençait par se parler, commercer, voyager, coopérer ? Et si, au lieu d’attendre la paix pour créer des relations, on créait des relations pour rendre une paix possible ? Six ans plus tard, l’hypothèse a été testée dans les pires conditions.

Ils ont tenu

Depuis 2020, le Moyen-Orient a connu assez de catastrophes pour les faire voler en éclats : le 7-Octobre, Gaza, le Hezbollah, l’Iran, les Houthis, l’effondrement du régime syrien. Les relations se sont refroidies. Certains projets ont ralenti. La normalisation populaire a souffert. Mais l’essentiel est là : les accords ont résisté.

Avec les Émirats surtout, les liens économiques et stratégiques ont tenu. Le commerce entre Israël et les partenaires des accords a dépassé 4,5 milliards de dollars en 2025. Ce qui pouvait apparaître en 2020 comme une opération diplomatique de circonstance est devenue une réalité régionale suffisamment solide pour traverser la pire crise au Moyen-Orient depuis des décennies. Le 7-Octobre aurait pu tuer les accords d’Abraham. Il a finalement démontré leur résilience.

Le 7-Octobre a aussi frappé une région qui changeait

On réduit trop souvent le 7-Octobre à sa seule dimension israélo-palestinienne. Elle est centrale. Elle ne suffit pas. L’attaque s’est produite au moment où les Émirats, Bahreïn et le Maroc avaient normalisé leurs relations avec Israël, et où une normalisation saoudienne devenait crédible. Le Hamas s’opposait à cette dynamique. L’Iran aussi.

Cela ne signifie pas que le Hamas a attaqué uniquement pour tuer les accords. Ses mobiles propres existent. Mais on ne comprend pas toute la portée régionale du 7-Octobre si l’on ignore ce qui était alors en train de se construire.

Deux visions du Moyen-Orient s’affrontent ici : l’une cherche à intégrer progressivement Israël dans son environnement régional ; l’autre fait encore de son isolement un objectif politique. Plusieurs États arabes ont choisi la première. Leurs opinions publiques, beaucoup moins. La résilience diplomatique doit désormais devenir une résilience sociale.

La paix par les intérêts — et par les sociétés

On a reproché aux accords d’Abraham d’être trop commerciaux. Je crois au contraire que c’est aussi l’une de leurs forces. Un traité entre diplomates peut être dénoncé par d’autres diplomates. Il devient plus difficile de revenir en arrière lorsque des entreprises travaillent ensemble, que des avions relient les capitales et que des intérêts technologiques et sécuritaires deviennent communs. C’est moins romantique qu’une conférence internationale. Mais c’est plus concret. Et les accords portent une ambition plus importante encore : coexistence, dialogue interreligieux, science, lutte contre la radicalisation. Autrement dit, changer progressivement le regard porté sur l’autre. Car une relation entre États n’est pas encore une paix entre sociétés. Mais elle peut en être le commencement.

La France les a salués sans changer de logiciel. Emmanuel Macron s’en est félicité. Presque froidement. Paris n’a surtout pas modifié sa grammaire régionale. La diplomatie française continue de penser la paix d’abord à travers le règlement du conflit israélo-palestinien et la solution à deux États.

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Les accords d’Abraham ont précisément rompu avec cette logique : pourquoi attendre que le conflit israélo-palestinien soit réglé pour commencer à faire la paix entre Israël et les pays arabes ?

Ils ont montré qu’on pouvait commencer tout de suite : se reconnaître, ouvrir des ambassades, commercer, coopérer, créer des intérêts communs.

La France continue pourtant largement à raisonner selon l’ancien ordre : Palestine d’abord, normalisation ensuite.

Or c’est précisément cette séquence que défendent, pour des raisons évidemment différentes, les régimes et les courants politiques arabes hostiles à la normalisation avec Israël : pas de relations avec Israël tant que la question palestinienne n’est pas réglée. C’est ce verrou que les accords d’Abraham ont fait sauter.

Syrie, Liban : attention aux photographies

J’entends déjà parler de la prochaine image : la Syrie dans les accords, puis le Liban.

Je souhaite évidemment que les accords s’élargissent. Je souhaite même qu’un jour la Syrie et le Liban puissent les rejoindre. Mais je ne crois pas qu’ils y soient prêts aujourd’hui. En Syrie, les négociations sécuritaires avec Israël sont importantes et doivent être encouragées. Mais un accord de sécurité n’est pas une normalisation.

La Syrie sort de décennies de dictature et de guerre. Mais elle ne sort pas pour autant de décennies d’endoctrinement anti-israélien et antisémite. Et son nouveau pouvoir est lui-même issu d’une histoire djihadiste. Les slogans antisémites, les appels à la violence contre les Juifs et les menaces contre Israël restent présents dans une partie de la société syrienne. Plus inquiétant encore : ils ont été entendus jusque dans les rangs de la nouvelle armée officielle. En août dernier, devant la citadelle de Damas, des soldats syriens en uniforme scandaient encore des menaces explicites contre les Juifs.

C’est précisément pourquoi je ne crois pas à une normalisation syrienne rapide. On peut changer de dirigeant en quelques jours. On peut signer un arrangement sécuritaire en quelques mois. On ne change pas aussi vite ce qu’un système a mis dans les têtes pendant des générations.

Le Liban est différent. Des étapes diplomatiques ont été franchies. Mais le Hezbollah, son désarmement, l’influence iranienne et le poids de décennies de confrontation rendent une véritable normalisation beaucoup plus complexe. Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer. Au contraire : il faut préparer cette paix. Avant de demander « quel sera le prochain pays ? », il faudrait aussi demander : comment faire pour que ce pays soit réellement prêt à vivre en paix avec Israël ? Pas seulement son président. Son système, ses institutions, ses élites — et progressivement sa société. Et surtout, son éducation. Une ambassade peut ouvrir en quelques mois. Il faut parfois une génération pour désapprendre la haine.

L’Arabie saoudite, la pièce manquante

L’extension décisive reste Riyad. Une normalisation saoudienne changerait l’échelle des accords. Le 7-Octobre et Gaza ont bouleversé cette perspective. Riyad lie désormais toute normalisation à une perspective crédible pour un État palestinien. Mais la dynamique n’a pas disparu. La semaine dernière encore, les chefs militaires des États-Unis, d’Israël, d’Arabie saoudite, des Émirats, de Bahreïn, du Qatar, du Koweït, de Jordanie et d’Égypte se sont retrouvés discrètement en Allemagne pour parler de l’Iran et des menaces régionales. Regardez cette liste. Il y a quelques années, une telle réunion — même secrète — aurait semblé extraordinaire. Aujourd’hui, la coopération existe parfois avant même la reconnaissance officielle.

Deux Moyen-Orient possibles

Les accords d’Abraham n’ont pas réglé tous les conflits du Moyen-Orient. Personne ne pouvait sérieusement leur demander cela. Mais ils ont démontré quelque chose qui paraissait presque impossible : un pays arabe et Israël peuvent décider que leur relation ne sera plus entièrement prisonnière du conflit israélo-palestinien. Ils peuvent se reconnaître, se parler, commercer, coopérer — et progressivement cesser de considérer l’autre comme un ennemi éternel.

Pour quelqu’un qui a grandi en Syrie dans un monde où Israël n’était même pas nommé, seulement désigné comme « l’entité sioniste », ce changement n’a rien d’anecdotique.

Les accords d’Abraham m’avaient d’ailleurs donné de l’espoir. Ils m’avaient inspiré lorsque, en février 2023, quelques mois avant le pogrom du 7-Octobre, j’ai entrepris à mon tour ce voyage qui me paraissait autrefois inimaginable : aller en Israël. Je voyais des pays arabes ouvrir des ambassades, des avions relier Tel-Aviv à des capitales arabes, des Israéliens et des Arabes se rencontrer autrement que dans la guerre. Je me suis dit que si des États pouvaient commencer à briser les murs, peut-être pouvions-nous aussi le faire, individuellement.

Je sais ce que produit une société lorsqu’elle apprend à ses enfants que l’autre est un ennemi avant même qu’ils ne l’aient rencontré. C’est précisément pour cela que je crois à la logique des accords d’Abraham. Six ans après, ils ont traversé le 7-Octobre et les guerres qui ont suivi. Ils sont toujours debout. Leur prochain défi est peut-être plus difficile encore : faire descendre la paix des palais vers les sociétés. Dans la rue.

Car leur idée reste d’une simplicité redoutable : on ne fait pas la paix avec quelqu’un en continuant à apprendre à ses enfants à le haïr.

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Terre Sainte: recommencer à reconnaître ce que subissent les innocents

«Continuons à parler, à écrire, à demander et à œuvrer pour la paix, car la paix est urgente, nécessaire, indispensable à la vie; ne nous arrêtons pas, car le silence tue», lance le père Faltas. Au lendemain de l'effondrement d'un immeuble menacé par les raids israéliens, mercredi, «il est difficile d'espérer que ce soient les derniers décombres, car depuis près d'un an, une trêve factice et hypocrite continue de semer la mort», affirme le directeur des écoles de la Custodie de Terre Sainte.

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Le livre de sa mère

Dans Une femme qui ment l’écrivaine et réalisatrice Marie Binet brosse le portrait d’une femme inoubliable: sa mère.


Le dernier livre de Marie Binet relate une histoire à peine croyable. Celle d’une jeune femme aux cheveux blonds et au teint de lait qui découvre à 25 ans qu’elle est noire. Cette histoire c’est la sienne. Pour celle qui fut l’assistante d’Éric Rohmer, puis la compagne de Roland Topor et qui compte à son actif plus d’une quarantaine de films, tout commence à la mort de sa mère. Une femme fantasque, auréolée de mystère. Une princesse hongroise arrivée d’Amérique, dont la propre fille ne connait ni le père ni la mère ni les grands-parents.

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Dans un tiroir de la maison familiale, Marie Binet trouve une pochette. Faisant fi de l’interdiction de sa sœur et de ses frères, elle décide de l’ouvrir, bien loin de se douter que sa vie va en être à jamais bouleversée. Les premières découvertes sont pour le moins étonnantes. Les lettres qui étaient envoyées à sa mère étaient adressées qui à Anouchka, qui à Annie, qui à Katherine, une seule à Agnès, son prénom d’origine. Ses papiers d’identité stipulent quant à eux qu’elle est née en 1917, d’autres en 1921. La mère avait beau cacher son âge à ses propres enfants, il y a déjà de quoi être perplexe. L’écrivaine tombe alors sur une photo. Celle d’un petit garçon au regard triste qui lui ressemble étrangement. Elle décide alors de mener l’enquête et de faire toute la lumière sur cette inconnue : sa mère. Une enquête qui la mènera d’abord à Marseille où elle fera la connaissance de celui qu’elle identifiera bientôt être son demi-frère. Un « orphelin de cinquante ans » rêvant encore de celle qui l’abandonna lorsqu’il était enfant. La scène des retrouvailles compte parmi les plus émouvantes de ce livre qui n’en manque pas. Cet homme doux et timide lui racontera la version officielle de son abandon. Contrairement à ceux qui connaissaient son existence et avaient tout fait pour le couper de sa mère, Jean-Marie ne juge pas. Marie non plus, qui poursuit avec une ardeur décuplée la quête de ses origines. Une quête dont elle ne sait pas encore qu’elle la conduira jusqu’aux Antilles. De fil en aiguille, Marie Binet découvrira que cette mère qui se disait princesse hongroise était en réalité la fille naturelle d’un mulâtre martiniquais. Que loin d’être née en Floride à quelques encablures de Miami, elle avait vu le jour au Carbet, petit village antillais.

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Ne faisant ni une ni deux, l’écrivaine saute dans un avion avec sa fille. Direction Fort de France. Là elle fait la connaissance de la grande famille de celle qui se prétendait orpheline : la sienne. Portrait d’une mystificatrice de haut vol Une femme qui ment n’est pas un livre de plus sur les secrets de famille mais un formidable roman d’aventures. Il y a le talent de la fille, il y a le charme de la mère. Mais la fantaisie, l’énergie et la gaieté de ce récit haut en couleur ne doivent pas en masquer la profondeur. Il y est question d’une femme qui, pour survivre, n’eut d’autre choix que de nier ses origines et d’une fille qui lui rend un hommage bouleversant.

Une femme qui ment de Marie Binet, Editions Maurice Nadeau 240 pages

Une femme qui ment

Prix: 21,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 12,51 €

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«Les discours de haine ne relèvent pas de la liberté d’expression»

L’archevêque Christophe Z. El-Kassis a prononcé son premier discours en tant que nouvel observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies à New York, soulignant l’importance d’éradiquer les discours de haine, car ceux-ci «empoisonnent le débat public, attisent les divisions et préparent trop souvent le terrain à la violence et à la persécution».

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«Green Lava», l'histoire d'un jeune homme en route vers les Oscars

Ce court-métrage documentaire, réalisé en collaboration avec le Vatican, sera projeté à Beverly Hills à partir du 18 septembre, marquant ainsi le début de son parcours de sélection pour les Oscars. L’acteur principal, Giacomo Mattivi, déclare aux médias du Vatican: «Le message touchera le plus grand nombre de personnes possible.» La réalisatrice Lia Beltrami évoque une vie «vécue dans la foi», tandis que Paolo Ruffini décrit le film comme «un antidote à nos regards aveuglés».

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Et septembre s'échappe...
L'automne - Anna de Noailles Voici venu le froid radieux de septembre : Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ; Mais la maison a l'air sévère, ce matin, Et le laisse dehors qui sanglote au jardin. Comme toutes les voix de l'été se sont tues ! Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ? Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois Que la bise grelotte et que l'eau même a froid. Les feuilles dans le vent courent comme des folles ; Elles voudraient aller où les oiseaux...
800 ans de la mort de saint François, des célébrations entre mémoire et avenir

Le riche calendrier des événements organisés à l’occasion du huitième centenaire du décès du Poverello d’Assise a été présenté jeudi 17 septembre au Vatican. Les 800 ans de saint François seront célébrés le 4 octobre dans la cité italienne où il est né. «L’enseignement de François conserve une actualité éternelle car il s’agit d’une lecture radicale de l’Évangile», a affirmé Mgr Accrocca.

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Le Canada, cette « société-chalet » rattrapée par Donald Trump

Ignorant les menaces de Trump mercredi, adoptant le statut inédit de « membre associé » proposé par la Commission européenne hier, le Canada bouleverse les alliances habituelles. La société canadienne pensait avoir mis l’Histoire en pause et pouvoir vivre éternellement en pyjama au bord d’un lac, avant que la Maison-Blanche ne vienne brutalement saboter cet étrange week-end prolongé, analyse Jérôme Blanchet-Gravel…


Le Canada offre une version particulière du déclin occidental : celle d’une société ravagée par le confort où des décennies de prospérité, de calme et de protection américaine ont affaibli la conscience politique et la capacité d’affronter le réel. Au terme de neuf ans et demi de gouvernement Trudeau, l’effondrement du pays prend des airs récréatifs : une chute en douceur au rythme des randonnées pédestres, des rénovations et des week-ends au vert. C’est ce que j’appelle la « société-chalet » dans un livre qui vient de paraître.

La fuite comme art de vivre

Un chalet, rappelons-le, est une résidence située loin des grands centres, au bord d’un lac, en montagne, en forêt ou au bout d’un chemin de campagne. On s’y réfugie pour retrouver la « sainte paix » comme on dit au Québec, loin du bruit, des conflits et de l’agitation du monde extérieur. Sentiers, stations de ski, « spas nordiques » : grâce à l’industrie du plein air et de la relaxation obligatoire, on s’y retire également pour s’abandonner à la société des loisirs.

Le Québec et le Canada sont géographiquement un chalet. Perchés au nord de l’Amérique, sur les épaules des États-Unis, dans la banlieue tiède de l’empire, ils donnent l’impression – illusoire mais tenace – d’être protégés par la distance. Les grands espaces amplifient le sentiment des Canadiens de vivre pour toujours à l’abri de l’Histoire.

Le Québec et le Canada sont idéologiquement et psychologiquement un chalet. Le refuge y est devenu une disposition d’esprit, voire un projet d’antisociété. On y maintient la « distanciation sociale » pour éviter les « situations anxiogènes ». C’est une fuite. On s’éloigne de l’action, mais aussi de la réalité elle-même.

Évidemment, les Canadiens ne sont pas les seuls Occidentaux à avoir adopté un mode de vie axé sur le confort matériel et le bien-être personnel. Au Québec comme au Canada anglais, ce modèle semble toutefois avoir été poussé jusqu’à la caricature.

L’immigration massive ou le refus de voir

Le rapport de mes concitoyens à l’immigration de masse illustre bien ce grand évitement. Peut-être plus encore qu’en France, elle reste présentée au Canada comme un enrichissement indiscutable, un besoin économique et une obligation morale. Remettre en question la diversité annoncerait le retour du fascisme. Face à une transformation démographique et culturelle extrêmement rapide, mais non consentie, la majeure partie des Québécois et des Canadiens préfère se replier ou détourner le regard plutôt que d’exprimer son malaise, d’en désigner les causes et d’y répondre politiquement.

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On se tient discrètement à distance des quartiers, des écoles ou des lieux publics où les changements sont les plus perceptibles. Les parcs sont désertés par les natifs et investis par des immigrés qui occupent l’espace vacant. Ce mouvement conduit parfois vers les banlieues, les petites villes ou les campagnes, mais celles-ci sont aussi progressivement rattrapées par les mêmes bouleversements. Ici, le refuge devient moins physique que psychologique : sans nécessairement déménager, on se retire dans son foyer, son cercle privé, les écrans et les divertissements. On organise ainsi son existence de manière à réduire au minimum son exposition à la société, tout en continuant d’adhérer extérieurement au discours dominant.

Trump et la fin de l’innocence canadienne

Le paradoxe est que cette société-chalet peut s’imaginer vivre hors de l’Histoire parce que les États-Unis d’Amérique, eux, y restent pleinement engagés. Pendant des décennies, le Canada a pu négliger sa défense, sous-traiter sa sécurité à Washington et jouir d’une tranquillité garantie par la puissance américaine. Dans l’environnement immédiat de l’aigle, il profitait de sa force tout en dénonçant sa brutalité et en se donnant le beau rôle : celui du voisin raisonnable, pacifique et moralement supérieur.

Donald Trump expulse les Canadiens de leur safe space géomental. Ses tarifs douaniers et sa guerre commerciale obligent le pays à réagir, à défendre sa souveraineté et à penser sa place dans le monde autrement qu’en termes moraux et sentimentaux. Le Canada découvre qu’il ne peut pas éternellement vivre dans sa bulle sans tenir compte des intérêts de la Maison-Blanche et des grands enjeux qui traversent le continent.

On prétend que les Canadiens reprochent à Trump son style, ses provocations et ses politiques jugées trop à droite. Mais ils lui pardonnent surtout mal d’avoir rompu le marché tacite qui leur permettait de tirer profit de l’empire américain sans se salir les mains. Après avoir longtemps assuré la quiétude du chalet, les Américains forcent désormais les Canadiens à en sortir.

238 pages

La société-chalet: Chronique du déclin

Prix: 16,91 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 16,91 €

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Léon XIV: le tissage de la paix crée la «civilisation de l’amour»

Dans son discours adressé aux membres du Centre d’études international qui porte son nom, le Pape Léon XIV a salué cet organisme de l’Ordre de Saint-Augustin visant à promouvoir la doctrine sociale de l’Église qui, a-t-il dit, «a beaucoup à offrir» à la «construction d’une civilisation de l’amour». «Le secret réside dans le fait de marcher ensemble, toujours, sans se fermer à la rencontre, même avec ceux qui sont différents et semblent penser, parler ou agir autrement», a-t-il affirmé.

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Le voile, la conscience et l’espace: ce que le droit ne tranche pas

L’avocat franco-algérien Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande mosquée de Paris, prend sa plume et signe une tribune plaintive dans Le Monde où il affirme que «les musulmans de France ne sont pas les hôtes de la République. Ils en sont les citoyens.»


Juillet 1926. Inauguration de la Grande Mosquée de Paris. Devant le sultan Moulay Youssef, spécialement venu du Maroc, Ahmed Skirej, jurisconsulte marocain, prononce le premier prêche du vendredi. À ce moment-là, l’islam en France relève presque de l’exotisme : quelques dizaines de milliers de fidèles, aucune mosquée digne de ce nom, une présence que la société ne voit pas encore.

Pourtant, Skirej ne parle ni de défense, ni de menace, ni de repli. Il souhaite que la nouvelle mosquée serve à répandre le bien « jusqu’à ce que la concorde s’étende entre les musulmans et leurs voisins ». Il lance : « Jouissez de la liberté dans votre religion. » Il définit le croyant comme « celui qui plante l’affection dans le cœur d’autrui et l’arrose de l’eau de l’humanité ». Concorde, liberté, humanité partagée : c’est sur ces mots que l’islam de France a choisi de naître officiellement, alors même que tout restait à construire.

Un siècle plus tard, la même institution a pignon sur rue. Le culte s’est enraciné, les lieux de prière se comptent par milliers, la parole musulmane est libre. Et c’est depuis la Grande Mosquée de Paris que son recteur, Chems-Eddine Hafiz, a pris la plume, le 12 septembre 2026, dans Le Monde[1], pour répondre à la proposition du Rassemblement national d’interdire le voile dans l’espace public.

Socle juridique, le recteur a raison

Sur un point, le recteur a raison : en l’état, le socle juridique français et européen n’impose pas une neutralité vestimentaire des citoyens dans la rue. La loi de 1905 neutralise l’État, pas la société : son article 1er garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes ; son article 27 admet les manifestations extérieures d’un culte, sous réserve d’ordre public.

La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme va dans le même sens. Dans l’arrêt S.A.S. contre France de 2014, elle a validé l’interdiction du voile intégral au nom du « vivre-ensemble », mais elle a toujours refusé une prohibition générale des signes religieux dans l’espace public. Une amende visant le seul hijab, sans révision constitutionnelle solide, se heurterait à l’article 9 de la Convention, au principe d’égalité et très probablement au Conseil constitutionnel.

Là-dessus, le recteur a raison de le dire sans détour : la proposition du Rassemblement national est brutale. Elle est une mesure d’affichage, juridiquement fragile, politiquement ciblée et socialement coûteuse, car elle impliquerait de mobiliser un volume important de forces de l’ordre pour verbaliser les contrevenantes.

Une confusion des registres

L’argument se défait dès que ce socle juridique – exact – est promu au rang de thèse sociologique et de thèse théologique. Il n’est ni l’une ni l’autre. Au fil du texte, plusieurs glissements s’opèrent. La liberté de conscience est assimilée à une forme d’immunité vestimentaire dans la rue. La pratique d’une partie des musulmanes est présentée comme l’affaire « des musulmans » dans leur ensemble. Enfin, une restriction portant sur l’apparence devient un « effacement des consciences».

Les cinq piliers de l’islam sont clairement circonscrits par les textes scripturaires : profession de foi, prière, aumône, jeûne, pèlerinage. Le voile n’en est pas un, et personne, dans le fiqh (jurisprudence islamique) classique, n’en a jamais fait un sixième pilier. Cela ne signifie pas qu’il ne soit « rien » : dans les quatre écoles sunnites, couvrir les cheveux de la femme adulte relève, pour la majorité des juristes, d’une obligation de droit distincte d’un pilier, et discutée jusque dans ses limites.

L’écart est réel : entre l’islam comme religion, la pudeur telle que la prescrit le fiqh, les pratiques effectives des musulmanes de France et l’usage politique que l’islamisme a fait du voile comme étendard. La tribune du recteur mélange ces quatre registres : d’un côté, un « morceau de tissu posé sur les cheveux » ; de l’autre, une atteinte à la citoyenneté musulmane, comme si les deux ne faisaient qu’un.

Les enquêtes disponibles ne confirment pas cette équivalence. Selon l’Ifop – enquête « État des lieux du rapport à l’islam et à l’islamisme des musulmans de France » (novembre 2025), dont la méthodologie peut être discutée, mais dont les ordres de grandeur convergent avec d’autres enquêtes -, une large majorité des musulmanes de France ne portent jamais le voile. À l’inverse, le foulard s’est nettement diffusé chez les plus jeunes : 16 % en 2003, 45 % en 2025 chez les 18-24 ans. Si le foulard était le cœur de la liberté de conscience musulmane, que faudrait-il conclure de la majorité des musulmanes qui ne le portent pas ? Que leur islam est incomplet ? Personne ne le soutient.

Un recteur qui n’argumente pas en recteur

Il y a là une contradiction plus profonde, qui tient à la position même de l’auteur. Un recteur est, par définition, la plus haute autorité d’une institution religieuse – ici, la Mosquée de Paris. On attendrait de lui qu’il éclaire le débat par la tradition juridique de l’islam : ce qu’elle impose, ce qu’elle laisse ouvert, ce qu’elle a déjà révisé ailleurs. On attendrait une lecture de la foi pensée pour la France de 2026. La tribune n’en propose rien.

Présenté comme recteur, il n’argumente pas en recteur. Il ne cite aucun élément de jurisprudence islamique, n’avance aucune approche renouvelée d’un islam vécu en contexte français. Il quitte son propre terrain pour celui de l’histoire de la laïcité. On pourra objecter qu’en répondant à une proposition politique adressée à tous les citoyens, il est normal qu’il argumente en droit plutôt qu’en théologie. Mais c’est précisément là que l’argument est le plus fragile : si le recteur de la Mosquée de Paris n’apporte rien qu’un juriste quelconque n’aurait pu écrire, à quoi sert qu’il soit recteur ?

Skirej, en 1926, parlait à la société française sans cesser de parler en croyant. Cent ans plus tard, l’autorité religieuse se range derrière l’argument juridique – et c’est parce qu’elle s’efface qu’elle peut, ensuite, glisser si aisément d’un registre à l’autre.

Ce que le parc cultuel démontre

La Grande Mosquée de Paris est un monument voté par les députés en 1920, avant que l’islam ne soit un fait social de masse en métropole. Puis le basculement est tardif et rapide : une centaine de lieux de culte dans les années 1970, environ neuf cents vers 1985, un millier et demi en 2000, de l’ordre de deux mille cinq cents aujourd’hui, dont les deux tiers sont des salles de prière et non des mosquées architecturées. L’État de 1905 ne construit ni église ni mosquée ; ce sont les communautés qui édifient, sous statut associatif. Cette expansion n’est pas celle d’un culte étouffé, mais celle d’un culte qui a rattrapé, en quarante ans, un retard réel dans un cadre juridique qui l’y autorisait.

De tout cela se dessine un fait : la République « n’a jamais attaqué la liberté de conscience ». Elle s’oppose à une certaine revendication d’imposer une visibilité vestimentaire en tout lieu. Les restrictions françaises portent presque toujours sur des lieux d’institution – l’école en 2004, les agents publics, l’abaya en 2023 – ou sur une dissimulation du visage en 2010, mais jamais sur l’intériorité. Le recteur le sait lorsqu’il distingue ailleurs le cas des fillettes et de l’école de celui des femmes adultes : la tribune efface une nuance qu’il pratique en d’autres occasions.

Un adversaire reconstruit

Depuis 1989, le débat français sur le voile n’a pas eu pour objet de gouverner les consciences. Il porte sur le caractère genré d’une norme qui prescrit une visibilité différentielle des sexes ; sur le passage du geste pieux à la norme collective, lorsque le voile fonctionne, dans certains espaces, comme signe de respectabilité imposé plutôt que comme choix isolé ; sur l’usage politique du signe.

La loi de 1905 a laissé en place le paysage catholique antérieur, clochers et calvaires compris ; son article 28 interdit les nouveaux emblèmes publics de l’État, non le vêtement du passant. Le malaise contemporain ne vient donc pas d’une laïcité qui aurait « changé selon la religion », comme l’écrit le recteur, mais d’une religion devenue visible après 1905, dans une société sécularisée, avec une normativité sexuée plus affirmée que celle des cultes déjà installés.

L’argument de la pente glissante (demain la kippa, le turban, la croix) a une force juridique certaine ; il a une faiblesse empirique, car la controverse française n’est pas un débat abstrait sur « tout signe religieux », mais un conflit sur cette pratique, cette génération, ces espaces.

1989 : l’étendard et l’omission qui vide l’argument

Depuis l’affaire de Creil, le foulard n’a jamais été seulement un objet de piété ou de droit. Il a été construit comme le marqueur d’un projet, celui d’une mouvance qui avait besoin d’un signe visible, d’un public captif et d’une offre de substitution. L’affaire de 1989 n’est pas née comme une croisade : trois collégiennes, un principal, un emballement médiatique, des familles d’abord prêtes à transiger. C’est l’intervention des cadres de l’ancienne Union des organisations islamiques de France (UOIF, rebaptisée Musulmans de France) qui durcit la séquence.

Gilles Kepel a fixé le diagnostic : 1989 est le moment où le corps des adolescentes devient l’enjeu de la rivalité pour la parole musulmane légitime. Le rapport interministériel de mai 2025 le reformule sans ambages : après Creil, le voile est promu « porte-étendard de la préservation de la religion en contexte sécularisé et laïc ». Ce n’est pas une lecture d’extrême droite ; c’est la logique même d’un islamisme intégraliste, qui rend une norme visible pour négocier ensuite l’espace public à partir de cette visibilité.

Ce qui suit ressemble moins à une série d’accidents qu’à un déplacement méthodique. Une porte se ferme – la classe publique en 2004 – et la revendication se reporte sur le sport, l’université, les sorties scolaires, les piscines. Puis sur l’enseignement confessionnel, où la loi ne s’applique pas. Dès le vote de la loi de 2004, le Comité du 15 mars et Libertés se constitue pour contester la norme scolaire. Autour de la même séquence se structure le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF, dissous en 2020, reconstitué depuis hors de France), qui accomplit une opération plus efficace encore : traduire le conflit du signe en grammaire des droits, des discriminations et de l’« islamophobie ».

Le lien avec l’enseignement confessionnel n’est pas une coïncidence sociologique : le législateur de 2004, en n’appliquant pas la loi au privé, a lui-même ouvert la porte, misant sur des écoles musulmanes alors quasi inexistantes ; vingt ans plus tard, le lycée Averroès à Lille, premier grand lycée musulman à avoir obtenu un contrat d’association avec l’État (contrat résilié par l’État, résiliation annulée par le tribunal administratif de Lille en avril 2025, mais financements publics non rétablis), né en 2003 d’un soutien scolaire adossé à la mouvance frériste, en est devenu la vitrine, et le rapport de 2025 recense aujourd’hui une vingtaine d’établissements rattachés à la branche française des Frères musulmans.

La tribune du recteur reprend les catégories forgées dans ce cycle sans en nommer les auteurs : le couple « hôtes » contre « citoyens », le « morceau de tissu », la liberté qui ne survivrait que par l’assentiment majoritaire, la pente glissante vers la kippa. L’adversaire a changé de nom – aujourd’hui, c’est le Rassemblement national -, la matrice argumentative, elle, demeure. Traiter le foulard comme pure affaire de conscience individuelle, c’est effacer cette généalogie.

Le droit dit le possible, non le dernier mot

Il faut donc rendre au droit sa juste fonction. Le droit dit le possible actuel ; il ne dit ni le souhaitable, ni le vrai sur la nature de la pratique, ni la fin de la discussion démocratique. Il est historiquement contingent, fruit d’un équilibre post-1905 révisable. Il ne qualifie pas le signe : le juge constate seulement que le voile relève, à première vue, de la liberté religieuse, sans dire s’il est accessoire, obligation de fiqh, norme sociale ou marqueur politique.

Utilisé comme bouclier, le rappel juridique transforme une protection contingente en immunité substantielle, et une légalité en argument d’autorité qui interdit le débat.

La tribune superpose donc des plans qui ne se recouvrent pas. La conscience, intérieure et protégée, n’est pas l’occupation visible de l’espace commun, qui se régule. L’islam comme religion – culte, lieux, rites, largement garantis – n’est pas l’islam comme régime de visibilité sexuée. Et les citoyens musulmans ne sont pas les porteuses d’un signe que la majorité d’entre elles ne portent pas.

La France n’a pas entrepris d’effacer les consciences musulmanes : le parc cultuel, la liberté de croire, de prier, de jeûner, de faire le pèlerinage en témoignent.

Ce que le débat interroge, brutalement du côté du Rassemblement national, défensivement du côté de la Mosquée de Paris, c’est le statut d’une pratique qui n’est ni un pilier, ni un simple accessoire, ni le tout de l’islam. On peut juger une interdiction générale dans la rue contraire à la loi de 1905 et à la Convention européenne, et refuser en même temps de transformer toute discussion sur cette visibilité en procès en « hôte de la République ».

Ces deux positions sont compatibles. La tribune n’en retient qu’une. Répondre au Rassemblement national par le droit était nécessaire ; n’y répondre que par le droit laisse dans l’ombre tout ce dont il aurait fallu débattre – et que le recteur, mieux que personne, était en mesure d’éclairer.


[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/12/chems-eddine-hafiz-recteur-de-la-grande-mosquee-de-paris-les-musulmans-de-france-ne-sont-pas-les-hotes-de-la-republique-ils-en-sont-les-citoyens_6771814_3232.html

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L’Europe du déni d’Ursula von der Leyen

La présidente de la Commission européenne a prononcé, mercredi matin, son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen. «Dans un monde fragile comme du verre, la seule souveraineté qui vaille est celle que l’Europe offre aux Européens» a-t-elle notamment déclaré. Que faut-il en retenir?


Le discours qu’Ursula von der Leyen a prononcé le 16 septembre devant le Parlement européen est proprement « négationniste », au sens où la présidente de la Commission nie l’état catastrophique de l’Union, sa faible présence dans les domaines qui compteront demain, le coût délirant de son énergie et le peu d’adhésion des citoyens au projet qu’elle défend.

« C’est une Europe qui assure sa prospérité », affirme-t-elle, alors que le différentiel ne cesse de s’accroître avec les États-Unis et la Chine. Elle prétend préserver « un modèle social unique au monde », alors que la désindustrialisation progresse et que ce modèle devient insoutenable. Quant à « la seule souveraineté qui vaille », celle que « l’Europe offre aux Européens », elle est posée comme une évidence, alors qu’une grande partie des peuples européens ne veut pas d’une souveraineté européenne substituée à la sienne.

Mme von der Leyen prétend réduire les formalités administratives, alors que la Commission est elle-même à l’origine d’une bureaucratisation massive de l’économie. Malgré des prix de l’énergie plusieurs fois supérieurs à ceux des États-Unis ou de la Chine, elle persiste : « L’Europe peut, doit et va maintenir le cap sur ses objectifs climatiques. » La neutralité carbone sera poursuivie, quand bien même elle ruinerait l’industrie et les citoyens européens.

Réglementer ce que l’Europe ne produit plus

Même déni sur l’intelligence artificielle. L’Europe accuse un retard considérable, mais la Commission veut être « à même de façonner la réglementation à l’échelle mondiale ». Faute de dominer les technologies de demain, elle se convainc qu’elle reste une puissance parce qu’elle les réglemente.

Mme von der Leyen se vante du « tout premier règlement sur le logement abordable », alors que la Commission n’a pas de compétence en la matière, pas plus qu’en matière de défense : nouvelle stratégie annoncée, collaboration accrue avec l’OTAN.

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En filigrane, de nouvelles dépenses attendues pour l’Ukraine et, bien entendu, la poursuite de l’élargissement, à commencer par l’Ukraine et la Moldavie, sans se demander si les peuples européens le souhaitent. La Commission le veut. Ainsi soit-il.

Gaza, Ceuta et immigration

Pas un mot critique sur l’Iran et les pays musulmans, dont aucun n’est démocratique. Israël, en revanche, en prend pour son grade, sans une seule mention du 7 octobre. « Les grandes souffrances à Gaza et la violence incontrôlée des colons en Cisjordanie ont profondément affecté les Européens », affirme-t-elle dans une curieuse généralisation. L’Union promet près d’un milliard d’euros (!) pour reconstruire Gaza et soutenir une « Autorité palestinienne moderne », dont on ne voit ni la légitimité ni les contours.

Elle affiche un soutien hypocrite à Ceuta, tout en présentant, contre l’évidence, le pacte sur l’asile et la migration comme une réponse satisfaisante. Elle annonce encore une initiative « compétences et emploi pour la jeunesse méditerranéenne », comprenons celle du Sud de la Méditerranée. Elle réaffirme son attachement à Schengen, sans mentionner le problème que pose la naturalisation de plus d’un demi-million d’immigrés en situation irrégulière en Espagne, qui auront alors accès à cet espace.

Ceuta, Espagne, 31 juillet 2026 © Antonio Sempere/AP/SIPA

Une opposition systématiquement disqualifiée

Mais le plus inquiétant est sans doute que l’opposition à ce projet européen n’est plus décrite comme légitime, mais comme le fait des « relais et des marionnettes des régimes autoritaires ». Ses adversaires deviennent des « ultranationalistes, des anti-européens, les victimes de l’ingérence russe et de la désinformation ». Dans un langage typiquement orwellien, Mme von der Leyen se félicite même des progrès d’un « Centre européen pour la résilience démocratique » !

A relire, du même auteur: Lindsay Clancy: « N’importe laquelle d’entre nous »?

Mme von der Leyen annonce enfin la quasi-interdiction des réseaux sociaux avant quinze ans. L’Europe est en régente : elle se substitue aux parents et décide à la place des citoyens. Mais l’offensive dépasse déjà les mineurs : puisque « la conception addictive n’épargne personne », il faudrait un « cadre plus large avec un règlement sur l’équité numérique » annoncé pour l’automne.

L’avant-garde européenne nous conduira

En résumé, Ursula von der Leyen apparaît déconnectée des préoccupations d’une grande partie des Européens. Son Europe technocratique et bureaucratique avance à marche forcée, refusant toute remise en cause de sa direction.

L’élargissement aura lieu, que les peuples le veuillent ou non. L’agenda climatique sera poursuivi, que l’industrie européenne en meure ou non. L’Europe réglementera, qu’elle enterre sa compétitivité ou non. Le contrôle des réseaux sociaux progressera, qu’il porte atteinte aux libertés ou non. Peu importe. L’élite européenne se comporte de plus en plus comme cette avant-garde marxiste-léniniste qui prétendait connaître le sens de l’Histoire et conduire les peuples vers un avenir radieux. Avec les conséquences que l’on sait. L’« EURSS » mérite plus que jamais son nom !

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Retailleau, Attal : le jour où il faudra choisir

A sept mois de la présidentielle, la gauche aura sa primaire, la droite et le centre auront leurs candidats. Edouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau persistent à jouer leur partition en solo.


Qu’allez-vous faire si… ? Ma question s’adresse à Gabriel Attal et à Bruno Retailleau. Elle concerne aussi Édouard Philippe. La droite et le centre, pour l’instant, sont emplis seulement de la volupté de l’autonomie et de l’indépendance. Édouard Philippe décline, mais reste aujourd’hui celui qui a les meilleures chances d’être au second tour. Gabriel Attal est talentueux et déploie avec beaucoup d’énergie ce que d’aucuns qualifient de simple sens de la communication, condamné à la superficialité. Bruno Retailleau a fait la démonstration du caractère irremplaçable de sa personnalité politique et humaine, mais sur le fond, actuellement, sa radicalité de gouvernement laisse encore l’électeur sur sa faim.

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On pourrait me reprocher de m’attacher à ce trio alors que, par exemple, nous avons eu droit, le 15 septembre sur BFMTV, à une prestation de François Hollande qui, sur le plan international, a développé une vision et une analyse impeccables, crédibles et convaincantes. D’autant plus que, ce même soir, sur La Chaîne parlementaire, une émission et un débat ont montré que, président, il avait sans doute eu, par sa psychologie, son pragmatisme et son refus du moindre affect dans les relations internationales, l’approche la plus efficace pour notre politique étrangère. Et il n’avait pas tremblé face à Poutine ! Malgré l’importance que vont naturellement prendre la vie internationale et ses dangers lors de la campagne de 2027, François Hollande reste, sur beaucoup de sujets essentiels, socialiste, et sa rigueur à l’égard de Jean-Luc Mélenchon ne peut pas tout lui faire pardonner…

Trois ambitions, un problème

Revenons à notre trio, que j’aimerais qualifier de magique.

Alors que la gauche va donner le bel exemple d’une primaire – ils seront cinq à se battre pour être le candidat socialiste en 2027, Philippe Brun ayant été exclu au nom de la défense des droits des femmes -, la droite, entendue au sens large, en sera privée à cause d’Édouard Philippe. On peut regretter le manque de courage de ce dernier : s’il avait remporté cette joute collective, il en aurait tiré une formidable légitimité, qui lui manque aujourd’hui. Exit donc la primaire.

La hantise Mélenchon

Sans contester la possibilité de bouleversements — sondages et argumentations compris —, François Hollande imagine une décantation en décembre, et plus encore en février 2027. Il est possible qu’alors Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne soient pas forcément plus avancés dans leur campagne et qu’à un certain moment ils soient contraints de s’interroger. L’électeur désireux de voter pour la droite ou le centre, obsédé par la hantise d’un Jean-Luc Mélenchon au second tour et doutant fortement de la fiabilité du couple politique Le Pen-Bardella pour diriger la France et lui garantir une place respectable dans le monde, quel choix pourra-t-il faire si la configuration actuelle demeure la même ?

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Face à ce constat, Bruno Retailleau et Gabriel Attal — et je pourrais y inclure tous les candidats appartenant globalement à cette mouvance politique et persuadés de pouvoir faire cavalier seul — pourront-ils faire autrement que d’appeler à voter, par responsabilité et souci de sauvegarde démocratique, pour Édouard Philippe si celui-ci est toujours, au moment clé, en meilleure position que les autres ? Sans enthousiasme, mais par devoir républicain. C’est pourquoi je leur pose cette question : qu’allez-vous faire si… ?

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September 17, 2026

🎙️ Podcast: Guerre au Moyen-Orient: et le gagnant est… la Chine !

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


En pensant aux élections de mi-mandat en novembre, Donald Trump cherche à stabiliser le prix du pétrole sans perdre la face par rapport à la situation dans le détroit d’Ormuz. Les Houthis viennent troubler ses projets en mettant en péril les livraisons de pétrole par l’Arabie saoudite. Le refus de Trump de venir en aide aux Saoudiens sape encore la fiabilité des Etats-Unis comme allié.

De quelle manière le président américain peut-il prétendre avoir remporté une victoire au Moyen-Orient ? Quelle est la définition d’une victoire militaire aujourd’hui ? Sûrement pas la même que dans le passé où très souvent il y avait un vainqueur, qui exigeait des concessions, et un vaincu qui devait céder. Dans le conflit iranien, les deux camps ne cessent de crier victoire. Pourtant, le vrai gagnant, c’est une puissance non-belligérante : la Chine. Tout ce qui affaiblit le prestige et la crédibilité des Américains sur la scène géopolitique renforce les Chinois. Non que ces derniers cherchent à remplacer les Etats-Unis dans le rôle de gendarme du monde; la Chine étend son influence et augmente son territoire. Elle avance ses pions sans coup férir.

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Sous Xi Jinping, le régime communiste a déjà avalé Hong Kong et le Tibet. Lors des récentes inondations catastrophiques au Népal, les médias internationaux ont parlé des effets du désastre côté tibétain, comme si le Tibet était toujours un Etat indépendant, ce qui n’est absolument pas le cas. Xi compte également absorber Taïwan sans combattre, en démoralisant sa population et sa classe politique pour que l’unification avec le continent leur semble inévitable. A cette fin, il doit maintenir la pression par la menace constante d’une invasion militaire imminente. La campagne américaine au Moyen-Orient, en drainant des ressources militaires dont le rôle, jusqu’alors, consistait à contenir la Chine en Asie orientale, a affaibli la position de Taipei. Seul bémol pour Xi, le Japon de Sanae Takaichi se montre plus apte que les gouvernements précédents à faire face à l’expansionnisme chinois dans la région.

Harold Hyman partage avec nous ses impressions d’une récente visite en Pologne. Les milieux de la sécurité, de la défense et du renseignement, sont préoccupés par la menace d’une possible attaque russe sous forme d’essaims de drones pilotés par l’IA. Ayant une petite frontière avec la Russie, à Kaliningrad, mais aussi une frontière longue avec la Biélorussie, les Polonais restent sur le qui-vive et considèrent que le duo franco-allemand, autrefois considéré comme le moteur de l’Europe, y compris sur le plan de la défense, n’est plus de bon conseil. En s’armant, la Pologne n’hésite pas à acheter américain. L’Occident tend à se diviser, pendant que l’influence de la Chine s’infiltre partout. Ecoutez 👇

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Bosnie: les évêques lancent un appel avant les élections

La Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine a publié lundi 17 septembre un appel aux fidèles, afin qu'ils se mobilisent et assument la responsabilité que représente le vote, en vue des élections générales prévues en octobre en Bosnie-Herzégovine.

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Bambino Gesù, classé au 4e rang parmi les meilleurs hôpitaux pédiatriques

Dans la catégorie «Pédiatrie» du classement World’s Best Specialized Hospitals 2027 établi par Newsweek et Statista, l’hôpital du Saint-Siège gagne deux places et conserve sa première place en Europe. L’oncologie est rejointe par la néonatologie parmi les spécialités d’excellence particulière. Pour son président Tiziano Onesti: «Ce résultat est le fruit de notre engagement à traduire chaque progrès en des possibilités de soins meilleures et plus accessibles pour nos enfants.»

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Anatomie d’une emprise mondiale: quand la drogue écrit l’Histoire

Dans une époque saturée d’analyses superficielles sur le narcotrafic (souvent cantonné aux faits divers de la rubrique « Société » et aux règlements de comptes de la DZ Mafia et autres), le dernier ouvrage de Benjamin Sire, La drogue au pouvoir, surgit comme un coup d’éclat salutaire.

Cinq siècles de défonce d’État

Le journaliste et essayiste y livre une enquête monumentale, ambitieuse et rigoureusement documentée, qui déplace radicalement notre regard. On comprend que la drogue n’est pas un simple enjeu de sécurité publique ou de santé mentale : elle est le moteur clandestin, mais décisif, des grandes transformations géopolitiques de l’ère moderne.

Dès les premières pages, Sire impose une grille de lecture ambitieuse en embrassant une perspective historique de cinq siècles. L’auteur remonte aux guerres de l’opium britanniques qui ont humilié la Chine au XIXe siècle pour mieux éclairer les ravages contemporains du fentanyl aux États-Unis ou la prolifération stratégique du captagon au Moyen-Orient. À travers cette fresque vertigineuse, il démontre comment les psychotropes sont passés du statut de marchandises coloniales à celui d’armes de déstabilisation massive et d’instruments d’hégémonie économique.

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Les dessous poudrés de la diplomatie

Ce qui est bluffant dans l’essai de Benjamin Sire, c’est sa capacité à mettre à nu l’hypocrisie des États. Loin d’une vision manichéenne opposant de vertueux gouvernements à des cartels sanguinaires, le livre décortique l’interdépendance cynique entre la haute politique et le crime organisé. Financement de guerres secrètes, diplomatie du chiffre d’affaires, complicités institutionnelles et blanchiment à grande échelle : la frontière s’avère poreuse, voire inexistante. La drogue apparaît ici comme le carburant occulte d’une mondialisation sauvage, où la quête de pouvoir instrumentalise la dépendance des peuples.

La force de l’ouvrage tient également à la qualité de sa plume. Journaliste aguerri, Benjamin Sire évite le piège du jargon académique trop lourd comme celui du sensationnalisme. Son style est incisif, soutenu par une narration efficace qui maîtrise le sens du détail historique tout en maintenant un rythme quasi romanesque. Sire parvient à condenser une matière analytique dense sans jamais perdre son lecteur, tissant des liens entre la finance internationale, les services de renseignement et les réseaux de distribution.

En publiant ce récit le journaliste propose bien plus qu’un simple essai de géopolitique : il offre un véritable manuel de lucidité. La drogue au pouvoir s’impose d’ores et déjà comme une lecture incontournable pour quiconque cherche à comprendre les dessous sombres du monde contemporain. Un essai percutant et indispensable qui confirme le talent d’observateur éclairé de Benjamin Sire.

264 pages.

La drogue au pouvoir: Cinq siècles de relations incestueuses entre drogue et géopolitique

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Baptême, écoute et gouvernance au cœur du synode européen

La réunion synodale européenne qui s'est tenue à Wels, en Autriche, a identifié le baptême, l'écoute, les relations et une nouvelle culture de la gouvernance comme des domaines clés pour l'avenir de l'Église. En clôture du symposium qui s'achève ce jeudi 17 septembre, la directrice de la conférence, Klara Csiszar, a proposé la création d'un «Forum ecclésial européen pour interpréter les signes des temps».

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La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Cet ouvrage fait passer les pédagogistes et autres adeptes de méthode Montessori pour de poussiéreux réactionnaires. Le Journal de Kostia Riabtsev témoigne d’une courte période, délirante et méconnue, durant laquelle la Russie soviétique, à peine pansée de sa guerre civile, a tenté de mettre sur pied un homme nouveau – avec trois bouts de ficelle et le ventre vide – dès les bancs de l’école.

Nikolaï Ogniov (1888-1939) connaît son sujet, il a passé sa vie d’écrivain et de pédagogue à tenter de résoudre les problèmes de l’éducation en général et ceux des adolescents en particulier. Pour ce « journal », il prête sa plume au jeune Kostia, 15 ans, qui fait sa rentrée scolaire à Moscou à la mi-septembre 1923. On découvre avec lui l’introduction du plan Dalton, du nom de l’un des psychologues occidentaux à qui les bolcheviks font encore confiance pour révolutionner leur système éducatif. Et comme la révolution passe d’abord par les mots, on ne dit plus « classe », mais « laboratoire », et à chacun d’eux est attribué un chkrabe (professeur) ; les pupitres individuels sont supprimés pour laisser place à des tables communes, et les élèves doivent partager leurs livres dans « une armoire où chacun se servira. C’est bien beau, mais en attendant il n’y a pas d’armoires. » Suivant ce plan Dalton, on abandonne aussi les cours quotidiens pour un programme mensuel qui fixe des objectifs à atteindre. Libre à chaque écolier de travailler à son rythme et où bon lui semble, à l’étude ou chez lui. Un contrôle sanctionne ensuite les « connaissances » ainsi acquises. Parallèlement à ce travail d’étude, on trouve des tâches d’animation culturelle et politique exécutées par de jeunes camarades nommés ou élus, ainsi que l’organisation de manifestations commémoratives et sportives. Dès le mois d’octobre, ce plan Dalton « tourne au vinaigre », professeurs et élèves n’y comprennent plus rien – on a vite fait de se dire que « ce lord Dalton est un bourgeois qui mange du foie gras et du fromage de tête ». L’anarchie s’installe, mais on lui trouve un nom : l’autogestion. Les chkrabes qui s’y opposent sont accusés de défendre l’ordre ancien et les élèves prennent les choses en main : ils ne se lèvent plus à l’entrée des professeurs, refusent de les saluer s’ils n’en ont pas envie dans la cour, gardent leur casquette en classe, choisissent leurs matières… et l’idéologie politique empoisonne le reste – création de ligues, de comités, de journaux et nominations des chefs qui vont avec. Tout cela dans une certaine joyeuseté. À quoi s’ajoutent les remous de la vie adolescente, avec ses tentations, ses amours et ses provocations. L’annonce de la création de « l’institut d’Hystérie », permettant aux filles d’obtenir « un diplôme de mijaurée supérieure », crée quelques remous dans cet établissement évidemment mixte.

Mais le décor en toile de fond reste bien visible : le chaos et la désolation d’un pays détruit. Certains de ces ados trafiquent gnole, cigarettes et cocaïne. On vole, on joue aux cartes, on se castagne.

Le journal de cette année scolaire 1923-1924 raconte la fiévreuse jeunesse du communisme, mais ne prédit pas l’arrivée imminente du camarade Staline.


Journal de Kostia Riabtsev, Nikolaï Ogniov, Éditions L’Âge d’Homme, 1992.

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Côte d’Ivoire: l’Éducation catholique appelée à restaurer la confiance

L’Éducation catholique de Côte d’Ivoire a procédé, lundi 14 septembre, au lancement officiel de l’année scolaire 2026-2027 au cours d’une cérémonie dans l'archidiocèse d'Abidjan. À cette occasion, le père Félicien Guessé, secrétaire exécutif national de l’Éducation catholique nationale, a exhorté l’ensemble de la communauté éducative ivoirienne à faire de la confiance et de la communion les fondements d’une école davantage tournée vers l’excellence et la formation intégrale de la personne.

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Le «divorce» de Paul Verlaine

Ils avaient disparu depuis plus d’un demi-siècle. Ils ont été retrouvés récemment lors d’une vente aux enchères: les documents originaux relatifs à la séparation des époux Verlaine et où apparaît l’ombre de Rimbaud sont exposés au Grand Palais par la Librairie de Proyart, lors de la foire Fine Arts de Paris.


On les croyait égarées, perdues à jamais, ces pages manuscrites rédigées par un greffier et relatant tous les griefs avancés par la plaignante, Mathilde Mauté-Verlaine, lors du procès en séparation intenté au poète Verlaine. Ils établissent des faits, rien que des faits, impardonnables, reprochés à l’époux fautif.

Mathilde Mauté avait quelque sujet à se plaindre de la brutalité inouïe de son mari. Sous l’emprise de l’alcool, de l’absinthe, il en était venu à saisir et à jeter violemment leur nourrisson sur un lit, à tenter d’étrangler sa compagne, de mettre le feu à sa chevelure, à la frapper avec une rage indicible.

Marié depuis le 11 septembre 1870, père depuis le 30 octobre 1871, Paul Verlaine venait de rencontrer Arthur Rimbaud.  Avec lui, il découvrait l’ivresse du génie et celle d’une sexualité débridée. Subitement lui sautaient aux yeux l’étroitesse de la vie conjugale, la médiocrité de son statut de fonctionnaire. Et devant la pauvre Mathilde surgissaient l’extrême violence d’un mari de trente ans rendu fou par l’alcool, la révélation de sa nature authentique et ses « relations infâmes » avec un adolescent de la « plus monstrueuse immoralité ».

Depuis la Restauration, on ne divorçait plus en France, et cela perdurera durant les premiers temps de cette Troisième République si conventionnelle, construite sur le mensonge et le déni de ce qui avait fait la gloire du Second Empire.

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En octobre 1872, Mathilde Mauté-Verlaine ne pouvait que demander une bien légitime séparation de corps, en soulignant l’ivrognerie de son époux, ses violences et ses « relations monstrueuses » découvertes à travers sa correspondance avec Rimbaud. Verlaine, absent, établi tout d’abord à Bruxelles, puis à Londres, enfin emprisonné en Belgique, déclare, lui, ne voir là que des calomnies de la part d’une femme jalouse. Ce sont cependant les griefs de cette dernière qui sont consignés là, en onze points, et qui conduiront à la décision du 24 avril 1874 accordant la séparation.

Depuis le milieu du XIXe siècle, les tribunaux français ne conservent plus que les jugements émis par les magistrats, lesquels jugements sont versés aux archives de la justice civile. En revanche, la multitude des documents qui ont conduit à ces jugements, faute de place, n’est plus retenue par les administrations. Ceux qui ont étayé le procès intenté par Mathilde Verlaine contre Paul Verlaine resteront en possession de l’avoué de la plaignante, celui de la famille Mauté qui faisait corps avec elle.

C’était, c’est un document très détaillé et de première importance pour la postérité où se lit en filigrane l’une des pages les plus puissantes et les plus dramatiques de l’histoire littéraire. Car derrière les faits précis établis par la justice, les coups portés par Verlaine, ses débauches, son alcoolisme, sa fuite à Bruxelles, sa « trahison » de Quiévrain, se dessine la passion née entre Verlaine et Rimbaud, passion destructrice pour les deux hommes, mais révolutionnaire  pour les deux poètes. Sous l’apparence de l’ange corrupteur, Rimbaud d’ailleurs y est cité cinq fois.

C’est là aussi que l’on découvre l’abîme vertigineux qui s’ouvre entre le génie artistique et la société civile, entre ces hommes de loi à l’univers propret et étriqué et les artistes prodigieux qu’ils ont côtoyés sans même s’en rendre compte un seul instant. Le pauvre avocat de Mathilde, la retraite venue, ne trouvera pas mieux que de détruire l’ensemble de ses archives, lesquelles contenaient des lettres de Verlaine. Dans sa médiocrité petite bourgeoise, il n’avait su mesurer l’immensité de l’adversaire, il ne pouvait soupçonner qu’il avait, de loin, côtoyé un génie… même si c’était décidemment sous son aspect le plus détestable.

Comment ces papiers qui ont servi au procès ont-ils pu se retrouver dans les mains d’un imprimeur, Georges-Emmanuel Lang, qui lui mesure parfaitement la stature du poète et l’intérêt des documents ? Probablement les a-t-il récupérés de celles de l’avocat. Georges Verlaine, le fils si malmené de Paul Verlaine, poinçonneur à la station Villiers du métropolitain, étant vivant et défendant la mémoire de ce père qu’il n’avait quasiment jamais vu, Lang, si conscient de leur valeur historique, ne peut rien faire d’autre que de les éditer en 1922 de façon toute confidentielle (25 exemplaires) sous le titre Le Divorce de Paul Verlaine. Il y ajoute les deux pages du jugement du 24 avril 1884.

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Bien avant sa disparition en 1947 et alors qu’il a dû se réfugier en Suisse durant l’occupation nazie, les pièces manuscrites sont passées chez un libraire renommé, Maggs Bross, puis, dès 1937, chez un bibliophile raffiné, l’endocrinologue Marcel Zara, un résistant qui sera déporté durant la Guerre de 39/45 et qui s’est éteint en 1974, laissant ses collections à ses héritiers.

Un coin de table, tableau d’Henri Fantin-Latour. A gauche, Paul Verlaine et Arthur Rimbaud. DR.

Ainsi le manuscrit demeure-t-il assoupi autant qu’introuvable durant plus d’un demi-siècle, jusqu’à ce que lesdits héritiers dispersent ouvrages précieux et écrits rares lors d’une vente aux enchères à l’Hôtel Drouot en mars 2026. Très mal expertisés, mal répertoriés, mal référencés, les documents qui ont conduit à la séparation des époux Verlaine se sont vendus sans même qu’on y prête attention. Pas même l’envoyé fort négligent dépêché par la Bibliothèque nationale et qui aurait pu les préempter.  Mais il en va ainsi dans un pays où, à tous les échelons de l’Etat et du pays, l’incompétence est aujourd’hui si bien partagée.

Spécialiste d’ouvrages rares et précieux, Jean-Baptiste de Proyart, lui, aura le flair et l’attention que tant d’autres n’ont pas eus autour de lui. La prise est royale. Et aujourd’hui, Jean-Baptiste et Théophile de Proyart peuvent présenter aux acquéreurs, aux curieux et aux passionnés ces émouvants documents manuscrits enfin tirés de l’oubli.  Et cela sous les verrières immenses du Grand Palais, lors de la foire Fine Arts Paris qui s’y déroule du 18 au 23 septembre 2026.   


Librairie de Proyart – Stand S 37.
Grand Palais. Fine Arts Paris. Du 18 au 23 septembre.
finearts-paris.com

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Les infos de L'Œuvre d'Orient - 17 septembre 2026

La Fête de la Croix, une tradition toujours vivante en Orient .

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Renforcer le lien entre le diocèse de Rome et son évêque Léon XIV

Une Église toujours plus proche des gens et capable de se tourner vers les réalités de la ville. Telle est la direction indiquée par le cardinal Baldo Reina, vicaire de Rome à la veille de l’assemblée diocésaine présidée par Léon XIV, qui marque l’ouverture de la nouvelle année pastorale. «Nous avons fait de nombreux progrès qui doivent être renforcés et consolidés. À Rome, les situations d’urgence sont nombreuses: on ne meurt pas de faim, mais on peut mourir de solitude. On a besoin de Dieu.»

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Les évêques uruguayens à Rome, avant Léon XIV en Uruguay

Du 14 au 19 septembre, les évêques uruguayens présentent à Rome les défis de l’évangélisation, les espoirs de leurs communautés et la réalité d’une Église qui cherche à annoncer le Christ dans une société sécularisée. La rencontre avec Léon XIV revêt une signification particulière à la veille de la prochaine visite du Pape en Uruguay.

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Médias: diabolisation et «reductio ad hitlerum» à tous les étages

Le nouveau catéchisme médiatique a trouvé son mot magique: «confusionnisme», observe Didier Desrimais. Avec Johann Chapoutot en chef de gare du point Godwin, le débat public ressemble de plus en plus à une chasse aux sorcières. Et après cette rentrée surréaliste dans nos médias, il est à craindre que le pluralisme finisse au musée des curiosités, entre la liberté d’expression et les dinosaures, bien avant le premier tour de l’élection présidentielle.


« Médias : le pluralisme sert-il l’extrême droite ? » interrogeait sur deux longues pages Libération le 7 septembre. Pour répondre à cette question qui n’en est pas une, les auteurs de l’article citent plusieurs travaux censés montrer une « montée en visibilité de l’extrême droite dans les médias », entre autres une étude issue d’une thèse encadrée par l’économiste (épouse de Thomas Piketty et fervente mélenchoniste, omet de rappeler Libé) Julia Cagé, et un livre de Philippe Corcuff intitulé La Grande Confusion. Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées. Professeur à Sciences Po Lyon, M. Corcuff a milité au PS, puis chez les Verts, à la LCR et au NPA. Ce militant de l’ultra-gauche libertaire souhaite, écrit-il, « réinventer une gauche bariolée, polyphonique et pluraliste, cosmopolite, laïque, anticapitaliste, écologiste, intersectionnelle, décolonisatrice, pluriculturelle, soucieuse des individualités et queer » – n’en jetez plus, la coupe woke est pleine. Pour ce faire, M. Corcuff propose de sortir du « brouillard » politico-médiatique, c’est-à-dire d’un « confusionnisme » alimenté par des thématiques sécuritaires, identitaires et culturelles chères à l’extrême droite et malheureusement relayées par les médias et les partis de tous bords, selon lui. Libération précise que cette thèse invitant grossièrement à la suppression de certaines opinions et de certains sujets dans l’espace médiatique a été reprise par Sylvain Bourmeau dans son opuscule accusatoire, Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite (Voir à ce propos mon article du 11 septembre sur la rentrée des médias). Les journalistes de Libération ont également fait appel à Alexis Lévrier. Dans une tribune parue dans Le Monde (11 mai 2022), cet historien des médias, anti-Bolloré compulsif, avait déjà cru constater une surreprésentation médiatique qui ne sautait pas aux yeux, celle des idées d’extrême droite. D’après lui, « les journalistes de la droite radicale ont réussi à imposer un vocabulaire, des idées et un imaginaire xénophobes », raison pour laquelle il réclame à cor et à cri depuis des mois la fermeture de CNews et est, bien entendu, vent debout contre l’arrivée de Charles Sapin sur France Inter. La bête immonde est dans la place, dit en substance M. Lévrier sur son compte X, et la radio publique serait gangrenée par le « projet ethno-religieux » d’un des partenaires financiers de Valeurs actuelles, Pierre-Édouard Stérin en l’occurrence. Enfin, histoire de donner l’impression d’équilibrer le débat, les auteurs de l’article rapportent les propos de Marcel Gauchet. Le philosophe réfute l’idée de « cordon sanitaire » dans les médias – mais peut-on croire un homme « qui est passé de l’autre côté de la barrière » et est « désormais classé chez les réactionnaires pour sa propension à épouser certains thèses conservatrices » ? Les journalistes de Libération semblent fortement en douter.

Au loup!

Le lendemain de l’éditorial politique de Patrick Cohen sur France Inter au cours duquel, suite à l’affaire des policiers municipaux de Carcassonne, le journaliste a accablé de tous les maux racistes, homophobes et misogynes les représentants et les électeurs du RN, Thomas Legrand s’est fendu d’une chronique du même acabit dans Libération. Remâchant les mêmes obsessions que son confrère, il a profité de l’aubaine pour crier lui aussi au loup fasciste et au retour des heures sombres. Aucun média n’échappe à sa vindicte, puisque, selon lui, avant d’être dessillés par l’affaire de Carcassonne, tous avaient « oublié la réalité de ce que charrie l’extrême droite Â» et ont « accompagné le ripolinage de façade et de “normalisationâ€� du RN Â» en acceptant de croire les mensonges dissimulateurs d’un parti cachant « des personnes racistes, antisémites, homophobes, complotistes, admirateurs de dictateurs, nostalgiques de la collaboration quand ce n’est pas du nazisme ». Heureusement, se console-t-il, quelques médias ont sauvé l’honneur : Libération, Le Monde, Mediapart, Le Nouvel Obs, la presse régionale et l’audiovisuel public ont « fait le travail qui consiste à décoller le papier peint de la normalisation Â». Encore que, pour l’audiovisuel public, les choses se gâtent depuis que France Inter a octroyé trois minutes d’antenne hebdomadaires à Charles Sapin : « L’audiovisuel public résistait bien jusque-là. Aujourd’hui, il réduit l’espace et les moyens de l’investigation et ouvre ses ondes à des éditorialistes qui vont servir une prose acceptable, bien plus modérée que ce qu’il y a en réalité dans leurs journaux. Â» La radio publique en prend pour son grade. Il n’est pas impossible, toutefois, que nous ayons affaire ici à un vulgaire règlement de comptes. Rappelons en effet que, suite aux révélations de L’Incorrect – l’enregistrement d’une conversation compromettante entre deux journalistes du service public et deux pontes du PS – la direction de France Inter a décidé de se passer définitivement des services de M. Legrand.

Après la Société des journalistes de France Inter, ce sont les représentants du Syndicat national des journalistes, de la CGT et de la CFDT de France Télévisions qui demandent l’éviction de Charles Sapin. Ce dernier débat en effet avec Rokhaya Diallo sur Franceinfo TV, durant une dizaine de minutes, tous les dimanches soir. Observons qu’aucun syndicat n’a remis en cause la présence dans l’audiovisuel public de cette militante racialiste proche des indigénistes et ne ratant jamais une occasion d’incriminer la France. Ni d’ailleurs les interventions récurrentes de Salomé Saqué et Paloma Moritz, deux militantes écologistes officiant également pour le média d’extrême gauche Blast ; ou de Laure Adler, désormais chroniqueuse pour Les Inrocks, propriété du banquier Matthieu Pigasse, co-actionnaire de Mediawan, la société productrice des émissions C à vous et C dans l’air sur France 5. Notons également que, s’il est reproché à Pierre-Édouard Stérin de mettre ses médias au service d’un agenda politique conservateur, personne n’accuse M. Pigasse de mettre les siens au service d’un agenda politique d’extrême gauche, ce dont il se vante pourtant régulièrement, sachant pertinemment qu’il n’a rien à redouter de syndicats partageant ses idées et faisant la pluie et le beau temps dans les médias. Quant aux journalistes et chroniqueurs ayant travaillé ou travaillant pour Libération, on ne les compte plus dans l’audiovisuel public, mais visiblement cela ne pose aucun problème. En revanche, Alexandre Devecchio, Eugénie Bastié, Nathan Devers et Paul Melun ont eu à essuyer les foudres des puissants syndicats de gauche de l’audiovisuel public ne supportant pas de voir débarquer dans ce qu’ils pensent être leur pré carré des journalistes du Figaro ou d’anciens chroniqueurs de CNews et d’Europe 1. Ces syndicats ont oublié, semble-t-il, une chose : l’audiovisuel public ne leur appartient pas ; il est la propriété des Français qui paient pour que toutes les opinions et toutes les tendances politiques puissent s’exprimer, et qui ne supportent plus, pour une majorité d’entre eux, d’être insultés et vilipendés à longueur de journée sur les ondes et les écrans du service public.

People terrorisés par de vagues gazettes

En URSS, on les appelait les artistes officiels. Si certains participèrent volontairement à la propagande soviétique, beaucoup furent enrôlés de force. Tous devinrent des figures officielles du régime et signèrent, bon gré, mal gré, moult lettres dénonçant et condamnant les dissidents ou supposés tels. Aujourd’hui, en France, nul besoin de menaces pour embrigader les artistes et les transformer en gardes-chiourme. Ils sont tous de gauche, ils sont tous progressistes, ils se disent tous démocrates, pluralistes, ouverts et tolérants. Ils ont ces mots-là à la bouche ; ce sont des sucres d’orge qu’ils sucent avec délectation, la langue excitée, les lèvres humides au moment de signer les lettres de délation – car ils sont coutumiers du fait. La dernière d’entre elles est récemment parue dans Le Parisien ; elle est adressée à la direction de France Inter pour lui enjoindre de congédier Charles Sapin. Trois cents argousins de la Police de la pensée l’ont paraphée. Il y a des acteurs, entre autres Denis Podalydès, Josiane Balasko et Ariane Ascaride. Certains, parmi eux, ont joué ou mis en scène Cyrano ; ils ont oublié : Â« Avoir une peau qui, plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ? Exécuter des tours de souplesse dorsale ? Non, Merci ! […] Calculer, avoir peur, être blême, préférer faire une visite qu’un poème, rédiger des placets, se faire présenter ? Non, merci ! non, merci ! non, merci ! » Les voilà terrorisés par de vagues gazettes, se disant sans cesse : « Oh, pourvu que je sois dans les petits papiers du Monde et du Parisien. Â» Après avoir compulsé la liste des indicateurs et s’être réjouie d’y retrouver tout le ban et l’arrière-ban du monde des arts et du mouchardage, la commissaire politique Annie Ernaux, prix Nobel de Filature, a apposé son tampon rouge sur la lettre de cachet. « Autant dire que l’affaire est bien engagée Â», ont probablement pensé Virginie Despentes et tous les cognes du petit monde littéraire, signataires de la sinistre missive. S’il fallait montrer la bêtise panurgique qui a présidé à cet appel à la censure, qu’il nous suffise d’ajouter que l’égyptologue Lilian Thuram, figure emblématique de l’antiracisme pour les nuls, s’est joint au troupeau bêlant. Point besoin de chien de berger pour regrouper ces moutons-là : une odeur malsaine de curée, la certitude d’un combat gagné d’avance, prélude d’une admiration mutuelle, suffisent à rassembler ces hargneux de théâtre, rebelles côté cour, bétail ruminant sottement les mêmes délires côté jardin.    

Parmi les signataires, il y a également l’historien Johann Chapoutot. Impossible pour lui de passer à côté d’une tribune subodorant la résurgence des heures les plus noires dans le journalisme français et interrogeant « les limites admissibles du pluralisme dans le débat public Â». Invité permanent de l’audiovisuel public, de l’Institut de la Boétie de Jean-Luc Mélenchon, de Blast et de Mediapart, ce professeur à la Sorbonne voit en effet des nazis partout. Il ne manie pas le point Godwin ; il EST le point Godwin incarné. Le Pen, Zemmour ou Retailleau ne sont à ses yeux que des surgeons du IIIe Reich. Sur France Culture, l’universitaire n’a pas hésité à comparer Vincent Bolloré à Alfred Hugenberg, le patron de presse antisémite qui contribua à la propagande nazie. Dans un livre qui connut un certain succès, Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui, M. Chapoutot est parvenu, à force de contorsions intellectuelles ahurissantes, à établir un pont idéologique entre le management contemporain et l’organisation industrielle des nazis. Le 11 septembre, sur France Inter, interviewée par Eva Roque – également journaliste à Libération, soit dit en passant – il a tout bonnement comparé l’éventuelle victoire du RN en 2027 à l’accession des nazis au pouvoir en Allemagne en 1933. Charles Sapin ? Pour Chapoutot, il n’est sûrement qu’un avatar de Goebbels. La reductio ad hitlerum n’a plus de limites…

Moralisme nouveau

Confrontée à la réalité, en l’occurrence à l’absence avérée de pluralisme dans certains médias, la caste politico-médiatique ne nie plus le réel : elle justifie cette absence en accusant le pluralisme d’entretenir la confusion et de faire ainsi le jeu du mal absolu, de méchantes gens censées être racistes, fascistes ou carrément nazies. Un moralisme nouveau interdit à ceux qui s’opposent à l’orthodoxie de prendre la parole. Une morale bornée, intransigeante et inquisitoriale, supplante le débat politique, réduit l’affrontement des idées à un combat entre le bien et le mal, met à l’index les hérétiques qui la contestent. Ce n’est pas nouveau. On se souviendra du sort réservé, en 1993, au sociologue Paul Yonnet, le premier à avoir analysé en profondeur les raisons cyniques et les conséquences désastreuses de la création de SOS Racisme, association qui est à l’origine de tout ce dont nous parlons ici : prêche moralisateur et culpabilisant en lieu et place du débat politique, diabolisation de l’adversaire, censure au nom de l’antiracisme, réquisitoire antifasciste factice, etc. Avant même que son essai ne sorte, l’auteur de Voyage au centre du malaise français fut attaqué par une caste journalistique qui, pour les détruire, lui et son livre, n’eut qu’un seul « argument Â» à la bouche : Yonnet flirte avec les thèses les plus nauséabondes. « Yonnet rejoint les thèses du Front national Â», écrira, toujours aussi inspiré, Laurent Joffrin, alors directeur du Nouvel Observateur. Dans Libération, Robert Maggiori pensera avoir débusqué un « idéologue de l’extrême droite Â». L’inénarrable Maurice Szafran, dans Marianne, considèrera que « M. Yonnet tombe à pieds joints dans toutes les idées reçues du lepénisme et de l’idéologie réactionnaire la plus rétrograde Â». Jean-Paul Enthoven, dans Le Point, l’accusera d’alimenter une « curieuse nostalgie d’une francité de belle souche Â» et, entre les lignes, d’antisémitisme. Deux ans après cette cabale, Paul Yonnet écrit à Pierre Nora : « Je ne me reproche qu’une seule chose : d’avoir sous-estimé la formation d’un véritable système d’intimidation et de coercition médiatico-politique. […] La révérence faite aujourd’hui à la démocratie représentative sert de masque à la montée en puissance de pulsions répressives ; aujourd’hui, l’incantation démocratique signifie souvent : si vous n’êtes pas d’accord avec moi, je ferai tout pour vous interdire de parler[1]. Â»

Trente ans plus tard, tandis qu’une large partie de la population se détourne ou se méfie de plus en plus de lui, le système d’intimidation et de coercition médiatico-politique met les bouchées doubles. Sur France Inter, pas un jour ne se passe sans sermon européiste, sans harangue contre « l’extrême droite Â», sans prédication écologiste, sans prêche woke, le tout au milieu des ricanements de curés travestis en trublions.

Le dogme, rien que le dogme : ce mercredi 16 septembre, les instances syndicales et torquemadesques de la radio publique encouragent le personnel à faire à nouveau grève si l’hérétique Charles Sapin n’est pas viré manu militari. Pour remplacer ce dernier, ces mêmes instances auraient d’ores et déjà proposé, paraît-il, le nom d’un journaliste scrupuleux, impartial, intègre, exempt de toute compromission politique : un certain et mystérieux Thomas L. 

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[1] Paul Yonnet, Voyage au centre du malaise français. L’antiracisme et la roman national, 2022, Éditions de l’Artilleur. Les citations rapportées sont extraites de l’excellente post-face d’Éric Conan.

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Philippe Brun: condamné sans procès

Les socialistes pratiquent la Terreur! Suspendu et écarté de la primaire après les accusations d’une ancienne collaboratrice, le député de l’Eure dénonce une manipulation visant à le «tuer politiquement».


Le député Philippe Brun est suspendu de son parti et de la primaire. Que lui reproche-t-on ? Personne n’en sait rien, lui non plus. C’est grave. L’habeas corpus, c’est-à-dire le fondement de l’État de droit, signifie qu’on ne peut pas vous condamner sans vous dire pourquoi et sans vous entendre. Le contradictoire est au cœur de la justice démocratique. Le PS prétend jouer la comédie de la démocratie avec sa fameuse primaire, mais pratique un arbitraire décomplexé. Ça me fait peur.

En arrière-fond, un conflit entre M. Brun et son assistante parlementaire, licenciée pour faute en 2024. Cet été, elle a saisi la commission idoine du PS. Qui ne fait rien. Mardi, à 23 h 50, dix minutes avant la clôture des dépôts de candidatures à la primaire, la militante mécontente appelle le PS pour balancer son ancien patron, qu’elle accuse soudainement de violences. La main du Bureau national, réuni le lendemain matin, ne tremble pas et sa conscience non plus. Sans contacter Brun, ses membres le suspendent du parti et l’excluent de la primaire : en prison sans passer par la case départ. Les députés entérinent. Abracadabra, plus que cinq candidats.

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Le communiqué entortillé parle de faits « susceptibles de relever d’une caractérisation pénale ». Sémantique intéressante. « Susceptibles de », c’est une éventualité. Ces faits sont donc tout autant susceptibles de ne pas être pénalement répréhensibles. Le PS exclut Brun de la course à la candidature parce qu’il a peut-être commis des fautes dont la justice n’a d’ailleurs pas été saisie. Les gars poussent loin le principe de précaution. Le plus abject, c’est qu’ils s’abritent derrière la défense des femmes-pauvres-victimes-du-patriarcat-qui-ne-mentent-jamais. Le matin, Patrick Mennucci affirme que « le mot sexuel n’a pas été prononcé » ; le soir, des sources anonymes parlent de violences sexistes et sexuelles.

Mais vous ne savez pas ce que Brun a fait ou pas !

Certes. Mais je sais qu’un régime où l’accusation suffit à condamner, ça s’appelle la Terreur. Aujourd’hui, les socialistes la pratiquent dans leur parti, où personne ne moufte. S’ils étaient au pouvoir demain, l’appliqueraient-ils aux institutions ? Que pèserait la présomption d’innocence face à la parole sacrée des femmes ?

Il ne faut pas nous prendre pour des jambons. Le timing et les méthodes suggèrent fortement un Kompromat à la française, c’est-à-dire une affaire montée de toutes pièces pour tuer. Par qui, je l’ignore. Mais ça ne doit pas être un coup de l’extrême droite. Bonne nouvelle pour Philippe Brun, qui est un peu le représentant de la gauche « à l’ancienne » dans son parti : si on déploie autant d’énergie pour le faire taire, c’est qu’il doit sacrément inquiéter ses bons camarades.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale.

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Les Églises catholiques orientales européennes doivent parler d’une voix commune

Le cardinal Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales, est intervenu lors de la rencontre annuelle des évêques catholiques orientaux d’Europe qui se tient actuellement à Máriapócs, en Hongrie. Il a transmis aux participants la bénédiction et les salutations du Pape. La pensée du cardinal s’est ensuite tournée vers les guerres en Ukraine et au Proche-Orient: que la foi chrétienne «partagée» continue d’être «un instrument de conversion des cœurs».

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Pour le cardinal Parolin, il est urgent de réguler l’IA

Le Secrétaire d’État du Saint-Siège s’est exprimé en faveur d’une responsabilité supranationale pour réglementer l’intelligence artificielle. «Ralentir, c’est pour l’avenir de l’humanité» a-t-il déclaré en marge d’un colloque organisé ce mercredi à Rome sur le thème «Foi et raison à l’ère de l’intelligence artificielle».

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Mélenchon peut-il ruiner la France avant même d’arriver au pouvoir?

La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt a rappelé que les élections se jouent aussi sur les marchés obligataires. À l’approche de la présidentielle française, une qualification de Jean-Luc Mélenchon pour le second tour provoquerait vraisemblablement une hausse brutale du coût de la dette. L’État, les entreprises et les acheteurs immobiliers en paieraient le prix avant même que le candidat insoumis ait eu le temps d’appliquer son programme.


La victoire spectaculaire de l’AfD aux élections régionales de Saxe-Anhalt, avec 44 % des voix, n’a pas seulement ébranlé le gouvernement de Friedrich Merz. Au lendemain du scrutin, le rendement des obligations allemandes à dix ans s’est tendu, se rapprochant de son plus haut niveau depuis quinze ans, autour de 3,4 %.

Leçon allemande

La réaction immédiate au résultat électoral est restée limitée, d’environ un point de base, soit 0,01 point de pourcentage. L’essentiel de la hausse enregistrée depuis juin quand le taux allemand à dix ans est passé d’environ 2,8 % à plus de 3,3 %, s’explique par le renchérissement de l’énergie et l’anticipation d’une politique plus restrictive de la Banque centrale européenne. Mais le succès de l’AfD a ajouté un risque politique à ces inquiétudes économiques. Il a surtout montré comment une élection peut modifier, avant même la formation d’un gouvernement, le prix auquel un État se finance.

Un « taux souverain » mesure le rendement exigé par les investisseurs pour prêter à un État. Lorsqu’ils estiment qu’un pays présente davantage de risques comme inflation, déficit incontrôlé, instabilité politique ou crainte de ne pas être remboursés dans la monnaie et selon les conditions prévues, ils réclament une rémunération plus élevée. Cette hausse ne s’applique pas instantanément à toute la dette existante. Les obligations déjà émises conservent leur coupon jusqu’à leur échéance. En revanche, leur cours baisse sur le marché secondaire afin que leur rendement s’aligne sur les nouveaux taux. Ainsi, une obligation de 100 euros assortie d’un coupon de 3 % se négociera en dessous de 100 euros si les taux augmentent, son nouveau prix dépendant notamment de sa durée résiduelle. Quant aux nouvelles émissions et aux emprunts arrivés à échéance qu’il faut renouveler, ils coûtent immédiatement plus cher. L’alourdissement de la charge de la dette se diffuse donc progressivement, puis s’accumule.

La France est particulièrement vulnérable à ce mécanisme. Sa dette publique dépasse désormais 116 % du PIB, tandis que son déficit reste supérieur à 5 % et que sa croissance demeure presque à l’arrêt. L’Agence France Trésor prévoit d’émettre en 2026 quelque 310 milliards d’euros de dette à moyen et long terme. À ce rythme, une hausse durable d’un point du coût des nouvelles émissions représente sur les seuls 310 milliards émis en un an 3,1 milliards d’euros d’intérêts annuels additionnels.  

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La charge de la dette française devrait déjà atteindre environ 65 milliards d’euros en 2026, en hausse de 25 % sur un an. La Banque de France estime en outre que, sans redressement supplémentaire, la dette pourrait approcher 122 % du PIB en 2028. La France aborde donc la prochaine présidentielle avec beaucoup moins de réserves que lors des scrutins précédents.  

La leçon allemande concerne directement la France. Les marchés n’attendront pas le résultat du second tour, encore moins l’installation du nouveau président, pour réagir. Ils ajusteront leurs positions au fur et à mesure que se précisera la probabilité d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon.

Les banques centrales inquiètes

À l’automne 2026, le candidat insoumis est déjà donné en deuxième position dans plusieurs configurations testées pour la présidentielle. Ses propositions – notamment faire disparaître la part de la dette française détenue par la Banque de France – et son vocabulaire employé « les prendre et les foutre au feu », ont déjà retenu l’attention de ceux qui financent le pays. Le problème, pour les marchés, n’est d’ailleurs pas seulement cette proposition. C’est la combinaison entre l’effacement d’une partie de la dette, l’augmentation annoncée des dépenses, la confrontation probable avec les institutions européennes et la possibilité que la politique économique française soit financée par la création monétaire. Christine Lagarde a qualifié ce projet de financièrement dangereux et contraire aux traités européens. Le gouverneur de la Banque de France l’a jugé « illégal, dangereux et inutile ».

Certes, annuler les titres détenus par la Banque de France ne supprimerait pas directement les créances des investisseurs privés. Mais ceux-ci pourraient légitimement se demander pourquoi une dette déclarée sacrifiable aujourd’hui ne le deviendrait pas davantage demain. En matière financière, la confiance ne se divise pas en compartiments étanches.  

Imaginons qu’au début d’avril 2027, à quelques jours du premier tour du 18 avril, plusieurs sondages placent Jean-Luc Mélenchon en deuxième position, avec une avance nette sur les candidats du centre et de la droite. La première réaction serait probablement une vente d’obligations françaises. Leur prix baisserait et leur rendement augmenterait. L’écart entre le taux français et le Bund allemand – le spread, qui constitue la prime de risque exigée pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin – s’élargirait. Le mouvement pourrait être renforcé par les mécanismes automatiques des marchés.

Les gestionnaires internationaux réduiraient leur exposition à la France, certaines banques vendraient des titres pour diminuer leurs risques et enfin des fonds soumis à des limites de volatilité ou de notation seraient contraints d’alléger leurs positions. Les banques françaises, qui détiennent des obligations publiques et dépendent de la confiance accordée à la signature de l’État, seraient sanctionnées en Bourse. L’euro pourrait également reculer.

À ce stade, Mélenchon ne serait pourtant encore que candidat. Aucune mesure n’aurait été votée, aucun impôt créé, aucune dette annulée. Mais le prix du risque politique aurait déjà été incorporé dans les taux. Cette hausse se transmettrait à l’ensemble de l’économie. Les grandes entreprises empruntent généralement à partir d’un taux de référence auquel s’ajoute leur propre prime de risque. Lorsque l’État paie davantage, elles paient elles aussi davantage. Certains investissements seraient reportés, d’autres annulés. Les entreprises fragiles auraient plus de difficultés à refinancer leurs dettes. Les collectivités locales verraient le coût de leurs projets augmenter.

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Le choc toucherait également le logement. Les taux des crédits immobiliers ne sont pas mécaniquement indexés, au jour le jour, sur l’OAT française à dix ans. Ils dépendent aussi des taux directeurs de la BCE, du coût de refinancement des banques, de la concurrence commerciale et du risque propre à chaque emprunteur. Mais une hausse durable des taux souverains finit nécessairement par renchérir le crédit. Prenons pour exemple un emprunt de 250 000 euros sur vingt ans. À 3,5 %, la mensualité hors assurance avoisine 1 450 euros. À 4,5 %, elle dépasse 1 580 euros, soit environ 32 000 euros supplémentaires sur toute la durée du prêt. Pour conserver une mensualité de 1 450 euros, l’acheteur ne pourrait plus emprunter qu’environ 229 000 euros. Sa capacité d’achat baisserait donc de plus de 8 %. Les propriétaires ayant emprunté à taux fixe seraient protégés sur leurs mensualités. En revanche, ceux qui devraient vendre, les marchands de biens, les promoteurs et les investisseurs dépendant d’un refinancement seraient directement exposés. La crise obligataire deviendrait une crise immobilière avant de se transformer en ralentissement économique.

Imaginons maintenant que, le soir du 18 avril, Jean-Luc Mélenchon se qualifie effectivement pour le second tour. Tout dépendrait naturellement de son adversaire et des premiers sondages. Une qualification suivie d’une faible probabilité de victoire provoquerait une tension sérieuse mais peut-être temporaire. En revanche, si les enquêtes d’opinion annonçaient un second tour serré, le mouvement pourrait changer d’échelle.

Les investisseurs ne chercheraient plus seulement à être mieux rémunérés car certains chercheraient à sortir. Le spread français pourrait se creuser brutalement, les valeurs bancaires chuter et les adjudications de l’Agence France Trésor devenir plus chères. Les entreprises suspendraient certaines décisions en attendant le résultat. Les ménages reporteraient leurs achats. L’épargne se déplacerait vers des placements jugés plus sûrs ou vers des actifs situés hors de France.

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La BCE dispose d’instruments destinés à empêcher une fragmentation désordonnée de la zone euro. Mais leur utilisation est conditionnelle. La Banque centrale peut combattre une panique injustifiée ou un mauvais fonctionnement des marchés mais elle n’a pas vocation à garantir sans limite la dette d’un pays dont le futur gouvernement annoncerait précisément qu’il veut en effacer une partie.

Le paradoxe apparaîtrait alors dans toute sa force. Mélenchon promettrait de libérer la France de la contrainte des marchés, mais la perspective de son élection placerait le pays plus que jamais sous leur surveillance. Il prétendrait dégager des marges budgétaires mais l’augmentation des taux en détruirait avant même son arrivée à l’Élysée. Il annoncerait davantage de dépenses sociales or l’alourdissement de la charge de la dette obligerait à choisir entre plus d’impôts, plus de déficit et moins de dépenses utiles.

On peut contester l’importance accordée aux marchés financiers et rappeler, à juste titre, que les électeurs ne doivent pas recevoir leurs consignes des détenteurs d’obligations. Mais cette souveraineté politique ne supprime pas les réalités comptables. Un État qui dépense chaque année beaucoup plus qu’il ne prélève doit convaincre quelqu’un de lui prêter la différence. La France aura besoin de lever plusieurs centaines de milliards d’euros pendant la campagne présidentielle, après le premier tour et après le second. Les hôpitaux, les retraites et les traitements des fonctionnaires ne sont pas directement financés par une abstraction appelée « dette », c’est un déficit permanent qui oblige l’État à emprunter pour assurer l’ensemble de ses paiements. Rompre la confiance des créanciers, c’est donc augmenter le prix de chaque politique publique.

Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas besoin de remporter l’élection pour causer des dégâts. Il lui suffirait de rendre sa victoire plausible. Il pourrait réussir un exploit politique inédit en commençant à ruiner la France avant même d’avoir conquis le pouvoir.

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September 16, 2026

Ukraine: l’opération Vivaldi et le retour du brouillard de guerre

Si les drones et capteurs militaires variés ont rendu le champ de bataille largement transparent dans la guerre en Ukraine, cela ne signifie pas que les intentions de l’adversaire sont transparentes, analyse Gil Mihaely.


Depuis quatre ans, la guerre en Ukraine semblait avoir consacré deux formes de transparence, celle du champ de bataille, quadrillé par les drones, et celle de l’information, alimentée en permanence par les satellites et les réseaux sociaux. La contre-offensive menée par le 3ᵉ corps d’armée d’Andriy Biletsky autour de Lyman oblige à nuancer ces deux certitudes.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, s’est progressivement imposée la conclusion que le champ de bataille moderne serait devenu transparent. Les drones surveillent les routes, repèrent les concentrations de troupes et suivent les véhicules jusqu’à leurs positions. Les satellites photographient les bases et les dépôts. Les interceptions électroniques révèlent les mouvements des états-majors.

Dès qu’une unité importante se rassemble, elle s’expose aux drones FPV, à l’artillerie guidée et aux missiles. Dans ces conditions, les grandes colonnes blindées et les concentrations de forces caractéristiques des guerres du XXᵉ siècle semblaient condamnées. L’échec russe devant Kiev en 2022, puis les difficultés de la contre-offensive ukrainienne de 2023, avaient nourri cette conviction : il serait désormais presque impossible de préparer et d’exécuter une manœuvre importante sans être repéré, puis frappé.

Une seconde transparence paraissait tout aussi solidement établie. Les images satellitaires commerciales, les vidéos géolocalisées, les messages publiés par les soldats et l’activité des analystes en sources ouvertes – l’OSINT, Open Source INTelligence – permettraient de suivre presque en temps réel l’évolution du front. Les armées pourraient encore dissimuler leurs intentions, mais non leurs opérations pendant plusieurs semaines. Les cartes de DeepState, de l’Institute for the Study of War et de dizaines de comptes spécialisés semblaient avoir relégué le vieux « brouillard de guerre » au passé. L’opération Vivaldi, conduite dans le nord de l’oblast de Donetsk par le 3ᵉ corps d’armée ukrainien du général Andriy Biletsky, remet en cause ces deux certitudes.

La bataille du saillant de Lyman

Des Ukrainiens inspectent des véhicules russes abandonnés, région de Kharkiv, 7 mars 2022 © Marienko Andrew/AP/SIPA

Depuis plusieurs mois, les forces russes avaient constitué au nord de Lyman une vaste zone d’infiltration. Le front n’y formait plus une ligne continue, mais un enchevêtrement de positions, de petits groupes d’assaut et de zones grises. En progressant autour de Yarova, Serednie, Novoselivka, Oleksandrivka et Korovii Yar, les Russes menaçaient les approches de Lyman et, au-delà, l’ensemble formé par Sloviansk et Kramatorsk, la fameuse « ceinture fortifiée » qui protège encore le cœur du Donbass ukrainien.

Ce saillant, présentait pour les Russes l’avantage de rapprocher leurs unités de Lyman, mais aussi une faiblesse classique car plus une avancée forme une poche étroite, plus ses flancs et ses voies logistiques deviennent vulnérables. C’est cette vulnérabilité que le 3ᵉ corps d’armée de l’Ukraine commandé par le général Biletsky a exploitée.

L’opération, baptisée Vivaldi, aurait commencé dès le mois de mai 2026. Pendant près de quatre mois, les Ukrainiens ont attaqué les réseaux logistiques russes, réduit les poches d’infiltration reprenant progressivement les positions permettant de tenir le saillant. Mais ce n’est que le 15 septembre que Biletsky a officiellement reconnu l’existence de l’offensive.

Selon le bilan officiel communiqué par le 3ᵉ corps, les forces ukrainiennes ont nettoyé 75 kilomètres carrés de zones infiltrées et repris 10 kilomètres carrés supplémentaires. Serednie a été libérée, tandis que Novoselivka, Oleksandrivka, Yarova et les abords de Korovii Yar ont été débarrassés des groupes russes. Biletsky affirme également que l’opération a durement frappé les 20ᵉ et 25ᵉ armées russes.

L’un des résultats les plus importants aurait été obtenu contre la logistique russe. Les frappes ukrainiennes auraient détruit des dépôts et contraint les Russes à démonter une partie de leur dispositif d’approvisionnement en carburant, désormais repoussé jusque dans la région de Voronej. La ville de Voronej se trouve à environ 320 kilomètres à vol d’oiseau du front de Lyman, et probablement entre 400 et 450 kilomètres par la route, soit un trajet aller-retour de 800 à 900 kilomètres. Un camion-citerne ne peut donc guère effectuer plus d’une rotation tous les deux jours. À titre d’exemple, acheminer 500 mètres cubes de carburant par jour exigerait 25 livraisons quotidiennes par des citernes de 20 mètres cubes et une flotte d’au moins 50 camions. Il ne s’agissait donc pas seulement de reprendre des villages, mais de rendre le saillant progressivement intenable.

Une manœuvre reste possible

Vivaldi montre d’abord que la transparence du champ de bataille n’interdit pas toute manœuvre. Le 3ᵉ corps a réussi à coordonner, sur plusieurs mois et sur un secteur relativement étendu, des unités d’assaut, des moyens mécanisés, de l’artillerie, des drones et des capacités de guerre électronique. Il a concentré suffisamment de forces et de moyens pour reprendre l’initiative à deux armées russes et réduire un saillant menaçant.

Il faut néanmoins être précis. Les informations actuellement disponibles ne permettent pas d’affirmer que Biletsky a rassemblé une grande masse de blindés, puis lancé une percée mécanisée comparable aux offensives du XXᵉ siècle. Aucun ordre de bataille fiable ni aucun décompte des chars et véhicules ukrainiens engagés n’a encore été publié.

Sa véritable nouveauté est peut-être ailleurs. Les Ukrainiens ont réussi à produire une concentration des effets sans nécessairement créer une concentration durable et visible des plateformes. Les unités peuvent être dispersées, puis agir de manière coordonnée sur un secteur choisi. Les drones frappent les positions et les voies logistiques ? la guerre électronique dégrade les moyens d’observation adverses ? l’artillerie isole le champ de bataille ; de petits groupes d’assaut s’infiltrent et enfin les blindés interviennent ponctuellement pour transporter, protéger ou appuyer l’infanterie.

La masse n’a donc pas disparu, mais elle change de forme. Ce que l’on concentre n’est plus forcément une colonne de dizaines de chars stationnée à proximité du front. Ce sont des renseignements, des feux, des drones, des brouillages, des équipes d’assaut et des véhicules blindés réunis pendant une durée limitée autour d’un même objectif. Le champ de bataille reste transparent, mais cette transparence n’est ni permanente ni uniforme. Chaque camp cherche à aveugler l’autre, à détruire ses drones, à brouiller leurs fréquences et à créer localement une fenêtre pendant laquelle il peut agir. À l’image du combat aérien, l’enjeu n’est plus nécessairement de devenir invisible, mais de voir l’adversaire quelques minutes avant qu’il ne vous voie.

Quatre mois sous le radar de l’OSINT

La seconde leçon de Vivaldi est peut-être encore plus frappante. L’opération aurait duré près de quatre mois sans que son ampleur soit comprise par les médias et les observateurs extérieurs. Des combats avaient été signalés, certaines images étaient disponibles et les cartes faisaient apparaître des changements locaux. Pourtant, ces éléments n’avaient pas été assemblés en une image cohérente révélant l’existence d’une contre-offensive organisée à l’échelle d’un corps d’armée.

Le secret n’a donc pas consisté à rendre chaque mouvement invisible. Il a consisté à empêcher l’adversaire et les observateurs de comprendre ce que signifiaient les mouvements visibles.

C’est une distinction essentielle. L’OSINT permet souvent d’établir qu’une unité combat dans une zone, qu’un véhicule a été détruit ou qu’un village a changé de mains. Il peine davantage à déterminer l’intention du commandement, le calendrier de l’opération et le lien entre plusieurs actions apparemment distinctes. Des centaines de fragments d’information peuvent être publics sans que le plan qu’ils composent le soit.

Le 3ᵉ corps semble également avoir imposé une discipline de communication inhabituelle. Peu d’images ont été publiées pendant les phases critiques. Les unités engagées n’ont pas revendiqué immédiatement leurs avancées et le commandement a attendu que les gains soient consolidés avant de révéler l’existence de Vivaldi. C’est ce que les militaires appellent l’OpSec, contraction d’Operational Security, ou sécurité opérationnelle, cet ensemble des mesures destinées à empêcher l’adversaire de reconstituer un plan à partir d’informations apparemment anodines (photographies, vidéos, géolocalisations, mouvements d’unités ou messages de soldats). Cette discipline a d’autant mieux fonctionné que l’attention des observateurs restait fixée sur d’autres secteurs du front.

Biletsky continue d’ailleurs d’entretenir l’incertitude. En annonçant que Vivaldi comporte « quatre saisons » et que seule la première a été révélée, il laisse entendre que l’opération se poursuit ou qu’elle comprend plusieurs phases distinctes. Son appel au silence informationnel confirme que la communication publique fait désormais partie intégrante de la manœuvre.

Le brouillard n’avait jamais disparu

Vivaldi ne signifie pas que les drones sont devenus inutiles, que les blindés peuvent de nouveau circuler librement ou que l’OSINT est incapable de suivre une guerre. L’opération ne renverse pas les enseignements des quatre dernières années. Elle en révèle plutôt les limites.

La transparence tactique n’entraîne pas automatiquement la transparence opérationnelle. On peut voir un char sans comprendre pourquoi il est là. On peut géolocaliser une attaque sans savoir qu’elle constitue une phase d’un plan engagé trois mois auparavant. On peut observer chaque arbre sans distinguer la forêt.

La réussite de Biletsky ne consiste donc pas à avoir fait disparaître les capteurs adverses ni à avoir restauré les grandes concentrations blindées d’autrefois. Elle consiste à avoir retrouvé une liberté de manœuvre à l’intérieur même d’un champ de bataille saturé de capteurs. Son corps a dispersé ses moyens, concentré leurs effets et contrôlé la circulation de l’information assez longtemps pour surprendre aussi bien l’adversaire que les observateurs. Bref, un Vivaldi ne fait pas le Printemps !

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Mbappé, encore hors-jeu…

Vif émoi en Espagne, alors que la star du ballon Kylian Mbappé refuse d’enfiler un maillot avec un message de soutien à Ceuta, en proie à une invasion de migrants


Cette fois, c’est de lui-même, et non à l’insu de son plein gré, qu’il s’y met, hors jeu, Kylian Mbappé, le joueur iconique du Real Madrid et de l’équipe de France.

Mardi, alors qu’il avait été décidé que les joueurs du match Elche-Real porteraient un tee-shirt portant une inscription de soutien à Ceuta et à ses habitants, notre gaillard refusa de s’associer à la démarche. On sait qu’au cœur de l’été, Ceuta, cette enclave espagnole située au Maroc, a eu à faire face à une intrusion massive de migrants dont les conséquences pour la population ont été, et sont encore, pour le moins dommageables.

Lors de cet avant-match de mardi, il s’agissait donc tout simplement pour les joueurs de venir sur la pelouse vêtus du tee-shirt portant le message de soutien, assorti d’un « Nous sommes tous des Ceutiens », histoire de mieux affirmer leur solidarité aux habitants en galère, là-bas, dans cet îlot en pleine terre où ils se sentent quelque peu naufragés et oubliés.

Les mentions imprimées sur le maillot ne comportaient évidemment rien qui puisse s’assimiler à une condamnation de l’immigration ou à une quelconque stigmatisation des candidats à l’asile, probablement, du moins pour un certain nombre, eux aussi en galère et tentant, par ce passage en force, de s’en extraire.

Il n’était donc question que de compatir, d’adresser un message de bienveillance et de compréhension. De sympathie, pour tout dire. Rien de plus. Rien d’autre.

Mais pour son excellence Mbappé, et deux autres footeux du prestigieux Real, Vinicius Junior et Ibrahima Konaté, c’était déjà trop. Aussi le sieur Mbappé, avec une délicatesse qu’on n’a pas besoin de souligner ici, s’arrangea-t-il pour n’enfiler qu’à moitié le maillot criminel, de manière à ce que les mots de solidarité ne soient pas visibles, lisibles.

Ainsi, il avait sa conscience pour lui, comprenez-vous. Comme il l’avait eue lorsqu’il versa d’émouvantes larmes pour ce pauvre Nahel, « ce petit ange parti trop tôt », à la suite d’une équipée sauvage en bagnole, sans permis, agrémentée d’un refus d’obtempérer.

C’est que, voyez-vous, l’illustre Mbappé tient à montrer que sa personne ne se limite pas à deux pieds, deux jambes d’ailleurs particulièrement exceptionnelles de talent, reconnaissons-le. En sus, l’heureux possesseur de ces paires de pieds et de jambes entend montrer au vaste monde qu’il a, comme je l’ai dit, une conscience. Et conséquemment un cerveau. Aussi se donne-t-il beaucoup de mal pour avoir l’air de penser. D’où, entre autres foucades de même eau, la fronde, la révolte à deux balles de mardi.

Chez lui, le problème est que, à force de pratiquer son sport, il a fini par se doter d’un melon aussi gros que ces ballons dont il nous régale. Encore heureux qu’il ne soit pas une star de basket, sport où le ballon est encore plus gros. Pour un peu, si on s’abaissait à se laisser aller à de l’ironie facile, on lui conseillerait le ping-pong…

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Barbès: il faut sauver le soldat Gibert!

La disparition de la grande librairie Gibert dans ce quartier difficile de la capitale serait affligeante. Le groupe, en difficulté, licencie et pourrait vouloir se concentrer sur ses établissements du centre de Paris.


Il y a un peu plus de douze ans, une divine surprise avait atterri boulevard Barbès, à la Goutte-d’Or, dans le 18ᵉ arrondissement, au nord de Paris : une librairie-papeterie de 2 000 m² sur deux niveaux !

Il s’agissait de la fameuse maison Gibert Joseph, connue de tous les amoureux de l’écrit et de tous les chercheurs de livres d’occasion, permettant à la fois de mettre la main sur des ouvrages épuisés et de les acquérir pour un petit prix. Mais on y trouvait aussi de l’excellente papeterie, des rayons jeunesse aux maintes idées d’albums et de jeux, des DVD et des albums musicaux. Bref, un ensemble on ne peut plus réjouissant. Et, cerise sur le gâteau, dès l’entrée, un silence bienfaisant vous enveloppait tel un manteau d’apaisement, alors qu’il est devenu impossible d’entrer dans un restaurant, une boutique ou un endroit quelconque sans être immédiatement agressé par du bruit appelé de manière éhontée « musique ». Quand on habite ce quartier depuis si longtemps, une telle arrivée a été vécue comme un enchantement. J’y ai passé des heures à feuilleter, à commander, à trouver des pépites, aidée par un personnel particulièrement chaleureux et compétent.

A lire aussi: Les reclus de Saint-Flour

Liquidation judiciaire, personnel prévenu par la presse, fin du miracle : Gibert à Barbès va fermer ! C’était trop beau pour un quartier si défavorisé en matière de culture, pourtant si vantée par nos maires respectifs… Mais il est vrai que l’on préfère appeler « culture », aujourd’hui, tout ce qui va dans le sens du vent, mauvais dirait Verlaine, où, précisément, ce qui prévaut est le maximum de bruit. Ainsi, je me retrouve, d’un côté, à essayer de trouver avec les résidents de ce quartier, l’adjoint au maire chargé de la sécurité et les organisateurs du tournoi, une solution pour un événement considéré comme essentiel (à savoir l’ancienne CAN, Coupe d’Afrique des nations, rebaptisée la PAC, qui dure tout le mois de juin dans le square Polonceau et qui pose, entre autres, de très éprouvants problèmes de nuisances sonores) ; et, de l’autre côté, à désirer sauver cet endroit-cathédrale, unique dans le quartier par l’abondance de ses propositions (rencontres avec des auteurs comprises), par son silence si nécessaire pour choisir ses livres et parler avec les vendeurs, pour s’asseoir cinq minutes le temps de feuilleter une encyclopédie qu’on notera comme cadeau de Noël, pour faire sa liste de provisions comme on va au marché, car une librairie est un magasin nourrissant.

Outre sa disparition si affligeante et tellement en contradiction avec tous les discours vantant la culture à tour de bras, il y aura une défiguration supplémentaire d’un quartier qui n’avait vraiment pas besoin de cela. Pour faire place à quoi ? Un restaurant de burgers ? Ou une énième boutique d’informatique, de mobiles et de téléphonie en tout genre, alors que le boulevard en compte déjà par dizaines ? Gibert à Barbès, qui fermera à une date non précisée et qui est donc toujours ouvert, représente encore une exception culturelle qu’il serait souhaitable de défendre jusqu’au bout.

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Les Ukrainiens de l’étranger blessés eux aussi par la guerre

Une collecte a été organisée dimanche dernier auprès des Ukrainiens gréco-catholiques vivant en France, au Bénélux et en Suisse, afin de participer à la création, au sein de leur mission à Lourdes, d’un centre de guérison spirituelle destiné aux Ukrainiens traumatisés par la guerre. Entretien avec Mgr Ihor Rantsya, éparche de Saint Volodymyr le Grand à Paris.

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France Télévisions et le «génocide»

Le problème n’est pas qu’Adèle Haenel puisse dénoncer Israël comme «génocidaire», mais que le service public laisse ces accusations graves sans contradiction journalistique et supprime stupidement le replay, permettant aux «antisionistes» de dénoncer la soi-disant intervention du lobby de qui vous savez.


La comédienne Adèle Haenel était donc invitée à La Grande Librairie la semaine dernière. À la fin de l’émission, Augustin Trapenard lui offre son « Droit dans les yeux », cette carte blanche face caméra qui permet à l’invité de dire ce qu’il a sur le cœur.

Haenel choisit Gaza et déclame, en militante hallucinée qu’elle semble devenue: « L’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. » Puis elle appelle à « sanctionner Israël » et à « libérer la Palestine ».

Vous pouvez répéter ?

Adèle Haenel peut bien penser ce qu’elle veut et dire ce qu’elle veut. Ce n’est certainement pas moi qui vais réclamer qu’on coupe le micro à ceux dont les opinions me déplaisent. Je trouve qu’on pratique déjà beaucoup trop cet exercice en France.

Mais enfin, en face d’elle, il y avait un journaliste, et ce journaliste ne lui a rien demandé. Génocide ? La France « complice » ? Complice comment ? Par ses livraisons d’armes ? Par sa participation aux opérations militaires de Tsahal ? Par son soutien diplomatique à Israël ? De quoi parle-t-on exactement ?

Il n’a rien demandé. Le public a écouté religieusement ces assertions puisées dans le lexique du Hamas et de ses idiots utiles, applaudi Haenel, et on est passé au générique.

A relire, Céline Pina: L’islamiste et le progressiste

Beaucoup plus que les opinions d’un astre dérivant, c’est bien cela qui provoque le malaise. Le mot génocide n’est pas un superlatif destiné à dire qu’une guerre est atroce et fait beaucoup de morts chez les civils. C’est une qualification juridique qui suppose notamment – rappelons-le pour la énième fois – une intention spécifique de destruction d’un groupe comme tel. Son application à l’affaire de Gaza fait l’objet d’une bataille juridique, historique et politique considérable et, à ce jour, aucune juridiction internationale – aucune – n’a condamné Israël pour génocide.

On peut toujours soutenir, malgré la faiblesse des preuves, qu’il s’agit d’un génocide, comme le font principalement les militants de la gauche radicale, mondialiste, anticoloniale, wokiste, etc., y compris bien sûr en infiltrant des ONG comme Amnesty International ou une commission d’enquête de l’ONU. Mais d’autres – juristes, historiens et spécialistes du génocide – contestent totalement cette qualification. Puisqu’il y a débat, il y avait donc de quoi poser une question.

France Télévisions s’est d’ailleurs aperçue du problème après coup. Le replay a été retiré, le groupe invoquant des saisines de l’Arcom et son obligation de respecter, sur les sujets controversés, une certaine diversité des points de vue. Étrange façon de faire du journalisme, tout de même. On ne pose pas la question quand l’invitée est là, puis on supprime l’émission quand elle est partie. Il fallait faire exactement l’inverse.

Effet Streisand

Comme on pouvait s’y attendre, l’affaire a immédiatement produit son petit supplément de poison. La députée LFI Ersilia Soudais a aussitôt expliqué sur les réseaux la disparition du replay par l’intervention de Caroline Yadan, autrement dit du « lobby ».

Le lobby. On ne saura pas lequel, qui aurait téléphoné, à qui, et pour demander quoi. Mais le mot suffit. Avec Israël, il possède même cet avantage formidable de rendre la preuve inutile. Un lobby agit dans l’ombre, son invisibilité même prouve son existence.

Nous voilà donc avec Israël génocidaire, la France complice et le lobby à la manœuvre. Tout cela dans un pays où les actes antisémites demeurent à un niveau historiquement élevé depuis le 7-Octobre. C’est là que les choses cessent d’être seulement ridicules car les mots finissent par fabriquer leur propre réalité. À force de répéter qu’Israël commet un génocide, ceux qui le défendent deviennent les défenseurs d’un génocide, et les juifs qui refusent de souscrire à cette accusation deviennent suspects de complaisance. Quant à la France, si elle est elle-même « complice », nous changeons de registre : elle devient partie prenante du crime.

A lire aussi, Charles Rojzman: À Venise, vingt-cinq minutes pour applaudir Israël coupable

On devrait peut-être y réfléchir à deux fois avant de jeter ce genre de mots dans la chaudière médiatique. Surtout lorsqu’au même moment notre bon ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en réponse à l’interpellation d’une étudiante militante, explique tranquillement dans un amphi dopé par les effluves du palestinisme ambiant : « De tous les pays du monde, je n’en connais pas d’autres qui aient fait autant pour la cause palestinienne que la France depuis le 7-Octobre. »

Depuis le 7-Octobre, a-t-il dit ! Comme l’a écrit Raphaël Enthoven, il y avait pourtant quelques autres manières de dater l’intérêt de la France pour la cause palestinienne. Il a choisi celle-là. Le lendemain du massacre ? Non. Le jour même du méga-massacre antijuif. Comme si le 7-Octobre était devenu le point zéro d’une mobilisation dont il conviendrait de dresser fièrement le bilan. Cette phrase est honteuse. Et si M. Barrot n’en a pas pris la mesure, c’est presque pire.

Pendant ce temps, des artistes, des militants, des élus répètent que la France est complice d’un génocide. Ils ne sont évidemment responsables ni d’un attentat, ni du jihadisme, mais ces bonnes âmes alimentent, bon gré mal gré, parfois avec un chalumeau, un climat dont on connaît les ravages. L’antisémitisme n’a pas attendu Adèle Haenel, et le terrorisme islamiste non plus, mais il faut être singulièrement aveugle pour ne pas comprendre ce que peut produire, dans certaines têtes déjà travaillées par la haine, l’idée répétée à satiété que la France aide à exterminer un peuple. Car si la France est réellement complice d’un génocide, que devient-elle dans l’imaginaire du fanatique ? Un pays innocent, ou un pays coupable ?

Les mots ne comptent pas pour des prunes. C’est pourquoi le service public ne devrait pas se contenter de les enregistrer comme un magnétophone.

Il ne fallait pas censurer Adèle Haenel, il fallait lui poser des questions. C’était plus simple, et c’était surtout le métier du journaliste animateur. Mais qui sait encore ce qu’est vraiment le journalisme?

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Lumières sur Vincent Bolloré…

La lecture n’est pas un vice mais un bonheur. Publié récemment, le livre de Clément Lacombe et Camille Vigogne Le Coat sur Vincent Bolloré, La droite de Dieu. Vincent Bolloré, un milliardaire en mission, est le meilleur qui ait été écrit sur cette personnalité, sa psychologie, son emprise, son parcours. Et sur les raisons de sa domination sur un espace politique et médiatique qui, à quelques exceptions près, flatte, tremble et obtempère.

Intelligemment engagé

Non pas que tout, dans cet ouvrage, soit convaincant, même pour quelqu’un qui n’a jamais rencontré physiquement Vincent Bolloré. À la fois orienté et intelligemment engagé, il a cette qualité fondamentale de ne jamais faire preuve de dérision ni de moquerie : il prend totalement et toujours au sérieux Vincent Bolloré.

Ce qui est le moins acceptable est la description fouillée et précise de sa foi religieuse, des modalités qu’il affectionne et qui sont traditionnelles, conservatrices, ainsi que de ses choix politiques et de sa volonté de les voir incarnés par une personnalité conforme à ses désirs. Même sans discuter l’objectivité de la narration, on a envie de répondre : et alors ?

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Ce glissement permanent d’idées — qui sont ce qu’elles sont, mais qui ont le droit d’exister dans la pluralité intellectuelle française — vers un opprobre subtilement évoqué est, à la longue, choquant. Comme si l’on passait sans cesse d’une liberté pleinement exercée par Vincent Bolloré à une indécence dont il devrait avoir honte. Il semble que ce basculement, jamais maîtrisé par les deux auteurs, soit leur point faible.

En revanche — et c’est un apport fondamental —, on comprend bien mieux les motifs des comportements de Vincent Bolloré dans certaines circonstances médiatiques, politiques et judiciaires ! Des clés nous sont proposées qui expliquent pourquoi, après des événements intimes aussi bien que professionnels, la personnalité de Vincent Bolloré, certes toujours singulière, a pris un tour que beaucoup de ses soutiens, de ses fidèles, de ses admirateurs — j’en étais — n’ont plus approuvé. Officiellement, certes, il convenait de ne dire mot, mais, dans le secret, la lâcheté s’est lâchée !

Une puissance jamais entravée

Le livre montre que Vincent Bolloré a poussé au paroxysme sa passion et son désir de liberté, mais pour lui seul, sans considération pour les télescopages que sa personnalité puissante, autarcique, dominatrice pouvait engendrer entre l’image noble et honorable qu’on lui prêtait, ses étranges complaisances à l’égard d’autres attitudes et son indulgence envers les transgressions, probablement parce qu’il n’était pas homme à les juger et que, pour certaines d’entre elles, il n’était pas sans avoir envie de les accomplir.

Ce qui est venu faire contrepoids à cet univers ô combien profane, c’est la religion selon Vincent Bolloré. Il serait médiocre de se moquer de cet investissement sincère, authentique, dans le sacré, avec les personnalités, sulfureuses ou non, dont il a besoin, qui le rassurent et le conseillent, avec le souci et le respect de rites et d’ancrages que je peux comprendre mais qui ne sont sans doute pas suffisants pour chasser l’angoisse du futur, le mystère de la mort et de l’après, la conscience des fautes…

A lire aussi, Jean-Paul Lilienfeld: La gueule ouverte mais la main tendue

La personnalité de Vincent Bolloré — homme de plaisir, homme de pouvoir, père aimant, écartelé entre la volupté d’une puissance jamais vraiment entravée et la hantise de n’être pas à la hauteur du seul jugement qui lui importera vraiment — exerce une fascination tout à fait compréhensible.

Il mène son existence, sur tous les plans, comme il l’entend, mais il devrait réfléchir à ce paradoxe qui tranche avec la vision qu’il aurait voulu donner de lui et qu’on aurait aimé pouvoir conserver : celle d’un homme libre, courageux, juste, capable d’apprécier autrui au-delà de ses préjugés, singulier au sein même des privilégiés de la vie et de la fortune.

Mais n’est-il pas devenu — le livre le met en évidence — un membre de la caste des puissants, quelle que soit leur moralité ? Si seulement les lumières de toutes sortes pouvaient, de grâce, l’éclairer…

280 pages

La droite de Dieu - Vincent Bolloré, un milliardaire en mission

Prix: 20,00 €

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L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

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Préparatifs de la venue du pape Léon XIV à Lourdes en 2026
À quelques jours de l’arrivée du pape Léon XIV à Lourdes, les 26 et 27 septembre 2026, toute la cité mariale vit au rythme des derniers préparatifs. Du Sanctuaire aux communautés religieuses, des [...]
Biodiversité: le droit de réponse de Tatiana Giraud

L’article de Thomas Lepeltier présente mon approche de la biodiversité comme « quasi religieuse », évoque une « valeur sacrée » accordée à celle-ci et me prête l’idéalisation d’un état passé de la nature.


Cette présentation ne correspond pas à ma démarche. Mes recherches, mes livres et mes enseignements, notamment au Collège de France, reposent sur la littérature scientifique et sur des données empiriques en écologie et en biologie évolutive. J’y présente explicitement la biodiversité comme dynamique et évolutive, et non comme un état naturel fixe ou idéal qu’il faudrait préserver à l’identique.

Je ne me réfère par ailleurs à aucun « âge d’or » de la nature. Les déclins que je présente sont établis à partir de séries temporelles quantitatives et datées : suivis de populations de vertébrés depuis 1970, mesures de biomasse d’insectes volants entre 1989 et 2016, suivi des oiseaux communs en France depuis plusieurs décennies, notamment. Ces dates constituent des points de départ de séries d’observations scientifiques ; elles ne désignent nullement des périodes que je considérerais comme idéales.

L’article affirme également que les questions de biodiversité devraient être abordées « en termes de coûts et de bénéfices », avant d’ajouter à mon sujet : « Ce que Tatiana Giraud ne fait jamais ». Il affirme également que, selon moi, « protéger la biodiversité est toujours une bonne chose ».

Ces affirmations ne correspondent pas davantage à mes positions publiques. J’aborde régulièrement les dimensions économiques et sociales de la préservation de la biodiversité, y compris ses coûts, ses bénéfices et leur répartition entre les différents acteurs. Je l’ai fait, par exemple, dans le podcast Chaleur humaine du Monde, diffusé en avril 2026, où j’ai notamment discuté des coûts et bénéfices de la préservation et de la restauration de la nature, de leurs conséquences possibles pour les agriculteurs et de la nécessité d’accompagner les transitions.

A lire aussi: Petroline: un talon d’Achille de plus pour l’Arabie saoudite

L’article écrit par ailleurs : « Comment une chercheuse reconnue peut-elle oublier que l’humanité n’a jamais été aussi bien nourrie et en aussi bonne santé, en grande partie grâce aux progrès agricoles qu’elle dénonce ici ? » Cette formulation donne à penser que je nierais les bénéfices de l’agriculture ou que je serais indifférente à la nécessité de nourrir les populations humaines. Ce n’est pas ma position. Lorsque j’aborde les effets des pesticides sur la biodiversité, je m’appuie sur les travaux scientifiques qui en documentent les conséquences et je présente également les solutions alternatives dont l’efficacité est étayée scientifiquement. Discuter des impacts environnementaux de certaines pratiques agricoles ne revient ni à condamner l’agriculture dans son ensemble, ni à ignorer l’enjeu fondamental de la sécurité alimentaire, bien au contraire. La production agricole dépend en grande partie des services écosystémiques fournis par la biodiversité.

Enfin, l’emploi du terme « effondrement » pour décrire certaines évolutions de la biodiversité n’est pas l’expression d’une vision religieuse ou catastrophiste de la nature. Il renvoie, dans les cas que je présente, à des déclins quantifiés par la littérature scientifique, pouvant atteindre plusieurs dizaines de pour cent et, pour certaines populations ou certains groupes étudiés, 75% à 90% ou davantage en quelques décennies. On peut discuter le choix de ce terme ; on ne peut cependant présenter son emploi comme indépendant des données quantitatives auxquelles il se rapporte.

Mes prises de position sur la biodiversité peuvent naturellement être discutées et critiquées. Je souhaite simplement que les lecteurs puissent distinguer ces critiques des positions que je défends effectivement et de la démarche scientifique sur laquelle elles reposent.

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Quand la gauche insultait les gilets jaunes

Alors que Marine Le Pen promet qu’elle baissera les taxes sur les carburants si elle est élue, le socialiste Faure dit qu’il sera «aux côtés» des Français s’ils se soulèvent contre la vie chère et qu’il «comprendra parfaitement» une nouvelle mobilisation de type «gilets jaunes». Le lfiste Manuel Bompard annonce de son côté qu’il soutiendra une mobilisation le 17 octobre, si celle-ci se confirme, y compris si elle provient d’on ne sait trop où sur les réseaux sociaux. Le communiste Roussel est encore plus explicite et appelle à «descendre dans la rue et à occuper les ronds-points.» Les gilets jaunes historiques, eux, sont plus sceptiques.


Un retour des gilets jaunes ? La date du 17 octobre s’est imposée sur les réseaux. Mais la gauche dénature déjà ce mouvement populaire en espérant se l’approprier. PC, PS, LFI : tous caressent l’idée d’une insurrection. Fabien Roussel (PC) appelle ainsi les Français « à se mobiliser, comme nous avons su le faire en 2018, avec les gilets jaunes sur les ronds-points ». À l’évidence, les sujets ne manquent pas pour alimenter une explosion sociale. À commencer par l’augmentation des prix des carburants : ils furent le détonateur, avec la taxe carbone, du 17 novembre 2018, qui allait mobiliser les foules dans la durée. « La trajectoire carbone, nous allons la tenir », déclarait alors le Premier ministre Édouard Philippe, incapable de mesurer la profondeur des exaspérations provinciales. Un même aveuglement perdure avec ce gouvernement qui exclut de baisser la moindre taxe sur l’essence. Cependant les gilets jaunes, salués aujourd’hui pour leur réactivité, ont de la mémoire. Pour les avoir accompagnés dès le premier jour, j’ai rendu compte à l’époque des insultes et des infamies qu’ont eu à supporter, de la part des progressistes parisiens, ces révoltés de la classe moyenne, avant que l’extrême gauche ne sabote par la violence le réveil des oubliés, sans leaders ni slogans.

A lire aussi, Gil Mihaely: La Terreur sans la rigueur

La diabolisation de cette révolte longtemps incomprise, qui rejetait partis et syndicats, fut la ligne du pouvoir oligarchique, des journalistes moutonniers, de la gauche populophobe. Édouard Philippe assurera avoir vu « l’anarchie, la pression et la violence ». Laurent Berger (CFDT) dénoncera « une forme de totalitarisme ». La CGT évoquera des « idées xénophobes, racistes, homophobes ». Précédemment, Jean-Luc Mélenchon avait qualifié de « nigauds » les bonnets rouges mobilisés en Bretagne contre l’écotaxe sur les poids lourds. Bernard-Henri Lévytweetera dès le 17 novembre : « Poujadisme des gilets jaunes. Échec d’un mouvement qu’on nous annonçait massif. Irresponsabilité des chaînes d’info, qui attisent et dramatisent. Soutien à Macron, à son combat contre les populistes et la fiscalité écolo ». Sur CNews, ma défense des gilets jaunes, que je voyais comme précurseurs d’une rupture attendue avec un système obsolète, fut d’abord un combat solitaire.

C’est pourquoi la colère populaire ne répondra pas aux invitations intéressées d’une gauche déracinée, qui ne comprend rien à la vie des « prolos » perdus de vue. Si les gilets jaunes ont échoué à ébranler le pouvoir macronien, la prochaine élection présidentielle reste l’opportunité historique qui permettrait de concrétiser une rupture avec un système qui demeure insensible aux détresses des plus faibles. Dans l’immédiat, ce sont les policiers qui, mobilisés hier, ont émis l’intention de lancer les « gilets bleus ». À coup sûr, l’extrême gauche ne s’y associera pas. En revanche, il n’est pas exclu que les parias se joignent un jour aux forces de l’ordre qui se disent pareillement exclues d’un régime n’ayant d’intérêt que pour les nouvelles minorités, dont certains militants désignent la police comme un ennemi et les autochtones comme ayant fait leur temps.

La révolution des oubliés

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Les martyrs, témoins de l’Évangile, engendrent des vies lumineuses

Le préfet du dicastère des Causes des Saints a clos mardi 15 septembre le colloque organisé à l’Augustiniaum intitulé: «Le XXIe siècle: une nouvelle ère de martyrs?». Dans sa réflexion, il a souligné que la sainteté appartient également «au patrimoine vivant du Peuple de Dieu», et que les martyrs sont les témoins d’un amour capable de rendre la souffrance féconde. Le cardinal a évoqué ensuite l’œcuménisme du sang qui «précède souvent nos dialogues théologiques».

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