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L'alternative moderne aux médias de contrôle social

November 04, 2026

L’OQTF: une imposture (bien) française

Anciennement fichée S pour radicalisation islamiste jusqu’en 2024 et sous le coup d’un parcours judiciaire et administratif chaotique, la suspecte dans l’affaire de l’école maternelle Clément Roassal à Nice avait été expulsée de France avant de revenir sur le territoire. Elle y réside désormais en raison de la présence d’un enfant de nationalité française et faisait l’objet d’une mesure d’assignation à résidence au moment des faits… Elle est entendue par la police pour avoir séquestré lundi pendant une heure et menacé notamment par une roulette russe avec une arme à feu la directrice


L’OQTF est une imposture. L’abominable agression de Nice où une directrice d’école maternelle et une collègue enseignante ont été menacées d’un flingue et frappées par une femme, une Italo-tunisienne, sous le coup d’au moins deux OQTF, en est une nouvelle et ô combien révoltante illustration.

Gesticulations

OQTF prononcées mais – comme d’usage, hélas ! – jamais exécutées. Là est l’imposture à la française : prononcer des décisions dont on sait pertinemment qu’on est totalement impuissant à les faire appliquer. On nage là en plein faux semblant sécuritaire, en pleine gesticulation d’épouvantail à moineaux en carton-pâte et guenilles de carnaval. Du bruit, du vent, pour rien. À la vérité, le FDG voilà l’autre nom de l’OQTF : le foutage de gueule. Car on se fout de nous. C’est un fait.

L’intention initiale était bonne et de saine politique. Purger le territoire de ceux, étrangers, qui menaçaient l’ordre public, la tranquillité des honnêtes citoyens et se torchaient plaisamment avec nos textes de lois, nos codes et nos règlements. Oui, saine politique que celle qui se donne les moyens d’exclure du corps social les scories qui visent à le pourrir de l’intérieur.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Patriote, moi? Jamais!

Alors, question. Toujours la même, malheureusement. Que faisait encore sur le sol de France la Ma Dalton au flingue à barillet alors que voilà belle lurette qu’elle aurait dû en être chassée ?

Mais au fond quoi de plus normal qu’elle n’ait fini, se sentant à ce point intouchable, par s’autoriser à pousser le sadisme jusqu’à jouer à la roulette russe à dix centimètres du visage de ses victimes ! Pourquoi s’abstiendrait-elle ? Pourquoi se contiendrait-elle, puisque, OQTF après OQTF rien ne se passe ? La France, le respect de la France, l’autorité républicaine de la France, elle s’assied dessus, bien évidemment puisqu’on n’a pas été fichu de lui en démontrer la réalité par des actes !

Un pays suicidaire

Une OQTF non appliquée, n’est en réalité rien d’autre qu’un formidable encouragement à cette créature et à ses semblables à nous mépriser encore un peu plus, à nous cracher et à nous chier dessus toujours davantage. Encore et encore. Notre faiblesse est le carburant de leur mépris et de leur haine, sachons-le bien.

A ne pas manquer: Causeur #150: La jeunesse est un naufrage

Alors, il est grand temps de mettre fin à cette imposture suicidaire de l’OQTF. Soit en reconnaissant piteusement, radicalement, officiellement l’impuissance d’État dans ce domaine, un de plus, et donc en renonçant à prononcer ces foutus OQTF. Soit en mettant en œuvre, dès maintenant, un dispositif d’exécution imparable, autoritaire, expurgé de la kyrielle de mesures dilatoires et de recours dont il est actuellement plombé et perverti. Ou encore en instaurant en interne un autre procédé de mise hors d’état de nuire les individus concernés. En premier lieu faire de l’OQTF une décision judiciaire et non plus simplement préfectorale. Puis, s’inspirer de ce qui se pratique dans d’autres domaines. Vous ne payez pas vos impôts, cela peut aller jusqu’à la prise de corps. La taule, quoi. Vous êtes frappé d’OQTF et dans les trois mois vous ne vous êtes pas tiré de vous-même hors du pays, même traitement. Quatre murs. Éventuellement avec billet de train ou d’avion offert si vous décidez de vous casser.

Bref, tout ce qu’on voudra mais en finir une bonne fois avec cette hypocrisie, cette imposture tellement française !

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November 03, 2026

Causeur #150: La jeunesse est un naufrage

Découvrez le sommaire de notre numéro de novembre


Le numéro 150 est disponible dès aujourd’hui sur le kiosque numérique, et jeudi 5 novembre chez votre marchand de journaux.

Les lycéens bloquent, les émeutiers cassent, les voyous pillent et les beaux quartiers recitent le catéchisme mélenchoniste. Selon Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, qui présentent notre dossier du mois, « depuis un demi-siècle, les adultes sont sous l’emprise d’une « juvénomanie » ». Face à la génération « J’ai le droit », les adultes, mi-attendris mi-terrorisés, n’osent ni interdire, ni refuser, ni critiquer. Une « bienveillance criminelle ». Charles Rojzman retrace la généalogie de la racaille. Car la violence des émeutiers n’est pas née dans les jets de pavés du 17 octobre, elle est le fruit d’une histoire. La violence s’apprend en famille, se vit dans les halls d’immeuble et dans les trafics, se nourrit du ressentiment et de l’islamisme. Pour Olivier Vial, Jean-Luc Mélenchon fait feu de tout bois : il lui faut une France en ébullition pour maintenir à un haut niveau mobilisateur le spectacle antifasciste. Le directeur du Centre d’études et de recherches universitaires (CERU) et rédacteur de La Lettre des radicalités décrit la stratégie d’une extrême gauche qui fédère jeunes, immigrés et militants politiques autour du « péril fasciste » et de ses « violences policières ».

Thibault de Montbrial, interviewé par Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, rappelle que face aux violences, l’usage de la force par la police est parfaitement légal et nécessaire. Pour l’avocat et spécialiste des questions de sécurité, le problème est que le pouvoir n’assume pas cette responsabilité. Aussi défend-il un « choc d’autorité » pour rétablir l’ordre, le préalable à la paix civile. Malaparte, dans son texte de 1931, Technique du coup d’État, a décrit la mécanique de la Révolution russe de 1917 : une habile orchestration du désordre par Trotsky. Pour Noëlle Lenoir, ancienne ministre et membre honoraire du Conseil constitutionnel, les révolutionnaires français d’aujourd’hui, s’ils suivent le même mode opératoire, ne prendront pas l’Élysée mais s’attaqueront d’abord aux infrastructures, après avoir infiltré l’État. La doctrine mélenchoniste promet une transformation sans coup de force de la société. Mais Martin Pimentel nous explique que les récents travaux pratiques de sa « révolution citoyenne » prouvent le contraire. Je décris les trois mythes du 17 octobre. Face aux violences et aux saccages, chacun y est allé de son interprétation : « début de la guerre civile », « fin de l’Occident », voire « insurrection mondiale de la Génération Z ». Mais la situation mérite plus de sang-froid et moins de boules de cristal.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy analyse l’affaire de la vidéo où Mbappé parle d’un mème (un montage numérique) où on représente son visage superposé à la tête de celui qu’il appelle « un dictateur chinois ». La star des Bleus et le monde du football ont dû présenter des excuses obséquieuses à l’État chinois. « Les millions de victimes du maoïsme n’ont pas droit à tout ce respect », sans parler des Tibétains ou des Ouïghours. « Cet épisode ridicule résume le rapport de force entre une Europe biberonnée à la repentance et à la haine de soi, et une Chine sûre d’elle-même et dominatrice comme disait l’autre ». Mais le « véritable scandale », c’est que « le footballeur ne savait pas qui était Mao ».

Dans un grand entretien, nous avons passé Erik Tegnér sur le grill. Comme son mentor et actionnaire Vincent Bolloré, le fondateur et directeur de Frontières se dit « breton, catholique et patriote ». Et il veut faire gagner la droite. Abondamment décrié par le parti des médias, la star montante du groupe Canal revendique un journalisme de combat. Dans la guerre culturelle, il ne cède aucun point à l’adversaire. Quitte à employer les mêmes méthodes.

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La situation financière de la France est-elle vraiment périlleuse ? Jean-Baptiste Roques se penche sur la question. Paris s’est longtemps cru à l’abri des conséquences de ses errements budgétaires. Mais avec une dette atteignant 120 % du PIB et des économies toujours remises au lendemain, 2027 pourrait sonner la fin de partie. Pour autant, l’austérité n’est pas la priorité des candidats à la présidentielle. Jonas Haddad, dont les propos ont été recueillis par Jean-Baptiste Roques, brosse le portrait de Nicolas. Selon le porte-parole de Bruno Retailleau, Nicolas est le nom du bon fils de la République, du bon travailleur que l’État ponctionne autant qu’il peut. C’est celui qui finance les retraites, les aides et la dette ; celui qui paie tout et qui n’a droit à rien. Elisabeth Lévy analyse les réactions à la tuerie de Trappes qui, depuis le 23 octobre, donne lieu à une instrumentalisation politique qui rappelle les pires heures du « théâtre antifasciste ». Médias et personnalités de gauche accusent désormais quiconque critique l’immigration d’avoir moralement armé l’auteur de ce crime épouvantable. Quel pays Alain Soral a-t-il choisi pour échapper à la justice occidentale ? Yoann Taïeb a traqué cet antijuif errant jusqu’en Russie, la patrie rêvée de l’ordre et de l’autorité. Hélas, le séjour a tourné court, et voilà notre gourou exilé à Tunis, rattrapé par ses mensonges et ses délires obsessionnels. Ce n’est pas du Soljenitsyne mais du roman picaresque.

Avant l’élection de Javier Milei, 180 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, prédisaient la « dévastation » de l’Argentine si son programme était appliqué. Comme nous le montre Thomas Lepeltier, deux ans et demi plus tard, la pauvreté y est au plus bas, les voyants économiques sont au vert, et nos experts aux abonnés absents. Louis Sarkozy a passé un week-end chez des aristos britanniques. Le château de Cliveden, grâce à son festival, est devenu un haut lieu littéraire. On peut y observer la noblesse britannique, encore debout malgré les scandales et la disparition de l’Empire. Jeunes loups de Reform, Tories vieillissants et cabillaud tiède sont au menu. Le déclin, certes, mais en tenue de soirée.

Chez nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles affirme que la prochaine présidentielle sera une bataille des imaginaires. Mais sur ce front, ceux qui ont participé au macronisme souffrent d’un terrible handicap : comment incarner l’espérance après avoir servi un pouvoir détesté ? Pour Ivan Rioufol, la « colère lycéenne » a vite basculé dans le palestinisme et la détestation de la France « coloniale ». Sous la houlette de LFI, les légitimes revendications ont été balayées par les intifadas. Emmanuelle Ménard nous raconte le 24 octobre à Béziers. Sans CRS ni Sentinelles, on craignait le pire, mais à la fin les manifestants se sont contentés de manifester. Gilles-William Goldnadel, président d’Avocats Sans Frontières, dénonce l’interprétation de l’attentat de Trappes par Le Monde. Alors qu’on ne sait rien des motivations du tueur, le quotidien du soir désigne les coupables.

Pour l’art moderne, l’imitation est un mal, mais quand il s’agit de satire, les imitateurs sont les bienvenus. Parmi eux, Thierry Le Luron était un virtuose. Au mois de novembre cette année, on marque le 40e anniversaire de sa mort. Jonathan Siksou raconte cet artiste mordant qui voyait en chaque politique une tête de Turc et qui ne cachait pas ses sympathies de droite. Il a dû son succès à son talent mais aussi à ses textes bien trempés. Bernard Mabille, son auteur, ressuscite ce jeune prince du music-hall mort il y a tout juste quarante ans dans un livre de souvenirs, Le rire de Mamée, publié en octobre aux éditions XO. Les millions de visiteurs du Louvre saluent la Joconde sans savoir ce qu’ils doivent à Vivant Denon, ce courtisan de Louis XV devenu, sous Napoléon, le maître d’œuvre d’un musée nourri par les conquêtes. Le fascinant parcours de cet esthète-aventurier est raconté par Emmanuel de Waresquiel dont il fallait le talent, selon Humbert Rambaud, pour mettre en lumière ce personnage « à mi-chemin d’un Talleyrand et d’un Stendhal ». Georgia Ray a visité l’exposition Zurbarán au Louvre. Le peintre espagnol a le génie de lier la matière la plus brute au mysticisme le plus pur. Chez lui, la grâce se loge dans une étoffe, un panier d’osier ou l’écorce d’un citron. Un art du sensible qui conduit au divin conjugué à une attachante foi dans le monde des hommes, typique de la Contre-Réforme.

C’est la même Georgia Ray qui parle du nouveau titre de notre confrère, Jonathan Siksou, intitulé Le Saccage de la beauté. Pourquoi notre monde s’enlaidit (Fayard). Notre époque a donné carte blanche à la mocheté. Elle investit les campagnes et les villes comme la langue et les arts. Ce livre, qui fait voler en éclat les pâles laideurs du monde, est un magnifique plaidoyer pour le travail sur soi qu’exige la constitution du goût. Alexandra Lemasson a lu l’enquête menée par Nathalie Azoulai sur la folie du bistouri. Car la beauté s’achète, surtout dans les cliniques de chirurgie de Los Angeles, où un ravalement de façade vous libère du poids des ans. Cette honte de l’âge est-elle un progrès ?

Un phénomène aussi fascinant qu’effrayant. Si vous vous demandez pourquoi plus personne ne veut être professeur, Pascal Louvrier conseille de lire le dernier roman de Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie (Gallimard). L’auteur a tout de même tenu neuf ans comme prof au collège, malgré le cynisme de la hiérarchie et la mesquinerie des collègues, avant de s’enfuir pour de bon. Enfin, Jean Chauvet salue la sortie en salle le 25 novembre d’un très grand film américain, d’une fiction sociale française digne de ce nom, et d’un documentaire en forme d’autoportrait : trois bonnes raisons d’aller au cinéma.

Et n’oubliez pas, cher lecteur, que si la vieillesse et – désormais – la jeunesse sont un naufrage, Causeur reste éternellement suspendu entre deux âges.

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Un vent d’Irlande souffle sur Paris

Théâtre, danse, musique: avec Focus Irlande, l’île dont la harpe celtique est l’emblème déploie à Paris une production artistique profondément originale…


Des poèmes dits en gaélique et qui appellent avec vigueur au rejet de la domination anglaise et de la langue honnie de l’occupant ; d’autres odes ou ballades versifiées par William Butler Yeats, Eavan Boland, Seamus Heaney ou Derek Mahon, prononcées en anglais par Stephen Rea ou en français par Isabelle Huppert ; des compositions irlandaises d’époques diverses exécutées à la harpe celtique (Eimar McDonagh) comme au violon (Eadaoin McDonagh) et qui délivrent le parfum si spécifique des musiques du pays du trèfle à trois feuilles ; des créations chorégraphiques de Michael Keegan-Dolan, Jean Butler ou Oona Doherty, profondément originales, aussi volontaires que solidement structurées et qui traduisent avec énergie l’identité d’un peuple combatif : des artistes des deux Irlandes ont fait salle comble au Théâtre de la Ville, là où s’est inauguré ce Focus Irlande présenté en complicité étroite avec le Centre culturel irlandais.

JENNIFER WALSHE – Ensemble Contrechamps © Guillaume Collignon

De jolies révélations

Il est toujours surprenant de pouvoir découvrir en une seule matinée, et d’une façon si convaincante, tout un pan de l’identité d’un pays par l’intermédiaire de ses créations artistiques. Mais cette journée inaugurale n’était qu’un avant-goût de toute une série de manifestations se déroulant jusqu’au 5 décembre, qui saluent la fin de la présidence de l’Union européenne assumée depuis juillet par l’Irlande et permettent de jolies révélations au public français.

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Elles débutent, ces manifestations, avec La Dernière bande de Samuel Beckett (Krapp’s Last Tape), monologue mis en scène par Vicky Featherstone et porté par l’une des grandes figures du cinéma irlandais, Stephen Rea (du 3 au 7 novembre, au Théâtre des Abbesses).

Une œuvre inclassable

Au théâtre succède la musique expérimentale avec la voix de Jennifer Walshe accompagnée de l’Ensemble Contrechamps, de Genève (Some Thinking and Feeling, le 18 novembre aux Abbesses), puis la danse avec un solo, Hope Hunt and the Ascension into Lazarus, de la chorégraphe Oona Doherty qui y parodie « la masculinité surjouée des bandes de garçons de Belfast » (du 24 au 27 aux Abbesses).

Sur la grande scène du Théâtre de la Ville va se déployer « une œuvre inclassable qui repousse les frontières de l’opéra », The Curing Line de Michael Gallen, où instruments traditionnels et bruits industriels, musique pop et chant lyrique se mêlent dans un maelström d’images et de sonorités (les 27 et 28 novembre).

A lire aussi: Et vous, vous savez qui est Jacques Bainville?

Outre deux productions voulues pour un public d’enfants, The Maker (Le Créateur) de Dan Colley où s’illustrent deux figures clownesques (du 5 au 8 novembre à diverses heures, salle de la Coupole au Théâtre de la Ville) et How to Catch a Star (Comment attraper une étoile), un spectacle créé pour des marionnettes (du 20 au 23 novembre, Théâtre de la Ville), le Focus Irlande s’achève avec force et fracas sur 1975 et Naoi Déag Seachtó Cúig, de Michael Keegan-Dolan, deux productions pour sept danseurs du Teac Damsa où 1975 représente une « Irlande rebelle et libre » (du 2 au 5 décembre, Théâtre de la Ville).

Jamais en France on n’aura eu une aussi belle opportunité de découvrir la production contemporaine de l’île d’Oscar Wilde, de James Joyce, de Bram Stoker, de Francis Bacon ou de Saint-Patrick. L’annonce peut-être d’échanges artistiques plus denses entre les deux pays.

EMILY TERNDRUP (c) Photo : Marcin Lewandowski

Focus Irlande
Théâtres de la Ville et des Abbesses, Paris. 01 42 74 22 77.

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Uruguay: que la visite du Pape redynamise la sauvegarde de la Création

Dans ce pays où, sous 60 000 km² de sol, se trouve le plus grand réservoir d’eau douce au monde, les franciscaines du Verbe incarné participent au «Réseau ecclésial du Gran Chaco et de l’aquifère du Guaraní», lancé en 2022 à l’initiative du CELAM pour promouvoir l’écologie intégrale, la synodalité et la défense de la biodiversité contre l’extractivisme, la déforestation et la pollution. «La foi implique chaque jour des responsabilités et des risques, pour tous. Dieu nous attend».

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Fiscalité : la France dernière de l’OCDE, et cette fois le classement est sans appel

La France termine 38e sur 38 dans l’International Tax Competitiveness Index 2026 de la Tax Foundation, avec 45,7 points sur 100. Elle est également dernière pour la fiscalité des entreprises. Ce classement ne mesure ni la qualité des services publics ni le niveau de vie : il juge la compétitivité et la neutralité des systèmes fiscaux. Mais au moment où le pays cherche encore de nouvelles recettes pour réduire son déficit, le résultat pose une question simple : jusqu’où peut-on augmenter les prélèvements sans affaiblir la base économique censée les financer ?


Competitivité fiscale : la France 38e sur 38, derrière la Colombie et l’Italie

Il existe des classements dont on peut discuter la méthodologie pendant des heures. Celui-ci mérite au moins d’être regardé, ne serait-ce que parce que la France ne termine pas simplement dans le dernier tiers : elle est dernière. Dans l’édition 2026 de l’International Tax Competitiveness Index, la Tax Foundation lui attribue 45,7 points sur 100 et la classe 38e sur les 38 pays de l’OCDE étudiés. La Colombie est 37e, l’Italie 36e et l’Espagne 35e. À l’autre bout du tableau, l’Estonie reste première.

La mauvaise place française n’est pas nouvelle. La France était déjà 38e en 2025 et son score est pratiquement inchangé. Sur la période 2014-2026, sa meilleure position n’a jamais dépassé la 36e place. Autrement dit, le problème relevé par l’indice n’est pas un accident provoqué par une mesure fiscale ponctuelle : il décrit une faiblesse structurelle du système.

La fiscalité des entreprises, point noir absolu

Le détail est encore plus sévère. La France est 38e pour la fiscalité des entreprises, 33e pour la fiscalité individuelle, 31e pour les taxes sur la consommation et 32e pour la fiscalité du patrimoine. Elle sauve seulement les apparences sur les règles fiscales transfrontalières, où elle occupe la 13e place grâce notamment à son vaste réseau de conventions fiscales.

La Tax Foundation pointe en particulier un taux supérieur d’imposition des entreprises de 36,1 % lorsqu’on intègre les différentes surtaxes, qu’elle présente comme le plus élevé de l’OCDE. Elle critique également les impôts de production et plusieurs prélèvements sur le patrimoine, les transactions financières, les successions ou l’immobilier, considérés comme particulièrement distorsifs pour l’investissement.

Competitivité fiscale : 47 % de prélèvements sur le travail, un vrai enjeu pour la France

L’autre chiffre spectaculaire concerne le travail. L’indice évalue à 47 % le poids combiné des prélèvements sur le travail en France, parmi les niveaux les plus élevés de l’OCDE. Ce constat rejoint d’ailleurs, avec une méthodologie différente, celui de l’OCDE elle-même. Dans son rapport 2026 consacré à la croissance et à la compétitivité françaises, l’organisation recommande de réduire la complexité du système et sa dépendance à la taxation du travail, estimant qu’elle peut décourager l’emploi et peser sur la productivité.

L’OCDE rappelle également que le ratio impôts/PIB français atteignait 43,8 % en 2023, soit environ dix points de plus que la moyenne de l’organisation. Elle ne préconise pas pour autant une baisse immédiate et générale des prélèvements : compte tenu de l’état des finances publiques, elle estime la marge de manœuvre limitée à court terme et recommande plutôt d’élargir certaines assiettes, de supprimer des niches inefficaces et de rééquilibrer progressivement le système.

A lire aussi : Égalité de tous devant l’impôt: l’autre séparatisme

Un classement libéral, mais un problème difficile à balayer

Il faut évidemment dire ce que mesure ce classement et qui le produit. La Tax Foundation est un think tank américain favorable à des systèmes fiscaux simples, neutres et favorables à l’investissement. Son indice récompense donc les pays dont la fiscalité correspond à cette philosophie. Être 38e ne signifie pas que la France serait le 38e pays de l’OCDE pour la qualité de ses services publics, son niveau de vie, sa protection sociale ou même ses performances économiques.

Mais cette réserve ne suffit pas à faire disparaître le sujet. Le classement ne dit pas seulement que la France prélève beaucoup. Il affirme surtout qu’elle prélève d’une manière qui pénalise particulièrement l’investissement, le travail et certaines décisions économiques. Et sur ce point, le diagnostic rejoint une partie des critiques formulées par l’OCDE, qui insiste elle aussi sur la complexité, le poids des prélèvements sur le travail et les distorsions créées par certaines taxes.

Toujours chercher une taxe de plus, le problème de la competitivité fiscale en France

C’est ce qui rend le résultat politiquement explosif. Depuis des mois, le débat budgétaire français ressemble à un inventaire de nouvelles recettes possibles : hauts revenus, grandes entreprises, patrimoine, rachats d’actions, consommation, petits colis, produits jugés mauvais pour la santé ou l’environnement. Chaque prélèvement peut avoir sa justification propre. Leur accumulation finit néanmoins par produire un système dont personne ne semble plus réellement maîtriser l’architecture.

La France doit réduire un déficit public considérable et ne peut pas simplement supprimer des dizaines de milliards d’impôts du jour au lendemain. Mais l’autre solution — ajouter continuellement des taxes à un système déjà parmi les plus lourds et les plus complexes — possède elle aussi ses limites. À force de chercher des recettes sur chaque activité, on peut finir par réduire l’activité sur laquelle les recettes sont prélevées.

Le classement de la Tax Foundation est donc moins intéressant comme palmarès que comme avertissement. La France n’est pas dernière parce qu’elle aurait oublié de créer suffisamment d’impôts. Elle l’est précisément alors qu’elle dispose déjà de l’un des systèmes fiscaux les plus développés du monde. La question n’est plus de savoir quelle taxe inventer, mais enfin lesquelles simplifier, déplacer ou supprimer pour que l’impôt finance l’État sans décourager ce qui le finance !

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Alsace-Lorraine: le pangermanisme dans les rangs de l’AfD doit-il nous inquiéter?

Une carte publiée récemment par un responsable de l’AfD a ravivé les inquiétudes autour des tentations pangermanistes. Était-ce une simple provocation? Ou de la nostalgie territoriale assumée?


Il est des anniversaires qui pourraient passer inaperçus si certains ne s’en saisissaient pour réécrire l’Histoire à leur manière.

Le 3 octobre 2026, alors que l’Allemagne célébrait le trente-sixième anniversaire de sa réunification, Luca Maurice Strauf, membre dirigeant de Generation Deutschland (GD), le mouvement de jeunesse de l’Alternative für Deutschland (AfD), a publié sur le réseau social X (anciennement Twitter) une carte représentant une Allemagne considérablement agrandie. L’Alsace, une partie de la Lorraine, le Luxembourg, l’Autriche, mais également des territoires suisses, italiens et d’Europe centrale figuraient dans cet ensemble territorial.

Accompagnant cette publication, une formule particulièrement évocatrice : « L’unité allemande signifie une Allemagne qui rassemble l’ensemble du peuple allemand au sein d’un seul État ».

Le responsable de GD a également évoqué une victoire d’étape sur le chemin de cet objectif, générant une réaction indignée du président de la région Grand Est. Franck Leroy, a dénoncé une provocation qu’il a estimé nécessaire de prendre au sérieux.

L’Alsace-Moselle, une vieille blessure européenne

Cette provocation, réalisée à coups d’intelligence artificielle et de nostalgie mal placée, serait presque risible si elle ne touchait pas en effet à une mémoire franco-européenne sensible.

Pour comprendre la portée de cette carte, il faut revenir à la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Sous l’impulsion du chancelier Otto von Bismarck, la Prusse engage alors une guerre contre la France de l’Empereur Napoléon III. Un conflit qui s’achève par la défaite française et la chute du Second Empire.

Le 18 janvier 1871, Guillaume Ier est proclamé empereur allemand dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Quelques mois plus tard, le traité de Francfort de mai suivant impose à la France la cession de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, soit près de 1 700 communes et environ 1,6 million d’habitants.

Cette annexion donne naissance au Reichsland Elsaß-Lothringen, territoire directement administré par l’Empire allemand. Elle provoque également des départs de populations refusant de devenir allemandes, tandis que d’autres s’adaptent progressivement à leur nouvelle nationalité. L’Alsace-Moselle devient ainsi un espace où s’entremêlent identités françaises, allemandes et régionales. Certains politiques locaux autonomistes songent même à créer une principauté autonome confiée à l’héritier au trône du Second Reich. L’idée va perdurer et l’Alsace-Lorraine devient même un enjeu territorial pour les royaumes du Wurtemberg et de Bavière.

La Première Guerre mondiale bouleverse une nouvelle fois la carte européenne. À la suite de la défaite allemande de 1918, les territoires annexés en 1871 sont réintégrés à la France. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : en 1940, après la défaite française face à l’Allemagne nazie, l’Alsace et la Moselle sont à nouveau annexées de fait au Reich, sans traité international reconnaissant cette incorporation.

Contrairement au reste de la France occupée, elle est directement intégrée au Reich et rattachée au Gau Baden-Elsaß, sous l’autorité du Gauleiter Robert Wagner. Le régime impose une politique de germanisation forcée : interdiction du français dans l’administration et l’enseignement, changement des noms de rues et de communes, répression des opposants et persécution des populations considérées comme indésirables. À partir de 1942, l’incorporation forcée des jeunes Alsaciens dans la Wehrmacht, les Malgré-nous, provoque de nombreux drames familiaux. Certains sont envoyés sur le front de l’Est, d’autres désertent ou rejoignent les Alliés. La région est également marquée par le camp de concentration de Natzweiler-Struthof.

Libérée progressivement par les troupes françaises et alliées entre 1944 et 1945, l’Alsace retrouve la souveraineté française, mais conserve une mémoire douloureuse de cette période, marquée par les expulsions, les résistances, les enrôlements forcés et les divisions au sein des familles.

Quelle est réellement la position de l’AfD vis-à-vis de la France ?

Le premier mouvement d’opposition allemand n’en est pas à sa première polémique concernant ses velléités supposées d’Anschluss 2.0.

En mai dernier, Marco Eggebrecht, jeune militant de Generation Deutschland avait également publié sur X une photographie accompagnée de cette phrase en allemand :  Elsass-Lothringen muss wieder in Deutschen Besitz übergehen. (« L’Alsace-Lorraine doit redevenir une possession allemande » en français). Quelques jours plus tard, l’eurodéputé AfD Tomasz Froelich avait également dénoncé sur ses réseaux sociaux ce qu’il qualifiait de politique française d’assimilation linguistique en Alsace, accusant Paris d’avoir contribué au recul de la langue alsacienne.

Des interventions qui laissent penser que certains membres de l’AfD cultivent encore une nostalgie du pangermanisme défunt.

Il serait toutefois excessif d’assimiler la publication de Luca Maurice Strauf à une revendication territoriale officiellement défendue par l’ensemble de l’AfD. Le programme politique du parti ne réclame ni l’annexion de l’Alsace ni celle de la Moselle comme le confirme le politologue Jérôme Vaillant à la Dépêche du Midi. De son côté, l’AfD a tenté de rassurer. « Cela ne correspond ni à nos critères en matière de politique historique, ni à notre conception de la realpolitik. Le patriotisme n’a pas besoin de fantasmes sur des cartes historiques », a déclaré Wendelin Fessl, porte-parole du parti d’extrême-droite qui compte 152 sièges (sur 328) au Bundestag. Un mouvement qui ne cesse de monter dans les sondages et qui a dernièrement remporté les élections en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

La vision européenne défendue par l’AfD mérite cependant une attention. Le parti revendique une Europe des nations souveraines, opposée à la construction d’un État fédéral européen. Il souhaite limiter les compétences de Bruxelles, réduire les mécanismes d’intégration communautaire et envisage même une sortie de l’Union européenne si ses propositions de réforme ne sont pas acceptées. Cette orientation concerne directement la relation avec Paris. Depuis le traité de l’Élysée signé le 22 janvier 1963 par le général Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer, la coopération franco-allemande constitue l’un des piliers de la construction européenne. Elle a été renforcée en 2019 par le traité d’Aix-la-Chapelle, qui approfondit notamment les collaborations diplomatiques, économiques, culturelles et militaires.

Officiellement, l’AfD ne propose pas pour autant de rompre avec la France. Son approche privilégie une coopération bilatérale entre États souverains plutôt qu’un approfondissement de l’intégration européenne. Cette différence de conception peut entrer en contradiction avec les ambitions politiques françaises, notamment lorsqu’il s’agit de défense commune, de politique industrielle européenne ou de gouvernance de l’Union.  

Contacté récemment par le quotidien allemand TAZ qui enquêté sur les volontés de l’AfD de récréer l’ancien espace vital du Reich, Luca Maurice Strauf a adopté un ton plus mesuré, assurant que sa publication ne visait nullement à réclamer le rattachement de territoires à l’Allemagne, mais entendait simplement rappeler l’« histoire partagée » et le « destin commun » unissant l’Allemagne et l’Autriche. Face au tollé général, la carte a été finalement supprimée de X et Strauf a fini par quitter ses fonctions au sein de Generation Deutschland. Officiellement pour des raisons personnelles.

Au-delà de la polémique, cette affaire rappelle combien les frontières européennes demeurent liées à une histoire faite de conflits, d’annexions et de réconciliations. Si l’AfD ne revendique officiellement aucun territoire français, les déclarations de certains de ses membres interrogent sur la place accordée aux frontières héritées de 1945 et sur la conception de l’Europe que porte une formation désormais installée au premier plan de la vie politique allemande.

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Ukraine : Xi Jinping refuse le « Yalta » de Trump et Poutine et renvoie la paix aux Européens

Vladimir Poutine rêvait d’un sommet avec Donald Trump et Xi Jinping pour discuter de l’Ukraine en marge de l’APEC. Pékin ne semble pas vouloir jouer ce rôle. Selon le président allemand Frank-Walter Steinmeier, Xi Jinping s’est montré surpris par l’idée et considère que la guerre est d’abord un conflit européen, qui doit être négocié avec les Européens à la table. Un refus intéressant : la Chine soutient politiquement Moscou, mais ne paraît pas pressée d’endosser la responsabilité d’un accord de paix dont elle n’aurait pas grand-chose à gagner.


L’idée avait tout d’un nouveau Yalta. Vladimir Poutine, Donald Trump et Xi Jinping réunis en Chine pour parler de l’avenir de l’Ukraine, sans Volodymyr Zelensky et sans les Européens. Le Kremlin avait confirmé dès le 19 octobre que l’hypothèse d’une rencontre à trois en marge du sommet de l’APEC, prévu les 18 et 19 novembre à Shenzhen, avait été évoquée. Donald Trump s’était dit ouvert à cette perspective. Pour Moscou, le format était évidemment séduisant : trois grandes puissances discutant du sort de la paix en Ukraine et de la sécurité européenne au-dessus de la tête des Européens.

Xi Jinping ne paraît pas partager cet enthousiasme, au moins sur l’Ukraine. Frank-Walter Steinmeier, qui l’a rencontré à Pékin le 30 octobre, a raconté à la télévision allemande que le président chinois s’était montré surpris lorsqu’il avait évoqué un sommet Trump-Poutine-Xi consacré à la guerre. Selon le président allemand, Xi estime qu’aucune préparation de ce type n’est en cours.

Vers la paix en Ukraine ? « C’est un conflit européen », répond la Chine

Le plus intéressant est la suite. Toujours selon Steinmeier, Xi Jinping lui a clairement indiqué que la guerre en Ukraine était un conflit européen et que les Européens devaient donc être présents à la table des négociations. Pékin ne rejette pas l’idée de discussions avec Washington et Moscou ; il refuse surtout, à ce stade, de devenir le troisième membre d’un directoire chargé de décider du sort de l’Ukraine.

Cette position ressemble presque à un cadeau diplomatique fait aux Européens, qui répètent depuis des mois qu’aucune paix durable ne peut être négociée sans eux et sans Kyiv. Friedrich Merz avait encore défendu cette ligne quelques jours auparavant : Russie, Ukraine, États-Unis et pays européens doivent être à la table, et une solution décidée par Moscou, Washington et éventuellement Pékin ne peut pas régler à elle seule une guerre qui engage directement la sécurité du continent.

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Paix en Ukraine : la Chine ne veut pas porter le plan américain

Il serait toutefois excessif d’en conclure que Pékin se rapproche soudainement des positions européennes sur le fond. La Chine continue d’entretenir une relation stratégique extrêmement étroite avec la Russie et reste l’un de ses principaux débouchés économiques. Les Occidentaux lui reprochent également de fournir des biens à double usage qui soutiennent indirectement l’effort industriel russe. Pékin continue, de son côté, à se présenter comme neutre et appelle Russes et Ukrainiens à des concessions mutuelles.

Le refus chinois est donc moins un ralliement à Kyiv qu’une manière de ne pas hériter du problème. Participer à un sommet de paix à trois placerait Xi au même niveau de responsabilité que Trump et Poutine. En cas d’échec, Pékin serait associé à l’échec. En cas d’accord défavorable à l’Ukraine, la Chine apparaîtrait comme l’une des puissances ayant imposé un partage territorial en Europe. Dans les deux cas, le bénéfice est incertain.

Poutine avait beaucoup à gagner d’un sommet à trois

Pour Vladimir Poutine, au contraire, le symbole aurait été considérable. Être assis avec les présidents américain et chinois pour discuter de la guerre reviendrait à consacrer le retour de la Russie au centre du jeu des grandes puissances. Le Wall Street Journal a rapporté que le dirigeant russe avait lui-même poussé l’idée d’un tel sommet. Kyiv avait immédiatement dénoncé un format qui risquerait d’encourager Moscou plutôt que de rapprocher la paix.

Le Kremlin nuance désormais. Dmitri Peskov reconnaît que l’idée d’une réunion à trois a été évoquée mais assure qu’aucun accord précis n’existe sur le format ou l’ordre du jour. Les préparatifs d’une rencontre bilatérale Xi-Poutine pendant l’APEC avancent, tandis que la possibilité d’un échange avec Trump reste discutée. L’Ukraine, elle, devrait retrouver Russes et Américains lors de pourparlers techniques à Abou Dhabi à partir du 10 novembre.

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Paix en Ukraine : l’Europe sommée de reprendre son propre dossier

Il y a enfin une ironie dans la position attribuée à Xi Jinping. Depuis le début de la guerre, les Européens reprochent régulièrement à la Chine son soutien à la Russie et lui demandent d’utiliser son influence sur Poutine. Pékin leur répond aujourd’hui, en substance, que cette guerre est européenne et que l’Europe doit être directement impliquée dans sa résolution.

Ce n’est pas exactement « débrouillez-vous », puisque la Chine continue à se présenter comme favorable aux négociations. Mais le message est assez clair : Xi ne semble pas vouloir devenir le garant du plan américain ni le troisième homme d’un sommet Trump-Poutine sur l’Ukraine. Il laisse aux Européens la responsabilité politique d’être présents et de défendre eux-mêmes l’architecture de sécurité qu’ils souhaitent pour leur continent. Pour l’Union européenne, souvent inquiète d’être marginalisée entre Washington et Moscou, c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Pékin ne valide pas un Yalta à trois sans elle. Mais il lui rappelle aussi que si elle veut peser sur la paix, elle devra faire davantage que demander une chaise à la table.

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Marseille : un mort pendant le tournage d’un clip, quand le narcobanditisme rattrape le rap

Un homme de 33 ans a été tué et un autre blessé par balle lundi soir près de la cité de La Cayolle, alors qu’un clip de rap était tourné dans les environs. Le parquet a ouvert une enquête pour homicide et tentative d’homicide en bande organisée. Il est encore trop tôt pour établir le scénario exact ou un lien avec le narcotrafic. Mais à Marseille, l’affaire résonne forcément avec une réalité devenue impossible à ignorer: les organisations criminelles ne se contentent plus des points de deal. Elles rackettent commerçants, influenceurs et rappeurs, au point que Jul aurait dû quitter la ville et que l’entourage de SCH a déjà payé un prix sanglant.


Les premières informations sont encore fragmentaires. Lundi 2 novembre, vers 21 h 20, les marins-pompiers interviennent dans les collines au-dessus de La Cayolle, dans le IXe arrondissement de Marseille. Un homme de 32 ans, touché à la cuisse, est transporté à l’hôpital. Non loin de lui, les secours découvrent un homme de 33 ans en arrêt cardiorespiratoire. Malgré les tentatives de réanimation, il meurt sur place.

Plusieurs personnes participaient alors au tournage d’un clip de rap dans le secteur. Était-ce une fusillade visant les participants ? Un accident avec une arme utilisée pendant le tournage ? Un règlement de comptes sans rapport direct avec le clip ? Les enquêteurs ne l’ont pas encore établi. Le parquet de Marseille a néanmoins retenu, à ce stade, des qualifications lourdes : homicide en bande organisée, tentative d’homicide en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime en bande organisée. La brigade criminelle est saisie.

Le narcobanditisme, le rap et Marseille : la Cayolle, un quartier marqué par le trafic

Le lieu n’est pas neutre. La cité de La Cayolle, située aux portes des Calanques, a longtemps abrité d’importants points de deal et reste considérée comme un secteur sensible, même si l’activité visible du trafic y a diminué. Là encore, cela ne permet pas de conclure que le meurtre de lundi est un « narchomicide ». Le contexte impose simplement de ne pas traiter la scène comme si elle se déroulait n’importe où.

Marseille vit depuis plusieurs années avec une criminalité organisée qui a changé d’échelle. Les guerres de territoires liées aux stupéfiants ont produit des dizaines de morts, mais les groupes les plus puissants se sont aussi diversifiés. La DZ Mafia, devenue l’organisation la plus emblématique de cette mutation, ne se contente plus de contrôler ou de taxer des points de vente. Les services spécialisés documentent des activités d’extorsion, de racket, de séquestration, de blanchiment et de fourniture de tueurs à gages.

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Jul aurait dû quitter Marseille

Le monde du rap marseillais se trouve mécaniquement exposé à cette économie criminelle, parce qu’il brasse de l’argent, affiche des signes de réussite et reste très lié à certains quartiers. Le Parisien révélait cet été que la DZ Mafia avait entrepris de racketter Jul « comme d’autres rappeurs ». Selon le quotidien, l’artiste aurait même dû déménager et quitter Marseille, tout en renforçant considérablement sa sécurité.

Le cas de SCH est encore plus brutal. En août 2024, un membre de son équipe avait été tué et un autre grièvement blessé après un concert à La Grande-Motte. Les enquêteurs ont travaillé sur la piste d’une tentative d’extorsion et sur les liens possibles avec le grand banditisme marseillais. L’affaire a rappelé qu’autour des artistes les plus connus, la frontière entre réussite économique, notoriété locale et convoitise criminelle peut devenir dangereusement mince.

Le racket, nouvelle frontière des narcos

Le phénomène dépasse d’ailleurs les rappeurs. Des commerçants, des influenceurs et même des joueurs de football ont été cités parmi les cibles de tentatives d’extorsion. L’idée est simple et terriblement efficace : une organisation qui contrôle un territoire considère qu’elle peut prélever une sorte d’impôt clandestin sur tous ceux qui y gagnent beaucoup d’argent. Refuser peut exposer à des menaces, des incendies, des tirs d’intimidation ou pire.

Le Monde décrivait déjà la DZ Mafia comme une organisation devenue à la fois souple, violente et structurée, capable d’étendre ses activités bien au-delà du trafic de cannabis. À La Castellane, six points de deal pouvaient générer ensemble jusqu’à 110 000 euros de chiffre d’affaires quotidien selon une note policière citée par le journal. Avec de tels flux financiers, le narcotrafic dispose des moyens de recruter, d’armer et de rémunérer très vite de jeunes exécutants.

Un clip de rap au milieu d’une ville sous pression

Il serait donc facile, mais prématuré, de transformer le mort de La Cayolle en nouvel épisode démontré de la guerre des narcos. Les enquêteurs doivent d’abord établir qui a tiré, avec quelle arme et pourquoi. La présence d’un tournage de rap peut être centrale comme elle peut être fortuite.

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Mais l’image est difficile à dissocier du contexte marseillais : un clip tourné de nuit, des armes à feu, un homme mort, un autre blessé et une enquête immédiatement ouverte pour homicide en bande organisée. Dans une ville où les rappeurs eux-mêmes sont devenus des cibles potentielles de racket, la scène dit quelque chose de l’emprise du grand banditisme, même avant que l’enquête ait livré son scénario définitif.

Le rap n’est évidemment pas la cause du narcotrafic marseillais. Il en est parfois le voisin, parfois le témoin et, de plus en plus souvent, l’une des activités économiques que les criminels cherchent à ponctionner. C’est peut-être cela, au fond, le plus inquiétant : lorsque le trafic devient suffisamment puissant pour imposer sa fiscalité clandestine au reste de la ville, il ne s’agit plus seulement d’un problème de drogue.

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Rouen : après l’ultradroite, la ville confrontée à des soupçons de violences antiblanches et antichrétiennes

En quelques jours, Rouen a vu se succéder des violences attribuées à l’ultradroite, une attaque contre un bar de supporters accompagnée d’insultes visant les «blancs» et l’agression de jeunes catholiques qui disent avoir été pris à partie alors qu’ils chantaient un cantique. Nicolas Mayer-Rossignol, qui avait réclamé la dissolution de groupes identitaires après les incidents du 24 octobre, condamne désormais également les violences du week-end. Une séquence qui rappelle une évidence parfois perdue dans le débat public: le racisme et la haine religieuse ne changent pas de nature selon l’identité de ceux qui frappent ou de ceux qui sont frappés.


Rouen est devenue, en quelques semaines, un petit laboratoire des tensions françaises. Le 24 octobre, des images montrant des militants identitaires s’en prendre à des manifestants avaient provoqué une vive polémique. Le maire socialiste Nicolas Mayer-Rossignol et la députée Florence Hérouin-Léautey avaient alors saisi le gouvernement et demandé la dissolution de plusieurs groupes d’ultradroite, notamment Les Normaux. Une enquête pour violences aggravées a été ouverte et les élus dénonçaient des militants agissant désormais « à visage découvert ».

Une semaine plus tard, le décor est différent mais la violence est toujours là. Samedi 31 octobre, vers 19 h 15, une trentaine de jeunes ont fait irruption devant Le Corner, un bar de supporters du FC Rouen situé à Sotteville-lès-Rouen. Quatre personnes ont été blessées, dont trois grièvement, selon les premiers éléments rapportés dans la presse. Des projectiles ont été lancés et des victimes auraient notamment été frappées avec des panneaux de signalisation. Le parquet a ouvert une enquête.

« Bande de blancs » : un possible mobile raciste au cœur de l’enquête

Ce qui transforme cette attaque en sujet politique tient aux mots entendus sur les vidéos diffusées depuis. On y distingue notamment des insultes visant explicitement les « blancs ». Un conseiller municipal présent sur place parle d’une attaque préparée et affirme que les agresseurs étaient venus « casser du blanc ». À ce stade, il faut conserver la prudence qu’exige une enquête en cours : le mobile raciste n’a pas encore été judiciairement établi et l’authenticité comme le contexte exact de chaque séquence devront être vérifiés.

Mais il serait tout aussi étrange d’écarter par principe l’hypothèse raciste lorsque des insultes raciales accompagnent une agression. La qualification ne peut pas dépendre de la couleur de peau des victimes. C’est d’autant plus frappant à Rouen que Nicolas Mayer-Rossignol avait organisé le 18 octobre, avec SOS Racisme notamment, un grand rassemblement contre le racisme au Zénith. Quelques jours plus tard, il dénonçait avec raison les violences de l’ultradroite. Le week-end suivant oblige la ville à regarder une autre forme possible de haine.

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Violences à Rouen : quatre jeunes catholiques hospitalisés

Une seconde affaire est venue s’ajouter à la première. Quatre jeunes catholiques affirment avoir été agressés dans la nuit du 31 octobre aux abords de la foire Saint-Romain. Selon leur récit, ils se rendaient à la fête foraine en chantant « Ressuscito, Alleluia » lorsqu’un groupe les aurait désignés comme des « fachos » avant de les frapper. L’un d’eux souffrirait notamment d’une fracture du plancher de l’orbite. Plusieurs plaintes ont été déposées.

Une nouvelle séquence relayée par Cerfia a encore accru la polémique. Elle reprend des images de l’attaque autour du bar Le Corner sur lesquelles on entend distinctement une insulte visant les « Blancs ». Le parquet appelle toutefois à la prudence : il indique qu’à ce stade « aucun lien ne peut être confirmé avec les vidéos non authentifiées ni datées diffusées sur des comptes sous pseudo sur les réseaux sociaux ». Les images et les propos justifient donc que la piste d’un mobile raciste soit examinée, mais l’enquête doit encore établir qui les a prononcés, à quel moment et s’ils sont directement liés aux violences ayant fait plusieurs blessés.

Là encore, il serait imprudent d’écrire dès aujourd’hui que la justice a établi une agression antichrétienne: elle ne l’a pas encore fait. Les déclarations des victimes et les circonstances qu’elles rapportent justifient en revanche que cette piste soit examinée. Être catholique, chanter un cantique ou porter un signe religieux ne transforme évidemment personne en militant politique et encore moins en cible légitime !

M. Mayer-Rossignol face à une semaine impossible à réduire à un seul camp

La réaction de Nicolas Mayer-Rossignol est intéressante parce qu’elle empêche justement de raconter Rouen avec un scénario trop confortable. Le maire avait été très offensif contre les violences identitaires et avait demandé des sanctions exemplaires. Il condamne désormais les nouvelles agressions. C’est cohérent : la fonction d’un maire n’est pas de choisir les victimes selon leur camp supposé.

Le contexte local rend néanmoins le débat explosif. À Rouen, militants antifascistes et identitaires se sont affrontés ou croisés dans plusieurs épisodes récents. Chaque camp diffuse ses vidéos, ses récits et ses accusations. Dans cet environnement, le risque est de transformer chaque agression en preuve générale sur une communauté entière. Les faits du 31 octobre ne permettent évidemment pas d’accuser une population ou une religion. Ils permettent en revanche de poser une question beaucoup plus simple: si des personnes ont été frappées parce qu’elles étaient perçues comme blanches ou chrétiennes, pourquoi faudrait-il avoir davantage de difficulté à nommer cette haine que lorsqu’elle vise d’autres groupes ?

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Les enquêtes devront établir les responsabilités, identifier les agresseurs et déterminer les mobiles. Mais un principe peut être posé avant même leur conclusion: une insulte raciale reste une insulte raciale, et une agression commise en raison d’une religion réelle ou supposée reste une agression à caractère religieux.

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ICE: attention, ça glisse!

Depuis la réélection de Donald Trump il y a deux ans, l’ICE a été au premier plan de l’actualité, avec des scènes d’interventions spectaculaires dans les grandes villes du pays. Problème: les résultats ne concordent pas avec les promesses présidentielles.


Le 29 septembre, en pleine campagne pour l’élection de mid-term, le vice-président américain JD Vance est invité dans l’émission en ligne The Vince Show, animée par Vince Coglianese, un podcasteur crédité de 20 millions d’auditeurs. « Venir aux États-Unis de manière clandestine est un crime, et nous le traitons comme tel », lance-t-il à son hôte qui l’interroge sur la police intérieure de l’immigration, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE).

La police controversée n’atteint pas les objectifs fixés

C’est notamment en s’engageant à mettre en place « le plus vaste programme d’expulsion de l’histoire américaine » que Donald Trump s’est fait réélire président il y a deux ans. Une promesse de nature à plaire non seulement à sa base MAGA, mais aussi aux électeurs Républicains plus modérés et même aux indépendants. Arrivés à mi-mandat, un constat s’impose: on est loin, très loin du million d’expulsions prévues. En juillet, l’ICE rapportait qu’elle avait effectué seulement 356 000 expulsions au cours des douze mois écoulés. Soit presque deux fois moins que le chiffre obtenu en 2012, sous la présidence de Barack Obama, qui avait alors reconduit 650 000 immigrés à la frontière.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est en effet le Démocrate Obama qui, jusqu’à maintenant, détient le record d’expulsions réalisées par un locataire de la Maison-Blanche. Sous son administration, la moyenne des reconduites à la frontière de clandestins s’est située à environ 350 000 par an.

Si les résultats de l’ICE peuvent paraître satisfaisants aux yeux des partisans les plus résolus de Trump, ils sont en réalité dérisoires par rapport aux moyens colossaux qui lui ont été accordés. En 2025, le Congrès a voté 75 milliards de dollars de fonds supplémentaires, venant s’ajouter à son budget annuel de 10 milliards de dollars. Un montant censé financer l’expansion de l’agence jusqu’en 2029, notamment l’accroissement de ses capacités de détention, de son personnel et de ses achats.

Parmi les dépenses engagées grâce à cette rallonge, on peut citer un contrat d’un milliard de dollars avec la société Palantir pour la mise en place d’un outil numérique attribuant, à l’appui des données de la sécurité sociale (Medicaid), un « score de confiance » à chaque personne susceptible d’être expulsée; mais aussi une commande d’un montant de 140 millions de dollars à Lenco Industries, un constructeur de véhicules blindés; ou bien encore 20 millions de dollars versés  à l’entreprise Compliant Technologies pour l’achat de gants à décharge électrique.

Comment expliquer que les résultats n’aient pas été au rendez-vous ? Tout d’abord, il y a l’obstacle de l’État de droit. Même en augmentant le nombre d’arrestations, les détenus doivent en effet passer devant un tribunal avant d’être expulsés (provenant majoritairement du Mexique, du Guatemala et du Honduras, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs pays d’origine. Une minorité se retrouve toutefois dans des pays tiers partenaires des États-Unis, comme le Salvador, le Soudan ou le Rwanda, où des centres de détention ont été créés aux frais de Washington). En juillet, plus de 65 000 personnes arrêtées par l’ICE attendaient ainsi d’être présentées à un juge. Sur le budget de l’ICE, 60 %, des dépenses sont allouées aux frais de détention provisoire qui découlent de cet embouteillage.

Bavures

Mais un autre problème a ralenti l’ICE : ses bavures. Celles-ci ne pouvaient que se produire au regard de la méthode principale employée, celle du « surge » (renfort massif), consistant en un déploiement bref et intense d’agents dans une ville « sanctuaire », suivi d’un transfert vers une autre. La période la plus intense de ces interventions se situe entre juin 2025 et le début de l’année 2026. Une ambiance de guerre civile s’est alors installée, particulièrement au début des opérations, quand Donald Trump a eu recours à la Garde nationale pour ramener l’ordre dans les villes contestant le plus la présence de l’ICE, en particulier Los Angeles, Chicago et Portland.

À Minneapolis, où près de 2 000 agents fédéraux ont été déployés, Renée Good, une citoyenne américaine, a ainsi été abattue le 7 janvier 2026 au volant de sa voiture par un agent de l’ICE. Le gouvernement a affirmé qu’elle avait utilisé son véhicule comme une arme contre les agents. Le gouverneur Tim Walz, qui dit avoir vu les images, tout comme le maire Jacob Frey, contestent cette version, et des témoins assurent que Renée Good cherchait en réalité à s’éloigner des policiers.

Moins de trois semaines plus tard, le 24 janvier, Alex Pretti, infirmier en soins intensifs dans un hôpital pour anciens combattants, est tué par un agent de la Border Patrol lors d’une autre opération. Le gouvernement affirme qu’il s’est approché des agents armé d’un pistolet et leur a violemment résisté. Le chef de la police de la ville a indiqué qu’Alex Pretti possédait légalement son arme et n’avait aucun casier. Des images semblent montrer le jeune maîtrisé par plusieurs agents avant de recevoir les coups de feu.

La cause de ces bavures tient moins à la nature de la mission de l’ICE en tant que telle qu’à la rapidité avec laquelle l’administration Trump a fait grossir l’agence. Pour atteindre les objectifs de recrutement, l’ICE a supprimé l’âge minimum de 21 ans pour le ramener à 18 ans, et a aboli la limite d’âge supérieure qui se situait auparavant entre 37 et 40 ans. En août 2025, un agent de l’ICE chargé de superviser les enquêtes de moralité a déposé un signalement, affirmant que l’agence avait recruté un grand nombre d’employés sans effectuer les vérifications de base, en violation des règles fédérales. Ce défaut d’encadrement peut expliquer en partie le manque de professionnalisme de la part de certains agents de l’ICE.

Résultat de ces bavures, l’ICE poursuit ses missions depuis cet été de manière plus discrète. Il est important de souligner que ce n’est pas le principe de l’expulsion des immigrés illégaux qui est rejeté par les Américains : 61 % d’entre eux y sont favorables selon une enquête de Reuters-Ipsos datant de février. Ce sont plutôt les méthodes employées qui font polémique. Selon un sondage Fox News mené du 11 au 14 septembre, 53 % de la population estime que l’application des lois migratoires par l’administration Trump est allée trop loin. Cette division se reflète dans le paysage médiatique.

Ainsi chez les pro-Républicains, le commentateur Jesse Watters qualifie de « formidables » les centres de détention de l’ICE, et le site The Federalist invite l’ICE à ne pas céder à la politique d’« apaisement ». Chez les pro-Démocrates en revanche, la journaliste Rachel Maddow, de la chaîne d’information continue MSNBC, décrit l’ICE comme une « police secrète », une expression reprise par la gouverneure du Maine, Janet Mills.

Mais la critique ne vient pas que de la gauche. Un éditorial du Wall Street Journal, journal conservateur, a récemment appelé à ce que l’ICE cesse de « tirer sur des gens dans la rue ou arrêter des gamins de cinq ans », faisant référence à Liam Conejo Ramos, un garçon équatorien placé en détention aux côtés de son père, Adrian Conejo Arias, au centre de détention pour familles de Dilley, au Texas.

Si le clivage est avant tout partisan, il traverse aussi l’électorat pivot. Selon un sondage Fox News, 60 % des indépendants jugent l’application des lois migratoires excessive, et leur approbation de la politique d’immigration du président est passée de 37 % en mars 2025 à 23 % en février. Enfin, d’après l’institut Emerson, 82 % des électeurs noirs et 55 % des Hispaniques jugent la présence de l’ICE plus nuisible qu’utile. Donald Trump pourrait perdre lors des midterms l’avantage qu’il avait gagné au cours de la présidentielle au sein de ces populations. Il a lui-même concédé, après Minneapolis, qu’il faudrait peut-être « un peu plus de douceur ».

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Le Pape Léon XIV attendu au sommet des Andes

L’étape de Léon XIV à Cuzco, ville péruvienne des Andes, située à 3 400 mètres d’altitude, sera brève et intense, mais «l’Église s’est beaucoup préparée», témoigne le père Walter Corsini, vicaire général des Missionnaires Serviteurs des Pauvres. «Sur la Cordillère, une grande spiritualité mise à mal par un tourisme souvent envahissant. Je suis arrivé il y a trente ans comme volontaire avec beaucoup d’idées préconçues; j’ai rencontré un rythme lent, humain, à redécouvrir.»

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Léon XIV en Amérique latine, un voyage placé sous le signe de l’écoute et de l’unité

Le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, en présence de la nouvelle préfète du dicastère pour la Communication, Montserrat Alvarado, a présenté aux journalistes le long voyage apostolique du Pape en Uruguay, en Argentine et au Pérou, du 6 au 17 novembre. Au cœur de ce voyage: le témoignage des Églises locales, la dignité humaine et la responsabilité des chrétiens dans la construction du bien commun.

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Midterms: les Républicains peuvent-ils encore déjouer les pronostics?

Les Américains votent aujourd’hui pour renouveler l’intégralité de la Chambre des représentants, un tiers du Sénat et les gouverneurs de 36 États, déterminant ainsi quel parti contrôlera le Congrès pour les deux prochaines années. Les Démocrates sont les écrasants favoris.


Pour presque tous les observateurs, l’affaire est entendue ! Les Démocrates vont remporter la Chambre des représentants. À l’issue du scrutin des midterms, ce 3 novembre, ils auront 218 sièges ou plus, contre 217 ou moins pour les Républicains…

La Chambre des représentants compte 435 élus et tous les sièges sont à pourvoir lors de ce scrutin, comme à chaque élection. Decision Desk HQ, le premier site de collecte de données électorales, prévoit 241 sièges pour les Démocrates ; la chaîne CNN en annonce 237 ; CBS, 229 ; le Wall Street Journal, 224 ; Fox News, 223… Bref, même les médias pro-Républicains (WSJ) ou pro-Trump (Fox) annoncent un basculement de la majorité à la Chambre.

La peau de l’ours

M. Hakeem Jeffries, élu Noir de New York et chef de la minorité démocrate, qui ambitionne de devenir le speaker de la Chambre en cas de victoire démocrate, s’inquiétait même d’une transition fluide et pacifiée du pouvoir… Ce à quoi le speaker actuel, Mike Johnson, élu de Louisiane, lui a répondu qu’il allait un peu vite en besogne. Il a ajouté qu’il convient de laisser les électeurs se prononcer avant de se ruer sur le butin, d’autant que ce que lui-même a observé en campagne n’augure pas d’une défaite républicaine…

Mike Johnson n’est pas un analyste impartial. En tant que chef des Républicains à la Chambre, il lui importe d’abord de mobiliser ses troupes, et pour cela, il doit maintenir l’espoir d’une victoire. Mais si, au bout du compte, c’était lui qui avait raison ? Et si les Républicains défiaient les pronostics ? La surprise serait de taille. Énorme ! Est-elle seulement possible ? Oui, absolument.

Peu probable, mais…

Il existe plusieurs scénarios permettant aux Républicains de conserver leur majorité à la Chambre. Ces scénarios ont une faible probabilité de se réaliser, mais ils restent possibles. Voici les possibilités et les conditions d’un maintien de la majorité républicaine à la Chambre des représentants.

Aujourd’hui, les Républicains ont cinq sièges d’avance. Comme il n’y a que deux partis, Républicains et Démocrates (les élus qui se revendiquent indépendants votent en général avec les Démocrates), toute perte pour l’un est un gain pour l’autre. De sorte qu’un gain de trois sièges seulement suffit aux Démocrates pour devenir majoritaires.

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Or, l’immense majorité des 435 scrutins laisse peu de doute quant au résultat. Selon le Cook Political Report, bible des centres d’observation de la politique américaine, les Démocrates sont quasi assurés de remporter 204 sièges (il s’agit des sièges qualifiés de « solidement démocrates » [186] et « probablement démocrates » [18]) et les Républicains 178. Restent donc 53 sièges à déterminer. Parmi eux, 18 penchent du côté démocrate, 17 penchent du côté républicain et 18 autres sont véritablement indécis, les fameux toss-ups.

Le défi pour les Républicains est d’empêcher les Démocrates de parvenir à 218. Pour cela, ils doivent donc remporter tous les scrutins indécis (les 18 toss-ups), tous les scrutins qui penchent en leur faveur (17) et aller encore remporter cinq scrutins parmi ceux où les Démocrates sont donnés en position favorable…

La gageure est considérable. Elle exige un parcours parfait de tous les candidats républicains, plus quelques surprises… Pour se réaliser, ce scénario demande la conjonction de quatre éléments :

  • Que les sondages se trompent et surestiment les chances des candidats démocrates. C’est possible, car c’est déjà arrivé. En 2016 par exemple, année de la première victoire présidentielle de Donald Trump, les sondages avaient sous-estimé les chances des candidats républicains de 3,9 % ! Si l’on projette une telle marge d’erreur sur les sondages de 2026, cela laisse anticiper 219 sièges pour les Démocrates contre 216 pour les Républicains. Soit une majorité d’un seul siège pour les Démocrates ! Toute marge d’erreur des sondages supérieure ou égale à 4 % déboucherait sur une victoire des Républicains à la Chambre. En 2020, les sondages s’étaient trompés de… 6,9 % en faveur des Démocrates. Si c’était le cas en 2026, les Républicains gagneraient une dizaine de sièges et conserveraient leur majorité (228 contre 207) !
  • Que la mobilisation républicaine soit forte et que celle des Démocrates ne le soit pas. Typiquement, une élection présidentielle mobilise 63 % des électeurs américains contre seulement 48 % pour un scrutin de mi-mandat, soit une chute de quinze points. Sur le plan national, cela représente plus de 25 millions d’électeurs qui ne vont pas voter aux midterms. Qui sont ces électeurs moins motivés ? D’abord les jeunes et très jeunes. Moins de 30 % des Américains de moins de 24 ans votent aux midterms, et à peine 35 % des moins de 30 ans. Or, ces électeurs votent plutôt… démocrate. À l’opposé, les personnes âgées (65 ans et plus) votent en nombre comparable aux présidentielles et aux midterms ! Au sein de ce groupe, le Parti républicain dispose d’un avantage certain. En clair, les Républicains doivent favoriser la participation des séniors et espérer une faible participation des jeunes.
    En 2024, Donald Trump avait rassemblé 74 millions d’électeurs sur son nom. Un record pour un candidat républicain. S’il est capable de renouveler ce niveau de participation, les Républicains ont de vraies chances de conserver leur majorité. C’est la raison pour laquelle le président a été si actif les dernières semaines de campagne, sillonnant les États et districts républicains à raison de trois réunions publiques par jour. Et c’est pourquoi il a aussi insisté auprès de ses troupes pour « faire comme si j’étais sur les bulletins de vote ».
    Les Républicains n’ont même pas à mobiliser des millions d’électeurs. Il leur suffit de mobiliser les bons électeurs au bon endroit. En 2022, lors des dernières élections de mi-mandat, 26 scrutins ont été décidés avec moins de 10 000 voix d’écart, parfois quelques centaines. En clair, il suffit aux Républicains de faire se déplacer quelques centaines ou milliers d’électeurs localement pour faire pencher la balance en leur faveur.

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  • Que les électeurs démocrates se désolidarisent d’un parti désormais contrôlé par ses franges les plus radicales. Ce n’est plus une nouvelle, le Parti démocrate est tombé sous la coupe du « wokisme » et du « marxisme ». La politique de l’identité, l’abolition des frontières, l’ouverture à une immigration sauvage, la contestation de l’autorité (celle des parents comme celle de la police ou du gouvernement), ainsi qu’un rejet du capitalisme qui a fait la richesse des États-Unis et une condamnation d’Israël, allié historique et privilégié, sont désormais les piliers de l’idéologie du Parti démocrate.
    Le parti de l’âne n’a plus rien à voir avec ce qu’il fut sous John F. Kennedy ou même Bill Clinton. Certains de ses ténors l’ont quitté, tels Robert Kennedy Jr. et Tulsi Gabbard. D’autres soulignent leur rejet d’une telle ligne, comme le sénateur de Pennsylvanie John Fetterman ou le vieux stratège James Carville. À New York et dans le Michigan, les organisations juives, soutien historique du Parti démocrate, incitent leurs membres à s’abstenir ou à voter républicain face à la montée de l’antisémitisme dans les rangs du parti.
    Dans le Michigan, justement, à la veille du scrutin, Haley Stevens, la candidate démocrate battue aux primaires par le radical-islamiste Abdul El-Sayed, a appelé ses électeurs à voter pour son adversaire républicain ! Une rupture spectaculaire et inédite, justifiée, a-t-elle dit, par la haine d’Israël véhiculée par El-Sayed et sa campagne.
    Ce rejet peut-il aller jusqu’à faire basculer le résultat au Michigan et au-delà ? Peut-être. C’est en tout cas une mise en garde de taille quant à la menace que certains candidats démocrates représentent aujourd’hui pour les institutions et traditions américaines.
  • Que les scrutins indécis au Sénat mobilisent les électeurs républicains et leur donnent également l’avantage down ballot (c’est-à-dire sur le reste des candidats en lice). Parmi les 17 scrutins indécis pour la Chambre des représentants, trois se situent dans le Michigan, deux dans l’Ohio, deux autres dans l’Iowa et deux encore au Texas. Or, dans chacun de ces États se tient également une élection très disputée pour le siège de sénateur. À l’évidence, les deux scrutins vont déteindre l’un sur l’autre. Si la balance penche en faveur du sénateur républicain, elle penchera également en faveur des autres candidats républicains. Et inversement !

En 2016, les Démocrates avaient commis le péché d’hybris et s’étaient crus plus forts qu’ils ne l’étaient vraiment. Leur assurance à l’approche des midterms de 2026 laisse à penser qu’ils n’ont pas vraiment appris de cette expérience. Certes, la probabilité qu’ils emportent la Chambre est forte — CNN chiffre cette probabilité à 92 % —, mais elle n’est pas totale. Reste donc à voir ce que les électeurs décideront aujourd’hui.

Cet article a d’abord paru sur le blog de Gerald Olivier.

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En novembre le Pape prie «pour un bon usage de la richesse»

L’intention de prière de Léon XIV pour ce mois de novembre a été rendue publique ce mardi. Le Saint-Père invite l’Église universelle à prier afin de se rappeler et d’approfondir la conviction qu’«en partageant, nous construisons l’avenir». «Rien ne nous appartient en propre, tout est un don à partager», affirme Léon XIV, implorant aussi l’Esprit Saint afin de «nous enseigner à utiliser ce que nous possédons –argent, temps, talents, opportunités– comme des instruments de fraternité».

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Patriote, moi? Jamais!

Certains profs traînent les pieds face à une circulaire de l’Éducation nationale qui instaure une cérémonie en hommage à tous les morts pour la France. «Cultiver le patriotisme, c’est un glissement dangereux», affirme l’élue LFIste Hélène Macon, en Loire-Atlantique.


Des syndicats de profs dénoncent la commémoration du 11-Novembre à l’école.

Les syndicats de profs, ça ose tout. Non contents d’encourager les élèves dans leurs pires illusions, ils refusent que ceux-ci rendent hommage à ceux qui sont morts pour eux, alors qu’il serait urgent de restaurer le sens de l’appartenance nationale.

Édouard Geffray avait pourtant pris mille précautions pour ne pas froisser les allergiques au tricolore. Sa circulaire du 2 juillet demande à tous les établissements du primaire et du secondaire d’organiser, autour du 11-Novembre, un « hommage annuel » à tous les morts pour la France. « Il ne s’agit pas de célébrer la guerre, mais la paix conquise, la liberté préservée et la résilience », pouvait-on lire. Avec une Marseillaise à la fin. Vous savez, ce chant qu’on entonne dans les stades, seul domaine où le patriotisme n’est pas suspect.

Le braillomètre se déchaîne. « Refusons l’embrigadement », déclare le SNES-FSU, qui appelle carrément au boycott. « L’école ne doit pas être l’antichambre de la guerre ! », renchérit SUD Éducation. Le FSU-SNUipp fustige un « catéchisme militaro-patriotique ». Le conseil municipal de Saint-Jean-de-Boiseau, près de Nantes, demande l’abrogation de la circulaire. Cultiver le patriotisme, dit une élue, c’est un « glissement dangereux ».

On ne peut certes pas interdire aux profs d’avoir une opinion. La gauche, autrefois patriote, a répudié la nation, tenue pour l’antichambre du fascisme. C’est son droit. Pour les profs, c’est autre chose : ils ont le devoir de garder leurs opinions pour eux. Sinon, demain, ils refuseront de parler de Napoléon ou de Louis XIV (ces fascistes !). Et même de Léon Blum, qui décida que le 11 Novembre serait la fête de la paix internationale et de la défense nationale.

Leur boulot, c’est d’introduire les élèves dans un monde qui les a précédés, de leur apprendre la gratitude pour les grands auteurs et pour tous ceux qui ont sacrifié leur vie. Bref, de leur enseigner qu’il y a quelque chose de plus grand qu’eux.

L’école est aussi le premier lieu d’assimilation, celui où des enfants peuvent s’approprier une histoire qui n’est pas celle de leurs parents. « Quel que soit le parcours singulier de chacun, la France émancipe par ce qu’elle donne en partage : un héritage collectif auquel chacun de ses enfants peut prétendre », écrit Édouard Geffray. Peu importe que nos ancêtres fussent ou non Gaulois, le 11 Novembre, les Poilus, les monuments aux morts, c’est notre mémoire partagée. On ne peut pas obliger des profs à aimer l’histoire de France, mais ils doivent la transmettre. Sinon, ils peuvent changer de métier.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Élisabeth Lévy du lundi au jeudi après le journal de 8 heures.

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En Côte d'Ivoire, la pastorale des migrants placée sous le signe de l'espérance

La sous-commission épiscopale chargée de l’apostolat de la mer, des migrants, des réfugiés, du tourisme et des personnes en déplacement a officiellement lancé son année pastorale 2026-2027, au cours d’une messe célébrée dimanche 1er novembre à Abobo. À cette occasion, le père Emmanuel Aka Amon, secrétaire exécutif national de la structure, a exhorté les membres à raviver leur engagement afin de devenir de véritables artisans d’espérance auprès des populations vulnérables.

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Le Pape revient sur son voyage en France, «une expérience inoubliable»

Les évêques de France ont entamé leur assemblée plénière d’automne à Lourdes ce mardi 3 novembre. À cette occasion le Pape leur a envoyé une lettre, les remerciant pour sa visite un mois plus tôt dans le pays et les invitant à réfléchir aux fruits pastoraux de cette visite. Dans son message, Léon XIV insiste en particulier sur l’éducation et l’accompagnement des jeunes, mais aussi des victimes d'abus et d'emprise dans l'Église.

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Le Pape aux jeunes: «Vous ferez l’expérience de la beauté de l’Église lors des JMJ 2027»

Dans son message adressé aux jeunes à l’occasion de la 41e Journée mondiale de la jeunesse, le Pape les exhorte à «présenter au Christ leurs questions, leurs blessures, mais aussi celles qui déchirent les sociétés et opposent les pays». Au milieu des contradictions, souligne-t-il, «les chrétiens sont appelés à suivre le Christ dans son courage paisible: le courage d’aimer, de rechercher la paix et de préserver l’espérance.

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Père Moral: «En Argentine, le Pape sera la voix de l’unité et du dialogue»

Aux côtés de Robert Francis Prevost pendant 12 ans à la tête des Augustins, le père Alejandro, qui a été vicaire général puis prieur, se trouve aujourd’hui à Buenos Aires après avoir achevé ses deux mandats. Il attend avec impatience l’arrivée de son confrère devenu Pape le 8 mai 2025. «Il nous aidera à grandir, à aller de l’avant ensemble en recherchant le meilleur pour ce grand pays».

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Vie consacrée, une collaboration pour prendre soin des religieuses âgées

Un rapport de la Fondation ''The Anna Trust'', publié lundi 2 novembre, relate des exemples de solidarité entre religieuses au Canada, au Kenya, au Mexique, aux États-Unis et en Zambie. La présidente, sœur Patricia Murray, déclare que «la plus grande opportunité réside dans le fait d’aider les congrégations à se réunir, à travailler ensemble et à apprendre les unes des autres».

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Midterms: ces sept scrutins capitaux à surveiller aujourd’hui

James Talarico au Texas (notre photo), Abdul El-Sayed dans le Michigan, Vivek Ramaswamy et Jon Husted dans l’Ohio, Michele Tafoya dans le Minnesota, Susan Collins dans le Maine… Mais aussi le Kansas, l’Iowa, l’Alaska… Les candidats républicains sont en grande difficulté dans six des sept États capitaux, résume notre expert.


Le contrôle du Sénat est devenu l’enjeu numéro un des élections de mi-mandat aux États-Unis. Beaucoup tiennent pour acquis que la Chambre des représentants va basculer en faveur des Démocrates, mais pour le Sénat, les choses sont moins claires. Or, pour marquer leur victoire et asseoir leur contrôle sur l’appareil législatif, les Démocrates ont besoin de la majorité au Sénat également. Actuellement, la chambre « haute » du Congrès américain compte 53 élus républicains contre 47 démocrates (en réalité 45 Démocrates plus 2 Indépendants qui votent avec eux…). Les Démocrates ont besoin d’un gain net de quatre sièges pour parvenir à 51. En effet, en cas d’égalité 50-50, les Républicains garderaient leur majorité grâce au vote décisif de JD Vance qui, en tant que vice-président, est également président du Sénat.

Sur les 35 sièges de sénateurs à renouveler, plus d’une douzaine sont indécis. Dans un scénario très favorable (et très peu probable), les Républicains pourraient gagner cinq sièges. Dans un scénario très défavorable (et tout aussi peu probable), ils pourraient en perdre neuf.

Les Républicains ont déjà fait une croix sur la Caroline du Nord. Thom Tillis, le sénateur républicain sortant, se retire, et l’ancien gouverneur démocrate Roy Cooper est donné en tête avec huit à dix points d’avance pour lui succéder face au Républicain Michael Whatley, pourtant soutenu par Donald Trump.

Sept scrutins sous haute tension

Sur les scrutins indécis restants, sept sortent du lot. Il s’agit des élections au Texas, dans le Michigan, dans l’Ohio, au Kansas, dans l’Iowa, ainsi qu’en Alaska et dans le Maine. Sur ces sept sièges, six sont actuellement aux mains des Républicains. C’est là, sur ces sept scrutins capitaux, que l’élection et la majorité vont se jouer.

Pour les Républicains, la bataille la plus importante est celle du Texas. C’est un siège à ne pas perdre. Aucun Démocrate n’a été élu sénateur du Texas depuis près de quarante ans, le dernier étant Lloyd Bentsen en 1988. Une défaite républicaine y serait un séisme politique.

Le Républicain Ken Paxton, ex-garde des Sceaux (attorney general) de cet État, affronte le Démocrate James Talarico, représentant de 37 ans au sein de l’Assemblée d’État. Le sénateur républicain sortant John Cornyn briguait un nouveau mandat, mais il a perdu la primaire du parti face à Paxton, soutenu par Trump.

En 2020, John Cornyn avait été réélu avec huit points d’avance, et en 2024, Donald Trump a battu Kamala Harris de quatorze points lors de la présidentielle au Texas. Une victoire de M. Talarico serait donc une perte symbolique majeure pour les Républicains et un désaveu du président. Or, selon les sondages, cette victoire est possible : le scrutin est classé parmi les toss-ups (résultats incertains), avec les deux candidats à égalité, 49-49.

Les fractures de la droite texane

Comment les Républicains ont-ils pu se retrouver en pareille difficulté ? L’explication tient à la bataille interne entre l’establishment modéré, qui soutenait M. Cornyn lors de la primaire, et les partisans MAGA, qui se sont rangés derrière M. Paxton à la suite de Donald Trump. Or, si Paxton fait preuve d’une loyauté sans faille à l’égard du président, il manque d’assurance, voire de charisme. De plus, il a fait face à des accusations de fraude et de corruption, et a affronté une procédure d’impeachment en 2023. Résultat : les Républicains ont du mal à faire le plein des voix de leur propre camp.

Dans le même temps, l’attention et la sympathie dont James Talarico a bénéficié de la part des médias ont crédibilisé sa candidature — une véritable gageure quand on connaît le personnage.

M. Talarico est un enseignant doté d’une formation en théologie, qui cite régulièrement les Écritures et désigne sa foi chrétienne comme la source de son progressisme compassionnel. Il parle comme un prêcheur pour se concilier le vote des chrétiens de gauche. Il vient toutefois de l’aile la plus radicale du parti et a passé l’essentiel de la campagne à désavouer ses propres prises de position passées sur l’avortement, les questions de genre, l’éducation ou l’énergie, parce qu’elles étaient beaucoup trop extrêmes pour l’électorat qu’il courtise aujourd’hui.

Sur bien des points, Talarico se situe d’ailleurs à l’opposé de ce qui définit le Texas et les Texans.

L’affrontement de modèles culturels opposés

Le Texas est la capitale de l’industrie pétrolière aux États-Unis. Exploration, forages, production, raffinage : le pétrole fait la fortune de Houston et de l’ensemble de l’État depuis un siècle. Or, M. Talarico est un fervent défenseur de la transition énergétique et des énergies renouvelables, essentielles selon lui pour lutter contre le réchauffement climatique.

Le Texas est également l’État des cowboys et des ranchers, où l’industrie bovine occupe toujours une place de choix dans l’économie locale. Talarico, lui, est végétarien !

Enfin, le Texas est l’État de la testostérone : il y existe un culte de la masculinité et du machisme qui donne de l’urticaire aux féministes. Or, M. Talarico affiche un physique androgyne et une affection particulière pour les causes LGBTQ+ et transgenres.

Pour toutes ces raisons, Talarico devrait être loin à la traîne dans les sondages. Qu’il ne le soit pas illustre le nouvel élan des Démocrates au Texas. Le parti a bénéficié de l’afflux de nouvelles populations venues d’États progressistes tels que la Californie et New York. Ces électeurs démocrates ont fui une vie devenue trop difficile et trop chère — situation que leur propre vote progressiste a contribué à engager —, sans pour autant changer d’allégeance politique…

La bataille du Michigan et le choc idéologique

La deuxième bataille capitale est celle du Michigan. Là, il s’agit d’un siège à gagner pour les Républicains.

Le sénateur démocrate sortant Gary Peters ne se représente pas, et les Démocrates ont désigné Abdulrahman Mohamed el-Sayed pour lui succéder. Abdul el-Sayed est issu d’une famille du Moyen-Orient. Il est né aux États-Unis en 1984 de parents égyptiens, mais il a longtemps nié cette naissance, prétendant être un immigrant d’Afrique du Nord.

Abdul el-Sayed est un musulman sunnite qui met sa foi en avant comme une illustration de la liberté religieuse en vigueur aux États-Unis. S’il se dit fier d’être Américain, c’est exclusivement pour la liberté que la Constitution lui offre de pratiquer son culte. Car pour tout le reste, Abdulrahman Mohamed el-Sayed n’aime pas les États-Unis et critique sans cesse leur histoire et leur politique. Il estime que Washington est inféodé à Israël — qu’il désigne comme le « Satan de la Terre », responsable de tous les maux du monde, y compris des attentats du 11 septembre 2001 et de la tension avec la République islamique d’Iran. Bref, Abdul el-Sayed est un radical pro-palestinien et un antisioniste décomplexé qui veut instaurer le socialisme démocratique aux États-Unis. Il est marié et père de deux filles ; son épouse porte le hijab lorsqu’elle apparaît à ses côtés.

Le Michigan compte 2,5 % de musulmans, principalement sunnites, concentrés autour de Détroit et de la ville de Dearborn. C’est proportionnellement peu, mais suffisant pour influer sur la politique du fait de leur concentration territoriale. Les premiers sont arrivés entre 1900 et 1924, lors de l’effondrement de l’Empire ottoman, attirés par les emplois qu’offrait alors Détroit, capitale mondiale de l’industrie automobile. Les autres sont arrivés après 1965, quand les portes de l’immigration, fermées depuis 1924, se sont à nouveau ouvertes, chassés du Proche-Orient par les guerres et attirés au Michigan par la présence d’une communauté arabe. La famille d’el-Sayed fait partie de ces arrivants récents. Ils ont fui l’Égypte à une époque où l’organisation des Frères musulmans — dont ils faisaient partie et qui vise à instaurer une théocratie sous le joug de la charia — était combattue par les régimes laïques d’Abdel Nasser et d’Anouar el-Sadate.

Entre controverses et enjeux économiques

Les Frères musulmans sont toujours interdits en Égypte, et l’organisation est classée comme terroriste par les États-Unis. Aussi, l’engagement de ses proches (sa sœur et sa mère notamment), dont il a longtemps été fier, embarrasse aujourd’hui M. el-Sayed. À chaque interview, à chaque débat, il lui est demandé de désavouer publiquement cette organisation, ce qu’il fait avec de telles circonvolutions que personne ne croit à la sincérité de sa démarche…

Au-delà de cet engagement, el-Sayed prône l’immigration de masse, la taxation des riches et une couverture santé universelle — ce qui n’est pas forcément perçu comme une bonne idée dans le Michigan, où les syndicats de l’automobile ont obtenu, à une autre époque, une protection sociale très généreuse pour leurs adhérents.

Face à lui, les Républicains présentent Mike Rogers, ancien soldat de l’armée américaine, ancien agent du FBI et ex-représentant du Michigan au Congrès. M. Rogers bénéficie du soutien de Donald Trump.

Le Michigan est un État de la Rust Belt, jadis prospère mais victime depuis un demi-siècle de la crise de l’automobile et de la désindustrialisation. C’était un bastion démocrate dont les électeurs issus de la classe ouvrière, progressivement abandonnés par leurs élus de gauche, se sont tournés vers les Républicains.

Incertitudes dans le Midwest

Si M. el-Sayed est célébré par les Démocrates radicaux, de Barack Obama à Bernie Sanders, les électeurs du Michigan se méfient de lui et sa victoire reste très incertaine dans cet État devenu indécis (swing state), qui a voté pour Trump lors des présidentielles de 2016 et 2024. Plusieurs organisations juives affiliées au Parti démocrate ont d’ailleurs invité leurs membres à s’abstenir ou à voter pour le candidat républicain.

L’élection d’el-Sayed ferait de lui le premier sénateur musulman de l’histoire des États-Unis. Ce serait une avancée majeure dans l’entrisme dont les Frères musulmans sont capables, et un coup de sape supplémentaire contre les valeurs qui ont fait la grandeur du pays. L’espoir des conservateurs est que le bon sens l’emporte et que les électeurs du Michigan mesurent le risque d’élire un individu qui ne leur veut aucun bien.

Troisième champ de bataille crucial : l’Ohio. C’est l’État du vice-président JD Vance. Et c’est précisément le siège que Vance détenait depuis 2022 — et qu’il a dû céder lorsqu’il est devenu le VP de Trump — qu’il s’agit de pourvoir.

Donald Trump a remporté l’Ohio lors des trois derniers scrutins présidentiels, en 2016, 2020 et 2024, avec un score chaque fois plus élevé : 51 %, puis 53 %, et enfin 55 %. Mais cela ne garantit pas une victoire du candidat républicain, et les sondages donnent plutôt son adversaire démocrate en tête : l’ancien sénateur Sherrod Brown, élu de 2006 à 2024 et âgé de 73 ans.

Des équilibres locaux fragilisés

Le candidat républicain s’appelle Jon Husted. Il occupe déjà le siège de sénateur car il y a été désigné en janvier 2025 par le gouverneur républicain de l’Ohio, Mike DeWine, pour remplacer JD Vance jusqu’au prochain scrutin. C’est un conservateur républicain classique de 59 ans, pro-business et pro-famille, qui adhère à l’agenda MAGA et exerçait jusqu’alors comme lieutenant-gouverneur de l’État.

L’Ohio est un important État manufacturier qui a bénéficié de la politique de réindustrialisation initiée par Donald Trump à partir de janvier 2025. D’importants projets dans l’acier, la défense, les hautes technologies et l’intelligence artificielle y ont été engagés. Mais ce sont des investissements à long terme qui n’ont pas produit d’effets positifs immédiats au-delà de l’effet d’annonce, tandis que les tarifs douaniers et la hausse récente du prix des hydrocarbures ont exacerbé la question du coût de la vie.

Du coup, le siège de sénateur est en ballottage, tout comme celui de gouverneur. Vivek Ramaswamy, ex-candidat républicain à la présidentielle, tente de succéder à Mike DeWine, mais il est devancé dans les sondages par la challenger démocrate, Amy Acton, une femme médecin de 60 ans qui s’est attiré la sympathie des électeurs durant l’épidémie de Covid-19.

Donald Trump s’est engagé auprès des deux candidats républicains, et une double défaite serait un affront électoral ainsi qu’une tâche sur son bilan qui hâterait le crépuscule de son mandat.

Du Kansas à l’Iowa : le coût de la vie en question

Une autre défaite, au Kansas cette fois, serait dévastatrice pour les Républicains. Le Kansas n’a pas envoyé un seul Démocrate au Sénat depuis 1932 — presque un siècle ! Mais ce 3 novembre 2026, Adam Hamilton espère mettre fin à cette disette.

Hamilton est un pasteur, fondateur de l’Église de la Résurrection, le plus grand rassemblement de méthodistes unis (United Methodists) aux États-Unis. Il dirige ce que les Américains appellent une megachurch, dont il a fait un business très lucratif.

Bien qu’ayant reçu l’imprimatur du Parti démocrate, il se présente comme au-dessus des partis et s’adresse aux Indépendants ainsi qu’aux Républicains. Il siphonne les voix de son adversaire, le sénateur républicain sortant Roger Marshall, en surfant sur la question du coût de la vie — de l’essence à la viande de bœuf en passant par le prix des engrais — et en se posant comme le candidat capable de surmonter la polarisation politique américaine.

Le scénario est à peu près le même dans l’Iowa. Dans cet autre État du Midwest où l’agriculture est reine, la Républicaine Ashley Hinson affronte le Démocrate Josh Turek pour le siège laissé vacant par Joni Ernst, sénatrice républicaine depuis 2015.

Les cas particuliers de l’Alaska et du Maine

Au cours des dix dernières années, l’Iowa est devenu un bastion MAGA. Trump a remporté cet État avec treize points d’avance en 2024, et les Républicains y occupent presque tous les leviers du pouvoir. Pourtant, la question de l’inflation et les difficultés des fermiers locaux à vendre leur production à l’étranger — en raison des guerres commerciales engagées par le président — ont provoqué une baisse de sa popularité et une méfiance vis-à-vis des candidats républicains. L’Iowa est ainsi sous la menace d’une victoire démocrate.

Deux autres États font face à ce risque mais devraient néanmoins le surmonter : l’Alaska et le Maine. Géographiquement, ils se situent aux antipodes du pays, l’un à l’extrême nord-ouest, l’autre à la pointe nord-est.

En Alaska, Dan Sullivan, sénateur républicain sortant, postule un troisième mandat. En 2020, il avait été réélu avec treize points d’avance. En 2026, il se trouve au coude-à-coude avec Mary Peltola, la représentante démocrate qui brigue le siège. Pour compliquer les choses, un autre candidat nommé Dan Sullivan a réussi à faire avaliser sa candidature, de sorte qu’il y a deux « Sullivan » sur les bulletins de vote. Officiellement, ce « Sullivan bis » est sans affiliation ; en réalité, sa candidature a été orchestrée par l’équipe de campagne de Peltola pour semer la confusion chez les électeurs républicains. La manœuvre n’est pas illégale en soi, mais elle va clairement contre l’esprit du scrutin. Le gouverneur de l’Alaska a demandé l’ouverture d’une enquête, et le Département de la Justice américain a déjà fait savoir qu’en cas de défaite du sénateur sortant, le résultat de l’élection ne serait pas certifié.

Dans le Maine, Susan Collins, la sénatrice républicaine, brigue un sixième mandat historique. Élue pour la première fois en 1996 à l’âge de 44 ans, elle en a 74 aujourd’hui. C’est une Républicaine modérée, très critique envers Donald Trump. En 2021, après les événements du 6 janvier, elle avait d’ailleurs voté pour sa destitution (impeachment). Depuis 2025, elle a soutenu la politique de l’administration tout en gardant ses distances avec le président. D’ailleurs, M. Trump n’a pas fait campagne dans le Maine. Cette indépendance assumée lui est favorable dans un État qui compte beaucoup d’électeurs indépendants.

Vers un équilibre parlementaire préservé ?

Son adversaire, Troy Jackson, est un ancien bûcheron à l’allure débonnaire qui a fait campagne sur les thèmes chers aux Démocrates : assurance santé, droit à l’avortement, taxation des grosses fortunes, droits syndicaux, suppression de l’ICE (la police des frontières), etc. Dans le Maine, le populiste, c’est lui, face à une Susan Collins qui personnifie l’establishment. Il pourrait profiter de ce statut pour surfer sur la vague anti-sortants.

Au-delà de ces sept scrutins capitaux, un rayon de soleil pourrait venir pour les Républicains du Minnesota. Dans cet État du Nord « aux mille lacs » et bastion démocrate, la Républicaine Michele Tafoya pourrait créer une énorme surprise en remportant le siège face à Peggy Flanagan, l’actuelle lieutenant-gouverneure.

Le Minnesota, dont le gouverneur est Tim Walz (ancien candidat à la vice-présidence aux côtés de Kamala Harris), est confronté à un immense scandale politique lié au détournement de milliards de dollars d’aide sociale par certains membres de la communauté somalienne — des fonds dont une partie a terminé dans les poches de combattants d’Al-Shabaab et d’autres groupes terroristes en Somalie. Les dirigeants démocrates savaient et n’ont rien fait… Il est donc possible que les électeurs abandonnent leurs œillères idéologiques pour sanctionner ces abus et ceux qui les ont tolérés.

Au final, les candidats républicains sont en grande difficulté dans six des sept États capitaux. Sauf revirement historique, ils devraient néanmoins conserver leurs sièges en Alaska, au Kansas, dans le Maine et au Texas. Ils pourraient perdre ceux de l’Ohio et de l’Iowa, en plus de celui de la Caroline du Nord, mais ils pourraient aussi prendre deux sièges aux Démocrates : l’un dans le Michigan et l’autre dans le Minnesota.

Bilan mathématique : trois sièges perdus contre deux sièges gagnés, cela ne fait qu’un siège en moins au final. Avec 52 sièges pour les Républicains contre 48 pour les Démocrates, le parti de Donald Trump devrait conserver la majorité sénatoriale.

Cet article a d’abord été publié sur le blog de Gerald Olivier

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November 02, 2026

Médias : armes de destruction massive ?
La campagne des élections présidentielles n’a pas encore commencé que nous sommes désormais, et de plus en plus, soumis aux fausses informations, aux polémiques et aux barbouzeries dans le tribunal médiatique. Elles alimenteraient un soi-disant débat...
Donald Trump: une stratégie antisystème qui se retourne contre lui

L’électorat MAGA pensait avoir voté pour un président soucieux du quotidien des Américains, mais ils ont obtenu un président embourbé dans une guerre à l’étranger comme George W. Bush ou Barack Obama à leurs époques. Sur le plan macroéconomique, son bilan n’est pourtant pas à jeter. L’analyse de Sean Scull et Augustin Bataille, spécialistes des États-Unis et auteurs de l’étude « Midterms 2026 : les clés du scrutin »


Cela fait maintenant plusieurs mois que Donald Trump est en difficulté dans les sondages aux Etats-Unis avec un taux d’approbation qui ne dépasse pas les 40% depuis mars 2026. Si sa situation ne semble toujours pas s’améliorer à la veille des midterms, cette réalité ne permet pas de comprendre les ressorts de cette impopularité. Pour concevoir le mécontentement des Américains il faut saisir la nature de sa dynamique, c’est-à-dire, comment Trump, candidat antisystème en 2016, en est venu à incarner aujourd’hui un système critiqué par une partie des Américains dont sa propre base MAGA.

Le déclin progressif d’une posture antisystème

L’opposition au système incarne le moteur du trumpisme originel de 2016, qui aura galvanisé les foules avec des slogans comme drain the swamp ou fake news media. C’était l’année de la victoire d’un candidat hors système dont la politique n’était pas la profession mais aussi celle du triomphe d’une Amérique oubliée. C’est le profil atypique de businessman couplé à un message politique antisystème qui a permis à Trump de mobiliser l’électorat ouvrier blanc qui ne votait plus. Le mouvement MAGA est né : critique de la mondialisation néolibérale, critique des guerres à l’étranger, opposition au politiquement correct et promesse d’une seconde révolution conservatrice incarnent le cœur idéologique du mouvement. L’engouement pour Donald Trump était tel, qu’une partie de ses soutiens sont même allés jusqu’à contester les résultats de l’élection de Joe Biden en attaquant le Capitole, l’épicentre de la politique américaine, le 6 janvier 2021.

Washington, le 6 janvier 2020 © Julio Cortez/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22527680_000006

Or, depuis 2025, la ligne antisystème est un alibi qui perd de sa valeur. L’élection de 2024 aura été marquée par une coalition républicaine historiquement diversifiée : Hispaniques, jeunes, ouvriers, Afro-Américains et grands patrons de la Silicon Valley ont convergé dans un dégagisme démocrate en raison du mandat de Joe Biden, jugé désastreux. Trump et le mouvement MAGA représentaient l’espoir d’une nouvelle élite soucieuse de l’intérêt général qui allait permettre à l’Amérique de retrouver sa grandeur. Ces espoirs se sont évaporés lorsque Trump brise la sacrosainte promesse de ne plus mener de forever wars en attaquant l’Iran le 28 février 2026. L’électorat MAGA pensait avoir voté pour un président soucieux du quotidien des Américains, mais ils ont obtenu un président embourbé dans une guerre à l’étranger comme George W. Bush ou Barack Obama à leurs époques.  

Donald Trump : de la volonté d’assainir le marécage à sa personnification

Le sentiment qui règne aujourd’hui dans une partie de l’Amérique est celui d’une élite MAGA qui accapare le pouvoir au détriment des Américains. Trump est paradoxalement accusé d’incarner le système qu’il dénonce depuis 2016 en donnant l’image de se soucier de son propre héritage. Son second mandat a été marqué par un investissement autour de projets visant à immortaliser sa propre personne comme la construction d’un arc de triomphe à Washington DC ou la construction d’une nouvelle salle de bal à la Maison Blanche. S’ajoutent à cela les nombreuses accusations de corruption au sein de l’administration présidentielle, dont l’ambassadrice des Etats-Unis en Grèce, Kimberly Guilfoyle, est le dernier exemple en date. Enfin, la gestion de l’affaire Epstein aura aliéné une partie de sa base qui n’a pas compris pourquoi l’administration présidentielle a publié seulement la moitié des dossiers, en plus caviardés et après des semaines de pression de l’opinion publique ainsi que de l’opposition politique. Cette affaire aura achevé l’idée que la seconde administration Trump incarne une nouvelle élite : 43 % des électeurs ont désormais davantage tendance à considérer les républicains que les démocrates (33%) comme « élitistes ».

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La déception du second mandat de Trump est surtout liée au bilan économique ressenti comme négatif et qu’on lui impute. La réalité est toutefois plus nuancée, le Golden Age of America tarde à se concrétiser car l’économie américaine fonctionne à deux vitesses. Sur le plan macroéconomique le pays se porte bien comme en témoigne une progression de 37% de la bourse depuis la réélection de Donald Trump en 2024. C’est sur le plan de l’économie réelle que les effets des réformes économiques de Trump tardent à se faire ressentir: coût de la vie, une inflation de 3, 7% en septembre, explosion du prix à la pompe avec une moyenne nationale de 4,3 dollars le gallon en octobre et une dette fédérale qui a dépassé le seuil record des 40 000 milliards de dollars en août dernier. Ainsi, l’électeur américain pose un constat sévère : le bilan économique de Donald Trump ressemble plutôt à celui de Joe Biden en fin de mandat qu’à la promesse d’un retour à l’âge d’or.

Une logique antisystème instrumentalisée par les démocrates

Face à la déception de sa politique, Trump fait face à une coalition qui se fracture, une partie de sa base l’accuse de s’être détourné du projet MAGA : refus de publier la totalité des dossiers Epstein, coût de la vie élevé, l’explosion de la dette, la guerre en Iran et construction de datacenters sont les raisons pour lesquelles des soutiens de longue date et des piliers du mouvement MAGA, dont Tucker Carlson, Joe Kent, Thomas Massie ou Marjorie Taylor Greene se détournent du 47ème président des Etats-Unis. En clair ils l’accusent d’avoir abandonné sa ligne antisystème en n’étant pas assez MAGA, tant et si bien que Trump 2016 aurait sans doute fait campagne contre Trump 2026.

Les démocrates tentent de capitaliser sur le mécontentement, en adoptant à leur tour une logique antisystème. Ils s’efforcent d’établir un lien entre la corruption de l’administration Trump et le coût élevé de la vie afin de donner l’image d’une élite MAGA déconnectée de la réalité des citoyens. Fait inédit, les démocrates viennent de renverser la tendance dans les sondages sur l’économie pour la première fois depuis près d’une décennie. Selon un sondage Reuters/Ipsos d’août 2026, 37 % des électeurs inscrits estiment que les démocrates gèrent mieux l’économie, contre 36 % pour les républicains. Mais tout reste à construire pour le Parti démocrate, car la dynamique en leur faveur s’explique davantage par anti-trumpisme et non par une adhésion aux Dems, dont la population américaine peine toujours à comprendre le projet idéologique entre une ligne d’extrême gauche et un centre désabusé face au phénomène Trump qui domine la politique nationale depuis 2016.

Si la dynamique anti-trumpiste suffit à mettre en difficulté le Parti républicain pendant les midterms, le modèle prédictif du Millénaire donne aux démocrates 78,1% de chances reconquérir la Chambre des représentants mais seulement 39,8% le Sénat. En revanche, rien n’indique que les démocrates seront capables de bâtir une coalition solide pour espérer récupérer la Maison Blanche en 2028. Le Parti démocrate est toujours incapable de proposer un projet idéologique cohérent en capacité de rivaliser avec le mouvement MAGA. Mais la plus grande victoire de Trump est peut-être justement là : les démocrates se cherchent eux aussi leur Trump, leur champion capable de déjouer les pièges du système.


Sean Scull, chargé d’études États-Unis du Millénaire, co-auteur des rapports « Midterms 2026 : les clés du scrutin », Sénat 2026 : course par course et « Gouverneurs 2026 : État par État » et de Le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède, L’Harmattan (2024).

Augustin Bataille, analyste du Millénaire et co-auteur des rapports « Midterms 2026 : les clés du scrutin », Sénat 2026 : course par course et « Gouverneurs 2026 : État par État ».

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Gaz, petits colis : combien les hausses de novembre vont-elles réellement vous coûter ?

Depuis ce week-end, deux changements très concrets touchent le portefeuille des ménages. Le prix repère du gaz augmente de 6,6%, après déjà +6,3% en octobre. Et les commandes expédiées depuis l’extérieur de l’Union européenne supportent désormais deux euros de frais de traitement par catégorie d’article, qui s’ajoutent aux trois euros de droit de douane déjà appliqués depuis juillet aux colis de moins de 150 euros. Pour les petits achats, l’addition peut devenir spectaculaire.


Les hausses de début de mois sont parfois difficiles à traduire en euros. Celles de novembre ont au moins le mérite d’être assez concrètes. Pour les ménages dont l’offre de gaz est indexée sur le prix repère, la facture augmente. Pour ceux qui commandent de petits produits sur des plateformes expédiant directement depuis la Chine ou un autre pays extérieur à l’Union européenne, chaque catégorie de marchandise dans le colis peut désormais coûter plusieurs euros supplémentaires.

Le premier changement concerne le gaz. Depuis le 1er novembre, le prix repère publié par la Commission de régulation de l’énergie est passé de 182,88 à 194,90 euros TTC par mégawattheure. C’est une hausse de 6,6 % en un mois, après une progression de 6,3 % en octobre. Cette fois, précise l’administration, c’est la composante liée à l’approvisionnement qui augmente en raison de la remontée des cours sur les marchés.

Des hausses de prix en novembre : environ 12 euros de plus sur la facture moyenne

Selon Service-Public, la hausse de novembre représente environ 12 euros TTC supplémentaires sur la facture moyenne. Elle ne concerne toutefois pas tout le monde de la même manière. Les clients disposant d’un contrat à prix fixe ne sont pas directement touchés tant que les conditions de leur offre restent inchangées. Ceux dont le contrat suit le prix repère, en revanche, voient la hausse se transmettre plus directement.

Sur l’ensemble de l’année, l’écart devient plus sensible. Si les conditions de marché restent globalement stables jusqu’à décembre, la CRE estime que la facture annuelle moyenne de 2026 pourrait être environ 11 % supérieure à celle de 2025, soit quelque 135 euros TTC de plus. La hausse de novembre n’est donc pas un événement isolé mais le dernier épisode d’une année redevenue plus chère pour les consommateurs de gaz.

Un tee-shirt à 20 euros : 5 euros de prélèvements supplémentaires

Le deuxième changement est moins visible sur une facture mensuelle, mais beaucoup plus spectaculaire rapporté au prix d’un petit achat. Depuis le 1er juillet, l’Union européenne applique un droit de douane forfaitaire de 3 euros par catégorie d’article sur les ventes à distance d’une valeur inférieure ou égale à 150 euros provenant d’un pays extérieur à l’Union. Depuis le 1er novembre, s’ajoutent 2 euros de frais de traitement par catégorie, sans seuil de valeur.

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Pour un colis de moins de 150 euros, les deux prélèvements se cumulent donc. La Douane donne elle-même un exemple très simple : un tee-shirt à 20 euros supporte 3 euros de droit de douane et 2 euros de frais de traitement, soit 5 euros. Deux tee-shirts identiques dans le même colis restent considérés, dans cet exemple, comme une seule catégorie : 5 euros également. En revanche, un tee-shirt et un jouet à 35 euros au total constituent deux catégories et entraînent 10 euros de prélèvements.

Hausses de prix de novembre : plus le produit est bon marché, plus la hausse se voit

C’est là que le mécanisme devient politiquement sensible. Cinq euros ajoutés à un produit de 100 euros représentent 5 % du prix. Sur un tee-shirt à 5 euros, ils peuvent théoriquement doubler le coût lié à l’achat avant même de prendre en compte la TVA à l’importation ou d’éventuels frais de transporteur. Les plateformes peuvent absorber une partie de la charge, la répercuter dans leurs prix ou modifier leurs circuits logistiques, mais le coût économique ne disparaît pas.

Les frais sont juridiquement dus par les plateformes, les vendeurs ou, selon les cas, les transporteurs : la Douane précise qu’elle ne réclame pas directement ces sommes au particulier. Cela ne signifie évidemment pas que le consommateur n’en supportera jamais le coût. Une entreprise qui voit le coût de chaque colis augmenter peut le répercuter dans ses tarifs, réduire ses promotions ou modifier le montant minimal de commande.

Une accumulation qui commence à se voir

Pris séparément, 12 euros de gaz ou 2 euros de frais de traitement peuvent paraître modestes. Le problème est l’accumulation. Le consommateur de novembre ne raisonne pas en catégories administratives : il voit une facture énergétique qui remonte et des petits achats importés qui coûtent davantage. Pour les ménages modestes, ceux qui utilisent précisément les plateformes à bas prix parce que quelques euros comptent, la différence est proportionnellement plus importante.

Le gouvernement met en avant, de son côté, le renouvellement de l’aide « grand rouleur », soit 100 euros pour les trois derniers mois de l’année pour les actifs concernés, ainsi que plusieurs dispositifs de protection. Mais le début du mois illustre bien la contradiction du moment : l’exécutif cherche à répondre à une crise du pouvoir d’achat tout en laissant entrer en vigueur des mécanismes qui renchérissent certains postes très visibles de consommation.

Il faut enfin distinguer les deux phénomènes. La hausse du gaz de novembre n’est pas une nouvelle taxe : elle provient de la hausse de la composante d’approvisionnement. Les frais sur les petits colis sont, eux, une décision réglementaire européenne assumée, destinée à financer les contrôles et à rééquilibrer la concurrence avec le commerce européen. Pour le portefeuille, cette différence juridique est réelle. Au moment de payer, elle est beaucoup moins perceptible.

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Présidentielle : Attal veut une primaire, Philippe refuse… le centre peut-il s’éliminer tout seul ?

Gabriel Attal assure ce lundi qu’une «primaire des démocrates» est devenue «inéluctable». Vingt-quatre heures plus tôt, Édouard Philippe expliquait exactement le contraire et annonçait qu’il n’y participerait pas. La querelle pourrait sembler tactique si le bloc central n’était pas en train de décrocher dans les sondages. Dans la dernière enquête Ipsos BVA, Marine Le Pen arrive largement en tête et Jean-Luc Mélenchon se qualifie pour le second tour dans toutes les hypothèses testées.


Gabriel Attal et Édouard Philippe sont au moins d’accord sur une chose : ils veulent être candidats à l’élection présidentielle. Pour le reste, la conversation devient compliquée. Dimanche soir sur TF1, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron a balayé l’idée d’une primaire de la droite et du centre. « Je ne crois pas que cette primaire aura lieu », a-t-il expliqué, la qualifiant de primaire « de la division et de la confusion ». Ce lundi matin, son ancien collègue de Matignon lui a répondu qu’elle aurait lieu de toute façon : « Je crois que c’est inéluctable. »

Il y aurait quelque chose d’assez classique dans ce duel si les sondages ne rendaient pas la situation urgente. Le bloc central n’est plus en position de choisir tranquillement son champion. Dans l’enquête Ipsos BVA-CESI réalisée les 21 et 22 octobre pour Le Parisien, Marine Le Pen obtient entre 32 % et 33,5 % des intentions de vote. Jean-Luc Mélenchon est à 17 % dans toutes les configurations testées et accède au second tour à chaque fois.

Philippe à 15 %, Attal à 9,5 %

Édouard Philippe, longtemps présenté comme le mieux placé pour reprendre l’électorat macroniste, n’atteint plus que 15 % lorsqu’il est seul candidat du bloc central. C’est quatre points de moins qu’en septembre et, surtout, deux points derrière Mélenchon. Gabriel Attal fait encore moins bien : testé seul pour représenter le centre, il tombe à 9,5 %, en recul de 4,5 points. S’ils sont tous les deux candidats, Attal descend jusqu’à 4 %.

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Ces chiffres ne prédisent évidemment pas le résultat du scrutin qui aura lieu dans six mois. Ils expliquent en revanche pourquoi Attal insiste autant. Pour lui, l’équation est brutale : si le centre part dispersé, il risque de ne même pas participer au second tour. Une primaire permettrait de désigner un candidat unique, d’éviter la concurrence fratricide et, accessoirement, de rebattre les cartes entre celui que les sondages donnent aujourd’hui devant et celui qui contrôle l’appareil Renaissance.

Philippe n’a aucun intérêt à jouer le jeu d’Attal

Vu depuis Le Havre, le raisonnement est évidemment différent. Pourquoi Édouard Philippe, qui reste devant Attal dans toutes les enquêtes, accepterait-il de remettre sa candidature en jeu dans une primaire dont les règles, le corps électoral et même le périmètre restent à définir ? Le maire du Havre a déjà annoncé sa candidature et construit sa campagne depuis des mois. Entrer dans une compétition voulue par Renaissance reviendrait à reconnaître qu’il appartient encore à un bloc dont il cherche précisément à s’émanciper.

Attal parle d’une « grande primaire des démocrates » pouvant aller de Renaissance à une partie de la droite. Aurore Bergé souhaite y associer le MoDem, Horizons, l’UDI, le Parti radical, Les Républicains ou encore Nouvelle Énergie de David Lisnard. Sur le papier, l’affiche est impressionnante. Dans la réalité, plusieurs de ces formations ont leurs propres candidats, leurs propres intérêts et parfois peu d’envie de se ranger derrière l’ancien parti présidentiel.

Pendant ce temps, Le Pen et Mélenchon regardent

Le risque pour le centre est que la discussion sur la méthode finisse par devenir le sujet lui-même. Marine Le Pen n’a, à ce stade, aucun problème de concurrence comparable dans son camp et reste au-dessus de 30 %. Jean-Luc Mélenchon, lui, a gagné deux points dans l’enquête Ipsos BVA et profite de la crise sociale pour s’installer à la deuxième place. Raphaël Glucksmann progresse également, avec 13 à 15,5 % selon les hypothèses.

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La fragmentation devient donc dangereuse pour tout le monde sauf les deux candidats qui dominent actuellement. Philippe refuse une primaire parce qu’il se considère comme le mieux placé. Attal la réclame parce qu’il considère qu’aucun candidat du centre ne peut gagner seul. Les deux raisonnements se tiennent. Mis ensemble, ils peuvent produire exactement le résultat qu’ils veulent éviter.

Il reste six mois avant le premier tour et une campagne présidentielle peut bouleverser les rapports de force. Mais le bloc central découvre une situation à laquelle le macronisme l’avait peu habitué : il ne s’agit plus de savoir qui héritera naturellement du vote utile. Il faut d’abord éviter que ce vote utile ne se porte ailleurs.

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Et vous, vous savez qui est Jacques Bainville?

Quatre-vingt-dix ans après sa mort, la grande plume de l’Action française fait encore des histoires…


Retour sur une polémique en trois actes.

Premier acte : le 9 octobre, un colloque consacré à Jacques Bainville se tient à l’Académie des sciences morales et politiques (ASMP) à l’initiative de l’historien Georges-Henri Soutou, professeur émérite à la Sorbonne et auteur d’une somme sur la géopolitique de l’Action française. Convergence opportune : Bainville fut membre de l’Académie française (la prestigieuse sœur aînée de l’ASMP) et du mouvement royaliste de Charles Maurras.

Deuxième acte : le neurobiologiste Antoine Triller, secrétaire perpétuel d’une autre branche de l’Institut de France — la deuxième division de l’Académie des sciences —, rend public son courroux : « L’Académie des sciences dénonce l’hommage rendu à cette figure de la droite extrême, antisémite et xénophobe. »

Troisième acte : le 27 octobre, en direct sur BFMTV, le député RN Julien Odoul cite la fameuse phrase de Bainville : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation. » Réplique de son contradicteur, le socialiste Arthur Delaporte : « Vous savez qui est Jacques Bainville ? Arrêtez de citer Jacques Bainville. »

Ce n’est pas la première fois qu’un homme politique cite l’Académicien royaliste. En 2022, Gérald Darmanin avait lui-même repris cette définition bainvillienne du fait national qu’avait déjà popularisée Éric Zemmour bien avant son entrée en politique.

Historien, journaliste et essayiste français, Bainville fut le principal théoricien de la politique étrangère du mouvement royaliste. Compagnon de Charles Maurras et de Léon Daudet — dont on connaît l’antisémitisme —, Bainville était-il lui-même épargné par ce préjugé ? Pour l’historien Christophe Dickès (élève de Soutou), pas une ligne de l’œuvre de Bainville n’est antisémite. Laurent Joly, quant à lui, a exhumé quelques passages moins glorieux. En 1907 : « À sa seule impudeur, le Juif se révèle étranger parmi nous. » Et en 1927, à propos d’un poème d’Heinrich Heine : « Cette névrose juive qui, avec tout, avec les sentiments les plus sains, avec les idées les plus fortes et au besoin avec les éléments mêmes les plus étrangers au judaïsme, sait créer le trouble dans les esprits et dans les cœurs. » Deux passages qui font dire à Libération et écrire à plusieurs députés de La France insoumise et de la majorité : « Bainville, écrivain antisémite. » Que disent ces textes de l’ensemble d’une vie et d’une œuvre ? Reprenons le dossier.

En 1898, âgé de 19 ans, le jeune Bainville n’a pas encore rejoint l’Action française. Il séjourne en Allemagne où il suit l’affaire Dreyfus. Le 17 septembre 1898, après la découverte du faux d’Henry, il écrit à son correspondant Georges Guéneau : « Je suis maintenant, moi aussi, dreyfusard », et réclame la révision du procès, convaincu qu’une grave injustice a été commise. En septembre 1899, il s’indigne des mensonges de certains responsables militaires qui ont entretenu l’accusation contre Dreyfus. Dreyfusard, donc, il réprouve toutefois aussi les attaques de Zola contre l’armée. Barrès, puis Maurras, rencontré en avril 1900, le conduisent vers le nationalisme. D’après l’historien Henri Rollet, Jacques Bainville aurait encore défendu avec vigueur l’innocence de Dreyfus lors d’un dîner en 1912. Dans son Histoire de France, Bainville évoque le rappel des Juifs par Louis X le Hutin, ce qu’il met plutôt à l’actif du monarque. Dans Louis II de Bavière (1900), il traite avec mépris le pamphlétaire bavarois Johann Baptist Sigl, « le Drumont de Munich », « mangeur de Prussiens et de Juifs ». Le délicat Bainville goûtait peu aux vitupérations de certains voisins idéologiques. L’homme fréquentait d’autres milieux. « Bainville écrit trois ou quatre articles par jour », rappelle son biographe Dominique Decherf : non seulement pour l’Action française, mais aussi pour Candide, La Liberté, Le Capital… Ces collaborations lui ouvrent un autre monde que celui des Camelots du roi. Il fréquente assidûment Maurice de Rothschild. Le soir du 6 février 1934, il sort d’un dîner chez les Halphen, grande famille juive fréquentée par le Tout-Paris, et ne découvre l’émeute qu’en quittant les lambris haussmanniens. « Je dîne le soir avec les gens que l’Action française injurie le matin », plaisantait-il en homme d’esprit.

Une prescience du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale

Dans Les Conséquences politiques de la paix (1920), Bainville déploie son génie de l’anticipation. Analysant le traité de Versailles, il en résume avec génie les contradictions politiques : « Une paix trop douce pour ce qu’elle a de dur, et trop dure pour ce qu’elle a de doux. » Assez humiliante pour nourrir la revanche allemande ; trop peu contraignante pour l’empêcher. Il aurait volontiers refait de l’Allemagne un puzzle westphalien. L’ouvrage mérite d’être relu. Hitler commence à peine à échauffer sa voix dans des brasseries bavaroises que Bainville y envisage déjà l’annexion de l’Autriche, les revendications sur les Allemands de Tchécoslovaquie, la crise du corridor de Dantzig et un rapprochement germano-russe aux dépens de la Pologne, soit précisément l’enchaînement des événements qui conduiront à la Seconde Guerre mondiale. Il comprend aussi que la défaite de 1918 a paradoxalement resserré l’unité allemande et qu’une réaction autoritaire pourrait succéder aux désordres révolutionnaires et remettre en cause l’équilibre européen.

Bainville suit avec une brûlante inquiétude l’explosion électorale du Parti nazi quand Léon Blum se rassure de ses revers passagers en comparant Hitler au « général Boulanger allemand ». Il avait même envisagé en 1918-1919 de tirer parti des troubles révolutionnaires allemands pour affaiblir l’unité du Reich. À défaut d’avoir restauré le Roi-Soleil, Jacques Bainville aura été Madame Soleil. À croire qu’Hitler mena sa politique d’expansion avec un exemplaire des Conséquences politiques… sur les genoux. Il faut dire que celles-ci sont largement diffusées dans l’Allemagne nazie, comme preuve de l’hostilité de la France à l’Allemagne.

De Gaulle, Védrine, Chevènement…

Il reste alors, sur plusieurs milliers d’articles, ces trois citations accablantes. En la matière, la République possède aussi quelques archives. Jules Michelet, dans Le Peuple (1846), écrit : « Les Juifs, quoi qu’on dise, ont une patrie, la Bourse de Londres ; ils agissent partout, mais leur racine est au pays de l’or. » Ernest Renan, dans son Histoire générale et système comparé des langues sémitiques (1855), écrit : « Je suis donc le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine. » Il existe une formule encore plus frappante de Jean Jaurès : « La banque cosmopolite [qui] livre aux frelons juifs le miel des abeilles françaises. » Qui songe aujourd’hui à réduire Michelet à ses préjugés antijuifs plutôt qu’à sa grande fresque républicaine de l’histoire nationale ? Qui prétend réduire Renan à ses préjugés raciaux plutôt qu’à sa conception élective de la nation ? Et qui résume Jaurès à des diatribes antijuives en effaçant son socialisme républicain, son pacifisme ou son combat pour Dreyfus ? Pourquoi réserver à Bainville ce traitement ?

Entré dans le nationalisme sans avoir jamais été convaincu par la culpabilité de Dreyfus, fréquentant les Rothschild tout en écrivant chez Maurras, germaniste et germanophobe, hostile au nazisme tout en ayant partagé jeune plusieurs préjugés, Bainville est simplement complexe, ce qu’on lui pardonne difficilement aujourd’hui. On ne saurait le balayer d’un simple haussement d’épaules. Il a été cité à plusieurs reprises par d’éminents ministres de gauche comme Jean-Pierre Chevènement et Hubert Védrine. De Gaulle aurait même confié au journaliste Roger Stéphane : « On ne peut pas faire la politique de Bainville et condamner Maurras à mort. » Beaucoup de jeunes lecteurs se sont initiés à l’histoire avec son Napoléon ou son Histoire de France au lycée. À Marigny, village de la Manche où repose Bainville avec son épouse, une stèle à sa mémoire rappelle « qu’il est des œuvres et des pensées qui se prolongent au-delà de la tombe ». Certaines troublent encore le repos des vivants.

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De Gaulle: le droit contre le juridisme…

Les uns disent qu’il est bien pratique d’invoquer le saint Général contre les juristes coupeurs de cheveux en quatre quand le droit contrarie nos projets… Les autres affirment qu’il est tout aussi commode d’oublier qu’il usait exactement des mêmes tours de passe-passe pour imposer sa volonté personnelle… L’analyse de Philippe Bilger


Le général de Gaulle en 1962, pour instaurer l’élection du président de la République au suffrage universel direct, choisit de recourir à l’article 11 de la Constitution, qui permet de consulter directement les Français par référendum, plutôt qu’à l’article 89, qui impose, avant toute révision constitutionnelle, l’accord de l’Assemblée nationale et du Sénat. Il renouvela cette démarche en 1969, pour une réforme du Sénat et de la régionalisation, cette fois rejetée par les électeurs.

Cette pratique, vivement contestée par de nombreux juristes, fut néanmoins considérée par certains comme ayant créé une « coutume constitutionnelle ». François Mitterrand lui-même a admis que l’article 11 pouvait constituer une autre voie de révision de la Constitution.

C’est précisément cette possibilité que Richard Ferrand, actuel président du Conseil constitutionnel, vient de récuser publiquement, en affirmant que seul l’article 89 autorise une révision constitutionnelle. Il entend ainsi fermer la voie au projet du Rassemblement national, qui envisage, en cas de victoire à l’élection présidentielle de 2027, de recourir directement au référendum pour modifier les règles relatives à l’immigration et à la préférence nationale.

Si cette interprétation peut se défendre juridiquement, elle demeure controversée. Et l’on peut s’interroger sur son opportunité politique, à quelques mois d’une échéance présidentielle majeure, alors même que son institution pourrait être appelée à en connaître.

Dans un remarquable article publié dans Le Figaro, « Quand de Gaulle imposait le référendum contre les gardiens du droit en 1962 », Jacques de Saint Victor éclaire avec finesse la conception que le Général se faisait du droit.

Contrairement à une idée reçue, il croyait à sa nécessité et n’ignorait rien du rôle capital que le droit avait joué dans la construction et la structuration de la France. L’art de la guerre ne l’empêchait pas d’être attentif à la rectitude des lois, même si, dans certaines circonstances fameuses, comme les affaires Jouhaud et Salan, ces deux généraux putschistes de l’Algérie française dont les démêlés judiciaires contrarièrent sa volonté de sévérité, il goûtait peu que son pouvoir personnel fût limité par des règles dont il n’était pas le maître.

Ceux qu’il n’aimait pas, c’étaient « ces juristes politiquement engagés et figés dans la notion du régime parlementaire tel qu’il existait quand ils faisaient leur droit ».

Sans forcer le trait, on mesure combien cette dénonciation trouve un écho dans notre actualité. Le moindre débat sur l’État de droit, dès lors qu’il s’agit de le rendre plus adapté aux réalités et plus efficace, suscite une levée de boucliers. Les objections viennent notamment de juristes qui semblent parfois n’avoir d’autre préoccupation que d’ériger notre impuissance en une légalité purement formelle.

Autant de Gaulle reconnaissait la nécessité du droit et la légitimité de son architecture, autant il éprouvait une sainte horreur du « juridisme » qui, poussé à l’extrême, aboutirait à un droit « sans sagesse et sans servir le bien public ».

Rien ne me semble plus clairvoyant que cette distinction entre un droit légitime, nourri des exigences du réel, inspiré par la sagesse et soucieux du bien public, et un juridisme réduit à une mécanique abstraite, cultivant, de manière autarcique, des règles et des principes déconnectés du champ social.

Comment ne pas songer, pour illustrer cette dérive, à la décision du Conseil constitutionnel qui, en juin 2025, a censuré plusieurs dispositions essentielles de la loi Attal sur la justice des mineurs délinquants, notamment celles qui visaient à permettre leur comparution immédiate et à renforcer les sanctions à leur encontre ?

Les arguties juridiques, si commodes pour faire obstacle aux transformations profondes dont notre pays aura besoin, quel que soit le président élu, devraient s’effacer devant l’urgence de la situation.

La France semble en état de mort clinique. Notre démocratie, menacée par ceux qui veulent sa perte, paraît incapable de se défendre., De Gaulle, reviens, ils sont devenus fous !

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Douche froide sur le gaz, évolutions des retraites et trêve hivernale : ce que novembre réserve à votre portefeuille

Retour du froid, ajustements mensuels de l’administration… le mois de novembre s’ouvre avec une série de nouveautés réglementaires et tarifaires. Entre la hausse mécanique des factures d’énergie (et spécifiquement la hausse des prix du gaz), la revalorisation automatique des retraites complémentaires et le déclenchement des protections hivernales pour le logement, tour d’horizon des mesures qui impactent directement le budget des ménages.


Chaque premier du mois apporte son lot de révisions comptables et de décrets d’application. En ce mois de novembre, les ajustements touchent simultanément le pouvoir d’achat, l’énergie et le droit du logement. Pour les contribuables et les retraités, ces évolutions se traduisent par une combinaison de hausses de charges directes et d’ajustements mécaniques sur les prestations payées.

Hausse des prix du gaz : la facture repart (largement) à la hausse

C’est la mesure la plus immédiate pour les ménages chauffés au gaz ou utilisant cette énergie pour la cuisson. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) applique une augmentation moyenne de 6,6 % sur son Prix Repère de Vente du Gaz (PRVG).

Cette révision tarifaire, qui intervient au moment même où les ménages relancent leurs systèmes de chauffage, s’explique principalement par l’évolution des cours de gros sur les marchés européens et par l’ajustement des coûts d’acheminement. Pour un foyer moyen consommant du gaz pour le chauffage, l’impact se traduit par une hausse directe de la facture mensuelle, pesant à nouveau sur le budget énergie de l’hiver.

Retraites complémentaires : la revalorisation mécanique Agirc-Arrco

Du côté des revenus, les salariés du secteur privé affiliés au régime Agirc-Arrco constatent une évolution du montant de leur pension complémentaire. Il ne s’agit pas d’une décision politique discrétionnaire ou d’un coup de pouce exceptionnel du gouvernement, mais bien de l’application de la règle de revalorisation automatique indexée sur l’inflation.

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Conformément à l’accord national interprofessionnel régissant le secteur, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco ajuste les pensions en fonction de l’évolution des prix à la consommation hors tabac, diminuée d’une marge technique. Cette revalorisation mécanique vise à maintenir le pouvoir d’achat des plus de 13 millions de retraités du secteur privé face à la hausse continue du coût de la vie subie ces derniers mois.

Logement : entrée en vigueur de la trêve hivernale

Sur le front du logement et du droit immobilier, le 1er novembre marque l’ouverture officielle de la trêve hivernale, qui s’étendra jusqu’au 31 mars. Durant cette période de cinq mois, les procédures d’expulsion locative sont légalement suspendues, empêchant l’exécution des décisions de justice ordonnant le départ d’un occupant pour impayés ou défaut d’assurance.

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Le dispositif prévoit toutefois des exceptions ciblées, notamment pour les personnes bénéficiant d’un relogement décent ou pour les cas de squats caractérisés d’un domicile principal. De plus, la trêve s’accompagne de l’interdiction pour les fournisseurs d’énergie de procéder à des coupures d’électricité ou de gaz pour impayés, instaurant une réduction de puissance plutôt qu’une interruption totale du service durant les mois les plus froids.

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Super El Niño : le phénomène météo le plus violent de l’histoire menace-t-il la France ?

Une bombe climatique planétaire…


Le Pacifique s’embrase, le thermomètre s’affole et les climatologues surveillent l’emballement d’un « Super El Niño » historique qui s’étirerait jusqu’en 2027. Alors que les outre-mer activent les plans d’urgence, quels sont les réels effets à redouter de ce monstre climatique pour l’Europe et l’Hexagone ?


Il y a des bascules que les ordinateurs de prévision ne ratent plus. À mesure que l’on approche de son pic d’intensité redoutable pour les prochains mois, le phénomène El Niño en cours confirme sa nature exceptionnelle, les derniers bilans de La Chaîne Météo et des centres internationaux soulignant une dynamique d’amplification dont les effets se prolongeront jusqu’en 2027. Dans le bassin Pacifique, la surchauffe de l’eau franchit des seuils inédits, réactivant la machine à catastrophes climatiques de l’autre côté du globe.

Mais pour le citoyen européen, la vraie question n’est plus seulement de contempler la fournaise tropicale : c’est de comprendre ce que cette anomalie globale change pour notre propre météo et notre sécurité. Car si l’Europe ne se trouve pas en première ligne comme la Guyane — frappée par une sécheresse redoutable et des températures suffocantes forçant les autorités locales à décréter l’état d’urgence, informe Météo Paris —, la promesse d’un tel bouleversement planétaire finit toujours par heurter nos rivages, de nos régimes thermiques jusqu’à notre panier de courses.

L’Europe sous influence : quand le choc thermique frappe nos latitudes

Contrairement à l’Amérique du Sud ou à l’Asie du Sud-Est, qui subissent de plein fouet les inondations et les sécheresses dramatiques induites par ces cycles, l’Europe de l’Ouest se situe en bout de chaîne atmosphérique. Pourtant, l’idée reçue selon laquelle El Niño serait sans effet sur notre continent vole en éclats à mesure que les épisodes se renforcent.

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En injectant des quantités colossales d’énergie dans la machine climatique, ce Super El Niño agit comme un accélérateur de particules pour les flux d’ouest et les blocages anticycloniques. Concrètement, pour la France, les hivers sous influence El Niño tendent à s’inscrire dans une récurrence de douceur marquée, rabotant les espoirs d’un froid durable et perturbant le cycle indispensable de recharge des nappes phréatiques. Les analyses de Severe Weather Europe rappellent d’ailleurs que ces surchauffes globales augmentent la probabilité de dômes de chaleur précoces au printemps suivant, exposant l’agriculture française à des chocs thermiques répétés.

Inflation alimentaire : quand la fournaise mondiale vide les assiettes françaises

C’est le contrecoup le plus immédiat, le plus concret et le plus redouté pour les ménages français. Loin des considérations purement météorologiques sur la douceur de nos hivers, un Super El Niño de cette intensité agit comme un puissant accélérateur d’inflation sur les marchés mondiaux des matières premières.

Les données macroéconomiques historiques compilées par le Fonds monétaire international (FMI) montrent qu’un épisode El Niño standard engendre en moyenne une hausse d’environ 5 % des prix mondiaux des denrées alimentaires sur une période d’un an, souligne Zonebourse sur son site. Mais face à un « Super El Niño » aux paroxysmes comparables aux cycles historiques de 1997-1998 ou de 2015-2016, les tensions s’avèrent bien plus violentes. À titre d’exemple, lors du géant climatique de 1997, les cours mondiaux de denrées clés comme le café, le cacao ou les huiles végétales s’étaient envolés de 20 % à 40 %, frappant de plein fouet les chaînes d’approvisionnement mondiales. Il faut s’attendre à des effets notables sur l’inflation européenne et française, note dorénavant Le Monde.

En fracturant les rendements agricoles dans les zones intertropicales sous l’effet de sécheresses historiques ou de pluies diluviennes au Brésil, en Asie du Sud-Est ou en Afrique de l’Ouest, la surchauffe du Pacifique perturbe l’ensemble de la chaîne. Pour les consommateurs français, l’addition se règle avec quelques mois de décalage — le temps que les récoltes manquantes se fassent sentir sur les marchés d’importation — directement en caisse de supermarché. Une démonstration éclatante que la folie climatique lointaine finit toujours par frapper l’Hexagone au portefeuille.

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41 lycées bloqués à la rentrée : la colère retombe-t-elle vraiment ?

Après deux semaines de vacances et plusieurs concessions du gouvernement, l’exécutif espérait un retour au calme. Ce lundi matin, 41 lycées étaient encore bloqués, soit environ 1 % des établissements. Édouard Geffray parle d’un mouvement «résiduel». Les organisations lycéennes, elles, promettent une montée en puissance mardi puis jeudi 5 novembre, lorsqu’elles doivent rejoindre la mobilisation interprofessionnelle. Le nombre de blocages baisse, mais le bras de fer n’est donc pas terminé.


Il y a deux manières de regarder les chiffres de ce lundi matin. La première est celle du gouvernement : 41 lycées bloqués sur l’ensemble du pays, soit environ 1 % des établissements, après plusieurs semaines d’une mobilisation parfois très tendue. À ce compte-là, le mouvement semble avoir sérieusement perdu de sa force. La seconde est celle des organisations lycéennes : après quinze jours de vacances, alors que l’exécutif a multiplié les annonces pour tenter de refermer la crise, des dizaines d’établissements ont tout de même repris le mouvement dès le premier jour de classe.

Édouard Geffray a choisi la première lecture. Invité de France Inter, le ministre de l’Éducation nationale a qualifié la mobilisation de « résiduelle » et insisté sur sa priorité : permettre aux élèves de retourner en cours. À la mi-journée, son ministère recensait 41 lycées bloqués. La contestation n’a donc rien à voir, en volume, avec les journées les plus fortes d’octobre.

À Toulouse, douze lycées touchés

Le tableau est pourtant très différent selon les villes. À Toulouse, douze établissements ont de nouveau connu des blocages selon l’Union syndicale lycéenne de Haute-Garonne. En région parisienne et dans le Nord, plusieurs lycées ont également été perturbés. À Montpellier, l’interpellation musclée d’une infirmière scolaire de 53 ans devant un établissement, ainsi que celle de deux lycéens, a immédiatement alimenté les réseaux sociaux et donné aux organisations un nouveau motif de dénoncer la gestion policière du mouvement.

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Il faut surtout éviter de prendre ce lundi pour la journée décisive. Plusieurs syndicats avaient eux-mêmes présenté la rentrée comme un moment d’assemblées générales et de réorganisation. Pierre Sourzat, à la tête de l’organisation Les Lycéens !, avait promis des blocages « dès lundi », mais l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante ont surtout appelé à durcir le mouvement mardi, puis à rejoindre jeudi la journée de mobilisation nationale interprofessionnelle.

Le gouvernement a pourtant lâché du lest

Le paradoxe est là. Pendant les vacances, Matignon a cherché à couper l’herbe sous le pied des contestataires. L’exécutif a annoncé une remise à plat de Parcoursup, des créations de postes et de nouvelles places dans l’enseignement supérieur, ainsi qu’une réduction progressive de la taille de certaines classes. Emmanuel Macron a estimé que la jeunesse avait été « entendue » et son entourage juge désormais que « le temps d’un retour en classe est venu ».

Les syndicats lycéens répondent exactement l’inverse. Pierre Sourzat estime que le président « ne nous a pas entendus » et que les annonces ne répondent pas au problème du manque de places dans le supérieur. Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, promet de bloquer « mardi, mercredi, jeudi, vendredi et autant qu’il faudra ». L’Union étudiante prévoit de faire de même dans les universités.

Le vrai test sera jeudi

Le gouvernement peut donc se réjouir d’un chiffre : 1 % de lycées bloqués lundi matin. Mais il serait imprudent d’en déduire que la séquence est terminée. La mobilisation d’octobre a précisément changé de nature en s’élargissant au-delà des seuls établissements scolaires. Jeudi, lycéens et étudiants doivent retrouver dans la rue des salariés appelés à la grève par la quasi-totalité des organisations syndicales.

C’est là que se jouera probablement la suite. Si la mobilisation reste faible, les annonces de Matignon auront réussi à isoler le noyau le plus déterminé du mouvement. Si elle repart, les vacances de la Toussaint n’auront été qu’une parenthèse. Pour l’instant, le gouvernement a gagné du terrain, mais pas encore la bataille du retour au calme.

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Sagan – le Miroir des sentiments

« Vous êtres quelqu’un de très gentil, non ? C’est bon signe. Les gens intelligents sont toujours gentils. Je n’ai connu qu’un type intelligent et méchant, mais il était pédéraste et il vivait dans le désert. »
Sartre à Mathilde Panot – non, je plaisante : à Sagan, dans Avec mon meilleur souvenir, de Sagan, Gallimard, 1984)


Il y a une raison assez simple d’aller voir un spectacle consacré à Françoise Sagan (1935-2004) : il suffit de n’en être plus particulièrement un grand lecteur (voire une grande lectrice – sourire), mais d’être suffisamment curieux pour lui (re)donner sa « chance ».

Je veux dire : tenter de vérifier que l’on n’en est – décidément – plus un grand amateur. Et conclure à la justice (ou justesse) de notre décret. Que c’est, simplement, une question de tempérament, d’humeur, de temps qui passe, dépasse, et démode. Ou le contraire – et se raviser.

Nous sommes donc allé au Théâtre du Funambule voir Sagan – Le Miroir des sentiments, monté par la compagnie Ombres Projetées – avec deux comédiennes, Olivia Lauret et Valentine Tessier, enjouées et pleine de ressources et de… fantaisie (parfait pour Sagan) et l’on s’est régalé.

Le principe du spectacle est simple – et élaboré. Simple, puisqu’il s’agit de retracer vie et œuvre de Sagan en 1H10 mn : ce qui est bref et programmatique. Et le pari, ici, est tenu.

Élaboré, parce que l’évocation de son parcours – du « charmant petit monstre » évoqué par Mauriac au moment de Bonjour tristesse à la fin – est ponctué de chansons (écrites par Sagan), d’évocation de certains moments-clés de sa vie. Et d’extraits de ses livres – pour illustrer l’ensemble.

C’est – comme Sagan -, une bulle de champagne, entre autres choses. Léger, drôle, intelligent, sensible, subtil. Dans une époque assez triste, Sagan fait du bien – autre raison d’aller l’écouter, peut-être pas la moindre. (Sinon, on peut relire Électre, de Giraudoux, et réfléchir à notre singulière époque ou à l’actualité de Giraudoux : « La Femme Narsès : « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? » / Électre : « Demande au mendiant. Il le sait. / Le Mendiant : « Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »)

Une précision : j’ai publié l’année dernière un livre à propos de 95 femmes écrivains : cela s’appelait Mes chéries (Éditions de Paris-Max Chaleil). Sagan ne figure pas parmi les 95.

En dépit de sa grande culture (Sand, Musset, Proust, Racine, Éluard, Rimbaud, etc.) et de la très belle, et noble, généreuse personne qu’elle était, je me suis un peu éloigné de Sagan et de ses livres.

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Mais, à ceux qui ne l’auraient jamais lue (ou celles, d’accord – sourire appuyé), je conseillerai quand même, après avoir vu ce spectacle apéritif (i.e. « qui donne faim »), de plonger dans Des bleus à l’âme, disponible en poche : c’est sans doute un des plus intéressants livres de Sagan – il s’agit à la fois d’un roman ET, alternativement (un chapitre sur deux), des remarques de Sagan pour désamorcer les critiques très banales qu’elle anticipe parce qu’elle les encourut toute sa vie, en particulier à propos de sa « légende » (Saint-Tropez, casino de Trouville, les voitures qu’elle conduisait pieds nus, la vitesse, le whisky, la nuit, l’amour, la liberté, Bernard Frank et Jacques Chazot, etc.). Un des plus passionnants de ses romans – et très malin. À bon entendeur…

Et à propos de Bonjour tristesse : publié en 1954 – Sagan a 17-18 ans -, le livre est dédié à Colette, qui meurt au moment exact de la parution du livre, sans savoir sans doute que Bonjour tristesse lui est dédié. Un passage de relais sans effusion en somme. Mais symboliquement intéressant. D’une femme libre l’autre.


NB Si l’on veut avoir une idée précise de la « culture » et de l’intelligence de Sagan : lire Avec mon meilleur souvenir (portraits-évocations d’écrivains, d’amis connus, etc.) : à la hauteur des Croquis de mémoire de Jean Cau – c’est dire ! D’ailleurs, l’un ET l’autre finissent leurs livres par une très belle évocation de Sartre – seuls livres où Sartre nous touche.

Autres pépites sur le métier d’écrivain et la grande lectrice Sagan : Réponses (1954-1974) et Répliques (la suite) – montages de textes et entretiens de Sagan (souvent distillés dans la presse), en forme de questions-réponses.

Pour les amateurs de ces années dorées et moins dorées (la fin de sa vie, le fisc, la drogue, etc.) et de ce qui se passe dans « l’atelier de l’écrivain » (lectures ET écriture, détails éloquents d’une vie d’écrivain, ses goûts, etc.) : vraiment passionnant.

Enfin, après Avec mon meilleur souvenir, deux autres livres de souvenirs :  …et toute ma sympathie et Derrière l’épaule. Sagan écrit comme d’autres murmurent dans ces livres intimes. C’est dans Derrière l’épaule qu’elle raconte une scène drolatique qui s’est déroulée au théâtre de l’Odéon en mai 1968. Comme elle y assiste à une assemblée, quelqu’un dans le public l’interpelle et lui reproche d’être « arrivée en Ferrari ». Réponse de Sagan, au micro : « C’est faux ! C’est une Maserati, camarade Dupont ! »

Avec ces quelques livres, si vous résistez encore au charme Sagan, c’est qu’elle n’est, décidément, pas pour vous. Mais APRÈS lecture seulement. Pas avant : on est d’accord ? Et après, bien sûr, avoir couru au Funambule – puisque c’est de là que tout est parti.


Coda : si nous n’avons pas révisé notre « jugement » – personnel – à propos de notre éloignement de Sagan, ce spectacle nous a quand même convaincu, à nouveau, de sa qualité éminente d’écrivain – universel. Ce qui n’est pas rien. Voire ce qui gage un pari gagné pour cette mise en scène et ces deux comédiennes !

Des bleus à l'âme

Prix: 7,90 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 1,74 €


Sagan – Le Miroir des sentiments, Théâtre Le Funambule (Paris, Métro Lamarck-Caulaincourt, 01 42 23 88 83) – jusqu’au 4 novembre !!

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Le Grand Remplacement Numérique

En 1821, Ricardo, le père de l’économie classique, admettait que la machine pouvait nuire à l’ouvrier. Deux siècles plus tard, l’avocat Arnaud Touati montre, dans Le Grand Remplacement numérique, que l’IA vise désormais le cadre et l’employé de bureau. Un avertissement que la classe politique ferait bien d’entendre avant 2027.


En 1821, David Ricardo fit une chose rare chez un économiste : il changea d’avis, et il le dit. Dans la troisième édition de ses Principes, il ajouta un chapitre « Des machines », où il concédait que leur introduction pouvait, au moins un temps, léser la classe laborieuse. Quelques années plus tôt, les luddites avaient brisé les métiers à tisser du Nottinghamshire. Deux siècles plus tard, la question revient, mais la cible a changé : la machine ne déplace plus le tisserand, elle déplace le juriste, l’analyste, le comptable, le rédacteur. C’est l’objet de l’essai d’Arnaud Touati, Le Grand Remplacement numérique (De Boeck Supérieur, parution le 29 octobre).

Trois temps

On aurait tort de s’arrêter à un titre provocateur. Le remplacement dont il est question n’est ni démographique ni idéologique : il est économique, et il est délibéré. Voilà la thèse qui distingue ce livre de la production courante. L’IA n’est pas une innovation technologique qui s’abattrait sur nous ; c’est un projet industriel, pensé et financé par la Silicon Valley, dont le modèle d’affaires repose sur la substitution du logiciel au salarié. Les spéculations sur le katechon de Peter Thiel, ou les élans anthropomorphiques de Dario Amodei, relèvent du décor. L’essentiel est ailleurs.

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Pourquoi croire l’auteur ? D’abord parce qu’il n’a rien d’un prophète. Avocat de l’écosystème technologique, il a accompagné la blockchain puis le métavers sans être un techno-béat ; son verdict sur l’IA n’en pèse que plus lourd. Ensuite parce qu’il pratique cette technologie. Il utilise l’IA dans son cabinet et, chose rare au lendemain de l’affaire Thelyson Orélien, reconnaît s’en être servi pour écrire cet essai : croiser les sources, vérifier les chiffres, éprouver la cohérence de l’argument. Le résultat est un essai mieux sourcé que la moyenne, qui pousse le scrupule jusqu’à exposer les études contraires à sa propre thèse. Un livre sur l’IA écrit avec l’IA, et qui sait la contredire : la méthode tient lieu de démonstration.

Le remplacement qu’il décrit se joue en trois temps. Le premier est une captation : les modèles se sont nourris de tout le savoir déposé librement sur le web, de forums en encyclopédies, pour en faire des actifs valorisés en milliards. Le deuxième est cognitif, et il est en cours : les tâches de bureau basculent sous nos yeux. Le troisième sera physique : avec la robotique, la prochaine décennie rattrapera les métiers manuels, que l’on présente aujourd’hui comme un abri. Cruelle ironie : ceux qui ont fourni gratuitement la matière première apprennent qu’elle servira à les remplacer. Le luddite du XIXᵉ siècle cassait la machine ; celui du XXIᵉ l’a nourrie.

Servitude consentie

C’est là que le parallèle avec Ricardo s’arrête. L’économiste anglais voyait le manufacturier installer la machine contre l’ouvrier. Touati décrit autre chose : un remplacement que nous organisons nous-mêmes, collectivement, outil après outil, abonnement après abonnement. Personne ne nous l’impose ; nous y consentons. L’auteur parle de servitude volontaire, et l’on ne saurait mieux dire.

La génération qui entre sur le marché du travail en paiera le prix fort. Les entreprises voient arriver des diplômés mal formés, fragiles dans la maîtrise de la langue, que les agents d’IA surclassent déjà sur les tâches d’exécution. L’auteur, que j’ai entendu en privé sur le sujet, s’en inquiète sincèrement. Les récentes manifestations lycéennes, et leurs débordements, pourraient se lire comme un luddisme qui s’ignore : la colère de jeunes gens qui pressentent leur déclassement et réclament à l’État une protection qu’il ne sait plus offrir.

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Pour la puissance publique, le livre présente trois factures. La première est scolaire : pour avoir enseigné les enjeux de l’IA en école de commerce, je mesure combien la question « former à quoi ? » est devenue vertigineuse. La deuxième est sociale, et c’est la plus lourde. Notre protection sociale repose pour l’essentiel sur des prélèvements assis sur le travail ; que l’IA rétrécisse l’assiette salariale entre 2027 et 2030, et c’est l’édifice entier qui vacille. Bastiat distinguait ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas : on verra les gains de productivité, mais on ne verra la fonte des cotisations qu’au jour du cataclysme financier. Un système probablement déjà condamné verra sa chute accélérée, et le prochain président en héritera. La troisième facture touche à la vérité et à la règle. Quand la machine produit le texte, la preuve et bientôt la norme, que deviennent le contrat, le témoignage, la délibération démocratique ?

Touati ne cède ni à l’euphorie de l’abondance ni au catastrophisme des doomers ; il décrit un scénario médian, et c’est précisément ce qui le rend dérangeant. Ricardo eut le courage de réviser ses certitudes. Nos gouvernants auront-ils celui de regarder ce remplacement en face, avant qu’il ne s’inscrive dans les comptes sociaux ? « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres », écrivait La Boétie. Le remplacement n’est pas une fatalité : c’est une décision que nous prenons chaque jour, sans jamais la nommer.

178 pages

Le grand remplacement numérique

Prix: 15,99 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 15,99 €

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Léon XIV prie pour les défunts et pour faire taire les armes

À l’occasion de la commémoration des défunts ce lundi 2 novembre, Léon XIV a célébré la messe dans le grand cimetière romain du Verano. Citant la louange de saint François d’Assise au Seigneur «pour notre sœur la mort corporelle», le Saint-Père a invité à prier en particulier pour les victimes de la violence absurde de la guerre, pour que «les larmes de tant de mères, de tant d’enfants, de tant de personnes âgées touchent la conscience de ceux qui ont le pouvoir de faire taire les armes».

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Call of Duty: la tragédie d’Itaewon détournée dans un scénario de guerre fictif

Entre tensions militaires persistantes entre Séoul et Pyongyang et mémoire douloureuse de la tragédie d’Itaewon, le dernier jeu vidéo Call of Duty a suscité une vive polémique en Corée du Sud. Son éditeur est accusé d’avoir utilisé de véritables images de victimes pour illustrer une invasion nord-coréenne fictive.


La frontière entre réalisme vidéoludique et respect de la mémoire des victimes vient de susciter une nouvelle controverse autour du dernier épisode de la célèbre franchise Call of Duty, intitulé Modern Warfare 4. Des joueurs ont découvert que le jeu intégrait de véritables images d’archives de la bousculade meurtrière d’Itaewon, survenue à Séoul le 29 octobre 2022, lors des festivités d’Halloween.

Loin d’une simple reconstitution inspirée de faits réels, ces séquences issues de reportages journalistiques montrent les opérations de secours et les tentatives de réanimation des victimes sur les lieux du drame.

Leur réutilisation pour illustrer une invasion militaire et maritime nord-coréenne fictive a provoqué l’indignation des familles endeuillées et de plusieurs organisations sud-coréennes, dans un contexte où les tensions entre les deux Corées demeurent particulièrement persistantes.

Itaewon, une soirée d’Halloween transformée en catastrophe nationale

Pour comprendre l’indignation provoquée par cette séquence, il faut d’abord revenir sur la nuit du 29 octobre 2022. Ce soir-là, des dizaines de milliers de personnes, principalement âgées d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, convergent vers le quartier d’Itaewon, dans le centre de Séoul, pour célébrer Halloween. Il s’agissait des premières grandes festivités de ce type organisées après la levée des principales restrictions liées à la pandémie de Covid-19.

Dans ce quartier particulièrement fréquenté pour ses bars, ses restaurants et ses discothèques, la foule s’est progressivement engouffrée dans une ruelle étroite et en pente, située entre plusieurs établissements. En fond de toile une rumeur qui affirmait la présence d’une star dont personne ne connaissait le nom… L’agglutinement est devenu tel que les personnes présentes se sont retrouvées prises au piège, incapables de se déplacer ou de s’extraire de la masse.

La pression exercée par les corps a provoqué une bousculade meurtrière, entraînant des dizaines de morts par compression et asphyxie, avec des victimes gisant au sol, des passants tentant désespérément de pratiquer des gestes de réanimation et des policiers et pompiers mobilisés pour tenter de maîtriser la situation.

Le bilan humain s’est finalement établi à 159 morts, selon les chiffres rapportés par l’agence sud-coréenne Yonhap. Près de 200 personnes avaient également été blessées. La catastrophe a profondément marqué la société sud-coréenne et demeure associée à des interrogations sur la gestion des rassemblements, l’anticipation des risques et les dispositifs de sécurité publique.

Des images d’archives utilisées pour illustrer une invasion nord-coréenne fictive

C’est dans ce contexte particulièrement sensible que des fans locaux du jeu ont découvert la présence des images litigieuses dans le dernier Call of Duty. Le nouvel opus de la franchise, sorti le 23 octobre 2026 met en scène une invasion de grande ampleur de la Corée du Sud par les forces nord-coréennes. Le scénario imagine une offensive surprise de Pyongyang et suit notamment un jeune militaire sud-coréen confronté à cette situation de guerre.

Dans la séquence d’ouverture, une succession de reportages télévisés fictifs permet de présenter les conséquences de cette invasion sur la population civile. Pour renforcer l’immersion et donner à cette introduction une apparence de véritable couverture journalistique, les concepteurs ont intégré des images provenant de reportages d’actualité. Or, parmi ces archives figure une séquence filmée à Itaewon en octobre 2022. On y distingue notamment un secouriste pratiquant une réanimation cardio-pulmonaire sur une personne étendue au sol. D’autres plans montrent des victimes allongées dans la rue et une personne évacuée sur une civière.

Les images originales ont été retravaillées avec des filtres monochromes et des effets visuels destinés à leur donner l’apparence de documents filmés dans une zone de guerre. Mais leur origine a rapidement été identifiée par des joueurs sud-coréens, qui ont établi des rapprochements avec les véritables images diffusées à l’époque par les médias.

Le Guardian a également confirmé que les séquences provenaient d’images d’actualité diffusées par Getty Images, montrant les opérations de secours lors de la catastrophe. 

Un choix scénaristique qui interroge

En choisissant de faire de la Corée du Nord l’agresseur d’une guerre totale, Call of Duty s’inscrit dans une tradition bien établie du jeu vidéo militaire : transformer les tensions internationales contemporaines en scénarios de guerre spectaculaire.

Mais ce choix intervient à un moment où les relations entre les deux Corées sont particulièrement dégradées. Il donne ainsi une résonance politique supplémentaire à une fiction commerciale, même si rien ne permet d’assimiler le scénario imaginé par Activision à une prévision militaire ou à l’annonce d’une offensive imminente.

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Les événements de l’automne 2026 illustrent cette dégradation aperçue dans le jeu. Le 21 octobre, Kim Yo-jong, sœur du dirigeant nord-coréen et figure influente du régime, a annoncé la remise en service prochaine de haut-parleurs de propagande dirigés contre la Corée du Sud, le long de la frontière. Pyongyang a également poursuivi le renforcement de ses positions militaires frontalières, avec l’installation de mines, de clôtures et d’obstacles antichars. Ces aménagements interviennent après plusieurs incidents impliquant des soldats sud-coréens et des accusations réciproques de violations de la ligne de démarcation militaire.

Quelques jours plus tard, le conseiller sud-coréen à la sécurité nationale, Wi Sung-lac, a affirmé que Séoul répondrait fermement aux violations de sa frontière militaire. Pour le public sud-coréen, la représentation d’une capitale dévastée par une offensive venue du Nord a une portée différente de celle ressentie par les joueurs occidentaux.

Les familles des victimes dénoncent un manque de respect

La découverte des scènes de la tragédie d’Itaewon a rapidement suscité une réaction des associations représentant les familles endeuillées. Pour ces dernières, l’utilisation de ces documents dans un jeu vidéo commercial constitue une atteinte à la dignité des personnes décédées et à la mémoire de celles qui ont vécu la catastrophe.

Cho In-young, représentante d’un comité de familles de victimes, a dénoncé auprès de l’Agence France-Presse (AFP) un manque de sensibilité envers la souffrance des proches, des survivants et des témoins. Elle a notamment estimé que la reproduction de ces images ne tenait pas compte de la dignité des personnes mortes dans la tragédie.

Dans une déclaration commune publiée le mercredi 28 octobre, le conseil des familles endeuillées et plusieurs organisations de la société civile ont également fait part de leur indignation. « Nous sommes consternés par le fait que des scènes chaotiques et désespérées – où d’innombrables citoyens pratiquaient des manœuvres de réanimation pour tenter de se sauver les uns les autres, tandis que des victimes gisaient sur le sol froid de la rue -aient été reprises telles quelles pour reconstituer une séquence dans un jeu vidéo », ont-elles déclaré, exigeant le retrait immédiat de ces images du célèbre jeu.

La controverse s’est par ailleurs accompagnée de commentaires hostiles sur internet visant certaines victimes, dans le contexte du scénario du jeu. Pour les familles, cette utilisation des archives risque ainsi de raviver des blessures qui restent particulièrement sensibles, quatre ans après les événements.

Activision présente ses excuses et promet de retirer les images

Dans un premier temps, Activision a défendu le choix de ses équipes en expliquant que les images d’actualité avaient été intégrées afin de renforcer la crédibilité du récit fictif. L’éditeur assurait ne jamais avoir eu l’intention de faire référence à la catastrophe d’Itaewon, ni de minimiser la gravité d’un événement réel.

Face à l’ampleur des réactions, la société a finalement changé de position. Le 30 octobre 2026, Activision Publishing a présenté ses excuses publiques aux victimes, à leurs proches et à toutes les personnes blessées par cette utilisation des images.

Dans un communiqué transmis aux médias sud-coréens, l’entreprise a déclaré : « Call of Duty: Modern Warfare 4 est une œuvre de fiction conçue pour offrir une immersion réaliste. Nous tenons à préciser qu’en intégrant au jeu des images issues de véritables reportages, nous n’avons jamais eu l’intention d’évoquer ou de banaliser un quelconque événement tragique, y compris le mouvement de foule survenu à Itaewon. ».

Activision a également confirmé que les séquences incriminées seraient intégralement supprimées à l’occasion d’une mise à jour du jeu prévue le 12 novembre 2026. L’éditeur a précisé qu’il n’avait jamais eu l’intention d’évoquer ou de banaliser la tragédie d’Itaewon ou toute autre catastrophe réelle en utilisant des images d’actualité dans ses productions.

La question du réalisme face à la mémoire des victimes

Au-delà de la polémique entourant Call of Duty, cette affaire soulève une question plus large sur les limites de l’utilisation des archives journalistiques dans les productions vidéoludiques.

Depuis plusieurs années, les jeux vidéo cherchent à renforcer leur réalisme en empruntant les codes du documentaire, du reportage télévisé et de la photographie de guerre. L’utilisation d’images authentiques permet de donner davantage de crédibilité à une fiction, particulièrement lorsqu’elle repose sur des événements géopolitiques contemporains.

Mais cette recherche d’immersion pose nécessairement la question du droit à l’image, du consentement et du respect des personnes représentées. Une photographie ou une vidéo d’actualité ne devient pas une simple ressource visuelle parce qu’elle est intégrée dans une œuvre de fiction. Elle reste le témoignage d’un événement qui a réellement bouleversé des familles et une société entière.

Dans le cas d’Itaewon, la difficulté est d’autant plus importante que les images ne montrent pas simplement les conséquences générales d’une catastrophe. Elles représentent des personnes confrontées à la mort, des citoyens tentant de porter secours à leurs semblables et des victimes dont certaines ont perdu la vie cette nuit-là. L’éditeur a reconnu la nécessité de corriger son choix. Au soulagement de tous.

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JMJ 2027: «Le premier clic de courage» des évêques de Séoul

En réponse à l'invitation vidéo du Pape aux Journées mondiales de la jeunesse à Séoul en 2027, «pèlerinage de foi, d’amitié et d’espérance», les évêques de l’archidiocèse de Séoul ont eux aussi publié une vidéo intitulée «Le premier clic de courage», pour annoncer leur propre inscription aux JMJ aux côtés de jeunes.

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Au Pérou, les Papes entre les blessures de l’histoire et la force de la foi

De Jean-Paul II, qui en 1985 a lancé un appel à la paix au cœur des violences d’Ayacucho, à François, qui en 2018 a donné la parole aux peuples de l’Amazonie. Trois visites dans une terre héritière de la civilisation inca, où le christianisme a profondément pris racine. Aujourd’hui, Léon XIV, qui a connu cette Église en tant que missionnaire puis évêque, y revient.

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La présence du Pape au Pérou, «donnera un nouvel élan à l’Église»

À l’approche de la visite apostolique que Léon XIV effectuera en Amérique latine, nous nous sommes entretenus avec Sœur María Antonieta García Carrizales, supérieure générale des Religieuses franciscaines de l’Immaculée Conception. Elle évoque les préparatifs en cours au Pérou pour l'accueil du Saint-Père. «La visite du Pape apportera de nouvelles façons d’éveiller chez les jeunes l’appel de Dieu, et de construire, par leur vie et leur parole, une paix paix désarmée et désarmante».

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Priez pour la presse de gauche !

Mourir pour des idées, oui, mais uniquement si elles ont la bonne carte de presse. Alors qu’une pétition en ligne réclame, avec une touchante tolérance, la « suppression » de CNews — portée par plus de 400 000 signataires qui n’ont visiblement pas trouvé le bouton pour changer de chaîne sur leur télécommande —, c’est de l’exfiltration de trois journalistes du congrès du RN à Orléans que s’inquiètent les grands patrons et les syndicats de la presse.


Les chapeaux à plume de la presse sortent les mots des grands jours. « S’en prendre à un journaliste parce qu’il fait son métier, c’est s’en prendre à la liberté d’informer, écrivent-ils dans une tribune publiée par Libération[1]. C’est toute notre profession qui doit faire front.» Toute notre profession, c’est-à-dire la presse de gauche. Il y a Le Monde, L’Humanité, Libération, L’Obs, Politis, Mediapart, Ouest-France et même Public Sénat. J’aimerais bien savoir s’ils l’ont proposée au Figaro, au Point. À Causeur, ils ne nous ont rien demandé. Pour faire partie de-toute-notre-profession, faut sans doute avoir sa belle âme en bandoulière.

Le noble métier d’informer

La raison de cette alerte générale, c’est que trois journalistes (deux Mediapart, un Politis) ont semble-t-il été exfiltrés sans ménagement du congrès RN pendant qu’ils filmaient l’irruption de militants de SOS-Racisme. L’un d’eux dit avoir entendu des injures racistes venues de la salle. Heureusement, les confrères n’ont pas eu d’ITT. Mais on imagine le trauma. En tout cas, après ces « graves violences » les patrons de presse expriment leur « indignation et leur solidarité ». Le tout assaisonné de démocratie en danger. En prime, ces comiques écrivent qu’un « journaliste présent pour couvrir un événement politique n’est pas un militant de cet événement, ni de ceux qui le contestent ». Ça doit être pour ça que tous se font une gloire de faire barrage au RN en particulier et à « l’extrême droite » en général.

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Qu’on ne me mécomprenne pas. Un journaliste anti-RN doit évidemment avoir le droit de couvrir le congrès du RN. « À six mois de l’élection présidentielle, écrivent encore nos directeurs de conscience, les journalistes doivent pouvoir couvrir librement les activités de tous les partis politiques, sans intimidation, sans discrimination et sans que leurs conditions de travail dépendent du bon vouloir des organisations qu’ils sont chargés d’observer. » Je signe des deux mains. Si des journalistes ont été secoués avec en plus des injures racistes, c’est inexcusable.

Indignation à géométrie variable

Reste une question. Où étaient ces estimés confrères après l’attaque du siège de CNews par une centaine de types cagoulés ? Quand Ali Rabeh a interdit à Elodie Huchard, toujours de CNews, d’assister à sa conférence de presse parce qu’être dans la même pièce qu’elle, ça il n’aurait pas pu le supporter ? Quand des journalistes de CNews (encore) et de Frontières étaient agressés par des manifestants ? Où sont-ils quand Mélenchon menace et insulte les journalistes de BFM ou Anne-Claire Coudray de TF1, laissant planer la menace d’une grande mise au pas s’il arrive au pouvoir ? Silence radio. Moi qui croyais que « s’en prendre à un journaliste parce qu’il fait son métier, c’était s’en prendre à la liberté d’informer », j’aurais mal lu ? Remarquez pour Mélenchon, ce n’est pas seulement de l’adhésion idéologique, c’est de la peur. L’intimidation, ça marche. Quant à CNews, c’est leur obsession. Beaucoup de ces admirables défenseurs de la liberté d’informer rêvent ouvertement de la fermer, mais attention, sans violence. La prise du Palais d’hiver c’est pas leur truc. Ils ont une vision plus administrative de l’épuration.

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On l’aura compris, la liberté d’informer, c’est bon pour les journalistes-de-gauche. Quant aux autres, ils n’ont qu’à se taire: je ne partage pas vos idées et je me battrai pour que vous ne puissiez jamais les exprimer. Alors chers confrères, vos leçons de liberté de la presse, vous pouvez vous les garder.


[1] https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/violences-contre-les-journalistes-le-rn-doit-garantir-la-liberte-dinformation-20261030_ZHVRTCJOGFAJHEWEBFNFPWJJEM/

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Le Pen vs Mélenchon: la trahison des élites

Le second tour que les sondages nous prédisent s’annonce comme le grand naufrage des sachants…


Les grandes nations ont, elles aussi, leurs moments de fatigue. À en croire certains sondages, la France pourrait offrir au monde, au printemps 2027, une affiche opposant Mélenchon à Le Pen. Après Montesquieu, Voltaire, Hugo, Jaurès, Clemenceau et de Gaulle, l’histoire devait bien nous réserver une surprise de ce genre.

Certes, rien n’est joué puisqu’il reste six mois pour nous épargner cette annus horribilis. La perspective d’un tel duel devrait pourtant troubler le sommeil de ceux qui gouvernent la France depuis un demi-siècle. Il aura fallu beaucoup d’intelligence, de diplômes et de persévérance pour conduire un pays aussi riche de son histoire, de sa culture et de ses talents à cette désolation.

En 1927, Julien Benda dénonçait la trahison des clercs, ces intellectuels qui sacrifiaient leur vocation aux passions politiques. Un siècle plus tard, la trahison a gagné nos élites, celles qui prétendent administrer le pays et fabriquer l’opinion. Elles ont tout eu : le pouvoir, les moyens de l’exercer et cette conviction, acquise sur les bancs des meilleures écoles de la République, de savoir mieux que le peuple ce qui est bon pour lui.

Qu’est-ce qu’une nation ?

La gauche porte dans ce désastre une responsabilité particulière, parce qu’elle a trahi ce qui faisait jadis sa grandeur : sa familiarité avec le peuple français. Jaurès était internationaliste et patriote. Il ne voyait aucune contradiction entre la justice sociale et l’amour de la France, dont il connaissait l’histoire et partageait les fidélités. Il savait qu’un peuple ne se réduit pas à une population occupant un territoire, qu’il existe entre les générations une continuité sans laquelle la nation finit par ressembler à une administration chargée de gérer des individus.

Cette idée est devenue suspecte à une partie de la gauche pour qui le mot « patrie » sent le nationalisme et l’attachement à une culture commune l’exclusion de l’Autre. Le peuple lui-même a quelque chose d’embarrassant puisqu’il persiste à aimer son village, son clocher, les paysages de son enfance et manifeste, à l’heure de la mobilité triomphante, cette stupide tendance à vouloir vivre là où il est né.

Inadaptés

Cette conversion culturelle s’est accompagnée d’une réconciliation énamourée avec le capitalisme mondial. Les héritiers de ceux qui dénonçaient l’exploitation ont découvert les vertus de la libre circulation des marchandises et des hommes. Les usines ont fermé, les villes industrielles se sont éteintes à petit feu, les familles ont perdu ce qui donnait un sens à leur existence. Il fallait s’adapter, disait-on, expression assez cynique dans la bouche de ceux qui n’ont jamais eu à le faire.

On pouvait désormais célébrer toutes les identités, toutes les mémoires, toutes les traditions, à condition de ne pas trop s’attarder sur celles de la France. Son histoire est devenue l’interminable procès de sa domination, sa culture un héritage embarrassant. On a voulu accueillir de nouveaux Français venus de partout, notamment du « Sud global », sans prendre grand soin de leur expliquer ce qu’ils étaient invités à rejoindre. Il est vrai qu’on ne savait plus très bien soi-même ce que cela pouvait être.

L’historien américain Christopher Lasch avait décrit cette sécession des élites, devenues plus proches de leurs semblables à l’étranger que de leurs compatriotes. Certains de nos dirigeants se sentent chez eux à Bruxelles, Londres ou New York, et découvrent avec stupeur les résultats électoraux de ces provinces françaises dont ils ne connaissent que les gares TGV.

Sacrifices

La droite n’a pas été en reste. Elle a conservé les drapeaux, les cérémonies et les citations du Général, donnant un peu de solennité à l’abandon de ce qu’elle défendait. Elle parlait de souveraineté mais en réduisait les moyens, célébrait notre industrie pendant que les usines fermaient, promettait l’autorité de l’État et s’étonnait qu’on ne lui obéisse plus. Il restait les commémorations, où la France officielle continuait de faire bonne figure.

Les chefs d’entreprise avaient découvert que ce pays coûtait trop cher. Ses ouvriers, ses protections sociales, ses contraintes pesaient lourd dans les comptes. On a donc délocalisé avec la satisfaction du devoir accompli, en expliquant urbi et orbi que la compétitivité exigeait des sacrifices.

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L’État poursuivait son travail de rationalisation : on fermait une maternité, une gare, un tribunal, une classe, et il se trouvait un haut fonctionnaire pour démontrer, chiffres à l’appui, que cette disparition constituait un progrès du service public. Si les habitants avaient du mal à s’en réjouir, c’était une affaire de pédagogie.

L’école elle-même, cette formidable machine républicaine qui avait permis à des générations d’enfants modestes de s’approprier la langue française, une histoire et une culture, a trop souvent renoncé à transmettre. On a oublié qu’un enfant ne devient pas libre parce qu’on le prive d’héritage, et qu’il faut avoir reçu quelque chose pour pouvoir ensuite le contester.

Je ne suis pas complotiste, mais…

Tout cela ne procède d’aucun complot car nos élites n’ont jamais montré une intelligence collective suffisante pour qu’on puisse leur prêter ce dessein. Il y eut du conformisme, des intérêts bien compris et cette inclination des classes dirigeantes à prendre leurs préférences pour des nécessités historiques. On a défait le pays avec la meilleure conscience du monde, ce qui est une manière assez française de travailler au malheur public.

Le résultat est devant nous. Le Rassemblement national prospère, non sans démagogie économique et sociale, sur le ressentiment d’une France qui ne se reconnaît plus dans ceux qui prétendent la représenter. Mélenchon exploite, avec un goût prononcé pour la brutalité politique, les colères et les fractures d’une société dont il attend davantage de la confrontation que de la réconciliation. Deux populismes d’essence autoritaire qui trouvent dans nos divisions leur raison d’être. On peut craindre que la France ne survive pas en très bonne santé à tant de sollicitude.

Voilà ce que cinquante ans de gouvernements « raisonnables » risquent de nous laisser en héritage. On entend déjà les cris d’orfraie : comment les Français peuvent-ils se montrer aussi ingrats envers ceux qui ont tant fait pour leur bonheur ? Comment peuvent-ils préférer les extrêmes à ces femmes et ces hommes compétents, diplômés, expérimentés, qui ont consacré leur existence à leur expliquer le monde ?

Retournons la question : qu’ont-ils fait de ce pays pour que tant de gens en viennent à préférer les candidats des extrêmes ? Il faut avoir sacrément perdu le sens des réalités pour croire qu’un peuple se révolte contre ses dirigeants dans le seul but de leur faire de la peine.

Si ce duel redouté se produit, on peut déjà deviner la suite. D’aucuns appelleront au barrage républicain, les grandes consciences se mobiliseront, les artistes signeront des pétitions et les responsables de ce demi-siècle de renoncements nous expliqueront, la main sur le cœur, que la République est en danger. Espérons seulement qu’ils auront la décence de ne pas se présenter comme les innocentes victimes de leur propre bilan. Encore que, même au soir du désastre, on peut compter sur eux pour nous expliquer que tout est de notre faute.

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Une église maronite profanée dans le nord d’Israël

Suite à l’acte de vandalisme perpétré le 1er novembre dans le nord d’Israël contre l'église maronite Saints-Pierre-et-Paul de Nahariya, l’Archéparchie de Haïfa soutient avec fermeté que «de tels agissements ne peuvent être ni justifiés ni tolérés». Elle invite les autorités à mener une enquête et identifier les auteurs.

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Rennes a-t-elle perdu la bataille des tags?

La maire socialiste Nathalie Appéré concède avoir « perdu du terrain » face à la déferlante de tags qui tapissent la ville. Pour justifier cet abandon de terrain, l’édile dégaine une excuse savoureuse : la faute à la sécheresse, qui aurait privé la mairie d’eau… pour nettoyer les murs !


Le sujet pouvait paraître léger. Lundi 12 octobre dernier, BFMTV proposait un reportage tourné dans la ville de Rennes. Le sujet : la prolifération des tags, qui ont envahi la capitale bretonne. Place Sainte-Anne, République, place Hoche, quartier de la gare : aucun lieu emblématique n’est épargné, et depuis la rentrée universitaire, le phénomène connaît même un net regain.

Bataille perdue

Pour expliquer cette invasion, la maire (PS) Nathalie Appéré a mis en avant un argument étonnant. L’arrêté sécheresse mis en place par la préfecture a tout simplement empêché le nettoyage des murs et des façades. Fin septembre, l’édile devait admettre sa défaite : « Je reconnais des batailles perdues, cet été, dans ce que l’on peut appeler la guerre des tags ».

Un défaitisme contrarié par les arguments du principal opposant à la maire. Charles Compagnon, candidat du centre-droit défait en mars 2026 (36,38 % au second tour contre 43,78 % pour la liste de gauche), rappelle quelques évidences techniques : « La plupart du temps, les tags sur le bois doivent se repeindre, donc on n’utilise pas d’eau. Les murs historiques, eux, se nettoient avec de la chaux, ou à la limite avec des lingettes chimiques. La plupart du temps, ce n’est donc pas l’eau qui nettoie les tags ».

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Et puis, à Rennes, hormis durant cet été caniculaire 2026, de l’eau, ce n’est pas ça qui manque la plupart du temps. Or, le négligé rennais, selon plusieurs commerçants et observateurs, s’est renforcé depuis le début de l’année civile. Pour Charles Compagnon, les tags ne sont pas une étrange défaite mais le symbole d’un certain état d’esprit à l’œuvre à Rennes. « Le cœur de ville rennais est peut-être le plus tagué de France. Les journalistes de BFM qui m’ont suivi lors du reportage ont eux-mêmes été surpris. La maire prétend avoir perdu la bataille mais elle est en fait tenue, à la fois, sur son aile gauche par la liste LFI [menée par la députée Marie Messmeur], mais au sein de sa majorité, par une ligne écologiste, plus proche de LFI que de Yannick Jadot. La mairie subventionne des ateliers peinture dans les prisons ou auprès de marginaux. Ici, je passe pour un hygiéniste. Préférer une pelouse droite ou un mur blanc, pour l’extrême gauche rennaise, c’est être hygiéniste ». Ce goût pour le débraillé, la section insoumise rennaise l’assume assez. Dans une vidéo publiée sur Instagram au lendemain du 17 octobre (particulièrement animé sur les bords de la Vilaine), un certain Victor Bayard, chercheur en urbanisme et élu LFI, non sans renfort de jargon sociologique, se réjouissait plutôt de voir les murs investis par « ceux qui d’ordinaire ne peuvent pas s’exprimer », invoquant aussi Pompéi. Lointain héritier d’Héraclite d’Éphèse, donc, qui prétendait au $V^e$ siècle avant Jésus-Christ que « le plus bel ordre du monde est comme un tas d’ordures rassemblées au hasard ». Cette coquetterie intellectuelle prêterait à sourire si elle ne coûtait pas au contribuable rennais la bagatelle de 850 000 euros de nettoyage par an. Chaque année, les agents municipaux doivent effacer 49 000 $\text{m}^2$ de tags, au cours de quelque 12 500 interventions. Parmi l’extrême gauche rennaise, le tag serait un excellent moyen de lutter contre la gentrification du centre-ville. « Pour ces militants d’extrême gauche, le cœur de ville, et en premier lieu la place Sainte-Anne, n’est ni plus ni moins qu’une ZAD », précise Charles Compagnon.

Tu salis, tu paies !

Charles Compagnon n’a pas envie de croire à une fatalité rennaise. Il regarde alors vers la voisine Angers, où le maire Christophe Béchu a voulu lutter contre le phénomène. En 2025, un tagueur, auteur de sa 339e dégradation, s’est vu présenter une facture de 150 000 euros. Loin des sanctions légales prévues par le code pénal, rarement appliquées. Un plan anti-tags a été déployé en 2024, avec possibilité pour les citoyens de signaler facilement des tags via une application et mise en place d’une brigade de proximité. « Aujourd’hui, Angers revit. Des murs propres sont pour les citoyens un premier indice de leur sécurité. Il y a un défaitisme rennais face à la domination culturelle de la gauche. Beaucoup de gens ne se sont pas déplacés en mars dernier, pensant l’élection déjà perdue. Nous sommes six mois après la dernière municipale et on me parle déjà de la prochaine ». Qui n’aura lieu que dans sept ans.

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November 01, 2026

Léon XIV salue les athlètes des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar

À l’issue de l’Angélus, Léon XIV a béni les plus de 2 600 jeunes sportifs qui participent à la première manifestation olympique organisée sur le continent africain. Ces jeux ont débuté le 31 octobre et se poursuivront jusqu’au 13 novembre.

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Après Olechky, le Pape appelle à d’autres initiatives en faveur de la paix en Ukraine

A l’issue de la prière mariale de l’Angélus, Léon XIV a salué l’action humanitaire menée la veille dans le sud de l’Ukraine, à Olechky. Près de 750 civils ont été évacués de cette ville assiégée par les forces russes et soumise à un blocus depuis plusieurs mois. «J’espère que la collaboration entre les parties (…) débouchera sur de nouvelles initiatives concrètes en faveur de la paix» a déclaré le Pape, qui a lui-même échangé ces dernière semaines avec les présidents russe et ukrainien.

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Angélus: la sainteté n’est pas un privilège mais une vocation universelle

Dans sa méditation prononcée ce dimanche 1er novembre lors de la prière mariale de l'Angélus, en la solennité de la Toussaint, le Pape Léon XIV a rendu hommage aux innombrables saints qui ont consacré leur vie au Christ et a souligné que tous les fidèles sont appelés à la sainteté et à faire des choix qui transcendent le mal.

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Vitez, l’épique et le dramatique

Acteur lyrique, tragédien éblouissant, Philippe Girard a incarné la langue des plus grands poètes du théâtre. Il nous transmet l’enseignement de son maître Antoine Vitez, l’homme qui a changé sa vie


Il n’y a plus de tragédiens ? Si ! Philippe Girard. Sa voix est un orgue. Elle caresse, elle déchire, elle gronde. Sa présence est écrasante, elle irradie. C’est un acteur comme on n’en voit plus. Lyrique, poétique, démesuré. Il incarne la langue et la profère tel un oracle. Il a joué Claudel, Racine, Hugo, Shakespeare, Ibsen, Sénèque, Eschyle, Tchekhov, Labiche, Molière ou encore Olivier Py, de qui il est, depuis plus de trente ans, l’un des acteurs fétiches. En ce moment, au théâtre Lucas-Paumier à Paris, il incarne le terrible « Roi-soldat » Frédéric-Guillaume dans la pièce Katte, magnifique tragédie en alexandrin de Jean-Marie Besset. Pour Causeur, il revient sur l’enseignement de son professeur, puis metteur en scène Antoine Vitez.


Causeur. Aujourd’hui, beaucoup de gens disent que vous êtes l’un des derniers grands tragédiens. Quel a été votre chemin pour en devenir un ?

Philippe Girard. J’ai commencé le théâtre sans aucune formation, à la Cartoucherie, en 1980. Là-bas, j’avais découvert que pour jouer, il fallait d’abord construire le théâtre ! C’était l’Épée de Bois. Tout en le construisant, j’y ai joué deux spectacles. Puis j’ai démissionné. Non seulement parce que c’était un théâtre indigent dans lequel je passais plus de temps à faire de la maçonnerie, de la plomberie et à faire le ménage qu’à être sur scène, mais aussi parce que je pensais qu’il fallait peut-être que j’apprenne certaines choses avant de jouer. Je me suis donc inscrit à l’école de Chaillot, dirigée par Antoine Vitez.

Son enseignement a-t-il été une révélation ?

Oui. Mais durant la première année, je ne comprenais rien. Vitez était un rouleau compresseur. C’était tellement extraordinaire de l’écouter parler ! Tout ce qu’il disait avait du sens. J’étais fasciné, mais largué. Sur scène, il me disait : « C’est bien ce que tu fais, mais ce n’est pas encore ça. Tu es un acteur épique, c’est bien. Maintenant il faut que tu deviennes aussi un acteur dramatique. » J’étais épique sans le savoir !

Qu’appelait-il « acteur épique » et « acteur dramatique » ?

Épique, c’est la faculté de savoir raconter. Dramatique, c’est de savoir incarner. Pour Vitez, il fallait être les deux à la fois. J’ai mis des années à comprendre. À la fin de la deuxième année, où il m’avait engagé pour un petit rôle dans Hernani, je suis allé le voir dans sa loge et je lui ai dit : « ֤Écoute Antoine, je n’y arrive pas. Je pense que je me suis trompé et qu’il faut que j’arrête. Je ne comprends pas ce qu’il faut faire pour incarner. » Là, il m’a passé un savon. « Tu n’as pas le droit ! Moi, je crois que tu vas y arriver ! Tu vas continuer, tu vas travailler, et puis c’est tout. » Pour me punir, il m’a engagé dans Lucrèce Borgia ! Ça a duré un an. Création à Venise, cour d’honneur du Palais des papes, Rome, Athènes… Il m’a dit : « Au moins tu vas pouvoir continuer à travailler, à essayer de comprendre, et puis comme ça tu gagneras ta vie ! » Il savait que j’étais désargenté, comme lui l’avait été dans sa jeunesse. Tout en étant son élève, je jouais dans ses spectacles. Avec lui, j’ai ensuite fait Le Soulier de satin, en 1987, puis Les Apprentis sorciers. Ensuite, il a pris la direction de la Comédie-Française où il me faisait jouer avec la troupe comme intervenant extérieur. Il cherchait le rôle sur lequel me faire entrer dans la troupe. Mais il est mort.

Et à quel moment avez-vous compris ce qu’il fallait faire pour devenir un acteur dramatique ?

Dix ans après ma première année avec Vitez ! D’un seul coup, j’ai compris. Je travaillais alors avec le metteur en scène Alain Ollivier, qui était aussi un merveilleux acteur. J’avais enfin compris l’incarnation. Je l’ai formulée ainsi : « Qui parle derrière mes yeux ? » Lorsque j’étais étudiant, la seule chose qui m’attirait c’était la poésie, la littérature. Et le seul endroit où l’on peut mettre la poésie en action, c’est le théâtre. Quand on est dans le poème, en tant qu’acteur, forcément on est dans le lyrisme et dans le récit. Mais il faut aussi trouver le moyen d’incarner le poème. Et là, ça devient plus compliqué, si vous êtes sensible au langage – si on n’y est pas sensible il faut faire autre chose que du théâtre ! Ou bien il faut faire de la littérature contemporaine où il n’y a pas de langue. Si vous y êtes sensible, donc, il faut trouver le moyen de raconter et d’incarner à la fois. Il faut « l’être » et « le dire ». La parole lyrique ne vient pas de n’importe où, elle est ancrée dans quelque chose de plus réaliste. Ce qui m’a beaucoup aidé aussi, c’est qu’en jouant directement dans les spectacles de Vitez, j’étais entouré de grands acteurs épiques et dramatiques : Didier Sandre, Ludmila Mikaël ou Nada Strancar. En regardant Nada dans la tragédie, j’ai compris que lorsque le sentiment n’est plus exprimable psychologiquement, la seule chose qui reste à faire c’est de trouver la note. Comme à l’opéra. La note permet d’atteindre l’endroit où c’est sensible, où la parole devient chant. Il y a une transcendance vers la beauté, loin de tout réalisme.

Et la « psychologie du personnage » dans tout ça ?

Les gens comprennent mal Stanislavski. Chez Stanislavski, la psychologie n’est qu’un levier. Ce qu’il cherchait n’était pas la psychologie, mais la vérité. Il fallait une vérité psychologique pour parvenir à incarner, mais ce qu’il cherchait était au-delà de cette vérité psychologique : c’était la vérité absolue. Donc quelque chose qu’on n’atteint pas, quelque chose qu’on cherche. Il n’y a pas de « système Stanislavski ». Jusqu’à la fin de sa vie, il a essayé de comprendre ce qui ne marchait pas et tenté d’inventer ce qui pourrait marcher. C’est le père du jeu contemporain. Aujourd’hui, tout le monde fait du Stanislavski sans le savoir. Personne n’imaginerait le jeu sans l’incarnation. Pour comprendre le jeu sans l’incarnation, il faut regarder le cinéma muet. Les gestes pour exprimer les sentiments ! À partir des premières publications des écrits de Stanislavski en 1909, le monde des acteurs a basculé. Chronologiquement, ça correspond d’ailleurs à l’invention de la psychanalyse. Mais ce qui est émouvant, c’est qu’en travaillant Eschyle, on se dit qu’il avait anticipé tout ça. Car en inventant le dialogue, en inventant la tragédie, en inventant les premières règles grammaticales du théâtre, il invente l’incarnation. On ne peut pas jouer Eschyle sans l’incarnation. C’est ce qui est beau. Il y a mille cinq cents ans, il invente une grammaire qui est toujours efficace aujourd’hui.

Philippe Girard et Nemo Schiffman dans Katte, tragédie en vers de Jean-Marie Besset. (C) Marc Ginot

Comment Vitez travaillait-il avec les acteurs ?

Il n’y avait pas cette chose absurde qu’on appelle la « direction d’acteurs ». Il ne disait pas aux acteurs « voilà ce qu’il faut jouer ». Il arrivait à la répétition en disant : « Je ne sais pas. Commençons. Tu entrerais par là… » L’acteur entrait par là et proposait des choses. Vitez disait alors : « C’est très bien. Tu peux aller encore plus loin dans cette proposition. » Ce qui libérait l’acteur ! Cela lui donnait l’autorisation d’inventer davantage. Les propositions de jeu venaient toujours des acteurs. Finalement, Vitez demandait à l’acteur d’être conscient de son propre jeu et de se mettre en scène lui-même. Évidemment, ça trouble un peu les metteurs en scène modernes qui croient qu’ils sont des « directeurs d’acteurs ». Pour moi, un acteur adulte, c’est un acteur qui se met en scène lui-même. Le metteur en scène – le régisseur, comme disait Vilar ! – donne le cadre, le décor, et à l’intérieur de cela, c’est à l’acteur d’inventer. Vitez nous laissait inventer nos gestes, nos déplacements. Il gardait tout ce qu’on proposait, et ensuite il amendait : « Très bien. Et là, tu pourrais en plus faire ça. » Il ne refusait jamais une proposition. Bien sûr, ses acteurs, c’est lui qui les avait choisis ! Et ce qu’il aimait chez eux, ce n’était pas leurs qualités, mais leurs défauts. Il n’aimait pas les acteurs « parfaits », les acteurs « performants ».

Vitez faisait-il travailler la diction et la voix ?

Vitez avait inventé la transposition. Cela avait fait scandale lorsqu’au Conservatoire il avait fait jouer Phèdre dans une cuisine avec une serpillière. Il expliquait ça très simplement : « Quand on regarde un tableau de Giotto, ou même des Flamands du xviie, dans la Crucifixion par exemple, les personnages sont habillés dans les costumes du temps où la peinture a été réalisée. Donc on peut très bien jouer en jean une tragédie de Racine. » Ensuite, évidemment, les metteurs en scène ont dévoyé cela et c’est devenu un cliché. J’encourage tout le monde à regarder la dernière Électre de Vitez, avec Évelyne Istria, en DVD. Il l’avait transposée dans la Grèce des colonels. Le scénographe Yannis Kokkos avait fait un mur de façade de maison grecque, et par la fenêtre on voyait le port du Pirée. Donc on transposait la tragédie dans une réalité socioéconomique contemporaine, mais – et j’en viens à votre question – la langue restait identique. C’est la langue de Sophocle qu’on entendait et pas un « bla-bla » de série TF1. Il fallait que l’acteur dise cette langue de Sophocle avec ce qu’elle comporte de folie, de lyrisme. Et la diction, la projection de la voix sont bien évidemment très importantes. Aujourd’hui, on voit trop souvent des tragédies de Racine ou de Corneille dans lesquelles les acteurs n’atteignent pas le niveau de langage de l’auteur. On dit les vers de manière quotidienne, banale. Et ça ne peut pas marcher. La langue des classiques est une langue du rêve. Personne n’a jamais parlé en vers sur cette terre.

Quels grands tragédiens avez-vous pu voir jouer ?

C’étaient surtout des femmes. Nada Strancar, Jany Gastaldi, Martine Chevallier, Christine Fersen… Les hommes étaient plus rares. Il y avait Bruno Sermonne. Je n’ai pas connu la génération d’avant. Sauf à travers des enregistrements bien sûr. Ceux de l’immense Alain Cuny, indémodables.

En 1979, lorsqu’il était professeur au Conservatoire, une journaliste a demandé à Vitez si l’institution « faisait » encore des tragédiens. Vitez avait répondu : « Oui. Je pense que rarement même on a senti un plus grand intérêt pour la tragédie. […] Notre temps marque un renouveau extraordinaire de l’intérêt pour la tragédie. D’abord pour la diction. Car je pense qu’il y a eu une période de creux du travail vocal. Il y a une vingtaine d’années, la diction a littéralement été bradée, même par les cercles de théâtre où, en principe, elle aurait dû être maintenue. Et aujourd’hui il y a un renouveau de l’intérêt des acteurs pour la diction française, pour le vers. » Effectivement, Vitez avait suscité cet intérêt. Mais on a l’impression que cela a été une parenthèse, malheureusement refermée après lui.

Il est vrai qu’à sa mort, personne n’a vraiment pris le relais. Ni au Conservatoire, ni ailleurs. Le théâtre a été envahi de metteurs en scène qui niaient le vers, qui niaient la langue. Il reste des exceptions évidemment, dont témoigne l’aventure que j’ai vécue avec Olivier Py. Lui était très exigeant sur le niveau de langage. C’est tellement absurde de ne pas chercher à accéder à ce niveau. Il y a une telle jouissance à dire le vers ! C’est une telle merveille de voir la différence de langue des auteurs. Le vers de Corneille est fait de fulgurances, c’est un feu d’artifice, c’est le vers baroque. Celui de Racine est plus sombre, plus étale, presque romantique. Celui de Hugo, complètement échevelé. C’est merveilleux les niveaux de langue, et le plaisir à les épouser. Quelle tristesse de s’en priver ! De tout jouer pareil, comme on jouerait un feuilleton télé. Et les spectateurs sont heureux d’entendre du vers, de l’entendre vraiment. Lorsque nous jouons la pièce Katte, de Jean-Marie Besset, ils sont contents d’entendre cette délicieuse surprise de la langue. Besset a écrit des vers efficaces, droits, très agréables à dire. Et nous les faisons entendre. Il faut respecter la langue. Lorsque j’ai joué Brand, d’Ibsen, c’était une traduction d’Éloi Recoing qui avait gardé l’octosyllabe dans laquelle la pièce avait été écrite. C’était extraordinaire, car l’octosyllabe donnait une densité, une efficacité, une méchanceté, une alacrité de la pensée qui était géniale. À condition de respecter l’octosyllabe ! C’est comme pour Claudel, il faut respecter le vers claudélien, sinon on ne comprend pas sa langue et l’on n’entend pas ce qu’il dit. C’est pour cela que le théâtre est difficile pour le simple lecteur. Il ne peut pas se rendre compte qu’il y a une musique. Cette musique, c’est à l’acteur de la faire entendre sur scène. Si on respecte le niveau de langage, on a fait la moitié du chemin, on a la clé.


Le mot de Michel Fau
Philippe Girard a consacré sa vie au théâtre, à l’image de Laurent Terzieff ou de Michel Bouquet ; il est ce que Vitez appelait « un acteur-poète », au-delà des modes. Les tragédiens sont en voie de disparition et Girard est un tragédien, avec tout ce que cela demande de folie et de musicalité ; Girard ne sera sans doute pas tout à fait d’accord avec moi… mais je suis convaincu que les grands tragédiens peuvent tout jouer ; d’ailleurs Girard, après avoir servi magnifiquement Racine, Corneille, Ibsen, Hugo, Claudel… fut aussi formidable dans le vaudeville quand il a joué Labiche, ou dans la farce quand il a joué Molière. Je voudrais aussi dire qu’il est un partenaire virtuose, comme un grand sportif ou comme un funambule… que je rêve de retrouver toujours ! •

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Nana (Mémoires de Nadine Trintignant)

Le livre de souvenirs de Nadine Trintignant est touchant, et les noms des vedettes qu’on y croise donnent le tournis.


J’espère que Nadine Trintignant me pardonnera cette marque de familiarité qui n’en est pas une, mais plutôt une marque d’affection, tant son livre de souvenirs, Ceux qui nous manquent, est touchant. Il est publié chez Albin Michel, avec la complicité bienveillante de Stéphane Barsacq. Dans le prologue, elle lui rend un hommage mérité.

Douleur et larmes

Avec ce livre, c’est toute une époque qui revit sous nos yeux, et il faut avouer que cela nous fait du bien de voir des gens libres, beaux comme les déesses de L’Odyssée, téméraires comme les dieux de l’Olympe, quelques-uns hélas terrassés comme Hercule. Ils mordent la vie comme on croque dans une pomme chipée sur l’arbre du voisin. Leurs grands tourments ne sont pas haineux, mais dictés par l’amour qui peut rendre fou et faire perdre la tête aux plus fragiles. La France est une fête, on s’y sent heureux comme un long dimanche de fiançailles. Même si la mort rôde, on la tient à distance, et lorsqu’elle frappe, la douleur s’habille de blanc et les larmes ne sont pas filmées.

Nadine Trintignant, cinéaste et écrivaine, ouvre grand les portes de sa mémoire. Sur le ton de la complicité, elle convie le lecteur à s’éprendre d’un récit, sincère et poignant, dont certains fragments sont liés à ceux de notre existence. On découvre sa famille, les Marquand, avec ce frère solaire, Christian, qui fit tourner les têtes, à commencer par celle du monstre sacré, terriblement tourmenté, Marlon Brando. Il y a cette scène quasi cinématographique. Brando est à Paris, il va rendre visite à sa fille Cheyenne soignée dans une clinique du Vésinet. Sous l’effet de la drogue, elle a tenté de se suicider. Nadine monte dans la limousine de Brando. Elle le reconnait à peine. « Je fus abasourdie de le voir si énorme, si défait aussi. Il attira ma tête au creux de son épaule et dit au chauffeur : ‘’On y va.’’ » À propos de sa fille, il ajoute : « Il faut que tu saches : elle me déteste. » Pendant ce temps, ce frère qui donna la réplique à BB, dans le film culte Et Dieu créa la femme, s’éloigne doucement de lui-même, la mémoire trouée par Alzheimer. Christian Marquand, malgré la maladie, ne se départit jamais de son humour. Une leçon.

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Des noms qui donnent le tournis

Les noms que l’on croise au fil des chapitres donnent le tournis. Jean Genet, par exemple, qui donne ce conseil à Nadine : « Ne dis jamais à personne ce que tu penses profondément. » Brigitte Bardot, l’insolente danseuse de mambo, qui tombe amoureuse de Jean-Louis Trintignant sur le tournage de Et Dieu créa la femme. Comme elle la comprend, elle qui succombe peu de temps après au sourire énigmatique de cet inclassable acteur, coureur automobile à ses heures perdues, fauché à ses débuts comme tous les grands acteurs de cette époque excentrique. Jean-Louis, l’intello sensible, lui lit des poèmes devant la cheminée de son petit appartement de la rue du Bac. Elle l’écoute, subjuguée. Elle écrit : « Il était la porte ouverte vers la lumière. » Premier grand amour, suivi d’un autre grand amour : Alain Corneau. « Dix-neuf ans avec Jean-Louis, trente-sept avec Alain. Quelle chance », résume-t-elle.

Marie, elle ne triche pas

La vie virevolte. Sa fidèle amie, Annie Fargue, Anouk Aimée, Maurice Ronet, Florence Malraux, Marielle, Noiret, le couple Montand/Signoret, et tant d’autres. Les souvenirs succèdent aux anecdotes. Tiens, au hasard. Sur le tournage d’un épisode de la série Madame le juge, scénario signé Modiano, Signoret observe une jeune comédienne de quinze ans, Marie. Le soir, au dîner, Signoret dit à Nadine : « Elle est bien ta petite. Elle ne triche pas. »

Après avoir perdu Pauline à neuf mois, elle perd Marie mortellement agressée par Bertrand Cantat, en juillet 2003. Jamais elle ne cite le nom du criminel, mais le livre se termine sur une évocation de Marie. « Insupportable absence », « Inadmissible manque », le remords taraude la mère. Pourquoi n’était-elle pas auprès d’elle quand les coups tombaient sur la chair de sa chair ? « Je n’ai pas été là ! As-tu cherché mes bras ? », hurle-t-elle dans le silence.

Il y a une très belle photo de Jean-Louis Trintignant avec leur fils, Vincent. Il est potelé et blond. Aucun des deux ne regarde l’objectif. L’essentiel est ailleurs. Jean-Louis le savait au milieu de ses vignes sous le soleil du sud.

Nadine Trintignant rappelle que l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, a donné le nom de sa fille à un petit jardin, au bord de la Seine, dans le Marais. Elle ajoute qu’il n’est plus entretenu. J’ai trouvé ça désolant.

Nadine Trintignant, Ceux qui nous manquent, Albin Michel, 360 pages.

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Cinq missionnaires franciscains béatifiés dans l'État de Géorgie

Le cardinal Frank Leo, légat pontifical, a présidé la béatification à Savannah en Géorgie. Lors de la cérémonie, il a souligné le témoignage rendu au Christ par ces missionnaires, leur engagement en faveur de l’évangélisation et l’exemple durable qu’ils constituent pour l’Église.

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Du phare d’Armen à la rue de Courcelles

Après les lacrymogènes et les pillages de rue, Monsieur Nostalgie, comme tous les Français, aspire à l’évasion. Il nous emmène à la découverte des phares bretons avec Hervé Hamon et Alain Robet, et Rue de Courcelles, au temps des enfances tristes avec Jacques Damade…


Oui, partir, s’enfuir enfin. Quitter ce pays, la tentation est grande certains soirs de désolation où la rue brûle et Limoges pleure son campanile. N’étant ni prophète, ni candidat, je ne peux vous proposer que des livres, des biens modestes, friables et désuets qui seront bientôt des objets du passé. Maigre consolation, me direz-vous ? Refuge ou déni de la réalité, le livre est ce qu’il reste aux civilisations qui ont perdu l’estime de soi. Il est le dernier lien d’une humanité vacillante. Le rempart à la solitude. Alors, on s’y accroche comme à un rocher en pleine mer. Ce dimanche, nous n’irons ni aux Maldives, ni à Zanzibar, dans ces paradis sucrés et éphémères, nous resterons en France. Car même quand notre pays nous déçoit terriblement, ses cotes morcelées et ses avenues pavées vibrent en nous. Elles nous retiennent. Elles carillonnent leur désespoir, leur sauvagerie et diffusent une lente et incurable mélancolie. Nous allons faire le trajet Brest-Paris, Bretagne-Paname, du Finistère au XVIIème arrondissement. Les éditions Dialogues, à deux pas de l’Arsenal, ont publié cette année un ouvrage merveilleux écrit par Hervé Hamon et illustré par Alain Robet. Merveilleux par son onde marine, sa délicatesse échevelée et sa trace lumineuse à travers les siècles, il y est autant question de « prouesses de l’ingénierie humaine » que de confrontations directes et radicales, sans filtres, avec les océans. Un œil sur la nuit raconte le mystère des phares, leur légende, leur face éclairante et aussi, leur face noire. Des histoires d’hommes qui se battent contre les éléments pour le salut des marins. On part de très loin, d’Homère, on tisse une longue tapisserie des feux dans la nuit qui sauvent et qui réchauffent le cœur des navigateurs. De leur édification jusqu’à leur automatisation. « Les gens de mer, eux, ont peur. Parce ce que c’est sage d’avoir peur » écrit l’auteur qui n’ignore par la voracité des mers. Chaque court chapitre est accompagné d’une image, une évocation fugace et délicate, plus que jolie, introspective, l’accord est parfait. Jamais surfait. On sait d’ores et déjà que l’on gardera précieusement ce livre dans notre bibliothèque et que l’on y reviendra pour sortir de soi-même. Hervé Hamon se fait tantôt historien ou poète élégiaque, il nous rappelle que le premier « vrai » phare construit en France sous Henri III est celui de Cordouan à l’embouchure de la Gironde. Et comme chacun sait, « il abrite une chambre du roi » (qui n’y est jamais venu). Mais Hamon, passionné par l’esprit des îliens, a un faible pour les phares plantés en mer. Pics solitaires et majestueux. « Je pense aux Hérauts de Bréhat que je rase si souvent. On aborde ici une invraisemblable saga du courage et de la mort » avance-t-il, d’abord prudemment. Puis, il se lâche enfin, il parle du graal. De la montagne magique. Du roi des rois : « C’est Armen. L’extrémité du Finistère rassemble tous les dangers possibles. Îles ou archipels cernés d’écueils, que ce soit Ouessant, Molène, ou Sein ». Il faut lire ce texte pour se souvenir de ces gardiens du feu, exfiltrés de la Terre, ils furent les témoins et les premiers de cordée. Seuls, dans d’épouvantables conditions de travail, ils étaient nos yeux.

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Après ce bol de mer, rentrons à Paris, dans les beaux quartiers, lire C’est un vaurien, le dernier récit de Jacques Damade (le livre est épuisé) aux décidément très inspirées éditions Arcades Ambo. Quittons les vents violents, pour se mettre dans la peau d’un adolescent, rejeton bourgeois, en but avec lui-même, dans les ternes années 1960. Il y a maman, papa, la bonne et ce garçon qui tente de trouver son chemin dans les pas si glorieuses yéyés. Ce récit est lui aussi merveilleux, grâce au style soyeux de Jacques Damade qui déclenche l’émotion du lecteur sans artifices. Il chemine dans son enfance, à l’épure. On aime sa pudeur assassine, ses portraits d’un monde à jamais englouti, celui des ouvreuses, des Eskimo, des Westerns, d’Akim dans la jungle, de Sheila, de Danielle Darrieux, de la cinéphilie de Monsieur Langlois et des émois proustiens. Monsieur Nostalgie valide cette évocation sensible de la rue de Courcelles au temps du Général et de l’OAS. En outre, Jacques Damade écrit ici un remarquable éloge de la lecture : « Lire, c’est sans doute ce que je fais de mieux, je m’y abrite du monde et m’abandonne à ce vice impuni, stérile auquel je dois mes plus grands plaisirs, mes découvertes ». Du phare de Tévennec au cinéma Mac-Mahon, des vareuses aux Quatre Cents Coups de Truffaut, ces deux livres nous portent et nous maintiennent en vie.


Un œil sur la nuit – Mystère des phares – Hervé Hamon/Alain Robet – éditions Dialogues

C’est un vaurien (rue de Courcelles) – Jacques Damade – Arcades Ambo

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La mort sans concession

Je suis allé voir mon pote au cimetière, à côté de l’église. Il a voulu se faire enterrer face à la lande. Comme un homme de terre. Un indigent, presque comme un cowboy. Mais dans l’Orne on n’est pas dans le désert. Alors, il n’y a pas de pierres sur sa tombe. Juste quelques pelletées de terre grasse, jetées à la va vite, sur un mince cercueil en bois blanc. Tout simple. On dirait un rang de plantations sa tombe. Comme les jardiniers en font parfois dans les potagers, avant de piquer des tulipes. Sauf que les pompes-funèbres ont mieux fait les choses. Elles ont rajouté des gravillons. Ça fait finition. Il y a juste son nom riveté en étiquette sur le bois chêne clair de la croix. Stanislas Boiffin Vivier 1950 – 2019. Il repose désormais face au bocage. Il dort, enfin tranquille, face à son pays qu’il aimait tant. Ses frondaisons adorées. Sa terre limoneuse du Grai. On dirait la vue qu’il avait de chez lui, de sa terrasse. Mais sans les mares, c’est moins humide. À côté de lui, il a plein de voisins. Des grands, des petits. Des célèbres aussi. Certains ont des tombes si imposantes qu’on dirait des villas. Des caveaux plus spacieux que des abris de jardin. Des sarcophages en pyramide, élevés aussi haut que des mausolées à la gloire des Toutânkhamon locaux. Des nobliaux ou des nantis. Ça sert à quoi les pierres tombales de luxe? Les palais de granit rose et les marbres veinés mica? Est-ce que la valeur des sépultures rend le repos des morts plus doux? L’épaisseur du chêne des cercueils, la sérénité des trépassés plus paisible ? Ou est-ce que la majesté des catafalques nous rassure simplement de ne pas avoir été à la hauteur des souffrances de nos vivants? Comme si élever un monument à la mémoire des disparus pouvait nous aider à les retrouver ? À les vénérer ? Elle leur rend hommage, tout au plus. Et encore, gommant peut-être même parfois nos manquements au passage. Et pourquoi pas aussi, la vie parfois tumultueuse de nos chers décédés. C’est une évidence, plus on vieillit, plus on fréquente les funérailles. Plus on flirte avec les champs de repos. Avec le temps même, on se déplace en requiem, presque aussi souvent que chez l’opticien. La vue baissant proportionnellement à mesure qu’on a de moins en moins de choses à découvrir. Puisqu’on a déjà presque tout vu. Ça marche aussi avec l’ouïe. C’est sans doute pourquoi les spécialistes de la surdité sont les derniers commerçants à pouvoir se payer des loyers en centre-ville, maintenant que les agences bancaires plient les gaules et que les rayons charcuterie des Franprix sont pillés par les petits cons.

La vieillesse est un naufrage disait le Général. Et que l’on sache crawler ou qu’on barbotte, on échappe rarement aux assauts de l’écume de l’âge, même quand on trouve un canot de sauvetage en cas de sinistre, pour prolonger la métaphore marine. Au début on enterre d’abord ses parents. Mais c’est quand les potes commencent à glisser, en cassant leurs pipes que le temps se gâte. Que le souffle glacé de la mort nous frôle en s’approchant. On devrait créer une application smartphone pour retrouver les copains au cimetière. On perdrait moins de temps à en arpenter les allées. Il y en a bien une pour réserver son siège dans les avions. Après tout, pourquoi pas pour repérer la place des potes six pieds sous terre. Remarque, pendant qu’on les cherche, ça permet de lire les épitaphes sur les tombes. Les hommages préfabriqués. Les éloges à la con. 

« À notre oncle » ; « à notre ami » ; « à notre voisin ». Comme si ces regrets éternels pouvaient honorer les mémoires ou signer leur abandon définitif. Ce n’est pas parce qu’ils sont gravés dans le marbre ou scellés sous plexi que les médaillons funéraires prêts à l’emploi ont plus de valeur que les couronnes mortuaires. Les fleurs en plastique partagent une qualité avec les diamants. Elles sont éternelles. Il y a des testimoniaux sur les sites des croque-morts. Comme sur La Fourchette ou Booking. com. Chambre d’hôtel, place du mort, même combat. Au trépas. Chez les voyous on dit que les vivants font des histoires et que les morts les emportent. Ça doit être vrai. Dans les crématoriums on recueille les avis des familles « très satisfaites » de la qualité des sévices. Cinq étoiles. Comme pour les Uber. Ces taxis qui roulent à tombeau ouvert. « Et pour monsieur le défunt qu’est-ce que ça sera? » Une bonne bière évidemment.

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October 31, 2026

Trois artistes, trois styles

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


De loin, j’observais la Sauvageonne : elle rayonnait ainsi, toute en rousseur. Car, oui, fidèles et fort aimés lecteurs du forum, la Sauvageonne s’est fait teindre les cheveux en roux par Maelys, son esthéticienne. Causeur ne sera malheureusement pas le premier média à l’annoncer : Closer (lointain cousin de votre journal adulé) et Voici l’ont déjà fait.

Que Jonathan et Martin, mes deux rédacteurs en chef uniques et préférés, me pardonnent : depuis des semaines sur écoute téléphonique, la Sauvageonne a été épiée et suivie par une meute de paparazzis ; tel est le prix de sa célébrité. Donc, je l’observais à la galerie de la Dodane, où trois artistes exposaient leurs œuvres : Silvia Thomire, Episodik et Danielle Borla. Originaire de Rouen, la première fait partie de l’association des Amis des arts, pratique une technique mixte et a vécu aux Etats-Unis où son mari travaillait. Autodidacte, elle peint depuis trente ans. « J’ai commencé en Espagne, comme ça, pour m’amuser, puis j’ai pris des cours de peinture », explique-t-elle. « Je vivais entre Tarragone et Barcelone. J’ai rencontré là-bas une artiste peintre très intéressante qui peignait dans le style fauvisme (même si ce n’est pas du tout mon truc). J’ai appris les techniques de la nature morte. Puis, j’ai rencontré Sylvain, mon mari qui aime beaucoup l’art moderne. Je suis très inspiré par la couleur, les matières. Aux Etats-Unis, j’ai utilisé la cannette. Et j’ai continué. J’emploie différents médiums. La cannette, je l’utilise comme un bijou, pour fasciner, pour amener de la matière dans la toile. J’utilise de la peinture acrylique, des pastels à l’huile, des pastels sèches ; j’aime beaucoup peindre à l’instinct. J’aime aussi beaucoup le fusain. J’emploie l’acrylique pour des facilités de séchage. J’utilise également l’huile ; ce n’est pas du tout la même approche. » Une cannette au beau milieu d’une toile, c’est vrai que ça surprend. Elle se dirige vers l’une d’elles en particulier et la commente : « Cette toile représente les tours de la General Motors où travaillait mon époux. Détroit est le fief de Pepsi. Aujourd’hui Coca-Cola les dépasse largement ; Pepsi perd des usines. Ce tableau a été fait en 2013 ; il représente Coca qui explose et qui étouffe Pepsi. Nous étions à Détroit de 2012 à 2016. En Espagne, j’y suis allée de 1997 à 2002. » Deuxième artiste : son vrai prénom est Rodolphe mais son nom d’artiste est Episodik ce qui s’explique par le fait qu’il expose volontairement peu. C’est pour lui un exutoire. Il dessine depuis la prime enfance mais, après une formation en droit, en histoire et en sciences politiques, il avait mis son activité artistique en sommeil ; celle-ci a fait son retour alors qu’il avait 30 ans grâce aux nouveaux outils numériques : « Mes créations sont imprimées sur une plaque d’aluminium. C’est un process digital. » Quant à la troisième, Danielle Borla, dont nous avions déjà évoqué le travail dans cette même chronique, elle présentait une dizaine de toiles. « C’est Silvia qui m’a invitée à exposer avec elle », dit-elle. « Un vrai plaisir. Il y a eu pas mal de visiteurs sauf hier samedi à cause de la manifestation ; on s’y attendait un peu. J’expose beaucoup de marines car mon âme est faite d’embruns. Je ne sais faire que ça. À cause de ma vue qui baisse, je vais me mettre à l’abstrait, mais ça partira toujours de la mer. Peut-être des fonds marins. » Trois artistes ; trois styles très différents.

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Quand la gauche déserte en rase campagne…

Même si elle a envoyé des dizaines de ses jeunes combattre en Syrie[1], Jordan Bardella est désormais prié de ne plus qualifier de « république islamique en miniature » la ville de Trappes. Son maire, qui a déserté la commune quelques heures après qu’elle a été endeuillée par une fusillade raciste pour défiler dans tous nos médias, a réussi cette semaine l’exploit d’imposer dans le débat public le mot-piège contesté « islamophobie » et l’idée d’interdire de parler de la submersion migratoire.


Durant neuf minutes, sur les ondes de France Inter, ce vendredi 30 octobre, le maire de Trappes, M. Ali Rabeh, nous aura démontré, bien involontairement, on s’en doute, à quel point de délabrement, de déficience la gauche est arrivée.

Creusant encore et encore le sillon de la récupération idéologique de l’abominable, de l’abject, du barbare attentat raciste perpétré dans sa commune, il s’est livré à un réquisitoire implacable contre la théorie du « grand remplacement » et ceux qui la soutiendraient ou la professeraient. Détester et combattre cette théorie est bien évidemment son droit le plus absolu, de même qu’exprimer, avec les mots de son choix, la révolte qu’elle lui inspire.

France malsaine

Cependant, l’auditeur était en droit, lui, d’attendre un développement, un argumentaire étayé et fondé visant à mettre en pièces cette théorie, à apporter la démonstration charpentée qu’elle ne reposerait sur rien, sur aucun fait, aucune réalité observable. On s’en doute, rien de tel ne fut offert à la réflexion dudit auditeur. Le réquisitoire s’en tint à en appeler au déploiement de l’arme la plus consternante qui soit : la censure. La bonne vieille censure inquisitoriale. L’interdiction pure et simple par la loi.

« Ça fait des années qu’elle [la théorie en question] est rabâchée à longueur d’antenne, déclare l’élu trappiste, donc forcément, dans des esprits fragiles, malades, qui se croient en croisade pour défendre une vision de la France malsaine qui est répandue à l’extrême droite, certains en arrivent à passer aux actes (…) » Donc, selon l’élu, il faut « rendre illégale » la parole de ceux qui adhèrent à cette théorie du grand remplacement. Et l’on aura compris que seuls des esprits fragiles ou malades peuvent lui accorder une once d’attention. Ce qui, tout de même, fait beaucoup de monde. À croire que la population de la belle France de nos aïeux se trouverait désormais remplacée par une autre, fort amoindrie sur le plan des neurones. Cependant, nous éviterons de parler de « grand remplacement » afin de ne pas contrarier davantage encore M. le maire de Trappes et ses amis.

Bien entendu, au cours de l’entretien, à aucun moment n’est abordée la question pourtant essentielle de déterminer s’il ne s’agit que d’une théorie ou bien plutôt — allez savoir ! — d’un ressenti. Celui que tout un chacun est à même d’éprouver lorsqu’il constate, par exemple, qu’on en arrive à trouver licite, en France, d’évoquer en conseil municipal le bien-fondé de la pratique de l’excision sur les petites filles. Ou encore que telle communauté — celle de nos compatriotes juifs, pour ne pas la nommer — brille désormais par son absence dans des quartiers entiers de certaines cités de la République où elle était pourtant établie depuis fort longtemps…

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Dès lors, le projet de M. Rabeh serait donc de censurer, d’interdire un ressentiment et son expression ! Vaste chantier. Bonjour la dictature et bienvenue à l’horreur fasciste dans toute son ignominie. L’horreur fasciste, la vraie de vraie, celle-ci.

Ce que peut inspirer la réaction de l’élu de Trappes, et qui se trouve relayé par l’ensemble du spectre de la gauche (de la plus radicale, la plus énervée, à la plus molle), n’est autre qu’une bien pénible impression de déclin, de désertion en rase campagne, de déliquescence mentale de tout ce camp politique.

Navrant

Il ne s’agit même pas ici de chercher à établir la validité ou non de la théorie incriminée. Les propos de l’élu ne nous permettent pas, hélas, de nous hisser à ce niveau, d’ouvrir le champ de réflexion que le sujet mériterait sans doute.

Personnellement, la réaction et les déclarations de M. Rabeh et de ses camarades d’idéologie me navrent et me peinent. Oui, sincèrement. Je suis d’un temps où la gauche ne ratait guère une occasion de faire ce qui fonde l’honneur de toute communauté humaine, politique notamment : penser ! Oui, penser ! Ne pas déserter le champ de bataille des idées. Se battre idée contre idée. Avec une règle d’or, à la fois moralement sublime et intellectuellement exaltante : ne jamais prononcer d’anathème, d’excommunication, d’interdit. Laisser à d’autres la culture poisseuse de la censure. Et les voluptés du bûcher. Ces temps sont révolus, semble-t-il. Grâce à M. Rabeh et tant d’autres, ils ont été grand-remplacés.


Une semaine après la tuerie raciste de Kevin T., un rassemblement contre le racisme et l’ « islamophobie »
Un rassemblement réunissant plus de 10000 personnes s’est tenu vendredi soir à Trappes (Yvelines), une semaine après l’attentat raciste qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, un homme noir de 26 ans, et fait sept blessés, dont une adolescente. De nombreuses personnalités de gauche avaient fait le déplacement. Jean-Luc Mélenchon était présent, mais n’a pas pris la parole sur scène. Olivier Faure et Raphaël Glucksmann étaient également de la partie. Après plusieurs témoignages d’habitants, seul l’élu Ali Rabeh a pris la parole. « Si vous choisissez Marine Le Pen pour exprimer votre colère, vous choisissez de nous mettre en danger ! », a-t-il notamment lancé à l’adresse des Français votant RN. « Quand j’étais petite, [le racisme] existait, mais ça ne se disait pas », a estimé Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes. « On est au bord du grand basculement », a pour sa part alerté Ségolène Royal. « Il faut vraiment résister, il faut vraiment un cordon sanitaire », a plaidé l’ancienne ministre socialiste. Une lecture de l’événement qui n’a pas manqué de faire réagir Jordan Bardella. « Si je comprends bien, la gauche veut criminaliser le ressenti d’au moins 60 % des Français, qui constatent une “transformation démographique profonde”. Sauf si c’est pour s’en réjouir, évidemment », a écrit le président du RN sur X (ex-Twitter) • La rédaction

[1] 67 personnes originaires de Trappes ont rejoint l’organisation État islamique (Daech) en Irak et en Syrie entre 2014 et 2016, selon une enquête publiée par Le Monde le 13 mars 2020.

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Lyrique: Ferdinand Hérold, Massenet, Léo Delibes… Le romantisme français à l’enseigne du Palazzetto Bru Zane

La musique romantique française refuse de mourir. Le Palazzetto Bru Zane nous offre de délicieuses résurrections lyriques…


Ah, on peut dire qu’elle se fait attendre, Fausta, l’héroïne tragique de Roma : jouant les utilités, assise sur son séant jusqu’au seuil du troisième acte ! En version concert, ce péplum méconnu était donné, le 28 septembre dernier, pour une représentation unique au Théâtre des Champs-Élysées. La postérité aura été cruelle avec ce flamboyant testament opératique, composé deux ans avant que n’éclate la Grande Guerre par Jules Massenet (1842-1912), dont un cancer du côlon consume les dernières forces. Était donc exhumée à bon escient cette partition quelque peu ronflante… et bien oubliée. Comment ? Grâce aux subsides du Palazzetto Bru Zane, irremplaçable mécène et défenseur, depuis son fief vénitien, des trésors cachés de la musique romantique française.

Tonnerre d’applaudissements au Théâtre des Champs-Élysées

On comprend tout de même assez bien pourquoi, contrairement à ce qu’il en va pour Manon ou Werther, les salles lyriques ont depuis longtemps déserté Roma. Son sujet antique s’appuie sur Rome vaincue, pièce à succès créée en 1876 par le jeune Alexandre Parodi (1840-1901), figure littéraire du temps rapidement vouée au sépulcre des belles-lettres : plus macabre encore que funèbre, la tragédie en alexandrins, transposée en livret par les soins d’Henri Cain, fera in fine passer Fausta de vie à trépas, occise d’un coup de surin par sa propre mère aveugle, Posthumia, dans le dessein d’éviter à sa fille d’agoniser à feu doux emmurée vivante, avant qu’elle-même ne décide de suivre celle-ci au tombeau. Le tort de Fausta ? La jeune vestale a rompu son vœu de chasteté en se faisant limer en secret par le guerrier Lentulus. Péché de chair inexpiable qui, assure le pontife Lucius, aura privé les Romains de leur victoire face aux Carthaginois. L’oncle Fabius, sénateur, n’aura pas d’autre choix que de livrer sa nièce Fausta à ses juges… Au dénouement, ce double sacrifice expiatoire provoque, en grande pompe symphonique, le triomphe des mâles soldats de Rome face à Hannibal. Même en version concert, la grandiloquence orchestrale laisse augurer du kitsch auquel une mise en scène de cette grosse machine avec chœurs, ballet et tout le tralala se prêterait non sans risque…

De fait, Roma, lors de sa création à la Belle Époque, apparaissait déjà surannée musicalement et fort peu aventureuse sur le plan stylistique. Certes, la puissance des chœurs, les cuivres explosifs, les cordes à plein volume et le marteau des grosses caisses font alliance pour charger d’une emphase et d’un hiératisme austère ces trois heures déclamatoires, où nulle part ne se retrouve la suavité mélodique qui immortalise certains morceaux de Thaïs ou du Roi de Lahore… Et donc, ce n’est qu’à l’acte trois qu’enfin Fausta se lève de sa chaise, pour chanter avec Lentulus un assez vibrant duo…

De cet opéra ressuscité des morts, nul ne fera jamais le chef-d’œuvre qu’il n’est pas. Le voilà pourtant bel et bien sauvé du naufrage par l’excellence de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo — Roma, en 1912, est créé, ne l’oublions pas, dans la Principauté avant d’investir le Palais Garnier ! — sous la baguette sculpturale du jeune chef transalpin Diego Ceretta, et du puissant Chœur de Radio France dirigé par Lionel Sow. Mais sauvé, enfin et surtout, par une distribution vocale de tout premier plan, à commencer par la soprano Rachel Willis-Sørensen dans le rôle de Fausta : aigus souverains, infinie délicatesse du phrasé, amplitude de la projection, fraîcheur du timbre… Aux côtés de celle qui chante sans rire « je suis la vestale flétrie », le ténor Jean-François Borras campe en grande forme l’amant Lentulus. La mezzo-soprano Julie Robard-Gendre incarne Posthumia avec un vibrato parfois exagérément distendu, mais ses graves sensationnels comme sa remarquable expressivité dramatique vous prennent décidément aux tripes. Le baryton grec Tassis Christoyannis fait un Fabius Maximus aussi nuancé en père altier qu’éploré, tout comme la somptueuse basse Patrick Bolleire frappe d’une voix d’airain le personnage de Lucius, grand prêtre roide et inflexible. Les rôles secondaires — Jérôme Boutillier, Hélène Carpentier, Aliénor Feix, Clémence Tilquin… — connaissent la même exigence d’exactitude. Quand a retenti l’ultime accord de Roma, la salle du TCE éclatait d’un tonnerre d’applaudissements et de bravi. Pourquoi évoquer maintenant cette performance unique ? Parce que, tout simplement, le concert a été enregistré, retransmis sur France Musique, mais surtout parce qu’il est promis à se voir très bientôt gravé en CD par le label Bru Zane…

Floraison de disques

De Paris à Caen, Saint-Étienne ou Montpellier, de Berlin à Montréal, le Palazzetto est régulièrement le partenaire des plus grandes salles pour permettre que s’y produisent musiques de scène, de chambre ou symphoniques, mélodies françaises… et opéras. Mais la marque de fabrique la plus notable du mécène transalpin, c’est l’édition. Annoncé pour mars prochain, un coffret de cinq disques consacrés au violoncelle dans le romantisme français, par exemple. Ou, à paraître en mai, deux CD remettant en lumière les partitions de la vicomtesse Clémence de Grandval (1828-1907), cette pianiste, cantatrice et compositrice qu’on a commencé à redécouvrir à travers une programmation de concerts qui aura rempli l’année 2026 et se prolonge encore en 2027. Le premier album réunira ses œuvres chorales et symphoniques, le second sa musique de chambre.

Floraison de CD, donc. Mais le plus beau trophée du label Bru Zane demeure à l’évidence sa collection incomparable de livres-CD au format « bibliothèque », dont chaque exemplaire, sur un tirage limité à 4 000, est dûment numéroté : leur couverture cartonnée, d’un chromatisme rivalisant d’élégance, inscrit ses titres en gaufrage de couleur, or ou argent, c’est selon. Double signet en tissu assorti, illustrations soignées, graphie bicolore et bilingue français-anglais des textes de présentation et du livret — ce sont de véritables bibles. Déjà riche de 47 volumes, la collection vient de s’enrichir de deux ouvrages merveilleux, chacun basé sur un premier enregistrement mondial. Ils tendent leurs bras vers les deux extrémités du romantisme français : d’une part Zampa, ou La Fiancée de marbre, opéra-comique de Ferdinand Hérold, millésimé 1831 ; d’autre part Jean de Nivelle, autre opéra-comique, créé, celui-ci, en l’an de grâce 1880. Ce sont des joyaux.

Illustration de Ch. Clérice pour la partition chant-piano de Zampa. (C) Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

L’excellente musicologue Agnès Terrier introduit Zampa en soulignant sa quasi-concomitance avec Robert le Diable de Meyerbeer, compositeur incontournable de la monarchie de Juillet, à laquelle Hérold tiendra ainsi la dragée haute : succès si foudroyant qu’il exaspérait le mépris de Wagner pour cette œuvre qui, de fait, « participe à cette fusion des styles français et ultramontain dont Rossini avait été l’instigateur… ». Énergie rythmique, moelleux des mélodies cantabile, arabesques rutilantes, chœurs étoffés, dans une filiation évidente avec le Don Giovanni de Mozart sur le plan du livret — habilement concocté en vers par le sieur Mélesville selon une impeccable prosodie —, l’argument combine, sur un arrière-plan guerrier, dimension surnaturelle et imbroglio sentimental. L’action se déroule en Sicile, au début du XVIIᵉ siècle ; le forban Zampa finira dans les flammes de l’Etna en éruption… Dans cet enregistrement superlativement réussi, le Münchner Rundfunkorchester et le Chor des Bayerischen Rundfunks sont placés sous la baguette du chef américain Erik Nielsen. C’est peu dire que le plateau vocal est de haute tenue : le ténor Julien Henric dans le rôle-titre ; la soprano Hélène Carpentier dans celui de Camille, l’héroïne ; et surtout Cyrille Dubois, ténor décidément irremplaçable dans ce répertoire : à l’écoute, ourlés d’un phrasé fabuleusement nuancé, ce vibrato resserré, cette légèreté et cette rondeur de timbre rendent sa voix immédiatement identifiable. Héloïse Mas, François Rougier, Pierre Derhet et Lukas Mayr complètent cette distribution hors pair.

 1880. (C) Bibliothèque nationale de France

À l’autre bout du spectre musical sous les feux du romantisme, on retrouve Cyrille Dubois dans le rôle-titre de Jean de Nivelle, cet opéra tellement fin-de-siècle, éclipsé par l’avantage que la postérité, fille injuste, a donné à Lakmé, créé en 1883, soit deux ans plus tard. Il est vrai que l’œuvre ne dure pas moins de trois heures et que son intrigue féodale, concoctée en duo par Edmond Gondinet et Philippe Gille, est exagérément compliquée. Toujours est-il que Delibes devint, dans sa maturité, un personnage officiel, avant de mourir d’un infarctus, en 1891, à peine âgé de 55 ans. Kassya, opéra inachevé — et pour cause —, sera créé de façon posthume en 1893, dans une version orchestrée par Massenet. Qui saura ce que nous aurait réservé le compositeur du ballet Coppélia s’il avait vécu un peu plus longtemps ? Quoi qu’il en soit, ce Jean de Nivelle, laboratoire de Lakmé sans aucun doute, vous réserve quelques inoubliables morceaux de bravoure mélodiques, magnifiés par une distribution de haute volée. Il faut entendre, au premier acte, campé par le susnommé Tassis Christoyannis, le comte de Charolais prévenir onctueusement, dans une alternance d’octosyllabes et d’alexandrins : « Prenez garde au joli berger ! / L’amour se plaît à voltiger / Du lys superbe à la rose sauvage : / prenez garde au joli berger ! » ; ou encore, à l’acte III, Cyrille Dubois psalmodier : « J’ai vu revivre sous mes yeux / le doux pays de France / Les verts coteaux, les bois ombreux, amis de mon enfance »…

Théâtre de l’Opéra-Comique. MM. Maris, Gourdon et Grivot dans Jean de Nivelle. Rôles de Saladin, de Beautrellis et de Malicorne. Dessin de Chatinière (C) © Bibliothèque-Musée de l’Opéra.

On attend pour mars prochain la sortie d’un nouveau livre-CD, gravé sous les auspices du Concert de la Loge dirigé par Julien Chauvin, Médée, de Luigi Cherubini : un opéra-comique idéalement tragique comme on les aime. Il fut créé en 1797 au Théâtre Feydeau. Puis en avril, parution de La Montagne noire, drame lyrique composé en 1884 par cette élève de César Franck, amie de Liszt et émule de Wagner, compagne de l’écrivain Catulle Mendès, fort connue en son temps mais bien oubliée, Augusta Holmès (1847-1903), également poétesse. Encore une fois, c’est au Palazzetto Bru Zane qu’on doit l’exhumation de cet ultime opéra, dont la création à l’Opéra de Paris, en 1895, fut un échec. Cela suffit-il à expliquer sa disparition du répertoire pendant un siècle ? Combien de trésors mineurs demeurent enfouis dans les placards de notre patrimoine classique ?


Roma, opéra de Massenet, donné en version concert au TCE le 28 septembre dernier, en collaboration avec le Palazzetto Bru Zane. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Chœurs de Radio France, direction Diego Ceretta. Enregistrement disponible sur l’application Radio France. CD à paraître en 2027. Label Bru Zane.

Livre-CD : Jean de Nivelle, opéra-comique de Léo Delibes. 3 CD + textes + livret + illustrations. 187 p. Direction : György Vashegyi, Hungarian Philharmonic Orchestra, Hungarian National Choir. Avec Cyrille Dubois, Mélissa Petit, Marie-Andrée Bouchard, Tassis Christoyannis, Juliette Mey, Adrien Fournaison, François Rougier, Jean-Philippe Mc Clish.

Livre-CD : Zampa, opéra-comique de Ferdinand Hérold. 2 CD + textes + livret + illustrations. 167 p. Direction : Erik Nielsen, Münchner Rundfunkorchester, Chor des Bayerischen Rundfunks. Avec Julien Henric, Hélène Carpentier, Cyrille Dubois, Héloïse Mas, François Rougier, Pierre Derhet, Lukas Mayr.

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Décès de Mgr Richard Alarcón Urrutia, archevêque de Cuzco

L’archevêque est décédé vendredi 30 octobre, des suites d’une longue maladie, à l’âge de 74 ans, a annoncé l’archidiocèse de Cuzco, exprimant sa «profonde tristesse». Son décès survient quelques jours seulement avant l’arrivée du Pape Léon XIV dans cette ville péruvienne, prévue le 15 novembre.

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De paysages en paysages

Lilian Euzéby est un grand artiste. Et son coup de pinceau se double d’une belle plume, comme le révèle ce livre d’art où s’alternent textes inspirés et profonds paysages.


Chers lecteurs qui ne connaissez pas encore la peinture de Lilian Euzéby, bonne nouvelle, un magnifique livre vient de paraître : Du retour de ces ondes. Dans ce superbe livre d’art de 250 pages composé de très belles reproductions et de textes courts et puissants – chose rare dans la peinture actuelle, l’artiste sait écrire ! – Euzéby nous invite à un voyage passionnant au sein d’étonnants paysages. Depuis près de trente ans, Lilian Euzéby raconte le lien qu’entretient le paysage avec le temps qui passe. Ses œuvres déroutent par des labyrinthes étranges où le présent, l’avenir et le jadis se superposent et se confondent. Il écrit : « Lorsque je peins un paysage, mon seul but est d’y découvrir comme le chasseur paléolithique accroupi dans la boue, quelques traces qui feront que je poursuive mon existence de conteur. » Ses textes nous apprennent à appréhender sa peinture « comme lorsqu’on regarde au-dessus d’une rivière, on y voit d’abord l’eau, puis le reflet des arbres. En observant un peu plus attentivement on distingue le fond de la rivière, les cailloux, les algues ondulantes et la vase. On devine la profondeur de l’eau, on se perd dans l’obscur, on cherche à comprendre la matière et puis on est ébloui à la surface par le reflet du ciel infini. » Les gorges du Gardon l’inspirent. C’est d’ailleurs là-bas, dans le charmant village de Russan, entre Nîmes et Uzès, que se trouve son atelier – magnifique de vieilles pierres et visitable sur demande. Autodidacte, curieux et érudit, Lilian Euzéby explore la vie secrète des choses en se plongeant dans les profondeurs anciennes pour y ressentir l’éblouissant frisson que donne la découverte du sacré dans les choses de la nature. Le cycle de l’eau et du vent, le vol des oiseaux, le ciel décideur, les astres brillants et les civilisations gréco-latines, les roches et les forêts, la mer antique et les anciens chemins… Dans ce tout, il enfouit ses pépites littéraires. Nous sommes très loin des infantilisantes grandes foires d’art contemporain pour happy few analphabètes et déracinés. Derrière la poussière, dans le fond de ses eaux, Borges, Nietzche ou Rimbaud sont à demi cachés. Ici, les dieux et la tragédie sont présents : « Le paysage est tragique car même le plus élémentaire, le moins pittoresque nous fait ressentir derrière sa nature simple la présence d’un dieu caché. Ma vie durant, avec innocence, j’ai cherché les signes du sacré. » La peinture de Lilian Euzéby peut sembler abstraite, belle et décorative à l’œil distrait, mais elle décrit minutieusement une nature complexe et inachevée. Sous différents angles, Euzéby nous offre tout un monde saisi dans un émerveillement singulier, avec le grand mystère originel comme horizon poétique.


Du retour de ces ondes, en vente directement auprès de l’artiste (150 exemplaires dont 50 numérotés, signés et accompagnés d’un monotype également numéroté et signé), www.euzeby.me.

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Léon XIV en Uruguay: le défi de renouer avec la foi dans une société sécularisée

Le sociologue Néstor da Costa analyse la singularité religieuse de l’Uruguay, où la croyance en Dieu coexiste avec un faible attachement institutionnel. Il voit dans la visite du Pape une occasion de renouveler le dialogue entre l’Église et la société et d’évoluer vers une laïcité plus ouverte, respectueuse de la liberté religieuse et de la présence publique des communautés croyantes.

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Guinée Bissau: Mgr Quematcha et l’imam Djalò appellent à la paix

L’évêque de Bafatá, Mgr Vítor Quematcha, et l’Imam de Mansoa, Cheikh Mamadu Djau Djaló, appellent les dirigeants politiques bissau-guinéens à assumer leurs responsabilités dans la promotion de la réconciliation nationale, du respect des libertés fondamentales et de la coexistence pacifique dans ce pays.

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Une rentrée académique à l'UCAO-UUC placée sous le signe de la centralité de Dieu

Vendredi 30 octobre, l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest-Unité universitaire à Cotonou (UCAO-UUC) a effectué sa rentrée académique, tout en marquant la clôture de son jubilé d’argent. S’adressant aux étudiants, Mgr Roger Houngbédji, président de la Conférence épiscopale du Bénin (CEB), leur a lancé un appel à «garder Dieu au centre de leur vie et à être des ardents défenseurs de la vérité et de véritables artisans du bien».

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Autoportrait parisien par Jean-Marie Rouart

Paris est une ville qui attire spontanément les personnalités les plus spécifiques. Pour y réussir, il y faut un je ne sais quoi de particulier, qu’on ne trouve pas ailleurs. C’est ce qui la rend si fascinante pour un écrivain, mais si difficile d’accès aussi. On ne voit pas, par exemple, un Julien Gracq s’y complaire, lui qui a fait ses délices littéraires de Nantes, dans La Forme d’une ville, et de Rome dans Autour des sept collines, deux admirables livres de géographe marqués par le romantisme. Au contraire, un Hemingway a pu adopter Paris pour y former son caractère, et décréter dans des souvenirs fameux que « Paris est une fête ». Les Parisiens ont, il y a quelques années, agité ce roman avec détermination, pour manifester qu’ils ne se résignaient pas au mal, après une série d’attentats terroristes qui avait endeuillé la capitale française. À vrai dire, Paris a toujours symbolisé une liberté moderne proche de l’individualisme, ce qu’avait parfaitement compris un Flaubert dans L’Éducation sentimentale. Le nouveau livre de Jean-Marie Rouart, au titre prometteur de Paris est un roman, en écho à celui de Hemingway, a par conséquent tout pour retenir a priori notre attention de lecteur.

Un Paris littéraire et mondain

La Rome de Julien Gracq était celle d’un géographe ; le Paris de Jean-Marie Rouart sera celui d’un chroniqueur littéraire, avec cet assaisonnement gourmand de mondanités, qui est sa marque de fabrique. Clairement, Rouart fut un Rastignac, qui s’est dit à un moment donné : « À nous deux Paris ! » Il reconnaît du reste ce trait de caractère, laissant échapper dans Paris est un roman, au détour d’une phrase : « mon impétuosité d’arriviste ». Mais il est injuste avec lui-même, je trouve, en utilisant ce terme d’« arriviste », trop péjoratif. Car Rouart a mis beaucoup de délicatesse et aussi de cœur pour s’imposer dans le monde des lettres. Issu d’une famille d’artistes d’exception, comme on sait, certes sans le sou, Rouart n’a pas été programmé pour arriver, comme un Gatsby, ni d’ailleurs pour devenir un snob (« personne vulgaire qui admire ce qui est à la mode », comme Alain Rey définit ce terme). L’expression qui me viendrait serait au contraire celle d’« honnête homme », comme on disait au XVIIe siècle, du temps de La Bruyère.

Paris habité

Dans Paris est un roman, l’idée de Jean-Marie Rouart est de revisiter par la mémoire les endroits de Paris qui eurent de l’importance dans sa vie. Ce livre aurait pu s’appeler Paris habité, et habité par des « amis » dont il trace des portraits empathiques, parfois avec humour. Il nous parle de l’éditrice Simone Gallimard qui « apportait à l’austère maison Gallimard une brise de fraîcheur, de mondanité [la mondanité, encore, qui est une vertu pour Jean-Marie Rouart, il y excelle], et sous une fausse apparence de frivolité une vraie passion au service des écrivains ». Rouart trace aussi un beau portrait du bourru Michel Mohrt, affreusement envieux du « prodigieux don médiatique » de Jean d’Ormesson, dont il avait favorisé les débuts. Mohrt ne recommença pas la même bévue avec Rouart, pour qui il ne vota pas quand celui-ci se présenta à l’Académie… Ainsi va l’amitié ! C’est peut être ce qui fait dire à Jean-Marie Rouart aujourd’hui que « le monde littéraire […] n’a pas beaucoup changé depuis Illusions perdues ».

Des anecdotes drôles et cruelles

Quand Rouart décide de se livrer, comme ici, on attend toujours le moment où il va nous parler de l’Académie, et nous en révéler peut-être les coulisses. Après tout, Rouart a été élu en 1997 à l’âge de 54 ans. Il en a aujourd’hui 83. Le moment serait venu de nous offrir un tableau secret de cette honorable assemblée, qu’il connaît par cœur. Hélas, et c’est la seule chose que je regrette, Rouart ne s’attarde pas sur ce chapitre, et préfère passer à Robert Hersant ou Matthieu Galey et quelques autres plus recommandables. L’anecdote concernant Matthieu Galey est très cruelle, il est vrai, et même du grand humour noir. Mais le critique de L’Express n’avait-il pas lui-même la dent dure ? Je n’ai pas sous la main son Journal, édité intégralement aux éditions Laffont « Bouquins ». Je ne peux par conséquent pas vérifier si Rouart a été éreinté ou non par l’insolente brebis galeuse (ce que devrait se forcer à être tout bon critique littéraire), dont je recommande d’ailleurs chaudement la lecture. Je crois que non. Rouart, d’une rare gentillesse en général, mais excellent boxeur, sait éviter les mauvais coups.

A lire aussi, Thomas Morales: Heureux l’homme qui a vécu parmi les chiens!

Le mariage de Gonzague

J’ai bien aimé le passage où il narre en détail le mariage de son ami Gonzague Saint-Bris, et s’arrête sur le « ridicule » de cette fête. « La tête à l’évidence lui tourna », raconte Rouart, qui fut son témoin. À la réception, Gonzague avait réussi à inviter le président Giscard d’Estaing (après tout, c’était sa nièce qu’il épousait), que Rouart qualifie drôlement de « porphyrogénète », ce qui signifie : né avec une cuiller en argent dans la bouche. Rouart n’appuie pas trop sur cette énième déconfiture de la diva des radios périphériques, mais dit tout de même de ce mariage : « Le Figaro Magazine par la plume d’un journaliste plein de fiel en posa la pierre tombale : il décrivit la cérémonie comme une pièce de théâtre en tous points ratée. » Cependant, ajoute Rouart, Gonzague « se réveilla de son rêve, déçu, blessé, mais prêt à repartir pour d’autres aventures excentriques où il reproduirait son amour du faste sans pouvoir s’empêcher de commettre de semblables erreurs. » Ce portrait de Gonzague Saint-Bris, surpris dans sa folie, m’a rappelé que, lorsque j’étais adolescent, je désirais fortement lui ressembler. Je l’avais pris pour modèle (d’ailleurs sans succès). On est heureux de voir à nouveau évoqué, par un vrai ami, ce personnage disparu si pittoresque, si attachant en un certain sens, qui aura incarné avec tant d’emphase les terribles années 70.

L’amitié, sujet principal

Je crois qu’on peut avancer que ce dernier volume des souvenirs de Rouart a comme sujet principal l’amitié. Certes, il ne met pas, au fil des pages, une passion fulgurante de jeune premier pour nous en faire l’apologie, comme Cicéron. Il garde un ton mesuré, tranquille, souvent ironique. N’empêche, c’est véritablement un testament littéraire, car toute la vie de Rouart a été en adéquation avec son labeur d’écrivain. Il croit aux livres, aux siens et à ceux des autres. J’ai pu le vérifier quand je lui ai rendu visite en juin dernier, dans son appartement parisien près des Invalides. Il m’a ouvert la porte lui-même, élégamment habillé d’une chemise et d’un pantalon de lin de couleur claire. Il m’a immédiatement lancé : « C’est formidable que vous soyez venu ! » Il aime ce mot, « formidable », hyperbole de ce qu’il voudrait que soit la vie. Je suis d’abord entré dans un salon aux volets clos, puis dans une seconde grande pièce, son bureau, qui dégorgeait de livres posés sur les tables, les chaises ou même par terre. C’était hautement sympathique. Pendant une heure, nous avons parlé littérature. Je me suis régalé de l’entendre ainsi au naturel, évoquant ce qu’il aimait. Toujours à l’affût, car il fait partie de nombreux prix littéraires, il m’a demandé si j’avais découvert récemment de nouveaux auteurs. Ce matin-là, je l’ai trouvé aussi enthousiaste et sincère que dans les plus belles pages de Paris est un roman. Rouart est très bon à l’oral, d’ailleurs il est beaucoup passé à la TV. Il parvient, m’a-t-il semblé, à son meilleur lorsqu’il se trouve dans une conversation de salon à la Mme du Deffand. Nous avons bien sûr aussi discuté de l’Académie, qui recherche, m’a-t-il appris, des candidates féminines… Et puis, l’heure avançant, j’ai laissé Jean-Marie Rouart, et quitté à regret ce décor balzacien, digne des Illusions perdues, dans lequel il vit.

Au fait, j’ai la conviction que, justement, Jean-Marie Rouart n’a pas perdu toutes ses illusions, et qu’en dépit de son âge il court toujours après. C’est son unique moteur, qui lui permet de continuer à écrire des livres. Il n’a pas jeté l’éponge. Il est au reste plus jeune de quelques années que le roi Salomon, le héros indestructible du livre de Romain Gary. Lisez donc Paris est un roman, si vous vous demandez quel sens a l’existence, et ce qu’il faut faire en ce bas monde pour ne pas s’ennuyer. Ce serait déjà ça.


Jean-Marie Rouart, Paris est un roman. Éd. Gallimard, 169 pages.

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Ukraine: l’aumônier du Pape achève sa visite auprès d’un peuple meurtri

La visite des structures caritatives à Kiev et à Fastiv a marqué les dernières étapes d’une mission de charité menée par Mgr Luis Marín de San Martín, qui, au nom du Pape, a transmis le soutien et la solidarité de l’Église. La rencontre avec des mères ayant perdu leurs enfants pendant la guerre a été profondément émouvante, tout comme la prière incessante confiant à Dieu une nation meurtrie et assoiffée de paix.

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«L’amour du Christ nous envoie», thème de la Journée missionnaire mondiale 2027

Tiré de la Lettre aux Corinthiens, le thème choisi par le Pape Léon XIV pour la 101e édition de cette journée internationale, qui sera célébrée le dimanche 24 octobre 2027, est un rappel au cœur même de la mission chrétienne.

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